forme_differentielle
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Chapitre 3
Introduction et Motivation
— Définition intuitive : Les formes différentielles sont les objets naturels qu’on peut
intégrer sur des domaines non plats (courbes, surfaces, volumes).
— But de leur introduction : Développer un système de notation permettant au calcul
vectoriel et intégral d’être invariant par changement de repère (formule du changement
de variable automatique). Cette invariance par rapport au repère est fondamentale dans
la formulation mathématique des lois de la physique.
— Intérêt : Simplifier les calculs, et donner une formule d’intégration (formule de Stokes)
générale Z Z
ω= dω
∂D D
qui implique toutes les formules intégrales utilisées en mécanique des fluides et en élec-
tromagnétisme et généralise la formule classique
Z Z
f ′ (x) dx = f (b) − f (a) = f
[a,b] ∂[a,b]
au cas d’une surface D = S bordée par une courbe ∂D = C, et à celui d’un volume
D = V bordé par une surface ∂D = S.
Ici, nous allons étudier la version du théorème de Stokes pour les fonctions de 2 variables réelles.
Dans ce contexte, le théorème de Stokes prend le nom de «formule de Green-Riemann».
Plus précisément, les formes différentielles généralisent la notion de différentielle d’une fonc-
tion de plusieurs variables. En effet, si f est une fonction différentiable sur un ouvert U de Rn ,
à valeurs dans R, sa différentielle en un point x ∈ U est une application linéaire de Rn dans R,
c’est-à-dire un élément du dual (Rn )∗ . Ainsi, l’application x 7→ dx f est une forme différentielle
particulière. Dans la base canonique, elle s’écrit
∂f ∂f
df = dx1 + · · · + dxn .
∂x1 ∂xn
Toutes les formes différentielles ne sont pas des différentielles de fonctions. Celles qui le sont
s’appellent formes différentielles exactes.
N.B. Seules les formes différentielles de degré 1 et 2 dans R2 et R3 sont au programme. Les
formes différentielles de degré k, sont données ici en tant que complément.
Définition 1.6 (Base duale). En notant dxi la ième projection de Rn sur R, définie par :
dxi : Rn → R
h 7→ dxi (h) = hi
La famille B ∗ = {dx1 , dx2 , . . . , dxn } est une base de E ∗ appelée base duale de B. Considé-
rons l’espace vectoriel Rn et son dual (Rn )∗ = L(Rn , R) (que l’on note également Λ1 (Rn , R)
ou tout simplement Λ1 (Rn )). Ce dernier étant l’espace des formes linéaires sur Rn . On note
(dx1 , . . . , dxn ), habituellement notée (e∗1 , . . . , e∗n ), la base duale de la base canonique (e1 , . . . , en )
de Rn . Autrement dit, dx1 , . . . , dxn sont n formes linéaires sur Rn définies par
(
1 si i = j,
dxi (ej ) = δij =
0 si i ̸= j.
ω : U → L(Rn , R)
n
X
x 7→ ω(x) = ai (x) dxi
i=1
où ai sont des applications de U dans R.
ω := P (x, y) dx + Q(x, y) dy
2
Exemple 1.9. Soient (e1 , e2 , e3 ) la base canonique de R3 et ω(x) = x1 dx1 −x22 dx2 +(1+x3 ) dx3
est une 1-forme différentielle sur un ouvert U de R3 . On a
De façon plus condensée, on écrit ω = α · dx plutôt que ω = ni=1 ai dxi . Cette notation
P
est justifiée par le fait que le terme ni=1 ai dxi peut s’obtenir en effectuant «formellement»
P
Exemple 1.11 (La différentielle d’une application). La différentielle d’une application diffé-
rentiable f d’un ouvert U de Rn dans R est donnée par df : U ∋ x 7→ dx f ∈ Λ1 (Rn ) où pour
tout h ∈ Rn on a :
n
X ∂f
dx f (h) = (x)hj .
j=1
∂xj
Par définition des 1-formes dxj , on peut encore écrire cette relation de la façon suivante :
n
X ∂f
∀x ∈ U, ∀h ∈ Rn , dx f (h) = (x) dxj (h).
j=1
∂xj
Remarque 1.12. Si f est une fonction de classe C k , alors sa différentielle df est une forme
différentielle de classe C k−1 . En particulier, si f est de classe C ∞ sur U alors la 1-forme df est
de classe C ∞ . Par ailleurs, il existe des formes différentielles qui ne sont pas la différentielle
d’une fonction. En effet, considérons par exemple la forme ω(x1 , x2 ) = x2 dx1 , et supposons
qu’elle soit la différentielle d’une fonction (x1 , x2 ) 7→ f (x1 , x2 ). On aurait donc
∂f ∂f
ω = df = dx1 + dx2 = x2 dx1 .
