I.1.
2 COMPORTEMENT DES STRUCTURES
L’étude du comportement d’une structure diffère de celui du matériau par des états de
contraintes qui ne sont pas identiques en tout point. Dans une structure par exemple, il peut y
avoir une partie qui plastifie et une partie qui reste élastique. C’est le cas rencontré dans les
différents essais présentés dans ce qui suit.
I.1.2.1 Essais sans surcharges
I.[Link] Essais réalisés sur les tubes de l’INSA [COU84]
Sept tests sont menés sur des tubes minces cylindriques de 2 mm d’épaisseur et 200
mm de rayon (Figure I.12). Le matériau utilisé est l’acier inoxydable de type 316L. Les
sollicitations appliquées sont une conjugaison d’une traction constante (membrane primaire)
d’intensité maximale pouvant atteindre la limite élastique du matériau à 20 °C et d’un gradient
axial thermique cyclique (secondaire de membrane + flexion) d’intensité variable pouvant
atteindre 350 °C/cm. La variation de la température dans l’épaisseur est négligeable.
Les intensités des chargements ainsi que le nombre de cycles effectués sont donnés sur
le tableau I.7
Essais Nombre de cycles P (KN) G °C/cm σt / σe σp / σe
1 1 0 60 0.38 -
2 4 300 80 0.53 0.38
3 5 450 125 0.86 0.60
4 20 450 250 1.95 0.60
5 10 470 240 1.87 0.69
6 31 470 300 2.32 0.72
7 1 470 300 2.32 0.72
Tableau I.7: Intensités des chargements et le nombre de cycles réalisés
G - Gradient de température, P - force, σt - Contrainte thermique,
σp - Contrainte mécanique équivalente, σe - Limite élastique
35 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
M a tériau : N N
316 L
R a yon = 2 0 0 m m
T em p eratu re
L= 1000 mm
E p aisseu r= 2 m m
N N
Figure I.12: Essai réalisé sur les tubes de l’INSA [COU84], soumis à une contrainte
de traction constante N et un gradient axial de température cyclique.
Ces essais permettent une meilleure compréhension du comportement des structures
sous chargement thermo-mécanique cyclique, notamment dans la validation de modèles de
comportement élastoplastique des métaux. Les principaux résultats sont les suivants:
- Confirmation de l’inaptitude du modèle élastoplastique parfait à la résolution de ce type de
problème.
- Les autres modèles à écrouissage linéaire ou non-linéaire peuvent être intéressants. Le
modèle de Chaboche décrit assez bien le comportement de la structure pendant les premiers
cycles. En revanche, pour la détermination de l’état limite, ce modèle s’avère assez
pessimiste.
I.[Link] Essais réalisés sur une structure dite ‘VINIL’ [CAB93]
Les essais sont effectués au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de Cadarache.
Le cylindre analysé est soumis à un gradient axial thermique cyclique (axisymétrique) se
déplaçant (figure I.13) selon la direction axiale ‘δ‘. La variation de la température dans
l’épaisseur est négligeable.
36 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
p o sition a n té rieu re
d u cyclin d re
T e m p é ra tu re d u S o d iu m (°C ) M a té riau
δ 316L
620
E p a is seu r = 1 .2 m m
200
R ayo n = 4 0 0 m m T em ps
δ
L= 350 m m
2 0 0 °C
35 mm
T e m p eratu re
So d iu m : N a (6 20 ° C ) T em ps
p o sition actu elle
d u cy clin d re
(b) - Histoire de chargements du cycle
(a) - Structure et chargements
Figure I.13: Essai sur une structure ‘VINIL’ [CAB93] soumise à un gradient axial
de température cyclique se déplaçant dans la direction axiale ‘δ‘.
La déformation circonférentielle totale après 500 cycles s’élève à 0.4 %. Après 700
cycles, un supplément de 0.025 % de la même déformation est obtenue.
Ce type d’essai a mis en évidence quelques difficultés liées à l’application de quelques
méthodes simplifiées. La règle d’efficacité [AFC85] par exemple s’avère inapplicable puisque
la contrainte primaire est nulle dans cette expérience.
I.[Link] Essais de Babouhi sur une structure à trois barres [BAH86]
La structure (figure I.14) analysée est composée de trois barres en acier inoxydable
AISI 316 de même longueur; les barres latérales ‘BL’ ont les mêmes sections et la somme de
leur section est égale à toute altitude, à la section de la barre centrale ‘BC’. Un dispositif
d’assemblage rigide des trois barres leur impose le même déplacement global.
37 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
T ra c tio n N Cycle thermique:
m o r s r ig id e
T em p éra tu re T (°C )
225 225 225
T (°C )
B arre ESSAI 1 E S SA I 2 ES S A I 3
BL
B arre 2 0 0 °C
L
BC
B arre 1 00 se c. 1 0 0 sec. 10 0 sec.
BL
0 0 .5 3 0 0 .5 3 1 .2 0 0 .8 1 .2
T em p s (h eu res)
m o rs rig id e
T (°C) - température de la barre centrale.
T rac tio n N
Figure I.14: Structure et chargements considérés par Babouhi [BAH86] lors des essais
de traction (membrane axiale constante) et de thermique (membrane axiale cyclique).
Avec, N une force de traction (constante). L est la longueur initiale des barres. BL et BC sont
respectivement les barres latérales (de section S) et centrale (de section 2S).
Le chargement est une combinaison d’une traction (membrane axiale constante) et
d’un chargement thermique (membrane axiale) cyclique obtenu par le chauffage de la barre
centrale, les barres latérales étant maintenues à la température ambiante. Les intensités et
l’histoire des chargements sont montrées sur le tableau I.8.
Essais: Contraintes (MPa): Nombre
Traction N Thermique ∆Q de cycles
1 56
2 222 371 85
3 70
Tableau I.8: Chargements considérés dans les essais. N et ∆Q sont des contraintes
définies par une analyse élastique.
