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Le document raconte l'histoire de Mayan, une jeune fille qui endure des abus émotionnels et physiques à la maison, tout en essayant de cacher sa douleur à ses amis. Malgré son quotidien sombre, elle trouve un peu de réconfort dans son amitié avec Yasmine et un intérêt amoureux pour Nathan. La narration met en lumière la lutte de Mayan pour vivre une vie authentique tout en portant le poids de ses blessures intérieures.

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Le document raconte l'histoire de Mayan, une jeune fille qui endure des abus émotionnels et physiques à la maison, tout en essayant de cacher sa douleur à ses amis. Malgré son quotidien sombre, elle trouve un peu de réconfort dans son amitié avec Yasmine et un intérêt amoureux pour Nathan. La narration met en lumière la lutte de Mayan pour vivre une vie authentique tout en portant le poids de ses blessures intérieures.

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Salutations :
Bonjour, si vous lisez ce livre, apprêtez-
vous à découvrir une histoire inoubliable.
Si vous aimez les récits tristes, sombres
et remplis d’émotions, alors vous êtes au
bon endroit.
Gardez les yeux grands ouverts… et
lisez bien.
la fille
invisible, pour maéline et mon père
les seuls personnes qui mon
réelement soutenu

d’une
histoire vraie
Intro :
Je m’appelle Mayan et pendant longtemps, j’ai cru que survivre suffisait
pour appeler ça vivre.
Chaque matin ressemblait au précédent : les mêmes silences, les mêmes
faux sourires, la même boule au ventre impossible à expliquer.
Pourtant, au fond de moi, il restait encore quelque chose.
Une minuscule chose.
Une once de joie.

Chapitre 1 : Mayan

Certains naissent avec le bonheur dans les mains ; moi, je passais ma vie à ramasser les morceaux
Aujourd’hui encore, maman m’a réveillée pour aller à l’école.
Mais dès que j’ai ouvert les yeux, j’ai compris.
Les draps étaient mouillés.
Mon cœur s’est serré immédiatement.
J’avais honte. Une honte si forte que j’avais envie de disparaître sous mes couvertures et de ne plus
jamais ressortir.
Quand maman l’a remarqué, son visage s’est transformé.
— Mayan, t’as pas honte ? À ton âge, tu fais encore pipi au lit ! Tu es vraiment stupide !
Sa voix résonnait dans toute la chambre pendant que moi, je gardais les yeux baissés.
— Toute la maison pue à cause de toi ! Même ton petit frère de cinq ans ne fait plus ça ! Tu te rends
compte de la honte que tu nous fais subir ?
Chaque mot me frappait presque autant que ses mains.
— Je suis désolée, maman… j’ai pas fait exprès…
Mais avec elle, “désolée” ne suffisait jamais.
— C’est toujours pareil avec toi ! On dirait que tu le fais exprès !
J’ai vu sa main se lever, et mon corps a réagi avant même que j’y pense. Je me suis recroquevillée
en couvrant ma tête.
— S’il te plaît… me tape pas…
La gifle est arrivée malgré tout. Violente. Brûlante.
— La prochaine fois, tu verras ce qui t’attend.
Puis elle est partie vers la salle de bain comme si rien ne s’était passé.
Moi, je suis restée assise par terre à pleurer en silence.
Dans ma tête, les insultes continuaient même après le départ de maman.
Peut-être qu’elle avait raison.
Peut-être que j’étais vraiment un problème.
Une honte.
— Et c’est moi qui dois encore venir te préparer maintenant ?!
Je me suis précipitée vers la salle de bain.
Maman était assise au bord de la baignoire avec ce regard plein de colère… et de déception.
Je me suis déshabillée sans parler avant d’entrer dans l’eau tiède pendant qu’elle me lavait comme
une enfant beaucoup plus petite que mon âge.
Ce jour-là, Mayan s’est fait une promesse silencieuse :
la prochaine fois, elle cacherait sa douleur.
Elle ferait semblant de ne plus rien ressentir.
Parce qu’un cœur brisé souffre moins quand il devient froid. »

Ecole Primaire
J’étais arrivée à l’école depuis quelques heures seulement.
Je n’avais pas beaucoup d’amis, parce qu’au fond, presque personne ne m’aimait vraiment.
Mais il y avait Yasmine.
Ma meilleure amie.
Elle était brune, très pâle, le genre de fille discrète qui parle peu et baisse les yeux quand trop de
regards se posent sur elle. Tout le contraire de moi. Enfin… du personnage que je montrais aux
autres.
Pourtant, avec moi, elle riait davantage. Elle devenait moins silencieuse.
Ce qu’elle ignorait, comme tout le monde d’ailleurs, c’était ce qui m’attendait chaque soir en
rentrant chez moi.
Personne ne savait qu’on me frappait.
Personne ne savait à quel point ma vie était misérable.
Et je ne referais plus jamais la même erreur.
Dans mon ancienne école, j’avais parlé. J’avais raconté la vérité. En échange, j’avais reçu des
moqueries, des regards pleins de pitié et du harcèlement presque tous les jours.
Alors quand j’ai changé d’école primaire, je me suis inventé une autre vie.
Une vie parfaite.
Une vie que tout le monde pourrait envier.
Une vie où, pour une fois, les autres seraient jaloux de moi au lieu d’avoir honte de moi
— Coucou Mayan, ça va ?

— Oh, salut Yasmine… oui, et toi ?


Toujours le même mensonge.
« Oui, je vais bien. »

Ces mots sortaient de ma bouche si facilement qu’ils semblaient presque vrais


maintenant.
Pourtant, à l’intérieur, tout s’écroulait.

J’avais envie de lui raconter.


