Cours Sociopol
Cours Sociopol
SOCIOLOGIE POLITIQUE
Jean-Claude KPOTON
Tél : 01 906 034 34
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Références bibliographiques :
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INTRODUCTION
La sociologie est avant tout l’étude de la réalité des sociétés humaines, tant dans
leur organisation que dans leur fonctionnement. S’illustrant parmi les sciences
dites sociales, la sociologie à l’instar de l’anthropologie et de l’ethnologie, de
l’histoire, de la géographie, de la psychologie, de la psychanalyse, de la
linguistique, ou même de l’économie, de la philosophie, du Droit…, ces
disciplines scientifiques ont toutes en commun de se consacrer à l’étude des
sociétés et des comportements des individus.
Aussi appelées « sciences humaines », ces disciplines s’articulent autour de
l’étude de l’homme et de la vie en société ; mais elle se distingue a priori par des
objets spécifiques et des angles d’approche tout aussi différents.
Discipline qui a beaucoup bougé, la sociologie politique est une science d’un certain type de
faits sociaux, en l’occurrence les faits politiques. C’est un regard, un regard parmi tant d’autres
possibles sur l’objet politique. Elle étudie donc les formes de gouvernements des sociétés et
tout ce qui est en rapport avec cette activité de gouvernement. Elle n’a pas de visée normative.
C’est pourquoi elle se distingue du Droit dont le principe est d’établir ce qui est légal et ce qui
ne l’est pas et qui, appliqué à l’ordre politique, cherche à organiser avec des principes le
fonctionnement du pouvoir politique. La sociologie politique et le Droit constitutionnel ont de
ce fait un même objet.
La sociologie politique est une branche particulière de la science politique qui conquiert très
lentement sa visibilité sociale à partir de la fin du XIXème siècle. En France par exemple, ce
sont essentiellement dans les instances de l’enseignement supérieur (notamment dans les
Instituts d’études politiques, mais aussi dans les Facultés de Droit) que se sont développées les
sciences sociales du politique. C’est au sein des sciences juridiques que très progressivement
va émerger la sociologie politique comme discipline universitaire spécifique et autonome.
Incontestablement, la sociologie politique telle qu’elle s’illustre aujourd’hui parmi les sciences,
imprime sa marque sur des problématiques et des méthodes. Définir l’objet de la sociologie
politique, c’est découvrir le dénominateur commun du politique, un élément spécifique qui
permet de distinguer la sociologie politique des autres sciences sociales. De là, la sociologie
politique est amenée à identifier des variables, des phénomènes liés entre eux formant un
système particulier d’interactions susceptibles d’être étudiées séparément. Les sociologues du
politique peuvent d’ailleurs être amenés à chercher l’explication des faits politiques dans des
phénomènes sociaux parfois éloignés de ce qui est défini officiellement comme politique.
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CAPITRE I – LE POUVOIR
I- Pouvoir et domination
S’inscrivant dans le lexique politique et juridique le plus ancien, le pouvoir renvoi à l’idée
d’influence, de crédit, de possibilité d’action, d’autorité. Classiquement, il existe en sociologie
politique trois conceptions du pouvoir aux significations inégalement pertinentes.
A- L’approche institutionnaliste
Dans cette première perspective, le pouvoir est en gros synonyme de gouvernants (le personnel
politique). Cette notion sert à désigner soit l’État, soit ses institutions, par opposition aux
citoyens ou à la société civile. Au pluriel, une expression comme « pouvoirs publics » est très
synonyme d’organes de l’État (institutions) au sens constitutionnel.
L’approche institutionnaliste conçoit ainsi le pouvoir comme des gouvernants, ceux-là même
qui occupent les positions officielles du pouvoir d’État. Il s’agit de ceux qui détiennent des
positions de pouvoir étatiques comme le Chef de l’État, le Chef du gouvernement, les ministres,
les députés, les maires. Ils sont assistés par les hauts fonctionnaires qui, au sein de l’appareil
administratif de l’État, effectuent les tâches de conception et de direction au plus hauts niveaux.
B- L’approche substantialiste
Dans une seconde perspective toute différente de la première, le pouvoir est assimilé à une sorte
de substance ou au mieux, de capital au sens monétaire du terme. Ainsi, l’expression courante
« avoir du pouvoir » sous-entend l’existence d’un détenteur ou d’un possesseur. Ce pouvoir que
celui-ci (détenteur ou possesseur) acquiert, accumule, dilapide… produit des bénéfices ou
procure des avantages. Il ne s’agit là en réalité que d’une métaphore qui ne permet pas de
pousser plus loin l’analyse.
