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Cours Sociopol

Le document présente une introduction à la sociologie politique, en définissant ses frontières, son objet d'étude et ses méthodes. Il aborde également la notion de pouvoir et de domination, en se basant sur les théories de Max Weber, ainsi que l'évolution historique de l'État moderne. Enfin, il distingue les différents types de domination légitimes et explique comment l'État s'est construit en opposition à la féodalité et à l'Église.

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Cours Sociopol

Le document présente une introduction à la sociologie politique, en définissant ses frontières, son objet d'étude et ses méthodes. Il aborde également la notion de pouvoir et de domination, en se basant sur les théories de Max Weber, ainsi que l'évolution historique de l'État moderne. Enfin, il distingue les différents types de domination légitimes et explique comment l'État s'est construit en opposition à la féodalité et à l'Église.

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Université d’Abomey-Calavi

FACULTÉ DE DROIT ET DE SCIENCE POLITIQUE

SOCIOLOGIE POLITIQUE

Jean-Claude KPOTON
Tél : 01 906 034 34
JCK – SOCIOLOGIE POLITIQUE - UAC/FADESP/L1/S2/2025-2026

Références bibliographiques :

- BRAUD Philippe, Sociologie politique, Paris, Librairie générale de Droit


et de jurisprudence – LGDJ, 2011.
- CHAGNOLLAUD Dominique, Science politique : éléments de sociologie
politique, Paris, Dalloz, 2010.
- DORMAGEN Jean-Yves, Introduction à la sociologie politique, Louvain-
La-Neuve, De Boeck Supérieur, 2019.
- GONIDEC Pierre-François, Les systèmes politiques africains : Les
nouvelles démocraties, Paris, LGDJ, 1997.
- GRAWITZ Madeleine, Méthode des sciences sociales, Paris, Dalloz, 2001.

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INTRODUCTION

La sociologie est avant tout l’étude de la réalité des sociétés humaines, tant dans
leur organisation que dans leur fonctionnement. S’illustrant parmi les sciences
dites sociales, la sociologie à l’instar de l’anthropologie et de l’ethnologie, de
l’histoire, de la géographie, de la psychologie, de la psychanalyse, de la
linguistique, ou même de l’économie, de la philosophie, du Droit…, ces
disciplines scientifiques ont toutes en commun de se consacrer à l’étude des
sociétés et des comportements des individus.
Aussi appelées « sciences humaines », ces disciplines s’articulent autour de
l’étude de l’homme et de la vie en société ; mais elle se distingue a priori par des
objets spécifiques et des angles d’approche tout aussi différents.

I- Les frontières d’une discipline

Discipline qui a beaucoup bougé, la sociologie politique est une science d’un certain type de
faits sociaux, en l’occurrence les faits politiques. C’est un regard, un regard parmi tant d’autres
possibles sur l’objet politique. Elle étudie donc les formes de gouvernements des sociétés et
tout ce qui est en rapport avec cette activité de gouvernement. Elle n’a pas de visée normative.
C’est pourquoi elle se distingue du Droit dont le principe est d’établir ce qui est légal et ce qui
ne l’est pas et qui, appliqué à l’ordre politique, cherche à organiser avec des principes le
fonctionnement du pouvoir politique. La sociologie politique et le Droit constitutionnel ont de
ce fait un même objet.
La sociologie politique est une branche particulière de la science politique qui conquiert très
lentement sa visibilité sociale à partir de la fin du XIXème siècle. En France par exemple, ce
sont essentiellement dans les instances de l’enseignement supérieur (notamment dans les
Instituts d’études politiques, mais aussi dans les Facultés de Droit) que se sont développées les
sciences sociales du politique. C’est au sein des sciences juridiques que très progressivement
va émerger la sociologie politique comme discipline universitaire spécifique et autonome.

II- L’objet d’un tel enseignement et ses méthodes

Incontestablement, la sociologie politique telle qu’elle s’illustre aujourd’hui parmi les sciences,
imprime sa marque sur des problématiques et des méthodes. Définir l’objet de la sociologie
politique, c’est découvrir le dénominateur commun du politique, un élément spécifique qui
permet de distinguer la sociologie politique des autres sciences sociales. De là, la sociologie
politique est amenée à identifier des variables, des phénomènes liés entre eux formant un
système particulier d’interactions susceptibles d’être étudiées séparément. Les sociologues du
politique peuvent d’ailleurs être amenés à chercher l’explication des faits politiques dans des
phénomènes sociaux parfois éloignés de ce qui est défini officiellement comme politique.

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CAPITRE I – LE POUVOIR

Notion fondamentale en science sociale, et plus particulièrement en sociologie politique, le mot


pouvoir souffre d’une extraordinaire polysémie due à son emploi courant dans les contextes les
plus variés. Comment définir alors le pouvoir ? Qu’est-ce qu’un pouvoir politique ?
Le pouvoir se manifeste dans la dialectique du commandement et de l’obéissance.
Comme disait le sociologue allemand Max WEBER à ce sujet, la relation de pouvoir s’observe
quand un individu accompli, conformément à la volonté d’un autre individu, une action qu’il
n’aurait pas accomplie spontanément. Tout cela est vrai du pouvoir en général : pouvoir des
parents sur l’enfant, du précepteur sur l’apprenant, du chef d’entreprise sur ses salariés…

I- Pouvoir et domination

S’inscrivant dans le lexique politique et juridique le plus ancien, le pouvoir renvoi à l’idée
d’influence, de crédit, de possibilité d’action, d’autorité. Classiquement, il existe en sociologie
politique trois conceptions du pouvoir aux significations inégalement pertinentes.

A- L’approche institutionnaliste

Dans cette première perspective, le pouvoir est en gros synonyme de gouvernants (le personnel
politique). Cette notion sert à désigner soit l’État, soit ses institutions, par opposition aux
citoyens ou à la société civile. Au pluriel, une expression comme « pouvoirs publics » est très
synonyme d’organes de l’État (institutions) au sens constitutionnel.
L’approche institutionnaliste conçoit ainsi le pouvoir comme des gouvernants, ceux-là même
qui occupent les positions officielles du pouvoir d’État. Il s’agit de ceux qui détiennent des
positions de pouvoir étatiques comme le Chef de l’État, le Chef du gouvernement, les ministres,
les députés, les maires. Ils sont assistés par les hauts fonctionnaires qui, au sein de l’appareil
administratif de l’État, effectuent les tâches de conception et de direction au plus hauts niveaux.

