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Le document présente les principes fondamentaux de la physique quantique, en abordant des concepts tels que l'indétermination, la complémentarité, la superposition et la non-localité. Il retrace l'évolution historique de la physique quantique, depuis les idées des philosophes grecs jusqu'aux contributions majeures de physiciens comme Planck, Einstein et Bohr. Enfin, il souligne la nécessité d'évaluer la validité des principes qui sous-tendent cette discipline à la lumière des avancées scientifiques.

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Les principes de la physique quantique

Patrick Vaudon

To cite this version:


Patrick Vaudon. Les principes de la physique quantique. 2025. ⟨hal-05162372v1⟩

HAL Id: hal-05162372


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Preprint submitted on 15 Jul 2025 (v1), last revised 19 May 2026 (v9)

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Les principes de la physique
quantique

Patrick VAUDON
Xlim - Université de Limoges – France

1
Table des matières

Les principes de la physique quantique


I – Introduction.................................................................................................................................... 3
II – Le principe d’indétermination .................................................................................................... 7
III – Le principe de complémentarité .............................................................................................. 18
IV – Le principe de superposition .................................................................................................... 21
V – Le principe de non-localité ........................................................................................................ 25
VI – Conclusion ................................................................................................................................. 27
Bibliographie...................................................................................................................................... 29

2
I – Introduction

La physique quantique est devenue une des branches les plus actives de la recherche
physique moderne. Les avancées dans la compréhension du monde de l’infiniment petit
permettent de grands progrès dans l’assemblage des grains de matière, dans la découverte de
leur constitution ; et des réalisations spectaculaires dans la miniaturisation de nombreux
dispositifs.

Les idées qui ont jalonné cette aventure ne datent pas d’hier. Le concept d’atome a
pour origine les réflexions des philosophes grecs qui imaginaient que la matière était un
assemblage de grains indivisibles, d’où la racine de ce terme (atomos en grec = qu’on ne peut
pas couper).

Ces idées sont restées plusieurs siècles sans intérêt apparent. La physique s’est
développée lentement, et il n’était nullement nécessaire de faire appel à ces notions pour
avancer dans la compréhension du monde qui nous entoure.

Des questionnements de plus en plus insistants vont apparaître au 19ème siècle, en


particulier avec les développements de la chimie. On admet alors que les grains de matière
qui constituent les corps purs peuvent être identifiés, et qu’ils possèdent des propriétés qui
sont mises peu à peu en évidence.

A la même époque, certains physiciens se penchent sur la thermodynamique en


essayant de porter un regard novateur. Ludwig BOLTZMANN émet l’idée que les notions de
pression et de température dans les gaz peuvent être liées à l’énergie des particules qui les
composent. La notion de grain de matière, avec des propriétés physiques bien définies
(énergie, vitesse) devient consistante.

Le véritable point de départ de la physique quantique moderne sera imaginé par Max
PLANCK. Le terme « imaginé » n’est pas surjoué, tant la nouvelle conception de la physique
qui en découle est éloignée de tout ce que l’on connait à ce moment-là.
Alors que la théorie de James Clerk MAXWELL montre sans ambiguïté possible que
la lumière est une onde (donc un phénomène continu), l’analyse et la modélisation du
rayonnement d’un corps noir montrent que les échanges d’énergie entre la lumière et la
matière s’effectuent de manière discontinue. En d’autres termes, ces échanges s’effectuent
sous la forme de grains d’énergie : la lumière serait donc constituée de microparticules qu’on
appellera quanta de lumière, puis photons. La physique quantique est née.

Cette propriété a l’air tellement artificielle que même Max PLANCK a du mal à y
croire : il ne poussera guère plus loin ses investigations à ce sujet.

C’est Albert EINSTEIN qui va en révéler le véritable intérêt en montrant que l’effet
photoélectrique ne peut pas être expliqué autrement que par des échanges d’énergie quantifiés.

3
Au début du 20éme siècle, les physiciens tentent de comprendre pourquoi le
rayonnement émis par des atomes de gaz excités s’effectue à des fréquences discrètes. Niels
BOHR propose alors un modèle atomique dans lequel les électrons ont des trajectoires
circulaires quantifiées autour du noyau. En s’appuyant sur la découverte de Max PLANCK, il
parvient à expliquer les fréquences discrètes de lumière observées expérimentalement.

Ces travaux lui confèrent déjà une grande notoriété.

Les particules de la physique quantique semblent insaisissables : on parvient à


expliquer leurs effets, mais il paraît impossible de les isoler, comme on pourrait le faire pour
un grain de sable par exemple. Se fondant uniquement sur les effets observables, Werner
HEISENBERG affirme alors que pour des particules quantiques, il est théoriquement
impossible de déterminer à la fois la position et la vitesse avec une très grande précision. Ce
résultat sera admis sous l’appellation de principe d’incertitude, puis principe
d’indétermination. La cohérence avec la physique classique macroscopique est assurée par le
fait que cette incertitude y devient négligeable. Il résulte de ce principe qu’il est théoriquement
impossible de déterminer la trajectoire d’une particule quantique.

Sensiblement dans la même période (1920-1930), Max BORN montre que la fonction
d’onde qui est associée à une particule quantique est en accord avec la probabilité de présence
de cette particule dans toutes les expériences où sont combinés les effets ondulatoires et les
effets particulaires.

En associant ces informations, Niels BOHR imagine une théorie dans laquelle un objet
quantique est à la fois une onde et une particule, mais dans laquelle les deux propriétés ne
peuvent être observées simultanément : c’est le principe de complémentarité.
Le fait que les particules quantiques semblent insaisissables, et qu’on ne puisse en
connaître que des informations probabilistes le pousse à postuler que la physique quantique
est intrinsèquement probabiliste. Il s’ensuit que, de son point de vue, l’histoire de la physique
quantique est achevée puisqu’on ne pourra jamais obtenir plus d’information que les
probabilités associées à la fonction d’onde qui décrit la particule.

Paul DIRAC atteint la notoriété en établissant l’équation qui porte son nom, et en
montrant qu’on peut en déduire l’existence d’antiparticules. Il utilise ses grandes compétences
mathématiques pour théoriser une physique quantique qui repose sur le socle probabiliste
défendu par Niels BOHR, alors installé à Copenhague. Dès lors, cette vision de la physique,
élaborée autour de lui par quelques physiciens d’exception, sera désignée par « Ecole de
Copenhague ».
Cette vision associe l’état quantique d’une particule à un vecteur d’état appartenant à
un espace vectoriel de fonctions appelé espace de HILBERT. Une des propriétés qui découle
théoriquement de cette association est le principe de superposition : un vecteur d’état peut être
décomposé sur une base sous la forme d’une somme infinie de vecteurs d’états. Puisqu’un
vecteur d’état représente l’état d’une particule quantique, il s’ensuit, dans l’interprétation de
l’Ecole de Copenhague, qu’une particule quantique peut représenter une infinité d’états
quantiques. Même si aucun argument n’est présenté pour justifier ou autoriser ce passage
purement théorique entre math et physique, cette représentation est encore aujourd’hui
adoptée par une large partie des physiciens.

