Cours de droit international privé Master 1 BEM
Année universitaire 2026 Assane Mbaye
SUITE INTRODUCTION
II/ DOMAINE DU DIP
Le DIP couvre 4 domaines : les conflits de juridictions, les conflits de lois, le droit de la
nationalité et la condition des étrangers. Le cœur de la matière est constitué par les
conflits de juridictions et les conflits de lois.
➢ La condition des étrangers est constituée de l’ensemble des règles qui
déterminent le statut des étrangers au Sénégal : conditions d’entrée et de séjour,
ou d’exercice d’une profession ou d’acquisition de biens immeubles, etc., bref il
s’agit de réglementer les droits et obligations des étrangers. Ce statut est aménagé
par un régime de droit commun applicable en principe à tous les étrangers et des
régimes particuliers issus des conventions avec d’autres pays et du droit
communautaire et qui accordent des droits plus étendus que ceux prévus par le
statut de droit commun (ex : CEDEAO, UEMOA qui prévoit des libertés de
circulation et d’établissement des ressortissants et des pays membres).
➢ Le droit de la nationalité comprend toutes les règles qui déterminent les
conditions d’attribution, d’acquisition et de perte de la nationalité sénégalaise. Il
permet de donc de savoir qui est sénégalais et qui est étranger ou apatride.
➢ Les conflits de juridictions couvrent deux questions essentielles : la
détermination du champ de compétence internationale des juridictions
sénégalaises lorsqu’une situation internationale est la source d’un litige (c’est ce
qu’on appelle la compétence directe) d’une part et, d’autre part, la détermination
des effets des jugements étrangers au Sénégal (la compétence indirecte). Il faut
toutefois préciser que le conflit de juridictions intègre aussi la compétence des
juridictions arbitrales et les effets de leurs sentences (Voir le cours de droit du
commerce international) ainsi que ce qu’on appelle le conflit d’autorités c’est-à-
dire l’intervention de certains organes non juridictionnels dans les rapports
juridiques internationaux ( ex : compétence d’un officier de l’état civil sénégalais
pour célébrer un mariage entre deux étrangers ou d’un notaire sénégalais pour
enregistrer le divorce entre deux français fondé sur la procédure française de
divorce sans juge).
➢ Les conflits de lois constituent la partie la plus importante du DIP. En effet, dès
lors qu’une situation est internationale, on part de l’hypothèse que les lois des
pays avec lesquels elle présente des rattachements ont une vocation concurrente
à la régir. En l’absence, en principe, de droit international spécifique aux relations
privées, le choix de la loi applicable parmi celles qui ont des liens avec la situation
juridique en cause est incontournable . L’existence du conflit de lois suppose que
certaines conditions soient remplies :
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▪ Une situation internationale, ce qui suppose que les lois en conflit soient
des lois émanant d’Etats souverains au sens du droit international public.
Il n’y a pas de conflits de lois lorsque nous sommes en présence de conflits
interterritoriaux (Ex : conflits entre lois émanant d’entités formant un État
non unitaire, comme les États fédérés d’un État fédéral ou des régions
ayant compétence législative dans certains États) ou de conflits
interpersonnels ( conflits entre des lois d’un même État mais s’appliquant
en fonction de critères personnels comme l’ethnie ou la confession, à
l’instar des droits coutumiers…).
▪ Un conflit entre des lois de droit privé. Le conflit de lois n’existe que si les
règles qui doivent régir la situation juridique sont des règles de droit privé.
Le conflit de lois est en effet exclu lorsqu’une situation appelle l’application
de règles de droit public. La raison réside dans le fait qu’il y a une liaison
nécessaire entre compétence législative et compétence judiciaire en droit
public. Le juge sénégalais ne peut pas avoir compétence pour appliquer
une règle étrangère de droit public (droit administratif, droit fiscal, droit
pénal, etc.). Il arrive, tout au plus, qu’il soit amené à prendre en
considération une règle étrangère de droit public dans l’application d’une
règle sénégalaise de droit public (ex : prise considération d’une loi pénale
étrangère pour vérifier une double incrimination d’un acte commis par un
Sénégalais à l’étranger ou d’une loi fiscale étrangère pour éviter une double
imposition d’une opération faite par un Sénégalais à l’étranger). En
revanche, en droit privé, il y a une déconnexion entre compétence judiciaire
et compétence législative. Le juge sénégalais peut être compétent pour
statuer sur un litige sans que le droit sénégalais ne soit applicable au
rapport de droit qui lui est soumis. Il sera par exemple amené à appliquer
la loi chinoise pour apprécier la validité au fond d’un mariage ou prononcer
le divorce entre deux chinois domiciliés au Sénégal ou la loi française
lorsque les parties à un contrat ont inclus dans leur convention une clause
qui soumet celle-ci à la loi française.
