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Le document traite de l'importance de différencier les véritables sentiments des interprétations et jugements que nous portons sur les actions des autres. En exprimant nos sentiments de manière authentique, nous pouvons mieux comprendre nos besoins et favoriser des échanges constructifs, sans opposition ni critique. Cela permet également de prendre la responsabilité de notre bien-être et d'améliorer la qualité de nos relations interpersonnelles.

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Le document traite de l'importance de différencier les véritables sentiments des interprétations et jugements que nous portons sur les actions des autres. En exprimant nos sentiments de manière authentique, nous pouvons mieux comprendre nos besoins et favoriser des échanges constructifs, sans opposition ni critique. Cela permet également de prendre la responsabilité de notre bien-être et d'améliorer la qualité de nos relations interpersonnelles.

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3.

Sentir sans juger ni interpréter

Je sens que / Je me sens


La plupart du temps, si vous demandez à une personne «Comment vous
sentez-vous?» par rapport à une situation préoccupante, elle vous répondra
«Je sens qu’il faut absolument faire ceci ou cela…, Je sens qu’il est temps
que les responsables fassent ceci ou cela…, Je sens que c’est fichu…»
Elle vous répondra donc par une pensée, un concept, un commentaire,
pas par un sentiment, alors même que la question l’invitait à se situer par
rapport à ses sentiments. Cette personne sera sans doute convaincue de vous
avoir bien fait part de son sentiment puisqu’elle a commencé son
commentaire par «Je sens que».
De nouveau, c’est notre vieille habitude de penser plutôt que de
ressentir qui prime. C’est un vieux réflexe. Il n’est pas irrécusable.
Si nous voulons donc davantage nous renseigner sur nous-même, pour
savoir ce que nous vivons vraiment par rapport à une situation, nous avons
intérêt à écouter notre sentiment en le formulant comme ceci: «Je me sens
inquiet, triste, déçu, etc.» C’est le sentiment qui va nous aider à identifier
notre besoin et, ce faisant, nous permettre de nous situer par rapport à une
situation ou une personne sans la juger, sans la critiquer et sans nous
décharger sur elle de la responsabilité de ce que nous vivons. Tant que nous
attribuons à l’autre la responsabilité de ce que nous vivons, nous nous
déresponsabilisons, tant que nous lui donnons les clés de notre bien-être (et
de notre mal-être) nous nous piégeons. Il est donc bien utile de différencier,
dans le vocabulaire des sentiments, ceux qui comportent une interprétation
ou un jugement sur ce que l’autre dit, fait ou est.
En effet, très souvent, croyant parler au «Je» en prenant la
responsabilité de notre sentiment, nous employons des mots considérés
couramment comme des sentiments tels que «je me sens trahi, abandonné,
manipulé, rejeté». Or, il est sûr que ces mots-là expriment des sentiments,
mais ils véhiculent en même temps une image sur l’autre, une
interprétation, un jugement. En filigrane, il est sous-entendu «tu es un
traître, un manipulateur, tu m’abandonnes, tu me rejettes».
Vous trouverez à la fin de ce livre une liste qui reprend les mots qui sont
habituellement utilisés comme des sentiments mais qui comportent aussi
une appréciation sur l’autre. Quelle est l’utilité de cette distinction? Elle me
paraît constituer une différenciation clé que permet de faire la méthode, et
ce, pour deux raisons.

Il y a deux avantages à différencier les sentiments


vrais des sentiments comprenant une interprétation.

1. Le premier avantage a trait à notre souhait de cheminer vers nous-même


le plus sûrement possible en renonçant aux scénarios de victime et de
plainte. Plus notre langage — et donc notre conscience qui s’y exprime —
sera délivré de cette dépendance à ce que l’autre fait ou ne fait pas, plus
nous aurons l’occasion de prendre conscience de nos besoins et de nos
valeurs, et de nous prendre en main pour les valoriser.
Voici un exemple. Pierre, trente-six ans, vient en consultation et se
plaint régulièrement de sa relation avec sa compagne.
«Je me sens toujours manipulé par ma compagne.
— Voudriez-vous m’indiquer ce que vous observez qui vous donne cette
impression de manipulation.
— Elle me dit: “Tu ne me comprends jamais, on n’est pas faits pour
s’entendre.”
— Si vous vous mettez à l’écoute du sentiment qui vous habite derrière
cette impression de manipulation, que ressentez-vous?
— De la colère et de la fatigue. J’ai l’impression que c’est toujours moi
qui dois la comprendre et que je dois la comprendre toujours, sinon je ne
vaux plus rien. Au fond, je ne vaux quelque chose à ses yeux que si je la
comprends toujours.
— Et si vous écoutez les besoins que cette colère et cette fatigue
indiquent, qu’est-ce qui vous vient?
— Le besoin de respect, de respect pour moi-même, le besoin d’être
pris pour qui je suis et non pas pour qui elle voudrait que je sois.
— Est-ce une impression que vous connaissez, que vous avez déjà
vécue, que de ne pas être accueilli pour qui vous êtes vraiment?
— Bien sûr, je me retrouve comme j’étais face à ma mère, j’étais alors
devant un juge et accusé injustement, à la fois indigné que mon identité
propre ne soit pas reconnue et impuissant à la faire valoir.
— Quand vous évoquez cela, comment vous sentez-vous?
— Fatigué et déçu.
— Est-ce que ces sentiments de fatigue et de déception indiquent le
besoin de vous accueillir davantage vous-même, de vous faire à vous-même
davantage de place, de vous autoriser à vivre davantage votre identité?
— (Ému.) Oui, tout à fait.
— Si ces besoins sonnent effectivement juste pour vous, je vous
propose de les répéter à haute voix pour vous donner l’occasion de les
intégrer, de les vivre déjà intérieurement.
— (Après un temps de silence.) O.K., j’ai besoin de m’accueillir
davantage moi-même, de me faire à moi-même davantage de place et de
m’autoriser à vivre davantage mon identité.»

