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Le document présente une analyse approfondie de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans les régions du Nord-Ouest et de l'Ouest du Cameroun, affectées par une crise humanitaire et des tensions socio-politiques. Il évalue l'impact de cette crise sur les filières agricoles clés, identifiant des défis structurels et des opportunités de résilience. Des recommandations stratégiques sont proposées pour améliorer la situation alimentaire et favoriser la durabilité à long terme.

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Moïse Noutche
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Le document présente une analyse approfondie de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans les régions du Nord-Ouest et de l'Ouest du Cameroun, affectées par une crise humanitaire et des tensions socio-politiques. Il évalue l'impact de cette crise sur les filières agricoles clés, identifiant des défis structurels et des opportunités de résilience. Des recommandations stratégiques sont proposées pour améliorer la situation alimentaire et favoriser la durabilité à long terme.

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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix-Travail-Patrie Peace- Work-Fatherland


 *********
Ministère de l’Enseignement Supérieur Ministry of Higher Education

UNIVERSITE DE DOUALA
*********************************************
ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE
D’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ENSET
************************* ENSET
B.P. 1872 Douala - Cameroun
Tél. (Fax) : (237) 33-40-42-91 /99-95-98-53 - Email : cabenset@[Link]
*************************************

LABORATOIRE : GENIE DES PROCEDES (LGP)


NIVEAU : Master 2 Recherche

Rédigé par :
MOKWA MARIE LU-GARDE
FOKAM LEONEL

Enseignante :
Dr EYENGA
Table des matières
INTRODUCTION GÉNÉRALE...................................................................................................... 3
- Contexte et justification de l’étude ........................................................................................ 3
- Problématique et hypothèse de travail .................................................................................. 3
- Objectifs et démarche méthodologique ................................................................................. 3
CHAPITRE I : ETAT DES LIEUX DE LA SECURITE ALIMENTAIRE ET
NUTRITIONNELLE ....................................................................................................................... 4
1. Région du Nord-Ouest : Une crise humanitaire et alimentaire sévère .................................. 4
2. Région de l’Ouest : Un bassin agricole sous haute pression démographique ....................... 4
3. Indicateurs nutritionnels préoccupants .................................................................................. 5
4. données chiffrées récentes ..................................................................................................... 5
a. À l'échelle nationale (Contexte global) ............................................................................. 5
b. Focus : Régions du Nord-Ouest et de l'Ouest ................................................................ 6
c. Facteurs aggravants sur les marchés locaux ...................................................................... 6
CHAPITRE II : ANALYSE DE L'IMPACT SPECIFIQUE SUR LES FILIERES CLES .............. 7
1. La filière Pomme de Terre..................................................................................................... 7
2. La filière Maïs ....................................................................................................................... 8
3. La filière Maraîchère ............................................................................................................. 8
4. La filière Élevage .................................................................................................................. 8
5. Cartographie des zones les plus touchées ............................................................................. 9
a. Région du Nord-Ouest : Le Bui ; Le Mezam ; Le Donga-Mantung .................................. 9
b. Région de l'Ouest : Les Bamboutos ; La Mifi ; Le Noun ............................................ 10
CHAPITRE III : DEFIS STRUCTURELS ET OPPORTUNITES DE RESILIENCE ................. 10
1. Les goulets d’étranglement du système agroalimentaire .................................................... 10
2. Les leviers de la relance économique locale ....................................................................... 11
CHAPITRE IV : RECOMMANDATIONS STRATEGIQUES ET OPERATIONNELLES ........ 12
1. Mesure humanitaires et d’urgence (0 à 12 mois) ................................................................ 12
2. Interventions structurelles et de production (1 à 3 ans) ...................................................... 13
3. Politiques de développement et durabilité à long terme (3 à 5 ans) .................................... 13
CONCLUSION GENERALE ........................................................................................................ 15
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ....................................................................................... 16
INTRODUCTION GÉNÉRALE

- Contexte et justification de l’étude

Les régions de l'Ouest et du Nord-Ouest du Cameroun, caractérisées par l'écosystème fertile


des Hauts Plateaux, constituent historiquement le principal moteur agroalimentaire du pays et de
la sous-région Afrique Centrale. Cependant, depuis 2016, la crise socio-politique dans les régions
anglophones a profondément bouleversé cet équilibre. Ce conflit a transformé le Nord-Ouest en
une zone de crise humanitaire et déplacé le centre de gravité démographique vers la région de
l'Ouest, devenue la principale terre d'accueil des populations fuyant les violences.