∂x1 ∂x2
∂f ∂f
On en déduit que ∂x1 = x2 (donc f dépend de x2 ) et ∂x2 = 0 (donc f ne dépend pas de x2 ), ce
qui est absurde.
3
1.1.2 Formes différentielles de degré 2
Considérons l’espace Λ2 (Rn ) (que l’on note également Λ2 (Rn , R)) des applications
φ : Rn × Rn → R
(y, z) 7→ φ(y, z)
bilinéaires et antisymétriques (ou alternées). Introduisons les applications :
dxi ∧ dxj : Rn × Rn → R
!
y zi
(y, z) 7→ det i = yi zj − yj zi .
yj zj
4
1.2.1 Forme différentielle fermée
Soit ω une k-forme différentielle (k = 1, 2) de classe C 1 dans un ouvert U ⊂ Rn .
Définition 1.18 (Forme différentielle fermée). On dit que ω est fermée (ou est un cocycle) si
dω = 0.
Pn
Proposition 1.19. La 1-forme différentielle dans U de classe C 1 , ω = i=1 ai dxi , est fermée
si et seulement si
∂aj ∂ai
= , ∀1 ≤ i, j ≤ n.
∂xi ∂xj
P3
Soit donc ω = i=1 ai dxi une 1-forme dans U ⊂ R3 de classe C 1 . On a
3 3 3
!
X X X ∂ai X ∂ai ∂aj
dω = dai ∧ dxi = dxj ∧ dxi = − dxj ∧ dxi .
i=1 i=1 j=1
∂xj 1≤j<i≤3
∂xj ∂xi
(Note : dans le texte original, il y a un changement d’ordre des indices et du wedge product. La
∂a ∂ai
forme ci-dessus est standard, ou on peut écrire 1≤i<j≤n ( ∂xji − ∂x ) dxi ∧ dxj .) Par conséquent,
P
j
∂ai ∂aj
ω est fermée (c-à-d, dω = 0) si et seulement si ∂xj = ∂xi pour i ̸= j. Si i = j, les relations sont
triviales.
Remarque 1.20. — Dans R2 : La forme différentielle ω := P (x, y) dx + Q(x, y) dy est fermée
si ∂y (x, y) = ∂Q
∂P
∂x (x, y).
— Dans R3 : On dit que ω := P (x, y, z) dx + Q(x, y, z) dy + R(x, y, z) dz est fermée si
∂P ∂Q ∂P ∂R ∂Q ∂R
= ; = et = .
∂y ∂x ∂z ∂x ∂z ∂y
(Note : ce sont les conditions pour que le champ (P, Q, R) soit de rotationnel nul).
Exemple 1.21. 1. Prenons un exemple simple avec une 1-forme différentielle dans R3 .
Considérons la 1-forme ω = 2x dy − 3z dx. Pour vérifier si cette 1-forme est fermée, nous
devons calculer sa dérivée extérieure dω. Rappelons d’abord la formule de la dérivée
extérieure pour une 1-forme ω = P dx + Q dy + R dz :
∂R ∂Q ∂P ∂R ∂Q ∂P
dω = − dy ∧ dz + − dz ∧ dx + − dx ∧ dy.
∂y ∂z ∂z ∂x ∂x ∂y
Pour notre forme ω = 2x dy − 3z dx, nous avons P = −3z, Q = 2x et R = 0. Calculons
∂Q ∂Q
chaque terme séparément : ∂R ∂P ∂R ∂P
∂y = 0 ; ∂z = 0 ; ∂z = −3 ; ∂x = 0 ; ∂x = 2 ; ∂y = 0. En
utilisant ces dérivées partielles dans la formule de la dérivée extérieure :
dω = (0 − 0) dy ∧ dz + (−3 − 0) dz ∧ dx + (2 − 0) dx ∧ dy.
dω = (0 − 0) dy ∧ dz + (0 − 0) dz ∧ dx + (1 − 1) dx ∧ dy =⇒ dω = 0.
5
1.2.2 Forme différentielle exacte
Soit ω une k-forme différentielle (k = 1, 2) de classe C 1 dans un ouvert U ⊂ Rn .
