Éléments d'histoire de l'Analyse — Chapitre I : Archimède et π
CORRECTION COMPLÈTE
Méthode d'exhaustion d'Archimède — Approximation de π
Énoncé : Considérons un cercle de rayon 1. On inscrit le polygone régulier de 3×2n−1
côtés et de demi-périmètre an, et on circonscrit un autre polygone régulier de 3×2n−1
côtés et de demi-périmètre bn.
1. Montrer que ∀n ≥ 1, an < π < bn.
2. Montrer que les suites (an) et (bn) convergent vers π.
3. Donner un encadrement et une valeur approchée de π pour n = 2.
Illustration de la méthode d'exhaustion
Inscrit (3 côtés) Inscrit (6 côtés) Inscrit (12 côtés)
Circonscrit (3 côtés) Circonscrit (6 côtés) Circonscrit (12 côtés)
De gauche à droite : polygones à 3 côtés (n=1), 6 côtés (n=2), 12 côtés (n=3). En rouge : polygone inscrit. En
vert (tirets) : polygone circonscrit. Plus n augmente, plus les polygones encadrent le cercle précisément.
Préliminaires — Expressions de an et bn
Le cercle a rayon r = 1. On note Nn = 3×2n−1 le nombre de côtés des polygones au rang n.
L'angle au centre correspondant à un côté vaut :
θn = 2π / Nn = 2π / (3×2n−1
Côté du polygone inscrit (rayon = 1) :
Un côté du polygone inscrit est une corde du cercle. Sa longueur vaut 2 sin(θn/2) = 2 sin(π/Nn).
Demi-périmètre du polygone inscrit :
an = (1/2) × Nn × 2sin(π/Nn)
= Nn × sin(π/Nn)
= 3×2n−1 × sin(π / (3×2n−1))
Côté du polygone circonscrit (apothème = 1) :
Le polygone circonscrit a ses côtés tangents au cercle. L'apothème (distance du centre au
milieu d'un côté) vaut 1. Un côté vaut donc 2 tan(π/Nn).
Demi-périmètre du polygone circonscrit :
bn = (1/2) × Nn × 2tan(π/Nn)
= Nn × tan(π/Nn)
= 3×2n−1 × tan(π / (3×2n−1))
■ Rappel — Périmètre du cercle : Pour un cercle de rayon 1, le périmètre vaut 2π,
donc le demi-périmètre vaut π. C'est pour cela que les suites an et bn
(demi-périmètres des polygones) encadrent π.
QUESTION 1 — Montrer que ∀n ≥ 1, a■ < π < b■
L'idée est de comparer les périmètres : le cercle est compris entre le polygone inscrit (à
l'intérieur) et le polygone circonscrit (à l'extérieur).
Étape 1 — Inégalité géométrique fondamentale
Pour tout angle α ∈ ]0, π/2[, on dispose de l'inégalité classique :
sin(α) < α < tan(α)
Cette inégalité se démontre géométriquement : dans un cercle de rayon 1 et pour un angle
au centre α, l'arc (longueur α) est compris entre la demi-corde (longueur sin α) et la
demi-tangente (longueur tan α).
Étape 2 — Application à an et bn
Posons αn = π/Nn = π/(3×2n−1). Pour n ≥ 1, on a Nn ≥ 3, donc αn ≤ π/3 < π/2. L'inégalité sin(α) <
α < tan(α) s'applique :
sin(αn) < αn < tan(αn)
On multiplie par Nn = 3×2n−1 > 0 :
Nn sin(αn) < Nn αn < Nn tan(αn)
Étape 3 — Identification des termes
• Nn × sin(αn) = an (demi-périmètre inscrit)
• Nn × αn = Nn × π/Nn = π (demi-périmètre du cercle)
• Nn × tan(αn) = bn (demi-périmètre circonscrit)
✔ Conclusion Question 1 :
Pour tout n ≥ 1 :
an < π < bn
Interprétation : le demi-périmètre du polygone inscrit est toujours inférieur à π, et le
demi-périmètre du polygone circonscrit est toujours supérieur à π. Les polygones
encadrent le cercle, et donc leurs demi-périmètres encadrent π.
QUESTION 2 — Convergence de (a■) et (b■) vers π
On dispose déjà de l'encadrement an < π < bn. Il suffit de montrer que bn − an → 0 pour
conclure par le théorème des gendarmes.
Méthode — Théorème des gendarmes (squeeze theorem)
On a pour tout n ≥ 1 :
0 < π − an < bn − an
0 < bn − π < bn − an
Il suffit donc de montrer que bn − an → 0.
