INTRODUCTION
Depuis les dernières décennies du XXᵉ siècle, l’économie et la planification urbaine
dépendent étroitement du projet politique. Les villes des pays en développement connaissent
des transformations profondes liées à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et
à l’évolution des activités économiques (Raison, 1994). Ces mutations influencent fortement
l’organisation de l’espace urbain et posent de nouveaux défis en matière d’aménagement du
territoire. Dans ce contexte, l’étude des dynamiques économiques locales apparaît comme un
élément fondamental pour comprendre les mécanismes de structuration des espaces urbains,
en particulier dans les villes secondaires où les activités productives reposent largement sur
les ressources naturelles et les initiatives locales (Polèse et al., 2015 ; Rakotoarisoa, 2015).
La ville de Mandritsara, située dans la région Sofia au nord de Madagascar, a été
choisie car elle constitue un pôle d’activité économique dans l’interface avec les districts
voisins de la région Analanjorofo, et représente un exemple pertinent de ces transformations
(INSTAT, 2020 ; Monographie de la Région Sofia, 2018). Centre urbain en pleine
évolution, elle concentre diverses activités économiques telles que le commerce, l’agriculture,
le transport et les services. Ces activités jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne des
populations et participent au développement local. Toutefois, leur répartition dans l’espace
urbain, leur évolution dans le temps ainsi que leurs interactions avec le territoire soulèvent
plusieurs interrogations. Elle représente un centre urbain à forte dominante rurale, caractérisé
par une économie essentiellement basée sur le secteur primaire (agriculture, élevage,
exploitation forestière et minière), bien que le secteur tertiaire (commerce, services, transport)
soit en pleine expansion. Le secteur secondaire reste limité mais tend à se développer dans la
ville, portée par une forte croissance démographique et l’arrivée de nombreux migrants attirés
par les opportunités économiques (Sandron, 2006).
En effet, les dynamiques des activités économiques locales à Mandritsara ne sont pas
homogènes. Certaines zones connaissent une forte concentration d’activités, notamment le
centre-ville, comme pôle de concentration des activités commerciales et de services, tandis
que d’autres restent faiblement valorisées. Cette organisation spatiale engendre des
déséquilibres territoriaux, accentués par l’insuffisance des infrastructures, le manque de
planification urbaine et les contraintes socio-économiques (Andrianjaka, 2018). Par
conséquent, ces dynamiques posent des enjeux majeurs en matière d’aménagement du
territoire, notamment en termes d’organisation de l’espace, d’accessibilité et de
développement durable.
Depuis la Première République, l’État malgache met en place des politiques pour
renforcer les infrastructures, encourager l’entrepreneuriat et attirer les investissements dans
les secteurs porteurs, en particulier dans les villes côtières et celles disposant d’un fort
potentiel économique. Cependant, des défis tels que le manque d’infrastructures, l’accès
limité au financement et la vulnérabilité climatique freinent le développement économique
local durable (Banque mondiale, 2022 ; Razafindrakoto et al., 2017).
Face à ces constats, il devient nécessaire d’adopter une approche géographique
permettant d’analyser non seulement la localisation des activités économiques, mais aussi
leurs évolutions, leurs logiques d’implantation et leurs impacts sur le territoire.
Cette recherche s'intitule : "Analyse géographique des dynamiques des activités
économiques locales et Enjeux d’aménagement du territoire dans la ville de
Mandritsara, Région sofia"
La problématique de cette recherche nous demande : Comment les dynamiques des
activités économiques locales transforment-elles l’organisation de l’espace, et quels sont les
enjeux de l’aménagement du territoire du développement durable dans la ville de Mandritsara
?
Objectif general de cette étude est d’analyser les dynamiques des activités
économiques locales et leurs impacts sur l’organisation spatiale et l’aménagement du territoire
dans la ville de Mandritsara.
Objectifs spécifiques consistent à identifier les principales activités économiques de la
ville de Mandritsara, analyser la répartition spatiale des activités économiques, étudier les
relations entre ville et campagne à travers les flux économiques , proposer des pistes de
développement territorial durable.
Hypothèses générales ont été étoffées Pour atteindre ces objectifs: Les dynamiques
des activités économiques locales influencent fortement l’organisation spatiale de la ville de
Mandritsara et contribuent aux déséquilibres en matière d’aménagement du territoire.
Hypothèses spécifiques:
Hypothèse 1 : Tous secteurs d'activités économiques s'observent dans la ville , mais le secteur
primaire et tertiaire sont plus exploités de la population structure l’organisation spatiale de
Mandritsara .
Hypothèse 2 : Le manque d’infrastructures freine la circulation des biens et des personnes, ce
qui limite le développement économique local.
Hypothèse 3 : La faiblesse du secteur secondaire réduit la valeur ajoutée des productions
locales
Hypothèse 4: Le développement des infrastructures et la planification urbaine pourraient
améliorer l’équilibre territorial.
Sur le plan méthodologique, cette étude repose sur une approche combinant des
méthodes qualitatives et quantitatives. Les données ont été collectées à travers des enquêtes
de terrain, des entretiens avec les acteurs locaux, ainsi que l’observation directe des activités
économiques. Ces informations ont été complétées par une analyse documentaire et
cartographique permettant de mieux comprendre l’organisation spatiale du territoire étudié.
L’intérêt de cette recherche est double. D’une part, elle présente un intérêt
scientifique en contribuant à l’enrichissement des travaux en géographie économique et en
aménagement du territoire, notamment dans le contexte des villes secondaires malgaches.
D’autre part, elle revêt un intérêt pratique dans la mesure où les résultats obtenus peuvent
servir d’outil d’aide à la décision pour les acteurs locaux impliqués dans le développement
territorial.
Cet ouvrage est divisé en trois grandes parties. La première partie est consacrée au
cadre d’étude et méthodologie de recherche. La deuxième partie représentera analyse et
interprétation des résultats. Et la troisième partie sera focalisée aux discussions et
recommandations.