Définition 1.22 (Forme différentielle exacte). Une k-forme différentielle ω dans U est dite
exacte s’il existe une (k − 1)-forme différentielle σ dans U de classe C 1 telle que : ω = dσ. En
particulier, une 1-forme différentielle ω est exacte s’il existe une application f : U → R de classe
C 1 telle que : ω = df et on dit dans ce cas que f est une primitive de ω ou f est un potentiel
pour ω.
Proposition 1.23. La 1-forme différentielle ω = ni=1 ai dxi , dans U (de classe C 0 ) est exacte
P
∂f
s’il existe une application f : U → R (de classe C 1 ) telle que : ai = ∂xi
.
∂f
Démonstration. Comme ω est exacte, alors par définition ω = df = ni=1
P
∂xi dxi . Et le résultat
en découle par unicité de l’écriture canonique des formes différentielles.
Remarque 1.24. Pour être plus précis, considérons une forme différentielle de degré 1 en dimen-
sion 2, par exemple :
ω = P (x, y) dx + Q(x, y) dy
Pour que ω soit exacte, il doit exister une fonction (x, y) 7→ f (x, y) telle que :
∂f ∂f
df = dx + dy = P (x, y) dx + Q(x, y) dy
∂x ∂y
En intégrant la première équation par rapport à x, on obtient : f (x, y)−f (0, y) = 0x ln(y) sin(t) dt =
R
Exercice 1.26. Vérifier que la forme différentielle ω = (2xy + 3) dx + x2 dy est fermée, puis
∂Q
exacte. Solution : Pour vérifier si cette 1-forme est fermée, nous devons vérifier si ∂P
∂y = ∂x . Ici,
P (x, y) = 2xy + 3 et Q(x, y) = x2 . Calculons les dérivées partielles : ∂P ∂
∂y = ∂y (2xy + 3) = 2x
et ∂Q ∂ 2 ∂P ∂Q
∂x = ∂x (x ) = 2x. Puisque ∂y = ∂x , la forme différentielle ω est fermée. Nous pouvons
maintenant chercher une fonction f telle Rque : df = (2xy + 3) dx + x2 dy. Pour cela, nous
intégrons P par rapport à x : f (x, y) = (2xy + 3) dx = x2 y + 3x + g(y), où g(y) est une
fonction de y seule. Pour déterminer g(y), nous dérivons f par rapport à y et égalisons à Q :
∂f 2 ′ 2 ′
∂y = x + g (y) = x . Donc, g (y) = 0 =⇒ g(y) = C, où C est une constante. Ainsi, la fonction
2
f est : f (x, y) = x y + 3x + C. (Donc ω est exacte).
Proposition 1.27. Soit U un ouvert de Rn . Toute forme différentielle exacte de classe C 1 sur
U est fermée.
6
Démonstration. Soit ω une forme différentielle exacte de classe C 1 sur U . En notant a1 , . . . , ap
∂F
les coefficients de ω, alors il existe F : U → R de classe C 2 telle que : ∀j ∈ {1, . . . , p}, ∂xj
= aj .
1 2
Comme a1 , . . . , ap sont de classe C sur U , F est de classe C sur U et donc, d’après le théorème
∂a 2F 2F ∂ai
de Schwarz : ∀(i, j) ∈ {1, . . . , p}2 , ∂xji = ∂x∂i ∂xj
= ∂x∂j ∂xi
= ∂xj
. Donc ω est fermée.
Remarque 1.28. Autrement dit, si ω est une forme différentielle exacte de classe C 1 sur U ⊂ R2 ,
∂Q ∂Q
ω = P dx + Q dy, alors ∂P ∂P
∂y (x, y) = ∂x (x, y). Si ∂y (x, y) ̸= ∂x (x, y) =⇒ ω non exacte.
Remarque 1.30. La réciproque de la proposition précédente est fausse. Par exemple : la forme
différentielle définie sur R2 \ {(0, 0)}
−y x
ω(x, y) = dx + 2 dy
x2
+y 2 x + y2
qui est fermée sur R2 \ {(0, 0)} (c’est un calcul très simple !) mais qui n’est pas exacte. En effet,
son intégrale sur le cercle unité paramétré par (cos(t), sin(t)) vaut
Z 2π Z 2π
− sin(t)(− sin(t)) + cos(t) cos(t)
dt = 1 dt = 2π, (voir l’exemple 3.4.3)
0 cos2 (t) + sin2 (t) 0
Alors que l’on aurait obtenu 0 si elle était exacte. Cependant, pour de nombreux ouverts, les
formes différentielles exactes et fermées coïncident :
Définition 1.31 (Ouvert étoilé). Un ouvert U de Rn est dit étoilé s’il existe a ∈ U tel que ∀x ∈
U, [a, x] ⊂ U , où [a, x] = {z ∈ Rn | ∃λ ∈ [0, 1], z = a + λ(x − a)} désigne le segment d’extrémités
a et x dans Rn .