4
On fait le constat que la vision de l’Ecole de Copenhague repose sur un certain nombre
principes qui ont été introduit de manière ad hoc pour rendre compte des observations
expérimentales.

Un principe est une propriété physique non démontrée, mais qui semble en accord avec
tout ce que l’on connaît, et tout ce que l’on peut en déduire. Cette propriété doit être la plus
simple et la plus générale possible. Un exemple typique en physique est le principe de
conservation de l’énergie : il est admis que l’énergie ne peut être ni créée, ni détruite, mais
seulement transformée sous différentes formes. Aucune expérience n’est venue contredire ce
principe à ce jour.

A la base d’une théorie mathématique (on parle alors plutôt de postulat), ou physique,
il n’est pas rare que l’on soit obligé d’admettre une propriété.

On peut citer l’exemple mathématique du postulat d’EUCLIDE : par un point pris hors
d’une droite, on ne peut faire passer qu’une seule parallèle à cette droite. Une fois le postulat
posé, l’ensemble de la géométrie euclidienne peut être démontrée de manière rigoureuse.

D’un point de vue physique, on sait qu’EINSTEIN a montré que la théorie de la


relativité restreinte pouvait être construite sur la base de deux postulats ou principes :

Les lois de la physique sont invariantes par changement de référentiel galiléen : ce


principe est admis car aucune expérience ne permet de déterminer si un référentiel galiléen
est au repos ou en mouvement.

La vitesse de la lumière est une constante qui ne dépend pas du référentiel galiléen
dans laquelle elle est mesurée : ce principe est admis car aucune expérience ne l’a mise en
cause à ce jour.

Puisqu’il n’est pas démontré, un principe peut être choisi ad hoc pour coller à une
propriété dont on ne connaît pas l’origine. A l’inverse, on peut le renier lorsqu’on constate
qu’il est en désaccord avec la physique expérimentale.
Un exemple resté célèbre est celui de Niels BOHR mettant en cause le principe de
conservation de l’énergie dans la désintégration des rayons bêta. Il faudra toute la conviction
de physiciens renommés (Wolfgan PAULI, Enrico FERMI, Francis PERRIN ….) pour le
convaincre que ce principe n’est pas remis en cause : l’énergie manquante doit être attribuée
à une nouvelle particule, le neutrino.

Quelle que soit la théorie qu’on développe, on conçoit dès lors qu’un principe est un
maillon faible, et qu’il faut impérativement en minimiser le nombre. Une théorie bâtie sur une
collection de principes ne peut pas prétendre à une validité élargie. C’est un des reproches que
l’on peut faire à l’Ecole de Copenhague dans sa représentation de la physique quantique : pour
faire coller la théorie développée au mieux avec les résultats expérimentaux, Niels BOHR a
multiplié les affirmations de principe : principe d’incertitude, principe de complémentarité,
principe de superposition, principe d’effondrement de la fonction d’onde.

On peut concevoir que lorsqu’on se situe à la frontière de la connaissance, la


construction d’une théorie puisse s’appuyer ainsi sur un certain nombre de principes. On peut
même penser que c’est un passage obligé. La raison en est que l’on ne connaît pas l’origine

5
de certains phénomènes, et il est cependant nécessaire de les faire apparaître et de les prendre
en compte dans la théorie.

Mais au fur et à mesure que la science progresse, il appartient aux physiciens de


s’interroger sur le bien-fondé de ces principes, de les analyser, et de juger de leur pertinence
à la lumière des avancées de la connaissance.

La suite de ce document peut être considérée comme une participation à ce travail


d’investigation.

Alors que par définition un principe ne doit pas être contestable dans les conséquences
qu’il implique, nous allons montrer que plusieurs d’entre eux conduisent à des affirmations
très discutables et qui semblent incompatibles avec la réalité expérimentale.

6
II – Le principe d’indétermination

II - 1 La notion d’opérateur
Il est apparu très tôt que les équations qui permettaient d’appréhender la physique
quantique étaient d’une nature différente des équations de la physique classique. On peut s’en
convaincre sur un exemple simple.

L’équation d’onde issue des équations de MAXWELL s’écrit par exemple pour le
potentiel scalaire ϕ :

  2 
 2   (II-1)
ct  0
2

L’équation d’onde de KLEIN-GORDON, pour une fonction d’onde ψ est de la forme :

 2 m02c2
 2        (II-2)
ct 
2
2

Alors que l’équation (II-1) permet de déterminer la dimension de la fonction d’onde


ϕ, l’équation d’onde (II-2) ne le permet pas pour la fonction d’onde ψ.

On sait toutefois que les relations fondamentales de la physique classique comme la


conservation de l’énergie sont valides en physique quantique :

E 2  p 2 c 2  m 02 c 4 (II-3)

Il apparaît alors opportun de considérer les termes des équations quantiques comme
des opérateurs qui s’appliquent à la fonction d’onde (ψ). On peut ainsi définir un opérateur
(noté avec un chapeau) position, impulsion, énergie, …. :

x̂    x

p̂    j (II-4)
x

Ê   j
t

Si on considère maintenant que les grandeurs de la physique classique sont les valeurs
propres de ces opérateurs, ce qui implique que la fonction d’onde ψ est un « vecteur » propre
de ces opérateurs, on peut écrire :

7

x̂    x

p̂   p (II-5)
Ê   E

Les quantités à droite du signe égal sont devenues des multiplications ordinaires. Ce
formalisme permet d’établir un lien entre les équations de la physique quantique, et les
équations de la physique classique. Sur l’exemple de l’équation classique de conservation de
l’énergie, on obtient l’équation quantique de KLEIN-GORDON.

E 2  p 2c2  m02c4
2 2
2
(II-6)
         m0c   
ct  x   
2 2

Le formalisme rigoureux sera développé par DIRAC dans un espace vectoriel de


fonctions complexes appelé espace de HILBERT. Un intérêt de ce cadre de développement
se situe dans le fait que l’on y retrouve les propriétés des espaces vectoriels classiques comme
le produit scalaire, la norme, l’orthogonalité, la projection…; convenablement définies sur un
espace de fonctions.

Les valeurs propres représentent des grandeurs physiques et sont donc réelles (et non
complexes). Pour que cette propriété soit assurée, les opérateurs doivent être hermitiens : ils
sont alors qualifiés d’ « observables ».

