Cours Math336
Cours Math336
[MAF336]
MÉTHODES NUMÉRIQUES
Objectifs pédagogiques
— Comprendre les principes fon-
damentaux des méthodes numé-
riques
— Résoudre des problèmes mathé-
matiques complexes à l’aide d’al-
gorithmes numériques
— Implémenter des méthodes numé-
riques en utilisant des outils infor-
matiques adaptés
— Analyser les erreurs, la stabilité,
la convergence et les limites des
méthodes étudiées
— Interpréter les résultats numé-
riques dans des contextes appli-
qués
PLAN DU COURS
UE : MAF336 – Méthodes Numériques
Chapitre Contenu
Chapitre 1 Erreurs numériques et conditionnement
Chapitre 2 Résolution des systèmes linéaires par méthodes
directes
Chapitre 3 Méthodes itératives
Chapitre 4 Décompositions matricielles (LU, QR)
Chapitre 5 Valeurs propres et vecteurs propres
Chapitre 6 Interpolation polynomiale et approximation
Chapitre Contenu
Chapitre 1 Intégration numérique
Chapitre 2 Résolution numérique des équations différen-
tielles ordinaires
Chapitre 3 Approximation de fonctions et moindres carrés
Chapitre 4 Calcul numérique des dérivées
Chapitre 5 Introduction aux équations aux dérivées par-
tielles (méthodes aux différences finies)
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
L’erreur absolue mesure l’écart brut entre la valeur exacte et sa valeur approchée. Elle est
simple à définir et à calculer, mais elle ne suffit pas toujours pour juger la qualité réelle d’une
approximation.
Exemple 3.2. Si
x = 3.14159265 et x̃ = 3.14,
alors
Ea = |3.14159265 − 3.14| = 0.00159265.
|x − x̃|
Er (x, x̃) = .
|x|
Cette grandeur exprime l’erreur en proportion de la taille de la valeur exacte. Elle est souvent
beaucoup plus pertinente que l’erreur absolue, notamment lorsque les ordres de grandeur varient
fortement.
Définition 3.5. On dit qu’une approximation x̃ possède p chiffres significatifs corrects si son
erreur relative est suffisamment petite, en pratique de l’ordre de 10−p .
Remarque 3.6. Cette notion est importante en ingénierie, car un résultat affichant beaucoup
de décimales n’est pas nécessairement fiable à toutes ces décimales.
Exemple 4.1. Une distance mesurée comme 12.3 m n’est jamais une quantité parfaitement
exacte. Elle dépend de l’instrument, de la méthode de mesure et de l’environnement.
x = ±m × β e ,
Exemple 5.1. Le nombre 0.1 est très simple en écriture décimale, mais il ne s’écrit pas exac-
tement avec un nombre fini de bits en base 2. Il est donc nécessairement stocké sous forme
approchée.
Définition 5.2. La précision machine u est une borne sur l’erreur relative introduite lors de
l’arrondi d’un nombre dans l’arithmétique flottante considérée.
Remarque 5.3. Une seule opération d’arrondi produit souvent une erreur très petite. Mais
dans un calcul long ou mal structuré, l’effet cumulé peut devenir important.
6.2 Multiplication
Pour le produit, les erreurs relatives se combinent plus naturellement que les erreurs absolues.
À premier ordre,
∆(xy) ∆x ∆y
≈ + .
xy x y
x = 1.234567, y = 1.234560.
On obtient
x − y = 0.000007.
Si x et y sont chacun affectés d’une petite erreur, celle-ci peut devenir dominante dans le
résultat final.
Point d’attention
La soustraction de deux quantités proches est l’une des principales causes d’instabilité
numérique pratique.
Définition 8.1. Si A est inversible, son nombre de conditionnement, relativement à une norme
∥·∥, est
cond(A) = ∥A∥ A−1 .
cond(A) ≥ 1.
Démonstration. Comme
I = AA−1 ,
on obtient par submultiplicativité
Exemple 8.3. Si
1 0
A= ,
0 10−6
alors
−1 1 0
A = .
0 106
On comprend immédiatement que le système peut être très sensible aux perturbations.
Application / Interprétation
Dans la pratique, un mauvais résultat numérique n’est pas toujours la faute de l’algo-
rithme. Il peut être la conséquence directe d’un mauvais conditionnement du problème
posé.
Idée essentielle
Un problème bien conditionné peut être mal traité par un algorithme instable. Inverse-
ment, un algorithme stable ne peut pas supprimer le mauvais conditionnement intrinsèque
d’un problème.
1 − cos x
numériquement fragile.
On préfère souvent utiliser l’identité
x
1 − cos x = 2 sin2 ,
2
qui évite la soustraction dangereuse.
Méthode
Lorsqu’une formule contient une soustraction de termes proches, il faut chercher une
reformulation algébriquement équivalente mais numériquement plus stable.
√ √
10.2 Calcul de x+1− x
Lorsque x est grand, l’expression
√ √
x+1− x
Point d’attention
Un grand nombre de décimales affichées ne signifie pas qu’un grand nombre de décimales
est réellement correct.
12 Résumé du chapitre
Dans ce chapitre, nous avons introduit les notions de base nécessaires à toute étude sérieuse
des méthodes numériques :
— erreur absolue et erreur relative ;
— principales sources d’erreurs ;
— représentation flottante et précision machine ;
— propagation des erreurs ;
— conditionnement d’un problème ;
— distinction entre conditionnement et stabilité ;
— exemples classiques de perte de précision.
Ces notions ne sont pas marginales. Elles constituent le socle théorique qui permet d’évaluer
la qualité d’un résultat numérique et de comprendre les performances réelles d’une méthode.
13 TD : erreurs numériques et conditionnement
Exercice 1 — Erreur absolue et erreur relative
Soit
x = 2.7182818, x̃ = 2.72.
1. Calculer l’erreur absolue.
2. Calculer l’erreur relative.
3. Donner l’erreur relative en pourcentage.
Exercice 3 — Cancellation
Expliquer pourquoi le calcul direct de
1 − cos x
est numériquement délicat lorsque x est petit. Donner une reformulation plus stable.
14 Exercices supplémentaires
Exercice 1. Donner un exemple réel où l’erreur absolue est plus significative que l’erreur relative.
Exercice 2. Donner un exemple réel où l’erreur relative est plus significative que l’erreur absolue.
Exercice 3. Expliquer pourquoi un ordinateur ne peut pas représenter exactement tous les nombres
réels.
Exercice 4. Donner un exemple simple de propagation d’erreur.
Exercice 5. Expliquer pourquoi un problème mal conditionné reste délicat même avec un algorithme
stable.
Exercice 6. Chercher un exemple de matrice presque singulière.
Exercice 7. Discuter les risques numériques liés à la soustraction de deux valeurs très proches.
Exercice 8. Expliquer pourquoi l’affichage d’un grand nombre de décimales peut être trompeur.
Exercice 9. Donner un autre exemple de reformulation numériquement stable.
Exercice 10. Expliquer le rôle fondamental de ce chapitre pour la suite du cours.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] K. E. Atkinson, An Introduction to Numerical Analysis, Wiley.
[4] L. N. Trefethen and D. Bau, Numerical Linear Algebra, SIAM.
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Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
x = A−1 b.
Ax = b.
Définition 16.1. On appelle système linéaire tout système d’équations dans lequel les incon-
nues apparaissent à la puissance 1, sans produit entre elles.
Idée essentielle
Résoudre un système linéaire ne consiste pas à calculer directement A−1 , mais à exploiter
la structure de A pour obtenir la solution avec un coût raisonnable et une bonne stabilité
numérique.
17 Systèmes triangulaires
17.1 Système triangulaire supérieur
Définition 17.1. On dit qu’un système est triangulaire supérieur si sa matrice est de la
forme
∗ ∗ ∗ ··· ∗
0
∗ ∗ ··· ∗
0
0 ∗ ··· ∗ .
. .. .. .. ..
.. . . . .
0 0 0 ··· ∗
Ces systèmes sont particulièrement simples à résoudre.
17.2 Méthode de remontée
Si le système est triangulaire supérieur, on commence par la dernière équation, puis on
remonte progressivement vers la première.
On trouve d’abord
x3 = 2.
Puis
x2 + 3 × 2 = 7 ⇒ x2 = 1.
Enfin
x1 + 2 × 1 + 2 = 8 ⇒ x1 = 4.
Définition 17.3. On dit qu’un système est triangulaire inférieur si sa matrice est de la
forme
∗ 0 0 ··· 0
∗ ∗ 0 ··· 0
∗ ∗ ∗ ··· 0
.
. .. .. .. ..
.. . . . .
∗ ∗ ∗ ··· ∗
Idée essentielle
La stratégie fondamentale des méthodes directes consiste à transformer un système gé-
néral en un ou plusieurs systèmes triangulaires, car ceux-ci sont faciles à résoudre.
L2 ← L2 − 2L1 , L3 ← L3 − L1 .
On obtient :
1 1 1 6
0 1 −1 −1 .
0 1 2 7
L3 ← L3 − L2 .
On obtient :
1 1 1 6
0 1 −1 −1 .
0 0 3 8
19.3 Remontée
La troisième équation donne :
8
3z = 8 ⇒ z= .
3
La deuxième équation donne :
8 5
y − z = −1 ⇒ y = −1 + = .
3 3
La première équation donne :
5 8 5
x+y+z =6 ⇒ x=6− − = .
3 3 3
Ainsi,
5 5 8
x= , y= , z= .
3 3 3
Application / Interprétation
L’élimination de Gauss est à la fois une méthode de calcul effectif et un outil conceptuel
fondamental de l’algèbre linéaire. Elle permet de comprendre la structure interne d’un
système.
20 Le rôle du pivot
20.1 Pivot nul
Si le pivot choisi est nul, l’élimination ne peut pas être poursuivie directement, car cela
conduirait à une division par zéro.
21 Pivot partiel
21.1 Principe
Pour améliorer la robustesse numérique, on utilise souvent le pivot partiel.
