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05487

Le document présente des études géographiques sur deux régions de l'ouest de Madagascar, le Bemarivo et le Manombe-Befandriana sud, réalisées pour le Ministère de l'Agriculture. Les travaux visent à préparer des opérations de développement basées sur l'aménagement du milieu physique et la vulgarisation agricole. Les études mettent en avant les différences entre les deux régions en termes de superficie, de population et d'activités agricoles, tout en soulignant l'importance de la cartographie dans l'analyse des données.

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Le document présente des études géographiques sur deux régions de l'ouest de Madagascar, le Bemarivo et le Manombe-Befandriana sud, réalisées pour le Ministère de l'Agriculture. Les travaux visent à préparer des opérations de développement basées sur l'aménagement du milieu physique et la vulgarisation agricole. Les études mettent en avant les différences entre les deux régions en termes de superficie, de population et d'activités agricoles, tout en soulignant l'importance de la cartographie dans l'analyse des données.

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TRAVAUX ET DOCUMENTS DE L’O.R.S.T.0.M.

NO16

0. R. S.. T. 0. M.
PARIS
1912
” La loi du 11,mars 1957 n’autorisant, a& termes des alineas 2 et 3 de l’article 41,
” d’une part, que les “copies ou reproductions strictement reservées B l’usage prive du co-
” piste et non destin&es g une utilisation collective” et, d’autre part, que les analyses et les
” courtes citations dans un but d’exemple et d!illustration, ‘Yotite représentaiJon ou reproduc-
” tion integrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur’ ou de ses ayants droit
” ou ayants cause, est illicite” (alinéa ler de l’article 40).
” Cette reprhentation ou reproduction, par quelque proc6dé que ce soit, constituerait donc
” une contrefaçon sanctionnee par les articles 425 et suivants du Code P&al. ”
. . . . . ,. . . . . . . . . . ...’ . . . . . . . . .

0 0.R.S;T.O.M. 1972
J.-Y. MARCHAL G. DANDOY

CONTRIBUTIONS

A L’ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE

DE

L’OUEST MALGACHE
Avant-Propos

Les etudes presentees ici concernent deux regions de l’ouest-malgache qui, eloignées
dé 300 km environ l’une de l’autre, n’appartiennent pas moins au même domaine physique et
humain. En outre, elles ont et6 réalisees a quelques mois d’intervalle par deux gbographes
d’une même Équipe, à la demande du Ministére de l’Agriculture de Madagascar. Il s’agit donc
de deux travaux sur convention destines 5. préparer des “opérations de développement” fondees,
soit sur l’aménagement du milieu physique (Bemarivo), soit sur la mise en œuvre d’un program-
me de vulgarisation (Manombe-Befandriana sud).
Toutefois, les sujets abordes Btaient fort differents et concernaient des perimètres
peu comparables du point de vue de leur etendue. D’une part, il s’agissait de repondre a un
nombre limite de questions au sujet d’une plaine de 30 km2, d’autre part il etait demande de
presenter un tableau d’ensemble d’une région de 20 000 km2 environ de superficie. L’enquête
du Bemarivo était complémentaire d’un projet d’aménagement hydro-agricole alors que l’étude
du Manombe-Befandriana sud était preliminaire à une serie de recherches plus specialisees.
Ces différences sensibles ont decide de la conception de chaque Btude : la Premiere se
preoccupe surtout des conséquences que pourraient avoir les amenagements .sur la population
locale, la seconde inventorie la totalite des donnees regionales et insiste, en dernier lieu, sur
la commercialisation, Par ailleurs, si dans les deux etudes une priorite est donnee à l’expres-
sion cartographique, la specificite de chacune a orient.6 leur auteur vers le type de cartes qui
lui semblait le mieux approprie : les cartes du Bemarivo doivent être considerées comme des
cartes d’inventaire indispensables a la description et a l’analyse de faits agraires bien localisés ;
celles du Manombo-Befandriana sud sont egalement des cartes d’inventaire, mais leur multi-
plicite a permis de les utiliser comme moyen de traitement de l’information aboutissant d. un
decoupage en petites zones homogenes.