C- L’approche interactionniste
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Tout d’abord, il faut distinguer la puissance de la domination. Pour Max WEBER, la puissance
signifie « toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté
même contre des résistances », peu importe sur quoi repose cette chance.
La domination suppose que la relation de pouvoir s’inscrive dans des cadres légitimes, c’est-à-
dire qu’elles soient acceptées par ceux qui la subissent. C’est la chance pour des ordres
spécifiques de trouver obéissance de la part d’un groupe déterminé d’individus. Une relation de
domination comporte un minimum de volonté d’obéir de la part de ceux qui la subissent. Les
individus obéissent pour plusieurs raisons selon WEBER :
1- La domination traditionnelle
Elle désigne une forme de domination politique, fondée sur la croyance au caractère
sacré des traditions et des coutumes fixant les règles de la vie publique, ainsi qu’aux
personnes qui en sont les dépositaires directes. Ce type de domination place la
légitimité dans les us et repose sur l’habitude enracinée en l’homme de les respecter.
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2- La domination légale-rationnelle
Elle renseigne une forme de domination politique fondée sur la croyance à la légalité
et à la rationalité des titres et des décisions revendiquées par les autorités politiques
centrales. Autrement dit, l’exercice du pouvoir est organisé par des règles écrites qui
définissent les droits et devoirs des gouvernants et des gouvernés. Ceci tend à
dépersonnaliser, et dé personnifier l’exercice de la domination. On n’obéit plus à
des individus, mais plutôt aux règles et aux fonctions. On obéit à la loi, au juge, au
Chef de l’État. Aucun individu, aucune autorité ne peut se soustraire à l’application
de la règle de droit. On parle ainsi d’État de droit qui caractérise les sociétés
contemporaines.
3- La domination charismatique
Elle correspond à une forme de domination politique basée sur la croyance en le
caractère exemplaire d’un chef hors du commun, doué d’un charisme personnel sans
égale. Il s’agit ici d’une variété de qualités exceptionnelles (reconnues à l’individu)
qui déroutent les usages courants de l’autorité politique. Cette domination est basée
sur la séduction, la fascination qu’exerce un individu sur ses semblables. Les
relations entre le chef et le peuple sont des relations de soumission acceptées,
d’abandon consenti. Enfin, la logique du pouvoir charismatique est presque toujours
destructrice de l’ordre ancien, et fondatrice d’un ordre nouveau (Bonaparte, Mobutu,
Kérékou avec le marxisme-léninisme de 1972 à 1989, Mussolini, Hitler, de
Gaulle…). Cette domination disparait avec le leader qui l’incarne.
A Domination B
Cadre
Bénéfice Y Action
CHAPITRE 2 – L’ÉTAT
L’organisation du pouvoir politique a pris dans le temps et dans l’espace des formes
très variées. On peut notamment mentionner les empires, ces vastes ensemble
géographiques au sein desquels une métropole ou une cité principale dominait des
territoires périphériques subordonnés et ne disposant pas des mêmes droits et
devoirs (empire grec, romain), ou encore les seigneuries féodales qui caractérisaient
l’organisation politique au moyen âge.
Dans les sociétés contemporaines, le pouvoir politique repose sur un autre type
d’organisation : l’ État. Il est apparu en Europe à l’époque de la féodalité entre le
IXème et le XIIIème siècle, et s’est imposé comme l’unique mode de gouvernement
des nations européennes.
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L’État moderne s’est construit en opposition avec la féodalité, mais également avec
l’Église, cette construction participant ainsi d’un processus de sécularisation (processus
historique par lequel depuis la seconde moitié du XVIIIème, une séparation s’instaure
progressivement entre le domaine religieux et le domaine public avec l’abandon par
l’Église de certaines fonctions qu’elle accomplissait dans les sphères sociales et
politiques).
L’invention de l’État moderne apparait fortement liée à l’histoire de l’Europe. Elle
s’inscrit dans une logique continue de différenciation des tâches politiques au sein de la
société. Le pouvoir étatique va s’affirmer victorieusement contre le pouvoir religieux
ou seigneurial ; en même temps, il apparait de plus en plus comme un corps séparé,
autonome et distinct de la société civile.