Définition 21.1. Le pivot partiel consiste, à chaque étape, à choisir comme pivot l’élément de
plus grande valeur absolue dans la colonne considérée parmi les lignes encore disponibles, puis
à permuter les lignes si nécessaire.
23 Factorisation LU
23.1 Principe
La méthode d’élimination de Gauss peut être organisée de telle manière que la matrice A
soit factorisée sous la forme
A = LU,
où :
— L est triangulaire inférieure ;
— U est triangulaire supérieure.
23.2 Interprétation
La matrice L contient essentiellement les multiplicateurs utilisés pendant l’élimination, tan-
dis que U contient le résultat triangulaire final.
Ly = b puis U x = y.
Ax = b1 , Ax = b2 , Ax = b3 , . . .
La factorisation LU est très utile dans les problèmes où la matrice du système reste la
même, mais où le second membre change.
Remarque 25.1. La partie coûteuse de la méthode directe est donc la phase d’élimination,
non la phase finale de substitution.
Ax = b
en calculant
x = A−1 b.
En pratique, cette stratégie est déconseillée.
27.1 Pourquoi ?
— calculer l’inverse complet de A coûte plus cher que résoudre directement le système ;
— l’inversion explicite peut introduire davantage d’erreurs ;
— si l’on ne cherche qu’une solution x, calculer toute la matrice A−1 est inutile.
Idée essentielle
En calcul scientifique, on résout un système linéaire ; on ne calcule presque jamais expli-
citement l’inverse, sauf raison théorique particulière.
28 Résumé du chapitre
Dans ce chapitre, nous avons étudié les méthodes directes de résolution des systèmes li-
néaires. Les idées essentielles sont les suivantes :
— un système linéaire général peut être transformé en système triangulaire ;
— l’élimination de Gauss est la méthode fondamentale de triangularisation ;
— le choix des pivots joue un rôle crucial ;
— le pivot partiel améliore la stabilité numérique ;
— la factorisation LU permet une organisation plus structurée du calcul ;
— le coût global d’une méthode directe dense est en O(n3 ) ;
— pour les très grands systèmes, les méthodes directes peuvent devenir coûteuses.
Ce chapitre établit donc les fondations algébriques et numériques nécessaires à la résolution
des systèmes linéaires. Le chapitre suivant prolongera cette étude avec les méthodes itératives.
Exercice 4 — Factorisation LU
Décomposer la matrice
2 1
A=
4 3
sous la forme A = LU .
30 Exercices supplémentaires
Exercice 1. Donner un exemple simple de système admettant une solution unique.
Exercice 2. Donner un exemple de système pour lequel un échange de lignes est nécessaire.
Exercice 3. Refaire une élimination de Gauss complète sur un système 3 × 3 de votre choix.
Exercice 4. Montrer que la résolution d’un système triangulaire inférieur se fait par descente.
Exercice 5. Chercher un exemple où un pivot très petit risque d’engendrer des difficultés numériques.
Exercice 6. Expliquer l’intérêt théorique et pratique de la factorisation LU.
Exercice 7. Comparer les avantages et limites des méthodes directes.
Exercice 8. Expliquer pourquoi les méthodes directes restent importantes malgré leur coût élevé.
Exercice 9. Donner un exemple d’application concrète conduisant à un système linéaire.
Exercice 10. Expliquer le lien entre ce chapitre et celui sur le conditionnement.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] L. N. Trefethen and D. Bau, Numerical Linear Algebra, SIAM.
[4] G. H. Golub and C. F. Van Loan, Matrix Computations, Johns Hopkins University Press.
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Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
dans l’espoir que cette suite se rapproche de plus en plus de la solution exacte x du système
Ax = b.
Idée essentielle
Une méthode itérative ne cherche pas à résoudre le système d’un seul coup. Elle construit
progressivement des approximations de meilleure en meilleure qualité.
Définition 32.1. On appelle méthode itérative toute méthode qui construit une suite
x(k)
k≥0
Remarque 32.2. La qualité d’une méthode itérative ne dépend pas seulement de sa définition
mathématique, mais aussi de sa vitesse de convergence et du coût de chaque itération.
x(k+1) = Bx(k) + c.
x(k+1) = Bx(k) + c,
x(k+1) = Bx(k) + c,
on obtient
x⋆ = Bx⋆ + c.
Ainsi, la limite éventuelle est bien un point fixe du schéma.
Idée essentielle
Toute la théorie de la convergence des méthodes itératives consiste à comprendre dans
quelles conditions la suite construite converge effectivement vers le bon point fixe.
34 Analyse de l’erreur
Soit x la solution exacte du système. On définit l’erreur à l’itération k par
e(k) = x(k) − x.
Si
x(k+1) = Bx(k) + c
et si x satisfait lui aussi
x = Bx + c,
alors on obtient
e(k+1) = Bx(k) + c − (Bx + c) = B(x(k) − x) = Be(k) .
Par récurrence,
e(k) = B k e(0) .
Cette relation est fondamentale : elle montre que la convergence dépend entièrement du
comportement des puissances de la matrice B.
Théorème 34.1. La méthode itérative
x(k+1) = Bx(k) + c
converge vers la solution exacte pour toute approximation initiale x(0) si et seulement si
B k −→ 0 quand k → ∞.
e(k) = B k e(0) −→ 0
B k −→ 0.
A = M − N,
A = M − N,
36 Méthode de Jacobi
36.1 Principe
Dans la méthode de Jacobi, on choisit
M = D, N = L + U.
Donc !
(k+1) 1 X (k)
xi = bi − aij xj .
aii j̸=i
36.3 Interprétation
Toutes les composantes du nouveau vecteur x(k+1) sont calculées uniquement à partir des
composantes de l’ancien vecteur x(k) .
Idée essentielle
Dans Jacobi, on met à jour toutes les composantes en parallèle, à partir des anciennes
valeurs uniquement.
36.4 Exemple
Considérons le système (
4x + y = 9,
x + 3y = 5.
La méthode de Jacobi donne :
9 − y (k) 5 − x(k)
x(k+1) = , y (k+1) = .
4 3
Si l’on part de
x(0) = 0, y (0) = 0,
on obtient :
9 5
x(1) = = 2.25, y (1) = ≈ 1.6667.
4 3
À l’itération suivante,
9 − 1.6667 5 − 2.25
x(2) = ≈ 1.8333, y (2) = ≈ 0.9167.
4 3
On observe que les approximations se rapprochent progressivement de la solution.
37 Méthode de Gauss-Seidel
37.1 Principe
Dans la méthode de Gauss-Seidel, on choisit
M = D − L, N = U.
Le schéma devient
(D − L)x(k+1) = U x(k) + b,
c’est-à-dire
x(k+1) = (D − L)−1 U x(k) + (D − L)−1 b.
37.4 Exemple
Reprenons (
4x + y = 9,
x + 3y = 5.
La méthode de Gauss-Seidel donne :
9 − y (k) 5 − x(k+1)
x(k+1) = , y (k+1) = .
4 3
Si l’on part de
x(0) = 0, y (0) = 0,
alors
9 5 − 2.25
x(1) = = 2.25, y (1) = = 0.9167.
4 3
À l’itération suivante,
9 − 0.9167 5 − 2.0208
x(2) = ≈ 2.0208, y (2) = ≈ 0.9931.
4 3
On constate déjà une convergence plus rapide que Jacobi.
x(k+1) = Bx(k) + c
converge pour toute approximation initiale x(0) si et seulement si le rayon spectral de B vérifie
ρ(B) < 1.
Idée essentielle
La condition fondamentale de convergence n’est pas une propriété directe de A, mais de
la matrice d’itération B.
Théorème 39.4. Si la matrice A est strictement diagonale dominante, alors les méthodes de
Jacobi et de Gauss-Seidel convergent.
Remarque 39.5. Ce théorème fournit une condition très utile en pratique. Elle n’est pas né-
cessaire, mais elle est facile à vérifier.
39.3 Cas des matrices symétriques définies positives
Un autre cadre important est celui des matrices symétriques définies positives.
Théorème 39.6. Si A est symétrique définie positive, alors la méthode de Gauss-Seidel converge.
Remarque 39.7. Ce résultat est fondamental dans les applications issues de la discrétisation
de problèmes variationnels et d’équations différentielles.
40 Vitesse de convergence
La convergence d’une méthode ne suffit pas : il faut aussi s’intéresser à sa rapidité.
On a
e(k) = B k e(0) .
Ainsi, la vitesse de décroissance de l’erreur est gouvernée par les puissances de B.
Définition 40.1. On dit qu’une méthode converge rapidement si l’erreur décroît fortement dès
les premières itérations.
Dans les cas simples, on peut retenir l’idée suivante :
Idée essentielle
Plus le rayon spectral de la matrice d’itération est petit, plus la convergence est rapide.
En général :
— Jacobi converge souvent plus lentement ;
— Gauss-Seidel est souvent plus rapide ;
— SOR peut être encore plus rapide si ω est bien choisi.
41 Critères d’arrêt
Une méthode itérative produit en principe une suite infinie. En pratique, on doit donc
décider quand l’arrêter.
r(k) = b − Ax(k) .
On arrête lorsque
r(k) < ε.
Remarque 41.1. Le contrôle du résidu est souvent plus pertinent que la simple différence entre
deux itérations, car il mesure directement à quel point l’approximation satisfait le système.
k ≤ kmax .
Point d’attention
Un bon algorithme itératif doit toujours comporter à la fois une tolérance numérique et
un nombre maximal d’itérations.
Application / Interprétation
Les méthodes itératives sont particulièrement adaptées aux grands systèmes creux, tandis
que les méthodes directes restent très efficaces pour les systèmes de taille modérée.
43 Résumé du chapitre
Dans ce chapitre, nous avons introduit les idées fondamentales des méthodes itératives pour
la résolution des systèmes linéaires.