5
Première Partie

l?TUDE GNOGRAPHIQUE
DE LA PLAINE DU BEMARIVO

J.-Y. MA..RCHAL
Sommaire
P.
INTRODUCTION . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

1 ; LE PERIMETRE .DU, BEMARIVO - SA SITUATION REGIONALE . . . ..*............................ 15


2 - LE MILIEU PHYSIQUE . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
A - Les formations geologiques et les sols ....................................................... 17
B - Le couvert vegétal .................................................................................. 19
C - Les crues de la Tsiribihina ....................................................................... 19
3 - L’IMPLANTATION HUMAINE
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .. . . . . . 23
A - La constitution du peuplement ................................................................... 23
B - Les unit& de peuplement ......................................................................... 24
C - Composition de la population .................................................................... 25

4 - LE SYSTEME CULTURAL ET LES ACTIVITES AGRICOLES - ADAPTATION AUX


CONDITIONS NATURELLES ................................................................................. 31
A - Les cultures de saison pluvieuse ............................................................... 33
B - Les cultures de decrue ............................................................................ 34
C - La riziculture de decrue .......................................................................... 35

5 - LES AMENAGEMENTS HYDRO-AGRICOLES ........................................................... 41


A - Les amenagements provisoires ................................................................. 41
B - Historique des grands amenagements : le constat d’un échec .......................... 42
C - Un nouveau projet ................................................................................... 45
6 - LES STRUCTURE!S FONCIERES OU L’AMENAGEMENT TRADITIONNEL DE L’ESPACE . . 49
A - L’accession a la terre ........................................................................... . . 49
B - Le partage du sol ............................................................... . ....... . ... . ..... . . 52
C - Quelques donnees sur la structure des exploitations et les modes de.
faire-valoir ............................................................................. . ............. 56

CONCLUSIONS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

ANNEXE ...... . .......................................................................................................... 63

PLANCHES
CARTES ....................................................................................................... 68
PHOTOS ....................................................................................................... 77
L’btude de la plaine du Bemarivo a et& realisée en 1968. A la demande des techni-
ciens du Service de l’Agriculture, le geographe devait limiter ses investigations a une serie
de questions qui s’attachaient principalement aux mouvements de population, au système cul-
tural et à la situation foncière. Par ailleurs, les delais imposes étaient extremement brefs :
deux mois pour mener a bien et l’enquête et la rédaction du rapport assortie de cartes à grande
échelle.
Tout ceci explique que, par bien des aspects, le texte presente des imperfections et
des lacunes. Mais plutot que de parfaire ce rapport deux ans après sa rtklaction, il nous a
semble préferable de le laisser dans son état initial.
Il faut considérer ce document comme un exemple d’etude rapide que le chercheur est
parfois appel6 a realiser outre-mer dans une region ou il mène par ailleurs des recherches
“personnelles” qui peuvent lui sembler plus attrayantes et plus fructueuses.

Paris
septembre 1970.

INTRODUCTION

L’enquête du Bemarivo s’inscrit dans un ensemble de conventions passées Lt Madagas-


