Mmc
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MECANIQUE
DES MILIEUX CONTINUS
Année 2005–2006
Illustration de couverture : champ de dilatation thermique dans une aube de turbine de moteur
d’avion, calculée par la méthode des éléments finis (Cardona, 2000).
Table des matières
Avant–propos xi
I COURS 1
1 Introduction 3
1.1 Les différentes échelles de la matière, des matériaux et des structures . . . . . . 3
1.1.1 Structures, microstructures, nanostructures . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1.2 Microstructures cristallines, granulaires, cellulaires . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Milieux continus ou presque... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Le rêve de Laplace et la phénoménologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Volume élémentaire pour la thermomécanique, représentation ponctuelle 8
1.2.3 Fissures, discontinuités et singularités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.4 La vraie nouveauté : le tenseur des contraintes . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3 Le problème de fermeture et la variété des comportements . . . . . . . . . . . . 10
1.3.1 Corps indéformables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3.2 Lois de comportement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.4 Plan du cours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.1 Plan du cours oral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.2 Plan du cours écrit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.3 Liens avec les autres cours de l’Ecole des Mines de Paris . . . . . . . . . 12
iii
2.4 Vitesses de déformation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.4.1 Dérivées par rapport au temps : champs de vitesses et d’accélération . . 55
2.4.2 Champ de gradient des vitesses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.4.3 Vitesses d’évolution des longueurs, angles et volumes . . . . . . . . . . . 58
2.4.4 Conditions de compatibilité pour le champ taux de déformation . . . . . 64
2.4.5 Changement de référentiel euclidien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.4.6 Exemples de champs de vitesses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
3 Equations de bilan 69
3.1 Conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
3.1.1 Masse d’un corps matériel et sa conservation . . . . . . . . . . . . . . . . 69
3.2 Conservation de la quantité de mouvement et du moment cinétique . . . . . . . 70
3.2.1 Quantité de mouvement et moment cinétique d’un corps matériel . . . . 70
3.2.2 Application de la loi fondamentale de la dynamique . . . . . . . . . . . . 71
3.2.3 Partition des efforts appliqués à un corps matériel . . . . . . . . . . . . . 71
3.2.4 Les lois d’Euler du mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
3.3 Analyse des contraintes : la méthode de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
3.3.1 Insuffisance de la représentation pression des efforts intérieurs . . . . . . 74
3.3.2 Le postulat et le théorème de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
3.3.3 Les lois de Cauchy du mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
3.3.4 Le théorème des puissances virtuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.4 Conservation de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
3.4.1 Premier principe de la thermodynamique des milieux continus . . . . . . 83
3.4.2 Formulation locale du premier principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.5 Equations de bilan en présence de discontinuités . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.5.1 Un théorème de transport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.5.2 Surface de discontinuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.5.3 Bilan de masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.5.4 Bilan de quantité de mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
3.5.5 Bilan d’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
II APPLICATIONS 207
9 Réservoirs sous pression 209
9.1 Statique du réservoir sous pression . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209
9.1.1 Conditions à la frontière du tube . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 210
9.1.2 Equilibre des efforts appliqués . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
9.1.3 Considérations de symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
9.1.4 Etablissement de quelques informations sur les contraintes au sein du tube212
9.1.5 Cas d’un tube fermé par une calotte de forme quelconque . . . . . . . . . 213
9.1.6 Cas d’un tube mince . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 216
9.2 Elastostatique du réservoir sous pression . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
9.2.1 Distribution des déplacements, déformations et contraintes . . . . . . . . 217
9.2.2 Différentes conditions aux extrémités du tube . . . . . . . . . . . . . . . 219
9.2.3 Cas d’un tube mince . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
9.2.4 Respect du contexte infinitésimal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
9.2.5 Dimensionnement du réservoir sous pression . . . . . . . . . . . . . . . . 222
9.3 Frettage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
9.3.1 Opération de frettage de deux tubes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
9.3.2 Caractéristiques de l’assemblage fretté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227
9.3.3 Contraintes initiales dans l’assemblage fretté . . . . . . . . . . . . . . . . 229
9.3.4 Assemblage fretté chargé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
9.3.5 Optimisation de l’assemblage fretté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
14 Torsion 283
14.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 283
14.1.1 Problème de Neumann pour les fonctions harmoniques . . . . . . . . . . 283
14.2 Torsion élastostatique d’un barreau cylindrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 284
14.2.1 Méthode des déplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 286
14.2.2 Force résultante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288
14.2.3 Rigidité de torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 289
14.2.4 Barre de section circulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 290
14.3 Au–delà du régime élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295
14.3.1 Rupture fragile d’une barre de section circulaire . . . . . . . . . . . . . . 295
14.3.2 Limite d’élasticité d’une barre à section circulaire en torsion . . . . . . . 296
Index 347
Avant–propos
xi
Ce cours écrit a été composé en s’appuyant principalement sur les quatre ouvrages suivants,
qui offrent des présentations résolument modernes, concises et rigoureuses de la Mécanique des
Milieux Continus :
• M. Amestoy, Introduction à la mécanique des milieux déformables, Ecole des Mines de
Paris, 1995.
• A. Bertram Elasticity and Plasticity of Large Deformations, Springer, 2005.
• I.-S. Liu, Continuum Mechanics, Springer, 2002.
• R.W. Ogden, Non–Linear Elastic Deformations, édition originale 1984, édition Dover, 1997.
J’ai eu la chance d’interagir fortement avec les deux premiers auteurs mentionnés, au cours
de longues discussions passionnantes pour moi. Je les en remercie sincèrement et souhaite
poursuivre ces échanges. En particulier, j’ai assisté deux fois au cours de M. Amestoy, en 1989
puis en 2003, ce qui m’a profondément marqué. On en retrouvera de très nombreux aspects
tout au long du cours écrit.
L’équipe enseignante pour le cours de 2005–2006 est composée aussi de Sabine Cantournet,
Gilles Damamme et Serge Kruch. Je les remercie pour leur aide et pour la relecture scrupuleuse
du manuscrit de ce cours. Il subsiste cependant encore de nombreux défauts dans ce texte. Je
remercie le lecteur de me les signaler.
Première partie
COURS
1
Chapitre 1
Introduction
Les objets de la mécanique des milieux continus sont la matière sous ses formes fluides
(liquides, gaz, plasmas...) et solides, les matériaux et les structures qui sont des assemblages
d’éléments de matériaux ou de sous–structures. On étudie leurs mouvements sous l’action de
forces, et les variations de mouvement d’un point matériel à un autre. La variable température
influence aussi le mouvement de ces objets et doit donc être prise en compte dans le cadre plus
général de la thermomécanique des milieux continus.
La modélisation en mécanique des milieux continus est un dialogue incessant et subtile entre
le discret et le continu dans le but de trouver l’outil de modélisation le plus efficace pour
un objectif donné.
3
4 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
le coût et l’impact sur l’environnement. Pour chacune de ces questions la mécanique des
milieux continus est mise à contribution.
• Les sols, c’est–à–dire des géomatériaux mais aussi leurs revêtements. On peut aussi
mentionner les problèmes de tenue à long terme de chaussées, de cavités de stockage ou
d’extraction (mines, enfouissement des déchets...).
• Les MEMS (micro-electro-mechanical sustems) représentent depuis une dizaine d’années
un domaine d’investigation affiché de la mécanique des milieux continus. Il s’agit d’assurer
une élaboration de précision (contraintes résiduelles...) et de prévoir la tenue en service
de composants de l’électronique par exemple, qui sont soumises à des sollicitations de
fatigue thermomécanique sévères. Dans une large mesure, estimer la durée de vie d’un
microprocesseur relève de la même science mécanique que le dimensionnement d’un joint
de culasse automobile ! On rencontre en particulier des circuits d’interconnexion en cuivre
(figure 1.1).
• Les nanostructures apparaissent comme l’aboutissement de la miniaturisation de
nombreux systèmes mécaniques (figure 1.1(e)). Certaines molécules géantes, comme les
nano–tubes de carbone de la figure 1.1(f) dont le panel d’applications possibles ne cesse de
s’élargir, peuvent être traitées comme des objets de la mécanique des milieux continus (en
l’occurrence des coques en grandes transformations élastiques) pour prévoir leur modes de
déformation.
La connaissance des propriétés des matériaux et des structures nécessite la réalisation d’essais
mécaniques dont la complexité et la richesse de l’exploitation augmente d’année en année.
On distingue les essais sur éprouvettes dont l’objectif est la caractérisation des propriétés
thermomécaniques d’un matériau, des essais sur structures dont on cherche à déterminer
les points faibles. On donne en général une forme simple aux éprouvettes pour faciliter
l’interprétation des résultats tandis que les essais instrumentés sont aujourd’hui possibles sur des
structures très complexes. Le passage des informations de l’éprouvette à la structure est parfois
délicat en raison de l’existence d’effets d’échelles. La rupture de pièces en béton ou en acier
dépend en général du volume de matière sollicité en raison de la présence inévitable de défauts
dont la répartition statistique doit être connue. Les questions de fiabilité des structures sont
aujourd’hui au cœur des démarches de normalisation avec pour objectif des composants plus
sûr dans les transports, l’énergie... Des notions probabilistes doivent alors être associées à la
mécanique des milieux continus purement déterministe présentée dans ce cours.
être connues avec suffisamment de précision pour éviter les défauts majeurs dans les pièces. Des
modèles continus existent aujourd’hui capables de prévoir l’apparition d’orientations privilégiées
des fibres lors de l’écoulement dans certaines parties du moule. On verra qu’un tel polymère
chargé est un milieu qui tient à la fois du solide et du fluide...
périodiques apparaissent aussi en plasticité dans les métaux. Il est alors vain de vouloir suivre
le détail des mouvements de chaque particule et il est plus commode de chercher à remplacer
le système discret par un système d’équations aux dérivées partielles portant sur un nombre
fini limité de fonctions mais définies partout avec une régularité suffisante (continuité pour le
moins, différentiabilité par morceaux).
La modélisation continue n’exclut nullement les bifurcations et les instabilités. Bien au
contraire, la stabilité de l’équilibre d’une structure est un enjeu essentiel pour statuer sur
sa tenue mécanique. Elle nécessite en général des analyses non linéaires.
précisera cette distinction dans ce cours plutôt au niveau du comportement du milieu étudié.
Dans le cas turbulent, le cadre de ce cours restera insuffisant.
Lorsque le milieu matériel possède une microstructure bien identifiée, on peut se demander
s’il sera suffisant de ne considérer que la transformation qui fait passer de X à x pour décrire
les propriétés mécaniques du milieu. Dans de nombreuses situations, cette approche simplifiée
s’avère effectivement satisfaisante. Toutefois, on peut être amené à enrichir la description du
milieu continu en ajoutant ce que l’on appellera des variables internes sensées caractériser
certaines propriétés de la microstructure sous–jacente (tenseur d’orientation pour un composite
à fibre par exemple, représentant les orientations privilégiées des fibres), ou bien de véritables
degrés de liberté supplémentaires comme dans le cas des cristaux liquides pour lesquels il faut
suivre non seulement le mouvement mais aussi l’évolution des orientations privilégiées. On ne
présentera pas ces raffinements dans ce cours. Le cas des variables internes sera abordé dans le
cours de mécanique des solides (Cailletaud, 2003).
datant du début des années 1960 pour l’introduction de la notion de fonctionnelle d’histoire
du matériau, et des années 1980 pour l’introduction du concept de variable interne qui a déjà
été évoqué. Les développements dans le domaine du développement des lois de comportement
pour les matériaux les plus variés foisonnent aujourd’hui et témoignent de la vitalité de cette
branche de la mécanique aujourd’hui.
Il n’existe pas de loi de comportement unique et intrinsèque mais bien plutôt toutes une
panoplie de lois qui pourront être alternativement pertinentes pour le matériau étudié selon les
conditions de sollicitations et les échelles de temps et d’espace considérées. Une même roche
par exemple pourra être traitée comme un solide élastique pour un problème de génie civil et
comme un fluide visqueux en tectonique... Le verre à froid sera traité comme un solide élastique
fragile pour le dimensionnement à l’impact d’un pare–brise de voiture, tandis qu’il sera traité
comme un fluide visqueux non linéaire lors du calcul de la mise en forme du même pare–brise...
On proposera une définition purement phénoménologique des notions de fluide et de solide,
définition qui n’épuise pas l’ensemble des comportements observés dans les matériaux de
l’ingénieur et de la nature. Il existera en particulier des comportements complexes de matériaux
pourtant très répandus qui tiennent à la fois du fluide et du solide.
le site web [Link], il peut être consulté à chaque instant par un étudiant en stage
rencontrant un problème de mécanique des milieux continus. Notre espoir est qu’il y trouve un
élément de réponse ou une référence bibliographique qui puissent débloquer une situation et
amorcer la démarche de résolution.
Il est par conséquent de lecture difficile à certains endroits. Une première lecture se limitera
aux éléments vus explicitement dans le cours oral.
1.4.3 Liens avec les autres cours de l’Ecole des Mines de Paris
Le cours de mécanique des milieux continus nourrit des liens avec de nombreux cours proposés
aux élèves–ingénieurs de l’Ecole de Mines de Paris. C’est le cours introductif à
• la mécanique des matériaux solides 3122 ;
• la thermomécanique des fluides 3243 ;
Il fait appel à des notions qui seront développées dans le détail en
• Mathématiques 1201 - 1121 - 1132 (calcul différentiel, équations aux dérivées partielles,
distributions...) ;
• Thermodynamique 2411 ;
• Matériaux pour l’ingénieur 6134 ;
• Cristallographie S2333.
Des prolongements importants pour la pratique se trouvent dans les enseignements spécialisés
• Mécanique des milieux continus 2 S3324 ;
• Dynamique des constructions S3933 ;
• Mise en œuvre des polymères ;
• Géomécanique et géologie de l’ingénieur S4633 ;
• Hydrogéologie S4923 ;
• Calcul scientifique S1923 ;
• Eléments finis S3733 - S3735 ;
• Physique des solides S2634 ;
• Géométrie différentielle S1524 ;
1.4. PLAN DU COURS 13
(a) (b)
(c) (d)
(e) (f)
Fig. 1.1 – Structures : (a) une pile du viaduc de Millau (pont à haubans), (b) aube de turbine
haute pression de moteur d’avion. Micro–structures : composant électronique, (c) réseau de
connections en cuivre, (d) structure multicouches d’un microprocesseur (source : M.-H. Berger,
Centre des Matériaux). Nano–structures : (e) Nanoengrenages en polysilicium (diamètre des
engrenages : 7µm, d’après (Romig et al., 2003)), (f) déformation en flexion de nanotubes de
carbone (les points désignent les atomes de carbone et les traits les liaisons covalentes, d’après
(Arroyo and Belytschko, 2002)).
14 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
(a) (b)
(c) (d)
(e) (f)
Fig. 1.2 – Microstructures de quelques matériaux solides granulaires : (a) joint de grains dans un
carbure de silicium, les rangées atomiques sont clairement visibles de part et d’autre du joint
de grain (source : M.-H. Berger, Centre des Matériaux), (b) grains de zinc d’un revêtement
d’une tôle d’acier galvanisée pour l’automobile (on voit aussi les dendrites de solidification),
(c) sphérolites dans un polymère semi–cristallin (microscopie optique en lumière polarisée,
source N. Billon, Cemef), (d) coupe minéralogique d’une roche (microscopie optique en lumière
polarisée, source http ://[Link]/jm-derochette/), (e) nid d’abeilles en aluminium, (f)
mousse de nickel à porosité ouverte utilisée dans le batteries de téléphone portable.
1.4. PLAN DU COURS 15
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 1.3 – Modélisations mécaniques discrètes de la matière : (a) mécanique quantique (calcul
ab initio d’une portion d’ADN, les couleurs indiquent l’intensité de la fonctionnelle densité
électronique), (b) dynamique moléculaire (interaction entre des millions d’atomes d’un milieu
amorphe, la couleur indiquant le niveau d’énergie cinétique), (c) milieux granulaires (simulation
de l’action d’une pelle sur un milieu granulaire formé de grains polygonaux anguleux, certains
grains sont marqués pour pouvoir suivre leur mouvement (source C. Nouguier, LTDS, Ecole
Centrale de Lyon), (d) simulation de l’enchevêtrement de fibres élastiques (feutres) soumises à
une compression simple (source R. Dendievel, GPM2–INPG, Grenoble).
16 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
(a) (b)
Fig. 1.4 – Simulations numériques et modèles mécaniques continus des matériaux et des
structures : (a) champ de contraintes dans un composite à fibres longues et parallèles, (b) ruine
par flambage d’un profilé métallique, (c) calcul d’une culasse automobile (les couleurs indiquent
la décomposition du maillage pour le calcul parallèle, source S. Quilici, Centre des Matériaux),
(d) calcul thermomécanique d’une pale d’aube de turbine avec son circuit de refroidissement
(champ de contrainte équivalente de von Mises, valeurs en MPa). Les structures sont divisées
en éléments au sommet desquels les grandeurs mécaniques sont calculées. Pour connaı̂tre leurs
valeurs en tout point, on utilise des fonctions d’interpolation (polynômes de Lagrange par
exemple). On renvoie à l’enseignement spécialisé (Cailletaud et al., 2004) pour la description
détaillée de ces méthodes numériques en mécanique des milieux continus (méthode des éléments
finis).
Chapitre 2
17
18 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
l’éprouvette est recouverte d’une peinture contenant des pigments noirs et blancs. Le résultat
est une distribution aléatoire de niveaux de gris sur l’éprouvette (voir figure 2.2c par exemple).
Un programme numérique de traitement d’images permet d’associer à chaque croix le motif de
niveaux de gris autour de chaque point et de le retrouver sur les image déformées. Il est alors
possible de reconstruire la grille après une déformation de 10% par exemple et de la superposer
sur la grille initiale (figure 2.3b). Ces deux états correspondent exactement aux états des figures
2.2c et d. Par interpolation, on peut reconstruire le champ de déplacement sur l’ensemble de la
zone observée. Les figures 2.3c et d donnent les champs de déplacement vertical u2 et horizontal
u1 . On constate que les lignes de niveaux du déplacement vertical sont quasiment des droites
parallèles et horizontales, i.e. presqu’indépendantes de la position x1 . De même, on constate
que les lignes de niveaux du déplacement horizontal sont quasiment des droites parallèles et
verticales, i.e. presqu’indépendantes de la position x2 . Pour conforter cette impression, on trace
u2 (resp. u1 ) en fonction de la position x2 (resp. x1 ) sur la figure 2.4a (resp. 2.4b). Les profils
obtenus sont quasiment linéaires :
u2 (x1 , x2 ) = Ax2 + Cste, u1 (x1 , x2 ) = Bx1 + Cste (2.1)
Dans l’exemple, la constante A est positive et vaut 0.08, la constante B est négative et vaut
∂u2 ∂u1
-0.045. L’intérêt d’introduire ces grandeurs A = et B = est que le déplacement varie
∂x2 ∂x1
d’un point à l’autre tandis que les composantes A, B du gradient du déplacement par rapport
aux coordonnées sont quasiment uniformes et caractérisent donc tout la zone étudiée. Plutôt que
de parler du déplacement de points particuliers, il suffira pour décrire l’essai réalisé d’indiquer
les valeurs de A et B. Cette opération de gradient appliqué au champ de déplacement dû à
un changement de forme d’un corps matériel est effectivement la notion essentielle qui va être
utilisée dans la suite pour définir et étudier la déformation de la matière.
(a) (b)
Fig. 2.1 – Mesures de déformations à l’aide d’un réseau de cercles gravés électrolytiquement
sur une tôle en acier galvanisé : (a) réseau initial au centre la tôle, (b) échantillon déformé par
emboutissage.
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 2.2 – Mesure de déplacement relatif lors d’un essai de traction : (a) vue d’ensemble de
la machine de traction (électronique, bâtis, appareil photo avec zoom, fond en carton+métal
pour améliorer la qualité des photos), (b) vue du montage : éprouvette, mors d’amarrage et
extensomètre deux points (les élastiques assurent le bon contact entre les bras de l’extensomètre
et l’éprouvette plate sans déformer ni endommager l’éprouvette), (c) état initial de la zone utile
de l’éprouvette, (d) état final. La largeur de l’éprouvette est de 12mm.
temps. Dans le cadre de la mécanique classique (non relativiste), temps et espace physiques
sont considérés comme indépendants : le temps est paramétré sur l’axe des réels et l’espace
physique est assimilé à un espace affine euclidien E, d’espace vectoriel associé E de dimension
3. Un référentiel ou observateur R est alors le choix d’une “vision rigidifiée” de l’espace et
d’une chronologie. Choisir un référentiel c’est en effet choisir un trièdre rigide servant de poste
d’observation. On distinguera le choix d’un référentiel du choix du système de coordonnées
dans lequel on souhaite exprimer les composantes des grandeurs mathématiques introduites.
Des référentiels privilégiés sont les référentiels galiléens dits aussi référentiels d’inertie,
dont l’existence est postulée par la première loi de Newton. On se réserve la possibilité de
changer d’observateur à volonté quand cela peut faciliter la modélisation. On distingue deux
classes de changements de référentiels privilégiés :
• les transformations galiléennes : on passe d’un référentiel R à un autre R0 par une
20 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
(a) 1(b)
-0.475 -0.325 -0.175 -0.025 0.125 0.275 0.425 -0.21 -0.15 -0.09 -0.03 0.03 0.09 0.15
-0.55 -0.4 -0.25 -0.1 0.05 0.2 0.35 0.5 -0.24 -0.18 -0.12 -0.06 -2.78e-17 0.06 0.12
2 2
(c) U2 minimum:-0.583 maximum:0.545 1 U1 minimum:-0.253 maximum:0.221 1 (d)
Fig. 2.3 – Mesure de champ de déplacement lors d’un essai de traction par corrélation d’images :
(a) repérage régulier de motifs sur la surface de la zone utile de l’éprouvette de la figure 2.2,
à l’aide d’une grille virtuelle, les niveaux de gris variables sur l’image sont dus au dépôt
d’un peinture (b) superposition de la grille en fin d’essai (grille rouge) sur la grille initiale
(grille noire) ; les déplacements des nœuds de la grille ont été déterminés par un algorithme de
corrélation d’images ; (c) isovaleurs du champ de déplacement u2 , (d) isovaleurs du champ de
déplacement u1 . La zone étudiée est un rectangle de largeur 10mm et de longueur 15mm. Une
alternative à la méthode de corrélation d’images consiste à déposer ou à graver directement une
grille sur la surface de l’échantillon comme sur la figure 2.1.
transformation de la forme
x0 = Q
∼
.x + v 0 t, t0 = t − t0 (2.2)
2.2. GÉOMÉTRIE ET CINÉMATIQUE DU MILIEU CONTINU 21
0.6 0.25
0.2
0.4
0.15
0.1
0.2
0.05
0 u1 0
u2 (mm)
(mm) -0.05
-0.2
-0.1
-0.15
-0.4
-0.2
-0.6 -0.25
0 2 4 6 8 10 12 14 16 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
(a) x2 (mm) x1 (mm) (b)
Fig. 2.4 – Mesure de champ de déplacement lors d’un essai de traction par corrélation d’images :
(a) profil de déplacement u2 le long d’une ligne verticale tracée sur la figure 2.2c ; (b) profil de
déplacement u1 le long d’une ligne horizontale tracée sur la figure 2.2d.
Φt : Ω0 −→ Ωt
X 7→ x
Φt = pt ◦ p−1
0
x = Φt (X ) = Φ(X , t) (2.4)
Dans un système de coordonnées quelconque, la définition précédente revient à se donner trois
fonctions Φi (X1 , X2 , X3 , t) (i ∈ 1, 2, 3) des coordonnées Xi de X . On demande à chaque Φt
d’être une application bijective1 et bicontinue (i.e. un homéomorphisme). On écrira donc :
X = Φ−1 (x , t) (2.5)
On admet aussi que Φ est bijective et bicontinue par rapport au temps. Il sera même nécessaire à
plusieurs endroits d’admettre que Φ est un C 1 –difféomorphisme (voire un C 2 –difféomorphisme),
c’est–à–dire une fonction de classe C 1 (voire C 2 ) : Φ et Φ−1 sont alors une (voire deux) fois
continûment différentiables. Comme on l’a vu au chapitre 1, ces conditions de régularité peuvent
ne pas être vérifiées en certains points isolés particuliers ou le long de lignes ou surfaces de
discontinuité. La régularité est donc simplement requise “presque partout”.
p pt
0
pτ
Φ
X x
x(τ )
Ω0 Ωt
(E, R ) Ωτ
Fig. 2.5 – Placement du corps matériel M dans l’espace physique muni d’un référentiel (E, R)
à trois instants distincts.
∂x
dx = F
∼
.dX , avec F
∼
= (2.8)
∂X
D’un point de vue mathématique, les vecteurs dX et dx sont des éléments des espaces
vectoriels tangents aux variétés différentiables Ω0 et Ωt en X et x respectivement. Comme
dX et dx appartiennent à des espaces distincts, une expression comme dX + dx n’a pas de
sens. D’un point de vue plus physique, dX donne la direction d’une ligne ou fibre matérielle
tracée sur Ω0 passant par X . Cette ligne se transforme en une courbe dont la tangente en x
est selon dx . Si en outre la norme du vecteur dX est suffisamment petite, on peut assimiler
la transformée du petit segment liant X à X + dX au segment dx = F ∼
.dX avec une erreur
en O(k dX k2 ).
On appelle gradient de la transformation, l’application linéaire tangente F ∼
(X , t). Son
existence découle (presque partout) de la régularité admise pour Φ. On a en particulier
F
∼
(X , t = 0) = 1
∼
(2.9)
det F
∼
>0 (2.10)
∂xi
dxi = Fij dXj , avec Fij = et F
∼
= Fij E i ⊗ E j (2.11)
∂Xj
2.2. GÉOMÉTRIE ET CINÉMATIQUE DU MILIEU CONTINU 25
En suivant la convention d’Einstein sur les indices répétés, l’équation précédente représente de
manière concise les trois relations suivantes :
∂Φ1 ∂Φ1 ∂Φ1
dx1 = dX1 + dX2 + dX3
∂X1 ∂X2 ∂X3
∂Φ2 ∂Φ2 ∂Φ2
dx2 = dX1 + dX2 + dX3
∂X1 ∂X2 ∂X3
∂Φ3 ∂Φ3 ∂Φ3
dx3 = dX1 + dX2 + dX3
∂X3 ∂X3 ∂X3
Les relations précédentes se mettent sous la forme matricielle suivante :
dx1 F11 F12 F13 dX1
dx2 = F21 F22 F23 dX2 (2.12)
dx3 F31 F32 F33 dX3
Les composantes de F ∼
sont sans dimension physique puisqu’elles font intervenir des rapports
de longueur (déplacement/distance).
On retiendra que la transformation Φ relie les positions initiale et actuelle d’un point matériel,
tandis que le gradient de la transformation met en correspondance les fibres matérielles initiale
et actuelle. Le gradient de la transformation s’exprime aussi en fonction du gradient du
déplacement :
F∼
=1∼
+ u ⊗ ∇X = 1 ∼
+ Grad u (2.13)
où l’on a introduit les opérateurs nabla2 et gradient :
∂
∇X := E , Grad(.) := (.) ⊗ ∇X (2.14)
∂X i i
∂ ∂
∇X := E , ∇x := e , (2.21)
∂Qi i ∂q i i
∂X
dX = i
dQi = dQi E i (2.22)
∂Q
∂x i
dx = dq = dq i e i
∂q i
∂q i
= dQj e i
∂Qj
i
∂q j
= e ⊗ E .dX (2.23)
∂Qj i
e Fi (X , t) = F
∼
.E i (2.26)
∂q i
= δji (2.27)
∂Qj
Un tel système de coordonnées peut s’avérer utile pour écrire certaines lois de comportement
en particulier dans le cas anisotrope (matériaux composites, fluides chargées de fibres...).
Changement de référentiel
Dans les paragraphes précédents, le mouvement a été suivi dans le référentiel R. On
pourrait aussi l’observer depuis R0 se déduisant de R par une transformation euclidienne (2.3),
2.2. GÉOMÉTRIE ET CINÉMATIQUE DU MILIEU CONTINU 27
0 ∂x 0 ∂x
F
∼
(X , t0 ) ==Q . =Q (t).F
∼
(X , t) (2.30)
∂X ∼ ∂X ∼
Pour se convaincre du résultat précédent, on peut faire le calcul en travaillant sur les
composantes du tenseur F
∼
dans un repère cartésien orthonormé :
∂x0i ∂xk
Fij0 = = Qik = Qik Fkj (2.31)
∂Xj ∂Xj
Dans le cas où les deux référentiels ne coı̈ncident pas à t = 0, on montre que la relation entre
0
F
∼
et F
∼
est
0
F
∼
=Q ∼
(t).F .Q(0)−1
∼ ∼
(2.32)
Le produit mixte défini par l’équation (2.37) et noté [., ., .] est égal au déterminant de la matrice
formée par les trois vecteurs colonnes des composantes des trois vecteurs étudiés. Le volume
initial dV se transforme donc en un volume actuel dv valant
dv = dx 1 .(dx 2 ∧ dx 3 ) = [dx 1 , dx 2 , dx 3 ]
= [F
∼
.dX 1 , F
∼
.dX 2 , F
∼
.dX 3 ] = (det F ∼
) [dX 1 , dX 2 , dX 3 ]
dS = dX 1 ∧ dX 2 (2.39)
ds = dx 1 ∧ dx 2 (2.40)
−T
Transport d’un élément de surface : ds = J F
∼
dS
Cette relation de transport d’élément de surface est souvent appelée formule de Nanson dans
les ouvrages anglo–saxons.
Pour se convaincre du bien–fondé du calcul précédent, on peut aussi avoir recours aux
composantes des tenseurs utilisés dans une base cartésienne orthonormée :
On peut écrire l’élément de surface sous la forme du produit d’un vecteur unitaire dit vecteur
normal à l’élément de surface par sa norme :
dS = dS N , ds = ds n (2.43)
Les vecteurs N et n sont respectivement les vecteurs unitaires normaux à l’élément de surface
considéré dans les configurations initiale et actuelle. Il faut remarquer que le vecteur normal
à l’élément de surface n’est pas attaché à la matière et n’est donc pas une fibre matérielle. Il
n’est que le produit vectoriel de deux vecteurs matériels. Son transport convectif est différent
de celui d’une fibre matérielle. Par conséquent, les points matériels situés le long des directions
n et N ne sont pas les mêmes.
∀a 6= 0, a .C
∼
.a = ai FikT Fkj aj = (F
∼
.a ).(F
∼
.a ) > 0
car F
∼
est inversible. Par conséquent, C
∼
et B∼
sont diagonalisables et possèdent chacun trois
valeurs propres réelles strictement positives. On définit alors les tenseurs U
∼
et V∼ ayant les
5
Noter que B
∼
n’est pas le transposé de C
∼
!
30 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
On définit ensuite,
R
∼
:= F .U −1 ,
∼ ∼
Q
∼
:= V∼ −1 .F
∼
(2.47)
On vérifie que R
∼
et Q
∼
sont orthogonaux. On détaille la preuve pour R
∼
:
R .RT = F
∼ ∼
.U −1 .U
∼ ∼ ∼
−T
.F
∼
T
=F .U −2 .F
∼ ∼ ∼
T
=F .F −1 .F
∼ ∼ ∼
−T
.F
∼
T
=1
∼
(2.48)
F
∼
=R .U = (R
∼ ∼
.U .RT ).R
∼ ∼ ∼ ∼
V∼ = R .U .RT ,
∼ ∼ ∼
Q
∼
=R
∼
(2.49)
x1 − x2 = F
∼
.(X 1 − X 2 )
Si F∼
est homogène, alors R∼
et U∼
sont aussi homogènes (du fait de l’unicité de la décomposition
polaire). Par contre, si U ∼
est homogène, la question de savoir si F∼
est homogène est plus
délicate. On l’abordera au paragraphe 2.3.4.
2.2. GÉOMÉTRIE ET CINÉMATIQUE DU MILIEU CONTINU 31
Fig. 2.6 – Deux transformations d’une structure carrée dont la configuration initiale est à
gauche. La première transformation (au milieu) est homogène car les éléments de la grille tracée
sur la structure sont superposables. Au contraire la transformation de droite est hétérogène.
x =Q
∼
(t).X + c (t) (2.52)
Extension simple
On étudie la transformation qui fait passer le corps matériel de la configuration de la figure
2.7a à la configuration 2.7b. Clairement, elle s’écrit dans la base cartésienne orthonormée
(e 1 , e 2 , e 3 ) :
x1 = X1 (1 + λ)
x2 = X2 (2.53)
x3 = X3
La sollicitation est telle que les fibres horizontales dans le plan de la figure s’allongent sans
changer d’orientation tandis que les fibre verticales restent inchangées. La rotation propre R
∼
=1∼
et U∼
= F∼
. Le paramètre λ est directement la variation de volume J − 1 = λ.
L’essai d’extension simple est difficile à réaliser dans la pratique pour λ > 0. Par contre, si
λ < 0, il s’agit d’un essai standard en mécanique des sols, appelé essai œdométrique, qui
consiste à confiner un sol dans une enceinte rigide et à imposer un déplacement à la surface
libre.
Fig. 2.7 – Cinématique de l’extension simple pour un corps carré muni d’une grille : état initial
à gauche, état final à droite.
Glissement simple
La transformation illustrée sur la figure (2.8) porte le nom de glissement simple et s’écrit
x1 = X1 + γX2
x2 = X2 (2.55)
x3 = X3
Fig. 2.8 – Cinématique du glissement simple pour un corps carré muni d’une grille : état initial
à gauche, état final à droite.
Allongements (stretch)
Les tenseurs de Cauchy–Green permettent de mesurer les variations de longueur d’une fibre
matérielle dX de la façon suivante :
|dX |2 = dX .dX , |dx |2 = dx .dx (2.70)
−1
|dx |2 − |dX |2 = dX .(C
∼
−1
∼
).dX = dx .(1
∼
−B
∼
).dx (2.71)
On peut introduire la direction de la ligne matérielle dX étudiée jusqu’ici par
dX = |dX | M (2.72)
où le vecteur directeur M est de norme 1. On établit alors que le rapport d’allongements λ(M )
vaut
|dx | p
λ(M ) = = M .C ∼
.M = |F ∼
.M | = |U∼
.M | (2.73)
|dX |
Soient Cij les composantes, dans une base cartésienne orthonormée (E i )i=1,2,3 , du tenseur de
Cauchy–Green droit. On étudie l’allongement de M = E 1 . La relation précédente donne
p q
2 2 2
λ(E 1 ) = C11 = F11 + F21 + F31 (2.74)
ce qui donne une interprétation directe simple de la composante C11 du tenseur de Cauchy–
Green droit, à savoir le carré de l’allongement du premier vecteur de base.
2.3. MÉTRIQUE ET MESURES DE DÉFORMATION 35
C12
sin γ = √ (2.81)
C11 C22
1 T T
E
∼
= (H +H +H .H ), avec H =F −1 = Grad u (2.83)
2 ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼
E
∼
est donc non linéaire en H ∼
en raison du dernier terme. En composantes cartésiennes
orthonormées, ces expressions deviennent
1 n 1 n
E
∼n
:= (U − 1 ), A
∼n
:= (V − 1 ) (2.85)
n ∼ ∼
n ∼ ∼
E
∼2
=E
∼
, A
∼ −2
=A
∼
(2.86)
E
∼0
:= log U
∼
, A
∼0
:= log V∼ (2.87)
3
X 3
X
U
∼
= λr V r ⊗V r =⇒ log U
∼
:= (log λr ) V r ⊗V r (2.88)
r=1 r=1
det U
∼
= J = λ1 λ2 λ3 (2.91)
R .U .V
∼ ∼ r =F
∼
.V r = V∼ .R
∼
.V r = λr R
∼
.V r (2.92)
on s’aperçoit que les λr sont aussi valeurs propres de V∼ , les vecteurs propres correspondants
étant ceux de U∼
tournés par R
∼
:
vr = R∼
.V r (2.93)
Les grandeurs introduites permettent de définir la décomposition spectrale de U
∼
et V∼ :
3
X 3
X
U
∼
= λr V r ⊗ V r, V∼ = λr v r ⊗ v r (2.94)
r=1 r=1
La décomposition polaire de F ∼
et la décomposition spectrale de U ∼
et V∼ permettent d’interpréter
la déformation à l’aide des deux scenarii suivants, par ailleurs illustrés par la figure 2.9 :
• On allonge d’abord les fibres matérielles initialement parallèles aux directions propres V r
du facteur λr pour les amener à leur longueur finale. On les tourne ensuite de R ∼
pour leur
conférer leur orientation finale.
• On tourne les fibres matérielles initialement parallèles aux directions propres V r pour
les amener à leur position finale R ∼
.V r . On leur applique ensuite le tenseur gauche de
déformation pure V∼ pour leur conférer leur longueur finale.
C’est en ce sens que l’on dit que R ∼
(X , t) fait passer de la configuration initiale Ω0 à la
configuration actuelle Ω tandis que U ∼
est défini entièrement sur Ω0 et V∼ entièrement sur Ω.
On dit que U ∼
est une mesure lagrangienne de déformation et V∼ une mesure eulérienne
de déformation. Il s’ensuit que le tenseur de Cauchy–Green droit (resp. gauche) est aussi une
mesure lagrangienne (resp. eulérienne) de déformation. Ce résultat se généralise à la famille de
mesures de déformation (2.85).
Les décompositions spectrales de C ∼
et B∼
se déduisent de celles de U∼
et V∼ respectivement :
3
X 3
X
C
∼
= λ2r V r ⊗ V r, B
∼
= λ2r v r ⊗ v r (2.95)
r=1 r=1
Finalement,
3 3
X 1 2 X 1
E = (λ − 1) V r ⊗ V r, A = (1 − λ−2
r )V r ⊗ V r, (2.96)
∼
r=1
2 r ∼
r=1
2
38 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
U R
R
V
Fig. 2.9 – Décomposition polaire du gradient de la transformation. Les ellipses ont pour grand
et petit axes les vecteurs propres respectifs de U et V .
Extensométrie
Dans la pratique, lorsqu’on utilise par exemple un extensomètre pour suivre la déformation
(figure 2.2b), on suit deux points séparés initialement par la distance l0 et par l à l’instant
actuel. On suppose qu’au cours d’un tel essai la déformation est homogène dans la zone où sont
placés les deux points de mesure. On note 1 la direction parallèle à la ligne matérielle étudiée
et on suit la déformation le long de cette direction. Il est possible alors de voir ce que donnent
les différentes mesures de déformation évoquées au cours de cette transformation. Les scalaires
donnés ici correspondent à la composante 11 du tenseur utilisé.
2 2
l l
C= , B= (2.97)
l0 l0
l − l0 l − l0
E1 = , A−1 = (2.98)
l0 l
2 ! 2 !
1 l 1 l0
E2 = −1 , A−2 = 1− (2.99)
2 l0 2 l
2.3. MÉTRIQUE ET MESURES DE DÉFORMATION 39
l l
E0 = log , A0 = log (2.100)
l0 l0
Les profils correspondants sont tracés sur la figure 2.10. On vérifie que les mesures sont nulles en
1 et ont une tangente commune de pente 1. On voit aussi que E0 , A−1 et A−2 tendent vers −∞
lorsque l tend vers 0, c’est–à–dire lorsque qu’on comprime considérablement l’éprouvette. Ces
mesures offrent en quelque sorte une “résolution” meilleure dans ce domaine de déformation et
sont, de ce fait, privilégiées en mécanique des sols par exemple où l’essai de compression est
l’essai de base.
La mesure de déformation uniaxiale E1 qui se rapporte à la longueur initiale est
souvent appelée déformation nominale ou déformation de l’ingénieur. La déformation
logarithmique E0 , dite aussi parfois naturelle, est très utilisée dans la pratique. A la livraison
d’une courbe de traction par exemple, il est important de s’enquérir des grandeurs portées sur
les axes. Il est clair que l’information essentielle est contenue dans l’enregistrement de F11 = l/l0 .
Les mesures de déformation sont donc toutes équivalentes. Toutefois, de nombreuses courbes
expérimentales sont fournies traditionnellement en utilisant log(l/l0 ). Il est important de le
savoir !
Fig. 2.10 – Evolution de différentes mesures de déformation en fonction du rapport l/l0 des
longueurs actuelle et initiale d’un segment matériel au cours d’une déformation pure homogène.
F
∼
=R .U = V∼ .R
∼ ∼ ∼
gradient de la transformation (det F
∼
> 0)
R
∼
rotation propre (det R
∼
= 1)
U
∼
tenseur droit de déformation pure (det U
∼
= det F
∼
)
H
∼
=F
∼
−1
∼
= Grad u gradient du déplacement
T 2
C
∼
:= F
∼
.F
∼
=U
∼
tenseur de Cauchy–Green droit (det C
∼
= (det F
∼
)2 )
B
∼
:= F .F T = V∼ 2
∼ ∼
tenseur de Cauchy–Green gauche (det B
∼
= (det F
∼
)2 )
1
E
∼
:= (C − 1) tenseur de Green–Lagrange
2 ∼ ∼
1 −1
A
∼
:= (1
∼
−B
∼
) tenseur d’Almansi
2
1
(U − 1) déformation lagrangienne de Biot
2 ∼ ∼
1
(1
∼
− V∼ −1 ) déformation eulérienne de Biot
2
1
log U
∼
= log C
∼
déformation logarithmique lagrangienne de Hencky
2
1
log V∼ = log B
∼
déformation logarithmique eulérienne de Hencky
2
Tab. 2.2 – Récapitulatif : tenseurs décrivant la géométrie de la transformation
La composition des gradients de transformation est donc multiplicative. Par contre, les effets
sur les tenseurs de déformation sont plus complexes. Par exemple,
T
C
∼
=F .C .F 6= C
∼1 ∼ 2 ∼1
.C .
∼ 2 ∼ 1
(2.102)
De même, E ∼
6= E
∼1
+E∼2
(ici les indices 1 et 2 ne se réfèrent pas à la famille des mesures de
déformation (2.85) mais aux déformations de Green–Lagrange entre les configurations Ω0 /Ω1
et Ω1 /Ω2 respectivement).
peut être traité dans le cadre de l’hypothèse des transformations infinitésimales, i.e. en faisant
l’hypothèse que
kH∼
= u ⊗ ∇X k 1 ⇐⇒ F ∼
= O(1∼
) (2.103)
En choisissant par exemple comme norme la norme infinie i.e. le maximum de la valeur
absolue des composantes, l’hypothèse porte donc aussi sur la valeur absolue de chacune des
composantes de H ∼
qui doit être suffisamment petite. On parle de transformations infinitésimales
par opposition aux transformations finies générales envisagées jusqu’ici. On parle aussi
parfois de théorie linéaire géométrique. L’équation (2.103) montre que l’hypothèse ne porte
pas tant sur la transformation Φ elle–même que sur son gradient F ∼
.
L’hypothèse (2.103) est liée à un référentiel particulier (ou à des référentiels “infiniment
proches”) et à une configuration de référence particulière. Une telle hypothèse est en outre hors
de propos pour les problèmes d’écoulements de fluides et ceux de l’élaboration des matériaux
et fabrication des pièces et structures notamment par mise en forme.
Dans la suite, le signe ' signifie que l’égalité n’est vraie qu’à un terme de l’ordre o(kH ∼
k)
près.
1 T
F
∼
=Q =⇒ C
∼
=1
∼
, E
∼
= 0 mais ε
∼
= (Q +Q )−1
∼
6= 0 (2.109)
∼ 2 ∼ ∼
La déformation infinitésimale associée à ce mouvement ne sera quasi–nulle que pour une rotation
Q
∼
elle–même infinitésimale (voir plus loin la représentation des petites rotations).
Il est utile d’expliciter ce que deviennent les variations de longueurs et d’angles dans le
contexte infinitésimal. Le rapport d’allongement λ(M ∼
) d’une direction M calculé en (2.73)
devient p p
λ(M ) = M .C ∼
.M ' 1 + 2M .ε ∼
.M ' 1 + M .ε ∼
.M (2.110)
Autrement dit,
|dx | − |dX |
' M .ε
∼
.M (2.111)
dX
La grandeur M .ε ∼
.M mesure précisément l’allongement relatif d’un vecteur matériel M . Elle
est donc directement utilisée pour interpréter les résultats de mesures à l’aide de jauges ou
d’extensomètres (cf. figure 2.11).
Si M = e 1 (pour une base cartésienne orthonormée donnée), et si l’on note δ l’allongement
de ce vecteur au cours de la déformation,
ce qui fournit une interprétation simple de la première composante du tenseur des déformations
infinitésimales.
L’angle de glissement (2.78) quant à lui devient
on obtient
γ sin Θ = cos Θ(M 1 .ε.M + M 2 .ε
∼ ∼ 1 ∼
.M 2 ) + 2M 1 .ε
∼
.M 2 (2.114)
Dans le cas de deux directions initialement orthogonales, la relation précédente devient :
γ ' 2M 1 .ε
∼
.M 2 (2.115)
Les variations de volume sont évaluées dans le contexte infinitésimal de la manière suivante.
D’après l’équation (2.38),
1 + u1,1 u1,2 u1,3
dv
= det F
∼
= det u2,1 1 + u2,2 u2,3
dV
u3,1 u3,2 1 + u3,3
' 1 + u1,1 + u2,2 + u3,3 = 1 + ∇.u = 1 + trace ε∼
(2.117)
où l’on a négligé tous les termes non linéaires en ui,j . Autrement dit,
dv − dV
= div u = trace ε
∼
(2.118)
dV
La variation infinitésimale de volume est donc fournie par la trace du tenseur des déformations
infinitésimales. Une transformation infinitésimale localement isochore est donc caractérisée par
trace ε
∼
=0 (2.119)
Fig. 2.11 – Mesures locales à l’aide de jauges de déformation collées ici sur un assemblage
pied d’aube de turbine sur une portion de disque de turbine. Le pied d’aube en forme dite
de pied de sapin est soumis à une traction tandis que le disque est fixé. Des déformations
hétérogènes se développent dans le pied d’aube et dans le disque. La hauteur du pied de sapin
est de 4cm. L’allongement des jauges provoque une variation de l’intensité du courant qui y
circule. Une calibration permet de relier la mesure de courant à la déformation de la jauge.
La jauge étant collée à la surface de la pièce, la déformation subie par la jauge est la même
que la composante de déformation (2.111) locale de la pièce. La qualité du collage est bien sûr
essentielle et ne peut être garantie que sur un domaine de déformation limité.
44 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
On note ω
∼
la partie antisymétrique du gradient du déplacement :
1 T 1
ω
∼
:= (H
∼
−H
∼
), ωij := (ui,j − uj,i ) (2.120)
2 2
Elle s’appelle tenseur des rotations infinitésimales. On revient sur cette définition au
paragraphe suivant. Par suite,
F
∼
=1
∼
+H
∼
=1
∼
+ε
∼
+ω
∼
' (1
∼
+ε
∼
).(1
∼
+ω
∼
) (2.121)
|H
∼
| 1 =⇒ |ε
∼
| 1, |ω∼
|1
F
∼
' 1 =⇒ R ∼
'1∼
, U∼
'1 (2.123)
Le cadre des transformations infinitésimales est donc plus restrictif que celui où l’on ne
demanderait qu’aux seules déformations d’être infinitésimales, puisqu’il implique aussi que les
rotations restent infinitésimales.
On le voit, l’hypothèse d’une transformation infinitésimale implique que les déformations
doivent rester infinitésimales. La réciproque est fausse en général. Si les déformations sont
faibles, il n’en va pas nécessairement de même de la transformation associée. En effet les
rotations correspondantes peuvent ne pas être négligeables du tout. La figure 2.12(a) de la
flexion pure d’une plaque ou d’un fil mince est là pour nous en convaincre. On y voit l’état
initial rectiligne de la plaque et l’état final qui lui est imposé. Les rotations que subissent
certains éléments de la plaque sont indéniablement très fortes (la rotation relative entre les
deux extrémités de la plaque est de 360◦ ). L’expérience quotidienne de ce genre de sollicitations
sur des fils métalliques par exemple nous indique que les déformations correspondantes sont
d’autant plus faibles au cours de cette expérience que le fil est mince. Si le fil est très mince,
l’expérience peut même être réalisée sans que le fil ne subisse de déformation permanente à
l’issue de l’essai. Les corps élancés 1D (fils, câbles et poutres pour lesquels une dimension est
très grande par rapport aux autres) ou 2D (plaques et coques pour lesquelles deux dimensions
sont beaucoup plus grandes que la troisième) fournissent donc des exemples de transformations
pour lesquelles les déformations sont faibles mais les rotations importantes. Sur la figure 2.12(b),
le corps dont l’épaisseur n’est pas négligeable devant la courbure imposée au fil ou à la plaque
subit quant à lui aussi bien de grandes déformations que de grandes rotations. Pour les corps
résolument 3D par contre, il semble bien que petite déformation implique une transformation
modérée, c’est du moins ce que suggère ce dernier exemple.
Un cadre plus réaliste pour le traitement des corps élancés mais aussi de certains procédés de
mise en forme est l’hypothèse des rotations finies mais déformations infinitésimales. C’est de ce
contexte qu’il s’agit dans la théorie dite des poutres en grandes rotations, appelée aussi,
de manière moins pertinente, poutres en grands déplacements.
2.3. MÉTRIQUE ET MESURES DE DÉFORMATION 45
(a)
(b)
Fig. 2.12 – Flexion pure d’un corps mince (a) et d’un corps 3D (b). On a tracé une grille sur
la surface initiale des corps pour mieux suivre la déformation. Les états initiaux et finaux sont
montrés. L’expérience sur le corps épais n’est pas facile à réaliser : pour le faire, on a collé les
extrémités de la barre à 2 parallélépipèdes en acier que l’on tourne chacune de 180◦ .
H
∼
=ε
∼
+ω
∼
= Grad u gradient du déplacement
1
ε
∼
= (Grad u + (Grad u )T ) tenseur des déformations infinitésimales
2
1
ω
∼
= (Grad u − (Grad u )T ) tenseur des rotations infinitésimales
2
F
∼
=1
∼
+ε
∼
+ω
∼
' (1
∼
+ε
∼
).(1
∼
+ω
∼
)
R
∼
'1
∼
+ω
∼
, U
∼
'1
∼
+ε
∼
' V∼
E
∼
'ε
∼
, C
∼
'1
∼
+ 2ε
∼
'B
∼
|dx | − |dX |
' M .ε
∼
.M allongement relatif infinitésimal
|dX |
dv − dV
' div u = trace ε
∼
variation de volume infinitésimale
dV
× ×
où les ω i sont les composantes du vecteur ω .
Un mouvement de corps rigide infinitésimal s’écrit donc de la manière suivante :
×
u = x − X = c (t) + ω
∼
(t).X = c (t) + ω ∧ X (2.128)
où ω ∼
est un tenseur antisymétrique indépendant de X . La relation précédente est la
linéarisation de (2.52). La translation c (t) peut être d’amplitude tout à fait quelconque.
Preuve. Si E ∼
est homogène, alors les tenseurs C ∼
et donc U ∼
sont homogènes aussi. Il reste
donc a établir que R ∼
est homogène. On peut pour cela utiliser la représentation de la rotation
R
∼
à l’aide des angles d’Euler (cf. équation (A.84)). En écrivant les relations de Schwarz sur les
dérivées croisées de R∼
(X ).U
∼
, on établit que les angles d’Euler doivent être indépendants de
X.
Déformation nulle
Théorème 3 (Déformation nulle) La déformation de Green–Lagrange E ∼
est nulle en tout
point de Ω0 à un instant t si et seulement si la transformation de Ω0 à Ωt est un mouvement
de corps rigide.