Exemple 1.33. — Les ouverts étoilés de R correspondent aux intervalles ouverts. De plus,
pour tout n ∈ N∗ , Rn est étoilé par rapport à chacun de ses points.
— R2 \ {(x, 0) | x ≤ 0} est étoilé (par exemple par rapport à (1, 0)).
— R2 \ {(0, 0)} n’est pas étoilé.
Théorème 1.34 (Théorème de Poincaré). Si U est un ouvert étoilé et ω une forme différentielle
de classe C 1 sur U , alors :
7
Démonstration. ( =⇒ ) Voir la Proposition 3.3.3.
( ⇐= ) Soit U ⊂ Rn , un ouvert étoilé par rapport à l’un de ses points que l’on note a.
Soit ω = ni=1 αi dxi une 1-forme différentielle dans U , supposée fermée et montrons qu’elle
P
est exacte. Autrement dit, qu’il existe une 0-forme différentielle dans U , c-à-d, une application
f : U → R telle que R: ω = df (on verra que pour la régularité de cette 1-forme, f est de classe
C 2 ). Posons f (x) = 01 ni=1 αi (a + t(x − a))(xi − ai ) dt. L’application f est bien définie sur U
P
∂f
car pour tout t ∈ [0, 1], a + t(x − a) ∈ U (l’ouvert U est étoilé). Notons que ∂x j
existe ; c’est une
fonction définie par une intégrale. Le théorème de dérivation sous le signe intégral entraîne :
n n
Z 1X !
∂f X ∂αi
(x) = (a + t(x − a))tδkj (xi − ai ) + αi (a + t(x − a))δij dt
∂xj 0 i=1 k=1 ∂xk
n
Z 1 X !
∂αi
= t (a + t(x − a))(xi − ai ) + αj (a + t(x − a)) dt.
0 i=1
∂xj
∂αi ∂αj
Comme ω est fermée, alors d’après la proposition 3.3.1, on a ∂xj = ∂xi . Dès lors,
n
Z 1 !
∂f X ∂αj
(x) = t (a + t(x − a))(xi − ai ) + αj (a + t(x − a)) dt
∂xj 0 i=1
∂xi
Z 1
d
= (tαj (a + t(x − a))) dt
dt
0
= [tαj (a + t(x − a))]10 = αj (x).
Remarque 1.35. Certaines formes différentielles ne sont pas exactes dans leur état initial, mais
peuvent le devenir après multiplication par une fonction appropriée appelée facteur intégrant.
Ce concept, fondamental dans la résolution de certaines équations différentielles, fera l’objet
d’un complément présenté dans l’Annexe 3.5.
γ : [a, b] → Rn ,
continue. Nous appelons chemin, l’application γ et non son image γ([a, b]) ⊂ Rn . Le chemin γ
est dit
— Simple si γ est injective.
— Fermé si γ(a) = γ(b).
— De classe C 1 si γ est de classe C 1 .
— Régulier si γ est de classe C 1 et que γ ′ (t) ̸= 0, ∀t ∈ [a, b].
8
et a pour longueur Long([P0 P1 ]) = P0⃗P1 . Une courbe formée par la réunion de plusieurs
segments successifs [P0 P1 ], [P1 P2 ], . . . , [PN −1 PN ] (N ∈ N∗ ) est appelée ligne polygonale et a
pour longueur la somme des longueurs des segments qui la composent. Intuitivement, la longueur
d’une courbe peut être introduite à partir de la longueur d’un segment de la façon suivante.