La constitution d’une identité politique des individus, s’affirme et ne se confond pas
avec leur identité religieuse. Les luttes entre le roi et l’Église débouche sur la vision de
plus en plus nette d’une séparation des domaines. Dès lors, l’individu n’appartient pas
seulement à la christianitas, c’est-à-dire au peuple chrétien, il est également à part
entière membre de l’humanitas. Au début du XIVème siècle, Masile de PADOUE,
théorisant la distinction, jette les bases de cette laïcité qui caractérise l’État moderne.
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Pour Max WEBER dans « Économie et société », nous entendons par État « une entreprise
politique de caractère institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique
avec succès, dans l’application des règlements, le monopole de la contrainte physique
légitime ». Pour exercer durablement le pouvoir, il faut donc être habilité par les gouvernés à le
faire (légitimité), mais il faut aussi pouvoir obliger les réfractaires à se plier aux règles et aux
ordres donnés (contrainte). Le monopole de la violence permet ainsi à l’État de faire respecter
les autres monopoles dont il a la charge.
L’État est une institution monopolistique, c’est à dire qu’il est des activités que seul l’État peut
exercer, des ressources dont il est le seul à pouvoir disposer et qu’aucun autre groupe au sein
de la société n’est en mesure de lui disputer. Il s’agit :
- Du monopole de la production des lois, règles que nul n’est censé ignorer, et auxquelles
tout le monde doit se soumettre.
- Du monopole fiscal, c’est-à-dire que seul l’État peut exiger une contribution financière
de la part de ses administrés sans aucune contrepartie immédiate.
- Du monopole économique dont celui d’émettre la monnaie.
- Du monopole judiciaire, c’est-à-dire que l’État est habilité à juger et à punir.
- Du monopole de la représentation collective, c’est-à-dire que seul le pouvoir étatique
peut prendre des décisions qui engagent la collectivité (signer des traités, déclarer la
guerre).
- Le monopole étatique le plus essentiel qui permet de distinguer l’État de tous les autres
groupes organisés est celui de la violence physique légitime. C’est un moyen d’action
spécifique dont dispose l’État et lui seul. Aucun groupe, aucun individu n’est autorisé à
employer la violence contre autrui dans nos sociétés.
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La théorie classique distingue trois formes idéales type d’organisations internes de l’État.
Dans cette configuration, les mêmes règles sont uniformément applicables à la population qui
habite sur le territoire. Dans tous les domaines, une seule instance élabore les décisions et les
fait appliquer à l’échelon national. L’État unitaire peut être déconcentré ou décentralisé.
La décentralisation quant-à elle, consiste à confier la gestion des affaires locales à des organes
décisionnels qui ne sont plus de simples agents du centre, et qui jouissent d’une large autonomie
de décision dans des domaines particuliers et dont les dirigeant sont élus.
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A- L’État fédéral
C’est celui dans lequel se trouve instauré une fragmentation juridique de l’espace plus poussé,
même si celui-ci demeure une unité politique dans l’arène internationale. Le mode de
gouvernement de l’État fédéral organise une répartition constitutionnelle, et non plus
simplement législative des compétences entre l’État fédéral et les États fédérés (52 aux USA,
36 au Nigéria, 16 länder en Allemagne). Le fédéralisme comme le cas de la Belgique n’est pas
seulement territorial, il concerne également des entités culturelles ou linguistiques (flamande,
française, allemande).
B- La confédération
C’est une association d’États qui décident de créer des organes communs, pour coopérer dans
un certain nombre de domaines. La constitution de la confédération est un acte international
(traité) et non pas un acte de droit interne (constitution). La coopération entre les États est
égalitaire. Chaque État garde sa souveraineté et doit pouvoir quitter librement la confédération.
Ex : Confédération suisse ou helvétique.
I- La notion de citoyenneté
La citoyenneté est l’ensemble des prérogatives et des obligations reconnues aux membres d’une
collectivité politique, parmi lesquelles, le droit de participer directement ou indirectement à
l’exercice du pouvoir. Le citoyen est le membre d’une communauté politique doté de
prérogatives et chargé de responsabilités en lien avec cette appartenance. De ce fait, la
citoyenneté a toujours entretenu un rapport étroit avec la nationalité.