PARTIE I : CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE
CHAPITRE I : CADRE CONCEPTUEL ET THEORIQUE
1.Définition des concepts clés
Dynamiques économiques locales
Les dynamiques économiques locales renvoient à l’ensemble des processus économiques qui
se développent à l’échelle d’un territoire restreint (ville, région, commune). Elles englobent la
création d’emplois, l’implantation d’entreprises, le développement des circuits courts, ainsi
que les interactions entre acteurs économiques locaux. Ces dynamiques traduisent la vitalité
d’un territoire et sa capacité à mobiliser ses ressources pour générer de la valeur ajoutée.
Aménagement du territoire
L’aménagement du territoire est une politique publique visant à organiser l’espace
géographique afin de répondre aux besoins des populations et de favoriser le développement.
Il comprend la répartition des infrastructures, des zones résidentielles, industrielles et
agricoles, ainsi que la préservation de l’environnement. L’objectif est de concilier croissance
économique, équité sociale et durabilité écologique.
Organisation spatiale
L’organisation spatiale désigne la manière dont les activités humaines, les infrastructures et
les populations se répartissent dans l’espace. Elle reflète les choix d’aménagement, les
contraintes naturelles et les dynamiques socio-économiques. L’étude de l’organisation
spatiale permet de comprendre les logiques de concentration, de dispersion et
d’interconnexion des territoires.
2. Théories mobilisées
Développement local
Le développement local met l’accent sur les initiatives endogènes, issues du territoire lui-
même, pour stimuler la croissance économique et sociale. Cette approche valorise les
ressources locales, les savoir-faire et la participation des acteurs. Elle repose sur l’idée que la
durabilité du développement dépend de l’implication des communautés dans la définition et la
mise en œuvre des projets.
Polarisation urbaine
La polarisation urbaine est une théorie qui explique la concentration des activités
économiques, des services et des populations dans certains pôles urbains. Ces pôles exercent
un effet d’attraction sur les territoires environnants, mais peuvent aussi générer des
déséquilibres territoriaux, accentuant les disparités entre centres et périphéries.
Système territorial
Le système territorial propose une vision intégrée du territoire comme un ensemble composé
d’acteurs, de ressources et de flux. Il met en avant les interrelations entre espaces urbains et
ruraux, entre centres et périphéries, ainsi qu’entre différentes échelles géographiques. Cette
approche systémique permet de saisir la complexité des dynamiques territoriales et d’orienter
les politiques publiques vers une meilleure cohérence spatiale.
CHAPITRE II : METHODOLOGIE DE RECHERCHE
1. Choix de la zone d'étude.
La présente étude est réalisée dans la Commune Urbaine de Mandritsara, chef-lieu du district
de Mandritsara, situé dans la région Sofia. Cette ville constitue un centre administratif,
commercial et de services , qui joue un rôle important dans le développement économique du
district. Le choix de cette ville s’explique par la dynamique de ses activités économiques et
leur influence sur l’organisation et l’aménagement du territoire.
2. Démarche méthodologique
La démarche adoptée combine approches qualitatives et quantitatives afin d’analyser les
activités économiques locales, leur répartition spatiale et leurs implications territoriales. Elle
repose sur : la recherche documentaire, les enquêtes de terrain, l’observation directe, les
entretiens avec les acteurs locaux, l’analyse cartographique.
3. Populations cibles
Les enquêtes ont concerné différents acteurs économiques et institutionnels : commerçants
des marchés centraux et périphériques, artisans, transporteurs (taxi-brousse, moto-taxis,
charretiers), responsables administratifs et élus locaux, habitants des quartiers, afin de
recueillir leurs perceptions sur les dynamiques économiques et les besoins en infrastructures.
4. Échantillonnage
Un échantillonnage raisonné a été retenu pour cibler les principaux acteurs économiques.
Environ 100 personnes ont été enquêtées : réparties entre commerçants, artisans,
transporteurs, agriculteurs périurbains, responsables administratifs, ménages et acteurs des
services. La taille de l’échantillon a été déterminée selon la disponibilité des enquêtés et la
représentativité des catégories socio-professionnelles.
5. Travaux de documentation
La recherche documentaire constitue la première étape de cette étude. Elle a consisté à
consulter un ensemble varié de sources, aussi bien dans les bibliothèques universitaires
mention géographie et sur des sites internet: ouvrages de géographie économique, urbaine et
d’aménagement du territoire, thèses et mémoires universitaires, articles scientifiques
spécialisés, documents statistiques de l’INSTAT ,rapports du Ministère de l’Aménagement du
Territoire, Schéma d’Aménagement Communal et Plans Communaux de Développement
(PCD), archives de la Commune Urbaine de Mandritsara.
6. Enquêtes et collecte des données de terrain
Les enquêtes sur terrain ont été fondé sur des divers entretients avec des personnes
ressources : doyens villageois, autorités locales (maire, services de population, Sojabe),
opérateurs économiques. L’objectif était de recueillir des informations précises sur les
dynamiques économiques et les pratiques territoriales. L’observation participante a également
été mobilisée pour compléter les données.
7. Outils de collecte
Au cours des enquêtes, nous avons utilisé divers matériels tels que : fiches d’enquête et
questionnaires, bloc-notes et stylos pour la prise de notes, cartes géographiques et
pédologiques intégrées dans un SIG (ArcGIS), appareil photo numérique pour documenter les
observations et entretiens.
8. Traitement et analyse des données
Les données recueillies ont été classées et hiérarchisées selon leur importance. Le traitement a
été effectué à l’aide de Microsoft Office Word 2013 pour la rédaction et de logiciels
cartographiques pour l’analyse spatiale. Les résultats ont été interprétés en fonction des
objectifs de recherche et organisés en sous-thèmes pour faciliter la compréhension.
9. Limites de la recherche
Cette étude a rencontré plusieurs contraintes : insuffisance de données statistiques actualisées,
difficulté d’accès à certaines informations économiques, contraintes de déplacement liées à
l’état des infrastructures, limites financières pour les travaux de terrain.
Ces difficultés ont été atténuées par le croisement des sources, les observations directes et les
entretiens avec les personnes ressources, garantissant la fiabilité des résultats.