Remarque
Je propose très souvent aux personnes en travail d’accompagnement de
formuler à haute voix leurs besoins. L’expérience enseigne en effet que la
personne qui s’entend proposer un besoin qui correspond bien à ce qu’elle
vit va 1) soit dire «C’est bien ça, mon besoin, il faudra que j’y repense après
l’entretien, j’en prendrai note», et le besoin restera virtuel, comme une
méthode thérapeutique lue dans un livre ou un article mais que l’on
n’intègre jamais par l’expérience; 2) soit immédiatement enchaîner en
disant «Mais de toute façon, ça a toujours été comme cela, je ne vois pas
comment les choses pourraient changer. Il n’y a pas de solution, alors à quoi
bon identifier mes besoins?» Ce faisant, la personne enterre elle-même,
sous ses pensées négatives, le besoin qui tentait d’émerger à sa conscience.
Elle ne lui laisse même pas le temps d’exister et d’être identifié, qu’il est
déjà refoulé.
Je suis donc attentif à ces deux risques et j’invite souvent la personne à
prendre le temps, tout doucement, de reformuler son besoin à haute voix
après avoir vérifié qu’il sonne juste pour elle.
Pour certaines personnes, c’est un exercice facile et joyeux auquel elles
se prêtent volontiers en éprouvant enfin la joie d’identifier et d’exprimer
clairement leurs besoins. Le sentiment partagé par elles est le plus souvent
le soulagement, le bien-être, et le besoin comblé est la clarté, la
compréhension, l’ouverture sur une piste à explorer. Pour d’autres, cette
étape se révèle très difficile. L’interdit qui pèse sur le fait d’éprouver des
besoins et a fortiori de les exprimer devant quelqu’un est tel, qu’elles ne
parviennent pas à répéter la phrase même la plus simple comme «J’ai
besoin de respect pour mon identité». C’est presque impossible, les mots ne
sortent pas. Il faut alors faire un travail d’apprivoisement qui peut prendre
quelques séances jusqu’à ce que la personne se sente à l’aise d’exprimer
son besoin, d’en parler, de le commenter, de le nuancer, c’est-à-dire de le
comprendre. «Com-prendre», c’est faire sien.
Je vis toujours ces moments, qu’ils soient faciles ou difficiles, comme
des moments sacrés. La personne se réapproprie sa vie, se recentre et se
rassemble, se cueille et se recueille. Et n’est-ce pas sacré pour elle de
redevenir en vie et en envie, de constater que la vie l’habite et l’anime,
qu’elle peut se mettre à son écoute et se laisser guider par elle?
Nous verrons plus loin comment, après l’identification du besoin,
s’enclenche l’action concrète, la demande. Mais revenons à Pierre, et à la
différenciation clé entre sentiment vrai et sentiment teinté d’interprétation.
Tant que la conscience de Pierre se formule par «Je me sens manipulé», il
reste dépendant ou tributaire de l’attitude qu’il prête à l’autre. C’est l’autre
qui est responsable de son mal-être. Le mot «manipulé» comporte en effet
l’interprétation que l’autre manipule. Et peut-être le comportement de
l’autre lui donne-t-il effectivement toutes les raisons d’avoir l’impression
d’être manipulé, là n’est pas la question.
Ce qui est intéressant, c’est de constater que Pierre commence à sortir
de sa plainte («Elle me manipule, je suis sa victime») quand il atteint son
vrai sentiment («Je suis triste et en colère») et son besoin à lui («J’ai besoin
de respect pour mon identité»). C’est quand il commence à parler vraiment
— en vérité — de lui-même que le travail commence. Tant qu’il commente
plus ou moins indirectement ce que sa compagne fait ou ne fait pas, il
n’avance pas. Dès qu’il parle vraiment de lui, il avance. C’est Lacan qui
disait à une patiente: «Quand vous m’aurez dit une parole qui parle
vraiment de vous, vous serez guérie.»
Dans le travail d’accompagnement thérapeutique, que l’on peut voir
peut-être comme une tentative de résolution du conflit qui intervient entre le
conscient et l’inconscient, c’est cette parole que l’on cherche ensemble, pas
pour la parole en soi bien sûr, mais pour la conscience qu’elle libère. Ainsi
Pierre a-t-il pu davantage prendre conscience de ce qu’il vit, ce qui lui
permet d’entamer vraiment le travail nécessaire pour se dégager de son
complexe maternel négatif et s’ouvrir enfin à l’accueil et au respect de lui-
même. Je l’ai vu, en deux années d’accompagnement, passer de la
victimisation et de sa dépendance à l’alcool, à son succès auprès des
femmes et dans sa carrière professionnelle, à l’autonomie et à la
responsabilité.
Dans les tentatives quotidiennes de résolution des conflits de tous les
jours, la recherche de la parole vraie aura le même avantage: éclairer notre
conscience quant aux vrais enjeux qui sous-tendent les enjeux apparents et
stimuler notre responsabilisation.
2. Le second avantage qu’il y a à différencier les sentiments vrais des
sentiments teintés d’interprétation, est que cela nous permet de nous faire
bien comprendre par l’autre grâce à des mots qui suscitent le moins possible
l’inconfort, la peur, la résistance, l’opposition, la contradiction,
l’argumentation et la fuite. Rappelons-nous que notre intention est la qualité
de la rencontre avec l’autre. Nous ne souhaitons pas seulement que l’autre
entende nos mots, nous souhaitons qu’il écoute ce qui se passe en nous.
Tout comme lorsque nous l’écouterons à notre tour, nous ne souhaiterons
pas seulement entendre les mots qu’il dit, mais écouter ce qui se passe en
lui.

