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Le document traite de l'offre de travail en examinant les choix des individus entre travail et loisir, ainsi que les implications économiques et sociales de ces choix. Il présente une théorie de l'offre de travail, des concepts tels que le salaire de réserve et les courbes d'indifférence, et aborde des applications pratiques comme la réforme des régimes de retraite. Les enjeux de politique publique sont également soulignés, notamment en lien avec les programmes de transition vers l'emploi.

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Le document traite de l'offre de travail en examinant les choix des individus entre travail et loisir, ainsi que les implications économiques et sociales de ces choix. Il présente une théorie de l'offre de travail, des concepts tels que le salaire de réserve et les courbes d'indifférence, et aborde des applications pratiques comme la réforme des régimes de retraite. Les enjeux de politique publique sont également soulignés, notamment en lien avec les programmes de transition vers l'emploi.

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Cours Marché du travail et politiques d’emploi

L’offre de travail

Pierre Cahuc/Sébastien Roux

ENSAE-Cours MTPE

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 1 / 48


Introduction

Introduction

Examen des raisons poussant les salariés à se porter sur le marché du


travail.
Idée principale : chaque individu ne dispose que d’une quantité de
temps limitée pour travailler, doit arbitrer entre le “travail” et le
“loisir”. Cet arbitrage dépend en premier lieu du salaire w qu’on lui
propose, mais aussi des revenus autres que l’activité, de
l’environnement familial, ...
En fait, derrière “loisir”, il y a la “production domestique”, en partie
substituable à la consommation courante. D’où un arbitrage complexe
prenant en compte les coûts et bénéfices de la production se
traduisant par une planification, voire une négociation au sein du
ménage.
Enjeux de politique publique importants : cf. programmes “welfare to
work”, APE, réforme des retraites, ...

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 2 / 48


Introduction

Plan du cours

Théorie de l’offre de travail


1 Le choix entre consommation et loisir
2 Production domestique et négociation intra-familiale
3 Cycle de vie et retraite
Econométrie de l’offre de travail
1 L’équation d’offre de travail
2 Principaux résultats
Application : la réforme du régime général d’assurance vieillesse,
simulations à l’aide du modèle DESTINIE de l’Insee

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 3 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Choix entre consommation et loisir

Théorie de base : arbitrage entre consommer des biens (grâce au travail


source de revenu) ou consommer du temps (malgré le travail qui prend le
temps disponible).
A travers ce seul arbitrage, un grand nombre de résultats intéressants :
principales propriétés de l’offre de travail.
Modèle basique :
Préférences : déterminées par une fonction d’utilité U (C , L) où C est
le niveau de consommation et L le temps disponible
Le temps travaillé est alors h = L0 − L où L0 est le temps total
disponible.
U (., .) est croissante en chacun de ses arguments.
Courbe d’indifférence, définie par l’ensemble des (C , L) tels que
U (C , L) = U

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 4 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Courbes d’indifférence

Définies par une fonction d’utilité, elles ont les propriétés suivantes :
Chaque courbe correspond à un niveau d’utilité U. Plus la courbe est
éloignée de l’origine, plus le niveau d’utilité est élevé.
Les courbes d’indifférence ne se croisent pas, sinon, des combinaisons
identiques (C , L) conduiraient à des utilités différentes.
Les courbes d’indifférence sont décroissantes dans le plan (C , L),
parce que la fonction d’utilité est croissante en chacun de ses
arguments. La pente de la courbe d’indifférence en un point donné
définit le taux marginal de substitution entre consommation et loisir
On suppose que les individus sont moins disposés à sacrifier du temps
libre lorsqu’ils consomment déjà beaucoup (et vice-verça). Cela
signifie que le taux marginale de substitution entre consommation et
loisir décroı̂t avec le niveau de loisir (quasi-concavité de la fonction
d’utilité).

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 5 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Exemple de courbe d’indifférence

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 6 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Choix des individus

Notations : w est le salaire horaire, R les revenus non liés à l’activité.


