Syllabus
Syllabus
COSMOLOGIE
LPHYS1332
Jean-Marc GÉRARD
Introduction 1
iv
7.3 Découverte des ondes gravitationnelles
7.4 Entropie d’un trou noir
7.5 Déflexion de la lumière par un trou noir
Introduction
1
Introduction
K1 : “les planètes suivent des orbites elliptiques dont le Soleil occupe un des foyers”
K2 : “la droite joignant la planète au Soleil balaie des aires égales en des temps égaux”
Kepler fut déçu de découvrir que les orbites planétaires étaient en réalité ellip-
tiques : des cercles auraient été plus beaux et plus simples car dépendant d’un seul
paramètre (le rayon) et non de deux (le demi-grand axe et l’excentricité). Finalement,
Newton (1686) établit une loi universelle pour la gravitation. Une force centrale per-
met d’expliquer la règle K2. Si de plus cette force est inversément proportionnelle au
carré de la distance, elle explique également la règle K1 énoncée ci-dessus. En par-
2
Introduction
ticulier, toutes les orbites s’expriment en termes d’un seul paramètre, la constante
de Newton. Si Kepler avait encore été en vie alors, il aurait sûrement été réconcilié
avec les ellipses !
Newton offre ainsi le premier modèle d’Univers fondé sur des principes mécaniques.
Il reconnaı̂t que le seul exemple donné par la Nature d’un mouvement purement iner-
tiel, se perpétuant éternellement, sans frottement ou autre interférence qui puisse
l’arrêter, est le mouvement orbital des lunes et des planètes. Il confirme ainsi l’hy-
pothèse attribuée [8] à Hooke (1679) selon laquelle le mouvement planétaire (infi-
nitésimal) est la composition d’un mouvement inertiel (1) et d’un mouvement radial
de chute libre (2) :
1
2
3
Introduction
tandis que la composante chute libre (2) détermine le comportement d’une pomme
tombant d’un arbre à partir de l’observation du mouvement de la Lune autour de
la Terre :
1 km L
1,4 mm 4,9 m
1s
Les concepts d’inertie et de chute libre vont occuper une place fondamentale dans
l’élaboration de la théorie d’Einstein de la gravitation !
Selon Newton, une pomme tombe toujours vers le centre de la Terre car la matière
exerce un pouvoir d’attraction sur la matière. Sa théorie fournit donc l’explication
finale au problème des marées océaniques :
L L L
= + T
4
Introduction
Dès 1675, l’astronome danois Roemer enregistre une anomalie dans les temps
d’occultation apparents de Io par Jupiter et en conclut que la lumière doit se pro-
pager à vitesse finie si la période orbitale intrinsèque de ce satellite galiléen est
supposée constante (∼ 42 h.). Cette hypothèse, formulée dans le cadre de la re-
cherche désespérée d’une mesure précise des longitudes [9] à partir du mouvement
horloger des lunes de Jupiter, repose sur la troisième loi de Kepler (1619) :
K3 : “le carré de la période de révolution des planètes est proportionnel au cube du demi-
5
Introduction
les régularités mathématiques. Elle sera également justifiée a posteriori par la loi
universelle de Newton. Le résultat étonnant obtenu par Roemer est très simple à re-
produire : après avoir étalonné cette horloge jovienne, regardez-la à nouveau quelques
mois plus tard, lorsque la distance Terre-Jupiter aura augmenté de quelques dizaines
de millions de kilomètres ; vous noterez alors un retard de quelques minutes. Il fut
néanmoins longtemps ignoré avant d’être apprécié à sa juste valeur par ... Maxwell
à la fin de sa vie (1879) ! En fait, la propagation à vitesse finie de la lumière sera à
l’origine de la remise en question par Einstein de la théorie de Newton selon laquelle
la force gravitationnelle agit instantanément sur de très grandes distances.
Ensuite, Halley étend la théorie au-delà du système planétaire [10]. Sur base
d’observations antérieures (1531, 1607 et 1682), il prédit dès 1705 une nouvelle
apparition de “sa” comète pour Noël 1758. Celle-ci réapparaı̂t en effet approxima-
tivement tous les 76 ans, suivant une même orbite fermée. Son rendez-vous avec la
sonde Giotto en 1986 fut très médiatisé.
Enfin, le calcul précis des perturbations induites par l’ensemble des sept planètes
connues à l’époque permet au mathématicien et astronome français Le Verrier
de prédire l’existence de Neptune. Celui-ci avait en effet minutieusement vérifié
qu’Uranus, première planète découverte par hasard au moyen d’un télescope (Her-
schel, 1781), ne respecte pas exactement les principes de la mécanique céleste. Au
lieu de désavouer la théorie de Newton, Le Verrier émet alors l’hypothèse qu’une
masse sombre, jusque là inconnue, dicte sa conduite excentrique à Uranus. Il calcule
(précédé en celà de peu par le jeune prodige anglais Adams [11]) l’emplacement
de cette inconnue. Il contacte alors personnellement l’astronome allemand Galle de
l’observatoire de Berlin qui observera Neptune à l’endroit indiqué, cinq jours plus
tard, soit le 23 septembre 1846 ! Fort de cette découverte sensationnelle, Le Verrier
récidive en 1859, invoquant l’existence d’une petite planète gravitant entre le Soleil
et Mercure pour expliquer les irrégularités de l’orbite de cette dernière. Il baptise
l’astre sombre Vulcain, prédit son passage devant le Soleil... et se trompe. Vulcain
lui fait faux bond. Et pour cause : il n’existe pas ! Une première fissure apparaı̂t
6
Introduction
q q q q q q
q q q q q q
q q q q q q q q q q q q
q q q q q q
q q q q q q
−→ q q q q q q
q q q q q q q q q q q q
q q q q q q
q q q q q q q q q q q q
alors que dans un système dominé par les des interactions gravitationnelles, l’évolution
se fait de l’homogène vers l’inhomogène
7
Introduction
. . . .
.. . .. .. . ..
q q q q q q
q q q q q q . . . .
q q q q q q
−→
q q q q q q
. . . .
q q q q q q .. . .. .. . ..
. . . .
q q q q q q
q,l
γ,W,Z,gluons,...
q,l
Paradoxalement, la théorie classique de Newton qui fut un premier pas vers une
description unifiée des phénomènes observés ne peut être complètement quantifiée
et résiste donc farouchement aux tentatives d’unification de toutes les forces de
la Nature, gravitation comprise. En particulier, l’approche déductive la plus pro-
metteuse dans cette direction est la théorie des “supercordes” [13]. Sa cohérence
8
Introduction
9
Introduction
10
Introduction
Exercices intégrés
U(r) = kr 2
et
k
U(r) = −
r
garantissent que toutes les trajectoires bornées sont fermées [16, 17].
11
Introduction
Bibliographie
[1] “Reductionism Redux”, S. Weinberg (The New York Review, October 5, 1995).
[4] “Feynman’s last lecture on the motion of the planets around the sun”,
D.L. Goodstein and J.R. Goodstein (Vintage, 1997).
[13] “Superstring theory”, M.B. Green, J.H. Schwarz and E. Witten (Cambridge,
1987).
[14] “Sub-millimiter tests of the gravitational inverse-square law, C.D. Hoyle et al.,
arXiv : hep-ph/0405262 (2004).
12
Introduction
13
1.1 – Périhélie de Mercure
Chapitre 1
1. Périhélie de Mercure
Comme nous l’avons déjà signalé dans l’introduction, la première difficulté
réside dans le désaccord entre les prédictions et les observations faites sur l’orbite
de la planète Mercure. En 1859, Le Verrier montre en effet que la précession du
périhélie de Mercure observée depuis la Terre ne correspond pas exactement à celle
prédite par la théorie de Newton.
En l’absence de planètes autres que Mercure, son orbite intrinsèque autour du
Soleil devrait être une ellipse dont les axes et, par conséquent le périhélie, sont fixes.
Cependant l’astronome doit tenir compte de la précession des équinoxes (la Terre en
rotation oscille également dans l’espace, comme une toupie inclinée dont la période
est légèrement inférieure à 26.000 ans) ainsi que de la présence des autres planètes
(tournant toutes dans le même sens). L’avance séculaire apparente du périhélie de
Mercure devrait donc correspondre à l’accumulation des effets suivants :
360◦
- précession polaire de la Terre + 5025.6” ∼ !
260
- influence de Venus + 277.8”
Terre + 90.0”
Mars + 2.5”
Jupiter + 153.6”
Saturne + 7.3”
Autres + 0.2”
15
1.2 – Principe d’équivalence faible
soit au total 5557.0” d’arc (environ 1.5◦ ). Or l’observation donne une avance de
5599.7” d’arc par siècle. La différence
∆φ ≈ 43”/siècle
est bien sûr minime (Le Verrier avait obtenu un écart de 38”/siècle avec les moyens
de son époque !) : après une révolution de 360 millions de km en 88 jours, la planète
se situe, en moyenne, 29 km plus loin que prévu. Mais devant l’absence d’une matière
sombre susceptible d’expliquer cette différence, les astronomes du 19ème siècle envi-
sagent sérieusement une modification de la gravitation universelle de Newton basée
sur une force inversément proportionnelle au carré de la distance. En 1882, Newcomb
calcule que le comportement anormal de Mercure peut effectivement être reproduit
si cette puissance inverse est égale à 2.0000001574. Cette proposition fut cependant
rapidement rejetée sur base du mouvement du périgée de la Lune. En 1885, New-
comb invoque également un aplatissement aux pôles du Soleil. Cette controverse [5]
sur la non-sphéricité du Soleil fut ravivée par Dicke dans les années 60 avant d’être
définitivement close par des mesures plus précises de son moment quadrupolaire.
F~ = m~a
nous dit que la force totale F~ sur un corps détermine son accélération ~a. Cette
force F~ provient de l’action d’autres objets sur le corps considéré et peut donc être
d’origine gravitationnelle, électrique, moléculaire ... La constante m est la masse du
corps. Elle exprime son inertie, c’est-à-dire sa capacité à résister à une accélération.
Pour une force F~ donnée, plus m est grande et plus ~a sera petite. En général, F~ ne
dépend pas des propriétés intrinsèques du corps sur lequel elle agit. Cependant, dans
le cas particulier de la gravitation, la masse m apparaı̂t également dans l’expression
de la force
~ = −G Mm ~r .
F~gr. = −m∇V
r2 r
16
1.2 – Principe d’équivalence faible
Ceci a pour conséquence que l’accélération d’une particule dans un champ gravita-
tionnel est indépendante de sa masse :
GM ~r
~a = − .
r2 r
En d’autres termes, l’accélération subie par un corps plongé dans un champ gra-
vitationnel dépend uniquement de sa position, et absolument pas de la nature des
éléments qui le composent. Cette réponse universelle de la matière à la gravita-
tion était déjà connue de Galilée en 1638. (L’astronaute David Scott ne s’est-il pas
exclamé “Galilei was right” lorsqu’il laissa tomber une plume et un marteau à la
surface de la Lune lors de la mission Apollo 15 ?).
Si nous distinguons deux sortes de masse au départ, soit une masse inertielle min.
associée à la seconde loi de Newton et une masse gravitationnelle mgr. associée à la
force gravitationnelle, l’expérience apocryphe de Galilée sur la chute libre nous dit
alors que la Nature semble respecter une loi supplémentaire :
min. = mgr. .
Nous pouvons supposer que Newton était déjà familier avec ce principe d’équiva-
lence. Dans ses Principia, il décrit en effet des mesures très précises de la période
d’oscillation T de pendules ayant la même longueur ℓ mais étant lestés de différentes
substances (or, argent, plomb, verre, sable, sel, bois, eau et blé). Or dans le cas de
petites oscillations, nous avons
1/2 s
min. ℓ
T = 2π .
mgr. g
L’égalité énigmatique entre la masse inertielle et la masse gravitationnelle était
encore l’objet d’un concours au début du 20ème siècle. En 1906, l’Académie des
sciences de Göttingen remet en effet le prix Beneke au baron Roland von Eötvös.
Cependant, ce dernier ne reçoit que 3400 des 4500 marks ; il avait bien effectué
l’expérience décisive pour vérifier cette égalité apparente avec une précision de 10−9
mais n’en avait pas fourni l’explication théorique.
Aujourd’hui, cette identité est vérifiée en laboratoire avec une très grande préci-
sion :
min. − mgr.
< 10−13
mgr.
17
1.2 – Principe d’équivalence faible
N ------- m gr. = 0
-
---
---
T
m in. = 0
S
À une latitude θ, l’écart angulaire α du pendule (au repos) par rapport à la direction
du centre de la Terre
2 3
min. ω⊕ r⊕
α= sin θ cos θ
mgr. GM⊕
résulte de la superposition des forces gravitationnelle et inertielle en présence. À la
latitude optimale de 45◦ N, cet écart est de l’ordre de 1/10 de degré et apparemment
identique quelle que soit la composition du corps suspendu.
Pour tester le principe d’équivalence, nous avons besoin de corps en chute libre.
D’où l’idée de placer deux masses différentes, l’une en platine et l’autre en titane,
sur une même orbite autour de la Terre. Le satellite français MICROSCOPE mis sur
une orbite héliosynchrone à 710 km d’altitude en avril 2016 a pour mission de vérifier
ainsi ce principe avec une précision cent fois supérieure à celle de tests effectués en
laboratoire sur Terre, soit 10−15 , au bout de deux années. En décembre 2017, un
résultat intermédiaire confirmait déjà la théorie au niveau de 2 10−14 [3].
La coı̈ncidence entre masse inertielle et masse gravitationnelle est élevée au rang
de postulat, le principe d’équivalence faible, dans la théorie de Newton. Étant donné
la relation entre la masse inertielle et l’énergie au repos découverte par Einstein en
septembre 1905,
E0 = min. c2 ,
nous devons conclure que toute énergie de liaison contribue de manière identique à
la masse inertielle et à la masse gravitationnelle d’un corps compact. Cependant, les
corps utilisés dans les expériences de type Eötvös contiennent seulement une fraction
18
1.3 – Interaction instantanée
soit
3 GM 2
Ωℓ = −
5 R
dans le cas d’une sphère homogène de masse M et rayon R. Pour une sphère de 2
kg et de 10 cm de rayon, nous obtenons en effet le rapport
Ωℓ 3 GM
2
= ≃ 10−26
Mc 5 Rc2
en utilisant la relation utile liant la constante de Newton à la vitesse de la lumière
GM⊙
≃ 1.5 km
c2
avec M⊙ = 2 1030 kg, la masse du Soleil. Par conséquent, les limites expérimentales
actuelles (i.e., 10−13 ) ne peuvent exclure la possibilité que l’énergie de liaison gravi-
tationnelle contribue de manière différente à la masse inertielle et à la masse gravi-
tationnelle d’un corps compact :
mgr. Ωℓ
≡ 1 + η 2.
min. mc
Une version “forte” du principe d’équivalence imposerait la condition η = 0 sur
laquelle nous allons revenir dans le chapitre 3.
3. Interaction instantanée
La théorie de Maxwell qui unifie les phénomènes électriques et magnétiques
est certainement un des triomphes de l’approche réductionniste en physique. Elle
permet en effet une connection entre l’optique et l’électromagnétisme et mènera
à une nouvelle mécanique basée sur la théorie de la Relativité Restreinte (1905).
Pour ce faire Einstein généralise le principe de relativité de Galilée en postulant que
la vitesse c de la lumière est identique dans tout repère inertiel. Il rejette ainsi la
possibilité d’une transmission instantanée de l’information et se heurte dès lors à
19
1.3 – Interaction instantanée
“Il est inconcevable qu’une matière inanimée puisse agir sur d’autres
matières sans la médiation de quelque chose d’immatériel. . .”
et conclut que :
“La gravité doit être causée par un agent agissant constamment, selon
certaines lois. . .”
Nous allons voir qu’il est en principe possible d’inclure la gravitation dans la
théorie de la Relativité Restreinte, au moyen d’un champ analogue à celui associé à
l’électromagnétisme, mais que les problèmes liés à la précession anormale de Mercure
et à l’égalité de min. et mgr. ne peuvent être complètement résolus dans ce cadre
trop restrictif.
L’incohérence mathématique entre l’électromagnétisme de Maxwell et la méca-
nique classique de Newton avait débouché sur la théorie de la Relativité Restreinte.
De même, l’incohérence mathématique entre la mécanique relativiste d’Einstein et
la gravitation de Newton va finalement nous mener à la théorie de la Relativité
Générale dans laquelle le concept quasi mystique de force est définitivement aban-
donné.
20
Chapitre 1
Exercices intégrés
21
Chapitre 1
Bibliographie
[1] “Was Einstein right ?”, C.M. Will (Oxford, 1988).
[2] “A journey into gravity and space-time”, J.A. Wheeler (Scientific American
Library, 1990).
[3] “MICROSCOPE mission : first results of a space test of the equivalence prin-
ciple”, P. Touboul et al., Physical Review Letters 119 (2017) 231101.
22
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
Chapitre 2
p~ = constante
nous dit qu’en l’absence de toute force, une particule est soit au repos soit en mouve-
ment rectiligne uniforme. Le contenu en informations de cette loi est énorme ! D’une
part, elle affirme l’existence physique des droites, et, dès lors, d’une géométrie spa-
tiale euclidienne. Rappelons cependant que cette géométrie qui nous est si familière
repose en fait sur le “postulatum” fondamental suivant [1] : le nombre de parallèles
à une droite donnée que l’on peut mener par un point donné est égal à un. Or ce
nombre est égal à zéro (l’infini) pour une géométrie de Riemann (Lobatchevsky)
. . . D’autre part, cette loi décrit l’action de l’inertie, c’est-à-dire la tendance que
possède la matière à s’opposer à tout changement de vitesse, (à toute accélération).
Nous avons déjà tous expérimenté l’effet de notre inertie lors du freinage brusque
d’un bus ! Les passagers ont tendance à aller vers l’avant, comme attirés par une
force mystérieuse.
L’origine du mouvement inertiel reste cependant inconnue. L’affirmation qu’“un
corps sur lequel n’agit aucune force est soit au repos, soit en mouvement uniforme”,
entraı̂ne inévitablement la question “uniforme par rapport à quoi ?”. La réponse de
Newton est “par rapport à l’espace absolu” qu’il traite comme une toile de fond
immuable sur laquelle tous les mouvements sont observés. En 1872, Mach rejette ce
concept abstrait d’espace absolu. Il fait remarquer que tout mouvement est en réalité
23
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
relatif aux étoiles lointaines fixes et que celles-ci déterminent en fait les propriétés
d’inertie de la matière. En d’autres termes, l’inertie ne serait pas une propriété in-
trinsèque des corps, mais un effet du mouvement par rapport aux étoiles fixes. Ce
principe de Mach [2, 5], sur lequel nous reviendrons, a fortement impressionné Ein-
stein qui tentera dans un premier temps de l’inclure dans sa théorie de la gravitation
avant de le rejeter.
Nous avons déjà énoncé la deuxième loi de Newton
m~a = F~
qui caractérise l’influence de toutes les forces en jeu sur la propagation d’une particule
test de masse (inertielle) m. Cette loi sur l’accélération n’est cependant pas valable
dans tous les repères. Elle ne l’est que dans une classe privilégiée de repères appelés
inertiels. Un repère inertiel est, par définition, sans accélération ni rotation par
rapport à l’espace absolu de Newton. Par conséquent la deuxième loi de Newton
n’est valide que dans un repère tel que la première loi y est vérifiée.
Newton a illustré le caractère absolu du mouvement de rotation à l’aide d’une
expérience de l’esprit qui a fait couler depuis lors beaucoup d’encre :
Soit donc un seau d’eau initialement au repos (I). Lorsque nous le mettons en rota-
tion, l’eau reste dans un premier temps au repos et sa surface est plane (II). Après un
moment, l’eau acquiert un mouvement de rotation et sa surface s’incurve. Lorsque
l’eau tourne aussi rapidement que le seau (III), nous immobilisons ce dernier mais
l’eau continue à tourner tout en conservant une surface concave (IV).
Aux étapes I et III, il n’y a pas de mouvement relatif de l’eau par rapport au
seau. Comme la surface de l’eau est plane en I mais concave en III, nous en concluons
24
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
que la forme de sa surface n’est pas déterminée par sa rotation relativement au seau
mais bien par sa rotation par rapport à l’espace absolu de Newton.
Une première objection sérieuse à la notion d’espace absolu est la suivante. Cet
espace absolu, véritable siège de l’inertie qui s’oppose à toute accélération en absence
de force, agit sur la matière. Par contre la matière ne peut agir sur cet espace
immuable !
Une autre objection à la notion d’espace absolu vient en fait de l’expérience. Nous
avons à notre disposition une séquence d’approximations convergeant rapidement
vers un repère inertiel idéal de Newton : Terre, Soleil, centre galactique, Groupe
Local, superamas local,... bruit de fond cosmique. Le concept d’espace absolu de
Newton semble dès lors étroitement lié à la distribution de matière à grande échelle !
Mach voulait évincer cet espace abstrait au profit d’une interaction directe et
réciproque entre les corps. Selon lui, c’est l’accélération relative à la matière lointaine
de l’Univers qui détermine les propriétés inertielles d’un corps. Il n’est dès lors
pas surprenant que les repères inertiels de Newton sont précisément ceux qui sont
pratiquement au repos par rapport au mouvement moyen des galaxies lointaines ! Il
existe pour cela une expérience très simple pour s’en convaincre. étant debout, fixez
les étoiles lors d’une nuit claire. Elles sont au repos et vos bras libres pendent le
long du corps. Maintenant tournez rapidement sur vous-mêmes. Que se passe-t-il ?
Les étoiles tournent et vos bras s’élèvent :
. . . .
Selon Mach, la simultanéité de ces deux phénomènes ne peut pas être le fruit
d’une simple coı̈ncidence. Il doit être possible de développer une théorie de la gravita-
tion telle que des étoiles en rotation exercent la même force sur vos bras lorsque vous
êtes au repos. Selon Mach, l’étape III de l’expérience du seau d’eau doit également
pouvoir s’expliquer en terme d’une rotation relative de l’eau et du seau par rapport
au reste de l’Univers :
25
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
12h 12h
Selon Newton, ce pendule (Foucault 1851) oscille dans un plan fixe si nous considé-
rons un repère qui n’est pas en rotation par rapport à l’espace absolu. Vu de ce
repère inertiel, c’est bien la Terre qui tourne et non le plan d’oscillation. Par contre,
un observateur situé sur Terre voit le plan d’oscillation tourner lentement. Le temps
nécessaire pour que ce plan tourne de 360◦ est dès lors le temps mis par la Terre
26
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
pour effectuer une rotation de 360◦ par rapport à l’espace absolu. Or nous pouvons
également mesurer le temps nécessaire à la Terre pour tourner de 360◦ par rapport
aux étoiles lointaines. Le fait remarquable est que ces deux temps coı̈ncident dans les
limites actuelles de la précision expérimentale. Autrement dit, les étoiles lointaines
paraissent fixes par rapport à l’espace absolu. Dans la théorie de Newton, ce fait
ne peut être prédit et l’égalité des temps est une coı̈ncidence due au cadre spécial
dans lequel nous vivons. Du point de vue de Mach, ce sont les étoiles lointaines qui
déterminent les repères inertiels et l’égalité des temps s’en suit automatiquement !
La limitation majeure du principe de Mach réside dans le fait qu’il ne suggère
aucunement comment les étoiles lointaines exercent une influence physique sur la
matière qui nous entoure. Une tentative de réponse à cette question légitime fut
proposée par Sciama [5]. Considérons une force F~ agissant sur un corps de masse
m. Selon Newton, ce corps acquiert une accélération constante
F~
~a =
m
relativement à un repère inertiel S. Considérons à présent ce corps du point de vue
d’un repère accéléré l’accompagnant. Dans ce repère non inertiel S ′ , le corps au repos
possède une accélération nulle :
−′
→
a = ~0.
Selon le principe de Mach, il doit être possible d’expliquer cela par l’action de forces.
Comme F~ agit toujours, il doit donc exister une autre force réelle F~ ′ égale mais
opposée à F~ de telle sorte que
→
−
m a′ = ~0 = F~ + F~ ′ .
27
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
x x’
z z’
nous avons x = x′ + 21 At2 . Nous obtenons alors (un point désignant la dérivée par
rapport au temps)
ẍ = ẍ′ + A
mẍ = mẍ′ + mA = Fx .
Par conséquent, pour l’observateur S ′ , cette équation peut se mettre sous la forme
vectorielle standard de Newton
→
−
m a′ = F~ − mA
~
28
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
mais l’intensité de la force ressentie est modifiée. Cette force supplémentaire est
qualifiée d’inertielle car nécessairement proportionnelle à la masse inertielle m !
D’autres forces inertielles bien connues, appelées aussi
forces apparentes
par opposition aux forces réelles prônées par Mach, sont la force centrifuge et la
force de Coriolis. Ces dernières apparaissent dans un repère en rotation par rapport
à l’espace absolu (cfr le seau d’eau de Newton et le pendule de Foucault, respecti-
vement).
Les deux lois de Newton sont à l’origine exprimées sous la forme d’équations vec-
torielles seulement valides dans un repère inertiel cartésien attaché à l’espace absolu.
Si nous passons à un repère local en rotation (surface de la Terre, ...), l’usage de
coordonnées curvilignes s’avère cependant plus approprié. Dans ce cas, la dérivation
des équations du mouvement est facilitée par l’emploi du calcul variationnel qui
possède l’immense avantage de fournir les équations du mouvement quel que soit le
système de coordonnées adopté.
Le principe de moindre action (Maupertuis, 1744)
Z
δ L(q̇, q, t)dt = 0
est en effet appliqué sur une fonction scalaire et donne lieu aux équations d’Euler-
Lagrange suivantes :
d ∂ ∂
− L(q̇, q, t) = 0
dt ∂ q̇ i ∂q i
avec
L(q̇, q, t) = T − U.
et d’énergie potentielle
U = U(q, t)
mq̈ ℓ + mΓℓjk q̇ j q̇ k = Qℓ
avec
∂U
Qℓ ≡ −g ℓi
∂q i
les composantes de la force généralisée. Les symboles de Christoffel
1
Γℓjk ≡ g iℓ (gik,j + gji,k − gjk,i )
2
ℓ
Fapp. = −mΓℓjk q̇ j q̇ k
r
y
θ
30
2.1 – Bref rappel des lois de la mécanique de Newton
ds2 = dx2 + dy 2
= dr 2 + r 2 dθ2
s’écrit simplement
1 0
gij =
2
0 r
et l’observateur ressent une force apparente radiale
r
Fapp = −mΓrθθ θ̇θ̇ = +mrw 2
F~1→2 = −F~2→1
manifestement respectée par la force de gravitation qui induit une interaction instan-
tanée. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que cette loi sur l’action et la réaction
est également exprimée dans un repère inertiel et requiert toujours la présence de
deux corps (1 et 2) agissant l’un sur l’autre.