Tout.
Les cris, les gifles, les nuits où je pleurais en silence dans mon lit en espérant ne plus me
réveiller le lendemain.

Je voulais tellement lui faire confiance.


Lui dire que je n’en pouvais plus.
Que j’avais mal tout le temps, même quand personne ne me touchait.

Mais les gens m’avaient déjà trop brisée auparavant.


Chaque fois que j’avais essayé de parler, on m’avait regardée différemment. Comme si
ma douleur était quelque chose de sale.

Alors je gardais tout pour moi.


Encore.
Toujours.

Pourtant, au fond de moi, une petite voix criait encore.

Elle espérait qu’un jour quelqu’un me serre dans ses bras sans minimiser ce que je
vivais.
Quelqu’un qui ne dirait pas :
« C’est normal, tous les parents crient parfois. »

Quelqu’un qui comprendrait enfin que ce n’était pas normal.


Que moi non plus, je n’allais pas bien. »

— Oui, je vais bien… Toi, t’es sûre que ça va ? Tu as l’air triste…


Yasmine me regardait avec ses yeux remplis d’inquiétude.
— Oui, t’inquiète, je vais bien… juste fatiguée.
Encore un mensonge.
À force de mentir, j’étais devenue experte.
Sourire au bon moment.
Faire semblant d’être normale.
Cacher les tremblements dans ma voix et les larmes derrière mes faux rires.
En réalité, je n’étais pas fatiguée.
J’étais épuisée de vivre comme ça.
Épuisée d’avoir peur de rentrer chez moi.
Épuisée de devoir prétendre que tout allait bien alors que, chaque jour, je me sentais disparaître un
peu plus.
Mais dire la vérité faisait trop peur.
Alors je continuais à sourire, même si mon cœur criait l’inverse. »
— D’accord… Devine ce que j’ai appris ?
— Je sais pas moi, dis-le.
Yasmine s’est approchée de moi avec un petit sourire impatient.
— Sarah et Nathan ne sont plus ensemble ! Tu vas enfin pouvoir te rapprocher de lui maintenant. Je
sais que tu l’aimes depuis une éternité.
Mon cœur a raté un battement à l’entente de son prénom.
Nathan.
Rien que penser à lui suffisait parfois à rendre mes journées un peu moins lourdes.
C’était idiot, sûrement.
Mais quand il me parlait, j’avais l’impression d’exister autrement qu’à travers ma tristesse.
J’ai baissé les yeux pour cacher le léger sourire qui apparaissait malgré moi.
— Arrête… c’est pas vrai.
— Mayan, je te connais. Ça se voit dans tes yeux dès qu’il entre dans une pièce.
J’ai laissé échapper un petit rire nerveux avant de regarder autour de nous.
Pendant quelques secondes, j’avais presque oublié tout le reste.
Comme si parler de Nathan me donnait une minuscule pause dans le chaos de ma vie.
Une once de joie.
— Mayan… ne panique surtout pas.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Dis-le-moi !

Yasmine a attrapé doucement mon bras avant de murmurer :

— Nathan est en train de venir vers nous… Ne te retourne surtout pas. Ce serait
tellement gênant s’il ne venait pas pour toi.

Mon cœur s’est mis à battre si fort que j’avais l’impression que toute la cour pouvait
l’entendre.

Mes mains sont devenues moites immédiatement, et malgré moi, un sourire nerveux est
apparu sur mon visage.

— Arrête, tu mens…

— Je te jure que non ! Reste naturelle surtout !

Naturelle.
Comme si je savais encore comment être naturelle devant quelqu’un que j’aimais.
J’ai fixé le sol pour éviter de me retourner, essayant de calmer le tremblement dans ma
poitrine.

Puis une voix s’est élevée juste derrière moi.

— Salut les filles.

À cet instant précis, mon monde entier s’est arrêté quelques secondes.

Je l’ai fixé sans réussir à dire un seul mot.


Heureusement, Yasmine essayait de garder la conversation vivante malgré le malaise visible sur
mon visage.
— Oh… salut Nathan. On t’avait vraiment pas vu venir…
dit-elle avec un petit rire gêné.
Nathan a souri avant de répondre calmement :
— Salut Yasmine… et salut Mayan. Vous allez bien ?
— Moi ça va, merci. Et toi ?
demanda Yasmine.
— Mieux… et toi, Mayan ?
Mon cerveau s’est vidé d’un coup.
— Euhhh… vais bien moi… euh, j’veux dire… je vais bien.
Oh mon dieu.
Je savais vraiment pas parler normalement devant lui.
Nathan a laissé échapper un petit rire discret, pas méchant… presque attendri.
— C’est bien alors.
J’ai immédiatement baissé les yeux, trop gênée pour soutenir son regard plus longtemps.
— Et que veux-tu dire par “mieux” ?
demanda Yasmine avec curiosité.
Nathan a haussé les épaules avant de répondre :
— Sarah et moi, c’est fini. Et honnêtement… c’est un soulagement. Elle devenait agaçante à vouloir
tout contrôler. Puis… je crois que je l’ai jamais vraiment aimée au fond.
— Je vois, je vois…
répondit Yasmine avec un sourire discret pendant que moi, mon cœur battait encore plus vite
qu’avant.
Une partie de moi détestait être heureuse d’entendre ça.
Mais une autre… une autre avait soudainement l’impression qu’un tout petit espoir venait de naître
— Bon, je vais aller voir mes amis. On se voit après… à plus, Mayan.
— Plus… à… euhhh, j’veux dire… bon, t’as compris…
Nathan a laissé échapper un petit rire avant de reculer doucement.
— Oui, t’inquiète.
Puis il est parti rejoindre ses amis au fond de la cour.
Dès qu’il a été assez loin, Yasmine s’est tournée vers moi avec des yeux énormes.
— OH MON DIEU, T’AS VU ÇA ?! IL EST TOTALEMENT AMOUREUX DE TOI ! Il avait des
yeux que pour toi !
cria-t-elle presque hystérique.
J’ai senti mes joues brûler immédiatement.
— Mais non, dis pas ça… Il était juste gentil. Et puis t’as vu comment je me suis ridiculisée devant
lui ?
— Ridiculisée ?! Mayan, il te trouvait adorable !
— Adorable ? J’arrive même plus à former une phrase correcte quand il me parle…
Yasmine a éclaté de rire pendant que moi, j’essayais désespérément de cacher mon sourire.
Et pour la première fois depuis longtemps…
je m’étais sentie un peu légère.
Comme si, pendant quelques minutes, ma vie n’était plus seulement faite de peur et de tristesse.
Juste quelques minutes normales.
Quelques minutes heureuses.

