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Luc BLANCHET
1. INTRODUCTION
2. PRINCIPE DE RELATIVITE
3. RELATIVITE RESTREINTE
4. PRINCIPE D’EQUIVALENCE
5. FORCES GRAVITATIONNELLES
6. CALCUL TENSORIEL
7. RELATIVITE GENERALE
8. TESTS CLASSIQUES
9. RAYONNEMENT GRAVITATIONNEL
1
I. INTRODUCTION
La relativité générale est quelquefois considérée comme la plus importante création in-
tellectuelle jamais réalisée par un seul homme: Albert Einstein. Elle a révolutionné notre
vision de la nature de l’espace et du temps, et de notre perception familière de la force de la
gravitation. Les physiciens “relativistes” admirent l’extraordinaire cohérence mathématique
– et donc la beauté – de ses équations. La relativité générale est née en 1915 après des années
de gestation laborieuse remontant à la découverte de la relativité restreinte en 1905 par Ein-
stein, Lorentz et Poincaré. Le phénomène familier de la gravitation possède en relativité
générale l’interprétation extraordinaire d’être la manifestation de la courbure de l’espace et
du temps produite par la présence des corps massifs. Cette description est une conséquence
d’un principe fondamental, appelé de nos jours le principe d’équivalence d’Einstein, qui est
la traduction en physique moderne du fait que tous les corps sont accélérés de la même façon
dans un champ gravitationnel.
3. L’interaction forte, qui lie entre eux les protons et les neutrons dans les noyaux atom-
iques;
Les interactions électromagnétique, forte et faible sont décrites par des théories quantiques
des champs. La théorie électrofaible (modèle de Weinberg-Salam) unifie les interactions
électromagnétique et faible, tandis que la chromodynamique quantique décrit l’interaction
forte. Ces théories constituent ce que l’on appelle le modèle standard de la physique des
particules. Par contre l’interaction gravitationnelle est décrite par une théorie classique, la
relativité générale, qui se ramène dans la limite où la vitesse de la lumière c → ∞ à la loi
de Newton.
On s’attend à ce que les effets quantiques gravitationnels n’interviennent pas avant
l’échelle d’unités de Planck formée avec les trois constantes fondamentales c, G et ~. 1
1
La constante gravitationnelle vaut environ G ≃ 6.67 10−11 m3 /kg/s2 . Sa valeur n’est connue qu’avec quatre
chiffres significatifs ce qui en fait la constante fondamentale la moins bien déterminée expérimentalement.
2
L’energie de Planck est donnée par
r
~ c5
EP = = 1.3 1019 GeV . (1.1)
G
Une telle énergie serait atteinte dans les premiers instants après le Big-Bang, au temps de
Planck TP = 5.4 10−44 s, lorsque le rayon de l’univers avait la longueur de Planck LP =
1.6 10−35 m.
La force gravitationnelle se distingue des autres forces par le fait que c’est de loin la
plus faible des quatres interactions connues. Soit l’atome d’hydrogène formé d’un proton de
masse mp et de charge e, et d’un électron de masse me et de charge −e. Il s’exerce entre le
proton et l’électron une force électrostatique attractive donnée par la loi de Coulomb (nous
faisons un raisonnement de physique classique)
e2
Fe = , (1.2)
4πε0 r2
ainsi qu’un force gravitationnelle attractive donnée par la loi de Newton
G mp m e
Fg = . (1.3)
r2
Ces deux forces sont des forces en 1/r2 ; leur rapport ne dépend pas de la distance entre le
proton et l’électron et a la valeur extrèmement petite
Fg 4πε0 G mp me
= 2
= 4 10−40 . (1.4)
Fe e
Cependant, malgré son extrême faiblesse, la force gravitationnelle domine l’univers à
grande échelle. Il y a pour cela deux raisons:
1. Le potentiel gravitationnel, comme le potentiel électromagnétique, est à longue portée,
G M M′
U (r) = . (1.5)
r
Il n’y a pas de facteur de Yukawa ∝ exp[− µ~g c r] ce qui s’interprète en disant que
le graviton, qui serait la particule médiatrice de l’interaction gravitationnelle, a une
masse nulle, µg = 0.
2. Mais, au contraire des charges électriques, les charges gravitationnelles ou masses sont
toujours positives. En effet la masse est en fait reliée à l’énergie totale du corps, ce
que l’on exprime par le principe d’équivalence d’Einstein
E
mg = mi = >0. (1.6)
c2
Ici mg et mi désignent respectivement la masse gravitationnelle (analogue de la
charge) et la masse inertielle, qui sont égales pour tous les corps, un fait observation-
nel fondamental très bien établi expérimentalement. Donc, au contraire de la force
électromagnétique qui disparaı̂t sur des échelles macroscopiques à cause de la neu-
tralité électrique des corps, l’effet de la force gravitationnelle est toujours cumulatif et
s’exerce à grande échelle.
3
La relativité générale permet d’expliquer tous les phénomènes connus liés à la gravita-
tion, souvent avec un accord quantitatif remarquable avec les observations. Par exemple la
précision des tests de la relativité générale dans le système solaire atteint 10−4 . Aujourd’hui
la relativité générale est un “outil” permettant d’explorer l’existence et de comprendre les
observations de nouveaux objets ou de nouveaux phénomènes en astrophysique. Ainsi les
propriétés particulières du trou noir sont utilisées par les astrophysiciens travaillant sur les
objets compacts et les disques d’accrétion autour de trous noirs. La relativité générale
va probablement permettre d’ouvrir une nouvelle “fenêtre” en astronomie, celle des ondes
gravitationnelles, car ce rayonnement a des propriétés spécifiques très différentes des ondes
électromagnétiques.
Il faut pourtant garder à l’esprit que le domaine où s’exerce la relativité générale est le
macrocosme. Comme cette théorie n’incorpore pas les lois de la mécanique quantique, il est
probable qu’elle doive être considérée comme une théorie “effective” valable uniquement à
grande échelle (≪ LP ). Assez étrangement, la force gravitationnelle n’a pu être testée en
laboratoire que jusqu’à une échelle de l’ordre du millimètre. A une échelle microscopique,
inférieure ou très inférieure au millimètre, on ne connaı̂t expérimentalement rien de la loi
gravitationnelle. Il est vraisemblable que la relativité générale stricto sensu ne s’applique
plus à des très petites échelles.
B. Historique de la gravitation
Il est souvent utile d’avoir en tête, à titre de référence, les dates et époques importantes
dans l’histoire de la gravitation et de la relativité. Nous donnons ici sans commentaire une
liste non exhaustive (la plupart des concepts mentionnés seront expliqués plus loin).
4
• 1827 : Courbure gaussienne
• 1826 et 1832 : Géométrie non euclidienne (Lobatchevski et Bolyai)
• 1834 : Equations de Hamilton
• 1845 : Précession anormale de Mercure (Le Verrier)
• 1846 : Découverte de Neptune par le calcul (Le Verrier et Adams)
• 1851 : Expérience de Fizeau
• 1854 : Courbure riemannienne
• 1859 : Expérience de Foucault
• 1887 : Expérience de Michelson et Morley
• 1889 : Expérience d’Eötvös sur le principe d’équivalence
• 1893 : Principe de Mach
• 1905 : Relativité restreinte
• 1906 : Théorie relativiste de la gravitation (Poincaré)
• 1911 : Principe d’équivalence et effet Einstein
• 1913 : Théorie scalaire de Nordstrøm
• 1915 : Equations d’Einstein
• 1916 : Solution de Schwarzschild, ondes gravitationnelles, univers statique d’Einstein
• 1919 : Vérification par Eddington de la déviation de la lumière par le soleil
• 1922 : Cosmologie de Friedman, théorie de Newton-Cartan
• 1927 : Atome primitif de Lemaı̂tre
• 1930 : Masse critique de Chandrasekhar
• 1934 : Cosmologie newtonienne (Milne)
• 1939 : Masse critique de Oppenheimer et Volkoff, effondrement gravitationnel
• 1960 : Quasars, concept de trou noir, barres de Weber, expérience de Pound et Rebka
(vérification de l’effet Einstein)
• 1961 : Théorie tenseur-scalaire (Brans et Dicke)
• 1963 : Trou noir de Kerr
• 1964 : Effet Shapiro, expérience de Dicke
• 1965 : Rayonnement cosmologique
5
• 1966 : Théorèmes sur les singularités (Penrose et Hawking)
• 1968 : Pulsars, effet Nordtvedt (principe d’équivalence fort)
• 1979 : Effet d’accélération orbitale du pulsar binaire (Taylor), théorèmes sur la posi-
tivité de l’énergie (Schoen et Yau), mirages gravitationnels
• 1984 : Supercordes
• 1986 : Formulation d’Ashtekar de la relativité générale
6
II. PRINCIPE DE RELATIVITE
coordonnée temporelle
horloges en tous
points de l'espace
coordonnées spatiales
(une dimension supprimée)
A partir d’un référentiel {t, xi } associé aux coordonnées t, xi on peut définir un nouveau
référentiel {t′ , x′i } associé à de nouvelles coordonnées t′ , x′i en posant
t′ = f 0 (t, xj ) , (2.2a)
′i i j
x = f (t, x ) , (2.2b)
7
où f 0 , f i sont quatre fonctions arbitraires de t, xi telles que les fonctions inverses donnant
t, xi en fonction de t′ , x′i existent. 2 Dans les deux référentiels {t, xi } et {t′ , x′i }, reliés entre
eux par les transformations de coordonnées (2.2), un même événement sera
Il faut penser les événements comme des points dans l’espace et le temps (appelé plus tard
l’espace-temps), repérés dans les divers référentiels par des coordonnées telles que (2.3), mais
dont la définition est intrinsèque, c’est-à-dire qui existent de façon indépendante du choix
d’un référentiel en particulier.
Les indications de temps marquées par deux horloges situées à des points distincts de
positions spatiales xi et xi +∆xi peuvent être synchronisées au moyen d’échanges de signaux
(par exemple lumineux). Soit un signal émis en l’évènement P1 = (t1 , xi ), où la première
horloge marque t1 , reçu et aussitôt réémis en P2 = (t2 , xi + ∆xi ), où la deuxième horloge
marque t2 , et reçu sur la première horloge en P3 = (t3 , xi ). Alors on synchronise les deux
horloges en choisissant par définition
t1 + t3
t2 = . (2.4)
2
Dans certains cas, on pourra par cette méthode synchroniser de proche en proche toutes les
horloges de l’espace entier.
P3
P2
P1
xi x i+ ∆ x i
2
On suppose donc que le jacobien de la transformation, c’est-à-dire le déterminant de la matrice des dérivées
partielles des nouvelles coordonnées par rapport aux anciennes, J = det[∂(t′ , x′i )/∂(t, xj )], est non nul.
8
uniforme. Soit xi (t) la trajectoire du corps dans le référentiel inertiel, alors 3
d2 xi (t)
=0. (2.5)
dt2
On admet que dans un référentiel inertiel on peut synchroniser, au sens précédent (2.4),
toutes les horloges de l’espace entier.
Il existe de façon évidente une infinité de référentiels inertiels. En effet tout référentiel
en mouvement rectiligne et uniforme par rapport à un référentiel inertiel donné est encore
un référentiel inertiel. Mais, bien sûr, tous les référentiels ne sont pas inertiels. Soit {t, x}
un référentiel inertiel. Alors,
1. le référentiel accéléré {t′ , x′ } avec t′ = t et
1
x′ = x + a t2 , (2.6)
2
où a est un vecteur accélération constant,
2. le référentiel en rotation {t′′ , x′′ , y ′′ , z ′′ } avec t′′ = t et
ne sont pas des référentiels inertiels. Les référentiels non inertiels sont les référentiels qui
sont accélérés par rapport à un référentiel inertiel.
Pourquoi certains référentiels privilégiés dans la nature sont-ils des référentiels inertiels?
Cette question a soulevé de nombreux débats philosophiques passionnés. La réponse donnée
par Newton pans les Principia (1687) est qu’il existe un espace absolu et que les référentiels
inertiels sont ceux qui sont soit immobile soit en mouvement rectiligne et uniforme par
rapport à cet espace absolu. Cette réponse n’est pas très satisfaisante (quelle serait l’origine
de l’espace absolu?) et a été contestée par des philosophes tels que Berkeley. Mais ce n’est
qu’avec Mach (1893) qu’une explication plus satisfaisante a étée proposée.
Principe de Mach. Il n’y a pas d’espace absolu, mais c’est la distribution de l’ensemble
de la matière dans l’univers, notamment les étoiles lointaines mais très nombreuses, mais
aussi les masses proches, qui détermine ceux des référentiels qui sont inertiels.
3
Cette définition suppose que les coordonnées inertielles utilisées {t, xi } sont cartésiennes.
9
immobiles (I), puis le seau commence à tourner alors que l’eau est encore immobile (II) —
les filets d’eau ne sont pas encore entrainés par la viscosité avec la rotation du seau —, enfin
l’eau entrainée par le seau est en rotation avec le seau et est donc immobile par rapport au
seau (III). D’après Newton, la surface de l’eau prend une forme incurvée (car elle est soumise
à des forces inertielles) quand l’eau est accélérée par rapport à l’espace absolu, c’est-à-dire
dans la configuration (III) uniquement. D’après Mach, la surface s’incurve quand l’eau
bâti fixe
corde torsadée
eau
paroi du seau
I II III
est accélérée par rapport à la distribution de matière dans l’univers, donnée par les étoiles
lointaines et aussi les masses proches. Comme on peut négliger en général la contribution
des masses proches il n’y a pas de différence avec Newton et l’eau s’incurve aussi dans (III)
uniquement.
étoiles lointaines
I II III
FIG. 4: Point de vue de Mach dans le cas où la masse du seau est négligeable.
Mais ceci n’est vrai que si les masses proches jouent un rôle négligeable, et notamment
si la masse du seau est négligeable. Si ce n’est pas le cas, et si les parois du seau sont très
épaisses de sorte que la contribution de la masse du seau soit très supérieure à celle de toutes
10
les autres masses dans l’univers (dans une expérience de pensée), la surface de l’eau doit
s’incurver dans la configuration (II) où elle est en rotation par rapport au seau et non dans
la configuration (III) où elle est en co-rotation avec le seau.
étoiles lointaines
paroi du seau
très massive
I II III
FIG. 5: Point de vue de Mach dans le cas où la masse du seau domine la masse des étoiles.
Ainsi, nous voyons que les points de vue de Newton et Mach peuvent être départagés,
en principe, par une expérience de physique. Le principe de Mach est très certainement
la réponse correcte au problème de l’origine de l’inertie, et nous verrons que la relativité
générale incorpore essentiellement le principe de Mach.
D. Principe de relativité
Le principe de relativité est basé sur l’observation et l’expérience. Galilée est dans la
cabine d’un bateau en mouvement rectiligne et uniforme par rapport au quai fixe — la
surface de l’eau est supposée parfaitement plane — et essaye de déterminer la vitesse du
bateau par une expérience confinée dans la cabine du bateau. Il remarque qu’un objet tombe
au sol parfaitement verticalement, que des mouches semblent voler aléatoirement dans toutes
les directions sans que la direction du mouvement du bateau joue un rôle privilégié, etc.
Galilée conclue que le résultat des expériences dans la cabine du bateau est le même que
pour celles réalisées à quai.
Principe de relativité. Les lois de la nature prennent la même forme dans tous les
référentiels inertiels. Autrement dit, le mouvement rectiligne et uniforme est indétectable.
Il est impossible, par une expérience réalisée localement dans un laboratoire, de détecter
une éventuelle vitesse (constante) du laboratoire.
Les équations mathématiques décrivant les lois de la nature doivent donc être
mathématiquement invariantes dans les transformations de coordonnées entre référentiels
inertiels. Soit Φ(t) une grandeur mathématique décrivant un phénomène dans un référentiel
11
inertiel de temps t, et satisfaisant à la loi d’évolution
d
Φ(t) = F[Φ(t)] , (2.8)
dt
où F est une certaine fonctionnelle de Φ. 4 Alors le même phénomène sera décrit dans un
autre référentiel inertiel de temps t′ par Φ′ (t′ ) satisfaisant à
d ′ ′
Φ (t ) = F[Φ′ (t′ )] , (2.9)
dt′
où le point important est que F est la même fonctionnelle que dans le premier référentiel.
Le principe de relativité ainsi énoncé en (2.8)–(2.9) n’est pas complet car il doit être
complété par la donnée des lois mathématiques de transformation de coordonnées entre
référentiels inertiels, ces lois impliquant notamment la fameuse loi d’addition des vitesses.
On voit donc que l’on pourra avoir a priori plusieurs relativités possibles, chacune étant
définie par des lois de transformation particulières.
E. Relativité galiléenne
La relativité galiléenne est fondée sur les lois suivantes de transformation {t, xi } → {t′ , x′i }
entre référentiels inertiels. On a la translation dans le temps
t′ = t + b , (2.10)
x′i = Ri j xj − V i t + ai , (2.11)
où Ri j est une matrice de rotation dont les coefficients sont constants, où V i est un vecteur
vitesse constant, et où ai est une position initiale constante. On utilise la convention de
sommation sur les indices répétés, ce qui signifie que Ri j xj dénote en fait Σ3j=1 Ri j xj . La
matrice Ri j satisfait la loi des matrices de rotation, t R = R−1 , qui s’écrit en notation
indicielle
δkl Rki Rl j = δij , (2.12)
où δij désigne le symbole de Kronecker ou métrique euclidienne, qui donne grâce au théorème
de Pythagore l’intervalle de distance en géométrie euclidienne,
4
Φ(t) est par exemple le vecteur formé des composantes de position et de vitesse d’une particule, comme
dans (2.19) plus bas.
12
où δji est le symbole de Kronecker et où εi jk est le symbole complètement antisymétrique,
qui change de signe par transposition de toute paire d’indices, et qui est tel que ε123 = 1.
Les transformations (2.10)–(2.11) forment un groupe, appelé groupe de Galilée, qui a dix
paramètres: trois angles d’Euler pour la matrice de rotation Ri j (ou, de façon équivalente,
deux composantes pour une direction unitaire n et un angle de rotation α autour de cette
direction), trois composantes de vitesse V i , trois positions initiales ai et un temps initial b.