▪ Le conflit de lois ne présente d’intérêt que si les lois en concurrence
donnent des solutions différentes à une même question de droit. En effet,
il se nourrit des différences entre les ordres juridiques, justifiant ainsi que
le juge soit obligé de choisir laquelle des lois en présence il doit mettre en
œuvre pour trancher le litige qui lui est soumis. Il faut néanmoins relativiser
cette exigence car si pour la question à trancher les lois en présence sont
identiques, il faut avoir conscience du fait que la détermination de la loi
applicable peut avoir son importance parce qu’elle va par exemple
influencer d’autres aspects relatifs à la jouissance des droits substantiels
(ex : deux lois en conflit peuvent prévoir que pour conclure valablement un
contrat, il faut avoir au moins 18 ans mais avoir des exigences différentes
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sur la manière de prouver l’âge des contractants ; le choix de la loi
applicable est alors déterminant et va influencer la solution).
III/ L’IMPORTANCE DES METHODES EN DIP
L’internationalité des rapports juridiques relevant du DIP et l’absence, dans la plupart des
cas, de réglementation internationale qui leur est spécifiquement dédiée conduisent très
souvent à transposer aux dits rapports les réglementations prévues pour les rapports
internes. Si on ajoute à cela le fait que le juge sénégalais peut être appelé à donner
compétence à une loi étrangère, on comprend aisément que l’un des enjeux
fondamentaux du DIP est de déterminer la manière de choisir la réglementation
appropriée à chaque situation juridique et aux litiges qui en découlent. C’est pourquoi le
DIP ne se limite pas seulement à l’étude de la réglementation des rapports
internationaux ; il donne aussi une grande importance à la compréhension des méthodes
qui fondent le choix de chaque réglementation et des règles qui en constituent
l’instrument. 4 méthodes doivent être distinguées : la méthode conflictuelle, la méthode
des règles matérielles, la méthode des lois de police la méthode de la reconnaissance.
Sans être exclusive, la méthode conflictuelle est la plus utilisée en matière de conflit de
lois. En revanche, en matière de conflits de juridictions (en plus de la méthode de la
reconnaissance), de nationalité et de condition des étrangers, c’est la méthode des
règles matérielles qui l’emporte (Voir infra).
A/ La méthode conflictuelle
La méthode conflictuelle est une méthode de désignation de la loi applicable pour
réglementer un rapport international. Sa principale caractéristique est d’être une
méthode indirecte dans le sens où, au lieu de résoudre la question litigieuse, elle va
permettre seulement de désigner l’ordre juridique étatique dans lequel on pourra puiser
la règle substantielle qui apportera la réponse à la question litigieuse. Elle utilise comme
instrument de désignation de la loi applicable ce qu’on appelle la règle de conflit. C’est
une règle dont la finalité est de choisir parmi les lois en concours celle qui est le plus apte
à régir la situation internationale. La règle de conflit peut être bilatérale ou unilatérale.
➢ La règle de conflit bilatérale (elle sera développée dans la deuxième partie du
cours)
▪ Caractères : bilatérale, neutre, abstraite et dénuée de nationalisme
▪ Structure : catégories et facteurs de rattachement
➢ La règle de conflit unilatérale
▪ Fondement principal : le conflit de lois est un conflit de souveraineté ; un
législateur qui détermine le champ de compétence d’une loi étrangère
porte atteinte à la souveraineté de l’État qui a édicté cette loi.
▪ Conséquence : la RC doit se contenter de déterminer unilatéralement le
champ d’application de la loi du for dans l’espace. Cela ne signifie pas que
le juge d’un pays n’applique pas la loi étrangère. Mais il n’applique une loi
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étrangère que si elle se veut compétente et non parce qu’elle est désignée
par la loi du for. Dans la RC unilatérale, le législateur manifeste sa volonté
de voir sa loi appliquée si certaines conditions sont réunies. Le point de
départ n’est donc pas la localisation du rapport de droit comme on le fait
pour la RC bilatérale, mais plutôt la volonté de soumettre certaines
situations à la lex fori.