Épurer notre langage et notre conscience de


ce qui génère opposition, division et séparation.

Nous serons donc attentifs à travailler notre langage et notre conscience


pour les épurer de tout ce qui génère opposition, division, séparation, pour
les nettoyer de tout ce qui est — ou peut être entendu comme — jugement,
interprétation, reproche, critique, préjugé, cliché, rapport de force ou de
comparaison, parce que nous savons d’expérience que si l’autre entend quoi
que ce soit que nous formulons comme un jugement, une critique, un
reproche, une idée toute faite sur lui, il ne nous écoute plus, il se bouche les
oreilles — parfois très poliment — et prépare sa réplique, sa repartie. Il ne
se met pas en lien avec nous, avec ce qui se passe en nous, il prépare sa
contre-attaque ou son autodéfense.
L’exemple de Pierre
Dans une conversation classique, si Pierre dit à sa compagne «Quand tu me
dis cela, je me sens manipulé…», sa compagne risque bien de répondre:
«Mais non, je ne te manipule pas. Tu crois toujours être manipulé, c’est
fatigant à la fin.» Qu’est-ce qu’elle fait? Elle se justifie, elle argumente, elle
contredit. Elle n’écoute donc pas Pierre et ne s’écoute pas elle-même non
plus. Elle reste dans son espace mental.
Elle peut également réagir comme ceci: «Mais c’est toi qui manipules,
t’as pas vu comment tu réagis…» Qu’est-ce qu’elle fait? Puisqu’elle a pris
l’attitude de Pierre comme une attaque, elle contre-attaque, elle riposte. Par
conséquent, elle n’écoute pas davantage Pierre, ni elle-même.
En appliquant la méthode, Pierre pourrait dire à sa compagne: «Quand
tu me dis que tu ne me comprends jamais et qu’on n’est pas faits pour
s’entendre (Observation), je me sens fatigué et en colère (Sentiment) parce
que j’ai besoin d’être pris pour ce que je suis et pas pour ce que tu voudrais
que je sois; j’ai aussi besoin de reconnaissance pour la compréhension que
je t’apporte régulièrement; et enfin, j’ai besoin de sécurité dans notre
relation, d’être assuré que ce n’est pas parce que je ne te comprends pas
toujours, ni aussi bien et aussi vite que tu le souhaiterais, que je ne tiens pas
à toi et que tu ne comptes pas pour moi (Besoin). Je voudrais savoir
comment tu te sens quand je te dis cela (Demande concrète et négociable).»
Pour la compagne, entendre que Pierre se sent fatigué et en colère parce
qu’il a trois besoins insatisfaits qu’il nomme clairement et par rapport
auxquels il lui demande à elle de prendre position sans jugement ni
contrainte, se révélera moins menaçant que de se voir attribuer
indirectement l’étiquette de manipulatrice, comme c’était le cas dans la
première situation. Ce qui, par ailleurs, n’apportait aucune clarté sur les
véritables enjeux de la relation. L’attitude de Pierre engage davantage que
dans le premier cas à une conversation de fond sur les éléments essentiels
de la relation: le respect de l’identité de chacun, la reconnaissance et
l’estime mutuelle pour le rythme et la manière dont chacun manifeste son
attention et la sécurité affective intérieure profonde rendue ainsi moins
dépendante des signes extérieurs d’approbation.

Exercice
Essayez vous-même de décoder vos sentiments vrais derrière les
sentiments-étiquettes. Voici quelques propositions.
• «Je me sens abandonné (autrement dit: tu m’abandonnes).»
N’est-il pas plus précis et plus vrai de dire: «Je me sens seul et triste,
j’ai besoin d’être rassuré sur le fait que je compte pour toi, que j’ai ma place
dans ton cœur, même si tu choisis pour le moment de faire autre chose
plutôt qu’être avec moi.»