car entre le Bureau pour le Développement de la Production Agricole (B.D. P.A. ) et l’Office
de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer (O.R.S. T. 0. M. ), afin d’etudier les pro-
blèmes humains relatifs zt sept périmètres ou sous-regions retenus par le Ministère de l’Agri-
culture (M.A. E.R.) comme Btant susceptibles de recevoir des aménagements hydro-agricoles.
A la demande du B.D. P.A., l’enquête Confi@e à la section de geographie de Tananarive
a eu pour but de livrer, à partir de l’analyse de la population, des exploitations agricoles et de
la situation foncière, un ensemble d’informations nécessaires pour juger du bien fonde des amé-
nagements prevus sur le lac Bemarivo.
L’enquête s’est deroulee du 2 avril au ler mai 1968. Pour l’essentiel, les travaux de
terrain ont repose sur deux types d’enquête complementaires. L’une consiste à recueillir,
dans les villages, des données au niveau des menages ; l’autre à recenser les parcelles culti-
vees afin d’etablir deux cartes : occupation du sol et situation foncière.
Deux themes ont ete abordes dans le questionnaire adresse aux chefs de famille. L’un
concerne les donnbes individuelles (composition de la famille, lieu d’origine, date d’installation
au village), l’autre se rapporte à l’exploitation (dénombrement des parcelles, types de cultures,
production, outillage, . . . ). Enfin, au niveau de chaque groupement villageois, un entretien a
eu lieu avec les notables au sujet de la situation foncière et du projet d’amenagement du lac.
Une équipe de quatre enquêteurs a realise ce travail : un assistant-géographe de
1’0. R. S. T. 0. M. , un enquêteur recruté temporairement et les deux agents du Service de l’Agri-
culture responsables du secteur du Bemarivo. 522 menages ont éte enquêtés et des renseigne-
ments ont pu être obtenus sur 92 autres, absents au moment de l’enquête ; ce qui porte B 614 le
nombre de menages recensés, soit 2370 individus. Un seul village n’a pu être enquêté exhaus-
tivement : il s’agit d’Ampasimandroatsy oit 100 menages représentant 359 individus ont été tou-
chés sur 213 menages que totalise le village.

11
Personnellement, nous avons dressé les cartes d’occupation du sol et de la situation
lonciére. A ce propos, nous devons mentionner que les prestations incombant au B.D.P.A.,
pour la réalisation d’un fond cartographique, n’ont pas eté respectées. Contrairement aux men-
tions figurant à l’article 5 de la convention, une couverture de photographies aériennes récentes
du périmètre, au 1/20000, n’a pas etê realisée, ni les travaux topographiques qui auraient per-
mis la mise à jour de la seule mission aérienne effectuée sur la région, en saison sèche, par
1’1. G. N. en 1954. De ce fait, le fond de carte fourni par le B.D. P.A. , 2 partir de l’exploita-
tion des photographies prises en 1954, ne‘s’est avére d’aucune utilité pratique sur le terrain.
Depuis la date des prises de vues, le lit de la Tsiribihina s’est déplace, bouleversant totale-
ment topographie et planimetrie ; le parcellaire des cultures de décrue, existant naguère, ne
figure évidemment plus sur le terrain. De surcroit, la periode d’enquête imposee par les dates
(le remise du rapport n’a pas permis l’étude du parcellaire rizicole noye jusqu’en juillet sous
une nappe d’eau. Cependant, le projet d’aménagement touche exclusivement le système rizicole.
Compte tenu de ces remarques, la carte d’occupation du sol se limite à présenter le
l,,llDoho (1) et les tanety (2). Cette carte ne donne qu’une image du paysage agraire. Dressee
sans aucun instrument de lever, en nous aidant des rares points de repère visibles sur les pho-
ttigraphies aériennes, elle a la valeur d’une carte de reconnaissance et ne permet aucune me-
sure de parcelles. Toutefois les informations, recueillies auprès des cultivateurs, ont permis
d’élaborer une carte de la repartition foncière et du mode de faire-valoir des terres.
Ce sont les resultats de l’enquête et les conclusions tirees de l’observation des cartes
que nous livrons dans ce rapport. Les informations que nous donnons sur le système de rizi-
l,ulture ont éte notees au cours de deux passages rapides effectués en 1967 dans la région de
i~ Basse Tsiribihina.

(1) baiboho : nom designant le bourrelet de berge et la terrasse alluviale inond6e saisonnibement.
(2) mnefy : colline.

