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Cet article examine le diagnostic et l'étiopathogénie de la prostatite chronique bactérienne et du syndrome douloureux pelvien chronique (SDPC). La prostatite chronique bactérienne représente environ 5 à 10 % des cas, tandis que le SDPC est une douleur pelvienne non bactérienne persistante, souvent associée à des troubles urinaires et sexuels. Malgré leur prévalence et leur impact sur la qualité de vie, ces conditions restent mal comprises et posent des défis diagnostiques.

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Cet article examine le diagnostic et l'étiopathogénie de la prostatite chronique bactérienne et du syndrome douloureux pelvien chronique (SDPC). La prostatite chronique bactérienne représente environ 5 à 10 % des cas, tandis que le SDPC est une douleur pelvienne non bactérienne persistante, souvent associée à des troubles urinaires et sexuels. Malgré leur prévalence et leur impact sur la qualité de vie, ces conditions restent mal comprises et posent des défis diagnostiques.

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Progrès en urologie (2010) 20, 940—953

Approche symptomatique des douleurs


« prostatiques » chroniques et du syndrome
douloureux pelvien chronique
Symptomatic approach to chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome

D. Delavierre a,∗, J. Rigaud b, L. Sibert c, J.-J. Labat b

a
Service d’urologie-andrologie, CHR La Source, 14, avenue de l’Hôpital,
45067 Orléans cedex 2, France
b
Centre fédératif de pelvipérinéologie, clinique urologique, CHU de Nantes, 1, place
Alexis-Ricordeau, 44093 Nantes cedex 1, France
c
Service d’urologie, CHU de Rouen, EA4308, université de Rouen, 1, rue de Germont, 76031
Rouen cedex, France

Reçu le 5 septembre 2010 ; accepté le 6 septembre 2010


Disponible sur Internet le 14 octobre 2010

MOTS-CLÉS Résumé
Douleur pelvienne ; Objectif. — Faire le point sur le diagnostic et l’étiopathogénie de la prostatite chronique (PC)
Microbiologie ; bactérienne et du syndrome douloureux pelvien chronique (SDPC).
Prostatite ; Matériel et méthodes. — Ce travail est une revue de la littérature ayant utilisé la base de don-
Chronique ; nées bibliographiques Medline (National Library of Medicine). Les termes de recherche étaient
Syndrome douloureux soit les mots-clés issus du medical subject heading (MeSH) (microbiology, pelvic pain, prostati-
pelvien tis), soit des termes issus du titre ou du résumé. Les termes ont été utilisés seuls ou combinés
avec l’opérateur « ET ». La recherche a porté de 1990 à nos jours.
Résultats. — La PC bactérienne est une infection chronique ou récidivante de la prostate par des
agents bactériens. Elle constitue environ 5 à 10 % de l’ensemble des PC. Le SDPC est une douleur
pelvienne génito-urinaire sans bactéries évoluant depuis au moins trois mois, parfois associée à
des troubles mictionnels et sexuels. Bien que la prostate ne semble pas impliquée dans toutes
les douleurs pelvipérinéales chroniques de l’homme, le terme de PC reste le plus souvent accolé
à celui de SDPC (PC/SDPC). La PC/SDPC retentit sur la qualité de vie. Son étiopathogénie précise
reste méconnue mais l’infection et l’inflammation prostatiques pourraient être impliquées, non
pas comme causes directes, mais comme éléments initiateurs d’un phénomène neurologique
d’hypersensibilisation. L’évaluation d’une PC/SDPC comporte un interrogatoire complété par un
questionnaire National Institutes of Health - Chronic Prostatitis Symptom Index (NIH-CPSI), un
examen clinique, un ECBU et une débitmétrie mictionnelle couplée à une mesure du résidu post-
mictionnel. Les autres explorations sont optionnelles et ont pour objectif d’éliminer d’autres
∗ Auteur correspondant.
Adresses e-mail : [Link]@[Link], [Link]@[Link] (D. Delavierre).

1166-7087/$ — see front matter © 2010 Publié par Elsevier Masson SAS.
doi:10.1016/[Link].2010.09.018
Diagnostic douleur prostatique 941

diagnostics urologiques. L’épreuve microbiologique fractionnée de Meares et Stamey doit être


abandonnée au profit d’un test simplifié comportant une analyse d’urines avant et après mas-
sage prostatique. Toutefois les indications de ce test sont limitées aux patients suspects de PC
bactérienne ou présentant une bactériurie lors de l’ECBU.
Conclusion. — La PC bactérienne ne représente qu’environ 5 à 10 % de l’ensemble des PC. À la
terminologie habituelle de PC non bactérienne s’est substituée celle de SDPC ou PC/SDPC de
l’homme afin de sortir cette pathologie du cadre strict de la prostate. Malgré sa prévalence
et son retentissement sur la qualité de vie et la sexualité, la PC/SDPC reste mal connue et
continue de poser des problèmes diagnostiques.
© 2010 Publié par Elsevier Masson SAS.

KEYWORDS Summary
Microbiology; Objective. — To review the diagnosis and pathogenesis of chronic prostatitis (CP) and chronic
Pelvic pain; pelvic pain syndrome (CPPS).
Prostatitis Material and methods. — A review of the literature was performed by searching the Medline
database (National Library of Medicine). Search terms were either medical subject heading
(MeSH) keywords (microbiology, pelvic pain, prostatitis) or terms derived from the title or
abstract. Search terms were used alone or in combinations by using the ‘‘AND’’ operator. The
literature search was conducted from 1990 to the present time.
Results. — Chronic bacterial prostatitis is a chronic, recurrent bacterial infection of the pros-
tate, accounting for about 5 to 10% of all cases of chronic prostatitis (CP). CPPS is nonbacterial
genitourinary pelvic pain present for at least 3 months, sometimes associated with sexual and
voiding disorders. Although the prostate does not appear to be involved in all cases of chronic
pelvic pain in men, the term CP usually remains associated with CPPS (CP/CPPS). CP/CPPS has
a negative impact on quality of life. The precise pathogenesis of CP/CPPS has not been elu-
cidated, but prostatic infection and inflammation could be involved, not as direct causes, but
as initiating factors of a neurological hypersensitization phenomenon. Evaluation of CP/CPPS
comprises clinical interview completed by the National Institutes of Health - Chronic Prostatitis
Symptom Index questionnaire (NIH-CPSI), physical examination, urine culture and uroflowmetry
combined with determination of the post-voiding residual volume. The other investigations are
optional and are designed to exclude other urological diagnoses. The Meares-Stamey four-glass
test should be abandoned in favour of a simplified test comprising urine analysis before and
after prostatic massage. However, the indications for this test are limited to patients in whom
chronic bacterial prostatitis is suspected or with bacteriuria on urine culture.
Conclusion. — Chronic bacterial prostatitis represents only about 5 to 10% of all cases of CP.
The usual terminology of chronic non-bacterial prostatitis has been replaced by the term CPPS
or CP/CPPS in men, in order to situate this disease in a broader context not exclusively related
to the prostate. Despite its prevalence and its impact on quality of life and sexuality, CP/CPPS
remains poorly known and continues to raise diagnostic problems.
© 2010 Published by Elsevier Masson SAS.