- Problématique et hypothèse de travail

Dans quelle mesure l'interconnexion entre la crise sécuritaire dans le Nord-Ouest et la pression
démographique induite à l'Ouest fragilise-t-elle durablement les performances des filières agricoles
clés, et quelles stratégies territoriales faut-il déployer pour passer d'une logique d'assistance
humanitaire d'urgence à une résilience structurelle de la souveraineté alimentaire ?

- Objectifs et démarche méthodologique

Objectif général : Dresser un diagnostic complet du système alimentaire des deux


régions afin de proposer des leviers d'action durables.

Objectifs spécifiques :

- Évaluer l'état des lieux nutritionnel et humanitaire actuel à l'aide des indicateurs chiffrés
récents.
- Analyser l'impact spécifique de la crise sur les chaînes de valeur phares (maïs, pomme
de terre, maraîchage, élevage).
- Identifier les opportunités locales et formuler des recommandations stratégiques
opérationnelles.

3
CHAPITRE I : ETAT DES LIEUX DE LA SECURITE ALIMENTAIRE
ET NUTRITIONNELLE

Voici un état des lieux précis et actualisé de la sécurité alimentaire dans ces deux régions [1, 2].
Bien que géographiquement voisines et interconnectées, elles présentent des profils de vulnérabilité
très différents en raison du contexte sécuritaire [1].

1. Région du Nord-Ouest : Une crise humanitaire et alimentaire sévère

Le Nord-Ouest reste l'une des zones les plus touchées par l'insécurité alimentaire au Cameroun en
raison du conflit socio-politique persistant [1, 3, 5].

- Classification IPC : Une grande partie de la région est classée en Phase 3 (Crise) de
l'Échelle Cadre Harmonisé / IPC. Les ménages y subissent des déficits alimentaires
majeurs.
- Choc de production : L'insécurité civile limite drastiquement l'accès aux champs. De
nombreux agriculteurs ont dû abandonner leurs terres. La main-d'œuvre se fait rare et les
cycles agricoles sont constamment perturbés.
- Déplacements de populations : La région compte des centaines de milliers de déplacés
internes (PDI) qui ont perdu leurs moyens de subsistance et dépendent entièrement de l'aide
humanitaire ou des marchés locaux pour se nourrir.
- Enclavements et marchés : Les barrages routiers et l'insécurité sur les axes de transport
freinent l'approvisionnement des marchés (comme celui de Bamenda) [1]. Cela provoque
des pénuries localisées et une forte inflation des produits de base (riz, huile, poisson).

2. Région de l’Ouest : Un bassin agricole sous haute pression démographique

L'Ouest est historiquement le "grenier" du Cameroun grâce à ses sols volcaniques fertiles. Pourtant,
sa sécurité alimentaire s'est fragilisée [1, 5].

- Pression démographique : L'Ouest accueille le plus grand contingent de déplacés internes


(PDI) fuyant le Nord-Ouest. Cet afflux massif crée une pression sans précédent sur les
stocks alimentaires locaux et fait grimper la demande sur les marchés.

4
- Taux de vulnérabilité : Près de 20 % de la population de l'Ouest fait face à une insécurité
alimentaire modérée à sévère, principalement concentrée dans les zones urbaines et
périurbaines saturées (Bafoussam, Mbouda, Foumban).
- Érosion du pouvoir d'achat : L'inflation globale des produits alimentaires de base et
l'augmentation vertigineuse des prix des intrants agricoles (engrais, semences) limitent
l'accès des ménages pauvres à une alimentation diversifiée.