12
Figure 1 - Le cadre r6gional

ff#‘il KI
BELO-SUR-TSIRIBIHIN

10 ;O Km

Limite de la sous préfecture -Y- Piste


de Belo sur Tsiribihina . Nom de village

13
Q
I
w
14
1

Le périmètre du Bemarivo
situation régionale

Situé pres de la côte ouest de Madagascar, le lac Bemarivo s’etend sur 5 000 ha à l’in-
térieur du canton de Belo-sur-Tsiribihina (3). Il appartient a la région dite de la Basse Tsiri-
bihina qui couvre la zone comprise entre Berevo, à l’est, et la mer (Figure 1).
A la sortie des gorges de Berevo, la vallée de la Tsiribihina devient tres large (400 a
600 m) et “traverse successivement les lignes de collines qui, de la Morondava au Manambolo,
rident perpendiculairement au cours des fleuves les formations créiac6es” (4). La Tsiribihina,
dans cette region, est une riviere conséquente (Figure 2).
De pente faible (0,27’%~), elle travaille dans sa partie basse à établir un profil d’équf-
libre par remblaiement ; ce qui explique l’importance des dépôts alluviaux dans toute cette
partie ,du fleuve (5). Ces depôtsproviennent en grande partie des matériaux arrachés au socle
cristallin par les nombreuses rivières affluentes venues des Hautes-Terres (sables constitués
pour 90 à 95% de quartz). Des grands bancs de sable émerges obstruent le cours du fleuve du-
rant la saison seche.
De part et d’autre de la Tsiribihina,, qui decrit de larges meandres, apparaissent un
nombre important de dépressions marginales formées par le colmatage de thalwegs secondaires
affluents et occupees par des lacs. Ces depressions communiquent avec le fleuve par des che-
naux qui traversent le bourrelet de berge. A la saison [Link], ils se remplissent pendant
la crue et se vident lentement, en partie ou en totalité, a la periode des basses eaux.
Les lacs déversoirs ou “ranovory” sont au nombre de six sur la rive gauche et de
neuf sur la rive droite ; dont un des plus importants, situe le plus à l’ouest pres de Belo, est
le Bemarivo.

(3) Sous-Préfecture de Belo-sur-Tsiribihina, Prefecture de Morondava.


(4) A. BUHRER : Etude Geographique et Géologique du Menabe. Bull. Economique de Madagascar,
Tananarive, 1913, ler trimestre.
(5) C. ZEBROWSEI : Basse vallée et delta de la Tsiribihina. ORSTOM, Tananarive, juill. 1967, 108 p.
multigr .

15
0 1 5 Uni
I t

a alluvions ‘:::::::
. . . . . . . . p. Grès pliocène Terrasse à galets
t .......

- Carapace sableuse.;;;; eg. Grès éo,.ène / Faille


p sur grès GA+++

Figure 3 - Croquis géologique


(extrait des feuilles F. 48 et F. 49, Service géologique, 1958, Tananarive)

16
2

Le milieu physique

Le Bemarivo, a 5 km au nord-est de Belo, est une vaste dépression qui s’étend entre
des collines boisees, du nord au sud sur 13 km, et d’est en ouest sur 3 km. Cette cuvette est
séparée de la Tsiribihina, au sud, par un bourrelet qui domine, de 4 m environ, le niveau de
!a dépression. Composé d’une levée alluviale a laquelle succede une terrasse inondable, le
bourrelet atteint 1,2 a 1,5 km de largeur.
A l’est du Bemarivo proprement dit, inséré entre les collines avoisinantes et le bour-
relet, s’observe un chapelet de petits lacs. Les plus petits, situés immédiatement au sud-est
du Bemarivo, forment le Bemarivokely (“petit Bemarivo”) et le plus grand, orienté nord-est,
sud-ouest, le lac Belinta. Ce dernier s’étend sur ‘7 km de long et présente une largeur moyen-
ne de 3. km.