L’isotropie de l’espace — toutes les directions sont équivalentes pour définir un référentiel
inertiel — résulte de l’invariance par rapport au sous-groupe formé des rotations (c’est-à-dire
t′ = t et x′i = Ri j xj ), et l’homogénéı̈té de l’espace et du temps — tous les événements sont
équivalents — résulte de l’invariance par rapport au sous-groupe des translations (t′ = t + b,
x′i = xi + ai ).
On sait par le théorème de Noether que à chaque invariance (définie au niveau du lagrang-
ien) correspond une quantité conservée. Ainsi, une théorie invariante relativiste par rapport
au groupe de Galilée (comme la loi newtonienne du mouvement de N corps) possédera
dix quantités conservées associées aux dix paramètres du groupe de Galilée: une énergie
associée à l’invariance par translation dans le temps, trois composantes d’impulsion pour
l’invariance par translation dans l’espace, trois composantes de moment cinétique pour les
rotations, et trois composantes pour le centre de masse pour les transformations “spéciales”
x′i = xi − V i t.
Le sous-groupe des transformations dites spéciales de Galilée est le sous-groupe à 3
paramètres associé au vecteur vitesse V i seul,
t′ = t , (2.15a)
x′i = xi − V i t . (2.15b)
Le référentiel {t′ , x′i } est donc animé de la vitesse V i par rapport au référentiel {t, xi }. On
en déduit la loi usuelle d’addition des vitesses: la vitesse v ′i d’une particule relativement à
{t′ , x′i } est donnée en fonction de sa vitesse v i dans le référentiel {t, xi } par
dx′i dxi − V i dt
v ′i = = = vi − V i . (2.16)
dt′ dt
Le groupe de Galilée, et donc le sous groupe des transformations spéciales (2.15), laisse
invariantes les lois de la mécanique newtonienne. Par exemple le mouvement newtonien de
N particules ponctuelles donné dans le référentiel {t, xi } par la loi
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on en déduit immédiatement par comparaison de (2.17) à (2.8) la fonctionnelle F correspon-
dant au mouvement de N corps, et d’après (2.18) on vérifie bien que cette fonctionnelle est
la même dans les deux référentiels inertiels.
Par contre, le groupe de Galilée ne laisse pas invariantes les lois de l’électromagnétisme
ou équations de Maxwell. On pensait donc au XIXème siècle que les équations de Maxwell
ne sont valables que dans un référentiel privilégié qui réssuscite en quelque sorte l’espace
absolu de Newton et que l’on a appelé l’éther. Il était donc légitime de chercher à mesurer
la vitesse de la Terre par rapport à l’éther en utilisant une expérience d’électromagnétisme.
L’impossibilité expérimentale de mesurer la vitesse du mouvement de la Terre par des
expériences d’interférométrie optique dont la plus fameuse est l’expérience de Michelson
et Morley (1887), a conduit à l’abandon du principe de relativité galiléenne basé sur les
lois de transformation (2.10)–(2.11) et de le remplacer par un nouveau principe de relativité
fondé sur les lois de transformations qui laissent invariantes les équations de Maxwell.
14
III. RELATIVITE RESTREINTE
Soit {xα } = {x0 , xi } un référentiel inertiel, où l’on pose x0 = c t avec c la vitesse de
la lumière constance (3.1), et où l’indice grec α (et de même β, γ, · · · ) prend les valeurs
dans l’espace-temps 0,1,2,3. La relativité restreinte postule que les lois de transformation
de {xα } = {c t, x, y, z} vers un autre référentiel inertiel {x′α } = {c t′ , x′ , y ′ , z ′ } s’écrivent
où aα est un vecteur à 4 composantes constant, et où Λαβ est une matrice 4 × 4 constante.
Ici et partout on utilise la convention de sommation sur les indices. Donc par exemple
Λαβ xβ = Σ4β=0 Λαβ xβ . Tous les indices apparaissant deux fois dans une expression (indices
répétés) sont sommés. Dans le cas des indices grecs spatio-temporels l’un des indices répétés
sera toujours en haut et l’autre en bas.
La matrice Λαβ s’appelle une matrice de Lorentz. Elle n’est pas quelconque mais doit
satisfaire aux contraintes
ηαβ Λαγ Λβδ = ηγδ , (3.3)
où ηαβ désigne la métrique de Minkowski qui constitue une généralisation pour l’espace-
temps de la métrique euclidienne δij et s’écrit
−1 0 0 0
0 1 0 0
ηαβ = 0 0 1 0 .
(3.4)
0 0 0 1
15
Les transformations correspondant à aα = 0 forment un sous-groupe du groupe de
Poincaré appellé le groupe de Lorentz. Dans la suite on ne considerera en fait que le
sous-groupe de Lorentz dit propre, pour lequel les matrices Λαβ sont telles que Λ00 ≥ 1
et det Λ = 1. On exclue ainsi les inversions d’espace (Λ00 ≥ 1 et det Λ = −1) et les renverse-
ments dans le temps (Λ00 ≤ −1 et det Λ = −1). Les lois de la physique ne sont probablement
invariantes que sous le groupe de Lorentz propre.
B. Notion d’intervalle
Soient P1 et P2 deux événements repérés dans un référentiel inertiel {xα } par leurs co-
ordonnées P1 = (xα1 ) = (ct1 , x1 , y1 , z1 ) et P2 = (xα2 ) = (ct2 , x2 , y2 , z2 ). Alors on appelle
intervalle entre P1 et P2 l’expression
s2 = ηαβ (xα2 − xα1 )(xβ2 − xβ1 ) = −c2 (t2 − t1 )2 + (x2 − x1 )2 + (y2 − y1 )2 + (z2 − z1 )2 , (3.5)
où ηαβ est la matrice de Minkowski (3.4). Si les coordonnées de P2 diffèrent de celles de P1
par des quantités infinitésimales, xα2 = xα1 + dxα , on écrira l’intervalle infinitésimal
Noter que bien que l’intervalle soit écrit comme un carré s2 ou ds2 , il peut être positif, négatif
ou nul. Il faut penser à l’intervalle comme le “carré” de la distance dans l’espace-temps entre
les événements P1 et P2 . Cette distance au carré est une forme quadratique des différences
de coordonnées, comme en géométrie euclidienne, voir (2.13). La seule différence est que
cette forme quadratique n’est pas définie positive, mais a la signature − + ++.
z
P2
s2
P1
′β ′β
s′2 = ηαβ (x′α ′α
2 − x1 ) (x2 − x1 )
16
= ηγδ (xγ2 − xγ1 ) (xδ2 − xδ1 )
= s2 . (3.7)
La deuxième égalité provient de (3.2) et la troisième de (3.3). Donc s2 est toujours donné
par la même forme quadratique dans tous les référentiels inertiels, avec la même matrice
de Minkowski donnée numériquement par (3.4). On admettra que les transformations de
Poincaré sont les transformations inversibles les plus générales laissant invariantes la forme
de l’intervalle.
C’est la propriété (3.7) qui montre que la valeur de la vitesse de la lumière c est la même
dans tous les référentiels inertiels. En effet si un rayon lumineux se propage à la vitesse c de
P1 à P2 dans le référentiel inertiel {xα } on a s2 = 0 donc s′2 = 0 d’après (3.7), et le rayon
lumineux se propage aussi à la vitesse c dans le référentiel {x′α }.
On définit le cône de lumière CP issu d’un événement P comme l’ensemble des événements
qui sont reliés à P par un intervalle nul,
Un intervalle nul sera dit du genre lumière; il correspond à une propagation à la vitesse
c. A l’intérieur du cône de lumière CP on a les événements T reliés à P par un intervalle
négatif s2PT < 0 dit du genre temps et correspondant à une propagation à une vitesse < c.
A l’extérieur de CP on a les événements E reliés à P par un intervalle positif s2PE > 0 dit du
genre espace et correspondant à une propagation à une vitesse > c.
T L
E
P
y
17
De même, on a comme pour le groupe de Galilée des transformations spéciales de Lorentz,
qui correspondent à des pures transformations de vitesse V = (V i ). Les composantes des
transformations spéciales de Lorentz sont données explicitement par
La transformation spéciale de Lorentz (3.9) est telle qu’elle “amène” une particule de
vitesse V i dans le référentiel inertiel {xα } au repos dans le référentiel inertiel {x′α }. En effet
on vérifie facilement que si la vitesse d’une particule est dxi /dt = V i dans le référentiel {xα }
alors sa vitesse dans le référentiel {x′α } est nulle,
V
x , x'
z z'
18
Lorentz (3.9) s’écrit
t′ = γ t − V x/c2 ,
(3.12a)
′
x = γ (x − V t) , (3.12b)
y′ = y , (3.12c)
z′ = z . (3.12d)
La loi d’addition des vitesses d’une particule correspondant à cette transformation spéciale
est alors
dx′ dx − V dt v−V
v′ = ′ = 2
= , (3.13)
dt dt − V dx/c 1 − V v/c2
formule qui est à comparer avec la loi galiléenne d’addition des vitesses (2.16). Dans le cas
d’un signal lumineux, ayant donc la vitesse v = c dans le référentiel {t, x, y, z}, on trouve
d’après (3.13),
c−V
v′ = =c, (3.14)
1 − V /c
c’est-à-dire la même vitesse c dans le référentiel {t′ , x′ , y ′ , z ′ }.
Exercice. Ecrire à partir de la transformation spéciale (3.9) la loi d’addition des vitesses
dans le cas où la vitesse de la particule est orientée de façon quelconque.
D. Temps propre
Le temps propre d’une particule (se déplaçant à vitesse inférieure à c) est défini comme
le temps qui s’écoule dans le référentiel inertiel dans lequel la particule est au repos à
l’instant considéré. Soit une particule de vitesse instantanée v i = dxi /dt, non nécessairement
constante, dans un référentiel inertiel {xα }. Alors la particule sera au repos à l’instant
considéré dans le référentiel {x′α } transformé de {xα } par la transformation spéciale Λαβ (v)
donnée par (3.9). En effet nous avons vu dans (3.11) que Λαβ (v) — avec v la vitesse de la
particule — a la propriété d’amener la particule au repos, car on a
19
A ce stade on reconnaı̂t que le temps propre n’est rien d’autre que l’opposé de l’intervalle,
à savoir dτ 2 = −ds2 /c2 (qui est positif pour une trajectoire du genre temps), soit
1
q
dτ = −ηαβ dxα dxβ . (3.18)
c
On voit donc que l’intervalle ds2 qui avait été défini de façon mathématique a maintenant
une interprétation physique. L’intervalle représente −c2 fois le temps propre, qui s’écoule
dans le référentiel dans lequel la particule est momentanément au repos. Ceci est valable
pour n’importe quel mouvement de particule, en mouvement uniforme ou accéléré de façon
quelconque.
Exercice. Montrer que la longueur mesurée d’une règle dans un référentiel en mouvement
par rapport à la règle est toujours contractée relativement à sa longueur propre, telle qu’elle
est mesurée dans le référentiel de repos de la règle.
E. Quadri-vitesse et quadri-accélération
Soit une particule (ou un observateur) en mouvement dans un référentiel inertiel {xα },
de trajectoire xα (τ ) que l’on suppose paramétrisée par le temps propre (3.17). On appelle
quadri-vitesse de la particule le vecteur
dxα
uα = . (3.19)
dτ
Compte tenu de (3.18) le vecteur quadri-vitesse a une “norme” négative
et est donc du genre temps, c’est-à-dire situé à l’intérieur du cône de lumière issu de
l’évènement considéré. Le vecteur uα est unitaire si l’on fait c = 1.
Par dérivation de (3.20) on obtient
ηαβ aα uβ = 0 , (3.21)
aα = uβ ∂β uα . (3.23)
20
uα
aα
P
FIG. 9: La quadri-accélération est du genre espace.
F. Dynamique relativiste
pα = m u α , (3.24)
m vi
pi = p . (3.26)
1 − v2 /c2
E 2 − p2 c 2 = m 2 c 4 . (3.27)
Noter que cette relation est valable pour une particule de vitesse c et de masse nulle, et
donne dans ce cas E = |p| c.
On postule alors que la loi de la dynamique relativiste est donnée, dans tout référentiel
inertiel {xα }, par
dpα
= m aα = f α , (3.28)
dτ
où dτ est le temps propre de la particule (3.17) et où f α est le quadri-vecteur force agissant
sur la particule. Pour donner un sens à la loi (3.28) il faut bien sûr définir ce que l’on entend
5
Il est possible d’interpréter la loi (3.25) en disant que la masse de la particule dépend de son état de
p
mouvement par m(v) = m/ 1 − v2 /c2 , mais il vaut mieux ne garder qu’un seul concept de masse — la
masse au repos constante m.
21
par f α . Pour cela on remarque que le membre de gauche de (3.28) se transforme sous la
transformation de Poincaré (3.2) comme
β
dp′α α dp
= Λ β . (3.29)
dτ ′ dτ
En effet, dτ est un invariant, dτ ′ = dτ , donc la quadri-vitesse (3.19) et la quadri-impulsion
(3.24) se transforment comme la différentielle dx′α = Λαβ dxβ , et, puisque Λαβ est une matrice
constante, on obtient (3.29). On définira alors le quadri-vecteur force f α par f α = Λαi (v)F i
où Λαβ (v) est la transformation de Lorentz (3.9) associée à la vitesse v de la particule, et
où F α = (0, F) est l’expression de la force dans le référentiel propre de la particule, c’est-
à-dire le référentiel inertiel dans lequel la particule est au repos à l’instant considéré. Ici
F représente l’expression usuelle de la force, par exemple F = q E dans le cas d’une force
électrique. Comme les lois de transformation de Poincaré forment un groupe, il est clair
qu’avec cette définition la quadri-force se transformera de façon analogue à (3.29), soit
f ′α = Λαβ f β . (3.30)
Il est évident d’après (3.29)–(3.30) que la forme de la loi de la dynamique (3.28) ainsi
définie est la même dans tous les référentiels inertiels (en effet si m aα = f α alors on a aussi
m a′α = f ′α ) en accord avec le principe de relativité.
22
IV. PRINCIPE D’EQUIVALENCE
Deux concepts de masses (au moins) peuvent être distingués en physique gravitationnelle.
1. La masse inertielle mi est le coefficient qui apparaı̂t dans la deuxième loi de Newton
F = mi a . (4.1)
Un corps soumis à une force extérieure F acquiert une accélération a proportionnelle
à F, le coefficient de proportionalité dépend du corps en question et est noté 1/mi .
2. La masse gravitationnelle mg est le coefficient qui apparaı̂t dans la loi de la gravitation
Fg = m g g . (4.2)
Un champ de gravitation g exerce sur un corps une force gravitationnelle Fg propro-
tionnelle à g, le coefficient de proportionalité dépend du corps et est noté mg .
La loi de la dynamique (4.1) est exactement la loi de la dynamique relativiste (3.28)
écrite dans le référentiel propre de la particule. La masse inertielle est donc la masse qui
apparaı̂t dans les équations (3.24)–(3.28) — c’est l’équivalent en masse de l’énergie au repos
des corps; donc E = mi c2 pour un corps au repos. Par contre la masse gravitationnelle est
une notion a priori très différente: c’est l’analogue gravitationnel de la charge électrique q
et on pourrait en fait appeler mg la charge gravitationnelle.
B. Observation expérimentale de mi = mg
23
de leur composition interne. Donc, pour des conditions initiales identiques, la trajectoire
de tous les corps dans un champ de gravitation est la même. Ce fait expérimental, in-
compréhensible en théorie de Newton, montre que l’on peut toujours choisir, pour tous les
corps, et avec un système d’unités approprié,
mi = m g . (4.4)
bâti fixe
fil de torsion
A fléau
O B
corps a corps b
n
Fa Fb
FIG. 10: Expérience d’Eötvös.
Soient Fa et Fb les forces auxquelles sont soumises les corps a et b. Ces forces exercent
sur le fil par l’intermédiaire du fléau du pendule une tension T = T n et un couple C = Cn,
où n dénote la direction unitaire du fil de torsion (|n| = 1). A l’équilibre, on a
T = Fa + Fb , (4.5a)
C = 0A × Fa + 0B × Fb , (4.5b)
où 0 est le centre de gravité du fléau et A, B les positions des corps a, b. On en déduit le
couple s’exerçant sur le fil,
1
C= (0A − 0B)· (Fa × Fb ) . (4.6)
|Fa + Fb |
Pour trouver cette relation il suffit de multiplier scalairement C et T, en remarquant que
C.T = C|Fa + Fb |, et d’utiliser les expressions précédentes à l’équilibre. On vérifie que
C = 0 si Fa est parallèle à Fb . Les deux corps a et b sont soumis au champ gravitationnel
g de la Terre et au champ d’accélération inertielle c de rotation de la Terre sur elle-même.
Les forces Fa et Fb sont donc données par
24
Fb = mgb g + mib c , (4.7b)
où mga , mgb sont les masses gravitationnelles des corps et mia , mib leurs masses inertielles.
On a |c| = RT ω 2 sin λ où RT est le rayon de la Terre. Au premier ordre dans la différence
|(mg /mi )a − (mg /mi )b | supposée très petite et que l’on appelle quelquefois le paramètre
d’Eötvös, on obtient alors
mia mib mg mg (0A − 0B)· (g × c)
C≈ − . (4.8)
mia + mib mi a mi b |g + c|
Une mesure de C permet donc de mesurer la différence des rapports mg /mi pour les corps
λ
g
Les expériences plus récentes de Dicke (1964) et Braginsky (1972) ont atteint les précisions
10−11 et 10−12 . Des projets d’expériences par satellite: le satellite Microscope en
développement au CNES et qui sera lancé vers 2010, et le projet STEP — Satellite Test of
the Equivalence Principle, devraient atteindre la précision 10−15 − 10−17 .