En classe
Je regardais attentivement les traits de Nathan.
Ses yeux, son sourire, la façon dont ses cheveux retombaient légèrement sur son front…
J’étais tellement concentrée à l’observer que je n’avais même pas remarqué qu’il me parlait depuis
plusieurs secondes.
— La Terre appelle Mayan ?
Sa voix m’a sortie brutalement de mes pensées.
— Euh… oui, désolée. Tu disais ?
Nathan a souri légèrement avant de répéter :
— C’est pas grave. Je te demandais juste si t’avais un stylo, j’ai plus d’encre.
J’allais ouvrir ma trousse quand une voix aiguë a coupé le silence.
— MOI JE PEUX TE DONNER UN STYLO, NATACHOU !
cria Natasha avec un sourire beaucoup trop forcé.
Nathan a tourné la tête vers elle.
— Oh, merci Natasha, c’est gentil de ta part.
Mes doigts se sont arrêtés net sur ma trousse.
— Oh…
C’était tout ce que j’avais réussi à dire.
Nathan m’a regardée de nouveau.
— Mais merci quand même, Mayan.
— Euh… oui, de rien.
J’essayais de sourire normalement, mais quelque chose s’était serré dans ma poitrine.
Natasha s’est ensuite penchée vers Manon, assez fort pour que je puisse entendre chaque mot.
— Mais elle pense c’est qui celle-là ? Elle veut me voler mon Natashou, mais ça arrivera jamais.
En plus, je suis déjà allée chez lui, nos mères sont super copines et on s’est déjà baignés ensemble.
Jamais il sortira avec une fille comme elle.
Les deux filles ont éclaté de rire en me regardant.
J’ai immédiatement baissé les yeux vers ma table, faisant semblant de chercher quelque chose dans
mon sac pour éviter qu’on remarque la douleur sur mon visage.
Ce genre de remarques…
ça me ramenait toujours à la même sensation.
Celle de ne jamais être assez bien pour quelqu’un.
Même quand, pendant quelques secondes, j’avais commencé à y croire un peu.
Certaines blessures ne font aucun bruit.
Elles se cachent derrière un sourire discret,
et grandissent en silence,
à chaque mot qu’on fait semblant d’ignorer.

DRINGGGGGG
COUR DE RECREATION
Toutes les filles étaient regroupées autour de Nathan.
Certaines riaient trop fort, d’autres jouaient avec leurs cheveux en essayant d’attirer son attention.
Lui était au milieu de tout ça, adossé contre un mur, pendant que plusieurs filles parlaient en même
temps autour de lui.
Moi, j’étais assise sur un banc à côté de Yasmine, observant la scène en silence.
Je faisais semblant que ça ne me touchait pas.
Mais au fond, mon cœur se serrait un peu plus à chaque seconde.
Yasmine a doucement donné un coup dans mon épaule pour attirer mon attention.
— Mayan, arrête de faire cette tête.
— Quelle tête ?
— Cette tête de fille triste qui regarde son amoureux entouré de vautours.
J’ai laissé échapper un petit rire nerveux avant de détourner le regard.
— Il m’aime pas… regarde-les. Elles sont toutes mieux que moi.
Yasmine a immédiatement froncé les sourcils.
— N’importe quoi. Tu veux que je sois honnête ? Depuis tout à l’heure, il regarde que toi. Même
quand les autres lui parlent.
— Tu dis ça pour me rassurer.
— Non, je te jure. Et puis les filles comme Natasha, ça se voit quand elles forcent trop.
J’ai regardé Nathan une nouvelle fois.
Pendant quelques secondes, son regard s’est tourné dans notre direction.
Mon cœur a raté un battement.
Alors j’ai immédiatement détourné les yeux comme une idiote.
Yasmine a éclaté de rire à côté de moi.
— T’es vraiment amoureuse toi…
Peut-être qu’elle avait raison.
Parce qu’au milieu de toute ma tristesse,
Nathan était devenu ce petit détail capable de rendre mes journées moins sombres.
Parfois, il suffit d’un regard
pour illuminer une journée entière.
Même un cœur abîmé
continue secrètement d’espérer être aimé.
Nathan a discrètement levé la main dans ma direction avec un petit sourire au coin des lèvres.
Un simple geste.
Presque rien.
Mais mon cœur s’est emballé immédiatement.
Pendant une seconde, j’ai eu envie de lui répondre.
De sourire.
De lui faire un signe moi aussi.
Mais la peur a été plus forte.
Alors j’ai fait semblant de ne rien voir.
Comme si j’étais soudainement très occupée à regarder le sol ou les arbres derrière lui.
Pourtant, je sentais encore son regard posé sur moi quelques secondes plus tard.
— MAIS POURQUOI T’AS IGNORÉ SON SIGNE ?!
chuchota Yasmine en me secouant légèrement le bras.
— J’ai paniqué…
— Mayan, un jour tu vas mourir de timidité, je te jure.
J’ai laissé échapper un petit rire nerveux pendant qu’au fond de moi, je regrettais déjà mon geste.
Peut-être qu’il allait croire que je ne l’aimais pas.
Peut-être qu’il allait arrêter d’essayer de me parler.
Et cette idée me faisait beaucoup plus mal qu’elle ne le devrait.
Les personnes timides ont souvent le cœur le plus bruyant.
Elles cachent leurs sentiments derrière le silence,
alors qu’au fond,
elles espèrent qu’on insiste un peu pour les comprendre