Introduction Le Tableau 1 détaille la définition des différentes catégo-


ries de prostatites. Malgré cette nouvelle classification, le
Depuis les travaux de Drach et al. en 1978 [1], les prosta- terme de PC est resté le plus souvent accolé à celui de SDPC
tites étaient regroupées en prostatites aiguës, chroniques, (catégorie III) en conséquence dénommé prostatite chro-
bactériennes ou non, et prostatodynies. Cette classification nique/syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC).
reposait sur la clinique et l’épreuve microbiologique frac- Notre article, consacré aux douleurs pelviennes chroniques,
tionnée de Meares et Stamey décrite en 1968 [2,3] (Fig. 1). ne traitera ni de la prostatite aiguë (catégorie I) ni de la
En 1995, le National Institutes of Health (NIH) (États-Unis) prostatite inflammatoire asymptomatique (catégorie IV).
et un groupe de travail sur la prostatite chronique (PC) (The
Chronic Prostatitis Collaborative Research Network Study
Group [CPCRN]) ont proposé une nouvelle classification avec
pour objectifs de sortir cette pathologie du cadre strict de la Prostatite chronique bactérienne (ou
prostate et de la recentrer sur la notion de douleur pelvipé- catégorie II du NIH)
rinéale [4]. Cette classification distingue la prostatite aiguë
(catégorie I), la PC bactérienne (catégorie II), le syndrome Introduction
douloureux pelvien chronique (SDPC), inflammatoire (caté-
gorie IIIA) ou non (catégorie IIIB), et une nouvelle entité, La PC bactérienne est une infection chronique ou récidi-
la prostatite inflammatoire asymptomatique (catégorie IV). vante de la prostate par des agents bactériens (catégorie
942 D. Delavierre et al.

hématurie, une hémospermie, un écoulement urétral ou des


signes rectaux. La plupart des patients répondent aux trai-
tements antibiotiques et sont asymptomatiques entre les
épisodes infectieux mais certains conservent une gêne pel-
vipérinéale variable associée à des troubles mictionnels [7].

Microbiologie
De nombreux micro-organismes ont été suspectés d’être
responsables de PC bactériennes mais seuls les bacilles
Gram négatif et l’entérocoque faecalis sont des patho-
gènes prostatiques reconnus [9,11,12] (Tableau 2). Depuis
Figure 1. Test de Meares et Stamey ou test des quatre verres
quelques années, des études menées sur les traitements
[2,3]. antibiotiques de la PC bactérienne ont montré des taux
Préparation élevés de bactéries Gram positif [13]. L’implication de ces
Pas de prélèvement urétral avant le test, vessie pleine, absti- micro-organismes dans la PC bactérienne reste néanmoins
nence sexuelle de trois jours, désinfection du gland controversée. Krieger et al. ont étudié 470 hommes pré-
Technique de réalisation sentant des symptômes de PC dont 29 (6 %) présentaient
Recueil de quatre échantillons des bactéries Gram positif identifiées lors d’un test de
L’échantillon voided bladder 1 (VB1) est constitué des premiers Meares et Stamey (Fig. 1) [14]. En répétant ce test chez
10 mL de la miction et correspond à la flore urétrale ces 29 patients, ils ont montré que la présence des bacté-
L’échantillon voided bladder 2 (VB2), également constitué de
ries Gram positif n’était pas reproductible chez 27 d’entre
10 mL, est recueilli après une miction de 100 à 200 mL et corres-
pond aux urines « vésicales » (le patient interrompt sa miction pour
eux (94 %). La présence de ces bactéries pourrait en réalité
permettre un dernier recueil en fin de test) correspondre à une colonisation transitoire non pathogène.
L’échantillon expressed prostatic secretion (EPS) est constitué Malgré des études montrant des prévalences élevées de
des sécrétions prostatiques recueillies au méat urétral après mas- Chlamydia trachomatis et mycoplasmes génitaux [15,16],
sage prostatique au toucher rectal le rôle de ces micro-organismes n’est pas non plus élucidé
L’échantillon voided bladder 3 (VB3) est constitué de 10 mL car leur mise en évidence dans le sperme, les sécrétions
recueillis lors de la miction obtenue après le recueil d’EPS et cor- prostatiques ou les urines recueillies après massage pros-
respond aux sécrétions prostatiques non extériorisées tatique ne permet pas d’affirmer l’origine prostatique de
Interprétation l’infection en raison d’une possible contamination urétrale
Si VB2 a plus de 105 micro-organismes par millilitre, il s’agit d’une
[17]. Des infections fongiques, virales, parasitaires ou bac-
infection des urines vésicales nécessitant de refaire le test après
deux ou trois jours d’amoxicilline ou nitrofurantoïne (antibiothéra-
tériennes inhabituelles peuvent survenir chez des patients
pie sans pénétration prostatique) immunodéprimés [18].
Si VB1 a un nombre de micro-organismes supérieur à plus de dix
fois celui de VB3, il s’agit d’une urétrite Évaluation
Si EPS et VB3 ont un nombre de micro-organismes supérieur à
plus de dix fois celui de VB1, il s’agit d’une prostatite ECBU
La présence de dix à 15 leucocytes par champ dans EPS ou
VB3 traduit une inflammation prostatique L’ECBU n’est positif que dans 5 à 10 % des cas environ
[19,20].
II de la classification du NIH) [4]. Elle est souvent associée
à des antécédents d’infection récidivante de l’appareil uri- Épreuve microbiologique fractionnée
naire (présents chez 25 à 43 % des patients) [5], d’urétrite ou L’épreuve microbiologique de Meares et Stamey ou test
d’épididymite causées par le même agent bactérien [6—8]. des quatre verres (analyse fractionnée et comparative des
C’est la cause la plus fréquente d’infection récidivante de urines et des sécrétions prostatiques obtenues par mas-
l’appareil urinaire chez l’homme jeune ou d’âge moyen [6]. sage prostatique) a été décrite en 1968 [2,3] avec pour
La PC bactérienne est favorisée par des pathologies du bas objectif de localiser l’infection et notamment de rechercher
appareil urinaire (sténose de l’urètre, adénome de prostate, une inflammation (présence de leucocytes) ou une infection
maladie du col vésical) ou des gestes diagnostiques ou théra- (présence de bactéries uropathogènes) prostatique (Fig. 1).
peutiques sur ce bas appareil [9]. Le plus souvent, l’infection La Fig. 1 précise les modalités techniques du test et les cri-
est d’origine ascendante, facilitée par une prédisposition tères d’interprétation. Quatre échantillons sont obtenus :
anatomique au reflux dans les canaux prostatiques [10]. l’échantillon voided bladder 1 (VB1) correspond à la flore
urétrale, l’échantillon voided bladder 2 (VB2) correspond
Symptomatologie aux urines « vésicales », les échantillons expressed prosta-
tic secretion (EPS) et voided bladder 3 (VB3) correspondent
Le diagnostic de PC bactérienne est suspecté face à des aux sécrétions prostatiques. Cette épreuve est considérée
antécédents d’infections récidivantes de l’appareil urinaire comme le gold standard par les experts de la PC et pourtant
et/ou de réponse antérieure à des traitements antibiotiques plusieurs enquêtes de pratique professionnelle effectuées
[7]. Les épisodes infectieux se manifestent par des troubles dans le monde [21,22] ont montré que peu d’urologues
mictionnels irritatifs et/ou obstructifs et des douleurs pel- effectuaient ce test compliqué, difficile à interpréter et
vipérinéales sans signes généraux, parfois associés à une inadapté à leur pratique. Nickel a proposé un test micro-
Diagnostic douleur prostatique 943