Si réellement mi = mg pour tous les corps, alors on peut “effacer” les effets d’un champ de
gravitation g statique et uniforme, c’est-à-dire indépendant de t et x, en se plaçant dans un
référentiel uniformément accéléré. En effet faire mi = mg dans (4.3) donne dans le référentiel
{t, x} supposé cartésien,
d2 x
= g. (4.10)
dt2
Si l’on pose t′ = t et x′ = x − 21 gt2 on obtient
d2 x′
=0. (4.11)
dt′2
25
Le nouveau référentiel {t′ , x′ } est donc exactement d’après (2.2) ce que nous avons appelé un
référentiel inertiel, dans lequel le mouvement libre de tous les corps est rectiligne et uniforme,
et où les effets de la gravitation ont disparu. On obtient ainsi une connection intéressante
entre le principe d’équivalence et le principe d’inertie. Inversement, on peut dire qu’un
référentiel
inertiel
champ statique
et uniforme {t', x'}
référentiel
γ=g fixe
g
{t, x}
FIG. 12: Le champ gravitationnel est effacé dans le référentiel en chute libre.
γ =-g
champ statique
et uniforme
référentiel
accéléré
g
{t, x} {t', x'}
FIG. 13: Le champ gravitationnel est équivalent à un référentiel accéléré dans le vide.
Tout champ de gravitation peut-être considéré comme statique et uniforme dans une
région assez petite de l’espace et pendant un lapse de temps assez court, c’est-à-dire dans
un petit voisinage de l’espace-temps. On est donc amené à poser le principe d’équivalence
faible, qui est la traduction directe de l’observation expérimentale que mi = mg .
26
D. Principe d’équivalence d’Einstein
Les corps utilisés dans les expériences testant mi = mg comme l’expérience d’Eötvös
ne sont pas ponctuels et leur masse-énergie inclue de nombreuses contributions distinctes,
en particulier énergie de masse et énergie cinétique des constituants, l’énergie de liaison
électromagnétique, énergie de liaison nucléaire des noyaux.
Donc, si réellement mi = mg pour tous les corps (avec mi = E/c2 ), les diverses énergies
doivent contribuer séparément de la même manière à mi et à mg , car les diverses énergies
entrent dans des proportions différentes dans les différents corps. Ainsi, de l’expérience de
Eötvös on a pu en conclure que l’énergie électromagnétique de liaison entre le proton et le
neutron dans l’atome d’hydrogène contribue de la même façon à mi et mg avec la précision
≈ 10−4 : une “boule” d’énergie électromagnétique est accélérée dans un champ de gravitation
comme si sa masse gravitationnelle était mg = mi = Eem /c2 .
Les diverses énergies constituant les corps (mise à part l’énergie gravitationnelle elle-
même) étant décrites par la relativité restreinte, on est conduit avec Einstein à postuler que
la relativité restreinte reste valable dans le référentiel localement inertiel comme en l’absence
de champ de gravitation.
Par exemple, les équations de Maxwell pour l’électromagnétisme seront valables dans le
référentiel localement inertiel. Mais on retrouvera toute la physique non-gravitationnelle
habituelle: la constante de structure fine aura la valeur habituelle α = 1/137, le rapport de
masse entre le neutron et le proton vaudra 1.00138, etc. Nous donnerons en section V A une
formulation mathématiquement précise du principe d’équivalence d’Einstein.
Les arguments précédents concernant les diverses énergies constitutives des corps mon-
trent qu’il est probablement impossible de bâtir une théorie de la gravitation relativiste et
complète, c’est-à-dire incorporant toutes les lois connues de la physique non-gravitationnelle,
qui satisfasse au rincipe d’équivalence faible sans satisfaire au principe d’équivalence
d’Einstein. En d’autres termes le principe d’équivalence faible est probablement équivalent
au principe d’équivalence d’Einstein.
E. Effet Einstein
L’effet Einstein (1911) est une conséquence directe de principe d’équivalence d’Einstein.
La fréquence d’un photon émis lors d’une transition atomique dans une région de fort poten-
tiel gravitationnel et reçu en un point d’une région de faible potentiel gravitationnel est plus
basse (elle est “décalée vers le rouge”) que la fréquence d’un photon émis lors de la même
transition atomique au point de réception (dans la région de faible potentiel gravitationnel)
et observée au même point.
Soit un photon émis lors de la transition atomique E2 → E1 en un point A d’un référentiel
d’accélération constante a vers un point B situé dans la direction de l’accélération a. La
fréquence du photon en A est donc νA = (E2 − E1 )/h. Soit d la distance entre A et B
mesurée dans le référentiel accéléré. Pendant le temps de vol du photon de A à B la vitesse
27
du référentiel augmente de 6
ad
. ∆v = (4.12)
c
avec a = |a|. L’observateur en B dans le référentiel accéléré verra donc le photon à une
fréquence νB décalée par effet Doppler par rapport à sa fréquence νA à l’émission en A.
Donc, par simple application de l’effet Doppler du premier ordre,
νB ∆v ad
= 1− = 1− 2 . (4.13)
νA c c
E2
A E1
νB gd
= 1− 2 . (4.14)
νA c
Ici νA est la fréquence du photon à l’émission (au point de fort potentiel gravitationnel) et νB
est la fréquence à la reception (au point de faible potentiel gravitationnel). Intuitivement, le
photon allant de A à B doit “lutter” pour s’échapper du champ de gravitation g, il perd de
l’énergie et sa fréquence diminue par ν = E/h. De façon équivalente, les battements d’une
horloge située en B sont ralentis par rapport à une horloge identique située en A. L’effet
Einstein a été confirmé pour la première fois dans l’expérience de Pound et Rebka (1960).
Une expérience de comparaison d’horloges entre le sol et une fusée en vol balistique a permis
de mesurer l’effet avec la précision ≈ 10−4 .
6
On suppose que la vitesse de la lumière est égale à c dans le référentiel accéléré, ce qui n’est vrai qu’au
premier ordre mais sera compatible avec l’application de l’effet Doppler du premier ordre dans (4.13).
28
B
g
A E2
E1
Ce principe dit que l’on peut réaliser une expérience comme la mesure de la constante
gravitationnelle G en mesurant dans le référentiel localement inertiel la force gravitationnelle
entre deux corps (expérience dite de Cavendish) et que le résultat sera le même que pour la
mesure effectuée dans l’espace vide.
Le principe d’équivalence fort est nécessairement un peu “flou” car il invoque la loi grav-
itationnelle elle-même. Dans une théorie satisfaisant à ce principe le champ de gravitation
gravite donc engendre lui-même des champs de gravitation secondaires. Une telle théorie de
la gravitation est nécessairement non linéaire.
Contrairement au principe d’équivalence d’Einstein, le principe d’équivalence fort n’est
pas équivalent au principe d’équivalence faible. C’est une propriété satisfaite par certaines
théories de la gravitation. La relativité générale est l’une des seules théories de la gravitation,
avec la théorie de Nordstrøm qui est une théorie purement scalaire, à satisfaire le principe
d’équivalence fort.
L’expérience d’Eötvös ne permet pas de tester le principe d’équivalence fort car les corps
utilisés (billes de platine ou de bois) ont une énergie interne gravitationnelle négligeable par
rapport aux autres formes d’énergie. Pour tester le principe d’équivalence fort il faut utiliser
des corps célestes.
Considérons le système Terre-Lune plongé dans le champ gravitationnel du Soleil, et
supposons que la Terre et la Lune n’aient pas le même rapport mg /mi . Alors la Terre et la
Lune vont être accélérées différemment vers le Soleil comme l’avaient déjà remarqué Newton
et Laplace. Si l’on néglige la perturbation de marée du Soleil sur la Lune l’équation du
29
Lune
x
X
Terre Soleil
Le résultat (4.17) montre que l’orbite de la Lune est polarisée vers le Soleil, l’amplitude
maximale de la polarisation étant donnée par
3δa
δrmax = − . (4.18)
2ωL ωS
Pour tester le principe d’équivalence fort, on suppose que le rapport mg /mi des corps diffère
de un par une petite contribution due à l’énergie gravitationnelle du corps, et donc du type
R
mg η ρU d3 x
= 1+ 2 R , (4.19)
mi c ρ d3 x
où η est une certaine constante sans dimension mesurant la violationR du principe
d’équivalence fort, où U est le potentiel newtonien du corps, U = G ρ d3 x′ /|x − x′ |, où
30
δ rmax
R
ρ d3 x est sa masse
R (indifféremment mg ou mi car le deuxième terme dans (4.19) est un pe-
tit terme), et où ρ U d3 x est relié à son son énergie gravitationnelle. 7 Négligeant l’énergie
gravitationnelle de la Lune par rapport à celle de la Terre, et assimilant la Terre à une sphère
homogène (masse mT , rayon aT ) on obtient alors, d’après (4.16),
R
ρU d3 x 6 G2 MS m T
η GMS
δa = 2 2
R
3
= η 2 2
= (5 10−12 m/s2 ) η . (4.20)
c RS ρd x T 5 aT R S c
Sachant que l’on connaı̂t le mouvement de la Lune avec une précision de l’ordre de 5 cm par
tirs laser et que aucune polarisation attribuable à cet effet n’a été observée, on en déduit un
test du principe d’équivalence fort avec la précision
31
V. FORCES GRAVITATIONNELLES
∂Gαβ
Gαβ |P = ηαβ et =0. (5.4)
∂X γ P
B. Forces gravitationnelles
8
En toute rigueur nous devrions donc dénoter le référentiel localement inertiel par {XPα }.
32
des forces gravitationnelles en P s’obtient en considérant un référentiel qui n’est pas locale-
ment inertiel en P. On introduit donc un référentiel arbitraire {xµ }, 9 défini globalement sur
l’espace-temps, et relié à {X α } par des transformations de coordonnées xµ (X α ) arbitraires
(mais supposées inversibles) — voir aussi (2.2),
xµ = xµ (X α ) . (5.5)
Pour isoler les effets qui sont spécifiquement dus à la gravitation, on suppose que dans le
référentiel localement inertiel {X α }, une particule située en P n’est soumise à aucune force
non-gravitationnelle et que donc son mouvement libre est donné par
d2 X α
= 0. (5.6)
dp2
Ici p est un certain paramètre (dit affine) le long de la trajectoire qui est tel que (5.6) soit
vrai. Le nom de paramètre affine vient de ce que si p est un paramètre affine, alors tout
paramètre q = ap + b est encore affine, c’est-à-dire que l’équation (5.6) est préservée. Dans
le cas d’une particule massive (masse > 0), on pourra prendre pour paramètre affine p le
temps propre τ de la particule satisfaisant à ds2 = −c2 dτ 2 . Il est en fait plus commode
de considérer p comme un paramètre indéterminé que l’on pourra éliminer au profit de la
coordonnée de temps pour trouver le mouvement de la particule. En effet on a d2 X 0 /dp2 = 0
et d2 X i /dp2 = 0 d’où par élimination de p au profit de T = X 0 /c dans (5.6) on trouve
facilement d2 X i /dT 2 = 0 en accord avec la définition (2.5) du référentiel inertiel.
Passant au référentiel arbitraire {xµ } on obtient, en utilisant les règles élémentaires du
calcul différentiel,
d’où l’équation
d2 xµ ν
µ dx dx
ρ
+ Γνρ =0, (5.8)
dp2 dp dp
où le symbole Γµνρ désigne la quantité
∂xµ ∂ 2 X α
Γµνρ = . (5.9)
∂X α ∂xν ∂xρ
On appelle Γµνρ le symbole de Christoffel. Comme les dérivées partielles commutent (ce qu’on
appelle parfois le lemme de Schwarz) cet objet est symétrique en ν et ρ, Γµνρ = Γµρν .
Ainsi, dans le référentiel arbitraire {xµ }, le mouvement de la particule est donné par les
équations (5.8) avec (5.9). D’après le principe d’équivalence, on est en droit d’interpréter ces
équations comme les équations du mouvement dans un champ de gravitation quelconque,
et donc d’interpréter le terme supplémentaire dans (5.8), qui apparaı̂t comme un terme
d’accélération inertielle, comme l’opposé d’un terme de force gravitationnelle (par unité
de masse), c’est-à-dire comme l’opposé d’un champ gravitationnel. On peut obtenir une
9
Dans la suite on s’éfforcera de choisir les indices d’espace-temps grecs µ, ν, ρ, · · · pour un référentiel
global quelconque, et les indices α, β, γ, · · · lorsque le référentiel est localement inertiel.
33
expression plus parlante du champ gravitationnel en éliminant dans (5.8) le paramètre p au
profit du temps t = x0 /c.
On pourra remarquer que d2 xi /dt2 s’écrit sous la forme (dp/dt)(d/dp)[(dt/dp)−1 dxi /dp] et
développer la dérivée d/dp.
C. Tenseur métrique
∂X α ∂X β µ ν
ds2 = Gαβ (X) dX α dX β = Gαβ (X) dx dx = gµν (x) dxµ dxν , (5.11)
∂xµ ∂xν
où l’on a introduit
∂X α ∂X β
gµν (x) = Gαβ (X) . (5.12)
∂xµ ∂xν
La matrice gµν (x) s’appelle tenseur métrique. C’est l’objet fondamental qui permet de décrire
le champ de gravitation. Nous verrons qu’il peut être vu comme une généralisation à dix
composantes (car gµν est une matrice 4×4 symétrique donc possède a priori dix composantes
indépendantes) du potentiel gravitationnel newtonien. Le mot tenseur se refère à la loi de
transformation entre référentiels (5.12) et sera précisé en section VI.
Le tenseur métrique (5.12) et ses dérivées peuvent être calculés au point P autour duquel
est défini le référentiel localement inertiel {X α } en utilisant le développement de Taylor
(5.3). On obtient tout d’abord
∂X α ∂X β
gµν |P = ηαβ . (5.13)
∂xµ ∂xν
Notons que d’après le théorème de Sylvester, les nombres de valeurs propres > 0 et < 0
du tenseur métrique (5.13) sont les mêmes que pour la matrice de Minkowski ηαβ , c’est-
à-dire trois valeurs propres > 0 et une valeur propre < 0; on dit que gµν a la signature
34
− + ++ (comme pour ηαβ ). En particulier, le déterminant de la matrice gµν est négatif,
g = det(gµν ) < 0.
Pour les dérivées ∂σ gµν = ∂gµν /∂xσ on obtient, en utilisant (5.4),
2 α
∂X β ∂X α ∂ 2 X β
∂ X
∂σ gµν |P = + ηαβ . (5.14)
∂xµ ∂xσ ∂xν ∂xµ ∂xν ∂xσ
Cette relation permet de relier le symbole de Christoffel au tenseur métrique. En effet, on
calcule facilement à partir de (5.13) et (5.14) la relation suivante
∂xρ ∂ 2 X α
g ρσ ∂µ gνσ + ∂ν gµσ − ∂σ gµν
= 2 , (5.15)
P ∂X α ∂xµ ∂xν
où l’on a utilisé la matrice g ρσ inverse du tenseur métrique gµν , dénotée avec des indices
supérieurs, et satisfaisant g ρσ gσν = δνρ .
∂X β ∂xν
ν γ
= δγβ , (5.16)
∂x ∂X
que l’expression de la matrice inverse g ρσ est
∂xρ ∂xσ γδ
g ρσ |P = η , (5.17)
∂X γ ∂X δ
où η γδ est la matrice inverse de la matrice de Minkowski ηαβ , et a les mêmes composantes
données par (3.4) que ηαβ . En déduire (5.15).
1 ρσ
Γρµν = g [∂µ gνσ + ∂ν gµσ − ∂σ gµν ] . (5.18)
2
Cette formule ayant été démontrée en un évènement P initialement arbitraire (le “centre”
du référentiel localement inertiel), elle est vraie en tous points. Elle est aussi clairement
vraie pour tout référentiel arbitraire {xµ }.
Il faut souligner que le symbole de Christoffel est un objet qui est nul dans la classe
particulière des référentiels inertiels, car les dérivées premières de la métrique sont nulles
par (5.4). Dans un référentiel localement inertiel en P on a Γαβγ P = 0. Le symbole de
Christoffel n’a donc pas de signification “intrinsèque” c’est-à-dire définie indépendamment
des coordonnées.
D. Lagrangien géodésique
35
Exercice. En utilisant l’expression (5.18) du symbole de Christoffel dans l’équation (5.8)
prouver qu’une forme équivalente de équation des géodésiques est
L’équation précédente est intéressante car elle se réécrit sous forme d’une équation de
Lagrange, dans laquelle le paramètre affine p joue le rôle du temps,
d ∂L ∂L
µ
= , (5.20)
dp ∂(dx /dp) ∂xµ
où L est ce qu’on appelle le lagrangien géodésique donné par
2
dxµ dxν
dx 1 1 ds
L x, = gµν (x) = . (5.21)
dp 2 dp dp 2 dp
Comme on a pu réécrire L à l’aide de l’intervalle, on voit que les trajectoires solutions de
l’équation des géodésiques sont bien les lignes géodésiques de l’espace-temps, c’est-à-dire les
2
lignes extrêmalisant la distance carrée entre les événements au sens de l’intervalle
√ ds . On
peut en fait montrer que les géodésiques extrêmalisent aussi la distance ds = ±ds . 2
Notons que l’on a pas besoin de connaı̂tre les symboles de Christoffel (5.18) pour écrire
les équations des géodésiques sous la forme (5.19). Les équations (5.19) sont en général plus
faciles à utiliser que les équations (5.8). Au contraire, les équations (5.19) permettent de
calculer très simplement les Christoffels Γρµν par comparaison avec (5.8); nous verrons en
section XI C un exemple pratique de calcul des Γρµν grâce à l’équation des géodésiques.
Exercice. Prouver qu’une intégrale première de l’équation des géodésiques (5.19) est
1 dxµ dxν
gµν (x) =e, (5.22)
2 dp dp
où e est une constante le long de la trajectoire de la particule. On vérifira directement que
de/dp = 0 est conséquence de l’équation des géodesiques (5.19).