1 2
F21 F12
La Terre produit des marées sur la Lune. Ces marées ont progressivement synchronisé
le mouvement de rotation propre et le mouvement orbital de la Lune qui nous
31
2.2 – Généralisation à la mécanique d’Einstein
présente aujourd’hui toujours la même face. (C’est également le cas pour les grands
satellites du système solaire alors que Mercure est l’exception qui confirme la règle :
elle tourne en effet sur elle-même trois fois tous les deux tours autour du Soleil de
telle sorte qu’un périhélie sur deux, la même face est dirigée vers l’astre du jour). De
même, nous avons vu que la Lune est responsable des marées sur Terre. Dans les mers
étroites comme la Méditerranée, le frottement de l’eau qui se déplace en fonction
de la position de la Lune freine la rotation de la Terre d’environ un millième de
seconde par siècle. Ainsi, la vitesse de rotation de la Terre a déjà beaucoup diminué
depuis sa formation. Il y a 400 millions d’années, un jour durait moins de 22 heures.
Aujourd’hui, la Terre tourne sur elle-même en 24 heures, la Lune en vingt-neuf jours.
Lentement mais sûrement, la Terre ralentit alors que la Lune accélère. Nous allons
donc vers une situation dans laquelle la période de rotation de la Terre sera égale à
celle de la Lune. . .
D’autre part, pour un enfant sagement assis sur le cheval de bois d’un carrousel,
la troisième loi de Newton n’est pas respectée. En effet, il doit fournir un effort
(réaction) pour compenser la tendance à s’incliner vers l’extérieur (action). Les forces
centripède et centrifuge agissant simultanément sur son seul corps, il en déduira qu’il
est dans un repère non inertiel.
b) La vitesse de la lumière dans le vide est identique dans tout repère inertiel.
32
2.2 – Généralisation à la mécanique d’Einstein
′
ct 1 v/c ct ch ϕ sh ϕ ct
= γ ≡
′
x v/c 1 x sh ϕ ch ϕ x
avec
γ = (1 − v 2 /c2 )−1/2
dans la limite non-relativiste v/c << 1 de telle sorte que nous recouvrons le principe
de relativité associé à la mécanique de Newton. D’autre part, la règle d’addition des
vitesses v1 + v2
v12 =
1 + v1c2v2
découle immédiatement de la loi de composition de deux transformations de Lorentz
selon le même axe x
ch ϕ1 sh ϕ1 ch ϕ2 sh ϕ2 ch (ϕ1 + ϕ2 ) sh (ϕ1 + ϕ2 )
=
sh ϕ1 ch ϕ1 sh ϕ2 ch ϕ2 sh (ϕ1 + ϕ2 ) ch (ϕ1 + ϕ2 )
car
v = c thϕ.
Cette règle implique qu’aucune information ne peut se propager à une vitesse supé-
rieure à celle de la lumière (v12 = c même si v2 = c !) dans un repère inertiel. Le
second principe est cependant redondant si l’on inclut les phénomènes électromagné-
tiques dans le premier principe [7]. De fait, les transformations de Lorentz ne modi-
fient pas les équations de Maxwell :
33
2.2 – Généralisation à la mécanique d’Einstein
~ ~
~ ×E
∇ ~ + 1 ∂B = 0 ~ − 1 ∂A
~ = −∇φ
E
c ∂t ou c ∂t
~ ~
∇·B = 0 ~ ~
B = ∇×A ~
~ ·E
∇ ~ = ρ
~
~ − 1 ∂ E = 1~j
~ ×B
∇
c ∂t c
exprimées ici dans les unités de Lorentz-Heaviside telles que la constante de structure
fine est donnée par
e2 1
α= ≈ .
4π~c 137
Les deux principes de la Relativité Restreinte requièrent un espace-temps de
Minkowski (1908) doté d’une métrique pseudo-euclidienne constante
1 0 0 0
0 −1 0 0
ηµν =
0 0 −1 0
0 0 0 −1
Pour décrire la physique dans cet espace-temps, quatre coordonnées sont à présent
nécessaires :
ct
xµ = , (µ = 0, 1, 2, 3).
~x
Les composantes dxµ d’un déplacement infinitésimal forment donc un 4-vecteur de
longueur
ds = (ηµν dxµ dxν )1/2 = (c2 dt2 − d~x.d~x)1/2
≡ cdτ
avec
dτ = γ −1 dt
v 2 1/2
= 1− 2 dt
c
34
2.2 – Généralisation à la mécanique d’Einstein
b
a
a b
c x
c
c
ηµν pµ pν = m2 c2
est également un invariant relativiste qui définit la masse propre de toute particule
test. Cette masse inertielle invariante peut éventuellement s’exprimer en terme de
l’énergie si nous nous plaçons dans le repère au repos de la particule :
E0
m= .
c2
En effet, m est un 4-scalaire alors que l’énergie est manifestement la composante
temporelle d’un 4-vecteur de l’espace-temps
E/c
pµ = ,
p~
35
2.2 – Généralisation à la mécanique d’Einstein
avec E = γmc2 . Il n’y a donc pas équivalence entre masse et énergie [8] : l’exis-
tence du photon prouve en effet que vous pouvez avoir de l’énergie (E = hν) sans
masse (E = |~p |c). En particulier l’invariance sous transformations de Lorentz d’un
troisième produit scalaire formé à partir de pµ et dxν , soit ηµν pµ dxν , entraı̂ne la
relation E ′ (cdt′ − dx′ ) = E(cdt − dx), soit l’effet Doppler relativiste
1/2
′ 1 + v/c
ν /ν = ≃ 1 + v/c
1 − v/c
pour une onde électromagnétique se propageant selon l’axe x. Nous verrons que
ce dernier point s’avèrera important pour la formulation d’Einstein du principe
d’équivalence.
De nouveau par analogie avec la deuxième loi de Newton, considérons une généra-
lisation relativiste naı̈ve d’une force dérivant d’un potentiel 4-scalaire
d2 xµ
Fµ = m 2
= k∂ µ V.
dτ
Cependant celle-ci mène directement à une contradiction [9] : la relation d’orthogo-
nalité (au sens de Minkowski)
d2 xµ dxν 1 d µ
ηµν 2
= (p pµ ) = 0
dτ dτ 2m2 dτ
contraint ce potentiel à être constant tout au long de la trajectoire (ou “ligne d’Uni-
vers”) de la particule :
dxµ dV
0 = ∂µV ≡c .
dτ ds
Si tel était le cas, la force gravitationnelle sur toute particule serait nulle. La méthode
la plus directe pour résoudre ce problème est d’appliquer à nouveau un principe
variationnel et dériver ainsi les équations du mouvement correctes.
La Relativité Restreinte n’admet pas l’existence de corps solides absolus. En effet,
toute cause extérieure agissant sur un point du corps ne peut se propager qu’à vitesse
finie et va, par conséquent, déformer ce dernier. Par conséquent, considérons d’abord
l’action associée à une particule ponctuelle de masse m se propageant librement dans
l’espace-temps de Minkowski :
Z
Slibre = − mc2 dτ
36
2.2 – Généralisation à la mécanique d’Einstein
Cette action possède les bonnes unités [~] = [p][x] et est manifestement invariante
sous les transformations de Lorentz. De plus, elle se réduit à l’action classique dans
la limite non-relativiste (v << c) :
−mc2 dτ = −mc2 γ −1 dt
mv 2 v 2
2
= −mc + + O 2 dt
2 c
car l’énergie (cinétique) est définie à une constante près.
L’équation du mouvement d’une particule libre découle par conséquent du prin-
cipe de moindre action “généralisé” suivant :
Z
δ (−mc)ds = 0.
C’est ainsi que les trajectoires libres qui en résulteront correspondent précisément
aux géodésiques de l’espace-temps de Minkowski, c’est-à-dire aux chemins dont la
“longueur” est stationnaire par rapport à de petites variations. En mécanique clas-
sique, toute perturbation autour de la trajectoire rectiligne augmente la longueur
totale. En mécanique d’Einstein, les particules libres se propageant selon des che-
mins (appelés aussi “lignes d’Univers”) maximisent leur temps propre. Le principe
d’action “généralisé” est donc en quelque sorte un principe de survie.
L’élément de longueur cdτ = ds n’étant pas une différentielle exacte, nous intro-
duisons une variable λ et nous appliquons le principe variationnel
dxµ dxν 1/2
Z Z
δ (−mc)(ηµν ) dλ ≡ δ L(x′ , λ)dλ = 0
dλ dλ
par rapport à cette variable. Les équations d’Euler-Lagrange résultantes
x′ µ x′′ µ (d2 s/dλ2) ′ µ
d
−mc = −mc − x =0
dλ (ds/dλ) (ds/dλ) (ds/dλ)2
se réduisent à
d2 xµ
m 2 =0
dτ
si λ est le paramètre affine de la trajectoire q(λ) recherchée, soit dλ = ds (artifice
de Jacobi). Notons que les équations géodésiques sont également satisfaites pour
le paramètre affine λ′ = aλ + b. Au niveau classique, cette transformation affine
peut être vue comme une redéfinition de l’unité de temps. En effet, dans la limite
37
2.2 – Généralisation à la mécanique d’Einstein
Elle se réduit effectivement à son expression classique si A◦ (r) est identifié au poten-
tiel statique de Coulomb. En appliquant de nouveau le principe de moindre action
“généralisé”
q ′ µo
Z n
′ µ ′ 1/2
δ −mc(x xµ ) − xµ A dλ = 0
c
à l’aide de l’artifice de Jacobi (dλ = cdτ ), nous obtenons aisément les équations
covariantes du mouvement
d n ′µ q µo q ′ µ ν
−mcx − A + xν ∂ A = 0,
dλ c c
soit
d2 xµ q dxν µ ν
m 2
= (∂ A − ∂ ν Aµ )
dτ c dτ
ou encore
d µ q dxν µν
Fµ = p ≡ F
dτ c dτ
avec
0 −Ex −Ey −Ez
Ex 0 −Bz By
F µν = ~ B).
≡ (E, ~
Ey Bz 0 −Bx
Ez −By Bx 0
38
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
q2 dxµ dxν d3 xν
µ µν
Fray. = η −
6πc3 cdτ cdτ dτ 3
cet affranchissement est également automatique car
dW q2
0
cFray. = = ~v · ~a˙ = ~v · F~ray. .
dt 6πc3
39
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
V d2 xµ dxµ dxν
µν
min. + mgr. 2 = mgr. η − ∂ν V
c dτ 2 cdτ cdτ
min.~a ∼ ~ − mgr. V ~a
= −mgr. ∇V
c2
car le premier terme du membre de droite s’annule lorsque l’on intègre sur une
distribution de masse homogène. Mais, se réduisant bien à l’expression de la force
de Newton
~
min.~a = −mgr. ∇V
dans la limite classique (c → ∞), elles nous permettent avant tout de réanalyser le
mouvement de Mercure autour du Soleil d’un point de vue relativiste.
Il est commode de travailler avec le système de coordonnées (x = r cos ϕ, y =
r sin ϕ) centré sur le Soleil :
r ϕ
aphélie périhélie
a ae M
40
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
Dans ce cas, le champ gravitationnel scalaire V (t, ~x) est naturellement identifié au
potentiel statique V (r) de Newton et le périhélie initial est fixé en ϕ = 0. Si nous sup-
posons pour l’instant que min. = mgr. (= 1), la résolution relativiste du problème de
Kepler se ramène alors à une variation de l’action par rapport à la seule coordonnée
temporelle Z
δ −(c2 + V )γ −1 dt = 0
La fonction de Lagrange
L = −(c2 + V )γ −1
avec r ′ la dérivée de r par rapport à ϕ. Si nous posons u ≡ 1/r, dérivons par rapport
à ϕ et divisons par le facteur (−2J 2 c2 u′ ), nous obtenons l’équation recherchée :
G2 M 2
′′ GM 1
u + 1+ 2 2 u= 2 u= .
J c J r
Dans la limite non relativiste (c → ∞) nous retrouvons bien l’équation classique de
la trajectoire périodique d’une planète.
L’équation relativiste de la trajectoire étant linéaire, la solution générale sera la
somme u0 + δ de la solution générale de l’équation homogène :
" 1/2 #
G2 M 2
u0 = A cos 1 + 2 2 ϕ
J c
r+s=ℓ
avec
~s = d~ + ~r.
42
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
Les coordonnées polaires r et ϕ ayant été choisies de telle sorte que le périhélie est
situé initialement en ϕ = 0,
A>0
et la théorie relativiste considérée prédit que le point d’aphélie sera atteint non pas
en ϕa = π mais en ϕa < π. La première loi de Kepler n’est donc plus valide car la
trajectoire prédite est ouverte et le périhélie initial situé en ϕ = 0 est atteint avec
un retard de
G2 M 2
(∆ϕp )scalaire = − × 2π radians/année planétaire
2J 2 c2
aphélie
S
périhélie
- excentricité : e = 0.2056
43
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
1 r π
0
(∆ϕp )scalaire = −
(1 − e2 ) a 2
par année planétaire. Après un siècle (36524 jours), le retard accumulé prédit par la
théorie est par conséquent de
S
périhélie
aphélie
La théorie relativiste minimale basée sur un champ gravitationnel scalaire est donc
mathématiquement cohérente mais prédit un effet de précession de mauvais signe et
six fois trop petit ! (Notons qu’une extension tensorielle donne un facteur +1/2
au lieu de −1/6, par rapport à l’observation ...).
Comme nous l’avions annoncé à la fin du premier chapitre, les problèmes liés à
la précession de Mercure et à l’égalité de min. et mgr. ne peuvent être résolus dans
le cadre présent de la Relativité Restreinte. Notre tentative minimaliste montre
cependant que la mécanique d’Einstein seule prédit déjà des trajectoires ouvertes
proches de la réalité pour les planètes. Cette théorie relativiste de la gravitation
basée sur un champ scalaire constitue dès lors un laboratoire idéal auquel nous nous
référerons régulièrement. En particulier, elle nous indique dès à présent la direction à
suivre pour assurer une égalité des masses inertielle (min. ) et gravitationnelle (mgr. ).
Dans cette théorie relativiste de la gravitation, la précession de Mercure est d’ori-
gine purement cinématique. Elle correspond simplement à la précession de Thomas
44
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
à l’origine de l’addition non-linéaire des vitesses (th ξ ≡ v/c), autant deux “boosts”
successifs selon les axes x et y respectivement donnent
0 ξ1 ξ2
2 2
Λy (ξ2 )Λx (ξ1 ) = 1 + ξ1 0 0 + O(ξ1 , ξ2 )
ξ2 ξ2 ξ1 0
ξ1 ξ2
≈ Λ(ξ1, ξ2 )Rz −
2
1 vx
y
z a ∆t
∆θ = − + O(1/c4 )
2 c c
en parfait accord avec l’expression de ΩzT ∆t. Pour le problème de Kepler considéré,
notre système de coordonnées (x = r cos ϕ , y = r sin ϕ) implique donc bien que
scalaire ∼ 1 r ϕ̇ GM
(∆ϕp ) =− − − 2 ∆t
2 c cr
r ∆ϕ
0
=−
a 4
dans la limite e = 0.
45
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
′′ ρ ′ ′
x + Γρµν x µ x ν = 0.
xµ (0) ≡ X µ
xµ (1) ≡ Y µ .
46
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
′
x µ (λ) = xµ (λ) + εµ (λ)
avec
εµ (0) = εµ (1) = 0
avec
Le principe de moindre action demande que δℓ s’annule pour tout choix de εα (λ).
Ceci n’est possible que si la dernière expression entre parenthèses s’annule identi-
quement.
47
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
48
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
Cette observation est, comme nous allons le voir, à la base même du principe
(local) d’équivalence pleinement exploité par Einstein qui renie ainsi le principe
(total) de Mach [4].
49
2.3 – Une théorie relativiste de la gravitation
Exercices intégrés
2.6. Calcul de la précession de Thomas pour une planète en orbite autour du Soleil.
50
Chapitre 2
Bibliographie
[1] “La Science et l’Hypothèse”, H. Poincaré (Flammarion, 1923).
[3] “Mach’s principle, from Newton’s bucket to quantum gravity”, J. Barbour and
H. Pfister (Birkhaüser, 1995).
[4] “Total relativity : Mach 2004”, F. Wilczek (Physics Today, April 2004).
[5] “The physical foundations of General Relativity”, D.W. Sciama (Anchor, 1969).
[8] “The problem of mass : from Galilei to Higgs”, L.B. Okun (Erice, 1991).
51
3.1 – Repère inertiel local
Chapitre 3
GM ~x d2~x
− =
r2 r dt2
est indépendante de la masse m. Par conséquent, nous ne pouvons pas distinguer
un repère au repos plongé dans un champ gravifique d’un repère inertiel accéléré :
mgr
m
in
“gravitation” “inertie”
“J’étais assis à mon bureau (à l’office des brevets de Berne) quand, sou-
dain, une pensée me traversa l’esprit : une personne en chute libre ne
sent pas son poids. J’étais abasourdi. Cette simple idée m’impressionna
vivement. Elle me mena à une théorie de la gravitation.”
Cette idée heureuse d’une force gravitationnelle apparente, idée déjà fortement
suggérée dans le cadre d’une théorie relativiste (trop) simple, prend ici tout son
sens. Il est de fait toujours possible “d’effacer” localement tout champ gravitation-
nel extérieur en utilisant un repère inertiel local en chute libre :
54
3.1 – Repère inertiel local
Après avoir établi une relation magique entre l’inertie et l’énergie (au repos) dans le
cadre de la Relativité Restreinte (1905), Einstein introduit ainsi ce qu’il appellera en
1911 “l’hypothèse de l’équivalence physique complète” entre l’inertie et le poids [1].
Considérons par exemple la chute libre d’un corps massif (une pomme) sous l’effet
de la gravitation terrestre :
S au repos
S’ en chute libre
TERRE
Pour un observateur au repos dans le repère fixe S associé à l’arbre, la 2ème loi de
Newton implique simplement la relation
d2 x
= −g
dt2
55
3.1 – Repère inertiel local
avec
∂V GM
g≡ = 2 .
∂x x
Par contre, la pomme au repos dans le repère en chute libre S ′ ne ressent pas l’effet
de la gravitation :
d2 x′
= 0.
dt2
Le changement de la coordonnée spatiale x non-linéaire dans le temps
1
x′ = x + gt2
2
nous a donc permis de définir un repère localement inertiel dans lequel les lois de la
mécanique de Newton (et d’Einstein) restent parfaitement valides.
À chaque point de l’espace-temps dans un champ gravitationnel quelconque, il
est ainsi possible de choisir un système de coordonnées local tel que les lois de la
nature prennent la même forme que dans un système de coordonnées non-accéléré.
Nous devons cependant insister sur le caractère local de ce repère inertiel. Pour
illustration, le champ gravitationnel produit par la Terre n’est pas homogène et
induit par conséquent des forces latérales de marée. Dans le cas de la chute libre de
deux pommes, nous aurions :
Ces forces de marée qui font qu’une craie en position verticale tombera toujours plus
rapidement qu’une craie en position horizontale sont manifestement indépendantes
de la composition chimique des corps. Nous verrons qu’elles sont intimement liées à
la structure géométrique intrinsèque de l’espace-temps.
56
3.2 – Principe de covariance générale
57
3.2 – Principe de covariance générale
la même forme. On dira alors que ces équations sont covariantes par rapport à
une transformation de symétrie (Ex. : transformation de jauge Aµ → Aµ +∂ µ Λ
sur les équations de Maxwell).
Les lois de la mécanique d’Einstein, exprimées dans un repère inertiel, sont mani-
festement covariantes par rapport aux transformations linéaires de Lorentz. Si nous
imposons à présent l’équivalence de tous les observateurs (expérimentateur ou théo-
ricien, arbre ou pomme,...) pour la description des lois de la physique, alors celles-ci
doivent être covariantes par rapport aux transformations générales de coordonnées.
En pratique, la construction d’équations covariantes se réalise aisément au moyen
de tenseurs qui sont des quantités locales dont les composantes se transforment très
simplement sous un changement de coordonnées. Considérons en effet un change-
ment de coordonnées (rotation, dilatation, ...)
′
xi → x i (x)
∂x′i ∂x′i
′i j
dx = dx ; det 6= 0
∂xj P ∂xj
et
∂xj ∂xj
∂f ∂f
= ; det 6= 0.
∂x′i ∂x′i P ∂xj ∂x′i
Par définition, on appelle contravariantes, les composantes Ai d’un vecteur se trans-
formant, lors de ce changement de coordonnées local, comme les différentielles de
celles-ci
∂x′i
A′i (x′P ) = Aj (xP )
∂xj P
58
3.2 – Principe de covariance générale
Notons que nous avons défini ci-dessus un vecteur comme une objet mathématique
donc les composantes se transforment d’une certaine manière sous un changement
de coordonnées. Nous aurions tout aussi bien pu définir ce vecteur comme une
représentation mathématique d’une entité physique (telle que la force) caractérisée
par une grandeur et une direction. Cette définition est également correcte, mais son
utilité dépend du problème que nous essayons de résoudre [4].
Il se fait qu’une distinction globale entre vecteur contravariant et vecteur co-
variant est déjà présente en mécanique classique si l’espace euclidien est muni d’un
repère {~ei } non-orthogonal. Dans ce cas, nous avons en effet deux manières de définir
les composantes d’un même vecteur quelconque ~a : ->
e2
a2
1) ai = ~a.~ei
2 ->
2) ~a = aj ~ej a a
avec ->
e1
j a1 a1
ai = gij a
car ~ei .~ej ≡ gij 6= δij . Associées à la base duale {~e i } définie par ~e i · ~ej = δji , les
composantes dites covariantes ai acquièrent le même statut que aj car
~a = ai~e i .
59
3.2 – Principe de covariance générale
xµ = (ct, x, y, z)
xµ = (ct, −x, −y, −z)
la métrique ηµν 6= δµν étant de nouveau l’instrument utilisé pour monter ou descendre
les indices de Lorentz
xµ = ηµν xν .
Toute quantité invariante s’obtient dès lors par simple “contraction” des indices.
Pour illustration, nous avons |~a|2 = gij ai aj = ai ai dans l’espace euclidien et c2 dτ 2 =
ηµν dxµ dxν = dxµ dxµ dans l’espace-temps pseudo-euclidien. De même, la dérivée par
rapport aux coordonnées contravariantes xµ doit être représentée par un 4-vecteur
covariant
∂ 1∂ ~
∂µ ≡ µ = ,∇
∂x c ∂t
∂ ∂xα ∂
car = . Par contre,
∂x′µ ∂x′µ ∂xα
µ ∂ 1∂ ~
∂ ≡ = , −∇
∂xµ c ∂t
se transforme comme un 4-vecteur contravariant de telle sorte que ∂µ ∂ µ ≡ ✷ soit un
invariant relativiste.
La généralisation à un tenseur d’ordre quelconque est alors directe. Caractérisé
par de multiples directions, celui-ci sera un objet évalué au point P et se transfor-
mant comme le produit d’un nombre fini de vecteurs contravariants et covariants.
Cette définition étant valable en tout point P , nous ne spécifierons plus les coor-
données du point en question. À l’ordre deux, nous avons en particulier [4] le moment
60
3.2 – Principe de covariance générale
~ = I~~ ~ω .
L
∂x′i ∂x′j
A′ij (x′ ) = |P Akℓ (x) (contravariant)
∂xk ∂xℓ
∂x′i ∂xℓ
A′ij (x′ ) = k ′j
|P Akℓ (x) (mixte)
∂x ∂x
∂xk ∂xℓ
A′ij (x′ ) = |P Akℓ (x) (covariant)
∂x′i ∂x′j
Par conséquent, de nouveaux tenseurs peuvent être formés :
Nous constatons donc que tout tenseur satisfait, par définition, une loi de transfor-
mation linéaire par rapport au changement de coordonnées (a priori non-linéaire)
considéré. Toute équation tensorielle décrivant une loi physique aura dès lors la
même forme pour tous les observateurs reliés par ce difféomorphisme :
Aαβ... ′αβ... ′
µν... (x) = 0 ⇐⇒ Aµν... (x ) = 0.
61
3.2 – Principe de covariance générale
∂xµ ∂xν
ds2 = gµν dxµ dxν = gµν |P dx′α dx′β
∂x′α ∂x′β
′
= gαβ dx′α dx′β
implique que la métrique est toujours un tenseur covariant d’ordre deux car
′ ∂xµ ∂xν
gαβ (x′ ) = ′α ′β |P gµν (x).
∂x ∂x
Considérons une métrique réelle symétrique et exigeons, en accord avec le prin-
cipe d’équivalence d’Einstein, que la mécanique relativiste reste valable locale-
ment. Dans ce cas, il doit toujours exister un changement de coordonnées dx′µ =
aµν dxν tel que la métrique diagonalisée soit précisément celle de Minkowski en un
point particulier P0 de l’espace-temps, de coordonnées xP0 = x′P0 = 0
Notons qu’il est toujours possible de diagonaliser une matrice réelle symétrique à
l’aide d’une transformation orthogonale (x′i = Oji xj ) et de réduire ensuite ses valeurs
propres aux éléments diagonaux ±1 ou 0 à l’aide de dilatations (x′i = λi xi ). Dans
le cas de la métrique définie en un point de l’espace-temps, chaque combinaison
possible de ces éléments définit un Univers distinct, à explorer d’un point de vue
mathématique. Par conséquent, l’hypothèse physique de la validité locale de la Rela-
tivité Restreinte, appelée aussi “principe de correspondance” (voir Perspectives),
revient à supposer que la métrique gµν n’est pas singulière et que la seule combinaison
permise est précisément (+1, −1, −1, −1). Tout autre choix de signature mènerait à
un Univers imaginaire... Nous aurons ainsi
62
3.2 – Principe de covariance générale
g µν dgµν = g −1 dg
et par conséquent,
1 √
Γλλρ = g µν gµν,ρ = (ln −g),ρ .
2
Soulignons que cette hypothèse locale implique en général une modification de
la métrique au voisinage de xP0 = 0 :
Γλµν (0) 6= 0.
Dans l’exemple classique de la chute libre d’une pomme, nous avons vu que la
force gravifique peut être modifiée et même éliminée par un changement de coor-
données au point P (pour pomme !). Il est donc une fois encore naturel d’identifier
la force gravifique à une force apparente représentée par les symboles de Christof-
fel. Voyons dès lors comment se transforment ces symboles sous un changement de
coordonnées quelconque.
Nous constatons tout d’abord que la dérivée de la métrique n’est pas un tenseur.
En effet, la loi de transformation de ses composantes
a
∂x ∂xb
′ ∂
gαβ,γ = gab
∂x′γ ∂x′α ∂x′β
∂xc ∂xa ∂xb
= gab,c
∂x′γ ∂x′α ∂x′β
∂ 2 xa ∂xb ∂xa ∂ 2 xb
+ + gab
∂x′γ ∂x′α ∂x′β ∂x′α ∂x′γ ∂x′β
est manifestement non linéaire si le changement de coordonnées considéré est général.
63
3.2 – Principe de covariance générale
gµν ≡ ηµν .
Par conséquent, dans ce repère inertiel les symboles de Christoffel sont identiquement
nuls en tout point :
Γ ≡ 0.
x′µ = Λµ α xα + xµ0
′
ηαβ = Λαµ Λβ ν ηµν = ηαβ ; Λαµ ≡ (Λ−1)µ α .