Contrainte budgétaire : C ≤ wh + R, qui s’exprime aussi

C + wL ≤ R0 = wL0 + R (1)

Programme des travailleurs :

max U (C , L) , s.c. C + wL ≤ R0
{C ,L}

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 7 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Solutions du programme
On privilégie dans un premier temps les solutions intérieures
Soit µ ≤ 0 le multiplicateur de Lagrange associé à la contrainte
budgétaire, le Lagrangien du programme s’écrit
L (C , L, µ) = U (C , L) + µ (R0 − C − wL)
Les conditions du premier ordre amènent :
UC (C , L) − µ = 0, et UL (C , L) − µw = 0
et la saturation de la contrainte budgétaire
µ (R0 − C − wL) = 0 avec µ ≥ 0
On en déduit les relations d’équilibre
UL (C ∗ , L∗ )
= w et C ∗ + wL∗ = R0 (2)
UC (C ∗ , L∗ )
Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 8 / 48
Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Arbitrage Consommation-Loisir

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 9 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Le salaire de réserve
Pour que la solution soit intérieure, il faut que le niveau de loisir L∗ choisi
soit compris entre 0 et L0 (le point E doit être à gauche de A sur le
graphique).
La convexité des courbes d’indifférence implique la décroissance du taux
marginal de substitution UL /UC = C 0 (L). Pour qu’une solution intérieure
au programme soit possible, il suffit alors :
 
UL
<w
UC A
.
On définit alors le salaire de réserve comme le taux marginal de
substitution si le choix du travailleur était le point A, i-e
UL (R, L0 )
wA = (3)
UC (R, L0 )
On définit ainsi la condition de participation au marché du travail.
Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 10 / 48
Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Propriétés de l’offre de travail

Soit L∗ = Λ (w , R0 ). L’offre de travail h∗ = L0 − L∗ est appelée offre


“Marshallienne” ou “non compensée”.
Impact d’une croissance de R
Si Λ est croissante en R0 , le loisir est un bien normal, sinon, il s’agit
d’un bien inférieur. Une variation de R n’affecte que R0 .
Impact d’une croissance de w
Il faut tenir compte du fait que R0 = R + wL0 . On a :
dL∗ ∂R0 ∂R0
= Λ1 + Λ2 avec = L0 > 0 (4)
dw ∂w ∂w
Le premier terme correspond à l’effet de substitution (Λ1 < 0), à
revenu compensé, le second à l’effet revenu : Effet ambivalent d’une
hausse du salaire.
Le revenu compensé se définit RC = R − (w1 − w ) L0

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 11 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

E 0 est l’équilibre obtenu à utilité compensée (Hicksienne), E 00 à revenu R compensé.


Il faut distinguer l’effet direct du revenu, passage de E 00 à E1 , de l’effet global du revenu, passage de E 0 à E1 .

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 12 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Définition de l’offre Hicksienne de travail, solution ĥ du programme


min C + wL s.c. U (C , L) ≥ U
L,C

L’élasticité Hicksienne de l’offre de travail est définie par


  
ηwĥ = w /ĥ d ĥ/dw

Elle est appelée compensée, car suppose que l’individu reste sur la
même courbe d’indifférence. Elle correspond au déplacement de E à
E 0.
L’élasticité Marshallienne est définie par

ηwh = (w /h∗ ) (dh∗ /dw )
Elle est non compensée, elle correspond au déplacement de E à E1 .
Equation de Slutsky :
∗ wh∗ h∗
ηwh = ηwĥ + η (5)
R0 R0
Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 13 / 48
Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Forme de la courbe de travail

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 14 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Extensions possibles

Contrainte budgétaire ne dépendant pas linéairement des salaires (cf.


heures supplémentaires, dépenses supplémentaires : garde d’enfant,
achat d’un second véhicule,...)
Rigidités sur le nombre d’heures travaillées
les individus ne peuvent travailler que hf = L0 − Lf [Link] seul
choix que les individus ont est de participer ou non.
Le niveau de consommation obtenue en participant est donné par la
contrainte budgétaire : C + wLf = wL0 + R, d’où le niveau d’utilité
atteint
U (R + w (L0 − L))
Celui-ci doit être comparé au niveau d’utilité de réserve, défini par
U (R, L0 ), lorsque l’individu ne participe pas.
L’égalité entre ces deux niveaux d’utilité définit le salaire de réserve wA .