Tableau 1 Définition et classification des prostatites [4].


Prostatite aiguë bactérienne (catégorie I) Infection aiguë de la prostate
Prostatite chronique bactérienne (catégorie II) Infection chronique ou récidivante de la prostate par des
agents bactériens
Syndrome douloureux pelvien chronique (catégorie III) Douleur pelvienne génito-urinaire sans bactéries évoluant
depuis au moins trois mois parfois associée à des troubles
mictionnels et sexuels, inflammatoire (IIIA) ou non (IIIB)
selon la présence ou non de leucocytes dans les sécrétions
prostatiques, les urines recueillies après massage
prostatique ou le sperme
Prostatite inflammatoire asymptomatique (catégorie IV) Inflammation histologique ou présence de leucocytes dans
les sécrétions prostatiques, les urines recueillies après
massage prostatique ou le sperme

biologique simplifié (pre- and post-massage test [PPMT]) chez 895 patients symptomatiques, Budía et al. ont montré
comportant une analyse des urines avant puis après massage que la spermoculture était plus sensible que EPS et VB3 pour
prostatique ou test des deux verres [23,24]. Schneider et al. le diagnostic de PC bactérienne [29]. Lacquaniti et al. ont
ont effectué le test de Meares et Stamey chez 168 hommes trouvé 36 spermocultures positives chez 40 patients dont le
symptomatiques (cohorte de Giessen, Allemagne) et ont test de Meares et Stamey était positif (90 %) et ont précisé
diagnostiqué une PC bactérienne chez 4,2 % d’entre eux que les patients avaient mieux toléré et accepté la sper-
[25]. Bartoletti et le groupe italien d’étude sur la prostatite moculture [19]. Les différences relevées dans ces études
l’ont effectué chez 764 hommes symptomatiques comparés s’expliquent certainement par l’absence de standardisa-
à 152 sujets témoins et l’ont trouvé positif chez 13,3 % tion des techniques microbiologiques et de normes validées.
d’entre eux contre 2,6 % dans le groupe témoin [26]. Ces Compte tenu de ces données, la seule indication reconnue
données confirment que la PC bactérienne ne constitue envi- de la spermoculture reste le bilan d’une infertilité [30].
ron que 5 à 10 % de l’ensemble des prostatites et des SDPC
[27]. Autres investigations
La débitmétrie mictionnelle couplée à l’évaluation du résidu
Spermoculture vésical post-mictionnel est recommandée afin d’éliminer
L’intérêt de la spermoculture pour le diagnostic de PC un syndrome obstructif sur le bas appareil urinaire [6].
bactérienne est controversé. Au cours d’une étude menée L’échographie endorectale ne permet pas de distinguer
chez 40 patients présentant une PC bactérienne à Esche- les différentes catégories de PC/SDPC [31] mais élimine
richia Coli, Weidner et al. ont montré que seulement 21 un abcès prostatique [30]. En l’absence de réponse thé-
(52,5 %) présentaient une bactériospermie (> 103 /mL) [28]. rapeutique au traitement antibiotique adapté, d’autres
Zegarra Montes et al. chez 70 patients présentant une PC investigations sont indiquées (détaillées au chapitre de la
bactérienne ont trouvé 67 tests de Meares et Stamey posi- PC/SDPC) [7].
tifs (95,7 %) mais seulement 31 spermocultures positives
(44,3 %) [20]. En revanche, au cours d’une étude menée
Prostatite chronique/syndrome
douloureux pelvien chronique (ou
Tableau 2 Micro-organismes impliqués dans les prosta- catégorie III du NIH)
tites chroniques bactériennes [9,11,12].
Introduction
Pathogènes prostatiques reconnus
Bacilles Gram négatif (Escherichia coli, La PC/SDPC est une douleur pelvienne génito-urinaire sans
Klebsiella, Proteus mirabilis, autres bactéries évoluant depuis au moins trois mois, parfois asso-
entérobactéries, Pseudomonas aeruginosa) ciée à des troubles mictionnels et sexuels, inflammatoire
Entérocoque faecalis (IIIA) ou non (IIIB) selon la présence ou non de leucocytes
Pathogènes prostatiques suspectés dans EPS, VB3 ou le sperme [4].
Staphylocoque aureus Depuis l’avènement de la classification du NIH et de cette
Staphylocoque coagulase-négative nouvelle définition, la PC/SDPC a fait l’objet de nombreux
Chlamydia trachomatis travaux de recherche dans les domaines de l’épidémiologie,
Ureaplasma urealyticum de l’étiopathogénie, de l’évaluation et des traitements.
Mycoplasma hominis Des enquêtes épidémiologiques effectuées en Amérique du
Anaérobies Nord, en Europe et en Asie ont montré des prévalences de
Levures (Candida) PC/SDPC non négligeables dans la population masculine et
Trichomonas vaginalis ont également souligné l’impact de cette pathologie sur la
Corynebactéries qualité de vie, la fonction sexuelle et la santé mentale. Un
944 D. Delavierre et al.