Dans le cadre de l’État-nation, seul les nationaux sont citoyens, et eux seuls disposent de
l’exercice de droit politique.
Selon le sociologue britannique Thomas MARSHALL, connu pour son essaie « Citoyenneté
et classe sociale » de 1963, la citoyenneté moderne se serait établie en trois grandes étapes :
- D’abord par l’affirmation des droits civils au XVIIIème siècle dans le cadre des
révolutions américaine de 1776 et française de 1789 ; les déclarations d’indépendance
(que ce soit la déclaration américaine, ou encore la déclaration des droits de l’homme et
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du citoyen) posent toute une série de principes nouveaux au nombre desquels la liberté
de parole, la liberté de religion, l’égalité devant la loi, les droits de propriété …
- Puis par l’obtention des droits politiques au XVIIIème siècle dans le cadre du
développement de la démocratie représentative (droit d’élire et d’être élu).
- Enfin par la mise en place des droits sociaux au XXème siècle avec le développement
de l’État-providence (instruction, santé, travail, logement).
La citoyenneté se décompose donc en droits civils, politiques et sociaux, même si les uns sont
apparu avant les autres et selon la trajectoire empruntée par les pays. La citoyenneté comporte
des droits, mais également des devoirs dont celui de payer ses impôts, de voter. La qualité de
citoyen comporte également une dose de vertus morales : le bon citoyen se caractérise par le
civisme.
3- Le modèle libéral
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La compétition politique n’est pas née avec le suffrage universel. Il y a d’abord eu les marchés
censitaire.
Le suffrage censitaire était conditionné au paiement d’un montant d’impôt restreignant le droit
d’expression politique au seuls riches. C’est ce système qui a longtemps prévalu dans la
trajectoire française, aboutissant à sa suppression totale et définitive à compter d’août 1789.
L’accès au suffrage n’était pas pour autant ouvert ; il demeura encore exclusivement masculin
jusqu’en 1848. Il aura fallu attendre une ordonnance du Général de Gaulle de 1944 pour que
les femmes puissent enfin accéder au suffrage (droit de vote et d’éligibilité). Dans les pays
comme la Belgique et la Grande Bretagne, le suffrage était capacitaire jusqu’au début du
XXème siècle, impliquant un certain niveau scolaire pour prétendre au vote.
Avec la colonisation, les dahoméens ont été insérés malgré eux dans l’empire français. Et
pendant longtemps, seuls les colons installés pouvaient mener une vie militante et citoyenne.
Les dahoméens, plus globalement les africains, étaient maintenus en dehors du jeu politique à
cause du régime de l’indigénat (privation du droit de vote, de la liberté d’expression, soumission
à un ensemble de mesures répressives dont les arrestations, amendes, corvées, réquisition, exile,
emprisonnement …).
Les africains étaient tout au plus des objets insérés dans une construction théorique qui les
présentait tantôt comme des esclaves, tantôt comme des indigènes qui bien plus tard, seraient
devenus des sujets par la grâce du maître. À cette époque-là, seuls les colons installés et plus
singulièrement ceux installés dans les quatre communes (Dakar, Saint-Louis, Rufisque, Gorée)
pouvaient exercer la plénitude de leurs droits. C’est bien plus tard que le droit de vote a été
étendu à tous les français d’outre-mer dont les colonies d’Afrique, par la loi Lamine GUEYE
(du nom du député sénégalais de la SFIO – Section française de l’internationale ouvrière) du
25 avril 1946, puis par la constitution du 27 octobre 1946. Néanmoins la représentation de la
population ultra-marine (d’outre-mer) autochtone (qualifiée d’indigène) reste inégalitaire
(principe du double collège : le collège des citoyens et le collège des indigènes).
En 1956, la Loi cadre Gaston DEFFERRE établit l’égalité du suffrage entre tous les citoyens,
avec l’abandon du principe du double collège pour les français d’outre-mer.
En juillet 1958, le Général de Gaulle impose le suffrage universel en Algérie, en établissant par
décret le droit de vote de plus d’un million de femmes musulmanes.
Avec la proclamation de la République (février 1959) puis de l’indépendance en 1960, les
dahoméens sont parvenus à se débarrasser de cette allégeance au leg colonial et construisent
depuis, pas à pas, leur propre trajectoire politico-institutionnelle.