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 15 / 48


Théorie de l’offre de travail Choix entre consommation et loisir

Extensions possibles

Offre de travail agrégée et taux de participation


L’offre de travail agrégée est la somme des offres de travail des
individus.
Problème en cas de rigidité : soit w le salaire de marché proposé. Les
individus se différencient selon leur salaire de réserve wA tiré dans une
c.d.f. Φ.
Alors le taux de participation est égal à Φ (w ) = P (wA ≤ w )

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 16 / 48


Théorie de l’offre de travail Offre de travail et production domestique

Offre de travail et production domestique

La production domestique consiste en les tâches ménagères. Celles-ci


peuvent être externalisées, d’où un arbitrage supplémentaire.
C = CD + CM , CM est la consommation achetée et CD la production
domestique,
L0 = hM + hD + L, hD est le travail domestique, hM est le temps de
travail, L le loisir
CD = f (hD ), fonction de production domestique. f 0 > 0, f 00 < 0.
Le revenu potentiel R0 = R + wL0
Programme du consommateur

max U (C , L) s.c. C + wL ≤ [f (hD ) − whD ] + R0


C ,L,hD

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 17 / 48


Théorie de l’offre de travail Offre de travail et production domestique

hD est choisi de façon à desserrer la contrainte budgétaire,


f 0 (hd∗ ) = w .
Le programme devient alors classique, en remplaçant R0 par
∗ ) − wh∗ .
R̃0 = R0 + f (hD D
Les solutions optimales C ∗ = CM
∗ + f (h∗ ) et L∗ sont définies par les
D
égalités

UL (C ∗ , L∗ )
= w = f 0 (hD

) et C ∗ + wL∗ = R̃0 (6)
UL (C ∗ , L∗ )

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 18 / 48


Théorie de l’offre de travail Offre de travail et production domestique
 
La demande Marshallienne de travail s’écrit L∗ = Λ w , R̃0 , d’où

dL∗ d R̃0 d R̃0 ∗


= Λ1 + Λ2 avec = L0 − hD
dw dw dw
D’où on déduit
dhM∗ dh∗ dL∗
= − D −
dw dw dw
1 ∗
= − 00 ∗  − Λ1 − Λ2 (L0 − hD )
f hD
" #
∗ 1
= − (Λ1 + Λ2 L0 ) + Λ2 hD − 00 ∗ 
f hD
Le premier terme représente l’effet d’une variation du salaire à
production domestique inchangée, cf. modèle de base.
Le second terme est positif si Λ2 > 0, i-e si le loisir est un bien normal.
L’existence de production domestique tend à augmenter l’élasticité de
l’offre de travail au salaire (différence entre hommes et femmes).
Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 19 / 48
Théorie de l’offre de travail Offre de travail et production domestique

Décisions intrafamiliales

Deux façons d’aborder cette question :


Modèle unitaire, consiste à considérer la cellule familiale comme une
entité ayant sa propre fonction d’utilité
Modèle collectif, les choix individuels au sein de la cellule familiale
sont pris en compte. La cellule familiale est alors une structure
encadrant ou contraignant les choix des individus.
Programme du modèle unitaire :

max U (C , L1 , L2 ) s.c. C + w1 L1 + w2 L2 ≤ R1 + R2 + (w1 + w2 ) L0


C ,L1 ,L2

Remarques :
Income Pooling : les choix ne dépendent que de R1 + R2
Hypothèse invalidée par les évidences empiriques