Extension simple
On revient à la cinématique (2.53) d’extension simple. Du gradient de la transformation
(2.54), on déduit les tenseurs de Cauchy–Green et de Green–Lagrange :
λ
C
∼
=1
∼
+ λ(2 + λ)e 1 ⊗ e 1 = B
∼
, E
∼
= (2 + λ)e 1 ⊗ e 1 (2.129)
2
λ
(1 + λ)2 0 0 2
(2 + λ) 0 0
[C
∼
]= 0 1 0 , [E
∼
]= 0 0 0 (2.130)
0 0 1 0 0 0
On remarque que la déformation de Green–Lagrange est purement uni-axiale, ce qui correspond
bien à l’image de l’extension simple de la figure (2.7). Si la transformation est infinitésimale
λ 1, on calcule
E∼
'ε ∼
= λe 1 ⊗ e 1 (2.131)
Glissement simple
La déformation de Green–Lagrange associée au glissement simple se déduit de (2.57)
γ
0 0
2
γ2
1 γ 2
E∼
= (C ∼
−1∼
) = (e 1 ⊗ e 2 + e 2 ⊗ e 1 ) + e ∼2
⊗ e 2 , [E
∼
]= γ γ
(2.132)
2 2 2
0
2 2
0 0 0
(a) (b)
(c)
Soit C
∼
(X ) un champ compatible de tenseurs d’ordre 2 symétriques définis positifs. On
Suppose qu’il existe 2 transformations Φ1 (X ) et Φ2 (X ) de déplacements dont C∼
(X ) soit le
champ des déformations de Cauchy–Green droit associé. Quel est le lien entre Φ1 et Φ2 ?
Les gradients des transformations Φ1 et Φ2 sont liés, en tout point X , par
T T
F .F = F
∼1 ∼1
.F = C
∼2 ∼2 ∼
(2.135)
50 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
d’où
ωij,k = εik,j − εjk,i (2.143)
où l’on a utilisé une première fois le théorème de Schwarz : (.),ij = (.),ji . Le champ précédent
doit vérifier nécessairement la condition suivante (théorème de Schwarz sur l’interversion
des dérivées croisées) :
ωij,kl = ωij,lk (2.144)
ce qui, appliqué au membre de droite de l’équation (2.143), fournit
En vertu du théorème 22 (dit de Poincaré, voir chapitre A), il existe donc des quantités ωij
telles que
Wijk = ωij,k (2.147)
En remarquant que Wijk = −Wjik , on peut choisir ωij tel que ωij = −ωji . On construit
alors
où l’on a utilisé deux fois (2.143). La quantité Hij vérifie donc les conditions du théorème
de Poincaré que l’on utilise une nouvelle fois pour affirmer qu’il existe un champ de vecteurs
ui tel que
1
Hij = ui,j , et εij = (ui,j + uj,i ) (2.149)
2
c’est–à–dire que le champ ε ∼
(X ) est compatible.
On insiste sur le fait que la démonstration précédente présente aussi une méthode systématique
de construction des champs de déplacement à partir du champ de déformation, qu’il faudra
mettre en œuvre lors de la résolution de problèmes aux limites. Cette démarche sera appliquée
une première fois au paragraphe 2.3.4 puis au chapitre 8.
Les conditions de compatibilité (2.140) doivent être satisfaites pour tous les quadruplets
(i, j, k, l). Combien au juste cela fait–il de conditions indépendantes ? Pour le savoir, on va
expliciter ces conditions en distinguant les cas bi et tridimensionnels :
• Cas 2D. Les indices ne parcourent que l’ensemble {1, 2}. Remarquer que si i = j ou k = l,
les conditions (2.140) sont automatiquement vérifiées. Prenons donc
i 6= j et k 6= l
1 2 et 1 2
52 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
En 2D, le tenseur ε ∼
n’a que 3 composantes indépendantes. Si l’on tient compte de la
relation supplémentaire (2.150), il reste 2 degrés de liberté i.e. le nombre de composantes
de déplacement cherchées.
• Cas 3D. On sélectionne les combinaisons d’indices pertinentes :
i 6= j et k 6= l
1 2 et 1 2
2 3 et 2 3
3 1 et 3 1
1 2 et 2 3
2 3 et 3 1
3 1 et 1 2
Cela conduit aux conditions
Cela fait six conditions. On peut montrer qu’elles ne sont pas indépendantes et que si trois
d’entre elles sont vérifiées, alors les trois autres le sont automatiquement. Il n’est toutefois
de réduire de manière explicite les 6 équations à trois seulement.
Les conditions de compatibilité font intervenir uniquement les composantes du second gradient
du tenseur des déformations. On en déduit que tout champ de déformations affine
(i.e. des déplacements fonctions quadratiques des Xi dans une base cartésienne) les vérifie
automatiquement et est donc compatible (dans le contexte infinitésimal).
ωij,k = 0
En particulier,
ω12,1 = 0, ω12,2 = 0, ω12,3 = 0 =⇒ ω12 = −r
où r est une constante. De même
où p et q sont des constantes. Le gradient du champ de déplacement se réduit donc à sa partie
antisymétrique :
ui,j = ωij
On écrit successivement,
u1,1 = 0, u1,2 = −r, u1,3 = q
u2,1 = r, u2,2 = 0, u2,3 = −p
u3,1 = −q, u3,2 = p, u3,3 = 0
L’intégration de ces trois équations fournit
u1 = −rX2 + qX3 + c1
u2 = rX1 − pX3 + c2
u3 = −qX1 + pX2 + c3
Les variations de volume ne sont bien évidemment pas affectées par le changement de référentiel
(scalaires invariants)
0
J 0 := det F
∼
= det F
∼
=: J (2.159)
où l’on utilise le fait que Q
∼
est une rotation. Les formules de changement de référentiel pour
les tenseurs de Cauchy–Green et pour les mesures de déformation s’obtiennent en utilisant
abondamment la relation (2.158). On peut classer les résultats en deux groupes.
0
D’autre part, la décomposition polaire de F
∼
(2.44) permet de trouver celle de F
∼
en utilisant
l’unicité d’une telle décomposition :
0
F
∼
=Q.F = (Q
∼ ∼
.R).U
∼ ∼ ∼
=Q.V .R = (Q
∼ ∼ ∼
.V .QT ).(Q
∼ ∼ ∼
.R)
∼ ∼
(2.165)
T
B̂
∼
:= F̂ .F̂ = F
∼ ∼
.P −1 .P
∼ ∼ ∼
−T
.F
∼
T
9
Les définitions d’invariance et d’objectivité introduites ici ne sont pas universellement adoptées dans la
littérature. On en trouvera d’autres tout aussi licites (voir par exemple (Ogden, 1997)). Il convient dans chaque
cas de vérifier ce que chaque auteur entend par ces termes.
2.4. VITESSES DE DÉFORMATION 55
En particulier, on peut utiliser les notations introduites pour donner une chaı̂ne d’égalités
définissant le champ des vitesses (2.170) :
dx ∂Φ
ẋ := = (X , t) = V (X , t) = v (x , t) (2.175)
dt ∂t
Il est temps de montrer l’équivalence entre les descriptions lagrangienne et eulérienne du
mouvement introduites au paragraphe 2.2.3. Il est clair que l’on obtient la description eulérienne
à partir de la description lagrangienne en éliminant X entre les relations x = Φ(X , t) et
∂Φ
V := (X , t) pour obtenir v (x , t). Inversement comment obtenir la description lagrangienne
∂t
à partir de la simple connaissance du champ v (x , t) ? Il suffit en fait d’intégrer le système
différentiel en x (t) suivant
dx
= v (x , t) (2.176)
dt
pour une condition initiale donnée x (0) = X . La solution constitue la trajectoire du point
matériel X choisi.
On appelle ligne de courant11 à un instant donné t1 une courbe tangente en tout point au
champ de vitesse v (x , t1 ).
Un mouvement est dit stationnaire ou permanent si le champ des vitesses eulériennes
v (x , t) est indépendant du temps.
Enfin, le champ d’accélération A (X , t) = a (x , t) est défini par
∂2Φ dv ∂v
A (X , t) := ẍ = 2 (X , t) = (x , t) = + (grad v ).v = a (x , t) (2.178)
∂t dt ∂t
Cette relation donne donc l’évolution d’une fibre matérielle infinitésimale (i.e. constituée de
particules matérielles) au cours du mouvement. On peut relier directement la fibre matérielle
dans son état actuel à sa vitesse en éliminant dX dans la relation précédente :
•
z}|{
dx = L
∼
.dx , avec L
∼
= Ḟ .F −1
∼ ∼
(2.180)
Or
∂2Φ ∂2Φ
Ḟ
∼
= (X , t) = (X , t)
∂t∂X ∂X ∂t
= Grad V (X , t) = (grad v (x , t)).F
∼
(2.181)
11
Les lignes de courant s’obtiennent en intégrant le système différentiel :
dx1 dx2 dx3
= = (2.177)
v1 v2 v3
dans lequel le temps t1 est fixé et joue le rôle de paramètre.
2.4. VITESSES DE DÉFORMATION 57
Le tenseur L
∼
précédemment introduit et permettant de suivre l’évolution des fibres matérielles
au cours du mouvement n’est donc autre que le tenseur gradient des vitesses12
L
∼
(x , t) = grad v (x , t) (2.182)
L
∼
=D
∼
+W
∼
(2.183)
avec
1 T 1
D
∼
:= (L∼
+L ∼
), W
∼
:= (L − LT ) (2.184)
2 2 ∼ ∼
Le tenseur D ∼
s’appelle tenseur eulérien vitesse de déformation ou tenseur taux de
déformation. Le mot “vitesse” employé peut prêter à confusion. En effet il désigne en général
la dérivée par rapport au temps d’une grandeur. Ce n’est pas le cas de D
∼
défini ici simplement
comme la partie symétrique du gradient eulérien des vitesses.
Le tenseur W ∼
s’appelle tenseur taux de rotation. Puisque le taux de rotation est
antisymétrique, on peut lui associer un vecteur taux de rotation ou vecteur tourbillon
×
W tel que :
×
∀y , W
∼
.y =: W ∧y (2.185)
La notation matricielle correspondant à la définition du vecteur tourbillon est la même que celle
consignée dans l’équation (2.127). Par conséquent, l’expression des composantes cartésiennes
dans un repère orthonormé est
× 1 ∂v3 ∂v2
W 1 = −W23 = ( − ) (2.186)
2 ∂x2 ∂x3
× 1 ∂v1 ∂v3
W 2 = −W31 = ( − ) (2.187)
2 ∂x3 ∂x1
× 1 ∂v2 ∂v1
W 3 = −W12 = ( − ) (2.188)
2 ∂x1 ∂x2
Ces formules permettent de reconnaı̂tre l’opérateur rotationnel eulérien appliqué au champ des
vitesses13
× 1
W = rotv (x , t) (2.189)
2
Un mouvement est dit localement irrotationnel si le tenseur taux de rotation ou, de manière
équivalente, le vecteur tourbillon est nul.
Le choix des dénominations introduites et le sens mécanique des différents tenseurs sont
justifiés au paragraphe 2.4.3.
12
Avec la notation utilisant l’opérateur nabla introduite pour la première fois dans l’équation (2.13), on peut
aussi noter le tenseur gradient des vitesses de la manière suivante :
L
∼
(x , t) = v ⊗ ∇x
13
Avec la notation utilisant l’opérateur nabla introduite pour la première fois dans l’équation (2.13), en
utilisant quelques relations issues du paragraphe A.1.3 de l’annexe A, on peut aussi noter
× 1 1 1
W =− ∼ : (v ⊗ ∇x ) = − v ∧ ∇x = ∇x ∧ v
2 2 2
58 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
Ḟ
∼
= Ṙ
∼ ∼
.U + R .U̇
∼ ∼
L
∼
= Ḟ .F −1 = Ṙ
∼ ∼ ∼ ∼
.RT + R .U̇ .U −1 .R
∼ ∼ ∼ ∼
T
(2.190)
Il est important de remarquer que, pour tout tenseur orthogonal R
∼
, le tenseur vitesse
T
de rotation associé Ṙ .R est antisymétrique. En effet,
∼ ∼
T
R .RT = 1
∼ ∼ ∼
=⇒ Ṙ
∼ ∼
.RT = −R .Ṙ = −(Ṙ
∼ ∼ ∼ ∼
.RT )T (2.191)
Par contre, le deuxième terme apparaissant dans la relation (2.190) n’est en général pas
−1
symétrique car U̇
∼
et U
∼
ne commutent pas systématiquement :
(U̇ .U −1 )T = U
∼ ∼ ∼
−1
.U̇
∼
6= U̇ .U −1
∼ ∼
(2.192)
Pour s’en convaincre, s’il est besoin, il suffit de considérer le contre–exemple simple suivant.
Dans une base cartésienne orthonormée particulière, on considère
U11 U12 (t) 0 h i 0 U̇12 (t) 0
[U∼
] = U12 (t) 1 0 , U̇
∼
= U̇12 (t) 0 0 (2.193)
0 0 1 0 0 0
où seule la composante U12 est supposée dépendre du temps. L’inverse de U
∼
s’écrit
1 −U12 0
−1 1 −U12 U11 0
U∼
= 2
(2.194)
U11 − U12
0 0 1
Enfin, on trouve
−U12 U11 0 −U12 1 0
h i U̇12 h i U̇12
U̇ .U −1 =
∼ ∼ 2
1 −U12 0 , U
∼
−1
.U̇
∼
= 2
U11 −U12 0
U11 − U12 U11 − U12
0 0 1 0 0 1
(2.195)
−1
Il apparaı̂t donc que U̇ ∼
et U
∼
ne commutent que si U11 = 1.
Il s’ensuit qu’en général
W
∼
6= Ṙ
∼ ∼
.RT , et D
∼
6= R .U̇ .U −1 .R
∼ ∼ ∼ ∼
T
(2.196)
Le tenseur taux de rotation W
∼
est donc en général distinct de la vitesse de rotation propre
T
Ṙ
∼ ∼
.R .
Le tenseur taux de déformation mesure donc la vitesse de variation du produit scalaire de deux
directions matérielles sur la configuration actuelle. Il mesure donc les variations de longueur et
d’angle d’éléments de fibres matérielles.
D’autre part, la relation (2.68) implique aussi
• •
z }| { z }| {
dx 1 .dx 2 = dX 1 .C
∼
.dX 2 = dX 1 .Ċ
∼
.dX 2 = 2dX 1 .Ė
∼
.dX 2 (2.198)
En reprenant la définition de l’allongement relatif λ(m ) défini par l’équation (2.73) pour une
direction matérielle dx =| dx | m , on obtient sa variation
•
z }| {
λ̇ | dx |
= = m .D
∼
.m (2.201)
λ | dx |
appelé taux d’allongement relatif de la direction matérielle portée par m . Cette relation
doit être rapprochée de l’allongement relatif infinitésimal égal à M .ε∼
.M dans l’équation
(2.110). Si m = e 1 premier vecteur d’une base orthonormée choisie, son taux d’allongement
relatif instantané n’est autre que la composante D11 du tenseur des taux de déformation.
Le tenseur D ∼
est par définition symétrique mais il n’est pas nécessairement défini positif
puisque le taux d’allongement relatif d’une direction matérielle peut tout aussi bien augmenter
que diminuer ou rester inchangé au cours du mouvement.
on obtient
θ̇ sin θ = −2m 1 .D
∼
.m 2 + cos θ(m 1 .D
∼
.m 1 + m 2 .D
∼
.m 2 ) (2.203)
Dans le cas particulier où les directions étudiées sont orthogonales à l’instant choisi (i.e. θ =
π/2), l’évolution de l’angle de glissement γ défini par (2.79) est donnée simplement par
γ̇ = −θ̇ = 2m 1 .D
∼
.m 2 (2.204)
60 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
Preuve. C’est une conséquence de la relation (2.204) que l’on applique à trois directions
matérielles deux à deux orthogonales dx 1 , dx 2 , dx 3 . Le tenseur symétrique D ∼
a des valeurs
propres réelles et possède des directions principales deux à deux orthogonales qui vérifient le
théorème d’après (2.204). Réciproquement, s’il existe trois directions deux à deux orthogonales
(m 1 , m 2 , m 3 ) telles que
m 1 .D
∼
.m 2 = 0 (2.205)
m 1 .D
∼
.m 3 = 0 (2.206)
m 2 .D
∼
.m 3 = 0 (2.207)
dx = | dx | m
•
z}|{
dx = L
∼
.dx = | dx | ṁ + | dx | (m .D
∼
.m )m (2.208)
ṁ = L
∼
.m − (m .D
∼
.m )m (2.209)
×
ṁ = W
∼
.m = W ∧ m (2.210)
Ce résultat montre que le vecteur unitaire attaché à une ligne matérielle coı̈ncidant à l’instant
t avec une direction principale de D∼
subit une rotation dont la vitesse est donnée par W ∼
(t).
On en déduit le
2.4. VITESSES DE DÉFORMATION 61
et par suite
•
z}|{ J˙
dv = dv (2.212)
J
La variation du volume fait donc intervenir la dérivée du déterminant de F ∼
. Il est possible
de relier cette grandeur au tenseur gradient des vitesses, en utilisant les propriétés du produit
mixte défini en (2.37) :
• •
z}|{ z }| {
dv = [dx 1 , dx 2 , dx 3 ]
• • •
z}|{ z}|{ z}|{
= [dx 1 , dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , dx 2 , dx 3 ]
= [[Link] 1 , dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , L .dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , dx 2 , L .dx 3 ]
∼ ∼
∼
qui n’est autre que la trace du gradient des vitesses. Pour établir le résultat précédent, on a choisi
un volume élémentaire dv particulier constitué de trois vecteurs orthogonaux et les déterminants
ont été explicités dans cette base. Le résultat garde toute sa généralité car, d’après (2.212), la
˙
quantité J/J ne dépend pas de dv de sorte que son expression peut être établie à l’aide d’un
14
Le théorème ne dit pas que le trièdre des directions principales de D ∼
tourne à la vitesse angulaire W
∼
,
ce qui est faux. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre l’exemple du glissement simple traité en 2.4.6, pour
lequel les directions principales de D ∼
ne tournent pas alors même que W ∼
est non nul. Le théorème porte sur
un trièdre de directions matérielles coı̈ncidant à t uniquement avec les directions principales de D∼
.
62 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
dv particulier. Finalement,
•
z}|{
dv J˙
= = trace L
∼
= trace D
∼
= div v = ∇x .v (2.214)
dv J
La divergence du vecteur vitesse apparaı̂t car
∂vi
trace L
∼
= Lii =
∂xi
On insiste sur la relation suivante, contenue dans (2.214) :
J˙ = J trace L
∼
= (det F
∼
) trace (Ḟ .F −1 )
∼ ∼
(2.215)
J˙
T
= ds − L
∼
.ds (2.217)
J
où l’on a utilisé la formule donnant la dérivée de l’inverse de F
∼
qui se déduit du théorème 23
au paragraphe A.3.3 :
•
z}|{
−1 −1
F
∼
= −F ∼
.Ḟ .F −1
∼ ∼
(2.218)
Finalement,
•
z}|{
T
ds = ((trace L)1 − L
∼ ∼ ∼
).ds (2.219)
où l’on a utilisé (2.214). Dans un second temps on s’intéresse à l’évolution du vecteur normal
n = ds /ds avec ds = kds k. Pour cela, on utilise le fait que la norme du vecteur unitaire
normal doit rester égal à 1, ce qui implique
kn k2 = n .n = 1 =⇒ n .ṅ = 0 (2.220)
15
Il n’est peut–être pas inutile d’expliciter les dérivations partielles effectuées dans (2.216) :
dJ dF d J d Fij
: ∼ =
dF
∼
dt d Fij dt
L
∼
= Ḟ .F −1 = grad v
∼ ∼
tenseur gradient des vitesses
1
D
∼
:= (L + LT ) tenseur taux de déformation
2 ∼ ∼
1 T
W
∼
:= (L
∼
−L
∼
) tenseur taux de rotation
2
1 T
Ė
∼
= Ċ =F .D .F
2∼ ∼ ∼ ∼
•
z }| {
dx 1 .dx 2 = 2dx 1 .D
∼
.dx 2 = dX 1 .Ċ
∼
.dX 2
•
z}|{
dx = L ∼
.dx élément de fibre matérielle
•
z}|{
T
ds = ((trace L)1 − L
∼ ∼ ∼
).ds élément de surface
•
z}|{ J˙
dv = (trace L
∼
) dv = dv élément de volume
J
λ̇(m )
= m .D
∼
.m taux d’allongement relatif
λ(m )
ṁ = L
∼
.m − (m .D
∼
.m )m direction unitaire d’une fibre matérielle actuelle
T
ṅ = (n .D
∼
.n )n − L
∼
.n vecteur normal unitaire d’un élément de surface
D’autre part,
• • •
z}|{ z }| { z}|{
ds = ds n = ds n + ds ṅ (2.221)
•
z}|{
ds J˙
= − n .D
∼
.n (2.222)
ds J
T
où le fait que n .L
∼
.n = n .D
∼
.n a été pris en compte. La relation (2.222) n’a plus alors qu’à
être substituée dans (2.219) pour trouver
T
ṅ = (n .D
∼
.n )n − L
∼
.n (2.223)
64 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
1
D
∼
= (grad v + (grad v )T ) (2.224)
2
et par suite
1 T 1 T
D
∼
' (Ḣ
∼
+ Ḣ
∼
) = ε̇
∼
, W
∼
' (Ḣ
∼
− Ḣ
∼
) = ω̇
∼
(2.227)
2 2
L’analogie de structure déjà évoquée entre D
∼
et ε
∼
devient plus étroit encore puisque le premier
est simplement la dérivée temporelle du second dans le cadre des transformations infinitésimales.
Concernant les vecteurs associés aux tenseurs antisymétriques W ∼
et ω∼
,
× ×
W ' ω̇ (2.228)
2.4. VITESSES DE DÉFORMATION 65
x0 = Q
∼
(t).x + c (t)
v 0 = ẋ 0 = Q
∼
.v + Q̇.QT .(x 0 − c ) + ċ
∼ ∼
(2.229)
×
= Q
∼
.v + w ∧ (x 0 − c ) + ċ (2.230)
|{z} | {z }
vitesse relative vitesse d’entraı̂nement
×
où w est le vecteur vitesse de rotation associé au tenseur vitesse de rotation du référentiel
Q̇.QT . Une dérivation temporelle supplémentaire conduit à la règle de transformation du champ
∼ ∼
d’accélération :
˙
× ×
a 0 := v̇ 0 = w ∧ (x 0 − c ) + w ∧ (ẋ 0 − ċ ) + Q̇
∼
.v + Q
∼
.a + c̈
˙
× × ×
= w ∧ (x 0 − c ) + w ∧ (w ∧ (x 0 − x ) + Q
∼
.v ) + Q̇.QT .Q
∼ ∼ ∼
.v + Q
∼
.a + c̈
×˙ × × ×
= Q .a + w ∧ (x 0 − c ) + w ∧ (w ∧ (x 0 − c )) + c̈ + 2w ∧ Q.v
∼ | {z } | {z ∼ }
|{z}
accélération relative accélération d’entraı̂nement Coriolis
(2.231)
0
On voit que seul D ∼
est un tenseur objectif au sens défini en (2.161) tandis W
∼
est influencé
17
par la vitesse de rotation du second référentiel par rapport au premier .
16
Un vecteur v est dit objectif par changement de référentiel euclidien si
v 0 = Q.v
∼
17
Puisque W ∼
est antisymétrique, il est possible de construire en chaque point matériel un tenseur de rotation
Q(t) en intégrant l’équation différentielle
∼
T
Q̇ .Q = W
∼
(2.234)
∼ ∼
Il est tentant dès lors d’attacher à chaque point matériel un référentiel tournant de Q par rapport au référentiel
∼
66 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
v (x , t) = W
∼
(t).(x − c ) + ċ (t), avec W
∼
= Q̇.QT
∼ ∼
(2.235)
où Q
∼
est une rotation et ċ un champ de vitesse uniforme. Plus généralement tout tenseur
antisymétrique W ∼
permet de définir un champ de vitesses de corps solide de la forme (2.235).
Voici l’écriture matricielle d’un tel champ :
v1 ċ1 0 −r q x1 − c1 ċ1 p x1 − c1
v2 = ċ2 + r 0 −p x2 − c2 = ċ2 + q ∧ x2 − c2 (2.236)
v3 ċ3 −q p 0 x3 − c3 ċ3 r x3 − c3
Les réels p, q, r représentent les trois composantes indépendantes du tenseur antisymétrique W
∼
et sont homogènes à une vitesse de rotation (s−1 ). Ce sont les composantes du vecteur rotation
×
W tel que :
×
v (x , t) = W ∧ (x − c ) + ċ (2.237)
La forme générale d’un champ de vitesses de mouvement de corps rigide est donc
×
v (x , t) = v 0 + W ∧ x (2.238)
×
où l’on a posé v 0 = ċ − W ∧ c . Il est important de remarquer la similarité de
l’expression précédente avec (2.128) d’un mouvement de solide rigide infinitésimal. La différence
fondamentale est que (2.128) n’est valable que dans le contexte infinitésimal, tandis que (2.238)
est universelle. Cela vient du fait que seule une rotation infinitésimale est représentée par un
tenseur antisymétrique, alors que toute vitesse de rotation est antisymétrique (cf. l’équation
(2.191)). Le champ d’accélération correspondant s’obtient en dérivant deux fois (2.52) par
rapport au temps :
a := v̇ = Q̈
∼
.X + c̈
= Q̈.QT .(x − c ) + c̈
∼ ∼
(2.239)
Par ailleurs, on peut dériver aussi par rapport au temps l’expression (2.237) ce qui donne
˙
× ×
a = W ∧ (x − c ) + W ∧ (ẋ − ċ ) + c̈
˙
× × ×
= W ∧ (x − c ) + W ∧ (W ∧ (x − c )) + c̈ (2.240)
Le taux de déformation associé au champ de vitesses (2.235) est nul puisque son gradient se
réduit au taux de rotation W
∼
.
initial et appelé référentiel corotationnel. L’avantage de ce référentiel est qu’il est construit de telle sorte que
0
W∼
= 0, ce que l’on peut vérifier en utilisant les relations (2.233). De même, on considère les référentiels en
rotation propre construits en chaque point matériel avec le champ de tenseurs de rotation propre R ∼
(X , t).
Comme en général R ∼
6
= Q , ces deux familles de référentiels sont distincts. Il faut insister sur le statut local
∼
très particulier de ces référentiels. En effet, on adopte ici un référentiel différent pour suivre chaque particule
matérielle. Cela peut dans certains cas permettre une écriture plus simple des lois de comportement. On renvoie
à l’ouvrage (Besson et al., 2001) pour ce point qui sort largement du cadre de ce cours.
2.4. VITESSES DE DÉFORMATION 67
Extension simple
Le gradient des vitesses pour la transformation (2.53) s’écrit
λ̇
L = Ḟ .F −1 = e ⊗ e1 = D , W =0 (2.241)
∼ ∼ ∼
1+λ 1 ∼ ∼
extension d extension
D
∼
= log U
∼
dt
Glissement simple
En glissement simple (2.56), le gradient des vitesses, le tenseur vitesses de déformations et le
tenseur taux de rotation s’écrivent
γ̇ γ̇
L
∼
= γ̇ e 1 ⊗ e 2 , D
∼
= (e 1 ⊗ e 2 + e 2 ⊗ e 1 ), W
∼
= (e 1 ⊗ e 2 − e 2 ⊗ e 1 ) (2.242)
2 2
γ̇ γ̇
0 2 0 0 2 0
0 γ̇ 0
[L ] = 0 0 0 , [D ] = γ̇ 0 0 , [W ] = − γ̇ 0 0 (2.243)
∼ ∼ ∼
2 2
0 0 0
0 0 0 0 0 0
Le taux de rotation correspond donc à une rotation autour de l’axe 3 d’angle θ à la vitesse
γ̇
θ̇ = − (2.244)
2
On remarque que cette vitesse ne sature pas si le glissement s’effectue indéfiniment. Le trièdre
des directions principales de D ∼
n’en finira donc pas de tourner. C’est une situation bien
différente de celle de la rotation propre R ∼
(cf. équation (2.66)) dont l’angle tend vers −π/2
lorsque γ tend vers l’infini. Il n’est donc pas si simple d’interpréter les différentes rotations à
l’œuvre lors d’un glissement simple. C’est d’ailleurs toujours un sujet de recherches (Yang et al.,
1992) !
68 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
Chapitre 3
Equations de bilan
si M1 et M2 sont deux corps disjoints. La masse est supposée être une fonction continue du
volume de matière. En particulier quand ce volume tend vers 0, la masse correspondante tend
vers 0. La masse est une grandeur intrinsèque, indépendante du référentiel d’observation. C’est
un scalaire objectif ou invariant (puisque la terminologie coı̈ncide pour les scalaires). Le principe
de conservation de la masse stipule que m(M) reste inchangé au cours du temps
d
m(M) = 0 (3.2)
dt
Il existe une densité de masse1 telle que, pour une configuration quelconque Ω du corps matériel
M dans (E, R),
Z Z Z
m(M) = dm = ρ(x , t) dv = ρ0 (X ) dV = Constante (3.3)
M Ωt Ω0
où la masse volumique (densité de masse) locale ρ(x , t) ≥ 0 est un champ scalaire défini sur
Ωt . La masse volumique sur la configuration de référence Ω0 est noté ρ0 (X ). La conservation
de la masse implique que
dm = ρ dv = ρ0 dV = Constante (3.4)
La relation de transport pour les éléments de volume, établie au paragraphe 2.2.5 (équation
(2.38)), implique que
ρ0 dv
= = J = det F∼
(3.5)
ρ dV
1
C’est une conséquence du théorème de Radon–Nicodym en théorie de la mesure, étant donnée la régularité
de m.
69
70 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
En dérivant par rapport au temps la relation précédente à l’aide des relations (2.172) et (2.212),
ρ0
ρ =
J
J˙ J˙
ρ̇ = −ρ0 = −ρ = −ρ trace L
∼
= −ρ div v (3.6)
J2 J
La forme locale de la conservation de la masse (3.2) en découle :
ρ̇ + ρdiv v = 0 (3.7)
∂ρ
+ div (ρv ) = 0 (3.8)
∂t
où sont données les expressions avec les dérivées temporelles particulaires et convectives (cf.
équation (2.172)). En particulier
∂ρ
ρ̇ = + (grad ρ).v (3.9)
∂t
Les relations précédentes utilisent la description eulérienne du mouvement (cf. paragraphe
2.2.3). Les équations (3.7) et (3.8) sont parfois appelées équation de continuité. L’expression
reste toutefois ambiguë et ne sera pas utilisée dans la suite.
Une conséquence très utile dans la suite de l’écriture des lois de conservation est que pour
toute densité massique f (x , t) continue, on a
Z Z
d
ρf (x , t) dv = ρf˙ dv (3.10)
dt Ω Ω
Elle est bien sûr égale au produit de la masse du corps par la vitesse de son centre d’inertie. Le
moment cinétique d’un corps matériel M par rapport à un point quelconque x 0 de l’espace E,
fixe dans le référentiel R, est défini sur la configuration actuelle par
Z
(x − x 0 ) ∧ ρ(x , t)v (x , t) dv (3.12)
Ωt
Pour que les relations (3.14) et (3.15) soient valables pour un référentiel quelconque (non
nécessairement galiléen), il faut ajouter les contributions de forces d’inertie au torseur des
efforts appliqués.
m dist (x , t) = (x − x 0 ) ∧ f + m (3.18)
auxquels on a ajouté une source éventuelle de couples massiques m , par exemple d’origine
électromagnétique.
72 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
• Efforts surfaciques ou de contact. De tels efforts peuvent être appliqués en tout point
de la surface ∂D sous forme d’actions normales ou/et tangentielles. On les représente donc
par une densité surfacique d’effort t (x , ∂D, t) pour x ∈ ∂D
Z
R contact = t (x , ∂D, t) ds (3.19)
∂D
m contact (x , t) = (x − x 0 ) ∧ t (3.20)
2
On verra en fait dans la suite que le cadre de représentation des efforts proposé dans ce chapitre n’autorise
pas une dépendance aussi ambitieuse de t par rapport à toutes les caractéristiques de la surface ∂D. Voir aussi
la note de la page 75.
3
Le mot contrainte désigne le rapport d’une force par une surface.
3.2. CONSERVATION DE LA QUANTITÉ DE MOUVEMENT ET DU MOMENT CINÉTIQUE73
Z Z
= ρf dv +
t ds .v 0
Ωt ∂Ωt
Z Z
×
+ x ∧ ρf dv + x ∧ t ds .W (3.23)
Ωt ∂Ωt
le moment étant évalué par rapport à l’origine du repérage des positions. Ce résultat signifie
que la puissance d’un système de forces appliqué à un corps matériel dans un mouvement de
corps rigide ne dépend que du torseur de ce système de forces.
En utilisant la définition (2.126), le moment M est associé au tenseur antisymétrique M ∼
tel
que
× 1
M .W = M :W (3.26)
2 ∼ ∼
La matrice du tenseur M ∼
est donnée par la formule (2.127)5 . Pour finir, on rappelle que si
{O, R , M O } est le torseur d’un système de forces par rapport au point O, alors {O0 , R 0 , M O0 }
est le torseur du même système de forces par rapport au point O0 si
R0 = R, M O0 = M O + OO 0 ∧ R
4
En notation indicielle (base orthonormée), cela s’écrit
× × ×
y .W
∼
.x = yi Wij xj = yi ijk W j xk = W j jki xk yi = W .(x ∧ y )
où ijk désigne les composantes du tenseur des permutations (cf. paragraphe A.1.3 de l’annexe A).
5
La preuve du résultat précédent est alors simplement
×
M
∼
:W
∼
= Mij Wij = 2W i Mi
74 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
Z Z
(x − x 0 ) ∧ ρ(x , t)a (x , t) dv = ((x − x 0 ) ∧ ρ(x , t)f (x , t) + ρm ) dv
Ωt Ωt
Z
+ (x − x 0 ) ∧ t (x , ∂Ωt , t) ds (3.30)
∂Ωt
− grad p + ρg = 0 (3.32)
Dans le cadre de cette hypothèse, on peut réécrire la première loi d’Euler sous la forme
suivante : Z Z
t (x , n , t) ds = ρ(x , t)(a − f ) dv (3.35)
∂Ωt Ωt
Cette expression montre que l’intégrale de surface doit être réductible à une intégrale de volume,
ce qui n’est a priori pas vrai pour n’importe quelle forme du champ t (x , n ). Le théorème de
la divergence (A.120) permet un tel transfert de la surface au volume, à condition toutefois que
la densité surfacique soit linéaire en n . Pour un champ de vecteurs régulier v par exemple
Z Z
v .n ds = div v dv (3.36)
∂D D
Si t (x , n ) est linéaire en n , autrement dit si t est un flux, alors une réduction de la résultante
des efforts de contact à une intégrale de volume est possible. Le théorème de Cauchy indique
en fait que cette condition suffisante est aussi nécessaire. Pour établir ce résultat, il faut passer
d’abord par le
Lemme de Cauchy (lemme d’imparité) L’effort de contact exercé au point x par la matière
du côté (1) d’une surface S contenant x sur le côté (2) de cette surface est opposé à l’effort
7
Le postulat de Cauchy est en fait un théorème. La démonstration de ce fait, due à Noll (?), dépasse le cadre
de ce cours (voir aussi (Dell’Isola and Seppecher, 1995)). Cependant, on peut sentir l’agument en remarquant
que, dans la loi d’Euler (3.27), on doit avoir l’égalité entre une intégrale de surface d’un côté (efforts surfaciques)
et d’une intégrale de volume de l’autre (efforts volumiques et d’inertie). Une telle représentation n’est en fait
possible que si t ne dépend de ∂D que par l’intermédiaire de sa normale. Seul l’ajout d’une densité de doubles
forces d’arêtes dans la représentation des efforts permet en fait d’élargir la dépendance du vecteur contrainte vis–
à–vis des caractéristiques de la surface. Mais on quitte alors le cadre d’une théorie du premier gradient (Germain,
1973; Dell’Isola and Seppecher, 1995). La méthode de construction de Cauchy fonctionne miraculeusement dans
le cadre de la théorie du premier gradient. Elle masque hélas ses propres limitations et s’étend avec difficulté
à des théories plus riches. On lui opposera la méthode des puissances virtuelles qui permet une modélisation
systématique des milieux continus, notamment grâce à l’introduction dès les premières étapes de la démarche de
la notion de puissance des efforts intérieurs (voir les commentaires de la fin du paragraphe 3.3.4). Au contraire,
l’approche de Cauchy part de la représentation des efforts extérieurs.
76 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
n
∂D 2
D2
∂D 1
Ω
D1
Fig. 3.1 – Deux sous–domaines d’un corps matériel dont les contours ont une normale commune.
Le postulat de Cauchy affirme qu’en cet endroit les efforts de contact coı̈ncident.
exercé par (2) sur (1), à condition toutefois que t y soit continu et que l’accélération a et
l’effort massique f y soient finis. En d’autres termes,
t (x , −n , t) = −t (x , n , t) (3.37)
les termes volumiques tendent vers zéro puisque l’accélération et les forces massiques sont
supposées bornées. Il reste un terme surfacique dont la contribution latérale tend vers zéro, de
sorte qu’il ne subsiste que
Z Z Z
+ −
t (x , n ) ds + t (x , n ) ds = (t (x , n ) + t (x , −n )) ds = 0
S+ S− S+
pour tous les éléments de surface S ± ayant des normales opposées. La continuité supposée de
l’intégrande sur la surface entraı̂ne le résultat (3.37).
Ce théorème est l’équivalent de la loi de Newton de l’action et de la réaction, en remarquant
toutefois que la troisième loi de Newton est un axiome tandis qu’il s’agit ici de la conséquence
3.3. ANALYSE DES CONTRAINTES : LA MÉTHODE DE CAUCHY 77
n
S
n
x
ε
Dε
n
Ωt
d’un autre axiome, à savoir le postulat de Cauchy. Il ne s’applique pas en présence d’une onde
de choc (car l’accélération est non bornée sur une telle surface de discontinuité de vitesses)
ou de forces concentrées sur la surface. Il implique l’existence du tenseur des contraintes, à la
faveur du
Théorème 9 (Théorème de Cauchy) Sous les mêmes hypothèses que celles du lemme de
Cauchy, il existe un champ de tenseur du second ordre σ
∼
(x , t) tel que
t (x , n , t) = σ
∼
(x , t).n (3.39)
Preuve. On utilise l’argument dit du tétraèdre de Cauchy. Soit M un point de Ωt et n un
vecteur unitaire de composantes
n = ni e i
dans la base orthonormée des (e i ). On construit un tétraèdre élémentaire ∆h = M P1 P2 P3
contenant le point M et le point P de coordonnées (hn1 , hn2 , hn3 ) et dont les quatre faces
S1 , S2 , S3 et S ont pour normales respectives
n 1 = −e 1 , n 2 = −e 2 , n 3 = −e 3 , n
(voir figure 3.3). La première loi d’Euler (3.29) est appliquée maintenant au domaine ∆h . Sa
projection sur l’axe e 1 s’écrit
Z Z
ρ(a1 − f1 ) dv = t1 ds (3.40)
∆h ∂∆h
78 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
On a introduit le volume Sh/3 du tétraèdre. Les surfaces Si sont liées à S par les “cosinus
directeurs” :
Si = Sni (3.42)
Lorsque l’on fait tendre h → 0, les points A, B, Ai tendent vers M . En divisant l’équation (3.41)
par S et à la limite h → 0, le membre de gauche proportionnel à h tend vers 0 et on obtient
3
X 3
X
t1 (M, n ) = t1 (M, ni e i ) = ni t1 (M, e i ) (3.43)
i=1 i=1
où les signes sommes ont été introduits de manière exceptionnelle pour rendre plus visible le
caractère linéaire de l’opérateur. Cette équation exprime la linéarité de t1 par rapport à n . Le
résultat s’étend de la même façon aux composantes t2 et t3 . Il existe donc un opérateur linéaire
σ
∼
(M ) tel que
t =σ ∼
.n , avec σij (M ) = ti (M, e j ) (3.44)
ce qui s’écrit sous forme matricielle :
t1 σ11 σ12 σ13 n1
t2 = σ21 σ22 σ23 n2 (3.45)
t3 σ31 σ32 σ33 n3
L’opérateur σ∼
(M ), en tant qu’application linéaire, est un tenseur d’ordre 2.
Le théorème précédent a été publié par A. Cauchy en 1823. L’opérateur linéaire σ∼
s’appelle
le tenseur des contraintes de Cauchy ou parfois tenseur des contraintes vraies.
L’adjectif “vrai” vient du fait que le tenseur des contraintes de Cauchy est défini sur la
configuration actuelle : c’est une “machine” (un opérateur)8 qui, à un élément de surface orienté
de la configuration actuelle, associe la force physiquement appliquée à cet élément de surface.
L’objectif du chapitre 4 est d’apprendre à mieux le connaı̂tre. On établit dans la suite la version
locale des équations de conservation de la quantité de mouvement.
P3
n
M P2
2
P1
1
dans un système de coordonnées cartésiennes orthonormées, pour une fonction f continue sur
D ∪ ∂D et ayant des dérivées premières dans D (cf. théorème (20)) :
Z Z
∂f
f ni ds = dv (3.46)
∂D D ∂xi
La formule (3.36) déjà évoquée n’en est qu’une application pour f = vi . La résultante des efforts
de contact se transforme donc en
Z Z Z
∂σij
ti (x , n , t) ds = σij (x , t)nj ds = dv (3.47)
∂D ∂D D ∂xj
Puisque cette relation doit être vraie pour tout sous–domaine D de Ωt , il s’ensuit que
σ23 − σ32 = ρm1 (3.59)
Le calcul doit être repris pour les composantes 2 et 3 de l’équation vectorielle (3.54), de sorte
que
σ31 − σ13 = ρm2 (3.60)
σ12 − σ21 = ρm3 (3.61)
Les équations (3.59) à (3.61) représentent les lois locales du bilan de moment cinétique. En
utilisant le symbole des permutations ijk (défini par les relations (A.69), ces relations prennent
la forme synthétique
ijk σjk = ρmi (3.62)
3.3. ANALYSE DES CONTRAINTES : LA MÉTHODE DE CAUCHY 81
div σ
∼
+ ρf = 0 (3.64)
T
σ
∼
=σ
∼
(3.65)
Ces équations pourront aussi être appliquées pour un problème d’évolution lorsque les termes
d’accélération ρa peuvent être négligées devant les efforts mis en jeu dans le problème. On
parlera alors d’évolution quasi–statique.
En effectuant une intégration par partie sur le premier terme du membre de droite, et en
appliquant le théorème de la divergence, on trouve, dans un repérage orthonormé,
Z Z Z
? ? ?
σij,j vi dv = (σij vi ),j dv − σij vi,j dv
D D D
Z Z
? ?
= σij vi nj ds − σij vi,j dv
∂D D
Z Z
?
= t .v ds − σ
∼
: ∇x v ? dv
Z∂D ZD
? ?
= t .v ds − σ
∼
:D∼
dv (3.67)
∂D D
9
La seconde loi de Cauchy est parfois appelée axiome de Boltzmann. Le terme axiome est ambigu dans
la mesure où le résultat (3.63) a été établi à partir du théorème du moment cinétique global. Toutefois, cette
relation suppose qu’il n’existe pas de couples volumiques ni surfaciques comme on l’a déjà fait remarquer, ce
qui représente un axiome de la théorie non polaire des milieux continus. Lorsque les couples de surface sont
introduits, une théorie plus générale dite micropolaire ou, plus généralement encore, une théorie de Cosserat
peut être développée.
10
Comme en théorie des distributions, il suffit en fait de considérer des champs–tests dérivables à tous les
ordres et à un support compact. En particulier, le champ de vitesses réel n’a pas en général cette régularité.
82 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
?
La dernière équation (3.67) fait intervenir le tenseur symétrique D
∼
défini ci–dessous et utilise
pour cela explicitement la propriété de symétrie du tenseur des contraintes (seconde loi de
Cauchy) garantissant que
? ? ? 1
σij vi,j = σij Dij , avec Dij = (vi,j + vj,i )
2
L’équation (3.66) peut alors se mettre sous la forme :
Z Z Z Z
? ? ?
− σ∼
:D∼
dv + t .v ds + ρf .v dv = ρa .v ? dv (3.68)
D ∂D D D
avec
? 1
D
∼
:= (∇x v ? + (∇x v ? )T ) (3.70)
2
• Puissance virtuelle des efforts à distance dans le champ v ?
Z
e ?
P (v ) := ρf .v ? dv (3.71)
D
ce qui conduit au
Théorème 10 (Théorème des puissances virtuelles) Le champ des contraintes σ ∼
et
d’accélération a dans un corps matériel soumis aux effort ρf et t , vérifient les équations
locales de la dynamique (3.51) et (3.63) si et seulement si la puissance des efforts intérieurs,
à distance et de contact équilibre la puissance du champ d’accélération dans tout mouvement
virtuel v ? et pour tout sous–domaine D, sous l’hypothèse de continuité des champs impliqués :
P i (v ? ) + P c (v ? ) + P e (v ? ) = P a (v ? ) (3.74)
Preuve. Soient (σ ∼
, a , f ) des champs de contraintes, d’accélération et d’efforts massiques
satisfaisant les lois de Cauchy (3.51) et (3.63), et des efforts surfaciques t tels que t = σ ∼
.n .
L’équation (3.74) est identique à (3.68) établie précédemment qui résulte directement des lois
locales de la dynamique. Réciproquement, si la relation (3.68) est satisfaite pour tout champ
virtuel v ? et tout sous–domaine D ⊂ Ωt , on peut établir les lois de Cauchy en procédant
de la manière suivante. On considère d’abord des champs v ? de translation homogène du
corps matériel. L’équation (3.74) appliquée à tout sous–domaine implique, après utilisation du
théorème de la divergence, l’équation locale (3.51). Pour retrouver (3.63), il suffit de considérer
un champ v ? correspondant à une rotation pure.
3.4. CONSERVATION DE L’ÉNERGIE 83
Lorsque le champ virtuel est assimilé à un champ de vitesses (resp. de déplacement), on parle
du théorème des puissances virtuelles (resp. théorème des travaux virtuels). On peut
aussi appliquer le théorème au cas particulier v ? = v , à savoir le champ réel de vitesses régnant
à l’instant t dans la configuration Ωt , à condition toutefois que le champ réel soit continu. La
puissance des efforts intérieurs s’écrit alors
Z
i
P (v ) = − σ ∼
:D ∼
dv (3.75)
D
où D
∼
est le tenseur taux de déformation défini par l’équation (2.184), i.e. la partie symétrique
du gradient des vitesses. Il faut remarquer alors que les dimensions physiques des grandeurs en
jeu sont
σ
∼
:D∼
∼ MPa.s−1 = Jm−3 s−1 = Wm−3
c’est–à–dire une densité volumique de puissance. Intégrée sur un domaine D, on obtient une
puissance ce qui justifie a posteriori les dénominations utilisées précédemment. En appliquant
en outre le théorème au domaine Ωt entier, l’équation (3.74) n’est autre que le théorème de
l’énergie cinétique :
Z
i e c 1
P (v ) + P (v ) + P (v ) = K̇, avec K := ρv .v dv (3.76)
2 Ωt
valable en l’absence d’ondes de choc. On peut en effet établir simplement que la variation
d’énergie cinétique n’est autre que la puissance du champ d’accélération :
K̇ = P a (v ) (3.77)
Cela vient du fait que :
•
1 z}|{
v .v = a .v (3.78)
2
Du point de vue mathématique, le théorème 10 constitue la formulation variationnelle des
équations d’équilibre et est appelé parfois principe de d’Alembert. Il permet de mettre en
œuvre les puissants outils du calcul des variations.
Ce théorème est à la base des méthodes de résolution numérique des problèmes de mécanique
des milieux continus, fluides comme solides, et en particulier de la méthode des éléments
finis de résolution numérique des équations aux dérivées partielles. On passe alors par une
discrétisation spatiale et temporelle des grandeurs continues en présence. Il intervient aussi
dans l’établissement des théorèmes de l’énergie présentés dans le cours (Amestoy and
Damamme, 2003). La structure du théorème précédent est si générale qu’il est possible de
l’ériger en véritable principe des puissances virtuelles et de bâtir sur ce principe les lois
du mouvement de la mécanique des milieux continus. Il s’agit d’une approche alternative à
la méthode de Cauchy qui a connu son développement dans les années 1970. Le succès de la
méthode des puissances virtuelles est dû au caractère linéaire par rapport aux champ virtuels
de l’expression des puissances rencontrées. La méthode peut alors s’appliquer à des situations
physiques et mécaniques délicates (théorie du second gradient, théorie des poutres, plaques et
coques...).
• l’énergie cinétique Z
1
K := ρv .v dv (3.79)
2 D
• la puissance des efforts appliqués
Z Z
c e
P(v ) := P (v ) + P (v ) = t .v ds + ρf .v dv (3.80)
∂D D
• L’énergie interne E du système, représentée par une densité massique e d’énergie interne
Z
E := ρe(x , t) dv (3.81)
D
• L’apport de chaleur Q au système sous la forme d’un apport surfacique h(x , t, ∂D) et
d’un apport volumique ρr(x , t)
Z Z
Q := h ds + ρr dv (3.82)
∂D D
Ė = −P i (v ) + Q (3.84)
ρė = σ
∼
:D
∼
− div q + ρr (3.89)
∂ ρ ρ
(ρe + v .v ) + div ((ρe + v .v )v + q − v .σ
∼
) − ρ(r + v .ρf ) = 0 (3.92)
∂t 2 2
Conservation
Z de la masse
d
ρ dv = 0
dt D
Bilan
Z de quantité
Z de Zmouvement (première loi d’Euler)
ρa dv = ρf dv + t ds
D D ∂D
Bilan
Z de moment cinétique
Z (seconde loi d’Euler)
Z
(x − x 0 ) ∧ ρa dv = ((x − x 0 ) ∧ ρf ) dv + (x − x 0 ) ∧ t ds
D D ∂D
Bilan
Z d’énergie
Z Z Z
ρė dv = σ
∼
:D∼
dv − q .n ds + ρr dv
D D ∂D D
Tab. 3.1 – Récapitulatif : forme globale des équations de bilan de la thermomécanique des
milieux continus, pour un sous–domaine D ⊂ Ωt (en l’absence de discontinuité).
Equations de champ :
div σ
∼
+ ρf = ρa quantité de mouvement (Cauchy 1)
T
σ
∼
=σ
∼
moment cinétique (Cauchy 2)
ρė + div q = σ
∼
:D
∼
+ ρr bilan d’énergie
[[ρU ]] = 0
[[ρU v ]] − [[σ
∼
]].n = 0
[[(ρe + 21 ρv .v )U ]] + [[q − v .σ
∼
]].n = 0
Tab. 3.2 – Récapitulatif : forme locale des équations de bilan de la thermomécanique des
milieux continus. Points réguliers et équations aux discontinuités.
3.5. EQUATIONS DE BILAN EN PRÉSENCE DE DISCONTINUITÉS 87
div σ
∼
+ ρf = 0 quantité de mouvement
T
σ
∼
=σ
∼
moment cinétique
[[t ]] = [[σ
∼
]].n = 0 continuité du vecteur–contrainte
Tab. 3.3 – Récapitulatif : équations de champ et au bord pour la statique des milieux continus.
vecteur Mt Mt+∆t /∆t où Mt est sur S(t) et Mt+∆t est l’intersection de la droite colinéaire à
n (t) passant par Mt .
On établit alors l’équation de transport dite de Reynolds pour pour tout champ de
tenseur continu f (x , t) admettant une dérivée temporelle :
Z Z Z
d ∂f
f dv = dv + f wn ds (3.93)
dt V V ∂t ∂V
Ce résultat constitue le théorème 28 démontré au paragraphe B.2.1 de l’annexe B.