Une autre façon d’obtenir (5.22) est de remarquer que le membre de gauche de (5.22)
est en fait égal à l’“énergie” associée au lagrangien L, qui est donc constante le long des
trajectoires. En effet, définissons le moment conjugué
∂L dxν
πµ = = gµν . (5.23)
∂(dxµ /dp) dp
Alors le hamiltonien s’écrit par la transformation de Legendre
dxµ
H = πµ −L . (5.24)
dp
et l’on obtient immédiatement que en fait H = L. L’équation (5.22) apparaı̂t donc comme
l’intégrale de l’énergie H = e associée au lagrangien géodésique L. Attention au fait que la
36
constante e n’a rien à voir avec l’énergie de la particule — c’est simplement une constante
reliée à la norme du vecteur unitaire uµ = dxµ /dp le long de la trajectoire (gµν uµ uν = 2e),
qui se trouve conservée par l’équation du mouvement. Le hamiltonien doit en fait être
exprimé comme une fonction de xµ et de son moment conjugué πµ , donc
1 µν
H(x, π) = g (x) πµ πν . (5.25)
2
La forme lagrangienne (5.19) de l’équation des géodésiques est très utile pour rechercher
des quantités conservées dans le mouvement (hormis H = e). Si les composantes de la
métrique gρσ ne dépendent pas d’une certaine coordonnée xµ – on dira que la coordonnée xµ
est ignorable – alors on obtiendra par (5.19) une intégrale première du mouvement donnée
par gµν dxν /dp = const, c’est-à-dire
πµ = const , (5.26)
pour une métrique indépendante de xµ , où πµ est le moment conjugué de xµ . En pratique,
pour obtenir le mouvement des particules, il faudra toujours commencer par rechercher
d’éventuelles intégrales premières du mouvement du type (5.26), associées à des symétries
de la métrique (le fait qu’une coordonnée soit ignorable). Dans tous les cas on aura l’intégrale
du mouvement (5.22) qui est toujours valable même en l’absence de symétries.
E. Quadri-vitesse et quadri-accélération
Soit une particule ordinaire (de masse m > 0) en chute libre dans le champ de gravitation.
On définit sa quadri-vitesse comme en relativité restreinte (voir la section III E) par
µ dxµ
u = , (5.27)
dτ
où dτ est le temps propre
1 2 1
dτ 2 = − 2
ds = − 2 gµν dxµ dxν . (5.28)
c c
√
Par comparaison avec (5.22) on voit que le paramètre p est relié à τ par cτ = −2e p. Donc
e < 0 pour une particule ordinaire. La quadri-vitesse est donc du genre temps — située à
l’intérieur du cône de lumière:
gµν uµ uν = −c2 . (5.29)
On peut alors comme en relativité restreinte introduire un espace Π à trois dimensions or-
thogonal à uµ qui représente l’espace “propre”, ou espace de “simultanéité”, de l’observateur
de quadri-vitesse uµ dans lequel il fait des mesures spatiales. Cet espace est défini par
l’ensemble des vecteurs VΠµ =⊥µν V ν , où le projecteur perpendiculaire à uµ est défini par
1 µ
⊥µν = δνµ + u uν , (5.30)
c2
avec uν = gνρ uρ . On a ⊥µν uν = 0 donc VΠµ uµ = 0 pour tous les vecteurs de Π (et ⊥µν est
bien un projecteur, c’est-à-dire que ⊥µν ⊥νρ =⊥µρ ).
La quadri-accélération de la particule n’est pas égale, en général, à la dérivée de la
quadri-vitesse par rapport au temps propre. D’après le principe d’équivalence, les champs de
37
gravitation sont équivalents localement à des champs d’accélération inertiels et doivent donc
être inclus dans la définition de la quadri-accélération. La définition correcte en relativité
générale est
duµ
aµ = + Γµνρ uν uρ , (5.31)
dτ
où Γµνρ est le symbole de Christoffel donné par (5.18). De la sorte, l’équation des géodésiques
(5.8) [ou de façon équivalente (5.19)] s’écrit simplement
aµ = 0 . (5.32)
L’équation des géodésiques représentant le mouvement libre des corps dans l’espace-temps
(d’après le principe d’équivalence) se traduit par le fait que la quadri-accélération est nulle.
En un certain sens le principe de relativité a été généralisé à tous les référentiels: le mouve-
ment de tous les corps libres (non soumis à l’action de forces extérieures mais soumis à des
champs d’accélération inertiels représentant les effets de la gravitation) est un mouvement
non accéléré dans le sens où (5.32). Dans ce sens la définition (2.5) des référentiels inertiels
en section II a étée généralisée — c’est là l’origine du nom de relativité générale.
En présence de forces extérieures autres que la force gravitationnelle on aura une équation
du type
m aµ = f µ , (5.33)
où f µ est défini par transformation de coordonnée arbitraire {X α } → {xµ } à partir de son
expression F α = (0, F) dans un référentiel localement inertiel {X α } où la particule se trouve
momentanément au repos (supposant que f µ est un tenseur, voir la section VI).
38
VI. CALCUL TENSORIEL
A. Notion de scalaire
Cette valeur numérique commune est la valeur de ds2 au point repéré par xµ et x′µ dans
les deux référentiels, c’est-à-dire l’évènement P = (xµ ) = (x′µ ) dans la notation (2.1). Plus
généralement on appellera scalaire tout champ S(x) défini en tout point de l’espace-temps
et tel que dans un changement arbitraire de référentiel {x} → {x′ } on ait
Il faut bien distinguer le postulat très naturel (6.2) d’invariance numérique avec le principe
de relativité en section II, qui implique que non seulement la valeur numérique de l’intervalle
mais surtout sa forme est la même dans tous les référentiels inertiels [et est donnée par
l’expression minkowskienne (3.6)].
′ ∂xµ ∂xν
gρσ (x′ ) = gµν (x) . (6.4)
∂x′ρ ∂x′σ
39
Un objet dont les composantes dans les différents référentiels sont reliées
0 par une formule
telle que (6.4) est appelé tenseur deux fois covariant ou hdeivariance 2 .
En toute généralité, on appelle tenseur de variance pq un objet dont les composantes
µν···
Tρσ··· (x) dans le référentiel {xµ } possèdent p indices supérieurs µν · · · (dits contravariants)
et q indices inférieurs ρσ · · · (dits covariants) et se transforment dans les changements de
référentiels arbitraires {xµ } → {x′ν } selon
C. Exemples de tenseurs
Outre l’intervalle ds2 (qui est un scalaire ou tenseur 00 ), le vecteur quadri-vitesse (6.3)
et le tenseur métrique (6.4), il existe de nombreux autres tenseurs.
∂x′ν ∂xσ ρ
δµν = δ . (6.6)
∂xρ ∂x′µ σ
Ce tenseur a les mêmes composantes numériques dans tous les référentiels, données
par δµ′ν = δµν = 1 si µ = ν, et = 0 si µ 6= ν.
∂x′µ ∂x′ν σρ
g ′µν (x′ ) = g (x) , (6.7)
∂xρ ∂xσ
ce qui se prouve à partir des lois (6.4) et (6.6).
3. Soit g le déterminant de la matrice gµν , g = det(gµν ). D’après (6.4), on a g ′ (x′ ) =
J 2 g(x) où J est le déterminant de la matrice ∂xµ /∂x′ν , appelé aussi jacobien de la
transformation {xµ } → {x′ν }. Comme on sait que l’élément de volume d4 x se trans-
forme selon d4 x = |J|d4 x′ , on en déduit que
p p
−g ′ (x′ ) d4 x′ = −g(x) d4 x , (6.8)
0
est un scalaire 0 (rappelons que le déterminant g est < 0).
√
4. On admettra que −g εµνρσ , où εµνρσ est le symbole complètement antisymétrique
habituel (qui change de signe dans une transposition quelconque d’indices et a par
exemple ε0123 = +1) est un tenseur 04 pour les transformations de jacobien J > 0,
p ∂x′µ ∂x′ν ∂x′ρ ∂x′σ p
−g ′ (x′ ) ελτ πε = −g(x) εµνρσ . (6.9)
∂xλ ∂xτ ∂xπ ∂xε
40
5. Notons aussi que le tenseur
h i nul, égal à zéro dans tous les systèmes de coordonnées, est
un tenseur de variance pq arbitraire car
On peut former des tenseurs nouveaux à partir de tenseurs anciens par les opérations
algébriques suivantes (qui engendrent une algèbre pour l’espace des tenseurs).
1. Combinaison linéaire de tenseurs de mêmes variances, par exemple
Tρµν = a Rρµν + b Sρµν . (6.11)
10
Attention, si le tenseur T µν ou Tµν dans le membre de droite de (6.15) n’est pas symétrique dans les
indices µν, on doit indiquer par un point la place initiale de l’indice déplacé: en effet Tµ· ν 6= T ν.µ , ou
T.νµ 6= Tµν· .
41
E. Dérivation covariante
Le vecteur quadri-vitesse uµ d’une particule est d’après (6.3) un tenseur 10 . Le vecteur
∂x′ν µ
a′ν (x′ ) = a (x) . (6.17)
∂xµ
Exercice. Prouver la formule (6.17) par un calcul direct dans lequel on établira et utilisera
la loi de transformation du symbole de Christoffel
∂xπ ∂xε ∂x′ρ τ ∂x′ρ ∂ 2 xσ
Γ′ρ ′
µν (x ) = Γ (x) + . (6.18)
∂x′µ ∂x′ν ∂xτ πε ∂xσ ∂x′µ ∂x′ν
Le deuxième terme dans cette équation montre que Γρµν n’est pas un tenseur.
∇ν uµ = ∂ν uµ + Γµνρ uρ . (6.20)
h i
µ···
Plus généralement, on peut montrer que si Tλ··· est un tenseur de variance pq quelconque,
h i
µ··· p
alors sa dérivée covariante ∇ν Tλ··· est un tenseur de variance q+1 donné par
où les termes comprenant les Γ sont au nombre de p avec un signe + (un terme pour chaque
indice contravariant) et au nombre 0 de q avec un signe − (un terme pour chaque indice
covariant). Si S est un scalaire 0 , il n’y a pas de terme en Γ, et la dérivée covariante se
réduit à la dérivée ordinaire. Donc si S est le scalaire (6.2) on a
∇ν S = ∂ν S , (6.22)
42
qui est un tenseur 02 . On prouve plus loin que la dérivée covariante satisfait la règle de
Leibniz habituelle pour la composition des dérivations, voir (6.40).
1 √
∇µ V µ = √ ∂µ ( −g V µ ) , (6.24a)
−g
1 √
∇µ F µν = √ ∂µ ( −g F µν ) + Γνρσ F ρσ . (6.24b)
−g
F. Tenseur de Riemann
∇µ ∇ν S = ∂µ ∂ν S − Γρµν ∂ρ S = ∇ν ∇µ S , (6.26)
car les dérivées ordinaires commutent et le symbole de Christoffel est symétrique, Γρµν = Γρνµ .
Cependant cette propriété n’est pas vraie quand la dérivée seconde agit sur un tenseur de
variance plus élevée, par exemple un vecteur V λ . Dans ce cas, on peut montrer que le
commutateur des dérivées covariantes agissant sur V λ s’écrit (identité de Ricci)
11
C’est notamment le cas du tenseur de Faraday, Fµν = ∇µ Aν − ∇ν Aµ = ∂µ Aν − ∂ν Aµ . La formule
précédente permet donc d’écrire les équations de Maxwell dans un champ de gravitation sous la forme
1 √
√ ∂µ ( −g F µν ) = −µ0 J µ ,
−g
43
λ
Le membre de gauche de (6.27) étant
1 un tenseur, et V étant un vecteur arbitraire, on en
λ
déduit que R· µσν est un tenseur 3 , découvert par Riemann (1854) et appelé le tenseur
de Riemann (parfois de Riemann-Christoffel) ou tenseur de courbure. Rappelons que le
symbole de Christoffel n’est pas un tenseur — voir sa loi de transformation (6.18) — mais
il se trouve de façon remarquable que la combinaison compliquée de dérivées et de produits
de Γ donnée par (6.28) est un tenseur.
Le tenseur de Riemann, très important dans la suite, satisfait à des identités algébriques
et différentielles. Les identités algébriques résultent des symétries suivantes sur les indices
(où on utilise la forme covariante du tenseur de Riemann Rµνρσ = gµτ R·τνρσ ).
1. Antisymétrique des paires d’indices µν et ρσ,
Rµνρσ = −Rνµρσ = −Rµνσρ . (6.29)
1
E µν = Rµν − g µν R . (6.34)
2
Le tenseur d’Einstein est défini par les contractions suivantes du tenseur de Riemann,
Rµν = R·λµλν , (6.35a)
µν
R = g Rµν , (6.35b)
(avec, bien sûr, Rµν = g µρ g νσ Rρσ ), qui sont appelées respectivement tenseur de Ricci Rµν
et scalaire de Ricci R. Notez que le tenseur de Ricci Rµν est en fait symétrique en µν de
part la symétrie d’échange de paires en (6.30):
Rµν = Rνµ . (6.36)
44
Il faut insister sur le fait que (6.32) et (6.33) sont des identités, c’est-à-dire sont iden-
tiquement vraies pour toutes métriques (on dénote une identité par le symbole ≡). Si l’on
remplace dans ces identités le tenseur de Riemann par son expression (6.28) en fonction du
symbole de Christoffel, puis le symbole de Christoffel en fonction de la métrique (5.18), ont
trouvera zero identiquement.
G. Equations tensorielles
h i
Une équation tensorielle est une équation qui relie deux tenseurs de même variance pq ,
par exemple
Tσµν (x) = Aσ (x)K µν (x) ou Tσµν (x) = ∇σ K µν (x) , (6.37)
où Tσµν , Aσ et K µν sont les composantes de tenseurs, ou bien encore
λρ
Wστ (x) = 0 , (6.38)
puisque l’on a vu que zéro est un tenseur de variance arbitraire. Une équation tensorielle
est covariante dans le sens où elle garde la même forme dans tous les référentiels. Si elle
s’exprime par (6.37) ou (6.38) dans le référentiel {x}, elle s’exprimera par
′λρ ′
Tσ′µν (x′ ) = Aσ (x′ )K ′µν (x′ ) ou Tσ′µν (x′ ) = ∇′σ K ′µν (x′ ) ou Wστ (x ) = 0 , (6.39)
dans le référentiel {x′ }, où les nouvelles composantes des tenseurs sont données par des
tranformations telles que (6.5). Si une équation tensorielle a été démontrée être vraie dans
un système de coordonnées particulier, elle sera vraie dans tous les systèmes de coordonnées.
Il est très commode de démontrer les équations tensorielles en se plaçant dans un système
de coordonnés localement inertielles X α en un point P fixé mais arbitraire (voir la section
V A). Dans un tel référentiel, la métrique Gαβ (X) se réduit en P à la métrique de Minkowski
ηαβ , et ses dérivées premières ∂Gαβ /∂X γ sont nulles en P d’après (5.4). En particulier, tous
les symboles de Christoffel Γ sont nuls (mais attention, leurs différentielles ∂Γ ne sont pas
nulles), et la dérivée covariante ∇γ se réduit donc à la dérivée ordinaire ∂γ = ∂/∂X γ . On
évite ainsi, en se plaçant en coordonnées localement inertielles, de longs calculs.
Ainsi, comme ∇λ gµν est un tenseur, et comme il se réduit à ∂γ Gαβ = 0 dans des co-
ordonnées localement inertielles, on en déduit nécessairement ∇λ gµν = 0 dans tous les
référentiels et l’on retrouve ainsi sans calculs le théorème de Ricci (6.25). De même, on peut
obtenir immédiatement la règle de Leibniz pour la dérivée covariante,
µ··· ρ··· µ··· ρ··· µ··· ρ···
∇λ (Tν··· Uσ··· ) = Tν··· (∇λ Uσ··· ) + (∇λ Tν··· ) Uσ··· . (6.40)
Exercice. Démontrer les identités de Bianchi (6.32) par passage dans un référentiel
localement inertiel (les calculs sont très compliqués dans un référentiel quelconque).
45
VII. RELATIVITE GENERALE
∇ν T µν = 0 , (7.5)
qui apparaı̂t comme une loi de conservation dans le sens covariant, où T µν désigne le tenseur
énergie-impulsion des particules,
T µν = ρ uµ uν . (7.6)
46
C’est bien un tenseur 20 car ρ est un scalaire 00 et uµ un vecteur 10 . On admettra qu’un
champ de matière quelconque (fluide parfait, champ électromagnétique, etc) peut toujours
être décrit par un tenseur énergie-impulsion tel que (7.6), satisfaisant aux équations (7.5). 12
B. Equations d’Einstein
où Gµν est un certain tenseur, fonctionnelle du champ gρσ et de ses dérivées partielles (notées
∂g, ∂ 2 g, · · · ), et où χ est une certaine constante de couplage. On voit tout de suite d’après
l’équation du mouvement de la matière (7.5) que le tenseur Gµν doit nécessairement être à
divergence covariante nulle. Supposons que le tenseur Gµν :
1. Satisfasse identiquement à la contrainte
∇ν Gµν ≡ 0 , (7.8)
Théoreme. Le seul tenseur Gµν qui satisfait aux contraintes précédentes 1. à 3. est, à une
constante multiplicative près que l’on incorpore dans la constante de couplage χ, le tenseur
d’Einstein donné par (6.34),
Gµν = E µν . (7.10)
12
Par exemple, le tenseur énergie impulsion du fluide parfait s’écrit
ε
T µν = 2 + p uµ uν + p g µν ,
c
où ε est la densité d’énergie et p la pression du fluide parfait (ε et p sont des scalaires). La densité d’énergie
est reliée à la densité de masse propre par ε = ρc2 1 + Π/c2 où Π est l’énergie interne du fluide.
47
Le fait d’imposer que Gµν ne dépende que de g et de ses dérivées premières et secondes
est un peu arbitraire mais vient de ce que les équations de la physique sont des équations
différentielles du deuxième ordre en général. Une justification possible de cette hypothèse
est que le problème de l’évolution d’une solution pour le champ gravitationnel à partir de la
donnée de conditions initiales à un instant initial est bien posé dans ce cas.
L’hypothèse Gµν = 0 quand gρσ = ηρσ implique que T µν = 0 quand il n’y a pas de champ
de gravitation. Si l’on relâche cette hypothèse alors la solution la plus générale est donnée
par le tenseur d’Einstein augmenté par un terme contenant la constante cosmologique Λ,
Gµν = E µν + Λ g µν . (7.11)
C. Limite newtonienne
13
Si l’on garde le terme de constante cosmologique dans (7.11) on a besoin aussi du théorème de Ricci (6.25)
qui dit que ∇ν g µν ≡ 0.