Cette structure permet de faire apparaître le phénomène de déformations progressives
par le fait du chargement thermique cyclique. En effet, lorsque elle est chauffée, la barre
centrale reporte la charge sur les deux barres latérales, ce qui peut conduire les barres latérales
à plastifier en traction. Si cela se produit, la longueur au repos des barres latérales devient plus
grande que celle de la barre centrale, aussi lorsque celle-ci se refroidit et se contracte, c’est
elle qui est alors surchargée et peut s’allonger plastiquement. En fonction des cycles, ces
allongements plastiques peuvent évoluer.
La figure I.15 donne les évolutions de la déformation en fonction des cycles pour les
trois essais réalisés.
38 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
ε (% )
E SSA I 3
ESSAI 2
ESSAI 1
C yc le s
Figure I.15: Evolutions de la déformation avec les cycles obtenues dans les essais réalisés
sur structure à 3 barres [BAH86].
Les résultats montrés sur la figure I.15 confirment la nécessité de la prise en compte de
la viscosité du matériau. En fait, la déformation finale est plus importante pour les essais avec
temps de maintien. Du fait de l’élancement des barres, ce type de structure est sensible au
phénomène de flambage et ne permet pas d’appliquer tout type de chargements. Vis-à-vis de
ce problème, les travaux de recherche référés dans [TAL91a] ont permis de mettre au point
une nouvelle structure originale de type trois barres. Cette structure a fait l’objet des travaux
de recherche antérieurs et actuels présentés respectivement dans les paragraphes I.[Link] et
I.[Link] et le deuxième chapitre de ce rapport.
I.[Link] Essais sur ‘la structure bitube’ en acier inoxydable 316L réalisés à l’INSA.
Cas sans surcharge
Les travaux de recherche réalisés dans le laboratoire de l’INSA de Lyon [TAL91a]
visent entre autres à améliorer l’application de la règle d’efficacité [AFC85] dans les deux cas
avec ou sans surcharges (pour les essais avec surcharges, voir §: I.1.2.2). Une campagne
d’essais est menée sur une structure dite ‘structure bitube’ en acier inoxydable 316L. La
géométrie de cette structure est identique à celle présentée dans le deuxième chapitre sans
dispositif de torsion (§ II.1.2, figure II.9).
39 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
Le tableau I.9 donne les intensités de chargements et les résultats obtenus à la fin du
cycle stabilisé (à la température ambiante) dans les essais sans surcharge. Les essais 11a, 11b
et 51 sont réalisés à 350°C, les autres à 500°C.
Contrainte Essais sans surcharges:
(MPa) 11a 11b 21a 21b 31a 41a 31b 41b 51
P 100 200 100 200 150 202 300 294 291
∆Q 357 357 506 506 506 506 506 506 351
Peff (exp) 285 356 345 395 360 380 420 410 375
Peff (règle) 196 294 222 333 290 335 421 420 378
remarques: Peff (règle) < Peff (exp) Peff (règle) > Peff (exp)
⇒ règle non-conservative ⇒ règle conservative
Tableau I.9: Intensités des chargements et résultats des essais de l’INSA [TAL91a].
Avec, P et ∆P respectivement la charge de base (traction constante) et la surcharge (traction).
∆Q l’amplitude de contrainte thermique. P et ∆Q sont définies par des analyses élastiques.
Peff (exp) et Peff (règle) respectivement les contraintes correspondant à la déformation
maximale prise à la température ambiante du point étudié, données par l’expérience et par la
règle.
les résultats d’essais montrent les points suivants:
- Pour les essais 31b, 41b et 51, l’estimation de la contrainte correspondant à la déformation
maximale de la structure étudiée, donnée par la règle d’efficacité (présentée dans §: I.[Link])
est bonne.
- En revanche, pour les essais 11a, 11b, 21a, 21b, 31a et 41a, cette estimation devient non
conservative puisque Peff (règle) est inférieure à Peff (exp).
40 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
I.1.2.2 Essais sur la ‘structure bitube’ réalisés à l’INSA. Cas avec surcharges
I.[Link] Essais réalisés sur ‘la structure bitube’ en acier inoxydable 316L. Cas avec
surcharges [TAL91a]
Comme indiqué dans le paragraphe précèdent, six essais avec surcharges sont réalisés
sur la structure dite ‘structure bitube’.
Les intensités de chargements sont listées sur le tableau I.10.
Contrainte Essais avec surcharges
(MPa) 1 2 3 3’ 4 5
P 100 100 150 150 200 100
∆P 100 100 150 100 100 190
∆Q 357 500 500 500 500 351
Tableau I.10: Intensités des chargements appliqués dans les essais de l’INSA [TAL91a].
Avec, P et ∆P respectivement la charge de base (traction constante) et la surcharge (traction).
∆Q est l’amplitude de la contrainte thermique. P, ∆P et ∆Q sont calculées élastiquement.
Selon les résultats de ces essais, on constate dans le principe un excès de
conservatisme des règles vis-à-vis de la prévision de la déformation finale de la structure sous
l’effet des surcharges de courte durée. En effet, la règle impose de prendre en compte la valeur
maximale des surcharges comme étant un chargement constant (figure I.16) ce qui n’est pas
en accord avec l’expérience puisque la déformation finale obtenue réellement dans la structure
sous l’effet des surcharges de courte durée est largement inférieure à celle obtenue avec les
surcharges maintenues constantes.
Pour remédier à ce problème, dans le laboratoire [TAL91a et 94], un chargement
constant P’ (figure I.16) est proposé pour tenir compte de l’effet des surcharges de courte
durée.
41 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
C h a rg e m en ts ∆Q
(P +∆ P )
P ' = k .P ∆P
P
C yc le s
0 1 2 3 4 5
P r o p o sitio n d e la R C C -M R
P rop o sitio n d e l'IN S A
C as ré e l
Figure I.16: Propositions pour la prise en compte de l’effet des surcharges.