Calcul de bn − an
bn − an = Nn tan(αn) − Nn sin(αn)
= Nn × [tan(αn) − sin(αn)]
= Nn × sin(αn) × [1/cos(αn) − 1]
= Nn × sin(αn) × [1 − cos(αn)] / cos(αn)
Utilisons les équivalents classiques quand α → 0 (ce qui est le cas car αn = π/(3×2n−1) → 0) :
sin(αn) ∼ αn quand n → +∞
1 − cos(αn) ∼ αn²/2 quand n → +∞
cos(αn) → 1
Donc :
bn − an ∼ Nn × αn × αn²/2 × 1
= Nn × (π/Nn)³ / 2
= π³ / (2 Nn²)
= π³ / (2 × 9 × 4n−1)
→ 0 quand n → +∞ (car 4n → +∞)
Application du théorème des gendarmes
On a établi :
0 ≤ |an − π| < bn − an → 0
0 ≤ |bn − π| < bn − an → 0
Méthode alternative directe — Calcul de la limite de an :
an = Nn × sin(π/Nn)
Posons u = π/Nn. Quand n → +∞, Nn → +∞ donc u → 0.
an = π × sin(u)/u → π × 1 = π
(car limu→0 sin(u)/u = 1)
bn = Nn × tan(π/Nn)
bn = π × tan(u)/u → π × 1 = π
(car limu→0 tan(u)/u = 1)
✔ Conclusion Question 2 :
Par le théorème des gendarmes (ou par calcul direct de limite) :
limn→+∞ an = π et limn→+∞ bn = π
Les deux suites converge vers π. La méthode d'Archimède converge : en augmentant
le nombre de côtés, on peut approcher π avec une précision arbitraire.
QUESTION 3 — Encadrement et valeur approchée de π pour n =
2
Pour n = 2 : N2 = 3×22−1 = 3×2 = 6 côtés (hexagone régulier). L'angle est α2 = π/6.
Calcul de a2 (hexagone inscrit) :
a2 = N2 × sin(π/N2)
= 6 × sin(π/6)
= 6 × 1/2
=3
Calcul de b2 (hexagone circonscrit) :
b2 = N2 × tan(π/N2)
= 6 × tan(π/6)
= 6 × (1/√3)
= 6/√3
= 6√3/3
= 2√3
Valeur numérique de b2 :
2√3 = 2 × 1,7320508...
≈ 3,4641016...
Encadrement de π pour n = 2 :
a2 < π < b2
3 < π < 2√3 ≈ 3,464
Valeur approchée de π :
On peut prendre la moyenne arithmétique comme valeur approchée :
π ≈ (a2 + b2) / 2
= (3 + 2√3) / 2
≈ (3 + 3,464) / 2
≈ 3,232
Ou plus simplement, on retient l'encadrement et on choisit, par exemple, la borne inférieure :
π ≈ 3 (valeur approchée par défaut, précision à 5%)
✔ Conclusion Question 3 — Résultats pour n = 2 (hexagone, 6 côtés) :
a2 = 3 et b2 = 2√3 ≈ 3,464
Encadrement : 3 < π < 2√3 ≈ 3,464
Valeur approchée : π ≈ 3,232 (moyenne)
Erreur relative : |π − 3| / π ≈ 4,5% ; erreur sur la borne supérieure ≈ 10%
Tableau de convergence vers π selon n
n N■ (côtés) a■ (inscrit) b■ (circonscrit) b■ − a■
1 3 (= 3×20) 2.59807621 5.19615242 2.60e+00
2 6 (= 3×21) 3.00000000 3.46410162 4.64e-01
3 12 (= 3×22) 3.10582854 3.21539031 1.10e-01
4 24 (= 3×23) 3.13262861 3.15965994 2.70e-02
5 48 (= 3×24) 3.13935020 3.14608622 6.74e-03
6 96 (= 3×25) 3.14103195 3.14271460 1.68e-03
Pour n = 6 (96 côtés), Archimède obtenait l'encadrement 223/71 < π < 22/7, soit 3,1408 < π < 3,1429.
■ Lien historique : C'est exactement la méthode utilisée par Archimède de
Syracuse (v. −287 à −212) dans son traité De la mesure du cercle. Il utilisa des
polygones à 96 côtés et obtint l'encadrement 3 + 10/71 < π < 3 + 1/7, soit une
précision de deux décimales. Sa méthode, dite méthode d'exhaustion, est l'ancêtre
direct du calcul intégral.
Barème indicatif : Q1 — encadrement : 2 pts | Q2 — convergence : 3 pts | Q3 — calcul numérique pour n=2 : 1
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