48
1 ij 1
E ij = Rij − g R ≃ Rij − δ ij R . (7.13b)
2 2
Utilisant alors E ij ≃ 0 qui est conséquence du fait que T ij ≃ 0 pour des particules non
relativistes (car T ij ≃ ρ v i v j ≪ ρc2 ), il vient successivement Rii ≃ 23 R et R ≃ 2R00 (en effet
R ≃ −R00 + Rii ) d’où E 00 ≃ 2R00 et, d’après l’expression (6.28) du tenseur de Riemann,
E 00 ≃ −∆g00 . (7.14)
Comme T 00 ≃ ρc2 d’après (7.6), les équations d’Einstein s’écrivent dans la limite non-
relativiste
∆g00 ≃ −χ ρ c2 . (7.15)
On conclut de (7.12) et (7.15) que l’on retrouve l’équation newtonienne du mouvement
d2 xi /dt2 = ∂i U et l’équation de Poisson ∆U = −4πGρ pour le potentiel gravitationnel
newtonien U , 14 à condition que la composante 00 de la métrique soit approximativement
2U
g00 ≃ −1 + , (7.16)
c2
et que la constante de couplage χ ait la valeur
8πG
χ= , (7.17)
c4
où G = 6.67 10−11 m3 /kg/s2 est la constante newtonienne de la gravitation. C’est un fait
remarquable que la théorie ainsi construite purement déductivement à partir du principe
d’équivalence, en utilisant l’arsenal du calcul différentiel et du tenseur de Riemann, contienne
finalement la physique gravitationnelle correcte donnée par la théorie de Newton (et donc
toute la mécanique céleste du XIXème siècle) dans le cas limite où c → +∞. 15
Les équations d’Einstein, maintenant complètes, s’écrivent donc
1 µν 8πG
Rµν − g R = 4 T µν . (7.18)
2 c
Une forme équivalente de ces équations, où on utilise la trace T = gµν T µν , est
µν 8πG µν 1 µν
R = 4 T − g T . (7.19)
c 2
Dans le vide, les équations d’Einstein s’écrivent simplement
Rµν = 0 . (7.20)
14
Nous choisissons U > 0. Pour une distribution de matière localisée U est donné par l’intégrale de Poisson
ρ(x′ , t)
Z
U (x, t) = G d3 x′ .
|x − x′ |
15
Einstein, depuis son article de 1913 avec le mathématicien Grossmann, était pleinement conscient que
l’utilisation de la géométrie riemannienne lui permettrait de retrouver la bonne limite newtonienne.
49
D. Interprétation géométrique de la relativité générale
La relativité générale et les équations d’Einstein (7.18) sont basées sur le tenseur de
Riemann R·λµσν apparaissant dans l’identité de Ricci (6.27). Le tenseur de Riemann a en
fait été obtenu par Riemann non comme le tenseur apparaissant dans l’identité de Ricci,
mais comme le tenseur qui caractérise les propriétés de courbure d’un espace riemannien
quelconque à N dimensions (l’espace-temps à 4 dimensions dans notre cas). On a en effet le
résultat suivant.
Théoreme. L’espace-temps est plat, dans le sens où il existe un système global de co-
ordonnées inertielles {X α } pour lequel l’intervalle a partout la forme minkowskienne de la
relativité restreinte ds2 = ηαβ dX α dX β , si et seulement si le tenseur de Riemann est nul en
tous points,
R·λµσν = 0 . (7.21)
50
Cependant, on remarque que les équations d’Einstein dans le vide, Rµν = 0 d’après (7.20),
sont moins restrictives que les conditions d’absence de champ gravitationnel qui s’écrivent
R·λµσν = 0 (espace-temps minkowskien plat). Il peut donc a priori exister des champs de
gravitation même en l’absence de matière, dans un univers vide.
La relativité générale est une théorie non-linéaire. Physiquement, cela est dû au fait que
le champ de gravitation lui-même est source de champ de gravitation. Il possède en effet de
l’énergie, donc de la masse inertielle (par mi = E/c2 ), et donc par le principe d’équivalence
(mi = mg ) peut ainsi graviter. En toute rigueur ceci est dû au fait que la relativité générale
satisfait au principe d’équivalence au sens fort, cf section IV F. C’est pourquoi il est possible
d’avoir des champs de gravitation qui sont eux-mêmes leur propre source, dans un espace
vide.
On peut voir plus précisément la non-linéarité de la théorie en posant
où ηµν est la métrique de Minkowski (3.4) et où hµν (x) est une certaine perturbation, non
nécessairement petite (on suppose en général que le référentiel {x} est cartésien). Il est
commode aussi d’introduire les variables auxiliaires
µν 1 µν
h = hµν − η h, (7.23a)
2
h = η ρσ hρσ . (7.23b)
Alors on peut vérifier que les équations d’Einstein (7.18) admettent un développement non-
µν
linéaire infini en puissance de h et de ses dérivées (formellement). 16 Si l’on sépare les
µν
termes linéaires en h , on peut écrire les équations sous la forme
µν ν µ ρ 16πG µν
− ∂ µ H − ∂ ν H + η µν ∂ρ H = − T + tµν (h) ,
h 4
(7.24)
c
Dans le membre de droite de (7.24) on observe que le tenseur de la matière T µν est augmenté
ρσ
d’une contribution dépendant au moins quadratiquement de h et de ses dérivées,
2
tµν (h) = O(h ) . (7.26)
µν
Les équations (7.24) représentent en fait les équations satisfaites par un champ de jauge h
de masse nulle et d’hélicité 2 (le graviton), et qui est en auto-intéraction avec lui-même à
cause du terme non-linéaire tµν (h).
16
En effet les équations contiennent la métrique contravariante g µν inverse de (7.22) qui admet un
développement infini en h.
17
L’opérateur fut introduit par d’Alembert dans son Traité de dynamique de 1743.
51
Exercice. Prouver l’équation (7.24) par linéarisation des équations d’Einstein (7.18).
Montrer que le membre de gauche des équations (7.24) est invariant par la transformation
de jauge
µν µν
h → h + ∂ µ ξ ν + ∂ ν ξ µ − η µν ∂λ ξ λ , (7.27)
où ξ µ est un vecteur quelconque. Prenant la divergence des deux membres de (7.24) montrer
que l’on obtient une loi de conservation au sens habituel:
∂ν (T µν + tµν ) = 0 . (7.28)
L’invariance de jauge (7.27) résulte du fait que les équations d’Einstein gardent la même
forme dans tous les systèmes de coordonnées, et ξ µ correspond à un changement de coor-
données δxµ = ξ µ “infinitésimal” à l’ordre h. La loi de conservation (7.28) est rigoureuse-
ment équivalente à la loi de conservation au sens covariant (7.5), et permet d’interpréter tµν
comme l’énergie-impulsion du champ de gravitation lui-même dans le référentiel considéré.
Mais attention au fait que tµν n’est pas un tenseur. En effet par le principe d’équivalence il
est impossible d’obtenir un tenseur qui décrive l’énergie-impulsion du champ de gravitation
car celui-ci devrait être nul dans tout référentiel localement inertiel.
On peut utiliser l’invariance de jauge (7.27) pour choisir une jauge dite “harmonique”,
qui est analogue à la jauge de Lorentz en électromagnétisme, et dans laquelle
µ µν
H = ∂ν h =0. (7.29)
µν 16πG µν µν
h =− T + t (h) . (7.30)
c4
Sous cette forme, on voit que l’interaction gravitationnelle se propage (en première approxi-
mation) à la vitesse de la lumière c. On voit aussi que c’est la condition de jauge (7.29) qui
assure la consistance avec l’équation du mouvement de la matière (7.28).
52
VIII. TESTS CLASSIQUES
Les tests “classiques” sont des tests de la théorie dans le domaine (relativement limité) des
champs gravitationnels faibles et lentement variables. Historiquement, ces tests ont semblé
prouver par l’excellent accord quantitatif entre la théorie et l’observation que la relativité
générale est la bonne théorie. Cependant, la valeur qualitative des tests classiques doit être
un peu modérée par le fait que l’on sait maintenant que d’autres théories de la gravitation
que la relativité générale sont aussi en accord avec ces tests.
Dans le système solaire par exemple, le champ de gravitation est uniformément “faible”
car |hµν | ≃ 2U/c2 . 10−6 avec la notation (7.23) et le résultat (7.16), 18 et les vitesses des
planètes et des petits corps sont “lentes” car |v/c| . 10−4 . Le champ gravitationnel étant
faible, on peut utiliser les équations d’Einstein (7.30) dans la jauge harmonique (7.29), dans
lesquelles on néglige tous les termes non-linéaires qui sont au moins quadratiques en h, c’est-
à-dire tµν (h) ≃ 0. D’autre part, les vitesses des planètes étant lentes, on peut négliger les
retards dus à la propagation des ondes gravitationnelles de la source jusqu’au point “champ”
où l’on effectue le calcul, et remplacer le d’Alembertien = ∆ − c−2 ∂t2 par le Laplacien ∆.
Cette dernière approximation revient à considérer la limite post-newtonienne, dans la limite
où c → +∞, car le terme de retard est d’ordre (v/c)2 . 19
On a donc, approximativement,
µν 16πG µν
∆h ≃− T . (8.1)
c4
Avec la distribution de matière (7.6) et les définitions (7.22)–(7.23) on résoud facilement ces
équations pour trouver la métrique
2U
g00 ≃ −1 + , (8.2a)
c2
g0i ≃ 0 , (8.2b)
2U
gij ≃ δij 1+ , (8.2c)
c2
18
Il est clair que le rapport sans dimension 2U/c2 offre une mesure relativiste de l’intensité du champ
gravitatioonnel.
19
L’approximation post-newtonienne, pour laquelle les retards sont petits quand c → +∞, n’est valable que
sur un domaine petit par rapport à la longueur d’onde gravitationnelle λ; il faut donc que r ≪ λ.
20
Le référentiel {t, r, θ, ϕ} est défini à partir du référentien cartésien par les formules usuelles x = r sin θ cos φ,
y = r sin θ sin φ, z = r cos θ.
53
x3
θ
r
x2
ϕ
x1
s’écrit
2U
g00 ≃ −1 + (8.3a)
c2
2U
grr ≃ 1 + 2 , (8.3b)
c
2U
gθθ ≃ 1 + 2 r2 , (8.3c)
c
2U
gϕϕ ≃ 1 + 2 r2 sin2 θ . (8.3d)
c
Les autres composantes sont zéro. Le potentiel est celui du Soleil (supposé à symétrie
sphérique) donc
GM⊙
U= , (8.4)
r
avec M⊙ = 2 1030 kg. Ce potentiel est valable à l’extérieur du rayon du Soleil R⊙ = 7 108 m.
Ayant la métrique (8.2)–(8.3) le mouvement d’un photon ou d’une planète (supposée
ponctuelle — sans structure interne) s’obtiendra en résolvant les équations du mouvement de
chute libre dans le champ gravitationnel du Soleil, c’est-à-dire les équations des géodésiques
que l’on écrit sous leur forme lagrangienne (5.19),
où p est un paramètre affine le long de la trajectoire du corps. Dans le cas d’un photon ce
paramètre ne peut pas être le temps propre car celui-ci est nul pour des photons: e = 0
dans (5.22). Dans tous les cas p est un paramètre pour lequel le mouvement est rectiligne
et uniforme dans un référentiel localement inertiel, et qui sera éliminé des équations finales
du mouvement.
Le plus célèbre des “tests classiques” est celui de l’angle de déviation de la lumière en
provenance d’une source lointaine (un quasar dans les mesures récentes), par le champ
54
de gravitation du Soleil. La prédiction théorique s’obtient en intégrant l’équation des
géodésiques (8.5) avec e = 0 dans l’intégrale première (5.22) qui exprime la constance de la
norme de la quadri-vitesse le long de la trajectoire.
On écrit les équations (8.5) successivement pour xλ = t, r, θ, ϕ (dans les coordonnées
sphériques centrées sur le Soleil) en se rappelant que l’une des équations peut être remplacée
par l’équation (5.22). Il est avantageux de remplacer l’équation radiale pour r, qui est la
plus compliquée, par l’intégrale première (5.22). D’autre part on se rappelle aussi que si les
gµν ne dépendent pas de l’une des coordonnées xλ — qui est dite dans ce cas ignorable —
on a immédiatement l’intégrale première πλ = gλµ dxµ /dp = const (voir section V D).
1. Equation pour θ:
2
d 2U 2 dθ 2U 2 dϕ
1+ 2 r = 1 + 2 r sin θ cos θ , (8.6)
dp c dp c dp
qui a pour solution
π
θ=
, (8.7)
2
La trajectoire est plane et on la choisit (après éventuellement une rotation du système
d’axes) dans le plan équatorial du Soleil.
2. Equation pour t. Comme t est ignorable on a
2U dt
−1 + 2 = const . (8.8)
c dp
On déduit du rapport entre (8.9) et (8.8) la loi de conservation du moment cinétique (au
premier ordre en U/c2 ),
2 dϕ 4U
r =b 1− 2 , (8.11)
dt c
où b est une constante qui sera interprétée comme le paramètre d’impact de la trajectoire.
Remplaçant dans l’équation (8.10) on obtient l’équation de la trajectoire r(ϕ) du photon au
premier ordre en U/c2 sous la forme 21
2 2
d b b 4U
+ =1+ 2 . (8.12)
dϕ r r c
21
La variable u = 1/r, très utile en mécanique céleste, s’appelle variable de Binet.
55
Avec l’expression du potentiel newtonien du Soleil (8.4) la solution de (8.12) est
b α
= sin (ϕ − ϕ0 ) + , (8.13)
r 2
où ϕ0 est une direction initiale, et où α est donné par
4GM⊙
α= . (8.14)
b c2
La solution (8.13) représente une hyperbole dans le plan équatorial du Soleil de paramètre
d’impact b et d’angle de déviation α donné par (8.14). Les deux asymptotes de l’hyperbole,
correspondant au photon dans les états “de diffusion” initial et final, sont données par
ϕ − ϕ0 = π + α/2 et ϕ − ϕ0 = −α/2.
α
b
Soleil
C. Lentilles gravitationnelles
La lumière étant déviée par le champ gravitationnel de corps massifs, ceux-ci peuvent
dans certains cas jouer le rôle de “lentille gravitationnelle”, c’est-à-dire permettre des effets
de multiplication d’images et d’amplification de la lumière. Ce phénomène était prévu depuis
56
longtemps (première suggestion par Einstein lui-même) et il a été découvert en astronomie
en 1979.
Considérons une source de lumière S, un quasar par exemple, située (pour simplifier)
à distance infinie. La lumière émise par S est deviée par un corps massif ou déflecteur
(supposé ponctuel) D situé à l’origine des coordonnées, et est reçue par un observateur O.
Il est évident d’après la symétrie du problème qu’il y a deux trajets possibles pour que la
lumière issue de S soit reçue en O, qui sont les trajets 1 et 2 situés de part et d’autre du
déflecteur D. Soient b1 et b2 les paramètres d’impact et α1 et α2 les angles de déflection sur
ces deux trajets. On a alors la situation suivante:
trajet 1
α1
b1
D ϕO
S
rO O
b2
trajet 2 α2
où b = b1 sur le trajet 1, et b = −b2 sur le trajet 2, et où l’angle de déflection d’après (8.14)
est α(b) = 4GM/(bc2 ), M étant la masse du déflecteur. 22 Un diagramme dans lequel on
représente les deux membres de l’égalité (8.16) en fonction du paramètre b (le membre de
gauche variant comme 1/b et le membre de droite étant une fonction linéaire de b) illustre
clairement l’existence des deux trajets de paramètres d’impact b1 et b2 . Dans le cas où
-b 2
b
b1
22
L’angle ϕ0 dans la solution (8.13) est égal à −α/2 avec les conventions de la figure.
57
FIG. 21: Deux images sont produites par un déflecteur ponctuel.
-b 2
b
b3 b1
58
de grandeur du rayon d’Einstein dans le cas de l’expérience EROS.
D. Effet Shapiro
L’effet Shapiro est un retard dû au champ gravitationnel dans les temps d’arrivée de
photons ayant rasé la surface du Soleil. Non seulement la trajectoire de la lumière est déviée
de l’angle (8.14), mais les photons sur leur trajectoire sont ralentis par le champ du Soleil.
L’effet n’est pas du tout négligeable, et a été calculé et observé pour la première fois par
Shapiro en 1964. 23 Son expérience a consisté à mesurer le temps d’aller-retour de photons
radio émis sur Terre vers Mercure, réfléchis sur le sol de Mercure et renvoyés vers la Terre,
lorsque la trajectoire des photons passe à proximité de la surface du Soleil.
rM Mercure
Soleil
r0
rT
Terre
Pour calculer cet effet on élimine l’angle ϕ entre les équations (8.11) et (8.10) et on trouve,
au premier ordre en U/c2 ,
2
r2
dr 4U r0
= 1 − 02 1− 2 1+ , (8.18)
cdt r c r + r0
La constante r0 est la distance minimale d’approche de l’onde radio au Soleil (on utilise dans
ce calcul la forme du potentiel U = GM⊙ /r, d’où U0 = GM⊙ /r0 = U r/r0 ). Soient aussi rT
et rM les distances de la Terre et de Mercure au Soleil, ces distances étant celles mesurées
dans le référentiel associé à la métrique (8.3). Alors, par intégration de (8.18), on trouve
que le temps T écoulé entre l’émission et la réception des photons sur Terre a l’expression
q r r
2 4GM r − r rM − r0
q
2 2 2 2 ⊙ T 0
T = r T − r 0 + rM − r 0 + +
c c2 rT + r0 rM + r 0
23
Curieusement, Einstein n’a jamais pensé à calculer cet effet. Ayant obtenu la trajectoire des photons au
voisinage du Soleil et leur angle de déviation (8.14), il n’a apparemment jamais cherché à connaı̂tre le
mouvement “horaire” des photons sur leur trajectoire, ce qui lui aurait donné l’effet de retard gravita-
tionnel.