B- L’approche substantialiste

Dans une seconde perspective toute différente de la première, le pouvoir est assimilé à une sorte
de substance ou au mieux, de capital au sens monétaire du terme. Ainsi, l’expression courante
« avoir du pouvoir » sous-entend l’existence d’un détenteur ou d’un possesseur. Ce pouvoir que
celui-ci (détenteur ou possesseur) acquiert, accumule, dilapide… produit des bénéfices ou
procure des avantages. Il ne s’agit là en réalité que d’une métaphore qui ne permet pas de
pousser plus loin l’analyse.

C- L’approche interactionniste

Dans une troisième perspective particulièrement féconde en sociologie politique, le mot


pouvoir renvoi à une relation entre deux ou plusieurs personnes. Cette relation se caractérise
par la mobilisation de ressources pour obtenir d’un tiers qu’il adopte un comportement auquel
il ne se serait pas résolu en dehors de cette relation. C’est un pouvoir sur quelqu’un. Il est
pouvoir sur des individus ou des groupes, et n’existe que dans la mesure où il s’exerce
réellement.
Selon la célèbre formulation de Robert DAHL à ce sujet, « A exerce un pouvoir sur B dans la
mesure où il obtient de B une action Y que ce dernier n’aurait pas effectuée autrement ».

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À titre d’illustration, il s’agit là du ministre donnant des instructions à ses collaborateurs, ou


encore du chef d’entreprise obtenant de ses salariés l’accomplissement d’une tâche.
Deux concepts expliquent l’obéissance : il s’agit d’abord de la légitimité, puis de la contrainte.
La légitimité est la reconnaissance accordée à celui qui exerce un pouvoir (le policier est
légitime à exercer le pouvoir), l’acceptation du fait qu’il est normal, naturel, juste, souhaitable
que cet individu donne des ordres et prescrive des comportements. La contrainte est la garantie
de parvenir par différents moyens, notamment la force physique, mais pas seulement, à faire
triompher sa volonté en l’absence de légitimité ou lorsque celle-ci se révèle insuffisante.
Dans la réalité, ceux qui exercent le pouvoir sont à la fois légitimes pour commander, et
disposent de moyens de contraintes.
Ex : le Président de la République, une fois élu ou parvenu au pouvoir est légitime pour intimé
des ordres. Cependant, lorsque les citoyens n’obéissent pas à ses ordres, il peut recourir à la
contrainte (arrestations, poursuites devant les tribunaux, condamnations, amendes, pénalités
financière…).

II- La notion de domination et ses facettes

Tout d’abord, il faut distinguer la puissance de la domination. Pour Max WEBER, la puissance
signifie « toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté
même contre des résistances », peu importe sur quoi repose cette chance.

A- Que faut-il entendre par domination ?

La domination suppose que la relation de pouvoir s’inscrive dans des cadres légitimes, c’est-à-
dire qu’elles soient acceptées par ceux qui la subissent. C’est la chance pour des ordres
spécifiques de trouver obéissance de la part d’un groupe déterminé d’individus. Une relation de
domination comporte un minimum de volonté d’obéir de la part de ceux qui la subissent. Les
individus obéissent pour plusieurs raisons selon WEBER :

- Par simple habitude (parce-que cela leur parait naturel).


- Pour des motifs affectifs (par adhésion à la personne d’un chef, d’un supérieur…)
- Pour des raisons matérielles (parce qu’ils y ont intérêt, pour un salaire, pour une
promotion…)
- Par idéal (parce que leur obéissance leur permet d’atteindre un but qu’ils placent au-
dessus de tout : défendre la Patrie, gagner la guerre, construire une société meilleure)

B- Les différents types de dominations légitimes

La prise en considération des motivations de l’obéissance aux gouvernants, permet à Max


WEBER de construire une typologie de la domination fondée sur la légitimité, c’est-à-dire la
croyance dans la validité des autorités et de leurs actes. Il distingue à cet effet trois types de
dominations :

1- La domination traditionnelle
Elle désigne une forme de domination politique, fondée sur la croyance au caractère
sacré des traditions et des coutumes fixant les règles de la vie publique, ainsi qu’aux
personnes qui en sont les dépositaires directes. Ce type de domination place la
légitimité dans les us et repose sur l’habitude enracinée en l’homme de les respecter.

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La domination traditionnelle se caractérise par une forte personnalisation ou


personnification du pouvoir (exemple des monarchies absolues)

2- La domination légale-rationnelle
Elle renseigne une forme de domination politique fondée sur la croyance à la légalité
et à la rationalité des titres et des décisions revendiquées par les autorités politiques
centrales. Autrement dit, l’exercice du pouvoir est organisé par des règles écrites qui
définissent les droits et devoirs des gouvernants et des gouvernés. Ceci tend à
dépersonnaliser, et dé personnifier l’exercice de la domination. On n’obéit plus à
des individus, mais plutôt aux règles et aux fonctions. On obéit à la loi, au juge, au
Chef de l’État. Aucun individu, aucune autorité ne peut se soustraire à l’application
de la règle de droit. On parle ainsi d’État de droit qui caractérise les sociétés
contemporaines.

3- La domination charismatique
Elle correspond à une forme de domination politique basée sur la croyance en le
caractère exemplaire d’un chef hors du commun, doué d’un charisme personnel sans
égale. Il s’agit ici d’une variété de qualités exceptionnelles (reconnues à l’individu)
qui déroutent les usages courants de l’autorité politique. Cette domination est basée
sur la séduction, la fascination qu’exerce un individu sur ses semblables. Les
relations entre le chef et le peuple sont des relations de soumission acceptées,
d’abandon consenti. Enfin, la logique du pouvoir charismatique est presque toujours
destructrice de l’ordre ancien, et fondatrice d’un ordre nouveau (Bonaparte, Mobutu,
Kérékou avec le marxisme-léninisme de 1972 à 1989, Mussolini, Hitler, de
Gaulle…). Cette domination disparait avec le leader qui l’incarne.