II - 2 Approche probabiliste
La fonction d’onde ψ dépend d’une manière générale de sa position x et du temps t :
on la note ψ(x,t). Il s’agit d’une grandeur complexe.

Dans l’interprétation probabiliste de l’école de Copenhague, cette fonction d’onde


élevée au carré représente la probabilité de trouver la particule à la position x et à l’instant t.
Pour une fonction d’onde complexe, la norme au carré s’obtient en la multipliant par son
conjugué :

(x, t )  * (x, t )(x, t )


2
(II-7)

Pour un opérateur hermitien Â, on peut alors définir une valeur moyenne spatiale par
la relation :

 

 Â   * ( x, t ) Â( x, t ) dx (II-8)


Une démonstration propre et rigoureuse de la relation d’indétermination peut alors être


envisagée à partir de la relation ci-dessus.

On l’applique aux opérateurs position et impulsion, en supposant que ces opérateurs


sont centrés, c’est-à-dire que leur moyenne spatiale est nulle : cette hypothèse n’enlève rien à
8
la généralité de la démonstration car elle peut toujours être assurée par une translation spatiale
de l’opérateur.

On définit la valeur moyenne des opérateurs position et impulsion par les relations :

 
 x̂   * ( x, t )x̂( x, t ) dx   x ( x, t ) dx  0
2

 
 
(II-9)
( x, t )
 p̂   * ( x, t )p̂( x, t ) dx   j  ( x, t ) dx  0
2

 
x

On définit la valeur moyenne de ces opérateurs élevés au carré, appelés opérateurs


variance par les relations (NB : le carré est sous-entendu sous le chapeau de l’opérateur) :

 
2 *
 2

 x̂    ( x, t ) x̂ ( x, t ) dx   x 2 ( x, t ) dx
2

 
 
(II-10)
 2 
*
 2

 p̂    ( x, t ) p̂ ( x, t ) dx     ( x, t ) 2 ( x, t )dx
2 2 *

   x 

On ne laisse pas en général cette dernière intégrale sous cette forme. On procède à une
intégration par partie pour obtenir :

 x  
 2   * ( x, t )  * ( x, t ) ( x, t )
     
x  x    x

*
( x , t ) x 2  ( x , t ) dx  ( x , t ) dx (II-13)
  x

Le terme entre crochets est nul, car pour que la fonction ψ soit de carré sommable
(l’intégrale du carré entre moins l’infini et plus l’infini vaut 1), cette fonction tend
nécessairement vers 0 à l’infini. Il reste :


* ( x, t ) ( x, t )
 p̂ 2   2  x

x
dx (II-14)

Sur la base de ces définitions, plusieurs démonstrations sont possibles. Nous en


proposons une qui utilise une relation d’inégalité connue dans un espace vectoriel classique
sous l’appellation d’inégalité de CAUCHY-SCHWARZ : la norme du produit scalaire de 2
vecteurs est toujours inférieure ou égale au produit des normes de ces vecteurs.
   
A.B  A B
 2 22 (II-15)
A.B  A B

Pour appliquer cette relation à un espace vectoriel de fonctions appelé espace de


HILBERT, il faut au préalable définir la notion de produit scalaire et de norme dans cet espace.
Pour deux fonctions complexes f et g, ces définitions sont les suivantes :

9
f .g   f gdx
*

g.f   g*f dx
(II-16)
f   f f dx   f dx
2 * 2

g 2   g*gdx   g 2dx

Avec ces définitions, l’espace de fonctions devient un espace vectoriel normé aux
propriétés analogues à un espace vectoriel classique. En particulier, le théorème de CAUCHY-
SCHWARZ s’écrit :

f .g  f g
2 2 2
(II-17)

Pour faire le lien avec les opérateurs définis ci-dessus, on pose :

f ( x, t )  x( x, t )
( x, t ) (II-18)
g( x, t ) 
x

On obtient :


f   xx, t  dx  x̂ 
2 2 2


(II-19)

* ( x, t ) ( x, t )  p̂ 2 
g   dx 
2


x x 2

On traite le produit scalaire de la manière suivante :


 ( x, t )
f .g   x (x, t )
*
dx

x
(II-20)

* ( x, t )
g.f   x( x , t ) dx

x

Ces deux nombres complexes sont conjugués. On peut déterminer leur partie réelle en
effectuant la somme :


 
f .g  g.f   1  x * (x, t ) (x, t )  (x, t )  (x, t ) dx
*
Ref .g 
1
(II-21)
2 2   x x 

On note que :


x

( x, t ) 
2 
x
  
 ( x , t ) ( x , t )   ( x , t )
* * (x, t )
x
 * ( x , t )
(x, t )
x
(II-22)

La partie réelle du produit scalaire devient :

10
 


Ref .g 
1
 ( x, t ) dx
2
x (II-23)
2   x

On procède à une intégration par partie pour obtenir :

 
 2 ( x, t ) x  
 x dx  x (x, t) x    (x, t)dx
2 2
x (II-24)

A droite de l’égalité, le premier terme est nul pour les mêmes raisons que
précédemment, tandis que l’intégrale qui représente la probabilité de présence dans tout
l’espace est égale à 1.

On peut maintenant rassembler ces résultats partiels en notant que :

Ref .g  f .g  f g
2 2 2 2

2 (II-25)
 1 1
    2  x̂  p̂ 
2 2

 2  

Ce qui achève la démonstration du principe d’incertitude, et le transforme donc en


théorème.

II - 3 Interprétation de Copenhague
L’Ecole de Copenhague voit dans ce principe une caractéristique fondamentale de la
physique quantique : puisqu’on ne peut pas connaître avec précision la position et la vitesse
d’une particule, il est impossible de connaître sa trajectoire.

Cette affirmation repose sur le fait qu’une particule de fonction d’onde ψ possède, à
chaque instant t, une certaine distribution de position et de vitesse dans l’espace : c’est
l’hypothèse sous-jacente à tout le traitement qui a été effectué ci-dessus.

On conclut alors le raisonnement en disant qu’il existe une relation entre l’écart type
de la distribution de position et l’écart type de la distribution des vitesses. Cette relation
montre que ces deux écarts types ne sont pas indépendants, et que plus l’un est grand, plus
l’autre est petit.

Le souci d’une telle affirmation provient du fait qu’elle repose entièrement sur une
hypothèse non démontrée : aucune expérience de physique ne peut mettre en évidence, à un
instant donné, une distribution des positions d’une particule dans l’espace, ou une distribution
des vitesses de cette même particule dans l’espace. Quelle que soit la manière dont on pourrait
l’envisager, cette hypothèse n’a aucun sens physique.