• «Je me sens trahie (autrement dit: tu me trahis).»


N’est-il pas plus précis et plus vrai de dire: «J’ai peur, j’ai
vraiment peur, j’ai tellement besoin de pouvoir compter
sur la confiance mutuelle et la franchise entre nous,
besoin de savoir que les choses convenues et les
engagements pris sont respectés et que s’ils ne peuvent
l’être, nous en parlions ouvertement.»
«Je me sens rejetée (autrement dit: tu me rejettes).»
N’est-il pas plus éclairant, plus informatif pour soi comme pour l’autre
d’entendre ceci: «Je me sens malheureuse, déçue et fatiguée
(Sentiment), j’ai besoin d’arriver à prendre ma place (dans mon
couple, ma famille, en groupe, en société, au travail) et de m’autoriser
à prendre ma place; j’ai aussi besoin que les autres comprennent que
c’est une chose difficile pour moi et que leur aide ou leur
encouragement me seraient précieux (Besoin). Que puis-je dire ou
faire concrètement qui nourrisse ces besoins (recherche de la
demande)? Que puis-je moi-même mettre en place pour obtenir le
changement que je veux?»
Comme nous le verrons plus loin, au chapitre sur la demande, ce type
de prise de conscience permet de sortir du scénario de «victime
toujours rejetée», car il clarifie ce que nous pouvons faire
concrètement pour obtenir le soutien des autres, quelle est la démarche
(demande, action) concrète que nous pouvons mener pour changer.
«Je me sens exclu (autrement dit: tu m’exclus).»
N’est-il pas plus responsabilisant et plus stimulant de prendre
conscience des sentiments et besoins suivants: «Je me sens seul,
impuissant et triste. J’ai profondément besoin d’intégration, d’échange
et d’appartenance. Que puis-je mettre concrètement en place qui aille
dans le sens de la satisfaction de ces besoins? Que puis-je changer par
moi-même qui me permette de commencer à nourrir ces besoins?»
Voyez qu’en utilisant un sentiment vrai, qui renseigne vraiment sur ce
qui se passe en nous, nous nous donnons davantage l’occasion de nous
recentrer et de nous prendre en main, et nous donnons à l’autre
davantage l’occasion de rester centré sur ce que nous lui disons de
nous, de prendre en considération ce que nous vivons. Notre faculté de
«parler vrai» stimule la faculté de l’autre d’«écouter vrai».

Parler vrai, écouter vrai


Observez les conversations habituelles, à table, en société, au travail, dans
les réceptions. Il est rare que nous nous écoutions vraiment: nous attendons
plutôt poliment notre tour de prendre la parole en préparant notre
intervention. Ce sont des monologues qui s’enchaînent. Il n’y a pas de
rencontre et c’est ce qui explique qu’il y ait si peu de conversations
nourrissantes, stimulantes, énergisantes: nous ne parlons pas vrai ni
n’écoutons vrai. Nous nous croisons. Nous nous manquons.
Je crois de plus en plus que c’est là est le manque fondamental dont
nous souffrons tant. Nous manquons de la présence nourrissante qui naît de
la rencontre vraie. Nous manquons à la fois de la rencontre avec nous-
même et de la rencontre avec les autres.
Tant que nous ne savons pas que c’est cela que nous cherchons, nous
tenterons de combler ce manque par toutes sortes d’artifices: nous nous
griserons de travail, de conquêtes amoureuses, d’hyperactivisme, nous nous
étourdirons dans la consommation, la possession, la séduction, nous nous
abrutirons d’alcool, de drogue, de médicaments, de sexe ou de jeu, nous
nous dissimulerons derrière les responsabilités, les devoirs, les concepts et
les idées. Nous attendrons parfois désespérément un déclic miraculeux d’un
atelier thérapeutique, d’un voyage au bout du monde, d’une expérience
spirituelle, avant de découvrir, comme l’alchimiste de Paolo Coelho6, que
nous sommes assis sur notre trésor, que notre trésor est au cœur de la
rencontre avec nous-même, en nous-même et en l’autre, qu’il n’existe pas
d’autre bien à posséder, d’autre pouvoir à détenir, d’autre griserie à goûter,
d’autre merveille à contempler que la rencontre; que c’est celle-ci qui nous
relie à nous-même, aux autres, au monde, que nous ne sommes ni exclu ni
séparé de rien si ce n’est par nos pensées divisantes.
Tout dans l’univers circule et se rencontre. C’est le mouvement créateur.
Tant que nous vivrons dans la conscience binaire divisante (Je te quitte
pour être avec moi, je me quitte pour être avec toi) nous ferons l’expérience
de la séparation, de la division et donc l’expérience du manque. C’est en
travaillant la conscience complémentaire, la conscience unifiée, que nous
pourrons de plus en plus goûter l’unité à travers la diversité, joindre
l’universalité à partir de l’individualité.
Revenons au sentiment. Dans l’usage du sentiment, je vous invite à être
très attentif à l’intention. Quelle est mon intention? Amener habilement
l’autre à faire ce que je veux ou faire en sorte que nous cheminions avec
bienveillance l’un vers l’autre? Gare à la manipulation affective!
En effet, une autre vieille et malheureuse habitude nous a fait utiliser
souvent les sentiments à des fins de contrôle ou de pouvoir sur l’autre: «Je
suis triste quand tu as de mauvaises notes à l’école», «Je suis en colère
quand tu ne ranges pas ta chambre», «Je suis déçu quand je vois votre
rapport», ou, plus fort encore: «Tu me déçois beaucoup», «Tu me
décourages complètement», «Tu m’épuises».
Cette façon de procéder ne renseigne pas sur nos besoins et fait peser
tout le poids de notre sentiment sur l’autre: c’est l’autre qui est responsable
et entièrement responsable de notre état et nous le lui faisons bien payer.
Nous faisons dépendre notre bien-être de lui et nous entendons bien qu’il ait
conscience d’être responsable de notre bien-être et qu’il se sente coupable
de notre mal-être.
Ce faisant, nous nous déresponsabilisons de ce que nous vivons et
conférons à l’autre le pouvoir démesuré de déterminer notre bonheur ou
notre malheur. Nous lui tendons la télécommande de notre bien-être. C’est
lui qui zappe et nous, nous sautons d’humeur en humeur selon son gré.