A Domination B
Cadre
Bénéfice Y Action

CHAPITRE 2 – L’ÉTAT

L’organisation du pouvoir politique a pris dans le temps et dans l’espace des formes
très variées. On peut notamment mentionner les empires, ces vastes ensemble
géographiques au sein desquels une métropole ou une cité principale dominait des
territoires périphériques subordonnés et ne disposant pas des mêmes droits et
devoirs (empire grec, romain), ou encore les seigneuries féodales qui caractérisaient
l’organisation politique au moyen âge.
Dans les sociétés contemporaines, le pouvoir politique repose sur un autre type
d’organisation : l’ État. Il est apparu en Europe à l’époque de la féodalité entre le
IXème et le XIIIème siècle, et s’est imposé comme l’unique mode de gouvernement
des nations européennes.

I- La construction historique de l’État

L’élément déterminant de l’apparition de l’État en Europe est l’essor de la


bourgeoisie qui se regroupe à partir du XIIème siècle dans les villes où elle

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parvient à s’affranchir de la tutelle seigneuriale. L’État parvient alors à


s’imposer comme arbitre entre les intérêts contradictoires du groupe sociale
dominant (aristocratie) et ceux du groupe sociale ascendant (bourgeoisie).
Les bourgeois ont intérêt à ce que s’établisse une sécurité favorisant
l’épanouissement du commerce et la libre entreprise. Ils sont prêts à payer
par la fiscalité et par la souscription aux emprunts lancés par le roi, le prix
dont ce dernier a besoin pour désarmer les seigneurs et sécuriser les routes.
C’est ainsi que l’État parvient progressivement à monopoliser la fonction
militaire au détriment des féodaux.

A- La forme moderne de l’État

L’État moderne s’est construit en opposition avec la féodalité, mais également avec
l’Église, cette construction participant ainsi d’un processus de sécularisation (processus
historique par lequel depuis la seconde moitié du XVIIIème, une séparation s’instaure
progressivement entre le domaine religieux et le domaine public avec l’abandon par
l’Église de certaines fonctions qu’elle accomplissait dans les sphères sociales et
politiques).
L’invention de l’État moderne apparait fortement liée à l’histoire de l’Europe. Elle
s’inscrit dans une logique continue de différenciation des tâches politiques au sein de la
société. Le pouvoir étatique va s’affirmer victorieusement contre le pouvoir religieux
ou seigneurial ; en même temps, il apparait de plus en plus comme un corps séparé,
autonome et distinct de la société civile.
La constitution d’une identité politique des individus, s’affirme et ne se confond pas
avec leur identité religieuse. Les luttes entre le roi et l’Église débouche sur la vision de
plus en plus nette d’une séparation des domaines. Dès lors, l’individu n’appartient pas
seulement à la christianitas, c’est-à-dire au peuple chrétien, il est également à part
entière membre de l’humanitas. Au début du XIVème siècle, Masile de PADOUE,
théorisant la distinction, jette les bases de cette laïcité qui caractérise l’État moderne.

B- La projection de l’État dans les trajectoires extra occidentales

Du fait du colonialisme et de l’expansion économique de l’occident au XIXème siècle,


la forme étatique s’est imposée au reste du monde en moins d’un siècle. L’importation
de l’État a été le résultat soit d’une imposition autoritaire dans le cadre du colonialisme
(Dahomey, Togo, Haute Volta), soit d’une imitation volontaire du modèle occidental
par les élites indigènes (Turquie avec Moustapha Kemal ATATÜRK). Mais, même dans
ce dernier cas, l’adoption de réformes d’inspirations étrangères se fait dans un contexte
de défis militaires, politique et économiques, posés par l’occident au reste du monde.
Les traces de cette imitation volontaire du modèle occidental sont perceptibles dans
l’empire Ottoman dès 1922 sous ATATURK, en Iran sous le règne du Shah, en Égypte
sous Méhémet ALI, au Japon sous l’ère Meiji, en Chine après la guerre de l’opium…
Les travaux sur l’État postcolonial en Afrique et les développements auxquels il a
notamment donné lieu, professent que l’une des conséquences directes de la
colonisation, c’est l’effondrement, voire la démolition des modes d’organisation
traditionnelles des sociétés africaines, au profit des formes occidentales de l’État
moderne formel. Totalement déstructurées, les sociétés africaines de type plural se sont
dès lors retrouvées embrigadées dans des périmètres territoriaux fort abstraits, ce qui
sera la cause de bien des conflits. À ce propos, Mamoudou GAZIBO dira que

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« l’héritage colonial se manifeste par l’introduction de la clôture territoriale dans des


contextes où elle était largement inconnue ».

II- Les grandes caractéristiques du phénomène étatique

Pour Max WEBER dans « Économie et société », nous entendons par État « une entreprise
politique de caractère institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique
avec succès, dans l’application des règlements, le monopole de la contrainte physique
légitime ». Pour exercer durablement le pouvoir, il faut donc être habilité par les gouvernés à le
faire (légitimité), mais il faut aussi pouvoir obliger les réfractaires à se plier aux règles et aux
ordres donnés (contrainte). Le monopole de la violence permet ainsi à l’État de faire respecter
les autres monopoles dont il a la charge.

A- L’État, une institution monopolistique

L’État est une institution monopolistique, c’est à dire qu’il est des activités que seul l’État peut
exercer, des ressources dont il est le seul à pouvoir disposer et qu’aucun autre groupe au sein
de la société n’est en mesure de lui disputer. Il s’agit :

- Du monopole de la production des lois, règles que nul n’est censé ignorer, et auxquelles
tout le monde doit se soumettre.
- Du monopole fiscal, c’est-à-dire que seul l’État peut exiger une contribution financière
de la part de ses administrés sans aucune contrepartie immédiate.
- Du monopole économique dont celui d’émettre la monnaie.
- Du monopole judiciaire, c’est-à-dire que l’État est habilité à juger et à punir.
- Du monopole de la représentation collective, c’est-à-dire que seul le pouvoir étatique
peut prendre des décisions qui engagent la collectivité (signer des traités, déclarer la
guerre).
- Le monopole étatique le plus essentiel qui permet de distinguer l’État de tous les autres
groupes organisés est celui de la violence physique légitime. C’est un moyen d’action
spécifique dont dispose l’État et lui seul. Aucun groupe, aucun individu n’est autorisé à
employer la violence contre autrui dans nos sociétés.

