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Mais cette entraide ne s'exerçait qu'au sein du cercle familial et au sein du cercle des
fréquentations sociales. L’histoire même de la sécurité sociale3, entendue comme un système
d’assistance pris en charge par un Etat commence véritablement avec les travaux du Comité de
mendicité de l’Assemblée constituante et de la Déclaration des droits de l’Homme de 17934.
1. Protection sociale : ensemble des mécanismes institutionnels destinés à protéger les individus contre les conséquences économiques et sociales de certains
risques tels que la maladie, la vieillesse, l’invalidité, le chômage ou encore les charges familiales.
2. Risques sociaux : événements ou situations susceptibles d’entraîner une diminution ou une perte de revenus ainsi qu’une augmentation des charges pour une
personne ou un ménage (maladie, maternité, accident, retraite, décès, etc.).
3. Sécurité sociale : système organisé par l’État ou des institutions spécialisées visant à garantir aux citoyens une protection contre les risques sociaux grâce à
des prestations en nature ou en espèces.
4. Déclaration des droits de l’Homme de 1793 : texte révolutionnaire français affirmant plusieurs droits sociaux fondamentaux, notamment le droit au travail et
à l’assistance publique.
5. Révolution industrielle : période de profondes transformations économiques et sociales marquée par le développement de l’industrie, de la mécanisation et de
l’urbanisation au XIXe siècle.
6. Accidents du travail : accidents survenus par le fait ou à l’occasion de l’exercice d’une activité professionnelle et entraînant un dommage corporel ou une
incapacité.
7. Institutionnalisation : processus par lequel une pratique ou une organisation devient officiellement reconnue et encadrée par des règles juridiques.
8. Protection sociale généralisée : système de couverture sociale étendu à l’ensemble de la population active ou à une large majorité de celle-ci.
9. Personnes juridiques : entités reconnues par le droit comme titulaires de droits et d’obligations, telles que les sociétés, associations ou institutions publiques.
1
En effet, aux termes des articles 22 et 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
en 194810, « Toute personne a le droit à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent ». Il
résulte également de l’article 9 du Pacte international relatif au droit économique et social que
les Etats parties reconnaissent à toute personne le droit à la sécurité sociale. Cette proclamation
de ce droit renferme l’idée selon laquelle, la sécurité sociale est un droit humain fondamental.
Cependant, si le pacte fait obligation aux Etats parties de reconnaître à leur population un droit
à la sécurité sociale, il ne va pas jusqu’à définir le contenu de cette obligation. C’est à la
convention 102 de l’OIT11 que cette mission est revenue. Ce qui fait de cette convention
l’instrument à l’aune duquel les systèmes de sécurité sociale des Etats peuvent être appréciés.
La Côte d’Ivoire tout comme d’autres états africains ayant ratifiés ces différends accords, s’est
engagée à garantir ce droit à toutes les couches socioprofessionnelles par l’adoption d’un
ensemble de textes législatifs et réglementaires. Ces textes instituent un système de protection
sociale générale applicable à tous les travailleurs salariés.
Afin de mieux cerner ce sujet, il parait judicieux dans un souci méthodologique d’en définir les
notions clés et d’en délimiter les contours, de montrer sa pertinence et ensuite d’en dégager la
problématique.
Tout d’abord, parler de protection juridique revient à analyser le régime juridique mis en place
et donc à définir distinctivement ces deux notions « régime juridique » et « protection sociale
».
10. Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) : texte adopté par l’Organisation des Nations Unies proclamant les droits fondamentaux de toute
personne, dont le droit à la sécurité sociale.
11. Convention n°102 de l’OIT : convention de l’Organisation internationale du Travail fixant les normes minimales de sécurité sociale applicables aux États
membres.
12. Hétérogénéité du corps social : diversité des catégories sociales, professionnelles et économiques composant la société.
13. Régime autonome : système juridique ou institutionnel distinct possédant ses propres règles de fonctionnement, tout en restant intégré dans l’ordre juridique
général.
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En effet, d’une part la notion « régime » est une notion polysémique14. Dans son acception
courante, elle signifie tantôt un mode d’organisation politique, économique, sociale d’un Etat
ou tantôt un ensemble de dispositions, de procédures et de pratiques caractérisant un mode
d’organisation et d’exercice du pouvoir.
Dans son acception juridique, elle désigne un système de règles, considéré comme un tout, soit
en tant qu’il regroupe l’ensemble des règles relatives à une matière (ex. régime constitutionnel,
régime foncier), soit en raison de la finalité à laquelle sont ordonnées les règles (ex. régime de
protection, régime pénitentiaire.
D’autre part, la notion « juridique » renvoie au domaine du droit dans son ensemble, à la loi ; à
tout ce qui est conforme, relatif au droit ; à tout ce qui s’exerce dans le cadre de la justice.
Ainsi, le régime juridique peut être définit comme étant un ensemble de règles applicables à
une notion. Autrement dit, c’est un ensemble de règles applicables à une activité, une personne
ou à une institution.
Quant à l’expression « protection sociale », elle renvoie à celle de « sécurité sociale ». Il n’existe
pas de définition unique de la protection sociale et, les pays ainsi que les organisations utilisent
le terme « protection sociale » de différentes manières.
Les termes « protection » et « sociale » sont des dérivés des mots latins
« protectio » qui signifie « protéger, couvrir, mettre à l’abri » puis « socius » qui signifie «
associé », se rapportant « à une société, à un groupe d’individus (êtres humains), à une
collectivité humaine considérée comme une entité et ayant pour but d’améliorer les conditions
de vie des personnes les plus défavorisées ».
Ainsi, la protection sociale peut se définir de façon générale comme les mécanismes ou moyens
utilisés par les collectivités humaines en vue de pouvoir faire face à la survenance de risques
sociaux (famine, maladie, vieillesse, invalidité etc…).
14. Notion polysémique : notion possédant plusieurs significations selon le contexte dans lequel elle est utilisée.
3
la misère, de la pauvreté extrême et des conditions de vie inhumaines et de pouvoir participer
de nouveau dans la sphère économique et sociale15 et tirer pleinement profit.
Entre autres, les travailleurs indépendants sont des personnes qui travaillent pour elles-mêmes.
Ils ne possèdent pas de contrat de travail avec un employeur et perçoivent leur revenu
directement de la personne ou de l’entreprise à laquelle ils fournissent un service. Ils fournissent
des services à un ou plusieurs clients. L’une de leurs caractéristiques concerne la variabilité de
leurs revenus et le côté incertain d’une grande part de leur activité. Ils ne sont par ailleurs pas
soumis aux mêmes lois du marché du travail que les salariés et peuvent également connaître un
traitement fiscal différent.
Au plan pratique, les travailleurs non-salariés soucieux de leurs intérêts pourront mieux être
éclairés sur leur assujettissement audit régime et surtout sur les règles de gestion de ce dernier.
La protection sociale des travailleurs indépendants se veut comme un système autonome et
spécial en raison de la spécialité des personnes qui y sont assujetties.
15. Sphère économique et sociale : ensemble des relations liées à la production, à la distribution des richesses et à la participation à la vie collective.
16. Mandataire non salarié : personne agissant pour le compte d’autrui sans être liée par un contrat de travail salarié.
17. Systématisation : organisation méthodique des connaissances afin de les rendre cohérentes et scientifiquement exploitables.
18. Travailleurs salariés : personnes exerçant une activité professionnelle sous l’autorité d’un employeur moyennant une rémunération appelée salaire.
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Autrement dit, la protection sociale des travailleurs indépendants19 se distingue-t-elle de celle
des travailleurs salariés ? La réponse à cette problématique passe par une analyse minutieuse du
régime dont bénéficie les travailleurs indépendants en droit ivoirien en comparaison du régime
des travailleurs salariés en vue d’apprécier le caractère particulier du premier.
Il est de principe que toute discipline qui se veut autonome, se définisse au travers de son objet
et surtout de sa méthode. La méthode selon la célèbre formule de René Descartes est « un moyen
de bien conduire sa pensée ». En ce sens une combinaison de la méthode systémique20 et de la
méthode évaluative21 nous permettra de résoudre la problématique du sujet.
Ainsi, l’analyse de la question nous permis de constater que la protection sociale des travailleurs
indépendants est mixte dans la mesure où il est assimilable à celui des travailleurs salariés au
regard de la forme ou de la structuration de cette protection (Première partie) mais demeure
tout à fait spécifique au regard du contenu des prestations22 fournies (Deuxième partie).
19. Travailleurs indépendants : personnes exerçant une activité professionnelle pour leur propre compte sans lien de subordination juridique envers un employeur.
20. Méthode systémique : méthode d’analyse consistant à étudier un phénomène comme un ensemble structuré d’éléments interdépendants.
21. Méthode évaluative : méthode visant à apprécier l’efficacité, la pertinence ou les limites d’un système juridique ou institutionnel.
22. Contenu des prestations : ensemble des conditions, montants, modalités de calcul et d’accès aux avantages sociaux accordés à l’assuré.
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PREMIERE PARTIE : UNE PROTECTION SIMILAIRE AU RÉGIME
DES TRAVAILLEURS SALARIÉS
Face à cette dynamique, il est devenu impératif d'établir un cadre juridique formel24, robuste et
clairement défini pour ces acteurs. Ils représentent en effet plus de 90 % de la main-d'œuvre
active et constituent l'épine dorsale de l'économie nationale. L'enjeu majeur était de sortir cette
masse de travailleurs de la précarité et de l'ombre de l'informel afin de leur garantir une
protection sociale minimale, digne et pérenne.
Sans une reconnaissance légale structurée et un système de couverture adapté, cette catégorie
vaste et hétérogène de travailleurs serait demeurée dramatiquement vulnérable face aux risques
sociaux fondamentaux (tels que la maladie, la maternité, les accidents de travail et, surtout, la
vieillesse).
La nécessité d'intégrer ces travailleurs au tissu de la protection sociale nationale est une question
de justice sociale25 et de stabilité économique.
La Côte d'Ivoire a ainsi relevé le défi de bâtir ce système de protection sociale spécifique.
Cependant, cette construction ne s'est pas faite ex nihilo26 (à partir de rien). Elle s'est fortement
inspirée des normes, structures institutionnelles et mécanismes existants qui encadrent déjà les
travailleurs salariés du secteur formel.
Cette approche, bien que pratique et pragmatique pour accélérer la mise en place et
l'opérationnalisation rapide du Régime Social des Travailleurs Indépendants (RSTI), confère au
cadre juridique des travailleurs indépendants une double nature fondamentale : L’autonomie
nécessaire : reconnaissance des spécificités inhérentes à leur statut (flexibilité des revenus,
absence de lien de subordination27, liberté d'activité), qui exige des règles d'affiliation, de
cotisations et de liquidation adaptées.
23. Économie des plateformes : modèle économique fondé sur l’utilisation d’interfaces numériques mettant en relation prestataires et clients, comme les services
de livraison, de transport ou de prestations freelances.
24. Cadre juridique formel : ensemble des règles écrites et officielles encadrant juridiquement une activité, une profession ou une institution.
25. Justice sociale : principe selon lequel les richesses, les droits et les protections doivent être répartis de manière équitable entre les membres d’une société.
26. Ex nihilo : expression latine signifiant « à partir de rien », utilisée pour désigner une création totalement nouvelle sans fondement préalable.
27. Lien de subordination : critère juridique caractérisant le contrat de travail, se traduisant par le pouvoir de direction, de contrôle et de sanction exercé par
l’employeur sur le salarié.
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La convergence formelle28 : Alignement structurel avec le régime général des salariés.
Ce système, conçu spécifiquement pour les travailleurs non-salariés, présente par conséquent
de nombreuses analogies stratégiques avec celui des employés en ce qui concerne la structure
institutionnelle et le caractère fondamental de la protection octroyée (les risques couverts).
Cette convergence n'est pas le fruit du hasard ; elle est une décision politique et administrative
mûrement réfléchie. Elle vise à asseoir la légitimité et la crédibilité du nouveau régime, et à
faciliter son administration en s'appuyant sur des mécanismes, des systèmes informatiques et
des expertises institutionnelles déjà éprouvés et maîtrisés.
L'alignement formel permet de traiter les travailleurs indépendants comme des assurés sociaux
à part entière, renforçant ainsi l'idée d'une assurance sociale universelle29, sans pour autant
ignorer leurs spécificités professionnelles et économiques.
En se référant aux dispositions du Code de Prévoyance Sociale ivoirien (loi de 1999 modifiée)
et des textes subséquents, notamment l'ordonnance et les décrets régissant le Régime Social des
Travailleurs Indépendants (RSTI) mis en place en 2019, il est capital de relever les similitudes
structurelles et fonctionnelles qui rapprochent intrinsèquement les deux régimes (salariés et
indépendants). Ces analogies garantissent la cohérence du système national de protection
sociale et se manifestent à deux niveaux principaux :
D'une part, l'Analogie dans l'Organisme de Gestion (Chapitre I), les similitudes découlent de
l'organisme unique et central chargé de l'administration du régime, à savoir la Caisse Nationale
de Prévoyance Sociale (CNPS).
Le fait de s'adosser à une institution établie et reconnue renforce la confiance des travailleurs
indépendants dans la pérennité et la solidité de leur nouveau régime.
28. Convergence formelle : rapprochement structurel entre deux régimes juridiques distincts qui adoptent des mécanismes similaires de fonctionnement.