64
3.2 – Principe de covariance générale
∂µ ∗ F µν = 0 ou F µν = ∂ µ Aν − ∂ ν Aµ
1 ν
∂µ F µν = j ; j ν = (cρ, ~ )
c
avec F µν ~ B)
≡ (E, ~ le tenseur champ électromagnétique contravariant, Fαβ ≡ (−E,
~ B)
~
le tenseur champ électromagnétique covariant obtenu à l’aide du tenseur métrique
de Minkowski
Fαβ = ηαµ ηβν F µν (η00 = +1)
~ −E),
et ∗ F µν ≡ (B, ~ son dual obtenu à l’aide du tenseur antisymétrique de Levi-
Civita
∗ 1
F µν = εµναβ Fαβ (ε0123 = +1).
2
Exprimées en terme des vecteurs E~ et B
~ dans le chapitre 2, celles-ci n’étaient pas
manifestement covariantes car un champ électrique produit par une charge statique
(de densité ρ) est perçu, dans un repère en mouvement rectiligne uniforme, comme
un champ magnétique induit par un courant (de densité ~ ). Rappelons que cette
relativité classique (Galilée, 1632)!doit être étendue en raison de la présence d’un
~
1 ∂E
“courant de déplacement” . Introduit à la main par Maxwell (1864) pour
c ∂t
restaurer l’équation de continuité
∂ν j ν = 0
Cependant nous constatons que nous pouvons simultanément annuler tous les sym-
boles de Christoffel (et par conséquent toute force apparente) en ce même point
P0 :
65
3.2 – Principe de covariance générale
Γ(xP0 = 0) 6= 0 → Γ′ (x′P0 = 0) = 0
Non-linéaire
′ ∂xm ∂xn
gµν (x′P0 = 0) ≡ gmn (xP0 = 0) = ηµν .
∂x′µ ∂x′ν
Cette propriété remarquable est l’expression mathématique du principe d’équivalen-
ce local d’Einstein qui nous autorise à définir un repère inertiel doté d’une métrique
de Minkowski en un point quelconque de l’espace-temps. Or tout physicien, qu’il
soit localement inertiel ou non, doit être capable de découvrir les lois de la Nature.
Dans la démarche d’Einstein, le principe d’équivalence est donc une généralisation
du principe de relativité aux mouvements accélérés :
Par conséquent, toutes les lois physiques doivent pouvoir s’exprimer à l’aide d’équa-
tions tensorielles covariantes par rapport aux changements de coordonnées quel-
conques. En particulier, les équations de Maxwell pour l’électromagnétisme doivent
être généralisées (voir chapitre 4) car la présence de dérivées partielles impliquent
que F µν et j ν ne peuvent plus être tous deux des tenseurs.
En fait Fermi (1922) a démontré qu’il était toujours possible d’annuler simul-
tanément tous les symboles de Christoffel le long d’une géodésique G :
gµν |G = ηµν
Γλµν |G = 0.
66
3.3 – Force gravitationnelle apparente
t = t′
1
x = x′ − gt′2
2
g(xP0 = 0)
Γx00 (xP0 = 0) = .
c2
Ceci étant valable quelle que soit la position P0 de la pomme, nous en déduisons que
1 ∂V
Γx00 = .
c2 ∂x
2V (x)
ǫ00 (x) ≈ + constante
c2
g00 (xP0 = 0) = 1
67
3.3 – Force gravitationnelle apparente
d’intégration est nulle. Sur base de la chute radiale d’un objet placé dans un potentiel
gravitationnel défini de manière conventionnelle par
GM
V =−
r
nous concluons alors que la métrique stationnaire s’écrit sous la forme
2V (r)
g00 (r) ≃ 1 +
c2
gij (r) = −δij + O(1/c2 )
1 ∂V
Γi00 ∼
= 2 δ ij j
c ∂x
68
3.3 – Force gravitationnelle apparente
temps
espace
V
si le rapport (sans dimensions) apparaissant dans la métrique gµν est tel que
c2
V GM
≪ 1 V =− .
c2 r
Le fait que
GM⊙
∼ 1.5 km ∼ 10−8 rSoleil−T erre
c2
indique que ceci est bien le cas à l’intérieur de notre système solaire ! Les échelles
ne sont manifestement pas respectées dans la figure ci-dessus. La trajectoire de
la Terre est en réalité pratiquement rectiligne dans l’espace-temps. Le mythe d’un
temps cyclique, inspiré par le spectacle des révolutions célestes, cède définitivement
sa place au temps orienté, unique, respectant la causalité.
En présence de la gravitation, nous avons vu que la métrique ne peut plus être
réduite à celle de Minkowski. Par conséquent l’élément de longueur associé à l’espace-
temps s’écrit de manière générale
d2 q ρ µ
ρ dq dq
ν
m 2 + mΓµν =0
dτ dτ dτ
69
3.4 – Principe d’équivalence fort
déjà dérivées à la fin du chapitre 2 dans le cadre d’une théorie scalaire. Ces équations
définissent donc la trajectoire d’une particule de masse m se propageant dans un
champ gravitationnel quelconque. Par conséquent, dans la limite non-relativiste la
seconde loi de Newton s’écrit
d2 q i
m + mΓioo c2 ≈ 0.
dt2
Le principe d’équivalence seul détermine précisément les symboles de Christoffel qui
survivent à cette limite classique de telle sorte que la force gravitationnelle
F~ = −m∇V
~
Reformulé dans le cadre de la relativité restreinte, il demande donc que toutes les
lois mécaniques de la physique testées dans un laboratoire (suffisamment petit pour
éviter les effets de marée) en chute libre soient identiques à celles effectuées en
l’absence de gravitation. Sa généralisation à toutes les lois de la physique relativiste
donne ensuite lieu au principe d’équivalence d’Einstein qui affirme que
70
3.4 – Principe d’équivalence fort
Des mesures très précises d’accélérations en chute libre semblent dès lors autant de
tests de validité pour le principe d’équivalence d’Einstein.
Analysons cette conjecture de Schiff (1960) en partant du fait que toute par-
ticule libre de masse M0 se meut selon une géodésique de l’espace-temps. Étendue
à un corps compact de masse M(x), cette version faible du principe d’équivalence
implique la variation Z
δ −Mcds = 0.
La substitution 2
M0
gµν → gµν
M
au niveau des symboles de Christoffel donne alors les équations du mouvement mo-
difiées
d2 q ρ µ ν
1 dq ρ dq ν ∂M
ρ dq dq 2 ρν
M 2 + M Γµν =c g − 2 .
dτ dτ dτ c dτ dτ ∂q ν
Dans la limite non-relativiste, ces équations se réduisent à
1 ~
~a − ~g ≃ −c2 ∇M.
M
vaut
3 e2
Ωℓ = − Z(Z − 1) ∼ −10−3 Mc2 .
5 4πR
71
3.4 – Principe d’équivalence fort
Par conséquent, la limite expérimentale sur l’accélération relative de chute libre dans
le champ terrestre des noyaux de titanium (A=48, Z=22) et de béryllium (A=9,
Z=4) :
Ti Be
aTi − aBe c2
Ωℓ Ωℓ 1 dα
= −
g g Mc2 Mc2 α dz
= (0.3 ± 1.8)10−13
confirme
par2 la même
occasion le caractère universel de la constante de structure
e 1
fine α ≡ ∼ associée à l’éléctromagnétisme.
4π 137
Aujourd’hui, la théorie des interactions électromagnétiques et nucléaires (fortes
et faibles) est fondée sur un principe de jauge qui assure le caractère universel
des constantes de couplage associées. Il est donc difficile d’imaginer une théorie
qui respecte le principe d’équivalence faible mais viole le principe d’équivalence
d’Einstein : l’hypothèse d’universalité de la chute libre s’applique à présent à toute
forme d’énergie non-gravitationnelle. Cette extrapolation est également valable pour
l’antimatière car le photon est sa propre antiparticule [5]. Par conséquent, selon
Einstein, un atome d’hydrogène H, un atome d’hydrogène excité H ∗ et un atome
d’anti-hydrogène H̄ subissent la même accélération dans un champ gravitationnel !
e
e e+
eV α2 me− eV
mH = mp + me− − 13.6 e −
mH ∗ = mp + m− mH̄ = mp̄ + me+ − 13.6 .
c2 2n2 c2
0
Le système K 0 − K des mésons étranges fournit la meilleure limite sur le principe
d’équivalence appliqué à l’antimatière :
mK 0 − mK 0
≤ 10−18 .
mK 0
Notons que le théorème CPT, qui garantit l’égalité des masses pour une particule et
son antiparticule, implique seulement qu’une anti-pomme tombe sur une anti-Terre
72
3.4 – Principe d’équivalence fort
comme une pomme sur la Terre. Il ne dit rien sur la chute libre d’une anti-pomme
à la surface de la Terre constituée de matière ordinaire. De fait, les équations d’une
géodésique de l’espace-temps
d2 xρ µ
ρ dx dx
ν
+ Γ µν =0
ds2 ds ds
1 X mi mj
Ωℓ = − G .
2 i6=j rij
Par simple comparaison avec le cas électrostatique traité en détail ci-dessus, nous
obtenons alors
c2
∆a Ωℓ 1 ∂G ∂V
= ∆ ,g ≡ .
g g Mc2 G ∂r ∂r
Nous avions déjà mentionné au chapitre 1 qu’une violation du principe d’équivalence
mgr. a−g Ωℓ
−1= ≡η 2
min. g mc
ne peut être détectée au niveau terrestre car les énergies de liaison gravitationnelle
en présence sont totalement négligeables. Par contre, si nous considérons le système
Terre-Lune, une accélération relative de chute libre vers le Soleil entraı̂nerait la po-
larisation (en direction du Soleil) de l’orbite de la Lune autour de la Terre (Nordvedt
1968). L’installation du premier réflecteur laser sur la Lune par Buzz Aldrin et Neil
Armstrong lors de la mission Apollo 11 (1969) permet aujourd’hui une mesure de
la distance Terre-Lune avec une précision de quelques millimètres [7] ! Tout photon
émis d’un observatoire terrestre est renvoyé à la manière d’une balle frappée dans
le coin d’un court de squash. Nous pouvons ainsi tracer très précisément l’orbite lu-
naire et conclure que la Lune s’éloigne de la Terre au rythme de 3,8 cm par an sous
73
3.4 – Principe d’équivalence fort
En fait, une borne au niveau de 10−6 peut être dérivée du pulsar (PSR J0337+1715)
dans un système triple. Cependant celle-ci va au-delà de l’approximation du champ
faible utilisée ici.
Jusqu’à présent, toutes les observations confirment que la physique gravitation-
nelle est localement la même partout dans l’Univers. Des mesures encore plus fines du
caractère universel du mouvement de chute libre pourraient cependant nous réserver
des surprises. Brans et Dicke (1961) ont en effet formulé une théorie “tensorielle-
scalaire” très élégante dans laquelle la constante de Newton G est élevée au rang
de champ gravitationnel auxiliaire G(x). Si tel est le cas, la variation spatiale de la
constante de couplage newtonienne est donnée par
V
G(r) = G 1 + η 2 .
c
À ce niveau, le principe d’équivalence fort impliquant
η=0
est donc une hypothèse heuristique qui restreint le contenu en champs de l’interaction
gravitationnelle au seul tenseur métrique [9] :
74
3.4.1. – Mouvement perpétuel idéal et “redshift” gravitationnel
“gravitation” “accélération”
75
3.4.1. – Mouvement perpétuel idéal et “redshift” gravitationnel
v = gt
H
∆t ≈ .
c
Durant cet intervalle de temps, le détecteur a donc acquis une vitesse supplémentaire
gH
∆v ≈
c
par rapport à la vitesse initiale de l’émetteur. Par conséquent, la fréquence ν2
détectée à une hauteur H semblera inférieure à la fréquence ν1 émise (selon l’ef-
fet Doppler relativiste dérivé au chapitre précédent) :
ν2 − ν1 gH
≃− 2 .
ν1 c
Le principe d’équivalence suggère donc que le photon perd une énergie
E
∆E = − gH (E = hν)
c2
lors de son parcours ascensionnel dans le champ gravitationnel statique de la Terre.
Si tel est le cas, nous devons initialement fournir une énergie supplémentaire ∆U
afin que le photon puisse aller exciter l’atome du haut. Par conséquent le bilan en
énergie de notre expérience “de l’esprit” est nul et le paradoxe apparent, résolu !
Ce déplacement vers le rouge (“redshift”) gravitationnel, prédit par Einstein dès
1911, a été effectivement mesuré pour la première fois par Pound et Rebka en 1960.
57
Leur expérience utilisait des noyaux de F e distants d’une hauteur
H = 22.6 m.
76
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
Cette précision ne peut être atteinte que grâce à deux astuces expérimentales liées
à l’effet Doppler.
Tout d’abord, ils sont parvenus à éliminer l’effet Doppler induit par le recul
recul
∆ν
≈ 10−12
ν
du noyau lors de l’émission d’un quanta d’énergie. Ils ont pour ce faire exploité l’effet
Mossbauer (1958) selon lequel l’implantation des noyaux dans un cristal spécifique
permet de geler ceux-ci et de transmettre l’effet de recul au niveau du réseau cristallin
[10]. Ensuite, ils ont rétabli l’effet spectaculaire de résonance à l’absorption du
quanta d’énergie en plaçant la source sur une plate-forme mobile. La connaissance
de la vitesse ascendante v à imposer à cette plate-forme pour compenser exactement
la diminution apparente de fréquence due à la gravitation permet alors une mesure
précise du redshift gravitationnel. Une telle vitesse
!grav.
∆ν
v= × c ≈ 2.7 mm/heure
ν
nécessite la dilatation d’un cristal par effet piézoélectrique (Curie, 1880). Aujour-
d’hui, l’accord entre la théorie et l’expérience est de l’ordre du 1%.
Notons qu’il faudra attendre 1993 et le satellite artificiel “Galilée” pour observer
un redshift gravitationnel induit par le soleil ! De nouveau, l’accord avec la théorie
est de l’ordre du pourcent dans cette expérience.
77
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
gµν , qui apparaissent dans les équations de Maxwell généralisées (voir chapitre 4,
section 5) sont manifestement indépendants du temps si le champ gravitationnel
est statique. En effet, la métrique dérivée des coordonnées de Rindler associées à
une accélération constante est indépendante du temps (voir fin chapitre 2). Par
conséquent, le photon ne perd pas d’énergie lors de son parcours ascensionnel dans
le champ gravitationnel statique de la Terre. Le redshift apparent ne peut donc être
que le résultat d’un blueshift des niveaux atomiques (nucléaires) tel que le photon
émis par l’atome (noyau) du bas ne peut aller exciter l’atome (noyau) du haut, si
tous deux sont bien entendu au repos.
L’interprétation correcte [11] de l’expérience de Pound et Rebka est de fait ob-
tenue en travaillant directement avec le laboratoire statique plongé dans le champ
gravitationnel inhomogène de la Terre. Cette interprétation repose sur l’hypothèse
qu’un noyau radioactif se comporte comme une horloge émettant des impulsions :
l’intervalle de temps entre deux de ces impulsions est simplement identifié à l’inter-
valle de temps propre
1h i1/2
dτ = gµν (q)dq µdq ν
c
associé à la transition considérée (dτ ≈ 10−7 sec. pour 57
F e). Si deux horloges
préalablement calibrées sont déposées à des endroits différents dans le champ gravi-
tationnel terrestre, nous obtenons
1/2
dτ1 = goo (r1 ) dt
1/2
dτ2 = goo (r2 ) dt
avec dt, l’intervalle de temps associé à cette même transition mesurée en l’absence
de la gravitation.
dτ
2
H dt
dτ
1
TERRE
“gravitation” “impesanteur”
78
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
1/2
dτ = goo dt < dt (V 6= 0)
Cet effet fut déjà subtilement invoqué par Bohr pour réconcilier Relativité Res-
treinte (E = mc2 ) et Mécanique Quantique (∆E∆t ≈ ~) suite à une attaque ...
d’Einstein lors de la 6ème conférence Solvay (1930) [12] !
Le temps s’écoule moins vite là où la gravité est plus forte. Deux horloges initiale-
ment synchronisées puis transportées successivement du rez-de-chaussée au premier
étage d’une maison accuseront toujours un (léger) décalage de temps. L’homme au
sommet d’une montagne vit et vieillit plus rapidement que nous. Plus précisément,
compte tenu que
c/g ∼ 1 an ∼ π 107 secondes,
– à 60 ans, votre tête sera 300 nanosecondes plus vieille que vos pieds car
V (R + h) − V (R) gh 1.5 m
∆t = 2
t0 ≈ 2 t0 ≈ (t0 /1 an);
c c c
– après 5 milliard d’années, le centre de la Terre est un an ou deux plus jeune que
la surface (et non un jour ou deux, comme reporté par R. Feynman dans [5]
et souvent répété par la suite [13]) car selon l’exercice intégré n◦ 02 :
V (R) − V (0) 1 gR 3200 km
∆t = t0 = t0 ≈ (t0 /1 an).
c2 2 c2 c
79
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
dτ ≡ γ −1 dt < dt (v 6= 0)
est également plus petit que le temps de vie dt mesuré en laboratoire. Ce phénomène
est facilement visualisé dans un diagramme d’espace-temps de la Relativité Res-
treinte :
t t’
dt
dτ x’
Considérons les jumeaux A et B, chacun équipé d’une horloge. A reste sur Terre
alors que B décide de parcourir une distance d à la vitesse uniforme v avant de faire
demi-tour et de revenir vers A à la même vitesse. Selon la Relativité Restreinte,
l’horloge de A indiquera une durée de temps plus longue pour le voyage que celle de
B:
tA > tB .
80
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
Soulignons de nouveau le fait qu’au premier ordre en 1/c2 , l’effet calculé ne requiert
pas la connaissance d’une dépendance spatiale éventuelle de gij . Par conséquent,
nous obtenons (en coordonnées polaires)
81
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
rT2
1 2
∆τB ≃ 1 − 2 (vT ± vB ) + 2g ∆t.
2c rT + hB
A rT hB
Est Ouest
PN
dq i
Soulignons que le temps de coordonnée t et les composantes de vitesse doivent
dt
être exprimés par rapport à un même repère. Cependant, la différence relative δ
enregistrée au retour de B à l’endroit A où les horloges ont été préalablement cali-
brées :
∆τB − ∆τA hB vB
δ≡ ≈ g 2 − (vB ± 2vT ) 2
∆τA c 2c
1 3
≃ 1− ∓ 10−12
2 2
≃ −10−12 (vol vers l’Est)
+2 10−12 (vol vers l’Ouest)
82
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
de l’ordre de 100 nanosecondes. Dès 1971, Hafele et Keaton confirment cet effet
combiné de la dilatation du temps lors de simples vols commerciaux autour de la
Terre. En tenant compte du fait que ces vols ne sont pas équatoriaux, ils obtiennent
les résultats suivants :
t
t2
C
t1
x
t2 1/2 Z t2
v 2 (t)
Z Z
dτ = dt 1 − 2 < dt = t2 − t1 .
C t1 c t1
définit les géodésiques de l’espace-temps muni d’une métrique locale. Nous consta-
tons ici qu’il correspond plutôt à un “principe de survie” car les lignes d’Univers
maximisent en fait le temps propre (dτ = cds) de tout corps en mouvement (v 6= 0)
83
3.4.2. – Paradoxe des jumeaux et dilatation du temps
δt/t ∼ 3 10−16 .
84
3.5 – Déflexion de la lumière : un premier essai
effectif résultant de tous les autres corps célestes du système solaire. Par conséquent,
seul l’effet de marée dû au Soleil situé à une distance R induit un potentiel effectif
V GM⊙ rS2
∼
c2 c2 R 3
qui implique ainsi un déplacement δ de l’ordre de 2.10−16 .
L’Europe a décidé de se doter d’une constellation “Galileo” pleinement opéra-
tionnelle, en principe, dès 2018. La grande différence avec le GPS est que le système
européen sera contrôlé par des civils et non par des militaires...
Les auteurs interprètent donc le résultat de leur expérience comme un simple bilan
d’énergie. En particulier, la relation
hν
∆E = − gH
c2
suggère qu’un photon ultrarelativiste d’énergie quantique E = hν interagit avec le
champ gravitationnel classique comme si il possédait une masse égale à E/c2 :
g
“gravitation” “inertie”
Selon cette interprétation naı̈ve (mais, comme nous l’avons vu, incorrecte), le photon
devrait, tout comme un vulgaire caillou, suivre une trajectoire courbe au voisinage
85
3.5 – Déflexion de la lumière : un premier essai
d’une source gravitationnelle inhomogène. Cette attente est confortée par une ap-
plication aveugle du principe d’équivalence :
g ?
TERRE ESPACE VIDE
“Entwurf”
“gravitation” “accélération”
gijEntwurf = −δij .
86
3.6 – Paramétrisation d’Eddington-Robertson
g !
TERRE ESPACE VIDE
“scalaire”
“gravitation” “accélération”
scalaire 2V
goo ≃1+ .
c2
6. Paramétrisation d’Eddington-Robertson
Le principe d’équivalence fort requiert qu’en présence de la gravitation seul un
champ tensoriel se substitue à la métrique de Minkowski :
G
ηµν −→ gµν (x).
87
3.6 – Paramétrisation d’Eddington-Robertson
avec α, β, γ, des paramètres déterminés par la théorie considérée. Nous avons vu que
le principe d’équivalence d’Einstein seul impose
α=1
AAA
AAA
AAA x
88
3.6 – Paramétrisation d’Eddington-Robertson
d2 y
2
≃ −c2 Γy00 − 2vcΓy0x − v 2 Γyxx .
dt
v2
a ≃ − α + γ 2 V,y .
c
Dans la limite non-relativiste (v << c), nous retrouvons bien le comportement clas-
sique d’une particule si α = 1. Par contre, dans le cas ultra-relativiste (v = c),
l’accélération transversale ressentie au voisinage d’un champ faible est proportion-
nelle à la combinaison (α + γ) des paramètres d’Eddington-Robertson. Nous confir-
mons ainsi que l’accélération de chute libre d’un photon est identique à celle d’une
particule massive dans la théorie “Entwurf” (γ = 0) alors qu’elle est nulle dans la
théorie “scalaire” (γ = -1).
soit une accélération transversale double pour un photon ! Cette prédiction surpre-
nante, de l’aveu même de son auteur, découle d’une théorie tensorielle élégante dans
laquelle la géométrie de l’espace n’est plus fixée a priori : plutôt que de définir
l’arène dans laquelle les choses se passent, l’espace va émerger des équations de la
Relativité Générale [19]. Cependant, le graphe présenté ci-dessous illustre, si besoin
en est encore, l’énorme difficulté rencontrée par Einstein pour le calcul du paramètre
γ.
89
3.6 – Paramétrisation d’Eddington-Robertson
(tenseur) 1 E (1915)
E-G (1913)
(Entwurf) 0
1 β
Notons que les trois théories qu’il analyse entre 1913 et 1915 sont alignées dans
le plan β − γ de la paramétrisation d’Eddington-Robertson et obéissent à l’équation
γ = 4β − 3
sur laquelle nous reviendrons au chapitre 5.
La rotondité de la Terre est un fait acquis dans l’Antiquité grecque grâce, en par-
ticulier, à l’observation des bateaux qui semblent s’enfoncer dans les flots lorsqu’ils
s’éloignent vers l’horizon. Dans son Traité du ciel, Aristote (384-322 av. J.-C.)
évoque également la forme circulaire de l’ombre de la Terre lors d’une éclipse de
Lune, bien avant la première mesure du rayon terrestre. Par contre, nous ne pourrons
jamais nous extraire de l’espace à trois dimensions pour en contempler sa courbure !
Mais des notions élémentaires de géométrie différentielle introduites par Gauss et
généralisées par son étudiant Riemann (1854) vont s’avérer suffisantes non seule-
ment pour mesurer mais également pour prédire la courbure intrinsèque de l’es-
pace (autrement dit, γ) au voisinage d’une source gravitationnelle telle que le Soleil.
Avant qu’il ne quitte Zurich en 1914, Einstein a donc la chance de collaborer avec
un ami, Marcel Grossmann, qui l’initie enfin à cette géométrie non-euclidienne [20]
...
90
Chapitre 3
Exercices intégrés
91
Chapitre 3
Bibliographie
[1] “The special relativistic equivalence principle”, K. Nordtvedt, arXiv : gr-
qc/0212053 (2002).
[6] “Response to CPT symmetry and antimatter gravity in general relativity”, D.J.
Cross, arXiv : gr-qc/1108.5117 (2011).
[8] “Lunar Laser Ranging tests of the equivalence principle”, J.G. Williams, S.G.
Turyshev and D. Boggs, arXiv : gr-qc/1203.2150 (2012).
[11] “Photons, clocks, gravity and the concept of mass”, L.B. Okun, arXiv : phy-
sics/0111134 (2001).
92
Chapitre 3
[20] “Einstein’s Zurich notebook and his journey to General Relativity”, N. Strau-
mann, arXiv : 1106.0900 (2011).
93
4 – Quelques éléments de géométrie riemannienne
Chapitre 4
Notons que 200 ans auparavant, Anaxagore avait fait la même mesure en supposant
la Terre plate (R = ∞). Il était naturellement arrivé au résultat que le Soleil devait
être situé à une distance d = L/ sin α de la Terre. L’hypothèse de parallélisme des
rayons lumineux utilisée par Eratosthène s’avéra dès lors cruciale.
95
4.1 – Transport parallèle d’un vecteur
Dans ce sens, le tore est également une variété différentiable, alors que le cône ne
l’est pas à son sommet.
~ que nous souhaitons
Représentons donc la réglette par un de ces vecteurs A
déplacer d’un point q à un point p d’une variété. Si cette variété bidimensionnelle
est courbe, la notion de transport parallèle n’a plus de signification excepté dans
le cas où le point p considéré est suffisamment proche de q. Pour S (2) , ce point q a
pour coordonnées q i la latitude et la longitude.
96
4.1 – Transport parallèle d’un vecteur
avec
q
q+dq
(2)
3 V
x
(3)
→ E
A
2
x
x1
97
4.1 – Transport parallèle d’un vecteur
~ ne changent
Dans cet espace fictif E (3) , les composantes cartésiennes du vecteur A
évidemment pas sous un transport parallèle. Par contre, sur V (2) la modification
δAi est liée au changement (du 1er ordre en dq) des vecteurs de base ~ei (q) tangents
~ nécessaire pour
à la variété et non à une projection (du 2ème ordre en dq) de A
maintenir le vecteur dans cette variété en q + dq. Le terme connexion se justifie donc
par le fait qu’elle permet de connecter des espaces tangents définis en deux points
distincts de la variété. La connexion nous dicte la manière d’effectuer le transport
parallèle d’un système de coordonnées, depuis un point à un point voisin. Notons
cependant qu’une telle immersion dans un espace euclidien présuppose l’existence
d’une métrique locale gij (q) = ~ei (q)·~ej (q) en tout point de la variété. Par conséquent,
cette représentation physique du transport parallèle est a priori trop restrictive par
i
rapport à sa définition mathématique en terme uniquement de la connexion γjk (q)
introduite par Levi-Civita en 1917 et appréciée à sa juste valeur par Einstein deux
ans plus tard [3].