59
" p p #)
4GM⊙ (rT + rT2 − r02 )(rM + rM
2
− r02 )
+ ln . (8.19)
c2 r02
Les deux premiers termes représentent le temps qui se serait écoulé s’il n’y avait pas le Soleil.
Les troisième et quatrième termes représentent un retard relativiste ∆T à la réception des
photons sur Terre (effet Shapiro). Dans le cas où Mercure est en conjonction supérieure
par rapport à la Terre, et que donc les photons rasent la surface du Soleil (r0 = R⊙ avec
R⊙ ≪ rT et rM ), on obtient
4GM⊙ 4rT rM
∆T = ln 2
+2 . (8.20)
c3 R⊙
Avec rT = 150 106 km et rM = 58 106 km, la valeur de ∆T est 259 µ sec, en bon accord avec
l’expérience réalisée par Shapiro en 1964. L’expérience a été reprise en 1975 avec beaucoup
plus de précision en utilisant, au lieu de la planète Mercure, la sonde Viking posée sur Mars.
Jusqu’à présent, nous avons utilisé l’expression (8.2) de la métrique gµν qui est suffisam-
ment précise pour calculer le mouvement post-newtonien de photons (ou de particules de
masse nulle). En effet, pour des photons de vitesse égale à ≃ c, les distances spatiales dx2
sont du même ordre de grandeur que c2 dt2 . Donc pour avoir l’intervalle ds2 = gµν dxµ dxν
jusqu’à l’ordre post-newtonien 1/c2 , il suffit d’obtenir chacun des coefficients gµν avec la
même précision 1/c2 , ce qui avait it été fait dans (8.2). La situation est différente dans le cas
de corps massifs où l’on a c2 dt2 ≫ dx2 et où donc le coefficient de la métrique g00 doit être
obtenu jusqu’à l’ordre 1/c4 pour compenser le facteur c2 présent dans c2 dt2 . L’ordre 1/c4
dans g00 est un ordre non-linéaire et se calcule par exemple en utilisant dans les équations
d’Einstein (7.24) l’énergie-impulsion tµν du champ de gravitation lui-même. Nous admet-
trons que l’expression correcte de g00 à l’ordre 1/c4 est (dans le cas du champ engendré par
un corps sphérique comme le Soleil)
2U 2U 2
g00 = −1 + − , (8.21)
c2 c4
les autres coefficients grr , gθθ et gϕϕ dans (8.2) [ou dans (8.3)] restant suffisamment précis.
Pour obtenir le mouvement post-newtonien de la planète Mercure autour du Soleil, il
faut refaire le travail précédent, c’est-à-dire utiliser l’équation des géodésiques (8.5) avec son
intégrale de l’énergie (où e < 0 cette fois pour un corps massif) et les intégrales premières
du mouvement correspondant aux coordonnées ignorables t et ϕ.
60
En déduire la solution de l’équation (8.22) (au premier ordre en GM⊙ /c2 ) sous la forme
a(1 − e2 )
r= ∆
. (8.24)
1 + e cos 1 − 2π (ϕ − ϕ0 )
On s’assure facilement que cette solution décrit une ellipse de demi grand-axe a et
d’excentricité e (avec rA et rP les rayons de l’aphélie et du périhélie) qui précesse à chaque
rotation de l’angle ∆ donné par (8.23). Dans le cas de Mercure (a = 58 106 km, e = 0.2,
période de révolution = 0.24 ans) l’angle de précession relativiste (8.23) a la valeur ∆ = 43”
arc/siècle comme l’a calculé Einstein.
Mercure
P1 ∆
P
0
Soleil
Dès 1845, Le Verrier avait montré que les perturbations gravitationnelles en théorie
de Newton des autres planètes sur Mercure (essentiellement Jupiter, la plus massive,
et Venus, la plus proche) impliquent une précession newtonienne de Mercure égale à
∆N = 532” arc/siècle. Le Verrier savait que la précession newtonienne de Mercure n’est pas
en accord avec les observations d’un montant approximativement de l’ordre de 40” arc/siècle !
Cette avance anormale du périhélie de Mercure était restée inexpliquée et avait alimenté de
nombreuses spéculations, parmi lesquelles l’existence d’une nouvelle planète intérieure à
l’orbite de Mercure (dénommée Vulcain par Le Verrier), la présence possible d’un anneau
de matière zodiacale dans le plan de l’écliptique, et même une modification de la loi new-
tonienne en 1/r2 . Ce n’est qu’avec Einstein en 1915 que l’on comprendra que les corrections
purement relativistes au mouvement d’une planète sur une ellipse keplerienne impliquent une
précession supplémentaire donnée par (8.23). La prédiction théorique pour la précession to-
tale de Mercure est donc égale à ∆N + ∆ = 575” arc/siècle, et est parfaitement en accord
avec les observations.
61
IX. RAYONNEMENT GRAVITATIONNEL
On a vu que les équations d’Einstein peuvent s’écrire, dans la jauge harmonique (7.29),
sous la forme des équations d’onde (7.30). Négligeons dans ces équations tous les termes
non-linéaires, tµν ≃ 0 (ce qui revient à supposer que le champ de gravitation est faible), et
plaçons nous dans le cas du vide de matière, T µν = 0. On a alors
µν
h =0, (9.1a)
µν
∂ν h =0, (9.1b)
µν
où = η ρσ ∂ρ ∂σ est l’opérateur des ondes, et où h est défini par (7.23). Dans la suite,
µν
on considerera que h (ou hµν ) est le champ d’ondes gravitationnelles, se propageant sur
l’espace-temps plat ηµν . Rappelons que le maniement des indices s’effectue à l’aide de la
métrique plate.
Notons que le système de coordonnées dans lequel sont écrites les équations d’Einstein
(9.1) n’est pas entièrement déterminé par la condition de jauge harmonique. En effet, on
peut encore effectuer une transformation supplémentaire de jauge
µν µν
h →h + ∂ µ ξ ν + ∂ ν ξ µ − η µν ∂λ ξ λ , (9.2)
préservant la condition (9.1b). Il est facile de voir que le vecteur ξ µ doit pour cela satisfaire
à l’équation des ondes
ξ µ = 0 . (9.3)
µk
k
62
Le vecteur d’onde est donc du genre lumière, c’est-à-dire est tangent au cône de lumière:
les ondes gravitationnelles se propagent à la vitesse c. De plus, remplaçant (9.4) dans (9.1b),
on a la condition d’orthogonalité de l’amplitude avec le vecteur d’onde
Aµν kν = 0 . (9.6)
où B µ est arbitraire. En effet, la condition (9.3) est automatiquement vérifiée grâce au fait
que le vecteur d’onde est du genre lumière par (9.5).
ρσ
( )
µ
i µν k A u u
ρ σ
Bµ = A0 u ν − 0
. (9.9)
kλ uλ 2 kτ uτ
hTT TT
00 = h0i = 0 (9.10a)
63
z
onde
gravitationnelle
hTT
ij = 0 (9.10b)
∂j hTT
ij = 0 (9.10c)
hTT
ii = 0 , (9.10d)
où la mention TT rappelle que l’on est dans la jauge particulière TT. Si on considère une
propagation dans la direction x3 = z, par exemple, la matrice hTT ij sera fonction du temps
retardé t − z/c uniquement, et sera donnée par
h+ (t − z/c) h× (t − z/c) 0
hTT
ij = h× (t − z/c) −h+ (t − z/c) 0 , (9.11)
0 0 0
où h+ et h× sont deux fonctions arbitraires de t−z/c décrivant les deux états de polarisation
de l’onde. Pour déterminer par exemple que hTT xz = 0 on écrit d’après (9.10c) que 0 =
∂x hTT
xx + ∂ h TT
y xy + ∂ h
z xz
TT
d’où 0 = ∂ hTT
z xz . Donc h TT
xz est nécessairement une constante que
l’on prend égale à zéro en supprimant les parties statiques de l’onde. (Voir plus loin pour
l’explication de la notation + et ×.)
E. Coordonnées de Fermi
64
L L
0
X
T
où les Fαβij (T ) sont certaines fonctions du temps dans les coordonnées de Fermi.
65
les Γ sont nuls sur L0 à cause de (9.12)]. La seconde égalité résulte de l’expression (6.28)
du tenseur de Riemann, et du fait que grâce à (9.12) on a ∂Γi0j /∂T = 0 sur L0 (d’où R.0j0 i
se réduit à ∂Γi00 /∂X j sur L0 ). Utilisons ensuite la loi de transformation des tenseurs (6.5)
i
pour montrer que les composantes R.0j0 du tenseur de Riemann en coordonnées de Fermi
{X } sont numériquement égales, au premier ordre en X α ≡ xα + O(h), aux composantes
α
1
X i (T ) = X i (0) + hTT j
ij (T, 0)X (0) , (9.16)
2
où X i (0) désigne sa position initiale, avant le passage de l’onde gravitationnelle. Dans le cas
d’une onde se propageant dans la direction X 3 = Z des coordonnées de Fermi, on obtient
d’après (9.11)
1 1
X(T ) = X(0) + h+ (T )X(0) + h× (T )Y (0) , (9.17a)
2 2
1 1
Y (T ) = Y (0) + h× (T )X(0) − h+ (T )Y (0) , (9.17b)
2 2
Z(T ) = Z(0) . (9.17c)
24
Une dérivation différente de ce résultat consiste à utiliser une équation, dite de déviation géodésique,
donnant directement la différence entre deux lignes géodésiques.
66
G. Déformation d’un anneau de particules
onde
gravitationnelle
anneau de poussière
h+ (T ) = ℜ A+ e−iωT ,
(9.18a)
h× (T ) = ℜ A× e−iωT ,
(9.18b)
où A+ et A× sont des constantes (et ℜ est la partie réelle). Les états de polarisation
correspondant à A+ et A× sont dits rectilignes. On distingue aussi des états de polarisation
circulaires. On a (A désignant une constante réelle)
1. A+ = A , A× = 0 : polarisation rectiligne +,
2. A+ = 0 , A× = A : polarisation rectiligne ×,
3. A× = iA+ = iA : polarisation circulaire droite,
4. A× = −iA+ = −iA: polarisation circulaire gauche.
L’utilisation de (9.17) montre que l’anneau initialement circulaire se déforme sous l’action
de l’onde en une ellipse pulsante à la fréquence ω dans le cas d’une polarisation rectiligne,
et tournante à la fréquence ω/2 dans le cas d’une polarisation circulaire. (Le nom de polar-
isation + et × est évident sur les figures.)
67
Y Y
X X
Y Y
X X
X +Y −X + Y
2. rectiligne ×: idem avec X → √ ,Y → √ , (9.19b)
2 2
! %2 ! %2
X cos ωT + Y sin ωT
−X sin ωT
+ Y cos ωT
3. circulaire droite: 2 2
+ 2 2
= R2 , (9.19c)
1 + A2 1 − A2
4. circulaire gauche: idem avec T → −T . (9.19d)
Considérons une distribution de matière localisée dans l’espace (système isolé) et émettant
des ondes gravitationnelles. On cherche à relier le champ d’ondes hTT ij à grandes distances
du système (dans les coordonnées TT) aux composantes du tenseur énergie-impulsion T µν
du système. On supposera que les vitesses typiques dans le système sont v ≪ c et que le
champ est faible.
Il faut utiliser les équations d’Einstein (7.29)–(7.30) dans laquelle on néglige, puisque le
champ est faible, les termes non linéaires (tµν ≈ 0) et on garde T µν comme source pour les
ondes gravitationnelles:
µν 16πG
h ≈ − 4 T µν . (9.20)
c
68
TT
h ij
µν
On a toujours la condition de jauge ∂ν h = 0 qui implique ∂ν T µν = 0, et que donc dans
cette approximation la source des ondes ne réagit pas au champ de gravitation. La solution
retardée de (9.20) s’écrit alors sous la forme classique
4G d3 x′ 1
Z
µν
h (x, t) = 4 ′
T µν (x′ , t − |x − x′ |) . (9.21)
c |x − x | c
A grandes distances du système, r = |x| ≫ |x′ |, on aura |x − x′ |−1 ≈ r−1 et t − 1c |x − x′ | ≈
′
t − rc + n.x
c
où n = x/r, d’où (9.21) devient
r n.x′
4G
Z
µν 3 ′ µν ′
h (x, t) = 4 dx T x ,t − + . (9.22)
cr c c
La formule (9.22) est valable dès que le champ dans la source est faible. Nous allons
maintenant utiliser l’hypothèse que les vitesses internes dans la source sont ≪ c, ce qui
revient techniquement à ne garder dans (9.22) que le terme dominant quand c → +∞.
D’autre part il faut projeter la formule (9.22) sur un système de coordonnées TT (avec
uµ = (1, 0)). On admettra que le résultat est donné par la 1ère formule du quadrupole
2G d2 Qkl r
hTT
ij (x, t) = P ijkl (n) t − , (9.23)
c4 r dt2 c
où Pijkl (n) est l’“opérateur de projection TT”
1
Pijkl (n) = (δik − ni nk )(δjl − nj nl ) − (δij − ni nj )(δkl − nk nl ) , (9.24)
2
et où Qkl (t) est le moment quadrupolaire (sans traces) newtonien du système
1 2
Z
3
Qkl (t) = d x ρ(x, t) xk xl − x δkl , (9.25)
3
avec ρ la densité de matière newtonienne dans le système (ρ ≈ T 00 /c2 ). De même on
admettra que la puissance totale émise par le système sous forme d’ondes gravitationnelles
dans toutes les directions autour du système, qui peut être obtenue à partir de la formule
du quadrupole (9.23) et des lois de conservation (7.28), est donné par la 2ème formule du
quadrupole ou formule du quadrupole d’Einstein
OG
G d3 Qij d3 Qij
dE
= 5 . (9.26)
dt 5c dt3 dt3
69
Les formules (9.23) et (9.26) montrent que, en première approximation, le rayonnement
gravitationnel est quadrupolaire. Il n’existe ni rayonnement gravitationnel monopolaire (à
cause de la conservation de la masse) ni rayonnement gravitationnel dipolaire. Ce deuxième
fait est une conséquence directe du principe d’équivalence (dans sa forme faible mi = mg ),
qui implique la conservation du dipole de masse D = Σmg x (tel que dD dt
= P où P = Σmi v
est l’impulsion totale constante du système) et du dipole de courant C = Σmg x × v = L (où
L = Σmi x × v est le moment cinétique total constant du système). Ainsi, contrairement à
ce qui se passe en électromagnétisme, les dipoles gravitationnels sont conservés et donc ne
rayonnent pas.
Le formalisme du quadrupole peut être vu comme l’approximation newtonienne au ray-
onnement gravitationnel. En effet seules des notions newtoniennes sont utilisées dans les
formules (9.23) et (9.26). La densité de masse et le moment quadrupolaire sont newtoniens,
et les dérivées temporelles du quadrupole dans (9.23) et (9.26) sont à calculer en utilisant
les lois newtoniennes du mouvement. Pour des sources d’ondes gravitationnelles très rela-
tivistes comme les systèmes binaires de trous noirs (section X), le formalisme du quadrupole
ne sera pas assez précis, et il faudra inclure dans les formules (9.23) et (9.26) de nombreuses
corrections post-newtoniennes.
70
X. DETECTION DU RAYONNEMENT GRAVITATIONNEL
Utilisons les formules du quadrupole (9.23) et (9.26) pour estimer l’ordre de grandeur
de l’amplitude h et de la puissance P = (dE/dt)OG émises gravitationnellement par une
machine de laboratoire.
masse M
Soit une barre de masse M et de longueur ℓ en rotation autour d’un axe perpendiculaire
à la barre à la vitesse angulaire ω. Une composante typique du moment quadrupolaire sera
Q ∼ M ℓ2 et l’on aura dn Q/dtn ∼ M ℓ2 ω n . Ainsi d’après (9.23) et (9.26) l’ordre de grandeur
de h et P sera
GM ℓ2 ω 2
h∼ , (10.1a)
c4 r
GM 2 ℓ4 ω 6
P∼ . (10.1b)
c5
Pour une barre d’acier de masse M = 500 tonnes, de longueur ℓ = 20m et tournant à la
vitesse angulaire ω = 5 rad/s (vitesse limite de rupture par force centrifuge pour l’acier), on
trouve
h ∼ 10−38 à r = 50 m , (10.2a)
−32
P ∼ 10 W. (10.2b)
Le rayonnement gravitationnel émis par des objets “ordinaires” de laboratoire est donc
extrêmement faible. En effet, d’après (9.16) on voit que h mesure typiquement la variation
relative de longueur d’un détecteur au passage de l’onde:
h δL
∼ . (10.3)
2 L
71
Avec h ∼ 10−38 et L ∼ 1 km, δL est de l’ordre de la longueur de Planck !
Il n’y a d’espoir de détecter le rayonnement que dans le cas de sources astrophysiques très
relativistes et très massives. Pour un système binaire relativiste d’étoiles compactes (comme
le pulsar binaire et son compagnon) avec M ∼ 1M⊙ , ℓ ∼ 106 km et ω ∼ 2π/10 h on trouve
P ∼ 1022 W . (10.4)
L’année 1974 fut faste pour les “relativistes” avec la découverte par Hulse et Taylor d’un
système extrêmement intéressant: le pulsar binaire PSR 1913+16, qui valut à ses découvreurs
le prix Nobel en 1993. C’est un pulsar, c’est-à-dire une étoile à neutrons en rotation rapide
sur elle-même (avec une période de 56 ms), 26 qui envoie à chaque rotation, tel un phare,
du rayonnement électromagnétique radio en direction de la Terre. L’analyse des instants
d’arrivée des pulses radio montre (grâce à leur décalage Doppler) que PSR 1913+16 est
en orbite autour d’une étoile compagnon, très probablement une autre étoile à neutrons.
L’orbite est une ellipse quasi-keplerienne de période orbitale P ≃ 7h 40mn , d’excentricité
e ≃ 0.617 et de demi grand-axe a ≃ 106 km. Les masses du pulsar et de son compagnon (mp
et mc ) sont toutes deux environ égales à 1.4 M⊙ (qui est la masse des étoiles à neutrons,
proche de la masse de Chandrasekhar). PSR 1913+16 est un système passionnant car les
effets relativistes jouent un rôle important dans sa dynamique. Par exemple, la précession
relativiste ∆ du périastre de l’orbite, donnée par (8.23), est de l’ordre de 4 degrés par an, à
comparer avec les 43” arc par siècle du périhélie de Mercure.