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CHAPITRE 4 – LA NATION
La nation renvoie à la communauté de ceux qui sont nés sur un territoire donné, et qui
constituent un ensemble de citoyens par qui un État donné vit. Elle serait une forme de
communauté politique reposant sur la prise de conscience, objective ou imaginée, de
caractéristiques communes et d’un-vouloir vivre en commun. Progressivement, c’est par un
cheminement étroit que des liens vont unir la Nation et l’État, notamment la citoyenneté.
Comprendre la structure de l’État moderne amène donc à s’interroger sur le fait national.
L’idée de Nation au moyen âge n’est pas la Nation moderne, mais elle en pose les bases : le
mot « nation » désignait d’abord des groupes d’origines communes. Sous l’action des rois de
France et avec l’aide de mythes (onction avec une huile mythique), d’une religion (catholique),
de symboles (fleur de lys), et d’une langue administrative (français), une conscience collective
nationale se forge, passant de la fidélité personnelle au roi à une appartenance à un territoire et
à un peuple distincts.
Les rois capétiens en centralisant leur pouvoir, créent les structures (administration, justice)
permettant l’émergence d’un corps politique unifié, distinct de l’empire ou du pape. Le français
devient langue administrative (ordonnance Villers-Cotterêts de 1539), unifiant le territoire. La
cohésion fut organisée autour d’un mythe créant une histoire commune avec une forte
dimension sacrée et religieuse (des saints protecteurs comme Saint Michel, Saint Louis…). La
fleur de lys, la croix blanche, resteront les symboles distincts de cette royauté et de
consolidation de la Nation. La guerre de cent ans apparaissait comme l’élément qui renforce
l’unité face à l’ennemi.
À partir de l’idée abstraite de nation à sa concrétisation dans un État-Nation, l’État devient à la
fois le corps politique et juridique qui incarne et organise cette entité nationale (lui donnant une
structure, des lois, une administration, une armée, une justice…), et un pouvoir souverain
(créant ainsi un sentiment d’unité et d’identité nationale) particulièrement visible vers la fin du
moyen-âge. Cette notion (de la Nation à l’État) va alors se matérialiser dans un État perçu
comme incarnation de la Nation.
C’est avec la révolution française que la Nation s’est identifiée au peuple, et que la Nation a
pris alors un sens politique. Concrètement, comment pourrait-on définir cette notion des plus
complexes à cerner ?
Une Nation est une âme, un principe spirituel, disait Ernest RENAN, au détour de sa fameuse
conférence « Qu’est-ce qu’une Nation » de 1882. Il rajoute que la Nation est fondée sur la
possession en commun d’un riche leg de souvenirs ; elle s’affirme surtout par la volonté de
vivre ensemble.
De manière générale, on peut considérer que la Nation repose sur une civilisation commune,
donc sur un mélange de divers éléments matériels (langue, religion, race), mais surtout un
élément spirituel : la volonté de vivre ensemble. Plus qu’une réalité, la Nation est une
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représentation commune que l’on se fait de la réalité ; ce qui permet à André MALRAUX
d’affirmer joliment que « ce qui fait la force d’une Nation, c’est la communauté des rêves ».
Mais en voyant dans chaque Nation le résultat d’une culture propre qui se transmet dans le
temps, une sorte d’héritage s’imposant à travers par exemple une langue, quelle place occupe
alors la Nation dans l’idéologie nationaliste ?
Dans ce système de pensées, le sentiment national transcende les volontés particulières :
l’individu doit se soumettre à la Nation, et toute politique doit être définie en fonction des
intérêts de la Nation.
Aujourd’hui, la perspective a beaucoup évolué lorsqu’il s’agit de définir la Nation, notamment
dans les trajectoires africaines. Elle repose ici sur des bases linguistiques, voire ethniques. Nous
sommes désormais en présence d’une conception organiciste, voire ethniciste de la notion
puisque seuls ceux qui ont hérité de certaines caractéristiques ethnoculturelles ont vocation à
devenir membres de la communauté nationale.
Dans les pays colonisés, le nationalisme prend d’abord une coloration libérale avant de se
radicaliser dans bien des pays sous une forme révolutionnaire. Si l’indépendance a été acquise
par la lutte (armée dans certains cas), celle-ci a généralement servi de catalyseur au sentiment
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national en permettant de rassembler le peuple derrière les leaders qui ont conduit la lutte et
derrière le parti qui l’a encadrée.