CHAPITRE II : PRESENTATION DE LA ZONE D’ETUDE
II.1. Localisation géographique
II.1.1. Localisation au niveau national
Cette recherche s’inscrit dans le contexte de Madagascar, vaste île de l’océan Indien située à
environ 400 km de la côte sud-est de l’Afrique, séparée par le canal du Mozambique. Avec
une superficie de 592 000 km², Madagascar s’étend sur près de 1 600 km du nord au sud et
environ 600 km d’est en ouest. Elle se situe entre 12° et 25°30’ de latitude sud et 42° à 50°
de longitude est. Administrativement, le pays est divisé en 23 régions, dont la région Sofia,
localisée dans la partie nord-ouest. Cette région appartient à l’ancienne province de
Mahajanga et occupe une position stratégique par sa façade maritime sur le canal du
Mozambique. Elle est comprise entre 14° et 16° de latitude sud et 47° à 49° de longitude
est.
La région Sofia est délimitée par :
Au nord : la région DIANA,
À l’est : les régions SAVA et Analanjorofo,
Au sud : les régions Betsiboka et Alaotra-Mangoro,
Au sud-ouest : la région Boeny,
À l’ouest : le canal du Mozambique.
Cette position géographique confère à la Sofia une importance particulière dans les échanges
économiques et sociaux, tout en la reliant aux grandes dynamiques régionales du nord-ouest
de Madagascar.
II.1.2. Localisation régionale du district de Mandritsara
Au sein de la région Sofia, le district de Mandritsara constitue le champ d’investigation
de cette étude. Avec une superficie de 9 604 km², il est composé de 29 communes rurales et
d’une commune urbaine. Le district est délimité par plusieurs autres circonscriptions
administratives :
Au nord : le district de Befandriana-Nord (région Sofia),
À l’est : les districts de Maroantsetra et Mananara-Nord (région Analanjorofo),
Au sud-est : le district de Soanierana-Ivongo (région Analanjorofo),
Au sud : le district d’Andilamena (région Alaotra-Mangoro),
À l’ouest : les districts d’Antsohihy, Port-Bergé et Mampikony (région Sofia).
Mandritsara est relativement enclavé, son accès dépendant principalement de la Route
Nationale 32 (RN32). Cette route, en mauvais état, est difficilement praticable en saison des
pluies et n’est accessible qu’aux véhicules tout-terrain. Cette situation limite les échanges
avec les districts voisins et freine le développement économique. L’état des infrastructures
routières constitue ainsi un facteur majeur de marginalisation territoriale.
II.1.3. Délimitation de la commune urbaine de Mandritsara
La commune urbaine de Mandritsara, chef-lieu du district, se situe approximativement
au centre de ce dernier. Elle est localisée entre 15°49’ et 15°52’ de latitude sud et 48°48’ à
48°52’ de longitude est. Elle est délimitée par :
Au nord : la commune rurale d’Antsoha,
Au sud : la commune rurale d’Antanandava.
Bien qu’elle soit située au bout de la RN32, Mandritsara joue un rôle d’axe médian, reliant
les routes bitumées aux pistes secondaires qui desservent les zones environnantes. Cette
position lui confère une fonction de carrefour régional, malgré les contraintes d’accessibilité.
La commune urbaine couvre une superficie de 253 700 m² et est composée de 13
Fokontany : Maroamboka, Ambohomandroso, Antanantsimihety, Andohômby, Ambalabe,
Mandritsara Ambony, Mandritsara Vaovao, Antanandrenivelo, Ampitatsimo, Ambalabe,
Ambalankompany, Antsahabe et Ambohimahavelona. Ces quartiers reflètent la diversité
socio-économique de la ville et constituent des espaces de concentration des activités
productives, commerciales et de services.
II.2. Conditions physiques du milieu
II.2.1. Relief et urbanisme
La ville de Mandritsara se situe dans une zone de moyenne altitude du Nord-est de
Madagascar, caractérisée par des paysages de massifs granitiques et de plateaux ondulés. Le
relief est marqué par des crêts granitiques stratoïdes, témoins d’anciennes formations
géologiques, dont certains sommets dépassent 1 200 m (Ampomby, Androhibe, Anketsabe).
Ces structures plissées, composées de gneiss et de granites porphyroïdaux, favorisent une
érosion différentielle qui façonne le paysage en vallées et collines.
La ville elle-même se situe sur un plateau à 500–600 m d’altitude, entrecoupé de
vallées exploitées pour la riziculture et de collines utilisées pour l’élevage ou les cultures
vivrières secondaires. Ce relief légèrement accidenté influence la répartition des habitats et
des activités agricoles. Les zones basses sont propices à l’agriculture irriguée, tandis que les
collines sont souvent laissées en savane ou utilisées pour le pâturage.
L’urbanisation de Mandritsara s’est développée initialement sur la colline de
Mandritsara Ambony, puis s’est étendue vers les vallées et plaines environnantes, notamment
après le cyclone Kamisy qui a provoqué des inondations. La croissance démographique a
accéléré l’étalement urbain, particulièrement vers la plaine d’Ambohimandroso et la rive
droite alluvionnaire du Mangarahara.
II.2.2. Conditions climatiques
Mandritsara possède un climat tropical avec deux saisons bien distinctes :
Saison des pluies (novembre à avril) : fortes précipitations pouvant atteindre 1 500
mm/an, favorables à l’agriculture pluviale.
Saison sèche (mai à octobre) : parfois marquée par des périodes de sécheresse qui
limitent les cultures non irriguées.
La température moyenne varie entre 22°C et 28,5°C, avec des extrêmes allant de 10°C en
hiver à 36°C au printemps. Ce climat permet une diversité de cultures (riz, maïs, manioc,
arachides, légumes), mais reste vulnérable aux aléas climatiques. Les cyclones et dépressions
tropicales apportent des pluies abondantes, indispensables pour l’agriculture, mais peuvent
aussi détruire les cultures et endommager les infrastructures routières. Ainsi, le climat
constitue à la fois une ressource et une contrainte : il favorise la production agricole mais
expose la ville à des risques naturels récurrents.
II.2.3. Conditions hydrographiques
La ville est traversée par la rivière Mangarahara , principale source d’eau pour la
population et l’agriculture. Ses affluents structurent l’espace agricole et urbain, permettant la
riziculture irriguée et l’alimentation domestique. L’eau est également utilisée pour l’élevage
et certaines activités artisanales (fabrication de briques, teinture).