A - LES FORMATIONS GEOLOGIQUES ET LES SOLS

La dépression nord-sud, perpendiculaire au fleuve, correspond à une ancienne vallee


creusée le long de l’affleurement des gres de 1’Eocéne (Figure 3, croquis géologique) et envahie
par la mer lors de la dernière phase de la transgression flandrienne.
Les grès de 1’Eocène composés de sables grossiers a ciment argileux sont de faible
épaisseur. Ils affleurent sur le versant ouest du Bemarivo, tandis que les collines a l’est sont ,
constituées de grès du Pliocène. Ces deux formations recouvertes d’une “carapace sableuse”
donnent des sols de types ferrugineux tropicaux (6).
Entre les collines, les formations récentes alluvionnaires occupent la totalité de la
dépression. Ce sont des dépôts tres argileux (argile .50 %) d’origine fluvio-marine (transgres-
sion flandrie e) ; les caractères morphologique et physico-chimique des sols sont la conse-
quence du recT uvrement d’une mangrove par les alluvions de la Tsiribihina. Le profil type
aménagé dans es alluvions comprend un horizon supérieur argileux plastique, sous lequel ap-
parait un horiz ‘F,n de gley argileux. Dans ce second horizon se révele la presence de sulfures
et sulfates (vestiges de l’ancien sol de mangrove).

(6) Voir la carte hors-texte, extraite de : C. RATSIMRAZAFY : Le lac Bemarivo.


ORSTOM, Tananarive, 1967, 26 p. multigr.

17
.---- Z==
5
i
i
: !
i z
Y
,
La surface de la plaine n’est pas réguliere du fait de l’accumulation annuelle de depôts
et du creusement de chenaux au moment de la décrue. Les photographies aériennes (1954) mon-
trent nettement une voie de drainage qui part, au nord, en face d’Ampasimandroatsy, pour for-
mer au sud la rivière de Bevoay. Ailleurs, on rencontre de nombreux lits qui ne sont plus
fonctionnels sinon saisonnierement (Figure 4).
Isolant le Bemarivo de la Tsiribihina, les levees alluviales sont formées de dépôts sa-
bleux à limono-sableux, avec alternance de dépôts tres micacés. L’horizon supérieur, du fait
des débordements de la Tsiribihina, présente des dépôts limoneux (7).
La topographie des levées est tres accidentée, coupée de nombreux chenaux. En ar-
riere, a mesure que l’on s’éloigne du fleuve, la surface correspondant à la terrasse alluviale
est plus régulière ; les sols y sont également plus argileux.

B - LE COUVERT VEGETAL

La végétation qui borde: le fleuve est assez dense. Les rideaux de bararata (Phrag-
mites communis) longent les berges. Quand on s’éloigne de la rive, apparaissent des arbris-
seaux . famonty (Pluchea sp ‘) , fatipatika (Acacia sp ), mokonazy (Ziziphus jujuba) et takilotra
(Mucuna pruriens) . Des arbres représentatifs de la forêt sèche de l’ouest malgache s’obser-
vent également sur les levees alluviales : kily (Tamarindus indica), tsingilo ( Gymnosporia Ii -
nearis) et adabo (Ficus sakalavarum).
Puis, en avançant vers la dépression, apparaissent les grandes étendues de graminées.
mahatsia (Sporobolus rhizomatus) . Dans les milieux mal drainés pousse une legumineuse, le
roy. Les vondro (Typha angustifolia) bordent les lacs (8).
Une forêt seche dégradée couvre les collines jusqu’aux bords du Bemarivo. Les ar-
bres B feuilles caduques (anakaraka et hazomanga) disséminés et peu élevés forment de belles
futaies, Le sous-bois est peu vigoureux, sauf en bordure des mares d’eau stagnantes oh des
bouquets d’arbres a feuilles persistantes forment des taches vert sombre au milieu de l’étendue
uniformément grise qui les entoure (9). Parfois, au milieu de la broussaille, s’élèvent de
grands palmiers aux feuilles disposées en éventail, les dimaka (+~~I~SSUS flabellifer). Les
satrana (Elyphaena coriacea) que l’on rencontre dans les anses septentrionales du Bemarivo
sont des palmiers de taille plus petite et aux feuilles plus réduites.