Considérons une courbe C paramétrée par une application γ de [a, b] dans Rn de classe C 1 . Pour
N ∈ N∗ , prenons une subdivision de l’intervalle [a, b] en N parties : a = t0 < t1 < · · · < tN −1 <
tN = b. Notons CN la ligne polygonale passant par tous les points Pi = γ(ti ), i ∈ {0, . . . , N }
de la courbe C et notons LN = Long(CN ) la longueur de cette ligne polygonale. Une telle
ligne polygonale est appelée une ligne polygonale inscrite dans la courbe C. Montrons que si
la courbe C est de classe C 1 alors la borne supérieure de l’ensemble des longueurs des lignes
polygonales inscrites dans la courbe C existe ; on peut alors définir la longueur de C comme
étant cette borne supérieure. Les n fonctions coordonnées γ1 , . . . , γn de l’application γ sont des
applications de classe C 1 de [a, b] dans R et pour tout i ∈ {1, . . . , N }, on a
Z ti
γ(ti ) − γ(ti−1 ) = γ ′ (t) dt.
ti−1
On en déduit que l’ensemble des longueurs des lignes polygonales inscrites dans la courbe C
est un ensemble borné dont un majorant est ab ∥γ ′ (t)∥ dt. Ceci permet de justifier que la borne
R
supérieure des longueurs de lignes polygonales inscrites dans la courbe C existe. La définition
suivante a donc un sens.
Définition 2.1. La longueur d’une courbe paramétrée C de classe C 1 est la borne supérieure
des longueurs des lignes polygonales inscrites dans C.
Cette définition, bien qu’intuitive, n’est pas pratique. La proposition suivante indique que
la longueur d’une courbe paramétrée peut être exprimée par une intégrale curviligne.
Proposition 2.2 (Longueur d’une courbe paramétrée). La longueur d’une courbe paramétrée
régulière C de classe C 1 dont un paramétrage est γ : [a, b] → Rn est donnée par
Z b
Long(C) = γ ′ (t) dt.
a
9
2.0.2 Intégrale d’une application à valeurs dans R le long d’une courbe
On définit l’intégrale d’une application à valeurs dans R le long d’une courbe de Rn de la
façon suivante.
Définition 2.4. Soient f une application continue sur un ouvert U de Rn et à valeurs dans
R et C une courbe paramétrée dont un paramétrage Rest γ ∈ C 1R([a, b], U ). On appelle intégrale
curviligne de f le long de C l’intégrale (parfois notée C f ds ou C f dℓ pour "longueur d’arc") :
Z Z b
f dℓ := f (γ(t)) γ ′ (t) dt.
C a
(L’OCR utilise dr ou dΓ. dℓ ou ds est plus standard pour l’intégration scalaire par rapport à la
longueur d’arc.)
qui à une valeur du paramètre t associe le produit scalaire des deux vecteurs f (γ(t)) et γ ′ (t).
D’après les hypothèses, l’application ϕ de [a, b] dans R est continue et par conséquent Riemann-
intégrable sur [a, b]. On appelle intégrale de f le long de la courbe C l’intégrale ab ϕ(t) dt, ce
R
Définition 2.6 (Intégrale curviligne d’un champ de vecteurs). Soient f une application continue
sur un ouvert U de Rn à valeurs dans Rn et C une courbe paramétrée dont un paramétrage est
1
R
γ ∈ C ([a, b], U ). On appelle intégrale curviligne de f le long de C et on note C f · dr le réel
défini par
Z Z b
f · dr := ⟨f (γ(t)), γ ′ (t)⟩ dt.
C a
Interprétation Physique : La notion d’intégrale curviligne est utilisée par exemple pour
définir le travail d’une force s’exerçant sur un objet qui se déplace le long d’une trajectoire dans
l’espace. W = C F⃗ · d⃗r.
R
R
Remarque 2.7. 1. L’intégrale curviligne C f · dr est dans certains contextes appelée la cir-
culation du champ de vecteurs f le long de la courbe C.
2. De par sa définition, l’intégrale curviligne hérite des propriétés de l’intégrale de Riemann.
En particulier l’intégrale curviligne possède la propriété de linéarité.
3. La relation de Chasles : considérons une application γ continue sur [a, b], à valeurs dans U
et de classe C 1 par morceaux, c’est-à-dire telle qu’il existe une subdivision (ck )k∈{0,...,N }
de l’intervalle [a, b] (avec c0 = a, cN = b) telle que pour tout entier k ∈ {0, . . . , N − 1}
l’application γ est de classe C 1 sur [ck , ck+1 ]. Désignons par Ck la courbe de classe C 1
de Rn dont un paramétrage est la restriction de l’application γ à l’intervalle [ck , ck+1 ].
10
L’intégrale curviligne le long de la courbe C d’une application f continue de U dans Rn
est donnée par
Z N
X −1 Z
f · dr = f · dr.