La valeur du chargement P’ est égale à la valeur de P multiplié par un coefficient k:
P’ = k . P P + ∆P ∆P
avec: k = 1 +
2 P ∆Q
Le coefficient ‘k’ a été défini à partir des essais (tableau I.10). En fait, le chargement P’ doit
produire au moins la même déformation maximale que celle induite par la charge P constante
à laquelle on superpose des surcharges de courte durée, d’intensité ∆P.
Deux validations du coefficient k sont effectuées dans le cas de contraintes uniaxiales:
- Validation avec les essais du CEA réalisés sur une structure en acier inoxydable 316L
[TAL91a et 94]:
Ces essais ont été déjà présentés dans les paragraphes §:I.[Link] pour les essais B10 et B11 et
§:I.[Link] pour l’essai avec fluage B20. Les intensités de chargements et les principaux
résultats sont donnés sur le tableau I.11.
Essais considérés: Données: Résultats (MPa):
P, ∆Q et ∆Q exprimées en MPa Contrainte efficace
P ∆Q ∆P k Peff (thé) Peff (exp)
B10 (voir §:I.[Link]) 35.4 1131 141 1.31 229 > 204
B11 (voir §:I.[Link]) 40.7 1300 163 1.31 264 > 214
B20 (avec fluage, §:I.[Link]) 31.5 1570 110 1.15 238 234
Tableau I.11: Intensités de chargements et résultats des essais du CEA, considérés pour
la validation du coefficient k [TAL91a et 94].
42 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
Avec, P, ∆Q et ∆P respectivement la traction constante, l’amplitude élastique de torsion
cyclique et la surcharge de traction. Peff (thé) et Peff (exp) sont les contraintes maximales
théorique et expérimentale, correspondant à la déformation maximale de la section considérée.
Les résultats montrent que les prévisions de l’état limite données par la règle
d’efficacité et par l’expérience sont proches. Par exemple, dans l’essai B20, la règle estime
une contrainte maximale de 238 Mpa, à comparer à 234 Mpa donnée par l’expérience. Les
résultats de ces essais confirment la validation du coefficient ‘k’.
- Validation avec les essais de l’INSA réalisés sur une structure en acier 9Cr1Mo: Cette
validation fait l’objet du paragraphe suivant.
I.[Link] Essais réalisés sur la structure bitube en acier 9Cr1Mo [TAL95b]
L’acier 9Cr1Mo est caractérisé par un comportement cyclique présentant un
adoucissement sensible à haute température. La structure considérée est la structure bitube
semblable à celle présentée dans le deuxième chapitre (figure II.9). Deux catégories d’essais
sont réalisées (tableau I.12):
- Essais 1 et 3: Plusieurs surcharges sont appliquées jusqu’à la stabilisation de la déformation
de la structure (cessation de déformation cycle après cycle).
- Essais 2 et 4: La contrainte mécanique P’ maintenue constante est appliquée jusqu’à la
stabilisation de la déformation de la structure. La valeur de la contrainte P’ est calculée à
partir de celle de P multipliée par le coefficient k. Ce qui donne: P2= k1. P1 et P4 = k3. P3 .
Essais Coeff. Contrainte (MPa) Déf. finale
∆Q ∆P ε (%)
final
k P
1 k1=1.111 380 P1 = 330 70 0.87
2 k2=1 P2= k1. P1 = 365 0 1.00
3 k3=1.382 380 P3= 240 170 0.64
4 k4=1 P4= k3. P3 = 330 0 0.72
Tableau I.12: Intensités de chargements appliqués et déformations finales obtenues dans
les essais réalisés sur une structure en 9Cr1Mo [TAL95b].
Avec, P la traction constante. ∆Q est l’amplitude de la contrainte thermique cyclique (480°C)
calculée élastiquement. ∆P est la surcharge de traction.
Les surcharges sont appliquées à la température maximale du cycle pendant 12
secondes environ. Les résultats (tableau I.12) de ces essais montrent que:
43 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
- La déformation finale obtenue dans l’essai 1 et celle obtenue dans l’essai 2 sont très proches,
avec, εfinal (essai 1) < εfinal (essai 2).
- La déformation finale obtenue dans l’essai 3 est très proche de celle obtenue dans l’essai 4,
avec, εfinal (essai 3) < εfinal (essai 4).
Comme dans le cas du CEA [TAL91a et 94], ces résultats confirment la validation du
coefficient ‘k’. Mais la question reste toujours posée sur l’application du coefficient k dans le
cas de contraintes biaxiales. Une première réponse à cette question se trouve dans le deuxième
chapitre.
I.2 EVALUATION NUMERIQUE DE L’ETAT LIMITE
I.2.1 CALCULS NUMERIQUES
Les modèles de comportement sont nombreux, mais dans ce travail, nous nous
sommes limités aux plus ‘classiques’ [PRA49, CHA83 et 89, LEM85]. Nous présentons très
brièvement dans ce qui suit la description de base de chacun des modèles considérés et
l’identification des paramètres nécessaires à leur utilisation.
I.2.1.1 Modèles de comportement
I.[Link] Modèle élastoplastique à écrouissage isotrope [LEM85]
Dans ce modèle, l’écrouissage correspond à une dilatation (de Ro à R) uniforme de la
surface de charge initiale (figure I.17a). Dans ce modèle, les paramètres R(p) et σo peuvent
être identifiées grâce à un essai unixial de traction. La méthode d’identification est montrée
sur la figure I.17b. Ce type de modèle ne rend pas compte de l’anisotropie de comportement
en traction-compression des métaux (effet Bauschinger).
(a) (b): Identification des paramètres:
44 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
σ1
σ M
σ
R ' (p )
+ σe σo + R
Ro R (p )
R
ε
0
σ2
σo
E
− σe
M' p
ε
0
Figure I.17: Modèles de comportement isotrope.
I.[Link] Modèle élastoplastique à écrouissage cinématique (Modèle de Prager)
[PRA49 , LEM85]
Dans ce modèle l’écrouissage correspond à une translation de la surface de charge en
gardant une amplitude constante du domaine élastique (figure I.18a). Ce modèle représente
partiellement l’effet Bauschinger dans le comportement traction-compression.