article spécifique de ce numéro spécial de la revue traite rieur ou égal à 4 (NIH-Chronic Prostatitis Symptom Index,
de l’épidémiologie descriptive et analytique de la PC/SDPC questionnaire décrit au chapitre de l’évaluation) [37]. Les
[32]. antécédents d’infections de l’appareil urinaire (surtout > 3)
Un travail très contributif a été effectué par le CPCRN sur étaient bien corrélés à ces symptômes.
une cohorte de 488 hommes âgés en moyenne de 42,8 ans L’origine infectieuse de la PC/SDPC reste néanmoins
(NIH Chronic Prostatitis Cohort [CPC] Study) [33]. Ce tra- discutée car des patients asymptomatiques ont des micro-
vail a fait l’objet de nombreuses publications au cours des organismes et des marqueurs de l’inflammation dans les
années 2000. Les patients de cette cohorte avaient eu une sécrétions prostatiques [38]. Deux enquêtes issues de
douleur ou une gêne pelvienne pendant trois mois dans les l’analyse de la cohorte du NIH (CPC study) ont cherché
six mois précédents à l’exclusion de divers antécédents uro- à préciser l’origine infectieuse ou inflammatoire de cette
génitaux (notamment cancers ou interventions). Certains pathologie. Schaeffer et al. ont étudié 488 patients pré-
évènements survenus dans les trois mois précédents (bac- sentant un SDPC (catégorie III) [39]. La prévalence de
tériurie significative, infection sexuellement transmissible, la sous-catégorie IIIA (inflammatoire) variait de 54 à 90 %
épididymite ou antibiothérapie) nécessitaient le report de (c’est-à-dire quasiment du simple au double !) selon les cri-
l’inclusion dans l’étude. Ces 488 patients étaient considérés tères microbiologiques retenus. Huit pour cent avaient au
comme porteurs d’une PC/SDPC (catégorie III) mais chez 8 % moins un germe dans le sperme, EPS ou VB3. Enfin il n’y
d’entre eux des micro-organismes ont été mis en évidence avait pas de corrélation entre les comptes de leucocytes
lors du test de Meares et Stamey ou la spermoculture. Ces et de germes et la sévérité des symptômes évalués par le
8 % répondaient en conséquence plus à la définition d’une NIH-CPSI.
PC bactérienne. Cette constatation n’est pas surprenante Nickel et al. ont comparé 463 patients à 121 sujets
compte tenu des critères d’inclusion dans l’étude mais pose témoins [38]. Ils ont dénombré statistiquement plus de
la question de la classification des patients symptomatiques leucocytes dans les sécrétions prostatiques ou les urines
sans antécédents d’infection de l’appareil urinaire ni bac- recueillies après massage prostatique dans le groupe
tériurie mais qui présentent des micro-organismes dans les PC/SDPC que dans le groupe témoin mais la prévalence de la
prélèvements prostatiques [8]. présence de leucocytes dans le groupe témoin était élevée
et il n’y avait pas de différence dans le sperme entre les
Étiopathogénie deux groupes. Par ailleurs, en ce qui concerne les bactéries
uropathogènes, il n’y avait pas de différence significative
L’étiopathogénie de la PC/SDPC est actuellement inconnue dans le sperme, EPS et VB3 entre le groupe PC/SDPC (8 %) et
mais fait l’objet de nombreuses théories, les principales le groupe témoin (8,3 %).
questions étant de savoir si la prostate est toujours impli- Le rôle du C. trachomatis et des mycoplasmes génitaux
quée et si une inflammation prostatique pourrait être a été suspecté dans l’étiopathogénie de la PC/SDPC. Toute-
responsable des symptômes [34]. fois, malgré des études montrant des prévalences élevées
de ces micro-organismes dans le sperme lors de PC/SDPC
[16,40—42], l’intérêt de la spermoculture et l’implication du
Théorie infectieuse C. trachomatis et des mycoplasmes génitaux dans les symp-
Cette théorie repose sur l’idée que des agents uropatho- tômes restent discutés. En effet des recherches effectuées
gènes seraient encore inconnus ou impossibles à détecter dans le bilan d’une infertilité ont également montré des
par les explorations microbiologiques actuelles (théorie de prévalences élevées alors que les hommes étaient asymp-
l’infection occulte). Shoskes et Shahed ont cherché de l’ADN tomatiques [43] et leur présence dans le sperme (comme
bactérien par amplification génique (polymerase chain reac- dans EPS ou VB3) ne permet pas d’affirmer l’origine prosta-
tion [PCR]) chez 47 patients, 33 de catégorie IIIA et 14 de tique de l’infection en raison d’une possible contamination
catégorie IIIB [35]. Cet ADN a été mis en évidence chez 70 % urétrale [17].
des patients de catégorie IIIA (alors que la culture bacté-
rienne n’était positive que dans 51 % des cas) et 14 % des
patients de catégorie IIIB. La présence d’ADN était prédic- Théorie inflammatoire
tive de l’efficacité de l’antibiothérapie. Le rôle de l’inflammation prostatique dans la PC/SDPC est
Selon une autre hypothèse, l’infection agirait comme un discuté. Les travaux détaillés dans le chapitre précédent ont
évènement initiateur en provoquant des lésions tissulaires et montré que des patients asymptomatiques présentaient des
une inflammation. Cette hypothèse rejoint la théorie neu- leucocytes dans les VB3, EPS et le sperme et que le score
rologique d’hypersensibilisation décrite dans un autre cha- du NIH-CPSI n’était pas corrélé à la présence de leucocytes
pitre. Des travaux ont effectivement montré une prévalence dans VB3, EPS et le sperme. Dans la « prostatite » de catégo-
élevée d’antécédents infectieux lors de PC/SDPC. Pontari et rie IIIB, il n’y a pas d’inflammation mais des symptômes alors
al. et le CPCRN ont comparé 463 patients de la cohorte du que dans la « prostatite » de catégorie IV, il y a une inflam-
NIH (CPC study) à 121 sujets témoins [36]. Les patients pré- mation sans symptômes. L’intérêt d’effectuer la distinction
sentaient significativement plus d’antécédents d’urétrites entre PC/SDPC inflammatoire (IIIA) ou non (IIIB) semble dis-
sexuellement transmissibles non spécifiques (12,4 % contre cutable en pratique aussi bien sur le plan diagnostique que
4,2) et d’infections de l’appareil urinaire (28,9 % contre thérapeutique [30,44,45]. De nombreux travaux ont cherché
5,8 %). Daniels et al. ont étudié 2301 hommes de 30 à 79 ans d’autres marqueurs de l’inflammation que les leucocytes
dont 6,3 % présentaient des symptômes de PC/SDPC défi- dans VB3, EPS ou le sperme (facteur de croissance nerveuse
nis par des douleurs périnéales et/ou à l’éjaculation avec NGF, cytokines, radicaux libres) sans application pratique
un sous-score douleur lors du questionnaire NIH-CPSI supé- pour le moment. Pontari dans ses revues de littérature et
Diagnostic douleur prostatique 945