Demandons à présent à notre brave escargot de déplacer sa réglette du point q
au point p en suivant le contour fermé suivant :
dqj
p
~ ~
dq k dq k
q
dqj
98
4.1 – Transport parallèle d’un vecteur
si nous négligeons les termes du second ordre en dq et dq̃. Il peut également rejoindre
le point p en effectuant d’abord un transport parallèle du point q au point q + dq̃. Ce
faisant, il constate avec étonnement que les coordonnées de sa réglette transportée
au point p dépendent du chemin choisi :
avec
ℓ ℓ ℓ
Rijk ≡ γij,k − γik,j + γijm γmk
ℓ m ℓ
− γik γmj
Les opérations de transports parallèles ne commutent donc pas sur une variété courbe
munie d’une connexion γ non triviale. En d’autres termes, après avoir subi les quatre
transports successifs :
1) q → q + dq
2) q + dq → q + dq + dq̃
3) q + dq + dq̃ → q + dq̃
4) q + dq̃ → q
i.e.
∆Ax 0 1 Ax
≃ (v 2 /c2 )
y y
∆A −1 0 A
99
4.2 – Champ de vecteurs et géodésiques
car sa mesure locale a été effectuée à très faible vitesse v. D’autre part, selon lui, la
longueur du vecteur A~ est invariante sous transport parallèle. Si tel est le cas, nous
pouvons munir la variété d’une métrique gij (q) telle que
~ 2 = gij (q)Ai (q)Aj (q)
|A|
= gij (q + dq)[Ai (q) + δAi (q)] [Aj (q) + δAj (q)]
≃ gij (q)Ai (q)Aj (q) + gij,k (q)dq k Ai (q)Aj (q)
i j
−gij (q)γℓk (q)dq k Aℓ (q)Aj (q) − gij (q)Ai (q)γℓk (q)dq k Aℓ (q)
h i
≡ gij (q) + gij|k dq k Ai (q)Aj (q).
ℓ ℓ
gij|k (q) ≡ gij,k (q) − gℓj (q)γik (q) − giℓ (q)γjk (q) = 0.
δ(gij Ai B j ) ≡ gij|k Ai B j dq k = 0.
γijℓ = γji
ℓ
ℓ
γij = 12 g ℓk [gkj,i + gik,j − gij,k ] ≡ Γℓij .
100
4.2 – Champ de vecteurs et géodésiques
Ai = Ai (q)
défini “a priori” en tout point q de la variété. Ces vecteurs représentent par exemple
la vitesse instantanée d’un objet se déplaçant le long d’un chemin de cette variété
courbe. Dans ce cas particulier, si nous voulons calculer l’accélération, nous devons
comparer deux vecteurs “vitesse” infiniment voisins. Il faut pour cela transporter
parallèlement l’un de ces vecteurs au point où se trouve l’autre et, seulement après,
~
faire la différence. De manière générale, le vecteur A(q) défini au point q et transporté
~ + dq) défini
parallèlement jusqu’au point q + dq ne correspondra pas au vecteur A(q
“a priori” en ce point. Au niveau des composantes, la différence entre ces deux
vecteurs sera donnée par
DAi ≡ dAi − δAi 6= 0.
q
q+dq
(2)
3 V
x
(3)
→ E
DA
x2
x1
101
4.2 – Champ de vecteurs et géodésiques
~ ≡ A(q
Contrairement à dA ~ + dq) − A(q),
~ ~ de deux vec-
cette différence D A
teurs ramenés au même point définit un tenseur. Ceci se démontre formellement
en considérant la manière dont dAi et δAi se transforment respectivement sous un
changement de coordonnées non-linéaire. Nous vérifions par la même occasion que
les composantes de la connexion correspondent effectivement aux symboles de Chris-
toffel !
Considérons ensuite un champ de vecteurs particulier
dq i
Ai (q) = (q)
ds
DAi d2 q i j
i dq dq
k
= + Γ jk .
ds ds2 ds ds
alors
DAi = 0
δAi = dAi .
Nous venons donc de démontrer que lors d’un transport parallèle le long d’une
géodésique, un vecteur tangent reste tangent à celle-ci. De plus, le produit scalaire
de deux vecteurs étant conservé sous transport parallèle, nous pouvons également
conclure que l’angle formé par un vecteur et le vecteur tangent à une géodésique res-
tera inchangé. Ces deux propriétés remarquables nous permettent de nous affranchir
de toute référence à un espace euclidien de dimension supérieure. Elles vont aider
notre valeureux escargot dans son entreprise désespérée de mesurer la courbure in-
trinsèque de la Terre en lui fournissant une prescription claire pour l’assurer que le
parcours emprunté est purement géodésique.
102
4.2 – Champ de vecteurs et géodésiques
(1) (3)
(2)
pour se convaincre que la surface de la Terre est de fait une variété courbe. Il lui
suffira (heureusement !) de choisir un parcours agréable au voisinage de Namur :
pour obtenir le même résultat. Par contre, une expérience similaire exécutée cette
fois sur la surface d’un cylindre mènerait à la conclusion que celle-ci est une variété
plane :
103
4.2 – Champ de vecteurs et géodésiques
Sur cette surface, la géodésique est un cercle horizontal, une droite verticale ou
une hélice. Ces trois types de chemin correspondent en effet à une droite lorsque le
cylindre est déroulé à plat :
Notons que d’un point de vue tridimensionnel, ces deux exemples très particu-
liers correspondent à des surfaces de courbure extrinsèque constante. Cependant,
nous disposons à présent d’un outil mathématique puissant permettant de décrire la
géométrie locale d’une surface quelconque de manière intrinsèque, c’est-à-dire sans
devoir plonger la variété dans un espace euclidien de dimension supérieure. Pour
illustration, la surface ci-dessous, déformée mais continue,
possède une courbure variable. Insistons, par la même occasion, sur le fait que l’ap-
proche de Gauss ne permet pas l’étude des propriétés topologiques globales du tore.
Autre illustration, le ruban de Moebius possède une courbure locale nulle alors qu’un
vecteur transporté le long d’une géodésique subit en fin de compte une réflection
pure !
Nous avions vu que le principe d’équivalence seul procurait déjà une information
sur la géométrie de l’espace-temps, et ceci à travers les symboles de Christoffel
Γioo 6= 0.
104
4.3 – Géométries de Cartan et Weyl
Aµ B µ = gµν Aµ B ν
Ce n’est que dans le cas particulier où nous imposons les contraintes
λ λ
gµν|ρ = 0 ; γµν = γνµ
105
4.3 – Géométries de Cartan et Weyl
λ λ
gµν|ρ 6= 0 ; γµν = γνµ .
Qλµν ≡ γµν
λ λ
− γνµ 6= 0
λ
γµν = Γλµν (g) + aµ δνλ + aν δµλ − aλ gµν .
et seul l’angle entre deux vecteurs transportés parallèlement est conservé car
Cette approche géométrique d’une très grande beauté marque en fait la naissance
λ
des théories dites de “jauge” [3] car la connexion γµν s’avère être invariante sous les
transformations locales :
gµν → e2λ(x) gµν
aρ → aρ − ∂ρ λ(x).
106
4.3 – Géométries de Cartan et Weyl
“Je suis parvenu à déduire électricité et gravitation d’une même source ...”
Cependant, continue-t-il, cette ambiguité est levée dès que des mesures sont réalisées
à l’aide d’horloges atomiques (ds2 > 0) ou de corps rigides (ds2 < 0). Autrement dit,
la taille des atomes (fixée par la masse de l’électron) brise cette invariance d’échelle
invoquée par Weyl.
Aujourd’hui, des horloges atomiques placées dans un satellite en orbite autour
de la Terre (voir “GPS”)
AAA
AAA M
nous apportent la preuve irréfutable qu’un élément de ligne ds de genre temps peut
être mesuré de façon directe
V
ds ≃ 1 + 2 cdt.
c
De même, nous allons voir qu’un gyroscope placé dans ce satellite peut mesurer un
ds de genre espace, confirmant ainsi l’intuition d’Einstein. Notons cependant que
a) si la connexion est donnée par
ρ
γµν = Γρµν (g) + aµ δνρ + aν δµρ ,
107
4.4 – Précession géodésique d’un gyroscope
aρ → aρ − ∂ρ λ(x)
garantit l’invariance de jauge de l’électrodynamique quantique.
Qλµν ≡ 0 et gµν|ρ ≡ 0
Bien que très restrictive d’un point de vue mathématique, nous verrons que cette
géométrie n’en reste pas moins parfaitement compatible avec toutes les observations
gravitationnelles.
Quelle pourrait être l’analogue de l’expérience menée par notre escargot pour
une mesure intrinsèque de la variété 4-dimensionnelle dans laquelle nous vivons ?
D’une part, il est beaucoup plus facile de suivre des géodésiques de notre espace-
temps car nous avons vu (sur base du principe d’équivalence) que celles-ci cor-
respondent précisément aux trajectoires d’un corps se mouvant librement dans un
champ gravitationnel :
λ λ
Du = du + Γλ uµ uν = 0
µν
dτ dτ
gµν u u = c2 .
µ ν
108
4.4 – Précession géodésique d’un gyroscope
ou artificiel) en orbite autour d’un astre. Sa trajectoire est alors fermée au niveau
spatial mais ouverte au niveau spatio-temporel.
La précession géodésique d’un gyroscope est due au fait qu’un vecteur (de genre
espace) S λ transporté parallèlement le long d’une telle géodésique (de genre temps)
voit son orientation modifiée à son retour au même point de l’espace. De fait, si le
transport parallèle caractérisé de manière générale par
dS λ = δS λ
109
4.4 – Précession géodésique d’un gyroscope
En coordonnées isotropes dans le plan (x, y), ce système implique les relations
dS y
= −Γy00 S 0 u0 − Γyxx S x ux − Γyxy S x uy + O(1/c4 )
dτ
S 0 u0 = S x ux + O(1/c2 )
si le référentiel associé cette fois à la masse M est choisi de telle sorte que S y (t = 0) =
0. Au premier ordre dans la paramétrisation d’Eddington-Robertson, ces relations
donnent
GM
dS y = −S x {(α + γ)ydx − γxdy} .
a3 c2
Par conséquent, pour x = a cos θ et y = a sin θ avec a, le rayon moyen de l’orbite
considérée, nous obtenons
2π 2π
S y (t = T )
GM
Z Z
2 2
δ≃ x
= (α + γ) sin θdθ + γ cos θdθ > 0.
S ac2 0 0
Nous concluons ainsi que l’orientation spatiale du gyroscope sera de fait modifiée
d’un angle
GM 1.5km M
δ = (α + 2γ) π ≃ (1 + 2γ) π
c2 a a M⊙
après une orbite complète [5]. Cet effet de précession prédit dès 1916 par de Sitter
(pour le système Terre-Lune vu comme un gyroscope géant, avec son axe perpendi-
culaire au plan orbital en rotation dans le champ gravitationnel du Soleil) permet de
déterminer de manière empirique la géométrie spatiale (paramètre γ) au voisinage
d’une masse M si nous supposons α = 1. En fait, une précession de δ ≈ 3π10−6 ≈ 2”
par siècle du périgée de la Lune a déjà été mesurée avec une précision de 0.7 % grâce
à la télémétrie laser-Lune [6] de telle sorte que :
γ⊙ = 0.9981 ± 0.0064.
110
4.4 – Précession géodésique d’un gyroscope
330 années-lumière et visible à l’œil nu), soit une précision de 0.3 % sur le paramètre
γ:
γ⊕ = 0.9993 ± 0.0028.
111
4.5 – Dérivées covariantes et tenseur de Riemann
DAλ =
dAλ − δAλ
∂Aλ
= + γµν A dq ν .
λ µ
∂q ν
L’expression contenue dans cette dernière parenthèse est un tenseur, étant donné
que son produit par le 4-vecteur dq ν donne un 4-vecteur.
Le concept de transport parallèle met donc à notre disposition un tenseur jouant
en coordonnées curvilignes le même rôle que la dérivée normale en coordonnées
cartésiennes :
λ
Si la variété est munie d’une connexion métrique (γµν = Γλµν ), la question de
transport parallèle ne se pose évidemment pas pour une quantité scalaire S(q) =
gλρ Aλ B ρ = Aλ Bλ :
S|ν = S,ν
À partir de la règle de Leibniz étendue aux dérivées covariantes (Aλ Bλ )|ν = Aλ|ν Bλ +
Aλ Bλ|ν , nous obtenons alors aisément
112
4.5 – Dérivées covariantes et tenseur de Riemann
Ayant ainsi défini la dérivée covariante d’un vecteur contravariant et d’un vecteur
covariant, nous pouvons à présent calculer la dérivée covariante d’un tenseur d’ordre
quelconque en le traitant de nouveau comme le produit de vecteurs contravariants
et covariants. Pour illustration, lors du passage de la dérivée normale à la dérivée
covariante seules les équations inhomogènes de Maxwell sont modifiées :
1 √ 1 1 √
F µν|µ = √ ∂µ ( −gF µν ) = j ν , j|νν = √ ∂ν ( −gj ν ) = 0
−g c −g
car nous avons
F[µν|ρ] = F[µν,ρ] = 0
ou encore
Fµν ≡ Aν|µ − Aµ|ν = ∂µ Aν − ∂ν Aµ .
La relation
gµν|ρ = gµν,ρ − gλν Γλµρ − gµλ Γλνρ
avec
σ σ σ λ σ λ σ
Rµνρ ≡ γµν,ρ − γµρ,ν + γµν γλρ − γµρ γλν
le tenseur de Riemann univoquement défini dès que la variété est munie d’une
connexion symétrique (tenseur de torsion nul). Dans ce cas, les opérations de dériva-
tion covariante commutent entre elles si et seulement si toutes les composantes de
ce tenseur s’annulent. Ce tenseur mesure donc le caractère plan d’une variété de
dimension quelconque d :
et nous retrouvons bien entendu le résultat de Gauss dans le cas particulier d’une
variété bidimensionnelle (d = 2). Sur base des propriétés de symétrie du tenseur
113
4.6 – Déviation géodésique
(mixte) de Riemann :
σ σ
Rµνρ = −Rµρν
σ
R[µνρ] = 0
6. Déviation géodésique
Nous avions vu que le principe d’équivalence implique
i 1 ik ∂V 1
Γoo (0) = 2 δ k
(0) + O 4 (i = 1, 2, 3)
c ∂x c
en présence du potentiel gravitationnel V = − GM r
. Par conséquent, les composantes
1 ik ∂ 2 V
i 1
Rooj (0) = 2 δ k j
(0) + O 4
c ∂x ∂x c
sont non nulles dans l’approximation de champ faible statique. Notre espace-temps
est définitivement une variété courbe au voisinage d’une source gravitationnelle inho-
mogène. Ces composantes du tenseur de Riemann définissent précisément le potentiel
classique de marée :
1 X k j ∂2V
Vmarée (x) ≡ x x (0)
2 k,j ∂xk ∂xj
dérivé d’un développement de Taylor au 2ème ordre.
Pour illustrer ce dernier point, considérons deux géodésiques voisines décrites
par xµ (s) et xµ (s) + ǫµ (s) :
µ µ
x (s) + ε (s)
µ
ε (s)
µ
x (s)
114
4.7 – Tenseur de Riemann et coordonnées normales
Par conséquent, dans une variété courbe les géodésiques ne maintiennent plus leur
séparation. Elles déterminent en particulier l’accélération relative de deux particules
A et B (de masse m) en chute libre dans le champ gravitationnel inhomogène de la
Terre :
A ε(t) B
r r
AA
AA T
x
Si m est suffisamment petite, nous pouvons négliger l’attraction mutuelle des deux
masses. Dans la limite non-relativiste, nous obtenons alors
d2 ǫi
2
≃ −c2 R00j
i
εj
dt
soit l’accélération (non-locale) de marée
d2 ǫi 3xi xj
GM
≃ − δji − 2 ǫj .
dt2 r3 r
La force de marée irréductible et responsable du caractère local du principe d’équi-
valence est indépendante de la composition des objets sur lesquels elle agit. Nous
voyons ici qu’elle peut être représentée par la courbure intrinsèque de l’espace-temps
dans lequel les particules suivent des géodésiques !
115
4.7 – Tenseur de Riemann et coordonnées normales
Si une métrique est également définie sur cette variété, la connexion symétrique est
identifiée aux symboles de Christoffel et nous pouvons alors construire un tenseur
purement covariant
σ
gσλ Rµνρ ≡ Rλµνρ .
Dans un repère localement inertiel, tous les symboles de Christoffel sont nuls de telle
sorte que ce tenseur s’écrit
1
Rλµνρ = (gλν,µ,ρ − gµν,λ,ρ + gµρ,λ,ν − gλρ,µ,ν ).
2
Sous cette forme, il est aisé de vérifier les propriétés de symétrie suivantes :
Rλµνρ = Rνρλµ
Rλµνρ = −Rµλνρ = −Rλµρν
Rλ[µνρ] = 0.
d(d−1)
(1) deux couples d’indices égaux (R0101 , ...), soit N1 = Cd2 = 2!
;
(2) un couple d’indices égaux et deux indices distincts (R0102 , ...), soit N2 =
2 d(d−1)(d−2)
dCd−1 = 2!
;
2d(d−1)(d−2)(d−3)
(3) quatre indices distincts (R0123 , ...), soit N3 = 4!
.
116
4.7 – Tenseur de Riemann et coordonnées normales
σ
Les coefficients Dµνρ sont, par définition, symétriques dans les trois indices inférieurs
σ
tandis que les dérivées Γµν,ρ ne possèdent pas cette propriété de symétrie. Par
conséquent, nous ne pouvons pas annuler toutes les dérivées des symboles de Chris-
toffel en un point mais nous pouvons toujours choisir des coefficients particuliers
σ 1 1
Dµνρ = − {Γσµν,ρ + Γσρµ,ν + Γσνρ,µ }(0) ≡ − Γσ[µν,ρ] (0)
3 3
de telle sorte que
σ
Γ[µν,ρ] (0) = 0.
avec
σ σ σ
Rµνρ + Rνµρ (0) = 3Γµν,ρ (0).
117
4.8 – Tenseur de Ricci et scalaire de courbure
1
ḡµν (x̄) ≡ ηµν + ḡµν,α,β (0)x̄α x̄β + O(x̄3 )
2
1
= ηµν + Rαµβν (0)x̄α x̄β + O(x̄3 )
3
Rµν ≡ g λρ Rλµνρ
avec
Rµν = Rνµ
d(d + 1)
le tenseur de Ricci dont le nombre de composantes indépendantes égale .
2
Notons que ce dernier peut s’obtenir directement du tenseur de Riemann mixte :
σ
Rµν = Rµνσ
118
4.9 – Tenseur de Weyl et espace conformément plan
R ≡ g µν Rµν
119
4.9 – Tenseur de Weyl et espace conformément plan
avec
g = det(gµν ).
R(2) 1
=K=
2 ρ1 ρ2
avec ρ1,2 , les rayons de courbure principaux de la variété au point considéré. Dans
le cas particulier de la surface S (2) d’une sphère de rayon a nous obtenons
2
R(2) (sphère) =
a2
d2 (d2 − 1) d(d + 1)
N= = = 6.
12 2
◦ (3) (3) 1
Rµν ≡ Rµν − R(3) gµν .
3
(3)
Rλµνρ = −[gλν◦ Rµρ − gλρ◦ Rµν + gµρ◦ Rλν − gµν◦ Rλρ ](3)
1
− [gλν gµρ − gλρ gµν ]R(3) .
6
(d) (d≥4) 1
Rλµνρ = Wλµνρ − [gλν Rµρ − gλρ Rµν + gµρ Rλν − gµν Rλρ ](d≥3)
(d − 2)
1
+ [gλν gµρ − gλρ gµν ]R(d≥2)
(d − 1)(d − 2)
(d≥4) 1
= Wλµνρ − [g ◦ Rµρ − gλρ◦ Rµν + gµρ◦ Rλν − gµν◦ Rλρ ](d≥3)
(d − 2) λν
1
− [gλν gµρ − gλρ gµν ]R(d≥2)
d(d − 1)
avec
◦ (d) (d) 1
Rµν ≡ Rµν − R(d) gµν
d
le tenseur de Ricci dont on a extrait la trace R. Dans le cas critique d = 4, le tenseur
de Weyl obéit aux identités de Lanczos-Bach
1
W σµνα Wσµνβ − δβα W σµνρ Wσµνρ ≡ 0,
4
de sorte que nous avons alors
1 1
Rσµνα Rσµνβ − δβα Rσµνρ Rσµνρ = 0 ⇔ W σµνρ ◦ Rµν = − R ◦ Rσρ .
4 6
Notons qu’un espace (-temps) de dimension d est conformément plan si la métrique
associée est telle que
gµν (x) = f (x)ηµν .
121
4.9 – Tenseur de Weyl et espace conformément plan
La preuve formelle [11] de ce théorème important est basée sur le fait que
Notons également que tout espace isotrope est conformément plan. Dans le cas
particulier de la surface S (2) d’une sphère de rayon a, nous avons en effet
(2)
S
χ
a
χ
2 (2)
E
r
E
Les tenseurs de Weyl et de Ricci sont, d’un point de vue algébrique, des parties
complémentaires du tenseur de courbure de Riemann. Nous verrons que les équations
d’Einstein relient les tenseurs de Ricci et d’énergie en un même point de l’espace-
temps. Le tenseur de Weyl est dès lors la partie restante de la courbure qui n’est
pas déterminée par le contenu en énergie en ce point. Il joue par conséquent un rôle
essentiel car il contient en fin de compte la différence conceptuelle majeure entre les
théories de Newton et d’Einstein de la gravitation.
122
4.9 – Tenseur de Weyl et espace conformément plan
Exercices intégrés
4.1. Transport parallèle pour une variété plongée dans un espace euclidien.
4.2. Transport parallèle le long d’un contour fermé quelconque (théorème de Stokes).
4.14. Transformation des tenseurs de Riemann, de Ricci et de Weyl sous une trans-
formation conforme de la métrique.
123
Chapitre 4
Bibliographie
[1] “Mécanique”, E. Lindemann (De Boeck, 1999).
[6] “From Newton’s Moon to Einstein’s Moon”, K. Nordtvedt (Physics Today, May
1996) ; “Lunar Laser Ranging – A comprehensive Probe of Post-Newtonian
Gravity”, K. Nordtvedt (arXiv : gr-qc/0301024, 2003).
[7] “Gravity Probe B : Final results of a space experiment to test general rela-
tivity”, C.W.F. Everitt et al., Phys. Rev. Lett. 106 (2011) 221101 ; “Finally,
results from Gravity Probe B”, C.M. Will, Physics 4 (2011) 43.
[8] “Gyroscope precession and general relativity”, B.R. Holstein (American Journal
of Physics 69, 2001).
124
5 – Les équations d’Einstein dans le vide
Chapitre 5
Si nous faisons abstraction de ces effets de marée, un corps test en chute libre
s’affranchit donc de tout effet gravitationnel.
Einstein va plus loin. Il propose que non seulement les lois du mouvement de la
mécanique de Newton, mais également toutes les lois relativistes non-gravitation-
nelles restent (localement) valables. Cette généralisation, connue sous le nom de
principe d’équivalence d’Einstein, a joué un rôle heuristique essentiel dans la
construction conceptuelle de la Relativité Générale. La covariance qui en découle
requiert dès lors des équations tensorielles telles que
σ
Rµνρ 6= 0.
Si nous exigeons également que les lois gravitationnelles d’un système localisé ne
soient pas altérées par la présence d’autres matières dans l’Univers, nous postulons
alors ce qui est appelé aujourd’hui le principe d’équivalence fort. Cette hypothèse
d’universalité de la physique gravitationnelle locale revient à supposer que l’influence
de la gravitation est uniquement assurée par la métrique. Autrement dit, en présence
de la gravitation, seul le champ métrique se substitue à la métrique cinématique
usuelle de la Relativité Restreinte dans le Lagrangien de matière, la constante de
Newton G restant, quant à elle, indépendante de l’espace-temps. Dans ce cas, 10
équations différentielles liées au tenseur de Riemann covariant
125
5.1 – Principe de simplicité
1. Principe de simplicité
À l’ordre le plus bas dans les dérivées de la métrique, l’alternative tensorielle
suivante se présente alors devant nous [1]
Weyl = 0
ou Ricci = 0
R=0
Ces deux théories sont parfaitement acceptables d’un point mathématique et seule
l’expérience pourra trancher entre elles. Rappelons en effet que la physique est une
représentation cohérente de la réalité ayant comme valeur de vérité les faits, alors
que la mathématique est une exploration logique de tous les mondes possibles.
Dans la première théorie, l’annulation de toutes les composantes du tenseur de
Weyl implique une variété conformément plane :
La condition supplémentaire sur le scalaire de courbure R est donc nécessaire pour re-
lier le degré de liberté conforme au potentiel de Newton dans la limite non-relativiste.
En calculant successivement les symboles de Christoffel, le tenseur de Riemann et
le tenseur de Ricci, nous obtenons aisément :
R = −6e−2φ {∂ α ∂α φ + ∂ α φ∂α φ} = 0.
Cette équation du second ordre peut alors se réécrire comme une extension relativiste
minimale de l’équation de Laplace ∆V (~x) = 0 pour le potentiel statique de Newton :
126
5.1 – Principe de simplicité
1 ∂
− ∆ V (t, ~x) ≡ ✷η V (x) = 0
c2 ∂t2
si nous effectuons le changement de variable suivant :
V (x)
φ(x) = ln 1 + 2 .
c
Rµν = 0
Ces équations covariantes qui sont à la base de la Relativité Générale furent pro-
posées pour la première fois par Einstein le 18 novembre 1915 !
Le chemin parcouru depuis l’espace absolu de Newton jusqu’à l’espace-temps
courbe d’Einstein peut être schématisé par le tableau suivant :
p~ = ~c Rλµνρ = 0 Rµν = 0
d2 q ρ µ
ρ dq dq
ν
d2 q ρ µ
ρ dq dq
ν
p~˙ = F~ m 2
+ mΓ µν = Qρ m 2
+ mΓ µν = Qρ
dτ dτ dτ ds ds ds
Le contenu physique des deux premières lois de Newton prend toute sa significa-
tion ! Sur base de ce schéma, il devient évident que la première loi de Newton n’est
pas une conséquence triviale de la seconde. En Relativité Générale, toute particule
libre se meut donc selon une géodésique de l’espace-temps définie par les équations
covariantes
d2 q ρ µ
ρ dq dq
ν
+ Γ µν = 0.
ds2 ds ds
127
5.1 – Principe de simplicité
Dans un système de coordonnées localement inertiel, nous pouvons annuler les sym-
boles de Christoffel et les équations d’une géodésique restent covariantes par rapport
aux transformations linéaires de Lorentz :
d2 xρ
= 0.
dτ 2
Pour des vitesses non-relativistes, nous avons dτ ≈ dt de telle sorte que les équations
de la géodésique se réduisent finalement à
d2 xi
=0
dt2
c’est-à-dire aux équations classiques du mouvement d’une particule libre qui sont
seulement covariantes par rapport aux transformations de Galilée.
