Camara Laye
écrivain guinéen
Pour les articles homonymes, voir Laye et Camara.
Camara Laye, de son vrai nom Abdoulaye Camara, né le 1er janvier 1928 à Kouroussa en
république de Guinée et mort le 4 février 1980 à Dakar au Sénégal, est un écrivain guinéen
d'expression française1.
Camara Laye
Biographie
Naissance 1er janvier 1928
Kouroussa (Haute-Guinée)
Décès 4 février 1980
Dakar (Sénégal)
Nationalité guinéenne
Activité Haut fonctionnaire
Autres informations
Genre artistique Roman
Distinction Prix Charles Veillon
Œuvres principales
L'Enfant noir (autobiographie, 1953)
Le Regard du roi (roman, 1954)
Dramouss (roman, 1966)
Le Maître de la parole (épopée romancée, 1978)
Biographie
Camara Laye naît le 1er janvier 1928 à Kouroussa, province de l'Anama, en Haute-Guinée. Sa
famille est malinké. Son père, Komady Camara, est forgeron et orfèvre, et sa mère est la petite-
fille d’un forgeron. Abdoulaye Camara, surnommé Laye par sa famille, est l'aîné d'une fratrie de
douze. Il est toujours très entouré durant son enfance, que ce soit par les apprentis de son père
ou par ses frères et ses parents. Après un an d'école coranique, il fréquente l'école primaire
française jusqu'à l'obtention de son certificat d'étude2,3. Comme tout enfant musulman, il passe
par le rituel d’initiation de la circoncision. Cet évènement a lieu en brousse dans une atmosphère
festive. Bien qu'impatient, Laye Camara est anxieux en tant que futur circoncis : « Ne dansions-
nous que pour oublier ce que nous redoutions ? ». Après avoir passé ce rite d'initiation, il a le
sentiment d'être un homme. Après la période de convalescence due à sa circoncision, il rentre
chez lui et découvre que sa propre case est désormais séparée de celle de sa mère. Bien que
triste, il éprouve la satisfaction d’être un homme, d'avoir « l’âge de la raison ».
À quinze ans, il quitte sa famille pour Conakry où Il est accueilli par l'un de ses oncles pour suivre
des études d'enseignement technique à l'école Georges-Poiret 4.
Études en France
Après l’obtention de son CAP de mécanicien, Laye convainc ses parents de le laisser aller en
France pour y poursuivre ses études.
Après l'obtention d'une bourse d'études grâce à ses excellents résultats, il part pour la France où
il étudie à l'École centrale d'ingénierie automobile à Argenteuil où Il obtient un certificat de
mécanicien. Après l'expiration de sa bourse, il se prend lui-même en charge en faisant de petits
boulots à l'usine automobile Simca puis dans les transports en commun de Paris (RATP) et enfin
à la Compagnie des compteurs de Montrouge. Il continue ses études, le soir, au Conservatoire
national des arts et métiers (CNAM) et au Collège technique de l'aéronautique et de construction
automobile. C'est à cette époque qu'il écrit L'Enfant noir5.
Haut fonctionnaire puis chercheur
Il obtient le diplôme d'ingénieur en 1956 et retourne en Afrique, plus précisément au Dahomey
(actuel Bénin). La Guinée obtient son indépendance en 1958, et Ahmed Sékou Touré est élu
président. Laye Camara est le premier ambassadeur au Ghana6. Il occupe ensuite différents
postes dans d'autres pays avant d'être rappelé à Conakry, où il travaille pour le département des
accords économiques. Il est ensuite nommé directeur de l'Institut National de la Recherche et de
la Documentation. Laye Camara se trouve de plus en plus souvent en conflit avec la politique du
président Ahmed Sékou Touré. Il est emprisonné pour une courte période. Finalement, dans le
milieu des années 1960, il s'enfuit avec sa famille en Côte d'Ivoire, avant de s'installer au Sénégal
où il travaille comme chercheur à l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN), tout en participant
au mouvement d'opposition à Sékou Touré.
En tant que chercheur à l'IFAN, il parcourt l'Afrique de l'Ouest afin de recueillir les récits de
l'histoire des peuples noirs que racontent les griots, poètes et musiciens d'Afrique7.