▪ Exemples :
Article 309 du Code civil français : « Le divorce et la séparation de corps
sont régis par la loi française :
- lorsque l’un et l’autre époux sont de nationalité française ;
- lorsque les époux ont, l’un et l’autre, leur domicile sur le territoire
français ;
- lorsque aucune loi étrangère ne se reconnaît compétence alors que
les tribunaux français sont compétents pour connaître du divorce ou de la
séparation de corps ».
Article 15 du Code malien des personnes et de la famille : « Les lois
maliennes relatives à l’état et la capacité des personnes régissent les
maliens, même résidant en pays étrangers.
Les immeubles, même ceux possédés par des étrangers, sont régis par la
loi malienne »
▪ Inconvénients : il y en a deux : les conflits positifs lorsque plusieurs lois se
veulent applicables en même temps et les conflits négatifs lorsqu’aucune
loi ne se reconnaît compétence.
B/ La méthode des règles matérielles (elle sera développée dans le cours de droit du
commerce international)
➢ Une méthode directe : alors que la méthode conflictuelle est une méthode
indirecte en ce sens que la RC ne donne pas la solution à la question soumise au
juge et se limite à désigner le droit qu’il faut consulter pour identifier en son sein la
règle substantielle qui répond à la question litigieuse, la méthode des règles
matérielles est une méthode directe de règlementation des rapports juridiques
internationaux. En effet, une règle matérielle est une règle spécialement prévue
pour les situations internationales et qui permet de répondre directement à la
question litigieuse soumise au juge.
➢ Des sources variées : les règles matérielles peuvent être d’origine nationale (ex :
l’art 185 du COCC prévoit la validité des clauses monétaires dans les paiements
internationaux alors qu’elles sont interdites dans les contrats internes) ou
internationale ( ex : les règles prévues par la Convention de Vienne sur la vente
internationale de marchandises) ou régionale ou communautaire (ex : les règles
prévues par l’Acte uniforme de l’OHADA sur l’arbitrage, les règles de l’Acte
uniforme sur le transport de marchandises par route, certaines règles de l’Acte
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uniforme sur les procédures collectives sont prévues pour les faillites
internationales).
➢ Des champs d’application et des modalités d’intervention variés : Les règles
matérielles sont très diverses dans leur champ d’application et dans leurs
modalités de mise en œuvre. Il y a ainsi des règles matérielles qui s’appliquent
exclusivement aux rapports internationaux (ex : art 185 COCC, convention de
Vienne sur la vente internationale de marchandises) alors que d’autres
s’appliquent indistinctement aux rapports internes et aux rapports internationaux
(ex : règles de l’AUTMR).
Du point de vue des conditions de déclenchement de leur application, il y a des
règles matérielles qui ne s’appliquent qu’à la condition que le droit de l’État qui les
contient soit désigné comme compétent par la règle de conflit de lois. Leur mise
en œuvre est alors subordonnée à l’utilisation préalable de la méthode
conflictuelle (ex : l’article 185 du COCC ne peut être utilisé pour un contrat
international que si au préalable la mise en œuvre de la règle de conflit prévue en
matière contractuelle aboutit à la compétence la loi sénégalaise ; de même,
lorsque le vendeur et l’acheteur ne sont pas tous les deux établis dans deux pays
signataires, les règles matérielles de la convention de Vienne sur la vente
internationale de marchandises ne s’appliquent que si l’utilisation de la règle de
conflit du pays du juge saisi aboutit à la compétence de la loi d’un État signataire
de la convention). En revanche, certaines règles matérielles sont directement
applicables aux situations juridiques qui entrent dans leur champ d’application
sans l’intermédiation d’une règle de conflit (ex : convention de Vienne sur la vente
internationale de marchandises lorsque le vendeur et l’acheteur sont établis dans
deux États signataires de la convention ; AUTMR)
C/ La méthode des lois de police
D/ La méthode de la reconnaissance
IV/ LES SOURCES DU DIP
A/ Les sources nationales
B/ Les sources supranationales
➢ Les sources internationales
➢ Les sources communautaires
V/ LES TENDANCES MAJEURES DU DIP CONTEMPORAIN
A/ Évolutions sociétales, droits fondamentaux et pluralisme en DIP
B/ Intégration et harmonisation juridique
C/ Évolutions technologiques et abolition des frontières (cyberespace)
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