(a) (b) - Identification des paramètres:
σ1 σ1∗
σ
X - v ecteu r tran sla tio n
σ M
+ σe σo Et
0' σ2∗
ε 0 X
σ2
E
M' p p ε
−σe 0 0.5ε m ax εm ax
Figure I.18: Modèles de comportement cinématique. εpmax est la déformation plastique
maximale.
Dans ce modèle, le seul paramètre à identifier est le module d’écrouissage:
C = 3/2 E. Et /(E - Et ). L’identification de ce paramètre est montrée sur la figure I.18b.
I.[Link] Modèle de Chaboche [CHA83 et 89, FOR90]
45 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
Dans la formulation globale, ce modèle permet de bien représenter le comportement du
matériau avec ou sans effets du temps (viscosité, restauration, fluage, mémoire de
l’écrouissage, etc). Pour une température donnée, au total 23 paramètres sont nécessaires à
identifier pour le modèle élastoviscoplastique à deux variables cinématiques, ce qui est
presque le double du cas élastoplastique pour le même nombre de variables cinématiques.
Afin de mieux situer la signification physique des différents paramètres, nous rappelons dans
ce qui suit les équations constitutives du modèle élastoviscoplastique :
• La surface de l’écoulement est définie par l’équation: f (S, X, k, αR, R)= J(S- X)-k-αR.R= 0.
Avec, R et X respectivement les variables (contraintes) isotrope et cinématique. k est le
paramètre définissant la limite élastique initiale. J(X) est la contrainte équivalente de Von-
Mises. αR est le coefficient modulant l’évolution de la taille du domaine élastique.
• L’écrouissage isotrope correspond à l’évolution isotrope de la taille de la surface ‘f’, son
= b(Q − R ) p + γ (Q − R ) m r sgn(Q − R ) . Avec, b paramètre qui
évolution est décrite par : R r r r
règle la cinétique de saturation de R et p le taux de déformation plastique équivalente
cumulée. La variable Q permettant d’introduire l’effet de mémoire d’écrouissage s’écrit:
Q = Qo + (QM - Qo )(1 - e-2µq ). Qo traduit la différence entre les limites élastiques de courbes
monotone et cyclique (figure I.19). q est une variable mémorisant tout ou partie de la dernière
demi-amplitude de déformation plastique. µ est un paramètre qui règle la cinétique de
saturation de Q.
[ [
Le terme de restauration s’écrit: Q r = Q − Q *r 1 − (Q M − Q) / Q M ]]
2
• La variable d’écrouissage cinématique définit la position du centre du domaine élastique,
son évolution est donnée par :
[ ]
x i = 2 3 C i ε p − γ i x i p − γ xi J( X ) m i −1 x i . Avec, Ci et γi des paramètres dépendants du matériau.
ε p est la vitesse de déformation plastique. γxi et mi sont des paramètres relatifs à la
restauration. Dans le cas où l’on considère deux variables cinématiques, C1 et C2 (voir figure
I.19) correspondent respectivement à la pente initiale (valeur proche du module d’Young) et à
la pente ‘finale’ dans la courbe de traction considérée. Les paramètres µ et γ2o ont très peu
d’influence sur les premiers cycles (identiques), γ2 est faible par rapport à γ1 .
o o
L’identification des paramètres k, C1 , C2 , γ1o , a∞ , Qo et QM peut être réalisée à partir des
courbes de traction monotone et cyclique réduite comme le montre la figure I.19 [FOR90].
46 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
∆σ/2
σ
H yp o th è se s: γ 1 > γ 2 > b
0 0
C 2 + 2 µ (Q M − Q o )
C2
C1
C1
a ∞γ1
o
C1
0
(k + Q 0 ) γ1
k
H ypo thè se s: γ 1 > γ 2
o o
µ fa ible ε
n =0 .5
p
∆ε / 2
(a)- Identification des a ∞ , Qo et QM à (b)- Identification des k, C1 ,C2 et γ1o à l’aide
l’aide d’une courbe cyclique réduite. d’une courbe de traction monotone.
Figure I.19: Identification des paramètres a ∞ , Qo , QM , k, C1 , C2 et γ1 [FOR90].
o
Pour l’acier inoxydable 316L, les paramètres élastoplastiques et élastoviscoplastiques
de Chaboche ont été identifiés aux différentes températures dans les travaux référés dans
[FOR90]. Ils sont listés sur les tableaux I.13 et I.14.
Paramètres 20 °C 200 °C 400 °C 600 °C
Variables
k 180 100 80 80
Ecrouissage αR 1 1 1 1
b 20 12 12 12
R Qo - 80 0 20 20
Mémoire d’ QM 300 410 440 460
écrouissage µ 25 25 25 25
η 0.5 0.5 0.5 0.5
C1 192000 178000 161000 145000
γ1
o
2021 1978 2300 2416
X Ecrouissage C2 5000 3500 3000 2000
γ2
o
100 100 100 100
a∞ 0.73 0.69 0.54 0.46
Tableau I.13: Paramètres élastoplastiques de Chaboche à deux variables cinématiques,
identifiés aux différentes températures pour l’acier inoxydable 316L [FOR90].
Variables Paramètres 20°C 200°C 400°C 600°C
k 200 135 95 35
Ecrouissage αR 1 1 1 0.65
b 20 12 12 12
R Qo -30 40 70 40
47 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
Mémoire d’ QM 390 460 495 460
écrouissage µ 19 19 19 19
η 0.04 0.04 0.04 0.04
γr 0 0 0 2.10-7
Restauration Qr 200 200 200 200
mr 2 2 2 2
C1 65000 65000 65000 65000
γ1
o
1300 1300 1300 1300
X Ecrouissage C2 1950 1950 1950 1950
γ2
o
50 50 50 50
a∞ 0.5 0.5 0.5 0.5
Restauration γx1= γx2 0 0 0 0
m 1 = m2 4 4 4 4
Ko 10 10 10 70
Viscosité αk = α 0 0 0 1
n 24 24 24 24
Tableau I.14: Paramètres élastoviscoplastiques de Chaboches à deux variables
cinématiques, identifiés aux différentes températures pour l’acier 316L [FOR90].