La démonstration du principe d’indétermination ne permet pas de se passer de cette


hypothèse. Si on suppose que la distribution des positions ou des vitesses ne comporte qu’un
élément, alors l’écart type est nul et ne vérifie plus le principe d’HEISENBERG.

Dès lors, l’affirmation suivant laquelle la trajectoire d’une particule quantique ne peut
pas être définie est fortement mise en doute.

11
II - 4 Les observations expérimentales
On peut vérifier de manière extrêmement précise que les calculs de trajectoire que l’on
calcule avec la physique traditionnelle sont en accord avec la trajectoire observée.

Si la position et la vitesse de la particule obéissaient à chaque instant à une loi


statistique, alors la trajectoire obtenue serait nécessairement en désaccord avec la trajectoire
calculée.

Les exemples sont nombreux où les trajectoires doivent être impérativement d’une
grande précision.

Dans un microscope électronique, la netteté de l’image dépend de la précision de


focalisation et de convergence du faisceau d’électrons.
Dans les anciens téléviseurs couleurs ; trois canons à électrons devaient positionner le
faisceau de manière très précise et très rapide sur les luminophores pour obtenir une image
nette et colorée.
L’exemple le plus convaincant est peut être celui des grands accélérateurs de
particules, où celles-ci doivent être guidées sur plusieurs kilomètres avant d’être projetées sur
leur cible.

Il n’y a dans ces exemples aucune place pour une incertitude de position et de vitesse
lorsque la particule évolue sur sa trajectoire.

Lorsqu’on se tourne vers l’aspect mesure, l’Ecole de Copenhague déduit du principe


d’indétermination qu’il est impossible de mesurer simultanément avec une grande précision
la position et la vitesse d’une particule.

II - 5 Une interprétation énergétique


On peut tenter de donner une interprétation plus physique au principe de détermination
en considérant des solutions exactes à l’équation de DIRAC.
Une énergie quantique localisée dans l’espace, mais s’étendant sur un certain volume
peut être représentée par une onde stationnaire.
Dans un souci de simplification de la présentation, nous considérons un mode
stationnaire suivant la direction des x, et nous adoptons la solution exacte suivante (Voir ce
document pour plus de détails) :

0  0
 
1  sin(k x x ) cos(k t x t )  j m0c 2 sin(k x x ) sin( k t x t )
(II-26)
 2  ck x cos(k x x ) sin(k t x t )
3  0

Avec :

12

kt 
c
x t  ct (II-27)
2  m0c2 2  ck x 2
Les amplitudes des fonctions sinusoïdales ont une interprétation intuitive :

- hω représente une énergie ondulatoire à la pulsation ω, et représente également


l’énergie totale suivant la relation relativiste de conservation de l’énergie (II-27).
- m0c² représente une énergie de masse au repos
- hckx représente une énergie impulsionnelle suivant l’axe des x.

Posons la fonction d’onde ψ égale à :

(x, t )  sin(k x x) sin(k t x t ) (II-28)

La solution stationnaire peut s’écrire en utilisant la fonction d’onde :

0  0

1  c 
x t
 
 j m 0c 2 
(II-29)

 2  c
x
3  0

Cette fonction d’onde vérifie l’équation de KLEIN-GORDON rappelée pour


mémoire :

2 2
2
m c
 2     2     0    (II-30)
x t x   

On peut donc lui appliquer sans restriction le raisonnement qui conduit au principe
d’indétermination de HEISENBERG à l’aide des opérateurs position et impulsion puisque ces
derniers permettent de retrouver l’équation de conservation de l’énergie rappelée également
pour mémoire :

2  m0c2 2  ck x 2 (II-31)

L’examen de la solution (II-29) montre que l’énergie de masse est associée à


l’opérateur position, tandis que l’énergie impulsionnelle est associée à l’opérateur impulsion.
Le principe d’indétermination d’HEISENBERG indique alors qu’il existe une incertitude dans
la grandeur attachée à la fonction d’onde ψ et dans la grandeur attachée à la dérivée spatiale
de ψ.

L’interprétation physique en est la suivante.

13
Pour un mode stationnaire fondamental, dont l’énergie est confinée entre –λx/2 et
+λx/2, on peut poser :


( x, t )  sin( x ) sin(k t x t )
x
(II-32)
( x, t )  
 cos( x ) sin(k t x t )
x x x

L’énergie de masse attachée à la fonction d’onde ψ est maximale en x = –λx/2 et x =


+λx/2, mais si on vient se placer à ces endroits pour localiser au mieux la particule, alors
l’énergie impulsionnelle y est nulle.

Réciproquement, en x = 0 l’énergie impulsionnelle est maximale tandis que l’énergie


de masse y est nulle.

Si on admet que la répartition d’énergie au sein d’une particule quantique est régie par
l’équation de DIRAC, alors on doit admettre que les concentrations en énergie de masse et
énergie impulsionnelle sont réparties dans l’espace et ne sont pas localisées au même endroit.

La conséquence en est que lorsqu’on descend au niveau quantique, on doit être prudent
lorsqu’on qu’on utilise les lois utilisées pour prédire les effets macroscopiques. En mécanique
du point, tous les types d’énergie sont par hypothèse concentrés au même point, ce qui n’est
plus le cas en mécanique quantique.

Dans le domaine macroscopique, la taille très petite des particules quantiques permet
de considérer que toute l’interaction a lieu de manière ponctuelle. Mais si on veut traiter
l’interaction entre deux particules quantiques de manière fine, alors on ne peut plus négliger
le fait qu’au sein de la particule, les concentrations en énergie de masse et énergie
impulsionnelle ne sont pas localisées au même endroit.

L’hypothèse de départ de la démonstration du principe d’indétermination repose sur


une distribution des positions et des vitesses dans l’espace, différente à chaque instant : à la
vérité, elle semble gratuite et sans véritable justification.

Hormis cette hypothèse, rien dans les éléments de démonstration qui ont été avancés,
ne permet d’affirmer que pour une particule isolée, il soit impossible d’accéder simultanément
à sa position et sa vitesse avec une grande précision. L’interprétation issue des solutions
exactes à l’équation de DIRAC semble confirmer ce point de vue, en donnant un autre sens
physique au principe de HEISENBERG.

II - 6 La boite à photons
Cette expérience fut proposée par EINSTEIN lors du congrès de Solvay pour tenter de
mettre en défaut le principe d’incertitude. Elle est suffisamment décrite dans la littérature pour
ne pas avoir à la présenter en détail dans ce document.

L’objectif est d’exhiber une expérience de physique qui contredit le principe


d’incertitude :

14

Et  (II-33)
2

Brièvement résumée, l’expérience consiste à « peser » une boite contenant un photon.