Notons que le concept de covariance donne ainsi une réponse claire à la critique
de Mach sur la seconde loi de Newton [2]. Seules les géodésiques de l’espace-temps
sont covariantes par rapport aux transformations générales de coordonnées. Nous
n’avons donc pas besoin d’une interaction mystérieuse avec le reste de l’Univers pour
sélectionner les équations ~a = 0 : celles-ci ne sont pas covariantes au sens général du
terme. (Cela ne signifie pas pour autant que nous devons rejeter la possibilité d’une
loi d’induction inertielle, mais elle n’est simplement pas nécessaire si la covariance
générale des lois de la physique est assurée).
En Relativité Générale, la troisième loi de Newton reste valable pour les forces
non-gravitationnelles. En ce qui concerne la gravitation, nous devons cependant
être prudents. En effet, la force gravitationnelle de Newton est remplacée par l’idée
d’Einstein qu’un corps massif est responsable de la courbure de l’espace-temps qui
l’entoure et qu’une particule libre réagit en se propageant le long d’une géodésique de
cet espace-temps. Ce point de vue ignore toute courbure produite par la particule
suivant la géodésique. Dans ce sens, la particule considérée est une particule test
dont la masse est telle que sa contribution à la courbure peut-être ignorée : il n’est
donc pas question que celle-ci ait le moindre effet sur le corps massif produisant le
champ gravitationnel.
L’interaction gravitationnelle de deux corps massifs est en principe très complexe
car la théorie d’Einstein est non-linéaire. Cependant elle revêt aujourd’hui une im-
portance capitale en astrophysique et, en particulier pour l’analyse de la coalescence
128
5.2 – Courbure spatiale
de paires d’étoiles à neutrons. Des méthodes numériques allant bien au-delà de l’ap-
proximation de champ faible ont été mises au point dans les années 80 pour de tels
systèmes binaires.
2. Courbure spatiale
V
Dans l’approximation d’un champ gravitationnel faible c2
<< 1 et nous pouvons
donc écrire
1
Rµν = Γρµν,ρ
− Γρµρ,ν
+O 4 .
c
Par conséquent, nous obtenons les équations indépendantes du temps
α
R00 ≃ + ∆V
c2
α−γ γ
Rij ≃ − 2
∂i ∂j V + 2 δij ∆V
c c
α − 2γ
R ≃ +2 ∆V
c2
en adoptant la paramétrisation d’Eddington-Robertson pour la métrique statique,
3-isotrope :
α
2V γ +O 1 .
gµν = ηµν + 2
c
γ
c4
γ
L’équation classique de Laplace
ij GM
δ ∂i ∂j V ≡ ∆V = 0 V =−
r
combinée au principe d’équivalence, i.e.,
α=1
γ = +1
129
5.3 – Identités de Bianchi
3. Identités de Bianchi
En début de chapitre, nous avions laissé entendre que les 10 équations d’Ein-
stein
Rµν = 0
sont suffisantes pour fixer les 10 composantes de la métrique gµν . Cependant, si tel
était le cas, cela signifierait que nous n’avons pas la liberté de choisir un système
de coordonnées. Or ceci irait à l’encontre du principe même de la covariance qui
nous dit que le choix des coordonnées n’a en soi aucune signification physique. Cet
argument erroné mènera Einstein (Entwurf, 1913) à abandonner provisoirement
tout espoir d’une théorie covariante de la gravitation.
130
5.3 – Identités de Bianchi
En réalité, les équations d’Einstein obéissent à des identités telles que seules 6
d’entre elles sont effectivement indépendantes. En effet, dans un repère inertiel local
les symboles de Christoffel sont nuls et nous avons
σ σ
Rµνρ|τ = Rµνρ,τ
= Γσµν,ρ,τ − Γσµρ,ν,τ .
~~τ
dq
+ + =0
~ρ
dq
dq ν
µν 1 µν
R − Rg ≡0
2 |ν
131
5.3 – Identités de Bianchi
après une identification des indices σ et ρ suivie d’une contraction à l’aide de g µν . Ces
identités sont de toute évidence valables quelle que soit la dimension d de l’espace-
temps. Issues de transports parallèles sur les arêtes d’un cube, elles doivent cepen-
(2)
dant être triviales pour d = 2. De fait, nous avons vu que 0 Rµν ≡ 0. Par contre, en
d = 4, quatre degrés de liberté sont ainsi mis gracieusement à notre disposition pour
choisir un système de quatre coordonnées (sphériques, isotropes, harmoniques,. . . )
approprié. Notons que ces identités redécouvertes par Bianchi en 1902 étaient déjà
connues de Voss (1880) et Ricci (1889). Inconnues d’Einstein, elles joueront un
rôle crucial lors de l’introduction de la matière dans le cadre de la cosmologie (voir
chapitre 8) !
En présence d’une métrique, nous avons vu que le tenseur de Riemann se réduit
à ceux de Weyl et de Ricci. Par conséquent, les identités générales de Bianchi per-
mettent également d’exprimer la dérivée covariante du tenseur de Weyl en termes
du tenseur de Ricci et du scalaire de courbure :
σ d−3 1
Wµ[νρ|σ] = Rµν|ρ − Rµρ|ν − gµν R|ρ − gµρ R|ν .
d−2 2(d − 1)
Le tenseur de Weyl étant par définition de traces nulles, un seul terme subsiste dans
le membre de gauche de cette relation et nous obtenons
σ d−3
Wµνρ|σ = [Cµνρ ]
d−2
avec Cµνρ , le tenseur de Cotton (1899). Ce dernier est le substitut du tenseur de
Weyl pour les variétés tri-dimensionnelles [18] :
W σ µνρ|σ ≡ 0
132
5.3 – Identités de Bianchi
Rσµνρ|σ = 0 ❀ F σµ|σ = 0.
ou encore
?
σ
Rµνρ|σ /
6= 0 ⇒ SEP
se justifie aisément dans l’approximation de champ faible statique : au premier ordre
en 1/c2 ces équations découlent directement de l’équation de Laplace (∆V = 0), alors
qu’au second ordre en 1/c2 les composantes mixtes calculées à l’aide des identités
générales de Bianchi donnent
133
5.3 – Identités de Bianchi
σ
Par conséquent, les équations tensorielles Rµνρ|σ = 0 seules ne sont pas suffisantes
pour garantir le principe d’équivalence car α = β = 0 est également autorisé [8].
Cependant, le paramètre phénoménologique introduit dès le chapitre 1 pour décrire
la violation de la version forte du principe d’équivalence vaut
η = 4β − γ − 3
dans un champ gravitationnel faible. (L’intérieur d’un pulsar étant dans un régime de
champ fort, la paramétrisation d’Eddington-Robertson est insuffisante pour décrire
la borne de l’ordre de 10−6 déjà mentionnée dans la section 3.4). Ce paramètre s’an-
nule donc précisément pour les trois théories relativistes de la gravitation considérées
successivement par Einstein entre 1913 et 1915 (voir le graphe à la fin du chapitre
3). Pour celles covariantes de 1914 (scalaire) et de 1915 (tensorielle), cela découle
directement des identités de Bianchi qui impliquent
σ
Rµνρ|σ = 0 ⇔ Rµν|ρ − Rµρ|ν = 0
σ
Wµνρ|σ =0
⇔
R = constante.
La Relativité Générale semble être la seule théorie métrique viable qui encode
complètement le principe d’équivalence fort. Le 26 novembre 1915, Einstein écrit
en effet à son ami Zangger, professeur de physiologie à l’université de Zurich :
134
Chapitre 5
Exercices intégrés
5.2. Transports parallèles le long des arêtes d’un cube (théorème de Gauss).
σ
5.5. Dans l’approximation de champ faible, les contraintes Rµνρ|σ = 0 développées
en coordonnées isotropes impliquent les relations
4β − αγ − 3α2 = 0
6δ − 6γ 2 − αγ + α2 = 0
σ
5.6. En champ fort, les contraintes Rµνρ|σ = 0 appliquées aux identités de Bianchi
impliquent
D τ Dτ Rµνρ
σ
= [D τ , Dρ ]Rσµντ − (ρ ↔ ν)
= O(Riemann2 ).
135
Chapitre 5
Bibliographie
[1] “Remarks on the foundations of General Relativity”, J.L. Pietenpol and
D. Speiser, Helvetica Physica Acta 48 (1975) pp. 153-161.
[5] “The Cotton tensor in Riemannian spacetimes”, A. Garcia et al., arXiv : gr-
qc/0309008 (2003).
[7] “The strong equivalence principle from gravitational gauge interactions”, J.-
M. Gérard, Class. Quant. Grav. 24 (2007) 1867.
[8] “Yang’s gravitational field equations”, W.-T. Ni, Phys. Rev. Lett. 35 (1975)
319.
136
6.1 – Solution de Schwarzschild extérieure
Chapitre 6
Pour tester la théorie d’Einstein au voisinage d’une masse M, nous allons suppo-
ser que sa distribution est sphérique et statique. Ces deux hypothèses raisonnables
reviennent à imposer l’invariance sous rotation spatiale et sous translation tempo-
relle. Elles permettent de simplifier la métrique de telle sorte que cette dernière ne
dépende plus que de deux fonctions radiales arbitraires mises sous forme exponen-
tielle pour garantir la signature (+ − −−) de la métrique :
ν(ρ → ∞) = 0
λ(ρ → ∞) = 0
sont imposées sur ces deux fonctions afin de retrouver la métrique pseudo-euclidienne
de Minkowski à une distance infinie de la source gravitationnelle.
137
6.1 – Solution de Schwarzschild extérieure
En effet, la combinaison
2(λ′ + ν ′ )
e2(λ−ν) Rtt + Rρρ = =0
ρ
implique
λ(ρ) = −ν(ρ),
la première constante d’intégration étant fixée à zéro par les conditions asympto-
tiques imposées sur la métrique. Nous pouvons alors intégrer
Rθθ = −(ρe2ν )′ + 1 = 0
Il est intéressant de rappeler que dans son article original présenté par Einstein
à l’Académie des sciences de Prusse le 13 janvier 1916, Schwarzschild manifeste-
ment influencé par ce dernier [1] détermine d’abord l’élément de ligne ds pour une
métrique diagonale et de déterminant g = −1. Comme nous l’avons déjà souligné
dans la section 4.8, ce choix particulier s’avère de fait commode pour le calcul des
composantes du tenseur de Ricci à annuler. Il requiert cependant l’introduction pro-
visoire de variables spatiales inhabituelles (x = r 3 /3, y = − cos θ, z = ϕ) afin de
garantir un élément de volume r 2 dr sin θdθ dϕ égal à dx dy dz dans l’espace eucli-
dien asymptotique. Une fois la métrique solution des équations Rµν = 0 déterminée,
Schwarzschild revient alors aux coordonnées sphériques habituelles via un second
changement de la variable radiale,
ρ = (r 3 + ρ30 )1/3 ,
138
6.1 – Solution de Schwarzschild extérieure
139
6.1 – Solution de Schwarzschild extérieure
GM
Si nous choisissons plus simplement V (r) = − avec
rs
ρ = rs
en coordonnées sphériques.
GM
Si par contre, nous choisissons V (r) = − avec
rh
GM
ρ = rh +
c2
nous obtenons
2
1 + V /c2 2 2 1 − V /c2
2 V
ds = 2
c dt − 2
2
drh − 1 − 2 rh2 (dθ2 + sin2 θdϕ2 )
1 − V /c 1 + V /c c
2
2 2 2
1 + V /c 2 2 V (V /c ) xi xj
= c dt − 1 − 2 δij + dxi dxj .
1 − V /c2 c 1 − (V /c2)2 rh2
x0 = ct
x1 = rh sin θ cos ϕ
x2 = rh sin θ sin ϕ
x3 = rh cos θ
140
6.1 – Solution de Schwarzschild extérieure
gφ ≡ g αβ Dα Dβ φ
= g αβ Dα Vβ , Vβ ≡ Dβ φ = ∂β φ
2
αβ ∂ φ λ ∂φ
= g (q) − Γαβ (q) λ
∂q α ∂q β ∂q
= 0.
−g αβ (x)Γλαβ (x)δλν = 0
c’est-à-dire
g αβ Γναβ = 0
si nous utilisons le fait que g νρ|ρ = 0. Dans ce sens, les coordonnées harmoniques
constituent la paramétrisation la plus proche des coordonnées de Minkowski qui,
quant à elles, satisfont manifestement l’équation de d’Alembert ( η xν = 0) dans un
espace pseudo-euclidien. En fait, leur utilisation simplifie grandement les équations
d’Einstein dans l’approximation linéaire gµν (x) = ηµν + hµν (x). Nous verrons dans le
cadre de l’étude des ondes gravitationnelles que cette simplification est équivalente
à celle apportée aux équations de Maxwell par l’utilisation de la jauge de Lorenz !
Deux propriétés essentielles de la théorie de Newton restent donc d’application en
Relativité Générale : d’une part, le champ gravitationnel à l’intérieur d’une couche
sphérique de matière est nul ; d’autre part, la gravitation d’un corps sphérique de
masse M est équivalente à celle d’une source ponctuelle de même masse. Quel que
soit notre choix particulier pour le système de coordonnées, nous pouvons dès lors
calculer tous les effets induits par un champ gravitationnel si nous connaissons la
masse M qui en est la source ! Réciproquement, tout comme Le Verrier nous pouvons
déduire la masse M d’un objet sombre lointain sur base des effets gravitationnels
qu’il génère. Cette propriété remarquable de la solution extérieure de Schwarzschild
141
6.2 – Dans notre système solaire : M = M⊙
reste à la base de tous les tests positifs de la Relativité Générale. En fait, l’histoire
de ces tests peut se diviser en 4 périodes distinctes [3] :
a) la genèse (1859–1919) ;
b) l’hibernation (1920–1960) ;
c) l’âge d’or (1960–1980) ;
d) la quête d’une gravité forte (1980– ).
ds2 = A2 (ri )c2 dt2 − B 2 (ri )[dri2 + ri2 (dθ2 + sin2 θdϕ2 )].
GM
Par conséquent si nous choisissons V (r) = − , alors
ri
2 2
1 + V /2c2
2 V V
A (ri ) = 2
≡ 1 + 2α 2 + 2β 2 +···
1 − V /2c c c
4 2
2 V V 3 V
B (ri ) = 1 − 2 ≡ 1 − 2γ 2 + δ 2 + · · ·
2c c 2 c
142
6.2.1 – Avance séculaire du Périhélie de Mercure
α=β=γ=δ=1
pour la théorie de la Relativité Générale. Nous savons que la condition sur α découle
directement du principe d’équivalence d’Einstein. Tous les tests classiques de la
Relativité Générale auront donc comme objectif l’extraction des paramètres post-
Newtoniens β et γ à partir de l’observation.
mène aux équations géodésiques d’une particule test de masse m se mouvant libre-
ment dans le champ gravitationnel induit par la métrique gµν . Il s’avère cependant
plus commode de réduire à nouveau ce problème de Kepler relativiste à une variation
“classique” Z
δ Ldt = 0
avec
1/2
v2
2 2
L = −mc A − B2 2
c
si nous travaillons en coordonnées isotropes dans le plan θ = π/2. Dans ce cas, nous
pouvons reprendre étape par étape la dérivation donnée au chapitre 2 pour le cas
scalaire relativiste.
Nous extrayons d’abord les deux constantes du mouvement
A2 mc2
E=p (indépendance/t)
A2 − B 2 v 2 /c2
B2 E 2
J = 2 2 ri ϕ̇ (indépendance/ϕ).
A c
143
6.2.1 – Avance séculaire du Périhélie de Mercure
E ≡ mc2 + W,
144
6.2.1 – Avance séculaire du Périhélie de Mercure
G2 M 2
∆ϕscalaire = 2π(−1) = −7.1635”/siècle
2J 2 c2
obtenu de manière cinématique au chapitre 2.
La théorie tensorielle d’Einstein (α = β = γ = 1) prédit quant à elle une avance
au périhélie 6 fois plus grande
∆ϕtenseur = −6∆ϕscalaire
et est donc en parfait accord avec l’observation ! Un des exploits d’Einstein (18
novembre 1915) fut dès lors d’exclure toute matière sombre hypothétique entre
Mercure et le Soleil sans l’aide de paramètres ajustables . . . Il avouera plus tard à l’un
de ses collègues qu’il fut tellement excité par ce résultat qu’il en eut des palpitations
cardiaques [4]. Rappelons en effet que ce problème le préoccupait depuis 1907. Et
en 1913, c’est-à-dire deux années plus tôt, son esquisse de théorie non-covariante
(α = 1, β = 3/4, γ = 0) prédisait encore
5
∆ϕEntwurf = − ∆ϕscalaire
2
soit une avance au périhélie de seulement 18 secondes d’arc par siècle ! Il est intéres-
sant de noter qu’Einstein dériva ce résultat préliminaire avec l’aide de son ami et
confident Michele Besso. Un manuscrit de 52 pages récemment cédé par la famille
Besso permet ainsi d’apprécier l’aisance calculatoire acquise par Einstein dès 1913.
Le résultat numérique final était bien sûr décevant, mais leurs efforts conjoints ne
furent pas vains car les techniques développées dans ce manuscrit seront reprises
telles quelles par Einstein en novembre 1915.
Sur base de la relation simple (exprimée en radians par orbite) :
3 r
0 GM
∆ϕRG = π , r 0 = 2
(1 − e2 ) a c2
la situation actuelle résumée par le tableau ci-dessous est impressionnante :
145
6.2.1 – Avance séculaire du Périhélie de Mercure
Notons au passage la très grande excentricité de l’orbite d’Icare (W. Baade, 1949).
Astéroı̈de de très petite taille (un kilomètre de diamètre !), il s’approche en effet
plus près du Soleil que Mercure alors que son aphélie est situé entre Mars et Jupiter,
facilitant ainsi l’observation d’une précession orbitale. Soulignons également une
précession de 12’ par orbite (T ≃ 16 ans) de l’étoile S2 (1000, 0.88) autour du trou
noir massif SgA∗ (M ≃ 4 106 m⊙ ) situé au centre de notre galaxie...
Le paramètre β qui apparaı̂t au second ordre dans la paramétrisation
d’Eddington-Robertson est donc mesuré avec une précision de 3o /oo si nous suppo-
sons γ = 1 [5] :
β = 1.000 ± 0.003
soit une erreur théorique relative de l’ordre de 10−7 pour le décalage angulaire de
Mercure [6]. En réalité, l’incertitude sur la prédiction de l’avance au périhélie est
dominée par notre méconnaissance actuelle du moment quadrupolaire intrinsèque
du Soleil dénoté J2⊙ . Ce dernier modifie en effet le potentiel gravitationnel associé
146
6.2.1 – Avance séculaire du Périhélie de Mercure
très petit par rapport à celui de la Terre (J2⊕ = 1.08 10−3 ). Dès lors, l’avance
supplémentaire du périhélie d’une planète en orbite circulaire (e = 0) dans le plan
écliptique (θ = π2 ) du Soleil vaut
r 2
⊙
∆ϕJ2⊙ = +3π J2⊙
a
1 r⊙
≈ ∆ϕRG .
22 a
Il est intéressant de constater que ces déplacements angulaires classique et relativiste
ont une dépendance différente dans la distance radiale a par rapport au Soleil.
Cette différence permet, en principe, de distinguer clairement les deux effets en
combinant des mesures très précises pour plusieurs astres en orbite autour du Soleil.
Une meilleure détermination de β résulterait de telles mesures relatives.
147
6.2.2 – Déflexion de la lumière
Si cette contrainte est réinjectée dans S̃, nous constatons que S et S̃ sont bien des
actions équivalentes dans le cas massif.
Par contre, dans le cas de masse nulle, nous ne pouvons appliquer le principe
variationnel que sur l’action
dq µ dq ν
c
Z
−1
S̃ = − e gµν dλ
2 dλ dλ
à l’aide du paramètre affine dλ(= ds). Les équations du mouvement qui en résultent
directement impliquent
′ B 2E 2
u 2 + u2 = (E, J constants)
A2 J 2 c2
148
6.2.2 – Déflexion de la lumière
b r
ϕ
149
6.2.2 – Déflexion de la lumière
ϕ
2
ϕ
1
δ ≡ ϕ2 − ϕ1 − π
avec
−1 GM
ϕ1 ≃ sin −(α + γ) 2
cb
−1 GM
ϕ2 ≃ π + sin (α + γ) 2
c b
s’écrit
α+γ GM
δ≈4
2 c2 b
Pour le Soleil, l’effet de déflexion sera maximal si le faisceau lumineux rase sa
surface (b ∼ r⊙ = 7 105 km). Dans ce cas limite,
theorie
4GM⊙ α + γ
δmax ≃ 2
c r⊙ 2
1+γ
≃ 1.75” .
2
Ce calcul confirme donc que le principe d’équivalence d’Einstein, qui postule que
la gravitation couple de manière universelle à toute forme d’énergie (non-gravitation-
nelle), n’est à l’origine que d’une fraction de la déflexion. La courbure spatiale peut
en effet augmenter ou diminuer cette déflexion, selon le signe du paramètre γ. Voilà
donc ce qu’Einstein a dû expliquer à Zangger ...
En 1801, l’astronome allemand Soldner avait déjà calculé la valeur de l’angle de
déflexion dans le cadre de la théorie corpusculaire de la lumière, en introduisant une
masse fictive pour le photon. Il obtint ainsi
δclassique = 0.87′′
150
6.2.2 – Déflexion de la lumière
δtenseur = 1.75′′
En 1919, Eddington profite d’une éclipse complète du Soleil très favorable pour
organiser deux expéditions, l’une en Guinée et l’autre au Brésil. Le déplacement
apparent d’un champ d’étoiles situé dans l’amas des Hyades :
AAAAAA
AAAAAA
AAAAAA
S
AAAAAA
éclipsé par
AAAAAA
L
implique respectivement
δ1 = (1.61 ± 0.30)”
δ2 = (1.98 ± 0.12)”.
Ces résultats ont un effet médiatique considérable [7]. La Nature donnait une nou-
velle fois raison à Einstein : ce n’est pas le concept de masse mais bien le concept
d’énergie qui prévaut en présence d’un champ gravitationnel. Le mythe Einstein
était enfin installé !
Une mesure optique (λ ∼ 10−6 m) de la déflexion de la lumière par le Soleil reste
délicate de nos jours et la limite obtenue sur γ n’est par conséquent pas très sévère.
151
6.2.3 – Retard de l’écho-radar
quasar
152
6.2.3 – Retard de l’écho-radar
rT
S b
y
rV
x V
153
6.2.4 – Déplacement Doppler
avec Z
dz √
√ = ln[z + z 2 + b2 ].
z 2 + b2
Par conséquent, si b2 << rT,V
2
, nous obtenons un retard additionnel de l’écho évalué
à
α+γ 4GM 4rT rV
δt ≈ ln .
2 c3 b2
L’effet sera donc maximal lors de la conjonction supérieure, c’est-à-dire lorsque
la Terre et Vénus sont diamétralement opposées par rapport au Soleil, de sorte que
le signal rase sa surface (b ∼ r⊙ = 7 105 km). Tenant compte des distances moyennes
suivantes :
rT ∼ 150 106 km
rV ∼ 108 106 km
pour la Terre et Venus respectivement, nous obtenons comme prédiction de la Rela-
tivité Générale :
(δt)max ∼ 240µs
γ = 1.000 ± 0.001.
154
6.2.4 – Déplacement Doppler
ω 2 1/2 ∂L
L(ri ) = {A2 (ri ) − B 2 (ri )ri2 } , =0
c2 ∂ri
et la troisième loi de Kepler est modifiée de la manière suivante
1/3
GMT 2
GM 1
ri = − (γ + 2β) 2 + O .
4π 2 3c c4
Par conséquent, si nous exprimons le délai classique ∆t en “harmonie” avec les
périodes orbitales de la Terre et de Vénus, nous obtenons en réalité un retard rela-
tiviste de
4GM (α + γ) 4rT rV (γ + 2β) 1
δt = ln − +O .
c3 2 b2 3 c5
155
6.2.4 – Déplacement Doppler
est, quant à lui, une observable au même titre que la précession du périhélie ou que
la déflexion de la lumière. Il est en effet défini en terme du paramètre d’impact, sans
référence particulière à un système de coordonnées, et fournit dès lors un test plus
propre que le retard de l’écho-radar. Lancée en 1997, la sonde spatiale Cassini (lors
de son périple très médiatisé de 7 années vers Saturne, puis vers son satellite Titan)
fut pratiquement alignée avec le Soleil et la Terre. Le paramètre d’impact minimal
bmin = 1.6 r⊙
fut atteint le 21 juin 2002, alors que la sonde était déjà beaucoup plus éloignée du
Soleil que la Terre :
rCassini = 8.43 rT .
À cette distance, seul le mouvement orbital bien connu de la Terre induit un chan-
gement significatif du paramètre d’impact
db
≃ vT ≃ 30 kms−1 .
dt
156
6.2.4 – Déplacement Doppler
Par conséquent, le déplacement relatif de la fréquence du signal émis (et non plus
réfléchi !) par la sonde est proportionnel au paramètre d’impact b :
δν 1
∝ ,
ν b(t)
et sa valeur maximale attendue sur Terre vaut
δν
≈ 6 10−10 .
ν max
Cassini (“la Terre est un sphéroı̈de prolate, i.e., allongé aux pôles”) prend ainsi
sa revanche sur Newton (“la Terre est un sphéroı̈de oblate, i.e., aplati aux pôles”)
car cette expérience unique fournit la détermination de loin la plus précise de la
courbure de l’espace au voisinage du Soleil :
γ − 1 = (2.1 ± 2.3)10−5
Mais qui s’en souvenait encore lors du grand plongeon final de la sonde dans l’at-
mosphère de Saturne le 16 septembre 2017, soit 20 ans après son lancement ?
Un tel succès nous autorise à rêver d’une interférométrie laser entre deux (micro)
sondes spatiales en quasi conjonction avec le Soleil. Cette expérience LATOR (Laser
157
6.2.4 – Déplacement Doppler
|β − 1|obs. ≤ 3 10−3
|γ − 1|obs. ≤ 5 10−5
Tous ces tests sont sensibles au paramètre de courbure spatiale γ, mais seule
la précession du périhélie dépend fortement du paramètre non-linéaire β. La raison
essentielle est que ce phénomène purement gravitationnel ne disparaı̂t de la théorie
de Newton que si le potentiel est exactement proportionnel à l’inverse de la distance
radiale. Pour les autres tests, l’annulation de l’effet dans la limite newtonienne ne
dépend pas de manière critique de ce comportement en 1/r du potentiel.
En fait, nous avons vu que le principe d’équivalence fort est une contrainte
sur les propriétés gravitationnelles de l’énergie gravitationnelle elle-même, et par
conséquent, une hypothèse sur le caractère non-linéaire de la gravitation. Il n’est
158
6.3 – Dans notre galaxie : M = ?
donc pas surprenant que les mesures actuelles de la distance Terre-Lune à l’aide
d’un réflecteur laser déposé par la mission Apollo 11 donne aujourd’hui :
η ≡ 4β − γ − 3 = (4.0 ± 4.3)10−4 ,
159
6.3 – Dans notre galaxie : M = ?