29. Assurance sociale universelle : principe selon lequel l’ensemble de la population active doit pouvoir bénéficier d’une protection sociale contre les principaux
risques de la vie.
30. Institution pivot : organisme central autour duquel s’organise l’ensemble d’un système administratif ou juridique.
31. Rationalisation des coûts administratifs : réduction et optimisation des dépenses liées au fonctionnement administratif afin d’améliorer l’efficacité de gestion.
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D'autre part, l'Analogie dans la nature des prestations servies32 (Chapitre II)
Le RSTI a été articulé autour des risques sociaux majeurs déjà pris en charge par le régime
général, notamment :
Les Prestations Familiales et Maternité : couverture minimale pour les charges de famille et
l'accouchement.
Bien que les modalités de calcul et les conditions d'accès (notamment en matière de cotisations)
soient adaptées aux spécificités des indépendants, l'objectif fonctionnel de la protection est de
couvrir les mêmes risques sociaux fondamentaux34 et est rigoureusement aligné sur le régime
des salariés, assurant ainsi une équité de base dans la couverture sociale.
32. Prestations servies : avantages financiers ou en nature accordés par un organisme de sécurité sociale aux assurés ou à leurs ayants droit.
33. Revenu de remplacement : somme destinée à compenser l’absence temporaire ou définitive de revenus professionnels.
34. Risques sociaux fondamentaux : événements majeurs affectant la capacité de travail ou les revenus d’un individu, tels que la maladie, la maternité, les
accidents, l’invalidité ou la vieillesse.
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CHAPITRE I : DES SIMILITUDES TENANT À L'ORGANISME DE
GESTION
Le Régime Social des Travailleurs Indépendants (RSTI)35 en Côte d'Ivoire, bien que
conçu pour répondre aux besoins spécifiques d'une catégorie de travailleurs non-salariés, est
ancré dans une structure qui présente des similitudes significatives avec le régime destiné aux
employés salariés. Cette convergence formelle est loin d'être anodine ; elle est l'expression d'une
stratégie politique et administrative visant à asseoir la légitimité et l'efficacité du nouveau
système.
35. Régime Social des Travailleurs Indépendants (RSTI) : système spécifique de protection sociale institué en Côte d’Ivoire pour assurer la couverture sociale des
personnes exerçant une activité professionnelle indépendante.
36. Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) : institution publique chargée en Côte d’Ivoire de la gestion de la sécurité sociale des travailleurs salariés et,
depuis l’instauration du RSTI, des travailleurs indépendants.
37. Solidarité nationale : principe selon lequel l’ensemble des membres de la société contribue collectivement à la protection des plus vulnérables.
38. Universalité progressive de la sécurité sociale : extension graduelle de la couverture sociale à l’ensemble des catégories professionnelles.
39. Assuré social : personne bénéficiant de la couverture offerte par un régime de sécurité sociale en contrepartie du respect des conditions légales d’affiliation et
de cotisation.
9
sociale des employés. Nous allons analyser cette proximité sous deux angles cruciaux qui
définissent l'expérience de l'assuré avec l'institution :
La gestion administrative du travailleur indépendant (Section 1) : Le principe directeur est clair
: un même statut d'assuré social suppose, de manière générale, un même cheminement
administratif pour l'enregistrement et le suivi de son compte.
Dans un souci de cohérence et d'équité, la gestion des litiges pour les travailleurs indépendants
suit la même voie juridictionnelle42 et les mêmes procédures que celles appliquées aux salariés.
Cette uniformité contentieuse43 garantit que le travailleur indépendant bénéficie des mêmes
garanties de recours et des mêmes instances de médiation ou de jugement, assurant ainsi un
traitement égal devant la justice sociale.
L'objectif premier était d'éviter la lourdeur et les coûts associés à la création d'une nouvelle
entité de gestion.
Le premier point de convergence fondamental entre les salariés et les travailleurs indépendants
réside donc dans la gestion administrative centralisée et standardisée. L'architecture choisie fait
de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), organisme historique de la sécurité
sociale, le guichet unique44 pour les deux catégories d'assurés.
40. Affiliation : opération administrative par laquelle une personne est rattachée officiellement à un organisme de sécurité sociale afin de bénéficier de la
couverture prévue par la loi.
41. Immatriculation : inscription officielle d’un assuré auprès de la CNPS donnant lieu à l’attribution d’un numéro personnel d’identification sociale.
42. Voie juridictionnelle : recours exercé devant une juridiction compétente pour trancher un litige opposant un assuré à l’administration ou à un organisme
social.
43. Uniformité contentieuse : application des mêmes règles de recours, de contrôle et de sanction aux différentes catégories d’assurés sociaux.
44. Guichet unique : mécanisme administratif centralisant toutes les démarches d’un usager auprès d’une seule institution compétente.
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La procédure de gestion du travailleur indépendant par la CNPS est, dans ses étapes
fondamentales, pratiquement identique à celle du salarié, qu'il s'agisse de l'enregistrement initial
de l'assuré ou de la collecte régulière des cotisations.
Effectivement, dans les deux systèmes, l'affiliation formelle à la CNPS est érigée en condition
préalable essentielle et non négociable pour acquérir le statut juridique d'assuré social et, par
conséquent, pour ouvrir et conserver l'accès aux divers avantages et prestations sociales garantis
par la législation.
Autrement dit, la CNPS est l'unique organisme étatique habilité à gérer deux procédures
administratives interdépendantes et cruciales pour l'existence même du régime : la procédure
d’immatriculation desdits travailleurs indépendants (Paragraphe 1), qui marque l'entrée dans le
système, et la procédure de recouvrement de l’ensemble des cotisations sociales (Paragraphe
2), qui assure la pérennité financière du dispositif.
Cette standardisation favorise la gestion globale des assurés sociaux et réduit les dangers
d'inégalité entre les différentes catégories.
Le premier est de reconnaître légalement l'assuré et l'insérer dans la base de données nationale45
de la CNPS, ensuite d'identifier l'étendue des obligations de contribution, en particulier la
méthode de calcul des cotisations et enfin, accorder l'accès aux prestations, à condition de se
conformer aux critères établis par la loi.
45. Base de données nationale : ensemble structuré d’informations centralisées permettant l’identification et le suivi administratif des assurés sociaux.
11
L'inscription est habituellement effectuée en ligne ou à l'accueil, sur présentation des
justificatifs appropriés : pièces d'identité, registre du commerce, lieu de l'activité, et ainsi de
suite. Cette approche procédurale partagée avec l'employé reflète une intention de normaliser
et d'alléger le système, dans le but d'éviter la prolifération des régimes de gestion.
En effet, les travailleurs indépendants ont l'obligation de se rattacher au régime social des
travailleurs indépendants dans le mois suivant la date de leur assujettissement à ce régime. Pour
ce faire, le travailleur indépendant est tenu de fournir toutes les informations concernant son
identification.
Par conséquent, il est impératif pour lui de se déclarer et de s'affilier à la CNPS, en indiquant
d'une part le type de son activité professionnelle et d'autre part, le revenu minimal correspondant
à cette activité selon la catégorie socioprofessionnelle à laquelle il appartient ainsi que le
montant de la cotisation qu'il s'engage à payer, tout en respectant la cotisation minimale exigée
pour sa catégorie socioprofessionnelle conformément à la délibération du Conseil
d'administration de l'institution de prévoyance sociale CNPS.
Dans ce cas, c'est le travailleur indépendant qui a la responsabilité de se déclarer, soit l'individu
qui exerce une activité professionnelle pour son propre compte, contrairement au salarié dont
la déclaration est impérativement effectuée par son employeur. Cette affiliation peut être
réalisée soit chez l'une des agences de la CNPS, soit via la plateforme en ligne [Link].
Par ailleurs, cette affiliation peut être fait d’office par la CNPS elle-même. A cet effet, l’article
7 alinéa 2 dispose que « l’institution de prévoyance sociale CNPS peut procéder d’office à
l’affiliation de tout travailleur indépendant qui n’a pas procédé cette formalité dans le délai
prévu ».
Ainsi l’affiliation par le travailleur indépendant n’a pas été fait dans le mois suivant sont
assujettissement au régime, il peut se voir directement être affilié par la CNPS. Une fois le
travailleur affilié, l’on peut procéder à son immatriculation. Cette procédure est également gérée
par la CNPS.
12
L’immatriculation donne lieu à l’attribution d’un numéro unique communiqué par la CNPS à
tout nouvel assuré social et consacre donc l’acquisition de la qualité d’assuré social.
En outre, ce numéro d’immatriculation46 est composé de quatorze (14) chiffres. Il est aussitôt
notifié de la prise en compte de l’adhésion, l’affiliation voire l’immatriculation du travailleur
indépendant à la CNPS par messagerie téléphonique et ou par mail. Autrement dit, le numéro
d’immatriculation permet l’identification du travailleur dans la base de SECU47 (système
informatique) de la CNPS.
Comme nous avons pu le constater, l’immatriculation se fait également auprès d’une des
agences de rattachement de la CNPS présentes sur le territoire national soit en ligne via la
plateforme [Link] mais il serait plus judicieux de se faire immatriculer dans une agence.
Autrement dit, un agent de la CNPS appelé « agent enrôleur48 » peut se rendre sur le lieu de
travail du travailleur indépendant par exemple, pour procéder à l’immatriculation. Ici,
l’immatriculation se fait en trois étapes.
Ensuite, vient l’opération de la pré validation qui consiste à vérifier si les informations
enregistrées relativement à l’identification du travailleur indépendant (Nom et prénoms ; date
et lieu de naissance etc…) sur le logiciel informatique appelé « progrès » par l’agent enrôleur
46. Numéro d’immatriculation : identifiant personnel attribué à chaque assuré social permettant son suivi administratif et la gestion de ses droits.
47. SECU (système informatique CNPS) : plateforme numérique interne permettant la gestion des informations relatives aux assurés sociaux.
48. Agent enrôleur : agent chargé de procéder à l’identification, à l’enregistrement et à l’immatriculation des assurés sur le terrain.
49. Enrôlement : opération consistant à recueillir les données personnelles et professionnelles d’un assuré en vue de son immatriculation.
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sont exactes et exempts de toutes erreurs auquel l’agent procèdera à la correction des
informations erronées.
A la fin de cette opération, l’agent génère un dossier qui contiendra l’ensemble des informations
sur l’identité du travailleur indépendant.
Enfin, vient l’opération d’immatriculation qui est de générer un numéro unique au travailleur
indépendant qui est aussitôt notifié à celui-ci par sms et ou par e-mail.
Tout comme pour les employés, la CNPS est également responsable du processus de
collecte des cotisations sociales des travailleurs indépendants. Cette procédure de recouvrement
s’entend de l’engagement des actions de recouvrement par la CNPS (A) et des modalités de
recouvrement (B).
Ce pouvoir de recouvrement s’appuie sur des fondements juridiques solides et bien établis : il
repose sur l’obligation contributive50 qui incombe à chaque travailleur, sur l’exigibilité des
cotisations51 à des échéances précises, ainsi que sur l’application de pénalités en cas de retard
ou de défaut de paiement.
À ces mesures s’ajoutent des mécanismes plus coercitifs tels que la suspension temporaire de
certains droits sociaux, voire le recours à des procédures de contrainte légale permettant à
l’organisme de prévoyance d’obtenir le règlement des sommes dues. L’ensemble de ces
dispositions traduit la volonté de l’institution de sécuriser le financement du système de
protection sociale et d’assurer sa pérennité. Il convient de souligner que le paiement régulier
des cotisations sociales à l’organisme de recouvrement ne constitue pas une simple formalité
administrative : il ouvre en réalité la voie à l’accès à un ensemble de prestations sociales
essentielles. Ces prestations couvrent des risques majeurs de la vie professionnelle et
personnelle, tels que la maternité, la maladie, les accidents du travail ou encore la vieillesse.
50. Obligation contributive : devoir légal imposé à une personne de verser des cotisations destinées au financement de la sécurité sociale.
51. Exigibilité des cotisations : moment à partir duquel le paiement des cotisations devient légalement obligatoire.
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Le système fonctionne ainsi comme un contrat implicite : en s’acquittant de ses obligations
financières, le travailleur s’assure une sécurité sociale qui lui garantit un soutien en cas de
difficultés ou d’événements imprévus.
Contrairement aux travailleurs salariés, dont les cotisations sont généralement prélevées
directement sur leur rémunération par l’employeur, le travailleur indépendant est
personnellement et directement tenu débiteur des cotisations52 sociales. Cette responsabilité
individuelle implique que le versement des cotisations constitue une obligation qui repose
exclusivement sur lui, sans intermédiaire.
Le statut d’indépendant confère donc une autonomie particulière, mais également une
charge supplémentaire : celle de veiller à la régularité et à la ponctualité des paiements afin de
ne pas compromettre ses droits sociaux. Cette spécificité distingue nettement le régime des
indépendants de celui des salariés et met en lumière l’importance de la discipline financière
dans la gestion de leur activité. Par ailleurs, la mise en œuvre du recouvrement relève
directement de l’institution de prévoyance sociale, la CNPS, qui agit en qualité d’organe central
chargé de la collecte et du contrôle des cotisations.