publications sur la physiopathologie de la PC/SDPC détaille ont confirmé ces données [62] mais les constatations sont
divers mécanismes pouvant conduire à une inflammation différentes dans l’étude contrôlée de Yilmaz et al. [63]. En
prostatique : un déséquilibre entre les cytokines pro- et raison de ces données discordantes de la littérature, le test
anti-inflammatoires, des processus auto-immuns, une insen- au KCL et l’hydrodistension n’apportent pas d’arguments
sibilité aux androgènes d’origine génétique [34,46,47]. à l’assimilation de la PC/SDPC à la CI/SDV et ne sont pas
recommandés dans le bilan d’une PC/SDPC [44].
Théorie de l’hypersensibilisation
L’hypersensibilisation est responsable d’une allodynie (dou- Théorie psychologique
leur provoquée par une stimulation normalement non Le stress psychologique est fréquent lors de PC/SDPC [64]
douloureuse) et d’une hyperalgésie (réponse anormale- et pourrait être impliqué dans la survenue des symptômes
ment intense à une stimulation douloureuse). Cette théorie ou leur perception [46]. Selon Tripp et al. et le CPCRN lors
d’hypersensibilisation repose sur les travaux expérimen- d’une étude sur la cohorte du NIH (CPC study), le score
taux de Yang et al. et Turini et al. comparant des correspondant aux symptômes dépressifs du questionnaire
patients présentant une PC/SDPC et des sujets témoins SF12 était prédictif de l’intensité de la douleur [65]. Selon
[48,49]. Ce mécanisme physiopathologique est commun à Ullrich et al. lors d’une étude chez 224 patients présentant
d’autres syndromes douloureux chroniques notamment au une PC/SDPC, un stress plus important ressenti dans les six
syndrome douloureux régional complexe et à la fibromyalgie mois suivant le diagnostic était significativement associé à
[48,50]. Un élément nociceptif initial, déclencheur (infec- une intensité de la douleur et à un handicap lié à cette
tieux, inflammatoire, opératoire, traumatique) entraîne une douleur plus importante au 12e mois [66].
réaction locale avec sécrétion de substances algogènes (bra-
dykinine, sérotonine, histamine, substance P, monoxyde Théorie neuromusculaire
d’azote, NGF, prostaglandines). Celles-ci activent les ter-
Un syndrome myofascial douloureux avec spasme musculaire
minaisons des fibres nerveuses afférentes et favorisent
pelvien pourrait être à l’origine des symptômes de
l’inflammation neurogène et l’activation mastocytaire. Le
PC/SDPC [67,68]. Ce syndrome pourrait témoigner d’une
bombardement d’influx afférents modifie, réorganise, les
hypersensibilisation musculaire rejoignant ainsi la théorie
cornes postérieures de la moelle (phénomène de neuro-
décrite précédemment [51,69]. La présence d’un spasme
plasticité). L’excitation des neurones convergents entraîne
musculaire est toutefois d’interprétation difficile dans un
ensuite une transmission exagérée des messages doulou-
contexte douloureux car un spasme et une hyperactivité
reux aux structures centrales sus-jacentes avec des seuils
musculaire peuvent être secondaires à la douleur ou à une
de réponse abaissés. Ces mécanismes expliquent l’allodynie,
inflammation ou infection locale [68].
l’hyperalgésie et la diffusion des zones douloureuses aux
régions et organes proches [51—53].
Théorie génétique
Théorie de la cystite interstitielle/syndrome Des prédispositions génétiques (notamment des polymor-
douloureux vésical de l’homme phismes dans les régions promotrices de plusieurs cytokines)
pourraient constituer des facteurs de risque de PC/SDPC
La cystite interstitielle/syndrome douloureux vésical
[34,46,47,70].
(CI/SDV) et la PC/SDPC partagent des similitudes notam-
ment en ce qui concerne la symptomatologie et les
hypothèses étiopathogéniques [54—57]. Selon Pontari,
Théorie des douleurs projetées
CI/SVD et PC/SDPC ne seraient pas des syndromes spé- Des travaux expérimentaux effectués chez le rat sou-
cifiques d’organe mais des manifestations urogénitales tiennent l’hypothèse de douleurs pelvipérinéales de type
de pathologies régionales ou systémiques [57]. Lors d’une référées d’origine prostatique par des mécanismes neuro-
cystoscopie avec hydrodistension, Berger et al. ont retrouvé logiques [71,72].
des pétéchies modérées ou sévères chez 58 % de patients
présentant une douleur d’origine prostatique sans bac- Autres théories étiopathogéniques
tériurie et suggèrent une association entre ce type de D’autres hypothèses ont été proposées pour expliquer la
douleur et la CI [58]. Toutefois Cole et al. n’ont pas PC/SDPC :
trouvé de différence significative en ce qui concerne la • une élévation (sympatho-médiée) de la pression urétrale
présence de glomérulations et le bénéfice thérapeutique prostatique lors de la miction [73] ;
après hydrodistension entre trois groupes symptomatiques • une élévation de la pression tissulaire intra-prostatique
(douleur au remplissage vésical calmée par la miction, [74] ;
douleur pelvienne sans lien avec le remplissage vésical ou • un reflux urinaire intraprostatique [10].
la miction, pollakiurie et urgenturie sans douleur) [59].
Parsons assimile la PC, la CI, la douleur pelvienne chronique
La prostatite chronique/syndrome douloureux
et le syndrome urétral en leur attribuant un mécanisme phy-
siopathologique commun, en l’occurrence une dysfonction
pelvien chronique : un syndrome certainement
de l’épithélium du bas appareil urinaire avec altération de multifactoriel
la perméabilité urothéliale [60]. Dans une étude contrôlée Pontari et Shoskes ont souligné l’intrication entre divers
Parsons et al. ont relevé des tests au chlorure de potassium facteurs et proposé des schémas étiopathogéniques
(KCL) plus souvent positifs chez les patients présentant une témoignant de cette intrication [53,75] (Fig. 2 et 3).
PC/SDPC que chez les sujets témoins [61]. Hassan et al. L’hypersensibilisation neurologique illustre le carac-
946 D. Delavierre et al.

Figure 2. Mécanismes étiopathogéniques de la prostatite chronique/syndrome douloureux pelvien chronique selon Pontari [47].

Figure 3. Mécanismes étiopathogéniques de la prostatite chronique/syndrome douloureux pelvien chronique selon Shoskes [75].

tère multifactoriel de la PC/SDPC. Selon cette théorie, logiques du National Institute of Diabetes and Digestive and
l’infection et l’inflammation pourraient être impliquées Kidney Diseases (NIDDK) a montré des associations entre les
dans la pathogénie de la PC/SDPC non pas comme causes syndromes douloureux chroniques inexpliqués pelviens uro-
directes mais comme éléments initiateurs de ce phénomène logiques (PC/SDPC, CI/SDV et vulvodynie) et non urologiques
d’hypersensibilisation [53]. (fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, syndrome
de l’articulation temporo-mandibulaire et syndrome de
l’intestin irritable) [76]. L’association la plus significa-
Association de la prostatite chronique/syndrome tive concerne les syndromes urologiques et le syndrome
douloureux pelvien chronique à d’autres de l’intestin irritable. Plusieurs hypothèses physiopatho-
syndromes logiques communes pourraient expliquer ces associations
[51,76] :
La PC/SDPC est souvent associée à d’autres pathologies ou
• des processus physiologiques (neuro-endocriniens, immu-
syndromes fonctionnels [76,77] ce qui accrédite la notion
nologiques ou hypersensibilisation) ;
d’approche globale de ces pathologies. Une revue de lit-
• une victimisation, des antécédents d’abus sexuels ou phy-
térature exhaustive effectuée par Rodríguez et al. et le
siques, de traumas ;
groupe de travail sur les douleurs pelviennes chroniques uro-
Diagnostic douleur prostatique 947