T = 1.33730113 s
très régulière
Ṫ = 0.000000049 s/année
par Jocelyn Bell et son patron de thèse Anthony Hewish allait ouvrir une chasse
effrénée aux “Little Green Men”, quête superbement interprétée par Jodie Foster
dans “Contact” (R. Zemeckis, 1996). L’origine naturelle de ce signal “extra-terres-
tre” fut cependant très rapidement établie avec l’identification (radio et optique !)
d’un tel pulsar au centre géométrique de la Nébuleuse du Crabe. Or cette nébuleuse
est le vestige d’une supernova distante de 6000 années-lumière dont l’explosion avait
été notifiée par l’astronome chinois Yang Weide le 4 juillet 1054. Le phénomène de
pulsar est donc intimement lié à l’histoire d’une étoile et, en particulier, à sa phase
terminale !
Dans environ 5 milliards d’années, le Soleil aura consommé sa réserve d’hy-
drogène et le cycle principal
e− + p → n + νe .
160
6.3.1 – Précession orbitale d’un pulsar
e− + p → n + νe .
161
6.3.1 – Précession orbitale d’un pulsar
Le 30 avril 1006, une étoile surgit dans la Constellation du Loup. Située exception-
nellement hors du plan galactique, à seulement 7000 années-lumière de la Terre, elle
devient aussi lumineuse qu’un Quartier de Lune avant de disparaı̂tre. Ces événements
très spectaculaires ont toujours fasciné les astronomes. C’est ainsi que Tycho Brahé
décide de consacrer sa vie entière à l’astronomie suite à l’apparition d’une “Stella
Nova” dans la Constellation de Cassiopée en 1572. L’avenir allait lui donner rai-
son. Seules les supernovae de 1006 et 1572 ont en effet pu être identifiées comme
étant de type Ia, c’est-à-dire issues d’une naine blanche dont la masse remonte à
la valeur critique de 1.4 M⊙ grâce à la matière arrachée à une étoile compagnon.
La statistique de deux événements “SNIa” par galaxie, par millénaire, semble donc
bien respectée dans notre Voie Lactée pour l’instant. . . Cette statistique fut cruciale
pour la mise en évidence (en 1998) d’une expansion accélérée de l’Univers !
La “courbe de luminosité” de la supernova de 1604 a pu être reconstruite grâce
aux observations très précises de l’époque. Le 28 octobre, soit 20 jours après sa
première détection à l’œil nu, elle parait (selon Kepler en personne) plus brillante que
Jupiter. Ensuite, sa luminosité va progressivement décroı̂tre pour être définitivement
perdue de vue le 7 octobre 1605, soit 4 ans avant l’avènement de la lunette de
Galilée ! En 1987, nous avons plus de chance car une supernova est directement ob-
servée par un astronome amateur, dans le Grand Nuage de Magellan situé à 160.000
années-lumière. De plus, des neutrinos émis alors que les Néandertaliens chassaient
toujours le mammouth sont détectés sur Terre par le laboratoire souterrain de Ka-
162
6.3.1 – Précession orbitale d’un pulsar
mioka (Japon) mis en service 4 ans plus tôt ! La bouffée de 11 neutrinos observée
sur un laps de temps de 13 secondes le 23 février 1987 à 7h35 (UT) confirmait ainsi
le mécanisme fondamental d’une explosion supernova.
L’étoile à neutrons, stabilisée à nouveau par le principe d’exclusion de Pauli,
résulte donc d’un passage de l’échelle atomique (10−10 m) à l’échelle nucléaire
(10−15 m). L’étoile ainsi réduite d’un facteur 105 en taille voit sa masse comprise
entre 1.1 et 1.6 fois la masse du Soleil concentrée sur une dizaine de kilomètres.
Si l’on pouvait remplir une petite cuillère à café avec de “l’étoile à neutrons”, elle
pèserait l’équivalent de 100.000 tours Eiffel ! La conservation du moment angulaire
(J = mr 2 w) et du nombre de lignes de force du champ magnétique implique alors des
propriétés plutôt surprenantes pour cet énorme noyau entouré par une fine écorce de
fer. En effet, si l’étoile possédait à l’origine une période de rotation intrinsèque de 25
jours et un champ magnétique de 1 Gauss (cfr notre Soleil) alors l’étoile à neutrons
résultante sera caractérisée par une période de rotation 1010 plus petite (T ∼ 10−4 s)
et un champ magnétique de 1010 Gauss ! Ce champ magnétique très élevé accélère
les électrons qui rayonnent des ondes radio focalisées le long de l’axe magnétique. Si
ce dernier ne coı̈ncide pas avec l’axe de rotation (cfr notre Terre), l’étoile à neutrons
devient une étoile pulsante ou pulsar c’est-à-dire un radio-phare de l’espace.
axe de rotation
ondes radio
ondes radio
champ magnétique
163
6.3.1 – Précession orbitale d’un pulsar
avec un cycle régulier d’environ 8 heures ! Très rapidement, ils en déduisent que leur
pulsar (1) n’est pas seul mais orbite au voisinage d’un compagnon invisible (2) :
de telle sorte que la variation du signal perçu sur Terre est une simple conséquence
de l’effet Doppler classique :
Doppler
∆T v
≈ = O(10−3)
T pulsar c
associé au mouvement apparent de va-et-vient du premier pulsar binaire ainsi décou-
vert [11].
L’observation minutieuse et systématique de cette variation cyclique durant une
vingtaine d’années va dès lors leur permettre de reconstruire intégralement la tra-
jectoire du pulsar [12]. Son orbite elliptique autour du centre de masse C possède
in fine les caractéristiques suivantes :
- période : T1 = 0.322997448930(4)j. ≈ 8h.
- excentricité : e1 = 0.6171338(4) ≈ 0.6
- demi-grand axe : a1 = 0.955 106 km ≈ 1.4 r⊙ .
- La période orbitale T1 est naturellement reliée (Kepler I) à la variation cyclique
du signal pulsé.
√
- L’excentricité e1 étonnamment proche (de l’inverse) du nombre d’or ( 5 − 1)/2
est aisément extraite de la loi classique des aires (Kepler II) :
dS 1
= r 2 ϕ̇
dt 2
(1 + e1 )a1 vA (1 − e1 )a1 vP
= = .
2 2
164
6.3.1 – Précession orbitale d’un pulsar
M = m1 + m2
165
6.3.1 – Précession orbitale d’un pulsar
c’est-à-dire
2GM
≃ 4.28 10−6 .
ac2
La loi harmonique reliant le carré de la période orbitale au cube du demi-grand axe
a donne alors
a ≡ (a1 + a2 ) = 2.80 r⊙
et
M = 2.83 M⊙ .
Tpulsar = 0.0590299983444181(5) s
rivalisant avec les meilleures horloges atomiques à notre disposition (δt/t ≃ 3 10−16
pour rappel, voir Section 3.4.2) ! Ils détectent alors une variation cyclique résiduelle
dont l’amplitude maximale est de 58 nanosecondes et qui affecte donc cette fois
la huitième décimale du signal perçu sur Terre. Or deux phénomènes de nature
purement relativiste peuvent en principe affecter la période apparente du signal
pulsé. Le premier est la dilatation du temps (dτ = γ −1 dt) due à la vitesse élevée
du pulsar. Le principe de relativité implique en effet que la période intrinsèque T
mesurée (en théorie !) à la surface du pulsar est plus courte que celle effectivement
observée sur Terre : v1
1 v12
∆T
= .
T pulsar
2 c2
Cette correction relativiste à l’effet Doppler ne peut cependant expliquer à elle seule
la totalité du nouvel effet cyclique observé ∆T ≃ 10−6 car nous savons déjà que
T
la vitesse v1 du pulsar par rapport à la Terre est inférieure à 10−3 c. Tout comme
pour l’expérience de Hefele et Keaton, nous devons donc faire appel à un second
1/2
effet relativiste du même ordre de grandeur : la dilatation du temps (dτ = g00 dt)
166
6.3.1 – Précession orbitale d’un pulsar
m1 = 1.4398(2) M⊙
m2 = 1.3886(2) M⊙
167
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
η V ≡ η αβ ∂α ∂β V = 0
168
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
V (x)
eφ(x) ≡ 1 + .
c2
Cette équation scalaire relativiste décrit la propagation d’une onde à la vitesse de
la lumière dans un espace-temps de Minkowski (✷η ≡ c−2 ∂t2 − ∆) fixé a priori.
La description d’une onde gravitationnelle dans le cadre de la théorie tensorielle
d’Einstein s’avère nettement plus complexe car la métrique n’est plus fixée a priori
mais résulte des équations de la Relativité Générale. Toutefois, leur existence est
aisée à démontrer dans l’approximation linéaire suivante :
gµν (x) = ηµν + hµν (x) + O [hµν ]2
g µν (x) = η µν − hµν (x) + O [hµν ]2 ,
telle que gµν g νρ = δµρ .
Dans cette limite, la connexion s’écrit
1
Γναβ = η νσ [∂β hασ + ∂α hσβ − ∂σ hαβ ] + O(h2 )
2
et les équations d’Einstein se réduisent à
1 αβ
Rµν ≃ −η ∂α ∂β hµν + ∂ µ ∂ρ hρν + ∂ ν ∂ρ hµρ − ∂ µ ∂ ν hλλ
2
= 0.
La covariance de la théorie implique que le tenseur métrique dans son ensemble n’est
pas une observable. Nous pouvons dès lors imposer les conditions
1
∂ρ hρν = η ρν ∂ρ hλλ
2
pour annuler les trois derniers termes dans l’expression approximative de Rµν et
obtenir ainsi les équations
µν
η h (x) =0
d’une onde tensorielle se propageant à la vitesse de la lumière (vOG = c) dans un
espace-temps de Minkowski (Einstein, 1918). Dans l’approximation linéaire, ces
conditions sont équivalentes aux quatre contraintes
Γν ≡ g αβ Γναβ = 0
ou
√
∂ρ ( −g g ρν ) = 0 , g ≡ det(gµν ) ≃ −(1 + hλλ )
correspondant au choix particulier du système de coordonnées harmoniques !
169
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
≃ Γα (x) − λα (x).
En résumé, le choix des coordonnées harmoniques (Γν = 0) dicté par notre volonté
de mettre clairement en évidence l’existence d’ondes gravitationnelles se propageant
à la vitesse de la lumière (✷hµν = 0) repose sur le principe de covariance. Cependant
l’invariance de jauge propre à la Relativité Générale autorise encore des translations
infinitésimales λα pour autant qu’elles obéissent à
λα (x) = 0.
Nous pouvons dès lors établir un parallèle entre ce formalisme et celui de l’élec-
tromagnétisme dans lequel le potentiel vecteur Aµ n’est pas une observable :
équations du champ :
(dans une jauge arbitraire)
170
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
invariance de jauge :
Aµ → Aµ + ∂ µ Λ ! hµν → hµν + ∂ µ λν + ∂ ν λµ
choix de jauge :
µ µν 1 µν λ
∂µ A = 0 ! ∂µ h − η hλ = 0
2
équations du champ :
(dans cette jauge)
Aµ = 0 ! hµν = 0
condition de jauge :
(subsidiaire)
Λ=0 ! λα = 0
Nous allons exploiter ce parallèle remarquable pour identifier les degrés de liberté
physiques associés à une onde gravitationnelle.
Analysons d’abord en détail une onde électromagnétique monochromatique plane.
Pour ce faire, nous allons développer le champ électromagnétique Aµ (x) en série de
µ
Fourier et en extraire les polarisations π(ρ) physiques :
3
X n o
µ µ
A (x) = π(ρ) a(ρ) e−ikx + a∗(ρ) eikx , η αβ kα kβ = 0.
ρ=0
Si cette onde se propage selon l’axe z, le 4-vecteur onde associé s’écrit k µ = |~k|(1, 0, 0, 1)
et la condition de Lorenz
kµ π µ = 0
µ
exclut d’emblée la polarisation π(0) = (1, 0, 0, −1). D’autre part, la liberté résiduelle
de choisir une fonction scalaire
i
Λ(x) = − a(3) e−ikx
~
|k|
171
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
Λ(x) = 0
µ
nous permet d’éliminer la polarisation longitudinale π(3) = (1, 0, 0, 1) à l’aide d’une
transformation de jauge spécifique :
kµ
πµ → πµ − .
|~k|
Nous avons ainsi réduit les quatre composantes indépendantes du champ électro-
magnétique Aµ (x) aux deux polarisations transversales physiques :
0 0
µ
1
µ
0
π(1) = et π(2) = .
0 1
0 0
?
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
0 1 0 0 0 1 0 0 0 0 1 0
, , ,
0 0 1 0 0 0 −1 0 0 1 0 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
172
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
quelle que soit la théorie métrique considérée [15], pour autant que la propa-
gation de l’onde (vOG ≤ c) se fasse à nouveau selon l’axe z, i.e.,
kµ = |k| (1 0 0 − 1) ;
173
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
174
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
du tenseur de Riemann qui est le seul champ mesurable. Les ondes gravitationnelles
sont donc physiques mais ne peuvent être détectées (ou produites) qu’au travers
d’effets de marée. En particulier, ces ondes transportent de l’énergie car (en principe)
des anneaux glissent sur une barre de rideau et la chauffent donc à leur passage.
Autrement dit (Feynman, 1957) :
Dans le repère propre de la particule de référence, la seconde oscille donc avec une
amplitude proportionnelle à hij (t).
Si les ondes transversales se propagent dans la direction z, une déformation locale
de l’espace-temps se produit dans le plan orthogonal (x, y) :
a+ :
π 3π
ωt = ωt = π ωt = ωt = 2π
2 2
a× :
176
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
L’explosion d’une étoile suite à son effondrement sous son propre poids (super-
nova) pourrait ainsi libérer une brève bouffée d’ondes gravitationnelles à condition,
selon le théorème de Birkhoff, que l’explosion soit suffisamment non-sphérique. Le
mode de “respiration” suivant :
a0 :
177
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
le moment dipolaire associé à une distribution de charges de densité donnée ρ(t, ~x).
Dans le cas particulier d’un électron se mouvant de manière périodique dans un
champ extérieur (principe de l’antenne), le moment dipolaire est
d~ = e~x.
car ~v · ~a retrouve alors sa valeur initiale après chaque cycle. Par conséquent, un
électron au repos dans le champ gravitationnel statique de la Terre (i.e., a = g =
constante) ne rayonne pas ! Autrement dit, la modification des équations de Maxwell
est indépendante du temps pour un observateur de Rindler.
Un système fermé constitué de particules dont le rapport de la charge à la masse
est identique ne peut rayonner. En effet, nous avons alors
e X
d~ ≡
X
ea ~xa = ma~xa
a
m a
178
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
et
¨ e X˙
d~ = p~a = 0
m a
dE G ij
= 5 q··· ij (t) q··· (t) ≃ (c5 /G)(v/c)10
dt 5c
avec
c5 /G = 3.63 1052 Js−1 (∼ 1026 LJ !)
la puissance (ou luminosité) limite de Planck formée à l’aide des deux constantes fon-
damentales de la théorie. Cette puissance constitue en principe une limite supérieure,
quel que soit le processus physique considéré. De fait, pour un processus produisant
des radiations d’énergie totale Mc2 dans une coquille d’épaisseur δ après un laps de
temps ∆t, l’absence de tout horizon inhibiteur dans le passé implique la contrainte
2GM
≤ δ ≈ c∆t
c2
Mc2 1 c5
. .
∆t 2G
179
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
associé à une distribution de masses de densité donnée ρ(t, ~x) confirme, si besoin
en est encore, qu’une onde gravitationnelle ne peut résulter que d’un effet (non
local) de marée Dans la théorie scalaire de Nordström, la radiation est également
quadrupolaire, mais la perte d’énergie associée est six fois moindre [18].
Notons que des radiations dipolaires sont en principe autorisées si la théorie
d’Einstein est étendue à un espace-temps de dimension supérieure. Dans ce cas en
effet, la projection du mouvement quadrupolaire le plus simple sur notre espace-
temps correspond à un dipôle :
x5 x5
i i
x x
180
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
xj xj xj xj
2 1
1 2
xi xi xi xi
2 1
1 2
1 T dE
Z
dE
≡ dt
dt T 0 dt
32 G4 µ2 M 3
= f (e)
5 c5 a5
avec
73 2 37 4
1+ e + e
f (e) =
24 96
(1 − e2 )7/2
181
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
le facteur de majoration par rapport à une orbite circulaire (e = 0). L’énergie totale
1 1
E = − GMµ
2 a
1 dT 3 1 dE
=− h i
T dt 2 E dt
c’est-à-dire
d 96 G3 M 2 µ
Ṫorbitale = (Torbitale ) = − f (e)Torbitale .
dt 5 c5 a4
Si nous appliquons cette formule au cas du système PSR1913+16, f (e) = 11.86 et
RG
Ṫorbitale [(∆ϕ1 )OBS , (∆T1 )OBS ] = −76 10−6s/année.
Ṫorbitale
OBS
= 0.997 ± 0.002.
Ṫorbitale
RG
Une telle précision sur le temps pour un phénomène se déroulant à plus de 20.000
années-lumière de la Terre n’est pas surprenant, compte tenu de la régularité extra-
ordinaire de l’horloge neutronique locale !
Ce résultat teste également le régime en “champ fort” de la théorie en ce sens
que les étoiles à neutrons (m ∼ m⊙ , r ∼ 10 km) constituant le système binaire ont,
chacune, une énergie de liaison gravitationnelle interne
Gm
| Ωinterne |≈ mc2 ≈ 0.2 mc2
rc2
Cependant, en Relativité Générale, l’énergie interne qui réduit ainsi d’environ 20%
la masse totale d’une étoile à neutrons est “effacée” par le principe d’équivalence
182
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
fort. Autrement dit [21], l’approximation post-Newtonienne s’avère très (trop ?) ef-
ficace par rapport aux méthodes numériques développées récemment. Ce principe
implique en effet que le mouvement orbital et l’émission d’ondes gravitationnelles ne
dépendent que des masses m1 et m2 et non de la structure interne des étoiles à neu-
trons. En contraste, dans toute théorie alternative violant le principe d’équivalence
fort, des effets dûs à la structure interne peuvent mener à des comportements très
différents et, en particulier, à l’émission de radiations dipolaires. La découverte
récente (1999) d’un système binaire asymétrique (J1141-6545) constitué d’une étoile
à neutrons et d’une naine blanche pourrait ainsi donner une contrainte très forte sur
celle-ci [19], [22].
Le système PSR1913+16 est un véritable “positronium gravitationnel” telle-
ment proche de la perfection qu’il est difficile d’imaginer un autre mécanisme que
l’émission d’ondes gravitationnelles pouvant rendre compte de ce changement de la
période orbitale du pulsar. L’effet observé par Taylor et Hulse est cependant beau-
coup trop faible pour espérer une détection directe d’un signal sur Terre. En effet,
comme déjà souligné, tout comme la fréquence des marées terrestres est double de la
fréquence d’apparition de la Lune, celle de l’onde gravitationnelle émise est double
de la fréquence orbitale du pulsar :
ωorbitale <v>
νonde = 2νorbitale = =
π π<r>
soit de l’ordre de 10−5 Hertz. Tout signal serait donc noyé dans le bruit de fond
sismique (≈ 10 Hz) dû aux vents, vagues et machines sur Terre. Heureusement,
il existe pratiquement autant de systèmes doubles que d’étoiles célibataires. Les
étoiles naissent en effet par grappes dans des nuages de matière interstellaire. Mais
ces essaims instables ont tendance à perdre leurs étoiles une à une. Seuls les systèmes
à deux corps orbitant autour de leur centre de gravité commun sont suffisamment
stables pour survivre à cette évaporation.
Aujourd’hui, de nombreux systèmes binaires compacts ont été répertoriés. L’hé-
morragie d’énergie responsable du resserrement inexorable de l’orbite impose à ces
derniers une durée de vie somme toute assez courte à l’échelle cosmique. Pour le
système PSR1913+16 nous obtenons en effet
183
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
Torbitale 8h
∼ ∼ 350 millions d’années.
Ṫorbitale 76 10−6s/an
Le premier double pulsar J0737-3039 (0.022 s et 2.8 s, respectivement) découvert en
2003 est quant à lui encore plus relativiste. Sur base d’une période orbitale T très
courte de 2.4 heures et d’une précession orbitale ∆ϕ quatre fois supérieure à celle de
PSR1913+16, sa durée de vie est estimée à 85 millions d’années seulement [23]. . .
La densité de systèmes binaires observés dans notre galaxie (R ∼ 105 années-
lumière) est telle que quelques effondrements en spirale sont attendus par siècle. . .
La coalescence finale survient lorsque les deux astres dont le rayon r n’excède pas
quelques dizaines de kilomètres fusionnent au terme d’une course ultra-relativiste
folle. La fréquence de révolution
c
νorbitale ∼
2πr
peut atteindre alors quelques centaines de Hertz et émerger ainsi du bruit de fond sis-
mique ! Ce chant du cygne gravitationnel a par conséquent une gamme de fréquence
similaire à celle des sons audibles (20 Hz -20 kHz) et accessible aux interféromètres
terrestres en opération.
Les tentatives de détection d’une onde gravitationnelle au moyen d’une barre
cylindrique qui se déformerait suite à la force de marée induite par son passage
(J. Weber, 1960) ont en effet été progressivement abandonnées au profit d’une
méthode plus prometteuse basée sur la mesure de l’interférence de faisceaux laser se
propageant à l’intérieur de deux bras perpendiculaires longs de 4 km pour LIGO,
3 km pour VIRGO et 0.6 km pour GEO. Ces interféromètres sont donc essentielle-
ment constitués de trois masses libres de tout mouvement horizontal : deux miroirs
(suspendus tels des pendules) et un séparateur central situés respectivement aux
extrémités et à l’angle de la configuration en forme de L. Selon la théorie, l’effet de
marée produit par la traversée d’ondes gravitationnelles issues d’un système binaire
de masse réduite µ situé à une distance d modifierait la longueur ℓ de ces bras de la
manière suivante :
δℓ Gq̈ Gµ
∼ |a+,× | ∼ 4 ∼ 2 (v 2 /c2 ).
ℓ dc dc
Par contre, les faisceaux laser de l’interféromètre ne sont pas perturbés car la
fréquence de l’onde gravitationnelle (λ & 105 m) est tellement plus petite que celle de
184
6.3.2 – Évidence des ondes gravitationnelles
∆φ = ω δt
δℓ
= 2πν
c
δℓ
= 2π
λ
observé à l’aide d’un photodétecteur :
Il est amusant de constater que ce dispositif est tout à fait similaire à celui imaginé
par Michelson. En 1881, des bras de 1.2 m allaient permettre de régler définitivement
la question du support à la propagation des ondes électromagnétiques (ou “éther”)
qui agitait alors la communauté des physiciens, via la non-observation d’un déphasage
attendu de l’ordre de
ℓ v2
∆φ = 2π 2
≃ 10−1, pour vTerre ≃ 10−4 c.
λ c
185
6.3.3 – Micro-lentilles gravitationnelles
Dans l’expérience LIGO, la longueur effective L des bras est d’environ 400 km car le
faisceau laser (λ ∼ 10−6 m) effectue une centaine d’aller-retours avant d’être analysé.
Par conséquent, nous attendrons un déphasage de l’ordre de
L δℓ
∆φ = 2π ≈ 10−9 , pour δℓ ≃ 10−21 ℓ.
λ ℓ
Aujourd’hui, l’agence spatiale européenne envisage l’installation d’un tel in-
terféromètre (LISA) dans l’espace avec des “bras” longs de 106 km, pour l’obser-
vation systématique d’ondes gravitationnelles en l’absence de tout bruit de fond
sismique !
T T T
L’observateur reçoit en effet des rayons lumineux qui, sans la courbure de leur trajec-
toire, se seraient perdus dans d’autres régions de l’espace. La “courbe de lumière”
captée sur Terre est symétrique et achromatique ; elle s’étale sur une durée ca-
ractéristique de trois mois. Ces propriétés remarquables permettent, en principe,
d’éliminer les événements de type étoile variable et de mettre en évidence des ob-
jets compacts sombres tels que des naines brunes (10−3 M⊙ ≤ M ≤ 10−1 M⊙ ) trop
186
6.4 – Au-delà de notre galaxie : M = ?
187
6.4 – Au-delà de notre galaxie : M = ?
188
Chapitre 6
Exercices intégrés
2∂
Ror = λ(t, r).
r ∂t
σ
6.4. Solution exacte de Rµνρ|σ = 0 pour un champ inhomogène (V = −GM/r) :
−1
2 2 22V
ds = c dt − 1 + 2 dr 2 − r 2 dΩ2
c
189
6.4 – Au-delà de notre galaxie : M = ?
6.12. Rayonnement d’un électron au repos dans un champ gravitationnel sur base
du principe d’équivalence d’Einstein.
190
Chapitre 6
Bibliographie
[1] “A clarification on the debate on the original Schwarzschild solution”, C. Corda,
arXiv : 1010.6031 (2011) ; “The Schwarzschild metric : It’s the coordinates,
stupid”, P. Fromholz, E. Poisson and C.M. Will, arXiv : 1308.0394 (2013).
[3] “Was Einstein right ? A century assessment”, C.M. Will, arXiv : 1409.7871
(2014).
[6] “Exact results for the Kepler problem in General Relativity”, K.A. Hall, arXiv :
gr-qc/0807.4109 (2008).
[8] “A test of General Relativity using radio links with the Cassini spacecraft”,
B. Bertotti et al. (Nature 425, Sept. 2003).
[9] “The LATOR mission”, S.G. Turyshev et al., arXiv : gr-qc/0311020 (2003).
[10] “The historical Supernovae”, D.A. Green and F.R. Stephenson, arXiv : astro-
ph/0301603 (2003).
[11] “1974 : the discovery of the first binary pulsar”, T. Damour, arXiv : 1411.3930
(2014).
[13] “Pulsar distances and free-electron distribution”, J.H. Taylor and J.M. Cordes,
Astr. Phys. Journal 411 (1993) 674.
191
Chapitre 6
[18] “Binary inspirals in Nordström’s second theory”, T.M. Garrett, arXiv : 1102-
5332 (2011).
[19] “Gravitational dipole radiations from binary systems”, J.-M. Gérard and
Y. Wiaux, Phys. Rev. D66 : 024040 (2002), arXiv : gr-qc/0109062.
[23] “Testing General Relativity with the Double Pulsar”, M. Kramer et al., arXiv :
astro-ph/0503386 (2005).
192
7 – Trous noirs
Chapitre 7
Trous noirs
Tous les tests classiques de la Relativité Générale reposent jusqu’à présent sur
l’approximation de champ faible. En présence d’un champ gravitationnel fort, nous
avons cependant
V
= O(1)
c2
et la paramétrisation d’Eddington-Robertson est alors inadéquate. Reprenons par
conséquent la forme standard de la métrique de Schwarzschild
−1
2 2GM 2 2 2GM
ds = 1 − 2 c dt − 1 − 2 dr 2 − r 2 dΩ2
cr cr
≡ A2 (r)c2 dt2 − B 2 (r)dr 2 − r 2 dΩ2
193
7.1 – Rayon de Schwarzschild et censure cosmique
g = −r 4 sin2 θ
r02
Rλµνρ Rλµνρ = 12
r6
associé au tenseur de Riemann confirment la présence de la singularité classique
en r = 0. Ils suggèrent cependant l’absence de singularité physique au rayon de
Schwarzschild r0 .
194
7.1 – Rayon de Schwarzschild et censure cosmique
avec
2 1/2
22 2 ṙ
L = −mc A − B 2
c
nous obtenons de nouveau une énergie totale conservée
mc2 A2
E= .