Garderie du soir
Nathan et moi étions à la garderie du soir, attendant que nos parents viennent nous chercher pour
rentrer chacun chez nous.
Dehors, le ciel commençait doucement à devenir orange à cause du coucher du soleil. Quelques
enfants couraient encore dans la cour pendant que les surveillants discutaient entre eux.
Nathan était dehors avec d’autres garçons au début, pendant que moi, j’étais assise seule à une table
à l’intérieur avec mes crayons et mon carnet de dessin. Dessiner était une des seules choses qui
calmaient vraiment mon esprit. Quand je dessinais, j’oubliais un peu les cris à la maison.
J’oubliais la peur. J’étais concentrée sur mon dessin quand j’ai vu une silhouette s’arrêter devant
moi.
J’ai levé les yeux.
Nathan.
— Tu dessines quoi ?
demanda-t-il en se penchant légèrement vers mon carnet.
Mon cœur s’est immédiatement mis à battre plus vite.
— Euh… rien de spécial…
Il a observé mon dessin quelques secondes avant de sourire.
— C’est joli.
Mes joues ont chauffé instantanément.
— Merci…
Il est resté silencieux un petit moment avant de tirer une chaise à côté de moi.
— Tu veux jouer à un jeu avec moi ?
J’ai cligné des yeux, surprise.
— Avec moi ?
— Bah oui, avec toi.
Il avait répondu ça si naturellement… comme si c’était évident qu’il voulait passer du temps avec
moi.
Et sans même m’en rendre compte, un vrai sourire est apparu sur mon visage.
Parfois, les moments les plus simples
réparent doucement des blessures invisibles.
Un sourire sincère,
une présence,
et le monde paraît déjà un peu moins cruel.
— D’accord… tu préfères…

Nathan réfléchit un instant en me regardant avec un petit sourire.

— Tu préfères avoir la capacité de lire dans les pensées ou devenir invisible quand tu
veux ?

J’ai pris quelques secondes avant de répondre.

— Invisible.

— Direct ? Même pas besoin de réfléchir ?

J’ai haussé les épaules.

— Comme ça… personne ne me verrait quand j’en ai envie.

Nathan m’a regardée un moment sans parler.

— Moi je pense que ce serait dommage qu’on te remarque pas.

Mon cœur a raté un battement.

— À moi maintenant…

J’ai réfléchi à mon tour avant de demander :

— Tu préfères Sarah ou Natasha ?

Nathan a laissé échapper un petit rire.

— Honnêtement ? Aucune des deux.

J’ai levé les yeux vers lui.

— Ah bon ?

— Sarah voulait tout contrôler, et Natasha joue un rôle.

Il a ensuite ajouté avec un petit sourire :

— Je préfère les filles simples.

J’ai senti mes joues chauffer.


— Ah… je vois.

Nathan a ri doucement pendant que je baissais les yeux, gênée.

— À toi.

J’ai proposé à mon tour :

— Tu préfères vivre sans musique ou sans téléphone ?

— Sans téléphone, direct.

— Moi aussi.

— T’écoutes quoi comme musique ?

— Des musiques d’Ariana Grande.

Nathan a souri.

— Ah ouais ? Je m’y attendais pas.

— Pourquoi ?

— T’as pas trop l’air du genre.

J’ai baissé les yeux un instant.

— Ça me fait oublier des trucs…

Un silence est tombé.

— Des trucs ?

— Rien… laisse tomber.

Nathan n’a pas insisté.

— Ok. Bonne réponse quand même. Ariana Grande, validé.

J’ai souri doucement.

— À toi.

Nathan a continué le jeu :

— Tu préfères pouvoir arrêter le temps ou remonter dans le passé une seule fois ?

J’ai hésité.

— Remonter dans le passé… une seule fois.


— Pourquoi ?

J’ai haussé les épaules.

— Pour changer ou comprendre certaines choses…

Nathan a hoché la tête doucement.

— Je vois…

Un silence calme s’est installé entre nous, différent des autres.

Presque apaisant.

Et pendant quelques minutes, j’ai oublié le reste du monde.

Parfois, les jeux les plus simples


ouvrent des portes qu’on garde fermées depuis longtemps.
Et dans un regard sincère,
on peut parfois trouver un peu de paix.

Chapitre 2 :
Un sourire Malgré tout

2 ans plus tard


Récap. J’ai maintenant 9 ans.
Nathan ne m’aimait pas.
En fait… je n’étais qu’un pari.
Une illusion.
Un jeu comme les autres.
Et quand j’ai compris ça, quelque chose s’est cassé en moi sans faire de bruit.
Il est sorti avec Natasha après ça.
Comme si tout ce que j’avais ressenti n’avait jamais compté.
Comme si moi, je n’avais jamais vraiment compté.
Je repense parfois à ces moments à la garderie, aux “tu préfères”, aux sourires, à cette impression
stupide d’exister un peu plus quand il me parlait…
Et maintenant je comprends.
Ce n’était pas de l’amour.
Ce n’était même pas sérieux pour lui.
Moi, par contre… je l’avais vécu avec tout mon cœur.
Trop fort. Trop vite. Trop naïvement.
Aujourd’hui, je n’en parle plus.
Je fais comme si ça ne m’avait jamais touchée.
Comme si ça ne m’avait jamais blessée.
Mais au fond…
je me souviens encore exactement de chaque détail.
Parfois, les souvenirs d’enfance les plus doux
sont aussi ceux qui laissent les cicatrices les plus silencieuses.
Et on grandit en apprenant une chose difficile :
tout ce qui fait battre le cœur n’est pas forcément vrai amour.