Un échange mère-enfant
1. Version classique. «Je suis triste quand tu ne ranges pas tes affaires.» Ce
qui, pour la mère, signifie:

si l’autre range, je suis contente,


si l’autre ne range pas, je reste triste.
Je donne donc à l’autre le pouvoir de me maintenir dans la tristesse ou
de me rendre content: mais pas la liberté de faire autre chose ou autrement.
En d’autres mots, j’entretiens un jeu de pouvoir affectif, un rapport de force
dépourvu de liberté.
Quant à l’enfant, à moins qu’il comprenne et partage à ce moment-là le
même besoin d’ordre que sa mère, il ne peut que se dire: «Mon Dieu,
Maman est triste, ça va barder si ça continue. Je veux qu’elle soit contente,
donc je fais ce qu’elle dit même si je n’en comprends pas la raison, même si
je n’en apprécie pas la raison, même si c’est franchement à contrecœur.» Au
bout de la chaîne de ce conditionnement, il apprend l’adaptation et la
suradaptation au désir de l’autre au mépris de lui-même.
Il peut aussi se dire: «J’en ai rien à faire, c’est mes affaires. Je fais ce
que je veux et je ne rangerai jamais si on me l’impose.» Et au bout de la
chaîne de ce conditionnement, il apprend la rébellion systématique, la
contestation automatique de toute consigne.

2. Version non violente. «Quand je vois tes cahiers sur la table et tes
vêtements sur le sol (Observation neutre pour indiquer à l’autre, sans
jugement, ce dont on parle) je me sens contrariée (Sentiment) parce que j’ai
besoin d’aide pour mettre la table pour le repas (Besoin) et je voudrais
savoir si tu serais d’accord pour les ranger (Demande concrète et
négociable).»
La mère est contrariée parce qu’elle a un besoin qui n’est pas satisfait,
pas à cause de l’enfant. Elle indique ce besoin à l’enfant et lui donne ainsi
le sens de sa contrariété sans l’en accabler, puis formule une demande
négociable qui laisse la liberté à l’autre.
L’enfant, lui, a l’occasion ou la liberté de se situer par rapport au besoin
formulé, et peut dire:

oui, je suis d’accord pour ranger,


non, je ne suis pas d’accord parce que je veux le faire tout à l’heure, ou
ne pas le faire et demander plutôt à mon frère.

Vous doutez peut-être de l’efficacité de cet échange et vous vous dites


par exemple: «Oh!, avec le mien, c’est impossible, si je n’impose rien je
n’obtiens rien…» Si c’est le cas, vérifiez intérieurement 1) votre sentiment:
n’êtes-vous pas fatigué(e) de cette situation? et 2) votre besoin:
n’apprécieriez-vous pas de partager vos valeurs (l’ordre, par exemple) et
vos besoins sans systématiquement générer des résistances et devoir
contraindre l’autre?
Si vous vous reconnaissez dans cette fatigue et ce besoin, réjouissez-
vous, vous êtes en train de lire le bon livre! Partager, transmettre, échanger
nos valeurs sans soumettre ni se soumettre est bien un des avantages de la
pratique de la méthode que je vous présente.

Obéir ou se responsabiliser, ce n’est pas la même


chose.

