Chapitre 3 : Le Secret de la Pierre
Le lendemain matin, la tempête s'était tue, laissant place à un ciel d'un bleu limpide et à l'odeur
iodée de la mer toute proche. La lumière du soleil traversait les vitraux de la chapelle, projetant des
éclats de rubis et d'émeraude sur le sol en granit.
Éléonore s'était réveillée tôt, blottie dans le fauteuil près du poêle éteint. Après un café rapide
partagé dans un silence devenu étonnamment paisible, ils étaient tous deux retournés à la chapelle.
— La maçonnerie sous le panneau de droite est complètement effritée, remarqua Julien en tapotant
doucement le mur du bout de son mètre en bois. L'humidité s'est infiltrée par derrière. Il faut retirer
ce panneau en bois sculpté pour traiter la pierre, sinon la fresque est foutue dans six mois.
Éléonore s'approcha, glissant ses doigts le long de la moulure dorée qui encadrait la peinture.
— Attention, le bois est fragilisé, prévint-elle. On doit le soulever ensemble, très doucement.
Julien se plaça à sa droite, son épaule effleurant la sienne. Éléonore pouvait sentir la chaleur de son
corps et le parfum discret de sciure de bois qui semblait lui coller à la peau.
— À trois, dit-il d'une voix basse. Un... deux... trois.
Le panneau en chêne massif, lourd de plusieurs siècles, céda dans un grincement sec. Julien porta le
plus gros de la charge avec une aisance remarquable, guidant la pièce vers la table d'inspection. Mais
alors qu'Éléonore retournait vers la niche libérée dans la pierre, son regard fut attiré par une forme
inhabituelle dans la cavité sombre du mur.
— Julien... viens voir.
Il la rejoignit et pencha la tête. Au fond du renfoncement, dissimulée derrière la poussière et les
retombées de mortier, se trouvait une petite boîte en fer forgé, scellée par un cadenas rouillé.
— Une cachette, murmura Julien, les sourcils froncés.
— Tu penses que ça date de quand ?
— Le métal est très oxydé... XIXe siècle, peut-être plus ancien.
Avec une précaution infinie, Julien utilisa un petit burin plat pour faire sauter le cadenas affaibli par
le temps. Le fermoir céda dans un léger déclic. Éléonore retint son souffle alors qu'il soulevait
délicatement le couvercle.
À l'intérieur, protégé par un morceau de toile goudronnée, se trouvait un carnet en cuir usé,
accompagné d'une petite clé en laiton et d'une fleur séchée — une rose noire de mer, totalement
pétrifiée par le temps.
Éléonore ouvrit le carnet d'une main tremblante. Les pages jaunies étaient couvertes d'une écriture
élégante à l'encre de Chine, altérée par endroit mais parfaitement lisible.
"À celle que la mer m'a reprise, mais que mon âme attendra toujours. Si quelqu'un trouve ces lignes,
sachez que l'amour ne meurt pas sous la pierre."
Un silence lourd d'émotion s'installa entre eux dans la fraîcheur de la chapelle.
Éléonore leva les yeux vers Julien. Pour la première fois, le masque d'indifférence de l'ébéniste s'était
complètement effondré. Son regard était rivé sur le carnet, empreint d'une tristesse si profonde
qu'elle en paraissait presque douloureuse.
— L'histoire d'un amour caché... murmura Éléonore, la voix nouée.
— Ou d'un regret qui a duré toute une vie, corrigea Julien d'un ton sombre, presque amer.
Il se détourna brusquement et fit quelques pas vers la nef, les mains enfoncées dans ses poches.
— Julien ? demanda-t-elle doucement en refermant le carnet. Qu'est-ce qui te pèse autant ? Ce n'est
pas seulement cette boîte, n'est-ce pas ?
Il s'arrêta, dos à elle, les épaules tendues. Pendant un long moment, seul le bruit des vagues au loin
meubla le silence. Puis, il se retourna lentement.
— Cette sculpture sous le drap, dans mon atelier... dit-il d'une voix enrouée. C'était un projet pour
ma fiancée. Il y a deux ans. Elle... elle est partie avant que je puisse la finir. Pas en quittant la ville,
Éléonore. La mer l'a emportée un soir de tempête comme celle d'hier.
Éléonore sentit son cœur se serrer. La pièce d'art couverte d'un voile, son isolement, sa dureté
apparente... tout prenait un sens tragique.
— Julien... je suis tellement désolée.
— Je me suis juré de ne plus jamais laisser une histoire s'imprimer ici, dit-il en posant la main sur sa
poitrine. Parce que quand tout s'arrête, la pierre et le bois restent, mais nous... on casse.
Éléonore s'approcha lentement de lui. Sans réfléchir, guidée par une impulsion purement humaine et
sincère, elle posa doucement sa main sur son bras.
— Parfois, Julien... réparer ce qui est brisé, c'est la seule façon de continuer à vivre.
Julien fixa la main d'Éléonore sur son bras, puis plongea son regard dans le sien. Pour la première fois
depuis son arrivée en Bretagne, Éléonore vit une étincelle d'espoir traverser les yeux gris de
l'ébéniste.
On enchaîne avec le Chapitre 4 ? (On pourrait les voir explorer la clé et le contenu du carnet, ou bien
avoir un rapprochement lors d'une promenade sur les falaises de Saint-Malo !)