Interrogatoire [7,30,34,44,78,79]
Tableau 3 Évaluation d’une prostatite chro-
nique/syndrome douloureux pelvien chronique L’interrogatoire s’intéresse aux antécédents du patient, à
(catégorie III). sa symptomatologie et au retentissement sur la qualité
de vie. Les antécédents les plus importants à rechercher
Évaluation obligatoire
sont les facteurs démographiques, le mode de vie, les loi-
Interrogatoire
sirs, les maladies connues, les interventions urogénitales,
Examen clinique
les infections (sexuellement transmissibles, de l’appareil
ECBU
urinaire et génital). Les traitements sont précisés. Le symp-
Évaluation recommandée tôme prédominant est la douleur. L’interrogatoire précise
Questionnaire NIH-CPSI son mode d’installation (souvent brutal), son ancienneté
Débitmétrie mictionnelle couplée à la mesure du (la définition impose une évolution depuis au moins trois
résidu vésical post-mictionnel mois), son intensité (parfois sévère), son siège (souvent péri-
Évaluation optionnelle néal ou génital mais également hypogastrique, anorectal ou
Épreuve microbiologique fractionnée rachidien lombaire) et son évolution (souvent variable avec
Spermoculture des périodes de rémission ou d’acutisation). Les troubles
Prélèvement urétral mictionnels associent pollakiurie et urgenturie. La dysurie
PSA est plus rare. Les dysfonctions sexuelles comprennent les
Cytologie urinaire douleurs à l’éjaculation, l’éjaculation prématurée, la dys-
Imagerie fonction érectile et l’altération du désir. Les douleurs à
Cystoscopie l’éjaculation seraient spécifiques de la PC/SDPC et prédic-
Bilan urodynamique complet tives d’une évolution plus sévère [80,81]. Shoskes et al. et
le CPCRN dans l’étude de la cohorte du NIH (CPC study) ont
montré que des douleurs à l’éjaculation persistantes étaient
• une détresse psychologique, des troubles psychiatriques, corrélées à une altération plus importante du score total du
une résistance au stress ou un stress en voie de rétablis- NIH-CPSI et des scores des domaines « douleur » et « qualité
sement. de vie » de ce questionnaire [81]. Les patients présentant ces
douleurs étaient moins susceptibles d’amélioration avec le
Évaluation temps. Les signes généraux ne sont ni fréquents ni prédo-
minants et peuvent associer asthénie sévère et chronique,
L’évaluation d’une PC/SDPC est surtout clinique car peu arthralgies, myalgies, céphalées, somnolence et adénopa-
d’examens ont un intérêt diagnostique, leur objectif étant thies douloureuses [82].
surtout d’éliminer un certain nombre de pathologies urolo- Shoskes et al. ont récemment proposé un système de phé-
giques (Tableaux 3 et 4). notype clinique en six domaines afin de classifier les patients
porteurs d’une PC/SDPC [83]. Ces six domaines sont regrou-
pés sous le terme UPOINT : U pour les symptômes urinaires,
P pour les dysfonctions psychosociales, O pour les anoma-
Tableau 4 Diagnostic différentiel de la prostatite chro- lies spécifiques d’organe, I pour les infections, N pour les
nique/syndrome douloureux pelvien chronique. maladies neurologiques ou systémiques et T pour la ten-
sion douloureuse des muscles squelettiques. Le Tableau 5
Pathologies prostatiques détaille les différents domaines de cette classification et
Prostatite granulomateuse les critères d’inclusion pour chacun d’eux. Quatre-vingt-dix
Kystes prostatiques patients porteurs d’une PC/SDPC (âge moyen 44,3 ans) ont
Adénome de prostate été classifiés selon ce système. Les proportions de patients
Cancer de prostate positifs pour chaque domaine étaient respectivement de
Pathologies de l’urètre 52 % pour U, 34 % pour P, 61 % pour O, 16 % pour I, 37 % pour
Sténose de l’urètre N et 53 % pour T. Vingt-deux pour cent étaient positifs pour
Diverticule de l’urètre un seul domaine, 33 % pour deux, 22 % pour trois, 14 % pour
Pathologies vésicales quatre et 8 % pour cinq ou six. L’ancienneté des symptômes
Lithiase vésicale supérieure à deux ans et leur sévérité évaluée par le score
Hyperactivité vésicale total du NIH-CPSI étaient directement corrélées au nombre
Cystite radique de domaines positifs. Les domaines P et N influençaient la
Cancer de vessie qualité de vie de façon significative.
Cystite interstitielle/syndrôme de vessie douloureuse Des questionnaires complètent l’interrogatoire. En 1999,
Autres diagnostics urogénitaux Litwin et al. et le CPCRN ont proposé l’index sympto-
Infection de l’appareil urinaire matique de la PC NIH-Chronic Prostatitis Symptom Index
Fistules urinaires (NIH-CPSI). Il utilise neuf questions, quatre sur la douleur,
Varicocèle deux sur les troubles mictionnels et trois sur la qualité de
Obstruction séminale vie [80,84]. Ce questionnaire, traduit et validé dans diverses
Lithiase urétérale langues notamment en français canadien [85], est recom-
Diabète mandé dans l’évaluation de la PC/SDPC [7,30,34,44,78,79].
Compression du nerf pudendal Toutefois Roberts et al. estiment qu’il est surtout utile
948 D. Delavierre et al.

Tableau 5 Domaines de la classification UPOINT et critères d’inclusion [83].


U Symptômes urinaires
Sous-score urinaire du questionnaire NIH-CPSI > 4 (sur 10 maximum)
Pollakiurie, urgenturie ou nycturie gênantes
Résidu vésical post-mictionnel > 100 mL
P Dysfonctions psychosociales
Dépression
Dramatisation (impuissance, désespoir)
O Anomalies spécifiques d’organe
Sensibilité prostatique
Leucocytes dans les sécrétions prostatiques
Hémospermie
Calcification prostatique étendue
I Infections
Exclusion des prostatites aiguës et chroniques bactériennes (catégories I et II)
Bacilles Gram négatif ou entérocoques dans les sécrétions prostatiques
N Maladies neurologiques ou systémiques
Douleur en dehors de l’abdomen et du pelvis
Syndrome de l’intestin irritable
Fibromyalgie
Syndrome de fatigue chronique
T Tension douloureuse des muscles squelettiques
Spasme musculaire palpable ou points gâchettes au niveau de l’abdomen ou du plancher pelvien