La forme libérale s’est produite en Inde en 1885 avec le Parti du Congrès sous NEHRU et
GANDHI dont les luttes ont abouti à l’indépendance de l’Inde en 1947 ; le Parti WAFD en
1919 en Égypte avec Soad ZAGHLOUL contre la domination britannique qui prend fin en
1920 ; le DESTOUR sous Habib BOURGUIBA qui mène la Tunisie à l’indépendance …
Face aux succès mitigés du nationalisme libéral, la forme radicale et révolutionnaire s’était
illustrée au Vietnam avec le Viêt Minh, sous HÔ CHI MINH dont la lutte à conduit à
l’indépendance ; le Parti BA’ASH qui s’est emparé du pouvoir en 1960 en Syrie ; le FLN (front
de libération national) en Algérie qui par une lutte armée débouche en 1962 sur l’indépendance.
Le nationalisme s’est investi dans la plupart de ces cas de la mission de légitimer les élites et
de construire la nation, pour rattraper le retard qui sépare les nouvelles Nations des anciennes
puissances. La conférence de Bandung en est une illustration en 1955, avec le mouvement des
non-alignés. Dans notre Pays, ce nationalisme prit une voix révolutionnaire avec
l’institutionnalisation en 1975 du PRPB (parti de la révolution populaire du Bénin), dont le but
était de conduire l’indépendance nationale et anti-impérialiste.
Au-delà des critiques dont ils sont régulièrement l’objet, les partis politiques constituent dans
toutes les démocraties libérales le point de passage obligé de la compétition politique, et
forment à ce titre l’un des objets canoniques de la sociologie politique. Partout, une distinction
s’opère au sein de la classe politique organisée en deux strates :
- D’une part la strate dirigeante, c’est-à-dire l’ensemble des personnels qui assurent en
principe la direction politique et administrative de la société ;
- D’autre part la strate partisane, c’est-à-dire l’ensemble des personnels qui assurent en
principe la direction et l’animation de la compétition politique.
On assiste au demeurant à une « personnalisation » relative de la vie politique, les candidats les
plus crédibles aux fonctions suprêmes de l’État étant en règle générale les dirigeants, ou les
créatures de puissantes machines partisanes.
Les partis politiques sont en démocratie des organisations collectives structurées, engagée dans
la compétition électorale en vue de l’exercice du pouvoir.
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- Les fonctions manifestes, qui sont celles explicites et revendiquées comme telles par les
organisations :
• fonction programmatique, c’est-à-dire présenter des projets de société
• fonction de sélection qui consiste à recruter des militants et à présenter des candidats
aux élections
• fonction d’encadrement consistant à former les élus et les adhérents
- les fonctions latentes, qui sont celles implicites :
• fonction d’intégration sociale consistant à offrir aux militants des services
d’assistance, d’aide
• fonction tribunicienne (de tribun) selon Georges LAVAU, qui consiste à défendre
des catégories sociales (en dénonçant les inégalités) comme les femmes, les
chômeurs, les laissés pour compte, les sinistrés…
• fonction de légitimation et de stabilisation du système politique qui consiste à
accepter les règles et à évoluer dans le système
A- L’analyse structurelle
Dans son ouvrage sur les partis politiques de 1951, Maurice DUVERGER élabore une
typologie cohérente des partis fondée sur leur structure générale. Il distingue :
- Les partis de cadres qui sont des organisations composées essentiellement de notables,
et qui ont une activité centrée sur les élections avec des appareils organisationnels peu
développés,
- Les partis de masses, caractérisés par la recherche du plus grand nombre d’adhérents.
Ils sont nés avec la généralisation du suffrage universel.
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B- Le système partisan
Les « machiavéliens », cette expression a été utilisée par le politologue Floyd HUNTER pour
désigner ce courant dominant de la sociologie italienne qui, à l’image de Vilfredo PARETO,
Gaetano MOSCA et Roberto MICHELS, s’intéressera au début du XXème siècle au
phénomènes d’appropriation du pouvoir par une élite.
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Roberto MICHELS a légué une étude pionnière sur les partis politiques, qui a été bâtie à partir
d’une observation attentive du fonctionnement interne du parti social-démocrate allemand
(SPD) :
1- « Qui dit organisation, dit oligarchie ». Toute organisation tend à être dirigée par une
minorité qui exerce le pouvoir aux dépends d’une majorité.