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 20 / 48


Théorie de l’offre de travail Offre de travail et production domestique

Le modèle collectif

Recherche des solutions efficientes au sens de Pareto

max U1 (L1 , C1 )
C1 ,C2 ,L1 ,L2
U2 (L2 , C2 ) ≥ U 2
s.c.
C1 + C2 + w1 L1 + w2 L2 ≤ R1 + R2 + (w1 + w2 ) L0
Chiappori montre que ce programme est équivalent aux programmes
suivants pour chaque agent i

max Ui Li , Ci s.c. Ci + wi Li ≤ wi L0 + Φi
Ci ,Li

où Φi est une règle de partage, “sharing rule”.


L’“income pooling” n’est qu’un cas particulier ici. Possibilité d’étudier les
effets de politique publique sur les comportements de chaque membre du
ménage.

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 21 / 48


Théorie de l’offre de travail Cycle de vie et retraite

Cycle de vie et retraite

Choix à chaque date t variant de 1 à T d’un niveau de consommation


Ct et d’un niveau de loisir Lt , Préférences résumées par une utilité
U (C1 , . . . , CT , L1 , . . . , LT ).
Hypothèse de séparabilité temporelle, U = T
P
t=1 U (Ct , Lt , t).
U (Ct , Lt , t) est l’utilité instantanée.
Comportement d’épargne : At patrimoine détenu, Bt revenu hors
salaires. Pour simplifier, on considère L0 = 1. L’évolution du
patrimoine suit la dynamique suivante

At = (1 + rt ) At−1 + Bt + wt (1 − Lt ) − Ct ∀t ≥ 1 (7)

où rt est le taux d’intérêt à la date t.

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 22 / 48


Théorie de l’offre de travail Cycle de vie et retraite

Solutions du programme inter-temporel :


t=T t=T  
X X At − (1 + rt ) At−1
L = U (Ct , Lt , t) − νt
−Bt − wt (1 − Lt ) + Ct
t=1 t=1

Les conditions du premier ordre par rapport à Ct , Lt et At amènent

UC (Ct , Lt , t) = νt et UL (Ct , Lt , t) = νt wt (8)

et l’équation d’Euler

νt = (1 + rt+1 ) νt+1 (9)

On retrouve alors le résultat UL /UC = wt


Si on considère les solutions intérieures Ct = C (wt , νt , t) et
Lt = L (wt , νt , t), la demande “Frischienne” est définie à partir de ces
équations, à νt constant (correspondant à la valorisation du
patrimoine par l’agent). L’élasticité des heures au salaires
correspondante est appelée élasticité intertemporelle de substitution.
Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 23 / 48
Théorie de l’offre de travail Cycle de vie et retraite

L’élasticité Marshallienne prend en compte la dépendance de νt à wt .


L’équation d’Euler met en évidence la dépendance de νt par rapport
aux taux d’intérêt successifs
τ =t
X
ln νt = − ln (1 + rτ ) + ln ν0 (10)
τ =1

Intérêts de cette écriture :


Décomposition de νt en un effet âge, commun à tous les agents, et un
effet fixe, propre à chaque agent.
ν0 est lié à l’ensemble des salaires perçus par un individu au cours du
temps. Mais faible dépendance à un salaire en particulier.

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 24 / 48


Théorie de l’offre de travail Cycle de vie et retraite

Application : Choc transitoire ou permanent


Blanchard et Fisher (1989)
On considère rt = r , Bt = 0 et l’utilité se définit
 σ

(σ−1)/σ
U (Ct , Lt , t) = (1 + ρ)−t ln Ct + L σ > 1, ρ ≥ 0
σ−1 t

ρ est le taux d’escompte psychologique


Les fonctions de demande Frischienne s’écrivent

1 1
 1 + r t  C σ
t
Ct = = et Lt =
(1 + ρ)t νt ν0 1+ρ wt

En éliminant At dans toutes les contraintes budgétaires, on aboutit à

X
t=T X
t=T
(1 + r )−t (Ct + wt Lt ) = (1 + r )−t wt
t=1 t=1

Cette expression permet d’aboutir à exprimer ν0 en fonction des salaires sur l’ensemble du
cycle de vie. Un choc transitoire n’a alors que peu d’effet sur ν0 , alors qu’un choc
permanent (affectant tous les salaires wt ) a un effet élevé.