Ce résultat peut être établi directement en se ramenant à un domaine fixe matériel de référence.
En effet, le domaine matériel Dt ⊂ Ωt est une région de la configuration actuelle d’un corps
matériel M et on peut lui associer le domaine D0 correspondant sur la configuration de
référence. De même la densité f (x , t) est représentée par F (X , t) sur Ω0 . On peut alors
effectuer le changement de variable x = Φ(X , t) dans l’intégrale à calculer et introduire le
jacobien correspondant
Z Z
d d
f dv = F JdV
dt Dt dt D0
Z
= ˙
(Ḟ J + F J)dV
ZD0 Z
= f˙ dv + f (div v ) dv
Dt Dt
Z
∂f
= ( + (grad f ).v + f (div v )) dv
∂t
ZDt Z
∂f
= dv + div (f v ) dv
∂t
ZDt Z Dt
∂f
= dv + f v .n ds (3.96)
Dt ∂t ∂Dt
88 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
où l’on a utilisé la formule de la dérivée matérielle (2.172), la formule d’évolution du jacobien
(2.214) et finalement le théorème de la divergence (A.120).
Formellement, le résultat précédent permet de mettre en évidence une règle pratique très
efficace de calcul de la dérivée d’une intégrale sur un domaine mobile matériel. Il “suffit” de
dériver sous le signe intégrale en pensant à dériver aussi l’élément de volume dv. En effet, on
peut constater formellement que cette règle conduit au même résultat que le théorème (3.95) :
Z Z •
d z}|{
f dv = f dv (3.97)
dt Dt Dt
Z •
z}|{
= (f˙dv + f dv )
ZDt
= (f˙ + f div v )dv
Dt
Z Z
∂f
= dv + f v .n ds (3.98)
Dt ∂t ∂Dt
On a tenu compte du fait que la normale sortante à la surface S vue comme une partie de
la frontière de D+ est −n par définition. Ces relations peuvent être réécrites sous la forme
suivante, en introduisant la vitesse relative U donnée par (3.102) et le contour complet ∂D± :
Z Z Z Z
d ∂ρ
ρ dv = dv + ρv .n ds − ρ− U − ds
dt D− − ∂t −
Z ZD Z∂D ZS
d ∂ρ
ρ dv = dv + ρv .n ds + ρ+ U + ds
dt D+ D+ ∂t ∂D + S
On est alors en mesure d’appliquer le théorème de la divergence sur les domaines réguliers D−
et D+ :
Z Z Z
d ∂ρ
ρ dv = ( + div (ρv )) dv − ρ− U − ds
dt D− D− ∂t
Z Z ZS
d ∂ρ
ρ dv = ( + div (ρv )) dv + ρ+ U + ds
dt D+ D+ ∂t S
Le domaine D étant matériel, la masse qu’il contient est constante de sorte que la dérivée
temporelle précédente est nulle. Le résultat précédent est valable pour toute portion de la
surface de discontinuité, l’intégrande doit donc s’annuler en tout point de S le long de laquelle
il est continu (i.e. presque partout le long de S) :
La quantité entre crochets est le débit de masse à travers la surface géométrique S (unité
kg.m−2 .s−1 ). La relation (3.105) traduit donc la conservation de ce débit. La masse volumique
peut ainsi présenter des discontinuités sur des ensembles de mesure nulle. On peut penser à
deux matériaux de densités différentes accolés le long d’une interface idéale. Toutefois, dans
ce cas, l’interface est matérielle (i.e. wn = v .n ) et la condition (3.105) est automatiquement
satisfaite. Des situations plus pertinentes correspondent plutôt aux ondes de choc11 dans les
fluides ou à des fronts de changement de phase dans les solides.
11
Les ondes de chocs sont associées à des discontinuités du champ des vitesses et à une vitesse relative U 6= 0.
90 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
∂ρv
Le terme ∂t + div (ρv ⊗ v ) n’est autre que l’accélération a d’après la relation (3.52) établie
dans la première partie de ce chapitre. En additionnant les deux relations précédentes, on
aboutit à l’expression suivante de la variation de quantité de mouvement sur un domaine
matériel présentant une surface de discontinuité S (non nécessairement matérielle) :
Z Z Z
d
ρv dv = ρa dv + [[v ]]ρU ds (3.106)
dt D D S
On a tenu compte du fait que le débit relatif ρU est continu au passage de S. Lorsque le
champ de vitesses est continu ou lorsque la surface de discontinuité est matérielle, la relation
précédente se réduit à (3.16)1 utilisée dans la première partie de ce chapitre.
L’équation fondamentale de la dynamique appliquée au domaine matériel D, traversé par la
surface de discontinuité S, s’écrit alors12 :
Z Z Z Z
ρa dv + [[v ]]ρU ds = ρ(x , t)f (x , t) dv + σ
∼
.n ds (3.107)
D S D ∂D
On va appliquer cette relation à un voisinage d’un point x ∈ S comme sur la figure 3.4b. Le
voisinage D contient la portion de surface
s=D∩S (3.108)
On va calculer la limite de (3.107) lorsque D+ et D− tendent vers s d’une façon telle que le
volume de D tende vers 0 tandis que s reste inchangée (cf. figure 3.4b). Si ρ(a − f ) reste borné
de part et d’autre de s, les intégrales volumiques associées tendent vers 0 et, à la limite, il ne
reste plus que Z Z Z
+ −
[[v ]]ρU ds = (σ ∼
.n + σ
∼
.(−n )) ds = [[σ
∼
]].n ds (3.109)
s s s
Valable pour toute portion de surface s et pour tout x ∈ S, l’équation précédente implique que
l’intégrande doit s’annuler en tout point x ∈ S (sauf éventuellement sur un sous–ensemble de S
de mesure nulle). On obtient les équations locales de saut à travers une surface de discontinuité :
[[σ
∼
]].n − ρU [[v ]] = 0 (3.110)
12
en l’absence d’efforts concentrés sur S.
3.5. EQUATIONS DE BILAN EN PRÉSENCE DE DISCONTINUITÉS 91
De manière équivalente, en tenant compte de (3.102) et (3.105), cette équation s’écrit aussi
[[σ
∼
]].n − [[(v .n − wn )ρv ]] = 0 (3.111)
On rappelle que wn désigne la vitesse de propagation de la surface S qui n’est en général pas
une surface matérielle. Dans le cas d’une onde de choc, le saut [[v ]] est non nul et la vitesse
ρU est non nulle. La matière traverse la surface en changeant brutalement de vitesse.
Dans le cas statique ou dans le cas d’une surface matérielle S (U = 0), l’équation aux
discontinuités se réduit à
[[σ
∼
]].n = [[t ]] = 0 (3.112)
C’est un résultat essentiel : dans le cas statique, le vecteur–contrainte est continu à la
traversée de toute surface. On insiste sur le fait que la condition de continuité du vecteur–
contrainte (3.112) n’implique pas en général la continuité des composantes de σ ∼
. Il y a en effet
seulement trois conditions de continuité pour six composantes de contraintes.
L’équation de bilan de moment cinétique (3.16)2 possède elle–aussi sa version discontinue.
Mais comme x −x 0 est continu à la traversée de S, l’équation aux discontinuités correspondante
est une conséquence directe de (3.111) et n’apporte pas d’information supplémentaire.
Lorsque le domaine matériel D est traversé par une surface de discontinuité S, les dérivées
particulaires précédentes doivent être évaluées avec précaution. En suivant la démarche adoptée
dans les deux paragraphes précédents, on obtient la relation suivante
Z Z
d 1 ∂ 1 1
(ρe + v .v ) dv = (ρe + ρv .v ) + div ((ρe + ρv .v )v ) dv
dt D 2 ∂t 2 2
ZD
1
+ [[ρe + ρv .v ]]ρU ds
S 2
Z Z
1
= (ρė + ρa .v ) dv + [[ρe + ρv .v ]]ρU ds (3.114)
D S 2
L’équation de bilan global d’énergie en présence de discontinuités s’obtient alors en substituant
la relation précédente dans la loi (3.113). La version locale de ce bilan s’en déduit en l’appliquant
à des domaines D comme sur la figure 3.4b, de plus en plus petits. Finalement, en (presque)
tout point de S, on doit avoir :
1
[[(ρe + ρv .v )U ]] + [[q − v .σ
∼
]].n = 0 (3.115)
2
En particulier, dans le cas d’une surface de discontinuité matérielle, on retrouve la continuité
du flux q .n à condition de prendre en compte la continuité du vecteur–contrainte t = σ ∼
.n
(cf. équation (3.112)).
92 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
∂D
D
wn n
D
∂D
D S
(a)
n
s
∂D
x
S
(b) ∂D
Fig. 3.4 – Etablissement des théorèmes de transport : (a) propagation d’une surface singulière
S dans un domaine D, (b) voisinage D d’un point singulier x ∈ S pour l’établissement des
conditions de discontinuité.
Chapitre 4
Toutes les grandeurs introduites sont des fonctions eulériennes de (x , t). Il est légitime de
chercher s’il existe une formulation lagrangienne des lois de la dynamique. Pour cela, un
changement de variable x = Φ(X , t) est nécessaire. Ce changement de variable conduit
alors à la représentation lagrangienne suivante du bilan global de quantité de mouvement sur
D0 = Φ−1 (D) ⊂ Ω0 : Z Z Z
ρ0 A dV = S
∼
.N dS + ρ0 F dV (4.2)
D0 ∂D0 D0
Toutes les grandeurs présentes dans (4.2) sont des fonctions lagrangiennes de (X , t) définies
sur la configuration de référence Ω0 . On a utilisé au passage le fait que ρdv = ρ0 dV et introduit
les grandeurs fonctions des variables lagrangiennes suivantes :
• L’accélération A (X , t) = a (x , t) définie par (2.178).
• Les efforts massiques F (X , t) = f (Φ(X , t), t) définies sur la configuration de référence.
• La normale N au point X ∈ ∂D0 . Elle est reliée à la normale au point x = Φ(X , t) ∈ ∂D
par la formule de transport de l’élément de surface (2.42) :
−T
n ds = J F
∼
.N dS
t ds = σ
∼
.n ds = J σ .F −T .N dS
∼ ∼
= S
∼
.N dS = T S dS (4.3)
S
∼
:= Jσ .F −T
∼ ∼
et T S := S
∼
.N (4.4)
93
94 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ÉTATS
L’intégrale de surface dans (4.2) se transforme en une contribution volumique grâce au théorème
de la divergence : Z Z Z
∂Sij
Sij Nj dS = dV = Div S
∼
dV (4.5)
∂D0 D0 ∂Xj D0
Div S
∼
+ ρ0 F = ρ0 A (4.7)
F .S T = S
∼ ∼
.F T
∼ ∼
(4.8)
puisque S .F T = Jσ
∼ ∼ ∼
est symétrique.
R =tS=σ
∼
.n S = T S S0 = S
∼
.N S0 (4.9)
Z Z
−T −1
= σ
∼
: (F
∼
.Ė
∼ ∼
.F ) JdV = σij Fik−T Ėkl Flj−1 JdV
ZD0 D0
Jσ
∼
(Kirchhoff) eulérien D
∼
-
S
∼
:= Jσ .F −T (Boussinesq ou PK I)
∼ ∼
mixte Ḟ
∼
F
∼
−1
Π
∼
:= JF
∼
.σ .F −T (Piola–Kirchhoff II) lagrangien
∼ ∼
Ė
∼
E
∼
M
∼
:= C .Π = JF
∼ ∼ ∼
T
.σ .F −T (Mandel)
∼ ∼
lagrangien C
∼
−1
.Ė
∼
-
0
σ
∼
=Q.σ .QT
∼ ∼ ∼
(4.18)
−1 T
en se rappelant que Q ∼
= Q ∼
puisque Q ∼
est orthogonal. Le tenseur des contraintes
se transforme comme un tenseur objectif, tout comme le tenseur vitesse de déformation
D∼
(cf. équation (2.233)). Qu’en est–il du tenseur purement lagrangien des contraintes de
Piola–Kirchhoff II ? Pour le trouver, on utilise la règle de transformation du gradient de la
0
transformation F ∼
=Q .F d’après le résultat (2.30) :
∼ ∼
0 0−1 0−T −1
Π
∼
:= J 0 F
∼
.σ
∼
0
.F
∼
= JF
∼
.Q
∼
T
.Q.σ .QT .Q
∼ ∼ ∼
.F −T = Π
∼ ∼ ∼
(4.19)
Le tenseur des contraintes de Piola–Kirchhoff II est donc invariant par changement de
référentiel, tout comme sa déformation conjuguée, le tenseur de Green–Lagrange E ∼
. C’est le
propre des grandeurs purement lagrangiennes que d’être invariantes par les transformations
euclidiennes (2.3). Le tenseur de Boussinesq, quant à lui, n’est ni invariant, ni objectif :
0
S
∼
=Q.S
∼ ∼
(4.20)
Une conséquence importante des règles de transformation par changement de référentiel pour
les contraintes et les déformations conjuguées, est que la puissance des efforts intérieurs est
invariante par changement de référentiel. Pour le voir, on calcule la densité de puissance des
efforts intérieurs dans le nouveau référentiel :
0 0 0 0T 0 0
σ
∼
:D
∼
= trace (σ
∼
.D
∼
) = trace (σ
∼
.D
∼
)
T T
= trace (Q .σ .Q .Q
∼ ∼ ∼
.D .Q ) = trace (σ
∼ ∼ ∼
.D .QT .Q
∼ ∼ ∼ ∼
)
= trace (σ .D ) = σ
∼ ∼ ∼
:D
∼
(4.21)
que ce “principe” soit en fait concomitant de la représentation choisie des efforts, en liaison avec les lois de
Newton, ainsi que le suggère P. Germain (Germain, 1986). Pour enfreindre ce principe, il faut sans doute violer
les lois de Newton... C’est pourquoi, l’objectivité des forces et des contraintes est universellement admise.
4.2. VALEURS ET DIRECTIONS PRINCIPALES DES CONTRAINTES 97
Dans la suite, on supposera que les contraintes principales sont rangées dans l’ordre décroissant
tel que :
σ3 ≤ σ2 ≤ σ1 (4.27)
où σ1 est la contrainte normale maximale et σ3 la contrainte normale minimale. Il faut noter
qu’en général les directions et contraintes principales du tenseur symétrique des contraintes de
Piola–Kirchhoff II sont distinctes de celles du tenseur des contraintes de Cauchy.
La base (n 1 , n 2 , n 3 ), dite principale, constitue une base orthonormée de l’espace. La matrice
des composantes du tenseur des contraintes de Cauchy dans cette base prend la forme diagonale :
σ1 0 0
[σ ]
∼ principale
= 0 σ2 0 (4.28)
0 0 σ3
un parallélépipède dont les faces sont orthogonales aux vecteurs d’une base orthonormée (e i ),
les 3 composantes du vecteur contrainte sur la facette de normale e i sont exactement les
composantes σ1i , σ2i , σ3i du tenseur des contraintes dans cette base ( ième colonne de la matrice
des composantes de σ ∼
dans la base (e 1 , e 2 , e 3 )) :
Cette signification des composantes du tenseur des contraintes est illustrée sur la figure 4.2. On
remarquera en particulier qu’en vertu de la symétrie du tenseur des contraintes, l’existence d’un
cisaillement ou cission σ32 appliquée sur la facette de normale e 2 implique l’existence d’une
cission σ23 = σ32 sur la face de normale e 3 . Le résultat s’étend à des facettes non nécessairement
orthogonales entre elles de normales respectives n et n 0 :
t .n 0 = t 0 .n , où t = σ
∼
.n et t 0 = σ
∼
.n 0 (4.36)
σn
τ n
σ
∼
.n = σ1 n1 n 1 + σ2 n2 n 2 + σ3 n3 n 3 (4.37)
x3
σ33
σ23
σ13
σ32
σ31
σ21 σ22
σ11
σ12
x2
x1
Fig. 4.2 – Composantes des vecteurs-contraintes sur les faces d’un cube dans une base
orthonormée.
et d’après (4.34),
σn2 + τ 2 = σ12 n21 + σ22 n22 + σ32 n23 (4.39)
En ajoutant l’équation indiquant que la norme de n est par définition égale à un, on peut
interpréter les trois équations obtenues comme un système linéaire d’inconnues n2i :
2
1 1 1 n1 1
σ1 σ2 σ3 n22 = σn (4.40)
2 2 2 2 2 2
σ1 σ2 σ3 n3 σn + τ
τ 2 + (σn − σ2 )(σn − σ3 )
n21 = (4.42)
(σ1 − σ2 )(σ1 − σ3 )
2
τ + (σn − σ3 )(σn − σ1 )
n22 = (4.43)
(σ2 − σ3 )(σ2 − σ1 )
5
Pour obtenir le résultat sous la forme simple donnée par les équations (4.42) à (4.44), il faut remarquer
que le déterminant de la matrice (4.40) (dite de Vandermonde) se met sous la forme
σ2 σ32 + σ1 σ22 + σ3 σ12 − σ12 σ2 − σ32 σ1 − σ22 σ3 = (σ1 − σ2 )(σ2 − σ3 )(σ3 − σ1 ) (4.41)
4.2. VALEURS ET DIRECTIONS PRINCIPALES DES CONTRAINTES 101
τ 2 + (σn − σ1 )(σn − σ2 )
n23 = (4.44)
(σ3 − σ1 )(σ3 − σ2 )
On remarque alors que la positivité des n2i implique les inégalités suivantes sur σn et τ :
τ 2 + (σn − σ2 )(σn − σ3 ) ≥ 0
τ 2 + (σn − σ3 )(σn − σ1 ) ≤ 0
τ 2 + (σn − σ1 )(σn − σ2 ) ≥ 0
que l’on peut mettre sous la forme
2
σ2 + σ3 2 σ2 − σ3
(σn − ) + τ2 ≥ (4.45)
2 2
2
σ3 + σ1 2 σ3 − σ1
(σn − ) + τ2 ≤ (4.46)
2 2
2
σ1 + σ2 2 σ1 − σ2
(σn − ) + τ2 ≥ (4.47)
2 2
σ1 + σ2 σ2 + σ3 σ3 + σ1
La figure 4.3 représente les trois cercles de centres respectifs ( , 0), ( , 0), ( , 0)
2 2 2
σ1 − σ2 σ2 − σ3 σ1 − σ3
et de rayons respectifs , , , dans le plan de Mohr (σn , τ ). Les inégalités
2 2 2
(4.45) à (4.47) signifient que l’extrémité du vecteur–contrainte t de coordonnées (σn , τ ) dans
le plan de Mohr se situe à l’extérieur des deux premiers cercles mentionnés et à l’intérieur du
plus grand cercle. La zone contenant a priori l’extrémité de t est bleue sur la figure 4.3a. Ce
domaine est délimité par les cercles de Mohr. Réciproquement, on peut établir que tout point
(σn , τ ) donné de la zone bleue est atteint pour une direction n donnée par les formules (4.42) à
(4.44). En particulier les frontières du domaine constituées par les cercles de Mohr sont atteints
respectivement pour n3 = 0, n1 = 0 ou n2 = 0.
τ
τmax
σ1 σ3
2
σ3 σ3 σ2 σ2 σ2 σ1 σ1 σn
2 2
(a)
τ
n3
σ1 σ3
m 2
σ3 σ1 σn
n
2θ
θ
n1 t
t
(b)
Fig. 4.3 – Représentation de Mohr : (a) les cercles principaux, (b) vecteur–contrainte pour une
facette contenant la direction principale des contraintes n 2 .
σ
∼
= σ d ⊗ d = σ (cos α e 1 + sin α e 2 ) ⊗ (cos α e 1 + sin α e 2 )
= σ(cos2 α e 1 ⊗ e 1 + sin2 α e 2 ⊗ e 2 + sin α cos α (e 1 ⊗ e 2 + e 2 ⊗ e 1 )) (4.52)
104 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ÉTATS
σ = σd ⊗d
∼
τ
Composantes dans le repère
(e 1 = d , e 2 , e 3 ) :
σ 0 0
[σ
∼
]= 0 0
0 σ
0 0 0 2
σ σn
σ 2 σ
1
Tab. 4.2 – Récapitulatif : l’état de traction simple.
σ
∼
= τ (d 1 ⊗ d 2 + d 2 ⊗ d 1 )
avec d 1 .d 2 = 0 τ
Composantes dans le repère
(e 1 = d 1 , e 2 = d 2 , e 3 ) :
0 τ 0
[σ
∼
]= τ 0 0
0 0 0
τ
τ
τ
2
τ
2
τ σn
τ
2 τ
τ τ
τ τ
1
Lorsqu’aucune des contraintes principales n’est nulle, on parle d’état de contrainte tri-axial.
La représentation de Mohr correspondante est sur la figure 4.3. En toute rigueur, on cherchera
pour de tels essais mécaniques à imposer indépendamment chacune des contraintes principales
σ1 , σ2 , σ3 .
Comment peut–on comparer des états de contraintes entre eux ? On sait bien qu’il n’existe
pas de relation d’ordre total sur l’espace des matrices ou des tenseurs d’ordre deux. Comment
déclarer alors qu’un état de contrainte est plus sévère qu’un autre ? Il faut recourir à une
norme ou plus généralement à une fonction scalaire du tenseur des contraintes, qui dépendra
du facteur critique étudié (plasticité, rupture...) et du matériau. En effet, on peut utiliser une
fonction critère pour délimiter un domaine de fonctionnement du matériau. Par exemple,
pour des solides élastiques, on cherche à déterminer la limite en contrainte au–delà de laquelle
la réponse du matériau n’est plus réversible. Au–delà de cette limite, le matériau peut rompre
(rupture) purement et simplement ou présenter des déformations permanentes (plasticité).
4.4. CRITÈRES EN CONTRAINTE POUR LES MATÉRIAUX ISOTROPES 107
σ
∼
= σ1 d 1 ⊗ d 1 + σ2 d 2 ⊗ d 2
avec d 1 .d 2 = 0
τ
Composantes dans le repère
(e 1 = d 1 , e 2 = d 2 , e 3 ) :
σ1 0 0
[σ
∼
] = 0 σ2 0
0 0 0 σ1
2
σ2
σ2 2
σ2 σ1 σn
σ1 σ2
2
σ1 2 σ1
σ2
Tab. 4.4 – Récapitulatif : l’état de contraintes bi-axial.
108 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ÉTATS
f (Q.σ .QT ) = f (σ
∼ ∼ ∼ ∼
) (4.63)
f isotrope (σ
∼
) = fˆ(σ1 , σ2 , σ3 ) = f˘(I1 , I2 , I3 ) (4.64)
La fonction f˘ peut être quelconque. Par contre, fˆ doit être une fonction symétrique de ses
arguments :
fˆ(σ1 , σ2 , σ3 ) = fˆ(σ1 , σ3 , σ2 ) = fˆ(σ3 , σ1 , σ2 )
Le résultat (4.64) est ce que l’on appelle un théorème de représentation. Il constitue le
théorème 27 démontré de manière plus précise à la page 329.
L’introduction de cette décomposition pour le tenseur des contraintes s’explique par le fait
que les matériaux présentent des sensibilités différentes à l’application de contraintes purement
sphériques ou purement déviatorique. On introduit parfois la notation
trace σ
∼ sph
p := − , σ
∼
= −p1
∼
(4.68)
3
8
On montre en fait avec des arguments développés au chapitre 5 qu’un critère décrit par une fonction f (σ
∼
)
où σ
∼
est le tenseur des contraintes de Cauchy n’est licite que pour des matériaux isotropes. Pour des matériaux
anisotropes en grandes transformations, il faudra recourir à un critère de la forme f (Π
∼
).
4.4. CRITÈRES EN CONTRAINTE POUR LES MATÉRIAUX ISOTROPES 109
La partie déviatorique des contraintes mesure donc l’écart de l’état de contraintes avec un état
de pression pure. En particulier, on verra que les états de cisaillement sont entièrement contenus
dev
dans le déviateur des contraintes σ
∼
. On insiste sur le fait que, par définition du déviateur,
dev
trace σ
∼
=0
Le domaine de comportement “sain” (élastique par exemple) est à nouveau décrit par l’inégalité
(4.70). Il s’agit bel et bien d’une fonction des contraintes principales car on sait que la contrainte
tangentielle maximale vaut (σ1 − σ3 )/2 d’après le théorème 11. La fonction critère se formule
donc de manière équivalente
f (σ
∼
) = max (σi − σj ) − σ0
1≤i,j≤3
9
Dans les normes en cours, c’est souvent la statistique de Weibull qui est invoquée.
110 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ÉTATS
Fig. 4.4 – Rupture hélicoı̈dale d’une éprouvette en fonte sollicitée en torsion (source Centre
des Matériaux).
En traction, la limite d’élasticité est atteinte pour σ = σ0 . En cisaillement simple, elle est
atteinte pour τ = σ0 /2, ce qui distingue nettement ce critère du précédent. On remarquera
aussi que la fonction critère est insensible à l’application d’une pression p
f (σ
∼
− p1
∼
) = f (σ
∼
), ∀p ∈ IR
L’expérience montre que la plupart des alliages métalliques et des roches non poreux se
déforment élastiquement jusqu’à des pressions faramineuses (de l’ordre de plusieurs GPa). Ce
critère porte le nom de Henri Tresca qui le proposa en 1864.
σeq := J2 (σ )
r ∼
3 dev 2 dev 2 dev 2 dev 2 dev 2 dev 2
= ((σ ) + (σ22 ) + (σ33 ) + 2(σ12 ) + 2(σ23 ) + 2(σ31 ))
2 11
r
1 2 2 2
= ((σ11 − σ22 )2 + (σ22 − σ33 )2 + (σ33 − σ11 )2 + 6σ12 + 6σ23 + 6σ31 )
2
La limite √ d’élasticité en traction d’après le critère de von Mises est σ = σ0 et en cisaillement
τ = σ0 / 3. On voit que le critère de von Mises prévoit une limite d’élasticité plus forte que celui
de Tresca, ce qui a priori doit permettre de déterminer expérimentalement le critère le mieux
adapté. En général, on trouve que la limite d’élasticité en cisaillement est située entre ces deux
estimations, voire plus proche de σ0 /2 prévu par Tresca à condition d’avoir une extensométrie
fine permettant de distinguer des déformation irréversibles faibles de l’ordre de ou inférieures
à 10−4 . Les domaines d’élasticité réels sont en pratique plus complexes que ne l’indiquent les
critères précédents et peuvent être modélisés aujourd’hui avec de plus en plus de précision en
particulier dans le cas de sollicitations complexes multiaxiales.
112 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ÉTATS
Chapitre 5
113
114 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
F = k∆l (5.1)
F = η∆l˙ (5.2)
pour laquelle une déformation permanente quelconque est possible. Il est schématisé par
un patin posé sur un substrat rugueux et qui est susceptible de se déplacer à volonté pour
une charge appliquée suffisante. Il fait appel à une fonction critère
f (F ) = |F | − F0 (5.3)
La réponse du modèle à une histoire de sollicitation ∆l(s) ˙ depuis la nuit des temps s = −∞
où le système était supposé au repos, jusqu’à l’instant actuel s = t est donc
Z t
k ˙ ds
F (t) = k exp(− (t − s)) ∆l(s) (5.6)
−∞ η
Cette expression montre que la réponse actuelle en force dépend en général de l’histoire
complète de déformation du matériau, ce qui illustre bien la complexité du problème de
l’identification des lois de comportement. La loi de comportement est donc ici une fonctionnelle
de l’histoire du matériau. L’histoire est pondérée par un terme exponentiel qui privilégie
l’influence des instants proches de l’instant actuel. Le matériau perd donc la mémoire des
sollicitations trop anciennes. C’est une des caractéristiques de la viscoélasticité.
La complexité du comportement mécanique des matériaux est illustrée sur la figure 5.2 dans le
cas d’un alliage métallique à base de nickel et d’aluminium utilisé dans les aubes de turbines des
moteurs d’avion. La figure 5.2a montre en particulier que la réponse en traction à 950◦ C (courbe
σ en fonction de ε selon l’axe de traction) dépend de la vitesse de sollicitation ε̇. Ces essais
mettent donc en évidence la viscosité du matériau à cette température. Les courbes ont toutefois
une partie commune linéaire pour les très faibles déformations 0 ≤ ε ≤ 0.2% qui correspond
au domaine d’élasticité de ce matériau à cette température. Les points désignent les résultats
expérimentaux tandis que les traits continus correspondent à des simulations numériques à
l’aide d’une loi de comportement fortement non linéaire identifiée pour ce matériau. On voit
qu’il est très difficile d’obtenir un accord parfait entre modélisation et expérience. La complexité
du modèle retenu doit dépendre de la précision souhaitée dans le dimensionnement des pièces.
La figure 5.2b montre la réponse du matériau à un chargement cyclique (fatigue oligocyclique)
où l’on fait varier ε entre −1% et 1% périodiquement. Trois cycles sont présentés sur la figure.
On voit la mise en charge à partir de ε = 0, σ = 0, les parties linéaire puis non linéaire de la
réponse du matériau. Lorsque 1% de déformation est atteinte, on fait diminuer la déformation.
Lorsque la charge repasse par σ = 0, on voit qu’il y a une déformation permanente d’environ
0.5%, caractéristique d’un comportement plastique. Pour les cycles suivants, on voit que la
116 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
F
∆l Elasticité F = k∆l
F
∆l Viscosité F = η∆l˙
F
∆l ˙ si ∆l˙ 6= 0
Plasticité F = F0 signe(∆l)
Tab. 5.1 – Récapitulatif : schématisation des trois comportements élémentaires dans le cas
uni-axial.
réponse du matériau se stabilise sur une boucle d’hysteresis. Là encore, le modèle proposé, dont
les équations ne sont pas données ici par simplicité mais que l’on trouvera dans la référence
(Fivel and Forest, 2004b), donne une description correcte de l’essai. Le comportement d’un tel
matériau apparaı̂t donc comme élastoviscoplastique.
La température intervient à plusieurs niveaux. C’est un paramètre dont dépendent les
propriétés élastiques, visqueuses et plastiques des matériaux. En général, la raideur, le coefficient
de viscosité et la limite d’élasticité diminuent avec la température. D’autre part la température
est la variable fondamentale du problème dit de thermique posé par l’équation de conservation
de l’énergie. Une loi de comportement thermique liant le flux de chaleur au champ de
température est nécessaire, on l’a vu. Une telle loi est régie par les mêmes principes que pour
les lois de comportement mécanique. On notera le couplage entre les problèmes mécanique et
thermique. Dans de nombreux cas, le problème mécanique est résolu en supposant le champ
de température connu par ailleurs. Inversement, on résout souvent le problème thermique en
négligeant le couplage avec la mécanique ou bien en supposant les champs de contraintes et de
vitesses connus.
F
∆l
σ (MPa)
1200
10-2 s-1
10-3 s-1
10-4 s-1
900
10-5 s-1
10-6 s-1
600
300
0
0 0.8 1.6 2.4 3.2
(a) ε (%)
σ (MPa)
600
450
300
150
-150
-300
-450
-600
-1 -0.8 -0.6 -0.4 -0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
(b) ε (%)
Fig. 5.2 – Comportement mécanique d’un superalliage à base de nickel pour aube de turbine :
(a) comportement en traction à vitesse de déformation imposée, (b) comportement cyclique.
Les résultats expérimentaux sont donnés par les symboles et les prévisions du modèle sont en
trait continu.
118 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
T̆ (X , t) = T (Φ(X , t), t) = T (x , t)
où T (x , t) est le champ de température eulérien défini sur la configuration actuelle Ω, tout comme on l’a fait
pour les champs de vitesses lagrangien et eulérien V (X , t) et v (x , t).
4
On pourrait se demander si la connaissance de la transformation et de la température à tout instant
présent et passé et en tout point représente de manière exhaustive l’histoire du matériau et envisager l’existence
de variables internes caractérisant par exemple des aspects de la microstructure des matériaux et dont pourraient
dépendre les fonctionnelles introduites. Historiquement, la notion de variable interne a plutôt été développée
5.2. LES PRINCIPES DE LA THÉORIE DU COMPORTEMENT DES MATÉRIAUX 119
Les milieux de degré n sont des milieux continus pour lesquels, on fait intervenir les gradients de
la transformation jusqu’à l’ordre n. On a déjà mentionné la théorie du second gradient (n = 2)
au détour du paragraphe 2.2.4 pour dire que son usage reste très limité. C’est pourquoi il
est pragmatique et a posteriori largement suffisant de se limiter au premier gradient de la
transformation et du champ de température. On parle alors de théorie du premier gradient et
le milieu continu ainsi modélisé est dit matériellement simple5 . Les premiers gradients de la
transformation Φ et de la température sont notés F ∼
(X , t) et G (X , t) :
∂Φ ∂ T̆
F
∼
(X , t) := (X , t), G (X , t) := (X , t) (5.13)
∂X ∂X
On en profite pour définir aussi le gradient eulérien de la température :
∂T ∂ T̆ ∂X −1 −T
g (x , t) := (x , t) = . = G .F
∼
=F
∼
.G (5.14)
∂x ∂X ∂x
Les fonctionnelles mémoires prennent dès lors la forme suivante
σ∼
(x , t) = F Φ(X , s), F
∼
(X , s), T̆ (X , s), G (X , s) (5.15)
0≤s≤t
q (x , t) = G Φ(X , s), F∼
(X , t), T̆ (X , s), G (X , s) (5.16)
0≤s≤t
e(x , t) = H Φ(X , s), F ∼
(X , t), T̆ (X , s), G (X , s) (5.17)
0≤s≤t
Il est difficile de justifier ces deux restrictions successives autrement qu’en disant qu’elles
ont l’avantage de simplifier considérablement le problème de la formulation des lois de
comportement. Il s’agit clairement là de deux principes non universels (les milieux non locaux,
ça existe) mais qui embrassent une classe très large de comportements pertinents pour les
problèmes de l’ingénieur. C’est donc un pari qui se révélera suffisamment fécond a posteriori.
dans les années 1970 pour concurrencer l’approche fonctionnelle dite aussi héréditaire, qui date des années 1960,
souvent lourde à mettre en œuvre pour des comportements complexes. En toute logique, ne faudrait–il pas
conjuguer les deux approches ? C’est un débat toujours ouvert qui fera sûrement l’objet de recherches futures
en thermomécanique des matériaux.
5
Une définition équivalente d’un milieu matériellement simple est la suivante (cf. (Truesdell and Noll, 1965)) :
un milieu est dit simple au point X si sa réponse à des transformations homogènes dans un voisinage fini de
X suffit à déterminer sa réponse à une déformation quelconque en X .
120 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
G0 Q (s).Φ(X , s) + c (s), Q (s).F
∼
(X , t), T̆ (X , s), Q (s).G (X , s)
0≤s≤t ∼ ∼ ∼
=Q
∼
(s). G Φ(X , s), F
∼
(X , t), T̆ (X , s), G (X , s) (5.24)
0≤s≤t
H0 Q (s).Φ(X , s) + c (s), Q (s).F ∼
(X , t), T̆ (X , s), Q (s).G (X , s)
0≤s≤t ∼ ∼ ∼
= H Φ(X , s), F ∼
(X , t), T̆ (X , s), G (X , s) (5.25)
0≤s≤t
6
L’objectivité du tenseur des contraintes et du vecteur flux de chaleur font l’objet du principe d’objectivité.
L’objectivité du tenseur des contraintes est concomitante de la représentation des efforts d’après les lois de
Newton. Dans la théorie de la chaleur, on admet l’objectivité du flux de chaleur (ou resp., de manière équivalente,
de l’énergie interne) comme base de la représentation des phénomènes de transport de chaleur. In fine, le premier
principe implique alors l’objectivité de e (resp. q ).
5.2. LES PRINCIPES DE LA THÉORIE DU COMPORTEMENT DES MATÉRIAUX 121
dans de nombreux cas les corps matériels sont constitués de parties homogènes. Les conditions à
respecter à l’interface entre deux matériaux sont les mêmes que les conditions de discontinuités
développées au chapitre 3. Il n’y pas non plus de problème majeur à traiter le cas de matériaux
à gradient de propriété où les propriétés dépendent continûment (presque partout) de la
coordonnées X (penser aux propriétés élastiques ou plastiques d’une soudure par exemple
et de sa zone affectée thermiquement), mais pour simplifier les notations, on ne considère que
la situation homogène par morceaux dans ce cours.
On n’a pas encore évoqué jusqu’ici la dépendance directe en temps de la fonctionnelle
mémoire. Peut–on introduire une dépendance explicite de la forme
F F ∼
(X , s), T̆ (X , s), G (X , s), t ?
0≤s≤t
d’après la relation (5.23). Le champ de contrainte obtenu après superposition du mouvement de corps rigide est
donc égal à celui engendré par Φ tourné de Q. L’inertie n’affecte donc pas la loi de comportement. Par contre
∼
le champ de contraintes sera bien évidemment affecté par le terme ρ(f − a ) dans l’équation de Cauchy (3.51).
5.2. LES PRINCIPES DE LA THÉORIE DU COMPORTEMENT DES MATÉRIAUX 123
et des notations similaires pour GΩ0 et HΩ0 . Si Ω̂0 est une autre configuration de référence,
le mouvement par rapport à cette nouvelle configuration de référence ainsi que son gradient
s’écrivent (cf. page 27),
x = Φ̂(X̂ , t), F̂
∼
=F .P −1
∼ ∼
où P
∼
:= Grad (Φ̂−1 ◦ Φ) (5.32)
où P
∼
est indépendant du temps. Ce changement de configuration de référence se manifeste
aussi sur le gradient thermique :
−1 −T
Ĝ = G .P
∼
=P
∼
.G (5.33)
et des relations similaires pour le flux de chaleur et l’énergie libre. En rapprochant les équations
(5.31) et (5.34), on trouve la relation liant FΩ0 et FΩ̂0 :
T
FΩ̂0 (F̂
∼
, T̆ , Ĝ ) = FΩ0 (F̂ .P , T̆ , P
∼ ∼ ∼
.Ĝ ) (5.35)
Noter que deux configurations pourront être indiscernables pour une propriété physique
(thermique par exemple) et non pour une autre (mécanique par exemple), mais par simplicité
on ne fera pas cette distinction dans la suite. Une transformation P ∼
∈ GL(E)10 est appelée
symétrie matérielle si elle vérifie (5.36). On peut se restreindre à des éléments du groupe
unimodulaire U(E) (i.e. | det P∼
| = 1) car il serait bien étonnant que l’on puisse impunément
changer le volume d’un matériau sans modifier sa réponse. On a alors le
Preuve. Il suffit de montrer que l’ensemble des symétries matérielles G est un groupe. Il
contient bien sûr l’identité 1
∼
. Soient P , P ∈ G, en utilisant (5.37), ∀F
∼ 1 ∼ 2 ∼
, T, G ,
T
FΩ0 (F
∼
, T̆ , G ) = FΩ0 (F .P , T̆ , P
∼ ∼ 1 ∼ 1
.G )
T T
= FΩ0 ((F .P ).P
∼ ∼ 1 ∼ 2
, T̆ , P
∼ 2
.(P
∼ 1
.G ))
= FΩ0 (F
∼
.(P .P ), T̆ , (P
∼ 1 ∼ 2
.P )T .G )
∼ 1 ∼ 2
FΩ0 (F .P −1 , T̆ , P
∼ ∼ ∼
−T
.G ) = FΩ0 ((F .P −1 ).P
∼ ∼ ∼
, T̆ , P
∼
T
.(P
∼
−T
.G ))
= FΩ0 (F
∼
, T̆ , G )
−1
ce qui prouve que P ∼
∈ G. L’ensemble G a bien une structure de groupe.
Le nombre d’éléments du groupe des symétries matérielles dépend de la classe cristallographique
particulière concernée. Pour les corps isotropes, GΩ0 coı̈ncide avec le groupe orthogonal tout
entier. Les matériaux dits isotropes transverses présentent un axe de symétrie privilégié. Les
autres groupes (cubique, orthotrope...) sont des groupes finis ou discrets (nombre limité de
symétries).
Le lien qui existe entre les groupes des symétries matérielles d’un même corps matériel par
rapport à deux configurations de références distinctes est donné par le
Théorème 13 (Règle de Noll) Si Ω0 et Ω̂0 sont deux configurations d’un corps matériel et
si P̂
∼
est le gradient de la transformation de Ω0 vers Ω̂0 , alors
−1
GΩ̂0 = P̂
∼
.GΩ0 .P̂
∼
(5.39)
10
Noter qu’on autorise ici det P
∼
négatif (mais non nul) car on s’intéresse par exemple à des symétries miroirs
qui ne peuvent être obtenues par déformation réelle du corps matériel.
5.2. LES PRINCIPES DE LA THÉORIE DU COMPORTEMENT DES MATÉRIAUX 125
(5.37), ∀F̂
∼
, T, Ĝ ,
T
FΩ̂0 (F̂
∼
, T̆ , Ĝ ) = FΩ0 (F̂ .P̂ , T̆ , P̂
∼ ∼ ∼
.Ĝ )
T T
= FΩ0 (F̂ .P̂ .P , T̆ , P
∼ ∼ ∼ ∼
.P̂
∼
.Ĝ )
−1 T −1 T
= FΩ0 (F̂
∼
.(P̂ .P .P̂
∼ ∼ ∼
).P̂
∼
, T̆ , P̂
∼
(P̂ .P .P̂
∼ ∼ ∼
) .Ĝ )
−1 −1 T
= FΩ̂0 (F̂ .P̂ .P .P̂
∼ ∼ ∼ ∼
, T̆ , (P̂ .P .P̂
∼ ∼ ∼
) .Ĝ )
(5.40)
−1
ce qui montre que P̂ .P .P̂ ∈ GΩ̂0 . Ce résultat a été établi par Walter Noll en 1958.
∼ ∼ ∼
Le groupe des symétries matérielles dépend bel et bien de la configuration par rapport à laquelle
on étudie les propriétés de symétrie. Pour s’en convaincre, on peut penser à nouveau à un cristal
où les atomes sont rangés sur un réseau cubique, et qui présente donc les symétries associées
à ce système. En déformant élastiquement le matériau selon un axe de symétrie on change la
distance inter-atomique selon cette direction et on brise donc quelques symétries au passage.
On peut vérifier que le groupe des symétries matérielles est inchangé lorsque le changement
de configuration est une homothétie P ∼
= α1 ∼
, α 6= 0 ou si P
∼
∈ G Ω0 .
Le groupe des symétries matérielles est un outil pour classer les types de comportement,
comme on le verra au paragraphe 5.3.2.
où s(x , t) est la densité massique d’entropie. La variation d’entropie est associée à des apports
sous forme surfacique et volumique
Z Z
ϕ(D) = − ϕ .n ds + ρrs dv (5.42)
∂D D
où ϕ (x , t) est le vecteur flux d’entropie et rs une densité de production locale d’entropie.
La production d’entropie est alors la différence
On voit que les énoncés précédents ont la structure d’équations de bilan comme pour les
variables quantité de mouvement et énergie étudiées au chapitre 3. Toutefois, le second
principe de la thermodynamique n’est pas une loi de conservation mais l’inégalité suivante
Σ(D) ≥ 0, ∀D ⊂ Ωt (5.44)
En appliquant la démarche déjà mise en œuvre pour la quantité de mouvement et pour l’énergie,
on aboutit à la forme locale de l’inégalité de l’entropie :
ρṡ + div ϕ − ρrs ≥ 0 (5.46)
ou, de manière équivalente
∂ρs
+ div (ρsv + ϕ ) − ρrs ≥ 0 (5.47)
∂t
pour les points réguliers de Ωt . Il existe aussi des conditions de discontinuités le long
d’éventuelles surface singulières S ⊂ Ωt . Elles s’établissent de la même manière que pour la
quantité de mouvement et l’énergie interne et s’écrivent :
[[ρs(v .n − wn )]] + [[ϕ ]].n ≥ 0 (5.48)
L’inégalité (5.46) est écrite de manière très générale. Dans la très grande majorité des situations
rencontrées par l’ingénieur et le physicien, le flux d’entropie et la production locale sont
proportionnels au flux de chaleur et à la production locale de chaleur, respectivement, le
coefficient de proportionnalité n’étant autre que la température absolue T :
q r
ϕ = , rs = (5.49)
T T
c’est l’hypothèse qu’on fera dans la suite11 . Le second principe (5.46) prend alors la forme
q r
ρṡ + div ( ) − ρ ≥ 0 (5.50)
T T
A ce stade, on introduit l’énergie libre Ψ de densité massique ψ car c’est la grandeur énergétique
privilégiée en thermomécanique des solides12 :
Z
Ψ(D) := ρψ dv, avec ψ := e − T s (5.51)
D
q
Z Z Z
d r
ρs dv + .n ds − ρ dv ≥ 0 forme globale du second principe
dt D ∂D T D T
q r
ρṡ + div ( ) − ρ ≥ 0 forme locale du second principe
T T
q
[[ρs(v .n − wn )]] + [[ ]].n ≥ 0 inéquation aux discontinuités
T
grad T
d=σ
∼
:D
∼
− ρ(ψ̇ + Ṫ s) − q . ≥0 inégalité de Clausius–Duhem
T
q grad T
Or T div = div q − q . , de sorte que la dissipation se réduit finalement à
T T
grad T
d=σ
∼
:D
∼
− ρ(ψ̇ + Ṫ s) − q . (5.52)
T
Le dernier terme est clairement la dissipation thermique au sein du milieu. On obtient ainsi
l’inégalité de Clausius–Duhem :
grad T
d=σ
∼
:D
∼
− ρ(ψ̇ + Ṫ s) − q . ≥0 (5.53)
T
On peut alors distinguer les situations
• isothermes pour lesquelles Ṫ = 0 et grad T = 0 de sorte que l’inégalité de Clausius–Duhem
se réduit à
d=σ∼
:D∼
− ρψ̇ ≥ 0
ou d’une manière générale pi − ρψ̇ ≥ 0 en introduisant la puissance des efforts intérieurs
quelle qu’en soit sa modélisation.
• adiabatiques pour lesquelles q = 0 de sorte que l’inégalité de Clausius–Duhem se réduit
à
d=σ ∼
:D
∼
− ρ(ψ̇ + Ṫ s) ≥ 0
Il faudra donc veiller à ce que les lois de comportement développées garantissent la positivité de
la dissipation. C’est l’énoncé du principe d’entropie qui exige que les lois de comportement
soient telles que le second principe soit satisfait pour tout processus thermodynamique
caractérisé par l’évolution de l’ensemble des variables {ρ, Φ, T, f − a , r}.
σ
∼
(x , t) = FΩ0 (F
∼
(X , s), T̆ (X , s), G (X , s))
0≤s≤t
q (x , t) = GΩ0 (F
∼
(X , s), T̆ (X , s), G (X , s))
0≤s≤t
e (x , t) = HΩ0 (F
∼
(X , s), T̆ (X , s), G (X , s))
0≤s≤t
σ
∼
(x , t) = FΩ0 (F
∼
(X , s))
0≤s≤t
Q
∼
(t). FΩ0 (F
∼
(X , s)).Q
∼
(t)T = FΩ0 (Q
∼
(s).F
∼
(X , s)), ∀Q
∼
∈ GO+ (E) (5.54)
0≤s≤t 0≤s≤t
On en déduit le
Théorème 14 (Forme réduite) Pour un corps matériellement simple, la loi de comporte-
ment prend la forme suivante
T
σ
∼
(x , t) = R
∼
(X , t). FRΩ0 (U
∼
(X , s)).R
∼
(X , t) (5.55)
0≤s≤t
où R
∼
est la rotation propre et U
∼
le tenseur droit de déformation pure qui interviennent dans
la décomposition polaire de F∼
=R .U . La dépendance en U
∼ ∼ ∼
de la forme réduite FR peut être
quelconque.
Preuve. En substituant la décomposition polaire de F ∼
(s) = R
∼
(s)U
∼
(s) dans la condition (5.54)
T
et en choisissant Q∼
(s) = R
∼
(s), on obtient directement (5.55). Réciproquement, si la loi de
comportement a la forme (5.55), alors pour toute rotation Q ∼
,Q .R est la rotation propre de
∼ ∼
Q .F
∼ ∼
, de sorte que
FΩ0 (Q
∼
(s).F
∼
(s)) = (Q.R). FRΩ0 (U
∼ ∼ ∼
(s)).(Q.R)T
∼ ∼
0≤s≤t 0≤s≤t
T T
= Q
∼
.(R
∼
. FRΩ0 (U
∼
(s)).R
∼
).Q
∼
0≤s≤t
T
= Q
∼
. FΩ0 (F
∼
(s)).Q
∼
0≤s≤t
R
en introduisant le tenseur des contraintes relatives σ ∼
tourné de R∼
par rapport au tenseur
de Cauchy. Ce nouveau tenseur des contraintes a la propriété remarquable suivante : il est
invariant par changement de référentiel et on peut donc le voir comme un tenseur de contraintes
lagrangien. La déformation pure elle–même est invariante par changement de référentiel. La
loi de comportement (5.56) relie donc uniquement des grandeurs invariantes. C’est pourquoi la
forme précise de la fonctionnelle peut être quelconque (sous réserve quand même des restrictions
liées à la thermodynamique explorées dans la suite).
−1 −1
En multipliant (5.56) de part et d’autre par JU ∼
et U∼
, on obtient une relation de
comportement entre le tenseur de Piola–Kirchhoff II (purement lagrangien) et U ∼
ou, de manière
équivalente, le tenseur de Cauchy–Green droit C ∼
(puisque C
∼
et U
∼
sont reliés de manière
univoque) :
−1
Π
∼
(X , t) := JF
∼
.σ .F −T = JU
∼ ∼ ∼
−1
.R
∼
T
.σ
∼
(x , t).R .U −1
∼ ∼
−1 R −1 −1 −1
= JU
∼
.σ
∼
.U
∼
= JU∼
. FRΩ0 (U ∼
(X , s)).U∼
0≤s≤t
= FΩΠ0 (C
∼
(X , s)) (5.57)
0≤s≤t
La loi de comportement peut donc être écrite de manière purement lagrangienne. Cette
formulation a l’intérêt de ne faire intervenir que des grandeurs invariantes par changement
de référentiel et laisse donc une grande liberté sur le choix de la fonctionnelles F Π . On peut
bien sûr former d’autres couples de variables (contrainte←→déformation) qui sont reliées par
la loi de comportement.
Les résultats précédents s’étendent aux autres relations de comportement portant sur q et e,
où la dépendance en F ∼
des fonctionnelles G et H peut être remplacée, sans perte de généralité,
par une dépendance en U ∼
ou C ∼
.
A l’extrême, le groupe de symétrie peut coı̈ncider avec le groupe orthogonal tout entier
auquel cas le matériau est dit isotrope. Dans les autres cas, on parle de solides anisotropes.
Pour faire les constats précédents, il fallait encore trouver une configuration particulière Ω0 du
corps matériel pour laquelle le groupe des symétries matérielles ait la forme simple proposée.
En particulier, si l’on déforme un solide cubique, certaines symétries seront perdues mais on
sait qu’alors le groupe des symétries par rapport à cette configuration déformée est donné par
la règle de Noll (5.39). Ces réflexions nous incitent à proposer la
Définition. Un corps matériel est un solide s’il existe une configuration Ω0 par rapport à
laquelle le groupe des symétries matérielles est un sous–groupe du groupe orthogonal :
Noter que pour une configuration déformée Ω1 par rapport à Ω0 le groupe des symétries
matérielles GΩ1 sera donné par la règle de Noll (5.39) et ne sera en général pas inclus dans
le groupe orthogonal. Il s’agit néanmoins toujours du même solide. Exception : le groupe des
symétries matérielles d’un solide triclinique ne dépend pas de la configuration de référence
puisque le groupe (5.58) est invariant par la règle de Noll. La configuration privilégiée Ω0 est
souvent appelée configuration sans distorsion du solide. Cela ne signifie pas configuration
sans déformation ou sans contrainte. En effet, l’application d’une homothétie (appelée aussi
dilatation) P ∼
= α1 ∼
avec α ∈ IR? laisse le groupe des symétries d’un solide inchangé (on le
vérifie aisément grâce à la règle de Noll (5.39)) mais déforme bel et bien le solide.