2 1/2
ṙ
A2 − B 2 2
c
Comme l’assistante-cobaye est initialement au repos,
195
7.1 – Rayon de Schwarzschild et censure cosmique
qui est infini, quelle que soit la distance initiale ri . L’assistante sacrifiée n’atteindra-
t’elle donc jamais r0 ? Si, car l’intervalle de temps propre mesuré par l’assistante en
chute libre est, quant à lui, fini
ri 1/2
1 1
Z
∆τ = B −1 dr
c r0 1 − A2
ri
1 1
Z
= √ r 1/2 dr.
c r0 r0
Elle va donc poursuivre sa chute libre vers la singularité nue. Selon elle, le temps
écoulé depuis qu’elle a franchi la singularité fictive en r = r0 sera de
4 GM M
∆τ (r0 → r = 0) = 3
≃7 10−6 s.
3 c M⊙
t
τ
0 r r r r
0 d i
1 ∂2V
1
Woioj = 2 i j +O .
c ∂x ∂x c4
196
7.1 – Rayon de Schwarzschild et censure cosmique
L’invariant quadratique
r02
Wλµνρ W λµνρ = 12
r6
associé à ce tenseur indique bien que le caractère local du principe d’équivalence
va finalement coûter la vie à l’observateur en chute libre vers la singularité réelle
située en r = 0. Par contre, cet effet de marée croı̂t régulièrement lorsqu’il traverse
la sphère fictive de Schwarzschild. Nous sommes donc en présence d’une singularité
de coordonnées en r = r0 .
d2 r
Comment expliquer l’impression de décélération < 0 enregistrée par le
dt2
Professeur dès que r < rd = 3r0 ? Au fur et à la mesure que l’assistante s’éloigne en
chute libre, les signaux lumineux émis régulièrement par celle-ci mettent de plus en
plus de temps pour lui parvenir. En effet, le cône de lumière (ds2 = 0) généré par
les axes
cdt 1
=± r0
dr 1−
r
se referme progressivement :
ct S
r0 r
197
7.1 – Rayon de Schwarzschild et censure cosmique
Nous savons déjà que la distance radiale dépend du choix des coordonnées spa-
tiales :
ρ = rs
GM
= rh + 2
c
2
GM
= ri 1 + 2 .
2c ri
2GM
Par conséquent, si la singularité de Schwarzschild apparaı̂t en dans les co-
c2
GM
ordonnées sphériques, elle sera située en 2 dans les coordonnées harmoniques
c
GM
et en dans les coordonnées isotropes. Le fait que cette singularité se déplace
2c2
ainsi lorsque nous exprimons la métrique en coordonnées harmoniques ou isotropes
confirme, si besoin en est encore, qu’elle est non-physique.
Nous pouvons également effectuer le changement de coordonnée temporelle pro-
posé par Eddington (1924) et redécouvert par Finkelstein (1958) :
r′ = r
′ r0 r
t =t+ ln −1 .
c r0
198
7.1 – Rayon de Schwarzschild et censure cosmique
ct’
r0 r
pour cet astre hypothétique de masse M est manifestement fortuit [2]. Cependant,
étant donné que la force gravitationnelle est purement attractive, rien ne peut
empêcher le potentiel associé de franchir un seuil critique au-delà duquel la vitesse
d’échappement est supérieure à celle de la lumière.
Nous avons vu comment une sphère fictive (ou horizon) de rayon r = r0 parvient
à cacher pudiquement la singularité située en r = 0 dans le cas particulier de la
métrique à symétrie sphérique de Schwarzschild. En fait, quelques solutions dyna-
miques des équations de la Relativité Générale autorisent des singularités visibles
appelées alors “singularités nues”. Ces solutions exotiques s’écartent cependant très
fortement de la symétrie sphérique (étoiles massives en rotation ultra rapide, ...).
Pour préserver le caractère prédictif de la théorie, Penrose a formulé l’hypothèse se-
lon laquelle la Nature interdirait toujours l’observation d’une singularité nue. Cette
conjecture porte le nom poétique de “Censure Cosmique” et requiert d’ores et déjà
un principe allant au-delà de la théorie d’Einstein...
200
7.2 – Évidences en faveur de trous noirs
201
7.3 – Découverte des ondes gravitationnelles
(Sgr A∗ ). Très peu actif, il ne parvient pas à émettre un rayonnement radio digne
de sa masse (estimée à 4 106 M⊙ sur base de l’orbite de l’étoile S2 déjà évoquée
dans la section 6.2.1) en dépit de toute la matière stellaire qu’il ne manque pas
d’accréter. De taille modeste (environ 107 km), il sous-tend un angle de l’ordre de
10 microarcsecondes dans le Ciel. Une interférométrie à l’échelle terrestre pourrait
atteindre une telle résolution dans un proche avenir.
L’origine de ces trous noirs géants reste cependant une question ouverte. Se
sont-ils progressivement formés par coalescence d’étoiles massives, ou ont-ils plutôt
précédé la formation des étoiles et des galaxies ? Dans le cadre de la Relativité
Générale (G, c) et de la Mécanique Quantique (~), on peut en effet imaginer que dans
l’Univers primordial, des fluctuations de densité aient engendré des minitrous noirs
dont la masse est de l’ordre de celle de Planck formée à l’aide des trois constantes
fondamentales en jeu :
1/2
~c
M∼ ∼ 1019 mproton ∼ 10−38 M⊙ (mproton ≈ 210−27 kg).
G
Enfin, certains spéculent sur la possibilité que l’Univers tout entier ne soit qu’un
immense trou noir ! Cette possibilité est suggérée par la loi d’induction inertielle
GMma
ma ∼ =
c2 R
inspirée du principe de Mach (voir chapitre 2). Appliquée au niveau cosmologique,
elle prédit en effet
GMUnivers
Runivers ∼
c2
c’est-à-dire un Univers observable à l’intérieur de son rayon de Schwarzschild. Faut-il
en conclure que nous vivons dans un gigantesque trou noir ?
202
7.3 – Découverte des ondes gravitationnelles
203
7.3 – Découverte des ondes gravitationnelles
soit
max −1
µ δℓ 7 µ
d = 0.5 km ≃ 5 10 a.ℓ.
M⊙ ℓ M⊙
204
7.3 – Découverte des ondes gravitationnelles
Suite à ce commentaire, si les deux astres composant le système ont des masses
voisines, µ ∼ M/4 et nous obtenons alors analytiquement
M1,2 ∼ 40 M⊙
d ∼ 109 a.ℓ.
205
7.4 – Entropie d’un trou noir
M1 = (36 ± 5) M⊙
M2 = (29 ± 4) M⊙
Ces valeurs plaident définitivement en faveur d’une fusion de deux trous noirs il y a
plus d’un milliard d’années !
En octobre 2017, la nouvelle collaboration LIGO-VIRGO annonce la détection
d’ondes gravitationnelles issues de la fusion de deux étoiles à neutrons situées à
130 millions d’années-lumière [4]. Fait remarquable, le télescope Fermi de la NASA
enregistre des rayons gamma courts 1.7 secondes après cette fusion. Par conséquent,
nous pouvons mettre une limite très forte sur la vitesse de propagation vOG des
ondes gravitationnelles sur base de la relation
D c
∆t = 1−
c vOG
qui lie le décalage temporel ∆t à la distance D parcourue par ces “multi-messagers”.
Cette relation implique en effet
−1
c∆t c∆t
vOG /c = 1 − ≈1+
D D
avec, en l’occurrence, ∆t inférieur à 2 secondes et D égale à 1.3 108 a.l., soit D/c ≃
1.3 π 1015 secondes. Nous obtenons ainsi la limite
206
7.4 – Entropie d’un trou noir
Le fait que
implique dès lors une perte d’information colossale lors de sa formation. Or l’en-
tropie mesure le désordre, c’est-à-dire le manque d’information. Par conséquent,
un trou noir qui avale de la matière doit voir son entropie augmenter. En 1973,
Beckenstein argumente que la surface du trou noir est la mesure de son entropie car
ces deux quantités ont tendance à croı̂tre de manière irréversible, en accord avec
le second principe de la thermodynamique. Dans un premier temps, Hawking ob-
jecte à cette conjecture audacieuse en faisant judicieusement remarquer qu’un trou
noir d’entropie finie doit avoir une température non nulle et donc être en équilibre
thermique avec un bain extérieur de radiations. Or nous savons qu’un tel équilibre
n’est pas réalisable classiquement car si un trou noir peut effectivement absorber des
radiations, il ne peut toutefois jamais en réémettre. Hawking (1974) va lui-même
lever ce paradoxe apparent en réalisant que les principes de la Mécanique Quantique
autorisent quant à eux une telle réémission !
207
7.4 – Entropie d’un trou noir
La Mécanique Quantique implique que l’espace vide est peuplé de paires parti-
cules-antiparticules qui se crééent et s’annihilent sans cesse. Contrairement aux par-
ticules réelles, ces particules et antiparticules virtuelles ne peuvent être observées
directement dans un détecteur car le principe d’incertitude de Heisenberg n’autorise
une fluctuation de l’énergie que dans un intervalle de temps très bref. Par contre,
leurs effets indirects en présence d’un champ électromagnétique extérieur peuvent
être mesurés avec une très grande précision depuis 1947 (levée de dégénérescence
de certains niveaux d’énergie de l’atome d’hydrogène, moment magnétique anomal
de l’électron, . . . ).
Pour un observateur en chute libre, une paire virtuelle située au voisinage immé-
diat (λ ∼ GM/c2 ) d’un trou noir de masse M peut être convertie en deux particules
réelles par les forces de marée gravitationnelles. Ces forces sont en effet capables de
transmettre suffisamment d’énergie pour que l’une des particules puisse s’échapper.
Vue de l’infini, celle-ci apparaı̂t dès lors comme une radiation (ν ∼ c/λ) émise par
le trou noir. Son énergie (c’est-à-dire sa masse) étant ainsi légèrement réduite, ce
dernier se contracte un peu : la “polarisation du vide” favorise ainsi l’évaporation
lente d’un trou noir !
Une manière plus correcte de décrire ce processus purement quantique est d’in-
terpréter l’antiparticule (un positron) tombant dans le trou noir comme une particule
(un électron) fuyant celui-ci en remontant le temps, c’est-à-dire s’échappant par le
cône de lumière inférieur (cfr. les coordonnées d’Eddington-Finkelstein). Diffusée
par le champ gravitationnel intense, elle est alors convertie en une particule réelle :
- -
e e
+ -
e e
=
208
7.4 – Entropie d’un trou noir
~c3
trou noir
1 1
T =
8π kG M
inversément proportionnelle à la masse M du trou noir. Par conséquent le trou noir
refroidit lorsqu’on l’alimente. Ce comportement inhabituel constitue un véritable
défi pour toute tentative de formulation d’une théorie quantique de la gravitation.
L’entropie gravitationnelle correspondante est définie par la relation thermody-
namique
dE
dS =
T
avec E ∼ Mc2 . La conjecture de Beckenstein est donc confirmée : l’entropie est
bien proportionnelle au carré de la masse M du trou noir, c’est-à-dire à son aire
A = 4πr02 . Le calcul de Hawking donne en effet la relation magique :
kc3
A
S trou noir
=
G~ 4
En particulier, chaque trou noir massif formé au centre d’une galaxie par effondre-
ment gravitationnel possède une entropie
L’entropie de notre Univers observable constitué de plus de 1010 galaxies serait (déjà)
dominée par ces trous noirs dont la masse est supérieure à 106 masses solaires :
209
7.4 – Entropie d’un trou noir
total de configurations internes W qu’un système peut adopter sans changer son
apparence externe
S = k ln W.
Par exemple, l’état externe d’un gaz est fixé par sa température et sa pression ; or
il existe un grand nombre de mouvements chaotiques possibles des molécules du
gaz qui correspondent tous à la même température et à la même pression. Cette
approche statistique montre bien que l’entropie est une mesure de désordre : plus un
système est organisé, plus le nombre W de configurations indiscernables diminue.
Le deuxième principe de la thermodynamique exprime le fait qu’un système laissé
à lui-même tend vers un état caractérisé par une valeur maximale de W .
Un gaz constitué de N atomes d’hydrogène évolue normalement vers une distri-
bution parfaitement homogène avec
hom.
Smax = k ln N !
≃ k N ln N
trou noir
M2
Smax = 4πk
MP2 lanck
≃ k10−37 N 2 .
Le temps nécessaire pour une évaporation totale du trou noir isolé via l’émission
de particules dépend de sa masse M :
3
G2 3
M
τ ≈ 4M ≈ 1010 années.
~c 1012 kg
Par conséquent, l’évaporation quantique est tout-à-fait négligeable (par rapport à
l’âge de l’Univers) pour des trous noirs stellaires. Par contre, la fin de vie lumi-
neuse d’hypothétiques minitrous noirs devrait être observée. L’absence apparente
de tels flashes est dès lors un argument en faveur de l’extrême homogénéité de
210
7.4 – Entropie d’un trou noir
E LHC
M<
c2
est possible, mais une fois produit le minitrou noir n’aurait pas le temps d’inter-
agir avec les parois du détecteur car la radiation de Hawking mènerait aussitôt
à sa désintégration en particules de même nature que celles qui l’ont généré
(i.e., les quarks et les gluons contenus dans le proton) avec
τproduction ∼ τdésintégration
211
7.5 – Déflexion de la lumière par un trou noir
L’évidente stabilité d’objets célestes tels que les naines blanches et les étoiles à
neutrons nous permet donc de conclure en toute sérénité que la détection de trous
noirs au LHC serait certes très excitante pour les théoriciens, mais absolument sans
danger pour l’humanité.
si λ est traitée comme une variable temporelle. Nous nous sommes donc ramenés
au problème classique de la trajectoire d’une particule de masse unité et d’énergie
r2
totale 02 confrontée à une barrière de potentiel
b
1 − 1/r̃
V (r̃) = .
r̃ 2
212
7.5 – Déflexion de la lumière par un trou noir
r 2
0
E=
b
(2)
4/27 (3)
(1)
0
1 3/2 2 ~
r = r / r0
2.96 r 0 2.61 r0
213
7.5 – Déflexion de la lumière par un trou noir
La présence d’une orbite instable donne lieu à divers “paradoxes” [10, 11]. C’est
ainsi qu’un cosmonaute vivant dans une station constituée d’un tube circulaire placé
à une distance de 1.5 r0 aura l’impression que ce tube est parfaitement droit. De
même, une particule sur une orbite circulaire de rayon inférieur à 1.5 r0 devrait
avoir une vitesse supérieure à celle de la lumière, ce qui est impossible. Ce genre
de paradoxe incitera Einstein à conclure en 1939 que les trous noirs ne peuvent
exister [12] ! Pour étayer cette thèse, il va considérer la structure interne d’une étoile
idéalisée, constituée de matière dont la densité est constante.
214
7.5 – Déflexion de la lumière par un trou noir
Exercices intégrés
215
Chapitre 7
Bibliographie
[1] “The black hole fifty years after : genesis of the name”, C.A.R. Herdeiro and
J.P.S. Lemos, arXiv : 1811.06587 (2018).
[3] “Observation of gravitational waves from a binary black hole merger”, LIGO
collab., Physical Review Letters 116 (2016) 061102.
[7] “Gravitation”, C.W. Misner, K.S. Thorne and J.A. Wheeler (Freeman, 1973).
[9] “The shadow of the supermassive black hole”, EHT collaboration, Astrophysical
Journal 2019, 875.
[10] “Black holes and the centrifugal force paradox”, M.A. Abramowicz (Scientific
American, March 1993).
[12] “The reluctant father of black holes”, J. Bernstein (Scientific American, June
1996).
216
8 – Équations d’Einstein en présence de matière
Chapitre 8
217
8 – Équations d’Einstein en présence de matière
avec
u µ u µ = c2 .
ou
(ρuµ )|µ = 0.
ρ|µ uµ + ρuµ|µ = 0
c’est-à-dire
cdρ
= −ρuµ|µ .
ds
Elle fixe donc la variation de ρ le long de la ligne d’Univers d’un élément de matière.
Mais elle permet au champ scalaire ρ(x) de varier de manière arbitraire lorsque nous
passons de la ligne d’Univers d’un élément de matière à celle d’un élément voisin [1].
En particulier, nous pouvons choisir d’annuler ρ partout sauf dans un “tube” de
l’espace-temps
ct
R µν = 0
218
8 – Équations d’Einstein en présence de matière
T µν = ρuµ uν
Rµν = κ(T µν + aT g µν )
1
R00 ≃ 2
(4πGρ) = κρc2 (1 + a)
c
−2
R ≃ 2 (4πGρ) = κρc2 (1 + 4a).
c
Par conséquent,
a = −1/2
µν
µν
1 µν
R =κ T − Tg
2
avec
8πG
κ≡ .
c4
Nous disposons enfin des équations relativistes susceptibles de décrire la dyna-
mique d’une étoile. Or en 1900, Lord Kelvin déclarait encore
“Nous disposons d’une dynamique irréfutable qui prouve que la durée de vie de notre Soleil
en tant que corps lumineux correspond à un nombre de millions d’années inférieur à 50. . .”
GM 2
Lτ ≈ .
R
219
8.1 – Tenseur énergie-impulsion
Labsolue
⊙ = 3.84 1026 J/s (soit ℓapparente
⊙ ≃ 103 W/m2 )
M⊙ = 2 1030 kg
R⊙ = 7 105 km
1. Tenseur énergie-impulsion
À partir de la relation R = −κT obtenue en prenant la trace des équations
inhomogènes d’Einstein, ces dernières peuvent se réécrire sous la forme équivalente
1
Rµν − Rg µν = κT µν .
2
Or nous avons vu que les identités de Bianchi d’origine purement géométrique im-
pliquent
µν 1 µν
R − Rg ≡ 0.
2 |ν
220
8.1 – Tenseur énergie-impulsion
impliquent alors que le second terme est à présent identiquement nul et que la
conservation de la matière est donc automatiquement garantie. Par conséquent, les
contraintes géométriques sur la distribution de matière se réduisent aux équations
des géodésiques
d µ
uν uµ|ν = u + Γµσν uσ uν = 0.
dτ
R
Il n’est donc plus nécessaire de faire l’hypothèse supplémentaire δ ds = 0 qui ga-
rantit qu’une particule libre de taille finie se propage le long d’une géodésique de
l’espace-temps. Les identités de Bianchi, inconnues d’Einstein, garantissent également
que sa masse est conservée et que nous pouvons utiliser les équations homogènes
dans son voisinage immédiat. Ainsi, les équations classiques de la Relativité Générale
s’avèrent être plus intelligentes que son génial inventeur : non seulement la matière
dit à l’espace comment se courber (Rµν = 0), mais l’espace dit également
à la matière comment se mouvoir (T µν
|ν = 0). Espace et matière se répondent
∂ν T µν = 0
et la grandeur physique
1
Z
µ
P ≡ T µ0 d3~x
c
221
8.1 – Tenseur énergie-impulsion
∂ν j ν = 0 (j ν = ρuν )
≡ ∂ν (Tµν + tνµ ) = 0
avec
1 ν ρ λ
κ tνµ = −g αβ Γνλα Γλµβ − δ Γ Γ .
2 µ λα ρβ
Le flux d’énergie gravitationnelle défini par
1 αλ n
κ tn0 = g Γ
2 ,0 αλ
est donc bien nul pour une particule car la métrique de Schwarzschild associée est
stationnaire (voir section 6.1). Notons qu’en 1918, Schrödinger démontrera que
ce pseudo-tenseur énergie-impulsion est de fait identiquement nul pour une source
ponctuelle
κ tνµ (particule) = 0 ,
Wλµνρ = 0
R = 3κ T
222
8.1 – Tenseur énergie-impulsion
et du mouvement géodésique
2 d µ
(ρ + p/c ) u + Γσν u u = (g µν − uµ uν /c2 )∂ν p
µ σ ν
dτ
de telle sorte que la pression joue le rôle d’un potentiel scalaire. De fait, la loi de
conservation locale ∂ν T µν = 0 redonne bien l’équation de continuité :
∂ρ ~
+ ∇(ρ~v) = 0 (µ = 0)
∂t
mais également les équations d’Euler de la mécanique des fluides :
∂ ~ ~
ρ + ~v.∇ ~v = −∇p (µ = m)
∂t
dans la limite non-relativiste. Par contre, dans la limite ultra-relativiste, on peut
montrer que la trace T du tenseur énergie-impulsion s’annule en raison de l’inva-
riance d’échelle. Nous obtenons dans ce cas un scalaire de courbure nul
R (radiations) = 0
223
8.1 – Tenseur énergie-impulsion
tant pour la théorie tensorielle que pour la théorie scalaire (dans laquelle la gravi-
tation ne couple en effet qu’à la masse), avec
1
p = ρc2
3
l’équation d’état caractéristique d’un gaz de radiations.
Toute forme de substance ordinaire (matière, radiations,. . . ) est caractérisée par
une pression positive telle que :
et toute constante cosmologique positive peut être interprétée comme un fluide cos-
mique de pression négative (Lemaı̂tre, 1934) :
Λ
pΛ = − .
κ
La pression jouant le rôle de potentiel dans les équations classiques d’Euler, la force
associée à Λ > 0 sera répulsive et s’opposera donc à l’attraction gravitationnelle.
L’apparition d’une pression négative peut, à priori, surprendre. Elle est pourtant
Λ
la conséquence directe d’une densité d’énergie ρΛ c2 = κ
constante. Imaginons en effet
un piston qui se détend adiabatiquement pour libérer un volume supplémentaire dV
Λ
pour ce fluide cosmique. Dans cette expérience de l’esprit, le gain en énergie κ
dV
doit être précisément fourni par le travail pΛ dV effectué par la pression de telle sorte
que
dE + pdV = (ρc2 + p)dV = 0.
224
8.2 – Solution de Schwarzschild intérieure
Une pression négative est donc inévitable en présence d’une densité d’énergie cons-
tante. (Pour une substance ordinaire, la densité d’énergie décroı̂t lorsque le volume
augmente et la pression est donc toujours positive). La région comprise sous ce
piston imaginaire constitue dès lors un réservoir d’énergie illimité !
avec les conditions frontières définies par la solution extérieure traitée dans le cha-
pitre 6 :
2ν(R) 2GM
e = 1− 2
c R
−1
2λ(R) 2GM
e = 1− 2 .
c R
La résolution se base sur les équations originales d’Einstein
1
Rµν = κ Tµν − T gµν .
2
Écrites sous cette forme, elles nous permettent d’exprimer directement les com-
posantes du tenseur de Ricci en termes des fonctions ν et λ (cf. la solution de
Schwarzschild extérieure). La distribution de matière étant supposée statique, le
quadrivecteur vitesse ne possède qu’une composante temporelle non nulle
dt
uµ = c δ0µ = ce−ν(r) δ0µ ,
dτ
et nous obtenons les équations suivantes :
ν ′ 2(ν−λ)
κ 2 2ν ′′ ′2 ′ ′
Rtt = (ρc + 3p)e = ν + ν − ν λ + 2 e
2 r
λ′
κ 2 2λ ′′ ′2 ′ ′
Rrr = (ρc − p)e = −ν − ν + ν λ + 2
2 r
κ 2 2
Rθθ = r (ρc − p) = −[1 + r(ν ′ − λ′ )]e−2λ + 1
2
Rϕϕ = sin2 θRθθ .
225
8.3 – Densité constante et étoile stable
qui en résulte directement est, comme nous allons le voir, très riche en renseigne-
ments. Notons pour l’instant que cette relation analytique exacte se réduit à la
condition d’équilibre hydrostatique
Gρ(R)M
= −p′ (R)
R2
dans la limite non-relativiste, car la fonction e2ν(r) et sa dérivée première sont conti-
nues sur la surface r = R :
1 (e2ν )′
′ GM
ν (R) ≡ 2ν
(R) = 2 2 + O(1/c4 ).
2 e Rc
ρ = ρ0 θ(R − r)
bien que la Relativité Restreinte interdit en principe une telle structure rigide car
1/2
dp
la vitesse du son v ≡ y serait infinie. Dans ce cas nous pouvons intégrer
dρ
l’équation d’équilibre et obtenir
2 r0 1/2 −ν(r)
p(r) = ρ0 c 1− e −1
R
226
8.3 – Densité constante et étoile stable
en imposant une pression nulle à la surface de l’étoile (r = R). D’autre part, les
équations inhomogènes d’Einstein sont à présent aisément intégrables et nous obte-
nons
( 1/2 )2
r0 r 2
1 r0 1/2
e2ν(r) = 3 1− − 1− 3
4 R R
−1
r0 r 2
e2λ(r) = 1− 3 .
R
La distribution de matière étant parfaitement homogène, le tenseur de Weyl s’annule
(Buchdahl, 1971) et nous avons la situation suivante :
R =0
µν
W λµνρ = 0
9 9 GM
R > r0 = .
8 4 c2
Cette condition purement relativiste sur le rayon minimal R d’une étoile de masse
M est saturée si gµν (0) = ηµν . Elle a par ailleurs plusieurs implications physiques
importantes.
Tout d’abord, le “redshift” gravitationnel d’un astre lumineux est borné
1/2
∆ν g00 (r = ∞)
≡ −1
ν g00 (r = R)
≤ 2.
227
8.3 – Densité constante et étoile stable
observés aujourd’hui pour une majorité de quasars doivent nécessairement être d’ori-
gine cosmologique si l’approximation de fluide parfait est d’application pour ces ob-
jets mystérieux ! Notons cependant qu’un astre compact dont la composante radiale
de la pression est nulle, c’est-à-dire uniquement soutenu par tensions transversales
(à la manière d’une voûte), doit seulement satisfaire la condition R > r0 et peut
quant à lui induire des déplacements spectraux illimités (Lemaı̂tre, 1933).
Ensuite, la masse d’une étoile à neutrons dont la densité nucléaire moyenne est
Il est intéressant de noter ici que toutes les étoiles à neutrons identifiées grâce aux
systèmes binaires ont une masse voisine de 1.5 M⊙ alors que l’instabilité du neutron
libre
n → p e− ν̄e (τn ∼
= 15min.)
sur toutes les autres forces en présence à l’intérieur de cet objet et le comprime en
une implosion catastrophique pour former un trou noir. En exigeant que la pression
du gaz équilibre l’attraction gravitationnelle, Einstein excluait de ses équations la
possibilité d’une telle implosion finale (Oppenheimer, 1939). Nous allons voir qu’un
préjugé du même genre l’avait déjà amené à introduire une constante cosmologique,
l’empêchant ainsi de prédire l’expansion de l’Univers suite à une explosion initiale
(Lemaı̂tre, 1931) ...
étoile Univers
gµν (r = ∞) = ηµν ↔ gµν (r = 0) = ηµν .
λ(0) = ν(0) = 0.
Trois Univers statiques vont alors émerger si nous imposons la condition d’équilibre :
(ρ0 c2 + p0 )ν ′ (r) = 0.
ν(r) = λ(r) = 0 et ρ0 = p0 = 0 .
229
8.4.2 – Univers d’Einstein (1917) : “matière sans mouvement”
ρ → ρ + ρΛ
p → p + pΛ .