À l’instar de ce qui est prévu pour les travailleurs salariés, la CNPS demeure l’autorité
compétente pour assurer le suivi des obligations contributives des indépendants. Plus
concrètement, le travailleur indépendant doit verser ses cotisations sociales de manière régulière
auprès de la CNPS, et plus précisément auprès du service spécialisé de recouvrement, la
Direction de Recouvrement (DREC). Ce service, mandaté par la CNPS, ne se limite pas à la
simple collecte des cotisations : il exerce également une mission de contrôle53, vérifiant la
conformité des paiements54 et sanctionnant les manquements éventuels. Ainsi, la DREC joue
un rôle stratégique dans le maintien de l’équilibre financier du système de prévoyance sociale,
en garantissant que chaque travailleur indépendant contribue équitablement à la solidarité
nationale.
52. Débiteur des cotisations : personne légalement tenue de payer les cotisations sociales dues à l’organisme de sécurité sociale.
53. Mission de contrôle : pouvoir reconnu à l’administration de vérifier la régularité des déclarations et des paiements effectués par les assurés.
54. Conformité des paiements : adéquation entre les montants versés, les délais respectés et les obligations prévues par la réglementation sociale.
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Une procédure uniforme pour toutes les catégories d'assurés diminue la complexité, prévient
les fautes et offre à la CNPS un système de gestion financière consolidé.
En ce qui concerne la périodicité de recouvrement, les cotisations sociales sont dues
trimestriellement c’est à dire tous les trois mois. Le versement est effectué au plus tard le
quinzième jour suivant le trimestre auquel les cotisations se rapportent mais dans la pratique, il
n’existe pas de délai de paiement à proprement dit : les travailleurs indépendants peuvent payer
leur cotisation selon le choix de la période qui leur convient. Autrement dit, ils peuvent effectuer
des versements journaliers (paiement par jour), mensuels (paiement par mois) et trimestriels.
Par ailleurs, les cotisations sont portables et leur paiement peut être totalement ou partiellement
anticipé. Autrement dit, le travailleur indépendant a la possibilité de payer totalement ou
partiellement les cotisations sociales dues de l’année en cours. Néanmoins, cette anticipation
de paiement ne peut porter sur plus de douze mois de cotisations et sur des mois autres que ceux
de l’année en cours, cela signifie tout simplement que le travailleur indépendant ne peut payer
des cotisations dues pour l’année précédente.
Quant aux moyens de paiement, le travailleur indépendant peut effectuer le versement des
cotisations sociales à travers trois modes s’offrant à lui. En effet, le travailleur indépendant peut
payer d’une part par virement bancaire c’est-à-dire sur le compte bancaire de l’agence CNPS.
D’autre part, le travailleur indépendant peut payer également par chèque : aux guichets de la
CNPS et en espèces. A cela s’ajoute, le paiement des cotisations sociales également via Mobile
Money c’est à dire à travers les plateformes de paiement électronique : « MTN MOBILE
MONEY, WAVE etc. ».
De plus, pour le recouvrement des cotisations55 sociales dues par les travailleurs indépendants,
la Caisse Nationale de prévoyance Sociale peut conclure des conventions de partenariat avec
tout groupement, organisation, association ou coopérative ou avec tout structure qu’elle agrée.
En effet, la CNPS peut conclure avec un groupe, ou une association coopérative de travailleurs
indépendants du mode de recouvrement des cotisations. Dans la pratique, certains travailleurs
indépendants ont convenu avec la CNPS de payer par carnet avec une microfinance CAC selon
le principe traditionnel des tontines “signé-signé“. Cependant, le montant de la cotisation est
calculé en fonction du revenu d’activité déclaré par le travailleur indépendant et dans la limite
du plafond du régime.
55. Recouvrement des cotisations : procédure par laquelle l’organisme de sécurité sociale perçoit les contributions financières dues par les assurés.
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Section II : La gestion contentieuse du travailleur indépendant par la CNPS
Le rapprochement entre le régime des indépendants et celui des salariés ne se limite pas
à la simple gestion administrative. Il s’étend aussi au domaine contentieux, notamment à travers
l’exercice par la CNPS d’un pouvoir de contrôle56 et de sanction. L’existence de ce pouvoir,
identique dans les deux régimes, illustre une fois de plus la volonté du législateur d’assurer une
cohérence globale dans la gouvernance de la sécurité sociale à la mise en œuvre de la procédure
de contrôle du recouvrement57 des cotisations (Paragraphe 1) d’une part et d’autre part, à
l’application de sanctions en cas d’infractions sociales (Paragraphe 2).
Par ailleurs, lorsque le contrôle effectué par la CNPS révèle une modification dans la nature des
activités professionnelles exercées par ces travailleurs indépendants, la CNPS procède d’office
c’est-à-dire sans demande préalable au besoin, et ou dans l’hypothèse où le travailleur
indépendant le demande, au changement de catégorie socioprofessionnelle60 dans le système
informatique de la CNPS. Par conséquent, ce changement modifie automatiquement le revenu
plancher mensuel61 du travailleur indépendant et également son montant de cotisation.
56. Pouvoir de contrôle : prérogative reconnue à la CNPS lui permettant de vérifier la conformité des déclarations, des paiements et de l’activité professionnelle
des assurés.
57. Contrôle du recouvrement : vérification effectuée par la CNPS afin de s’assurer que les cotisations dues ont été correctement déclarées et effectivement
versées.
58. Cotisations sociales : sommes versées par les assurés ou les employeurs pour financer les prestations de sécurité sociale.
59. Catégorie socioprofessionnelle : classement des individus selon leur activité professionnelle, leur statut économique et leur niveau de revenu.
60. Changement de catégorie socioprofessionnelle : reclassification administrative de l’assuré lorsque la nature de son activité professionnelle évolue.
61. Revenu plancher mensuel : seuil minimal de revenu retenu pour calculer les cotisations sociales dues par un travailleur indépendant.
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Autrement dit, la modification du revenu plancher dit revenu minimal déclaré62 par le
travailleur indépendant en fonction de la catégorie socioprofessionnelle à laquelle il appartient
prend effet à partir du mois suivant celui au cours de laquelle la modification de l’activité
professionnelle du travailleur indépendant s’est effectuée.
Paragraphe 2- Au niveau du paiement des cotisations sociales
Tout comme dans un statut d'employé, la CNPS contrôle la conformité des paiements
de cotisations, On analyse les éléments suivants : les sommes versées ; la fréquence des
paiements ; la concordance entre le revenu déclaré et la situation économique réelle ; la présence
de retards ou d’amendes. Si des infractions sont commises, la CNPS peut adopter les mesures
suivantes : des pénalités pour retard ; une suspension des droits ; un recouvrement forcé63 ; ou
une action en justice64. En effet, les cotisations sociales dues par le travailleur indépendant sont
payables trimestriellement. C’est grâce à ces dites cotisations que la CNPS sera en mesure de
garantir la couverture de certains risques aux travailleurs indépendants. Par conséquent, pour
que le travailleur indépendant puisse bénéficier de ces avantages, mieux encore avant tout
service de prestations par la CNPS, celle-ci va effectuer un contrôle sur le paiement des
cotisations. Dans la pratique, l’organisme de recouvrement CNPS représenté par la Direction
de Recouvrement (DREC)65 doit vérifier si le travailleur indépendant a cotisé au moins trois
trimestres (9mois) pendant trois trimestres sur les quatre derniers trimestres de l’année en cours
précédant l’arrêt de l’activité professionnelle de ce dernier en cas d’ouverture du droit aux
prestations66 maternité puis maladie et accident. S’il s’avère que le travailleur indépendant n’a
pas cotisé pendant trois trimestres sur les quatre derniers trimestres de l’année en cours, il ne
pourra pas évidemment être pris en charge par la CNPS pour bénéficier desdites prestations.
Par contre, dans la prestation retraite67, le travailleur indépendant doit avoir cotisé au moins
pendant dix ans pour pouvoir bénéficier de ladite assurance ; dans le cas contraire, il ne pourra
également être en pris en charge par la CNPS.
Ainsi, comme nous pouvons le constater le régime juridique68 du travailleur indépendant est au
regard de l’organisme de gestion semblable à celui des travailleurs. La CNPS assure la fois la
gestion administrative et contentieuse. Or, dans certains pays comme la France, les travailleurs
indépendants sont gérés par une structure différente de celle des travailleurs salariés.
62. Revenu minimal déclaré : montant plancher de revenu retenu pour déterminer l’assiette minimale de cotisation d’un travailleur indépendant.
63. Recouvrement forcé : procédure coercitive utilisée par l’administration pour obtenir le paiement des cotisations dues en cas de refus ou de retard.
64. Action en justice : recours porté devant une juridiction compétente afin d’obtenir l’exécution forcée d’une obligation ou la sanction d’une infraction.
65. Direction de Recouvrement (DREC) : service spécialisé de la CNPS chargé de la collecte, du contrôle et du suivi des cotisations sociales.
66. Ouverture du droit aux prestations : moment à partir duquel l’assuré remplit les conditions légales lui permettant de bénéficier des prestations sociales.
67. Prestation retraite : pension ou allocation versée à l’assuré ayant cessé son activité professionnelle en raison de l’âge ou de la durée de cotisation.
68. Régime juridique : ensemble cohérent de règles de droit applicables à une situation, une activité, une institution ou une catégorie de personnes.
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Cette similitude entre le régime des travailleurs indépendants et celui des travailleurs salariés
en droit ivoirien est visible également au niveau de la forme des prestations fournies.
19
CHAPITRE II : DES SIMILITUDES RELATIVES A LA FORME DES
RISQUES COUVERTS
La mise en place du régime social des travailleurs indépendants (RSTI) en Côte d'Ivoire
a été guidée par la volonté d'assurer à cette catégorie de la population active une couverture
sociale équivalente dans son essence à celle offerte aux salariés. Il existe par conséquent des
similitudes fondamentales entre la protection sociale des travailleurs indépendants et celle des
employés, notamment en ce qui concerne la nature des risques sociaux couverts. Cette
convergence n'est pas fortuite ; elle découle directement de la définition légale des objectifs de
la Prévoyance sociale nationale. Effectivement, d'après l'article premier de la loi instituant le
Code de Prévoyance Sociale69, l'ambition du service public est universelle : « Le service public
de la Prévoyance sociale vise à accorder des prestations pour atténuer les implications
financières liées à divers risques ou situations, notamment : les accidents du travail et les
maladies professionnelles70 ; la maternité ; la retraite, l'invalidité et le décès ».
Si l'on catégorise ces risques couverts de manière synthétique, on retrouve les trois grandes
branches traditionnelles de la sécurité sociale : les allocations familiales71 (y compris la
maternité), les accidents liés au travail et les maladies professionnelles (risques professionnels,
invalidité, décès) et la vieillesse (retraite).
Par conséquent, hormis quelques services associés spécifiquement aux allocations familiales
qui peuvent impliquer des mécanismes d'emploi formel (congés payés, etc.) plus complexes à
transposer au travail indépendant, les mêmes risques majeurs qui sont couverts sous le régime
juridique des employés sont également pris en charge dans le contexte du régime juridique des
travailleurs autonomes. La substance de la protection est préservée : le législateur a reconnu
que le travailleur indépendant, comme le salarié, est exposé à des événements de vie qui peuvent
interrompre son activité et engendrer une perte de revenu ou des dépenses exceptionnelles.
Cette similitude dans la typologie des risques couverts est un point d'analogie institutionnel
crucial, car elle confère une égalité de principe entre les deux régimes. Les deux systèmes sont
conçus pour garantir un filet de sécurité face aux mêmes aléas majeurs de l'existence
professionnelle. L'objectif est d'assurer une continuité dans la capacité à faire face aux
conséquences financières des évènements imprévus, qu'ils soient biologiques, physiques ou liés
à la cessation d'activité.
69. Prévoyance sociale : système institutionnel destiné à prévenir ou compenser les conséquences économiques des risques sociaux affectant les travailleurs et
leurs familles.
70. Maladies professionnelles : affections contractées du fait de l’exposition habituelle à un risque lié à l’activité professionnelle exercée.
71. Allocations familiales : prestations financières destinées à aider les familles à supporter les charges liées à l’entretien et à l’éducation des enfants.
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Ainsi, l'étude des prestations servies par la CNPS aux travailleurs indépendants révèle cette
dualité de l'approche législative : une similitude de fond dans les risques ciblés, mais une
spécificité dans l'application qui sera étudiée plus tard.
Les deux systèmes couvrent les mêmes types de risques. Nous les examinerons en détail selon
deux grands blocs fonctionnels.
D’une part, les risques entraînant une incapacité d’exercice72 (Section I) : Cette catégorie
englobe la maternité, les accidents et les maladies. Ces événements ont en commun de rendre
le travailleur, qu'il soit salarié ou indépendant, temporairement ou définitivement incapable de
générer un revenu par son activité.
La protection sociale vise ici à compenser la perte de gains73 et, dans certains cas, à prendre en
charge les frais liés (soins, etc.).
D’autre part, le risque vieillesse74 (Section II) : Ce risque est universel et concerne la cessation
d'activité due à l'âge. Il nécessite la constitution d'une épargne collective pour garantir un revenu
de substitution (pension de retraite) à l'assuré lorsqu'il ne peut plus travailler. Cette branche
inclut également les prestations de survivants (pension de réversion) en cas de décès de l'assuré.
Cette structure de couverture des risques atteste de la volonté d'intégrer pleinement les
indépendants dans le système de sécurité sociale national tout en s'inscrivant dans la continuité
des principes établis pour les salariés.