3. Indicateurs nutritionnels préoccupants

Le manque d'accès à une alimentation quantitativement et qualitativement suffisante a un impact


direct sur la santé, en particulier chez les groupes vulnérables :

- Malnutrition chronique : Les deux régions affichent des taux de retard de croissance
(malnutrition chronique) chez les enfants de moins de 5 ans qui dépassent souvent le seuil
critique de 30 %. C'est le reflet d'une alimentation monotone, pauvre en micronutriments
(basée essentiellement sur les tubercules et les céréales).
- Stratégies de survie négatives : Pour faire face au manque de nourriture, les ménages des
deux régions réduisent le nombre de repas par jour, diminuent les portions des adultes au
profit des enfants, ou vendent leurs biens productifs (bétail, outils), ce qui hypothèque leur
sécurité alimentaire future.

4. données chiffrées récentes

Les données du Cadre Harmonisé et d'agences telles que la FAO et OCHA dressent le bilan
chiffré de la sécurité alimentaire :

a. À l'échelle nationale (Contexte global)

- 3,1 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire aiguë au Cameroun.


- 250 000 personnes se trouvent en phase d'Urgence (Phase 4 de l'IPC), nécessitant une
aide vitale immédiate.
- 2,9 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire globale dans les zones
de crise du pays.

5
b. Focus : Régions du Nord-Ouest et de l'Ouest

Les projections et évaluations de la sécurité alimentaire mettent en évidence les chiffres clés
suivants :
Indicateurs Clés Région du Nord-Ouest Région de l'Ouest

1,1 million de personnes ont un Évaluée à environ 20,5 % de la


Population ciblée besoin urgent d'assistance (incluant population régionale affectée
par l'aide le Sud-Ouest). par une insécurité alimentaire
humanitaire modérée à sévère.
Dominée par la Phase 2 (Sous
Statut de Majoritairement en Phase 3 (Crise). pression), avec des poches de
Classification IPC Phase 3 dans les zones d'accueil
saturées.

Plus de 2 000 nouveaux Principale terre d'accueil des


Personnes déplacements signalés déplacés internes fuyant la crise
déplacées (PDI) mensuellement lors des pics de anglophone.
tension récents.
Le taux de retard de croissance chez Taux de prévalence en hausse
Malnutrition les moins de 5 ans dépasse le seuil dans les zones à forte
infantile critique de 30 %. concentration de déplacés
(périurbain).
Entre 1,5 et 1,99 million de Moins de 25 % des populations
Aide alimentaire personnes (comprenant les déplacés prioritaires sont couvertes par
d'urgence du NWSW) requièrent une assistance l'aide en raison de déficits de
alimentaire d'urgence. financement globaux.

c. Facteurs aggravants sur les marchés locaux

- Inflation des denrées de base : Les prix du maïs et du sorgho affichent des hausses
atteignant 20 % par rapport à la moyenne des trois dernières années sur les marchés témoins
(comme Bamenda).

6
- Déficit de financement de la réponse : Le plan de réponse humanitaire global n'est financé
qu'à hauteur de 20 %, créant un déficit majeur pour l'approvisionnement en intrants
agricoles et en paniers alimentaires d'urgence.

CHAPITRE II : ANALYSE DE L'IMPACT SPECIFIQUE SUR LES


FILIERES CLES

L’instabilité sécuritaire dans le Nord-Ouest et la pression démographique à l’Ouest ont


profondément déstructuré les filières agricoles clés de cette zone, historiquement considérée
comme l’un des plus grands bassins de production du Cameroun.
Voici l'analyse de l'impact spécifique sur les quatre filières majeures : [4]

1. La filière Pomme de Terre

La zone des hauts plateaux (Bamboutos à l’Ouest, Santa et Bui dans le Nord-Ouest) fournit
l'essentiel de la production nationale. [4]

- Baisse drastique des rendements : Dans le Nord-Ouest, l'accès limité aux semences
améliorées et certifiées (souvent importées ou produites dans des stations de recherche
aujourd'hui inaccessibles) a fait chuter la production.
- Pertes post-récolte massives : En raison des blocages routiers ("villes mortes",
checkpoints), les producteurs de l’Ouest et du Nord-Ouest ne peuvent pas écouler
rapidement ce produit hautement périssable vers Douala et Yaoundé. Faute de chaînes de
froid, des tonnes de tubercules pourrissent sur place.
- Flambée des coûts de production : Le prix des fongicides (indispensables contre le
mildiou qui ravage les cultures en saison des pluies) a augmenté de plus de 40 %,
décourageant les petits producteurs.