Les points essentiels à retenir sont les suivants :
— une méthode itérative construit une suite d’approximations de la solution ;
— le cadre général est celui des schémas de point fixe ;
— la convergence dépend de la matrice d’itération ;
— Jacobi utilise uniquement les anciennes valeurs ;
— Gauss-Seidel réutilise immédiatement les nouvelles valeurs ;
— SOR généralise Gauss-Seidel à l’aide d’un paramètre de relaxation ;
— la dominance diagonale fournit une condition suffisante de convergence ;
— le choix du critère d’arrêt est essentiel en pratique.
Ce chapitre prépare naturellement l’étudiant à des méthodes plus avancées, ainsi qu’à l’ana-
lyse pratique et algorithmique de grands systèmes linéaires.
44 TD : méthodes itératives
Exercice 1 — Méthode de Jacobi
Appliquer deux itérations de la méthode de Jacobi au système
(
4x + y = 9,
x + 3y = 5.
en partant de
x(0) = 0, y (0) = 0.
Exercice 3 — Comparaison
Comparer les approximations obtenues par Jacobi et Gauss-Seidel après deux itérations.
Quelle méthode semble converger plus vite ?
Exercice 5 — Résidu
Pour une approximation x(k) , calculer le résidu
r(k) = b − Ax(k) .
Expliquer pourquoi cette grandeur est utile pour décider de l’arrêt de l’algorithme.
x(k+1) = Bx(k) + c
conduit à
e(k) = B k e(0) .
Exercice 7 — Réflexion
Expliquer avec vos propres mots la différence entre :
— une méthode directe ;
— une méthode itérative ;
— la convergence théorique ;
— le critère d’arrêt pratique.
45 Exercices supplémentaires
Exercice 1. Donner un exemple simple de système pour lequel la méthode de Jacobi converge.
Exercice 2. Donner un exemple simple de système pour lequel la diagonale dominante n’est pas véri-
fiée.
Exercice 3. Refaire manuellement trois itérations de Jacobi sur un système 2 × 2.
Exercice 4. Refaire manuellement trois itérations de Gauss-Seidel sur le même système.
Exercice 5. Expliquer pourquoi le choix de l’approximation initiale peut influencer la vitesse de conver-
gence.
Exercice 6. Discuter l’intérêt du paramètre de relaxation dans la méthode SOR.
Exercice 7. Montrer que si x(k) → x, alors nécessairement x satisfait le système.
Exercice 8. Expliquer pourquoi une méthode itérative peut être préférable à une méthode directe sur
de très grands systèmes.
Exercice 9. Comparer le coût d’une itération simple au coût d’une élimination complète.
Exercice 10. Expliquer le lien entre ce chapitre et le chapitre suivant sur les décompositions matricielles
ou sur les méthodes plus avancées.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] Y. Saad, Iterative Methods for Sparse Linear Systems, SIAM.
[4] R. S. Varga, Matrix Iterative Analysis, Springer.
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Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
Objectifs du chapitre
Ax = b
peut être coûteux ou mal organisé si l’on travaille toujours avec la matrice initiale.
L’idée d’une décomposition matricielle est d’écrire
A = BC,
ou plus généralement
A = B1 B2 · · · Bm ,
où les matrices Bi possèdent une structure simple : triangulaire, diagonale, orthogonale, etc.
Une telle écriture présente plusieurs avantages :
— elle simplifie l’analyse mathématique ;
— elle réduit le coût de certains calculs ;
— elle permet de réutiliser une même factorisation pour plusieurs seconds membres ;
— elle améliore souvent la stabilité et la lisibilité de l’algorithme.
Ax = b
Ly = b puis U x = y.
Ces deux systèmes triangulaires sont beaucoup plus simples que le système initial.
A = LU,
où :
— L est triangulaire inférieure ;
— U est triangulaire supérieure.
Cette décomposition est directement liée à l’élimination de Gauss. En effet, les coefficients
utilisés pour éliminer les termes sous la diagonale principale apparaissent précisément dans la
matrice L, tandis que la matrice finale triangulaire obtenue est U .
48.2 Lien avec l’élimination de Gauss
L’élimination de Gauss transforme progressivement A en une matrice triangulaire supé-
rieure. Si l’on conserve les multiplicateurs utilisés à chaque étape, on peut reconstruire une
matrice triangulaire inférieure L.
Idée essentielle
La factorisation LU est la forme organisée, structurée et mémorisable de l’élimination de
Gauss.
Définition 49.1. On dit qu’une décomposition LU est normalisée lorsque la matrice L est
triangulaire inférieure unitaire, c’est-à-dire lorsque
telles que
A = LU.
En multipliant,
u11 u12
LU = .
l21 u11 l21 u12 + u22
En identifiant avec A, on obtient :
u11 = 2, u12 = 1,
l21 u11 = 4 ⇒ l21 = 2,
l21 u12 + u22 = 3 ⇒ 2 · 1 + u22 = 3,
donc
u22 = 1.
Ainsi,
1 0 2 1
L= , U= .
2 1 0 1
Exemple 50.1. On vérifie bien que
1 0 2 1 2 1
= .
2 1 0 1 4 3
51 Existence de la décomposition LU
La question naturelle est la suivante : toute matrice admet-elle une décomposition LU ?
La réponse générale est non, du moins pas sans condition supplémentaire ni permutation.
Théorème 51.1. Une matrice carrée A admet une décomposition LU normalisée sans permu-
tation si tous ses pivots principaux sont non nuls au cours de l’élimination de Gauss.
Remarque 51.2. Autrement dit, la décomposition LU existe sans échange de lignes lorsque
l’élimination de Gauss peut être exécutée normalement, sans rencontrer de pivot nul.
Théorème 51.3. Si tous les mineurs principaux d’ordre 1, 2, . . . , n de A sont non nuls, alors
A admet une décomposition LU normalisée.
Point d’attention
Toutes les matrices inversibles n’admettent pas une décomposition LU sans permutation.
C’est pourquoi, en pratique, on utilise souvent une forme avec permutation.
Définition 52.1. Une matrice de permutation est une matrice obtenue à partir de la matrice
identité en permutant certaines lignes.
P A = LU.
P A = LU,
Idée essentielle
La forme P A = LU est la version réellement robuste et numérique de la factorisation
LU.
Ly = b
Ux = y
Ax = b1 , Ax = b2 , Ax = b3 , ...
Dans ce cas :
— on factorise A une seule fois ;
— on résout ensuite plusieurs systèmes triangulaires.
Application / Interprétation
54.1 Coût
Pour une matrice dense n × n, le coût de la factorisation LU est de l’ordre de
O(n3 ).
O(n2 ).
Remarque 54.1. C’est précisément cette séparation entre coût initial élevé et coût marginal
plus faible qui rend LU si importante en pratique.
55 Limites de la décomposition LU
La décomposition LU est extrêmement utile, mais elle n’est pas toujours le meilleur choix.
Ses limites principales sont :
— elle peut nécessiter des permutations ;
— elle peut être sensible à certains problèmes de stabilité sans pivot ;
— elle n’est pas la mieux adaptée aux problèmes de moindres carrés ;
— elle peut être coûteuse pour des matrices très grandes ou très particulières.
Cela motive l’étude d’autres décompositions, notamment la décomposition QR.
A = QR,
où :
— Q est une matrice orthogonale ;
— R est une matrice triangulaire supérieure.
A = QR,
où Q vérifie
QT Q = I,
et R est triangulaire supérieure.
∥Qx∥2 = ∥x∥2 .
∥Qx∥2 = ∥x∥2 .
Démonstration. On a
57 Construction de la décomposition QR
Il existe plusieurs méthodes pour construire QR :
— l’orthogonalisation de Gram-Schmidt ;
— les réflexions de Householder ;
— les rotations de Givens.
Au niveau Licence 3, la méthode la plus naturelle pour comprendre l’idée est Gram-Schmidt.
a1 , a2 , . . . , an .
q1 , q2 , . . . , qn
Remarque 57.1. La méthode classique de Gram-Schmidt est très pédagogique, mais peut être
numériquement moins stable que les réflexions de Householder.
A = QR.
Alors
Ax = b ⇐⇒ QRx = b.
En multipliant à gauche par QT , on obtient
Rx = QT b.
Rx = QT b.
Définition 60.1. On appelle problème des moindres carrés le problème consistant à trouver
Comme Q préserve la norme, cette structure rend le problème beaucoup plus simple à analyser.
Application / Interprétation
La décomposition QR est l’outil naturel et numériquement stable pour traiter les pro-
blèmes de moindres carrés.
61 Comparaison entre LU et QR
LU et QR sont deux décompositions fondamentales, mais elles n’ont pas exactement le même
rôle.
Critère LU QR
Structure Triangulaire inférieure et Orthogonale et triangu-
supérieure laire supérieure
Lien direct avec Oui Non directement
Gauss
Stabilité numé- Bonne avec pivot Souvent meilleure
rique
Systèmes carrés Très adaptée Adaptée
Moindres carrés Moins naturelle Très naturelle
Coût Généralement plus faible Généralement un peu plus
élevé
Idée essentielle
LU est souvent le choix naturel pour résoudre rapidement des systèmes carrés. QR est
souvent le choix naturel lorsque la stabilité et les moindres carrés jouent un rôle central.
63 Résumé du chapitre
Dans ce chapitre, nous avons étudié deux des décompositions matricielles les plus impor-
tantes en méthodes numériques.
Les idées essentielles sont les suivantes :
— factoriser une matrice permet de simplifier fortement certains calculs ;
— la décomposition LU organise l’élimination de Gauss ;
— la forme P A = LU est la version robuste utilisée en pratique ;
— la décomposition LU est très utile pour résoudre plusieurs systèmes avec la même matrice ;
— la décomposition QR repose sur les matrices orthogonales ;
— QR est particulièrement importante pour la stabilité numérique et les moindres carrés ;
— LU et QR sont complémentaires plutôt que concurrentes.
Ce chapitre constitue une étape centrale dans la compréhension des algorithmes linéaires
modernes, car les décompositions matricielles interviennent dans de très nombreux domaines
du calcul scientifique.
64 TD : décompositions matricielles
Exercice 1 — Décomposition LU simple
Décomposer la matrice
2 1
A=
4 3
sous la forme
A = LU,
avec L triangulaire inférieure unitaire.