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 25 / 48


Théorie de l’offre de travail Cycle de vie et retraite

Analyse économique de la décision de se retirer

Valeur d’option dans un modèle de cycle de vie : Soit Ce t la


consommation en emploi, Cr t la consommation à la retraite, s l’âge
de mise à la retraite. Programme de l’agent :
s−1 T

P P
Vτ (s) = max Cet , Crt , Lt U (Cet , Lt , t) + U (Crt , 1, t)
 t=τ τ =s
(1 + rt ) At−1 + Bt (0) + wt (1 − Lt ) − Cet si τ ≤ t ≤ s − 1
s.c. At =
(1 + rt ) At−1 + Bt (s) − Crt si s ≤ t ≤ T

Soit Tm l’âge limite au-delà duquel on est obligé de prendre sa


retraite. s ∗ l’âge optimal auquel l’individu part à la retraite est la
solution du programme
max Vτ (s)
τ ≤s≤Tm

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 26 / 48


Théorie de l’offre de travail Cycle de vie et retraite

En fait, la décision de partir à la retraite ne va se produire que si


s ∗ = τ , sinon l’individu reporte cette décision.
Valeur d’option à considérer : Vτ (s ∗ ) − Vτ (τ )
Stratégie empirique d’estimation : la probabilité de prendre sa retraite
à un âge donné dépend principalement de la valeur d’option. En
spécifiant la fonction d’utilité (éventuellement paramétrée), et à l’aide
des variables pertinentes (revenus contrefactuels, i-e pensions et
salaires), on peut l’estimer.

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 27 / 48


Aspects empiriques de l’offre de travail Ĺ’équation d’offre de travail

L’équation d’offre de travail

But : Estimer l’élasticité de l’offre de travail au salaire


Equation de base liant le nombre d’heures h au salaire w

ln h = αW ln w + αR ln R + xθ + ε (11)

R est le revenu hors salaire, x est un vecteur de variable de contrôle


αW est l’élasticité du salaire aux heures.
Dans le modèle théorique, dépendance de l’offre de travail à
l’espérance de la richesse de l’individu. Dans le programme
intertemporel, le revenu hors activité est Rt = rt At−1 + Bt . Mais
l’introduction de ce seul revenu ne tient pas compte des revenus
attendus, hypothèse de myopie des agents.
Une autre définition de R est possible en considérant le cycle de vie

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 28 / 48


Aspects empiriques de l’offre de travail Ĺ’équation d’offre de travail

Réexamen du modèle de cycle de vie

“two-stage budgeting”
Première étape : Définition du revenu potentiel Ωt , correspondant au à
l’équivalent du revenu qu’aurait le consommateur s’il maximisait son
utilité instantanée à contrainte de budget statique

V (Ωt , t) = max Ct , ht U (Ct , 1 − ht , T ) , s.c. Ct + wt ht ≤ Ωt

Deuxième étape :
t=T
X
max V (Ωt , t) s.c. Ωt = (1 + rt ) At−1 + Bt − At , ∀t
At
t=0

Si Ct est bien observée, en plus de wt et ht , Ωt est connu.