C k=0 Ck
11
2.0.4 Intégrale d’une 1-forme le long d’une courbe paramétrée
Intéressons-nous maintenant à la façon d’intégrer une 1-forme. Considérons une application
(coefficients) α d’un ouvert U de Rn à valeurs dans Rn (i.e., α(x) = (α1 (x), . . . , αn (x))) et une
courbe paramétrée C de Rn incluse dans U et paramétrée par une application γ ∈ C 1 ([a, b], U ).
P
La 1-forme
R
est ω = αi dxi . Dans le paragraphe précédent, nous avons défini l’intégrale curvi-
ligne C α · dr de l’application (vectorielle) α le long de C de la façon suivante :
Z Z b
α · dr = ⟨α(γ(t)), γ ′ (t)⟩ dt.
C a
bijective. Cette observation conduit à définir l’intégrale d’une 1-forme de la manière suivante.
Exemple 2.12. On considère la 1-forme définie sur R2 \ {(0, 0)} par ω := x2−y +y 2
x
dx + x2 +y 2 dy,
et calculons la circulation de cette 1-forme le long du cercle C de centre 0 et de rayon 1. Notons
que le cercle C est une courbe incluse dans l’ouvert R2 \ {(0, 0)} qui peut être paramétrée
par l’application γ : t ∈ [0, 2π] 7→ (cos(t), sin(t)) qui est de classe C ∞ . La 1-forme ω s’écrit
ω = α1 dx1 + α2 dx2 où α1 (x1 , x2 ) = x−x x1
2 +x2 et α2 (x1 , x2 ) = x2 +x2 . Et en notant α l’application
2
1 2 1 2
de R2 \ {(0, 0)} dans R2 dont les composantes sont α1 et α2 , on obtient
Z 2π
− sin(t) cos(t)
Z
ω= , , (− sin(t), cos(t)) dt.
C 0 1 1
Pour tout t ∈ [0, 2π] on a α1 (γ(t)) = − sin(t) et α2 (γ(t)) = cos(t) de sorte que
Z Z 2π Z 2π Z 2π
2 2
ω= ((− sin(t))(− sin(t))+(cos(t))(cos(t))) dt = (sin (t)+cos (t)) dt = 1 dt = 2π.
C 0 0 0
Proposition 2.13 (Circulation d’une 1-forme exacte). Soient U un ouvert de Rn , C une courbe
paramétrée de Rn de classe C 1 , incluse dans U , d’extrémités A et B, et f une application de U
dans R de classe C 1 . On a Z
df = f (B) − f (A).
C
12
Remarque 2.14. 1. La proposition 3.4.3 indique que si ω est une 1-forme exacte alors sa
circulation le long d’une courbe paramétrée C de classe C 1 ne dépend que des extrémités
de la courbe. En particulier la circulation de cette 1-forme exacte ω sur une autre courbe
paramétrée de classe C 1 ayant les mêmes extrémités est égale à la circulation de ω le long
de C.
R R
2. ROn peut symboliquement écrire la relation C df = f (B) − f (A) sous la forme C df =
∂C f où ∂C désigne les extrémités de C qui correspondent ici aux deux points A et B
(avec convention de signe).
3. Si U est un ouvert de R et C le segment [a, b] alors la relation (3.1) s’écrit ab f ′ (x) dx =
R
f (b) − f (a). Cette relation permet de relier une donnée sur un intervalle à une donnée
sur le bord de cet intervalle.
R R
4. Si on change l’orientation de la courbe alors la valeur de C df change de signe : −C df =
f (A) − f (B).
5. La proposition 3.4.3 fournit un moyen d’établir qu’une 1-forme n’est pas exacte. En effet,
si une 1-forme ω ∈ Λ1 (U ) est exacte alors il existe une application f ∈ C 1 (U, R) telle que
ω = df et par conséquent la circulation de ω le long de toute courbe fermée incluse dans
U doit être nulle.
Corollaire 2.15. Soient U un ouvert Rde Rn et ω une 1-forme sur U . S’il existe une courbe
fermée C incluse dans U pour laquelle C ω ̸= 0 alors ω n’est pas exacte.
cercle C de centre (0, 0) et de rayon 1 (qui est une courbe fermée incluse dans U = R2 \ {(0, 0)})
n’est pas nulle. Par conséquent la 1-forme ω n’est pas exacte.
Corollaire 2.17. Soient U un ouvert Rétoilé de Rn , C une courbe fermée de Rn incluse dans U
et ω une 1-forme fermée sur U . On a C ω = 0.