Ces risques sont fondamentaux car, pour l'indépendant, toute interruption d'activité se traduit
immédiatement par une perte de gains. Il est donc crucial que le système de prévoyance sociale
intervienne pour pallier cette défaillance économique.
72. Incapacité d’exercice : impossibilité temporaire ou définitive pour un travailleur d’exercer son activité professionnelle en raison d’un état de santé ou d’un
événement couvert.
73. Perte de gains : diminution ou suppression des revenus professionnels causée par l’incapacité de travailler.
74. Risque vieillesse : situation dans laquelle l’assuré cesse ou réduit son activité professionnelle en raison de l’âge, entraînant la nécessité d’un revenu de
substitution.
21
Le RSTI gère, tout comme pour le régime des employés salariés, les risques liés à la maternité,
aux maladies et aux accidents. Cette similarité dans l'objet de la couverture est un pilier de la
convergence formelle entre les deux régimes.
En effet, l'approche législative part du principe que, quelle que soit la nature du statut
professionnel, certains aléas de la vie doivent être protégés. Cette protection s'articule autour
de principes semblables concernant à la fois les conditions d'éligibilité (existence d'une durée
minimale de cotisation75, par exemple) et les modalités de paiement des prestations (versement
d'indemnités journalières).
L'objectif est d'assurer une certaine continuité économique76 et une tranquillité d'esprit à l'assuré
face à ces imprévus.
Cependant, si le risque est le même dans sa nature (une grossesse, une jambe cassée), la
méthodologie d'application doit être adaptée aux spécificités du travail non-salarié (absence de
lien de subordination, revenus variables77, absence de déclaration d'arrêt de travail par un
employeur).
Le fait que la CNPS soit l'organisme unique de gestion garantit que les standards d'évaluation
et de versement sont homogènes, tout en permettant les ajustements nécessaires à la situation
de l'indépendant.
Cette prise en compte des risques entraînant une incapacité d'exercice se décline en deux axes
majeurs qui seront examinés successivement :
Le risque maternité (Paragraphe I) bien que spécifique aux femmes, est essentiel pour garantir
les droits des travailleuses indépendantes durant la période de grossesse et post-natale. Le RSTI
doit prévoir un dispositif de remplacement de revenu et d'accompagnement de cette période
biologique, similaire dans son intention aux dispositions prévues pour les salariées, mais
nécessairement distinct dans ses conditions d'octroi et de calcul des indemnités, en l'absence de
contrat de travail et de fiches de paie traditionnelles.
Le risque accidents et maladies (Paragraphe II) couvre les incapacités résultantes d'un
événement soudain (accident) ou d'une altération de la santé (maladie). Un point de
convergence notable du RSTI est que, contrairement au régime salarié qui se focalise
traditionnellement sur les risques professionnels78, le régime des indépendants a souvent une
75. Durée minimale de cotisation : période minimale exigée par la loi pendant laquelle l’assuré doit avoir cotisé pour bénéficier de certaines prestations.
76. Continuité économique : maintien minimal des ressources financières de l’assuré malgré la survenance d’un risque social.
77. Revenus variables : revenus irréguliers ou fluctuants caractérisant souvent l’activité des travailleurs indépendants.
78. Risques professionnels : événements dommageables directement liés à l’exercice de l’activité professionnelle, notamment les accidents du travail et les
maladies professionnelles.
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portée plus large, couvrant l'ensemble des accidents et maladies, qu'ils soient liés ou non à
l'activité professionnelle. Cette généralisation de la couverture renforce la notion de protection
sociale globale pour l'indépendant.
Le risque maternité représente l'un des progrès significatifs du RSTI, puisqu'il établit
l'égalité entre les femmes salariées et les femmes indépendantes en termes de protection sociale.
Il est évident que le législateur a voulu s'assurer que la condition professionnelle de la femme
ne conduise pas à une discrimination dans l'accès aux services liés à la maternité. Ces
prestations sont faites selon certaines conditions (A) et modalités (B) semblables à certains
égards à celle des salariées.
L’assurance maternité se définit comme l’assurance qui est due à la femme « travailleur
indépendant » pendant sa grossesse et la durée de son congé de maternité79, qui suspend son
activité du fait de son état de grossesse ou de son accouchement. De cette définition, ressort
deux conditions cumulatives que les travailleurs indépendants ont en partage avec les
travailleurs salariés.
La première condition est que la femme « travailleur indépendant » soit en état de grossesse
c’est à dire être en état de donner naissance à un être vivant et viable et cette grossesse doit être
bien évidemment déclarée à la CNPS. Il en est de même pour la femme salariée.
Quant à la seconde condition, elle consiste à ce que la femme « travailleur indépendant » soit
dans l’incapacité de continuer son travail par la suite de la survenance d’une grossesse.
Autrement dit, la femme « travailleur indépendant » doit suspendre son activité professionnelle
du fait de sa grossesse ou de son accouchement et ce pendant une durée de trois mois : durée
correspondant au congé de maternité pour une femme travailleur indépendant. De même, la
salariée a le droit de suspendre son contrat de travail en cas de grossesse étant dans l’incapacité
d’exercer pendant une durée de 14 semaines qui peut être modifiée.
Il est attribué à toute femme salariée qui donne naissance sous contrôle médical à un enfant né,
vivant et viable une allocation de maternité.
Par ailleurs au-delà de ces conditions communes, des modalités de bénéfices de la couverture
sont également en partage aux deux types de travailleuses.
79. Congé de maternité : période légale durant laquelle la femme suspend son activité professionnelle en raison de la grossesse et de l’accouchement.
23
B- Les modalités communes de mise en œuvre de la couverture
La femme « travailleur indépendant » tout comme la femme salariée qui suspend son
travail du fait de son état de grossesse ou de son accouchement, a droit, pendant la période fixée
à l’article 11 du Code de prévoyance sociale c’est-à-dire la période ne pouvant excéder la
période légale de couches, à une indemnité journalière80 dite « indemnité de maternité ».
Autrement dit, la couverture sociale du risque maternité s’opère par l’octroi par l’octroi des
indemnités journalières.
Il faut entendre par indemnités journalières, les revenus de remplacement en cas d’interruption
temporaire de l’activité professionnelle du travailleur indépendant.
Autrement dit, les sommes d’argent versées au travailleur indépendant pendant le temps de son
incapacité temporaire d’exercice en remplacement de son revenu.
L’indemnité est due pour chaque jour ouvrable ou non, sur une période ne pouvant excéder la
période légale de couche dont quatre-vingt-dix-huit (98) jours répartis entre la période
prénatale81 et la période postnatale82. En effet, l’indemnité de maternité est due d’une pour la
période prénatale et d’autre part pour la période postnatale.
Concernant la période prénatale, elle est due pour quarante-deux jours (42) jours à partir de sept
mois et demi. La femme « travailleur indépendant » doit produire un certificat médical de
grossesse83 délivré par le médecin traitant et qui détermine la date probable de l’accouchement.
Il en est de même pour la femme salariée qui doit également produire un certificat de grossesse
de 7 mois et demi indiquant la date présumée d’accouchement.
A cela s’ajoute, une attestation sur l’honneur84 de n’exercer aucune activité sur la période établie
par la femme « travailleur indépendant ». Pour la femme salariée, il s’agit d’une attestation
d’arrêt de travail pour congé de maternité délivrée par son employeur.
En ce qui concerne la période postnatale, elle est due pour cinquante-six (56) jours à partir de
l’accouchement et pour le temps restant sans dépasser les quatre-vingt-dix-huit jours sur la
totalité du congé maternité voire cinquante-six (56) jours et ce, à condition que la femme «
travailleur indépendant » ait fourni un certificat d’accouchement85 à la CNPS et un extrait d’acte
de naissance si l’enfant est vivant.
80. Indemnité journalière : somme versée quotidiennement ou mensuellement pour compenser la perte temporaire de revenu due à l’incapacité d’exercer.
81. Période prénatale : période précédant l’accouchement durant laquelle la femme enceinte bénéficie d’une protection spécifique.
82. Période postnatale : période suivant l’accouchement durant laquelle la mère bénéficie d’une protection médicale et sociale.
83. Certificat médical de grossesse : document médical attestant l’état de grossesse et indiquant la date probable de l’accouchement.
84. Attestation sur l’honneur : déclaration écrite par laquelle une personne affirme personnellement la véracité d’une situation donnée.
85. Certificat d’accouchement : document médical attestant la naissance effective de l’enfant.
24
Aussi, il est attribué à toute femme salariée qui donne naissance sous contrôle médical à un
enfant né, vivant et viable une allocation de maternité.
Il y a lieu de préciser que cette indemnité maternité pour la femme travailleuse indépendant »
comme pour la femme salariée est payable mensuellement à terme échu.
Comme on peut le constater le législateur a bien voulu appliquer à certains égards les mêmes
conditions et modalités de bénéfices de l’indemnité maternité à la femme « travailleur
indépendant » et à la femme salariée en raison de la similitude de la situation liée à la grossesse.
Cette assimilation se manifeste aussi par la prise en compte du risque accident et maladie.
Les risques liés à la maladie et aux accidents représentent les aspects traditionnels de la
sécurité sociale. Dans ce contexte, le législateur a choisi une démarche uniforme, offrant aux
travailleurs indépendants les mêmes protections que les employés en cas de problèmes de santé.
Cela permet d’observer des conditions similaires de bénéfice de l’indemnité (A) mais aussi des
procédures à suivre (B).
La couverture sociale des risques accident et maladie se réalise lorsque l’assuré se trouve
dans l’incapacité physique constatée, de continuer ou de reprendre le travail par la suite de la
survenance de l’un de ces risques. Autrement dit, le travailleur indépendant tout comme le
salarié atteint d’une incapacité temporaire d’exercice87 par suite d’une maladie ou d’un accident
a droit à une indemnité dite « indemnité de maladie ». Les prestations AT-MP88 font, en effet,
partie du « cortège ordinaire des prestations sociales ».
Dès lors, l’ouverture aux droits de cette prestation passe nécessairement par la réunion de deux
conditions formelles cumulatives.
86. Prestation maladie : indemnité ou prise en charge accordée à l’assuré en cas d’incapacité temporaire de travail liée à une maladie.
87. Incapacité temporaire d’exercice : impossibilité momentanée pour l’assuré de poursuivre son activité professionnelle en raison d’un accident ou d’une
maladie.
88. Prestations AT-MP : prestations relatives aux Accidents du Travail et aux Maladies Professionnelles accordées aux assurés sociaux.
25
Cette déclaration d’incapacité temporaire d’exercice du travailleur indépendant doit être
dument constatée par un médecin et ensuite approuvée par le médecin conseil de l’institution
de prévoyance sociale CNPS.
De même pour le salarié cette déclaration doit être faite par l’employeur et constatée par voie
médical et ou en cas d’accident à la suite d’une enquête.
En effet, ceux-ci ne doivent pas être provoqués par le travailleur indépendant : ils ne doivent
pas être prémédités, occasionnés de manière volontaire par le travailleur indépendant dans le
but de bénéficier d’une indemnité. Dans ce même sens, l’article 113 du code de prévoyance
sociale dispose que « Ne donne lieu à aucune indemnité, en vertu du présent titre, l'accident
résultant de la faute intentionnelle89 de la victime. »
A ces conditions similaires, il faut également souligner que les procédures à mener relativement
à ces deux risques présentent également des similarités avec celle des travailleurs salariés.
En ce qui concerne la procédure d'enquête, il est important de noter que celle-ci est de principe
gratuit pour l'assuré. Ce caractère gratuit vise à ne pas entraver l'accès de l'indépendant à ses
droits en cas de litige ou de besoin d'éclaircissement sur sa situation.
Cependant, lorsque l'enquête oblige l'Institution de Prévoyance Sociale (IPS) à effectuer des
déplacements éloignés, les frais normaux occasionnés par ces déplacements sont supportés ou
remboursés par la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), à condition d'être dûment
justifiés.
89. Faute intentionnelle : comportement volontaire par lequel l’assuré provoque délibérément le dommage afin d’obtenir indûment une prestation.
90. Contrôle médical : vérification effectuée par le médecin-conseil de la CNPS afin de confirmer la réalité de l’incapacité déclarée.
26
Cela garantit que la distance géographique ne soit pas un obstacle à la vérification des faits et à
l'équité du traitement, peu importe où le travailleur indépendant exerce son activité sur le
territoire ivoirien.
Le contrôle médical est un pilier de la gestion des indemnités journalières. Il est exercé par les
médecins de l'Institution de Prévoyance Sociale CNPS, appelés médecins-conseils. Ce
processus est essentiel pour objectiver l'incapacité de travail et assurer que les arrêts de travail
correspondent bien à une réalité médicale.
Attestation sur l'honneur : Ce certificat d'arrêt de travail doit impérativement être accompagné
d'une attestation sur l'honneur de n'exercer aucune activité durant la période d'incapacité
temporaire d'exercice, établie par l'assuré lui-même. Cette pièce est cruciale pour l'indépendant,
car elle remplace le contrôle de l'employeur et constitue la preuve formelle que l'assuré
s'abstient de toute activité rémunérée durant la période indemnisée.
La date de début de l'incapacité indiquée par le médecin traitant est celle à prendre en
considération, si elle est approuvée par le médecin-conseil. Si cette date n'est pas jugée
conforme ou pertinente par le médecin-conseil, le début de l'incapacité temporaire d'exercice
est fixé souverainement par ce dernier.