PSR 1913+16
pulses radio
Terre
compagnon
25
Notons que P = c5 /G représente en fait l’unité de Planck pour une puissance [voir (1.1)], c’est-à-dire une
énergie par un temps; la puissance de Planck se trouve ne pas dépendre de la constante de Planck ~.
26
Rappelons qu’une étoile à neutrons est un astre compact, formé essentiellement de neutrons avec une
densité comparable à celle de la matière nucléaire, et dont la taille est à peu près celle de l’agglomération
parisienne pour une masse de ∼ 1.4 M⊙ .
72
FIG. 33: Le pulsar binaire PSR 1913+16.
Le système double formé par le pulsar et son compagnon émet du rayonnement gravita-
tionnel, ce qui se traduit par une perte d’énergie orbitale, et donc par le rapprochement des
deux étoiles l’une de l’autre, et une lente dérive de la période orbitale du mouvement P . En
effet appliquons au système binaire la 3ème loi de Kepler (dite aussi “loi 1-2-3”),
(GM )1 = ω 2 a3 , (10.6)
avec ω = 2π/P et M = mp + mc . L’énergie totale du système binaire est donnée par
E = −GM µ/2a (µ = mp mc /M est la masse réduite) d’où l’on en déduit que une perte
d’énergie entraine une décroissance de la période orbitale,
dP 3 P dE
=− . (10.7)
dt 2 E dt
En première approximation le rayonnement gravitationnel est quadrupolaire. La perte
d’énergie orbitale (moyennée sur une période P ), se calcule donc grâce à la formule du
quadrupole d’Einstein donnant le flux de rayonnement à l’infini,
OG
dE dE
h i = −h i, (10.8)
dt dt
en utilisant la formule (9.26) appliquée à un système de deux masses ponctuelles en mouve-
ment sur une ellipse keplerienne. On trouve un résultat dû à Peters et Mathews (1963),
5/3 73 2
1 + 24 e + 37 e4
dP 192π 2πG mp mc 96
h i=− 5 . (10.9)
dt 5c P (mp + mc )1/3 (1 − e2 )7/2
73
1. Effondrement gravitationnel des couches internes d’une supernova. Les supernovæ,
qui sont des explosions d’étoiles massives en fin de vie lorsqu’elles ont épuisé tout leur
“combustible” nucléaire, ont longtemps été considérées comme des sources d’ondes
gravitationnelles intéressantes, mais on sait maintenant qu’elles engendrent en fait
peu de rayonnement. En effet l’effondrement des couches internes de la supernova,
qui devrait être responsable de la production du rayonnement gravitationnel, est es-
sentiellement sphérique, et d’après le théorème de Birkhoff en relativité générale (voir
section XI C), le champ extérieur à une distribution sphérique de matière est donné par
la solution de Schwarzschild qui est statique – il n’y a donc pas de rayonnement émis.
Il y a donc de grosses incertitudes sur l’observabilité en rayonnement gravitationnel
des supernovas, situées disons dans l’amas de la Vierge où leur nombre est suffisant.
2. Fusions de systèmes binaires d’étoiles à neutrons et/ou de trous noirs. 27 Les systèmes
binaires sont très intéressants pour VIRGO et LIGO car leur dynamique est fortement
asymétrique et ils engendrent beaucoup de rayonnement gravitationnel. On estime à
quelques par an le nombre de coalescences de systèmes binaires d’étoiles à neutrons
dans un rayon de 100 à 200 Mpc autour de notre galaxie. Dans les derniers instants
avant la fusion finale, les deux objets compacts (étoiles à neutrons ou trous noirs)
décrivent une orbite rapprochée qui a la forme d’une spirale circulaire rentrante à
cause de la perte d’énergie liée à l’émission du rayonnement gravitationnel. C’est ce
rayonnement que l’on observera sur Terre où il déformera l’espace-temps avec une am-
plitude relative de l’ordre de 10−23 à la fréquence ∼ 1000 Hz (située au-dessus du bruit
sismique terrestre). Au cours de la phase spiralante, la distance entre les deux étoiles
diminue au cours du temps, et la fréquence orbitale du mouvement, ω = 2π/P où P
est la période, augmente. On peut montrer que l’évolution de l’orbite est adiabatique,
dans le sens où le changement relatif de fréquence pendant une période correspondante
reste faible, ω̇/ω 2 . 0.1. Cette propriété d’adiabaticité permet de définir un schéma
d’approximation très puissant en relativité générale, le développement post-newtonien,
capable de décrire la spirale avec très grande précision. La précision actuelle des calculs
post-newtoniens pour les binaires spiralantes est 3PN ∼ (v/c)6 . La phase de fusion
proprement dite est calculée par des méthodes numériques.
3. Rotation non-axisymétrique des étoiles à neutrons. L’observation du taux de ralen-
tissement des pulsars connus (leur P̈ de spin) donne une limite supérieure à l’émission
de rayonnement gravitationnel à cause du freinage de rayonnement. Il y a des espoirs
de détection pour les étoiles à neutrons proches.
4. Mouvement et chute d’étoiles dans un trou noir galactique géant. L’amplitude est
comparable à celle de la coalescence de binaire, mais la fréquence très basse, de l’ordre
de 10−4 Hz pour un trou noir de 108 M⊙ , est située en dessous du bruit sismique ter-
restre et empêche toute détection au sol. Ces systèmes seront détectés dans l’espace
(expérience LISA).
27
Le pulsar binaire PSR 1913+16 finira par fusionner avec son compagnon (à cause de la perte d’énergie
due à l’émission de rayonnement gravitationnel) dans environ 350 millions d’années.
74
expériences dans l’espace.
De nombreuses autres sources sont envisagées. Mais pour la plupart, soit le taux d’émission
de rayonnement est très incertain, soit l’existence même de la source est très incertaine.
D. Barres de Weber
Les détecteurs d’ondes gravitationnelles appelés barres de Weber (1960) sont des cylindres
résonnants, généralement en aluminium, dont la fréquence fondamentale est de l’ordre de
f ∼ 1000 Hz. Leur longueur est donc de l’ordre de L ∼ vS /f où vS ∼ 1 km/s est la vitesse
du son dans l’aluminium. Ainsi, L ∼ 1 m avec une masse M ∼ 1 tonne. Le cylindre est
suspendu en son milieu, et les oscillations mécaniques des extrémités sont converties par un
transducteur en signal électrique qui est amplifié et enregistré.
bâti fixe
h
transducteur
barre résonnante
Le déplacement δL des extrémités de la barre est donné par une équation du type
¨ + Ω2 δL = L ḧ ,
δL (10.11)
2
où Ω = 2πf est la fréquence fondamentale de la barre et h l’amplitude de l’onde gravita-
tionnelle. L’accélération produite par l’onde gravitationnelle dans le membre de droite de
(10.11) résulte de (9.15). Pour une onde de fréquence ω, on aura h = ℜ(h0 eiωt ), et donc
δL = ℜ(δL0 eiωt ) avec
Lh0 ω2
δL0 = . (10.12)
2 ω 2 − Ω2
Donc, si l’on choisit Ω proche de la fréquence ω escomptée pour l’onde gravitationnelle il y
aura résonance et amplification du déplacement δL0 de la barre.
La source principale de bruit dans les barres de Weber est le bruit d’origine thermique
(les modes de vibration de la barre sont soumis à des fluctuations d’énergie ≈ kT où T est
la température de la barre). On refroidit donc les barres, pour minimiser ce bruit, à des
températures de quelques Kelvin.
A l’heure actuelle, les meilleures barres de Weber sont capables de détecter h ∼ 10−18 .
Cette valeur serait peut-être suffisante pour détecter une supernova proche (dans notre
galaxie).
75
E. Interféromètres à laser
miroir
miroir
séparatrice
laser
photodiode
76
XI. TROUS NOIRS
1 GM m
mc2 > , (11.1)
2 r
et donc si le rayon r de l’objet est supérieur à un rayon critique rg donné par
2GM
rg = . (11.2)
c2
A l’inverse, tous les objets ayant r ≤ rg maintiennent la lumière “piégée” dans leur champ
de gravitation, et sont donc invisibles (obscurs) pour un observateur à l’infini. Le rayon rg
s’appelle rayon gravitationnel ; il vaut rg ≈ 3 km dans le cas du Soleil, et rg ≈ 1 cm dans
le cas de la Terre. Nous allons voir que l’intuition de Laplace et Michell est essentiellement
correcte.
A la densité ordinaire ρ ≈ 1 g/cm3 , de tels objets auraient la masse énorme M & 108 M⊙
(calculée par Laplace), et de tels objets de masse M ≈ 1M⊙ auraient la densité énorme
ρ & 1016 g/cm3 .
Tous les objets connus dans l’univers ayant des densités ordinaires (ρ ≈ 1 g/cm3 ) sont
maintenus en équilibre contre leur “poids” gravitationnel soit par des forces de répulsion
d’origine électromagnétique (c’est le cas des objets terrestres, des planètes, etc. . . ) soit par
pression de la radiation issue de réactions nucléaires au centre de l’objet (étoiles). On peut
montrer que ces deux catégories d’objets, ayant des densités ordinaires, ne peuvent dépasser
une certaine masse limite qui est bien en-dessous de la masse de 108 M⊙ de Laplace.
En effet, dans le cas des objets maintenus en équilibre par répulsion électromagnétique,
la masse limite, dite masse de Fowler, est de l’ordre de grandeur de la masse de Jupiter
(≈ 10−3 M⊙ ). Au delà de la masse de Fowler, les objets maintenus électromagnétiquement
deviennent des étoiles, c’est-à-dire que des réactions nucléaires s’allument en leur centre.
Dans le cas des étoiles, la masse limite, dite masse de Eddington est de l’ordre de 102 −103 M⊙ .
Au delà de la masse de Eddington, les étoiles deviennent instables et leurs couches externes
sont “soufflées” par la pression de radiation trop intense. On pense donc qu’il ne peut exister
dans l’univers d’objets de densité ordinaire ayant une masse ∼ 108 M⊙ et dont le rayon soit
inférieur au rayon gravitationnel. Cela ne pourrait donc être possible que pour des objets
de très grande densité.
Que se passe-t-il lorsque dans une étoile de masse M ≈ 1M⊙ les réactions nucléaires
(essentiellement de type hydrogène → hélium) s’arrêtent faute d’hydrogène ? Se peut-il
que l’étoile s’effondre jusqu’à atteindre la densité de 1016 g/cm3 ? La théorie astrophysique
77
prédit les mécanismes suivants. Si la masse de l’étoile M est inférieure à une certaine
masse critique, dite masse de Chandrasekhar (1930) et qui est égale à 1.4M⊙ , alors l’étoile
s’effondre sur elle-même jusqu’à former une étoile naine blanche de rayon r ≈ 104 km et de
densité ρ ≈ 106 g/cm3 . La naine blanche est maintenue contre la gravité par la pression
d’un gaz dégénéré d’électrons (résultant du principe de Pauli). Si la masse de l’étoile M est
comprise entre la masse de Chandrasekhar 1.4M⊙ et une autre masse critique, dite masse
de Oppenheimer et Volkoff (1939), dont la valeur moderne est de l’ordre de 2 − 3M⊙ , c’est-
à-dire si 1.4M⊙ < M < 2 − 3M⊙ , alors l’étoile s’effondre sur elle-même jusqu’à former
une étoile à neutrons de rayon r ≈ 10 km et de densité ρ ≈ 1015 g/cm3 (très proche de la
valeur 1016 g/cm3 ). L’étoile à neutrons est maintenue contre la gravité par la pression du
gaz dégénéré de neutrons. Enfin, si M est supérieur à la masse de Oppenheimer et Volkoff,
c’est-à-dire si M > 2 − 3M⊙ , alors rien ne peut plus arrêter l’effondrement gravitationnel
(Oppenheimer et Snyder, 1939). L’étoile doit en principe s’effondrer sans fin sur elle-même,
et donc atteindre et dépasser la densité ρ ≈ 1016 g/cm3 où son rayon devient inférieur à son
rayon gravitationnel.
C. La métrique de Schwarzschild
Rµν = 0 . (11.3)
Supposons de plus que la distribution de matière, et donc le champ engendré par elle, possède
la symétrie sphérique. Alors on a le théorème suivant (Schwarzschild 1916).
Théoreme. Sous les deux hypothèses du champ dans le vide (11.3) et de la symétrie
sphérique, il existe un système de coordonnées sphériques {t, r, θ, ϕ} dans lequel le champ
gravitationnel est donné par la métrique 28
dr2
2 2GM
ds = − 1 − c2 dt2 + + r2 (dθ2 + sin2 θdϕ2 ) , (11.4)
rc2 1 − 2GM
rc2
où M est la masse totale de l’étoile (incluant son énergie interne gravitationnelle).
La métrique la plus générale à symétrie sphérique doit être fonction uniquement des
invariants de rotation t, r = |x|, dt, [Link] = rdr et dx2 = dr2 + r2 (dθ2 + sin2 θdϕ2 ) et est
donc du type
28
Le système de coordonnées {t, r, θ, ϕ}, dit de Schwarzschild, est différent du système de coordonnées
employé en section VIII pour les tests classiques, et sera précisé plus bas.
78
fonction D peut être ramenée à 1 en introduisant à la place de r la nouvelle coordonnée
radiale p
r = r D(r, t) . (11.6)
Dans les nouvelles coordonnées {t, r, θ, ϕ}, la métrique a exactement la même forme que
(11.5) mais avec de nouvelles fonctions A, B et C, et avec 1 en facteur du dernier terme,
soit
ds2 = −Bdt2 + Adr2 + 2Cdrdt + r2 (dθ2 + sin2 θdϕ2 ) . (11.7)
Ensuite, on réduit à zéro la fonction C en introduisant un nouveau temps t tel que
dt = α(r, t) B(r, t)dt − C(r, t)dr , (11.8)
où on ajuste la fonction α de manière que dt soit une différentielle totale, c’est-à-dire
∂ ∂
α(r, t)B(r, t) = − α(r, t)C(r, t) . (11.9)
∂r ∂t
Dans les coordonnées {t, r, θ, ϕ}, on calcule alors que la métrique prend la même forme
que (11.7) mais avec de nouvelles fonctions A et B, et avec C = 0. Supprimant toutes les
barres sur les fonctions et sur les coordonnées, on a donc obtenu que la métrique à symétrie
sphérique la plus générale (modulo un changement de coordonnées) dépend de deux fonctions
A(r, t) et B(r, t) seulement, et s’écrit
Appliquons à la métrique (11.10) les équations d’Einstein du vide (11.3). Nous avons
besoin des symboles de Christoffel Γρµν , puis des composantes du tenseur de Ricci Rµν . Pour
calculer les Γρµν , on écrit les équations des géodésiques associées à la métrique (11.10) sous
leur forme lagrangienne (5.19). Les Γρµν se lisent alors par comparaison de ces équations avec
les équations des géodésiques sous la forme (5.8). Cette méthode de calcul des Γρµν est très
rapide, et est applicable à n’importe quelle métrique. Les équations (5.19) pour la métrique
(11.10) s’écrivent
2 2
d dt Ḃ dt Ȧ dr
−B =− + , (11.11a)
dp dp 2 dp 2 dp
2 2 2 2
B ′ dt A′ dr
d dr dθ 2 dϕ
A =− + +r + r sin θ , (11.11b)
dp dp 2 dp 2 dp dp dp
2
d 2 dθ 2 dϕ
r = r sin θ cos θ , (11.11c)
dp dp dp
d 2 2 dϕ
r sin θ =0, (11.11d)
dp dp
Ḃ B′ Ȧ
Γttt = , Γttr = Γtrt = , Γtrr = , (11.12a)
2B 2B 2B
79
B′ Ȧ A′ r r sin2 θ
Γrtt = , Γrtr = Γrtr = , Γrrr = , Γrθθ = − , Γrϕϕ = − ,
2A 2A 2A A A
(11.12b)
1
Γθrθ = Γθθr = , Γθϕϕ = − sin θ cos θ , (11.12c)
r
1 cos θ
Γϕrϕ = Γϕϕr = , Γϕθϕ = Γϕϕθ = , (11.12d)
r sin θ
les autres coefficients étant nuls. Dans cette comparaison il faut faire attention au fait que
les symboles Γ ayant deux indices inférieurs différents apparaissent avec un facteur 2.
Pour calculer les Rµν , il n’y a malheureusement pas de méthode simple et il faut faire
un calcul direct en remplaçant les Γρµν dans le tenseur de Ricci (6.35a) avec (6.28). Les
équations d’Einstein du vide s’écrivent alors
Ä Ȧ2 Ḃ Ȧ B ′′ B ′ A′ B′ B ′2
Rtt = − + + + − + − =0, (11.13a)
2A 4A2 4AB 2A 4A2 Ar 4AB
Ä Ḃ Ȧ Ȧ2 A′ B ′′ B ′2 A′ B ′
Rrr = − − + − + + =0, (11.13b)
2B 4B 2 4AB Ar 2B 4B 2 4AB
Ȧ
Rtr = Rrt = =0, (11.13c)
Ar
1 rA′ rB ′
Rθθ = 1 − + − =0, (11.13d)
A 2A2 2AB
Rϕϕ = sin2 θ Rθθ = 0 , (11.13e)
les autres composantes étant nulles. De (11.13c) on tire que A est indépendant du temps,
Ȧ = 0. Les équations se réduisent donc au système
B ′′ B ′ A′ B′ B ′2
− + − + =0, (11.14a)
2A 4A2 Ar 4AB
B ′′ B ′2 A′ B ′ A′
− − − =0, (11.14b)
2B 4B 2 4AB Ar
1 rA′ rB ′
−1 + − + =0, (11.14c)
A 2A2 2AB
qui est équivalent à
(AB)′ = 0 , (11.15a)
r ′
=1. (11.15b)
A
La solution générale est
−1
2GM 2GM
A= 1− , B = f (t) 1 − , (11.16)
rc2 rc2
où M est une constante d’intégration, et f (t) une fonction du temps arbitraire. Finalement,
p
cette fonction peut être ramenée à 1 par le changement de temps t → t′ avec dt′ = f (t)dt.