A un instant donné, aussi précis que l’on veut, on ouvre la boite pour que le photon s’échappe.
On pèse à nouveau la boite après cette opération et la différence de poids nous donne accès à
la masse et à l’énergie du photon par la relation :

E  mc 2 (II-34)

Il semble donc qu’on puisse mesurer avec une très grande précision à la fois E et t.

Dans sa réponse, BOHR produit une démonstration qui montre que la relation
d’incertitude (II-33) est bien vérifiée.

Cet épisode est considéré encore aujourd’hui (2025) par de nombreux physiciens
comme un élément qui a définitivement validé la notion d’incertitude quantique.

Et pourtant …..

Lorsqu’EINSTEIN propose de mesurer le poids d’un photon enfermé dans une boite,
on peut supposer qu’il n’a pas pris le temps de cerner toutes les difficultés d’une telle
entreprise.

Si on admet, dans une hypothèse simplificatrice, que le photon fait des aller-retours
entre le haut et le bas de la boite, c’est la différence entre les impulsions du photon sur ces
parois qui va être un indicateur du poids. Puisque le poids prend une valeur unique, c’est donc
la moyenne de ces impulsions qui va déterminer la grandeur recherchée.

Si on ouvre la porte au photon sur la paroi du haut à un instant précis, il est impossible
de savoir exactement quand il va sortir de la boite puisqu’il est sur le trajet de bas en haut.
Sans faire intervenir aucunement la physique quantique, il y a donc une incertitude sur son
instant de sortie de la boite.

Le raisonnement de BOHR semble être le suivant : il place en tête de démonstration la


relation d’incertitude de HEISENBERG qu’il applique à la boite (qui se déplace d’une
longueur Δx sous l’effet de l’impulsion Δp) :


xp  (II-35)
2

L’incertitude sur l’impulsion Δp est nécessairement inférieure à l’impulsion totale que


prend la boite sous l’action du champ de gravitation g pendant la durée totale t qui s’écoule
entre le départ du photon et la lecture :

p  mgt (II-36)

L’effet gravitationnel se traduit par une variation du temps donnée par la relativité
générale (au premier ordre) :

15
t x
g 2 (II-37)
t c

On déduit des deux relations (II-36) et (II-37) :

 t c 2 
p  mg 
 x g  (II-38)
xp  mc 2 t  Et

En utilisant l’hypothèse placée en tête de raisonnement (II-35), BOHR conclut que la


relation d’incertitude est bien vérifiée par la durée Δt et l’énergie ΔE :


 xp  Et (II-39)
2

On peut résumer la philosophie du raisonnement de la manière suivante : partant de la


relation d’incertitude portant sur Δx et Δp, BOHR montre qu’en utilisant les lois de la
physique classique on peut en déduire une relation analogue sur ΔE et Δt.

Il n’est nullement besoin de faire appel à la relativité générale pour arriver à une telle
conclusion. Si on suppose le déplacement Δx suffisamment petit pour que le champ de
gravitation g soit considéré comme constant (c’est l’hypothèse qui est admise dans le
raisonnement ci-dessus), alors on peut écrire en désignant par F la force de gravitation qui met
la boite en mouvement :

xp  xF t  Et (II-40)

En fait, l’hypothèse placée en tête de raisonnement permet à BOHR d’assurer la


conclusion qu’il attend.

Ce constat a été effectué par d’autres physiciens depuis longtemps. On trouvera dans
le texte de JAYNES la description suivante sur la manière dont BOHR organise ses
arguments :

«But when we examine Bohr's arguments, we found a common logical structure; always they
start by postulating that the available measurement apparatus is subject to his "uncertainty"
limitations; and then by using only classical physics (essentially, only Liouville's theorem)
they come to the conclusion that such an apparatus could not be used for Einstein's purpose.
Bohr's foregone conclusion is always assured by his initial postulate, which simply appears
out of nowhere.”

II - 7 Conclusion
Il est impossible d’imaginer qu’EINSTEIN n’est pas perçu la faiblesse, pour ne pas
dire plus, de l’argumentation de BOHR. Pour autant, il ne reviendra pas sur cette discussion,
ce qui laisse supposer qu’après réflexion, il a jugé que son expérience de pensée présentait
elle aussi des éléments très discutables et que toute poursuite de ce débat serait stérile.

16
On trouvera dans la publication de SCHMIDT d’autres éléments de réflexions à ce
sujet, et une analyse relativement critique dans le papier de TORRE, DALEO et GARCIA-
MATA.

Pour les physiciens qui ont pris le temps de l’analyse et de la réflexion à ce sujet, on
est très loin de la conclusion : « EINSTEIN a perdu et BOHR a gagné ». L’expérience
proposée par EINSTEIN et la réponse apportée par BOHR ne permettent pas d’établir une
conclusion sur la validité du principe d’indétermination.

La démonstration de BOHR montre qu’il fait l’hypothèse que ce principe s’applique


sans restriction aux objets macroscopiques, (puisqu’il l’applique à la boite en début de
démonstration) sans jamais en apporter la preuve.

L’approche énergétique qui est proposé ci-dessus est de toute autre nature : elle montre
que ce principe s’applique aux objets quantiques qui répondent aux exigences de l’équation
de DIRAC, mais elle ne permet à priori aucune extrapolation aux objets macroscopiques.

17
III – Le principe de complémentarité

III - 1 L’expérience des fentes d’YOUNG


Il s’agit de l’expérience emblématique qui a interrogé, et interroge encore, tous les
physiciens que la terre a portés. Comme la précédente, elle est suffisamment décrite dans la
littérature pour ne pas avoir à en expliciter les détails dans ce document.

Elle met en lumière deux comportements physiques différents des particules


quantiques : un comportement ondulatoire et un comportement de masse ponctuelle. Ces deux
comportement semblent exclusifs l’un de l’autre.

Devant l’impossibilité d’expliquer un tel phénomène, BOHR l’a inclus dans sa théorie
sous la forme d’un principe ; le principe de complémentarité. Un objet quantique est une onde
ou une particule, mais pas les deux à la fois.

La notion de principe tient ici au fait qu’aucun phénomène macroscopique ne


présentait de propriétés analogues et que la physique classique ne pouvait fournir aucune
explication satisfaisante. La dualité onde corpuscule, avec toutes propriétés étranges devient
alors une partie intégrante du « mystère quantique » puisqu’aucune expérience
macroscopique ne permet de constater des phénomènes analogues.

III - 2 Les gouttelettes marcheuses


On doit à Yves COUDER et son équipe d’avoir conçu et étudié des expériences
macroscopiques qui ont permis de montrer des analogies importantes avec les phénomènes de
diffraction et d’interférence quantique.