Exercice 4 — Orthogonalité
Montrer qu’une matrice orthogonale conserve la norme euclidienne.
Exercice 6 — Comparaison
Expliquer avec vos propres mots la différence entre :
— LU et QR ;
— triangularisation et orthogonalisation ;
— résolution d’un système carré et résolution d’un problème de moindres carrés.
65 Exercices supplémentaires
Exercice 1. Donner un exemple de matrice admettant une décomposition LU sans permutation.
Exercice 2. Donner un exemple de matrice nécessitant une permutation.
Exercice 3. Vérifier directement qu’une matrice donnée est orthogonale.
Exercice 4. Refaire à la main une orthogonalisation de Gram-Schmidt sur deux vecteurs simples.
Exercice 5. Expliquer pourquoi la résolution d’un système triangulaire est simple.
Exercice 6. Comparer les coûts respectifs d’une factorisation et d’une simple substitution.
Exercice 7. Montrer que si Q est orthogonale, alors Q−1 = QT .
Exercice 8. Discuter l’intérêt de réutiliser une factorisation lorsque plusieurs seconds membres sont
considérés.
Exercice 9. Expliquer pourquoi les moindres carrés apparaissent naturellement dans les problèmes de
données.
Exercice 10. Relier ce chapitre aux chapitres précédents sur l’élimination de Gauss et les méthodes
itératives.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] L. N. Trefethen and D. Bau, Numerical Linear Algebra, SIAM.
[4] G. H. Golub and C. F. Van Loan, Matrix Computations, Johns Hopkins University Press.
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
Ax = b.
Ce chapitre joue donc un rôle majeur : il relie l’algèbre linéaire, l’analyse numérique, la
stabilité des algorithmes et les applications modernes.
Objectifs du chapitre
Ax = λx.
Cette relation signifie que l’action de la matrice sur x ne change pas la direction de x, mais
seulement son amplitude.
68 Équation caractéristique
Pour qu’il existe un vecteur non nul x tel que
Ax = λx,
det(A − λI) = 0.
Remarque 68.2. Pour une matrice réelle, les valeurs propres réelles ou complexes apparaissent
comme solutions de l’équation caractéristique.
Remarque 69.3. Le rayon spectral intervient dans l’analyse de convergence des méthodes
itératives, dans l’étude de la stabilité des systèmes dynamiques et dans l’analyse asymptotique
des puissances d’une matrice.
70 Sous-espace propre
Pour une valeur propre λ, l’ensemble des vecteurs propres associés, auquel on ajoute le
vecteur nul, forme un sous-espace vectoriel.
Définition 70.1. Le sous-espace propre associé à λ est
Eλ = ker(A − λI).
Démonstration. Comme
Eλ = ker(A − λI),
il s’agit du noyau d’une application linéaire, donc d’un sous-espace vectoriel.
Remarque 70.3. La recherche des vecteurs propres associés à λ revient à résoudre le système
homogène
(A − λI)x = 0.
Définition 71.1. La multiplicité algébrique d’une valeur propre λ est sa multiplicité comme
racine du polynôme caractéristique.
Remarque 71.4. La multiplicité algébrique mesure combien de fois la valeur propre apparaît
dans le polynôme caractéristique, tandis que la multiplicité géométrique mesure combien de
directions propres indépendantes lui sont associées.
72 Diagonalisation
72.1 Définition
Définition 72.1. Une matrice carrée A est dite diagonalisable s’il existe une matrice inver-
sible P et une matrice diagonale D telles que
A = P DP −1 .
Théorème 72.3. Si une matrice A possède n valeurs propres distinctes, alors elle est diago-
nalisable.
Démonstration. Les vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes sont linéairement
indépendants. On obtient donc n vecteurs propres linéairement indépendants dans un espace
de dimension n, donc une base.
Idée essentielle
Diagonaliser une matrice revient à trouver un système de coordonnées dans lequel l’action
de la matrice devient purement diagonale, donc extrêmement simple.
73 Intérêt de la diagonalisation
Si
A = P DP −1 ,
alors les puissances de A sont faciles à calculer :
Ak = P Dk P −1 .
Or si
λ1 0 ··· 0
0 λ2 ··· 0
D=. .. ,
.. ...
.. . .
0 0 · · · λn
alors
λk1 0 ··· 0
0 λk ··· 0
2
Dk = . .. .
.. ...
.. . .
0 0 · · · λkn
Cela permet d’étudier :
— le comportement asymptotique de Ak ;
— la stabilité de suites définies par récurrence ;
— la résolution de certains systèmes différentiels ou dynamiques ;
— la structure spectrale de certains opérateurs.
Théorème 74.1. Toute matrice réelle symétrique admet uniquement des valeurs propres réelles.
Théorème 74.2. Toute matrice réelle symétrique est diagonalisable dans une base orthonor-
mée.
Autrement dit, si A = AT , alors il existe une matrice orthogonale Q et une matrice diagonale
D telles que
A = QDQT .
Définition 74.3. Cette écriture est appelée décomposition spectrale d’une matrice symé-
trique.
Idée essentielle
Les matrices symétriques sont les matrices idéales du point de vue spectral : valeurs
propres réelles, vecteurs propres orthogonaux, diagonalisation propre et stable.
75.1 Stabilité
Dans les systèmes dynamiques linéaires
xk+1 = Axk ,
x(k+1) = Bx(k) + c,
ρ(B).
76 Méthode de la puissance
Lorsqu’on ne peut pas calculer explicitement toutes les valeurs propres d’une grande matrice,
on utilise des méthodes numériques spécialisées.
La plus simple est la méthode de la puissance.
76.1 Principe
On part d’un vecteur initial non nul x(0) , puis on construit
Ax(k)
x(k+1) = .
∥Ax(k) ∥
L’idée est que, sous certaines hypothèses, cette suite s’aligne progressivement sur le vecteur
propre associé à la valeur propre dominante en module.
Définition 76.1. On appelle valeur propre dominante une valeur propre λ1 telle que
Théorème 76.2. Supposons que A soit diagonalisable et possède une valeur propre dominante
unique λ1 . Si le vecteur initial a une composante non nulle sur le vecteur propre associé, alors
la méthode de la puissance converge vers la direction propre dominante.
Remarque 76.3. La méthode de la puissance est simple, peu coûteuse par itération, et très
utile pour les grandes matrices.
76.2 Interprétation
À chaque itération, la composante correspondant à la valeur propre de plus grand module
tend à dominer les autres, car
Ak x(0)
amplifie les directions propres selon les puissances des valeurs propres.
Idée essentielle
La méthode de la puissance sélectionne progressivement la direction propre la plus do-
minante de la matrice.
77 Méthode de la puissance inverse
Si l’on veut approcher une valeur propre de petit module, on peut appliquer la méthode de
la puissance à la matrice A−1 , lorsque A est inversible.
En effet, si λ est valeur propre de A, alors
1
λ
est valeur propre de A−1 .
Ainsi, la plus grande valeur propre en module de A−1 correspond à la plus petite valeur
propre en module de A.
Remarque 77.1. En pratique, on ne calcule pas explicitement A−1 . On résout à chaque étape
un système linéaire.
y (k)
Ay (k) = x(k) , x(k+1) = .
∥y (k) ∥
78 Quotient de Rayleigh
Pour estimer une valeur propre associée à un vecteur approché x, on utilise souvent le
quotient de Rayleigh.
Définition 78.1. Pour un vecteur non nul x, le quotient de Rayleigh associé à la matrice
A est
xT Ax
RA (x) = T .
x x
Remarque 78.2. Si x est un vecteur propre de A associé à λ, alors
RA (x) = λ.
Dans le cas des matrices symétriques, le quotient de Rayleigh joue un rôle particulièrement
important, car il permet d’approximer efficacement certaines valeurs propres.
79 Résumé du chapitre
Dans ce chapitre, nous avons introduit les notions fondamentales liées aux valeurs propres
et aux vecteurs propres.
Les points essentiels sont les suivants :
— une valeur propre λ vérifie
Ax = λx
pour un certain vecteur non nul x ;
— les valeurs propres sont les racines du polynôme caractéristique ;
— le spectre et le rayon spectral résument des propriétés essentielles de la matrice ;
— la diagonalisation simplifie fortement l’étude des puissances et de la structure d’une ma-
trice ;
— les matrices symétriques possèdent une structure spectrale particulièrement favorable ;
— la méthode de la puissance permet d’approcher la valeur propre dominante ;
— le quotient de Rayleigh permet d’estimer une valeur propre à partir d’un vecteur approché.
Ce chapitre constitue un pont fondamental entre l’algèbre linéaire théorique et les méthodes
numériques modernes d’analyse spectrale.
Exercice 4 — Diagonalisation
Montrer que la matrice
2 0
A=
0 3
est diagonalisable et donner explicitement une décomposition
A = P DP −1 .
pour le vecteur
1
x= .
1
Exercice 7 — Réflexion
Expliquer avec vos propres mots la différence entre :
— valeur propre et vecteur propre ;
— multiplicité algébrique et multiplicité géométrique ;
— diagonalisable et non diagonalisable ;
— calcul exact du spectre et approximation numérique d’une valeur propre.
81 Exercices supplémentaires
Exercice 1. Donner un exemple simple de matrice possédant deux valeurs propres distinctes.
Exercice 2. Donner un exemple simple de matrice triangulaire et lire directement ses valeurs propres.
Exercice 3. Montrer que les valeurs propres d’une matrice diagonale sont ses coefficients diagonaux.
Exercice 4. Vérifier que deux vecteurs propres associés à deux valeurs propres distinctes sont linéai-
rement indépendants.
Exercice 5. Étudier un exemple de matrice non diagonalisable.
Exercice 6. Expliquer pourquoi la diagonalisation simplifie le calcul de Ak .
Exercice 7. Montrer que si A est orthogonalement diagonalisable, alors A est symétrique dans le cadre
réel.
Exercice 8. Discuter l’intérêt du rayon spectral dans l’analyse numérique.
Exercice 9. Expliquer pourquoi la méthode de la puissance nécessite une valeur propre dominante.