κ
Rtt = 3 (ρΛ c2 + pΛ ) = 0
2
κ 2λ′ (r)
Rrr = (3ρΛ c2 − pΛ )e2λ(r) =
2 r
κ
Rθθ = (3ρΛ c2 − pΛ )r 2 = − [1 − rλ′ ] e−2λ(r) + 1.
2
Elles admettent à présent une solution non triviale
e2λ(r) = (1 − Λr 2 )−1
2Λ
ρ0 = .
κc2
La métrique proposée par Einstein est donc définie par :
1
ds2E = c2 dt2 − dr 2 − r 2 dΩ2 .
(1 − Λr 2 )
230
8.4.2 – Univers d’Einstein (1917) : “matière sans mouvement”
d2 q α β
α dq dq
γ
+ Γ βγ = 0.
ds2 ds ds
Considérons une particule libre initialement au repos dans l’Univers d’Einstein. Pour
une telle particule
dq β
cdt β
= δ
ds t=0 ds 0
et l’accélération ressentie vaut :
2 α 2
dq α cdt
2
= −Γtt .
ds t=0 ds
Comme
Γαtt = 0
231
8.4.3 – Univers de de Sitter (1917) : “mouvement sans matière”
d’Ernst Mach [6], le champ métrique (gµν ) doit être déterminé de façon unique et
généralement covariante par les valeurs du tenseur énergie-impulsion (Tµν ) associé à
la matière. Autrement dit, dans un espace vide le champ métrique n’existe pas [7] :
Tµν = 0 ⇒ gµν = 0
ν(r) = −λ(r) 6= 0 et ρ0 = p0 = 0 .
Rµν = −Λgµν
232
8.5 – Constante cosmologique ou d’intégration
λ(r) = −ν(r)
Considérons de nouveau une particule test initialement au repos dans cet Univers.
Cette particule ne générant pas de champ gravitationnel, nous avons à présent :
Λr 2 Λr
r
Γtt = − 1 − 6= 0
3 3
avec −1/2
Λr 2
cdt = 1 − ds.
3
Par conséquent, ce modèle est en contradiction flagrante avec les idées de Mach : un
mouvement accéléré 2
d2 r
cdt Λr
= −Γrtt =
ds2 t=0 ds 3
est défini dans un Univers vide de matière (Tµν = 0). Le principe de Mach n’est donc
pas une conséquence automatique des équations d’Einstein, mais ce dernier tenta,
dans un premier temps, de l’imposer comme critère pour sélectionner une solution
acceptable.
233
8.5 – Constante cosmologique ou d’intégration
µν 1 µν h
µν µν
i
R − Rg = κ T (matière, radiations) + T (Λ) .
2
T µν|ν = 0
234
8.5 – Constante cosmologique ou d’intégration
Par conséquent, après différentiation des équations de trace nulle nous obtenons
1 1
(R g µν )|ν = − κ(T g µν )|ν
4 4
c’est-à-dire
R + κT = constante d’intégration ≡ −4Λ.
Nous pouvons ainsi éliminer T en faveur de R dans les équations tensorielles de trace
nulle pour retrouver celles d’Einstein
1
Rµν − R g µν − Λg µν = κT µν .
2
Les deux théories sont donc équivalentes si la constante cosmologique Λ est sim-
plement identifiée à une “constante d’intégration” arbitraire [8], non nécessairement
liée à l’énergie du vide d’une interaction fondamentale.
Dans un problème d’astrophysique (analyse du champ gravitationnel induit par
une distribution donnée de masse), il semble assez naturel d’imposer une courbure
nulle (R = 0) à grande distance de la source considérée (T = 0). Dans ce cas, la
constante d’intégration est nulle et nous retrouvons les solutions de Schwarzschild
avec
Λastrophysique = 0
Par contre, dans un problème cosmologique, nous ne pouvons plus imposer une
telle condition. Le tenseur matériel Tµν de l’Univers n’est plus déterminé de manière
univoque et tout choix particulier de Λ a des implications physiques. Nous avons en
effet déjà constaté que :
– dans le modèle d’Einstein, la valeur de Λ associée à une “antigravité” détermine
la densité moyenne de l’Univers statique ;
– dans le modèle de de Sitter, la valeur de Λ associée à une “énergie sombre”
détermine le mouvement accéléré de récession d’une galaxie test.
Une fois la “bévue” d’Einstein commise, nous sommes donc condamnés à vivre en
présence d’une constante cosmologique a priori non nulle :
Λcosmologique 6= 0
235
8.5 – Constante cosmologique ou d’intégration
Nous venons de voir qu’une pression non-nulle assure la stabilité de l’étoile tandis
qu’une constante cosmologique est nécessaire pour assurer un Univers statique. Une
pression négligeable assortie d’une constante cosmologique arbitraire entraı̂nerait-
elle un Univers dynamique ? La réponse à cette question fondamentale exige au
préalable une modélisation de la distribution de poussières galactiques à l’échelle
cosmologique.
236
Chapitre 8
Exercices intégrés
b) l’Univers d’Einstein
c) l’Univers de de Sitter.
237
Chapitre 8
Bibliographie
[1] “General Theory of Relativity”, P.A.M. Dirac (Wiley, 1996)
[3] “The internal constitution of the stars”, A.S. Eddington (Cambridge, 1926).
[4] “Newtonian and relativistic polytropes ”, F.M. Araujo and C.B.M.H. Chirenti,
arXiv : 1102.2393 [gr-qc] (2011)
238
9 – Le principe cosmologique
Chapitre 9
Le principe cosmologique
passe nécessairement par des contraintes plus fortes sur la distribution de la matière
(énergie). L’observation de notre Univers à l’échelle cosmique [1]
et, d’autre part, sur l’hypothèse (plus difficile à tester sur de grandes échelles !) du
caractère universel des lois fondamentales de la physique :
239
9 – Le principe cosmologique
... ...
isotropie locale ( !)
⊕ ⇒ homogénéité
principe d’universalité ( ?)
240
9 – Le principe cosmologique
et la métrique associée est conformément plane (voir chapitre 4). D’autre part,
l’universalité requiert une courbure spatiale constante. La décomposition du tenseur
de Riemann en tenseurs irréductibles par rapport au groupe SO(d) des transforma-
tions orthogonales implique
c’est-à-dire
Rjk ≡ g iℓ Rijkℓ = (d − 1)Kgjk .
2λ′
Rrr = = 2Ke2λ
r
Rθθ = 1 − e−2λ + rλ′ e−2λ = 2Kr 2
e−2λ(r) = 1 − Kr 2 .
k
K≡ ; k = 0, ±1
a2
de telle sorte que la partie spatiale de la métrique est déterminée par le carré de
l’intervalle de longueur
dr 2
dℓ2 = r2
+ r 2 dΩ2 .
1 − k a2
241
9 – Le principe cosmologique
implique en particulier
2
R(2) =
.
a2
Pour d = 2, la surface homogène résultante est donc la sphère S (2) de rayon a (voir
chapitre 4). Par simple extension, pour d = 3 l’hypersurface homogène correspon-
dante attendue est la surface tri-dimensionnelle S (3) d’une hypersphère de rayon
a constant. L’interprétation géométrique de la variable r devient alors évidente si
cette hypersphère est plongée dans un espace euclidien fictif E (4) , tout comme un
ballon est plongé dans l’espace euclidien E (3) . En effet, soient x1 , x2 , x3 et x4 les
coordonnées cartésiennes associées à E (4) . Dans cet espace fictif, l’hypersurface S (3)
satisfait l’équation
x21 + x22 + x23 + x24 = r 2 + x24
= a2
si (r, θ, ϕ) sont les coordonnées polaires associées au sous-espace E (3) . Dans ce cas,
la séparation entre deux points voisins de S (3) est donnée par
avec la contrainte
x4 dx4 = −rdr
ou encore
r 2 dr 2
= 2 dx24 .
(a − r 2 )
Nous pouvons ainsi éliminer la coordonnée x4 dans l’élément de longueur dℓ pour
effectivement confirmer le résultat escompté :
2 dr 2 2 2
dℓ = 2 + r dΩ .
r
1− 2
a
242
9 – Le principe cosmologique
x4
AAAAAAA E
(4)
(3)
AAAAAAA O
AAAAAAA
S d
AAAAAAA
AAAA
AA
P
a
AAAAAAA
AAAA
AA
r
AAAAAAA
x2
ϕ
AAAAAAA (3)
E / x 3 =0
x1
Les paramètres r de E (3) et a de E (4) n’appartenant pas à l’espace physique S (3) , ils
ne sont donc pas mesurables. Nous pouvons cependant introduire la variable sans
dimension
r
σ=
a
de telle sorte que tout point P physique sur l’hypersurface S (3) soit localisé par
les coordonnées spatiales q i = (σ, θ, ϕ). En particulier, nous pouvons exprimer la
distance réelle séparant les points O et P situés dans le plan θ = ϕ = π/2 (x1 =
0, x2 = r, x3 = 0) :
σP
dσ
Z
d=a
0 (1 − σ 2 )1/2
= a sin−1 σP .
243
9 – Le principe cosmologique
dσ 2
2 2
dℓ = a 2
+ σ 2 dΩ2
1 − kσ
avec
Ces trois types d’espaces à courbure constante peuvent être caractérisés par la rela-
tion circonférence (C) - rayon (R) qui en découle pour un contour infinitésimal. Si
ces espaces sont réduits à deux dimensions, nous avons respectivement :
∫
∫
∫ ∫
∫
∫
∫
244
9.1 – La métrique de Robertson-Walker
Notons que la selle de cheval représentée ci-dessus n’a qu’une courbure négative
locale alors que la pseudosphère est en réalité caractérisée par une courbure négative
globale.
1. La métrique de Robertson-Walker
Nous devons à présent introduire la variable temporelle t. Cette dernière ne
peut plus être associée à un observateur privilégié situé à grande distance de toute
source gravitationnelle car il fait à présent partie intégrante de l’Univers ! Le principe
d’universalité nous suggère plutôt d’identifier la variable t au temps propre associé
à chaque observateur. En 1936, Robertson et Walker proposent donc la métrique
définie par l’élément de longueur invariant
dσ 2
2 2 2 2 2 2
ds = c dt − a (t) + σ dΩ
1 − kσ 2
Si nous considérons une galaxie (ou un amas de galaxies) sur laquelle l’attraction
gravitationnelle locale de la matière environnante est négligeable, ses coordonnées
q i = (σ, θ, ϕ) sont constantes et nous avons bien
ds = cdt.
De plus, dans ce système de coordonnées la ligne d’Univers d’une telle galaxie obéit,
comme il se doit, aux équations des géodésiques (déduites, comme nous l’avons vu,
des identités de Bianchi)
d2 q λ µ
λ dq dq
ν
+ Γ µν =0
ds2 ds ds
car
dq i d2 q i
= 2 =0 et Γi00 = 0.
ds ds
Par conséquent, cette galaxie (ou amas de galaxies) est une poussière en chute libre
dans un fluide parfait et ses coordonnées spatiales (σ, θ, ϕ) sont précisément les
coordonnées comobiles.
La métrique particulière de Robertson et Walker est manifestement en accord
avec le principe cosmologique imposé. Elle respecte également les fondements de la
245
9.1 – La métrique de Robertson-Walker
a(t) sin−1 σ0 si k = +1
d(t) = a(t)σ0 si k = 0
Nous insistons une nouvelle fois sur le fait que σ0 n’est pas la distance radiale entre
la Voie Lactée et une galaxie. Cette coordonnée comobile sans dimension est par
246
9.1 – La métrique de Robertson-Walker
d(t) = a(t) χ 0
χ
χ 0
0 a(t)
L’Univers ne s’étend dans rien : l’espace lui-même est créé au fur et à mesure que
l’Univers enfle. Toutes les galaxies sont collées sur l’hypersphère et s’éloignent de
nous. Il nous est impossible de nous extirper de l’Univers pour observer ces mouve-
ments relatifs. Mais chaque galaxie (constituée en réalité de centaines de milliards
d’étoiles) est liée par sa propre gravité et fournit ainsi une échelle absolue pour la
mesure de l’expansion de l’Univers présent.
247
9.1 – La métrique de Robertson-Walker
A = 4πa2 σ 2 = 4πd2
2 d 2
4πa sinh .
R
L’observation, à un instant donné, de galaxies de plus en plus éloignées de nous
correspond à une augmentation progressive de d tout en maintenant a fixé. Dans ce
cas nous constatons que l’Univers peut être caractérisé par la nature de son espace :
fermé, fini si k = +1
plan, infini si k = 0
ouvert, infini si k = −1
248
9.2 – Les Univers ≪ statiques ≫ revisités
À l’échelle cosmique (d > 108 a.ℓ.), une galaxie de la taille de notre Voie Lactée
(105 a.ℓ.) est assimilée à une simple poussière. Nous pouvons dès lors réanalyser les
deux modèles d’Univers statique avec pression nulle dans le système de coordonnées
comobiles de Robertson et Walker.
t̃ = t · cosh χ
r̃ = ct · sinh χ,
dσ 2
2 2 2 2 2 2 2
ds = c dt − c t + σ dΩ
1 + σ2
en posant simplement
σ = sinh χ.
Nous retrouvons ainsi le modèle cinématique de Milne (1933) qui représente en fait
l’Univers comme un milieu de particules-tests, sans gravité, mais avec un facteur
d’échelle linéaire dans le temps :
a(t) = ct ; k = −1.
dr 2
ds2E = c2 dt2 − 2
− r 2 dΩ2
1− Λr
dσ 2
2 2 1 2 2
≡ c dt − + σ dΩ
Λ 1 − σ2
249
9.2 – Les Univers ≪ statiques ≫ revisités
dℓ2 = RE
2
{dχ2 + sin2 χ(dθ2 + sin2 θdϕ2 )}
et le volume correspondant
Z π Z π Z 2π
3 2
V = RE sin χdχ sin θdθ dϕ
0 0 0
= 2π 2 RE
3
est fini, en accord avec le principe de Mach selon lequel l’origine de l’inertie d’un
corps est à rechercher dans l’ensemble des autres masses présentes dans l’Univers.
Nous pouvons dès lors y tester le degré de validité de la “loi d’induction inertielle”
présentée au chapitre 2 :
Gm~aρ dV
Z Z Z
F~′ = −
RE c2 Univers χ
Gm~aρ 2 π sin2 χdχ π 2π
Z Z Z
= − 2 RE sin θdθ dϕ
c 0 χ 0 0
Z π
sin2 χdχ
= − m~a
0 χ
≃ −1.21833 m~a !
250
9.3 – Loi de Hubble-Lemaı̂tre
-4 -3 -2 -1 0 +1 +2 +3 +4
... ...
-4 -2 0 +2 +4
... ...
Cette représentation est en fait la seule en accord avec le principe cosmologique qui
affirme qu’aucun observateur n’est privilégié.
251
9.3 – Loi de Hubble-Lemaı̂tre
3. Loi de Hubble-Lemaı̂tre
Dans l’analogie du jeu d’échec infini, les galaxies sont de simples pions posés sur
les cases de l’échiquier. Tout observateur vivant dans une de ces cases aura cependant
l’impression d’être au centre d’un espace statique si les galaxies voisines ont une
vitesse de recul. Cette caractéristique n’est pas propre au modèle de de Sitter. Elle
est en fait la conséquence immédiate d’un principe cosmologique qui, rappelons-le,
repose d’une part sur l’isotropie apparente de la distribution de galaxies, et d’autre
part sur le caractère universel des lois de la physique.
Considérons en effet une galaxie s’éloignant de nous
v ≃ H0 d
252
9.3 – Loi de Hubble-Lemaı̂tre
Cette relation linéaire approximative, historiquement [3] prédite par Lemaı̂tre (1927)
et observée par l’astronome Hubble (1929) sous l’influence de de Sitter (1928),
est manifestement satisfaite par toute métrique exprimée dans le système de coor-
données comobiles de Robertson-Walker :
Z σP
˙ dσ
d(t) = ȧ(t)
0 (1 − kσ 2 )1/2
c’est-à-dire
ȧ(t)
v(t) = d(t) ≡ H(t)d(t).
a(t)
Lors de son Assemblée Générale en août 2018, l’Union Astronomique Internationale
a recommandé que cette propriété remarquable de tout Univers homogène en ex-
pansion soit rebaptisée “loi de Hubble-Lemaı̂tre”. Cette proposition a finalement été
entérinée le 26 octobre 2018, avec 78% des 4060 votes électroniques enregistrés en
sa faveur.
Dans le modèle purement cinématique de Milne, nous avons
ȧ(t0 ) 1
H0M = =
a(t0 ) t0
avec t0 , l’âge de l’Univers présent. Par contre, dans l’Univers de de Sitter, la relation
linéaire entre vitesse de récession et distance est exacte en tout temps :
r
Λ
H0dS = c.
3
1.02 h0
H0 ≡ h0 100 km s−1 Mpc−1 =
1010 années
h0 = 0.68 ± 0.02.
Cette valeur remarquablement précise est le résultat d’une analyse fine du rayonne-
ment associé au fond cosmique par la sonde européenne PLANCK. Rendue publique
253
9.3 – Loi de Hubble-Lemaı̂tre
254
9.3 – Loi de Hubble-Lemaı̂tre
Le décalage vers le rouge ne résulte donc pas d’un mouvement relatif des galaxies
dans un espace absolu. L’espace est en réalité un concept dynamique lié au champ
gravitationnel et non un cadre inerte pour les phénomènes physiques. Curieusement,
Hubble n’acceptera jamais l’interprétation de la loi éponyme en terme d’une expan-
sion de l’espace. Georges Lemaı̂tre l’a, par contre, très bien comprise et est donc fin
prêt pour une véritable révolution cosmologique : Einstein avait manqué de peu une
prédiction extraordinaire de SA théorie de la Relativité Générale :
255
9.3 – Loi de Hubble-Lemaı̂tre
Exercices intégrés
256
Chapitre 9
Bibliographie
[1] “The day we found the Universe”, M. Bartusiak (Vintage Books, 2009).
[2] “A short history of the Universe”, J. Silk (Scientific American library, 1994).
[7] “The ups and downs of the Hubble constant”, G.A. Tammann, arXiv : astro-
ph/0512584 (2005).
257
10 – Les équations de Friedmann-Lemaı̂tre
Chapitre 10
259
10 – Les équations de Friedmann-Lemaı̂tre
Ttt = ρc2
Tij = pa2 g̃ij .
2
ȧ kc2 Λc2 8πG
+ 2 − = ρ
a a 3 3
ä Λc2
4πG 3p
− =− ρ+ 2
a 3 3 c
260
10.1 – Quelques solutions analytiques simples
• k = 0, ±1 (géométrie)
• Λ (constante cosmologique)
• ρ>0 ( densité )
1
• 0≤λ≤ 3
( rapport pression/densité )
R
E
a(t) = ct : (k = −1 , Λ = 0 , ρ = 0)
261
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
r r !
3 Λ
a(t) = cosh ct : (k = +1 , Λ > 0), “no Big Bang”
Λ 3
r r !
3 Λ
a(t) = sinh ct : (k = −1 , Λ > 0), “Big Bang”
Λ 3
r r !
3 Λ
a(t) = sin − ct : (k = −1 , Λ < 0), “Big Crunch”
Λ 3
262
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
≪ L’autre solution est celle d’Einstein. Elle tient compte du fait évident que
la densité de la matière n’est pas nulle et elle conduit à une relation entre
cette densité et le rayon de l’univers. Cette relation a fait prévoir l’existence
de masses énormément supérieures à tout ce qui était connu lorsque la théorie
a été pour la première fois comparée avec les faits. Ces masses ont été de-
puis découvertes lorsque les distances et les dimensions des nébuleuses extra-
galactiques ont pu être établies [. . . ] ≫.
≪ Les deux solutions ont donc leurs avantages. L’une s’accorde avec l’observa-
tion des vitesses radiales des nébuleuses, l’autre tient compte de la présence de
la matière et donne une relation satisfaisante entre le rayon de l’univers et la
masse qu’il contient. Il semble désirable d’obtenir une solution intermédiaire
qui pourrait combiner les avantages de chacune d’elles [. . . ] ≫.
Georges Lemaı̂tre propose donc ici une modification minimale du modèle statique
d’Einstein (E) afin de rendre compte de la “fuite” des galaxies. Après une phase
quasi-stationnaire qui “vieillit” à souhait notre Univers, la force répulsive induite
par la constante cosmologique d’Einstein va progressivement l’emporter sur la gravi-
tation. Le rayon de l’Univers va croı̂tre de plus en plus rapidement, pour atteindre
finalement le régime exponentiel d’un Univers de de Sitter (dS) de densité nulle.
En 1930, Eddington envoie une copie de cet article à de Sitter, avec en note :
“This seems a complete answer to the question we were discussing”.
263
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
L-E
dS
R
0
E
R
E
t t
0
avec √ Z 1/2
3 a da
t − t0 = RE .
c a + 2RE a − RE
Ce modèle est cependant loin d’être unique. En effet, la première équation de
Friedmann-Lemaı̂tre prend la forme classique d’un bilan d’énergie :
2
Λa20
dã k − 1/ã
+ =
dλ ã2 3
si nous effectuons les changements de variables
a
ã =
a0
8πGρa3
a0 ≡
3c2
a
dλ = cdt.
a20
264
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
2
E = Λ a0
3
k=+1
E L-E dS
4/27
0
1 3/2 2 ~
a = a / a0
Sur base de cette figure classique, nous constatons qu’Einstein avait dans ses mains
une théorie qui prédisait l’expansion (ou la contraction) cosmique. Que ce soit sans
constante cosmologique (E = 0), avec une constante cosmologique générique
(E > 0) et même, avec une constante cosmologique finement ajustée (E = 4/27),
ses équations impliquaient que l’Univers ne peut en aucun cas être statique ! Il avait
donc une prédiction spectaculaire à sa disposition, mais a préféré contraindre sa
théorie au point de commettre une erreur évidente sur la stabilité pour affirmer
que ses équations étaient compatibles avec un Univers statique [5]. Pour preuve, la
remarque suivante :
qui apparaı̂t dans une lettre adressée à Weyl en 1923. Cette citation montre égale-
ment qu’Einstein était prêt à abandonner Λ si on lui apportait des preuves en faveur
d’un Univers dynamique. Il faudra pour cela attendre près de 10 ans et une publi-
cation (avec son vieil adversaire de Sitter !) en faveur du modèle k = 0 et Λ = 0.
De même, à partir de cette figure classique nous voyons que le modèle de L − E
correspond au cas très particulier où E vaut précisément la valeur critique (4/27)
au-dessus de laquelle une singularité en a = 0, appelée aujourd’hui Big Bang, de-
vient inévitable (Lemaı̂tre, 1931). Mais son intérêt principal réside dans le fait
qu’il permet pour la première fois de formuler des questions pertinentes au sujet de
265
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
3H02
ρc ≡ ≈ 10 h20 protons/m3 ≈ 5 atomes d’hydrogène/m3 ,
8πG
ce modèle simple prédit déjà des échelles très raisonnables tant pour l’espace
1
∼ √
R0 > ≈ 1.2 1010 années-lumière (Einstein)
ΛE
que pour le temps
r
1 3
H0−1 >
∼ ≈ 2 1010 années (de Sitter).
c ΛE
kc2
ΩΛ + ΩM = 1+
a2 H 2
1 1 ä
ΩΛ − ΩM =
2 H2 a
si nous les divisons simplement par le carré de la constante de Hubble H. Sur base
de ces équations nous pouvons décrire les différents modèles d’Univers.
266
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
Les dernières analyses basées essentiellement sur les données de la sonde PLANCK
mise sur orbite en mai 2009 impliquent que les valeurs présentes de ΩΛ et ΩM (i.e.,
en t = t0 ) sont [7]
Λc2 ρΛ
Ω0Λ = 2
≡ = 68.3% (ρΛ = constante)
3H0 ρc
8πGρ0M ρ0M
Ω0M = ≡ = 31.7% (ρM a3 = constante).
3H02 ρc
Ces valeurs cosmologiques remarquablement précises impliquent d’une part que
l’abondance relative Ω0DM de matière sombre (“Dark Matter”) sous forme non-
baryonique (Ω0B = 4.9%) vaut
Ω0DM
≈ 85%
Ω0DM + Ω0B
en très bon accord avec les données astrophysiques sur le halo des galaxies (voir
section 6.3.3). Elles entraı̂nent d’autre part la relation
267
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
et √
2 1+ 3
Hc tc = √ ln( √ ) ≈ 3/4.
3 2
−1
La coı̈ncidence numérique t0 ≈ H0 , seulement exacte si
peut interpeler. Nous avons vu que cette relation entre l’âge de l’Univers et l’inverse
de la constante d’Hubble n’est, a priori, justifiée que dans le cadre du modèle de
Milne (ΩΛ = ΩM = 0) tel que a(t) = ct.
S’agit-il d’un simple hasard, d’une nécessité pour que la vie puisse exister où l’in-
dication d’une nouvelle physique fondamentale ? À ce stade, il est utile de rappeler
que la coı̈ncidence astronomique
distance Terre-Soleil diamètre Soleil
≈
distance Terre-Lune diamètre Lune
268
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
qui fait que le disque lunaire recouvre parfaitement le disque solaire lors d’une éclipse
totale semble bien le fruit du hasard !
L’observation d’une expansion accélérée de l’Univers [8] nécessite l’introduction
d’une constante cosmologique positive dans la théorie générale de la relativité. Par
conséquent, aujourd’hui il est plus informatif de réduire formellement la première
équation de Friedmann-Lemaı̂tre au bilan d’énergie suivant :
2
1 kc2
1 dr
+ V (r) = − =E
2 dt 2 H02 a20
dt → H0−1 dt.
Dans ce cas, la dynamique de l’Univers est équivalente à celle d’une particule de
masse unité se propageant dans un espace uni-dimensionnel sous l’influence d’une
force dérivant du potentiel
1 1 2
V (r) = − ΩM + ΩΛ r .
2 r
Pour Λ > 0, ce potentiel admet un maximum en rt ≡ (ΩM /2ΩΛ )1/2 tel que la
particule en mouvement subit une décélération suivie d’une accélération lorsque
l’énergie totale est nulle (i.e., k = 0) :
V(r)
rt 1 r
E
Cependant, tel est aussi le cas si l’énergie totale est négative (i.e., k = +1) mais
supérieure à V (rt ). Ce diagramme illustre ainsi le fait qu’il ne sera jamais possible
de conclure que k = 0, compte tenu de l’anisotropie ∆T de la température T (≈ 2.7
269
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
270
10.2 – Univers de Lemaı̂tre (1927)
Exercices intégrés
271
Chapitre 10
Bibliographie
[1] “Alexander A. Friedmann, the Man who Made the Universe Expand”, E.A.
Tropp, [Link]. Frenkel and A.D. Chernin (Cambridge, 1993).
[5] “Why all these prejudices against a constant ?”, E. Bianchi and C. Rovelli,
arXiv : 1002.3966 (2010).
272
Chapitre 10
[6] “Le roman du Big Bang ; la plus importante découverte scientifique de tous les
temps”, S. Singh (Hachette, 2007).
[8] “De l’éclipse totale du Soleil à l’énigme de l’énergie sombre”, J.-M. Gérard,
Revue des Questions Scientifiques 183 (2012) : 145-168.
273