Ces expériences reposent sur des gouttelettes qui rebondissent sur un bain d’huile
vibrant. Il en résulte une symbiose entre la gouttelette assimilée à une particule, et l’onde
qu’elle génère en rebondissant sur le bain d’huile. L’interaction régulière entre la gouttelette
et l’onde qui lui est associée lorsqu’elle traverse une ou deux fentes est analysée en détail dans
cette publication de COUDER et FORT.

Il en résulte un certain nombre d’informations fondamentales.

Il n’existe plus de « mystère quantique » de l’interférence et de la diffraction. Ces


phénomènes peuvent être expliqués par une évolution chaotique déterministe à la traversée de
la fente, avec une sortie aléatoire du chaos suivant une certaine probabilité.

18
Si on admet comme base ce résultat acquis, alors on peut formuler l’hypothèse
hautement probable que ce sont des phénomènes analogues qui sont à l’origine de la
diffraction et interférence des particules quantiques. On en déduit alors qu’il existe
nécessairement, au niveau quantique, une interaction entre l’énergie de masse qui représente
l’aspect corpusculaire, et l’énergie ondulatoire qui lui est associée.

Les aspects mystérieux de la physique quantique disparaissent, et trouvent ainsi une


explication dans la continuité de la physique classique.

III - 3 L’interaction onde-particule


S’il existe une interaction onde particule, alors elle doit être apparente dans les
solutions stationnaires de l’équation de DIRAC.

On peut alors s’intéresser à la solution examinée dans les chapitres précédents :

0  0
 
1  sin(k x x ) cos(k t x t )  j m0c 2 sin(k x x ) sin(k t x t )
(III-1)
 2  ck x cos(k x x ) sin(k t x t )
3  0

Cette solution doit être associée à la relation relativiste de conservation de l’énergie :

2  m0c2 2  ck x 2 (III-2)

S’il existe quelque chose dans cette solution qui traduit une interaction entre l’énergie
de masse et l’énergie ondulatoire, ce ne peut être que dans la composante ψ1 :

 
1  sin(k x x) cos(t )  j m0c2 sin(k x x) sin(t ) (III-3)

On remarque qu’aux instants t tels que ωt = nπ, la composante ψ1 est le reflet de


l’énergie ondulatoire caractérisée par le terme (hω) :

1  sin(k x x) (III-4)

Aux instants t tels que ωt = (n + 1)π/2, la composante ψ1 est le reflet de l’énergie de


masse caractérisée par le terme (m0c²) :

 
1  j m0c2 sin(k x x) (III-5)

La composante ψ1 est donc bien caractéristique d’une interaction entre énergie de


masse et énergie ondulatoire. Si l’un des termes est modifié par la présence d’un obstacle,
l’autre le sera nécessairement pour que le bispineur reste solution de l’équation de DIRAC.

Cette alternance temporelle entre les deux représentations énergétiques a lieu, pour
une particule au repos, à une pulsation ω telle que :

19
  m0c2 (III-5)

Pour un électron, on obtient sensiblement ω = 7,8.1020 rd/s. A une pulsation aussi


élevée, il n’existe pas à ce jour de moyen technique qui puisse mettre en évidence cette
alternance, mais il ne fait guère de doute que les années futures permettront cette vérification
car son existence fait partie intégrante des solutions de l’équation de DIRAC.

Suivant cette interprétation, l’objet quantique est bien tantôt onde, tantôt particule, et
même un mélange des deux durant la phase d’alternance entre ces deux états. Il peut donc
présenter des propriétés ondulatoire et/ou particulaire suivant l’interaction qu’il va avoir avec
son environnement.

20
IV – Le principe de superposition

IV - 1 la notion d’espace de HILBERT


La géométrie contemporaine a été structurée pas les mathématiciens sous la forme
d’espaces vectoriels.

Sur ces espaces, une base peut être définie à partir de vecteurs linéairement
indépendants, et il s’ensuit que tout vecteur de l’espace peut être décomposé sur cette base.
En dimension 3, on peut illustrer cette propriété par la relation :
   
V  1e1  2e2  3e3 (IV-1)

Les αi représentent les coordonnées du vecteur dans la base choisie. Dans une base
orthonormée, ces coordonnées s’obtiennent par la relation :

i  [Link] (IV-2)

Un certain nombre d’opérations et de règles (norme, produit scalaire, gradient …)


permettent de développer des calculs et raisonnements avec une grande rigueur.

Il revient au mathématicien David HILBERT d’avoir imaginé qu’une telle structure


pouvait être transposée à un espace de fonction, en y exprimant convenablement les bases et
les règles qui ont été définies dans un espace vectoriel « géométrique ».

On peut se faire une idée de l’intérêt d’une telle généralisation sur un exemple
couramment utilisé en physique : le développement en séries de FOURIER.

L’espace considéré est celui des fonctions périodiques à variables complexes et de


carré sommable sur la période T (ce qui exclut par exemple des fonctions comme tg(x)). Dans
cet espace on définit le produit scalaire entre deux fonctions f et g par la relation :

1 T
f .g 
T 0
f ( t )g* ( t )dt (IV-3)

On adopte comme base infinie, la famille de fonctions trigonométriques complexes


suivante avec n entier pouvant varier de 0 à l’infini :

21
 2 
en ( t )  exp  jn t  (IV-4)
 T 

La norme au carré d’un vecteur de cette famille s’obtient en effectuant le produit


scalaire de ce vecteur par lui-même suivant la définition (IV-3)

1 T 1 T  2   2  1 T
T 0 T 0 T 0
en  en .en 
2
e n ( t )e*
n ( t )dt  exp  jn t  exp   jn t dt  1dt  1 (IV-5)
 T   T 

Le produit scalaire de deux vecteurs de base en et em est nul :

1 T 1 T  2   2 
e n .e m     exp  jn t  exp   jm t dt
*
e n ( t ) e m ( t ) dt
T 0 T 0
 T   T 
(IV-6)
 2 
e n .e m   exp  jn  m  t dt  0
1 T
T 0
 T 

On en déduit que la base en est une base orthonormée de l’espace de HILBERT des T-
fonctions périodiques, c’est à dire que toute fonction f de cet espace peut être développé dans
cette base sous la forme :

2 2 2 2
j t 2j t 3j t nj t
f ( t )  0  1e T
  2e T
 3e T
 .....   n e T
 ..... (IV-7)

Puisque la base est orthonormée, on obtient les coefficients αn en projetant le vecteur


f sur le vecteur en :

1 T 1 T  2 
 n  f .en  
T 0
f ( t )e*n ( t )dt   f ( t ) exp   jn t dt
T 0  T 
(IV-8)

On retrouve ainsi la description habituelle des coefficients de FOURIER.