Sinon,Ωt est approché par At−1 , rt , xt et des variables Zt reflétant les
anticipations de revenu futur, i-e Rt = R (At−1 , rt , Bt , xt , Zt )
A priori, Ωt est endogène, car dépendant des choix de consommation,
d’où nécessité d’utiliser des méthodes à variable instrumentale.
Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 29 / 48
Aspects empiriques de l’offre de travail Ĺ’équation d’offre de travail

Estimation de l’élasticité au sens de Frisch (intertemporelle) :


ht = h (wt , νt , t), où νt est l’utilité marginale de la richesse. A taux
d’intérêt constant, ln νt = ρt + ln ν0 , à substituer à ln R.
D’où l’équation en différence première

∆ ln ht = ρ + ∆xt + αW ∆ ln wt + ∆εt

On en déduit l’impact d’un changement transitoire du salaire.


Modification du profil salarial. On approxime ν0 par
T
X
ln ν0 = y αy + γi E0 (ln wi ) + φA0
i=0

y vecteur de car. individuelles, T durée de la vie.


L’équation d’offre s’en déduit, en remplaçant ln R par ln ν0 + ρt
Les salaires espérés se modélisent alors selon
E0 ln wt = a0 + a1 t + a2 t 2 + ut .

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 30 / 48


Aspects empiriques de l’offre de travail Méthodes d’estimation de l’équation d’offre

Pièges à éviter

Estimer l’équation d’offre par MCO.


Problème :
Distinction entre décision de participation et choix optimal du nombre
d’heures : l’équation d’offre n’est valide que pour les salaires
supérieurs au salaire de réserve.
Exclure les non-participants et les chômeurs de l’échantillon
Problème :
Sélection endogène
Une solution : estimer un modèle joint de participation et de choix des
heures.

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 31 / 48


Aspects empiriques de l’offre de travail Méthodes d’estimation de l’équation d’offre

Estimation du modèle structurel

Utilité de type Cobb-Douglas : U (C , L) = C 1−β Lβ , 0 < β < 1


Contrainte de budget : C + wL = wL0 + R
Soit wA le salaire de réservation, la théorie amène
R
 
β R β L0 + w si w ≥ wA
wA = et L =
1 − β L0 L0 si w ≤ wA
On suppose β = xθ + ε, aléatoire.
wL0
w ≥ wA ↔ ε ≤ − xθ
R + wL0
D’où
(
R wL0

L0 − (xθ + ε) L0 + w si ε ≤ R+wL0 − xθ
h= wL0
0 si ε ≥ R+wL0 − xθ

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 32 / 48


Aspects empiriques de l’offre de travail Méthodes d’estimation de l’équation d’offre

Estimation jointe des décisions de participation et des


heures travaillées

Soit un échantillon de N individus, i = 1, . . . , J ont travaillé hi


heures, i = J + 1, . . . , N n’ont pas participé.
Soit F (.) (f )la c.d.f (densité) de ε
La vraisemblance s’écrit
J   XJ   
X wi (L0 − hi ) wi L0
ln L = ln f − xi θ + ln 1 − F − xi θ
Ri + wi L0 Ri + wi L0
j=1 j=1

Problème : estimation de wi pour les non-participants (salaire


potentiel)
Représentation de wi = yi θp + ui , estimation sur les participants a un
biais de sélection. D’où nécessité de modéliser de façon jointe décision
de participer et salaires (Heckman, 1974).

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 33 / 48


Aspects empiriques de l’offre de travail Contrainte de budget non linéaire

Contrainte de budget non linéaire


Problème : l’existence de non linéarités fait que les gens choisissent ht en
fonction de leur revenu disponible. Effet distorsif de la fiscalité. Méthode
du revenu virtuel
En cas de taxation progressive sur le revenu (avec deux taux), l’équation du
premier ordre peut amener différentes solutions, (C1 , L1 ) et (C2 , L2 ), 1
correspondant à la situation où l’individu est taxé.
A partir de la pente de la contrainte budgétaire en (C1 , L1 ), on peut estimer
son revenu virtuel Rv (hors salaire) qu’il toucherait s’il ne travaillait pas
mais à taux d’imposition inchangé.
Le revenu virtuel peut être estimé à partir de la connaissance du système
fiscal.
En fonction de la position du salaire par rapport à wA (pour la participation)
et à une borne pouvant être calculée, on en déduit le choix entre 1 et 2,
chacun s’exprimant comme la solution du programme de maximisation, le
premier fonction du salaire taxé du revenu virtuel Rv , le second fonction du
salaire non taxé et du revenu R.
Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 34 / 48
Aspects empiriques de l’offre de travail Principaux Résultats