Cependant, durant la saison sèche, plusieurs cours d’eau s’assèchent partiellement,
limitant l’irrigation et provoquant des conflits d’usage. Le Maroamboka, qui traverse la ville
du nord vers l’ouest, dépend largement du régime pluvial et se tarit en saison sèche,
accentuant les difficultés d’approvisionnement en eau.
Ainsi, malgré l’importance des ressources hydriques, la gestion de l’eau reste un défi majeur
pour Mandritsara, tant pour l’agriculture que pour les besoins domestiques.
II.3. Aspects humains
II.3.1. Évolution de la population
La population urbaine de Mandritsara connaît une croissance rapide. En 2007, elle
comptait 20 025 habitants, soit 7 % de la population totale du district (291 689 habitants). En
2016, elle atteignait 29 145 habitants, avec un taux d’accroissement annuel de 3,4 %. En
2020, les prévisions du RGPH 3 estimaient la population urbaine à 33 670 habitants.
Cette augmentation est due à la fois à l’accroissement naturel (taux de natalité élevé) et aux
migrations. La densité de population est passée de 20 hab/km² en 1999 à 55 hab/km² en
2016, traduisant une pression croissante sur l’espace urbain.
II.3.2. Répartition de la population
La population urbaine est marquée par une forte proportion de jeunes et une majorité
de femmes. En 2020, les 13 Fokontany de la commune urbaine regroupaient 33 670
habitants, dont 17 147 femmes et 16 523 hommes. Les quartiers les plus peuplés sont
Ambalakompania (5 098 hab.), Ambalabe (3 715 hab.), Mandritsara Vaovao (3 332 hab.) et
Maroamboka (2 225 hab.).
Cette répartition inégale reflète l’attractivité des quartiers disposant d’infrastructures
sociales (écoles, marchés) et d’opportunités économiques. La prédominance des femmes
s’explique par la mobilité masculine (ethnie Tsimihety) et par l’importance des migrations
féminines (Antandroy, Betsileo), souvent liées au commerce.
La croissance démographique et les migrations ont entraîné une cosmopolitisation de
la population, modifiant le tissu urbain et favorisant l’émergence de nouveaux quartiers
périphériques. L’étalement urbain tend ainsi à former une pseudo-agglomération autour du
centre-ville, accentuant les besoins en infrastructures et en planification urbaine.
II.3.2. Structure de la population
La population urbaine de Mandritsara est caractérisée par sa jeunesse : 50,4 % des
habitants ont moins de 18 ans, ce qui traduit une dynamique démographique forte et un
potentiel de main-d’œuvre important. Elle est également cosmopolite, bien que largement
dominée par l’ethnie Tsimihety, qui représente environ 93 % de la population totale (26
261 individus en 2018). Les autres groupes ethniques présents sont les Merina (1 055),
Betsileo (245), Sihanaka (154), Betsimisaraka (182), Antandroy (102) et quelques étrangers
(234).
Les Merina et Betsileo occupent une place notable dans le commerce, reflétant leur
spécialisation traditionnelle dans les activités marchandes. Les Antandroy, arrivés en nombre
croissant depuis 2010, représentent une migration liée aux crises alimentaires du sud (Kere).
Leur présence illustre l’importance des mouvements migratoires internes à Madagascar, qui
contribuent à la diversité culturelle et économique de Mandritsara. Cette composition
ethnique confère à la ville une identité plurielle, où coexistent traditions locales et influences
extérieures.
II.4 ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES
Comme dans de nombreuses villes secondaires des pays en développement, les activités
économiques de Mandritsara s’articulent autour de trois secteurs :
Secteur primaire : agriculture et élevage dominent. La riziculture irriguée dans les
vallées constitue l’activité principale, complétée par des cultures vivrières (manioc,
maïs, arachides) et l’élevage bovin et caprin.
Secteur secondaire : encore limité, il se développe à travers l’artisanat et quelques
activités de transformation agroalimentaire.
Secteur tertiaire : en pleine expansion, il regroupe le commerce, le transport et les
services. Ces activités structurent la vie urbaine et attirent de nombreux migrants,
notamment des femmes, qui jouent un rôle central dans le commerce local.
Cette configuration économique illustre le rôle de Mandritsara comme pôle régional en
mutation, encore dépendant des ressources naturelles mais progressivement diversifié grâce
au dynamisme du commerce et des services.
II.5. APERÇU HISTORIQUE DE LA VILLE
L’histoire de Mandritsara révèle une évolution progressive d’un village traditionnel
vers un centre urbain. Le premier noyau s’est formé au XIXᵉ siècle sur la colline de
Manjolahely, où les habitants tsimihety structuraient leur société. Sous la colonisation
française (à partir de 1896), Mandritsara est devenu un centre administratif secondaire. Les
colons y ont installé des infrastructures (poste, hôpital, école, marché), renforçant son rôle
commercial et administratif.
En 1917, les autorités coloniales ont déplacé le centre vers Mandritsara Ambony, qui
est devenu le cœur historique de la ville. Des nouveaux villages périphériques se sont formés
autour de l’ancien site de Manjola, témoignant de la continuité de l’occupation humaine.
Entre 1950 et 1963, Mandritsara a obtenu le statut de commune rurale, avant de devenir une
commune urbaine en 1965, dirigée par le député-maire Miadana Victor. Depuis, plusieurs
maires se sont succédé, reflétant la diversité des profils (pasteurs, instituteurs, opérateurs
économiques, professeurs).
Aujourd’hui, Mandritsara conserve son rôle historique de pôle économique, administratif et
éducatif dans la région Sofia. Elle accueille un Centre Hospitalier Régional de Référence
(CHRD), des établissements scolaires et des services publics, tout en restant un carrefour
commercial grâce à la RN32, malgré l’état dégradé de cette route.