Ces mécanismes d'enquête et de contrôle médical démontrent que le RSTI a adopté les mêmes
exigences de rigueur et de vérification que le régime salarié, garantissant ainsi une gestion saine
et équitable des fonds, tout en protégeant les droits des assurés.
91. Médecin-conseil : médecin rattaché à la CNPS chargé d’évaluer la validité médicale des demandes de prestations sociales.
92. Médecin traitant : praticien assurant habituellement le suivi médical de l’assuré et établissant les certificats nécessaires.
27
Une fois établies les similarités de gestion et de couverture des risques à court terme (incapacités
d'exercice), la loi a également étendu cette convergence entre les régimes juridiques des
travailleurs indépendants et celui des salariés en prévoyant pour les indépendants une
couverture du risque vieillesse.
Le risque vieillesse est sans doute le pilier le plus lourd et le plus pérenne de tout système de
sécurité sociale. L'intégration de cette assurance au RSTI confirme la reconnaissance de
l'indépendant comme un acteur économique dont le cycle de vie doit être sécurisé jusqu'à la
retraite. Cette extension des similitudes signifie que le travailleur indépendant, comme le
salarié, cotise obligatoirement durant sa carrière active afin de bénéficier, à l'âge légal, d'une
pension de retraite qui lui assure un revenu de substitution.
L'inclusion du risque vieillesse dans le RSTI (Section II) assure que les indépendants sont
soumis aux mêmes principes de capitalisation et de solidarité intergénérationnelle93 qui sous-
tendent le régime salarié, même si les modalités concrètes de calcul de la pension et les
conditions de durée de cotisation (notamment l'utilisation d'un système à points94) sont
spécifiquement adaptées à la variabilité de leurs revenus. Cette convergence dans la couverture
du risque vieillesse achève d'établir une égalité de finalité entre les deux régimes.
Le régime de retraite des travailleurs indépendants et celui des travailleurs salariés ont
en commun deux formes de pension. Il s’agit de la pension de retraite95 et de la pension de
réversion
A- La pension de retraite
93. Solidarité intergénérationnelle : principe selon lequel les cotisations des actifs financent les pensions des retraités dans le cadre du système de retraite.
94. Système à points : mode de calcul de la retraite dans lequel les cotisations donnent droit à des points convertis ensuite en pension.
95. Pension de retraite : somme versée périodiquement à l’assuré ayant atteint l’âge légal de départ à la retraite et remplissant les conditions de cotisation exigées.
28
continent et seulement 5 % des actifs contribuent effectivement à un régime de retraite
obligatoire en Afrique subsaharienne. Ce chiffre devrait doubler en 2030 et atteindre les 200
millions en 2050.
La couverture actuelle des régimes de retraite est très faible et est réservée en grande partie aux
fonctionnaires de l’État, des organismes internationaux et aux salariés du privé formel (environ
10 % de la population active).
Cette situation est due à la place importante du secteur informel96 dans l’économie africaine
représentant environ 90 % de la création d’emplois selon la Banque Mondiale. C’est pourquoi
il était d’affilier cette population à un système de sécurité sociale obligatoire tout comme dans
le cas des salariés.
Ainsi, le législateur a mis en place pour les travailleurs indépendants à l’instar des salariés un
système de sécurité sociale obligatoire relativement à la retraite qui se matérialise par l’octroi
d’une pension vieillesse aux travailleurs indépendants.
La pension de retraite ou vieillesse consiste donc en une somme d’argent versée au travailleur
indépendant lors du départ à la retraite qui est fixé à l’âge de 60 ans pour les travailleurs
indépendants comme pour les salariés. Cependant, les assurés peuvent demander la pension
vieillesse à partir de cinquante-cinq (55) ans. Dès lors, le montant de la pension vieillesse est
réduit de cinq (5) %.
Au-delà de la pension la similitude des régimes se manifeste également par l’existence d’une
pension de réversion.
Il s’agit de la pension due aux ayants droits de l’assuré en cas de décès de ce dernier. Il
existe donc une pension versée au conjoint survivant et une pension due aux orphelins. Les
mêmes prestations selon différentes modalités se retrouvent dans le régime des indépendants
tout comme celui des salariés.
96. Secteur informel : ensemble des activités économiques non déclarées ou insuffisamment réglementées par l’État, échappant souvent à l’imposition et à la
protection sociale.
97. Ouverture du droit à pension : moment où l’assuré remplit toutes les conditions légales pour bénéficier de la pension de retraite.
29
Quant à la pension d’orphelin98, en cas de décès du conjoint, soit antérieurement, soit
postérieurement au décès de l'assuré, chaque orphelin mineur du bénéficiaire d'une pension de
vieillesse ou de l'assuré a droit jusqu'à l'âge de vingt et un ans à une pension d'orphelin.
L'allocation unique est un soutien de substitution destiné aux assurés qui ne répondent
pas aux critères requis pour bénéficier d'une pension complète de retraite. Sa présence dans le
RSTI témoigne d'une politique d'inclusion totale du freelance dans le système de protection
sociale.
Le régime des travailleurs indépendants tout comme celui des travailleurs salariés admet le
principe de l’allocation unique (A) et ainsi que la possibilité de sa transmission (B).
L’expression allocation unique fait référence à la somme d’argent versée à l’assuré sous
forme de capital lorsque celui-ci ne remplit pas les conditions légales d’années de cotisations
pour bénéficier d’une pension. L’idée de cette prestation qui est commune aux salariés ainsi
qu’aux indépendants, vient de la nécessité de prendre en compte toutes les situations possibles
pour faire bénéficier l’assuré de ses cotisations sociales.
Ainsi, ce droit est prévu dans le cadre des salariés en ces termes « Bénéficie de l’allocation
unique99 sous forme d’un capital versé en une seule fois, le travailleur qui, à 60 ans, totalise une
période d’activité salariée soumise à cotisations à la branche Retraite100 de la Caisse nationale
de Prévoyance sociale, de plus de deux (2) ans, mais de moins de quinze (15) années ».
Ce droit est également prévu presque dans les mêmes termes par le régime des travailleurs
indépendants. En effet, l’article affirme L’assuré qui à l'âge fixé pour l'ouverture du droit à la
pension de vieillesse, a accompli moins de quarante trimestres de cotisations effectives au
régime social des travailleurs indépendants, bénéficie d'une allocation unique.
98. Pension d’orphelin : prestation accordée aux enfants mineurs ou légalement protégés de l’assuré décédé.
99. Allocation unique : capital versé en une seule fois à l’assuré qui ne remplit pas les conditions nécessaires pour bénéficier d’une pension de retraite complète.
100. Branche retraite : partie du système de sécurité sociale consacrée à la couverture du risque vieillesse et au versement des pensions.
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B- Une possibilité de transmission de l’allocation unique
Le Régime Social des Travailleurs Indépendants (RSTI) n'a pas voulu faire disparaître,
tout comme dans le cadre des salariés, les droits acquis par l'assuré relativement à l'allocation
unique après son décès. L'allocation unique est une prestation de retraite versée en une seule
fois, destinée aux assurés qui n'ont pas atteint le minimum de trimestres de cotisation requis
pour bénéficier d'une pension viagère101 (rente).
Le principe de la réversion est ici fondamental. En effet, il ne s'agit en aucun cas d'une rente,
car cette dernière s'éteint par définition au décès de son bénéficiaire.
L'allocation unique, étant un capital, représente une somme d'argent accumulée par l'assuré qui
fait partie de son patrimoine social.
La loi ivoirienne assure une similitude frappante entre les régimes salariés et indépendants en
ce qui concerne le sort de ce capital après le décès de l'assuré :
La même mesure de solidarité est prévue pour les salariés : En cas de décès du travailleur
salarié, cette allocation est également reversée au conjoint survivant non remarié. Le montant
de l’allocation unique du conjoint survivant correspond, là encore, à la moitié de ce qu’aurait
perçu le travailleur salarié s'il avait liquidé ses droits de son vivant.
Cette identité de traitement pour la réversion de l'allocation unique constitue une preuve
supplémentaire de la convergence formelle des deux régimes, assurant une protection post
mortem et une sécurité financière de base au conjoint survivant dans les deux catégories
professionnelles.
En clair, il ressort clairement que le législateur ivoirien a voulu atténuer la distinction statutaire
entre le travailleur salarié et le travailleur indépendant en offrant à ce dernier une protection
sociale qui comporte des similitudes structurelles et formelles avec celle des salariés.
Les ressemblances sont patentes. Le travailleur indépendant est géré sur le plan social par le
même organisme (la CNPS) que le salarié, garantissant une uniformité administrative.
101. Pension viagère : pension versée de manière continue jusqu’au décès du bénéficiaire.
31
De plus, les prestations prévues sont similaires dans leur forme (couverture de la maternité, de
la maladie, des accidents et de la vieillesse), assurant une même finalité de protection des
risques fondamentaux. Ces similitudes témoignent d'une volonté politique d'intégration et
d'efficacité institutionnelle.
Cependant, les analyses détaillées montrent que ces analogies ne sont qu'une façade structurelle.
Elles masquent une spécificité profonde du régime juridique des travailleurs indépendants qui
se manifeste surtout au regard du contenu des prestations fournies. C'est dans le détail des règles
d'éligibilité (durée de cotisation), des modalités de calcul des indemnités (basées sur les revenus
déclarés), et de la détermination des montants (utilisation des points pour la retraite) que le
régime des indépendants révèle son autonomie et son caractère unique.
CONCLUSION PARTIELLE
L’analyse des similitudes a révélé que, sur le plan de l’organisation administrative, la gestion
des travailleurs indépendants repose sur la même institution centrale, la Caisse Nationale de
Prévoyance Sociale (CNPS), et suit des procédures comparables, allant de l’immatriculation au
recouvrement des cotisations, en passant par le contrôle et le contentieux. Cette uniformité
administrative témoigne de la volonté de maintenir une cohérence institutionnelle et de garantir
l’égalité de traitement entre salariés et indépendants.
En matière de prestations, les risques couverts par le Régime Social des Travailleurs
Indépendants (RSTI) présentent également de fortes similitudes avec ceux des travailleurs
salariés. Les risques d’incapacité temporaire, liés à la maternité, aux maladies et aux accidents,
ainsi que le risque vieillesse, sont pris en charge selon des conditions et modalités proches,
incluant les pensions de retraite, les pensions de réversion et l’allocation unique. Cette
démarche traduit une volonté manifeste d’intégration des travailleurs indépendants dans le
système de sécurité sociale, afin de réduire les inégalités liées au statut professionnel.
32
Ainsi, cette première partie a mis en évidence une similitude structurelle et procédurale entre
les régimes, tout en préparant le terrain pour l’analyse des différences et des adaptations
spécifiques qui seront abordées dans la partie suivante, consacrée à la singularité du RSTI au
regard de ses prestations et de son fonctionnement concret.
33
DEUXIEME PARTIE : UNE PROTECTION SPÉCIFIQUE102 AU REGARD
Toutefois, l'objectif n'était pas d'inclure les travailleurs indépendants dans le système des
employés salariés. L'écart entre les catégories a nécessité l'établissement d'un régime distinct105.
Bien qu'il soit possible d'observer des ressemblances formelles avec la protection sociale des
employés, la nature des services offerts est essentiellement différente. Cette spécificité de la
protection des travailleurs indépendants se manifeste au niveau des prestations du régime social
des travailleurs indépendants (CHAPITRE I) et est davantage renforcée par les prestations du
régime de retraite complémentaire (CHAPITRE II).
102. Protection spécifique : forme de couverture sociale adaptée aux particularités d’une catégorie professionnelle déterminée, ici les travailleurs indépendants.
103. Télétravail : mode d’organisation du travail dans lequel l’activité professionnelle est exercée à distance grâce aux technologies de l’information et de la
communication.
104. Micro-entreprise : structure économique simplifiée permettant à une personne d’exercer une activité indépendante avec un régime administratif et fiscal
allégé.
105. Régime distinct : système juridique autonome possédant ses propres règles d’organisation, de financement et de prestations.
34
CHAPITRE I : UNE SPÉCIFICITÉ DE LA PROTECTION À TRAVERS
LES PRESTATIONS DU RÉGIME DE BASE106 (RSTI)
Depuis mars 2020, le législateur a élargi la portée de la couverture sociale en faveur des
travailleurs indépendants en établissant le Régime social des travailleurs indépendants (RSTI).
Ce système de protection sociale, qui constitue le régime de base pour tous les travailleurs
indépendants, requiert que ces derniers soient affiliés ou immatriculés à la Caisse Nationale de
Prévoyance Sociale. Bien que ce régime présente des prestations similaires en termes de forme
à celles des travailleurs salariés, elles diffèrent radicalement en ce qui concerne le contenu.
Ainsi, cette distinction se révèle au niveau de la couverture du risque maternité (Section I) tout
comme de la couverture des risques liés aux atteintes à l’intégrité physique (Section II)
Section I : Les spécificités liées aux conditions d’ouverture des droits et de versement des
prestations
Les modalités prévues des prestations prévues au titre du régime social des travailleurs
indépendants présentent des particularités non seulement au niveau des modalités d’octroi
(Paragraphe 1) mais aussi des modalités de versement des indemnités (Paragraphe 2).