Elasticité de l’offre de travail

Forme en bosse de la courbe de travail


Quelques résultats :
Auteurs Pays Elasticité non compensée Elasticité au
au salaire revenu
Femmes mariées
Hausmann(1981) U.S. 0.995 -0.121
Arrufat et Zabalza (1986) U.K. 2.03 -0.2
Blundell et al. (1988) U.K. 0.09 -0.26
Arellano et Meghir(1992) U.K.(enfants) 0.29 -0.40
Bourguignon et Magnac(1990) France [0.05; 1] [−0.3; −0.2]
Hommes mariés
Hausmann(1981) U.S. [0; 0.03] [−1.03; −0.95]
Blomquist(1983) Sweden 0.08 [−0.03; −0.04]
Blundell et Walker (1986) U.K. 0.024 -0.287
Tries (1990) U.S. 0.05 0
Van Soest et al. Netherlands 0.12 -0.01

Pierre Cahuc/Sébastien Roux (ENSAE) L’offre de travail 35 / 48


Aspects empiriques de l’offre de travail Principaux Résultats

Utilisation des expériences naturelles

Idée : Utilisation de la modification de la politique économique n’affectant


qu’un groupe d’individus pour en déduire les comportements
microéconomiques. Modification exogène.
Estimateur par double-différences. Première différence correspond à
δit , l’individu i est concerné à l’instant t

yit = αδit + xit θ + γi + ζt + εit

Deuxième différence, en différenciant par rapport au temps

∆yit = α∆δit + ∆xit θ + ∆ζt + ∆εit

Estimation par MCO ou par appariement.

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Aspects empiriques de l’offre de travail Principaux Résultats

Exemples

Effets de l’Aide Parentale d’Education, Piketty(1998), éligibilité


modifiée en 1994, passage de 3 à 2 enfants. Conséquence : chute de
la participation de 16% pour la population concernée. Estimation de
l’élasticité de l’offre de travail au salaire particulièrement élevée.
Effets des naissances sur le comportements d’offre de travail, en
comparant des mères avec des jumeaux à d’autres n’ayant eu qu’un
enfant (cf. Rosenzweig et Wolpin, 2000, pour un survey sur les
expériences naturelles “naturelles”)
Limites
Relativement peu d’expériences contrôlées
Difficulté à généraliser
Complémentaire à une approche structurelle.

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Application : le modèle DESTINIE Présentation du modèle

Modèle de micro-simulation

Contexte : Réforme du Régime général d’assurance vieillesse.


Besoin d’un outil mesurant les conséquences des différentes modalités
de la réforme
Au premier niveau, examen des effets à comportements inchangés
(exemple, modification des retraites perçues)
Au second niveau, tenir compte des modifications de comportement
(essentiel car dans l’objectif de la réforme)
Idée : Micro-simulation d’individus dont les choix de comportement
d’activité répondraient à une logique d’arbitrage économique.

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Application : le modèle DESTINIE Présentation du modèle

Le modèle DESTINIE

Maintenu à la division Redistribution Politiques Sociales à l’INSEE


Simulation de l’évolution de 50 000 individus issus de l’enquête
Patrimoine (1998) jusqu’en 2040, par une combinaison de règles
déterministes, de tirages aléatoires et de fonctions de comportement
Événements démographiques (naissances, décès, unions, séparations)
Carrières salariales
Construit pour analyser l’évolution des retraités.
Permet de simuler les effets redistributifs d’une réforme des retraites
ainsi que de phénomènes structurels plus généraux (augmentation de
l’espérance de vie, participation féminine, allongement de la durée des
études).