B- L’État, une institution bureaucratique

La domination de l’État repose sur une vaste administration, composée de


fonctionnaires de carrière spécialisés dans les tâches administratives. Le pouvoir
n’est plus patrimonial : « l’État c’est moi » disait Louis XIV.
Il n’y a plus de vénalité des charges.
Avec l’État moderne, les rôles et les activités étatiques se sont institutionnalisés, les
emplois publics se sont différenciés et distingués des emplois privés. Ils ne sont plus
achetables ou échangeables. La dominance étatique s’est fonctionnarisée, et est
exercée par des agents publics obéissant aux exigences de leurs fonctions. Les
fonctionnaires sont recrutés à partir d’une sélection ouverte à tous, et sont nommés
en fonction de leurs compétences professionnelles.
L’organisation administrative bureaucratique est perçue comme la plus rationnelle.
Les emplois publics répondent désormais à des exigences de recrutements et de
compétences. Les variables culturelles (origines sociales), économiques (niveau de
richesse), ou sociales (proximité familiale ou amicale avec le détenteur du pouvoir

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politique) sont désormais discrédités. Cette fonctionnarisation des activités étatiques


est une condition du respect de la légalité et de l’égalité entre les citoyens.

C- L’État, une société juridique

Les juristes français et allemands (Georg JELLINEK, Paul LABAND, Carré de


MALBERG) ont formulé une « théorie des trois éléments », devenue l’analyse
classique de l’État, envisagé dans son sens le plus large. D’après cette théorie il
existe un État lorsque sur un territoire où réside une population s’exerce un pouvoir
juridiquement organisé qui tend à monopoliser la contrainte légitime.
Le territoire se défini comme l’espace à trois dimensions que sont le sol, le sous-sol
et l’espace aérien, où s’appliquent les règles juridiques posées par les gouvernants.
Hans KELSEN à ce propos nous dit que « c’est le domaine de la validité spatiale
des normes juridiques ». Le territoire est délimité par des frontières et est de taille
fort variable.
La population assujettie au droit de l’État relève de deux catégorie distinctes : les
nationaux et les étrangers. Les nationaux sont des ressortissants qui ont acquis cette
qualité par filiation ou par naturalisation. Les étrangers sont aussi soumis au droit de
l’État en tant que résidents temporaires ou permanents. Remarque fondamentale,
seuls les nationaux jouissent du droit de participer à la chose publique en tant
qu’électeurs ou élus.
Le pouvoir politique est un phénomène de puissance qui se coule dans les formes du
droit. Dans les sociétés démocratiques modernes, deux éléments importants doivent
être soulignés :
o L’usage de la contrainte physique d’État est toujours plus contrôlé et modéré ;
o Pour être légitime, cet usage doit se faire dans le respect des lois et règlements.

III- Différentes formes d’organisation de l’État

La théorie classique distingue trois formes idéales type d’organisations internes de l’État.

A- L’État unitaire centralisé

Dans cette configuration, les mêmes règles sont uniformément applicables à la population qui
habite sur le territoire. Dans tous les domaines, une seule instance élabore les décisions et les
fait appliquer à l’échelon national. L’État unitaire peut être déconcentré ou décentralisé.

La déconcentration administrative consiste à mettre en place sur le territoire selon un maillage


plus ou moins serré des représentants de l’État central qui prendront sur place certaines
décisions en son nom (préfets de départements, sous-préfets, chefs de circonscriptions,
directeurs départementaux). Le représentant du pouvoir central est nommé et révoqué
discrétionnairement, et soumis au pouvoir hiérarchique du gouvernement qui lui donne des
instructions et des directives.

La décentralisation quant-à elle, consiste à confier la gestion des affaires locales à des organes
décisionnels qui ne sont plus de simples agents du centre, et qui jouissent d’une large autonomie
de décision dans des domaines particuliers et dont les dirigeant sont élus.

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A- L’État fédéral

C’est celui dans lequel se trouve instauré une fragmentation juridique de l’espace plus poussé,
même si celui-ci demeure une unité politique dans l’arène internationale. Le mode de
gouvernement de l’État fédéral organise une répartition constitutionnelle, et non plus
simplement législative des compétences entre l’État fédéral et les États fédérés (52 aux USA,
36 au Nigéria, 16 länder en Allemagne). Le fédéralisme comme le cas de la Belgique n’est pas
seulement territorial, il concerne également des entités culturelles ou linguistiques (flamande,
française, allemande).

B- La confédération

C’est une association d’États qui décident de créer des organes communs, pour coopérer dans
un certain nombre de domaines. La constitution de la confédération est un acte international
(traité) et non pas un acte de droit interne (constitution). La coopération entre les États est
égalitaire. Chaque État garde sa souveraineté et doit pouvoir quitter librement la confédération.
Ex : Confédération suisse ou helvétique.

CHAPITRE 3 – CITOYENNETÉ ET ÉLECTION

Le concept de citoyenneté est historiquement lié au développement de la démocratie. Idée qui


a existé dans les cités de l’antiquité à travers la participation à la chose publique, la citoyenneté
s’est ensuite affirmée au XVIIIème siècle dans le cadre des révolutions française et américaine.
Si le soutien électoral constitue le socle de fonctionnement des démocraties, il est cependant
essentiel de comprendre les mécanismes de socialisation politique, d’appréhender la manière
dont se transmettent les valeurs politiques.

I- La notion de citoyenneté

La citoyenneté est l’ensemble des prérogatives et des obligations reconnues aux membres d’une
collectivité politique, parmi lesquelles, le droit de participer directement ou indirectement à
l’exercice du pouvoir. Le citoyen est le membre d’une communauté politique doté de
prérogatives et chargé de responsabilités en lien avec cette appartenance. De ce fait, la
citoyenneté a toujours entretenu un rapport étroit avec la nationalité.
Dans le cadre de l’État-nation, seul les nationaux sont citoyens, et eux seuls disposent de
l’exercice de droit politique.

A- Consolidation des droits liés à la personne de l’individu

Selon le sociologue britannique Thomas MARSHALL, connu pour son essaie « Citoyenneté
et classe sociale » de 1963, la citoyenneté moderne se serait établie en trois grandes étapes :

- D’abord par l’affirmation des droits civils au XVIIIème siècle dans le cadre des
révolutions américaine de 1776 et française de 1789 ; les déclarations d’indépendance
(que ce soit la déclaration américaine, ou encore la déclaration des droits de l’homme et

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du citoyen) posent toute une série de principes nouveaux au nombre desquels la liberté
de parole, la liberté de religion, l’égalité devant la loi, les droits de propriété …
- Puis par l’obtention des droits politiques au XVIIIème siècle dans le cadre du
développement de la démocratie représentative (droit d’élire et d’être élu).
- Enfin par la mise en place des droits sociaux au XXème siècle avec le développement
de l’État-providence (instruction, santé, travail, logement).