Quand toute l’école a appris… tout a changé.


Du jour au lendemain, je suis devenue un clown aux yeux des autres.
Ils ne me regardaient plus comme avant.
Ils me regardaient pour rire.
Et ils m’ont donné un surnom.
« Casino Girl ».
Parce que j’étais “le pari”, “le jeu”, comme l’argent qu’on met dans les machines sans jamais savoir
si on va gagner ou perdre.
Au début, je ne comprenais même pas.
Puis j’ai compris que c’était pire que des explications.
C’était du mépris déguisé en blague.
Dans les couloirs, j’entendais les rires.
Dans la cour, je sentais les regards.
Et même quand je faisais semblant de ne pas entendre, ça restait collé à moi comme une ombre.
J’essayais de marcher plus vite.
De baisser les yeux.
De disparaître un peu plus chaque jour.
Mais plus j’essayais de disparaître… plus ils semblaient me voir.
Et ce qui faisait le plus mal…
ce n’était pas seulement les autres.
C’était de repenser à moi, avant.
À la Mayan qui avait cru que c’était réel.
À la Mayan qui avait souri pour de vrai.
Les mots des enfants peuvent sembler légers,
mais certains laissent des marques qu’on ne voit pas.
Et parfois, on ne se souvient pas seulement d’une histoire…
on se souvient surtout de la façon dont elle nous a fait tomber.

Chapitre 3 : Survivre en se
perdant

Depuis ce jour-là, j’ai compris que la vie que j’avais créée ne servait plus à rien.
Personne ne m’enviait.
Personne ne me regardait comme je voulais être regardée.
Tout ce que j’avais construit s’était effondré.
Alors j’ai décidé de changer.
Pas pour redevenir la fille qu’on ignore.
Pas pour continuer à souffrir en silence.
Je ne voulais plus être une personne qu’on peut jeter du jour au lendemain comme une poubelle.
Je ne voulais plus être faible aux yeux des autres.
Je voulais du respect.
Je voulais qu’on fasse attention à moi.
Je voulais que ma présence compte.
Alors j’ai changé ma façon de marcher.
Ma façon de parler.
Ma façon de regarder les autres.
Je ne baissais plus les yeux.
Je ne me cachais plus.
Et petit à petit, quelque chose a commencé à changer autour de moi.
Dans les couloirs, les regards ont changé.
Les rires ont diminué.
Les gens faisaient plus attention à ce qu’ils disaient.
Quand je passais, on ne m’ignorait plus comme avant.
On me voyait enfin.
Je n’étais pas devenue quelqu’un de cruel.
Je n’étais pas une personne qu’on devait craindre.
J’étais devenue quelqu’un qu’on respectait.
Et pour la première fois…
je n’avais plus l’impression d’être invisible.
Parfois, on ne change pas pour devenir quelqu’un d’autre,
mais pour ne plus jamais être effacé.
Et dans ce changement,
on apprend enfin à exister sans avoir à disparaître.