On a ainsi prouvé que la métrique de Schwarzschild (11.4) est la solution la plus générale
des équations d’Einstein du vide à symétrie sphérique.
80
Vérifions que la constante M est bien la masse de l’étoile centrale. La métrique (11.4) à
grandes distances r → +∞ s’écrit approximativement
2 2GM 2 2 2GM
ds ≈ − 1 − 2
c dt + 1 + 2
dr2 + r2 (dθ2 + sin2 θdϕ2 ) , (11.17)
rc rc
Par comparaison de (11.18) avec la métrique post-newtonienne (8.3), on voit que la métrique
de Schwarzschild représente bien le champ extérieur à une étoile sphérique de masse M . Par
exemple, c’est la masse qui serait mesurée par la loi de Kepler GM = ω 2 a3 en observant
l’orbite d’une planète autour de l’étoile.
Notons que le théorème que l’on vient de démontrer, qui s’appelle théorème de Birkhoff
(1923), est remarquable car il prouve que le champ extérieur à une distribution de matière
sphérique est toujours statique. Ceci est vrai même si la matière est en effondrement ou a par
exemple un mouvement de pulsations radiales, du moment que l’on reste à l’extérieur et que
la symétrie sphérique reste vraie. Le théorème de Birkhoff est à rapprocher du théorème de
Gauss en théorie de Newton, et est lié au fait qu’il n’existe pas de rayonnement gravitationnel
monopolaire (§ 8.8).
D. Effondrement gravitationnel
29
On pose dorénavant G = c = 1.
81
La métrique est maintenant finie au rayon gravitationnel r = rg = 2M .
Pour étudier l’effondrement gravitationnel on va analyser les trajectoires de photons le
long de la direction radiale, c’est-à-dire les trajectoires ayant θ et ϕ constants. Celles-ci
sont de deux types, les trajectoires sortantes, où la lumière est émise vers l’extérieur et pour
lesquelles t − r ≈ const donc dv ≈ 2dr (à grandes distances de l’étoile), et les trajectoires
entrantes qui ont t+r ≈ const et en fait dv = 0 exactement. Les équations de ces trajectoires
sont données d’après (11.20) par
dv
=0 (lumière entrante) , (11.21a)
dr
dv 2
= (lumière sortante) . (11.21b)
dr 1 − 2M
r
On peut vérifier que ces trajectoires sont des géodésiques. La structure causale de l’espace-
temps de l’étoile en effondrement se déduit alors de (11.21). On peut la visualiser dans le
diagramme d’Eddington-Finkelstein (où la coordonnée θ supprimée).
coordonnée v
singularité r=0
photon sortant
horizon
photon entrant
r = 2M
étoile en effondrement
L’étoile en effondrement atteint la ligne r = 0 en un temps propre fini, tel qu’il est mesuré
par des observateurs sur l’étoile. Pour l’observateur sur l’étoile il ne se passe rien de spécial
82
au passage au rayon gravitationnel rg . D’autre part, on peut montrer que la luminosité de
l’étoile vue de l’extérieur (à grandes distances de l’étoile) tend très rapidement vers zéro,
avec la loi exponentielle
L = L0 e−t/t0 , (11.22)
où t0 est le temps caractéristique
√
M
t0 = 3 3M = (2.6 10−5 sec) . (11.23)
M⊙
L’étoile en effondrement devient donc très rapidement invisible.
La ligne r = 0 après effondrement de l’étoile s’appelle singularité. C’est une vraie singu-
larité “de courbure”, où le champ gravitationnel est infini. Cela peut se voir en calculant
un invariant de courbure, c’est-à-dire un scalaire formé avec les composantes du tenseur de
Riemann. La courbure scalaire R n’est pas adéquate car elle est nulle par les équations
d’Einstein (11.3). On peut calculer par exemple le Riemann au carré qui vaut
M2
Rµνρσ Rµνρσ = 48 , (11.24)
r6
et qui manifestement diverge sur la singularité r = 0. On appelle horizon la surface r = rg =
2M après effondrement. C’est une hyper-surface à trois dimensions qui est du genre lumière
ou tangente au cône de lumière. Ceci se prouve grâce à (11.21b) qui admet comme solution
r = rg = 2M . L’horizon peut dont être vu comme le lieu des trajectoires géodésiques de
photons “sortants” qui sont exactement “stabilisés” à r = 2M par le champ gravitationnel
de l’étoile effondrée. Finalement la région intérieure à l’horizon est appelée trou noir. C’est
la région de laquelle il est impossible d’envoyer un signal (même lumineux) à l’infini. En
effet, dans le trou noir, les photons entrants et sortants tombent dans la singularité.
On admettra, avec Penrose (1969), que l’effondrement gravitationnel d’une étoile conduit
toujours à la formation d’un trou noir, c’est-à-dire d’une région intérieure à une (hyper-
)surface du genre lumière, l’horizon, pouvant contenir des singularités et de laquelle on ne
peut communiquer avec l’extérieur.
83
1 v u
R= e 4M + e− 4M . (11.26b)
2
Exercice. Montrer que la métrique de Schwarzschild (11.4) dans les nouvelles coordonnées
(11.26) devient
32M 3 − r(T,R)
ds2 = e 2M (−dT 2 + dR2 ) + r2 (T, R)(dθ2 + sin2 θdϕ2 ) , (11.27)
r(T, R)
R ≫ |T | et R ≪ −|T | , (11.30)
84
singularité future horizon futur
II
trou noir
I
IV ligne t=const
Sous le vocable de dynamique des trous noirs, on regroupe les phénomènes d’interaction
et d’échanges d’énergie de trous noirs chargés et en rotation avec un environnement extérieur
et/ou entre eux.
Le trou noir de Schwarzschild (11.4) n’est qu’un cas particulier de trous noirs plus
généraux. Le théorème suivant est appelé théorem d’unicité des trous noirs (Carter et
Israel, années 1960).
Théoreme. Le trou noir le plus général, qui est solution du système couplé d’Einstein-
Maxwell, 30 et qui soit stationnaire, est donné par la métrique
∆ 2 sin2 θ 2 2 ρ2 2
ds2 = − dt − a sin 2
θdϕ + (r + a 2
)dϕ − a dt + dr + ρ2 dθ2 , (12.1)
ρ2 ρ2 ∆
∆ = r2 − 2M r + a2 + Q2 , (12.2a)
30
C’est-à-dire Rµν − 12 g µν R = 8π T µν , où le tenseur d’énergie-impulsion du champ électromagnétique est
donné par T µν = F µρ F νρ − 14 g µν F ρσ Fρσ .
85
ρ2 = r2 + a2 cos2 θ . (12.2b)
La métrique (12.1) avec (12.2) décrit en fait une famille de trous noirs, dits de Kerr-
Newman, dépendante de 3 paramètres M , Q et J qui sont:
1. La masse totale M du trou noir,
2. La charge électrique totale Q,
3. Le moment cinétique total J.
Le paramètre a désigne le moment cinétique par unité de masse,
J
a= . (12.3)
M
Le trou noir de Kerr-Newman est donc un trou noir chargé et en rotation. Il possède une
singularité de courbure à r = 0 (qui a une structure plus compliquée que celle du trou noir
de Schwarzschild), et un horizon donné par ∆(r) = 0, c’est-à-dire par la surface d’équation
r = r+ où p
r+ = M + M 2 − a2 − Q2 . (12.4)
p
(Il existe aussi un autre horizon r = r− = M − M 2 − a2 − Q2 , qui correspond à l’autre
solution de ∆(r) = 0 et qui apparaı̂t dans l’extension maximale du trou noir.) Pour que
la métrique ait un horizon, et donc pour qu’elle représente un trou noir, il faut que les 3
paramètres M , Q, a satisfassent à la contrainte 31
a2 + Q2 ≤ M 2 . (12.5)
Pour un trou noir en rotation (a 6= 0), il existe une région très intéressante autour du
trou noir, qui est appelée ergosphère car c’est une région d’où l’on peut extraire de l’énergie
du trou noir. L’ergosphère est délimitée à l’intérieur par l’horizon r = r+ et à l’extérieur
par la surface r = r0 (θ). Cette dernière surface est appelée la limite de staticité et est telle
que gtt = 0 dans (12.1). On calcule
p
r0 (θ) = M + M 2 − Q2 − a2 cos2 θ . (12.6)
31
Cette inégalité est écrite dans les unités dites géométriques G = c = 4πε0 = 1 (auquelles on peut
rajouter ~ = h/2π = 1 pour des problèmes impliquant la mécanique quantique, et k = 1 pour la physique
statistique).
86
horizon r = r+
ergosphère
r+ < r < r0(θ )
limite de staticité
r = r0(θ )
sens de la rotation
trou noir
ergosphère
fur et à mesure que l’on se rapproche du trou noir, les cônes de lumière sont de plus en plus
incurvés vers la singularité centrale (comme pour le trou noir de Schwarschild, cf. Fig. 36)
mais, en plus, ils sont de plus en plus inclinés dans le sens de rotation du trou noir. A la
limite de staticité, le vertex du cône de lumière vu du dessus (qui est indiqué par un point),
sort du cône: les observateurs ne peuvent donc plus rester immobiles. A l’horizon le cône
devient intérieur à l’horizon: tous les observateurs et les photons tombent vers la singularité.
87
C. Le mécanisme de Penrose
L’ergosphère doit son nom au fait que cette région apparaı̂t comme un réservoir d’énergie
qu’il est, en principe, possible d’extraire. Ceci peut se montrer grâce à une expérience
de pensée due à Penrose (1969). On lance, depuis l’infini, une particule test A, d’énergie
EA > 0, dans l’ergosphère du trou noir où on la fait exploser en deux particules B et C,
avec (par conservation de l’énergie) EA = EB + EC , de sorte que la particule B plonge dans
l’horizon du trou noir et que la particule C ressorte de l’ergosphère et reparte à l’infini.
particule C
particule B
particule A
Or on peut montrer que, dans l’ergosphère, l’énergie d’une particule peut être négative
sur certaines orbites (qui restent confinées dans l’ergosphère). Ceci est directement lié au fait
que dans l’ergosphère l’axe des temps “sort” du cône de lumière (voir le dernier schéma de
§ 11.2) et devient ainsi en fait du genre espace. Donc, en réglant judicieusement l’explosion
de la particule A dans l’ergosphère, on peut s’arranger pour que la particule B plongeant
dans le trou noir emprunte une orbite d’énergie négative, EB < 0. La particule C qui repart
à l’infini aura alors une énergie supérieure à celle qu’avait la particule A au départ,
EC = EA − EB > EA . (12.7)
On a donc par ce mécanisme extrait de l’énergie au trou noir, et ainsi fait décroı̂tre sa masse
M . Par conservation d’énergie, on aura la variation de masse du trou noir
1
δM = − (EC − EA ) . (12.8)
c2
88
et arbitrairement grandes (certaines variations δJ et δQ étant données), mais est limitée par
une borne inférieure. Plus précisément, on a
a δJ + r+ Q δQ
δM ≥ 2
, (12.9)
r+ + a2
où r+ est donné par (12.4). De plus, on peut vérifier que cette inégalité se réécrit de façon
équivalente en
δMirr ≥ 0 , (12.10)
(avec δMirr = 0 pour une transformation réversible) où Mirr est ce que l’on appelle la masse
irréductible du trou noir qui est donnée par
1 1h i1/2
q p
Mirr = r+2
+ a2 = (M + M 2 − Q2 − a2 )2 + a2 . (12.11)
2 2
Ainsi, dans un processus d’interaction du trou noir avec un environnement de particules, la
masse irréductible augmente toujours au cours du temps.
La formule dite de masse des trous noirs, due à Christodoulou, s’obtient en calculant M
en fonction de Mirr d’après (12.11). On trouve
2
Q2 J2
2
M = Mirr + + 2
. (12.12)
4Mirr 4Mirr
E. Théorème de Hawking
Un calcul direct montre que l’aire A de la surface de l’horizon r = r+ du trou noir (à un
instant t donné) est reliée à la masse irréductible Mirr par
2
A = 16π Mirr . (12.13)
R√
Exercice. Démontrer (12.13) en utilisant l’expression de l’aire A = γdθdϕ où
2
γ = gθθ gϕϕ − gθϕ est le déterminant de la métrique spatiale à l’horizon. On déduira (12.13)
en utilisant les coefficients métriques (12.1).
Ainsi, le résultat de § 11.4 montre que dans un processus d’interaction du trou noir avec
un environnement (de particules) l’aire de l’horizon du trou noir est une fonction croissante
du temps: A ր. Ceci est un cas particulier d’un théorème général de Hawking (1976).
89
Théoreme. Dans un processus quelconque d’interaction de un ou plusieurs trous noirs
entre eux et/ou avec un environnement, la somme des aires des surfaces des horizons des
trous noirs est une fonction croissante du temps,
X
Aj ր . (12.14)
j
Par exemple considérons la coalescence de deux trous noirs 1 et 2 pour former un trou noir
3. Alors on doit avoir A3 > A1 + A2 .
A3
A2
A1
D’après le théorème de Hawking, l’aire de l’horizon d’un trou noir ne peut jamais
décroı̂tre. Mais ce résultat a été obtenu en relativité générale classique, où les champs
ne sont pas quantifiés. Or, Hawking (1976) a aussi montré que, à cause d’effets quantiques
(propagation de champs quantiques dans l’espace-temps classique du trou noir), un trou noir
doit nécessairement rayonner avec un spectre de Planck, c’est-à-dire comme un corps noir,
dont la température est donnée par
~
T = g, (12.15)
2π
où g est la gravité de surface sur l’horizon du trou noir. Par exemple, la gravité de surface
est g = M/rg2 = M/(2M )2 = 1/(4M ) dans le cas d’un trou noir de Schwarzschild. Dans
(12.15) on fait k = 1 où k est la constante de Boltzmann.
Ainsi, quantiquement, l’aire de l’horizon d’un trou noir isolé décroı̂t jusqu’à ce que le
trou noir disparaisse complètement. C’est le phénomène d’évaporation quantique du trou
noir. Les temps typiques d’évaporation sont cependant extrêmement longs pour des trous
noirs ordinaires car la température de Hawking (12.15) est extrêmement basse,
−1
−8 M
T = (6 10 K) , (12.16)
M⊙
90
dans le cas d’un trou noir de Schwarzschild. Ce n’est que dans le cas de trous noirs de très
petite masse (des “mini-trous noirs” qui pourraient être produits dans l’univers primordial)
que le phénomène d’évaporation quantique devient important.
L’évaporation quantique du trou noir peut s’expliquer heuristiquement de la façon suiv-
ante. Considérons les fluctuations quantiques du vide d’un champ quantique de masse m se
propageant au voisinage de l’horizon du trou noir (on se limite au cas d’un champ massif).
λ
trou noir
paire de particules
virtuelles
particule
rayonnée
antiparticule
singularité horizon
91
que, près de l’horizon, l’anti-particule créée tombe dans le trou noir et que la particule est
rayonnée à l’infini. Alors la température du rayonnement à l’infini sera essentiellement celle
associée à la plus grande masse créée, c’est-à-dire T ∼ msup . On aura donc un rayonnement
de température
T ∼ ~g , (12.19)
ce qui donne, en ordre de grandeur, la valeur (12.15) obtenue par Hawking.
Soit un processus d’interaction d’un trou noir Q, J, A (où A est l’aire de l’horizon) avec
un environnement, et soient δQ, δJ, δA les variations de Q, J, A au cours du processus
(δA ≥ 0 par le théorème de Hawking). Alors en différentiant la formule de Christodoulou
(12.12) dans laquelle on utilise (12.13), on obtient
g
δM = ΩδJ + ΦδQ + δA , (12.20)
8π
où Ω et Φ sont certaines expressions de J, Q, A et où g est la gravité de surface du trou noir.
Par analogie avec la 2ème loi de la thermodynamique, on est extrèmement tenté d’interpréter
Ω et Φ respectivement comme la vitesse angulaire et le potentiel électrique du trou noir.
Alors pour avoir une analogie complète avec la thermodynamique le dernier terme dans
l’expression de δM devrait être le T δS habituel de la thermodynamique, soit
g
δA = T δS . (12.21)
8π
Or on a vu que le trou noir rayonne quantiquement comme un corps noir à la température
T = ~g/2π, voir (12.15). On est donc conduit à associer au trou noir une entropie S donnée
en fonction de l’aire de l’horizon A par
A
S= . (12.22)
4~
Alors le théorème de Hawking Σj Aj ր s’interprète simplement comme le fait que l’entropie
d’un ensemble de trous noirs augmente toujours au cours du temps,
X
Sj ր , (12.23)
j
en accord avec le deuxième principe de la thermodynamique. Le fait que l’aire du trou noir
joue le rôle d’une entropie avait été proposé par Beckenstein en 1972, mais ce n’est qu’avec
la découverte du rayonnement de Hawking en 1976 que cette idée fut complètement justifiée
et que l’on a pu calculer le coefficient 1/4 dans (12.22).
Il est probable que l’entropie du trou noir telle qu’elle vient d’être définie joue pour le
trou noir exactement le même rôle que l’entropie statistique pour les systèmes thermody-
namiques habituels. Comme en physique statistique on s’attend à ce que S admette une
interprétation microscopique, avec S = k ln W où W représente le nombre de façons dis-
tinctes (en mécanique quantique) de fabriquer un trou noir donné à partir de particules
séparées. La température du trou noir peut donc s’interpréter classiquement. En partic-
ulier, on prévoit qu’un trou noir de température de Hawking T donnée par (12.15), et placé
dans un bain thermique de température TTh , doit baisser sa température en absorbant du
rayonnement, ou doit augmenter sa température en rayonnant (quantiquement) jusqu’à ce
que T égalise TTh .
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XIII. BIBLIOGRAPHIE
1. Culture générale:
• La Science et l’Hypothèse, H. Poincaré, (Flammarion),
• Les trois premières minutes, S. Weinberg, (Flamingo),
• Les enfants d’Einstein, C.M. Will, (Inter Editions),
• A brief History of Time, S. Hawking, (Adam Hilger).
2. Relativité restreinte:
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