C - LES CRUES DE LA TSIRIBIHINA

La région traversée par le 19” 40’ de latitude sud, jouit d’un climat chaud avec une sai-
son des pluies bien marquée de décembre à mars.
La température moyenne annuelle est de 26” C avec un minimum de 14,3” en juillet
et un maximum de 33,6” en novembre (Tableau 1).
La hauteur moyenne des pluies tombant de décembre à mars avoisine 700 mm (706,5)
pour un total annuel de 809.

(7) C. ZEBROWSKI : OP.&. (5).


(6) C. ZEBROWSEI : Op. cit. (5).
(9) LOWEL : Les Forêts de I’Ouest de Madagascar. Challamel, Paris 1914, 41 p.

19
Tableau 1
Moyennes mensuelles effectuées â partir des observations
de 1935 à 1965
(Belo/Tsiribihina)

Précipitations Temperatures
Mois
nombre de mm nombre de jours moyenne des maxima moyenne des minima

janvier 234,9’ 13,2 32” 5 22” 6


fevrier 175,6 11,3 32”9 22” 9
mars 124,3 836 32”7 22”
avril 14,4 176 33;3 20” 8
mai 498 171 31” 8 17”6
juin 626 0,77 30”3 14” 9
juillet 4,7 0,73 29” 9 14”3
aotit 2,2 0,72 30”7 16” 1
septembre 596 1,09 31”9 18”3
octobre 14,8 2,33 32”9 20” 5
novembre 49,2 378 33” 6 21” 9
décembre 171,7 832 33;3 24” 7

4m

2m

Im

Figure 5 - Bemarivo. Variation du niveau du lac a Marotaola


(échelle SOGREAH)

20
N

Figure 6 - Zones inondées au debut du mois d’avril

A cette saison des pluies correspond l’inondation de la plaine, mais ce ne sont pas les
pluies locales à elles seules qui provoquent la formation d’une nappe d’eau sur le pfkimètre.
La Tsiribihina, dont le bassin versant recouvre 46300 km2, reçoit, par ses nombreux affluents,
les eaux venues des Hauts-Plateaux : cet apport d’eau étranger B la r6gion provoque la crue.
Celle-ci dgbute un mois avant la saison locale des pluies, en novembre, pour atteindre un pre-
mier maximum dans la deuxième quinzaine de fkvrier. Après une baisse sensible succède une
seconde crue, un mois plus tard.
A partir de novembre, les eaux remontent la Kindroma, chenal qui longe les collines
à l’ouest et traverse le bourrelet de berge. De la fin novembre à janvier, le Bemarivo se rem-
plit et, rapidement, le lit de la Kindroma ne suffit plus à canaliser la crue. Le remplissage
du lac s’achève au début du mois de fbvrier par le debordement des eaux de la Tsiribihina par
dessus le bourrelet de berge. Le Bemarivo prbsente alors un immense plan d’eau de 5 000 ha
et 3,50 m de hauteur d’eau sont enregistrks entre les viliages de Marotaola et d’llnkirondro.
Dhbut mars, la d6crue se déroule suivant le processus inverse. D’abord, un très
grand volume d’eau rejoint la Tsiribihina au travers de la plaine, puis le bourrelet de berge
Emerge et c’est le tour, fin mars, de la terrasse alluviale.
Au debut du mois d’avril, la dépression seule reste noyee. La dkcrue dans cette partie
de Bemarivo se fait sentir lentement d’avril à juin (Figure 6). L’eau est évacuée par deux exu-
toires, la Bevoay % l’est et la Kindroma à l’ouest, mais à la fin du mois de mai seule la Kindro-
ma draine l’eau du Bemarivo.
Gr$ce à ces crues saisonnières, la fertilité des sols est entretenue par les dépôts d’al-
luvions . Toutefois de grosses crues, comme celle de 1958, provoquent un bouleversement gb-
néral de la topographie et des sols dans les terres dites de baiboho, deposent des sables sur ’
de grandes surfaces et, par endroits, arrachent des portions de berge.