pour évaluer la sévérité des symptômes et non la présence [67]. Ainsi chaque douleur localisée à un site a été repro-
ou non d’une prostatite [86]. Ce questionnaire est égale- duite par la palpation d’au moins deux points gâchettes et
ment intéressant pour évaluer l’évolution des symptômes dans plus de 50 % des fois pour cinq sites sur sept.
au cours du temps notamment sous traitement. Une baisse
de six points du score total serait prédictive d’une réponse Examens de laboratoire
thérapeutique [87]. En 2009 un groupe de travail nord- ECBU [7,30,34,44,78,79]
américain sur la douleur pelvienne urologique a développé L’ECBU est le plus souvent stérile. La présence d’une héma-
un nouveau questionnaire, l’index de douleur urogénitale turie ou d’une bactériurie oriente vers d’autres diagnostics.
(GenitoUrinary Pain Index [GUPI]) en modifiant le NIH-CPSI
[88]. Ce questionnaire, validé, fiable et sensible, est destiné Épreuve microbiologique fractionnée
à l’évaluation des douleurs urogénitales et distingue chez L’objectif de cette épreuve est d’éliminer la présence de
l’homme la PC ou la CI d’autres situations (dysurie, polla- micro-organismes en faveur d’une PC bactérienne et de
kiurie, cystite chronique) ou de l’absence de pathologies. rechercher des leucocytes témoignant d’une inflammation
prostatique afin de distinguer les sous-catégories A (inflam-
matoire) et B (non inflammatoire) de la PC/SDPC. Cette
Examen clinique [7,30,34,44,78,79] épreuve n’a jamais été validée dans le bilan d’une PC/SDPC
L’examen est dirigé vers la verge, le scrotum et son contenu, [44]. Le travail de Nickel et al. et du CPCRN sur la cohorte
le périnée, la prostate, les régions péri-anale et inguinale. du NIH (CPC study) a montré que le test simplifié des deux
Le toucher rectal évalue la prostate (volume, consistance, verres était bien corrélé au test de Meares et Stamey et
symétrie, sensibilité). Le plus souvent la prostate est nor- constituait une alternative raisonnable quand les sécrétions
male. La présence de nodules durs nécessite des biopsies de prostatiques ne pouvaient être obtenues ou analysées [24].
prostate pour éliminer un cancer. Le toucher rectal élimine Ludwig et al. ont également montré que la présence de leu-
une compression du nerf pudendal caractérisée par une dou- cocytes dans les urines recueillies après massage prostatique
leur exquise au niveau de la région de l’épine ischiatique (VB3) était prédictive de la présence de leucocytes dans les
[89]. L’examen recherche également des points gâchettes sécrétions prostatiques (EPS) avec une forte sensibilité et
myofasciaux douloureux [67,68] et des anomalies muscu- une forte spécificité [90].
losquelettiques. Shoskes et al. et le CPCRN ont examiné Toutefois l’intérêt d’effectuer la distinction entre
384 patients de la cohorte du NIH (CPC study) et 121 sujets PC/SDPC inflammatoire (IIIA) ou non (IIIB) semble dis-
témoins [68]. Cinquante et un pour cent des patients pré- cutable en pratique aussi bien sur le plan diagnostique
sentaient au moins un site de tension douloureuse contre que thérapeutique [30,44,45]. De même les deux études,
7 % des sujets témoins. Les localisations les plus fréquentes détaillées précédemment, menées sur la cohorte du NIH
de tension douloureuse étaient la prostate, puis le plancher (CPC study) par le CPCNR n’encouragent guère à proposer
pelvien externe et interne et la région sus-pubienne. Ander- le test des deux ou quatre verres de façon systéma-
son et al. ont souligné les liens entre dix points gâchettes tique [38,39]. Nickel suggère de le réserver aux patients
myofasciaux abdominaux ou pelvipérinéaux douloureux à suspects de PC bactérienne (antécédents d’infections réci-
l’examen et sept sites douloureux rapportés par les patients divantes de l’appareil urinaire et/ou de réponse à des
Diagnostic douleur prostatique 949

traitements antibiotiques) ou de bactériurie lors de l’ECBU L’échographie endorectale est d’un intérêt discutable.
[7]. Elle ne permet pas de distinguer les différentes catégories
de PC/SDPC [31] et le lien entre la présence de lithiases
Spermoculture
prostatiques ou d’autres anomalies et la PC/SDPC reste
L’objectif de la spermoculture est identique à l’épreuve
incertain même si le travail de Geramoutsos et al. a mon-
microbiologique fractionnée : éliminer la présence de micro-
tré une corrélation entre la découverte échographique de
organismes et rechercher des leucocytes. Cette recherche
lithiases prostatiques assez volumineuses (à la différence
de leucocytes dans le sperme est intégrée à la définition de
des microlithiases) et la présence de symptômes et d’une
la PC/SDPC du NIH et des études ont montré qu’elle per-
PC/SDPC [96] chez l’adulte jeune. De même Shoskes et al.
mettait d’augmenter la proportion des patients avec une
ont montré chez 130 patients présentant une PC/SDPC que
PC/SDPC de type IIIA, c’est-à-dire inflammatoire, compa-
les calcifications prostatiques étaient fréquentes et corré-
rée à une simple recherche dans EPS et VB3 [30,91,92]. En
lées à l’ancienneté des symptômes, à une inflammation plus
revanche, le travail de Nickel et al. sur la cohorte du NIH
importante et à une colonisation bactérienne de la prostate
(CPC study) cité précédemment n’a pas montré de diffé-
[97]. Un plancher pelvien spastique serait plus fréquent chez
rence significative de prévalence de la leucospermie entre
les patients sans calcifications. L’échographie endorectale
les patients PC/SDPC et les sujets témoins [38]. La sper-
pourrait être réservée aux patients présentant des douleurs
moculture reste donc discutée dans le bilan d’une PC/SDPC
à l’éjaculation. En effet ces douleurs pourraient être liées
d’autant que la distinction entre PC/SDPC inflammatoire
à une obstruction d’un canal éjaculateur responsable d’une
(IIIA) ou non (IIIB) est de peu d’intérêt. En conséquence la
augmentation de volume d’une vésicule séminale [79].
spermoculture n’est pas recommandée dans le bilan d’une
PC/SDPC mais elle reste indiquée dans le bilan d’infertilité
[7,44,79]. Cystoscopie
Elle est indiquée face à une hématurie, des symptômes
Prélèvement urétral
mictionnels prédominants, des anomalies de la cytologie
Le prélèvement urétral par écouvillonnage et la recherche
urinaire et une débitmétrie anormale [7]. Elle élimine un
du C. trachomatis par amplification génique (PCR) sur le
adénome de prostate, une tumeur de vessie et une sténose
premier jet urinaire sont indiqués face à des antécé-
de l’urètre.
dents d’infection sexuellement transmissible, des douleurs
péniennes ou urétrales, un écoulement urétral ou une acti-
vité sexuelle non protégée [7,34,44]. Histoire naturelle
PSA (antigène prostatique spécifique) Propert et al. et le CPCRN ont évalué 293 patients de la
Nadler et al. et le CPCRN ont comparé 421 patients de la cohorte du NIH (CPC study) avec un suivi de deux ans
cohorte du NIH (CPC study) à 112 sujets témoins afin de [98]. Quarante-six pour cent avaient amélioré d’au moins
préciser si le PSA total ou libre pouvait être utilisé comme six points le score total du NIH-CPSI et 44 % s’estimaient
marqueur diagnostique de PC/SDPC [93]. Le PSA était signi- modérément ou nettement améliorés. Aucun critère démo-
ficativement plus élevé chez les patients présentant une graphique ou clinique n’était prédictif d’une amélioration.
PC/SDPC mais légèrement et les sensibilité et spécificité Turner et al. ont évalué 286 patients présentant une
étaient trop faibles pour recommander le PSA comme mar- PC/SDPC pendant un an avec le NIH-CPSI [99]. Ils ont noté
queur de PC/SDPC. Un patient présentant une PC/SDPC et une amélioration substantielle dans les trois premiers mois,
une élévation du PSA doit être pris en charge comme tout plus modeste dans les trois mois suivants. Les patients avec
patient avec un PSA élevé dans le cadre du dépistage du des symptômes plus sévères et chez qui il s’agissait, lors
cancer de prostate [7,93]. de l’inclusion, du premier épisode de PC/SDPC étaient les
plus susceptibles d’amélioration. Nickel et al. ont évalué
Cytologie urinaire 40 patients un an après le diagnostic de symptômes évoquant
Elle n’est pas systématique mais indiquée lors de troubles une PC (douleur ou gêne périnéale ou lors de l’éjaculation)
mictionnels irritatifs ou d’hématurie pouvant faire suspecter [100]. Les symptômes avaient disparu chez 38 % des patients.
une tumeur de vessie [34,44,94]. Des symptômes moins sévères et plus récents étaient pré-
dictifs de cette amélioration.
Bilan urodynamique
Seule la débitmétrie suivie d’une évaluation du résidu
Retentissement sur la qualité de vie
vésical post-mictionnel est recommandée [7,30,34,44]. Le
La PC/SDPC retentit sur la qualité de vie des patients
bilan urodynamique complet peut mettre en évidence un
[65,101—105]. Le NIH/CPSI intègre ce retentissement et
syndrome obstructif sur le bas appareil urinaire ou une dys-
comporte un domaine « impact et qualité de vie » regrou-
synergie vésicosphinctérienne [95] mais il est plus compliqué
pant trois questions [80]. Les scores de ce domaine sont
à réaliser et plus invasif. Il pourrait être réservé aux patients
altérés lors de PC/SDPC. Selon Ku et al. et Tripp et al. et
dont les troubles mictionnels résistent aux traitements [34].
le CPCRN, les scores des domaines « miction » et « douleur »
influent sur le score « impact et qualité de vie » mais le
Imagerie [7,44] facteur le plus prédictif d’une altération de la qualité de vie
L’échographie, le scanner et l’IRM abdominopelviens ne per- serait l’intensité de la douleur [65,101]. Selon Walz et al.,
mettent pas de confirmer le diagnostic de PC/SDPC mais le facteur le plus péjoratif serait la pollakiurie. Des études
éliminent certains diagnostics différentiels. ont utilisé le questionnaire SF12 pour évaluer la qualité de
950 D. Delavierre et al.