Bien que ma meilleure amie n’approuvait pas vraiment ce que je suis devenue, elle restait quand
même à mes côtés.
— Coucou Mayan, ça va ?
me demanda Yasmine.
— Oui… et toi ?
— Euh… oui. J’ai un truc à te dire…
J’ai levé les yeux vers elle. Son ton était différent, plus sérieux que d’habitude.
— Vas-y… dis-moi.
Yasmine a hésité, jouant nerveusement avec ses doigts.
— Je… je vais déménager.
J’ai senti mon cœur se serrer immédiatement.
— Déménager ?
Elle a hoché doucement la tête.
— Mes parents ont trouvé une autre maison… dans une autre ville. On part bientôt.
Un silence est tombé entre nous.
Les bruits de la cour semblaient soudain très loin.
J’ai ouvert la bouche, mais aucun mot n’est sorti tout de suite.
— Mais… tu vas changer d’école ?
— Oui…
Sa voix tremblait un peu.
Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai revu la Yasmine d’avant… pas celle qui sourit
toujours, mais celle qui avait peur de perdre quelque chose.
Certaines personnes ne partent pas seulement avec leurs affaires…
elles emportent aussi un morceau de nous avec elles.
Et parfois, ce qui fait le plus mal…
ce n’est pas ce qu’on perd, mais ce qu’on n’a pas eu le temps de dire.
— Quoi… non… tu peux pas… dis-moi que c’est une blague…
Ma voix tremblait sans que je puisse la contrôler.
Yasmine a baissé les yeux, silencieuse pendant quelques secondes.
— J’aurais aimé que ce soit une blague…
Ces mots m’ont frappée plus fort que je ne l’aurais cru.
J’ai senti quelque chose se casser doucement à l’intérieur de moi. Pas un bruit. Juste un vide.
— Mais… et nous ?
J’ai serré les poings sans même m’en rendre compte.
— Et les cours ? Et… tout ?
Yasmine a relevé légèrement la tête. Ses yeux brillaient un peu.
— On pourra s’appeler… se parler…
Mais sa voix n’avait pas l’assurance de quelqu’un qui y croit vraiment.
Et moi, j’avais compris.
Rien ne serait comme avant.
Il y a des départs qui ne font pas de bruit,
mais qui laissent un écho immense derrière eux.
Et parfois, on réalise trop tard
qu’on ne savait pas dire au revoir.
Quelques semaines plus tard…
Récap…
Yasmine a déménagé.
On a fini par couper contact.
Au début, j’ai essayé de faire comme si ça allait.
Comme si ce n’était pas grave.
Comme si je pouvais juste continuer sans elle.
Je me suis fait de nouveaux amis.
J’ai essayé de sourire, de rire, de parler comme avant.
Mais personne n’était comme elle.
Personne ne comprenait mes silences comme elle.
Personne ne voyait quand j’allais mal sans que je parle.
Personne ne restait juste… même quand je n’étais pas facile à comprendre.
Et petit à petit, j’ai compris quelque chose.
On peut être entourée de monde… et quand même se sentir seule.
Yasmine me manquait terriblement.
Pas seulement comme une amie.
Comme un repère.
Comme quelqu’un qui me connaissait vraiment.
Certains liens ne s’effacent pas avec la distance,
ils restent accrochés au cœur comme une absence qui ne guérit pas.
Et même entourée de nouvelles voix,
il y en a toujours une qu’on continue d’entendre en silence.
En classe, je suis devenue moins sérieuse.
J’ai commencé à traîner avec des personnes qui avaient beaucoup d’influence sur moi.
Petit à petit, je n’étais plus vraiment la même.
Je faisais des choses que je n’aurais jamais imaginé faire avant… et pourtant, j’y étais.
Des bagarres.
Des vols.
Répondre aux professeurs.
Chaque fois, je savais que ce n’était pas bien.
Chaque fois, je me disais que j’allais arrêter.
Mais je continuais quand même.
Comme si je cherchais à remplir quelque chose à l’intérieur de moi.
Comme si, en devenant plus dure à l’extérieur, j’allais oublier ce qui me faisait mal à l’intérieur.
Sauf que ça ne marchait pas.
Et parfois, une fois seule, je repensais à Yasmine.
À la Mayan d’avant.
À celle qui souriait sans se forcer.
Et je me demandais où j’avais perdu cette version de moi.
On croit parfois que s’entourer des mauvaises personnes nous rend plus fort,
mais souvent, ça nous éloigne surtout de qui on était vraiment.
Et un jour, en se regardant dans le miroir,
on ne reconnaît plus tout à fait la personne en face.
En CM2, j’ai séché les cours pour la première fois.

Je ne sais même pas vraiment pourquoi j’ai fait ça… sur le moment, ça m’a semblé
simple, comme si ce n’était pas grave.

Et puis j’ai volé une barre de chocolat dans une épicerie.

Un petit geste, rapide… mais qui a tout changé.

Le principal a fini par être au courant.

Et il a appelé mes parents.

Quand j’ai appris ça, mon cœur s’est serré d’un coup.

Je savais déjà ce qui m’attendait.

Et pour la première fois, j’ai eu peur de rentrer à la maison.

Pas juste de me faire gronder…


mais de ce qui allait se passer une fois la porte fermée.
J’ai traîné en sortant de l’école, en espérant que le temps ralentisse, que le chemin
devienne plus long.

Mais je savais que je ne pouvais pas fuir.

Il fallait rentrer.

Et affronter ce qui m’attendait.

Il y a des trajets qu’on fait en silence,


le cœur lourd et les pas lents,
parce qu’on sait que derrière la porte…
le vrai monde nous attend sans nous laisser le choix.

Ma mère est rentrée en furie.


Son visage était fermé, sa voix pleine de colère.
— Tu vois comment tu m’as mise la honte aujourd’hui ?!
— Je sais maman mais…
— Pas de “mais” !
J’ai reculé instinctivement, déjà terrifiée.
— S’il te plaît… arrête…
Mais elle n’écoutait plus.
La tension est montée d’un coup, et l’instant d’après, la douleur est arrivée.
Une gifle.
Sèche. Brûlante.
J’ai eu le souffle coupé. Mes larmes sont sorties toutes seules sans que je puisse les retenir.
— Tu m’obliges à en arriver là !
Je suis restée figée, le regard vide, incapable de parler.
Tout mon corps tremblait.
Et dans ma tête, il n’y avait plus que du silence.
Parfois, une seule seconde suffit pour que tout change,
et il ne reste plus que les larmes pour dire ce que les mots n’arrivent plus à porter.
Et dans ma tête, une seule pensée tournait en boucle :
pourquoi ça fait si mal d’exister dans un endroit censé être chez soi ?
Après ça, il n’y avait plus vraiment de bruit dans la maison.
Juste un silence lourd, écrasant.
Je suis restée immobile un moment, les joues encore brûlantes, les yeux pleins de larmes.
Personne ne parlait.
Personne ne venait.
J’ai fini par me lever doucement, comme si mon corps ne m’appartenait plus vraiment.
Je suis allée dans ma chambre sans dire un mot.
Une fois la porte fermée, j’ai glissé contre le mur.
Et là… j’ai enfin laissé sortir tout ce que j’avais retenu.
Je pleurais sans pouvoir m’arrêter.
Pas seulement à cause de la douleur.
Mais à cause de tout le reste.
De l’école.
De Yasmine.
De Nathan.
De ma vie entière qui semblait toujours se casser un peu plus.
Et surtout… de cette sensation de ne jamais être assez bien nulle part.
Quand mes larmes se sont calmées, il ne restait qu’un vide étrange.
Comme si quelque chose en moi s’était un peu éteint.
Parfois, on ne pleure pas seulement pour ce qui vient d’arriver,
mais pour tout ce qu’on a accumulé depuis trop longtemps.
Et dans le silence d’une chambre fermée,
on apprend à survivre avec un cœur trop lourd pour son âge.