7
2. La filière Maïs

Le maïs est la principale culture vivrière de subsistance et fournit les provenderies pour l'élevage.
[4]

- Rupture de la chaîne d'approvisionnement avicole : L'Ouest est le cœur de l’aviculture


camerounaise. La baisse de la production de maïs dans le Nord-Ouest (faute d'accès aux
champs) a provoqué une pénurie de matière première pour les provenderies de l'Ouest,
entraînant une hausse du prix du poulet et des œufs.
- Concurrence sur les stocks : L'afflux de Déplacés Internes (PDI) à l'Ouest a fait exploser
la demande locale en maïs (pour le fufu). Les stocks s'épuisent plus vite, ce qui maintient
les prix sur les marchés à un niveau supérieur de 20 % à 25 % par rapport à la moyenne
décennale.

3. La filière Maraîchère

Les plaines de Foumbot (Ouest) et les vallées du Nord-Ouest approvisionnent les grands centres
urbains et les pays voisins (Gabon, Guinée Équatoriale). [4]

- Abandon des périmètres irrigués : Les cultures maraîchères demandent un entretien


quotidien et des systèmes d'irrigation. Dans le Nord-Ouest, l'abandon des exploitations par
peur des violences a stoppé net cette activité lucrative.
- Asymétrie des prix sur les marchés : À cause des difficultés de transport, on observe un
phénomène de double vitesse : les prix s'effondrent au niveau des fermes (les producteurs
bradent pour ne pas perdre la récolte) mais explosent pour le consommateur final dans les
marchés urbains de Bafoussam ou de Bamenda.

4. La filière Élevage

Les deux régions possèdent de vastes zones de pâturage (notamment le Mbam-et-Inoubou ou les
hauts plateaux du Nord-Ouest). [4]

- Conflits agriculteurs-éleveurs exacerbés : Les déplacements forcés de bétail pour fuir les
zones de combat dans le Nord-Ouest ont poussé les éleveurs (souvent Mbororos) vers

8
l'Ouest. Cela engendre de graves tensions liées au piétinement des cultures et à l'accès aux
points d'eau.
- Vol de bétail et décapitalisation : Le vol de bétail (cattle rustling) est devenu une source
de financement pour les groupes armés. Les éleveurs subissent des pertes directes massives,
ce qui réduit la disponibilité en viande bovine et en produits laitiers dans toute la zone.

5. Cartographie des zones les plus touchées

L'impact de l'insécurité alimentaire et de la crise socio-politique varie fortement d'un département


à l'autre. Les zones les plus touchées sont celles qui subissent directement les affrontements armés
(Nord-Ouest) ou celles qui font face à une saturation démographique critique due à l'afflux massif
de Déplacés Internes (Ouest). [5]
Voici la cartographie des départements les plus affectés dans les deux régions :

a. Région du Nord-Ouest : Le Bui ; Le Mezam ; Le Donga-


Mantung

Dans cette région, la crise est généralisée, mais trois départements concentrent les niveaux de
vulnérabilité les plus critiques :

- Le Bui (Chef-lieu : Kumbo) : C'est historiquement l'un des plus grands bassins de
production de pommes de terre et de maïs. C'est aujourd'hui l'un des départements les plus
touchés par les violences. L'abandon des terres y est massif, et l'accès humanitaire y est
extrêmement restreint, plongeant de nombreuses communautés isolées dans une insécurité
alimentaire sévère.
- Le Mezam (Chef-lieu : Bamenda) : Ce département subit une double pression. Il abrite la
capitale régionale, Bamenda, où se concentrent des milliers de déplacés internes venus des
zones rurales. Les marchés y sont saturés, le coût de la vie y est très élevé et les
perturbations de l'approvisionnement routier provoquent des flambées de prix régulières.
- Le Donga-Mantung (Chef-lieu : Nkambe) : Situé à la frontière nord, ce département fait
face à des ruptures fréquentes des chaînes logistiques. Les agriculteurs peinent à acheminer
le bétail et les produits vivriers vers les marchés du Sud, entraînant une baisse drastique de
leurs revenus et de leur propre sécurité alimentaire.