En nommant le besoin, d’une part nous nous éclairons sur nous-même


et prenons pleinement la responsabilité de ce que nous vivons, d’autre part
nous informons l’autre de ce qui se passe en nous en respectant sa liberté et
sa responsabilité. Nous l’invitons à se responsabiliser et non à obéir. Nous
l’invitons à être en relation avec lui-même tout en étant en relation avec
nous.
En voyant avec quel soin j’insistais sur l’expression du sentiment vrai et
sur le fait d’identifier notre besoin propre et de l’indiquer à l’autre sous la
forme d’une demande non contraignante, une participante à un stage me dit
un jour ce qui suit.
«En fait, je croyais m’être formée au langage non directif et “à parler au
je” par mes lectures et mes discussions, et je croyais ainsi avoir appris à
parler de moi simplement parce que je disais “je” plutôt que “tu”, mais le
“je” me permettait de balancer à la figure de l’autre toute ma poubelle de
frustrations avec bonne conscience. Je lâchais par exemple à mon conjoint:
“Je suis épuisée parce que tu ne t’occupes pas des enfants…, Je suis à bout
parce que tu ne m’apportes aucune aide…, J’en ai marre que tu sois
toujours absent.”
«Il me répondait, ayant fait les mêmes lectures: “Mais mon chéri parle-
moi au je, parle-moi de toi, de ce que tu ressens, de ce que tu souhaites.”
«Alors, moi: “Eh bien c’est ce que je fais, je te dis que je trouve que tu
pars trop souvent, que tu devrais m’aider davantage, qu’il est temps que ça
change…”
Et lui: “Mais je t’aide quand même et puis j’ai pas le choix avec mon
travail. Tu te plains toujours.”
Dans cet échange (on ne peut guère parler de dialogue, moi je vidais ma
plainte, lui argumentait et me contredisait), nous ne tentions pas de
cheminer l’un vers l’autre. Nous tentions désespérément de ramener l’autre
à nous-même. Je mesure maintenant combien exprimer ensemble le
sentiment et le besoin clarifie et responsabilise.»

Un échange parent-enfant
1. Version classique. «Je suis vraiment découragée et très déçue de toi
quand je vois tes résultats scolaires de ce mois-ci. Si tu continues comme
cela, elle va pas être fameuse ton année. Et puis tu n’es pas prêt de trouver
un boulot plus tard. Regarde ta sœur, elle est beaucoup plus
consciencieuse.»
J’utilise le sentiment pour amener l’autre à réagir par la peur, la
culpabilité ou la honte. Relisez cette version comme si vous étiez l’enfant et
vérifiez vous-même dans quel état d’esprit vous vous sentez, quel goût a la
vie en vous après que vous ayez entendu vos parents s’exprimer comme
cela.

2. Version non violente. Observation: «Quand je vois tes résultats scolaires


de ce mois-ci et plus particulièrement le 6/10 en mathématiques et le 5/10
en statistique (observation à la fois neutre et détaillée, pour indiquer à
l’autre ce à quoi je réagis)… Sentiment: je me sens inquiète et
préoccupée… Besoin: et j’ai besoin d’être rassurée sur deux choses: 1) que
tu comprends le sens de ces matières et que tu sais en quoi elles peuvent
t’être utiles à l’avenir et 2) que tu te sens bien dans ta classe avec ton
professeur, que tu te sens accueilli, de sorte que si tu as des difficultés, tu
sois à l’aise pour les dire. Demande: Serais-tu d’accord pour me dire
comment tu te sens, toi, par rapport à cela?»
À nouveau, demandez-vous comment, si vous étiez un enfant, vous
vous sentiriez si vos parents s’exprimaient plutôt comme cela. Quelle
énergie vous habiterait, quel goût aurait la vie en vous?
Quand je fais l’exercice avec des enfants, la réaction est claire. Dans la
première version, ils ont l’impression d’être jugés, incompris, rejetés et
pour se dégager de l’inconfort que provoquent ces sentiments, soit ils râlent
et argumentent («C’est la prof et l’école qui sont nulles» ou «C’est un
copain qui a pris mes notes») soit ils feignent l’indifférence («Bof, ça n’a
aucune importance, juste un petit contrôle sans intérêt») ou bien ils
manifestent franchement leur désarroi quant au sens des choses («De toute
façon, l’école ça sert à rien si c’est quand même pour se retrouver au
chômage»).
Dans la seconde version, les enfants se sentent considérés, accueillis
dans leur difficulté et leur cheminement. Le souhait des parents de
comprendre sans juger les touche. La proposition d’en parler librement
(sans crainte d’une contrainte, d’une attente à laquelle devoir faire face,
d’un résultat à atteindre) donne la liberté de s’exprimer librement. Dans les
deux parties qui suivent, «Communiquer, c’est aussi donner du sens» et
«Écouter sans juger», je vous propose d’observer et d’analyser les réactions
de deux jeunes, Jean et Isabelle, face à cette seconde version de l’échange
parent-enfant.

Communiquer, c’est aussi donner du sens


Voici la réaction de Jean, élève de quatorze ans.
«Ben, j’aimerais bien dire à mes parents que les maths j’en ai rien à
faire. Je voudrais qu’ils me disent pourquoi je dois étudier cela mais ils me
répondent toujours “Parce que c’est au programme” ou “Parce que c’est
comme ça“, ou encore “On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie”.
Moi j’ai besoin d’en parler et de savoir pourquoi.
— Est-ce que tu veux dire que tu as besoin de comprendre le sens de ce
que tu fais et que si tu n’en comprends pas le sens, tu ne veux pas le faire ou
tu le fais mal?
— Ben oui, c’est exactement ça. Si je ne vois pas le sens, j’ai besoin
qu’on me l’explique.