2 ans plus tard…


J’ai changé.
Je suis devenue distante. Froide. Comme une pierre.
Une barrière qu’on ne peut plus vraiment franchir.
J’ai maintenant douze ans.
À l’intérieur, j’ai l’impression de ne plus ressentir les choses comme avant. Ou plutôt… de les
cacher tellement loin que même moi, j’ai du mal à les atteindre.
Je traîne avec les mauvaises personnes.
Je me suis créée une nouvelle vie, encore une fois.
Une vie pour être aimée.
Une vie où je fais semblant d’être quelqu’un que je ne suis pas.
Et dans cette vie-là, je me perds un peu plus chaque jour.
Je me bats souvent.
Je réponds. Je provoque.
Et je fais des allers-retours chez le principal, comme si c’était devenu normal.
Mais derrière tout ça… il n’y a pas vraiment de force.
Il y a juste une fille qui ne sait plus trop comment exister autrement.
Parfois, on croit que devenir dur nous protège,
mais ça nous éloigne aussi de nous-même.
Et un jour, on réalise qu’on ne sait plus très bien où s’est arrêté l’enfant qu’on était.

Chapitre 4 : Les matins


silencieux

Un matin…
Je me suis réveillée, mais une chose n’a pas changé chez moi…
la nuit.
Je fais encore au lit.
Je sais que ce n’est pas normal, que c’est une maladie, mais quand j’essaie d’en parler à mes
parents, ils me disent juste de me taire.
Alors maintenant… ça ne me surprend même plus.
Je me lève doucement de mon lit, je vais me doucher et me préparer pour la journée.
Ma mère sait déjà ce qui s’est passé aujourd’hui.
Comme d’habitude, elle ne pose pas vraiment la question pour comprendre… mais pour me le faire
remarquer.
— MAYAN !
— Oui ?
— Laisse-moi deviner… t’as encore fait au lit ?
Son ton est ironique. Elle sait déjà la réponse.
— Oui…
Elle souffle, agacée.
— Ça sent mauvais ! Tu ne le remarques même pas ?
Je baisse les yeux.
Je ne réponds pas.
Je n’ai pas la force de me disputer avec elle.
Alors je reste silencieuse, en attendant que ça passe… comme toujours.
Parfois, on finit par se taire non pas parce qu’on n’a rien à dire,
mais parce qu’on sait que personne n’écoute vraiment.
Et dans ce silence répété,
on apprend à encaisser plutôt qu’à répondre.
Chez Mayan

Un matin

Comme d’habitude… je m’étais encore réveillée dans des draps mouillés.