9
b. Région de l'Ouest : Les Bamboutos ; La Mifi ; Le Noun

À l'Ouest, l'insécurité alimentaire n'est pas causée par les combats directs, mais par la saturation
économique et foncière. Trois départements sont en première ligne :

- Les Bamboutos (Chef-lieu : Mbouda) : Ce département est le principal point de chute des
déplacés en provenance du Nord-Ouest en raison de sa proximité géographique. Considéré
comme le "cœur maraîcher" de l'Ouest, il fait face à une explosion de la demande
alimentaire et à une pression foncière extrême qui réduit la taille des parcelles cultivables
par ménage.
- La Mifi (Chef-lieu : Bafoussam) : Bafoussam, carrefour urbain régional, a vu sa
population grimper en flèche. L'insécurité alimentaire y est principalement urbaine et
économique : les ménages pauvres et les familles d'accueil n'ont plus le pouvoir d'achat
nécessaire pour faire face à la hausse des prix des produits de base (maïs, plantain, huiles).
- Le Noun (Chef-lieu : Foumban) : Ce vaste département agricole accueille une population
importante de déplacés, notamment des communautés d'éleveurs. C'est le foyer principal
des conflits agriculteurs-éleveurs de la région, liés à la compétition pour l'accès aux terres
cultivables et aux pâturages.

CHAPITRE III : DEFIS STRUCTURELS ET OPPORTUNITES DE


RESILIENCE

Pour clore cette analyse de la zone Ouest et Nord-Ouest du Cameroun, voici une synthèse structurée
des leviers d'action disponibles (Opportunités) et des obstacles majeurs à surmonter (Défis) en
2026 pour restaurer la sécurité alimentaire [1].

1. Les goulets d’étranglement du système agroalimentaire

Les freins à la sécurité alimentaire combinent des crises sécuritaires immédiates et des faiblesses
structurelles profondes :

10
- Le blocus logistique et l'insécurité routière : Dans le Nord-Ouest, les journées de "villes
mortes", les checkpoints improvisés et les menaces armées paralysent le transport. Les
camions de collecte ne peuvent plus accéder aux bassins de production profonde (Bui,
Donga-Mantung).
- La crise foncière et l'exiguïté des parcelles : À l'Ouest (Bamboutos, Mifi), la forte densité
démographique renforcée par l'afflux des déplacés internes (PDI) provoque un
morcellement critique des terres. Les familles cultivent des micro-parcelles, ce qui empêche
les économies d'échelle.
- La dépendance critique aux intrants chimiques : Les sols des hauts plateaux,
surexploités sans jachère, dépendent entièrement des engrais NPK et des fongicides.
L'inflation de ces produits importés exclut les petits producteurs, entraînant une baisse
mécanique des rendements de maïs et de pommes de terre.
- Le gaspillage de la production (Pertes post-récolte) : En raison du manque d'unités de
stockage réfrigérées et de la dégradation des pistes rurales, jusqu'à 30 % à 40 % des
récoltes de tomates (Foumbot) et de légumes pourrissent avant d'atteindre Douala ou
Yaoundé.
- Les conflits d'usage (Agriculteurs-Éleveurs) : La réduction des espaces pastoraux dans
le Nord-Ouest pousse les éleveurs nomades vers l'Ouest. Le piétinement des champs de
cultures par le bétail exacerbe les tensions intercommunautaires dans le Noun.