I.2.2 REGLES ET METHODES SIMPLIFIEES
L’approche numérique pour la prévision de l’état limite de la déformation progressive
des structures soumises à des chargements cycliques nécessite souvent la réalisation de calculs
sur un grand nombre de cycles. En dehors de certains cas particuliers, les règles et les
méthodes simplifiées de prévision de l’état limite des structures soumises à des chargements
cycliques demeurent donc une finalité pour le predimensionnement de telles structures, mais
leur validation est nécessaire. Certaines méthodes nécessitent la décomposition de la
contrainte totale en plusieurs catégories. Selon la nature du chargement, la contrainte totale
dans une structure, en chaque point, peut être décomposée en [AFC85]:
- Contrainte primaire: On appelle contrainte primaire la fraction de la contrainte totale qui ne
peut pas disparaître du fait d’une faible déformation permanente; par exemple, dans une
structure, tout le champ de contrainte qui équilibre les forces volumiques et les charges
appliquées à la surface (poids propre, pression, réactions des appuis...).
Ce type de contrainte doit être inférieure à la limite élastique à la température du point
considérée. Cette contrainte peut se décomposer en membrane (valeur moyenne dans
l’épaisseur) et en flexion (valeur distribuée linéairement dans l’épaisseur).
48 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
- Contrainte secondaire: C’est la partie de la contrainte totale qui peut disparaître suite à une
faible déformation permanente. Selon la référence RB.3224.3 du RCC-MR [AFC85], ce type
de contrainte peut présenter des caractéristiques primaires lorsqu’il y a présence d’une partie
de membrane. Cette hypothèse semble justifiée par les travaux présentés dans [TAL95a].
Deux catégories de méthodes peuvent être distinguées selon leur utilisation:
- La première catégorie concerne les méthodes classiques basées uniquement sur des analyses
élastiques. Les méthodes de Bree [BRE67], de Ponter [PON90, 94 et 97], de Igari [IGA93 et
97], de Zarka [ZAR93], des 3 Sm et la règle d’efficacité [AFC85] rentrent dans cette
catégorie. Ces deux dernières méthodes existent dans les Règles de Conception et de
Construction de Matériels mécaniques des îlots nucléaires RNR (RCC-MR [AFC85]).
- La deuxième catégorie inclut les méthodes basées sur des analyses élastique et
élastoplastique du premier cycle. Deux méthodes récentes rentrent dans cette catégorie: la
méthode de Gatt [GAT93a-b] et la méthode de Taleb [TAL98].
Dans ce qui suit nous présentons quelques méthodes qui peuvent être appliquées au
cas de la structure considérée dans le deuxième chapitre.
I.2.2.1 Méthodes basées sur des analyses élastiques
I.[Link] Diagramme de Bree [BREE67]
Ce diagramme est obtenu grâce à une étude analytique fondée sur un modèle de
comportement élastoplastique parfait. Il permet de définir la nature (accommodation,
adaptation, rochet) du comportement limite de la structure, mais ne permet pas d’estimer la
valeur de la déformation à l’état stabilisé. Les calculs effectués sur des structures soumises à
la conjugaison d’un chargement primaire σp constant et d’un chargement thermique cyclique
secondaire σt, ont permis l’établissement du diagramme (figure I.20).
(a) - Diagramme de Bree: (b) - Structure et chargements
considérés par Bree:
49 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
σt
σy A 1: A d ap tat io n (1 cô té p lastifié )
A 2 : A d ap tat io n ( 2 c ô tés pla stifiés)
σ p .σ t = σ y
σp
2
σt
y
)= σ
8
P
2
σp
7 (T ) (T + ∆T )
y −
σt σ
6 (
Ac
R o ch et
5
co m
(2 cô t és p lastifié s)
σp
mo
4
d at
R o chet
io n
3
σ t = 2σ y (1 cô té p lastifié )
σp
2 +σ P - Pression interne,
A2 A1 t /
4=
1 σ p +σ t = σy
σy
σp ∆T - gradient de température.
E last iq ue
0 0 .5 1 σy
Figure I.20: Diagramme de Bree [BREE67].
Avec, σt , σp et σy respectivement les contraintes secondaire, primaire et la limite élastique
conventionnelle à 0.2 %.
Ce diagramme se compose de plusieurs domaines correspondant chacun à un type
d’état limite possible pour une structure: rochet, adaptation ou accommodation (figure I.20a).
En effet (figure I.20b), en passant par ce diagramme et en connaissant le couple de
chargement considéré (σt / σy ; σp / σy ), nous pouvons déterminer la nature de l’état limite de
la structure. Les points suivants précisent le démarche à faire:
• Calculer les couples (σt / σy ; σp / σy ).
• Déterminer l’état limite à l’aide du diagramme.
Le présent diagramme n’est pas valable dans le cas où le fluage est significatif. Un autre
diagramme (élargissement du diagramme de Bree) est proposé par 0’Donnel et Porowski
[DON95] pour le cas où le fluage est significatif.
I.[Link] Règle des 3 Sm [AFC85]
Cette règle stipule que la variation maximale de la somme de la contrainte primaire P
plus la contrainte secondaire Q doit à tout moment rester inférieure à trois fois la contrainte
50 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
maximale admissible Sm, fonction de la température. La condition nécessaire et suffisante
d’adaptation s’écrit:
∆( P + Q ) ≤ 3 Sm
Avec, Sm la contrainte maximale admissible:
Pour l’acier inoxydable 316L:
Si 160 < θ ≤ 700: Sm = 198 [1.0453 -2.5053.10-3 θ + 4.1763.10-6 θ2 - 2.5069.10-9 θ3] MPa
Si θ ≤ 160: Sm = 147 Mpa.
θ (°C) est la température considérée.
Cette règle n’est applicable qu’en absence de fluage. Elle permet de définir la nature de
l’état limite s’il y a adaptation de la structure ou pas, mais ne permet pas d’estimer la valeur
de la déformation stabilisée.