PARTIE II : DYNAMIQUES DES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES LOCALES
CHAPITRE 4 : LE SECTEUR PRIMAIRE, BASE DE L’ECONOMIE LOCALE
Bien que Mandritsara soit une commune urbaine, le secteur primaire demeure central
dans la vie économique. Il regroupe l’agriculture, l’élevage, la pêche, artisanale et
l’exploitation des ressources naturelles. Ces activités sont pratiquées principalement dans les
quartiers périphériques et dans les zones de contact entre ville et campagne.
III.1.1. Agriculture périurbaine
Près de 85 % de la population dépend de l’agriculture, pratiquée selon des méthodes
traditionnelles. Les cultures principales sont le riz, le manioc, le maïs, la patate douce et
l’arachide.
Riziculture : activité dominante, pratiquée dans les vallées irriguées, constituant
l’aliment de base.
Cultures tuberculeuses : manioc et patate douce, utilisés comme substituts
alimentaires en période de soudure, parfois commercialisés sur les marchés locaux.
Cultures maraîchères : tomates, angivy, brèdes et carottes, produites sur de petites
parcelles pour la consommation et la vente urbaine.
Cultures pluviales : maïs et arachide, cultivés sur les collines et vallées sèches,
contribuant à la diversification alimentaire.
Cette agriculture périurbaine permet aux habitants de maintenir un lien fort avec les pratiques
rurales, tout en assurant une source vitale de subsistance et de revenus.
III.1.2. L’élevage traditionnel
L’élevage constitue une activité complémentaire essentielle. Les habitants pratiquent
l’élevage bovin, porcin, ovin et avicole.
Les troupeaux circulent parfois dans la ville, créant des embouteillages, signe de la
persistance d’un mode de vie semi-rural.
L’élevage est extensif et peu encadré sur le plan sanitaire. Les animaux se nourrissent
souvent seuls, mais les boviers stockent des fourrages (foins de riz, fanes d’arachide)
pour la saison sèche.
Ces fourrages deviennent eux-mêmes des produits commercialisés sur le marché local,
renforçant l’économie circulaire.
Ainsi, l’élevage contribue à la sécurité alimentaire et à la dynamique commerciale de
Mandritsara.
III.1.3. La pêche artisanale
Bien que limitée, la pêche fournit des protéines animales et des revenus complémentaires.
Les techniques utilisées sont rudimentaires (filets, nasses, lignes à hameçon).
La majorité des poissons vendus en ville provient des communes rurales traversées par
la RN32, comme Pont-Sofia ,Ambalafary et Kalandy.
La consommation de poissons d’eau douce reste importante, mais la production locale
est insuffisante pour répondre à la demande.
La pêche illustre la dépendance de Mandritsara vis-à-vis de son arrière-pays rural pour
l’approvisionnement alimentaire.
III.1.4. Exploitation des produits forestiers
De nombreuses familles tirent des revenus de l’exploitation des ressources naturelles :
Bois de chauffe et charbon de bois : produits dans les zones boisées proches, vendus
en ville pour les besoins domestiques.
Produits forestiers divers : miel, plantes médicinales, bambou, collectés à petite
échelle.
Ces activités, bien que modestes, participent à l’économie locale et témoignent de la forte
interaction entre ville et environnement naturel
CHAPITRE 5 : LE SECTEUR SECONDAIRE, UN DEVELOPPEMENT LIMITE
Le secteur secondaire de Mandritsara, bien que modeste, joue un rôle croissant dans
l’économie locale. Il regroupe les activités de transformation agroalimentaire, de
production artisanale, de construction et de services techniques. Ces activités, souvent de
petite envergure et familiales, complètent le secteur primaire et contribuent à la création
d’emplois, à la valorisation des ressources locales et à l’amélioration des conditions de vie des
habitants.
III.2.1. Les activités de transformation agroalimentaire
La transformation des produits agricoles constitue une activité essentielle pour limiter les
pertes post-récolte et créer de la valeur ajoutée.
Transformation du manioc : Le manioc est transformé en farine, chips ou « gari »,
une semoule sèche consommée localement. Une partie est utilisée pour fabriquer du
pain artisanal, très apprécié par la population.
Décorticage du riz : Des machines artisanales permettent de transformer le paddy en
riz blanc commercialisable. Ces activités sont gérées par des familles ou de petits
entrepreneurs, et assurent l’approvisionnement des marchés urbains.
Production de jus et confitures : Les fruits saisonniers (mangue, citron, ananas) sont
transformés en jus et confitures, vendus dans les boutiques locales. Ces produits
prolongent la durée de conservation et diversifient l’offre alimentaire.
Ces activités agroalimentaires, bien que limitées, témoignent d’une volonté de moderniser les
pratiques et de renforcer l’autonomie alimentaire de la ville.
III.2.2. Bâtiments et travaux artisanaux
L’expansion urbaine et la croissance démographique, les activités de construction
connaissent une forte progression.
Métiers du bâtiment : maçons, charpentiers, menuisiers, soudeurs et plombiers
participent à la construction de maisons individuelles, commerces et bâtiments
publics. La demande en logement stimule ce secteur.
Fabrication locale de matériaux : la briqueterie artisanale est en constante
progression. Fabriquées à partir d’argile, les briques en terre cuite sont le matériau le
plus utilisé. Leur production génère des emplois pour les jeunes hommes, notamment
dans le transport par charrette.
Artisanat du bois et du fer : menuiserie (portes, meubles, fenêtres) et ferronnerie
(portes métalliques, grilles, charpentes) sont courantes. Ces métiers génèrent de
nombreux emplois et valorisent le savoir-faire local.
Ainsi, le secteur de la construction et des métiers artisanaux constitue un moteur de
l’économie urbaine, en lien direct avec l’expansion spatiale de Mandritsara.
III.2.3. Artisanat et savoir-faire local
Mandritsara conserve un riche savoir-faire artisanal qui contribue à la culture locale et à
l’économie informelle.
Broderie et couture : activités tenues en majorité par des femmes, produisant
vêtements, nappes, rideaux et moustiquaires destinés au marché local.
Sculpture sur bois : pratiquée par quelques artisans spécialisés, principalement pour
la décoration et les objets d’usage quotidien.