2. Les leviers de la relance économique locale

Malgré ce tableau complexe, la zone dispose d'atouts agro-écologiques et humains uniques au


Cameroun pour inverser la tendance :

- La transition vers l'agroécologie et les bio-intrants : Face à la cherté des engrais


chimiques, des coopératives locales développent la production de composts organiques et
de bio-pesticides à base de plantes locales (comme le neem). Cela réduit les coûts et
régénère les sols volcaniques.
- Le dynamisme du modèle coopératif (GIC et Unions) : L'Ouest possède une longue
tradition de regroupement communautaire (tontines, Groupements d'Intérêt
Communautaire). Structurer ces réseaux permet de mutualiser les achats, de négocier de
meilleurs prix de vente et d'obtenir des micro-crédits agricoles.

11
- La transformation locale (Création de valeur ajoutée) : Le développement de micro-
unités de transformation (séchage de légumes, fabrication de farines locales de
maïs/manioc, chips de pomme de terre) permet de contourner le problème du transport des
produits frais et de créer des emplois pour les jeunes déplacés.
- L'essor de l'aviculture et du petit élevage à cycle court : L'Ouest demeure le pôle avicole
majeur du pays. Investir dans le petit élevage (poulets de chair, porcs, cobayes) à l'échelle
familiale offre une source rapide de protéines animales et des revenus financiers directs
pour les ménages vulnérables.
- Les financements internationaux de résilience : Des programmes actifs comme le Projet
d'Urgence de Lutte Contre la Crise Alimentaire (PULCCA), soutenu par la Banque
Mondiale et le gouvernement, injectent des ressources ciblées (distributions de semences
certifiées de maïs, appuis financiers directs) pour recapitaliser les exploitations des zones
d'accueil.

CHAPITRE IV : RECOMMANDATIONS STRATEGIQUES ET


OPERATIONNELLES

Pour répondre aux urgences humanitaires du Nord-Ouest et stabiliser le bassin de production de


l’Ouest, les recommandations stratégiques doivent articuler des interventions d'urgence à court
terme et des réformes structurelles à moyen et long terme.
Ci-dessous une feuille de route opérationnelle destinée aux décideurs publics (MINADER,
MINEPIA), aux municipalités et aux partenaires au développement (ONG, bailleurs de fonds) : [5,
6].
1. Mesure humanitaires et d’urgence (0 à 12 mois)

- Sécuriser des « corridors logistiques alimentaires » : Négocier, sous l'égide des agences
humanitaires (OCHA) et des autorités locales, des trêves ou des voies sécurisées pour
permettre l'acheminement des intrants agricoles vers les départements en crise (Bui, Donga-
Mantung) et l'évacuation des récoltes vers Bamenda et Bafoussam.

12
- Appuyer les déplacés internes (PDI) par le micro-élevage : Distribuer massivement des
kits de petit élevage à cycle court (poulets d'un jour, porcins, petits ruminants) aux ménages
de PDI et familles hôtes dans les Bamboutos et la Mifi. Cela permet de restaurer rapidement
l'apport en protéines animales et de générer des revenus immédiats.
- Mettre en place des transferts monétaires conditionnels (Cash Transfer) : Cibler les
femmes chefs de ménage dans les zones de forte prévalence de malnutrition chronique pour
soutenir le pouvoir d'achat face à l'inflation des denrées de base.

2. Interventions structurelles et de production (1 à 3 ans)

- Subventionner et vulgariser les bio-intrants : Face à la cherté des engrais NPK,


cofinancer des unités locales de production de compost, de fientes de volailles traitées et de
biopesticides. Cette transition agroécologique permettra de régénérer les sols surexploités
des hauts plateaux à moindre coût. [5, 6]
- Aménager des infrastructures de stockage décentralisées : Construire des entrepôts de
stockage communautaires ventilés et des micro-unités de conservation de nuit dans les
grands marchés de collecte (Mbouda, Foumbot, Santa) pour réduire de moitié les pertes
post-récolte de pommes de terre et de produits maraîchers. [5, 6]
- Institutionnaliser la médiation foncière : Créer des comités paritaires de gestion des
ressources sous l'égide des chefferies traditionnelles et des communes (notamment dans le
Noun) pour cartographier les couloirs de transhumance et prévenir les conflits destructeurs
entre agriculteurs et éleveurs. [5, 6]