∂Q ∂P
I ZZ
(P (x, y) dx + Q(x, y) dy) = (x, y) − (x, y) dx dy.
C K ∂x ∂y
La formule de Green-Riemann est utile dans les deux sens. Selon le problème considéré, on
peut vouloir ramener un calcul d’intégrale double sur K au calcul d’une intégrale curviligne de
la forme différentielle P dx + Q dy sur le bord de K ou l’inverse.
Exemple 2.19. La formule de Green-Riemann peut par exemple servir à calculer l’aire d’un
ouvert de R2 via l’une des égalités suivantes :
1
I I I
Aire(Ω) = x dy = − y dx = (x dy − y dx).
∂Ω ∂Ω 2 ∂Ω
∂Q ∂P
(En effet, si P = −y/2, Q = x/2, alors ∂x − ∂y = 1/2 − (−1/2) = 1.)
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3.5 Annexe
Cette annexe apporte quelques compléments sur les formes différentielles, en particulier pour
des cas généraux de degré k, au-delà des degrés 1 et 2 déjà abordés dans la section 3.2. Elle
introduit également la notion de facteur intégrant, qui permet de transformer une forme non
exacte en une forme exacte, outil clé dans la résolution de certaines équations différentielles.
φ : |Rn × Rn {z
× · · · × Rn} → R
k fois
(y1 , y2 , . . . , yk ) 7→ φ(y1 , y2 , . . . , yk ),
k-linéaires et antisymétriques, c’est-à-dire :
— φ est k-linéaire : si ∀α, β ∈ R, ∀i ∈ {1, . . . , k}, ∀yj , zi ∈ Rn ,
φ(y1 , . . . , yi , . . . , yj , . . . , yk ) = −φ(y1 , . . . , yj , . . . , yi , . . . , yk ).
Introduisons les applications dxi1 ∧ · · · ∧ dxik ∈ Λk (Rn ), 1 ≤ i1 < i2 < · · · < ik ≤ n, définies par
(y1 )i1 (y1 )i2 ... (y1 )ik
(y2 )i1
(y2 )i2 ... (y2 )ik
(dxi1 ∧ · · · ∧ dxik )(y1 , . . . , yk ) = det
.. .. .. .. .
. . . .
(yk )i1 (yk )i2 ... (yk )ik
On déduit des propriétés des déterminants que : dxi1 ∧ · · · ∧ dxip ∧ · · · ∧ dxiq ∧ · · · ∧ dxik =
− dxi1 ∧ · · · ∧ dxiq ∧ · · · ∧ dxip ∧ · · · ∧ dxik , et en particulier si ip = iq pour p ̸= q, alors
dxi1 ∧ · · · ∧ dxik = 0. Pour k > n, on a : dxi1 ∧ · · · ∧ dxik = 0.
Proposition 2.20. Λk (Rn ) est un espace vectoriel de dimension : dim(Λk (Rn )) = nk . De plus,
la famille {dxi1 ∧ · · · ∧ dxik }1≤i1 <···<ik ≤n des fonctions k-linéaires antisymétriques forme une
base de cet espace.
Soient U un ouvert de Rn et
des fonctions de classe C p , 0 ≤ p ≤ +∞. Une fonction à valeurs dans Λk (Rn ) est dite de classe
C p si ses coordonnées dans la base {dxi1 ∧ · · · ∧ dxik }1≤i1 <···<ik ≤n sont de classe C p . Le choix de
n
cette base détermine un isomorphisme : Λk (Rn ) ∼ = R( k ) .
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Remarque 2.22. 1. Notation : On désigne parfois une k-forme différentielle par ω = ωa où
a = (αi1 ...ik ).
2. Si αi1 ...ik ∈ C p , (0 ≤ p ≤ +∞), on dit alors que ω est de classe C p .
3. Pour k = 0, i.e. ω = ωa , on convient qu’une 0-forme dans U est simplement une fonction
α : U → R, x 7→ α(x) ∈ R.