La citoyenneté se décompose donc en droits civils, politiques et sociaux, même si les uns sont
apparu avant les autres et selon la trajectoire empruntée par les pays. La citoyenneté comporte
des droits, mais également des devoirs dont celui de payer ses impôts, de voter. La qualité de
citoyen comporte également une dose de vertus morales : le bon citoyen se caractérise par le
civisme.

B- Les modèles de citoyenneté

La sociologie politique distingue plusieurs modèles.

1- Le modèle républicain de citoyenneté

Il repose sur une conception individualiste et universaliste de la citoyenneté.


Individualiste car la citoyenneté repose essentiellement sur des droits individuels.
Universaliste parce que la loi ne prend pas en compte les particularismes. Les citoyens
sont tous égaux : il n’y a pas de distinction en fonction de l’origine, de la race, ou de la
religion. Les statistiques publiques ne prennent pas en compte l’ethnie ou encore la
religion. L’exemple le plus souvent cité à ce sujet est la France où le principe de laïcité
est au cœur de la citoyenneté.
Le raisonnement n’est pas le même aux États-Unis, au Canada, en Australie, ou en
Angleterre, où l’État prend en compte l’origine, la religion, et l’ethnie de ses citoyens.

2- Le modèle dit consociatif

Dans ce modèle décrit par Arend LIJPHART, le système politique, du moins la


citoyenneté, est organisée en fonction des différents groupes ethniques, culturels, et
religieux présents au sein de la société. Chaque groupe bénéficie de représentations
politiques au sein du système et s’appuie sur son propre réseau d’institution (éducation,
organisation politique et syndicale). C’est le cas de la Belgique, de la Suisse, des Pays-
Bas, de l’Autriche…
Ce modèle a également été mis en place en Afrique du Sud après l’apartheid, afin de
réduire le poids des afrikaners dans le système politique.

3- Le modèle libéral

Curieusement, ce modèle reconnait la légitimité des identités particulières et des


appartenances historiques des citoyens. Ceci se manifeste sur la scène politique par une
incursion des groupes qui revendiquent désormais leur droit à participer à la chose
publique. On parle de multiculturalisme, qui reconnait les minorités avec l’utilisation
de la technique de la « discrimination positive ».

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II- L’invention du marché politique

La compétition politique n’est pas née avec le suffrage universel. Il y a d’abord eu les marchés
censitaire.

A- Les luttes autour de la question d’accès au suffrage

Le suffrage censitaire était conditionné au paiement d’un montant d’impôt restreignant le droit
d’expression politique au seuls riches. C’est ce système qui a longtemps prévalu dans la
trajectoire française, aboutissant à sa suppression totale et définitive à compter d’août 1789.
L’accès au suffrage n’était pas pour autant ouvert ; il demeura encore exclusivement masculin
jusqu’en 1848. Il aura fallu attendre une ordonnance du Général de Gaulle de 1944 pour que
les femmes puissent enfin accéder au suffrage (droit de vote et d’éligibilité). Dans les pays
comme la Belgique et la Grande Bretagne, le suffrage était capacitaire jusqu’au début du
XXème siècle, impliquant un certain niveau scolaire pour prétendre au vote.

B- Comment les africains sont devenus électeurs ?

Avec la colonisation, les dahoméens ont été insérés malgré eux dans l’empire français. Et
pendant longtemps, seuls les colons installés pouvaient mener une vie militante et citoyenne.
Les dahoméens, plus globalement les africains, étaient maintenus en dehors du jeu politique à
cause du régime de l’indigénat (privation du droit de vote, de la liberté d’expression, soumission
à un ensemble de mesures répressives dont les arrestations, amendes, corvées, réquisition, exile,
emprisonnement …).
Les africains étaient tout au plus des objets insérés dans une construction théorique qui les
présentait tantôt comme des esclaves, tantôt comme des indigènes qui bien plus tard, seraient
devenus des sujets par la grâce du maître. À cette époque-là, seuls les colons installés et plus
singulièrement ceux installés dans les quatre communes (Dakar, Saint-Louis, Rufisque, Gorée)
pouvaient exercer la plénitude de leurs droits. C’est bien plus tard que le droit de vote a été
étendu à tous les français d’outre-mer dont les colonies d’Afrique, par la loi Lamine GUEYE
(du nom du député sénégalais de la SFIO – Section française de l’internationale ouvrière) du
25 avril 1946, puis par la constitution du 27 octobre 1946. Néanmoins la représentation de la
population ultra-marine (d’outre-mer) autochtone (qualifiée d’indigène) reste inégalitaire
(principe du double collège : le collège des citoyens et le collège des indigènes).
En 1956, la Loi cadre Gaston DEFFERRE établit l’égalité du suffrage entre tous les citoyens,
avec l’abandon du principe du double collège pour les français d’outre-mer.
En juillet 1958, le Général de Gaulle impose le suffrage universel en Algérie, en établissant par
décret le droit de vote de plus d’un million de femmes musulmanes.
Avec la proclamation de la République (février 1959) puis de l’indépendance en 1960, les
dahoméens sont parvenus à se débarrasser de cette allégeance au leg colonial et construisent
depuis, pas à pas, leur propre trajectoire politico-institutionnelle.

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CHAPITRE 4 – LA NATION

La nation renvoie à la communauté de ceux qui sont nés sur un territoire donné, et qui
constituent un ensemble de citoyens par qui un État donné vit. Elle serait une forme de
communauté politique reposant sur la prise de conscience, objective ou imaginée, de
caractéristiques communes et d’un-vouloir vivre en commun. Progressivement, c’est par un
cheminement étroit que des liens vont unir la Nation et l’État, notamment la citoyenneté.
Comprendre la structure de l’État moderne amène donc à s’interroger sur le fait national.

I- Différentes interprétations du phénomène national


Le processus historique de construction de l’État est porteur d’un autre phénomène fondamental
qui apparait dès la monarchie absolue et qui va pleinement se déployer au XIVème siècle.