3. Politiques de développement et durabilité à long terme (3 à 5 ans)

- Financer l'agro-industrialisation des jeunes ruraux : Structurer des lignes de crédit à


faible taux d'intérêt (via les coopératives et microfinances locales) dédiées spécifiquement
à la transformation locale (séchage de légumes, broyage de maïs, transformation du manioc
en farine panifiable). [5, 6]
- Renforcer le modèle coopératif territorial : Redynamiser les unions de Groupements
d'Intérêt Communutaire (GIC) pour leur permettre d'acheter collectivement les semences

13
certifiées de maïs et de pommes de terre directement auprès de l'IRAD, brisant ainsi les
monopoles des importateurs privés.
- Désenclaver les pistes de production prioritaires : Allouer une part prioritaire du Budget
d'Investissement Public (BIP) départemental à l'entretien des routes secondaires reliant les
bassins agricoles profonds aux grands axes routiers nationaux. [5, 6].

14
CONCLUSION GENERALE

En somme, l'analyse de la sécurité alimentaire dans les régions de l'Ouest et du Nord-Ouest du


Cameroun met en lumière un paradoxe frappant. Ce grand bassin agricole, historiquement célébré
comme le "grenier" du pays, vacille aujourd'hui sous le poids combiné d'une crise sécuritaire
prolongée et d'une pression démographique sans précédent.
Si le Nord-Ouest s'enfonce dans une insécurité alimentaire aiguë en raison de l'abandon forcé des
terres et des ruptures logistiques, l'Ouest s'essouffle sous l'afflux massif de déplacés internes, qui
fragilise ses marchés et sature ses réserves foncières. Les filières clés, de la pomme de terre à
l'élevage bovin, paient un lourd tribut à cette instabilité, exacerbant une malnutrition chronique
déjà préoccupante chez les jeunes enfants.
Pourtant, la résilience de ces territoires n'est pas rompue. Elle repose sur des atouts structurels
majeurs : un potentiel agronomique exceptionnel, un tissu coopératif d'une vitalité rare et une
capacité d'innovation remarquable à travers la transition agroécologique et la transformation locale.
Pour inverser durablement la tendance, l'action doit être immédiate et coordonnée. Il ne s'agit plus
seulement d'apporter une aide humanitaire d'urgence, mais de rebâtir la souveraineté alimentaire
de la zone. En sécurisant les axes de transport, en investissant dans la conservation post-récolte, en
facilitant l'accès aux intrants durables et en apaisant les tensions foncières, le Cameroun pourra non
seulement stabiliser ces deux régions, mais aussi préserver l'équilibre alimentaire de l'ensemble de
son territoire et des pays d'Afrique centrale qui en dépendent.

15
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

[1] Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA). (2025).
Cameroun – Plan de Réponse Humanitaire 2025 : Aperçu des besoins et de la réponse. Yaoundé :
OCHA Cameroun. Disponible en ligne : [Link]

[2] Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) / Comité
Permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS). (2025). Cadre
Harmonisé (CH) – Analyse de la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Cameroun : Résultats du
cycle mars 2025 et projections juin–août 2025. Rome / Ouagadougou : FAO–CILSS. Disponible
en ligne : [Link]

[3] Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA). (2024).
Cameroun : Plan de Réponse Humanitaire 2024 – En Bref (avril 2024). Yaoundé : OCHA
Cameroun. Disponible en ligne : [Link]
humanitaire-2024-en-bref-fevrier-2024

[4] Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) / Programme Alimentaire Mondial
(PAM). (2024). Évaluation de la malnutrition infantile dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-
Ouest du Cameroun. Yaoundé : UNICEF–PAM Cameroun.

[5] Gouvernement du Cameroun – Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural


(MINADER). (2024). Rapport annuel sur la situation agricole dans les régions de l'Ouest et du
Nord-Ouest. Yaoundé : MINADER.

[6] Réseau de systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWS NET). (2025, janvier).
Cameroun – Perspectives sur la sécurité alimentaire, octobre 2024 – mai 2025. Washington D.C. :
FEWS NET. Disponible en ligne : [Link]

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