Le groupe des symétries matérielles d’un corps peut contenir et être plus grand encore que le
groupe orthogonal. Toutefois, le théorème 25 de maximalité de Noll (page 326) indique qu’alors
ce ne peut être que le groupe unimodulaire tout entier. Cela signifie que le corps est insensible
à toutes les symétries et à tous les changements de forme conservant le volume. C’est l’idée que
l’on peut se faire d’un fluide dont le comportement est inchangé quand on le change de récipient,
par opposition aux solides précédents dont les propriétés de symétrie changent lorsque le solide
change de forme. C’est pourquoi on propose la
Définition. Un corps matériel est un fluide si, pour une configuration Ω0 , le groupe des
symétries matérielles coı̈ncide avec le groupe unimodulaire :
Remarquer que si une telle configuration existe alors pour toutes les autres configurations Ω
on aura GΩ = U(E). En effet le groupe unimodulaire est stable par application de la règle de
Noll, puisque tout élément G
∼
de GΩ s’écrit sous la forme P .G .P −1 où G
∼ ∼ 0 ∼ ∼ 0
∈ U(E) et que
−1
det G
∼
= (det P
∼
)(det G
∼ 0
)(det P
∼
) = det G
∼ 0
= ±1
Un fluide a donc la propriété remarquable suivante. Son groupe des symétries matérielles est
le même quelle que soit la configuration de référence. En d’autres termes, un fluide ne possède
pas de configuration de référence privilégiée. C’est pourquoi l’approche eulérienne est préférée
pour l’étude des écoulements de fluides.
Ces définitions conduisent à la réflexion suivante qui peut sembler curieuse au premier abord :
il existe a priori des corps matériels qui ne sont ni fluides ni solides ! En effet rien n’oblige le
groupe des symétries matérielles à être le transmué d’un sous–groupe du groupe orthogonal
ni à coı̈ncider avec le groupe unimodulaire. De tels corps sont appelés de manière imagée
5.3. PREMIÈRES APPLICATIONS DES PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA
THERMOMÉCANIQUE DES MILIEUX CONTINUS 131
GL E
UE
(fluides)
(impossible)
GO E
(solides
isotropes)
Fig. 5.3 – Les sous–groupes du groupe linéaire et les groupes de symétries matérielles.
Le groupe des symétries matérielles contient donc U(E). Les milieux concernés par une loi de
comportement de la forme (5.62) sont donc des fluides. Dans la suite, l’indice Ω0 pourra donc
être omis.
On passe maintenant cette forme de loi de fluide au crible du principe d’invariance de forme
pour voir si elle ne peut pas être précisée davantage. Considérons deux référentiels distincts et
écrivons dans chacun la loi de comportement :
σ
∼
= F(L
∼
)
0 0
σ
∼
= F 0 (L
∼
) = F 0 ([Link] + Q̇
∼ ∼ ∼
.QT )
∼ ∼
où l’on a utilisé la formule de changement de référentiel (2.232) pour le gradient des vitesses.
Le principe d’invariance de forme stipule que F 0 = F, lorsque l’on change de référentiel par
une transformation euclidienne, d’où
T
Q
∼
.F(L
∼
).Q
∼
= F([Link] + Q̇
∼ ∼ ∼
.QT )
∼ ∼
(5.64)
Q
∼
(t0 ) = 1
∼
et Q̇
∼
(t0 ) = −W
∼
Prenons pour W∼
le taux de rotation associé à L
∼
(t0 ) = D∼
(t0 ) + W
∼
(t0 ) et évaluons la condition
(5.64) au temps t = t0 :
F(D ∼
+W ∼
) = F(D ∼
)
Cette condition exclut toute dépendance de F vis–à–vis du taux de rotation W
∼
. Une première
conséquence de l’application des principes est donc que la loi de comportement du fluide
visqueux se met sous la forme
σ
∼
(x , t) = F(D
∼
(x , t)) (5.65)
La condition d’invariance de forme (5.64) implique pour la dépendance (5.65) que
T
Q
∼
.F(D
∼
).Q
∼
= F(Q.D .QT )
∼ ∼ ∼
(5.66)
Cette condition exprime que F est une fonction tensorielle isotrope de son argument D ∼
. Au
sujet des fonctions isotropes, on a exploré le cas des fonctions scalaires d’argument tensoriel
d’ordre 2 lorsque l’on a introduit la notion de critère (cf. paragraphe 4.4). Concernant les
fonctions à valeurs tensorielles d’ordre 2 (symétriques) et d’argument tensoriel d’ordre 2
(symétrique), on renvoie au paragraphe A.4.2. On y trouvera en particulier quelques théorèmes
134 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
de représentation qui donnent les formes possibles que prennent les fonctions isotropes. Le
théorème 27 de Rivlin–Ericksen donne la seule forme possible de F compatible avec la condition
d’isotropie (5.66)
2
σ
∼
= α0 1∼
+ α1 D
∼
+ α2 D
∼
(5.67)
où les αi sont des fonctions des 3 invariants principaux de D
∼
. Il est remarquable que l’application
des principes fondamentaux conduise ici à une forme quasi–explicite de la loi de viscosité. C’est
l’intérêt majeur de ce chapitre. On peut remarquer aussi que D ∼
est invariant par changement
de configuration de référence
•
z }| {
L = Ḟ .F −1 = F̂ .P .(F̂ ˙ .P .P −1 .F̂ −1 = L̂
.P )−1 = F̂
∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼
de sorte que le groupe des symétries matérielles de ces matériaux visqueux contient au moins le
groupe unimodulaire. Ces milieux sont donc des fluides. En rajoutant une dépendance en ρ aux
fonctions αi dans la loi de comportement (5.67), ce qui est licite et n’entraı̂ne aucune restriction
supplémentaire même en reconsidérant les conséquences des principes fondamentaux, on obtient
la loi des fluides visqueux de Reiner–Rivlin, établie en 1945.
Si l’on se contente d’une dépendance du flux de chaleur actuel avec le seul gradient thermique
actuel (on enlève provisoirement le couplage thermomécanique par simplicité), on peut proposer
une relation de la forme
Q (X , t) = GΩ0 (G (X , t)) (5.71)
où la fonction G peut être quelconque (à condition toutefois qu’elle respecte les symétries et
ne viole pas le second principe ! Ce dernier n’a pas encore été exploité...). Quel est l’intérêt
d’avoir formulé la loi de conduction thermique avec des grandeurs lagrangiennes ? Pour le voir
proposons la loi intuitive écrite en eulérien :
q (x , t) = G(g (x , t)) (5.72)
et faisons appel aux principes d’indifférence matérielle et d’invariance de forme. La fonction G
doit vérifier, pour toute rotation Q
∼
:
Q
∼
.G(g (x , t)) = G(Q
∼
.g (x , t)) (5.73)
Cette relation implique que G est une fonction isotrope de son argument vectoriel. La fonction
G ne peut donc pas être quelconque. Le théorème de représentation 26 (page 326) n’autorise
que la forme
q = h(g .g ) g (5.74)
5.3. PREMIÈRES APPLICATIONS DES PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA
THERMOMÉCANIQUE DES MILIEUX CONTINUS 135
où h est une fonction scalaire quelconque. Il s’agit en fait d’une loi de conduction de fluide (pas
d’influence d’une quelconque configuration de référence). Lorsque h est une fonction constante,
il s’agit de la loi de Fourier isotrope. Pour les solides, il faut utiliser (5.71) qui autorise par
exemple une loi de Fourier de la forme
Q = −K
∼
.G (5.75)
On reviendra dans le chapitre suivant sur des lois de conduction thermique plus générales pour
les solides.
Concernant la conduction thermique dans les fluides visqueux introduits au paragraphe
précédents, il faut considérer les lois de comportement thermomécaniques couplées :
σ
∼
(x , t) = F(D
∼
,g)
q (x , t) = G(D
∼
,g)
Les paramètres scalaires αi , βi , mais aussi l’énergie interne e sont des fonctions des invariants
principaux de D∼
mais aussi des autres invariants :
2
g .g , g .D
∼
.g , g .D
∼
.g
On ajoutera aussi une dépendance de ces grandeurs par rapport à la densité et la température
pour avoir des lois aussi générales que possibles. On voit que les couplages sont nombreux et
non linéaires. Si on linéarise ces deux lois par rapport à g et D
∼
en les supposant suffisamment
petits, il ne reste plus que
σ
∼
= η1 (trace D )1 + 2η2 D
∼ ∼ ∼
(5.78)
q = −kg (5.79)
où il ne reste plus que 3 paramètres caractérisant le fluide : les viscosités η1 et η2 et le coefficient
de conductivité thermique k. On remarque aussi que les deux lois de comportement linéarisées
sont découplées. On reviendra dans le chapitre 7 sur la linéarisation des lois de comportement.
σ
∼
= ηx ⊗ x
σ
∼
= ηv ⊗ v
B
∼
= ηtn σ
∼
σ̇
∼
= ηD
∼
136 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
Chapitre 6
Corps élastiques
6.1 Elasticité
Un milieu (matériellement simple) est dit élastique si l’état de contrainte actuel est
entièrement déterminé par le gradient de la transformation à l’instant actuel et non par son
histoire passée :
σ
∼
(X , t) = FΩ0 (F
∼
(X , t)) (6.1)
La fonctionnelle mémoire se réduit donc à une simple fonction. En particulier le comportement
ne dépend pas de la vitesse de sollicitation D ∼
. La forme de la loi dépend a priori de la
configuration de référence choisie Ω0 .
Π
∼
(X , t) = FΩΠ0 (C
∼
(X , t)) (6.3)
Il s’agit là d’un cas particulier de la forme (5.57) établie au chapitre précédent.
On définit maintenant la forme de la loi de comportement des matériaux thermoélastiques
en ajoutant des relations pour le flux de chaleur, l’énergie libre (ou de manière équivalente
l’énergie interne comme au chapitre précédent) et enfin l’entropie massiques :
T
σ
∼
(x , t) = R
∼
(X , t).FΩ0 (U
∼
(X , t), T̆ (X , t), G (X , t)).R
∼
(X , t)
q (x , t) = R
∼
(X , t).GΩ0 (U
∼
(X , t), T̆ (X , t), G (X , t))
ψ(x , t) = HΩ0 (U
∼
(X , t), T̆ (X , t), G (X , t))
s(x , t) = JΩ0 (U
∼
(X , t), T̆ (X , t), G (X , t))
Π
∼
(X , t) = FΩΠ0 (C
∼
(X , t), T̆ (X , t), G (X , t))
137
138 CHAPITRE 6. CORPS ÉLASTIQUES
Q (X , t) = GΩΠ0 (C
∼
(X , t), T̆ (X , t), G (X , t))
Π
ψ0 (X , t) = HΩ (C (X , t), T̆ (X , t), G (X , t))
0 ∼
s0 (X , t) = JΩΠ0 (C
∼
(X , t), T̆ (X , t), G (X , t))
par application de la règle de Noll (13). Ce nouveau groupe peut contenir moins de symétries
que le premier, c’est le cas de GΩ̆0 par rapport à GΩ0 sur les exemples de la figure 6.1 (le plan de
symétrie à 45◦ n’en est plus un). Par contre la formule montre bien que le groupe des symétries
matérielles est inchangé par application d’une dilatation P∼
= α1∼
. Il est bien sûr inchangé aussi
si P∼
∈ GΩ0 (c’est le cas des configurations Ω̂9 et Ω̌0 de la figure 6.1).
Pour de nombreux solides, il existe une configuration privilégiée pour laquelle le groupe des
symétries matérielles est un groupe cristallographique, c’est–à–dire un sous–groupe strict du
groupe orthogonal. Un telle configuration est souvent appelée configuration non distordue du
solide. On appelle ces solides des solides anisotropes. Cette définition ne se limite pas aux
corps élastiques. Pour un corps élastique, on dira qu’une configuration est naturelle si elle est
non distordue et sans contraintes (σ ∼
= 0).
On peut maintenant classer les corps élastiques selon la nature de leurs groupes des symétries
matérielles. Les corps élastiques “les moins symétriques”, i.e. les plus anisotropes sont les
solides tricliniques
GΩ0 = {1 ∼
, −1
∼
}
Toutes les classes cristallographiques sont représentées parmi les solides cristallins (métaux
ou céramiques) ou structures composites (stratifiés, réseaux de poutres, nids d’abeille...).
On se contente pour l’instant de mentionner le cas des solides cubiques (ex : cristaux de
sel, d’aluminium, de cuivre, de fer...). Ces solides présentent 24 symétries matérielles qui
s’obtiennent à partir de 3 générateurs qui sont
π/2 π/2 π/2
R ,R ,R (6.4)
∼ i ∼ j ∼ k
rotations d’angle π/2 par rapport à trois axes orthogonaux i , j , k . On renvoie au tableau 5.3
(page 132) pour la liste des classes cristallographiques utiles en thermomécanique des matériaux
(concernant les systèmes cristallographiques pour les solides cristallins voir aussi le tableau A.2,
page 327).
6.1. ELASTICITÉ 139
Sa forme ne peut donc pas être quelconque. Le théorème de représentation dit de Rivlin–
Ericksen (27) donne la seule forme possible de F compatible avec la condition d’isotropie (6.5)
2
Π
∼
= α0 1
∼
+ α1 C
∼
+ α2 C
∼
(6.6)
où B∼
est le tenseur de Cauchy–Green gauche. Les fonctions βi dépendent des valeurs propres
de B ∼
car ce sont les mêmes que celles de C ∼
(cf. équation (2.95)). Cette relation ne doit pas
faire illusion en laissant croire qu’elle ne dépend pas de la configuration de référence puisque
B∼
est une mesure eulérienne de déformation. En fait B ∼
dépend bel et bien de la configuration
de référence Ω0 :
T
B
∼
:= F .F T = F̂
∼ ∼
.P .P T .F̂
∼ ∼ ∼ ∼
Cela confirme que la loi d’élasticité d’un corps isotrope garde a priori la mémoire d’une
configuration de référence. Cette dépendance disparaı̂t toutefois dans le cas extrême des
Fluides élastiques
Lorsque,
GΩ0 = U(E) (6.8)
−1
les “transmués” P̂ ∼
.GΩ0 .P̂
∼
sont identiques à GΩ0 pour tout P̂ ∼
∈ GL(E)1 . Il s’agit par
définition d’un fluide (cf. paragraphe 5.3.2). Comme un tel corps est isotrope par rapport à GΩ0 ,
il l’est aussi pour toutes les autres configurations. Voilà donc un corps isotrope par rapport à
toutes ses configurations. Ce n’est pas le cas des solides élastiques isotropes précédents qui en
général ne sont plus isotropes par rapport à une configuration déformée.
La fonction d’élasticité FΩ0 doit vérifier pour un tel corps
FΩ0 (F
∼
) = FΩ0 (F .P ),
∼ ∼
∀P
∼
∈ U(E) (6.9)
C’est aussi vrai pour toute autre configuration de référence obtenue à partir de Ω0 à l’aide
d’une transformation appartenant au groupe unimodulaire. Pour réduire à nouveau la forme
1
En effet, si P̂
∼
∈ GL(E), alors
−1
P
∼
∈ U(E) =⇒ P̂ .P .P̂
∼ ∼ ∼
∈ U(E)
140 CHAPITRE 6. CORPS ÉLASTIQUES
de F, on va prendre un P∼
particulier. Pour cela, on remarque que tout tenseur F
∼
(det F
∼
6= 0)
peut se décomposer sous la forme
sph sph
F
∼
=F
∼
.F̄
∼
, avec det F
∼
= det F
∼
=J et det F̄
∼
=1 (6.10)
sph
où F
∼
s’appelle la partie sphérique de F ∼
et F̄
∼
sa partie unimodulaire. En fait, il suffit de
prendre2
sph 1
F∼
= J 1/3 1
∼
et F̄∼
= 1/3 F ∈ U(E)
J ∼
La transformation F̄ ∼
fait passer de la configuration Ω0 à la configuration intermédiaire Ω̂0 . La
sph
partie sphérique F∼
fait passer enfin de Ω̂0 à la configuration actuelle Ωt .
−1
Prenons alors P ∼
= F̄∼
∈ U(E) dans (6.9) pour voir que
FΩ0 (F
∼
) = FΩ0 (F
∼ sph
) = FΩ̂0 (F
∼ sph
) (6.11)
Pour la dernière égalité, on utilise le fait que la configuration Ω̂0 est obtenue par une
transformation unimodulaire F̄ ∼
appartenant au groupe des symétries matérielles du milieu
considéré. La fonction d’élasticité ne dépend donc que de la partie sphérique de F∼
. Pour aller
plus loin, il reste à appliquer le principe d’indifférence matérielle, non utilisé jusqu’ici. Par
changement de référentiel Q ∼
(t), la loi se transforme en
0 sph
σ
∼
= FΩ̂0 (F
∼
)=σ
∼
et par conséquent,
σ
∼
=Q.σ .QT ,
∼ ∼ ∼
∀Q
∼
∈ GO(E)
ce qui n’est possible que si σ
∼
est sphérique. La loi du fluide élastique s’écrit donc
σ
∼
= −p(ρ)1
∼
(6.12)
où p est une fonction scalaire de J, ou de manière équivalente de la masse volumique actuelle
ρ, appelée contrainte hydrostatique ou pression. On reconnaı̂t l’état de contrainte d’un fluide
parfait sans viscosité (inviscid en anglais)3 . La loi du fluide élastique peut s’écrire aussi pour le
tenseur des contraintes de Piola–Kirchhoff II :
−1
Π
∼
= JF
∼
.σ .F −T = −pJF
∼ ∼ ∼
−1
.F
∼
−T
= −pJC
∼
−1
(6.13)
Qu’en est-il de la loi de conduction G du fluide élastique. Analysons la loi G Π ? Elle doit
correspondre à celle d’un corps isotrope et donc être de la forme
Q = h(G .G ) G (6.14)
Q = 0, q =0
2
En fait, cette décomposition en parties sphérique et unimodulaire est unique.
3
On peut montrer que tout fluide au repos, même visqueux, a un état de contraintes de la forme (6.12).
6.2. HYPERÉLASTICITÉ 141
Un fluide élastique ne conduit donc pas la chaleur. Par contre, il faut ajouter bien sûr une
dépendance en température p(ρ, T ) à la loi de comportement du fluide élastique.
Quittons un instant les corps élastiques. On peut généraliser la loi des fluides visqueux de
Reiner–Rivlin (5.67) en lui ajoutant l’état de pression (6.12)
2
σ
∼
= −p(ρ)1
∼
+ α0 1
∼
+ α1 D
∼
+ α2 D
∼
(6.15)
Si l’on linéarise la loi précédente, pour de nombreuses raisons pratiques, on obtient à l’aide de
(5.78)
σ
∼
= −p(ρ)1 ∼
+ η1 (trace D )1 + 2η2 D
∼ ∼ ∼
(6.16)
C’est la loi des fluides de Navier–Stokes, dits aussi fluides newtoniens. Lorsque la
compressibilité η1 + 2η2 /3 = 0, on parle d’un fluide de Stokes.
Les paramètres scalaires αi , βi , mais aussi l’énergie interne sont des fonctions des invariants
principaux de B
∼
et des autres invariants
2
g .g , g .B
∼
.g , g .B
∼
.g
On ajoutera aussi une dépendance de ces grandeurs par rapport à la densité et la température
pour avoir des lois aussi générales que possibles. On voit que les couplages sont nombreux et
non linéaires. Si on linéarise ces deux lois par rapport à g et B
∼
en les supposant suffisamment
petits, il ne reste plus que
σ
∼
= λ(trace B )1 + 2µB
∼ ∼ ∼
(6.19)
q = −k g (6.20)
où il ne reste plus que 3 paramètres caractérisant le solide thermoélastique isotrope : les modules
λ et µ et le coefficient de conductivité thermique κ de la loi de Fourier. On remarque aussi que
les deux lois de comportement linéarisées sont découplées. On reviendra dans le chapitre 7 sur
la linéarisation des lois de comportement, et on donnera en particulier un sens physique clair
aux modules d’élasticité isotrope.
6.2 Hyperélasticité
Le second principe de la thermodynamique n’a pas été utilisé jusqu’ici (Fargue, 2004). Il est
grand temps de le faire et l’on verra qu’il apporte des restrictions essentielles dont la propriété
dite d’hyperélasticité explicitée dans ce paragraphe. On s’intéresse particulièrement à la classe
des corps élastiques anisotropes, le cas isotrope étant un cas particulier. Dans ce cas, on a vu
qu’il existe une configuration de référence privilégiée. C’est pourquoi on va travailler avec des
142 CHAPITRE 6. CORPS ÉLASTIQUES
F
Ω0
P
F̂
Ωt
Ω̂0
P̌
F̌
P̆ Ω̌0
F̆
Ω̆0
grandeurs lagrangiennes. Les théorèmes de réduction appliqués aux corps élastiques dans le
paragraphe précédents montrent que le jeu de variables privilégiées pour la représentation des
solides élastiques anisotropes est
{E
∼
(X , t), T (X , t), G (X , t)}
Q
Z Z Z
d r0
ρ0 s0 (X , t) dV + .N dS − ρ0 dV ≥ 0 (6.22)
dt D0 ∂D0 T D0 T
avec s0 (X , t) = s(x , t) et r0 (X , t) = r(x , t). On rappelle que D0 = Φ−1 (D). Le flux de chaleur
lagrangien Q (X , t) est relié au flux eulérien q (x , t) par la relation (5.69). En utilisant le
théorème de la divergence, on obtient
Q
Z
r0
ρ0 ṡ0 + Div − ρ0 dV ≥ 0 (6.23)
D0 T T
valable pour tout sous–domaine D0 ⊂ Ω0 . On en déduit la forme locale du second principe dans
sa formulation lagrangienne
Q r0
ρ0 ṡ0 + Div − ρ0 ≥ 0 (6.24)
T T
L’inégalité de Clausius–Duhem en est une conséquence directe en suivant la même démarche
que pour établir (5.53). On obtient ainsi l’inégalité de Clausius–Duhem en description
lagrangienne :
G
D=Π ∼
: Ė
∼
− ρ0 (ψ̇0 + Ṫ s0 ) − Q . ≥0 (6.25)
T
où D(X , t) est la densité de dissipation lagrangienne. Noter que D a pour unité W.m−3 et
que l’on calcule l’énergie dissipée en intégrant D par rapport au temps. L’énergie libre ψ0 est
une fonction des variables (6.21) de sorte que
∂ψ0
s0 = − (6.29)
∂T
∂ψ0
= 0 (6.30)
∂G
Ces relations sont des lois de comportement dite hyperélastiques pour les contraintes et
l’entropie (de manière équivalente pour l’énergie interne). Elles montrent que l’énergie libre est
un potentiel d’élasticité dont découlent les relations contraintes–déformations et entropie–
température. En toute rigueur, étant donné la propriété de symmétrie du tenseur Π ∼
, la relation
(6.28) doit être modifiée en ne considérant que la partie symétrique de la dérivée partielle de
l’énergie libre par rapport à la déformation. En pratique, le potentiel ψ0 peut être pris comme
une fonction symétrique des composantes de E ∼
, sans restriction de généralité. Des couplages
thermomécaniques sont bien sûr possibles puisque ψ0 est une fonction générale de (E ∼
, T ). Par
contre l’énergie libre ne peut pas dépendre du gradient de température G , c’est un résultat
fort de l’analyse. Ces résultats sont relativement récents puisqu’ils n’ont été établis qu’en 1963
par Coleman et Noll dans la référence (Coleman and Noll, 1963).
On aurait pu prendre aussi un potentiel fonction du tenseur droit de Cauchy–Green ψ0 (C ∼
, T ).
Comme Ė ∼
= Ċ
∼
/2 (cf. équation (2.199)), la première loi d’hyperélasticité s’écrirait alors
∂ψ0
Π
∼
= 2ρ0 (6.31)
∂C
∼
Il existe aussi une relation d’hyperélasticité (6.28) pour le tenseur des contraintes de Cauchy
qui se déduit de (6.28) par
1 ρ0 ∂ψ0 T ∂ψ0 T
σ
∼
(x , t) = F .Π.F T = F
∼ ∼ ∼ ∼
. .F
∼
= ρF
∼
. .F
∼
(6.32)
J J ∂E
∼
∂E
∼
5
On fait remarquer que
T
σ
∼
:D
∼
= (σ .B −1 ) : (Ḟ
∼ ∼ ∼ ∼
.F T ) = (B
∼
−1
.σ
∼
) : (F .Ḟ )
∼ ∼
puisque seule cette partie conduit à de la dissipation. D sera positif dès que K ∼
, symétrique, sera
défini positif. Remarquer que, à la différence des contraintes, le flux de chaleur ne dérive pas du
potentiel énergie libre car la conduction thermique est un phénomène entièrement dissipatif6 .
= ρ0 ψ0 (E∼B
, TB ) − ρ0 ψ0 (E
∼A
, TA ) (6.37)
On voit que le travail de déformation W ne dépend que de la valeur des variables d’état au
début et à la fin du processus et est indépendant du trajet de déformation7 . Ce n’est pas le cas
pour un corps élastique en général. Un contre–exemple sera donné au paragraphe suivant.
6
La propriété (6.36) de symétrie du tenseur de conductivité thermique K∼
n’est donc pas une conséquence
du second principe, contrairement au cas du tenseur des modules d’élasticité défini au paragraphe 6.2.4. Il s’agit
en fait d’un postulat impliquant l’existence d’un potentiel quadratique de dissipation. Les conditions (6.36) sont
appelées relations de réciprocité d’Onsager–Casimir.
7
Un trajet de déformation est une fonction f (E∼
, t) = 0 donnée.
∼
146 CHAPITRE 6. CORPS ÉLASTIQUES
On l’appelle le tenseur des modules d’élasticité instantanés. Il est par définition tel que
∂Π
∼
Π̇
∼
=Λ
∼
: Ė
∼
+ Ṫ
∼ ∂T
Le tenseur des modules d’élasticité instantanés opère donc sur les tenseurs d’ordre 2 symétriques
et renvoie un tenseur symétrique d’ordre 2. Il est par conséquent suffisant de se limiter aux
tenseurs d’ordre 4 possédant les symétries mineures :
Si le corps élastique est en outre hyperélastique, le tenseur des modules d’élasticité instantané
s’exprime en fonction du potentiel d’élasticité, en combinant (6.28) et (6.38) :
∂ 2 ψ0
Λ (E , T ) = ρ0
∼ ∼ 2 (6.41)
∼ ∂E ∼
En effet,
∂ 2 ψ0
∂Πij ∂ ∂ψ0
Lijkl = = ρ0 = ρ0
∂Ekl ∂Ekl ∂Eij ∂Ekl ∂Eij
Une conséquence fondamentale de ce résultat est le
Théorème 15 (Symétrie du tenseur des modules d’élasticité instantanés) Le tenseur
des modules d’élasticité instantanés possède les propriétés de symétries majeures suivantes :
ψ0 (E
∼
, T ) ≡ ψ0 (I1 , I2 , I3 , T ) (6.43)
où les invariants principaux I1 , I2 , I3 ont été définis par les relations (A.127) à (A.129). Dans
cette partie, par commodité, on change les définitions de I2 et I3 en remplaçant (A.128) et
(A.129) par
1 2 1 3
I2 (A
∼
) := trace E ∼
, I3 (A∼
) := trace E ∼
(6.44)
2 3
3
Il est bien clair que det E ∼
et trace E∼
sont tous les deux des invariants qui font intervenir les
produits des 3 valeurs principales de E ∼
. Il ne s’agit que d’une substitution de notation qui
simplifiera un peu les expressions des lois hyperélastiques isotropes.
Dès lors, les relations d’hyperélasticité (6.28) deviennent
∂I1 ∂trace E
∼
= =1
∼
(6.46)
∂E
∼
∂E
∼
2
∂I2 1 ∂trace E
∼
1 ∂Epq Eqp
= = = Eji = Eij (6.47)
∂Eij 2 ∂Eij 2 ∂Eij
c’est–à–dire
∂I2 T
=E
∼
=E
∼
(6.48)
∂E
∼
De même,
3
∂I3 1 ∂trace E
∼
=
∂Eij 3 ∂Eij
1 ∂Epq Eqr Erp 1
= = (Ejr Eri + Epi Ejp + Ejq Eqi )
3 ∂Eij 3
d’où
∂I3 2 T 2
= (E
∼
) =E
∼
(6.49)
∂E
∼
148 CHAPITRE 6. CORPS ÉLASTIQUES
On voit qu’un solide élastique isotrope est hyperélastique à condition qu’il existe un potentiel
ψ0 tel que
∂ψ0 ∂ψ0 ∂ψ0
α0 = ρ0 , α1 = ρ0 , α2 = ρ0
∂I1 ∂I2 ∂I3
où les αi sont des fonctions des invariants principaux de E
∼
. Un tel potentiel existe si les fonctions
αi vérifient les conditions d’intégrabilité
∂α0 ∂α1 ∂α1 ∂α2 ∂α2 ∂α0
= , = , =
∂I2 ∂I1 ∂I3 ∂I2 ∂I1 ∂I3
∂ψ ∂ψ
= 2ρ .B
∼
= 2ρB ∼
. (6.53)
∂B∼
∂B
∼
et donc :
T
trace C
∼
= trace (F
∼
.F
∼
) = trace (F .F T ) = trace B
∼ ∼ ∼
2 T
trace C
∼
= trace (F
∼
.F .F T .F
∼ ∼ ∼
) = trace (F .F T .F
∼ ∼
.F T ) = trace B
∼ ∼ ∼
2
6.2. HYPERÉLASTICITÉ 149
∂α0 ∂α1
= 2 6= =0
∂I2 ∂I1
Une conséquence est que le travail de déformation d’un tel milieu sur un trajet A −→ B dépend
en fait du chemin suivi. Pour le voir, on considère par exemple deux trajets :
λ 0 0 λ 0 0
[E
∼1
(λ)] = 0 λ 0 , [E ∼2
(λ)] = 0 λ2 0 ,
0 0 0 0 0 0
dans une base cartésienne orthonormée donnée. Ces deux trajets distincts permettent de partir
d’un état non déformé E ∼A
= E (λ = 0) =E
∼1 ∼2
(λ = 0) = 0 et d’atteindre le même état
1 0 0
E = E (λ = 1) = E (λ = 1) = 0 1 0 en passant par les états transitoires distincts
∼B ∼1 ∼2
0 0 0
pour 0 ≤ λ ≤ 1. On calcule la puissance pour ces états consécutifs de déformation
α 2
Π
∼
: Ė
∼
= (λ + λ22 )(λ̇ + λ̇2 )
2
avec λ2 = λ pour le premier trajet et λ2 = λ2 pour le second. En intégrant la puissance sur
l’ensemble du trajet, on trouve
Z tB
2
W1 = 2αλ2 λ̇ dt = α
tA 3
Z tB
α 2 41
W2 = (λ + λ4 )(1 + 2λ)λ̇ dt = α
tA 2 60
Le travail obtenu dépend donc du trajet9 de déformation. Ce résultat s’oppose à l’idée que
l’on se fait d’un comportement élastique, de sorte que l’on préférera toujours utiliser des lois
hyperélastiques dans la modélisation et la simulation des matériaux élastiques, dans la mesure
du possible. Lors de la modélisation phénoménologique de certains comportements élastiques
non linéaires, il est parfois plus facile de construire des lois de type élastique que de trouver un
potentiel d’élasticité.
ψ0 (E
∼
,T) potentiel d’élasticité
(énergie libre massique)
∂ψ0
Π
∼
= ρ0 contraintes de Piola–Kirchhoff II
∂E
∼
∂ 2 ψ0
Λ
∼
:= tenseur des modules d’élasticité instantanés
∼ ∂E
∼
∂E∼
∂ψ0
s0 = − entropie massique
∂T
1 G 1 ρ0
D = − Q. =− q .g ≥ 0 dissipation thermique
T T T ρ
Q = −K
∼
(E , T ).G loi de Fourier
ψ0 (E
∼
, T ) ≡ ψ0 (I1 , I2 , I3 , T )
comportement sont à contrainte imposée. On peut alors se demander s’il existe un potentiel
dual ψ0? (Π
∼
, T ) tel que
∂ψ0?
E
∼
= ρ0 (6.55)
∂Π
Si un tel potentiel dual existe, l’observation de la figure 6.2 indique qu’il représente l’énergie
complémentaire au potentiel élastique pour former le travail élastique total :
Π
∼
:E
∼
= ρ0 ψ0 (E
∼
, T ) + ρ0 ψ0? (Π
∼
, T ), (6.56)
∂ψ0
sous la contrainte Π
∼
= ρ0 . Dans le cas où le potentiel élastique est convexe, la relation
∂E∼
précédente permet de définir ψ0? de manière univoque comme
ρ0 ψ0? (Π
∼
, T ) = max(Π
∼
:E
∼
− ρ0 ψ0 (E
∼
, T )) (6.57)
E
∼
Pour montrer l’équivalence entre les définitions (6.56) et (6.57)10 , on s’appuie sur la convexité
supposée du potentiel ρ0 ψ0 (E ∼
). On voit sur la figure 6.3 que, pour un Π donné, l’écart entre
Π.E et ρ0 ψ0 est maximal pour la déformation E telle que la tangente à la courbe ρ0 ψ0 en E est
parallèle à la droite σ.ε. Cette situation correspond donc bien à Π = ρ0 ∂ψ
∂E
0
(E). La démonstration
esquissée ici par un schéma uni–dimensionnel s’étend au cas tridimensionnel. En outre, le
potentiel dual est convexe par rapport à ses arguments dès que le potentiel élastique l’est.
On verra, au moins dans le cas linéaire, que la convexité du potentiel élastique est synonyme
de stabilité du corps considéré.
La seconde relation d’hyperélasticité (6.29) s’écrit aussi à l’aide du potentiel dual en dérivant
(6.57) par rapport à la température
∂ψ0?
s= (6.58)
∂T
Π W*
W
Ε
Fig. 6.2 – Réponse non linéaire du matériau dans le Rcas uniaxial et définitionR du potentiel
E Π
élastique et de l’énergie complémentaire : W (E) = 0 W 0 (E)dE, W ? (Π) = 0 W 0? (Π)dΠ.
On en déduit que W est l’aire sous la courbe et W ? l’aire complémentaire. Les fonctions
W (E) et W ? (Π) sont respectivement égales au potentiel élastique et au potentiel dual pour
une température fixée.
A T et G fixés, cette inégalité doit être valable pour toutes les valeurs de Ṫ et Ġ . Les relations
d’hyperélasticité (6.29) et (6.30) sont donc toujours valables. Il reste
∂ψ0
D = (Π
∼
− 2ρ0 ) : Ċ
∼
≥0 (6.61)
∂C
∼
où Ċ
∼
ne peut pas prendre toutes les valeurs puisque C
∼
doit rester dans L. Les tenseurs
admissibles C
∼
sont donc tels que
∂g
ġ(C
∼
)= : Ċ
∼
=0 (6.62)
∂C
∼
On note
R ∂g
Π
∼
=λ (6.64)
∂C
∼
6.3. LIAISONS INTERNES DANS LES CORPS ÉLASTIQUES 153
Π: E
Fig. 6.3 – Construction géométrique du potentiel d’élasticité dual. W est égal au potentiel
élastique à une température donnée. Le travail Π.E est représenté par la droite passant par
l’origine. Le potentiel dual W ? (Π) est la différence entre le travail élastique total et la valeur
du potentiel W au point où sa tangente est parallèle à Π.
R ∂ψ0
Π
∼
=Π
∼
+ 2ρ0 (6.65)
∂C
∼
Cette formulation très générale prend tout son sens quand on l’applique à des liaisons internes
particulières. Elle montre que Π ∼
n’est soumis à aucune restriction alors même que la cinématique
du solide est contrainte. Les contraintes de réaction restent indéterminées et ne peuvent être
précisées qu’en utilisant les équations de bilan et les conditions aux limites du problème de
structure à résoudre.
Les contraintes de réaction ne fournissent aucun travail dans un mouvement compatible avec
la liaison interne puisque
R ∂g
Π∼
: Ċ
∼
=λ : Ċ
∼
=0
∂C∼
d’après (6.62).
6.3.2 Incompressibilité
La liaison interne d’incompressibilité s’écrit det F
∼
= 1 mais aussi
g(C
∼
) = det C
∼
−1=0 (6.66)
154 CHAPITRE 6. CORPS ÉLASTIQUES
Elle est plus facile à reconnaı̂tre si on exprime le tenseur des contraintes de Cauchy et si l’on
écrit λ = −p
∂ψ0 T
σ
∼
= −p1∼
+ 2ρF∼
. .F
∼
(6.69)
∂C
∼
6.3.3 Rigidité
La condition de rigidité d’un solide est une liaison interne qui impose des liaisons sur toutes
les composantes de C∼
:
g∼ (C
∼
)=C∼
−1∼
=0
Par conséquent la dérivée de g∼ par rapport à C∼
est l’identité 1
∼S
d’ordre 4 opérant sur les
∼
tenseurs symétriques. Le multiplicateur de Lagrange λ ∼
associé est donc un tenseur d’ordre
2 symétrique arbitraire. Les contraintes de réaction d’un solide rigide sont donc un tenseur
de contraintes symétrique quelconque. Les solides rigides accommodent donc n’importe quelle
contrainte imposée sans fournir de travail de déformation correspondant.
Il s’agit donc d’une contrainte de traction arbitraire dans la direction des fibres. Il est instructif
de calculer les contraintes de réaction sur la configuration actuelle :
σ
∼
R
= J −1 F .ΠR .F
∼ ∼ ∼
T
= σ R (F
∼
.e ) ⊗ (F
∼
.e )
c’est–à–dire une traction simple selon la direction actuelle des fibres, en supposant qu’elles se
déforment comme des lignes matérielles.
Chapitre 7
Thermoélasticité linéaire
kE
∼
k1 (7.1)
Cette hypothèse ne concerne que les déformations. On n’exclut donc pas la possibilité
de rotations finies (non infinitésimales). La situation de corps faiblement déformés mais
subissant des rotations importantes a déjà été envisagée au paragraphe 2.3.3 (page
44). On a mentionné le cas des structures élancées dans une ou deux directions de
l’espace, dont chacun de nous fait l’expérience quotidienne. Pour des structures réellement
tridimensionnelles, si les déformations sont petites, les rotations le sont aussi (à une
mouvement de corps rigide près).
• Hypothèse des transformations infinitésimales. De telles transformations ont déjà
été décrites au paragraphe 2.3.3 et sont caractérisées par la condition (2.103) :
kH
∼
= u ⊗ ∇k 1 ⇐⇒ F
∼
= O(1
∼
) (7.2)
|T − T0 |
1 (7.3)
T0
155
156 CHAPITRE 7. THERMOÉLASTICITÉ LINÉAIRE
énergie libre ψ0 (E
∼
, T ) est approché par une fonction quadratique de ses arguments E
∼
et T − T0 .
La forme générale d’une telle fonction quadratique est
0 1 ρ0 Cε 1
ρ0 ψ0 (E
∼
, T ) := −ρ0 (T − T0 )ŝ0 + Π
∼
:E
∼
− (T − T0 )2 − (T − T0 )P
∼
:E
∼
+ E :Λ:E (7.4)
2 T0 2∼ ∼∼
∼
à une constante additive près dont le choix est sans conséquence dans la suite puisque le potentiel
est dérivé pour obtenir les lois d’état linéarisées :
∂ψ0 0
Π
∼
= ρ0 =Π ∼
+Λ ∼
:E∼
−P ∼
(T − T0 ) (7.5)
∂E∼
∼
∂ψ0 ρ0 Cε
ρ0 s 0 = −ρ0 = ρ0 ŝ0 + (T − T0 ) + P∼
:E
∼
(7.6)
∂T T0
Le tenseur d’ordre 4 Λ∼
est le tenseur des modules d’élasticité, déjà introduit au chapitre
∼
précédent. La chaleur massique (à déformation constante1 ) est Cε et on peut vérifier que
∂s0 ∂e
Cε := T = (7.7)
∂T ∂T
On introduit le tenseur des dilatations thermiques α
∼
tel que
P
∼
=: Λ
∼
:α
∼
(7.8)
∼
0
Le terme constant Π ∼
s’interprète comme un état de contrainte initial existant au point X
à déformation nulle. C’est souvent le cas de matériaux prédéformés, ou bien lors de l’étude
de structures chargées dont on étudie la tenue en service à partir de cet état initial (génie
civil, assemblages frettés). Le tenseur des modules d’élasticité sera supposé inversibles pour des
raisons qui seront exposées au chapitre 8 de sorte que le tenseur des dilatations thermiques
peut être défini sans ambiguı̈té par (7.8). On appelle déformation (d’origine) thermique
linéarisée le tenseur
th
E∼
= (T − T0 )α
∼
(7.10)
si bien que la loi d’élasticité linéarisée (7.11) peut aussi s’écrire
0 th
Π
∼
=Π
∼
+Λ
∼
: (E
∼
−E
∼
) (7.11)
∼
où l’on a tenu compte du fait que les fonctions αi dans (6.51) peuvent dépendre de T . Il ne
reste que trois constantes indépendantes : les coefficients de Lamé λ, µ, et le coefficient
de couplage thermomécanique P que l’on précisera au paragraphe 7.2.6. Il peut exister une
0
contrainte initiale Π
∼
. Pour que la configuration initiale correspondante soit isotrope, elle doit
prendre la forme d’une pression pure :
0
Π
∼
= −Π0 1
∼
0
On voit le rôle important que joue l’état de contraintes initial Π ∼
qui intervient comme
0
terme constant mais aussi en facteur de H ∼
. Lorsque Π∼
= 0, on parle d’état naturel (cette
dénomination a déjà été introduite au paragraphe 6.1.2). Il est possible de réduire encore la
0
relation (7.17) même dans le cas où Π ∼
est non nul. Il faut pour cela comparer les termes
Λ
∼
:ε
∼
et ε.Π0
∼ ∼
∼
et remarquer que, pour la plupart des matériaux, les modules d’élasticité sont systématiquement
0
plus grands que tout état de contrainte Π∼
accessible dans le domaine d’élasticité du matériau2 .
Cela incite à introduire la notion d’état quasi–naturel pour lequel
0
kΠ
∼
k kΛ
∼
k (7.18)
∼
où subsistent les produits entre la contrainte initiale et les tenseur des rotations infinitésimales
qui ne peuvent éliminés dans le cas général. En effet, rien ne dit a priori que les déformations
et les rotations infinitésimales soient du même ordre de grandeur. On a déjà évoqué le cas de
structures élancées pour lesquelles les déformations sont beaucoup plus faibles que les valeurs
des rotations (cf. figure 2.12). Il n’est alors pas possible d’enlever les termes de rotation dans
la loi d’élasticité linéarisée. Ces termes peuvent d’ailleurs jouer un rôle essentiel pour prévoir
de possibles instabilités dans certaines structures précontraintes (flambage par exemple). Dans
le cas des solides tridimensionnels toutefois, on peut conjecturer que déformations et rotations
infinitésimales sont du même ordre de grandeur. On s’en tient alors à la loi d’élasticité linéarisée :
0
σ
∼
=Π
∼
+Λ
∼
:ε
∼
− (T − T0 )P
∼
(7.20)
∼
qui est identique à (7.15) en remplaçant le tenseur des contraintes de Piola–Kirchhoff II par
le tenseur des contraintes de Cauchy. Dans le contexte des transformations infinitésimales (et
dans un état quasi–naturel), on ne fera plus la distinction entre ces tenseurs.
0
Il peut exister une contrainte initiale σ
∼
. Pour que la configuration initiale correspondante soit
isotrope, celle–ci doit prendre la forme d’une pression pure :
0
σ
∼
= −σ 0 1
∼
e i = Pik e 0k
Le tenseur des modules d’élasticité peut se décomposer selon les deux bases
Λ
∼
:= Λijkl e i ⊗ e j ⊗ e k ⊗ e l
∼
Si les bases sont orthonormées, la matrice Pik est une matrice de rotation et on ne distinguera
pas les composantes contravariantes des composantes covariantes du tenseur des modules
d’élasticité.
Le tenseur des dilatations thermiques se transforme quant à lui comme un tenseur d’ordre
deux :
α0mn = Pim Pjn αij
−1
ε
∼
=S
∼
:σ
∼
, avec S
∼
:= Λ
∼
(7.25)
∼ ∼ ∼
Λ
∼
:S
∼
=S
∼
:Λ
∼
= I∼ (7.26)
∼ ∼ ∼ ∼ ∼
où I∼ désigne le tenseur identité d’ordre 4 opérant sur les tenseurs symétriques d’ordre 2. Il est
∼
défini par
1
∀A∼
, I∼ : A
∼
=A ∼
: I∼ = A
∼
, et Iijkl := (δik δjl + δil δjk ) (7.27)
∼ ∼ 2
Les tenseurs d’ordre 4 posent un problème de représentation en raison de leurs quatre
indices et nombreuses composantes. En même temps qu’il baptisait toute une variété d’objets
mathématiques du nom de tenseur, à la fin du siècle dernier, le grand physicien et mécanicien
allemand Woldemar Voigt proposa une représentation matricielle des tenseurs d’ordre 4. Il en
avait bien besoin puisque l’objet de ses travaux était la détermination des propriétés physiques
et mécaniques des cristaux (Voigt, 1898)3 . Il faut d’abord réduire le nombre de composantes
indépendantes du tenseur de Hooke (et de manière équivalente) du tenseur des souplesses
en tenant compte des propriétés de symétries mineures et majeures. On part a priori de
3x3x3x3 = 81
composantes Λijkl . En tenant compte du fait que Λijkl = Λjikl = Λijlk , on remarque
que chaque couple (ij) ne donne lieu en fait qu’à 6 composantes indépendantes, les
6 composantes d’un tenseur d’ordre 2 symétrique (au lieu de 9). Cela fait donc
6x6 = 36
composantes à prendre en compte. Enfin, les symétries majeures des coefficients font que
seulement 21 parmi ces 36 composantes restent a priori indépendantes. Les 36 composantes
peuvent être rangées dans une matrice CIJ à 6x6 composantes, avec la convention suivante
d’équivalence entre un super–indice I et une paire d’indices associée ij :
1 ←→ 11
2 ←→ 22
3
On mentionnera aussi l’excellente école de mécanique et de cristallographique berlinoise de la deuxième
moitié du XIXème siècle qui contribua de manière essentielle, par une rigueur absolue, à l’étude de l’anisotropie
des propriétés physiques (optiques, penser à la biréfringence) et mécaniques des matériaux cristallins, en
particulier en la personne de Franz Neumann (1798–1895). C’est de ces études que l’algèbre et l’analyse
tensorielles sont nées et se sont développées. Les propriétés physiques et mécaniques des cristaux sont liées
entre elles en particulier par les symétries matérielles qui sont souvent, sinon identiques, du moins proches pour
de nombreuses classes de matériaux. On peut classer les propriétés physiques selon leur caractère tensoriel :
scalaires pour la masse et la capacité calorifique, tenseurs d’ordre deux pour la conductivité thermique par
exemple et les propriétés électromagnétiques, tenseurs d’ordre 3 pour la piézo-électricité, et enfin tenseurs
d’ordre 4 pour l’élasticité qui représente indéniablement l’une des propriétés physiques faisant appel à la plus
grande complexité mathématique de représentation. Cela donne à la mécanique des milieux continus une richesse
et un attrait indiscutables !
7.2. ETUDE DU TENSEUR D’ÉLASTICITÉ ANISOTROPE 161
3 ←→ 33
4 ←→ 23
5 ←→ 31
6 ←→ 12
Ainsi on notera4
C11 = Λ1111
C22 = Λ2222
C12 = Λ1122 = Λ2211 = C21
C13 = Λ1133 = Λ3311 = C31
C23 = Λ2233 = Λ3322 = C32
C44 = Λ2323 = Λ3223 = Λ2332 = Λ3232
C66 = Λ1212 = Λ2112 = Λ1221 = Λ2121
C46 = Λ2312 = Λ3212 = Λ2321 = Λ3221 = Λ1223 = Λ2123 = Λ1232 = Λ2132 = C64
De même,
On voit qu’on peut ranger les composantes des tenseurs des contraintes et des déformations en
2 vecteurs–colonnes reliés par la matrice 6x6 des modules d’élasticité :
σ11 C11 C12 C13 C14 C15 C16 ε11
σ22 C12 C22 C23 C24 C25 C26 ε22
σ33 C13 C23 C33 C34 C35 C36 ε33
σ23 = C14 C24 C34 C44 C45 C46 γ23 (7.30)
σ31 C15 C25 C35 C45 C55 C56 γ31
σ12 C16 C26 C36 C46 C56 C66 γ12
La notation dite du cisaillement de l’ingénieur a été introduite dans le vecteur–colonne des
déformations :
γ23 = 2ε23
γ31 = 2ε31
γ12 = 2ε12
4
Pour se souvenir de l’équivalence pour les super–indices 4,5,6, on peut remarquer que la somme I +i+j = 9
si ij est associé à I.
162 CHAPITRE 7. THERMOÉLASTICITÉ LINÉAIRE
On vérifiera que le produit matrice-vecteur (7.30) est bien en accord avec les calculs directs
(7.28) et (7.29). La notation de Voigt constitue un véritable isomorphisme entre les tenseurs
d’ordre 4 symétriques et les matrices 6x6.
En inversant la matrice des CIJ , on obtient la matrice des souplesses
ε11 S11 S12 S13 S14 S15 S16 σ11
ε22
S12 S22 S23 S24 S25 S26
σ22
ε33
= S13 S23 S33 S34 S35 S36 σ33
(7.31)
γ23
S14 S24 S34 S44 S45 S46
σ23
γ31 S15 S25 S35 S45 S55 S56 σ31
γ12 S16 S26 S36 S46 S56 S66 σ12
Pour voir le lien entre les composantes SIJ et les Sijkl , on écrit
d’où l’identification
S11 = S1111
S14 = 2S1123 = 2S1132 = 2S2311 = 2S3211
De même,
d’où l’identification
On voit que des facteurs 2 et 4 se sont glissés dans les relations entre les coefficients SIJ et les
composantes Sijkl . Cela est dû à l’utilisation de cisaillement de l’ingénieur γij et il faudra donc
faire très attention lors du passage du tenseur d’ordre 4 à la matrice des souplesses5 . Il s’agit
d’un inconvénient de la notation de Voigt qui peut être levé en utilisant une variante de cette
notation, véritable algèbre des tenseurs d’ordre 2 symétriques présentée au paragraphe 7.2.7.
Les composantes CIJ sont tabulées pour de nombreux monocristaux métalliques ou
céramiques dans (Simmons and Wang, 1971).
5
Si I ≤ 3 et J ≤ 3, alors SIJ = Sijkl .
Si I ≤ 3 et 4 ≤ J, alors SIJ = 2Sijkl .
Si 4 ≤ I et J ≤ 3, alors SIJ = 2Sijkl .
Si 4 ≤ I et 4 ≤ J, alors SIJ = 4Sijkl .
7.2. ETUDE DU TENSEUR D’ÉLASTICITÉ ANISOTROPE 163
Elasticité triclinique
Un solide qui ne possède aucun autre élément de symétrie que l’identité et la symétrie centrale
est dit triclinique. La forme générale de sa matrice de rigidité est donnée par (7.30).