Pour un signal périodique f(t), sa norme au carré (f.f) fournit une grandeur
proportionnelle à la valeur moyenne de son énergie. En remplaçant f(t) par son développement
sur la base en, on en déduit le théorème de PARSEVAL. Tous les vecteurs de bases étant
orthogonaux entre eux et normés, on obtient :

1 T
f  f .f   f ( t )f * ( t )dt  02  12   22  ....   2n  ...    2n
2
(IV-9)
T 0
n

De ce théorème, on déduit deux remarques importantes qui vont être exploitées par la
suite :

- L’énergie totale d’un signal est égale à la somme des énergies de chacune de ses
composantes, ce qui correspond au respect du postulat de conservation de
l’énergie.
- Les coefficients αn tendent « rapidement » vers 0 lorsque n tend vers l’infini.

22
IV - 2 Application à la fonction d’onde
Pour théoriser la physique quantique, DIRAC va s’appuyer directement sur la notion
d’espace de HILBERT. Un état quantique est représenté par une fonction d’onde qui contient,
sans les expliciter, tous les paramètres suffisants pour caractériser cet état. Il crée à cet effet
une notation spécifique qui permet une écriture simplifiée des différentes opérations
réalisables sur un espace de HILBERT (Voir publication). Au lieu de placer une flèche sur la
fonction d’onde ψ, il la représente par le symbole suivant appelé « ket » :

 (IV-10)

Le développement de la théorie l’amène à préciser la forme de ψ dans l’espace dual


appelé « bra » ainsi que des notations condensées des différentes propriétés.

Dans cet espace de HILBERT, tout état quantique se décompose sur une base infinie,
à l’aide de coefficients adéquats, à l’image de ce qui a été présenté pour les séries de
FOURIER.

  1 e1  2 e2  3 e3  ......  n en  ..... (IV-11)

Pour que cette décomposition soit cohérente avec la notion de mesure (voir paragraphe
ci-dessous), les états qui apparaissent dans la décomposition doivent être des états propres de
la particule (Voir les relations (II-5)). Les propriétés des espaces hermitiens font que
l’ensemble des vecteurs propres détermine une base orthogonale de l’espace (Voir chapitre II
pour plus de détails).
Concrètement, dans l’expérience des fentes d’YOUNG, à la sortie des fentes ; la
particule est censées pouvoir se matérialiser dans n’importe quelle direction (avec une certaine
probabilité), ce qui implique que l’infinité des états quantiques de base occupe tout l’espace.

Cette combinaison linéaire est interprétée par l’Ecole de Copenhague comme la


représentation d’un phénomène de superposition car l’état de la particule est vu comme la
somme d’une infinité d’états des particules qui constituent la base de l’espace.
Cette interprétation est fondée sur une vision purement théorique, sans autre preuve
qu’une aliénation à définition mathématique. Elle est adoptée sans restriction en informatique
quantique où le qubit est censé représenté une infinité d’états logiques.

Et pourtant ….

Si on admet cette décomposition alors on doit admettre, comme dans les séries de
FOURIER, que l’énergie totale de la particule est égale à la somme infinie des énergies de
chacune de ses composantes, ce qui va imposer aux coefficients αi de tendre rapidement vers
0. Nier cette propriété, c’est renoncer au principe de conservation de l’énergie.
Il ne subsistera alors dans la somme ci-dessus que quelques termes significatifs, dont
l’énergie sera très variable, et de toute façon inférieure à celle de la particule initiale.

Sans des propriétés énergétiques stables, on voit mal par exemple, comment l’infinité
de ces états quantiques va permettre les échanges basiques nécessaires aux calculs
informatiques.

23
IV - 3 Le principe d’effondrement de la fonction d’onde
Dans la vision de l’Ecole de Copenhague, avant la mesure, la particule est dans un état
quantique indéterminé, mais appartenant à la somme (IV-11).

La mesure devient alors d’une modélisation délicate, puisqu’après la mesure on trouve


un état déterminé, qui sera confirmé si on pratique une nouvelle mesure.

Mais rien n’est impossible aux mathématiciens. En assimilant l’opération de mesure à


une projection sur les vecteurs de base, il s’avère qu’une seconde projection fournit le même
résultat, ce qui semble-t-il, a suffi à convaincre un grand nombre de physicien que la projection
était la modélisation mathématique parfaite d’une mesure quantique. Pour rendre ce modèle
cohérent, il faut cependant admettre que la fonction d’onde décrivant la particule avant la
mesure s’est transformée en une autre fonction d’onde après la mesure.

Mais rien n’est impossible aux physiciens. Il suffit de supposer que la fonction d’onde
avant mesure subit un effondrement qui la réduit à la fonction d’onde après mesure. Il suffit
donc d’ajouter un nouveau principe, celui de l’effondrement de la fonction d’onde.

En affirmant que les vecteurs de bases sont constitués par l’ensemble des états propres
associés à la particule, on garantit à coup sûr que la projection va déterminer un résultat de
mesure. Il est difficile de ne pas voir dans ce raisonnement une forme de tautologie dans
laquelle on s’assure de la conclusion que l’on souhaite en l’introduisant dans les hypothèses
de départ.

Pour décrire l’expérience des fentes d’YOUNG, il n’est nul besoin d’imaginer un
espace dans lequel la particule est partout à la fois (derrière la fente) et qui va se matérialiser
par l’effondrement de la fonction d’onde lors d’une opération de mesure. L’expérience des
gouttelettes marcheuses nous apporte la preuve indiscutable que la physique classique
macroscopique est parfaitement suffisante pour décrire le phénomène.

Si dans les balbutiements de la physique quantique, il pouvait sembler opportun de


s’engager sur la voie choisie par l’Ecole de Copenhague, l’évolution des connaissances semble
bien indiquer un siècle plus tard que cette voie n’était pas la bonne.

24
V – Le principe de non-localité

Ce principe apparaît comme une conséquence du phénomène d’intrication, lorsqu’on


considère que le théorème de BELL est valide et que tous les autres principes de l’Ecole de
Copenhague sont admis.

Les chapitres précédents ont montré combien les principes ad hoc proposé pour décrire
les phénomènes quantiques qui semblent échapper à la physique classique étaient fragiles.

Mais il apparaît que le théorème de BELL lui-même est d’une extrême fragilité, autant
dans sa partie purement mathématique que dans son interprétation physique des variables
cachées. On trouvera sur ces derniers points des analyses critiques très avancées dans les
travaux de JAYNES et KRACKLAUER.

Malgré le récent prix Nobel attribué à ASPECT, CLAUSER et ZEILINGER pour leur
travaux sur sur cette thématique, il subsiste de très forts doutes sur la réalité de phénomènes
non locaux.