I.[Link] Règle d’efficacité [AFC85]
La règle d’efficacité permet d’évaluer l’état limite d’une structure soumise à une
combinaison de contraintes primaire et secondaire. Cette règle consiste à déterminer la
‘contrainte équivalente primaire efficace’ à l’aide du diagramme dit ‘diagramme d’efficacité’,
montré sur la figure I.21.
Figure I.21: Diagramme d’efficacité du RCC-MR [AFC85].
51 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
La contrainte primaire efficace (voir RB 3261.113 du RCC-MR [AFC85]) est une
contrainte primaire fictive qui, pour une même durée d’application, donne la même
déformation que la conjugaison d’une contrainte primaire P et d’une variation périodique de la
contrainte secondaire ∆Q réellement appliquée à la structure.
Pour l’application de la règle d’efficacité, la contrainte primaire efficace est définie par
les expressions suivantes:
Si: SR ≤ 0.46 : Si: 0.46 < SR < 4 Si: SR ≥ 4
Peff = P
Peff =
P Peff = P SR
SR 2
1.093 − 0.926 2
(1 + SR )
Avec, SR = (∆Q / P) le taux de secondarité.
V est l’index d’efficacité définie en connaissant SR.
P et ∆Q sont respectivement la contrainte primaire et l’amplitude de la contrainte
secondaire définie par une analyse élastique.
Ce diagramme a été obtenu à partir d’études expérimentales sur la déformation
progressive, menées par le CEA de Saclay complétées par d’autres travaux expérimentaux.
L’application de la règle est basée sur une analyse élastique. Elle nécessite une classification
rigoureuse des contraintes, ce qui est parfois très difficile à effectuer, notamment lorsqu’il faut
prendre en compte l’effet de ressort [ROC86a-b]. Son utilisation ne permet pas de définir la
nature de l’état limite de la structure.
La comparaison de la courbe d’efficacité avec le diagramme de Bree, et la règle des 3
Sm [TAL91a] montre que le diagramme de Bree s’approche de façon significative de la
courbe d’efficacité. Le diagramme de Bree est rigoureusement identique au diagramme
d’efficacité au delà de SR = 4. La règle des 3Sm s’avère non conservative dans la zone
SR≤6.5, en revanche, elle présente certain pessimisme au-delà de SR = 6.5.
52 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
Remarques:
En général, les méthodes basées uniquement sur une analyse élastique présentent
quelques difficultés:
1. Pour certaines méthodes, une meilleure évaluation de l’effet des surcharges primaires de
courte durée semble nécessaire.
2. Certaines méthodes sont inapplicables en absence de contrainte primaire, or le phénomène
de déformation progressive est observé expérimentalement même dans ce cas [CAB93].
3. Certaines méthodes donnent des prévisions non correctes dans les cas où il y a présence de
l’effet géométrique dit ‘effet de ressort’. En présence de ce dernier, une nouvelle méthode de
classification du champs de contraintes primaire et secondaire est nécessaire. Pour la règle
d’efficacité, Roche [ROC86a-b] a proposé une méthode pour mieux distinguer les contraintes
primaire et secondaire.
Pour des raisons géométriques, couplées au comportement du matériau sous certains
types de chargement suivant l’intensité, une faible partie d’une structure mécanique peut
présenter des déformations irréversibles assez importantes alors que le comportement du reste
de la structure est quasiment élastique. Cette dernière partie agit donc comme un ressort vis à
vis de la partie inélastique, c’est le phénomène d’effet de ressort. Ce phénomène donne
certaines caractéristiques primaires à des contraintes supposées secondaires. Par conséquent,
une classification rigoureuse des contraintes doit tenir compte non seulement de leur intensité
(calcul élastique), mais aussi de leur coefficient d’effet de ressort.
La figure I.22 montre la méthode de distinction entre contraintes primaire et
secondaire proposée par Roche. Trois fils en acier doux de 1 m de longueur, et de 1 mm2 de
section (A) sont mis progressivement , chacun à une contrainte de 600 Mpa calculée
élastiquement. Dans le premier cas, cette contrainte est due à une force imposée (600N), dans
le deuxième cas, elle est obtenue par un déplacement imposé (3 mm).
53 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
(a) (b)
ue
E l a s t iq
P rim a ire 1
s
3
A A σ3
1m A
E ff ∆σ
et
de
σ2 2 re s
so r
E crou t
S e c o n d a ire
−1
tg (r / E )
6 0k g R essor t
3m m ε
C on tra in te p urem en t 3m m E
C o n train te p ur em e nt
p rim a ire ε2= ε3 ε1
3 seco n da ire S /E = 0 . 3 %
1 E ffet d e ressort 2
Figure I.22: Définition des contrainte primaire et secondaire proposée
par de Roche [ROC86a-b].
Durant le chargement, on observe deux cas extrêmes:
- Dans le premier cas (position du point 1), le fil se casse à la suite d’un allongement très
important. La contrainte est considérée comme primaire.
- Dans le deuxième (position du point 2), le fil s’allonge de 0.3 % et ne se casse pas. La
contrainte est secondaire.
En général, le comportement réel se trouve entre ces deux cas extrêmes (position du
point 3). Si la rigidité du ressort est très faible, nous nous trouvons dans le premier cas, en
revanche si cette rigidité est très élevée nous nous trouvons dans le deuxième cas.
Selon Roche, ce coefficient peut être donné par l’expression suivante:
r = ( T / t ) - 1.
S2
Avec, T = ∫ S 2 dv ∫ dv la réversibilité totale de la structure considérée.
V V
t
S est la contrainte calculée élastiquement.
t = [S / (E . εp)] est la réversibilité locale de la section considérée.
εp = εtot - (S/ E ) est la déformation plastique correspondant à la contrainte S.
E et V sont respectivement le module d’Young et le volume de la structure considérée.