Vannerie et tressage : confection de paniers, nattes, chapeaux à base de fibres
végétales (raphia, bambou, roseaux). Ces produits symbolisent la tradition tsimihety et
sont vendus dans les marchés de Bazarikely , Bazarintsarety et Bazaribe.
Poterie : activité génératrice de revenus, pratiquée à partir d’argile locale. Les poteries
sont utilisées pour la cuisson et la conservation des aliments.
Ces activités artisanales, bien que modestes, sont essentielles pour la subsistance des ménages
et la préservation des traditions locales.
III.2.4. Réparations et services techniques
Le secteur secondaire inclut également de nombreux petits services techniques :
Réparation de motos, vélos, téléphones et outils agricoles : ateliers fréquents autour
du marché central.
Services de proximité : coiffure, cordonnerie, lavage de vêtements, couture. Ces
activités, souvent informelles, répondent aux besoins quotidiens de la population et
génèrent des revenus pour les familles.
Ces services, bien que modestes, participent à la vitalité économique de Mandritsara et à
l’amélioration du quotidien des habitants.
CHAPITRE 6 : LE SECTEUR TERTIAIRE EN EXPANSION
Le secteur tertiaire, ou secteur des services, est le plus développé et le plus dynamique
à Mandritsara. Il regroupe le commerce, les services publics et administratifs, les services
privés et financiers, ainsi que les activités liées à l’éducation, la santé et les communications.
La ville joue un rôle de centre administratif et commercial pour l’ensemble du district et les
régions environnantes, ce qui confère au secteur tertiaire une place prépondérante dans
l’économie locale.
III.3.1. Commerces
Le commerce constitue l’activité phare du secteur tertiaire. Mandritsara dispose de plusieurs
marchés et centres commerciaux qui structurent la vie économique :
Marché central : lieu majeur de rencontre économique, où se vendent produits
agricoles (riz, légumes, fruits, viande), articles ménagers, vêtements, cosmétiques et
artisanat.
Marchés spécialisés : Bazarintsarety dominantes (produits agricoles), Bazarikely et
Bazaribe (articles divers), Bazary manarapenitra d’Ambohimandroso.
Boutiques et épiceries : présentes dans tous les quartiers, elles assurent
l’approvisionnement en produits de première nécessité.
Commerce de gros : produits venant d’Antananarivo, Antsohihy ou Mahajanga,
revendus aux commerçants locaux.
Vendeurs ambulants : très actifs dans le secteur informel, ils complètent l’offre
commerciale.
Un marché particulier, le Sabotsibe, spécialisé dans la commercialisation des bovins, se tient
deux fois par mois. Il attire des vendeurs et acheteurs de toute la région (SAVA, DIANA,
Analanjirofo), créant un brassage économique et social. Ce marché génère des revenus
importants et renforce l’attractivité de Mandritsara comme pôle régional.
III.3.2. Services publics et administratifs
Mandritsara concentre de nombreux services publics et privés, renforçant son rôle de chef-lieu
du district :
Santé : cinq hôpitaux (publics et privés), dont le CSBII de Bazarintsarety, l’hôpital de
Mandritsara Vaovao, la clinique AINA, l’Hôpital Clinique Vaovao Mahafaly (HVM)
et la clinique CSJRA. Ces établissements assurent la gestion sanitaire et la surveillance
épidémiologique pour la ville et les régions voisines.
Éducation : la ville compte 59 établissements scolaires et universitaires (20 écoles
primaires, 18 collèges, 15 lycées et 6 universités). On y trouve des institutions
publiques (EPP, CEG, Lycée Technique Professionnel, UFRSS, CNTEMAD) et
privées (EP Ste Thérèse, LP Jean Paul, LP Adventiste Philadelphia, Lycée Victor
Miadana, etc.). Mandritsara est ainsi un centre éducatif majeur dans la région Sofia.
Administration : mairie, préfecture, services fiscaux, tribunal, gendarmerie, police,
services domaniaux. Ces institutions emploient un grand nombre de personnes et
participent à l’animation économique.
Services de communication : poste, télécommunications, internet et téléphonie
mobile (Telma, Airtel, Orange).
La ville est également desservie par la JIRAMA, qui fournit l’électricité et l’eau potable.
Toutefois, les services restent insuffisants pour répondre aux besoins croissants de la
population. L’électricité provient d’une centrale thermique située à Ankobasoa, tandis que
l’eau est distribuée à partir de trois sources (Ambodilengo, Mangarahara et Sahavoay).
III.3.3. Services privés et financiers
Le secteur privé connaît un développement progressif, notamment dans les services
financiers :
Banques : BOA, BNI Madagascar (installée en 2020), SMMEC (installée en 2022).
Institutions de microfinance : CECAM et autres structures locales, offrant des
services d’épargne et de crédit aux petites et moyennes entreprises.
Banques mobiles : MVola (Telma), Orange Money, Airtel Money. Ces services de
transfert d’argent et de paiement mobile sont présents dans tous les quartiers, facilitant
les transactions économiques et sociales.
Cybercafés et internet : assurent la connectivité de la population au monde entier,
favorisant les études, les affaires et les communications.
Ces services financiers et technologiques sont concentrés dans le Fokontany d’Ambalabe,
où se trouvent les grands centres commerciaux. Ils jouent un rôle essentiel dans la
modernisation de l’économie locale et l’intégration de Mandritsara dans les dynamiques
nationales.
III.4. TRANSPORTS ET LOGISTIQUE
Les transports jouent un rôle central dans l’économie de Mandritsara, en assurant
l’évacuation des produits agricoles vers les marchés, l’approvisionnement de la ville et la
circulation des personnes. La RN32 constitue l’axe principal reliant Mandritsara aux autres
districts de la région Sofia et aux grandes villes comme Mahajanga, Antsiranana et
Antananarivo. Malgré son mauvais état, elle reste vitale pour les échanges.
Le parcage d’Ambalabe mobilise quotidiennement une vingtaine de véhicules pour
desservir les sept districts de la région Sofia, et entre 5 et 8 véhicules pour les liaisons
interprovinciales. Les taxis-motos, très utilisés dans le quartier d’Antanandrenivelo, assurent
les déplacements vers les communes rurales et les districts voisins, notamment là où l’accès
en voiture est limité. En milieu urbain, les BAJAJY sont devenus le moyen de transport le
plus courant, apprécié pour leur rapidité et leur capacité à circuler dans les rues étroites.