Mais cette fois, ça ne me faisait presque plus rien.
Enfin… c’est ce que j’essayais de me faire croire.
À force de vivre certaines choses, on finit par ne plus réagir pareil.
La honte devient une habitude.
La douleur devient normale.
Et moi, avec le temps, je m’étais construit quelque chose autour du cœur.
Une barrière.
Une couche de glace tellement épaisse que plus personne ne pouvait vraiment m’atteindre.
Je refusais qu’on me fasse encore du mal.
Je refusais d’être cette fille naïve qui montre ses blessures en espérant qu’on la comprenne.
Plus jamais.
Plus jamais je ne laisserais ma mère voir quand j’avais mal.
Plus jamais je ne laisserais quelqu’un découvrir ce qu’il se passait réellement dans ma tête.
Parce qu’avant… je montrais ma douleur.
Et elle utilisait ça contre moi.
Chaque faiblesse devenait une arme dans ses mains.
Chaque larme devenait une raison de plus pour me rabaisser.
Alors j’ai appris à cacher.
À me taire.
À devenir froide.
Et avec le temps, j’ai compris quelque chose :
les personnes qui paraissent les plus fortes ne sont pas toujours celles qui vivent vraiment.
Parfois… ce sont juste celles qui ont appris à survivre.
Et moi, j’avais survécu toute ma vie.
Mais survivre… ce n’est pas vivre.
Alors pourquoi cet endroit censé être “chez moi” me faisait-il toujours aussi mal ?
Au fil du temps, je me suis éloignée de tout le monde.
Je suis devenue distante. Nonchalante.
Plus rien ne semblait vraiment important pour moi.
J’avais la flemme de tout.
Me lever devenait compliqué.
Parler devenait fatiguant.
Même prendre soin de moi me paraissait impossible parfois.
Je me brossais rarement les dents.
Je faisais semblant de me doucher.
Et le pire dans tout ça… c’est que j’essayais vraiment.
J’essayais de me lever.
J’essayais d’aller dans la salle de bain.
J’essayais d’être normale.
Mais quelque chose dans ma tête me bloquait constamment.
Une petite voix épuisante qui répétait sans arrêt :
« Non… laisse tomber. »
« Pas aujourd’hui. »
« Ça sert à rien. »
Alors je restais là, immobile, à lutter contre moi-même.
Une partie de moi criait :
« Brosse-toi les dents. »
« Va te doucher. »
« Fais juste un effort. »
Mais mon corps refusait.
Comme si tout était devenu trop lourd pour moi.
Trop fort.
Trop compliqué.
Et le pire… c’est que je ne comprenais même pas pourquoi j’étais comme ça.
Je savais juste une chose :
je n’arrivais plus à me battre contre ma propre tête.
On dit souvent que le pire démon est nous-même.
Parce qu’à force de connaître nos peurs,
nos complexes,
nos faiblesses…
on finit par utiliser toutes ces choses contre nous-même.
On devient notre propre ennemi.
— Mayan ?
La voix de ma mère m’a sortie de mes pensées.
— Oui…
répondis-je d’un ton vide en tournant lentement la tête vers elle.
— Il s’est passé quoi aujourd’hui ?
— Rien.
— T’as encore fait au lit ce matin, hein ?
dit-elle avec ce faux ton calme que je connaissais par cœur.
Elle faisait toujours ça.
Comme si elle ne savait pas déjà.
Comme si elle découvrait quelque chose de nouveau alors que ça durait depuis des années.
Avant, ses remarques me détruisaient.
Maintenant… elles m’épuisaient juste.
— Oui.
répondis-je, clairement agacée.
Son regard a changé immédiatement.
Puis sa main s’est levée.
La suite… vous la connaissez déjà.
La douleur.
Les larmes.
Le silence après.
J’ai pleuré.
Encore.
Pas seulement à cause de la gifle.
Mais parce qu’au fond de moi, j’étais fatiguée de tout supporter seule.
Et comme d’habitude…
je n’ai rien dit.
J’ai gardé ça pour moi.
Avant de refermer encore un peu plus la porte autour de mon cœur.
Je suis restée seule dans ma chambre pendant longtemps après ça.
La maison était silencieuse maintenant.
Comme si rien ne s’était passé.
Comme si les cris, les larmes et les gifles faisaient simplement partie du quotidien.
Peut-être que c’était le cas, au fond.
Je regardais le plafond sans vraiment penser à quelque chose de précis.
J’étais juste vide.
Complètement vide.
Parfois, je me demandais quand exactement j’avais commencé à devenir comme ça.
À ne plus réagir normalement.
À ne plus pleurer immédiatement quand quelque chose me blessait.
À garder tout à l’intérieur jusqu’à avoir l’impression d’étouffer.
Avant, j’étais différente.
Avant, je ressentais encore les choses sans essayer de les cacher.
Je pleurais facilement.
Je parlais davantage.
J’espérais encore qu’un jour quelqu’un me comprendrait vraiment.
Maintenant…
je me contentais juste de survivre aux journées les unes après les autres.
Le lendemain matin, je me suis préparée pour aller au collège sans dire un mot.
Ma mère non plus ne parlait pas.
C’était toujours comme ça après une dispute.
Un silence froid.
Lourd.
Presque étouffant.
Je me suis regardée quelques secondes dans le miroir de la salle de bain.
Mes cernes devenaient de plus en plus visibles.
Mes yeux semblaient fatigués même quand j’essayais de faire semblant d’aller bien.
Mais au collège, personne ne remarquait vraiment ce genre de choses.
Ou alors… personne ne cherchait à remarquer.
J’ai attrapé mon sac avant de quitter la maison sans même dire au revoir.
Dehors, l’air était froid.
Le ciel gris donnait l’impression que la journée allait être longue.
Et honnêtement…
je savais déjà qu’elle le serait.
Au collège, les couloirs étaient remplis de bruit.
Des rires.
Des discussions.
Des gens normaux qui vivaient des vies normales.
Moi, je marchais au milieu de tout ça avec cette impression étrange d’être présente sans vraiment
l’être.
Comme une ombre.
— Wesh Mayan !
J’ai tourné la tête vers Ryan et les autres au fond du couloir.
C’était avec eux que je traînais maintenant.
Des gens bruyants.
Provocateurs.
Le genre de personnes qu’on évite souvent.
Et pourtant… avec eux, personne n’essayait de creuser dans ma tête.
Personne ne demandait si ça allait vraiment.
C’était plus simple comme ça.
— T’as une tête de morte toi aujourd’hui.
dit Ryan en rigolant.
— J’ai dormi tard.
Encore un mensonge.
En réalité, j’avais presque pas dormi du tout.
Les nuits étaient devenues compliquées depuis longtemps.
Entre les disputes à la maison, les pensées qui tournaient dans ma tête et cette sensation constante
d’être épuisée… mon cerveau ne s’arrêtait jamais vraiment.
Même quand mon corps était fatigué, mon esprit continuait à se battre contre lui-même.
— T’es sûre que ça va ?
demanda soudain une voix derrière moi.
Je me suis retournée.
Une fille de ma classe.
Lina.
Elle me regardait avec un air hésitant, presque inquiet.
J’ai immédiatement remis mon masque habituel.
— Oui, pourquoi ?
— Je sais pas… t’as l’air triste en ce moment.
Mon cœur s’est serré légèrement.
Pendant une seconde, j’ai eu envie de répondre la vérité.
De dire que non, ça n’allait pas.
Que j’étais fatiguée de vivre comme ça.
Fatiguée de me battre contre moi-même tous les jours.
Mais cette envie a disparu presque aussitôt.
Parce que parler fait peur quand on a appris que personne ne sauve vraiment les gens comme nous.
Alors j’ai juste haussé les épaules avec un faux sourire.
— T’inquiète. J’ai juste la flemme aujourd’hui.
Elle m’a observée quelques secondes avant de hocher doucement la tête.
— D’accord…
Puis elle est partie.
Et moi, je suis restée immobile quelques secondes au milieu du couloir.
Une partie de moi voulait qu’elle insiste.
Qu’elle comprenne que je mentais.
Qu’elle voie à travers cette version froide que je montrais à tout le monde.
Mais une autre partie avait peur qu’elle le fasse vraiment.
Parce qu’après un certain temps, la douleur devient presque rassurante.
On s’habitue tellement à souffrir qu’on ne sait plus quoi faire quand quelqu’un essaie enfin de nous
tendre la main.

Mais je savais que je ne pouvais pas que ce n’était pas possible car meme si je le voulais
jusqu’au plus profond de mon etre je ne pouvais pas me etre completement honnete avec elle donc
je suis

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