Exercice 10. Relier ce chapitre aux chapitres précédents sur les méthodes itératives et les décomposi-
tions matricielles.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] L. N. Trefethen and D. Bau, Numerical Linear Algebra, SIAM.
[4] G. H. Golub and C. F. Van Loan, Matrix Computations, Johns Hopkins University Press.
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
avec xi distincts deux à deux, on cherche un polynôme Pn de degré au plus n tel que
Cette démarche possède une importance théorique et pratique considérable. Elle intervient :
— dans la représentation de données ;
— dans le calcul approché de fonctions compliquées ;
— dans les méthodes de quadrature ;
— dans la résolution numérique d’équations différentielles ;
— dans les codes de calcul scientifique et l’analyse des erreurs.
Mais l’interpolation n’est pas uniquement une technique de reconstruction. Elle constitue
aussi une porte d’entrée vers une idée plus large : l’approximation numérique. En effet,
chercher une fonction simple qui remplace une fonction compliquée est l’un des thèmes centraux
des méthodes numériques.
Idée essentielle
L’interpolation cherche à reproduire exactement les données données, tandis que l’ap-
proximation cherche à reproduire au mieux le comportement global d’une fonction ou
d’un ensemble de données.
Objectifs du chapitre
Pn (xi ) = yi pour i = 0, 1, . . . , n.
Remarque 83.2. Le polynôme recherché dépend à la fois des noeuds xi et des valeurs yi . Il
est donc entièrement déterminé par les données d’interpolation.
Alors le polynôme
Rn = Pn − Qn
est de degré au plus n et vérifie
Il possède donc n + 1 racines distinctes. Or un polynôme non nul de degré au plus n ne peut
avoir plus de n racines distinctes. Donc
Rn ≡ 0,
ce qui implique
Pn = Qn .
Montrons maintenant l’existence. La formule de Lagrange, que nous construirons dans la
section suivante, fournit explicitement un polynôme satisfaisant les conditions d’interpolation.
L’existence est donc assurée.
Idée essentielle
L’interpolation polynomiale n’est pas un problème ambigu : dès que les noeuds sont
distincts, il existe un seul polynôme interpolateur de degré au plus n.
85 Interpolation de Lagrange
85.1 Idée générale
La formule de Lagrange fournit directement le polynôme interpolateur sous une forme ex-
plicite.
On introduit pour chaque i ∈ {0, 1, . . . , n} le polynôme
Y x − xj
Li (x) = .
0≤j≤n
x i − x j
j̸=i
Li (xi ) = 1.
xj − xj = 0,
donc
Li (xj ) = 0.
(x − 1)(x − 2) (x − 1)(x − 2)
L0 (x) = = ,
(0 − 1)(0 − 2) 2
(x − 0)(x − 2)
L1 (x) = = −x(x − 2),
(1 − 0)(1 − 2)
(x − 0)(x − 1) x(x − 1)
L2 (x) = = .
(2 − 0)(2 − 1) 2
Le polynôme interpolateur est donc
86 Interpolation de Newton
86.1 Motivation
La forme de Newton présente un grand avantage pratique : elle permet de construire le
polynôme interpolateur de manière progressive.
Idée essentielle
La forme de Newton est particulièrement utile lorsque l’on ajoute de nouveaux noeuds,
car elle permet de prolonger le polynôme sans tout recommencer.
87 Différences divisées
Les coefficients de la forme de Newton sont obtenus à partir des différences divisées.
f [xi ] = f (xi ).
f (xj ) − f (xi )
f [xi , xj ] = .
xj − xi
Définition 87.3. Les différences divisées d’ordre supérieur sont définies récursivement par
On a :
f [0] = 1, f [1] = 3, f [2] = 2.
Les différences divisées d’ordre 1 sont :
3−1 2−3
f [0, 1] = = 2, f [1, 2] = = −1.
1−0 2−1
La différence divisée d’ordre 2 est :
f [1, 2] − f [0, 1] −1 − 2 3
f [0, 1, 2] = = =− .
2−0 2 2
Donc le polynôme de Newton est
3
P2 (x) = 1 + 2(x − 0) − (x − 0)(x − 1).
2
Remarque 88.1. Cette forme est souvent plus adaptée à l’implémentation algorithmique que
la formule de Lagrange.
89 Erreur d’interpolation
L’interpolation est exacte aux noeuds, mais qu’en est-il entre les noeuds ?
La réponse est donnée par une formule fondamentale.
Théorème 89.1. Soit f une fonction de classe C n+1 sur un intervalle contenant x0 , . . . , xn et
x. Alors il existe un point ξ dépendant de x tel que
n
f (n+1) (ξ) Y
f (x) − Pn (x) = (x − xi ).
(n + 1)! i=0
Remarque 89.2. Cette formule montre que l’erreur dépend de deux éléments :
— la dérivée d’ordre n + 1 de la fonction ;
— le produit
n
Y
(x − xi ),
i=0
Idée essentielle
L’erreur d’interpolation ne dépend pas seulement du degré du polynôme. Elle dépend
aussi fortement du choix et de la répartition des noeuds d’interpolation.
90 Interprétation de l’erreur
La formule précédente permet plusieurs observations essentielles.
donc
f (xi ) − Pn (xi ) = 0.
91 Phénomène de Runge
L’un des résultats les plus célèbres et les plus importants en interpolation polynomiale est
que l’augmentation du degré n’améliore pas toujours l’approximation.
Considérons la fonction
1
f (x) =
1 + 25x2
sur l’intervalle [−1, 1].
Si l’on interpole cette fonction avec des noeuds équidistants et un degré élevé, on observe
souvent de fortes oscillations près des extrémités.
Point d’attention
Augmenter le degré du polynôme interpolateur n’améliore pas automatiquement l’ap-
proximation. Dans certains cas, cela l’aggrave fortement.
Idée essentielle
L’interpolation polynomiale n’est pas seulement une question de degré. Elle est aussi une
question de géométrie des noeuds.
Définition 92.1. Les noeuds de Chebyshev sur [−1, 1] sont donnés par
2k + 1
xk = cos π , k = 0, 1, . . . , n.
2(n + 1)
Ces noeuds sont plus denses près des extrémités de l’intervalle, ce qui permet de mieux
contrôler l’erreur d’interpolation.
Remarque 92.2. Les noeuds de Chebyshev jouent un rôle fondamental en approximation po-
lynomiale, car ils réduisent les oscillations et améliorent la qualité globale de l’interpolation.
93.1 Interpolation
On impose que la fonction approchante passe exactement par les points donnés :
Pn (xi ) = yi .
93.2 Approximation
On cherche seulement à rendre l’écart
f (x) − g(x)
petit dans un certain sens, sans exiger l’égalité exacte aux points.
Définition 93.1. On appelle approximation le problème consistant à choisir une fonction
simple g de manière à rendre faible l’erreur entre f et g, selon un critère donné.
Exemple 93.2. En présence de bruit expérimental, l’interpolation exacte peut être mauvaise,
car elle reproduit aussi les erreurs de mesure. Une approximation au sens des moindres carrés
peut alors être préférable.
94 Approximation polynomiale
L’approximation polynomiale consiste à remplacer une fonction compliquée par un polynôme
plus simple à manipuler.
Cela permet :
— de calculer plus facilement des valeurs approchées ;
— d’intégrer et de dériver plus simplement ;
— de construire des méthodes numériques stables ;
— de simplifier le traitement informatique des fonctions.
Cela relie naturellement ce chapitre aux chapitres précédents sur les systèmes linéaires et
annonce les méthodes numériques en analyse.
96 Résumé du chapitre
Dans ce chapitre, nous avons étudié les fondements de l’interpolation polynomiale et de
l’approximation numérique.
Les idées essentielles sont les suivantes :
— pour des noeuds distincts, il existe un unique polynôme interpolateur de degré au plus n ;
— la formule de Lagrange fournit une expression explicite du polynôme ;
— la forme de Newton fournit une construction progressive et algorithmique ;
— les différences divisées permettent de calculer efficacement les coefficients de Newton ;
— l’erreur d’interpolation dépend de la régularité de la fonction et du choix des noeuds ;
— le phénomène de Runge montre que l’interpolation de haut degré sur noeuds équidistants
peut être mauvaise ;
— les noeuds de Chebyshev améliorent fortement le comportement de l’interpolation ;
— l’interpolation exacte doit être distinguée de l’approximation au sens large.
Ce chapitre clôt ainsi l’EC1 en montrant que les méthodes numériques ne consistent pas
seulement à résoudre des systèmes, mais aussi à reconstruire, représenter et approximer effica-
cement les fonctions.
Exercice 2 — Vérification
Vérifier que le polynôme obtenu dans l’exercice précédent satisfait bien les conditions
x0 = 0, x1 = 1, x2 = 2
et aux valeurs
f (x0 ) = 1, f (x1 ) = 3, f (x2 ) = 2.
98 Exercices supplémentaires
Exercice 1. Montrer qu’un polynôme de degré au plus n est entièrement déterminé par ses valeurs en
n + 1 points distincts.
Exercice 2. Construire un polynôme interpolateur pour deux points, puis pour trois points.
Exercice 3. Vérifier la propriété fondamentale des polynômes de Lagrange.
Exercice 4. Écrire explicitement la forme générale d’un polynôme interpolateur de Newton de degré
3.
Exercice 5. Discuter l’intérêt pratique des différences divisées.
Exercice 6. Expliquer pourquoi l’erreur d’interpolation est nulle aux noeuds.
Exercice 7. Donner un exemple où l’interpolation exacte est peu pertinente à cause du bruit.
Exercice 8. Expliquer pourquoi les polynômes sont si importants en approximation numérique.
Exercice 9. Rechercher le lien entre interpolation et quadrature numérique.
Exercice 10. Relier ce chapitre aux moindres carrés et aux systèmes linéaires étudiés précédemment.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] K. E. Atkinson, An Introduction to Numerical Analysis, Wiley.
[4] G. Dahlquist and A. Björck, Numerical Methods, Dover Publications.