Elasticité monoclinique
Comme une telle symétrie n’affecte en rien le comportement du solide monoclinique, les
composante du tenseur des contraintes doivent rester inchangées après une telle opération de
symétrie. Cela implique que
Sur les 21 paramètres initiaux, il ne reste donc plus que 13 modules indépendants. Pour passer
d’une base à une autre, on utilise les formules de changements de base (7.23) pour lesquelles une
notation matricielle équivalente peut aussi être construite (Berthelot, 1999; Cailletaud, 2003).
Elasticité orthotrope
Un solide orthotrope admet 3 plans de symétrie deux à deux orthogonaux. La démarche
précédente conduit à la forme suivante de la matrice de rigidité dans les bases orthogonales
pour lesquelles (1,2), (2,3) et (3,1) sont les plans de symétrie
C11 C12 C13 0 0 0
C12 C22 C23 0 0 0
C13 C23 C33 0 0 0
(7.35)
0 0 0 C44 0 0
0 0 0 0 C55 0
0 0 0 0 0 C66
ce qui fait 9 constantes indépendantes. Les méthodes d’élaboration des matériaux composites
(stratifiés...) conduisent fréquemment à des propriétés d’emploi orthotropes.
Elasticité quadratique
Un matériau quadratique est un matériau orthotrope dont l’axe 3 est aussi un axe de rotation
d’angle π/2 laissant le solide invariant6 . Par conséquent, les axes 1 et 2 sont indiscernables, ce
qui veut dire que
C11 = C22 , C13 = C23 , C44 = C55
Les monocristaux à structure hexagonale (le zinc par exemple) sont orthotropes et possèdent en
outre un axe de rotation d’angles π/3 et 2π/3. Leur comportement élastique est alors isotrope
transverse.
Elasticité cubique
Un solide cubique est un corps orthotrope dont les trois axes sont indiscernables. Cela donne
C11 C12 C12 0 0 0
C12 C11 C12 0 0 0
C12 C12 C11 0 0 0
(7.39)
0 0 0 C44 0 0
0 0 0 0 C44 0
0 0 0 0 0 C44
Elasticité isotrope
On connaı̂t déjà les relations d’élasticité isotrope et on a déjà établi le fait qu’elles ne mettent
en jeu que deux constantes indépendantes, les coefficients de Lamé λ et µ :
σ
∼
= λ(trace ε)1 + 2µε
∼ ∼ ∼
(7.41)
Ecrite sous forme matricielle, cela donne
C11 C12 C12 0 0 0
λ + 2µ λ λ 0 0 0
C12 C11 C12 0 0 0
λ λ + 2µ λ 0 0 0 C12 C12 C11 0 0 0
C11 − C12
λ λ λ + 2µ 0 0 0
= 0 0 0 0 0
0 0 0 µ 0 0 2
C11 − C12
0 0 0 0 µ 0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 µ
2
C11 − C12
0 0 0 0 0
2
(7.42)
On remarque que si ε ∼
est purement déviatorique (i.e. à trace nulle), alors σ∼
est lui–aussi
déviatorique et est directement proportionnel à ε ∼
avec le facteur 2µ. Plus généralement, dans
le cas isotrope, les parties déviatoriques des contraintes et des déformations sont liées par
dev dev
σ
∼
= 2µ ε
∼
(7.43)
En particulier, si ε
∼
est un cisaillement simple dont la seule composante non nulle est γ12 alors
la seule composante non nulle du tenseur des contraintes est
σ12 = µγ12
C’est pourquoi, le coefficient µ s’appelle module de cisaillement. De même, dans le cas
isotrope, les traces des déformations et des contraintes sont reliées par
3λ + 2µ
trace σ
∼
= (3λ + 2µ)trace ε
∼
= 3κ(trace ε
∼
), avec κ := (7.44)
3
Le coefficient κ s’appelle le module de compressibilité du solide isotrope. En effet si l’on
applique une pression pure, alors la déformation correspondante est sphérique et donnée par
p
σ
∼
= −p1 ∼
=⇒ ε∼
=− 1 (7.45)
3κ ∼
7.2. ETUDE DU TENSEUR D’ÉLASTICITÉ ANISOTROPE 167
Le coefficient (1 − 2ν) est associé à la variation de volume pour toutes les sollicitations puisque
le module de compressibilité κ vaut :
E 1 − 2ν
κ= =⇒ trace ε
∼
= trace σ
∼
(7.53)
3(1 − 2ν) E
Sous forme matricielle, la loi d’élasticité inverse (7.47) s’écrit de la manière suivante en faisant
iso
intervenir la matrice des souplesses SIJ :
1 ν ν
E −E −E 0 0 0
−ν 1 ν
− 0 0 0
ε11 σ
E E E 11
ε22 ν ν 1 σ22
ε33 E − − 0 0 0
E E σ
33
= 1
(7.54)
γ23 0 0 0 0 0
σ23
µ
γ31 σ31
1
γ12 0 0 0 0 0 σ12
µ
1
0 0 0 0 0
µ
Les relations principales de la thermoélasticité linéaire sont rassemblées dans le tableau (7.1).
Tenseurs J et K
L’effet de l’élasticité isotrope sur les parties déviatorique et sphérique des tenseurs de
contraintes et de déformation incite à introduite les opérateurs K ∼
et J ∼
qui à tout tenseur
∼ ∼
d’ordre 2 symétrique A ∼
associent
trace A
∼ dev
K
∼
:A
∼
:= 1
∼
, J
∼
:A
∼
:= A
∼
=A
∼
−K
∼
:A
∼
(7.55)
∼ 3 ∼ ∼
Il s’agit de projecteurs respectivement sur l’ensemble des tenseurs sphériques et sur l’ensemble
des déviateurs. La dernière relation s’écrit aussi
I∼ = J
∼
+K
∼
∼ ∼ ∼
On définit là les opérateurs linéaires qui décomposent les tenseurs d’ordre 2 symétriques en
leurs partie déviatorique et sphérique. Comme ils opèrent sur des tenseurs d’ordre 2, il s’agit
donc bien de tenseurs d’ordre 4. Le tenseur identité I∼ a déjà été défini par (7.27). On donne ici
∼
les composantes de K ∼
dans une base orthonormée :
∼
1
Kijkl = δij δkl (7.56)
3
Les tenseurs J
∼
et K
∼
sont idempotents et orthogonaux :
∼ ∼
J
∼
:J
∼
=J
∼
, K
∼
:K
∼
=K
∼
, J
∼
:K
∼
=K
∼
:J
∼
=0 (7.57)
∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼ ∼
−1 1 1
A
∼
= aJ
∼
+ bK
∼
=⇒ A
∼
= J + K (7.58)
∼ ∼ ∼ ∼ a∼ b ∼
∼
∼
7.2. ETUDE DU TENSEUR D’ÉLASTICITÉ ANISOTROPE 169
iso
Λ
∼
= 3κK
∼
+ 2µJ
∼
(7.59)
∼ ∼ ∼
ce que le lecteur vérifiera aisément en faisant opérer l’expression précédente sur un tenseur ε
∼
.
Son inverse, le tenseur des souplesses est donc facile à déterminer :
iso −1 1 1
S
∼
=Λ
∼
= K
∼
+ J (7.60)
∼ ∼ 3κ ∼ 2µ ∼
∼
On pourra vérifier que cette expression conduit bien à la loi d’élasticité isotrope (7.47).
ce qui montre que 2µ est une valeur propre et que l’ensemble des tenseurs propres correspondants
est le sous–espace vectoriel des tenseurs symétriques déviatoriques, qui est de dimension 5. On
remarque de même que pour tout tenseur sphérique
sph iso sph sph
∀A
∼
, Λ
∼
:A
∼
= 3κ A
∼
∼
iso
ce qui montre que 3κ est une valeur propre de Λ ∼
, l’ensemble des tenseurs propres
∼
correspondants étant le sous–espace vectoriel des tenseurs sphériques, qui est de dimension
sph dev iso
1. Comme A ∼
et A∼
, l’analyse spectrale de Λ
∼
est terminée. La condition de stabilité
implique que ses valeurs propres sont positives :
Le module d’Young est donc positif, ce qui correspond à l’observation courante : lorsqu’on
applique un effort de traction, le matériau s’allonge. La condition sur le coefficient de Poisson
implique qu’un essai de traction s’accompagne nécessairement d’une variation positive de
volume, i.e. d’un gonflement, ce qui n’a rien d’intuitif. Pour le voir, il suffit d’appliquer la
condition (7.62) à la relation (7.52). Le cas limite ν −→ 0.5 conduit systématiquement à une
transformation ε∼
isochore, et traduit donc un comportement de matériau incompressible.
Dans la pratique, on observe que, lors d’un essai de traction sur un matériau isotrope, les
déformations latérales sont systématiquement négatives : le matériau s’allonge axialement et
se contracte latéralement. Ce fait indique que ν > 0 en général. On a longtemps cru que l’on
pouvait encore réduire l’intervalle (7.62) en écrivant
Le liège par exemple a un coefficient de Poisson quasi–nul de sorte qu’un bouchon comprimé
axialement n’augmente quasiment pas de section. En 1987, Roderic Lakes a montré que les
matériaux à coefficients de Poisson négatif existent bel et bien (Lakes, 1987). De tels matériaux
sont dits auxétiques. L’exemple exhibé par Lakes est une mousse polymérique dont on voit
une image de la microstructure sur la figure 7.1 comparée à une mousse classique à ν > 0. La
difficulté principale pour mettre en évidence de tels matériaux est de s’assurer de leur caractère
isotrope souvent difficile à garantir à l’issue du procédé complexe d’élaboration (Chan and
Evans, 1997). Depuis lors, d’autres matériaux auxétiques ont été découverts notamment en
jouant sur la structure moléculaire du matériau (Yang et al., 2004). Leur utilisation pratique
reste encore toutefois anecdotique.
Fig. 7.1 – Microstructure d’une mousse de polyuréthanne conventionnelle (à gauche) et d’une
mousse auxétique (à droite). La seconde est obtenue à partir de la première par l’application
d’un pression de confinement lors de l’élaboration (d’après (Chan and Evans, 1997)). Les
mousses de polyuréthanne conventionnelles sont traditionnellement utilisées dans les sièges
automobiles.
A
∼
:B
∼
= [A ].[B ] = [A ]T [B ]
où le point désigne le produit scalaire canonique sur les espaces euclidiens de dimension 6.
Cette identification entre la double contraction et √ le produit scalaire sur un espace vectoriel
euclidien est la raison de l’introduction du facteur 2 dans (7.65). En effet les termes A12 B12
interviennent deux fois dans A ∼
:B
∼
en raison de la symétrie des tenseurs.
172 CHAPITRE 7. THERMOÉLASTICITÉ LINÉAIRE
où les coefficients CIJ sont ceux de la notation de Voigt (7.30) (c’est important car ces valeurs
sont tabulées dans de nombreuses bases de données matériaux).
Ce formalisme est très employé lors de la programmation numérique des lois de comportement
dans les codes de calcul, car il permet de traiter contraintes et déformations à l’aide d’une même
structure (en langage C) ou d’une même classe (en C++). On renvoie à l’ouvrage ((Besson et al.,
2001)) pour l’utilisation de ce formalisme en mécanique numérique des matériaux.
σ33 = −Eα(T − T0 )
que l’on appelle contrainte d’origine thermique. Les contraintes d’origine thermique
jouent un rôle considérable dans les composants industriels travaillant en conditions
anisothermes et dans les ouvrages de génie civil (barrages, ponts...) soumis aux régimes
été–hiver. Elles sont responsables de nombreuses ruptures en service à cause de la fatigue
induite par les cycles thermiques. Pour calculer les contraintes d’origine thermique dans
une pièce, il faut connaı̂tre le champ de température qui y règne. La température est
7.3. COUPLAGES THERMOÉLASTIQUES 173
Coefficients de Lamé
0
σ
∼
=σ
∼
+ λ(trace ε)1 + 2µε
∼ ∼ ∼
0 1+ν ν
ε
∼
=ε
∼
+ σ
∼
− (trace σ )1
∼ ∼
E E
νE E
λ= , µ=
(1 + ν)(1 − 2ν) 2(1 + ν)
3λ + 2µ λ
E=µ , ν=
λ+µ 2(λ + µ)
Module de compressibilité
3λ + 2µ E
κ= =
3 3(1 − 2ν)
Mais aussi...
E(1 − ν) E E(3 − 2ν)
λ + 2µ = , λ+µ= , 2λ + 3µ =
(1 + ν)(1 − 2ν) 2(1 + ν)(1 − 2ν) 2(1 + ν)(1 − 2ν)
3λ + 2µ λ + 2µ 2λ + µ µ
1+ν = , 1−ν = , 1 + 2ν = , 1 − 2ν =
2(λ + µ) 2(λ + µ) λ+µ λ+µ
λ ν 2λµ Eν λ 2ν
= , = , =
λ + 2µ 1−ν λ + 2µ 1 − ν2 µ 1 − 2ν
κ > 0, µ > 0
E > 0, −1 < ν < 0.5
e th th
ε
∼
=ε
∼
+ε
∼
avec ε
∼
= α(T − T0 ) 1
∼
∂ψ 0 e e
σ
∼
=ρ =σ
∼
+ λ(trace ε
∼
)1
∼
+ 2µ ε
∼
∂ε
∼
0
σ
∼
=σ
∼
+ λ(trace ε) 1 + 2µ ε
∼ ∼ ∼
− 3κα(T − T0 )1
∼
e 0 1+ν ν
ε
∼
=ε
∼
+ σ
∼
− (trace σ )1
∼ ∼
E E
0 1+ν ν
ε
∼
= α(T − T0 )1
∼
+ε
∼
+ σ
∼
− (trace σ )1
∼ ∼
E E
Le potentiel élastique
1
ρψ(ε
∼
, T ) = −ρ(T − T0 )ŝ0 + σ
∼
0
:ε
∼
− β(T − T0 )2 − 3κα(T − T0 )(trace ε
∼
) + (λ(trace ε
∼
)2 + 2µε
∼
:ε
∼
)
2
∂ψ
ρs = −ρ = ρŝ0 + 2β(T − T0 ) + 3κα(trace ε
∼
)
∂T
ρ0 Cε
β= 2T0
κ= µ= E= ν=
9κµ 3κ − 2µ
κ, µ
3κ + µ 2(3κ + µ)
3κE 3κ − E
κ, ν
9κ − E 6κ
3κ(1 − 2ν)
κ, ν 3κ(1 − 2ν)
2(1 + ν)
µE E − 2µ
µ, E
3(3µ − E) 2µ
2µ(1 + ν)
µ, ν 2µ(1 + ν)
3(1 − 2ν)
E E
E, ν
3(1 − 2ν) 2(1 + ν)
Tab. 7.3 – Relations entre les différents modules d’élasticité isotrope.
et à 25◦ C).
matériau ρ E ν λ µ κ α k Cε
−3 −6 −1 −1 −1 −1
(kg.m ) (GPa) (GPa) (GPa) (GPa) (×10 K ) (W.m .K ) (J.K .kg−1 )
acier 7800 200 0.27 à 0.3 115 77 165 10 à 18 60 500
aluminium 2700 70 0.33 51 26 69 23 237 900
cuivre 8900 120 0.33 88 45 118 17 410 400
magnésium 1700 41 0.35 35 15 46 25 156
nickel 8900 210 0.31 131 80 184 13 91 450
titane 4500 116 0.33 85 44 114 9 22 550
7.3. COUPLAGES THERMOÉLASTIQUES
Tab. 7.4 – Propriétés thermomécaniques de quelques matériaux solides (sous une atmosphère
175
176 CHAPITRE 7. THERMOÉLASTICITÉ LINÉAIRE
Tab. 7.5 – Propriétés thermomécaniques de quelques fluides (sous une atmosphère et à 25◦ C).
ρė + div q = σ
∼
: ε̇
∼
+ ρr (7.68)
En introduisant l’énergie libre (5.51) et les lois d’état hyperélastiques, on obtient l’équation de
la chaleur
ρT ṡ + div q = ρr (7.69)
Dans le cas de la thermoélasticité linéaire et isotrope, on introduit les lois de comportement du
tableau 7.2 ainsi que la loi de conduction thermique de Fourier :
q = −k ∇T (7.70)
La correction de Cp s’avère négligeable pour les solides en prenant les ordres de grandeurs du
tableau 7.4.
2β(T − T0 ) = −3κα(trace ε
∼
)
9κ2 α2 Cσ
λadiabatic = λ + = λ + κ( − 1), µadiabatic = µ (7.75)
β Cε
ou de manière équivalente
On voit donc que les modules déterminés par des essais dans ces conditions (essais rapides,
voire en dynamique) sont peu différents dans le cas des solides communs.
Chapitre 8
On quitte ici l’échelle du point matériel pour lequel des lois de comportement ont été formulées
pour passer à celle de la structure soumise à des conditions aux limites particulières. Il s’agit
donc de résoudre les équations aux dérivées partielles que sont les équations de bilan (ici
équilibre statique, le cas dynamique étant envisagé en exercice), en se restreignant ici au
contexte infinitésimal en thermoélasticité linéaire.
div σ
∼
(x ) + ρf (x ) = 0 (8.1)
où σ
∼
est le tenseur des contraintes de Cauchy. On procède à la linéarisation en supposant la
norme du gradient du déplacement suffisamment petite (cf. paragraphe 2.3.3),
Dans le cas d’un état initial naturel, on peut négliger les termes proportionnels à kGrad u k. Le
dernier terme peut être ramené à l’ordre O(kGrad u k) par une translation adéquate et peut
donc être négligé. En conséquence, l’équation d’équilibre se réduit à
Div σ
∼
+ ρ0 f (X ) = 0 (8.2)
On a donc transformé l’équation d’équilibre qui était écrite sur la configuration actuelle inconnue
en un problème sur la configuration de départ. Tout se passe in fine dans les équations comme
si x et X coı̈ncidaient.
Qu’en est-il des conditions aux limites ? Si on impose un déplacement u = u d , aucune
modification n’est nécessaire. Si le vecteur–traction t (x ) = t d (x ) est donné sur une partie de
179
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
180 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
la frontière, il faut remarquer que, en vertu de la relation (2.42) reliant le vecteur normal à la
facette courante à sa direction initiale,
−T ds
t =σ
∼
.n = σ
∼
.JF
∼
.N 'σ
∼
.N (8.3)
dS
puisque J = 1 + O(kε
∼
k), F
∼
=1
∼
+ O(kε
∼
k) et ds ' dS + O(kε
∼
k). De même
la correction pouvant être aussi petite que nécessaire. Il est donc suffisant d’imposer le même
effort en utilisant le vecteur normal sur la configuration de référence.
Les hypothèses qui président à l’écriture du problème aux limites de thermoélasticité linéarisé
sont les suivantes :
• Contexte infinitésimal : petites transformations = petites rotations + petites déformations.
Il est suffisant, on le voit, de travailler sur la configuration de référence. La configuration
actuelle s’obtient grâce au champ de déplacement qui est l’inconnue première du problème.
Ce déplacement n’est pas nécessairement petit car il peut comporter une translation
d’ensemble arbitraire (les rotations étant supposées infinitésimales).
• Variations limitées de température, puisque la loi de comportement élastique a aussi été
linéarisée par rapport à la température. Dans la suite, le champ de température est supposé
donné car on n’étudie pas ici le problème thermomécanique couplé.
0
• Etat initial naturel : Π ∼
= 0 dans (7.20). En partant d’un état quasi–naturel (7.18), on
pourra travailler de la même façon qu’à partir d’un état initial naturel en remplaçant la
0
contrainte σ ∼
par l’écart σ ∼
−σ∼
. Dans un état précontraint initial quelconque, on peut
procéder de la même façon mais on risque de passer à côté de possibles instabilités ou
bifurcations1 .
• Le solide est considéré comme homogène et isotrope. Le cas d’un solide hétérogène
par morceaux s’en déduit immédiatement en ajoutant les conditions de continuité aux
interfaces2 . L’hypothèse d’isotropie ne joue qu’un rôle d’illustration et ne sera utilisée
qu’après coup, le problème aux limites étant formulé initialement dans le cas général.
Les trois premières hypothèses constituent ce qu’on appelle traditionnellement l’hypothèse des
petites perturbations (cadre HPP). Lorsqu’on aura établi une solution du problème aux limites
étudié, il faudra vérifier a posteriori que toutes ces hypothèses sont bien vérifiées, en particulier
le caractère infinitésimal de la transformation.
u (x ) = u d (x ), ∀x ∈ ∂Ω (8.4)
1
Danger ! l’étude de matériaux ou structures limitée au contexte linéarisé ne garantit aucunement la stabilité
des situations étudiées et ne permet pas d’envisager toutes les catastrophes possibles, même si la structure n’est
effectivement qu’apparemment peu sollicitée. Pour prévoir des accidents tels que le flambage des structures par
exemple, il faut sortir du cadre des transformations infinitésimales. Le cadre des déformations infinitésimales
peut être suffisant pour prévoir certaines bifurcations (voir le problème Torsion d’un barreau précontraint dans
le recueil de problèmes (Amestoy, 2004)).
2
En fait, les équations sont valables pour un matériau à gradient de propriété (variation continue des
propriétés thermoélastiques), à conditions de laisser les constantes d’élasticité sous la divergence !
8.1. FORMULATION ET RÉSOLUTION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ 181
ui = udi , ∀x ∈ ∂Ωiu
conditions aux limites
t = σ n = td , ∀x ∈ ∂Ωi
i ij j i td
Cela fait 9 inconnues scalaires pour neuf équations scalaires. Le cas particulier de l’élasticité
isotrope est donné dans le tableau 8.1.
Les conditions aux limites les plus générales envisagées ici sont données par (8.9) et supposent
que les partitions ∂Ωiu et ∂Ωitd sont connues a priori. Il existe d’autres conditions aux limites
possibles pour lesquelles cette partition est une inconnue du problème. On mentionne le cas de
la liaison unilatérale, très employée pour les problèmes de contact entre solides, qui stipule
qu’une composante u3 de déplacement est bloquée tant que t3 < 0 (compression), elle est libre
sinon. En effet le solide rentre alors en contact avec un autre solide. Une telle condition exige
de tester la solution du problème au fur et à mesure du calcul. Elle est non linéaire. De même le
problème de Hertz de l’indentation d’une bille sur une surface plane est un exemple de condition
aux limites non linéaire : la zone de contact entre la bille et le substrat est une inconnue du
problème (Amestoy, 2004).
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
182 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
Compatibilité
1
ε
∼
= (grad u + (grad u )T ), ∀x ∈ Ω
2
Equations d’équilibre
div σ
∼
+ ρf = 0, ∀x ∈ Ω
σ
∼
= λ(trace ε)1 + 2µε
∼ ∼ ∼
− 3κα(T − T0 )1
∼
, ∀x ∈ Ω
ui = udi , ∀x ∈ ∂Ωiu
∂Ωu
ud
Ω ∂Ωt
td
Fig. 8.1 – Conditions aux limites mixtes sur un solide Ω : la frontière du solide ∂Ω est partagée
en ∂Ωu où un déplacement u d est imposé et en ∂Ωtd où le vecteur–traction t d est imposé.
div σ
∼
= (λ + µ)grad (div u ) + µ∆u (8.10)
où le laplacien d’un vecteur est défini comme le vecteur dont les composantes cartésiennes sont
le laplacien des composantes. On a donc le
Il s’agit d’un système linéaire d’équations aux dérivées partielles d’ordre 2 en les composantes
ui du vecteur déplacement.
Une conséquence des équations de Navier est l’équation dite de la dilatation, qui s’obtient
en appliquant l’opérateur gradient puis l’opérateur trace aux équations de Navier. Cela donne
successivement
(λ + µ)∇(∇(trace ε ∼
)) + µ∆(∇u ) + ρ∇f = 0
Le premier terme s’écrit uk,kij en composantes. En passant à la trace, cela donne
(λ + 2µ)∆(trace ε
∼
) + ρdiv f = 0 (8.12)
qui s’obtient simplement en écrivant (2.140) pour k = l et en sommant ces équations pour les
trois valeurs de k. On y introduit alors la relation d’élasticité pour obtenir une équation en
contraintes
Le terme en laplacien de la trace de la contrainte peut être éliminé en utilisant les équations
(7.46) et l’équation de la dilatation (8.12). On obtient finalement
ν
(1 + ν)σij,kk + (trace σ ) +
∼ ,ij
ρfk,k δij + (1 + ν)ρ(fi,j + fj,i ) = 0 (8.17)
1−ν
où l’on a en outre utilisé l’identité
1 (1 + ν)(1 − 2ν)
=
λ + 2µ (1 − ν)E
Les équations (8.17) sont bien les expressions indicielles des équations de Beltrami cherchées
(8.13).
Une formulation équivalente du théorème 17 consiste à vérifier les équations (8.13) sur le
domaine considéré et à vérifier que les équations d’équilibre sont vérifiées sur le bord du
domaine4 .
Les deux démarches sont résumées sur le schéma de résolution de la figure 8.2. On ne conseille
pas dans la pratique commençante de la MMC d’appliquer directement les équations de Navier
ou Beltrami mais de refaire, dans le cas particulier du problème aux limites étudié, l’itinéraire
qui conduit des déplacements aux contraintes ou des contraintes aux déplacements.
Quitte à décevoir le lecteur, il faut bien dire qu’il n’existe pas de méthode systématique
permettant d’exhiber la solution d’un problème d’élasticité. On part en général de formes de
solutions trouvées de manière intuitive à partir du problème posé, forme que l’on précise grâce
aux équations de champ du problème et aux conditions aux limites. Suivant le type de problème
posé, l’approche en déplacements ou en contraintes pourra être plus aisée. Il faut attendre les
résultats sur l’existence et l’unicité de la solution du problème (P) pour finir de justifier cette
démarche (paragraphe 8.1.5). C’est en ce sens qu’on pourra dire qu’il existe des problèmes
plus “beaux” que d’autres, à savoir ceux où il faut déployer le plus de technique, d’astuce ou
d’intuition pour les résoudre !
La démarche de résolution par la méthode des déplacements consiste donc à
1. proposer une forme de champ de déplacement vérifiant les conditions aux limites en
déplacement ;
2. calculer le champ de déformation associé ;
3. calculer les contraintes grâce à la loi de thermoélasticité linéaire ;
4. les substituer dans les équations d’équilibre ;
5. intégrer ces équations pour trouver la forme exacte du champ de déplacement solution
6. vérifier les conditions aux limites en effort.
4
En effet, en prenant la divergence des équations de Beltrami (8.13), on trouve
∆(div σ
∼
+ ρf ) = 0
L’équilibre est donc vérifié en tout point dès qu’il l’est au bord en vertu du fait qu’une fonction harmonique
nulle au bord, l’est dans tout le domaine (Germain, 1986). Quelques propriétés des fonctions harmoniques sont
rappelées en particulier dans l’application du chapitre 14 consacré à la torsion des barres.
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
186 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
équilibre
déplacement div σ ρ f 0
u σ n t
2
T
compatibilité
∇u
Navier
∇u
ε
1 ν
σ ν
trace σ 1
E E
ε
déformations contraintes
ε σ
σ λ trace ε 1 2µε
loi de comportement
Fig. 8.2 – Les schémas de résolution d’un problème aux limites d’équilibre d’un solide
thermoélastique linéaire. La méthode des déplacements est en bleu, la méthode des contraintes
en rouge.
8.1.4 Superposition
Le problème (P) (isotherme) ainsi posé est linéaire. On entend par là que si
• (u A , σ
∼
A
) est une solution du problème (P) pour les données (f A , udA dA
i , ti ) ;
• et si (u B , σ∼
B
) est une solution du problème (P) pour les données (f B , udB dB
i , ti ) ;
alors, pour tous les réels λA et λB ,
• (λA u A +λB u B , λA σ ∼
A
+λB σ
∼
B
) est une solution du problème (P) pour les données (λA f A +
λB f B , λA udA dB dA
i + λB ui , λA ti + λB ti ).
dB
8.1. FORMULATION ET RÉSOLUTION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ 187
Cette propriété est parfois appelée principe de superposition. Elle permet de calculer
l’état de contrainte et de déformation d’un solide pour plusieurs chargement successifs. C’est
tout à fait licite à condition toutefois de veiller à chaque étape à la validité du cadre HPP
(transformation infinitésimale et états successifs quasi–naturels).
Pour l’appliquer, il faut que les domaines ∂Ωiu et ∂Ωid soient identiques pour les deux
chargements A et B.
Z Z Z Z
? ? d ?
σ
∼
:ε∼
dV = ρf .u dV + t .u dS + (σ
∼
.n ).u d dS (8.18)
Ω Ω ∂Ωtd ∂Ωu
Z Z Z Z
d
σ
∼A
:ε
∼B
dV = ρf .u B dV + t .u B dS + (σ
∼A
.n ).u d dS (8.20)
Ω Ω ∂Ωtd ∂Ωu
5
Il est suffisant de considérer le cas de fonctions–tests de classe C ∞ . Dans une description plus précise
mettant en œuvre la notion de distributions, ces fonctions–tests ne sont autres que les fonctions C ∞ à support
compact.
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
188 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
Or, pour les deux solutions A et B, le tenseur des contraintes est relié au tenseur des
déformations par le même tenseur des modules d’élasticité :
σ
∼A
=Λ
∼
:ε
∼A
, σ
∼B
=Λ
∼
:ε
∼B
(8.24)
∼ ∼
En conséquence, une condition nécessaire pour que deux solutions du problème (P) puissent
coexister est que
Z
∆ε∼
:Λ
∼
: ∆ε
∼
dV = 0 (8.25)
∼
Ω
On en déduit que le caractère défini positif du tenseur des modules d’élasticité est une condition
suffisante d’unicité de la solution du problème d’équilibre thermoélastique. En effet, si Λ ∼
est
∼
défini positif, on a
∆ε
∼
:Λ
∼
: ∆ε
∼
> 0, ∀∆ε
∼
6= 0
∼
Si ce n’est pas le cas, on montre que, dans certains cas, des solutions multiples peuvent être
construites. Cela justifie que les tenseurs des modules d’élasticité des solides soient définis
positifs et qu’alors, conformément à l’expérience courante, pour les conditions aux limites (8.9),
il y a une relation univoque entre la réponse d’une pièce et la sollicitation.
L’existence de la solution du problème (P), pour les conditions aux limites linéaires envisagées,
est admise dans ce cours. Elle résulte d’un théorème fort de mathématiques (dit de Lax-
Milgram) sur les équations aux dérivées partielles d’ordre 2 linéaires elliptiques (Maisonneuve,
2003). Le caractère elliptique des équations aux dérivées partielles est directement lié au
caractère défini positif du tenseur des modules d’élasticité.
Le problème d’équilibre thermoélastique linéarisé est donc un problème bien posé ou
régulier car il possède, pour les conditions aux limites envisagées ici, une solution et une
seule en termes de contraintes et de déformations. Ce résultat justifie la démarche classique
de résolution de tels problèmes, qui consiste à proposer une forme de solution, et à la préciser
grâce aux équations de compatibilité ou d’équilibre ainsi qu’aux conditions aux limites. Si cette
forme proposée s’avère possible, on conclut que c’est nécessairement la solution cherchée, en
vertu du théorème d’unicité.
td = σ
∼
.e 3 = T e 3 (8.26)
Noter que le signe de la charge appliquée T est intrinsèque (il ne dépend pas du choix
d’orientation de l’axe e 3 ) :
• si T > 0, il s’agit d’un essai de traction ;
• si T < 0, il s’agit d’un essai de compression.
On vérifiera que les efforts indiqués sur la figure 8.3 conduisent à une force résultante et à un
moment résultant nuls, sans quoi il ne pourrait s’agir d’un problème de statique.
Contraintes
Le champ de contraintes uni-axial et homogène suivant est recherché
0 0 0
σ∼
= σe 3 ⊗ e 3 , [σ
∼
]= 0 0 0 (8.27)
0 0 σ33 = σ
Déformations
Les déformations engendrées par les contraintes sont uniformes et se calculent grâce à la loi
d’élasticité inverse
1+ν ν
ε
∼
= σ∼
− (trace σ )1
∼ ∼
(8.29)
E E
où le matériau est supposé isotrope. En utilisant l’expression (8.27) du tenseur des contraintes,
on obtient
σ
−ν 0 0
σ E σ
ε = (e 3 ⊗ e 3 − ν(e 1 ⊗ e 1 + e 2 ⊗ e 2 )), [ε ]= 0 −ν 0 (8.30)
∼ ∼
E E σ
0 0
E
La déformation axiale est donc égale au rapport σ/E où E est le module d’Young. Les
contractions latérales sont caractérisées par le coefficient de Poisson
ε11 ε22
ν=− =− (8.31)
ε33 ε33
ce qui fournit une interprétation physique claire du coefficient de Poisson.
Suivons l’évolution d’une section normale à la direction de traction. Pour cela on peut
considérer un élément de surface ds = dx 1 ∧ dx 2 engendré par deux fibres matérielles
orthogonales à l’axe de traction. Chaque vecteur matériel actuel dx est relié à la fibre matérielle
initiale dX par
dx = F ∼
.dX = (1
∼
+ grad u ).dX = (1 + ε11 )dX
car la fibre dX a été choisie orthogonale à l’axe de traction et ε11 = ε22 . Ainsi,
Comme le champ de déformation est homogène sur la section, on en déduit que la section
initiale S0 de l’éprouvette se transforme en S telle que
S − S0
= −2νε33 (8.32)
S0
dans le contexte infinitésimal. Pour les matériaux à ν > 0, la section diminue donc en traction
et augmente en compression, ce qui correspond bien à l’expérience courante. Pour établir ce
résultat, on aurait pu aussi utiliser directement la formule (2.42).
On rappelle que la variation de volume de l’éprouvette est donnée par (7.52). Elle est positive
en traction et négative en compression.
Déplacements
Le champ de déformation précédent est homogène. Il vérifie donc trivialement les conditions
de compatibilité. Pour calculer le champ de déplacement associé au champ de déformation
précédent, on conseille fortement la démarche systématique proposée au paragraphe 2.3.5 (voir
8.2. EXEMPLES : TRACTION ET FLEXION SIMPLES 191
page 51), même si l’intégration a l’air particulièrement simple dans le cas de la traction. Cette
démarche commence par le calcul du gradient (2.143) de la rotation ω ∼
qui est nul dans le cas de la traction simple puisque le champ de déformation est homogène.
L’intégration de l’équation précédente a déjà été effectuée à la page 46 et donne
0 −r q
[ω
∼
]= r 0 −p (8.34)
−q p 0
où les petits angles p, q, r sont uniformes (mouvement de corps rigide). Le champ de déplacement
u est tel que
ui,j = εij + ωij
ce qui donne
σ
u1,1 = −ν
, u2,1 = r, u3,1 = −q
E σ
u1,2 = −r, u2,2 = −ν , u3,2 = p
E σ
u1,3 = q, u2,3 = −p, u3,3 =
E
L’intégration de chacune des colonnes précédentes fournit, une à une, les composantes ui :
σ
u1 = −ν x1 − rx2 + qx3 + c1
E
σ
σ σ ×
u2 = −ν x2 + rx1 − px3 + c2
u = x3 e 3 − ν (x1 e 1 + x2 e 2 ) + ω ∧x + c , (8.35)
E E
E
σ
u3 = x3 − qx1 + px2 + c3
E
×
Le vecteur ω a pour composantes [p q r]T et c est un champ uniforme de translation. Le
déplacement est donc déterminé à un mouvement infinitésimal de corps rigide près.
δ
ε33 =
L0
D’un point de vue pratique, la force F appliquée à l’éprouvette est reliée à l’allongement de la
zone utile de longueur L par
F δ
=E (8.37)
S L
On vérifiera que dans le contexte infinitésimal, on peut écrire indifféremment L ou L0 , S ou S0
dans la formule précédente qui est à la base de la pratique des essais de traction.
Dans la pratique il n’est pas facile d’imposer t1 = t2 = 0 sur les faces supérieures et inférieures
d’une éprouvette. Dans le cas de polymères ou d’élastomères, on est parfois obligé de coller ces
faces à des plateaux rigides pour réaliser l’essai. Dans ce cas, on impose en fait u1 = u2 = 0,
c’est–à–dire que l’on empêche ces faces de rétrécir en traction et de grandir en compression. Il en
résulte des efforts importants qui font que la déformation n’est plus homogène dans l’éprouvette.
Pour de nombreux matériaux cependant, et selon la géométrie de l’éprouvette, il existe encore
une zone utile où les champs (8.27) et (8.30) règnent effectivement, de sorte que de tels essais
sont exploitables. Différents effets de bord sont illustrés sur la figure 8.5.
3 td Te 3
td 0
td
Te 3
Fig. 8.3 – Conditions aux limites de type traction/compression sur un barre cylindrique à
gauche ou sur un parallélépipède à droite.
8.2.2 Flexion
On considère une barre cylindrique Ω de section S de forme quelconque, de longueur L et de
génératrice parallèle à l’axe e 1 . Les sections extrémités sont notées S0 et SL . L’origine O du
repère cartésien orthonormé est choisie au centre d’inertie de la section S0 . Les axes (O, e 1 ),
(O, e 2 ) et (O, e 3 ) coı̈ncident avec les axes principaux d’inertie du cylindre. Ce choix est tel que
Z Z Z
x2 dS = x3 dS = x2 x3 dS = 0 (8.39)
S S S
On note Z Z
I2 = x23 dS, I3 = x22 dS (8.40)
S S
les moments d’inertie principaux de la section courante S.
On impose les conditions aux limites suivantes à la barre Ω :
• La surface latérale de la barre, i.e. ∂Ω − S0 − SL , est libre : t d = 0.
• Les données sont incomplètes sur les faces S0 et SL . On se contente d’indiquer le torseur
des efforts appliqués sur la section SL :
{O, R = 0, M = M3 e 3 } (8.41)
Le couple opposé est appliqué à la section S0 . Le couple de flexion est donc appliqué ici par
rapport à un axe principal d’inertie des sections de la barre. On parle de flexion normale.
• Les efforts volumiques sont négligés.
Le problème est donc mal posé puisqu’on n’a pas donné d’information point par point sur les
face S0 et SL . Une approche en contraintes est proposée ici et on acceptera la forme obtenue
du vecteur–contrainte sur S0 et SL à condition que le torseur des efforts appliqués corresponde
bien aux données (8.41).
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
194 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
y
y
2
x
1
1
Fig. 8.4 – Traction simple d’une plaque parallélépipédique munie d’une grille : états initial
et final en perspective (à gauche) et de face (à droite, les deux états étant superposés). Le
matériau étant isotrope, quel est son coefficient de Poisson d’après la figure de droite ?
Contraintes
La forme de la déformée attendue pour une barre en flexion est donnée sur la figure 8.6.
Les fibres matérielles parallèles à e 1 sont étirées en haut et comprimées en bas (sur la figure
M3 < 0). Cela incite à penser que les contraintes σ11 sont de traction en haut et de compression
en bas. Une forme simple de tenseur des contraintes compatible avec cette intuition est la
suivante :
kx2 0 0
σ∼
= kx2 e 1 ⊗ e 1 , [σ ∼
]= 0 0 0 (8.42)
0 0 0
où k est une constante à déterminer7 . On suppose donc que chaque élément de matière subit
un état de traction ou compression simple dont l’intensité dépend de la position x2 seulement.
On peut vérifier que les équations d’équilibre locales sont bien vérifiées par un tel champ de
contraintes8 . Un tel champ conduit effectivement à un vecteur–contrainte nul sur la surface
7
Plus généralement, on peut chercher une fonction σ11 = f (x2 ). Ce champ de contraintes conduit à des
déformations ε22 = ε33 = −νε11 = −νf (x2 )/E. La condition de compatibilité (2.151) indique alors que f 00 = 0,
ce qui implique la forme linéaire proposée.
8
En effet, seule la dérivée partielle σ11,2 est non nulle lorsque l’on part de (8.42) mais cette dérivée n’intervient
pas dans la divergence de σ ∼
.
8.2. EXEMPLES : TRACTION ET FLEXION SIMPLES 195
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 8.5 – Essais de traction et compression avec encastrement sur les faces supérieure et
inférieure : (a) état initial, (b) déformée en traction en élasticité linéaire, (c) compression
d’un métal, (d) compression d’un élastomère. Les effets de bord liés à l’encastrement sont
clairement visibles. Les déformations sont volontairement amplifiées pour l’illustration. On
distingue clairement l’existence d’une zone utile où la déformation est quasi–homogène dans les
cas (b) et (c).
latérale de la barre. Il reste à calculer le torseur des efforts induits par ce champ de contraintes
sur la face SL par exemple :
Z Z
R = σ
∼
.e 1 dS = kx2 e 1 dS = 0 (8.43)
SL SL
Z Zx1 kx2 Z 0
M = OM ∧ t dS = x2 ∧ 0 dS = kx2 x3 dx2 dx3
SL SL x3 0 S L −kx22
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
196 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
= −kI3 e 3 (8.44)
Déformations
Le champ de déformation se déduit du champ de contrainte (8.42) par la loi de comportement
élastique linéaire isotrope (8.29) :
1 0 0
M3 M3
ε
∼
=− x2 (e 1 ⊗ e 1 − ν(e 2 ⊗ e 2 + e 3 ⊗ e 3 )), [ε
∼
]=− x2 0 −ν 0 (8.46)
EI3 EI3
0 0 −ν
Le champ de déformation ε33 est illustré sur une barre de section carrée sur la figure 8.7(d).
Déplacements
La méthode systématique pour construire le champ de déplacements à partir du champ de
déformations précédent consiste à calculer le gradient de la rotation ω
∼
par la formule (2.143).
Cela donne
M3
ω12,1 = ε11,2 − ε21,1 = − , ω23,1 = 0, ω31,1 = 0,
EI3
ω12,2 = 0, ω23,2 = 0, ω31,2 = 0,
M3
ω12,3 = 0, ω23,3 = ε23,3 − ε33,2 = −ν ω31,3 = 0
EI3
L’intégration de ces équations fournit
M3 M3
ω12 = − x1 − r, ω23 = −ν x3 − p, ω31 = −q
EI3 EI3
Le gradient du déplacement s’écrit donc
M3 M3
u1,1 = ε11 = − x2 , u2,1 = −ω12 = x1 + r, u3,1 = −q
EI3 EI3
M3 M3
u1,2 = ω12 =− x1 − r, u2,2 = ε22 = ν x2 , u3,2 = p
EI3 EI3
M3 M3
u1,3 = q, u2,3 = ω23 = −ν x3 − p, u3,3 = ε33 = ν x2
EI3 EI3
L’intégration des équations précédentes conduit aux expressions suivantes des composantes du
déplacement
xi = Xi + ui
Suivons par exemple une section de la barre de cote X1 = X0 . D’après (8.47), les déplacements
des points de cette section valent
M3
u1 = − X0 X2
EI3
M3 X02 X 2 − X32
u2 = ( +ν 2 ) (8.51)
EI 3 2 2
M
u3 = 3 X2 X3
EI3
La position x1 actuelle vaut donc
2
X 2 − X32
M3 M3 M3
x1 = X0 + u1 = X0 − X0 X2 = X0 − X0 x2 + X02 +ν 2
EI3 EI3 EI3 2
où l’on a remplacé X2 par x2 − u2 . Le dernier terme de l’expression précédente est en
O(kgrad u k2 ) en vertu des conditions (8.50). Il peut donc être négligé devant les deux premiers
termes. En conséquence on a la relation suivante entre les coordonnées actuelles des points de
la section :
M3
x1 = X0 − X0 x2 (8.52)
EI3
Il s’agit d’une relation linéaire entre x1 et x2 , indépendante de x3 . On reconnaı̂t l’équation d’un
plan contenant l’axe e 3 . Les points matériels initialement dans la section X1 = X0 restent donc
M3
dans un plan qui a en fait tourné de X0 = −ω2 par rapport à l’axe e 3 . Le fait que les
EI3
sections courantes restent droites se voit sur la figure 8.6.
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
198 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
Par contre, la section ne garde pas sa forme initiale dans le plan. La figure 8.7(f) montre
qu’une section initialement carrée ne le reste pas. Cela est dû au fait que les fibres matérielles
en traction se contractent latéralement tandis que celles en compression se dilatent latéralement.
La figure 8.7(e) montre le champ de déplacement u3 illustrant ce phénomène. Ce fait est bien
connu intuitivement, il suffit de fléchir une gomme et d’observer que la surface perpendiculaire
à e 2 , initialement plane, s’incurve au cours de la déformation.
3
1
Fig. 8.6 – Flexion d’une barre cylindrique : vue selon e 3 de l’état initial et de l’état déformé.
La face observée est munie d’une grille.
Principe de Saint–Venant. Si l’on remplace une première distribution d’efforts agissant sur
une partie de la frontière ∂ΩSV ⊂ ∂Ω, par une seconde distribution agissant sur la même
surface, ces deux distributions formant des torseurs égaux, les autres conditions aux limites sur
la partie complémentaire de ∂Ω restant inchangées, alors, dans toute partie de Ω suffisamment
éloignée de ∂ΩSV , les champs de contraintes et de déplacements sont pratiquement inchangés.
3
(a) (b)
2 2
1 1
(c) 3 (d) 3
2
3 3 1
(e) (f)
Fig. 8.7 – Flexion d’une barre à section carrée munie d’une grille sur ses faces extérieures : (a)
état initial, (b) état fléchi par rapport à l’axe e 3 , (c) champ de contrainte σ11 d’après la théorie
linéarisée, (d) champ de déformation ε33 d’après la théorie linéarisée, (e) champ de déplacement
u3 , (f) vue de la déformée d’une section courante (effet “gomme”). La couleur rouge correspond
à des valeurs positives, la couleur bleue à des valeurs négatives.
grande longueur d’onde, des effets locaux à petite longueur d’onde tels que les effets de bord ou
d’extrémité. De façon précise, c’est un théorème qui devrait décrire la nature des conditions aux
limites assurant la localisation du champ de contrainte ou de déplacement. Il existe en fait un
principe de Saint–Venant pour les conditions en efforts imposés et un autre pour les conditions
8.3. PROBLÈMES BIDIMENSIONNELS 201
Il existe donc bel et bien une composante de contrainte suivant la troisième direction mais elle
s’exprime directement en fonction des contraintes planes. Pour le voir il faut écrire ε33 = 0 en
fonction des contraintes grâce à la loi d’élasticité inverse (8.14) et on obtient
Il existe donc bel et bien une composante de déformation suivant la troisième direction. Elle
doit être telle que la contrainte σ33 s’annule ce qui implique que
ν λ ν
ε33 = − (σ11 + σ22 ) = (ε11 + ε22 ) = (ε11 + ε22 ) (8.60)
E λ + 2µ 1−ν
Mais le cadre des contraintes planes ne s’arrête pas là. Il consiste à traiter le corps comme
purement bidimensionnel et à ne considérer donc que les composantes εαβ et εαβ avec α, β ∈
{1, 2}. Les équations de compatibilité (2.151) à (2.156) appliquées à (8.59) se réduisent à
mais aussi
ε33,11 = ε33,22 = ε33,12 = 0 (8.62)
Les équations (8.62) impliquent que la déformation ε33 est une fonction affine de (x1 , x2 ).
L’expression (8.60) indique qu’il en va de même de la trace du tenseur des contraintes. En
toute rigueur, il faut tenir compte de cette condition pour résoudre le problème de contraintes
planes, via (8.60). La structure du problème aux dérivées partielles posé devient alors très
différente de celle du problème 3D ou de déformations planes et reste trop complexe. C’est
pourquoi, en contraintes planes, on s’en tient à (8.61) et on oublie (8.62). Cela revient à travailler
sur un espace à deux dimensions et à considérer des solides de cet espace. C’est pourquoi
l’hypothèse des contraintes planes est en général bien adaptée pour les structures minces pour
lesquelles les incompatibilités dans la troisième direction peuvent être limitées. Le caractère
mince de la structure n’est toutefois ni une condition nécessaire, ni une condition suffisante
pour l’établissement de contraintes planes. Un cylindre sous pression interne/externe, libre à
8.3. PROBLÈMES BIDIMENSIONNELS 203
ses extrémités, de longueur quelconque est dans un état de contraintes planes. Au contraire,
une plaque mince en flexion n’est pas en contraintes planes puisque la contrainte dépend de
x3 ...
On peut donner une forme purement bidimensionnelle à la loi d’élasticité :
σ11
1 ν 0 ε11
σ22 = E ν 1 0 ε22 (8.63)
1−ν 2 1 − ν
σ12 0 0 2ε12
2
qui remplace la forme (7.42).
On peut se contenter parfois d’une solution approchée en contraintes planes si elle représente
une bonne approximation de la solution complète. Ce fait est illustré de manière exhaustive
dans le cas d’une géométrie et d’un chargement axisymétriques dans l’application du chapitre
10 consacrée aux machines tournantes. En particulier, on y montre que l’existence de forces
de volumes (à divergence non nulle) n’est pas compatible avec l’hypothèse de contraintes
planes. Toutefois, l’étude d’un disque en rotation illustre la pertinence de la solution approchée
obtenue sous l’hypothèse de contraintes planes. L’exploitation des équations de Beltrami indique
que l’hypothèse des contraintes planes est associée à des restrictions sur la forme des efforts
volumiques admissibles.
Cette discussion montre que le statut des conditions de contraintes planes est donc plus
délicat que celui des déformations planes.
conditions sur la forme des efforts volumiques (exemple axisymétrique)
D’après le théorème 22 de Poincaré (page 323), la première équation implique qu’il existe une
fonction f1 (x1 , x2 ) telle que
∂f1 ∂f1
σ11 = , σ12 = −
∂x2 ∂x1
De même, l’équation (8.65) implique qu’il existe une fonction f2 (x1 , x2 ) telle que
∂f2 ∂f2
σ22 = , σ21 = −
∂x1 ∂x2
La deuxième loi de Cauchy σ12 = σ21 indique que l’on doit avoir
∂f1 ∂f2
=
∂x2 ∂x1
L’utilisation à nouveau du théorème de Poincaré montre alors qu’il existe une fonction χ(x1 , x2 )
telle que
∂χ ∂χ
f1 = , f2 = −
∂x2 ∂x1
9
Une extension est possible lorsque les forces de volume dérivent d’un potentiel.
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
204 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
et, en conséquence, les contraintes planes s’expriment à l’aide d’une seule fonction χ, appelée
fonction de contraintes, telle que
∆∆χ = 0 (8.67)
Ce champ contient les degrés de liberté dans le plan u1 , u2 pour chaque point matériel, mais
aussi des degrés de liberté globaux (translation constante U et rotation constante W ). On
vérifiera que cette cinématique implique que des points situés dans une section de cote x3 donnés
restent dans un plan (en général distinct de la section initiale) après déformation.
Le problème d’élasticité reste donc 3D mais il suffit de le résoudre dans une section plane
θ = Cste.
8.3. PROBLÈMES BIDIMENSIONNELS 205
En élasticité isotrope, les composantes des contraintes non nulles sont les mêmes que pour la
déformation.
Cette situation est rencontrée pour une fissure située dans le plan normal à e 1 , dont le front
rectiligne est selon e 3 et que l’on cisaille selon e 3 (mode III en mécanique de la rupture, cf.
(Cailletaud, 2003)).
CHAPITRE 8. FORMULATION DU PROBLÈME AUX LIMITES D’ÉQUILIBRE
206 THERMOÉLASTIQUE LINÉARISÉ
Deuxième partie
APPLICATIONS
207
Chapitre 9
z
F
ri e
pe pi
re
O
F
209
210 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
On travaille sur la configuration actuelle sur laquelle les efforts sont appliqués. Le problème
est posé en effort uniquement :
• En z = l, le vecteur contrainte est égal à la densité d’effort imposée :
σrz
t = td = Fez = σ ∼
.e z = σθz (9.1)
σzz
On en déduit que, ∀r, θ
σrz (r, θ, z = l) = σθz (r, θ, z = l) = 0, σzz (r, θ, z = l) = F (9.2)
• En z = 0, le vecteur contrainte est égal à la densité d’effort imposée :
−σrz
t = t d = −F e z = σ ∼
.(−e z ) = −σθz (9.3)
−σzz
On en déduit que, ∀r, θ
σrz (r, θ, z = 0) = σθz (r, θ, z = 0) = 0, σzz (r, θ, z = 0) = F (9.4)
Remarquer que σzz prend la même valeur aux extrémités.