Un élément de doute se situe dans le succès du modèle standard dans la description de


la constitution des particules quantiques. Ce modèle est totalement bâti sur l’utilisation
d’équations différentielles. Il est par nature incompatible avec un quelconque phénomène de
non-localité.

Un autre élément de doute extrêmement puissant est le suivant.

Si un tel phénomène existe, alors il devient d’un intérêt fondamental d’en comprendre
le fonctionnement pour progresser dans sa compréhension. On imagine assez bien les
possibilités extraordinaires qui pourraient être associées à la maîtrise de cette propriété.

Il est impossible de progresser dans cette compréhension par la théorie, car la physique
classique qui procède par utilisation et résolution d’équations différentielles est impuissante à
fournir une quelconque explication.

Par contre, on peut imaginer de multiples expériences qui vont permettre de cerner le
phénomène. Dans l’observation de deux particules intriquées on peut :

- Dévier l’une d’entre elle et observer la réaction de sa jumelle


- Annihiler l’une d’entre elle et observer la réaction de sa jumelle
- Accélérer ou ralentir l’une d’entre elle et observer la réaction de sa jumelle
- ….etc.

Or curieusement, les physiciens qui s’intéressent à l’intrication, ne procèdent jamais à


des expérimentations dans ce sens, malgré l’immense intérêt que cela pourrait représenter

25
pour la physique. Toujours, ils se satisfont d’une vérification du théorème de BELL, dont on
est à peu près certain qu’il ne permet pas de conclure à une physique non locale. Tout se passe
comme s’il existait une crainte réelle que les expériences proposées ne montrent aucun effet
sur la particule jumelle, et amènent ainsi des questionnements qui mettraient en difficulté la
philosophie de l’Ecole de Copenhague, sauf à y répondre par un autre principe…..

26
VI – Conclusion

La physique quantique est apparue à ses fondateurs avec des comportements


surprenants qui semblaient en désaccord avec les connaissances de la physique classique
acquises aux cours des siècles.

Devant ces énormes difficultés de compréhension et d’interprétation, la tentation a été


grande de masquer derrière des principes et postulats (on dirait familièrement « de mettre sous
le tapis ») les éléments pour lesquels la physique classique ne pouvait pas fournir
d’explications.

Les physiciens qui ont procédé de la sorte ne doivent pas être blâmés : c’est une
manière quasi nécessaire de procéder pour progresser dans la connaissance scientifique
lorsqu’on se trouve à la limite de la connaissance. Les avancées qu’ils ont permises grâce à
cette volonté d’aller de l’avant sont impressionnantes et inestimables.

Là où leur attitude est plus discutable, c’est d’avoir volontairement figé le cadre
quantique dans les principes qu’ils ont posés, en fermant la porte à toute ouverture permettant
de progresser dans la compréhension de la physique à l’origine de ces principes. Une attitude
moins discutable aurait consisté à dire « Nous admettons provisoirement comme principe telle
manière de justifier théoriquement certains résultats quantiques, jusqu’à ce que les progrès de
la science nous en fournisse une explication plus satisfaisante »

Au lieu de cela, les physiciens qui défendaient la recherche d’une compréhension plus
réaliste des phénomènes se sont trouvés marginalisés, taxés d’immobilisme et d’un esprit
fermé et rétrograde.

Un siècle plus tard, l’immobilisme a clairement changé de camp. Les progrès de la


science sont inéluctables, et sur un exemple déjà cité, la découverte des gouttelettes
marcheuses montre que des phénomènes « inexplicables » (dixit FEYNMANN) comme
l’interférence par des fentes d’YOUNG est un phénomène qui est observé autant en physique
classique qu’en physique quantique. Pour autant, un grand nombre de physiciens sont encore
arqueboutés sur les postulats de BOHR et de l’école de Copenhague, et complètement fermés
à une évolution de la compréhension des phénomènes où la physique classique jouerait un
rôle prédominant.

EINSTEIN était un visionnaire :

« The Heisenberg-Bohr tranquilizing philosophy—or religion?—is so delicately contrived


that, for the time being, it provides a gentle pillow for the true believer from which he cannot
very easily be aroused.»

Traduction en français :

27
« La philosophie - ou religion - tranquillisante de Heisenberg-Bohr est si délicatement conçue
que, pour l'instant, elle fournit au vrai croyant un doux oreiller dont il ne peut être facilement
réveillé. »

Albert Einstein, lettre à Schrödinger du 31 mai 1928. Cité dans le livre d'Arthur Fine « The
Shaky Game », University of Chicago Press, 1988, p.18.

Sur un autre volet de la physique quantique, il n’est pas discutable que le modèle
standard construit sur l’invariance de la fonction d’onde par symétrie (voir ce document pour
plus de détails) est d’une grande rigueur scientifique, et qu’il est à ce jour le meilleur modèle
permettant d’expliquer la composition des particules. Or ce modèle est fondé sur l’utilisation
d’un formalisme différentiel totalement incompatible avec la notion de non localité défendue
par l’Ecole de Copenhague.

En juxtaposant les principes et les ajustant au mieux pour tenter de les rendre
cohérents, l’Ecole de Copenhague a construit une physique « incompréhensible » (dixit
FEYNMANN). Pour autant cela n’a pas empêché des progrès important dans plusieurs
domaines, comme par exemple l’électrodynamique quantique ou le modèle standard. Mais les
progrès dans ces domaines ont été réalisés sans utilisation des principes de BOHR.

On prête à FEYNMANN l’expression suivant à l’adresse de ses étudiants qui, selon


toute vraisemblance, posaient des questions auxquelles il ne savait pas répondre : « calcule et
tais-toi ». On ne saurait dire combien il s’agit d’une expression malheureuse. La véritable
vocation du physicien, tout l’effort de sa pensée et de son travail, doit être tourné vers une
meilleure compréhension des phénomènes qui construisent notre univers.

Il est apparent que le socle sur lequel repose la théorie défendue par l’Ecole de
Copenhague est incertain et sujet à caution. Il est bien plus satisfaisant pour l’esprit de se
donner un seul principe, celui de conservation de l’énergie. Sur la base de ce principe,
l’analyse et l’interprétation énergétique de solutions exactes à l’équation de DIRAC permet,
semble-t-il, de fournir des explications cohérentes à l’essentiel des « mystères » quantiques.
Les échanges d’énergie décrits par le Lagrangien de DIRAC sont à la base de théories aussi
puissantes que l’électrodynamique quantique, ou le modèle standard. Le chemin indiqué par
ces résultats semble infiniment plus sûr que les principes de l’Ecole de Copenhague.

28
Bibliographie
Dirac PAM. A new notation for quantum mechanics. Mathematical Proceedings of the Cambridge
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