A- L’intrication croissante entre l’État et la Nation.

L’idée de Nation au moyen âge n’est pas la Nation moderne, mais elle en pose les bases : le
mot « nation » désignait d’abord des groupes d’origines communes. Sous l’action des rois de
France et avec l’aide de mythes (onction avec une huile mythique), d’une religion (catholique),
de symboles (fleur de lys), et d’une langue administrative (français), une conscience collective
nationale se forge, passant de la fidélité personnelle au roi à une appartenance à un territoire et
à un peuple distincts.
Les rois capétiens en centralisant leur pouvoir, créent les structures (administration, justice)
permettant l’émergence d’un corps politique unifié, distinct de l’empire ou du pape. Le français
devient langue administrative (ordonnance Villers-Cotterêts de 1539), unifiant le territoire. La
cohésion fut organisée autour d’un mythe créant une histoire commune avec une forte
dimension sacrée et religieuse (des saints protecteurs comme Saint Michel, Saint Louis…). La
fleur de lys, la croix blanche, resteront les symboles distincts de cette royauté et de
consolidation de la Nation. La guerre de cent ans apparaissait comme l’élément qui renforce
l’unité face à l’ennemi.
À partir de l’idée abstraite de nation à sa concrétisation dans un État-Nation, l’État devient à la
fois le corps politique et juridique qui incarne et organise cette entité nationale (lui donnant une
structure, des lois, une administration, une armée, une justice…), et un pouvoir souverain
(créant ainsi un sentiment d’unité et d’identité nationale) particulièrement visible vers la fin du
moyen-âge. Cette notion (de la Nation à l’État) va alors se matérialiser dans un État perçu
comme incarnation de la Nation.

B- Nation et sentiment national

C’est avec la révolution française que la Nation s’est identifiée au peuple, et que la Nation a
pris alors un sens politique. Concrètement, comment pourrait-on définir cette notion des plus
complexes à cerner ?
Une Nation est une âme, un principe spirituel, disait Ernest RENAN, au détour de sa fameuse
conférence « Qu’est-ce qu’une Nation » de 1882. Il rajoute que la Nation est fondée sur la
possession en commun d’un riche leg de souvenirs ; elle s’affirme surtout par la volonté de
vivre ensemble.
De manière générale, on peut considérer que la Nation repose sur une civilisation commune,
donc sur un mélange de divers éléments matériels (langue, religion, race), mais surtout un
élément spirituel : la volonté de vivre ensemble. Plus qu’une réalité, la Nation est une

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représentation commune que l’on se fait de la réalité ; ce qui permet à André MALRAUX
d’affirmer joliment que « ce qui fait la force d’une Nation, c’est la communauté des rêves ».
Mais en voyant dans chaque Nation le résultat d’une culture propre qui se transmet dans le
temps, une sorte d’héritage s’imposant à travers par exemple une langue, quelle place occupe
alors la Nation dans l’idéologie nationaliste ?
Dans ce système de pensées, le sentiment national transcende les volontés particulières :
l’individu doit se soumettre à la Nation, et toute politique doit être définie en fonction des
intérêts de la Nation.
Aujourd’hui, la perspective a beaucoup évolué lorsqu’il s’agit de définir la Nation, notamment
dans les trajectoires africaines. Elle repose ici sur des bases linguistiques, voire ethniques. Nous
sommes désormais en présence d’une conception organiciste, voire ethniciste de la notion
puisque seuls ceux qui ont hérité de certaines caractéristiques ethnoculturelles ont vocation à
devenir membres de la communauté nationale.

II- Les conceptualisations du nationalisme

Les analyses sociologiques contemporaines considèrent dans leur grande majorité la


communauté nationale comme une construction historique, fondée sur l’invention d’une
tradition et accordant une place importante au pouvoir politique dans cette réalisation. À ce
propos, Yves DÉLOYE dira que la dynamique nationale est également liée à un enjeu
éminemment politique : la primauté de la souveraineté étatique.

A- La difficile construction de la Nation

Schématiquement, on peut considérer que si, lors de la construction nationale en Europe, la


Nation précède l’État, dans l’émergence des peuples du Tiers-monde et plus particulièrement
en Afrique, l’État précède la Nation.
Le colon a détruit toute forme d’organisation sociale pour imposer ses normes. Après les
indépendances, il a fallu que l’État crée une Nation, une communauté nationale à laquelle tous
les citoyens peuvent s’identifier. Il s’est agi prioritairement de forger une Nation en créant une
identité nationale. Pour cela, il a fallu donner une identité nationale à une population qui ne la
possède pas, mais encore, se reconnait dans des groupes restreints (clans, tributs, ethnies)
relevant de solidarités communautaires. Il a donc été question de tentatives visant à réunir
autour de quelques idées simples et mobilisatrices, des communautés ethnoculturelles dont les
appétences étaient parfois très opposées.
Ces valeurs de référence devaient être peu nombreuses et sommaires, mais fortes et attractives.
Elles ne devaient pas porter au débat mais pousser au rassemblement d’autant plus que l’État
lui-même relève davantage de l’affirmation conceptuelle que de la réalité sociale.
Ici la décolonisation apparait comme l’acte fondateur pour ériger un sentiment national. La
dénonciation de la situation coloniale constitue le point de départ : sont vilipendées l’oppression
qu’elle exerce, l’exploitation et l’aliénation qu’elle entraine. La décolonisation va ainsi
permettre à l’État d’accéder à la souveraineté internationale et rendre possible l’affirmation de
l’identité nationale.

B- Le nationalisme unificateur, voire libérateur

Dans les pays colonisés, le nationalisme prend d’abord une coloration libérale avant de se
radicaliser dans bien des pays sous une forme révolutionnaire. Si l’indépendance a été acquise
par la lutte (armée dans certains cas), celle-ci a généralement servi de catalyseur au sentiment

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national en permettant de rassembler le peuple derrière les leaders qui ont conduit la lutte et
derrière le parti qui l’a encadrée.
La forme libérale s’est produite en Inde en 1885 avec le Parti du Congrès sous NEHRU et
GANDHI dont les luttes ont abouti à l’indépendance de l’Inde en 1947 ; le Parti WAFD en
1919 en Égypte avec Soad ZAGHLOUL contre la domination britannique qui prend fin en
1920 ; le DESTOUR sous Habib BOURGUIBA qui mène la Tunisie à l’indépendance …

Face aux succès mitigés du nationalisme libéral, la forme radicale et révolutionnaire s’était
illustrée au Vietnam avec le Viêt Minh, sous HÔ CHI MINH dont la lutte à conduit à
l’indépendance ; le Parti BA’ASH qui s’est emparé du pouvoir en 1960 en Syrie ; le FLN (front
de libération national) en Algérie qui par une lutte armée débouche en 1962 sur l’indépendance.