• En r = re , le vecteur normal n sortant est e r et l’effort appliqué est −pe e r :
σrr
t = t d = −pe e r = σ∼
.e r = σθr (9.5)
σzr
On en déduit que, ∀θ, z,
σrr (r = re , θ, z) = −pe , σθr (r = re , θ, z) = σzr (r = re , θ, z) = 0 (9.6)
On peut aussi obtenir le résultat précédent en raisonnant de la manière suivante. La pression
appliquée l’est en général à l’aide d’un fluide où règne la pression pe . La condition d’équilibre
à l’interface fluide/solide est donc une condition de saut :
t f luide + t tube = [[σ
∼
]].n = 0 = (σ
∼
f luide
−σ
∼
tube
).n = (−pe 1
∼
−σ
∼
).e r (9.7)
ce qui est conforme au résultat (9.6).
• En r = ri , le vecteur normal n sortant est −e r et l’effort appliqué est pi e r :
−σrr
t = td = σ ∼
.(−e r ) = pi e r = −σθr (9.8)
−σzr
On en déduit que, ∀θ, z,
σrr (r = ri , θ, z) = −pi , σθr(r = ri , θ, z) = σzr (r = ri , θ, z) = 0 (9.9)
On peut aussi obtenir le résultat précédent en raisonnant de la manière suivante. La pression
appliquée l’est en général à l’aide d’un fluide où règne la pression pi . La condition d’équilibre
à l’interface fluide/solide est donc une condition de saut :
t f luide + t tube = [[σ
∼
]].n = 0 = (σ
∼
f luide
−σ
∼
tube
).n = (−pi 1
∼
−σ
∼
).(−e r ) (9.10)
ce qui est conforme au résultat (9.9).
9.1. STATIQUE DU RÉSERVOIR SOUS PRESSION 211
Les efforts extérieurs sont compatibles avec l’équilibre si leur torseur est nul. Le torseur
d’un système de forces est le triplet [O, R , M ] composé de la résultante de l’ensemble des
forces appliquées R et du moment résultant M de ces forces calculé par rapport au point
O. On comptabilise les forces ponctuelles F i , la densité linéique de forces F L , la densité
surfacique de forces F S et la densité volumique de forces F V . On évalue cette résultante
dans le cas du tube pour lequel seules des densités surfaciques d’efforts ont été envisagées
(F i = 0, F L = 0, F V = 0) :
Z Z Z
R = F i + F L dl + F S ds + F V dv (9.11)
L S V
Z Z Z Z
= F e z ds + (−F )e z ds + (−pe )e r re dθdz + pi e r ri dθdz (9.12)
z=l z=0 r=re r=ri
| {z } | {z } | {z }
0 0 0
= 0
Le moment résultant par rapport au point 0 vaut quant à lui :
Z Z Z
M = OM i ∧ F i + OM ∧ F L dl + OM ∧ F S ds + OM ∧ F V dv (9.13)
Z L Z S V
= 0 (9.18)
Le résultat est toujours valable si l’on calcule le moment par rapport à un autre point O0 puisque
les torseurs [O, R , M ] et [O0 , R , M 0 ] sont alors reliés par
[O, R , M ] = [O0 , R , M + O 0 O ∧ R ] (9.19)
Finalement, les efforts indiqués sont bel et bien statiquement admissibles.
Des restrictions dues aux symétries en jeu dans le problème seront envisageables si les
conditions de symétrie portent simultanément sur :
• la géométrie. Le tube présente une symétrie de révolution autour de l’axe e z , ainsi qu’une
invariance par translation le long de e z .
• le chargement. Le chargement appliqué aux surfaces extérieure et intérieure, ainsi qu’aux
extrémités, présente une symétrie de révolution autour de l’axe e z . Le chargement appliqué
aux surfaces extérieure et intérieure présente une invariance par translation le long de e z .
• le matériau. Le tube est supposé homogène, c’est–à–dire constitué du même matériau en
tout point. On fait par ailleurs l’hypothèse ici que les propriétés mécaniques du matériau
sont invariantes par rotation autour de e z et par symétrie par rapport à tout plan
perpendiculaire à e z . Dans le cas contraire, les simplifications qui font suivre ne sont
pas licites et le problème devient sensiblement plus complexe.
Il résulte de ces considérations une invariance attendue du champ des contraintes par rapport
aux variables θ et z. On cherche donc un tenseur des contraintes σ ∼
(r).
• Les composantes σrθ et σrz s’obtiennent en intégrant les équations (9.22) et (9.23) :
α β
σrθ = , σrz = (9.26)
r2 r
Les constantes d’intégration α et β s’obtiennent en considérant les conditions aux limites
(9.6) et (9.9) en r = re et r = ri , où ces composantes s’annulent. Par conséquent, ∀r, θ, z,
Les équations ne permettent pas de déterminer σθθ point par point dans la paroi du tube. Il est
cependant possible d’évaluer sa moyenne, en se servant de l’équation d’équilibre (9.22) :
Z re
1
< σθθ > = σθθ dr
re − r i ri
Z re Z re
1 dσrr 1 d
= r + σrr dr = (rσrr ) dr
re − r i ri dr re − ri ri dr
1
= (re σrr (re ) − ri σrr (ri )) (9.29)
re − r i
p i ri − p e re
< σθθ >= (9.30)
re − r i
9.1.5 Cas d’un tube fermé par une calotte de forme quelconque
Le réservoir cylindrique est fermé à une extrémité par une calotte de forme absolument
quelconque schématisée sur la figure 9.2. La calotte est soumise aux efforts suivants :
• La surface intérieure Si subit la pression pi du fluide intérieur. Soit n i le champ de normales
sortantes (a priori distinctes de −e r ).
td = σ
∼
.n i = −pi n i (9.31)
td = σ
∼
.n e = −pe n e (9.32)
1
Le résultat (9.30) est appelé formule des chaudronniers.
214 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
z
Se
pe
pi
Si
O
C F
Fig. 9.2 – Calotte de forme quelconque fermant le tube sous pression interne pi et externe pe .
La couronne C est soumise à la densité surfacique homogène d’effort axial −F e z .
td = σ
∼
.(−e z ) = −F e z (9.33)
puis la résultante des efforts s’exerçant sur la surface Si . Pour cela, on appelle :
∂Ωi = Si ∪ Di (9.35)
où Di est le disque de centre O0 et de rayon ri (cf. figure 9.2). La surface fermée ∂Ωi délimite
le volume Ωi . On calcule alors :
Z Z
Ri = σ
∼
.n i ds = (pi 1
∼
).(−n i ) ds
Si Si
Z Z Z Z
= (pi 1
∼
).(−n i ) ds − (pi 1
∼
).(−e z ) ds = div (pi 1
∼
) dv + pi e z ds (9.36)
∂Ωi Di Ωi Di
| {z }
0
= pi πri2 e z (9.37)
∂Ωe = Se ∪ De (9.38)
9.1. STATIQUE DU RÉSERVOIR SOUS PRESSION 215
Rc + Ri + Re = 0 (9.41)
d’où
pi ri2 − pe re2
F = (9.42)
re2 − ri2
L’étape suivante consiste à calculer les moments qui s’appliquent sur la calotte. On commence
par le moment par rapport à O0 des forces s’exerçant sur Si :
Z Z
Si
Γ O0 = 0
O M ∧ (−pi n i ) ds = O 0 M ∧ pi n 0 ds (9.43)
Si Si
où x, y, z et n0i , n02 , n03 sont respectivement les coordonnées cartésiennes du point M et du
vecteur n 0 . On a introduit le tenseur antisymétrique A ∼
. On vérifiera que le champ de tenseurs
antisymétriques A ∼
a la propriété suivante :
div A
∼
=0 (9.45)
Le théorème de la divergence a été utilisé à la ligne (9.46). Un calcul tout à fait analogue
montre que
Γ SOe0 = 0 (9.48)
Enfin, Z Z
ΓC
O0 = 0
O M ∧ (−F e z ) ds = r e r ∧ e z ds = 0 (9.49)
C C
Le moment résultant est donc nul et la calotte est en équilibre si F est donnée par (9.42).
On n’a pas eu besoin de connaı̂tre point par point les champs n i et n e de sorte que les résultats
obtenus sont valables quelle que soit la forme de la calotte s’appuyant sur la couronne C.
(pi − pe )R
< σθθ >= + O(1) (9.52)
e
On voit que la contrainte tangentielle moyenne devient d’autant plus grande, que e/R est
petit. Il n’est pas possible d’établir ici strictement le résultat mais on peut d’ores–et–déjà
l’annoncer : σθθ devient prépondérante par rapport à σrr qui reste, quant à elle, de l’ordre de
−pe et −pi .
Si le tube est libre d’efforts axiaux (F = 0, i.e. tube ouvert), le tube mince est essentiellement
dans un état de traction simple. Le dimensionnement du réservoir sous pression va alors
porter sur < σθθ > afin d’éviter son éclatement.
Si le tube est fermé par une calotte, la contrainte axiale vaut :
d’après le résultat (9.42). La contrainte axiale est donc deux fois moindre que la contrainte
tangentielle qui reste donc prépondérante.
9.2. ELASTOSTATIQUE DU RÉSERVOIR SOUS PRESSION 217
Le gradient du champ de déplacement (9.54) étant symétrique, il coı̈ncide avec le tenseur des
déformations infinitésimales ε ∼
. La dérivée de f (resp. g) par rapport à r (resp. z) est notée f 0
(resp. g 0 ).
L’étape suivante consiste à calculer le champ des contraintes à l’aide des relations d’élasticité
linéarisée. On suppose que le tube est initialement dans un état naturel (i.e. sans contraintes
initiales). La loi d’élasticité est écrite à l’aide des coefficients de Lamé :
σ∼
= λ(trace ε) 1 + 2µ ε
∼ ∼ ∼
f
λ(f + + g ) + 2µf 0
0 0
0 0
r
f f
[σ
∼
] = 0 λ(f 0 + + g 0 ) + 2µ 0 (9.56)
r r
f
0 0 λ(f 0 + + g 0 ) + 2µg 0
r
Les composantes de contraintes non nulles sont donc σrr , σθθ , σzz . Ce résultat est conforme à
l’analyse purement statique proposée au paragraphe 9.1.4. Il est temps d’utiliser les équations
218 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
σrr − σθθ
σrr,r + = 0 (9.57)
r
σzz,z = 0 (9.58)
σzz = C, uz = g = cz + d (9.59)
où C, c sont des constantes à déterminer. En substituant les valeurs de contraintes (9.56) dans
l’équation d’équilibre (9.57), on obtient l’équation différentielle2 régissant la fonction f :
f f0 f
f 00 − 2
+ = (f 0 + )0 = 0 (9.60)
r r r
L’équation précédente s’intègre en
b
f = ar + (9.61)
r
où a, b sont deux constantes d’intégration. Ceci permet d’évaluer les déformations et les
contraintes :
b B
εrr = a − σrr = A −
r2 r2
b B (9.62)
εθθ = a + σθθ = A +
r2
r2
εzz = c
σzz = C
1−ν ν
A = (λ + µ)2a + λc
a= A− C
E E
B
B = 2µb b= (9.63)
2µ
c = 1 (C − 2νA)
C = (λ + 2µ)c + 2λa
E
7.1. Pour identifier les constantes, on utilise les conditions aux limites (9.6) et (9.9) qui portent
sur σrr en r = ri et r = re . On résout donc le système linéaire,
B
σrr (ri ) = −pi = A − 2
ri
B (9.64)
σrr (re ) = −pe = A −
re2
et on trouve
pi ri2 − pe re2 pi − pe 2 2
A= B= r r (9.65)
re2 − ri2 re2 − ri2 i e
Les profils de contrainte pour deux géométries différentes de tube sont tracés sur la figure 9.3.
On observe en particulier que si le tube est mince l’état de contrainte est quasiment homogène
dans l’épaisseur. Pour se rendre compte de la façon dont les éléments de matériau élastique se
déforment, l’état déformé est illustré sur la figure 9.4.
Les résultats obtenus ne dépendent en fait que de rapports de longueurs r/ri et re /ri . Pour
un même chargement en pression et un même rapport re /ri , deux tubes de rayons intérieurs
distincts présenteront des profils de contraintes et de déformations identiques, en fonction de
r/ri . En particulier, les contraintes maximales seront identiques. L’analyse s’applique donc aussi
bien à une aiguille de seringue qu’à un réservoir d’hydrocarbures. Il n’y a pas d’effet d’échelles
ou d’effet de taille absolue dans ces situations régulières d’élastostatique.
2νA
εzz = c = − (9.68)
E
où A est donné par (9.65).
• Le tube est bloqué à ses extrémités, ce qui signifie que tout déplacement axial est empêché.
Dans ce cas,
εzz = c = 0 =⇒ σzz = C = 2νA (9.69)
où A est donné par (9.65). Si A est négatif (cela dépend du charment en pression et des
caractéristiques géométriques du tube), les contraintes axiales sont de compression. Au
contraire, il s’agit de contraintes de traction si A ≥ 0. Une telle condition à la limite n’est
possible que si le tube est coincé, encastré ou collé aux extrémités.
220 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
Déplacements
b
u = (ar + ) e r + (cz + d) e z
r
Déformations
b b
ε = (a − ) e r ⊗ e r + (a + )e ⊗ eθ + cez ⊗ ez
∼
r2 r2 θ
Contraintes
B B
σ = (A − ) e r ⊗ e r + (A + )e ⊗ eθ + C ez ⊗ ez
∼
r2 r2 θ
Chargement
pi ri2 − pe re2 pi − pe 2 2
A= B= 2 r r
2 2
r e − ri re − ri2 i e
C = 0 (libre), C = 2νA (bloqué), C = A (calotte), C = F (donné)
1−ν ν B 1
a= A − C, b = , c = (C − 2νA)
E E 2µ E
A = (λ + µ)2a + λc, B = 2µb, C = (λ + 2µ)c + 2λa
Tab. 9.1 – Récapitulatif : élastostatique du tube sous pression interne et externe avec ou sans
effort axial.
• Le tube est muni d’une calotte à l’une de ses extrémités. Cette situation a été analysée du
point de vue statique au paragraphe 9.1.5. On a mis en évidence l’existence d’une densité
surfacique d’efforts axiaux F donnée par (9.42). On en déduit :
pi ri2 − pe re2
σzz = C = F = =A (9.70)
ri2 − re2
Dans le cas d’un tube mince de rayon R et d’épaisseur e définis par les équations (9.50) et
tels que e/R 1, les expressions précédentes se simplifient. Des développements limités par
rapport à e/R fournissent :
(pi − pe )R (pi − pe )R3
A= + O(1), B= + O(1) (9.71)
2e 2e
Les contraintes se réduisent alors à
(pi − pe )R
σθθ = , σrr = 0 (9.72)
e
9.2. ELASTOSTATIQUE DU RÉSERVOIR SOUS PRESSION 221
(pi − pe )R
σzz = ν = ν σθθ (9.73)
e
au premier ordre.
• Tube terminé par une calotte. Le résultat (9.70) donne, dans le cas du tube mince :
(pi − pe )R σθθ
σzz = A = = (9.74)
2e 2
3
On peut d’ailleurs retrouver rapidement ce résultat en raisonnant de la manière suivante. On considère le
secteur de tube suivant d’angle dθ et de hauteur dz :
er
pe
eθ eθ
pi
dθ 2
σθθ σθθ
dθ
ez
On voit que les pressions appliquées sont équilibrées par la contrainte σθθ . On calcule alors la résultante des
efforts appliqués à cet élément de volume dans la direction e r :
dθ
(pi − pe ) Rdθdz = 2 σθθ sin edz
| {z } | {z 2 }
pression appliquée composante de la réaction du tube
Pour le petit angle dθ considéré, la fonction sinus peut être remplacé par son argument, ce qui conduit à la
relation cherchée (9.72). Dans ce calcul, on suppose implicitement que σθθ est homogène dans l’épaisseur du
tube, approximation licite pour le tube mince seulement.
222 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
au premier ordre. La contrainte axiale vaut donc la moitié de la contrainte tangentielle qui
reste par conséquent prépondérante.
Remarquer en particulier que, dans les deux derniers cas, σzz et σθθ sont du même signe.
|pi − pe | e
(9.75)
E R
Le critère de Tresca consiste à comparer l’écart maximum entre les contraintes principales
à une valeur critique σ0 , égale à la limite d’élasticité en traction du matériau. Le matériau se
comportement de manière élastique en un point donné tant que
Sup |σi − σj | < σ0 (9.76)
9.2. ELASTOSTATIQUE DU RÉSERVOIR SOUS PRESSION 223
3.5
2.5
1.5
σi j p i
1 re ri 4
re ri 1 4
0.5
-0.5
-1
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
r r i 1 r e ri 1
Fig. 9.3 – Profils de contraintes dans des réservoirs sous pression interne uniquement avec deux
rapports de rayons distincts. La composante positive est σθθ , la composante négative est σrr .
Le tube est supposé libre dans la direction axiale.
où les σi sont les contraintes principales. Dans le cas du tube sous pression, le tenseur des
contraintes est diagonal (cf. équation (9.62)) de sorte que les contraintes principales sont
σrr , σzz , σθθ . Pour comparer ces contraintes principales entre elles, dans le cas du tube muni
d’une calotte, on évalue les différences
B B
σθθ − σzz = , σzz − σrr = (9.77)
r2 r2
Les résultats (9.62) et (9.70) ont été utilisés. Il est alors aisé de ranger les contraintes principales
dans l’ordre croissant :
σrr < σzz < σθθ si pe ≤ pi , σθθ < σzz < σrr si pi ≤ pe (9.78)
Dans tous les cas de chargement, l’écart maximal entre les contraintes principales est |σθθ −σrr |.
Le comportement du tube reste donc élastique au point matériel considéré tant que
2|B|
|σθθ − σrr | = < σ0 (9.79)
r2
En conséquence, la plasticité va apparaı̂tre entre premier lieu en r = ri où la différence |σθθ −σrr |
est maximale. Par suite, la structure dans son ensemble reste dans le domaine élastique si
2|B|/ri2 < σ0 . En tenant compte de l’expression (9.65) donnant B, on aboutit au critère suivant :
σ0 r2
∆p := |pi − pe | < ∆pc := (1 − i2 ) (9.80)
2 re
224 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
Fig. 9.4 – Déformation d’un tube sous pression interne avec re /ri = 2. L’état initial est au
centre (en rouge). L’état final déformé est grisé. La déformation a été démesurément exagérée
(facteur 1000) pour l’illustration.
• le choix d’un acier à haute résistance pour lequel σ0 = 1000 MPa conduit un écart de
pression critique ∆pc ' 10 MPa soit 100 bars.
Le choix entre l’aluminium et l’acier à haute résistance est aussi une affaire de coût. D’autres
paramètres rentrent en ligne de compte, comme la résistance du matériau à l’apparition et
à la propagation de fissure, sa résistance à la corrosion, mais aussi la plus ou moins grande
facilité de mise en œuvre du matériau pour la réalisation du réservoir (soudabilité, usinage...),
etc. Certains de ces points seront abordés dans le cours (Cailletaud, 2003), et les exercices
correspondants, dont plusieurs prolongent l’analyse présentée dans cet exercice.
On n’introduit pas ici de coefficient de sécurité venant pondérer, dans une approche d’ingénieur
plus complète, la valeur critique ∆pc prévue en raison des incertitudes et de la variabilité du
matériau et de la géométrie de la structure. De tels facteurs font l’objet de normes dont on
trouvera une introduction et les références nécessaires dans (Trotignon, 1997; Ashby, 2000).
Un aspect essentiel du dimensionnement du tube consiste d’autre part à étudier ses conditions
de stabilité, notamment les critères d’apparition des différents modes de flambage. Une telle
analyse n’est pas entreprise dans ce paragraphe.
0.6
0.5
0.4
∆pc σ0
0.3
0.2
0.1
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
re ri
Fig. 9.5 – Dimensionnement d’un réservoir sous pression : écart de pression critique ∆pc
normalisée par la limite d’élasticité σ0 en fonction du rapport des rayons du réservoir sous
pression. Au–delà de cette limite le comportement du tube cesse d’être élastique linéaire.
L’asymptote σ0 /2 est aussi représentée.
226 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
9.3 Frettage
Le frettage est une méthode d’assemblage utilisée depuis l’antiquité4 et fréquente aujourd’hui
dans de nombreuses applications industrielles. L’assemblage fretté constitue un exemple simple
de structure qui, bien que soumise à aucun chargement extérieur, est le siège de contraintes
internes auto–équilibrées. Le calcul de ces contraintes résiduelles est possible dans le cas de
deux tubes frettés à l’aide des résultats obtenus dans les sections précédentes.
On montre enfin l’avantage que présente un assemblage de deux tubes frettés, vis–à–vis d’un
tube simple, en terme de limite d’élasticité de l’ensemble.
re
Re
ρi
Ri
ρe ri ρ
i
i
e
e
Ri
ρe
ρi
Re
où l’exposant (i) fait référence au tube intérieur. De manière équivalente, le vecteur contrainte
en point homologue du tube extérieur en r = ρ vaut
(e)
σ
∼
.n (e) = σ
∼
(e)
.(−e r ) = t d(e) = pinit e r (9.84)
où l’exposant (e) fait référence au tube extérieur. En r = ri , re , le tube est libre d’effort. Pour
chaque tube, les conditions de chargement sont du type étudié dans l’analyse des tubes sous
pression interne et externe au paragraphe 9.2. On pourra donc utiliser directement les résultats
obtenus pour déterminer contraintes et déformations dans les tubes de l’assemblage fretté.
Le contact entre les deux tube est supposé parfait et collant (sans glissement), une fois
l’assemblage réalisé.
A l’issue de l’opération de frettage, aucun chargement extérieur n’est appliqué à l’assemble. Le
torseur des efforts appliqués est nul et, pourtant, l’assemblage fretté est le siège de contraintes
et de déformations qui sont calculées au paragraphe 9.3.2. On vérifiera que ces contraintes sont
à divergence nulle (on dit qu’elles sont auto–équilibrées) et ne conduisent à aucune force ni
moment résultants. On parle aussi de contraintes résiduelles.
= ρe − ρi (9.94)
Les calculs précédents ne sont valides que pour > 0, ce qui implique pinit > 0 d’après
l’équation (9.96). Ces conditions garantissent la cohésion de l’assemblage.
Pour l’utilisation de l’assemblage fretté, on a plutôt besoin d’une relation entre pinit et les
caractéristiques finales du frettage, i.e. (ri , re , ρ). Une telle relation est en fait contenue dans la
précédente (9.96), en faisant jouer le contexte infinitésimal. Pour le voir, on revient à la relation
(9.91) sous la forme :
b(i)
ρ = ρi + a(i) ρi + (9.97)
ρi
ri2 re2
E 1 1
= (1 − ν)ρ3 2
+ + (1 + ν)ρ + (9.98)
pinit ρ2 − ri re2 − ρ2 ρ2 − ri2 re2 − ρ2
et finalement
avec
pe re2 − pi ri2 pi − pe 2 2
A= , B= r r , C=A (9.103)
ri2 − re2 re2 − ri2 i e
230 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
A ce stade, on peut se demander si les pressions exercées ne conduisent pas les deux tubes à se
désolidariser, ce qui conduirait à la ruine de l’assemblage. Pour le savoir, on évalue la pression
en r = ρ :
Ce résultat montre que les tubes restent bien accolés et qu’il n’y a pas de glissement relatif.
σ0 ri2
|pi − p| < (1 − ) (tube intérieur) (9.105)
2 ρ2
σ0 ρ2
|p − pe | < (1 − ) (tube extérieur) (9.106)
2 re2
On a admis, au passage, que, dans chaque tube, les contraintes principales sont rangées dans
l’ordre (9.78), ce qui reste à vérifier5 .
Optimiser l’utilisation du tube fretté signifie maximiser l’écart de pression admissible |pi −pe |.
Cet écart est majoré par
σ0 r 2 ρ2
|pi − pe | ≤ |pi − p| + |p − pe | < (2 − i2 − 2 ) (9.107)
2 ρ re
ri
∆p = |pi − pe | < ∆pc = σ0 (1 − ) (9.109)
re
5
La vérification indique que cet ordre est respecté dans le tube extérieur mais pas nécessairement dans le
tube intérieur, auquel cas il faut reprendre l’analyse. On trouve en fait que le critère élaboré dans la suite reste
le même dans ce dernier cas.
6
Pour cela, on cherche le minimum de la fonction
ri2 x
+ 2
x re
En comparant le critère (9.80) pour le tube simple avec le critère pour l’assemblage fretté
(9.109), on constate le gain significatif apporté par les contraintes initiales : l’écart de pression
maximal autorisé, obtenu pour re /ri → ∞ est deux fois plus grand pour l’assemblage fretté que
pour le tube simple7 . Pour une pression ∆p acceptable pour les deux structures, on constate
que l’assemblage fretté adéquat est plus mince que le tube seul correspondant requis. Le
rayon intermédiaire ρ donné par (9.108) représente une valeur optimale de ce paramètre pour
l’assemblage fretté. Le critère (9.109) est représenté sur la figure 9.7.
Il est possible aussi d’optimiser la pression de frettage pinit . La pression p, liée à pinit
par (9.104), doit être telle que les inégalités (9.106) soient toujours satisfaites. Lorsque la
valeur optimale du rayon intermédiaire (9.108) est substituée dans (9.106), les deux critères
deviennent :
σ0 ri
|pi − p| < (1 − ) (tube intérieur) (9.110)
2 re
σ0 ri
|p − pe | < (1 − ) (tube extérieur) (9.111)
2 re
Les valeurs critiques sont donc identiques. L’idée est alors de choisir p telle que les deux critères
(9.111) soient atteints simultanément, ce qui n’est possible que pour pi − p = p − pe . Cette
condition fournit la pression intermédiaire optimale pour l’assemblage fretté :
pe + pi p i − p e r e − ri
p= ⇐⇒ pinit = (9.112)
2 2 r e + ri
La valeur optimale de p a été introduite dans (9.104) pour trouver la pression initiale
intermédiaire optimale pinit correspondante. Dans ces conditions, la limite d’élasticité est
√
atteinte pour la première fois en r = ri et r = ρ = ri re simultanément. La pression optimale
pinit est obtenue pour un jeu optimal entre les deux tubes initiaux. La valeur du jeu est donnée
la relation (9.99), ce qui conduit à
∆p √ |pi − pe |
=ρ = ri re (9.113)
E E
En toute rigueur, il reste à vérifier qu’avec les valeurs choisies pour ρ et pinit , la structure
reste élastique dans les conditions de chargement (9.111).
7
La limite d’élasticité est certes doublée, mais on peut montrer que la charge limite, définie comme l’écart
de pression pour lequel les tubes sont entièrement plastifiés, reste inchangée.
232 CHAPITRE 9. RÉSERVOIRS SOUS PRESSION
0.9
0.8
0.7
0.6
∆pc σ0
0.5
0.4
0.1
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
re ri
Fig. 9.7 – Dimensionnement d’un réservoir sous pression : comparaison entre un tube simple
et un assemblage fretté. L’écart de pression critique ∆pc normalisée par la limite d’élasticité σ0
est tracé en fonction du rapport des rayons du réservoir sous pression. Au–delà de cette limite
le comportement du réservoir cesse d’être élastique linéaire. Les asymptotes σ0 /2 et σ0 sont
aussi représentées.
Chapitre 10
Machines tournantes
Les machines tournantes sont fréquentes dans les structures industrielles. Les disques et arbres
sont des pièces critiques par exemple dans les moteurs d’avion et dans les turbines pour la
production d’énergie. Leur dimensionnement est d’une importance capitale pour l’intégrité de
la structure en service. Ils sont soumis à des forces centrifuges importantes et ne doivent pas
éclater. En guise d’exemple, un assemblage complet de turbines de moteur d’hélicoptère est
présenté sur la figure 10.1(a) comprenant la partie froide (compresseur) et la partie chaude
du moteur (turbines haute pression en sortie de chambre de combustion). Les spécificités du
moteur d’hélicoptère par rapport au moteur d’avion de ligne sont sa taille limitée et des vitesses
de rotation des turbines sensiblement plus élevées. Dans ce moteur, on distingue deux familles
de disques :
• les disques alésés possèdent un alésage (trou) concentrique permettant le passage de
l’arbre. Deux exemples sont donnés sur les figures 10.1(b) et (c).
• les disques non alésés sont situés en tête ou fin d’assemblage et ne possèdent pas de trou
central (figure 10.1(d)).
Les disques sont munis d’aubes formant un monobloc (figure 10.1(b)) ou attachées grâce à des
encoches comme sur les figures 10.1(c) et (d). Les disques non solidaires de l’arbre sont entraı̂nés
en rotation grâce à des barres reliant les disques et passant par les trous visibles sur les disques
des figures 10.1(c) et (d).
Le dimensionnement des disques de turbines vise à éviter l’éclatement aux vitesses de rotation
souhaitées. La résistance à l’éclatement est testée lors d’essais de sur-vitesse sur banc. La
figure 10.2 montre un disque de turbine de moteur d’hélicoptère qui a éclaté lors d’un tel
essai. L’objectif de l’application traitée dans ce chapitre est d’évaluer les vitesses limites du
fonctionnement élastique de disques alésés et non alésés. Les disques sont en général soumis à
des températures élevées. Dans ce problème, on se place dans des conditions isothermes.
Dans les paragraphes 10.1 et 10.2, des expressions simplifiées des contraintes régnant dans les
disques minces en rotation sont établies et appliquées à la prévision de l’entrée en plasticité et
de la rupture des composants. Une solution complète du problème, au sens de Saint–Venant,
est établie au paragraphe 10.3. Elle justifie a posteriori les expressions mises en avant dans
les sections précédentes. L’établissement de cette solution nous conduit à mener ensuite une
réflexion plus générale sur la déformation axisymétrique d’un composant cylindrique de longueur
finie soumis à une large gamme de sollicitations. Une telle démarche est présentée au paragraphe
10.4. On établit au passage pour quels types de sollicitations la solution remplit les conditions
de contraintes planes. Ces développements viennent en complément de la discussion sur la
résolution de problèmes bidimensionnels en contraintes planes, entamée au paragraphe 8.3.2.
233
234 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
Le chapitre se termine par une évaluation des vitesses critiques dans les arbres en rotation.
Le disque tourne à la vitesse angulaire ω e z supposée constante (ou variant très lentement).
Dans le problème, on va déterminer les composantes des champs de contraintes, de déformations
et de déplacements dans le système de coordonnées cylindriques (r, θ, z), d’origine O, attaché
au disque. On travaille donc dans le référentiel tournant à la vitesse angulaire ω e z .
div σ
∼
+ ρf = 0 (10.1)
Montrer que les efforts volumiques induits par la vitesse d’entraı̂nement du disque valent :
ρf = ρω 2 r e r (10.2)
x∗ = Q
∼
(t).x
×
ẋ ∗ = Q̇.QT .x ∗ = W
∼ ∼ ∼
.x = ω ∧x ∗
×
où ω = ω e z . D’où
× × ×
ẍ ∗ = ω ∧ẋ ∗ = ω ∧(ω ∧x ∗
× × × ×
= (ω .x ∗ ω −(ω . ω )x ∗
= −ω 2 r e r (10.3)
pour x ∗ = re r , où e r est attaché au disque. Dans le référentiel attaché au disque, il existe
donc une force d’inertie −ρẍ ∗ On n’utilisera plus la notation x ∗ dans la suite.
10.1. EXPRESSIONS SIMPLIFIÉES DE LA RÉPONSE ÉLASTIQUE LINÉARISÉE D’UN
DISQUE MINCE EN ROTATION 235
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 10.1 – (a) Vue d’ensemble de l’assemblage de turbines d’un moteur d’hélicoptère (source
Turboméca, cf. (Mazière, 2007)). (b) Disque alésé et son aubage (rouet de diamètre : 60 mm sans
aubes). (c) Pour comparaison, disque alésé de moteur d’avion dépouillé de ses aubes (turbine
haute pression, diamètre : 1000 mm). (d) Disque non alésé et ses aubes (diamètre du disque :
100 mm).
236 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
Fig. 10.2 – Disque de turbine éclaté après un essai de sur-vitesse sur banc (source Turboméca,
cf. (Mazière, 2007)). La géométrie initiale du disque est celle de la figure 10.1(d).
ez
er
eθ
re
er
ri
O ri
re
Fig. 10.3 – Schématisation d’un disque de turbine alésé ; dimensions du disque et introduction
des coordonnées cylindriques.
10.1. EXPRESSIONS SIMPLIFIÉES DE LA RÉPONSE ÉLASTIQUE LINÉARISÉE D’UN
DISQUE MINCE EN ROTATION 237
Le disque simplifié (ainsi que les autres données du problème) étant axisymétrique, les
composantes cherchées ne dépendent pas de la variable θ. Dans ce problème, on va voir s’il
est possible de trouver des expressions simplifiées de la solution, avec des contraintes sont
indépendantes de la variable z. Les composantes σrr et σθθ sont donc recherchées comme des
fonctions de la variable r seulement.
Déduire de (10.1) une équation portant sur les composantes cherchées du tenseur des
contraintes.
0 σrr − σθθ
σrr + + ρω 2 r = 0 (10.5)
r
0
où σrr désigne la dérivée par rapport à r de σrr .
où ur est la composante radiale de déplacement. Les déformations sont liées aux contraintes
par la loi d’élasticité isotrope :
σrr νσθθ σθθ νσrr
εrr = − , εθθ = − ,
E E E E
Ces relations peuvent alors être substituées dans (10.7) ce qui conduit à (10.6).
En éliminant σθθ dans (10.5) et (10.6), on obtient l’équation différentielle suivante portant sur
σrr :
00 0
rσrr + 3σrr + ρω 2 r(3 + ν) = 0 (10.10)
dont la résolution conduit à (10.8) et (10.9).
Les conditions aux limites retenues dans ce problème sont
σrr (r = ri ) = σrr (r = re ) = 0
ce qui donne
3+ν 2 2 2 3+ν 2 2
A=− ρω ri re , B = ρω (ri + re2 )
8 8
On obtient finalement l’expression complète des contraintes :
3 + ν ρω 2 2
σrr = − (r − ri2 )(r2 − re2 ) (10.11)
8 r2
ρω 2 r2
2 2
ri2 + re2
ri r e
σθθ = (3 + ν) + − (1 + 3ν) (10.12)
8 r4 r2
uθ ∂uθ
2εrθ = − +
r ∂r
∂uθ
2εθz =
∂z
Comme ces deux cisaillements sont nuls dans le cadre de la solution recherchée, uθ est une
fonction de r seulement et vaut
uθ = αr (10.17)
Cette composante représente une rotation infinitésimale d’angle α par rapport à l’axe e z . Fixons
ce mouvement infinitésimal de corps rigide à α = 0 dans la suite.
Montrer qu’il n’est pas possible de déterminer uz . On constate donc l’échec de la démarche
précédente pour trouver une solution acceptable au problème posé. Quelle hypothèse initiale
doit–on remettre en cause ?
Il est possible en fait de trouver une solution acceptable à ce problème, au moins au sens de
Saint–Venant. Cette solution plus complexe est illustrée par la figure 10.4 et sera établie au
paragraphe 10.3. Commenter la déformée du disque vis–à–vis des résultats précédents.
ν ρω 2 r2 ri2 + re2
uz = z 2(1 + ν) − (3 + ν) + f (r) (10.18)
E 4 r2
où une fonction f de la coordonnée r doit être introduite. Pour la déterminer, il faut calculer
la déformation de cisaillement
1 ∂uz ν(1 + ν) 2
εrz = = ρω rz + f 0 (r) (10.19)
2 ∂r 2E
Dans la démarche développée précédemment, un tel cisaillement est nul. Or, il est impossible
de déterminer une fonction f dépendant de r seulement et annulant le cisaillement précédent.
L’échec de la démarche de résolution proposée est patent et nous amène à remettre en question
les hypothèses simplificatrices introduites au début du problème. Deux hypothèses peuvent
légitimement être remises en question : le cadre même des contraintes planes et l’indépendance
des contraintes par rapport à la variable z. Le caractère mince du disque nous a incité à
tester ces hypothèses. Toutefois, l’argument de minceur, à lui seul, ne permet d’exclure ni la
dépendance en z (le contre–exemple étant la flexion d’un disque mince), ni même l’existence
de contraintes σzz ou σrz dans la solution, même si ces dernières doivent s’annuler à la surface
libre du disque. On montrera au paragraphe 10.3 qu’il est possible de construire une solution
acceptable, en contraintes planes, au problème posé, mais seulement au sens de Saint–Venant.
La différence fondamentale entre cette solution acceptable et les champs proposés précédemment
est la dépendance en z des contraintes et déformations.
“expressions simplifiées” de la solution acceptable. Pour cela, indiquer un argument qui incite
à retenir l’expression suivante de uz :
ν ρω 2 r2 ri2 + re2
uz = z 2(1 + ν) − (3 + ν) (10.20)
E 4 r2
Dans la suite du problème on travaille avec les expressions simplifiées des contraintes,
déformations et déplacements ainsi déterminées.
En vertu de la symétrie du disque (et des données du problème) par rapport au plan z = 0,
la condition suivante est attendue :
Cette condition de symétrie entraı̂ne la nullité de la fonction f (r) dans (10.18). Le déplacement
uz prend donc la forme annoncée. Cette condition ne remet pas en cause l’échec de la démarche
proposée. Mais le champ de déplacement proposé constitue une expression simplifiée de la
solution. Il est donc utile dans la pratique.
ρω 2 ri2 re2
2 2 2 2
εθθ = (ν − 1)r + (3 + ν)((1 − ν)(ri + re ) + (1 + ν) 2 )
8E r
2
ρω
(ν 2 − 1)re2 + (3 + ν)((1 − ν)(ri2 + re2 ) + (1 + ν)ri2 )
≥
8E
ρω 2 2
re (1 − ν) + ri2 (3 + ν)
≥ (10.22)
4E
1
sauf circonstance exceptionnellement favorable, autorisant une dépendance affine de la déformation εzz et
donc aussi de la trace des contraintes avec les coordonnées x, y pour des conditions de contraintes planes selon
z. Cette dépendance affine de la déformation εzz dans le contexte des contraintes planes est une conséquence
des équations de compatibilité (cf. paragraphe 8.3.2).
10.1. EXPRESSIONS SIMPLIFIÉES DE LA RÉPONSE ÉLASTIQUE LINÉARISÉE D’UN
DISQUE MINCE EN ROTATION 241
ρω 2 re2
1 (10.26)
E
ρω 2
ur (r = re ) = re (re2 (1 − ν) + ri2 (3 + ν)) (10.30)
4E
Pour une vitesse de rotation du disque donnée, des caractéristiques géométriques et mécaniques
données, le jeu minimal autorisé est donc e = ur (r = re ) précédent, ou une fraction de cette
valeur si une abrasion est autorisée.
Indiquer une manière approchée de prendre en compte l’influence des aubes sur la réponse du
disque, tout en conservant la schématisation simplifiée axisymétrique du disque mince (figure
10.3).
Chaque aube exerce sur le disque une force égale à la résultante des forces centrifuges sur cette
aube. On propose de distribuer de manière homogène cette force en tout point de la surface
extérieure du disque sous la forme d’un effort surfacique donné :
t d = ρaube ω 2 ra2 e r
La distance ra est une distance effective définie à partir du rapport de n fois la norme de l’effort
résultant sur chaque aube (n, nombre d’aubes) et de la surface extérieure du disque πre H, 2H
étant l’épaisseur du disque. On est amené alors à reprendre les solutions en contraintes (10.8)
et (10.9) et à identifier les constantes A et B avec les nouvelles conditions aux limites :
où les σi désignent les contraintes principales. Le comportement du matériau reste purement
élastique tant que
f (σ
∼
)<0
10.2. CRITÈRES DE PLASTICITÉ ET DE RUPTURE 243
(a)
z
(b)
Fig. 10.4 – Déformation des disques minces en rotation : (a) disque alésé, (b) disque non alésé.
L’état initial est en rouge et l’état déformé en grisé. Les déformations ont été exagérées pour
l’illustration.
Tracer les profils de contraintes σrr et σθθ obtenues au paragraphe 10.1.4. On se placera
dans la situation ν > 0 pertinente pour les classes de matériaux envisageables dans ce genre
d’applications.
La contrainte circonférentielle σθθ est une fonction décroissante de r, au moins pour ν > 0. Elle
prend les valeurs minimale et maximale suivantes :
min ρω 2
σθθ = σθθ (r = re ) = ((3 + ν)ri2 + (1 − ν)re2 ) (10.31)
4
max ρω 2
σθθ = σθθ (r = ri ) = ((3 + ν)re2 + (1 − ν)ri2 ) (10.32)
4
(10.33)
La différence
ρω 2 r2 r2
σθθ − σrr = ((1 − ν)r2 + (3 + ν) i 2 e ) ≥ 0 (10.34)
4 r
min
est positive pour ri ≤ r ≤ re . Ces contraintes normalisées par σθθ sont tracées sur la figure
10.5. Les contraintes principales se rangent donc dans l’ordre
f (σ
∼
) = σθθ − σ0 < 0 (10.36)
244 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
Pour une vitesse de rotation donnée, la fonction critère est maximale en r = ri . C’est donc à
ce endroit que va commencer l’écoulement plastique. Ceci devient possible lorsque
max
σθθ = σ0
ce qui correspond à la vitesse critique
4σ0
ρωe2 = (10.37)
ri2 (1 − ν) + re2 (3 + ν)
max
Elle prend la valeur σθθ en r = ri car la contrainte radiale s’y annule. En effet, le matériau
en r = ri est soumis à un état de traction simple selon e θ . En admettant que la contrainte
équivalente est effectivement maximale en r = ri , on trouve donc la même vitesse limite qu’avec
le critère de Tresca2 .
4.5
3.5
σθθ σmin
θθ
3
σrr σmin
θθ
2.5
1.5
0.5
0
0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
(a) r re
5
4.5
3.5
σθθ σmin
θθ
3
σrr σmin
θθ
2.5
1.5
0.5
0
0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
(b) r re
Fig. 10.5 – Profil des contraintes radiale et circonférentielle dans un disque alésé mince en
rotation, normalisées par la contrainte circonférentielle minimale : (a) cas re /ri = 10, (b) cas
re /ri = 100. Pour les courbes, on a pris ν = 0.3.
246 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
5
4
σθθ σmin
θθ
σrr σmin
θθ
3
0
1.5
σθθ σmin
θθ
0.5
σrr σmin
θθ
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
(b) r re
Fig. 10.6 – Profil des contraintes radiale et circonférentielle dans un disque mince en rotation,
normalisée par la contrainte circonférentielle minimale : (a) disque à alésage infinitésimal, (b)
disque sans alésage. Pour les courbes, on a pris ν = 0.3. Le signe ⊃ indique que le point entouré
est exclus. Les valeurs en zéro des fonctions tracées en (a) sont données par les points.
10.2. CRITÈRES DE PLASTICITÉ ET DE RUPTURE 247
Les vitesses typiques de fonctionnement de moteur d’hélicoptère sont de 60000 [Link]−1 , contre
20000 [Link]−1 dans les moteurs d’avion.
Un critère de rupture fragile est le critère de contrainte normale positive maximale (cf.
paragraphe 4.4.3). Dans le disque mince alésé, les contraintes principales sont rangées dans
l’ordre (10.35). La contrainte normale positive maximale est donc σθθ . A une vitesse donnée,
elle est maximale en r = ri , ce qui conduit à même vitesse critique ωe que celle donnée par
(10.37).
En faisant tendre ri vers 0, pour 0 < r ≤ re fixé indépendamment de ri dans les expressions
(10.8) et (10.9), nous obtenons les fonctions
3+ν 2 2
fr (r) := lim σrr (r) = ρω (re − r2 ) (10.38)
ri →0 8
ρω 2
fθ (r) := lim σθθ (r) = ((3 + ν)re2 − (1 + 3ν)r2 ) (10.39)
ri →0 8
Passage à la limite en r = ri
Déterminer cette fois la limite de la valeur des contraintes en r = ri lorsque ri tend vers 0 :
Donner alors la vitesse limite de fonctionnement élastique d’un disque en rotation percé d’un
trou central de rayon infinitésimal. Vérifier la cohérence du résultat avec l’expression ωe trouvée
au paragraphe (10.2.1) dans le cas général.
248 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
En faisant tendre ri vers 0, pour r = ri dans les expressions (10.8) et (10.9), nous obtenons
les valeurs
Autrement dit, la convergence des expressions des contraintes dans le disque alésé vers les
fonctions fr et fθ caractérisant les contraintes dans un disque dont l’alésage est infinitésimal,
est une convergence simple mais non uniforme. La figure 10.5 pour deux valeurs du rapport
ri /re illustre ce fait. Les fonctions fr et fθ présentent une discontinuité en r = 0.
Les profils de contraintes dans le disque à alésage infinitésimal sont représentées sur la figure
10.6(a).
Le critère de plasticité de Tresca sera atteint en premier lieu en r = 0 pour fθ (0) = σ0 ce qui
fournit la vitesse limite du disque à alésage infinitésimal :
2 4σ0
ρ ωeinf = (10.42)
(3 + ν)re2
Remarquer que ωeinf s’obtient en faisant ri = 0 dans l’expression (10.37) trouvée pour les disques
à alésage quelconque.
En déduire la vitesse limite de fonctionnement élastique du disque mince non alésé en rotation.
Qu’en concluez–vous sur la résistance relative des disques alésé et non alésé ?
Les déformations associées aux contraintes par la loi d’élasticité isotrope sont
ρω 2
εrr = (1 − ν)(re2 (3 + ν) − 3r2 (1 + ν)) (10.45)
8E
ρω 2
εθθ = (1 − ν)(re2 (3 + ν) − r2 (1 + ν)) (10.46)
8E
ρω 2 2
εzz = −ν (r (3 + ν) − 2r2 (1 + ν)) (10.47)
4E e
Les déplacements ur = rεθθ et uz tel que ∂uz /∂z = εzz s’en déduisent :
ρω 2 r
ur = (1 − ν)(re2 (3 + ν) − r2 (1 + ν)) (10.48)
8E
ρω 2 2
uz = −νz (r (3 + ν) − 2r2 (1 + ν)) (10.49)
4E e
où la condition de symétrie uz (z = 0) = 0 a été utilisée.
Les contraintes, déformations et déplacements du disque mince non alésé en rotation sont
rassemblées dans la table 10.2.
Limite d’élasticité
Les profils de contraintes trouvés sont illustrés sur la figure 10.6(b). Les contraintes sont à
nouveau rangés dans l’ordre (10.35) de sorte que la recherche de la vitesse limite de fonction
élastique du disque est similaire à l’analyse du paragraphe 10.2.1. En particulier,
min ρω 2 ρω 2
σθθ = σθθ (r = re ) = (1 − ν)re2 , max
σθθ = σθθ (r = 0) = (3 + ν)re2 (10.50)
4 8
La vitesse limite est donc donnée par
8σ0
ρωe2 = (10.51)
re2 (3
+ ν)
√
Elle est 2 fois plus grande que la valeur obtenue dans le cas du disque mince avec un
alésage infinitésimal d’après les résultats du paragraphe 10.2.4. En l’absence d’alésage, l’état
de contrainte au centre est équibiaxial en r = 0 :
σrr (r = 0) = σθθ (r = 0)
contrairement au cas alésé pour lequel le bord de l’alésage est caractérisé par un état de traction
simple.
Cette étude montre qu’un disque alésé est plus vulnérable qu’un disque massif.
Dans les applications industrielles, un disque massif sera donc préférable là où c’est
possible.
250 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
Contraintes
3 + ν ρω 2 2
σrr = − 2
(r − ri2 )(r2 − re2 )
8 r 2 2
ρω 2 r2 ri2 + re2
ri re
σθθ = (3 + ν) + − (1 + 3ν)
8 r4 r2
Déformations
Déplacements
Vitesse limite
4σ0
ρωe2 =
ri2 (1 − ν) + re2 (3 + ν)
Tab. 10.1 – Récapitulatif : élastostatique d’un disque mince alésé animé d’une vitesse de
rotation ω (expressions simplifiées).
10.2. CRITÈRES DE PLASTICITÉ ET DE RUPTURE 251
Contraintes
ρω 2 (3 + ν) 2
σrr = (re − r2 )
8
ρω 2 2
σθθ = (r (3 + ν) − r2 (1 + 3ν))
8 e
Déformations
ρω 2
εrr = (1 − ν)(re2 (3 + ν) − 3r2 (1 + ν))
8E 2
ρω
εθθ = (1 − ν)(re2 (3 + ν) − r2 (1 + ν))
8E
ρω 2 2
εzz = −ν (re (3 + ν) − 2r2 (1 + ν))
4E
Déplacements
ρω 2 r
ur = (1 − ν)(re2 (3 + ν) − r2 (1 + ν))
8E 2
ρω
uz = −ν z(re2 (3 + ν) − 2r2 (1 + ν))
4E
Vitesse limite
8σ0
ρωe2 =
re2 (3
+ ν)
Tab. 10.2 – Récapitulatif : élastostatique d’un disque mince non alésé animé d’une vitesse de
rotation ω (expressions simplifiées).
252 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
A0 (z) 1 − ν ρω 2
− (1 + ν) + B 0 (z)r + ν(1 + ν)rz + fz0 (r) = 0 (10.62)
Er E E
La dérivation de cette équation par rapport à z permet d’établir que
ν(1 + ν) 2
A00 (z) = 0, B 00 (z) = − ρω (10.63)
1−ν
Les fonctions cherchées sont donc de la forme
ν(1 + ν) 2 z 2
A(z) = A1 z + A0 , B(z) = − ρω + B1 z + B0 (10.64)
1−ν 2
En revenant alors à la relation initiale (10.62), on obtient
1+ν 1−ν
− A1 + rB1 + fz0 = 0 (10.65)
Er E
ce qui fournit la fonction fz cherchée :
1+ν r 1−ν 2
fz (r) = A1 log − B1 (r − ri2 ) (10.66)
E ri 2E
uz (r, z = 0) = 0, ∀r (10.67)
La fonction fz doit donc être identiquement nulle. L’expression de fz trouvée en (10.66) conduit
alors à
B1 = 0, A1 = 0
Les contraintes et déformation présentent donc une dépendance en z 2 et des termes constants,
en plus de la dépendance vis–à–vis de r.
A ce stade, il faut distinguer le cas du disque alésé et le cas du disque massif.