2- La minorité dirigeante consacre une part considérable de son énergie à conserver le
pouvoir et si possible, à étendre ses positions.
3- Le processus de confiscation du pouvoir par l’élite dirigeante est irréversible (loi
d’airain de l’oligarchie)
4- Les organisations de type démocratique n’échappent nullement à ce processus, le
discours démocratique tendant le plus souvent à dissimuler ou à légitimer les pratiques
élitistes.
L’œuvre de Michels a exercé une influence considérable sur la politologie contemporaine. Elle
a frayé la voie à toutes les analyses qui s’attachent à éclairer le problème de la corruption
oligarchique des régimes politiques.
1- Tout État, tout régime, est obligatoirement piloté par une classe dirigeante (ruling
class) qui cherche à légitimer et à rationnaliser sa domination.
2- La césure élite-masse caractérise toutes les sociétés, quels que soient leurs régimes
politiques. Le pouvoir dans tous les cas est toujours confisqué par la classe
dirigeante.
3- Il existe cependant deux sortes d’élites :
• Des élites « aristocratiques » ou « fermées » qui s’opposent à tout renouvellement,
• Des élites « démocratiques » ou « ouvertes » qui acceptent un minimum de mobilité
ascendante, grâce à l’intégration d’éléments extérieurs issus de la masse.
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- Cette primauté est cependant précaire : toute élite est menacée de décadence si elle
renonce aux qualités qui font sa supériorité.
La mobilité sociale, c’est-à-dire l’intégration dans la structure de l’élite d’éléments issus des
groupes inférieurs de la société, à condition d’être mesurée, lui semble le meilleur antidote
contre les bouleversement révolutionnaires.
L’œuvre de Wright MILLS est plus ambitieuse puisqu’elle prétend embrasser l’ensemble de la
société américaine.
Dans son ouvrage intitulé « Power Elite » parut en 1956, il tente de répondre à la question
suivante : qui gouverne la société américaine ?
Sa démonstration s’ordonne autour de trois axes.
Selon MILLS, les décisions clés sont en fait monopolisées par trois sortes d’institutions (la
triade du pouvoir) :
1- Les cercles dirigeants de la politique (le Président, ses conseillers, la haute
administration)
2- Les cercles dirigeants de l’économie (les dirigeants des grandes firmes multinationales)
3- Les cercles dirigeants du Pentagone (les chefs et stratèges de l’armée américaine)
Chacune de ces institutions, loin d’opérer en ordre dispersé, s’agrège ainsi en une élite du
pouvoir unie, cohérente, qui s’apparente moins à une classe au sens « marxiste » qu’à un
« groupe de statuts ».
Les trois groupes identifiés par MILLS forment un « triangle de pouvoir » (ou triade de pouvoir)
dont l’homogénéité interne est garantie par deux sortes de processus :
1- D’une part une interchangeabilité constante, un membre du « groupe économique »
pouvant à tout moment s’intégrer au « groupe politique » et vice-versa, un général de
l’armée pouvant devenir secrétaire à la défense, puis PDG d’une grande firme
d’électronique.
2- D’autre part, l’élite telle que la conçoit Mills se caractérise à l’intérieur par un fort degré
de circulation et de fluidité, et à l’extérieur par un fort degré de fermeture, ses membres
s’appliquant à refouler les outsiders ou les intrus.
L’élite du pouvoir décrite par MILLS de l’état de la société américaine correspond parfaitement
à « l’élite aristocratique » telle que la définissait MOSCA :
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JCK – SOCIOLOGIE POLITIQUE - UAC/FADESP/L1/S2/2025-2026
1- Elle préserve farouchement son identité et ne s’ouvre pas à des apports externes.
2- Elle n’inclut pratiquement pas les représentants élus du peuple américain : MILLS à cet
égard sous-estime gravement ce qu’on appelle aux USA le pouvoir congressionnel,
c’est-à-dire le contrôle exercé par le congrès américain sur le Président et la haute
administration.
3- Elle vit et se reproduit ainsi sous le manteau d’institutions parfaitement démocratiques,
le peuple américain étant absolument dépossédé de son pouvoir « souverain » par cette
élite informelle et omnipotente.
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