Œuvres
Accueil critique
Le premier roman de Laye Camara, L'Enfant noir, publié en France en 1953 sous le nom de
Camara Laye, a reçu le Prix Charles Veillon 19548. Dans ce roman, il dépeint avec nostalgie son
enfance heureuse, ses parents, son éducation, le rituel de la circoncision qui est un élément
important dans l'initiation à la culture malinké et la fin de sa jeunesse. Ce livre connut un tel
succès qu'il fut adapté en film : L'Enfant noir par Laurent Chevallier, sorti en 19959.
Dédicace faite par Camara Laye de
"L'Enfant noir" à l'intention de son ami
l'écrivain malgache Pierre Randrianarisoa,
datée du 24 Novembre 1976.
Le Regard du roi, publié en 1954, est un récit allégorique et initiatique, avec comme héros un
blanc qui, s'étant fait rejeter par ses compatriotes, tente d'accéder à la sagesse profonde de
l'Afrique avec l'aide de maîtres spirituels noirs10.
Dramouss (A Dream of Africa) a été publié à Paris en 1966, brisant ses douze années de long
silence. Il poursuit l'histoire de Fatoman, mais est plus politique ; Fatoman, après son retour à
son domicile, a des difficultés à se réajuster à son entourage en Afrique. La vision idéalisée de la
vie qu'il s'était faite à l'étranger est corrompue par la violence politique. Sékou Touré apparaît
dans le récit, à peine déguisé, comme « Le Big Brute ». En prison, Fatoman rêve d'un lion noir
apportant la paix en Guinée11.
Son dernier livre, Le Maître de la parole, publié en 197812, est une transcription de l'épopée de
Soundiata, une épopée orale consacrée à Soundiata Keïta, l'empereur mandingue mort en 1255.
Fruit d'une enquête de vingt ans auprès des griots malinkés, l'ouvrage se fonde en particulier sur
la récitation de l'épopée faite à Camara Laye par le griot Babou Condé ; mais Camara Laye la
romance en partie afin de la rendre accessible à un lectorat plus large13.
Controverses
Dans les années 1970, des accusations de plagiat et d'imposture littéraire sont adressées contre
Camara Laye14,15. Pour appuyer ces accusations, les auteurs considèrent que Camara Laye ne
devrait pas pouvoir maîtriser la construction et le style romanesque observé dans L'Enfant noir et
Le Regard du roi au regard de son niveau d'éducation. La maîtrise et les allusions aux œuvres de
Franz Kafka que l'on retrouve dans ses romans sont également suspectes. Il est également
suggéré que la connaissance de la culture Mossi ne peut pas faire partie du bagage culturel
malinké de l'auteur14.
Aujourd'hui, il n'existe aucun élément probant permettant de conforter ces accusations que
Abiola Irele déconstruit complètement16,17. Le chercheur littéraire rappelle le contexte dans
lequel s'inscrivent ces accusations dont d'autres auteurs africains sont également la cible. Il
estime cependant qu'il reste probable que les romans de Camara Laye fasse l'objet d'une
réécriture par les pairs, procédé courant dans le processus de fabrication d'un roman. Enfin, il
pointe le caractère particulièrement paradoxal et infondé de considérer que l'auteur ne peut pas
avoir lu Kafka ou la littérature ethnologique sur l'Afrique de l'Ouest18.