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Application : le modèle DESTINIE Présentation du modèle

Choix de modélisation

Plusieurs états du marché du travail, emploi, chômage et scolarité,


inactivité, préretraite, retraite. Mobilité entre différents états gérés par
des probabilités de transition.
Probabilités modifiées avec le temps pour coller à un scénario
“plausible” d’évolution de la situation macro-économique
Equation de salaire estimée à partir de l’enquête Patrimoine, résidu
supposé être composé d’une partie transitoire et d’une partie
permanente.
Les taux de cotisation à l’assurance vieillesse et aux régimes
complémentaires endogènes, supposés être fixés pour équilibrer les
budgets.

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Application : le modèle DESTINIE Présentation du modèle

Modélisation du départ à la retraite

Modèle inspiré de Stock et Wise (1990)


Pas de prévision parfaite des flux de revenus futurs mais hypothèse
d’absence d’épargne : ce qui est gagné est immédiatement consommé
Soit un individu en t, il anticipe une séquence (Yt , . . . , Yr −1 ) suivie
d’une séquence de pension (Br (r ), . . . , Bs (r ), . . .) s’il prend sa retraite
en r . On suppose qu’il tire une utilité Uw de son revenu salarial et Ur
de sa pension. L’utilité actualisée qu’il peut anticiper est égale à
r −1 T
X Uw (Ys ) St (s) X Us (Bs (r )) St (s)
Vt (r ) = +
s=t (1 + ρ)s−t s=r (1 + ρ)s−t

où St (s) est la probabilité de survie à la date s d’un individu encore


en vie à la date t.

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Application : le modèle DESTINIE Présentation du modèle

Ys1−γ
Spécification des fonctions d’utilité CRRA Uw (Ys ) = 1−γ et
[kBs (r )]1−γ
Ur (kBs (r )) = ,
k > 1 pour rendre compte de l’arbitrage
1−γ
entre travailler pour un montant kBs (r ) ou être à la retraite pour un
montant Bs (r ).
Le choix de liquider sa pension dépend du calcul effectué à chaque
date t lui donnant le r ∗ optimal. Si r ∗ > t alors l’individu ne prend
pas sa retraite.
Le calcul est fondé sur les salaires passés de l’individu (pour estimer
sa pension) et en supposant que les salaires futurs sont stables.
Calibration des paramètres pour refléter les comportements de mise
en retraite antérieurs, 1/(1 + ρ) = 0.97 et γ = 0.5
Hétérogénéité pour les préférences pour le loisir, k varie selon les
individus mais reste stable dans le temps.

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Application : le modèle DESTINIE Quelques Résultats

Âges de liquidation en l’absence de réforme

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Application : le modèle DESTINIE Quelques Résultats

Ratio pension-salaires

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Application : le modèle DESTINIE Quelques Résultats

Allongement à 42,5 ans de la durée d’assurance

Paramètres de la simulation
Allongement à 42,5 ans de la durée d’assurance
Diminution des pénalités en partant en-deçà du temps plein
Introduction d’une surcote se traduisant par un gain de 0,3% sur la
pension par trimestre supplémentaire
Conséquences attendues :
Augmentation des âges de liquidation.
Diminution de la masse totale des pensions.

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Application : le modèle DESTINIE Quelques Résultats

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Application : le modèle DESTINIE Quelques Résultats

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Conclusion

Conclusion

Comportements individuels d’activité liés à un arbitrage


consommation-loisir : analyse théorique confirmée par un grand
nombre d’études empiriques
Extensions à des modèles inter-temporels et collectifs
N’explique pas le chômage, ne rend pas compte du rationnement du
marché du travail. D’où la nécessité de prendre en compte les
imperfections sur le marché du travail : Les modèles de recherche en
emploi.

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