Pour bénéficier des prestations, les travailleurs indépendants sont soumis à des modalités
particulières qui ne se retrouvent pas dans le régime des salariés. Elles concernent aussi bien
l’assurance maternité (A) que les autres assurances (B).
106. Prestations du régime de base : ensemble des garanties minimales obligatoires offertes par le régime principal de sécurité sociale avant toute couverture
complémentaire.
35
Pour la préparation à l'accouchement, la femme travailleuse indépendant doit soumettre
plusieurs documents : un formulaire de demande de prestations d'indemnités journalières de
maternité (disponible à la CNPS) ; des certificats médicaux attestant de sa grossesse au
troisième mois et au septième mois, délivrés par son médecin ; une déclaration sur l'honneur
confirmant qu'elle ne travaille pas durant cette période, rédigée par la femme travailleuse
indépendant elle-même ; une copie de sa pièce d'identité en tant que travailleuse
indépendante107, qui peut être soit une carte nationale d'identité ou une attestation d'identité,
soit une carte de séjour ou carte consulaire. Finalement, elle devra également fournir un relevé
d'identité bancaire ou un compte de paiement mobile money.
En ce qui concerne les documents requis après l'accouchement pour une travailleuse
indépendante, ils comprennent principalement le certificat médical de naissance ainsi que
l'extrait d'acte de naissance108 de l'enfant, confirmant que celui-ci est né vivant et en bonne
santé.
Les pièces remises par la femme « travailleuse indépendante » varient de celles présentées par
la femme employée.
Par ailleurs, une femme « travailleuse indépendante qui reprend son travail avant la fin de la
période postnatale, c'est-à-dire avant la date limite de la période après l'accouchement, perd les
avantages de l'indemnité maternité pour le reste de la durée ».
Des procédures spécifiques d'attribution sont également envisagées pour les travailleurs
indépendants en ce qui concerne les autres types d'assurances.
Pour l'attribution des assurances pour accidents et maladies ainsi que pour la vieillesse,
des règles spécifiques aux travailleurs indépendants sont établies.
Pour les travailleurs autonomes, on entend par « accident » toute sorte d'accident, qu'il soit
professionnel ou pas, dont est la victime le travailleur autonome. Et par « maladie », toute
pathologie contractée par le travailleur autonome, qu'elle soit liée au métier ou non.
107. Travailleuse indépendante : femme exerçant une activité professionnelle pour son propre compte sans contrat de travail salarié.
108. Acte de naissance : document officiel établi par l’état civil constatant juridiquement la naissance d’un enfant.
36
De ce fait, cette assurance couvre bien plus que le domaine professionnel, contrairement à celle
prévue pour les employés qui se limite au cadre professionnel.
En ce qui concerne la pension de vieillesse, son attribution aux travailleurs indépendants est
spécifiquement conditionnée par une exigence minimale de quarante trimestres de cotisations
réelles à la CNPS.
Autrement dit, le travailleur indépendant doit avoir cotisé au moins pendant cent vingt (120)
mois voire dix (10) ans alors que le salarié doit avoir cotisé 15 ans au moins. Il y a donc une
réduction du temps de cotisation au profit des indépendants.
En ce qui concerne l'allocation unique, il s'agit d'un versement de retraite qui peut prendre la
forme d'un capital ou d'une somme monétaire versée en une seule fois.
Pour bénéficier de l'allocation unique retraite, le travailleur indépendant assuré doit avoir réalisé
moins de quarante trimestres, soit une décennie (10 ans) de cotisations réelles au régime social
des travailleurs indépendants.
Par ailleurs, l'orphelin peut bénéficier du droit à la pension de réversion109 sous certaines
conditions cumulatives.
Tout d'abord, le décès du conjoint doit être survenu avant ou après le décès de l'assuré, c'est-à-
dire que le bénéficiaire doit être orphelin de père et de mère : « mariés légalement ou vivant en
concubinage »., C'est un service de retraite qui correspond à un montant, voire une somme
d'argent versée en une seule transaction. Pour bénéficier de la prestation de retraite « allocation
unique », un travailleur indépendant assuré doit avoir effectué moins de 40 trimestres, soit une
dizaine d'années de cotisations réelles au régime social des travailleurs indépendants.
En outre, une autre condition concerne la durée de cotisation : le droit à la pension de réversion
est uniquement accordé à l'orphelin dont l'assuré a cotisé pendant au moins dix ans pour le droit
à la pension de vieillesse.
En définitive, l'orphelin doit être un enfant âgé de moins de vingt et un (21) ans.
En d'autres termes, pour être considéré comme tel, l'orphelin doit avoir au moins 21 ans au
moment du décès du conjoint survivant.
Au-delà des critères d'attribution, la spécificité du régime des travailleurs indépendants est
principalement manifeste dans les modalités de paiement des compensations.
109. Pension de réversion : prestation versée au conjoint survivant ou aux ayants droit après le décès de l’assuré ou du retraité.
37
Paragraphe II : Les spécificités relatives aux modalités de paiement des prestations
Nous verrons les modalités qui concernent le versement des cotisations des assurances
couvrant les atteintes à l’intégrité physique (A) avant de voir ceux relatifs à la vieillesse (B).
110. Assurance vieillesse : branche de la sécurité sociale destinée à garantir un revenu de remplacement à l’assuré arrivé à l’âge de la retraite.
111. Ayants droit : personnes bénéficiant légalement des droits sociaux d’un assuré principal, notamment le conjoint survivant et les enfants.
112. Liquidation des prestations : opération consistant à calculer et à déterminer le montant exact des prestations sociales dues à l’assuré.
38
vieillesse est opérée sur demande des intéressées voire les assurés, ayants droits, et est formulée
auprès de l’Institution de Prévoyance de Sociale CNPS.
L’une des distinctions les plus remarquables entre le régime des travailleurs
indépendants et celui des salariés se trouvent dans la détermination des montant des prestations
fournies. Nous verrons la détermination du montant des assurances d’incapacités d’exercice
(Paragraphe I) et celui de l’assurance vieillesse (Paragraphe II).
Moyenne des trois meilleurs revenus trimestriels sur les quatre derniers trimestres divisés par
la somme des jours correspondant aux trimestres des trois meilleurs revenus ou encore la
somme des trois meilleurs revenus trimestriels sur les quatre derniers divisés par trois et le tout
divisé par quatre-vingt-dix jours ; soit Moyenne des 3 meilleurs revenus trimestriels sur les 4
derniers trimestres /Somme des jours correspondant aux trimestres des trois meilleurs revenus
ou encore soit (la somme des 3 meilleurs revenus trimestriels sur les 4 derniers / 3) /90 jours.
39
B- le montant des indemnités de l’assurance maladie
L'allocation de maladie est versée pour une durée maximale de trois cents jours,
commençant à partir du quinzième jour d'incapacité temporaire de travail sur une période de
trois ans consécutifs.
Ainsi, le calcul de l’indemnité maladie se fait comme suit : Le montant du droit IJM est égal au
nombre de jours d’arrêt non indemnisés réellement observés multiplié par le tout du montant
unitaire du droit IJM divisé par deux ; soit Montant du droit IJM= Nombres de jours d’arrêt non
indemnisés * Montant unitaire du droit IJM/2.
De ce fait, il convient de déterminer le montant unitaire du droit IJM qui se calcule de deux
manières : d’une part, le montant unitaire du droit IJM est égal à la moyenne des trois meilleurs
revenus trimestriels sur les quatre derniers trimestres divisés par la somme des jours
correspondant aux trimestres des trois meilleurs revenus et le tout divisé par deux ; soit Montant
unitaire du droit IJM= (Moyenne des 3 meilleurs revenus trimestriels sur les 4 derniers
trimestres /Somme des jours correspondant aux trimestres des 3 meilleurs revenus) /2 ou encore
d’autre part, le montant unitaire du droit IJM est égal à la somme des trois meilleurs revenus
trimestriels sur les quatre derniers divisée par trois, le tout divisé par quatre-vingt-dix jours et
le tout de l’opération divisé par deux ; soit Montant unitaire du droit IJM= ((Somme des 3
meilleurs revenus trimestriels sur les 4 derniers / 3) /90 jours) /2.
Ces différentes modalités sont complètement singulières eu égard au montant prévues pour les
salariés dans les formes de prestations.
Les modalités de calcul du montant de la pension vieillesse des assurés indépendants est
complètement différent de celui des salariés. Tout d’abord, il est important de noter que les
droits à la retraite de chaque affilié au régime social des travailleurs indépendants s’expriment
40
en points de retraite accumulés sur son compte individuel. Ainsi, le nombre de points acquis
pour chaque échéance annuelle de cotisations payées au titre de la retraite est obtenu en divisant
le montant des cotisations payées par la valeur d’achat du point : soit Nombre de points acquis=
Montant cotisation / Valeur d’achat du point.
Par contre, le montant de la pension vieillesse annuelle voire pension normale est calculée en
multipliant le nombre de points accumulés sur le compte du travailleur indépendant à la date de
la liquidation de ses droits, par la valeur de liquidation du point applicable au calcul des
pensions. Ce calcul se fait comme suit : soit Pension normale = Total des points obtenus *
Valeur de liquidation du point.
Il faut noter que, la valeur de liquidation du point et la valeur d’achat du point sont fixées,
chaque année, par le Conseil d’administration de l’Institution de
Prévoyance Sociale CNPS mais celle de liquidation du point de retraite est fixée pour la pension
de retraite viagère.
Le montant de la pension vieillesse est également revalorisable selon un taux qui tient compte
de la vie, tout en préservant l’équilibre de la branche. En tout état de cause, l’intervalle entre
deux revalorisations ne peut être inférieur à deux ans.
Il existe une différence totale entre la pension de réversion et l'allocation unique des travailleurs
indépendants et la rémunération des travailleurs salariés en ce qui concerne les méthodes de
détermination des montants.
113. Conjoint survivant : époux ou épouse de l’assuré décédé pouvant bénéficier de certaines prestations sociales prévues par la loi.
41
En ce qui concerne la pension de réversion destinée aux orphelins, son montant s'élève à vingt
(20) % de la pension que le défunt percevait ou aurait pu percevoir ; donc, le droit de l'orphelin
à la pension de réversion est calculé comme suit :
Cependant, le montant total des retraites distribuées ne doit pas dépasser la valeur de la retraite
de l'assuré décédé. Si le nombre de bénéficiaires dépasse cinq, la pension d'orphelin attribuée à
chacun est diminuée proportionnellement. En d'autres termes, si le total des pensions pour
orphelins excède cent (100) % de la pension à laquelle l'assuré défunt avait ou aurait eu droit,
cette dernière est répartie en fonction du nombre d'orphelins éligibles.
De plus, concernant l'allocation unique, son montant est déterminé par le nombre de points
attribués au compte de l'assuré à la date de liquidation de ses droits, multiplié par la valeur de
liquidation du point en vigueur pour le calcul des allocations uniques. En d'autres termes, le
montant de l'allocation unique se calcule comme suit : Montant d'allocation unique = Nombre
de points accumulés sur le compte de l'assuré à la date de liquidation * Valeur de liquidation du
point.
Si l'assuré venait à décéder, la moitié de l'allocation unique est attribuée, sans restriction d'âge,
au conjoint survivant qui n'a pas contracté un nouveau mariage, à condition que le mariage ait
duré au moins un an et qu'il reste intact au moment du décès de l'assuré. En d'autres termes, si
l'assuré vient à décéder, le conjoint survivant qui n'est pas remarié et dont l'union a duré plus
d'une année, a droit à cinquante (50) % de la somme de cette indemnité.
Le système de sécurité sociale pour les travailleurs indépendants présente des particularités,
non seulement en ce qui concerne les critères d'attribution des prestations, mais également en
ce qui touche à la manière dont le montant des prestations est fixé. Toutefois, l'unicité du statut
des travailleurs indépendants est accentuée par le régime complémentaire de retraite.
42
CHAPITRE II : UNE SPÉCIFICITÉ ACCRUE PAR LES PRESTATIONS
Ce système est expressément prévu et organisé par les textes fondamentaux relatifs aux
travailleurs indépendants en Côte d’Ivoire. En effet, l’article 2 alinéa 2 de l’ordonnance portant
institution du régime de protection sociale des travailleurs indépendants dispose de manière
impérative qu’« il est, également, institué un régime de retraite complémentaire obligatoire
dénommé retraite complémentaire des travailleurs indépendants ».
Le caractère obligatoire du RCTI est strictement défini, ciblant la catégorie des travailleurs
indépendants les plus à même d'y contribuer et d'en bénéficier. Ainsi, l'ordonnance précise que
: « tout travailleur affilié au régime social des travailleurs indépendants et dont le revenu
forfaitaire114 déclaré est supérieur au plafond de cotisation115 dudit régime [RSTI] est
obligatoirement assujetti au régime de retraite complémentaire ».
Cette disposition instaure une ségrégation positive des assurés sociaux en fonction de leur
capacité contributive116. Elle garantit que les professionnels exerçant une activité lucrative
114. Revenu forfaitaire : revenu théorique fixé par l’administration servant de base de calcul des cotisations lorsqu’il n’existe pas de revenu salarial fixe.
115. Plafond de cotisation : limite maximale au-delà de laquelle les revenus ne sont plus pris en compte pour le calcul des cotisations sociales.