Commentaires
Ceci est pour moi l’aspect fondamental de la communication: donner le
sens de ce que je fais ou de ce que je veux. Des gens des générations
précédentes, et de la mienne encore certainement, ont pu entendre des
«C’est comme cela parce que c’est comme cela», «Pose pas toujours des
questions», «Tu comprendras plus tard», «Il y a des choses qu’il faut faire,
qu’on le veuille ou non». Sans compter, bien sûr, le tragique «C’est pour ton
bien» qui a fait tant de ravages et auquel la psychanalyste Alice Miller7 a
consacré un livre bien connu. Ce livre, C’est pour ton bien, m’a bien éclairé
sur la mécanique subtile qui engendre la violence dès l’enfance, et ce, d’une
façon d’autant plus inconsciente qu’elle se pare de bonnes intentions. Cette
attitude, fort heureusement, a de moins en moins cours. Les jeunes
générations réclament du sens et refusent les choses dont le sens ne leur
apparaît pas. C’est une situation nouvelle: des millions de jeunes
interpellent la génération précédente sur le sens et refusent d’obéir et de
suivre aveuglément des consignes, des habitudes, des automatismes. J’y
vois une fantastique occasion pour l’être humain de devenir plus
responsable de ce qu’il fait parce que plus conscient de ce pourquoi il agit.
Bien sûr, cette transformation ne se passe pas sans heurts et sans douleur…
Si vous êtes parent ou simplement adulte, connaissez-vous toujours
clairement le sens de ce que vous faites? Pouvez-vous toujours nommer et
expliquer la valeur ou le besoin qui vous guide dans l’ensemble de vos
comportements? Chacun de nous est tôt ou tard amené à revoir la définition
de sa vie, de ses priorités et à en travailler le sens. La cause actuelle de
l’inconfort de beaucoup de parents, d’enseignants et d’éducateurs tient
beaucoup à ce qu’ils sont invités par les jeunes, de façon directe ou
indirecte, à requalifier leurs priorités et à (re)définir le sens de leurs actes et
de leur vie. L’anecdote suivante le démontre.
Un père, homme d’affaires, me raconte que son fils de douze ans lui
demande pourquoi il travaille dix heures par jour et pourquoi il n’est jamais
à la maison.
«Pour gagner ma vie, répond le père.
— Oui mais pourquoi? reprend l’enfant.
— Pour notre sécurité et notre confort, dit le père.
— Si c’est pour ma sécurité et mon confort, je préférerais que tu
viennes me chercher tous les jours à l’école à 16 h et qu’on aille faire du
sport ensemble.
— …»
Ce père a revu ses priorités et, après concertation avec son fils, ils ont
convenu qu’une fois dans la semaine, ils iraient faire du sport après l’école.
Voyez comme la vie nous invite au changement et au renouvellement.

Écouter sans juger


Voici la réaction d’Isabelle, élève de quinze ans.
«Ben, y a quelque chose dont j’aimerais bien parler avec mes parents, et
s’ils me faisaient cette proposition je me sentirais plus à l’aise d’en parler.
— Est-ce que tu veux me dire de quoi il s’agit?
— Oui, je me sens pas bien du tout dans cette classe. En raison des
programmes et de la répartition des cours, je suis seule de ma classe à
suivre ce cours de maths avec un autre groupe d’élèves dont la plupart se
connaissent déjà bien entre eux. J’ai effectivement de la difficulté à m’y
intégrer et à me sentir à l’aise pour poser les questions qui me préoccupent.
Dès que je dis que je ne comprends pas, tout le monde rigole et se moque de
moi. Alors, je dis plus rien et ne pose surtout plus de questions.
— Est-ce que tu te sens seule (Sentiment) dans cette situation et tu
aurais besoin d’accueil et de compréhension de la part des autres élèves
(Besoin)?
— Oui, c’est ça.
— Est-ce que tu aimerais aussi en parler avec tes parents pour avoir de
la compréhension et peut-être du soutien de leur part (Besoin)?
— Oui, mais ils ne me croient pas. Ils pensent que je n’étudie pas, que
c’est un prétexte et que je dois faire plus d’efforts…
— Alors tu te sens déçue et peut-être fâchée (Sentiment) parce que tu
aurais vraiment besoin qu’ils comprennent que c’est pas tant une question
d’étude qu’une question de climat dans la classe (Besoin).
— Tout à fait.
— Tu te sens peut-être aussi fatiguée de tous les efforts que tu as faits
(Sentiment) et tu as peut-être simplement besoin de leur considération pour
ta peine.
— Oui (les larmes aux yeux). Au fond, je leur demande juste de
m’entendre, de pouvoir exprimer ce que je vis. Je veux pas vraiment qu’ils
m’aident ou qu’ils fassent quelque chose. Je veux qu’ils m’écoutent sans
me juger.»
Très souvent j’entends ce simple besoin: être écouté sans être jugé.
Qu’est-ce qui fait qu’il est si difficile pour ces parents d’écouter leur
adolescent? La plupart du temps, je constate que c’est parce qu’ils croient
qu’ils doivent faire quelque chose, agir, performer, obtenir un résultat, une
solution et si possible tout de suite. Or, il se peut qu’ils ne voient pas de
solution et se sentent impuissants, ou qu’ils soient fatigués de tenter d’en
trouver; par conséquent, pour se dégager de la tension que provoquent
l’impuissance, la peur ou la fatigue, ils vont soit fuir en niant le problème
(«Mais c’est pas si grave…, Tu en fais toute une histoire…, Force-toi un
peu…, La vie n’est pas toujours facile…») soit agresser («C’est ta faute, tu
n’étudies pas assez…, Si tu repassais plus tes leçons…») plutôt que
simplement prendre le temps d’aller à la rencontre de leur jeune et de
l’écouter vraiment.
Notez que l’enfant peut adopter les mêmes attitudes: l’agression «Mes
parents ne pigent rien…, Ils sont nuls…, J’en ai ras le bol…» ou la fuite «Je
leur dis plus rien…, Je me taille en douce…, Je me casse tranquille…» par
dépit de ne pas parvenir à la rencontre vraie. Heureusement, écouter peut
s’apprendre.