En complément, les charrettes et camions transportent les marchandises pondéreuses
(ciment, briques, sable, produits agricoles). La coexistence de moyens modernes et
traditionnels reflète la diversité des pratiques mais compromet parfois l’esthétique urbaine.
Les transports constituent donc un levier économique majeur, mais leur efficacité reste freinée
par l’état des infrastructures routières.
Chapitre III.5 : Hôtellerie et restauration
Depuis 2010, Mandritsara connaît une croissance remarquable du secteur de
l’hôtellerie et de la restauration. Les hôtels et restaurants se multiplient, allant des
établissements modernes comme le Mandritsara Hôtel , Hôtel Sofia, Androna Hôtel aux
restaurants réputés tels que PATTES, en passant par de nombreuses gargottes locales.
Ce secteur contribue de manière significative aux recettes fiscales de la commune et
offre des emplois rémunérés aux habitants. Les restaurants assurent la diversité alimentaire
et participent à l’attractivité de la ville, tandis que les hôtels accueillent les voyageurs,
commerçants et fonctionnaires en déplacement.
L’essor de l’hôtellerie et de la restauration traduit l’évolution de Mandritsara vers une
économie urbaine plus diversifiée, intégrant les services modernes aux côtés des activités
traditionnelles. Ce dynamisme renforce le rôle de la ville comme pôle économique et social
régional, tout en améliorant la qualité de vie des habitants et des visiteurs.
PARTIE III : ENJEUX D’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
CHAPITRE IV : POLITIQUES D’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
Cette partie analyse les dynamiques activités économiques de la ville de Mandritsara, en
mettant en évidence les facteurs qui influencent l’évolution des activités locales, les
contraintes qui freinent leur développement et les perspectives pour un avenir durable.
IV.1. Facteurs influençant l’économie locale
IV.1.1. Politiques publiques et projets locaux
La politique de décentralisation menée par l’État malgache a renforcé le rôle des collectivités
territoriales dans la gestion des ressources et la planification du développement. La Commune
Urbaine de Mandritsara s’est dotée de Plans de Développement Communal (PDC) intégrant
plusieurs axes prioritaires :
la construction de la Route Nationale 32 (RN32),
la mise en place d’infrastructures sociales de base (hôpitaux, écoles, services
administratifs),
la création d’infrastructures économiques (marché de bovins, promotion des activités
génératrices de revenus).
Dès la Première République, le président Tsiranana avait reconnu l’importance stratégique
des routes comme « nerfs » du développement économique. La construction de la RN32 a
permis à Mandritsara de jouer un rôle de pôle économique, reliant l’Androna aux régions de
l’Est. La ville a ainsi pu approvisionner les districts voisins en produits de première nécessité,
notamment durant le boom de la vanille, période où les opérateurs économiques profitaient de
la demande pour diversifier leurs offres.
Ces potentialités ont favorisé l’installation d’institutions financières et l’émergence de
partenariats avec des ONG et bailleurs internationaux, contribuant au développement rural et
urbain.
IV.1.2. Développement des infrastructures
Les infrastructures jouent un rôle déterminant dans la dynamique économique :
Le quartier d’Ambohomandroso s’est développé autour de la clinique HVM, générant
des activités commerciales (restauration, hébergement temporaire, petits commerces).
La réouverture de l’UFRSS en 2015 a stimulé la construction de logements destinés
aux étudiants, illustrant l’interdépendance entre éducation et croissance urbaine.
La réhabilitation partielle de la RN32 a facilité les échanges régionaux.
L’extension du réseau téléphonique, l’amélioration de la connectivité Internet et
l’électrification progressive de certains quartiers ont renforcé les opportunités
économiques.
Les marchés (Bazaribe, Bazarikely, Bazarintsarety) ont bénéficié de certaines
améliorations, bien que leur organisation reste problématique.
IV.2. Problèmes du développement urbain
IV.2.1. Organisation des marchés
Les marchés de Mandritsara souffrent d’un manque de structuration. À Bazarintsarety,
l’absence d’organisation entraîne des problèmes de circulation et favorise les actes de
délinquance. La juxtaposition anarchique des produits nuit à l’attractivité de la ville, en
contraste avec des destinations touristiques mieux organisées comme Nosy-Be ou
Antsiranana.
IV.2.2. Extension anarchique et marchés ambulants
La croissance démographique et l’essor des initiatives privées (boutiques, restauration,
transport) stimulent l’économie mais accentuent l’urbanisation anarchique. Les marchés
ambulants, installés à l’entrée de la ville, donnent une image de bidonvilisation et dégradent le
tissu urbain.
IV.2.3. Absence de plan d’urbanisme
De nombreuses constructions (habitations, commerces, bâtiments publics) ne respectent pas
les normes d’urbanisme. Les zones prévues pour des usages spécifiques sont détournées, et
certains quartiers se développent sans accès adéquat à la voirie, à l’assainissement ou à
l’électricité. Cette urbanisation désordonnée fragilise la durabilité du développement local.
IV.3. Défis à relever
Pour assurer un développement équilibré et durable, Mandritsara doit relever plusieurs défis :
Construction de logements : répondre à la demande croissante, notamment des
étudiants et travailleurs, par une planification urbaine sérieuse et des partenariats
public-privé.
Accès à l’eau potable : améliorer l’approvisionnement en eau, indispensable à la
santé et au bien-être des habitants.
Réhabilitation de la RN32 : restaurer les routes secondaires et organiser un réseau de
transport urbain pour faciliter la mobilité et l’acheminement des produits agricoles.
Promotion des activités agricoles : renforcer la productivité et moderniser les
techniques agricoles afin de réduire la pression foncière et les litiges liés à la terre.
CHAPITRE V : PROJETS D’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
Face aux défis identifiés, plusieurs projets et suggestions peuvent être envisagés afin de
favoriser un développement économique durable et inclusif à Mandritsara.
