Chapitre 4 : L'Envol des Falaise
La fin d'après-midi drapait la côte d'une lumière d'or chaud. Après des heures passées à répertorier
les premières pages du carnet oublié, Julien avait proposé d'arrêter le travail pour la journée. À la
surprise d'Éléonore, c'est lui qui suggéra une marche sur les falaises qui surplombaient la manche.
Le vent de mer était frais, balayant la bruyère violette et apportant avec lui l'odeur puissante de
l'océan.
Ils marchaient côte à côte le long du sentier douanier. Julien avait troqué son tablier d'ébéniste pour
une veste de toile sombre. Son allure était moins tendue que la veille. La confession du matin
semblait avoir libéré un poids invisible qui pesait sur ses épaules.
— Tu viens souvent ici ? demanda Éléonore en rajustant son écharpe, les yeux fixés sur l'horizon sans
fin.
— Chaque fois que j'ai besoin de me rappeler que le monde est plus grand que mes propres pensées,
répondit Julien d'une voix calme. Quand la mer est en colère ou quand elle est calme comme
aujourd'hui, elle ne ment pas. Elle est juste là.
Éléonore sourit doucement.
— C'est très poétique pour quelqu'un qui prétendait être un simple artisan pragmatique.
— L'ébénisterie, ce n'est pas du pragmatisme, Éléonore. C'est l'art d'écouter la matière. Si tu forces le
bois, il se fend. Il faut suivre ses veines, comprendre où il a poussé, quelles tempêtes il a traversées.
C'est un peu comme... les gens.
Il s'arrêta au bord du promontoire et se tourna vers elle. Le soleil couchant teintait son visage de
nuances cuivrées, faisant ressortir l'intensité de ses yeux gris.
— Et toi ? continua-t-il. Tu es venue en Bretagne pour fuir quoi, au juste ? Tu m'as dit ce matin que tu
comprenais ce que c'était que d'être brisée.
Éléonore baissa légèrement les yeux, ramassant un petit caillou au sol avant de le lancer dans le vide.
— Mon histoire est beaucoup plus banale que la tienne, murmura-t-elle. Pas de drame absolu, juste
une trahison classique. Un fiancé avec qui je devais me marier cet été, et qui a préféré ma meilleure
amie. Deux ans de vie commune balayés en un après-midi. J'ai réalisé que la personne dont j'étais
amoureuse n'existait que dans ma tête.
— Ce n'est pas banal, coupa Julien d'un ton ferme mais empreint d'une grande douceur. La trahison
tue la confiance. Et sans confiance, on avance dans le noir.
Il fit un pas vers elle. La distance entre eux s'était réduite.
— Tu as quitté Paris pour ça ?
— Je suis venue ici pour réapprendre à respirer, admit-elle en plongeant son regard dans le sien. Et
pour restaurer de vieilles choses parce que... au moins, les vieilles pierres ne vous mentent pas.
Un silence habité s'installa entre eux, seulement troublé par le cri des mouettes et le clapotis régulier
des vagues contre les rochers en contrebas.
Julien leva lentement la main. Ses doigts, hésitants un instant, vinrent doucement replacer une
mèche de cheveux rebelle derrière l'oreille d'Éléonore. Le contact de sa peau chaude contre sa joue
fit frissonner la jeune femme de la tête aux pieds.
— Parfois, dit Julien à voix très basse, le passé nous retient en prison. Mais aujourd'hui... pour la
première fois depuis très longtemps, j'ai l'impression que la porte n'est plus fermée à double tour.
Éléonore ne bougea pas. Son cœur battait la chamade. Elle posa délicatement sa main sur le poignet
de Julien, sans rompre le contact.
— La clé du carnet qu'on a trouvé ce matin... murmura-t-elle. Tu penses qu'elle ouvre quelque chose
dans la chapelle ?
Julien esquissa un vrai sourire, le premier sourire franc et lumineux qu'il lui offrait.
— On le saura demain dès l'aube. Mais ce soir... laisse-moi t'emmener dîner au port. Pas de fantômes
du passé, pas de restaurations. Juste toi et moi.
On attaque le Chapitre 5 ? (Que penses-tu de leur première vraie soirée au village et de la découverte
du mystère de la clé le lendemain ?)