Le nationalisme s’est investi dans la plupart de ces cas de la mission de légitimer les élites et
de construire la nation, pour rattraper le retard qui sépare les nouvelles Nations des anciennes
puissances. La conférence de Bandung en est une illustration en 1955, avec le mouvement des
non-alignés. Dans notre Pays, ce nationalisme prit une voix révolutionnaire avec
l’institutionnalisation en 1975 du PRPB (parti de la révolution populaire du Bénin), dont le but
était de conduire l’indépendance nationale et anti-impérialiste.

CHAPITRE 5 – LES PARTIS POLITIQUES

Au-delà des critiques dont ils sont régulièrement l’objet, les partis politiques constituent dans
toutes les démocraties libérales le point de passage obligé de la compétition politique, et
forment à ce titre l’un des objets canoniques de la sociologie politique. Partout, une distinction
s’opère au sein de la classe politique organisée en deux strates :

- D’une part la strate dirigeante, c’est-à-dire l’ensemble des personnels qui assurent en
principe la direction politique et administrative de la société ;
- D’autre part la strate partisane, c’est-à-dire l’ensemble des personnels qui assurent en
principe la direction et l’animation de la compétition politique.

On assiste au demeurant à une « personnalisation » relative de la vie politique, les candidats les
plus crédibles aux fonctions suprêmes de l’État étant en règle générale les dirigeants, ou les
créatures de puissantes machines partisanes.

I- Les caractères des partis politiques

Les partis politiques sont en démocratie des organisations collectives structurées, engagée dans
la compétition électorale en vue de l’exercice du pouvoir.

A- Définition classiquement admise des partis politiques

Deux politologues américains, Joseph LAPALOMBARA et Myron WEINER, tentent


d’organiser la définition du parti politique autour de quatre critères principaux :

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- Une organisation durable, c’est-à-dire ayant vocation à survivre à ses dirigeants en


place ;
- Une organisation dont les échelons locaux sont en relation étroites avec le centre
national (à travers des coordinations, des sessions, des sous-sessions, cellules…).
- Une volonté délibérée des dirigeants nationaux et locaux de l’organisation d’accéder au
pouvoir et non simplement de l’influencer ;
- Un souci de l’organisation de trouver un soutien populaire des militants, des
sympathisants, et des adhérents à travers les élections.

B- Les fonctions des partis politiques

Selon Robert MERTON, les partis ont deux fonctions, à savoir :

- Les fonctions manifestes, qui sont celles explicites et revendiquées comme telles par les
organisations :
• fonction programmatique, c’est-à-dire présenter des projets de société
• fonction de sélection qui consiste à recruter des militants et à présenter des candidats
aux élections
• fonction d’encadrement consistant à former les élus et les adhérents
- les fonctions latentes, qui sont celles implicites :
• fonction d’intégration sociale consistant à offrir aux militants des services
d’assistance, d’aide
• fonction tribunicienne (de tribun) selon Georges LAVAU, qui consiste à défendre
des catégories sociales (en dénonçant les inégalités) comme les femmes, les
chômeurs, les laissés pour compte, les sinistrés…
• fonction de légitimation et de stabilisation du système politique qui consiste à
accepter les règles et à évoluer dans le système

II- Typologie et système partisan

L’analyse des partis politiques n’échappe pas à la tentation de la classification. Même si


l’on exclut du champs d’analyse les partis uniques (monolithisme) fonctionnant dans les
systèmes « non compétitifs », on s’aperçoit que l’entreprise partisane revêt dans les pays
démocratiques des formes extrêmement disparates.

A- L’analyse structurelle

Dans son ouvrage sur les partis politiques de 1951, Maurice DUVERGER élabore une
typologie cohérente des partis fondée sur leur structure générale. Il distingue :

- Les partis de cadres qui sont des organisations composées essentiellement de notables,
et qui ont une activité centrée sur les élections avec des appareils organisationnels peu
développés,
- Les partis de masses, caractérisés par la recherche du plus grand nombre d’adhérents.
Ils sont nés avec la généralisation du suffrage universel.

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B- Le système partisan

La démocratie représentative a engendré un système partisan, défini comme l’ensemble


structuré des interactions résultant de la compétition et de la coopération pour la conquête
du pouvoir entre partis d’un système politique donné. Selon Jean BLONDEL, on distingue :

1- Les systèmes bipartisans parfaits :


Systèmes dans lesquels deux partis rivaux couvrent la quasi-totalité de l’espace
politique comme aux États-Unis ou en Angleterre.
En Afrique, ce bipartisme parfait est repérable plus singulièrement en Afrique du Sud,
même si d’autres partis évoluent en marge du système.

2- Les systèmes bipartisan imparfaits :


Dans ce système, un troisième parti plus faible que les deux autres occupent une position
stratégique. On l’appelle encore « système à deux partis et demi » (Allemagne).
Le troisième parti s’allie à l’un des deux grands pour obtenir la majorité.

Il existe aussi des systèmes multi-partisans subdivisés en :

1- Systèmes multi-partisan intégral, où aucun parti n’occupe de position dominante


(France, Belgique, Pays-Bas, Bénin avant 2019)
2- Systèmes multi-partisan dominant, dans lequel un parti occupe une position centrale
parmi les autres (la RB à sa création, l’UBF, la FCBE)
3- Système multi-partisan à parti majoritaire, dans lequel un seul parti dispose de la
majorité des sièges au parlement (ANC)

CHAPITRE 6 – LES ÉLITES

En réaction à la fois aux interprétations marxistes formulées en termes de simple domination


économique (les élites se servent du pouvoir pour dominer les masses) et aux visions de la
démocratie participative, affirmant l’autorégulation du peuple des citoyens, les théories élitistes
sont apparues au tournant XXème siècle pour affirmer l’inévitable venue d’élites détentrices du
pouvoir. Ce concept sociologique a été annoncé à l’origine par Vilfredo PARETO pour désigner
le groupe de ceux qui excellent, ou encore de ceux qui se distinguent dans chaque branche de
l’activité sociale par la détention de certaines capacité.