Disque alésé
La forme générale suivante des contraintes a été obtenue :
ρω 2 A
σrr = − (3 + ν)r2 + 2 + B2 z 2 + B0 (10.68)
8 r
ρω 2 A
σθθ = − (1 + 3ν)r2 − 2 + B2 z 2 + B0 (10.69)
8 r
254 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
où A a été mis pour A0 par simplicité. Le vecteur–contrainte en r = ri et r = re est dirigé selon
e r et prend les valeurs
ρω 2 A
σrr (r = ri ) = − (3 + ν)ri2 + + B2 z 2 + B0 (10.70)
8 ri2
ρω 2 A
σrr (r = re ) = − (3 + ν)re2 + + B2 z 2 + B0 (10.71)
8 re2
(10.72)
σrr (r = ri ) = σθθ (r = re ) = 0
à toute cote z. On va donc se contenter de rechercher une solution permettant de remplir cette
condition en résultante seulement. La condition à la limite t = 0 ne sera donc pas remplie point
par point sur les bords r = ri et re mais seulement en résultante sur un secteur infinitésimal
du disque ri dθ × 2H ou re dθ × 2H :
Z Z
dR = re dθ t dz = re dθ σrr dz e r = 0
r=re r=re
ρω 2 H3
2 A
= re dθ − (3 + ν)re 2H + 2 2H + 2B2 + B0 2H e r (10.73)
8 re 3
Une condition analogue doit être écrite en r = ri . Deux équations portant sur les constantes
d’intégration A et B0 s’en déduisent
A ρω 2 2 H2
B0 + = (3 + ν)r i − B2
ri2 8 3
2
A ρω H2
B0 + 2 = (3 + ν)re2 − B2
re 8 3
Il est effectivement possible de remplir la condition de résultante nulle au bord grâce aux valeurs
ρω 2 H2 ρω 2
B0 = (3 + ν)(re2 + ri2 ) − B2 , A=− (3 + ν)ri2 re2 (10.74)
8 3 8
Il faut encore vérifier que le moment résultant sur chacun des bords infinitésimaux est bien nul.
Un argument de symétrie permet en fait d’assurer cette condition.
La solution obtenue est une solution acceptable au sens de Saint–Venant si le disque
est suffisamment mince :
H/re 1, H/ri 1
En effet, les surfaces sur lesquelles les résultantes ont été calculées possèdent alors deux
dimensions caractéristiques, à savoir H et ri/e dθ, qui sont faibles devant la dimension re − ri
du disque. Les expressions que nous allons proposer sont alors proches de la solution réelle
pour ri r re , c’est–à–dire en tout point assez loin des bords du disque alésé, en vertu du
principe de Saint–Venant.
Voici enfin les expressions complètes des contraintes régnant dans un disque mince alésé,
en régime élastostatique :
10.3. SOLUTION, AU SENS DE SAINT–VENANT, DU PROBLÈME DE L’ÉLASTOSTATIQUE
D’UN DISQUE EN ROTATION 255
ρω 2 (3 + ν) 2 2 2 2 2 ν(1 + ν) H
2
σrr = − (r − r i )(r − r e ) + ρω ( − z2) (10.75)
8r2 2(1 − ν) 3
ρω 2 ν(1 + ν) H 2
σθθ = − 2 ((1 + 3ν)r4 − (3 + ν)((ri2 + re2 )r2 + ri2 re2 ) + ρω 2 ( − z 2 )(10.76)
8r 2(1 − ν) 3
Dans le cas du disque massif, les expressions des contraintes sous la forme (10.68) et (10.69)
sont valables à condition de prendre A = 0, c’est–à–dire d’exclure toute singularité en r = 0. A
nouveau il n’est pas possible de satisfaire la condition bord libre en tout point (re , z) du bord
extérieur. Il est possible toutefois de trouver une constante B0 permettant d’annuler le torseur
résultant sur tout secteur infinitésimal (re , dθ) du bord extérieur :
ρω 2 (3 + ν) 2 H2
B0 = re − B2
8 3
H/re 1
en vertu du principe de Saint–Venant. Voici enfin les expressions des contraintes qui s’établissent
dans un disque mince de rayon re et d’épaisseur 2H :
ρω 2 (3 + ν) 2 ν(1 + ν) H 2
σrr = − (r − re2 ) + ρω 2 ( − z2) (10.77)
8 2(1 − ν) 3
ρω 2 ν(1 + ν) H 2
σθθ = ((3 + ν)re2 − (1 + 3ν)r2 ) + ρω 2 ( − z2) (10.78)
8 2(1 − ν) 3
Voici les déformations et déplacements au sein d’un disque mince alésé en rotation :
256 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
Voici les déformations et déplacements au sein d’un disque mince sans alésage en rotation :
ρω 2 ρω 2
2
2 2 H 2
εrr = (1 − ν) (3 + ν)re − 3(1 + ν)r + ν(1 + ν) −z (10.84)
8E 2E 3
ρω 2 ρω 2
2
2 2 H 2
εθθ = (1 − ν) (3 + ν)re − (1 + ν)r + ν(1 + ν) −z (10.85)
8E 2E 3
νρω 2 ρω 2 ν(1 + ν) H 2
2 2 2
εzz = − (3 + ν)re − 2(1 + ν)r − −z (10.86)
4E E 1−ν 3
ρω 2 ρω 2
2
2 2
H 2
ur = (1 − ν) (3 + ν)re − (1 + ν)r r + ν(1 + ν) −z r (10.87)
8E 2E 3
νρω 2 ρω 2 ν(1 + ν) H 2 z 2
2 2
uz = − (3 + ν)re − 2(1 + ν)r z − − z (10.88)
4E E 1−ν 3 3
Déformée du disque
Les déformées typiques des disques alésés et non alésés sont représentées sur la figure 10.4.
Analysons par exemple ce que devient la surface initiale z = H d’un disque sans alésage. Les
points de ce plan se déplacent en
r0 = r + ur (r, H) (10.89)
z 0 = H + uz (r, H) (10.90)
Dans le contexte infinitésimal, il est licite de remplacer r par r0 dans la dernière équation. La
surface déformée a donc aussi pour équation
z 0 − H − uz (r0 , H) = 0
En tenant compte de l’expression (10.88) de uz , cette surface apparaı̂t comme une portion de
paraboloı̈de de révolution qui, dans le contexte infinitésimal, ne peut être distingué de la sphère
osculatrice de rayon
2E
R= (10.91)
ρω 2 ν(1 + ν)H
De manière similaire, le bord libre r = re , θ donné, |z| ≤ H se transforme en une portion de
parabole qui, dans le contexte infinitésimal, ne peut être distingué de la sphère osculatrice de
rayon
E
R= 2
(10.92)
ρω ν(1 + ν)re
Remarquer que les deux surfaces transformées étudiées restent orthogonales au point de
coordonnées initiales (re , H). Ce fait est dû à la nullité du cisaillement εrz .
Ces caractéristiques de la déformée du disque ont été mises en évidence en particulier dans
(Amestoy, 2004).
que la solution au sens de Saint–Venant rend encore bien compte du champ obtenu par éléments
finis. Il n’en va plus de même pour le cylindre allongé H/re = 1 pour lequel des écarts notables
existent entre la solution au sens de Saint–Venant et la solution éléments finis. En particulier,
la figure 10.8(c) montre bien que l’expression (10.77) de la contrainte radiale conduit à une
valeur σrr (r = re , z = 0) notablement éloignée de 0, alors que la méthode des éléments finis
permet d’imposer cette condition de manière aussi précise que souhaitable.
σ
∼
(r, z) = σrr e r ⊗ e r + σθθ (r, z)e θ ⊗ e θ (10.93)
Le disque est en état de contraintes planes, i.e. relevant d’une description strictement
bidimensionnelle (r, θ), lorsqu’en outre les contraintes considérées ne dépendent pas de z. On
va voir que la représentation (10.93) permet d’envisager un ensemble varié de conditions de
chargements (efforts centrifuges, flexion axisymétrique, pression interne/externe) mais que l’état
de contraintes planes ne peut pas exister, de manière exacte, en présence de forces de volume à
divergence non nulle. Cette section illustre de manière remarquable l’approche en contraintes
en mécanique des solides au comportement élastique linéarisé.
ρf = ρf (r)e r (10.95)
∆σ
∼
= div grad σ
∼
= ∇.(∇σ
∼
) (10.96)
Pour cela, il faut partir de la définition intrinsèque (A.92) du gradient d’un tenseur. Le gradient
du tenseur des contraintes est
∂σ ∂σ e ∂σ
grad σ
∼
= ∼
⊗ er + ∼ ⊗ θ + ∼ ⊗ ez (10.97)
∂r ∂θ r ∂z
10.4. CONTRAINTES PLANES ET RÉPONSE AXISYMÉTRIQUE D’UN CYLINDRE DE
LONGUEUR FINIE 259
(c) -0.21 -0.18 -0.15 -0.12 -0.09 -0.06 -0.03 0 0.03 0.06 0.09 0.12 0.15 0.18 0.21
Fig. 10.7 – Champ de contrainte σzz obtenu par la méthode des éléments finis, rapportée à la
contrainte σθθ maximale dans un disque massif en rotation : (a) H/re = 0.1, (b) H/re = 0.5,
(c) H/re = 1. Dans le cas (c), la composante σzz atteint 20% de la contrainte orthoradiale
maximale. L’état initial du disque est représenté en rouge. Les déplacements ont été exagérés
pour l’illustration. L’axe de rotation est z.
260 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
2.5
2
σrr /σmax
θθ EF
σrr /σθθ Saint-Venant
σrr /σmax
θθ approx
1.5 σθθ /σmax
θθ EF
σθθ /σmax
θθ Saint-Venant
σθθ /σmax
θθ approx
ur /umax
r EF
1 ur /umax
r Saint-Venant
0.5
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
(a) r/re
2.5
1.5
0.5
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
(b) r/re
2.5
1.5
0.5
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
(c) r/re
∂σrr ∂σθθ
grad σ = er ⊗ er ⊗ er + e ⊗ eθ ⊗ er
∼
∂r ∂r θ
σrr − σθθ
+ (e r ⊗ e θ ⊗ e θ + e θ ⊗ e r ⊗ e θ )
r
∂σrr ∂σθθ
+ er ⊗ er ⊗ ez + e ⊗ eθ ⊗ ez (10.98)
∂z ∂z θ
∂(grad σ
∼
) ∂(grad σ
∼
) e θ ∂(grad σ
∼
)
div grad σ
∼
= .e r + . + .e z (10.99)
∂r ∂θ r ∂z
En substituant l’expression (10.98) du gradient du tenseur des contraintes dans cette définition
et en ordonnant les termes, l’expression du laplacien en coordonnées cylindriques est obtenue :
Pour aboutir à l’expression des équations de Beltrami, il reste à calculer second gradient de la
trace des contraintes, puis le gradient des efforts massiques, et enfin la divergence des efforts
massiques. Les voici successivement :
∂trace σ
∼
∂trace σ
∼
e θ ∂trace σ
∼
grad (trace σ
∼
) = er + + ez
∂r ∂θ r ∂z
∂σrr ∂σθθ ∂σrr ∂σθθ
= + er + + ez (10.101)
∂r ∂r ∂z ∂z
f
grad f = f 0e r ⊗ e r + e ⊗ eθ (10.103)
r θ
f
div f = trace grad f = f 0 + (10.104)
r
1 ∂ 2 trace σ ν f
(∆σ ) +
∼ rr 2
∼
+ ρ(f 0 + ) + 2ρf 0 = 0 (10.105)
1+ν ∂r 1−ν r
2
1 1 ∂ trace σ ν f f
(∆σ ) +
∼ θθ 2
∼
+ ρ(f 0 + ) + 2ρ = 0 (10.106)
1+νr ∂r 1−ν r r
∂ 2 trace σ
∼
= 0 (10.107)
∂r∂z
∂ 2 trace σ ν(1 + ν) f
2
∼
+ ρ(f 0 + ) = 0 (10.108)
∂z 1−ν r
∂σrr σrr − σθθ
+ + ρf = 0 (10.109)
∂r r
Les équations de Beltrami à elles seules ne suffisent pas à résoudre le problème posé en
contraintes. L’équation d’équilibre (10.109) doit y être adjointe. On peut s’étonner de disposer
de 5 équations pour trouver les deux fonctions de deux variables σrr (r, z) rt σθθ . Ces équations
sont en fait liées. Ceci est dû à la liaison qui existe entre les relations de compatibilité (2.140).
Ce fait a été mentionné au paragraphe 2.3.5.
La combinaison des équations (10.107) et (10.108) de Beltrami conduit à une restriction de
la forme des efforts volumiques compatible avec le type de solution en contraintes recherché :
0
0 f
f + =0 (10.110)
r
ce qui conduit à
α
f (r) = ω 2 r + (10.111)
r
Le terme linéaire en r est celui que l’on rencontre en présence d’effort centrifuges. C’est pourquoi
le coefficient de proportionnalité a été noté ω 2 , même si en toute généralité ce coefficient n’est
pas tenu d’être positif. Les efforts en 1/r sont délicats à interpréter. Ils seront toutefois pris en
compte dans la suite par souci de généralité.
L’exploitation directe des équations (10.105) à (10.109) pour déterminer le champ des
contraintes est possible mais malaisée. Il est plus rapide de tirer parti directement de l’équation
de compatibilité sous la forme (10.7), combinée avec la relation de comportement pour donner
l’équation (10.6) déjà mentionnée. Cette relation et l’équation d’équilibre sont réécrites sous la
forme
∂σθθ ∂σrr
(1 + ν)(σrr − σθθ ) = r( −ν ) (10.112)
∂r ∂r
∂σrr
(1 + ν)(σrr − σθθ ) = −(1 + ν)r − (1 + ν)rρf (10.113)
∂r
(10.114)
L’addition et la soustraction des deux équations précédentes fournit un système portant sur la
somme et la différence des composantes de contraintes cherchées :
∂trace σ
∼
+ (1 + ν)ρf = 0 (10.115)
∂r
∂ 2 ν ∂trace σ ∼
( + )(σrr − σθθ ) + + ρf = 0 (10.116)
∂r r 1+ν ∂r
10.4. CONTRAINTES PLANES ET RÉPONSE AXISYMÉTRIQUE D’UN CYLINDRE DE
LONGUEUR FINIE 263
La forme licite (10.111) des efforts massiques a été prise en compte. Les constantes d’intégration
g1 et g2 sont a priori des fonctions de la variable z. L’équation de Beltrami (10.108) permet de
déterminer g1 :
ν(1 + ν) 2 2
g1 (z) = − ρω z + 2(Az + B) (10.119)
1−ν
avec deux constantes d’intégration A et B. Une expression de la contrainte radiale peut alors
être obtenue :
3 + ν ρα ν(1 + ν) 2 z 2 g2 (z)
σrr = −ρω 2 r2 − (1 − ν + 2(1 + ν) log r) − ρω + Az + B + (10.120)
8 4 1−ν 2 2r2
Il reste à utiliser une des équations de Beltrami non encore exploitée, par exemple (10.105) qui,
compte tenu de la forme des efforts volumiques, devient :
1 + ν 2 ρα
(∆σ ) +
∼ rr
ρω − 2 = 0 (10.121)
1−ν r
On élimine σθθ dans l’équation précédente en utilisant l’équation d’équilibre (10.109).
Finalement, la contrainte radiale est solution de
3 + ν 2 2 Cz + D + νραz 2 ν(1 + ν) 2 z 2
σrr = − ρω r + − ρω + Az + B
8 2r2 1−ν 2
ρα
− (1 − ν + 2(1 + ν) log r) (10.124)
4
1 + 3ν 2 2 Cz + D + νραz 2 ν(1 + ν) 2 z 2
σθθ = − ρω r − − ρω + Az + B
8 2r2 1−ν 2
ρα
+ (1 − ν − 2(1 + ν) log r) (10.125)
4
Encore faut–il s’assurer que l’équation de Beltrami (10.106), non encore exploitée, est bien
vérifiée par la solution précédente. C’est effectivement le cas.
264 CHAPITRE 10. MACHINES TOURNANTES
α = 0, A=C=0
Les champs de contraintes ont été entièrement explicitées au paragraphe 10.3.3. Dans ce cas
particulier, la condition de symétrie par rapport au plan z = 0 permet d’exclure les termes
de flexion en z. Les constantes B et D sont déterminées par la condition de résultante nulle
(ou imposée) aux bords r = re et r = ri . La contribution D/r2 est nulle pour un disque
sans alésage. Cette solution est acceptable au sens de Saint–Venant et concerne donc les
disques minces. Il s’agit d’un cas de contraintes planes approchées puisque, pour un disque
mince, les termes en z 2 sont faibles devant les termes en r2 .
• tube sous pression. Cette situation est rencontrée pour
ω = α = 0, A=C=0
Les contraintes ont la forme établie pour les réservoirs cylindriques sous pression interne
ou/et externe, avec des extrémités libres :
D D
σrr = B + , σθθ = B −
r2 r2
Les conditions de pression imposée en r = ri , re permettent de déterminer les constantes
B et D. Il s’agit là de la solution exacte du réservoir sous pression, libre à ses extrémités,
traité au chapitre 9. Les expressions complètes des contraintes sont données dans le tableau
récapitulatif 9.1. Le réservoir est dans un état de contraintes planes.
• flexion axisymétrique d’une plaque trouée. Cette situation est caractérisée par
ω = α = 0, B=D=0
C C
σrr = z(A + ), σθθ = z(A − )
r2 r2
Ce profil de contraintes est rencontré dans un disque troué sollicité par un moment de
flexion selon e θ imposé sur chaque tranche élémentaire 2Hre dθ en r = re , et, par exemple,
libre d’effort en r = ri . Le disque non alésé correspond à C = 0. Ce problème est traité
dans le recueil de problèmes (Amestoy, 2004). Il sort du cadre des contraintes planes même
approchées puisque la dépendance en z y est essentielle.
Seule la situation du cylindre sous pression interne/externe conduit à une solution exacte en
contraintes planes. Dans les autres cas, il ne s’agit que de solutions en contraintes planes
approchées puisque la dépendance en z ne peut être exclue ou/et que le principe de Saint–Venant
doit être invoqué. Mandel indique qu’un cylindre de longueur finie n’est qu’exceptionnellement
en état de contraintes planes (Mandel, 1994). En particulier, l’équation de Beltrami (10.108)
montre qu’en présence d’efforts volumiques à divergence non nulle, l’état de contrainte dépend
nécessairement de z, ce qui exclut l’état de contraintes planes exact.
10.5. ARBRES EN ROTATION 265
σ
∼
= σrθ (r)(e r ⊗ e θ + e r ⊗ e θ ) (10.126)
qui vient s’ajouter au champ (10.93) déjà étudié de manière exhaustive. De même, l’existence
d’une densité d’efforts volumiques selon e θ doit aussi être envisagée et additionnée à la
contribution (10.95) déjà considérée :
f = fθ (r) e θ (10.127)
champ dont la divergence est nulle. La condition d’équilibre statique conduit à l’équation
différentielle
∂σrθ 2σrθ
+ + ρfθ = 0 (10.128)
∂r r
Les équations de Beltrami se réduisent à
∂ 2 σrθ 1 ∂σrθ 4 fθ
2
+ − 2 σrθ + ρ(fθ0 − ) = 0 (10.129)
∂r r ∂r r r
qui n’est autre que la dérivée par rapport à r de l’équation d’équilibre (10.128) divisée par r.
Le problème se réduit donc à la résolution de (10.128) qui fournit
Z
1
σrθ = 2 (ρ fθ r2 dr + C) (10.130)
r
où C est une constante d’intégration. Chaque tranche re Hdθ est soumise en r = re à un effort
tangentiel indépendant de θ et de z. Un effort tangentiel existe aussi en r = ri pour assurer
l’équilibre. Ce type de sollicitation est l’analogue pour le solide élastique linéaire isotrope de
l’écoulement de Couette que subit un fluide placé entre deux tubes en rotation relative.
Nous allons montrer que la pertinence de cette forme de solution est limitée au cas de cylindres
élancés re /H ≤ 1. Cette situation est rencontrée par exemple dans les arbres d’entraı̂nement
des disques de turbines dans les moteurs ou les alternateurs. La géométrie de ces arbres peut
être massive ou tubulaire. Les résultats sont explicités uniquement dans le cas de l’arbre massif
car l’extension au cas du tube ne pose pas de difficulté.
permet d’obtenir
ρω 2 (2λ + 3µ)re2
a= − νc (10.142)
8(λ + 2µ)
ce qui achève la résolution du problème.
• Tube libre à ses extrémités. La condition σzz = 0 en z = ±H ne peut être satisfaite
pour tout 0 ≤ r ≤ re . Il est possible toutefois de garantir la condition d’extrémité libre
d’effort en résultante :
Z Z re
Fz = σzz dS = 2π σzz rdr = 0
z=H 0
r2 ρω 2 λ
= ((λ + 2µ)c + 2λa) e − r4 (10.143)
2 8(λ + 2µ) e
L’équation (10.141) traduisant la nullité des efforts appliqués sur la surface latérale de
l’arbre et l’équation précédente constituent un système linéaire d’inconnues a et c. La
résolution de ce système conduit à
ρω 2 re2 ν ρω 2 re2 3 − 5ν
c=− , a= (10.144)
2 E 8E 1 − ν
Conformément à l’intuition, la déformation axiale εzz est négative. Les expressions des
contraintes s’en déduisent. Pour obtenir ces expressions concises, il est nécessaire d’utiliser
les relations entre les coefficients de Lamé, le coefficient de Poisson et le module de Young
rassemblées dans la table 7.1.
La solution établie dans le cas de l’arbre libre d’effort à ses extrémités n’est valide qu’au sens
de Saint–Venant. Elle ne permet pas de satisfaire point par point la condition de nullité du
vecteur–contrainte en z = ±H mais seulement en terme de torseur résultant.
ρω 2 2λ + 3µ 2 ρω 2 3 − 2ν 2
σrr = (re − r2 ) = (re − r2 ) (10.145)
4 λ + 2µ 8 1−ν
ρω 2 2λ + 3µ 2 2λ + µ 2 ρω 2
σθθ = ( re − r )= ((3 − 2ν)re2 − (1 + 2ν)r2 ) (10.146)
4 λ + 2µ λ + 2µ 8(1 − ν)
2
ρω ν
σzz = (re2 − 2r2 ) (10.147)
4 1−ν
ρω 2
σθθ − σrr = 2(1 − 2ν)r2 ≥ 0
8(1 − ν)
ρω 2
σrr − σzz = ((3 − 4ν)re2 − (3 − 6ν)r2 ) ≥ 0 pour ν > 0
8(1 − ν)
ρω 2
σθθ − σzz = ((3 − 4ν)re2 − (1 − 2ν)r2 ) ≥ 0
8(1 − ν)
Les écarts les plus grands entre les contraintes principales sont
ρω 2 3 − 4ν 2
(σθθ − σrr )max = r en r = 0
8 1−ν e
ρω 2 3 − 4ν 2
(σrr − σzz )max = r en r = 0
8 1−ν e
ρω 2 2ν 2
(σzz − σrr )max = − r en r = re
8 1−ν e
ρω 2 3 − 4ν 2
(σθθ − σzz )max = r en r = 0
8 1−ν e
sans restriction autre que −1 < ν < 0.5. Cette analyse permet de prévoir la limite d’élasticité
selon le critère de Tresca (4.71). La plasticité commence en r = 0 lorsque la vitesse de rotation
atteint
8(1 − ν) σ0
ρωe2 = (10.149)
3 − 4ν re2
où σ0 est la limite d’élasticité du matériau en traction simple. Remarquer que la vitesse limite
de l’arbre massif en rotation coı̈ncide avec celle du disque mince sans alésage (10.51) lorsque
le coefficient de Poisson est nul. Pour un même rayon extérieur re , la vitesse critique de l’arbre
en rotation est plus forte que celle du disque mince à condition que ν > 0.
Chapitre 11
Déformations libres
où α
∼
est le tenseur des dilatations thermiques linéarisées autour de T0 , propriété intrinsèque
du matériau. Dans le cas d’un matériau isotrope1 , ce tenseur d’ordre 2 est purement sphérique
et ne fait intervenir qu’un seul coefficient de dilatation α :
th
ε
∼
= α(T − T0 ) 1
∼
(11.2)
La figure 11.1 illustre le champ de déplacement dans le cas où le champ de température T
est homogène. On envisage plus généralement dans ce paragraphe des champs de température
T (x ) non nécessairement homogènes.
A quelle condition, le champ de déformation d’origine thermique (11.2) est–il compatible ?
Autrement dit, quel champ de température peut se développer dans un corps matériel supposé
homogène et par ailleurs libre d’effort à sa frontière, sans y engendrer de contraintes ?
1
Reconsidérer l’exercice dans le cas général anisotrope.
269
270 CHAPITRE 11. DÉFORMATIONS LIBRES
1
2
Fig. 11.1 – Champ de déplacement u1 dû à une variation de température de 50◦ C dans un cube
d’acier de 1 mm de côté (α = 10−5 K−1 ). Les conditions aux limites en déplacement sont telles
que la face x1 = 0 ne peut pas se déplacer selon l’axe 1, tandis que le point matériel coı̈ncidant
avec l’origine des axes est fixé. De plus, le point de coordonnées (0, 1, 0) ne peut pas se déplacer
dans la direction 3. Les faces du cube sont libres d’effort.
Le champ (11.2) où T (X ) est supposé pouvoir varier dans le corps matériel tandis que α ∼
est considéré comme homogène. On lui applique les conditions de compatibilité (2.140). Elles
conduisent au système suivant :
T,11 + T,22 = 0 T,12 = 0
T,22 + T,33 = 0 , T,23 = 0 (11.3)
T,33 + T,11 = 0 T,31 = 0
La première équation (11.5)1 signifie que a,1 (X1 ) = −b,2 (X2 ) est une constante. Il en va de
même pour c,3 . Le système (11.5) est par conséquent un système linéaire homogène d’inconnues
a,1 , b,2 , c,3 . Il s’ensuit que :
a,1 = b,2 = c,3 = 0 (11.6)
11.1. COMPATIBILITÉ DES DÉFORMATIONS D’ORIGINE THERMIQUE 271
Si les conditions à la frontière du corps matériel ne s’opposent pas aux déplacements qui
e
s’ensuivent, un tel champ existe donc sans contraintes, i.e. sans contribution élastique ε
∼
.
Plus généralement, on montre que tout champ de déformation affine
ε
∼
=A
∼
.X (11.9)
avec A
∼
tenseur d’ordre 3 constant, est compatible.
On met en œuvre ici la démarche systématique qui, à partir d’un champ de déformation
donné, permet de trouver la famille des déplacements correspondants. La méthode peut sembler
fastidieuse mais elle a le mérite de conduire immanquablement à la famille de solutions cherchée.
Toute tentative pour la court–circuiter en “intégrant à vue” peut se solder par une suite de
calculs inextricables... La difficulté vient du fait que l’on cherche une famille de champs de
vecteur u dont le gradient symétrisé est égal au champ de déformation ε ∼
donné. La tâche
serait plus aisée si la donnée du problème était le champ de gradient F
∼
complet.
Le point de départ est le gradient de la rotation infinitésimale qui s’exprime en fonction du
gradient de la déformation selon l’expression (2.143) :
où l’on a isolé la rotation infinitésimale arbitraire dont le vecteur rotation est [p, q, r]. Dans la
suite, cette rotation n’est pas écrite par commodité et sera réintroduite dans le résultat final.
Il s’agit maintenant d’intégrer le système différentiel suivant :
A
u1 = AX1 X3 + c1 , u2 = AX2 X3 + c2 , u3 = (−X12 − X22 + X32 ) + c3 (11.16)
2
Seules des conditions aux limites précises en déplacement permettent de fixer la translation
[c1 , c2 , c3 ]T et la rotation [p, q, r]T .
Les champs de températures, de déformations et de déplacements sont illustrés pour un cube
d’acier sur la figure 11.3.
Contexte infinitésimal
Préciser les conditions de validité de la solution précédente dans le contexte infinitésimal.
Donner en particulier les gradients de température licites dans le cas d’une barre cylindrique
de rayon R et de hauteur H.
Elles impliquent les conditions suivantes sur le gradient de température imposé vis–à–vis de la
géométrie de la barre :
H
|α(T2 − T1 )| 1, |α(T2 − T1 )| (11.19)
R
Dans le cas d’une tige (i.e. R/H 1), la condition (11.19)1 est la plus restrictive. Dans le
cas d’un disque (i.e. H/R 1), la condition (11.19)2 est la plus restrictive.
Dans le cas d’une plaque d’acier (α ∼ 10−5 ), la condition s’écrit
H
|T2 − T1 | 105
R
ce qui permet tout de même de traiter le cas d’écarts de température significatifs.
On rappelle toutefois que, même si ces conditions sont remplies, ce qui garantit que la solution
(11.16) est licite, on n’est pas à l’abri d’instabilités.
Fig. 11.2 – Déformée d’un carré d’acier de côté 1 mm soumis à un gradient constant de
température de 100◦ C : T = 0◦ C sur la face X3 = 0 et T = 100◦ C sur la face X3 = 1. Le
coefficient de dilatation est α = 10−5 K−1 . Les déplacements sont amplifiés d’un facteur 1000
pour l’illustration. Le carré rouge représente l’état initial. Le carré déformé est en noir. Les axes
sont en bleu. Cette figure s’obtient en considérant la coupe X2 = 0 du cube de la figure 11.3.
11.1. COMPATIBILITÉ DES DÉFORMATIONS D’ORIGINE THERMIQUE 275
(a)0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 (b) 0.0001 0.0002 0.0003 0.0004 0.0005 0.0006 0.0007
(c) -0.0005 -0.0004 -0.0002 0 0.0002 0.0004 0.0006 (d) 0.0001 0.0002 0.0004 0.0006 0.0008 0.001
(e) 2
Fig. 11.3 – Cube d’acier de côté 1 mm soumis à un gradient constant de température de 100◦ C :
T = 0◦ C sur la face x1 = 0 et T = 100◦ C sur la face x1 = 1. Le coefficient de dilatation est
α = 10−5 K−1 . Les déplacements sont amplifiés d’un facteur 2000 pour l’illustration. Les faces du
cube sont libres d’effort. Les champs représentés sont : (a) le champ de température, (b) le champ de
déplacement u1 , (c) le champ de déplacement u2 , (d) le champ de déformation ε11 , (e) deux vues de
la déformée.
276 CHAPITRE 11. DÉFORMATIONS LIBRES
Chapitre 12
Vitesse de rotation
calculer L
∼
,D
∼
,W
∼
constater que les directions propres de D ∼
ne tournent pas et que, malgré tout, W ∼
6= 0.
Illustrer ici la bonne compréhension du théorème sur les trièdres directeurs orthogonaux
Rotations moyennes
rotation moyenne des fibres matérielles
12.2 Cavitation
12.3 La flexion circulaire
mettre en évidence les grandes rotations et grandes déformations
cas d’une plaque mince
277
278 CHAPITRE 12. QUELQUES TRANSFORMATIONS FINIES
Chapitre 13
Quelques tourbillons...
13.1 Le vorticimètre
On considère un assemblage rigide formé de deux tiges orthogonales. On dépose l’assemblage
à la surface d’un fluide en mouvement et on observe son mouvement.
• directions unitaires caractérisant le croisillon m 1 et m 2
ṁ 1 = L
∼
.m 1 − (m 1 .D
∼
.m 1 )m 1
ṁ 2 = L
∼
.m 2 − (m 2 .D
∼
.m 2 )m 2
• Evolution de l’angle entre un axe du croisillon et une direction fixe de l’espace a
− sin ϕ1 ϕ̇1 = ṁ 1 .a = a .L
∼
.m 1 − (m 1 .D
∼
.m 1 ) m 1 .a
Le choix de a n’importe pas si l’on s’intéresse à ϕ̇ seulement. Prenons
π
ϕ1 = (a = m 2 , m 1 ) = − =⇒ ϕ̇1 = m 2 .L ∼
.m 1
2
π
ϕ2 = (a = m 1 , m 2 ) = =⇒ ϕ̇2 = m 1 .L ∼
.m 2
2
• Lorsque l’assemblage est rigide (m 1 .m 2 = 0 à chaque instant), sa vitesse de rotation sera
la moyenne des vitesses instantanées précédentes :
ϕ̇1 + ϕ̇2
ϕ̇ = = m 2 .W ∼
.m 1
2
× × ×
= m 2 .(W ∧m 1 ) = W ∧(m 1 ∧ m 2 ) = W .e z
• La vitesse de rotation du croisillon rigide est exactement donnée par le taux de rotation
du fluide W
∼
. Le vorticimètre permet de mesurer ce taux de rotation.
• Dans le cas du tourbillon simple, W∼
= 0. Le vorticimètre ne tourne pas !
279
280 CHAPITRE 13. QUELQUES TOURBILLONS...
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 13.1 – Mouvement d’une allumette dans un tourbillon simple central : quatre instantanés
(a), (b), (c) et (d).
La figure 13.2 montre que le vorticimètre ne tourne pas. Les directions du croisillon restent
toujours parallèles à elles–mêmes. Il ne subit qu’une translation d’ensemble. On déduit de
l’étude du paragraphe 13.1 que le taux de rotation associé au tourbillon simple est nulle :
W
∼
= 0 =⇒ rot v = 0 (13.2)
Γ
v (r, θ, z, t) = e (13.3)
2πr θ
où Γ est la circulation de v le long d’un cercle dont le centre est le centre du tourbillon
I
Γ = v .e θ rdθ (13.4)
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 13.2 – Mouvement d’un vorticimètre dans un tourbillon simple central : quatre instantanés
(a), (b), (c) et (d).
• cinématique
Γ
v (r, θ, z, t) = e
2πr θ
les trajectoires et les lignes de courant sont des cercles de centre O
• gradient des vitesses
Γ
L =− (e ⊗ e θ + e θ ⊗ e r )
∼
2πr2 r
• la transformation est localement isochore
trace D
∼
= div v = 0
• l’écoulement est irrotationnel
W
∼
=0
H
• circulation de v autour de O v .e θ rdθ = Γ
Torsion
14.1 Introduction
La solution du problème de torsion d’une barre cylindrique de section quelconque est due à
A. Barré de Saint–Venant1 entre 1853 et 1855. Pour un exposé moderne de cette solution, il
est utile de présenter un préliminaire d’ordre mathématique sur le problème aux limites dit de
Neumann.
Le théorème de la divergence (A.118) a été utilisé au passage. Dans le calcul précédent est
apparue la dérivée normale de ϕ en un point matériel x ∈ ∂Ω définie comme
dϕ
:= ∇ϕ.n (14.3)
dn
La donnée q d doit être compatible avec la condition précédente. Une condition nécessaire
d’existence d’une solution est par conséquent
Z
q d dS = 0 (14.4)
∂Ω
Dans ces conditions, des résultats d’ordre mathématique montrent que la solution est déterminée
de manière unique, à une constante additive près.
1
Adémard Barré de Saint–Venant (1797–1886)
283
284 CHAPITRE 14. TORSION
Cas plan
Si ϕ(x, y) est une fonction du plan définie sur la surface plane S, simplement connexe, de
bord Γ, le problème de Neuman s’écrit
∂2ϕ ∂2ϕ
∆ϕ =
+ 2 sur S
∂x2 ∂y (14.5)
∂ϕ ∂ϕ
∇ϕ.n = n1 + n2 = q d sur Γ
∂x ∂y
dϕ ∂ϕ 0 ∂ϕ 0
= ∇ϕ.n = y − x (14.6)
dn ∂x ∂y
Pour passer de la deuxième à la troisième égalité, on a utilisé le théorème de Green, qui n’est
guère qu’un cas particulier du théorème de la divergence dans le cas bidimensionnel :
Théorème 19 (Théorème de Green) Soit P, Q deux fonctions régulières définies sur une
surface S du plan, de frontière Γ, alors
Z Z
∂Q ∂P
(P dx + Qdy) = − dxdy (14.8)
Γ S ∂x ∂y
Il ne s’agit en fait que d’un cas particulier de (14.4), démontré plus haut en toute généralité.
td = σ
∼
.n = 0 (14.10)
14.2. TORSION ÉLASTOSTATIQUE D’UN BARREAU CYLINDRIQUE 285
• Les extrémités S0 et Sl sont soumises à des densités surfaciques d’effort dont seul le torseur
résultant est donné sur chaque extrémité. Le torseur des efforts appliqués à la section Sl
est
[O, R = 0, M 0 = C e z ] (14.11)
Le torseur des efforts appliqués à la section S0 est
[O, R = 0, M 0 = −C e z ] (14.12)
z
C
Sl
S
l
S0
O x
y
u (X ) = Q
∼
.(X − X z ) (14.13)
où le centre de rotation X Z = Ze z ne jouera en fait aucun rôle dans la suite. Dans le contexte
×
infinitésimal, la rotation Q
∼
peut être remplacée par son vecteur axial Q tel que
×
u (X ) = Q .(X − X z ) = Q ∧ (X − X z ) (14.14)
∼
0 X −θY
= 0 ∧ Y = θZ (14.15)
θ Z 0
Les matrices sont écrites dans le système de coordonnées cartésiennes orthonormées dont la
base figure sur la figure 14.1. L’angle θ est nul en Z = 0 et maximal en Z = l. La fonction
θ(Z) peut être intuitivement supposée monotone croissante. La fonction linéaire suivante est
une bonne candidate à tester :
θ = αZ (14.16)
L’expérience courante nous indique, par exemple lors de la torsion de barre à section
rectangulaire (tordre une gomme...), que, si chaque section subit effectivement une rotation,
on ne peut exclure une gondolement ou gauchissement de la surface venant se superposer à la
rotation : une section plane ne le reste pas nécessairement. On se propose donc de tester le
champ de déplacement suivant :
ux = −αY Z
uy = αXZ (14.17)
uz = αϕ(X, Y )
−αZ −αY
0
αZ 0 αX
[F
∼
]= (14.18)
∂ϕ ∂ϕ
α α 0
∂X ∂Y
14.2. TORSION ÉLASTOSTATIQUE D’UN BARREAU CYLINDRIQUE 287
Comme la trace de la déformation est nulle, la loi d’élasticité isotrope linéarisée à partir d’un
état naturel (7.41), s’écrit :
∂ϕ
0 0 −Y
∂X
∂ϕ
σ∼
= 2µ ε ∼
, [σ
∼
] = µα
0 0 +X (14.21)
∂ϕ ∂Y
∂ϕ
−Y +X 0
∂X ∂Y
où µ est le module de cisaillement. En l’absence de forces volumiques et dans le cas statique,
la divergence du tenseur des contraintes est nulle. En coordonnées cartésiennes orthonormées,
cette condition s’écrit σij,j = 0. La seule équation pertinente en tenant compte de la forme
trouvée (14.21) pour le tenseur des contraintes, est
td = σ
∼
.n = σ31 n1 + σ32 n2
∂ϕ ∂ϕ
= n1 + n2 − Y n1 + Xn2 = 0 (14.24)
∂X ∂Y
288 CHAPITRE 14. TORSION
La dernière intégrale est effectivement nulle sur un contour fermé. D’après le préliminaire
mathématique 14.1.1, la réalisation de la condition (14.4) garantit l’existence de la fonction
de gauchissement et son unicité à une constante additive près correspondant à une translation
selon e z , qu’il reste à fixer.
Il reste à évaluer les conditions imposées sur les surfaces S0 et Sl , à savoir la résultante nulle et
le moment appliqué C. Ce point fait l’objet de la section suivante.
∂ϕ ∂ϕ
( − Y )n1 + ( + X)n2 = 0 (14.29)
∂X ∂Y
On multiplie l’expression précédente par X et on l’intègre sur le contour Γ :
Z
∂ϕ ∂ϕ
X( − Y )n1 + X( + X)n2 dl = 0 (14.30)
Γ ∂X ∂Y
Z
∂ϕ ∂ϕ
X(
∂X − Y ) dY − X( + X) dX = 0 (14.31)
Γ | {z } | ∂Y {z }
Q P
14.2. TORSION ÉLASTOSTATIQUE D’UN BARREAU CYLINDRIQUE 289
Les termes P et Q ont été soulignés dans l’expression précédente afin de pouvoir appliquer le
théorème de Green (14.8). L’expression précédente est donc égale à
Z
∂ ∂ϕ ∂ ∂ϕ
X( −Y) + X( + X) dS = 0 (14.32)
S ∂X ∂X ∂Y ∂Y
∂2ϕ ∂2ϕ
Z
∂ϕ
( − Y ) + X( + ) dS = 0 (14.33)
2 2
S ∂X |∂X {z ∂Y }
=0 d’après (14.23)
On en déduit que
Z Z
∂ϕ ∂ϕ
−Y dS = 0, +X dS = 0 (14.34)
S ∂X S ∂Y
∂ϕ
X
−Y
∂X
Z
[M O ] = µα Y ∧ ∂ϕ dS
Sl
+X
l ∂Y
0
∂ϕ
l( + X)
Z ∂Y
∂ϕ
= µα l( −Y) dS
Sl ∂X
∂ϕ ∂ϕ
X( + X) − Y ( −Y)
∂Y ∂X
0
0
=
Z
∂ϕ ∂ϕ
(14.36)
µα X( + X) − Y ( − Y ) dS
Sl ∂Y ∂X
où l’on a utilisé le résultat (14.34). Le moment résultant est donc porté par e z . On peut
l’identifier au couple imposé à Sl , à savoir C e z d’après (14.11) :
290 CHAPITRE 14. TORSION
Z
∂ϕ ∂ϕ
C = µJ α, J := X( + X) − Y ( − Y ) dS (14.37)
S ∂Y ∂X
La formule (14.37) relie le couple imposé C à l’angle de rotation de section par unité de
longueur axiale α, par le biais de la rigidité de torsion µJ. La rigidité de torsion dépend du
module de cisaillement du matériau et de la géométrie de la section. J est appelé inertie de
torsion de la section.
Une autre expression du moment d’inertie J peut être obtenue en reprenant la démarche
mise en œuvre pour le calcul de la force résultante au paragraphe 14.2.2. On multiplie cette fois
l’expression (14.29) par ϕ, on l’intègre sur le contour Γ et on applique le théorème de Green.
On peut alors montrer que
Z
∂ϕ ∂ϕ
J = X( + X) − Y ( − Y ) dS
S ∂Y ∂X
Z
∂ϕ 2 ∂ϕ 2
= ( −Y) +( + X) dS (14.38)
S ∂X ∂Y
Cette expression a le mérite de montrer que J est strictement positif quelle que soit la forme de
la section non réduite à un point. Un couple C > 0 positif selon Z implique donc nécessairement
une rotation des sections dans le même sens d’après (14.37), ce qui est conforme à l’intuition.
1
q d = n1 Y − n2 X = √ (XY − Y X) = 0 (14.39)
X2 + Y 2
Les solutions du problème de Neumann avec un flux imposé nul sont les fonctions constantes. En
effet, ϕ = 0 est à laplacien nul et à flux nul, c’est donc une solution du problème de Neumann.
Les autres en diffèrent par une constante. On prend ici
ϕdisque = 0 (14.40)
Il n’y a donc pas de gauchissement des sections perpendiculaires à l’axe de torsion : elles restent
planes. Les champs de déplacement, contraintes et déformations donnés par (14.17), (14.21) et
(14.19) s’écrivent plus simplement en coordonnées cylindriques :
u = αZr e θ (14.41)
α
ε
∼
= r (e θ ⊗ e z + e z ⊗ e θ ) (14.42)
2
σ
∼
= µαr(e θ ⊗ e z + e z ⊗ e θ ) (14.43)
πR4
C = µJα, avec J = (14.44)
2
14.2. TORSION ÉLASTOSTATIQUE D’UN BARREAU CYLINDRIQUE 291
z
z
y y
x x
(a) (b)
z
(c) x
Fig. 14.2 – Déformée d’une barre cylindrique à section circulaire (R = 1 mm, l = 2 mm,
α = 10◦ mm−1 ) : (a) état initial, (b) vue 3D de la déformée, (c) vue selon l’axe y.
Seules les composantes uθ , εθz = εzθ , σθz = σzθ sont actives. Elles sont linéaires en r et, comme
prévu, indépendantes de Z. Les contraintes sont nulles sur l’axe de torsion. Pour un même angle
de rotation α par unité de longueur, la déformation est d’autant plus faible que le fil est mince
de même donc que la contrainte. Si le fil est élancé, les déplacements peuvent être grands alors
même que les déformations restent faibles. C’est pourquoi il est plus simple de tordre des fils
que des barres !
292 CHAPITRE 14. TORSION
(a) (b)
y
(c)
Fig. 14.3 – Etat déformé d’une barre cylindrique à section triangulaire (côté a = 1 mm l =
4 mm, α = 8◦ mm−1 ) : (a) état initial, (b) état déformé, (c) vue de dessus (selon l’axe de
rotation).
Le vecteur contrainte sur Sl correspond à une densité d’efforts purement tangentiels qui
engendrent le moment de torsion C :
t d = µαr e θ (14.45)
L’état déformé d’une barre de section circulaire est illustré sur la figure 14.2. On voit en
particulier que les droites X = Y = Cste initialement verticales se transforment en droites
inclinées.
14.2. TORSION ÉLASTOSTATIQUE D’UN BARREAU CYLINDRIQUE 293
(a) (b)
(c)
Fig. 14.4 – Etat déformé d’une barre cylindrique à section carrée (côté a = 2 mm, l = 2 mm,
α = 5◦ mm−1 ) : (a) état initial, (b) état déformé, (c) vue de dessus (selon l’axe de rotation).
Plus généralement, la torsion de barres à section triangulaire et carrée est illustrée par les
figures 14.3 et 14.4. Contrairement au cas de la section circulaire, les sections triangulaires
ou carrées ne restent pas planes. La fonction de gauchissement n’est pas nulle. Le champ de
déplacement uz normalisé est présenté sur la figure 14.5. La fonction de gauchissement est
nulle au centre mais ondule près des bords. Les figures 14.3(c) et 14.4(c) montrent par contre
que, vues de dessus (selon e z ), les sections gardent leur forme et ne subissent qu’une rotation,
conformément au champ (14.17).
Les champs de contraintes σθz sont illustrées par les figures 14.6 pour les trois types de section.
Les résultats présentés ici pour les sections triangulaires et carrées ont été obtenus de manière
numérique par la méthode des éléments finis.
294 CHAPITRE 14. TORSION
(a) (b)
Fig. 14.5 – Cartes de déplacement uz normalisé par la valeur maximale pour une barre à section
triangulaire (a) et carrée (b).
Fig. 14.6 – Cartes de contrainte σθz normalisée par la valeur maximale pour une barre à section
circulaire (a), triangulaire (b) et carrée (c).
L’angle de rotation par unité de longueur est donc limité par l’inverse du rayon de la section.
La solution est donc en particulier valable lorsqu’on impose des angles significatifs à des fils
minces.
(e θ + e z )/2, (e θ − e z )/2
Le critère de rupture fragile décrit au paragraphe 4.4.3 stipule que la rupture a lieu lorsque la
contrainte principale maximale atteint une valeur critique σrupt . Pour la torsion de la barre, la
rupture se produit donc pour :
σrupt
|α| = αrupt := (14.48)
µR
On constate souvent en rupture fragile que la surface de rupture est perpendiculaire à la
direction principale correspondant à la contrainte principale maximale. Dans le cas présent,
296 CHAPITRE 14. TORSION
ces directions sont à 45◦ des vecteurs e θ et e z . Cela explique la surface de rupture hélicoı̈dale2
observée sur la figure 4.4.
Jσ0 πR3 σ0
|C| < C max := = (14.51)
2R 4
Que deviennent ces valeurs critiques si l’on utilise le critère de von Mises (4.72) ?
2
Cette observation est facile à faire sur une craie à section circulaire après torsion. La craie est un matériau
fragile obéissant avec une bonne approximation au critère de rupture en contrainte normale maximale.
Troisième partie
ANNEXES
297
Annexe A
Tenseurs
299
300 ANNEXE A. TENSEURS
On peut en principe aller plus loin en introduisant le bidual E ∗∗ de E, i.e. l’ensemble des
formes linéaires sur E ∗ . Le bidual s’identifie en fait à E lui–même. Si u ∈ E et v ∗ ∈ E ∗ , on
définit l’élément u ∗∗ ∈ E ∗∗ tel que
Il s’agit d’un isomorphisme permettant l’identification de E et de son bidual. On peut dès lors
utiliser les crochets de dualité de manière symétrique :
Soit (e i )i=1,n une base quelconque de E. La base duale (e ∗i )i=1,n de E ∗ associée est l’unique
base telle que
< e ∗i , e j >= δji (A.4)
où δji est le symbole de Kronecker. Les éléments de E et de son dual se décomposent de manière
unique dans ces bases :
u = ui e i , v ∗ = vi∗ e ∗i (A.5)
où la convention d’Einstein sur la sommation des indices répétés est adoptée. Chaque
composante s’obtient en faisant opérer le vecteur de base adapté :
Définition
Pour deux entiers p et q, on appelle tenseur p–contravariant et q–covariant toute forme
multilinéaire sur (E ∗ )p × E q . Il s’agit donc d’une application qui à p éléments de E ∗ et à
q éléments de E attribue un réel, avec des propriétés de linéarité sur chaque argument. Le
couple (p, q) s’appelle variance du tenseur. La somme p + q s’appelle l’ordre du tenseur. On
distingue donc les
• tenseurs d’ordre 0. On convient qu’il s’agit des scalaires. L’ensemble des tenseurs d’ordre
0 est identifié à IR.
• tenseurs d’ordre 1.
? (p, q) = (1, 0) : Il s’agit des vecteurs, i.e. les éléments de E. En effet, la définition
indique qu’un tenseur d’ordre 1 associe un réel à tout élément de E ∗ . Les tenseurs 1–fois
contravariants sont donc les éléments du bidual, identifiés aux vecteurs de E. L’ensemble
des tenseurs 1–fois contravariants est donc l’espace E lui–même.
En mécanique des milieux continus, les directions de l’espace, les fibres matérielles sont
des tenseurs 1–fois contravariants, i.e. des vecteurs.
A.1. ALGÈBRE TENSORIELLE 301
? (p, q) = (0, 1) : Il s’agit des covecteurs, c’est le nom que l’on donne aussi aux éléments
du dual E ∗ . En effet, la définition d’un tenseur 1–fois covariant indique qu’il associe à
tout élément de E un réel, c’est donc un élément du dual. L’ensemble des tenseurs 1–fois
covariant n’est autre que E ∗ , l’ensemble des covecteurs.
En mécanique des milieux continus, l’élément de surface ds (et donc aussi la normale
n ) est un covecteur. En effet, c’est la grandeur qui opère sur un vecteur v pour donner
le volume du cylindre engendré par l’élément de surface et le vecteur v :
< ds , v >= dv
Pour un espace euclidien, l’opération précédente sera remplacée par le produit scalaire
ds .v = dv.
En physique, les forces sont fondamentalement des covecteurs. En effet, elles
opèrent sur les vecteurs vitesses pour fournir le scalaire “puissance” < f , v >. Elles
opèrent de même sur les vecteurs de déplacement pour fournir le scalaire “travail”. La
modélisation de efforts en physique consiste en la recherche de telles formes linéaires.
• tenseurs d’ordre 2. Il sont notés à l’aide d’un ∼ dans ce cours.