vie lors de PC/SDPC [105]. Selon McNaughton-Collins et al. [7] Nickel JC. Classification and diagnosis of prostatitis: a gold
et le CPCRN, les scores des domaines mental et physique standard? Andrologia 2003;35:160—7.
de ce questionnaire sont d’autant plus altérés que les [8] Nickel JC, Moon T. Chronic bacterial prostatitis: an evolving
symptômes sont plus sévères [102]. Selon Tripp et al. et le clinical enigma. Urology 2005;66:2—8.
CPCRN, le score correspondant aux symptômes dépressifs [9] Nickel JC. Prostatitis: an infectious disease? Infect Urol
2000;13:31—8.
du SF12 est prédictif de l’altération de la qualité de vie
[10] Blacklock NJ. The anatomy of the prostate: relationship with
[65]. Enfin selon Nickel et al. et le CPCRN, une altération de prostatic infection. Infection 1991;19:S111—4.
la fonction urinaire et une utilisation accrue des techniques [11] Weidner W, Schiefer HG, Krauss H, Jantos C, Friedrich HJ,
de repos comme stratégie de coping sont prédictifs d’une Altmannsberger M. Chronic prostatitis: a thorough search for
altération du score physique du SF12 alors que le sentiment etiologically involved microorganisms in 1,461 patients. Infec-
d’impuissance face à la douleur et la faible perception des tion 1991;19:S119—25.
soutiens de la famille ou des amis sont prédictifs d’une [12] Naber KG, Weidner WJ. Chronic prostatitis-an infectious
altération du score mental du SF12 [103]. disease? Antimicrob Chemother 2000;46:157—61.
[13] Naber KG. Management of bacterial prostatitis: what’s new?
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Retentissement sur la sexualité et l’infertilité [14] Krieger JN, Ross SO, Limaye AP, Riley DE. Inconsistent
localization of Gram-positive bacteria to prostate-specific
Ce retentissement, largement documenté dans la littéra- specimens from patients with chronic prostatitis. Urology
ture, fait l’objet d’un article spécifique de ce numéro 2005;66:721—5.
spécial de la revue [106]. [15] Ouzounova-Raykova V, Ouzounova I, Mitov IG. May Chlamy-
dia trachomatis be an aetiological agent of chronic prostatic
infection? Andrologia 2010;42:176—81.
[16] Skerk V, Markovinovic L, Zekan S, Jaksic J, Zidovec Lepej S,
Conclusion Markotic A, et al. The significance of Chlamydia trachoma-
tis in urethritis and prostatitis — differences in therapeutic
La PC bactérienne représente environ 5 à 10 % de l’ensemble approach — Croatian experience. J Chemother 2009;21:63—7.
des PC. À la terminologie habituelle de PC non bactérienne [17] Weidner W, Diemer T, Huwe P, Rainer H, Ludwig M. The role of
s’est substituée celle de SDPC ou PC/SDPC de l’homme Chlamydia trachomatis in prostatitis. Int J Antimicrob Agents
car la prostate ne semble pas expliquer toutes les dou- 2002;19:466—70.
leurs pelvipérinéales chroniques de l’homme. L’infection [18] Duclos AJ. Prostatitis in the immunocompromised agent. In:
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dans la pathogénie de la PC/SDPC non pas comme causes syndrome. Totowa: Humana press; 2008. p. 45—58.
[19] Lacquaniti S, Fulcoli V, Weir JM, Pisanti F, Servello C, Des-
directes mais comme éléments initiateurs d’un phénomène
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d’hypersensibilisation. Malgré sa prévalence et son reten-
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tissement sur la qualité de vie et la sexualité, la PC/SDPC [20] Zegarra Montes LR, Sanchez Mejia AA, Loza Munarriz CA, Celis
reste mal connue et continue de poser des problèmes diag- Gutierrez E. Semen and urine culture in the diagnosis of chro-
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