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
Sur le plan théorique, cette quantité peut parfois être obtenue par calcul exact. Toutefois,
dans un très grand nombre de situations, cela est impossible ou peu réaliste. Plusieurs raisons
expliquent cette difficulté :
— la primitive de f n’est pas connue sous forme explicite ;
— la fonction f est définie uniquement par des données tabulées ;
— la fonction résulte d’une simulation numérique ;
— le calcul exact serait trop coûteux ou trop compliqué.
Dans de telles situations, il devient nécessaire de remplacer l’intégrale exacte par une ap-
proximation numérique. C’est précisément l’objet de l’intégration numérique, aussi appelée
quadrature numérique.
L’idée fondamentale consiste à approximer l’aire sous la courbe par une combinaison finie de
valeurs de la fonction prises en certains points bien choisis. On remplace ainsi un objet continu
par une somme pondérée :
Z b Xn
f (x) dx ≈ ωi f (xi ),
a i=0
Ce chapitre est fondamental pour deux raisons. D’une part, il introduit des outils direc-
tement utilisables dans le calcul scientifique. D’autre part, il montre comment les idées d’in-
terpolation polynomiale étudiées précédemment conduisent naturellement à des formules de
quadrature.
Objectifs du chapitre
Remarque 100.2. Le choix des noeuds et des poids détermine la qualité de la formule. Toute
la théorie de la quadrature numérique consiste à construire des formules efficaces, précises et
stables.
peut être interprétée comme l’aire algébrique sous la courbe représentative de f entre a et b.
Les méthodes numériques classiques consistent alors à approximer cette aire par :
— des rectangles ;
— des trapèzes ;
— des arcs paraboliques ;
— plus généralement, des courbes simples faciles à intégrer.
Exemple 101.1. Si la fonction est presque constante sur un petit intervalle, alors l’aire peut
être approximée par celle d’un rectangle. Si elle varie à peu près linéairement, un trapèze donne
souvent une meilleure approximation. Si elle présente une légère courbure, une approximation
quadratique peut être plus pertinente.
Idée essentielle
Chaque formule d’intégration numérique correspond à une certaine manière de remplacer
localement la courbe par une figure géométrique simple.
Idée essentielle
La méthode du point milieu est souvent plus précise que les rectangles à gauche ou à
droite, car elle évalue la fonction en un point plus représentatif de l’intervalle.
b−a
QT = f (a) + f (b) .
2
Démonstration. L’aire d’un trapèze de bases f (a) et f (b), et de hauteur b − a, vaut
b−a
f (a) + f (b) .
2
Remarque 104.2. Cette formule peut aussi être obtenue en intégrant le polynôme interpolateur
affine de Lagrange sur [a, b].
Application / Interprétation
La méthode du trapèze est particulièrement adaptée lorsque la fonction est presque li-
néaire sur l’intervalle considéré.
Remarque 105.2. La pondération 1, 4, 1 traduit le fait que le point milieu joue un rôle central
dans l’approximation quadratique.
Idée essentielle
La méthode de Simpson peut être vue comme une méthode très efficace pour capturer la
courbure locale de la fonction.
Remarque 108.2. Cette formule montre que la méthode du trapèze est exacte pour les fonctions
affines, puisque dans ce cas
f ′′ = 0.
Idée essentielle
L’erreur du trapèze dépend de la courbure de la fonction. Plus f ′′ est petit, meilleure est
généralement l’approximation.
Point d’attention
La grande précision théorique d’une méthode ne dispense jamais d’examiner la régularité
de la fonction. Une méthode de haut ordre suppose généralement une fonction suffisam-
ment régulière.
Exemple 110.2. — la méthode du rectangle à gauche est exacte pour les polynômes constants ;
— la méthode du trapèze est exacte pour les polynômes de degré au plus 1 ;
— la méthode de Simpson est exacte pour les polynômes de degré au plus 3.
Remarque 110.3. Le degré d’exactitude fournit une mesure simple et utile de la qualité algé-
brique d’une formule de quadrature.
Remarque 111.2. Les points intérieurs interviennent avec le poids 1, tandis que les extrémités
interviennent avec le poids 12 .
Remarque 113.1. Dans certaines applications, l’évaluation de f (x) est elle-même coûteuse.
Le choix d’une formule efficace devient alors crucial.
Point d’attention
En calcul numérique, une méthode plus compliquée n’est pas toujours meilleure. La bonne
méthode est celle qui est adaptée à la structure réelle du problème.
Exercice 3 — Trapèze
Approcher Z 1
(1 + x2 ) dx
0
Exercice 4 — Simpson
Approcher Z 1
(1 + x2 ) dx
0
Exercice 5 — Comparaison
Comparer les résultats des quatre méthodes précédentes avec la valeur exacte de l’intégrale.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] K. E. Atkinson, An Introduction to Numerical Analysis, Wiley.
[4] G. Dahlquist and A. Björck, Numerical Methods, Dover Publications.
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
Objectifs du chapitre
Exemple 119.2. Les expressions suivantes sont des équations différentielles ordinaires :
Dans ce chapitre, nous nous concentrons principalement sur les équations différentielles du
premier ordre écrites sous la forme
La condition initiale y(t0 ) = y0 est fondamentale. Elle sélectionne une trajectoire particulière
parmi toutes les trajectoires éventuellement possibles.
y(t) = Cet , C ∈ R.
Dans les applications, ce que l’on cherche le plus souvent n’est pas une expression symbolique
complète, mais une approximation fiable des valeurs de la solution :
Idée essentielle
La résolution numérique transforme une équation différentielle continue en une suite de
calculs discrets permettant de suivre l’évolution approximative de la solution.
tn = t0 + nh, n = 0, 1, 2, . . . , N,
h = tn+1 − tn .
L’idée est d’approcher la solution exacte y(tn ) par des valeurs numériques yn , calculées
récursivement.
Autrement dit, on remplace la fonction continue y(t) par une suite
(yn )n≥0 .
Remarque 121.2. Le choix du pas h joue un rôle fondamental : un pas trop grand peut dégrader
fortement la précision, tandis qu’un pas trop petit augmente le coût du calcul.
Comme
y ′ (tn ) = f (tn , y(tn )),
on obtient
y(tn+1 ) = y(tn ) + h f (tn , y(tn )) + O(h2 ).
On remplace alors la solution exacte par les approximations numériques, ce qui conduit à
la formule :
Avec
y0 = 1,
on obtient :
y1 = 1.1, y2 = 1.21, y3 = 1.331.
Comparons avec les valeurs exactes :
On observe que la méthode suit bien la tendance générale, mais avec une erreur croissante.
Application / Interprétation
Cet exemple montre bien la philosophie des méthodes numériques pour EDO : on ne
calcule pas la fonction complète, on construit progressivement une trajectoire approchée.
Remarque 124.2. Ce schéma est dit implicite car yn+1 apparaît des deux côtés de la formule.
Il faut donc généralement résoudre une équation à chaque pas.
Idée essentielle
Le schéma explicite est plus simple, mais le schéma implicite est souvent plus robuste
numériquement.
O(h2 ).
en = y(tn ) − yn ,
O(h).
Remarque 126.3. Il est très important de comprendre que l’erreur locale et l’erreur globale ne
sont pas du même ordre.
128 Consistance
Définition 128.1. Une méthode numérique est dite consistante si son erreur locale tend vers
0 lorsque le pas h tend vers 0.
Autrement dit, la méthode doit reproduire correctement l’équation différentielle à l’échelle
infinitésimale.
Remarque 128.2. La consistance exprime le fait que le schéma discret est bien un modèle
fidèle du problème différentiel lorsque le pas devient très petit.
129 Stabilité
La stabilité concerne la manière dont les erreurs se propagent d’un pas au suivant.
Définition 129.1. Une méthode est dite stable si de petites perturbations numériques, dues
par exemple aux erreurs d’arrondi ou aux approximations intermédiaires, ne s’amplifient pas
de façon incontrôlée au cours du calcul.
Cette notion est cruciale. Une méthode peut être consistante, mais devenir inutilisable si
les erreurs numériques explosent au fil des itérations.
Point d’attention
Une méthode numériquement instable peut produire des résultats aberrants, même si la
formule de départ paraît mathématiquement correcte.
130 Convergence
Définition 130.1. Une méthode numérique est dite convergente si, lorsque h → 0, les ap-
proximations yn convergent vers les valeurs exactes y(tn ).
En pratique, la convergence signifie que la méthode devient correcte lorsque l’on affine
suffisamment la discrétisation.
Idée essentielle
La convergence est l’objectif final : lorsque le pas devient fin, la méthode doit retrouver
la vraie solution.
Remarque 130.2. Un principe fondamental de l’analyse numérique est qu’une bonne méthode
doit combiner fidélité locale et contrôle global des erreurs.
131 Lien entre consistance, stabilité et convergence
En analyse numérique, ces trois notions sont intimement liées :
— la consistance garantit que le schéma discret reflète correctement l’équation ;
— la stabilité garantit que les erreurs ne s’emballent pas ;
— la convergence garantit que la solution approchée tend vers la solution exacte.
Remarque 131.1. Dans un cadre rigoureux, un résultat fondamental affirme souvent qu’une
méthode consistante et stable est convergente.
Idée essentielle
La consistance regarde la qualité du schéma sur un pas ; la stabilité regarde l’évolution
des erreurs ; la convergence regarde le résultat final.
h2 ′′
y(tn+1 ) = y(tn ) + hy ′ (tn ) + y (tn ) + · · ·
2
on comprend qu’Euler explicite ne capture que le premier terme correctif. Les méthodes d’ordre
supérieur cherchent à reproduire plus fidèlement ce développement.
Certaines équations peuvent exiger des méthodes implicites ou adaptées, notamment lors-
qu’elles présentent des comportements rapides ou des contraintes de stabilité sévères.
y(t) = et .
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] A. Iserles, A First Course in the Numerical Analysis of Differential Equations, Cambridge
University Press.
[4] J. C. Butcher, Numerical Methods for Ordinary Differential Equations, Wiley.