116. Capacité contributive : aptitude financière d’un assuré à supporter le paiement de ses cotisations sociales.
43
importante – professions libérales, entrepreneurs à succès – cotisent pour un niveau de pension
proportionnel à leur niveau de vie durant leur carrière. L'obligation d'assujettissement117au-delà
d'un certain plafond assure l'équité et la viabilité financière du système complémentaire. Ce
mécanisme est une marque de maturité du système de protection sociale ivoirien.
L'existence de ce capital complémentaire offre une sécurité bien plus grande que le régime de
base seul. Ces prestations se classent en deux grandes catégories, selon le bénéficiaire :
Certaines de ces prestations sont fournies à l’assuré lui-même (Section I) : Il s'agit des droits
personnels qu'acquiert l'indépendant de son vivant. Le RCTI permet notamment de bénéficier
d'une pension de retraite complémentaire, d'une allocation unique, voire du remboursement de
certaines cotisations si les conditions de stage ne sont pas remplies. Ces options reflètent la
complexité et l'autonomie de la gestion de carrière de l'indépendant.
D'autres sont fournies à ses ayant droits (Section II) : Le système assure également la
transmission d'une partie des droits acquis après le décès de l'assuré, à travers un mécanisme de
réversion.
C'est la reconnaissance que le capital accumulé dans le cadre du RCTI fait partie d'un
patrimoine social118 qui doit bénéficier au foyer familial en cas de disparition.
Selon les dispositions de l’ordonnance relative au régime des travailleurs indépendants, les
prestations fournies au titre du régime de retraite complémentaire et qui sont personnellement
fournies à la personne de l’assuré sont une pension de retraite complémentaire (Paragraphe I),
une allocation unique complémentaire et le remboursement des cotisations (Paragraphe II)
117. Assujettissement : situation d’une personne soumise obligatoirement à l’application d’un régime juridique déterminé, notamment en matière de cotisations
sociales.
118. Patrimoine social : ensemble des droits sociaux acquis par un assuré grâce à ses cotisations au régime de sécurité sociale.
44
Paragraphe I : La pension de retraite complémentaire
La pension est une somme d’argent ou allocation versée d’une façon périodique ou
régulière à une personne. La pension de retraite désigne alors une somme d’argent versée à une
personne qui a cessé de travailler, dont le montant est fondé sur les périodes antérieures de
travail et le chiffre des cotisations. Cette pension de retraite complémentaire obéit des
conditions d’octroi (A) et fonctionnent selon des modalités bien définies (B).
Relativement aux conditions, il faut que noter pour bénéficier de la pension de complémentaire,
l’assuré doit au préalable bénéficier de ce droit or aucun droit ne peut être versé au compte
individuel du travailleur sans que les cotisations correspondantes n’aient été au préalable
constaté. Ainsi, le travailleur indépendant ne peut recevoir paiement d’une prestation que s’il a
cotisé de manière effective selon les dispositions en vigueur.
Ainsi, il ressort de cette disposition trois conditions importantes pour bénéficier de cette
pension. Tout d’abord, l’octroi de la pension de retraite complémentaire doit faire suite à une
demande de la part du travailleur indépendant. Il ne s’agit donc pas d’un octroi fait d’office par
la CNPS mais plutôt d’un octroi résultant de la volonté du travailleur indépendant.
Ensuite, cette prestation est accordée au travailleur indépendant qui bénéficie de la pension de
retraite accordée au titre du régime social des travailleurs indépendants. Ainsi, l’octroi de
pension de retraite complémentaire est soumis à la jouissance par l’assuré de la pension de
retraite de base. L'ouverture de celle-ci est subordonnée à la réalisation d'une condition de
stage119 minimum de quarante trimestres de cotisations effectives120.
119. Condition de stage : durée minimale d’affiliation ou de cotisation exigée avant l’ouverture du droit à certaines prestations sociales.
120. Trimestres de cotisations effectives : périodes de trois mois durant lesquelles l’assuré a effectivement cotisé au régime social concerné.
45
Enfin, une autre condition pour bénéficier de cette pension est relative au nombre d’années de
cotisation. La pension de retraite n’est possible que lorsque l’assuré à atteint un minimum de
20 trimestres de cotisations.
Par ailleurs, il faut noter que ces conditions précitées sont cumulatives, en cas de non
satisfaction de l’une d’entre elles, le droit à la pension de retraite complémentaire ne sera pas
accordé.
A côté de ces conditions, la loi a prévu des modalités de fonctionnement de cette pension.
Le capital acquis par l’assuré est obtenu à partir du cumul des cotisations versées par l'assuré,
capitalisé à un taux minimum garanti121 (TMG). Il est aussi obtenu à partir d’une participation
aux excédents financiers.
Relativement aux modalités de rachat de cotisations, il s’agit d’un système mis en place qui
permet à l’assuré de se faire octroyer une partie du montant du capital acquis en un seul
versement.
121. Minimum garanti : montant minimal légalement assuré même lorsque les droits contributifs sont faibles.
46
Toutefois, dans ce cas le montant du capital ne subira pas d’abattement c’est-à-dire ne pourra
pas être réduit contrairement à ce qui se passe au niveau de la pension de retraite des salariées.
Cette pension complémentaire est importante dans la mesure où la retraite obligatoire contribue
à la lutte contre la pauvreté en assurant aux personnes âgées un revenu minimum. Ainsi, pour
le travailleur indépendant bénéficier d’une double pension peut lui permettre de vivre une
heureuse retraite.
Tout comme dans le régime social des travailleurs indépendants, le régime de retraite
complémentaire prévoit également une allocation unique (A) et le remboursement des
cotisations (B).
L'Allocation Unique Complémentaire est une aide financière cruciale destinée aux travailleurs
indépendants qui, bien qu'ayant cotisé au régime complémentaire, ne peuvent prétendre à la
pension de retraite complémentaire viagère. Cette inéligibilité est généralement due à
l'inadéquation avec les critères stricts d'âge ou, plus fréquemment, de travail professionnel
requis (c'est-à-dire une durée de cotisation insuffisante pour la rente).
Par nature, il s'agit d'un versement unique de capital accordé à l'assuré, matérialisant la
restitution de ses efforts contributifs sous forme d'une somme forfaitaire. Elle représente la
valorisation de l'épargne retraite accumulée sur le compte individuel de l'assuré.
47
L'attribution de cette subvention en capital dépend du respect de certaines conditions
cumulatives très précises, visant à s'assurer que l'allocation unique complémentaire reste bien
une prestation subsidiaire et non la règle.
L'acceptation et l'octroi de cette prestation en capital ont une conséquence juridique majeure et
irréversible : cela entraîne l'extinction définitive de tous les droits de l'assuré et de ses
bénéficiaires (ayants droit) relatifs au régime de retraite complémentaire.
Cette clause est essentielle pour la stabilité actuarielle du régime : le capital ayant été versé, la
dette du système envers cet assuré est éteinte. Cette allocation offre une solution de fin de
carrière au travailleur indépendant, non couvert par la pension de retraite complémentaire, en
lui donnant la possibilité de bénéficier immédiatement des cotisations qu'il a versées,
potentiellement augmentées des intérêts accumulés. Ce montant peut être crucial pour financer
un projet de vie à la retraite ou pour faire face à des besoins immédiats. La législation ivoirienne,
dans un souci d'exhaustivité et de protection maximale, a également prévu une solution pour
ceux qui n'atteindraient même pas le seuil des 20 trimestres : l'option de rembourser les
cotisations.
48
B- Le mécanisme de restitution des cotisations
Par conséquent, ce service est dû si l'assuré n'a pas respecté la durée minimale de cotisation de
vingt trimestres au régime de retraite complémentaire pour les travailleurs indépendants.
Dans le système de protection sociale des travailleurs indépendants, cette option n'est pas
disponible. Tout comme pour le statut des employés où le remboursement des cotisations est
discriminatoire, le remboursement des cotisations prévues dans le système de retraite
complémentaire est accessible à tous les travailleurs indépendants qui satisfont aux critères
mentionnés précédemment.
En effet, le remboursement des cotisations au régime de retraite des employés est destiné aux
travailleurs salariés ayant contribué moins de deux ans et qui se retirent définitivement du
régime.
Cela ne s'applique qu'aux travailleurs étrangers qui quittent définitivement la Côte d'Ivoire, et
dont leur pays d'origine n'a pas établi de convention de coordination en matière de sécurité
sociale avec l'État.
Au final, on peut considérer ces services additionnels destinés aux travailleurs indépendants
comme un soutien précieux, étant donné qu'ils aideront les retraités à gérer les défis associés au
vieillissement.
Bien que l'Afrique ait une population majoritairement jeune (pour la plupart rurale) et des
indicateurs démographiques positifs, les régimes de retraite en place sont confrontés à des
enjeux similaires à ceux rencontrés dans les pays occidentaux, que ce soit sur le plan
démographique ou financier.
Les prestations offertes par le régime de retraite complémentaire ne cessent pas avec le décès
du retraité. Ces ayants droits en profitent aussi.
49
accumulés par l'indépendant au fil des ans, grâce à ses contributions au régime, lui donnent
droit à des avantages sociaux substantiels pour garantir sa propre retraite. Cependant, une
composante essentielle de la solidarité du régime est que ces prestations ne cessent pas avec le
décès de l'assuré, mais sont conçues pour profiter aux bénéficiaires qui en sont les ayants droit.
Il s'agit du mécanisme fondamental de la réversion.
La réversion fait référence à l'action qui rend un droit réversible, c'est-à-dire transmissible.
Effectivement, la réversibilité est la capacité juridique et financière d'un droit à être transféré et
établi, après le décès de son titulaire (l'assuré), au nom d'un bénéficiaire désigné, selon les
termes de la clause ou de la disposition qui l'inclut.
L'autonomie du RCTI est ainsi confirmée par les modalités de calcul et d'attribution de la
réversion, qui sont propres à la nature du capital accumulé par l'indépendant. Cette réversion,
vitale pour la sécurité financière du foyer après le décès du cotisant principal, prend en compte
deux catégories distinctes d'ayants droit, en fonction des liens familiaux :
Les orphelins (Paragraphe II) : En cas de décès de l'assuré, ou lorsque le conjoint survivant
vient à décéder ou perd ses droits, la réversion est transférée, sous des conditions strictes d'âge
et de composition familiale, aux orphelins. Les modalités d'attribution aux orphelins – souvent
un versement en capital122 – présentent une spécificité accrue par rapport au régime de base.
122. Versement en capital : paiement effectué en une seule fois, contrairement à la pension qui est versée périodiquement.
50
Paragraphe I : La réversion des droits en faveur du conjoint de l'assuré
Par conséquent, le conjoint survivant ne doit pas se remarier. Le droit aux avantages sociaux du
défunt est supprimé si le conjoint survivant se remarie.
La deuxième exigence est une formalité que l'assuré doit accomplir avant son décès. D'après le
paragraphe 3 de l'article du décret, « seule la personne mariée désignée par l'assuré au moment
de l'application de ses droits est éligible à recevoir la pension de réversion ». Si l'assuré ne fait
pas cette déclaration, son conjoint, survivant ne pourra pas bénéficier de ces droits.
De plus, aucune restriction d'âge n'est imposée au conjoint survivant pour recevoir la réversion
des droits de l'assuré.
En outre, la législation ne fixe aucune exigence concernant la durée du mariage avec l'assuré.
L'absence de critères d'âge ou de durée de mariage constitue une distinction essentielle entre le
système de retraite complémentaire et les prestations liées à la retraite du régime social des
travailleurs indépendants, ainsi que du régime des salariés, étant donné que ces derniers
imposent une condition d'âge et/ou de durée du mariage, voire même d'enfants.
Par exemple, dans le système de pension pour les employés, il est requis de satisfaire à des
critères d'âge ainsi qu'à une durée de mariage ou de parentalité.
Pour avoir droit à 50% de la pension que le défunt conjoint salarié percevait ou aurait pu
percevoir, le conjoint survivant doit être âgé d'au moins 50 ans (ou 45ans, auquel cas un
abattement définitif de 5% du montant de la pension est appliqué), et avoir été marié avec le
défunt pendant au moins deux ans avant son décès, ou avoir des enfants avec le défunt qui
étaient âgés de moins de 16 ans au moment du décès.
51
Pour le régime de base destiné aux travailleurs indépendants, il n'y a qu'une seule condition
d'âge à respecter. L'âge minimum requis pour le conjoint survivant est de 55 ans.
En dehors de conditions pour bénéficier de la réversion des droits, la loi a aussi prévu les
modalités d’octroi de cette réversion.
Le processus de transfert et le mode de calcul des droits varient significativement selon que
l'assuré ait déjà commencé à percevoir sa pension de retraite complémentaire avant son décès,
ou non.
Ces modalités visent à garantir une aide financière au conjoint, tout en respectant les principes
de la réversion.
Le montant de la pension de réversion est fixé à la moitié (50%) de la pension que percevait
l'assuré au moment de son décès. Si, au moment du décès, l'assuré percevait une pension de
retraite complémentaire mensuelle de 100 000 Francs CFA (F CFA), le conjoint survivant
recevra une allocation mensuelle de 50 000 F CFA. Cette somme lui est versée sous la forme
d'une rente viagère. Cela signifie que le conjoint de l'assuré jouira de ce droit de manière
régulière (mensuelle) jusqu'à son propre décès. Ces droits ne sont pas transmissibles à
d'éventuels héritiers après le décès du conjoint survivant. La rente s'éteint avec le bénéficiaire.