V.1. Amélioration des infrastructures et des systèmes locaux
V.1.1. Infrastructures
L’amélioration des infrastructures ne peut être pleinement réalisée sans une politique de
proximité, rendue possible par une décentralisation effective et une autonomie budgétaire
accrue de la commune. Les actions prioritaires concernent :
la réhabilitation continue de la RN32 et des routes secondaires reliant les zones
agricoles,
la mise en place d’un système de transport urbain régulier (bus, bajaji, pousse-pousse),
la construction d’entrepôts de stockage pour les produits agricoles et artisanaux,
l’amélioration des services de transport pour fluidifier les échanges.
V.1.2. Systèmes commerciaux
Le renforcement du secteur commercial passe par une meilleure organisation et une
modernisation des pratiques :
formation professionnelle des artisans pour faciliter l’exportation,
structuration des centres commerciaux et organisation de la distribution,
création de centres de formation artisanale et professionnelle adaptés aux besoins
locaux,
organisation en coopératives pour mutualiser les ressources et faciliter l’accès aux
marchés,
valorisation des produits locaux transformés et promotion de leur vente dans d’autres
régions,
encadrement du commerce informel par la création de marchés structurés et
l’attribution d’espaces dédiés,
appui aux PME et commerçants via la formation en gestion, le microcrédit et
l’accompagnement fiscal,
développement de services modernes (banques numériques, plateformes de vente en
ligne),
soutien aux jeunes entrepreneurs par des incubateurs et des financements adaptés.
V.1.3. Valorisation du capital sol et agricole
La durabilité du développement repose sur une gestion rationnelle des ressources naturelles :
vulgarisation de techniques agricoles productives et respectueuses des sols,
promotion de l’agriculture urbaine moderne (irrigation améliorée, culture intensive
durable),
facilitation de l’accès aux intrants agricoles et au microcrédit,
organisation de formations et appuis techniques pour les petits producteurs,
renforcement du système éducatif, de l’enseignement primaire à l’université, pour
soutenir la modernisation agricole.
V.1.4. Aménagement des espaces urbains
La planification urbaine doit intégrer des dimensions sociales, culturelles et
environnementales :
extension de l’électrification et amélioration de l’accès à l’eau potable,
valorisation du patrimoine naturel et culturel pour développer le tourisme,
planification des espaces urbains afin de limiter l’expansion anarchique,
création de centres culturels et sportifs pour renforcer la cohésion sociale,
consolidation des capacités institutionnelles de la commune et des services publics.
V.2. Vers une décentralisation effective
La coopération urbaine contemporaine s’oriente vers la gestion des flux financiers et la
facilitation des investissements. Toutefois, cette dynamique soulève des enjeux complexes :
La décentralisation est souvent imposée par les bailleurs de fonds comme alternative à
l’ajustement structurel, mais elle entraîne parfois un renforcement des pratiques
clientélistes.
Les collectivités locales se voient confier de nombreuses compétences administratives,
sociales et économiques, sans bénéficier d’un transfert réel de ressources.
La déconcentration administrative n’a pas toujours été conçue comme une étape
préalable à une véritable décentralisation.
Les bailleurs de fonds tendent à ignorer les coûts à court terme de la réforme, alors que
les bénéfices économiques et financiers ne peuvent être attendus qu’à moyen ou long
terme.
Dans ce contexte, la bonne gouvernance apparaît comme une condition indispensable pour
instaurer un nouveau paradigme urbain. Celui-ci repose sur la transparence, la participation
citoyenne et la responsabilisation des acteurs locaux. La décentralisation ne doit pas se limiter
à un transfert de compétences, mais s’accompagner d’un transfert effectif de moyens
financiers et humains, afin de garantir l’efficacité et la durabilité des projets d’aménagement.
CONCLUSION
L’étude menée sur la ville de Mandritsara met en évidence son rôle stratégique dans la
structuration économique et sociale de la région Sofia. Capitale de l’Androna, elle se
distingue par une population jeune et en croissance rapide, alimentée par des flux
migratoires internes qui renforcent son dynamisme mais accentuent aussi les pressions sur les
infrastructures et l’espace urbain. Cette vitalité démographique se conjugue avec une diversité
culturelle et économique qui confère à la ville une identité cosmopolite.
Sur le plan sectoriel, Mandritsara illustre une complémentarité des trois secteurs
économiques :
Le secteur primaire demeure le socle de l’économie locale, avec une agriculture
vivrière et périurbaine, l’élevage et l’exploitation des ressources naturelles. Ces
activités assurent la subsistance des ménages et alimentent les marchés urbains.
Le secteur secondaire, dominé par l’artisanat et les petites unités de transformation,
valorise les ressources locales et contribue à la création d’emplois, mais reste limité
par le manque de capital et de technologies modernes.
Le secteur tertiaire connaît une expansion rapide, porté par le commerce, les services
publics et privés, l’éducation, la santé et les transports. Il constitue aujourd’hui le
moteur principal de l’économie urbaine et renforce l’attractivité de Mandritsara
comme centre régional.
Cependant, cette dynamique est freinée par des contraintes majeures : déficit de logements,
insuffisance d’eau potable, mauvais état de la RN32 et des routes secondaires, absence de
plan d’urbanisme structuré, extension anarchique des quartiers périphériques et progression
des marchés informels. Ces problèmes traduisent les enjeux d’aménagement du territoire,
qui nécessitent une planification urbaine rigoureuse et une gestion inclusive des ressources.
Les recommandations proposées mettent en avant :
la réhabilitation des infrastructures routières et de transport,
la structuration des marchés et l’encadrement du commerce informel,
la promotion de l’agriculture moderne et durable,
la valorisation des savoir-faire artisanaux,
l’amélioration des services sociaux de base (eau, électricité, santé, éducation),
et une décentralisation effective, accompagnée d’un transfert réel de ressources aux
collectivités locales.
En définitive, Mandritsara possède un potentiel économique et social considérable. Sa
position géographique, sa diversité culturelle et son dynamisme commercial en font un centre
stratégique pour la région Sofia. Pour transformer ce potentiel en un développement durable,
il est impératif de relever les défis identifiés et de mettre en œuvre des politiques
d’aménagement du territoire capables de concilier croissance économique, équité sociale et
préservation environnementale.