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
Ce chapitre est fondamental, car il relie l’analyse numérique, l’algèbre linéaire, la géométrie
euclidienne et les applications de modélisation. Il constitue aussi un point d’entrée naturel vers
la régression statistique, l’analyse de données et de nombreuses méthodes modernes d’approxi-
mation.
Objectifs du chapitre
p(xi ) = yi , ∀i.
Définition 141.2. L’approximation consiste à chercher une fonction g telle que
g(xi ) ≈ yi , ∀i,
Remarque 141.3. L’interpolation impose une fidélité point par point. L’approximation privi-
légie une fidélité globale.
Exemple 141.4. Si les données proviennent d’une expérience physique entachée de bruit, il
est souvent absurde d’imposer à la fonction ajustée de passer exactement par tous les points
observés.
Point d’attention
Une interpolation exacte sur des données bruitées peut conduire à un modèle artificiel,
instable ou peu représentatif du phénomène réel.
g(x) = ax + b.
ri = yi − g(xi ),
appelée résidu.
L’idée des moindres carrés est de choisir les paramètres de g de manière à minimiser la
somme des carrés des résidus : n
X
ri2 .
i=1
Définition 142.1. La méthode des moindres carrés consiste à choisir les paramètres d’un
modèle de façon à minimiser la somme des carrés des écarts entre les valeurs observées et les
valeurs prédites.
143.1 Modèle
On cherche une droite
g(x) = ax + b
qui représente au mieux les données
(x1 , y1 ), . . . , (xn , yn ).
ri = yi − (axi + b).
(a, b) ∈ R2
∂J ∂J
= 0, = 0.
∂a ∂b
Calculons : n
X 2
J(a, b) = yi − axi − b .
i=1
On obtient : n
∂J X
= −2 xi yi − axi − b ,
∂a i=1
n
∂J X
= −2 yi − axi − b .
∂b i=1
En annulant ces dérivées, on obtient le système :
n
X n
X n
X
xi y i = a x2i +b xi ,
i=1 i=1 i=1
n
X n
X
yi = a xi + bn.
i=1 i=1
Définition 144.1. Ce système est appelé équations normales du problème de moindres carrés
affine.
On cherche la droite
y = ax + b
qui ajuste au mieux ces points.
Calculons les sommes nécessaires :
X
n = 4, xi = 1 + 2 + 3 + 4 = 10,
X
yi = 2 + 2.8 + 3.6 + 5.1 = 13.5,
X
x2i = 1 + 4 + 9 + 16 = 30,
X
xi yi = 2 + 5.6 + 10.8 + 20.4 = 38.8.
Les équations normales deviennent :
g(x) = a0 + a1 x + a2 x2 + · · · + am xm .
Le problème des moindres carrés consiste alors à minimiser
n m
!2
X X
J(a0 , . . . , am ) = yi − ak xki .
i=1 k=0
Remarque 146.1. Lorsque m augmente, le modèle devient plus flexible, mais il peut aussi
devenir plus sensible au bruit ou plus difficile à interpréter.
Point d’attention
Augmenter le degré d’un polynôme améliore la capacité d’ajustement, mais ne garantit
pas une meilleure pertinence du modèle.
Le problème devient :
Ac ≈ y.
On cherche alors c minimisant
∥Ac − y∥22 .
c ∈ Rm+1
Idée essentielle
Le problème des moindres carrés transforme un ajustement de données en un problème
géométrique de distance minimale dans un espace euclidien.
AT Ac = AT y.
Théorème 148.1. Toute solution du problème des moindres carrés vérifie les équations nor-
males
AT Ac = AT y.
Remarque 148.2. Le système normal est un système linéaire carré, même lorsque le système
initial Ac = y est surdéterminé.
Ac = y
contient plus d’équations que d’inconnues. Il n’admet en général pas de solution exacte. Les
moindres carrés fournissent alors la meilleure solution approchée au sens quadratique.
Définition 149.1. La solution des moindres carrés est la projection orthogonale de y sur l’es-
pace vectoriel engendré par les colonnes de A.
r ⊥ Im(A).
Idée essentielle
Les équations normales expriment exactement le fait que l’erreur résiduelle est orthogo-
nale à l’espace des modèles possibles.
ri = yi − g(xi ).
Définition 150.2. On appelle vecteur des résidus le vecteur
r = y − Ac.
Les résidus mesurent ce que le modèle n’explique pas. Ils permettent de juger :
— la qualité de l’ajustement ;
— la pertinence du choix du modèle ;
— la présence éventuelle d’observations atypiques ;
— la nécessité d’un modèle plus riche.
Remarque 150.3. Un bon ajustement ne signifie pas que tous les résidus sont nuls, mais qu’ils
restent globalement petits et sans structure incohérente apparente.
c = (AT A)−1 AT y.
Remarque 151.2. Cette formule ressemble à une formule explicite, mais en pratique on évite
souvent de calculer directement l’inverse de AT A, pour des raisons numériques.
Point d’attention
La formule explicite est utile théoriquement, mais la résolution pratique doit tenir compte
de la stabilité numérique.
y = ax + b
AT Ac = AT y.
Les moindres carrés constituent l’un des ponts les plus importants entre les mathéma-
tiques numériques, la modélisation et l’analyse de données.
Point d’attention
Un bon ajustement numérique ne remplace jamais une réflexion sur la pertinence du
modèle choisi.
Remarque 155.1. Ainsi, la régression linéaire classique peut être vue comme une application
directe des moindres carrés.
156 Résumé du chapitre
Dans ce chapitre, nous avons introduit les principes fondamentaux de l’approximation de
fonctions et de la méthode des moindres carrés.
Les idées essentielles sont les suivantes :
— l’approximation se distingue de l’interpolation ;
— les moindres carrés minimisent la somme des carrés des résidus ;
— l’ajustement affine constitue le cas le plus élémentaire ;
— les équations normales donnent une caractérisation algébrique de la solution ;
— la formulation matricielle éclaire la structure générale du problème ;
— la solution s’interprète géométriquement comme une projection orthogonale ;
— les résidus mesurent la part non expliquée par le modèle ;
— la méthode est puissante, mais suppose un choix raisonnable du modèle.
Ce chapitre constitue une étape majeure dans la formation numérique de l’étudiant, car il
relie approximation, algèbre linéaire, optimisation et modélisation de données.
Exercice 2 — Résidus
On considère les données
(1, 2), (2, 3), (3, 5).
Pour la droite
g(x) = x + 1,
calculer les résidus.
g(x) = ax + b.
Exercice 5 — Ajustement affine complet
À partir des données
(1, 2), (2, 2.8), (3, 3.6), (4, 5.1),
calculer les sommes nécessaires et écrire les équations normales.
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] K. E. Atkinson, An Introduction to Numerical Analysis, Wiley.
[4] G. H. Golub and C. F. Van Loan, Matrix Computations, Johns Hopkins University Press.
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
f (x + h) − f (x)
f ′ (x) = lim .
h→0 h
Cette expression suggère qu’il suffit de prendre h très petit. Pourtant, en pratique numérique,
ce raisonnement est faux s’il est appliqué naïvement.
Pourquoi ?
— Si h est trop grand, l’approximation est grossière : l’erreur de troncature est importante.
— Si h est trop petit, les quantités f (x + h) et f (x) deviennent très proches, leur différence
peut perdre beaucoup de chiffres significatifs, et l’erreur d’arrondi devient dominante.
On se trouve donc face à une tension fondamentale :
Point d’attention
Dans le calcul numérique des dérivées, prendre un pas h extrêmement petit n’est pas
toujours une bonne idée. Une approximation plus fine analytiquement peut devenir moins
bonne numériquement.
Le principe général consiste à remplacer la dérivée exacte par une combinaison linéaire de
ces valeurs.
Définition 161.1. Une formule de différences finies est une approximation de dérivée
obtenue à partir d’un nombre fini de valeurs de la fonction évaluées sur un petit voisinage du
point considéré.
h2 ′′ h3 h4
f (x + h) = f (x) + hf ′ (x) + f (x) + f (3) (x) + f (4) (x) + O(h5 ),
2 6 24
et
h2 ′′ h3 h4
f (x − h) = f (x) − hf ′ (x) + f (x) − f (3) (x) + f (4) (x) + O(h5 ).
2 6 24
Ces deux expansions permettent de faire apparaître ou de faire disparaître certains termes
selon que l’on additionne ou soustrait les expressions.
Remarque 162.1. Le développement de Taylor est l’outil central de l’analyse locale. En mé-
thodes numériques, il sert à construire les schémas et à mesurer leur précision.
f (x + h) − f (x)
f ′ (x) ≈ .
h
h2 ′′ h3
f (x + h) = f (x) + hf ′ (x) + f (x) + f (3) (x) + O(h4 ).
2 6
En retranchant f (x), on obtient :
h2 ′′ h3
f (x + h) − f (x) = hf ′ (x) + f (x) + f (3) (x) + O(h4 ).
2 6
En divisant par h, on trouve :
f (x + h) − f (x) h h2
= f ′ (x) + f ′′ (x) + f (3) (x) + O(h3 ).
h 2 6
Ainsi,
f (x + h) − f (x) h ′′
f ′ (x) = − f (x) + O(h2 ).
h 2
Définition 163.2. On dit que la différence finie avant est une méthode d’ordre 1, car son
erreur principale est proportionnelle à h.
Remarque 163.3. Cette formule est simple, mais sa précision est relativement modeste.
163.3 Exemple
Pour f (x) = x2 , on a f ′ (x) = 2x. En x = 1, avec h = 0.1,
f (x) − f (x − h)
f ′ (x) ≈ .
h
164.2 Analyse
En utilisant le développement de f (x − h), on obtient :
f (x) − f (x − h) h h2
= f ′ (x) − f ′′ (x) + f (3) (x) + O(h3 ).
h 2 6
La méthode est donc, elle aussi, d’ordre 1.
Remarque 164.2. Les différences avant et arrière sont asymétriques. Elles sont utiles lors-
qu’on ne dispose de l’information que d’un seul côté du point considéré, par exemple à proximité
d’un bord du domaine.
f (x + h) − f (x − h)
f ′ (x) ≈ .