Par ailleurs, si l'assuré décède avant d'avoir atteint l'âge de la retraite ou avant d'avoir
liquidé et commencé à percevoir sa pension de vieillesse complémentaire, les modalités sont
différentes et prennent la forme d'un versement unique. Le conjoint survivant (qui n'a pas
contracté un nouveau mariage) ne touchera pas une rente viagère. Il recevra un montant d'argent
52
équivalant à 80% de la valeur totale du capital que l'assuré avait accumulé auprès du régime
complémentaire jusqu'à la date de son décès.
Contrairement à certains régimes, l'attribution de cette somme forfaitaire se fait sans tenir
compte de l'âge du conjoint survivant, ce qui confère une certaine souplesse et une disponibilité
immédiate des fonds.
Comme on peut l'observer, la protection sociale offerte par le régime complémentaire des
travailleurs indépendants en Côte d'Ivoire accorde une considération notable au conjoint
survivant.
Ce régime se distingue par sa souplesse en comparaison avec celui des salariés, notamment en
termes de conditions requises pour l'ouverture des droits à la réversion.
La prise en charge des ayants droit est donc multifactorielle, visant à amortir l'impact
économique du décès du cotisant.
Selon l’article 47 alinéa 1 deux conditions spécifiques doivent être réunies pour que les
orphelins de l’assuré bénéficient de la réversion des droits.
Tout d’abord, les orphelins ne peuvent bénéficier de la réversion des droits que si avant le décès
de l’assuré, celui-ci ne bénéficiait pas de la pension de retraite complémentaire.
Autrement dit, les orphelins ne peuvent bénéficier de la réversion des droits que s’ils le sont de
père et de mère. Toutefois, il faut remarquer la loi reste silencieuse sur le bénéfice de la
53
réversion par les orphelins lorsque l’assuré bénéficiait de la pension de retraite complémentaire
avant son décès.
En tout état de cause, ces conditions sont allégées par le fait que la condition d’âge n’est pas
exigée. En effet, la réversion des droits est possible même pour des enfants majeurs.
Ce qui n’est pas possible dans le cadre du régime des travailleurs salariés où seuls les enfants
mineurs âgés au plus de 16 ans peuvent bénéficier de la réversion.
Ceux-ci le pourront à 18 ans s’ils sont en apprentissage et à 21 ans au plus s’il justifie de la
poursuite d’étude.
Dans tous les cas, dans le régime des travailleurs l’âge des orphelins est limité à la différence
du régime de retraite complémentaire des travailleurs indépendants.
Les conditions de réversion des droits aux orphelins ne sont pas les seules à être spécifique. Les
modalités de mise en œuvre de cette réversion le sont également.
Cette modalité de transmission est strictement encadrée et se distingue par son caractère
forfaitaire et son ajustement proportionnel, visant à garantir l'équité entre les bénéficiaires sans
compromettre l'équilibre financier du fonds.
Ce versement en capital est conçu pour offrir une aide financière immédiate et concrète,
destinée à couvrir des besoins spécifiques au moment du décès.
Le versement de cette allocation diffère selon le nombre d’orphelins laissés par l’assuré, le
législateur ayant fixé un plafond global de réversion pour cette catégorie d'ayants droit.
Le régime complémentaire a établi une règle claire de plafonnement pour les orphelins :
l'allocation globale qui leur est destinée ne doit jamais dépasser 80 % du capital acquis par
l’assuré décédé.
54
Ce seuil est essentiel pour assurer la viabilité du système et le partage éventuel du capital avec
le conjoint survivant.
La règle de base est fixée à 20 % du capital acquis par orphelin, sans que le montant
global ne puisse excéder le plafond légal. En effet, si l’assuré a laissé quatre orphelins, chacun
recevra 20 % du capital acquis par l’assuré.
Le montant global attribué aux enfants atteindra alors 80 % du capital, restant dans la limite
fixée. Exemple chiffré : Ainsi, si le capital acquis par l’assuré est de 500 000 F CFA.
Chaque orphelin recevra la somme de 100 000 F CFA (correspondant à 20% de 500 000 F).
Lorsque le nombre d'orphelins est supérieur à quatre, le principe d'équité impose une réduction
proportionnelle de l'allocation individuelle, car le plafond global de 80 % ne peut être dépassé.
Mécanisme d'ajustement : Si, par contre, l’assuré a laissé plus de quatre enfants (par exemple,
cinq ou six), l'allocation de chacun d'eux est réduite proportionnellement de manière à ce que
l’allocation globale ne puisse dépasser les 80 % du capital acquis. La masse totale de 80 % est
alors divisée par le nombre total d'orphelins éligibles.
Ce mécanisme assure que les droits de réversion sont répartis équitablement, tout en gérant le
risque financier lié à une forte charge familiale123, une flexibilité indispensable dans un contexte
démographique potentiellement caractérisé par des familles nombreuses.
123. Charge familiale : obligations économiques supportées par l’assuré pour l’entretien des membres de sa famille.
55
CONCLUSION PARTIELLE
Les prestations du Régime de Base (RSTI), bien que couvrant les mêmes risques (maternité,
incapacités physiques, vieillesse) que le régime salarié, se distinguent par leurs modalités
d'octroi et de versement, ainsi que par la détermination de leurs montants.
L'accès aux droits est soumis à des conditions de cotisation spécifiques souvent adaptées au
parcours professionnel discontinu de l'indépendant.
La couverture des risques liés à l'intégrité physique est plus étendue, englobant tout accident ou
maladie, qu'il soit professionnel ou non, contrairement au régime salarié qui est limité aux
risques professionnels.
En somme, la protection sociale des travailleurs indépendants en Côte d'Ivoire est une
construction juridique et technique autonome, spécifiquement conçue pour répondre à leurs
besoins et à la nature de leurs revenus.
Loin d'être une simple transposition du régime salarié, elle constitue un système distinct et
étoffé, cherchant à concilier l'impératif de protection sociale avec la réalité de l'entrepreneuriat
individuel.
56
CONCLUSION GENERALE
La réflexion portée sur le thème le régime juridique de la protection sociale des travailleurs
indépendants en droit ivoirien avait pour objectif principal de présenter les différents aspects
des règles encadrant la sécurité sociale des travailleurs indépendants tout en montrant leur
particularisme comparativement au régime des travailleurs salariés.
Il ressort de cette analyse que le régime juridique de la protection sociale des travailleurs
indépendants est assimilable au régime des travailleurs salariés dans la forme c’est-à-dire au
niveau des règles de structuration de cette protection.
Ainsi, les règles de gestion de ladite protection sont confiées à la même structure que celle qui
est en charge de la protection sociale des travailleurs salariés.
La CNPS se charge dans les deux régimes de la gestion administrative à travers la conduite de
la procédure d’immatriculation et de recouvrement des cotisations sociales mais aussi de la
gestion contentieuse124 de cette protection sociale. De même, cette similitude formelle ou
structurelle se révèle au travers du système d’assujettissement fiscal et social ainsi que de
certaines modalités de contrôle.
Toutefois, l’analyse a révélé que le régime de la protection sociale des travailleurs indépendants
est fondamentalement spécifique par rapport à celui des travailleurs salariés au regard du
contenu des prestations fournies.
Cette spécificité se manifeste non seulement au niveau des prestations du régime social des
travailleurs indépendants mais aussi des prestations du régime de retraite complémentaire.
Il est tout à fait normal que pour des catégories sociales distinctes, des prestations au contenu
distinct soit élaborées. La question qui pourrait se poser davantage est celle de la fiabilité du
régime de protection sociale mis en place. A cette question, il est important de noter que
l’existence d’une protection assurée à 90% de la population active qui était sans protection est
déjà salutaire.
En raison de son caractère récent, l’efficacité d’un tel système pourra être évalué dans le temps.
Pour l’heure, il est important que les autorités se déploient davantage en vue d’affilier le
maximum de travailleurs indépendants pour une couverture sociale totale de toutes les couches
professionnelles ivoiriennes.
124. Gestion contentieuse : ensemble des procédures administratives et juridictionnelles mises en œuvre pour résoudre les litiges nés entre l’assuré social et
l’organisme de prévoyance sociale.
57
BIBLIOGRAPHIE
• OUVRAGES
A- OUVRAGES GENERAUX
• ALLAND Denis et RIALS Stéphane (dir), Dictionnaire de la culture juridique, 1ere édition,
PUF, Paris, 2003, 1649 p.
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2017, 2300 p.
• LEFEBVRE Francis, Droit du travail, sécurité sociale, Francis Lefebvre éditions, 2007, 1434
p.
769.p
Dalloz, 404.p.
B- OUVRAGES SPECIFIQUES
58
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l’assurance Editions,2018, 127.p.
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Europe : une approche par les systèmes de protection sociale », Document de travail n°90,
Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES), février 2023, p.1-35.
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de la convention 102 de l’OIT. 2018 ».
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• GBONGUE Florent, PLANCHET Frédéric, ABDERRAHIM Oulidi. « État des lieux des
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• PNUD. « Protection sociale et secteur informel dans les pays africains : évaluation prospective
des régimes contributifs », 2021, 110.p.
• THIÉRY Sophie, « Les nouvelles formes du travail indépendant », les avis du CESE, 29
Novembre 2017, p.7
• THESES ET MÉMOIRES
Faso : Vers une compréhension des logiques des acteurs de la mise en forme et de la mise en
œuvre, Thèse présentée à la faculté des études supérieures et postdoctorales En vue de
l’obtention du grade de Philosophie
• M'BAREK Ezzeddine, les effets du système de protection sociale sur la réalisation des
objectifs du millénaire de développement : Le cas de la
• TEXTES
A- Textes internationaux
• Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels entrée en vigueur le 3
janvier 1976
• Convention 121 sur les prestations en cas d’accident de travail et maladies professionnelles
B- Textes nationaux
60
• Loi n° 99-476 du 2 août 1999 portant définition et organisation des
• Loi n° 99-477 du 2 août 1999 portant modification du Code de Prévoyance sociale ; la loi
n°2015-532 portant Code du travail ;
• Ordonnance n°2019-636 du .17 juillet 2019 portant création de régimes de prévoyance sociale
des travailleurs indépendants ;
(CNPS).
• Décret n°2020-308 du 4 mars 2020 fixant les modalités de fonctionnement des régimes de
prévoyance sociale des travailleurs indépendants ;
Organisations internationales
. Union Africaine (UA) : Plan de protection sociale pour l’économie informelle et les
travailleurs ruraux. Suivi du Protocole relatif aux droits à la sécurité sociale pour tous les
travailleurs. Addis-Abeba : UA, s.d.
Genève : OIT, parution annuelle. [Consultable pour données sur l’économie informelle et
recommandations sur l’extension de la couverture sociale].
Gouvernements nationaux
61
. Afrique du Sud : Dispositifs légaux d’extension de la sécurité sociale aux indépendants.
Pretoria, s.d.
. Zambie : Législation sur la couverture sociale des travailleurs du secteur informel. Lusaka,
s.d.
d’Ivoire) : Régime de Sécurité Sociale pour les Travailleurs Indépendants (RSTI). Dispositif
couvrant maladie, accident et vieillesse. Abidjan. Actions consultables via la page Facebook
officielle de la CNPS.
. Sidibé, Ousmane Oumarou : Juriste et chercheur. Analyses des difficultés et enjeux juridiques
de la mise en place de la protection sociale face à l’économie informelle en Afrique.
Publications diverses, s.d.
Travaux documentant les dispositifs d’inclusion des travailleurs de l’économie informelle. s.l.,
s.d.
. Oishi, Nana : Études sur les politiques publiques d’élargissement de l’assurance maladie et
des droits à la retraite pour les indépendants (agriculteurs, commerçants, artisans) en Afrique
francophone. En collaboration avec d’autres experts (dont Mohamed Ali Mekki). s.l., s.d.
62
. Mekki, Mohamed Ali : Expert des politiques publiques de protection sociale pour les
travailleurs indépendants en Afrique francophone. Travaux menés avec Nana Oishi et d’autres
chercheurs. s.l., s.d.
Développement sur les activités informelles à Abidjan et dans d’autres métropoles africaines.
Publications fondatrices sur les besoins de protection des travailleurs informels. s.l., s.d.
AVERTISSEMENT I
DEDICACE II
REMERICEMENTS III
ABREVIATIONS IV
63
SOMMAIRE V
GESTION ……………………………………………………………………10
…………………………………………………………………………………..20
RISQUES COUVERTS……………………………………….........................22
77
64
A- Des similarités constatés dans les conditions formelles de prestation
maladie ………………………………………………………………….……..29
A- La pension de retraite……………………………………………………. 33
unique ………………………………………………………………………….35
78
………………………………………………………………………………….41
prestations …………………………………………………………………..45
65
A- Le versement des indemnités des assurances liées à l’incapacité
vieillesse………………………………………………………………………46
d’exercice ……………………………………………………………..……….46
vieillesse ………………………………………………………………………..49
79
…………………………………………………………………………………..56
66
B- Le mécanisme de restitution des cotisations ……………………………..59
réversion ………………………………………………………………………60
…………………………………………………………………………………..67
CONCLUSION PARTIELLE………………………………………….…… 69
80
BIBLIOGRAPHIE…………………………………………………………….72
ANNEXES…………………………………………………………………...…82
67