S’agresser, se fuir ou se rencontrer


Dans une pièce de théâtre vue à Montréal en 1999 (dont j’ai oublié et le titre
et l’auteur, qu’il me pardonne!) j’ai entendu ceci: «Lorsque vous apprenez
que la tribu voisine est en train de lever les armes contre la vôtre, vous avez
trois possibilités et ces trois-là seulement: fuir au plus vite, lever les armes à
votre tour pour l’agresser aussitôt, ou bien marcher vers elle sans armes et
espérer vous prendre dans les bras les uns des autres.»
Dans nos guéguerres conjugales, familiales ou scolaires, comme dans
nos guerres ethniques, religieuses, politiques ou économiques, nous avons
le même choix: agresser, fuir ou aller à la rencontre de l’autre.
Dans les deux réactions types rapportées précédemment, celles de Jean
et celle d’Isabelle, on voit combien les résultats scolaires dans les matières
en question ne sont qu’un épiphénomène, un symptôme. Les vrais besoins
sont derrière ou plutôt en amont. S’attaquer au symptôme sans remonter à la
cause, c’est au mieux ne rien obtenir ou obtenir un changement d’attitude
extérieure (Je vais dire que tout va bien ou je vais travailler maintenant
comme un malade pour compenser) qui ne résout pas les questions de fond
(Comment trouver du sens à ce que je fais? Comment m’intégrer dans un
groupe quand c’est difficile?), au pire obtenir un renforcement du
symptôme dans le style: «Ah! je ne suis pas compris, qu’est-ce qu’il faut
que je fasse pour être vraiment compris, manquer les cours d’abord, puis
décrocher tout à fait, puis peut-être une bonne déprime…» Ainsi
s’enclenche la mécanique de la violence autour de la non communication:
«Je ne te dis pas ce que je vis vraiment. Tu ne te mets pas à l’écoute de
ce que je ressens vraiment. Je râle. Tu prends peur. Je me rebelle. Tu
contrôles. Je me rebelle encore plus. Tu renforces le contrôle. J’explose. Tu
réprimes… Dis, t’es pas fatigué de ce jeu parfaitement réglé depuis des
siècles? Et si on s’écoutait?»
Bien sûr, s’écouter et se rencontrer n’est pas facile. C’est une pratique
qui demande de l’exercice, comme l’apprentissage d’une nouvelle langue
ou d’un nouvel art.

À propos de nos sentiments


Vous trouverez à la fin de ce livre une liste de sentiments. Cette liste ne se
prétend en rien exhaustive, elle résulte de l’observation des sentiments
identifiés couramment dans les ateliers. La distinction classique entre
sentiments positifs et sentiments négatifs n’existe pas en communication
consciente et non violente parce qu’elle n’est pas pertinente. La tristesse
comme la joie nous renseignent sur nous-même. La colère est un signal très
précieux puisqu’il indique beaucoup de vitalité en nous ou en l’autre. Ce
sont les conséquences des sentiments qui peuvent être perçues comme
positives ou négatives, pas les sentiments eux-mêmes. Nous proposons
donc de faire une distinction qui nous paraît plus pertinente entre les
sentiments:

les sentiments agréables à vivre et qui nous disent que les besoins sont
satisfaits,
les sentiments désagréables à vivre et qui nous disent que les besoins
ne sont pas satisfaits.

Vous trouverez également la liste des sentiments teintés d’évaluation


qu’il est précieux d’accueillir plutôt comme des impressions, des images,
des sensations que comme des sentiments, afin de nous permettre d’être à
l’écoute du sentiment vrai qui nous habite derrière cette impression,
sentiment qui n’est pas parasité par l’attitude que l’on prête à l’autre.
Il n’y a pas toujours de distinction absolument claire entre les mots
désignant des sentiments vrais et ceux désignant des sentiments teintés
d’interprétation. De nouveau, nous sommes invités à clarifier notre
intention: c’est elle qui nous indique si nous sommes en train de commenter
ce que l’autre fait ou ne fait pas, ou en train de tenter de nous comprendre
nous.

6. Paolo Coelho, L’alchimiste, Paris, Anne Carrière, 1994.


7. Alice Miller, C’est pour ton bien, Vendôme, Le fil rouge, PUF.

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