Soient ω et σ deux k-formes différentielles sur U . La somme ω+σ est une k-forme différentielle
sur U définie par (ω + σ)(x) = ω(x) + σ(x). De même, on définit la multiplication d’une k-forme
différentielle ω sur U par une fonction f : U → R par (f ω)(x) = f (x)ω(x), c’est une k-forme
différentielle sur U . On désigne par Ωkp (U ), l’ensemble des k-formes différentielles de classe C p
(0 ≤ p ≤ +∞) sur U . C’est l’ensemble C p (U, Λk (Rn )). On a vu ci-dessus que Λk (Rn ) est un
n
espace vectoriel de dimension finie k . En tenant compte des propriétés des fonctions de classe
C p , on obtient le résultat suivant :
Remarque 2.24. Nous avons considéré l’espace Λk (Rn , R) (que nous avons simplement noté
Λk (Rn )) mais on pourra considérer l’espace Λk (Rn , C). Autrement dit, on considère l’espace
Λk (Rn , K) et la k-forme différentielle ω sur l’ouvert U ⊂ Rn sera dite réelle si K = R et
complexe si K = C.
∂φ ∂P ∂φ ∂Q ∂φ ∂φ ∂Q ∂P
P +φ =Q +φ ou P −Q =φ − . (∗).
∂y ∂y ∂x ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y
dx dy dφ
Le système caractéristique de cette équation est −Q = = . (**) Pour déterminer
P φ( ∂Q
∂x
− ∂P
∂y
)
un facteur intégrant φ, on procède comme suit :
∂Q
− ∂P
R
(i)- Si ∂x P ∂y = α(y) (ne dépend que de y, après simplification), alors φ = e α(y) dy est un
facteur intégrant. Ceci correspond au cas où φ(y) est un facteur intégrant ne dépendant
que de y. En effet, comme ∂φ dφ ∂Q ∂P
∂x = 0, alors l’équation (∗) devient P dy = φ( ∂x − ∂y ) ou
1 dφ 1 ∂Q ∂P
encore φ dy = P ( ∂x − ∂y ) = α(y), d’où le résultat.
∂P
− ∂Q
R
(ii)- Si ∂y Q ∂x = β(x) (ne dépend que de x), alors φ = e β(x) dx est un facteur intégrant.
Ceci correspond au cas où φ(x) est un facteur intégrant ne dépendant que de x. En
effet, comme ∂φ dφ ∂Q ∂P 1 dφ
∂y = 0, alors l’équation (∗) devient −Q dx = φ( ∂x − ∂y ) ou encore φ dx =
1 ∂P ∂Q
Q ( ∂y − ∂x ) = β(x), d’où le résultat.
(iii)- Examinons maintenant le cas d’un facteur intégrant φ(x, y) dépendant des deux variables
x et y. Reprenons le système d’équations différentielles (∗∗) dont une des équations est
P dx+Q dy = 0 (équation de Pfaff à deux variables). Si on ne connaît pas une solution de
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cette équation, il n’est en général pas possible de déterminer un facteur intégrant de cette
équation. Soit γ(x, y) = a une intégrale première de cette équation et soit σ une fonction
telle que : y = σ(x, a). Dans ce cas P (x, y) et Q(x, y) peuvent être considérées comme des
fonctions P (x, a) et Q(x, a) ne dépendant que de x et a. D’après (∗∗), l’équation dy P =
dφ
∂Q ∂P est dans ce cas à variables séparées dont l’intégrale générale est de la forme
φ( ∂x − ∂y )
φ(x,y)
φ = bf (x, a) = bf (x, γ(x, y)) = bg(x, y). Notons que b = g(x,y) est une autre intégrale
φ(x,y)
première du système caractéristique (∗∗). On peut dès lors, écrire = Φ(γ(x, y)) où Φ
g(x,y)
est une fonction quelconque d’une seule variable et par conséquent φ = g(x, y)Φ(γ(x, y)).
Application à la résolution des équations différentielles (Équation différentielle
dy
exacte) : Soit l’équation différentielle P (x, y) + Q(x, y)y ′ = 0, où y ′ = dx =⇒ P (x, y) dx +
∂Q
Q(x, y) dy = 0, avec P et Q sont définies et de classe C sur un ouvert D. Si ∂P
1
∂y = ∂x , alors
la forme différentielle P (x, y) dx + Q(x, y) dy est exacte, et donc il existe une fonction f telle
que : P (x, y) dx + Q(x, y) dy = df . Dès lors, en écrivant l’équation en question sous la forme
df = 0, alors sa solution générale sera donnée par f (x, y) = constante. Dans certains cas, même
∂Q
si ∂P
∂y ̸= ∂x , on peut (comme nous l’avons vu dans le paragraphe précédent) rendre exacte une
équation qui ne l’est pas, en la multipliant par un facteur intégrant et par la suite la résoudre.
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