54 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
La part de la contrainte secondaire qu’il faudra classer en primaire est ∆σ = (σ3 - σ2) (voir
figure I.22). Les contraintes primaire et secondaire sont respectivement définies par les
expressions suivantes: (S - ∆σ) et (S + ∆σ).
Malheureusement, dans [TAL91], il ressort que la méthode de classification proposée
par Roche apporte une amélioration à la règle d’efficacité sans toutefois résoudre le problème
de non-conservatisme observé sur le cas traité.
4. Les travaux de Taleb [TAL95a et 97] montrent sur un cas simple l’inaptitude de l’analyse
élastique pour l’application des méthodes simplifiées dans certains cas. Certaines méthodes
(Bree et RCC-MR par exemples) basées sur une analyse élastique ne semblent pas toujours
être conservatives surtout lorsqu’il y a présence d’une partie de membrane dans la contrainte
secondaire. En effet, le problème réside toujours dans la décomposition de la contrainte totale
en primaire et en secondaire. Ces méthodes deviennent trop conservatives ou inapplicables
lorsqu’on considère la partie de membrane de la contrainte secondaire comme primaire. Vis-à-
vis du problème lié à la décomposition de la contrainte totale, quelques propositions existent:
☞ Modification proposée par Gatt [GAT93a-b]: Cette modification sera présentée dans le
paragraphe I.[Link].
☞ Nouvelle méthode proposée par Taleb [TAL98]: Cette méthode sera rappelée dans le
paragraphe I.[Link].
I.2.2.2 Méthodes basées sur des analyses élastique et élastoplastique
I.[Link] Méthode de Gatt [GAT93a-b]
Dans le but d’une meilleure définition de la contrainte primaire dans l’application de la
règle d’efficacité, Gatt a proposé une méthode basée non seulement sur l’analyse élastique
mais également sur une analyse élastoplastique du premier cycle.
Dans le cas sans surcharges, la contrainte maximale (Peff ) dans la structure est
déterminée par la formule suivante:
1 σ1 . δε p1 + σ 2 . δε p 2
1 * * * *
∆Q 4
2
Avec, P* =
= P * 1 + *
la contrainte équivalente primaire
Peff 2 δε *p1 + δε *p 2
P
modifiée
55 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
δε*p1 et δε*p2 sont les incréments équivalents de déformation plastique respectivement à la
charge et à la décharge.
σ1* et σ2* sont respectivement l’équivalent de (σp + σmax ) et de (σp + σmin ).
σmax et σmin sont respectivement les contraintes maximale et minimale du premier cycle.
σp et ∆Q sont respectivement les contraintes primaire et secondaire ‘classiques’ définies par
une analyse élastique.
Les paramètres σmax , σmin , δε*p1 et δε*p2 sont définis par une analyse élastoplastique
(figure I.23).
σ C a lc u l a ve c
su rc h a rg e ∆P C h a rg em en ts
σm a x
*
δσ p
∆P
C a lc u l sa n s P
su rc h a rg e
(∆ P = 0 )
δε* p 2
ε 0 0 .5 1
δε
*
pr
C yc le
σm in δε* p 1 δε p s c
*
Figure I.23: Evaluation des paramètres nécessaires à l’application de la méthode de Gatt
[GAT93a-b].
Par rapport à la règle d’efficacité [AFC85], la valeur de la contrainte primaire modifiée
P* n’est donc jamais nulle avec la modification de Gatt. La différence entre ces deux
méthodes réside essentiellement dans la définition de la contrainte primaire.
Dans le cas avec surcharges, la contrainte maximale (Peff ) de la structure est définie
par l’expression suivante:
1
Avec, Ps = (P* + δP) la contrainte primaire modifiée.
∆Q 2
4
Peff = Ps 1 + s
∆Qs = (∆Q + ∆σp ) est la contrainte secondaire modifiée.
Ps
δP = 0.5 [δσ*p .δε*psc /δε*pr]
P* est la contrainte primaire modifiée du cycle sans surcharges.
56 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
∆σp est l’incrément induit par une surcharge.
δσ*p est l’incrément de contrainte équivalente due à la surcharge.
δε*pr est la déformation plastique équivalente obtenue après décharge (cycle sans surcharge).
δε*psc est l’incrément équivalent de déformation plastique due à la surcharge.
Les significations des paramètres ∆σp , δσ*p , δε*psc et δε*pr sont montrés sur la figure
I.23. Le paramètre ∆σp est défini par une analyse élastique. Les trois derniers paramètres sont
issus d’un calcul plastique du premier cycle dans lequel on introduit la surcharge à l’instant de
plastification maximale.
I.[Link] Méthode de Taleb [TAL98]
Cette méthode consiste à estimer la contrainte maximale d’une structure métallique
soumise à un chargement cyclique. Cette estimation est faite à partir des analyses élastique et
élastoplastique du premier cycle. Selon cette méthode, la contrainte locale maximale ‘σmax‘
correspondant à la déformation maximale du cycle stabilisé est donnée par l’expression:
1
Ln [1+ α .β.γ ] Avec, ε 1
max
la déformation maximale équivalente du
E. ε1max 2
σ max = .P
P premier cycle.
E est le module d’Young, pris à la température considérée.
α, β et γ sont des fonctions dépendant des propriétés d’écrouissage du matériau et du niveau
du chargement primaire. Ils sont déterminés par les expressions suivantes:
σ
α = Ln 1.75 + 2.8 0 .2%
β = 0.25 + 2.3 σ 0.2% ; γ = Ln 2.1 + 4.5 (σ1% − σ 0.2% )
; Ln
E. ε 1max P σ 0 .2%
σ 1% et σ0.2% sont respectivement la contrainte correspondant à une déformation (élastique +
plastique) de 1% et la limite élastique conventionnelle, sur la courbe de traction monotone, ou
sur la courbe isochrone dans le cas où le fluage est significatif.
P est la contrainte ‘primaire’ définie par:
Si: σp = 0 Si: σp ≠ 0
⇒ P = (E. ε1max - Qmax) ⇒ si σp est constante: P = σp ,
⇒ si σp n’est pas constante: P = σ‘p ,
Qmax est la contrainte maximale due aux déplacements imposés. Elle doit être localisée au
même endroit que ε1max.