I- La déviation oligarchique du pouvoir

Les « machiavéliens », cette expression a été utilisée par le politologue Floyd HUNTER pour
désigner ce courant dominant de la sociologie italienne qui, à l’image de Vilfredo PARETO,
Gaetano MOSCA et Roberto MICHELS, s’intéressera au début du XXème siècle au
phénomènes d’appropriation du pouvoir par une élite.

A- L’approche institutionnelle de Michels

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Roberto MICHELS a légué une étude pionnière sur les partis politiques, qui a été bâtie à partir
d’une observation attentive du fonctionnement interne du parti social-démocrate allemand
(SPD) :

1- « Qui dit organisation, dit oligarchie ». Toute organisation tend à être dirigée par une
minorité qui exerce le pouvoir aux dépends d’une majorité.
2- La minorité dirigeante consacre une part considérable de son énergie à conserver le
pouvoir et si possible, à étendre ses positions.
3- Le processus de confiscation du pouvoir par l’élite dirigeante est irréversible (loi
d’airain de l’oligarchie)
4- Les organisations de type démocratique n’échappent nullement à ce processus, le
discours démocratique tendant le plus souvent à dissimuler ou à légitimer les pratiques
élitistes.

L’œuvre de Michels a exercé une influence considérable sur la politologie contemporaine. Elle
a frayé la voie à toutes les analyses qui s’attachent à éclairer le problème de la corruption
oligarchique des régimes politiques.

B- L’approche dynamique de MOSCA

Gaetano MOSCA généralise le propos de Michels à l’ensemble de la société :

1- Tout État, tout régime, est obligatoirement piloté par une classe dirigeante (ruling
class) qui cherche à légitimer et à rationnaliser sa domination.
2- La césure élite-masse caractérise toutes les sociétés, quels que soient leurs régimes
politiques. Le pouvoir dans tous les cas est toujours confisqué par la classe
dirigeante.
3- Il existe cependant deux sortes d’élites :
• Des élites « aristocratiques » ou « fermées » qui s’opposent à tout renouvellement,
• Des élites « démocratiques » ou « ouvertes » qui acceptent un minimum de mobilité
ascendante, grâce à l’intégration d’éléments extérieurs issus de la masse.

C- L’approche psycho-sociologique de PARETO

Vilfredo PARETO enrichie sur plusieurs points les travaux de MOSCA :

1- Il insiste tout d’abord sur l’homogénéité remarquable de la classe dirigeante (théorie


dite des 3C) :
- Elle a conscience de former un groupe supérieur strictement séparé du reste de la
société,
- Elle est soudée par une puissante cohésion sociale liée à des origines et à des parcours
communs,
- Elle a le sens du complot et sait déployer des stratégies pour faire triompher ses intérêts.

2- Il fonde ensuite la primauté de l’élite sur la masse :


- Cette primauté est naturelle et repose avant tout sur des qualités d’ordre psychologique :
• Énergie
• Virilité
• Vertu…

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- Cette primauté est cependant précaire : toute élite est menacée de décadence si elle
renonce aux qualités qui font sa supériorité.

3- Il accorde enfin une importance décisive à la « circulation des élites » :


- Soit en effet l’élite dirigeante s’ouvre à de nouveaux groupes et elle a d’autant plus de
chances de préserver sa domination,
- Soit elle se ferme à tout renouvellement et elle crée un terrain propice aux changements
(ancien régime et révolution française).

La mobilité sociale, c’est-à-dire l’intégration dans la structure de l’élite d’éléments issus des
groupes inférieurs de la société, à condition d’être mesurée, lui semble le meilleur antidote
contre les bouleversement révolutionnaires.

II- Wright MILLS ou la corruption élitaire de la démocratie

L’œuvre de Wright MILLS est plus ambitieuse puisqu’elle prétend embrasser l’ensemble de la
société américaine.
Dans son ouvrage intitulé « Power Elite » parut en 1956, il tente de répondre à la question
suivante : qui gouverne la société américaine ?
Sa démonstration s’ordonne autour de trois axes.

A- Une élite unifiée

Selon MILLS, les décisions clés sont en fait monopolisées par trois sortes d’institutions (la
triade du pouvoir) :
1- Les cercles dirigeants de la politique (le Président, ses conseillers, la haute
administration)
2- Les cercles dirigeants de l’économie (les dirigeants des grandes firmes multinationales)
3- Les cercles dirigeants du Pentagone (les chefs et stratèges de l’armée américaine)
Chacune de ces institutions, loin d’opérer en ordre dispersé, s’agrège ainsi en une élite du
pouvoir unie, cohérente, qui s’apparente moins à une classe au sens « marxiste » qu’à un
« groupe de statuts ».

B- Une élite homogène

Les trois groupes identifiés par MILLS forment un « triangle de pouvoir » (ou triade de pouvoir)
dont l’homogénéité interne est garantie par deux sortes de processus :
1- D’une part une interchangeabilité constante, un membre du « groupe économique »
pouvant à tout moment s’intégrer au « groupe politique » et vice-versa, un général de
l’armée pouvant devenir secrétaire à la défense, puis PDG d’une grande firme
d’électronique.
2- D’autre part, l’élite telle que la conçoit Mills se caractérise à l’intérieur par un fort degré
de circulation et de fluidité, et à l’extérieur par un fort degré de fermeture, ses membres
s’appliquant à refouler les outsiders ou les intrus.

C- Une élite aristocratique

L’élite du pouvoir décrite par MILLS de l’état de la société américaine correspond parfaitement
à « l’élite aristocratique » telle que la définissait MOSCA :

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1- Elle préserve farouchement son identité et ne s’ouvre pas à des apports externes.
2- Elle n’inclut pratiquement pas les représentants élus du peuple américain : MILLS à cet
égard sous-estime gravement ce qu’on appelle aux USA le pouvoir congressionnel,
c’est-à-dire le contrôle exercé par le congrès américain sur le Président et la haute
administration.
3- Elle vit et se reproduit ainsi sous le manteau d’institutions parfaitement démocratiques,
le peuple américain étant absolument dépossédé de son pouvoir « souverain » par cette
élite informelle et omnipotente.

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