? (p, q) = (2, 0) : Il s’agit des tenseurs 2–fois contravariants. Ils opèrent sur des couples de
covecteurs pour donner un scalaire :
τ∼ 2 − fois contravariant : E ∗ × E ∗ −→ IR
τ∼ 2 − fois covariant : E × E −→ IR
λ(M ) − 1 = ε
∼
(M , M ) = M .ε
∼
.M
σ
∼
(v , n ) =: v .σ
∼
.n
Produit tensoriel
Le produit tensoriel, noté ⊗ est l’opération permettant de construire des tenseurs d’ordre 2
à partir de vecteurs et de covecteurs. Le produit tensoriel de deux vecteurs a , b ∈ E est
le tenseur d’ordre 2, 2–fois contravariant, qui à tout couple de covecteur (u ∗ , v ∗ ) ∈ E ∗ × E ∗
associe
(a ⊗ b )(u ∗ , v ∗ ) :=< u ∗ , a >< v ∗ , b >∈ IR (A.7)
La définition s’étend aisément au produit d’un vecteur et d’un covecteur, ainsi qu’au produit
de deux covecteurs. Par exemple, a ⊗ b ∗ est le tenseur d’ordre 2, 1–fois contravariant et 1–fois
covariant tel que
(a ⊗ b ∗ )(u ∗ , v ) :=< u ∗ , a >< b ∗ , v >∈ IR (A.8)
Ainsi,
a ⊗ b ∈ E ⊗ E, a ⊗ b ∗ ∈ E ⊗ E ∗, a ∗ ⊗ b ∈ E ∗ ⊗ E, a ∗ ⊗ b ∗ ∈ E∗ ⊗ E∗
A
∼
(u ∗ , v ) = A
∼
(u∗i e ∗i , v j e j ) = u∗i v j A
∼
(e ∗i , e j )
= < u ∗ , e i >< e ∗j , v j > A
∼
(e ∗i , e j )
= A
∼
(e ∗i , e j ) (e i ⊗ e ∗j )(u ∗ , v ) (A.9)
A
∼
=A
∼
(e ∗i , e j ) e i ⊗ e ∗j = Ai j e i ⊗ e ∗j , avec Ai j = A
∼
(e ∗i , e j ) (A.10)
Transposition
T
Soit A
∼
∈ E ⊗ E ∗ , on appelle transposé du tenseur A ∼
l’unique tenseur noté A
∼
∈ E ∗ ⊗ E tel
que
A
∼
T
(u , v ∗ ) = A
∼
(v ∗ , u ), ∀u ∈ E, ∀v ∗ ∈ E ∗ (A.13)
T
On vérifie que le tenseur A
∼
admet comme matrice de composantes [ATi j ] la transposée de la
matrice [Ai j ] des composantes de A
∼
dans la base (e i )i=1,n :
A
∼
T
(u , v ∗ ) = A
∼
(v ∗ , u ) = Ai j (e i ⊗ e ∗j )(v ∗ , u )
= Ai j < e ∗j , u >< v ∗ , e i >
= Aj i (e ∗i ⊗ e j )(u , v ∗ )
d’où
A
∼
T
= ATi j e ∗i ⊗ e j = Aj i e ∗i ⊗ e j , ATi j = Aj i (A.14)
La définition de la transposition s’étend selon la même logique à tout type de tenseur d’ordre
2.
304 ANNEXE A. TENSEURS
Contraction
L’opération de contraction d’un tenseur a pour effet d’abaisser l’ordre du tenseur de 2.
Appliqué à un tenseur d’ordre 3 τ ∈ E ∗ ⊗ E ∗ ⊗ E, on définit la contraction τ c de τ par
τ c (u ) := τ (u , e i , e ∗i ) = τki i uk (A.15)
où, comme d’habitude, on somme sur les indices répétés de variance différente. Autrement dit,
τ c = τki i e ∗k (A.16)
On ne contracte que les indices de variance différente. Appliqué à un tenseur d’ordre 2, 1–fois
contravariant 1–fois covariant, cela donne le scalaire
Ac = Ai i =: trace A
∼
(A.17)
A
∼
.v = Ai j (e i ⊗ e ∗j ).v := Ai j e i e ∗j .v = Ai j v j e i (A.19)
Cela donne donc un vecteur de E. D’autres combinaisons sont bien sûr possibles.
Le produit doublement contracté, noté à l’aide du double point :, de deux tenseurs d’ordre
2A∼
∈ E ⊗ E et B∼
∈ E ∗ ⊗ E ∗ fournit le scalaire
A
∼
:B
∼
= Aij Bij = trace ([A
∼
] [B
∼
]T ) = trace (A .B T )
∼ ∼
(A.20)
La définition précédente du produit doublement contracté n’est pas la seule possible mais c’est
celle qui est adoptée dans les notations de ce cours1 .
∂f ∂f ∂A ∂f ∂Aij
= : ∼ =
∂t ∂A
∼
∂t ∂A ij ∂t
L’endomorphisme t est classiquement représenté par une matrice de composantes tjk dans la
base (e i )i=1,n . Ces composantes s’identifient à celles du tenseur T∼ d’ordre 2 associé :
n
X
∗i
T∼ (e , e j ) =< e , ∗i
tjk e k >= tji = T i j (A.22)
k=1
t(v ) := T∼ .v = T i j v j (A.23)
Changement de base
On cherche maintenant à exprimer les composantes des tenseurs dans une autre base
quelconque (e 0i )i=1,n de E qui se déduit de (e i )i=1,n :
On a coutume de ranger les scalaires Pik au sein de la matrice de passage [P ] en stipulant que
l’indice du bas désigne le numéro de colonne, et l’indice du haut désigne le numéro de ligne2 .
On rappelle que cette matrice de passage permet de passer des coordonnées d’un vecteur d’une
base à une autre selon
En notation matricielle, la relation donnant les anciennes coordonnées en fonction des nouvelles
s’écrit :
[x] = [P ] [x0 ] (A.26)
2
Remarquer que les indices ne sont pas décalés ici car on n’a pas besoin dans ce paragraphe d’associer à
cette famille de scalaire un tenseur, même si c’est tout à fait possible (voir à ce propos la note 3).
306 ANNEXE A. TENSEURS
Les coordonnées d’un covecteur dans la nouvelle base s’expriment alors en fonction de ces
anciennes coordonnées par l’intermédiaire de la transposée de la matrice de passage3
Soit un tenseur A ∼
d’ordre 2, 2–fois contravariant, et soient Aij et A0ij ses composantes
respectives dans les bases (e i )i=1,n et (e 0i )i=1,n :
A
∼
= Aij e i ⊗ e j = Aij (P −1 )ki (P −1 )lj e 0k ⊗ e 0l (A.31)
Des formules analogues existent pour les autres variances des tenseurs d’ordre 2 :
A
∼
= Aij e ∗i ⊗ e ∗j = Aij Pki Plj e 0∗k ⊗ e 0∗l , A0kl = Pki Plj Aij (A.33)
A
∼
= Ai j e ∗i ⊗ e j = Ai j Pki (P −1 )lj e 0∗k ⊗ e 0l , A0k l = Pki (P −1 )lj Ai j (A.34)
A
∼
= Ai j e i ⊗ e ∗j = Ai j (P −1 )ki Pj j e 0k ⊗ e 0∗l , A0k l = (P −1 )ki Plj Ai j (A.35)
Ces relations entre composantes d’un tenseur selon différentes bases jouent un rôle fondamental.
En effet, en pratique, pour mettre en évidence les lois physiques, on n’a accès qu’à des scalaires
dont on peut se demander s’ils représentent les composantes d’un tenseur, i.e. d’une grandeur
intrinsèque possédant des propriétés de (multi)linéarité. Pour le vérifier, il suffit de regarder
comment se transforment les scalaires en question lorsqu’on change de repère. Si les relations
de changement de base sont conformes à (A.32) (ou à l’une des relations (A.32) à (A.35)), alors
il existe derrière ces scalaires une grandeur tensorielle dont on définira le sens physique.
Les formules de changement de base s’étendent de manière automatique aux tenseurs d’ordre
3
On peut associer aux formules de changement de base (A.24) un endomorphisme P ∼
(les images des vecteurs
de la base initiale par cet endomorphisme sont les vecteurs de la nouvelle base). Dès lors, les formules (A.29)
indiquent que c’est l’endomorphisme transposé associé qui permet de passer d’une base duale à l’autre selon le
schéma
P
∼ 0
(e i ) −→(e i)
T
P 0i
(e i ) ←−(e
∼
)
En effet, soient P
∼
et Q les endomorphismes sur E et E ∗ respectivement tels que
∼
e 0i = P
∼
.e i , e 0∗i = Q.e ∗i
∼
T
L’unicité de la base duale de (e i )i=1,n implique que P
∼
.Q = 1
∼
, l’identité.
∼
A.1. ALGÈBRE TENSORIELLE 307
et de variance quelconques 4 .
G
∼
(u , v ) = G
∼
(v , u ) ∈ IR, G
∼
(u , u ) ≥ 0, (G
∼
(u , u ) = 0 =⇒ u = 0) (A.36)
On note gij les composantes du tenseur métrique dans une base (e i )i=1,n :
G
∼
= gij e ∗i ⊗ e ∗j , gij = G
∼
(e i , e j ) (A.37)
Le caractère bilinéaire de G
∼
implique donc que
G
∼
(u , v ) = ui v j G
∼
(e i , e j ) = ui v j gij = u .G
∼
.v = u .v (A.38)
Dans le dernier terme, le point relie deux vecteurs, c’est la notation pour le produit scalaire.
Les points intervenant dans le quatrième terme sont les points de contraction.
Le produit scalaire permet d’identifier E à son dual E ∗ par l’intermédiaire de l’isomorphisme
γ: E −→ E ∗
γ(v ) = G
∼
.v = gij v j e ∗i (A.39)
La matrice de l’application linéaire γ n’est autre que la matrice des [gij ]. Comme G ∼
est défini
ij
positif, la matrice [gij ] est inversible et l’on note [g ] les composantes de sont inverse. Il s’agit
des composantes de l’application linéaire γ −1 . Cela permet de définir un produit scalaire sur
E∗ :
∗
G∼
= g ij e i ⊗ e j ∈ E ⊗ E (A.40)
4
Les formules de passage (A.32) à (A.35) s’écrivent respectivement de la manière suivante en notation
matricielle
[A0kl ] = [P −1 ] [Aij ] [P −1 ]T
[A0kl ] = [P ]T [Aij ] [P ]
[A0k l ] = [P ]T [Ai j ] [P −1 ]T
[A0k l ] = [P −1 ] [Ai j ] [P ]
Les règles classiques de multiplication matrice-vecteur s’appliquent alors sans réserve. Les indices introduits
entre les crochets sont là simplement pour indiquer la variance du tenseur d’ordre 2 considéré. On insiste
toutefois sur la supériorité de la notation indicielle qui évite toute mémorisation des relations précédentes. En
effet, la cohérence de l’écriture avec les Pki permet de retrouver de manière automatique les relations de passage.
En outre, la notation indicielle donne accès aux nouvelles composantes pour des tenseurs d’ordre quelconque
(3, 4...) de manière systématique.
La dernière relation matricielle de cette note est exactement la formule de changement de base pour les
endomorphismes sur les espaces vectoriels de dimension finie, largement utilisée dans les classes préparatoires.
C’est bien légitime car les composantes Ai j sont les composantes d’un tenseur appartenant à E ⊗ E ? , espace
des endomorphismes de E. En effet, un tenseur A ∼
de E ⊗ E ? opère sur un vecteur x pour donner le vecteur
σ j (e .x ) e i . La dernière formule n’est autre que M 0 = P −1 M P tirée de (Ramis et al., 1985).
i ∗j
308 ANNEXE A. TENSEURS
Base réciproque
On appelle base réciproque ou parfois, abusivement, base duale5 de (e i )i=1,n dans E, l’unique
base (e i )i=1,n de E telle que
e i .e j = δji (A.41)
On peut vérifier que cette propriété implique que la base réciproque n’est autre que
∗
ei = G
∼
.e ∗i = g ij e j (A.42)
En effet,
∗
(G
∼
.e ∗i ).e j = (g kl (e k ⊗ e l ).e ∗i ).e j = (g kl < e ∗i , e l > e k ).e j
= g ki e k .e j = g ki gkj = g ik gkj = δji
On peut maintenant exprimer les composantes d’un vecteur v ∈ E dans les deux bases
introduites
v = v i e i = vi e i (A.43)
Les composantes de v dans la base (e i )i=1,n , notés vi , se calculent de la manière suivante :
v
v2
v2 e2
θ e1
e2
v1
e1 v1
Fig. A.1 – Base initiale normée et sa base réciproque dans le cas bidimensionnel. Les
composantes contravariantes et covariantes d’un vecteur v apparaissent comme des projections
sur les axes initiaux.
v = v i e i = vi e i , vi = gij v j (A.46)
T∼ = T ij e i ⊗ e j = Ti j e i ⊗ e j = T i j e i ⊗ e j = Tij e i ⊗ e j (A.47)
Les T ij , Tij , Ti j , T i j sont les composantes du même tenseur T∼ dans des bases différentes.
Mais on peut associer à chaque jeu de composantes un nouveau tenseur en réintroduisant
l’espace dual E ∗ :
v i −→ v = v i e i ∈ E (A.49)
vi −→ v ∗ = vi e ∗i ∈ E ∗ (A.50)
T ij −→ T∼ = T ij e i ⊗ e j ∈ E ⊗ E (A.51)
T i j −→ T∼ (1) = T i j e i ⊗ e ∗j ∈ E ⊗ E ∗ (A.52)
Ti j −→ T∼ (2) = Ti j e ∗i ⊗ e j ∈ E ∗ ⊗ E (A.53)
Tij −→ T∼ ∗ = Tij e ∗i ⊗ e ∗j ∈ E ∗ ⊗ E ∗ (A.54)
Un tenseur euclidien d’ordre 2 possède donc 4 représentants dans E⊗E, E⊗E ∗ , E ∗ ⊗E, E ∗ ⊗E ∗ .
Dans la pratique, il suffit de travailler avec le premier représentant, quitte à utiliser des jeux
de composantes différents selon le problème posé.
310 ANNEXE A. TENSEURS
Le tenseur métrique possède lui aussi 4 types de composantes. Les composantes g ij et leur
inverse gij ont déjà été rencontrées. Il reste
g i j = g ik gkj = δji , gi j = gik g kj = δij (A.55)
Les opérations de produit tensoriel et de contraction s’appliquent aux tenseurs euclidiens et
sont couramment utilisées en physique et en mécanique. Ces opérations peuvent être effectuées
à l’aide des composantes. Les règles de calcul sont rassemblées dans la table A.1.
On note 1 ∼
le tenseur euclidien unité, i.e. l’application linéaire identité sur E :
1
∼
:= δji e i ⊗ e j = δij e i ⊗ e j = gij e i ⊗ e j = g ij e i ⊗ e j (A.56)
En mécanique des milieux continus, le tenseur des contraintes de traction selon une direction
d est souvent représenté par le produit tensoriel
σ
∼
= σd ⊗d
qui est d’ordre 2, 2–fois contravariant. On a traité jusqu’ici le tenseur des contraintes comme un
tenseur d’ordre 2, 1–fois covariant, 1–fois contravariant. Pour faire le lien avec la représentation
précédente de la traction, il faut remplacer d ⊗ d par γ(d ) ⊗ d . Mais l’identification de E
et de son dual rendent cette discussion caduque et l’on traitera donc le tenseur des contraintes
comme un tenseur euclidien.
u .v = ui vi = ui v i
T∼ .v = T ij vj e i = Tij v j e i = T i j v j e i = Ti j vj e i
v .T∼ = vi T ij e j = v i Tij e j = vi T i j e j = v i Ti j e j
u .T∼ .v = ui Tij v j = ui T i j v j = ui Ti j vj = ui T ij vj
A
∼
:B
∼
= Aij Bij = Ai j Bi j = Ai j B i j = Aij B ij
u .v = ui vi = [u ]T [v ]
a ⊗ b = ai b j e i ⊗ e j , [a ⊗ b ] = [a ] [b ]T
(a ⊗ b ).v = b .v a , u .(a ⊗ b ) = u .a b
A .B = Aik Bkj e i ⊗ e j ,
∼ ∼
[A .B ] = [A
∼ ∼ ∼
] [B
∼
]
A
∼
:B
∼
= Aij Bij = trace ([A
∼
] [B
∼
]T )
Tab. A.1 – Récapitulatif : opérations sur les tenseurs euclidiens en base quelconque
ou orthonormée. Dans le cas orthonormé, on indique aussi les opérations matricielles
correspondantes.
312 ANNEXE A. TENSEURS
Produit vectoriel
Soit u et v deux vecteurs de E. On appelle produit vectoriel de u et v , noté u ∧ v le
(pseudo)–vecteur défini par :
u ∧ v := : (u ⊗ v ), u ⊗ v := ijk uj vk e i (A.75)
Le produit vectoriel est donc relié au vecteur associé à la partie antisymétrique de u ⊗ v par
1
(u ⊗ v )a = − u ∧ v (A.76)
2
Les définitions (A.74) ont en fait été choisies pour que l’on puisse écrire la relation suivante
pour tout vecteur x ∈ E et tout tenseur W ∼
antisymétrique
×
W
∼
.x = W ∧ x
[A
∼
.e 1 , e 2 , e 3 ] + [e 1 , A
∼
.e 2 , e 3 ] + [e 1 , e 2 , A
∼
.e 3 ]
trace A
∼
:= (A.78)
[e 1 , e 2 , e 3 ]
[A
∼
.e 1 , A
∼
.e 2 , A
∼
.e 3 ]
det A
∼
:= (A.79)
[e 1 , e 2 , e 3 ]
En composantes, cela donne
trace A
∼
= A11 + A22 + A33 , det A
∼
= ijk Ai1 Aj2 Ak3
[Link] = Q
∼ ∼ ∼
T
.Q
∼
=1
∼
(A.80)
Si en outre det Q
∼
= 1, il s’agit d’une rotation. Il existe une multitude de représentations
possibles pour les rotations. On introduit successivement les angles d’Euler et le vecteur
rotation.
Angles d’Euler–Bunge
Soit B = (e i ){i=1,3} une base orthonormée directe (BOND) de l’espace euclidien orienté de
dimension 3. On désigne dans la suite de manière imagée par le mot cristal un trièdre direct de
vecteurs unitaires deux à deux orthogonaux. L’orientation d’un cristal par rapport à un premier
repérage est donnée par les trois angles
φ1 , Φ, φ2
X3
φ
X ’3
X ’2
X2
X ’1
ϕ1 ϕ2
X1
e 0i = R
∼
.e i
[X 0 ]B0 = [P ][X]B
On a donc
[P ] = [RT ]B
Pour passer des axes du premier repère à ceux du cristal, on peut considérer les opérations
successives suivantes :
A.1. ALGÈBRE TENSORIELLE 315
X1 X2 X3 −→ X̂1 X̂2 X3
B −→ B̂
[P1 ], R
∼1
B̂ −→ B̌
P2 , R
∼2
B̌ −→ B 0
P3 , R
∼3
On a :
e 0i = R
∼3
.ě i = R .R .ê i = R
∼3 ∼2
.R .R .e i
∼3 ∼2 ∼1
Pour obtenir ce résultat en passant par les tenseurs de rotation, il faut exprimer les composantes
de R
∼
dans B en faisant attention d’utiliser les composantes des R ∼i
dans la même base :
Vecteur rotation
La rotation R
∼
peut être représentée par le vecteur rotation
Φ = θn
1 − cos θ sin θ
R
∼
= cos θ1
∼
+ Φ ⊗ Φ − .Φ
θ2 θ ∼
On peut montrer que
R
∼
= exp(−.Φ )
R
∼
=1
∼
− ∼.Φ
lorsque l’angle de rotation est faible. On remarquera que l’axe de la rotation est donné par la
partie antisymétrique de R∼
:
× 1 1
R = − ∼ : R
∼
= − klm Rlm e k = sin θn
2 2
×
a
où l’on a défini le vecteur R associé à la partie antisymétrique R
∼
du tenseur R
∼
. On trouvera
également l’axe en cherchant le vecteur propre pour la valeur 1. L’angle quant à lui s’obtient
par la trace
trace R∼
= 2 cos θ + 1
Vitesse de rotation
Pour exprimer la vitesse de rotation définie par :
W
∼
= Ṙ
∼ ∼
.RT
on préfèrera utiliser le vecteur rotation plutôt que les angles d’Euler qui peuvent conduire à
certaines indéterminations. On a :
×
Φ̇ = T∼ −1 .W
où
sin θ
sin θ 1− 2
T∼ = 1 + θ Φ ⊗ Φ − 1 sin θ/2 1 .Φ
θ ∼ θ2 2 θ/2 ∼
A.2. ANALYSE TENSORIELLE 317
∂M
ei = (A.85)
∂q i
Si les composantes sont cartésiennes, les coordonnées q i sont notées xi et les champs e i (M )
sont uniformes. On aura besoin en général de coordonnées cylindriques, sphériques qui sont
associées à des bases mobiles orthogonales.
318 ANNEXE A. TENSEURS
∂T ∂T
dT = i
< e ∗i , dM >= dxi (A.95)
∂x ∂xi
et on reconnaı̂t les formules usuelles du calcul différentiel.
Divergence
L’opérateur différentiel divergence abaisse de 1 l’ordre du champ de tenseur. Il
est défini comme une contraction du tenseur gradient :
∂T ∗i
div T := (∇T )c = .e (A.96)
∂q i
Il suffit d’enlever l’étoile pour obtenir la définition de la divergence d’un champ de tenseurs
euclidiens. Pour appliquer l’opérateur divergence à un tenseur T , il faut que l’ordre de ∇T soit
au moins d’ordre 2 afin qu’on puisse le contracter. Il faut donc que T soit au moins d’ordre 1
(vecteur, covecteur).
∂f
∇f = e = f,i e i (A.97)
∂xi i
∂u ∂ui
∇u = ⊗ ej = e ⊗ e j = ui,j e i ⊗ e j (A.98)
∂xj ∂xj i
∂u ∂ui ∂ui
div u = .e j = e i .e j = = ui,i (A.99)
∂xj ∂xj ∂xi
∂σ
∼
∂σik ∂σij
div σ = .e j = (e i ⊗ e k ).e j = e = σij,j e i (A.100)
∼
∂xj ∂xj ∂xj i
où l’on a introduit la notation fréquente en physique,
∂
,i =
∂xi
∂2f
∇∇f = e ⊗ ej (A.102)
∂xi ∂xj i
320 ANNEXE A. TENSEURS
OM = re r + ze z (A.103)
dM = dr e r + rdθ e θ + dz e z (A.104)
Les vecteurs de base sont :
∂OM 1 ∂OM ∂OM
er = , eθ = , ez = (A.105)
∂r r ∂θ ∂z
On calcule le gradient d’une fonction scalaire f (r, θ, z) en évaluant sa différentielle :
∂f ∂f ∂f
df = dr + dθ + dz (A.106)
∂r ∂θ ∂z
dr
∂f 1 ∂f ∂f
= [ ] rdθ (A.107)
∂r r ∂θ ∂z
dz
= [∇f ] [dM ] (A.108)
u = u r e r + uθ e θ + u z e z (A.110)
∂u ∂u ∂u
du = dr + dθ + dz (A.111)
∂r
∂θ ∂z
∂ur ∂ur ∂ur
= dr + dθ − uθ dθ + dz e r
∂r ∂θ ∂z
∂uθ ∂uθ ∂uθ
+ dr + ur dθ + dθ + dz e θ
∂r ∂θ ∂z
∂uz ∂uz ∂uz
+ dr + dθ + dz e z (A.112)
∂r ∂θ ∂z
∂ur 1 ∂ur ∂ur
( − uθ )
∂r r ∂θ ∂z dr
∂uθ 1 ∂uθ ∂uθ
= ∂r r (ur + ∂θ ) ∂z rdθ (A.113)
∂u
z 1 ∂uz ∂uz dz
∂r r ∂θ ∂z
ce qui permet d’identifier [∇u ].
Une manière systématique d’exprimer les opérateurs différentiels dans le cas de systèmes de
coordonnées (q i )i=1,3 non cartésiens consiste à revenir aux expressions intrinsèques (A.92) et
(A.96) du gradient et de la divergence. Dans le cas des coordonnées cylindriques (r, θ, z), les
vecteurs des bases canoniques directe et duale sont :
e 1 := e r , e 2 := re θ , e 3 := e z (A.114)
A.2. ANALYSE TENSORIELLE 321
1
e ∗1 := e r ,
e ∗2 := e θ , e ∗3 := e z (A.115)
r
La définition intrinsèque du gradient d’un champ de vecteur u (r, θ, z) est :
∂u ∂u ∂u
∇u = ⊗ e ∗1 + ⊗ e ∗2 + ⊗ e ∗3
∂r ∂θ ∂z
∂u ∂u e ∂u
= ⊗ er + ⊗ θ+ ⊗ ez (A.116)
∂r ∂θ r ∂z
En développant u selon (A.110) et en effectuant les dérivations suivant la règle de Leibniz, on
obtient l’expression du gradient en cylindriques :
On a donné les expressions intrinsèques de ces théorèmes ainsi que leur traduction en
composantes cartésiennes orthonormées. Certains de ces théorèmes sont attribués à Stokes,
Gauss, voire d’autres dénominations. On parlera dans ce cours simplement de théorèmes de la
divergence.
Très important dans le calcul pratique en mécanique, ce théorème peut s’énoncer aussi de la
manière symbolique et synthétique suivante :
Z Z
•,i dV = •ni ds (A.121)
Ω ∂Ω
7
On entend par là un domaine fermé dont le bord est lisse par morceaux et sur lequel peut être défini le
vecteur unitaire de la normal extérieure n en tout point, sauf éventuellement sur des arêtes ou des sommets.
Une surface est lisse si le plan tangent y varie continûment.
322 ANNEXE A. TENSEURS
où le point • peut être remplacé par n’importe quelle composante de tenseur. Dès qu’une telle
configuration est rencontrée dans un calcul, on pourra essayer d’appliquer cette règle qui pourra
conduire au résultat souhaité ou amener des simplifications.
Les théorèmes de la divergence permettent un va–et–vient entre volume et surface d’une région
de l’espace. En pratique, cela montre que des actions locales surfaciques (efforts surfaciques par
exemple) sont fondamentalement liés à des actions volumiques (efforts internes). Ce point joue
un rôle essentiel dans la représentation des efforts en mécanique (cf. chapitre 3).
det(A
∼
− λ1
∼
)[e 1 , e 2 , e 3 ] = [(A∼
− λ1 ∼
).e 1 , (A ∼
− λ1 ∼
).e 2 , (A∼
− λ1 ∼
).e 3 ]
3
= −λ [e 1 , e 2 , e 3 ]
+ λ2 ([A ∼
.e 1 , e 2 , e 3 ] + [e 1 , A
∼
.e 2 , e 3 ] + [e 1 , e 2 , A
∼
.e 3 ])
− λ([e 1 , A ∼
.e 2 , A∼
.e 3 ] + [A∼
.e 1 , e 2 , A
∼
.e 3 ] + [A∼
.e 1 , A
∼
.e 2 , e 3 ])
+ [A∼
.e 1 , A
∼
.e 2 , A∼
.e 3 ] (A.124)
[A∼
.e 1 , e 2 , e 3 ] + [e 1 , A ∼
.e 2 , e 3 ] + [e 1 , e 2 , A∼
.e 3 ]
I1 = trace A
∼
:= (A.125)
[e 1 , e 2 , e 3 ]
[e 1 , A
∼
.e 2 , A
∼
.e 3 ] + [A ∼
.e 1 , e 2 , A
∼
.e 3 ] + [A ∼
.e 1 , A
∼
.e 2 , e 3 ]
I2 =
[e 1 , e 2 , e 3 ]
[A.e , A.e , A.e ]
I3 = det A := ∼ 1 ∼ 2 ∼ 3 (A.126)
[e 1 , e 2 , e 3 ]
La valeur des coefficients du polynôme caractéristique ne dépend pas du choix de la base des
(e i ).
A.3. QUELQUES RÉSULTATS IMPORTANTS D’ALGÈBRE ET ANALYSE TENSORIELLES
EN MÉCANIQUE DES MILIEUX CONTINUS 323
de sorte que
d det A
∼
= (det A
∼
)A−T
pq (A.138)
d Apq
ce qui conduit au résultat annoncé8 .
Au passage on a utilisé le résultat d’algèbre linéaire suivant
∀v 1 , v 2 , v 3 ,
[A
∼
.v 1 , v 2 , v 3 ] + [v 1 , A
∼
.v 2 , v 3 ] + [v 1 , v 2 , A
∼
.v 3 ] = (trace A
∼
)[v 1 , v 2 , v 3 ]
(A.139)
La démonstration se fait en trois temps en utilisant une base orthonormée (e i ) :
• Pour A∼
= a ⊗ b et v i = e i ,
[(a ⊗ b ).e 1 , e 2 , e 3 ] + [e 1 , (a ⊗ b ).e 2 , e 3 ] + [e 1 , e 2 , (a ⊗ b ).e 3 ]
= ai b1 [e i , e 2 , e 3 ] + ai b2 [e 1 , e i , e 3 ] + ai b3 [e 1 , e 2 , e i ]
= a1 b1 + a2 b2 + a3 b3 = a .b = trace (a ⊗ b ) (A.140)
• Pour A
∼
= a ⊗ b et les v i quelconques,
[(a ⊗ b ).v 1 , v 2 , v 3 ] + [v 1 , (a ⊗ b ).v 2 , v 3 ] + [v 1 , v 2 , (a ⊗ b ).v 3 ]
= vi1 vj2 vk3 [(a ⊗ b ).e i , e j , e k ] + [e i , (a ⊗ b ).e j , e k ] + [e i , e j , (a ⊗ b ).e k ]
• Les groupes ou classes cristallographiques Cristal(E) ⊂ GO+ (E) sont des sous–
groupes du groupe spécial orthogonal. Ils contiennent donc exclusivement des rotations9 . En
cristallographie, on distingue 32 groupes de symétrie (ponctuelle) regroupés en 6 systèmes
d’orientation des réseaux (Phan and Podvin, 2003). Les 6 systèmes d’orientation regroupent
les 14 réseaux de Bravais, données dans le tableau A.2. Ces groupes sont en général des
groupes finis car il contiennent un nombre fini d’éléments, à savoir des rotations par
rapport à des axes très particuliers et des valeurs d’angles finies et commensurables. Seules
les classes d’isotropie et isotropie transverse sont des groupes continus.
9
En cristallographie, on garde Cristal(E) ⊂ GO(E) puisque les miroirs, symétries par rapport à des plans,
qui sont des transformations linéaires à déterminant négatif, jouent un rôle important. On se contente ici de
considérer les rotations, car cette approche est suffisante en mécanique tant que les symétries centrales n’y
jouent aucun rôle.
326 ANNEXE A. TENSEURS
On rappelle que le groupe linéaire GL(E) est engendré par le groupe unimodulaire et les
homothéties P∼
= α1∼
, ∀α ∈ IR.
On peut se demander s’il existe un groupe de transformations contenant les rotations mais
aussi d’autres transformations unimodulaires à déterminant positif. La réponse est négative et
résulte du
Théorème 25 (Maximalité du groupe spécial orthogonal) Le groupe spécial orthogonal
est maximal dans le groupe spécial unimodulaire, i.e.
Preuve. Ce résultat dû à Noll (1965) est important dans l’analyse des comportements de fluides
et solides conduite au chapitre 6. On en trouvera une esquisse de démonstration dans (Bertram,
2005).
f (a, Q
∼
.a , [Link] ) = f (a, a , A
∼ ∼ ∼ ∼
) (A.149)
f (a, Q
∼
.a , [Link] ) = Q
∼ ∼ ∼ ∼
.f (a, a , A
∼
) (A.150)
f∼ (a, Q
∼
.a , [Link] ) = Q
∼ ∼ ∼
.f (a, a , A
∼ ∼ ∼
).Q
∼
T
(A.151)
Ces définitions imposent des conditions drastiques sur la forme des fonctions mises en jeu
que l’on va établir successivement selon l’ordre du tenseur argument. Noter que, a priori, les
conditions d’isotropie portent sur toutes les transformations orthogonales Q
∼
et pas seulement
sur les rotations. On se restreint d’abord au cas où les fonctions ne dépendent que d’un
seul argument. On ne s’attarde pas sur les fonctions d’une variable scalaire puisque la
définition précédente n’implique aucune restriction. On considère d’abord les fonctions à
variable vectorielle :
Théorème 26 (Fonction isotrope d’une variable vectorielle) Les fonctions f, f , f∼ d’une
variable vectorielle a sont isotropes si et seulement si on a respectivement
f (a ) = h(a .a ) (A.152)
f (a ) = h(a .a )a (A.153)
f∼ (a ) = f0 (a .a )1
∼
+ f1 (a .a )a ⊗ a (A.154)
La représentation (A.154) n’est valable que pour des fonctions tensorielles f∼ symétriques,
cas auquel on se restreint ici.
A.4. THÉORÈMES DE REPRÉSENTATION 327
Tab. A.2 – Systèmes et modes de réseaux : les 14 réseaux de Bravais (tableau tiré de (Phan
and Podvin, 2003)).
328 ANNEXE A. TENSEURS
Preuve. Soit a ∈ E, pour tout autre vecteur b de même norme que a (i.e. b .b = a .a ), il
existe une rotation Q
∼
telle que b = Q
∼
.a . Si f est isotrope, alors
f (b ) = f (Q
∼
.a ) = f (a )
ce qui est compatible avec la représentation (A.153). Ensuite, pour a 6= 0, il existe un vecteur
b orthogonal à a tel que f (a ) s’écrive
f (a ) = αa + βb (A.155)
π
Appliquons alors à f (a ) la rotation R
∼a
d’angle π autour de l’axe a . Clairement, a est
inchangé et b se transforme en −b de sorte que
π π
R
∼a
.f (a ) = f (R
∼a
.a ) = f (a )
π π
= αR
∼a
.a + βR
∼a
.b = αa − βb
En rapprochant les deux équations précédentes avec (A.155), on en déduit que β = 0. α doit
alors être une fonction scalaire isotrope de a , ce qui conduit à la représentation (A.153).
Réciproquement, une telle représentation conduit bien à une fonction isotrope.
Enfin, pour la dernière identité, on introduit la fonction vectorielle
g (a ) = f∼ (a ).a
On calcule alors pour une transformation orthogonale Q
∼
T
g (Q
∼
.a ) = f∼ (Q
∼
.a ).(Q
∼
.a ) = Q.f (a ).Q
∼ ∼ ∼
.Q
∼
.a = Q.f (a ).a = Q
∼ ∼ ∼
.g (a )
de sorte que g (a ) est une fonction vectorielle isotrope qui admet donc la représentation
(A.153) :
g (a ) = h(a .a )a
Cela signifie ni plus ni moins que a est un vecteur propre de f∼ (a ). Comme f∼ (a ) est supposé
être un tenseur d’ordre 2 symétrique, il admet la décomposition spectrale
f∼ (a ) = h(a .a )a ⊗ a + βb ⊗ b + γc ⊗ c
où les vecteurs propres b et c sont unitaires, et les (a , b , c ) deux à deux orthogonaux. On
considère alors la transformation orthogonale Q
∼
telle que
Q
∼
.a = a , Q
∼
.b = c , Q
∼
.c = −b
T
En appliquant la relation Q .f (a ).Q
∼ ∼ ∼
= f∼ (Q .a ), on montre que β = γ. Par suite on peut
construire la représentation (A.154). On finit en vérifiant que la fonction (A.154) est bien
isotrope.
Dans le cours de mécanique des milieux continus, on travaille plutôt avec des fonctions de
variables tensorielles d’ordre 2 comme les contraintes ou les déformations. On se limite d’ailleurs
souvent à des tenseurs symétriques A ∼
. Il faut donc le
A.4. THÉORÈMES DE REPRÉSENTATION 329
f (A
∼
) = h(a1 , a2 , a3 ) (A.156)
f (A ∼
)=0 (A.157)
2
f∼ (A
∼
) = α0 1
∼
+ α1 A
∼
+ α2 A
∼
(A.158)
Preuve. Les invariants d’un tenseur d’ordre 2 symétrique ont été définis au paragraphe 4.2.1. A
nouveau, la preuve que ces conditions sont suffisantes et définissent bien des fonctions isotropes
de l’argument A∼
est directe en vérifiant que, pour tout Q
∼
∈ GO(E) :
f ([Link] ) = f (A
∼ ∼ ∼ ∼
), f ([Link] ) = Q
∼ ∼ ∼ ∼
.f (A
∼
), f∼ ([Link] ) = Q
∼ ∼ ∼
.f (A).Q
∼ ∼ ∼ ∼
T
où les vecteurs propres unitaires soient reliés par une transformation orthogonale Q
∼
∈ GO(E)
T
telle que d i = Q∼
.e i et B
∼
=Q .A.Q . Alors
∼ ∼ ∼
f (B
∼
) = f ([Link] ) = f (A
∼ ∼ ∼ ∼
)
Q
∼
.e 1 = e 1 , Q
∼
.e 2 = −e 2 , Q
∼
.e 3 = −e 3
f∼ ([Link] ) = f∼ (A
∼ ∼ ∼ ∼
)=Q.f (A).Q
∼ ∼ ∼ ∼
T
330 ANNEXE A. TENSEURS
d’où
f∼ (A
∼
).Q
∼
=Q.f (A)
∼ ∼ ∼
et donc
Q.f (A).e 1 = f∼ (A
∼ ∼ ∼ ∼
).Q
∼
.e 1 = f∼ (A
∼
).e 1
Etant donné le choix de la transformation Q ∼
, ceci n’est possible que si f∼ (A
∼
).e 1 est colinéaire à
e 1 . On montre ainsi tour à tour que chaque e i est un vecteur propre de f∼ (A ∼
). Par conséquent,
f∼ (A∼
) se diagonalise en
X3
f∼ (A
∼
)= bi e i ⊗ e i (A.159)
i=1
α0 + a1 α1 + a21 α2 = b1
dont le déterminant égal à (a1 − a2 )(a2 − a3 )(a3 − a1 ) est non nul lorsque les valeurs propres ai
sont distinctes. Les αi sont des fonctions de A ∼
. La condition d’isotropie de f∼ s’écrit
α0 ([Link] )1
∼ ∼ ∼ ∼
+ α1 ([Link] )A
∼ ∼ ∼ ∼
+ α2 ([Link] )A
∼ ∼ ∼ ∼
2
= α0 (A )1 + α1 (A
∼ ∼ ∼
)A
∼
+ α2 (A
∼
)A
∼
2
2
Comme les trois tenseurs {1 , A, A
∼ ∼ ∼
} sont linéairement indépendants10 , on en déduit que les
fonctions αi (A
∼
) sont isotropes :
α0 ([Link] ) = α0 (A
∼ ∼ ∼ ∼
), α1 ([Link] ) = α1 (A
∼ ∼ ∼ ∼
), α2 ([Link] ) = α2 (A
∼ ∼ ∼ ∼
)
Elles sont donc des fonctions symétriques des valeurs propres ou fonctions arbitraires des
invariant principaux de A ∼
. Lorsque A
∼
possède deux valeurs propres distinctes, on montre que
f∼ (A
∼
) a aussi deux valeurs propres distinctes de sorte que l’on peut prendre α2 = 0 dans la
représentation (A.158). Lorsque les trois valeurs propres de A
∼
sont identiques, tous les vecteurs
non nuls sont vecteurs propres de f∼ (A∼
) aussi de sorte que α1 = α2 = 0.
10 2
En effet, α0 1
∼
+ α1 A
∼
+ α2 A
∼
= 0 implique que les αi sont solutions du système (S) avec bi = 0 (système
homogène). Comme les ai sont distincts, on en déduit que les αi sont nuls.
Annexe B
Il est possible de formuler les lois de conservation d’une manière plus formelle mais
systématique. C’est l’objet de cette annexe. Les équations de bilan font le point sur des
grandeurs physiques globales définies comme des intégrales sur des volumes qui dépendent
en général du temps. L’objet des théorèmes de transport est d’évaluer la variation temporelle
de ces intégrales.
pour tout sous–domaine régulier Dt ⊂ Ωt d’un corps matériel M dans la configuration actuelle,
possédant le champ de vecteur normal n unitaire et orienté vers l’extérieur de Dt . Les quantités
f et σf sont des champs de tenseurs d’ordre m et q f un champ de tenseur d’ordre m + 1. La
relation stipule que la variation temporelle de la quantité f sur le domaine Dt est due au flux
de q f à travers la surface ∂Dt et au terme source volumique σf . L’apport volumique σf peut
provenir de sources extérieures ou à une production interne associée au mouvement du corps.
La forme générale (B.1) d’équation de bilan fait en fait explicitement appel à l’hypothèse
d’une densité surface ne dépendant que de la normale n à la surface ∂D, ce qui constitue
une restriction de la formulation qui s’avère suffisante dans la pratique. Dans le cas des efforts
mécanique appliqués à un corps matériel, on a vu que cette hypothèse correspond au postulat
de Cauchy (3.3.2).
Si le corps M est isolé (pas de flux q f ) et en absence de sources (σf = 0), la quantité totale de
f est donc constante. On dit qu’elle est est conservée et (B.1) s’appelle loi de conservation. Il
reste à expliciter la variation de la quantité totale de f en utilisant en particulier les théorèmes
de transport.
331
332 ANNEXE B. FORMULATION DES LOIS DE CONSERVATION
Théorème 28 (Equation de transport dite de Reynolds) Soit V (t) une région régulière
de l’espace (E, R) et wn la vitesse normale sortante au point x ∈ ∂V (t). Alors, pour toute champ
de tenseur continu f (x , t) admettant une dérivée temporelle, on a
Z Z Z
d ∂f
f dv = dv + f wn ds (B.2)
dt V V ∂t ∂V
La région V (t + h) − V (t) est balayée par ∂V dans l’intervalle de temps [t, t + h] (cf. figure
B.1a). Autrement dit, elle peut être découpée en petits volumes ∆v(x , t) égaux à
On remarque que la vitesse de propagation d’une surface géométrique est par définition un
champ de vecteur défini le long de S colinéaire à la normale en tout point. En effet cette
vitesse est, par définition, la limite du vecteur Mt Mt+∆t /∆t où Mt est sur S(t) et Mt+∆t est
l’intersection de la droite colinéaire à n (t) passant par Mt .
wn (x , t) = ẋ .n = v (x , t).n (B.5)
où n est la normale sortante au point x ∈ ∂V (t) Le théorème (B.2) prend alors la forme
Z Z Z
d ∂f
f dv = dv + f v .n ds (B.6)
dt V V ∂t ∂V
B.2. THÉORÈMES DE TRANSPORT (FORME INTÉGRALE) 333
où l’on a utilisé la formule de la dérivée matérielle (2.172), la formule d’évolution du jacobien
(2.214) et finalement le théorème de la divergence (A.120).
Formellement, le résultat précédent permet de mettre en évidence une règle pratique très
efficace de calcul de la dérivée d’une intégrale sur un domaine mobile. Il “suffit” de dériver sous
le signe intégrale en pensant à dériver aussi l’élément de volume dv. En effet, on peut constater
formellement que cette règle conduit au même résultat que le théorème (B.6) :
Z Z •
d z}|{
f dv = f dv (B.8)
dt Dt Dt
Z •
z}|{
= (f˙dv + f dv )
ZDt
= (f˙ + f div v )dv
Dt
Z Z
∂f
= dv + f v .n ds (B.9)
Dt ∂t ∂Dt
où (2.214) a été utilisé à nouveau. C’est cette règle que l’on a utilisée dans l’établissement des
équations de bilan des grandeurs physiques quantité de mouvement et énergie.
où wn est la vitesse normale sortante d’un point x ∈ S et [[f ]] le saut de f à travers S.
Preuve. On applique successivement le théorème de transport (B.2) aux domaines D+ et D−
en remarquant que chaque domaine possède une frontière matérielle (∂D)± et la surface non
nécessairement matérielle S dont la propagation est pilotée par la vitesse normale wn :
Z Z Z Z
d ∂f
f dv = dv + f v .n ds + f + (−wn ) ds (B.13)
dt D+ D+ ∂t (∂D)+ S
Z Z Z Z
d ∂f
f dv = dv + f v .n ds + f − wn ds (B.14)
dt D− D − ∂t (∂D) − S
Les points x pour lesquels tous les tenseurs impliqués sont continus sont dits réguliers. Les
points x ∈ S sont dits singuliers
On considère d’abord des domaines D n’interceptant pas la surface S. Pour de tels ensembles
de points réguliers, l’équation (B.1) devient
Z
∂f
+ div (f v − q f ) − σf dv = 0 (B.16)
D ∂t
où l’on a utilisé une fois de plus le théorème de la divergence (A.120). La quantité f v (ou
f ⊗ v si f est un vecteur par exemple, plus généralement un tenseur d’ordre quelconque)
s’appelle flux convectif de f . L’intégrande étant continu et l’équation étant valable pour tout
tel sous-domaine D, il doit s’annuler en tout point x . On obtient la forme locale de l’équation
de bilan valable en tout point régulier de Ωt :
∂f
+ div (f v − q f ) − σf = 0 (B.17)
∂t
B.3. FORME LOCALE DES ÉQUATIONS DE BILAN : ÉQUATIONS DE CHAMP ET
ÉQUATIONS AUX DISCONTINUITÉS 335
On considère ensuite un point singulier x ∈ S. Pour cela, on prend un domaine D qui constitue
un voisinage de x et qui contient la portion de surface
s=D∩S (B.19)
On va calculer la limite de (B.15) lorsque (D)+ et (D)− tendent vers s d’une façon telle que le
volume de D tende vers 0 tandis que s reste inchangée (cf. figure B.1c). Si ∂f /∂t et σf sont
bornés sur D, alors les intégrales de volume dans (B.15) disparaissent à la limite et il ne reste
plus que Z
[[f (v .n − wn )]] − [[q f ]].n ds = 0 (B.20)
s
Valable pour toute portion de surface s et pour tout x ∈ S, l’équation précédente implique que
l’intégrande doit s’annuler en tout point x ∈ S (sauf éventuellement sur un sous–ensemble de
S de mesure nulle). On obtient les équations locales de saut à travers une surface singulière :
wn h
V t h V t
n
∆s
∂V t
∂V t h
(a)
∂D
D
wn n
D
∂D
D S
(b)
n
s
∂D
x
S
(c) ∂D
Fig. B.1 – Etablissement des théorèmes de transport : (a) Domaine V à frontière mobile, (b)
propagation d’une surface singulière S dans un domaine D, (c) voisinage D d’un point singulier
x ∈ S pour l’établissement des conditions de discontinuité.
Annexe C
M er
O
y
x r
θ
OM = re r + ze z (C.1)
dM = dr e r + rdθ e θ + dz e z (C.2)
∂OM 1 ∂OM ∂OM
er = , eθ = , ez = (C.3)
∂r r ∂θ ∂z
∂e r ∂e θ ∂e z
= 0, = 0, = 0,
∂r ∂r ∂r
∂e r ∂e θ ∂e z
= e θ, = −e r , = 0, (C.4)
∂θ ∂θ ∂θ
∂e r = 0, ∂e θ ∂e z
= 0, = 0,
∂z ∂z ∂z
337
ANNEXE C. FORMULAIRE D’ANALYSE TENSORIELLE EN COORDONNÉES
338 CYLINDRIQUES ET SPHÉRIQUES
gradient
∂f 1 ∂f ∂f
∇f = er + eθ + e (C.5)
∂r r ∂θ ∂z z
laplacien
∂2f 1 ∂f 1 ∂2f ∂2f
∆ = div (∇f ) = + + + (C.6)
∂r2 r ∂r r2 ∂θ2 ∂z 2
gradient
∂ur 1 ∂ur ∂ur
− uθ
∂r r ∂θ ∂z
∂uθ 1 ∂uθ ∂uθ
[∇u ] = (C.7)
+ ur
∂r r ∂θ ∂z
∂uz 1 ∂uz ∂uz
∂r r ∂θ ∂z
divergence
∂ur vr 1 ∂uθ ∂uz
div u = + + + (C.8)
∂r r r ∂θ ∂z
laplacien
2 ∂uθ ur 2 ∂ur uθ
∆u = div (∇u ) = (∆ur − 2
− 2 ) e r + (∆uθ + 2 − 2 ) e θ + ∆uz e z (C.9)
r ∂θ r r ∂θ r
divergence
∂Trr 1 ∂Trθ ∂Trz Trr − Tθθ
div T∼ = + + + er
∂r r ∂θ ∂z r
∂Tθr 1 ∂Tθθ ∂Tθz 2Trθ
+ + + + eθ
∂r r ∂θ ∂z r
∂Tzr 1 ∂Tzθ ∂Tzz Tzr
+ + + + ez (C.10)
∂r r ∂θ ∂z r
C.2. COORDONNÉES SPHÉRIQUES 339
er
z
M
eϕ
θ r eθ
O
y
x
ϕ
coordonnées (r, θ, ϕ)
OM = re r
divergence
∂ur 1 ∂uθ 1 ∂uϕ uθ ur
div u = + + + cotan θ +2 (C.19)
∂r r ∂θ r sin θ ∂ϕ r r
laplacien
2 1 ∂ 1 ∂uϕ
∆u = div (∇u ) = ∆ur − 2 (ur + (uθ sin θ) + ) er
r sin θ ∂θ sin θ ∂ϕ
2 ∂ur uθ cos θ ∂uϕ
+ ∆uθ + 2 ( − − ) eθ
r ∂θ 2 sin2 θ sin2 θ ∂ϕ
2 ∂ur ∂uθ uϕ
+ ∆uϕ + 2 ( + cotan θ − ) eϕ (C.20)
r sin θ ∂ϕ ∂ϕ 2 sin θ
divergence
∂Trr 1 ∂Trθ 1 ∂Trϕ 1
div T∼ = + + + (2Trr − Tθθ − Tϕϕ + Trθ cotan θ) e r
∂r r ∂θ r sin θ ∂ϕ r
∂Tθr 1 ∂Tθθ 1 ∂Tθϕ 1
+ + + + ((Tθθ − Tϕϕ )cotan θ + 3Trθ ) e θ
∂r r ∂θ r sin θ ∂ϕ r
∂Tϕr 1 ∂Tϕθ 1 ∂Tϕϕ 1
+ + + + (3Trϕ + 2Tθϕ cotan θ) e ϕ (C.22)
∂r r ∂θ r sin θ ∂ϕ r
Eléments bibliographiques par thèmes
341
342 ANNEXE C. ELÉMENTS BIBLIOGRAPHIQUES PAR THÈMES
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Index
347
348 INDEX
intermédiaire, 22 Décomposition
naturelle, 138 polaire, 29
Conservation spectrale, 37
de l’énergie, 83 Déformation
de la masse, 69 d’Almansi, 35
loi de, 69, 329, 332 de Green–Lagrange, 35
Contact, 181 grande, 40
Continuité, 22, 69 homogène, 46
Contraction infinitésimale, 155
double, 302 irréversible, 157
simple, 302 libre, 267
Contrainte, 72 nulle, 47, 66
équivalente, 111 permanente, 157
de cisaillement, 98 petite, 40
normale, 98 principale, 37
normale maximale, 109 pure, 30
tangentielle, 98 Déformations
vecteur, 75 planes, 201
Contraintes Déplacement, 23
auto–équilibrées, 226 Dérivée
initiales, 226 eulérienne, 55, 69, 91, 329
nominales, 94 lagrangienne, 55, 69
planes, 202 matérielle, 55, 91, 329
résiduelles, 226 particulaire, 55, 69, 91, 329
Convectif, 27, 55, 91, 333 temporelle, 55, 69
Convention Déterminant, 98, 320, 322
d’Einstein, 298 Déterminisme, 118
Convexité, 151 Déviateur, 108
Coordonnées Densité
matérielles entraı̂nées, 26 de masse, 69
Coque, 44 Diamant, 172
Corotationnel, 65 Dilatation
Corps thermique, 157, 171
matériel, 21 Dimensionnement, 40
rigide, 31, 66, 113 Direction
Cosserat, 81 principale, 37
Couette, 265 Dirichlet, 181
Couplage Discontinuité, 88, 331
thermoélastique, 172 Disque
Covecteur, 28 de turbine, 233
Critère, 106 Dissipation, 126
critère Divergence, 319
de Tresca, 109 d’un champ de tenseurs, 317
de von Mises, 110 théorème de, 319
Cubique, 138 Ductile, 294
Cuivre, 172 Ductilité, 109
Cycle, 146 Dynamique, 78
D’Alembert, 83 Ecoulement
INDEX 349
Uniaxial, 102
Unilatéral, 181
Uranium, 172
Variables
d’Euler, 24
de Lagrange, 22
Variance, 97, 303
Vecteur
axial, 310
contrainte, 72
objectif, 65
surface, 28
tourbillon, 56
Verre, 172
Virtuel
puissance, 81
travail, 81
Viscoélasticité, 114
Viscoplasticité, 114
Viscosité, 114
Vitesse, 55
de déformation, 56
Voigt, W., 160
Volume, 28, 43, 61
Vorticimètre, 277
Zinc, 172