57 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
σp est la contrainte due aux forces imposées,
Les contraintes Qmax, σp et σ‘p sont définies par une analyse élastique.
En présence de fluage le calcul élastoplastique du premier cycle doit être fait avec la courbe
isochrone correspondant à la durée de fluage significatif.
En présence de surcharges, il est nécessaire de considérer la contrainte σp’ au lieu de σp ,
calculée de manière suivante:
σ'p = k. σ p ∆σp est la surcharge.
(σ p + ∆σ p ) ∆σ p ∆Q est l’amplitude de contrainte due aux déplacements
Avec: k = 1 + ,
2σ p ∆Q imposés calculée élastiquement.
L’estimation de ε1max devra être également faite à partir d’un calcul élastoplastique sous σp’ (au
lieu de σp ) dans le cas où:
- l’effet de ressort est négligeable,
- les déplacements imposés n’induisent pas de contrainte de membrane dans la direction des
contraintes (de membrane) dues aux forces imposées,
- si l’on suppose que les forces imposées sont nulles, les contraintes dues aux déplacements
imposés ne devraient pas être capables d’engendrer la déformation progressive,
- la contrainte due aux forces imposées doivent être non nulles, l’application de la méthode ne
demande qu’une analyse élastique et la contrainte maximale est définie par l’expression
suivante:
1
∆Q 2
σ élas = 1 + 0.75 . σP
σ p
max
Domaine de validité de la méthode:
Cette méthode peut être utilisée pour des structures en acier 304L, 316L, 9Cr1Mo ou
alliage 800, soumises a une combinaison de déplacements imposés cycliques et de forces
imposées, constantes ou variables momentanément. La méthode est applicable dans les cas
suivants:
- Les cycles (la vitesse de chargement en particulier) doivent être identiques. La température
maximale ne doit pas dépasser 500 °C pour le matériau acier 9Cr1Mo, 650°C pour les autres
matériaux tels que 304L, 316L, et alliage 800,
58 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
- La contrainte primaire doit vérifier: (σy / 6 ) ≤ P ≤ σy . σy est la limite élastique. Si P < σy / 6,
la méthode peut être trop conservative.
- La déformation maximale obtenue au cours du premier cycle doit au moins être égale à
2(σy /E),
- Le module de l’écrouissage doit être positif,
- Le durcissement cyclique n’est pas considéré par la méthode. Ce phénomène limite la
déformation progressive, la méthode sera donc trop conservative dans le cas où ce phénomène
est très significatif.
- Si le matériau présente un comportement cyclique adoucissant, il est nécessaire de
considérer les courbes cycliques réduites,
- La force imposée peut être nulle,
- En présence de surcharges de courte durée, il est nécessaire de réaliser les calculs du premier
cycle avec σ‘p = k. σp (au lieu de σp). Si σ‘p > (σp+∆σp ), utiliser (σp+∆σp) au lieu de σ‘p .
- L’effet de viscosité peut être significatif.
Nous rappelons que l’intérêt des méthodes simplifiées est d’être relativement simple à
utiliser, elles ne demandent pas de calculs complexes tout au plus un calcul élastoplastique sur
un cycle. Mais la validation des ces méthodes est nécessaire. Quelques applications des
méthodes sont présentées dans le chapitre III.
59 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH
CONCLUSION DU CHAPITRE I
Cette partie bibliographique est consacrée à l’analyse du comportement des structures
et des matériaux métalliques soumis à des chargements thermomécaniques monotones ou
cycliques et aux différentes méthodes d’évaluation de leur état limite. Nous avons présenté donc
différents essais réalisés dans ce domaine d’étude et quelques méthodes simplifiées de prévision
du rochet dans les structures.
Les essais réalisés sur les matériaux présentés dans ce chapitre concernent généralement
l’analyse d’éprouvette où les états de contraintes sont identiques en tout point. Certains de ces
essais montrent l’influence de la forme du trajet de chargements sur le comportement du
matériau. De telles expériences visent surtout à valider les modèles de comportement. Quelques
essais sur matériaux avec surcharges ont été également présentés.
Les expériences menées sur des structures restent toujours peu développées. Dans le cas
où il y a application de surcharge, l’état de contraintes est uniaxial.
Pour l’évaluation numérique de l’état limite de déformation dans les structures, deux
approches sont possibles: l’approche numérique incrémentale et l’utilisation de méthodes
simplifiées. Dans le premier cas, nous avons présenté trois modèles de comportement du
matériau: isotrope, cinématique et élastoviscoplastique de Chaboche. Pour les méthodes
simplifiées, nous avons considéré celles fondées sur des analyses élastiques telles que le
diagramme de Bree, la règle d’efficacité et la règle des 3Sm, et celles fondées sur deux types
d’analyses élastique et élastoplastique du premier cycle telles que les méthodes de Taleb et de
Gatt. Pour le diagramme de Bree et la règle d’efficacité, une classification rigoureuse des
contraintes en primaire et secondaire est nécessaire. Parfois cette classification est difficile dans
le cas des surcharges de courte durée ainsi que dans le cas où la contrainte secondaire présente
un caractère primaire conduisant à des prévisions non-conservatives. Toutefois, cette difficulté
semble être levée par les méthodes de Taleb et de Gatt en faisant une combinaison des analyses
élastique et élastoplastique du premier cycle.
C’est dans le but d’apporter une meilleure compréhension du comportement des
structures soumises à des chargements cycliques et à des surcharges, que nous proposons notre
étude expérimentale avec un double objectif:
- Etendre le domaine d’application d’un coefficient tenant compte de l’effet des surcharges.
- Définir le domaine d’application de différentes méthodes simplifiées en distinguant celles
fondées sur une analyse élastique et celles, plus récentes, nécessitant une étape de calcul
élastoplastique.
60 &KDSLWUH , (WXGH ELEOLRJUDSKLTXH