2h
h3 (3)
f (x + h) − f (x − h) = 2hf ′ (x) + f (x) + O(h5 ).
3
En divisant par 2h,
f (x + h) − f (x − h) h2
= f ′ (x) + f (3) (x) + O(h4 ).
2h 6
On en déduit que l’erreur principale est de l’ordre de h2 .
Idée essentielle
La différence centrée gagne un ordre de précision par rapport aux schémas avant et arrière,
car les termes impairs d’ordre 1 se compensent par symétrie.
165.3 Exemple
Pour f (x) = x2 , x = 1, h = 0.1,
f (x + h) − 2f (x) + f (x − h)
f ′′ (x) ≈ .
h2
166.2 Justification
En additionnant les développements de f (x + h) et f (x − h), on obtient :
h4 (4)
f (x + h) + f (x − h) = 2f (x) + h2 f ′′ (x) + f (x) + O(h6 ).
12
Donc
h4 (4)
f (x + h) − 2f (x) + f (x − h) = h2 f ′′ (x) + f (x) + O(h6 ).
12
En divisant par h2 ,
f (x + h) − 2f (x) + f (x − h) ′′ h2 (4)
= f (x) + f (x) + O(h4 ).
h2 12
La méthode est donc d’ordre 2.
Remarque 166.2. Cette formule joue un rôle fondamental dans la discrétisation des équations
différentielles ordinaires et surtout des équations aux dérivées partielles.
Cela signifie que lorsque h est petit, l’erreur principale se comporte comme hp .
Remarque 167.3. Une méthode d’ordre plus élevé est théoriquement plus précise lorsque h
tend vers zéro, mais cela ne suffit pas à garantir une meilleure performance en machine.
Remarque 168.2. Si l’on diminuait h dans un monde sans erreur d’arrondi, l’erreur de tron-
cature tendrait vers zéro.
f (x + h) − f (x)
Exemple 169.2. Si deux nombres sont proches à 10−8 près mais chacun connu avec une erreur
de l’ordre de 10−12 , leur différence peut être fortement contaminée par l’erreur de représentation.
Point d’attention
La dérivation numérique amplifie naturellement les erreurs, car elle divise une différence
déjà fragile par un petit nombre h.
C2
erreur totale ≈ C1 hp + ,
h
où :
— C1 hp représente l’erreur de troncature ;
C2
— h
représente l’effet amplifié des erreurs d’arrondi.
Le premier terme diminue quand h diminue ; le second augmente quand h diminue. Il existe
donc un compromis.
Idée essentielle
Le bon choix du pas h ne consiste pas à le prendre « le plus petit possible », mais à
équilibrer deux sources d’erreur opposées.
ε(x + h) − ε(x)
h
peut devenir très grand lorsque h est petit.
Remarque 171.1. La dérivation agit comme un amplificateur de hautes fréquences. En pré-
sence de bruit, elle peut produire des résultats très instables.
Point d’attention
Lorsque les données proviennent d’expériences, le calcul numérique des dérivées doit être
mené avec encore plus de prudence que dans le cas d’une fonction analytique propre.
Application / Interprétation
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] K. E. Atkinson, An Introduction to Numerical Analysis, Wiley.
[4] R. J. LeVeque, Finite Difference Methods for Ordinary and Partial Differential Equations,
SIAM.
Université de Bertoua
Faculté des Sciences
Département de Mathématiques, Statistique et Informatique
Licence 3 Mathématiques Appliquées et Fondamentales (MAF)
Objectifs du chapitre
∂u ∂ 2u ∂ 2u ∂ 2u ∂u ∂u
= , + = 0, +c = 0.
∂t ∂x2 ∂x2 ∂y 2 ∂t ∂x
Remarque 179.4. Cette différence est plus qu’une nuance formelle : elle modifie profondément
la nature du problème, la structure des solutions et les techniques numériques nécessaires.
∂ 2u ∂ 2u
+ = 0.
∂x2 ∂y 2
Elle intervient notamment dans :
— l’électrostatique ;
— la mécanique des fluides ;
— les états stationnaires de diffusion ;
— les potentiels harmoniques.
∂u ∂ 2u
= κ 2.
∂t ∂x
Elle modélise la diffusion de chaleur, mais aussi plus généralement les phénomènes de diffu-
sion.
∂u ∂u
+c = 0.
∂t ∂x
Elle décrit le déplacement d’une quantité sans diffusion.
180.4 Équation des ondes
∂ 2u 2
2∂ u
= c .
∂t2 ∂x2
Elle modélise la propagation d’ondes mécaniques, acoustiques ou électromagnétiques dans
des cadres simplifiés.
Idée essentielle
Chaque grande famille d’EDP correspond à un type de phénomène : équilibre, diffusion,
transport ou propagation.
Définition 181.1. On appelle condition aux limites de Dirichlet une condition imposant
directement la valeur de la solution sur le bord :
Définition 181.2. On appelle condition aux limites de Neumann une condition imposant
une dérivée normale sur le bord :
∂u
(0, t) = γ(t).
∂x
Remarque 181.3. Le type de condition aux limites a une influence directe sur la structure du
problème numérique obtenu.
xi = i∆x, i = 0, 1, . . . , N,
avec
L
∆x = ,
N
et une grille temporelle :
tn = n∆t, n = 0, 1, . . . , M,
avec
T
∆t = .
M
Définition 182.1. On appelle maillage l’ensemble des points discrets (xi , tn ) utilisés pour
approximer la solution.
On note alors
uni ≈ u(xi , tn ).
Idée essentielle
Le passage du continu au discret consiste à remplacer la fonction u(x, t) par un tableau
de valeurs uni .
∂u un+1 − uni
(xi , tn ) ≈ i .
∂t ∆t
Remarque 183.1. Ces approximations sont obtenues à partir des développements de Taylor
et constituent les briques élémentaires de nombreux schémas numériques.
184 L’équation de la chaleur en une dimension
Considérons l’équation de la chaleur sur [0, L] :
∂u ∂ 2u
= κ 2,
∂t ∂x
avec une condition initiale
u(x, 0) = u0 (x)
et des conditions aux limites, par exemple
u(0, t) = 0, u(L, t) = 0.
On en déduit :
∆t
un+1 = uni + κ n n n
i ui+1 − 2ui + ui−1 .
(∆x)2
Si l’on pose
∆t
µ=κ ,
(∆x)2
alors le schéma s’écrit :
un+1
i = (1 − 2µ)uni + µuni−1 + µuni+1 .
Définition 185.1. Ce schéma est appelé schéma explicite à différences finies pour l’équa-
tion de la chaleur.
Idée essentielle
Le schéma explicite met à jour chaque point de la grille en combinant sa valeur actuelle
et celles de ses voisins immédiats.
186 Interprétation du schéma explicite
La formule
un+1
i = (1 − 2µ)uni + µuni−1 + µuni+1
montre que la nouvelle valeur est une combinaison linéaire de :
— la valeur actuelle au point xi ,
— la valeur du voisin de gauche,
— la valeur du voisin de droite.
Cela correspond bien à l’idée physique de diffusion : la température en un point évolue sous
l’influence de son voisinage immédiat.
Remarque 186.1. Plus la diffusion est forte, plus l’effet de moyenne spatiale est marqué.
Alors :
un+1
i = (1 − 2 × 0.1) × 4 + 0.1 × 2 + 0.1 × 3.
Donc :
un+1
i = 0.8 × 4 + 0.2 + 0.3 = 3.7.
Cette valeur est plus lissée que la valeur précédente, ce qui est cohérent avec le phénomène
de diffusion.
U n+1 = AU n + bn ,
où A est une matrice tridiagonale de la forme
1 − 2µ ···
µ 0 0
... ..
µ 1 − 2µ µ .
.
A=
0 µ 1 − 2µ . . 0 ,
.. .. .. ..
. . . . µ
0 ··· 0 µ 1 − 2µ
Remarque 188.1. L’écriture matricielle met en évidence le lien direct entre les EDP discré-
tisées et les systèmes linéaires étudiés en EC1.
Point d’attention
Si la condition
∆t 1
κ ≤
(∆x)2 2
n’est pas respectée, le schéma explicite peut devenir numériquement instable.
Idée essentielle
Un schéma peut être mathématiquement correct et pourtant inutilisable en pratique si
ses pas de discrétisation ne respectent pas la condition de stabilité.
Remarque 190.1. Cela constitue l’une des principales limites des schémas explicites : un
maillage spatial fin impose un pas de temps très petit.
191 Introduction aux schémas implicites
Pour contourner certaines limitations des schémas explicites, on introduit des schémas im-
plicites.
Par exemple, pour l’équation de la chaleur, on peut écrire :
Remarque 191.1. Les schémas implicites sont généralement plus coûteux à chaque itération,
mais ils offrent souvent de meilleures propriétés de stabilité.
Idée essentielle
Un schéma explicite privilégie la simplicité de calcul ; un schéma implicite privilégie sou-
vent la robustesse numérique.
Remarque 192.1. Les EDP numériques constituent ainsi un point de convergence naturel
entre l’analyse, l’algèbre linéaire et les méthodes numériques de base.
∂u ∂ 2u ∂ 2u ∂ 2u
u′ (t) = u(t), = , y ′′ (t) + y(t) = 0, + = 0.
∂t ∂x2 ∂x2 ∂y 2
∂u ∂ 2u
= κ 2.
∂t ∂x
Exercice 5 — Mise à jour numérique
Avec
uni−1 = 1, uni = 3, uni+1 = 2, µ = 0.2,
calculer un+1
i .
Références du chapitre
Références
[1] R. L. Burden and J. D. Faires, Numerical Analysis, Cengage Learning.
[2] A. Quarteroni, R. Sacco and F. Saleri, Numerical Mathematics, Springer.
[3] R. J. LeVeque, Finite Difference Methods for Ordinary and Partial Differential Equations,
SIAM.
[4] J. C. Strikwerda, Finite Difference Schemes and Partial Differential Equations, SIAM.