Notes et références
1. « Camara Laye (auteur de L'Enfant noir) ([Link]
646) [archive] », sur Babelio (consulté le 3 avril 2023)
2. (en-US) admin, « Camara Laye. La musicalité dans le style ([Link]
11/02/03/camara-laye-la-musicalite-dans-le-style/) [archive] », sur ExcelAfrica,
3 février 2011 (consulté le 2 octobre 2024)
3. « "CAMARA Laye l'enfant noir" par Amadou Bal BA ([Link]
gmailcom/blog/261122/camara-laye-lenfant-noir-par-amadou-bal-ba) [archive] », sur
Mediapart, 26 novembre 2022 (consulté le 2 octobre 2024)
4. « Camara Laye [Grammaire 24/56 : Le pronom possessif et l'expression de la possession] (h
ttps://[Link]/document/09439974/a1ec/427a/09439974-a1ec-427a-a0c5-7e66fb71e93b/c
o/01_02_auteur.html) [archive] », sur [Link] (consulté le 3 avril 2023)
5. « L’ÉPOPÉE D’UN MÉCANICIEN DEVENU GRAND ÉCRIVAIN | Coups Francs ([Link]
[Link]/un-mecanicien-devenu-grand-ecrivain/) [archive] », 15 juillet 2021 (consulté le
3 avril 2023)
6. « CAMARA LAYE – ECRIVAIN – GUINEEN ([Link]
ain-guineen/ecrivains/) [archive] » (consulté le 3 avril 2023)
7. « Biographie : Camara Laye - Littérature Guinee ([Link]
ee/[Link]) [archive] », sur [Link]
(consulté le 3 avril 2023)
8. « Littafcar - Intersections littéraires d'Afrique et des Caraïbes ([Link]
s/189/l-enfant-noir/presentation) [archive] », sur [Link] (consulté le 3 avril 2023)
9. « L'Enfant noir (1995) ([Link] [archive] », sur
[Link] (consulté le 3 avril 2023)
10. Roger CHEMAIN et Arlette CHEMAIN, « Pour une lecture politique de « Le regard du roi » de
Camara Laye », Présence Africaine, no 131, 1984, p. 155–168 (ISSN 0032-7638 ([Link]
org/resource/ISSN/0032-7638), lire en ligne ([Link] [archive], consulté le
3 avril 2023)
11. Laye (1928-1980) Auteur du texte Camara, Dramouss / roman ; Camara Laye, 1966 (lire en
ligne ([Link] [archive])
12. « Camara Laye: l’éternel exilé créatif ([Link]
met-consectetuer-lorem-ipsum-sit-amet-3/) [archive] », sur Institut Culturel Afro-Arabe,
30 septembre 2015 (consulté le 3 avril 2023)
13. Jacques Jouet, « Camara Laye (1928-1980) », dans Encyclopaedia Universalis, en ligne.
Page consultée le 4 février 2012. [lire en ligne ([Link]
e/) [archive]]
14. Fauvelle 2022, p. 104.
15. Ralph Austen, « Review of Rereading Camara Laye », The International Journal of African
Historical Studies, vol. 36, no 2, 2003, p. 477–479 (ISSN 0361-7882 ([Link]
SSN/0361-7882), DOI 10.2307/3559413 ([Link] lire en ligne ([Link]
org/stable/3559413) [archive], consulté le 20 mai 2025)
16. Fauvelle 2022, p. 105.
17. F. Abiola Irele, « In Search of Camara Laye », Research in African Literatures, vol. 37, no 1,
2006, p. 110–127 (ISSN 0034-5210 ([Link] lire en ligne (http
s://[Link]/stable/3821122) [archive], consulté le 20 mai 2025)
18. Fauvelle 2022, p. 106.
Voir aussi
Bibliographie
Camara Anzoumana, Camara Laye, L'enfant Noir, Adaptation en Bandes dessinées du roman
de Camara Laye, 67 pages, (ISBN 978-2-9537829-0-5), Publication Paris, 2010, Éd. ESPRIT LIBRE JUNIOR &
PLON
Ada Uzoamaka Azodo, L'imaginaire dans les romans de Camara Laye, P. Lang, New York, Berne,
Paris, 1993, 165 p. (ISBN 0-8204-2039-5) (texte remanié d'une thèse de lettres soutenue à
l'Université de Lagos en 1990)
(en) Adele King, Rereading Camara Laye, University of Nebraska Press, Lincoln, London, 2002,
210 p. (ISBN 0-8032-2752-3)
Ange-Séverin Malanda, L'esthétique littéraire de Camara Laye, L'Harmattan, 2000, 141 p.
(ISBN 2-7384-8882-X)
Marcelline Nnomo « Camara Laye », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de
Corinne Blanchaud [sous la dir. de], Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique
subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, Éd. H. Champion, Paris, 2010,
p. 252-256 (ISBN 978-2-7453-2126-8)
Ingse Skattum, De Bakoroba Koné à Camara Laye : la répétition comme trait d'oralité dans la
littérature mandingue traditionnelle et moderne, Université d'Oslo, 1991, 542 p. (thèse)
François-Xavier Fauvelle, Les masques et la mosquée : l'empire du Mâli (xiiie – xive siècle), Paris,
CNRS Éditions, coll. « Zéna », 2022, 295 p. (ISBN 978-2-271-14370-9, présentation en ligne ([Link]
[Link]/[Link]) [archive])
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[Link]/camara-laye) [archive] · Kritisches Lexikon zur fremdsprachigen Gegenwartsliteratur
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Fiche sur Le Maître de la Parole ([Link]
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