21
3

L’implantation humaine

A - LA CONSTITUTION DU PEUPLEMENT

La population actuelle du Bemarivo et des environs de Belo est le resultat de la super-


position de plusieurs vagues de peuplement sur un fond de population autochtone. Cette dernière,
formee de Salakava, a, jusqu’en 1910 environ,forme l’essentiel du peuplement regional qui se
trouvait concentre le long de la Tsiribihina et plus disperse sur les plateaux environnants.
La zone entourant Belo Qtait naguère integree au royaume salakava du Betsiriry dont
le souvenir est maintenu par les descendants des princes sakalava d’Ankilizato (Bemarivo).
Vers les annees 1910-1920, l’extension de la culture de pois du Cap dans la basse
Tsiribihina provoqua une première migration comprenant des Antaisaka et Antandroy, venus
du sud-est et sud de Madagascar et quelques Betsileo des Hautes Terres. La plupart des An-
taisaka et Betsileo arrivés à cette pbriode se fixèrent dans le pays en se métissant avec les
Sakalava .
Une seconde vague de peuplement s’amorça à compter des annees 1925-1930, à la suite
de nombreux appels de main-d’oeuvre lances par les planteurs de tabac Etablis le long du Maha-
jilo et de la Sakeny. Munis de contrats de travail, des Betsileo, Bara, Antaisaka et Antandroy
vinrent travailler dans les plantations europeennes. Cependant, cette main-d’œuvre était par-
ticulièrement mobile et, après plusieurs séjours dans differentes plantations, beaucoup d’im-
migres s’installerent pres de Belo où la culture du pois du Cap, en favorisant une grande acti-
vité jusque vers les annees 1940-1945, demanda egalement une main d’oeuvre sans cesse
accrue.
Ces nouveaux arrives grossirent le lot d’immigrés déjà en place aux abords du Bema-
rivo. Progressivement affranchis de l’autorité des chefs sakalava (“mpanjaka”), ces “etrangers”
creerent des communautes indépendantes et designèrent leurs representants dans les assemblées
villageoises. Ainsi, dans les villages importants comme Ankirondro et Ampasimandroatsy,
l’administration reconnafi actuellement deux groupes distincts dirigés chacun par un chef: le
chef de village korao (korao désignant tous les immigrés de la côte sud-est et par extension
tous les immigres d’où qu’ils viennent) et le chef de village sakalava.
Quelques Antandroy s’assimilèrent aux groupes existants, mais un grand nombre pre-
fere toujours vivre à l’écart, dans la for& qu’ils détruisent en partie pour cultiver du mais et
du manioc. Au nord-ouest du Bemarivo, un ensemble de villages bien distincts, Andranovo-
ribe, Morafeno et Ambinda, est peuplé exclusivement d’Antandroy.

23
Depuis 1955-1960, le courant migratoire à partir des plantations de tabac vers la re-
,.iclll de Belo s’est, à nouveau, renforce du fait des difficultés économiques auxquelles se heur-
II &ILles planteurs, à la suite de la reconversion de la culture du Maryland en Burley et de la
ii:! ~sse générale des prix de vente du tabac.

B - LES UNITES DE PEUPLEMENT

Sur les cartes, le peuplement du Bemarivo forme une tache au milieu des étendues
forestières quasi inhabitées qui l’entourent. Douze villages surplombent la plaine, du haut des
collines, quatre sur la rive ouest, huit sur la rive est. La population totale s’éleve à 2.730 h.
Onze villages ont été enquêtes exhaustivement (2 011 individus) dont nous donnons ci-dessous la
composition.

Tableau 2

La population des villages

Nom du village Hommes Femmes Total

Ankirondro 354 368 722


Mangotroka 172 192 364
Marotaola 80 94 174
Mahavelo-Tsianihy 74 70 144
Bevoay 70 69 139
Ambohidrahay 67 66 133
Ankilizato 48 46 94
,
Vohimary 33 35 68
Tanambao 32 35 67
Ankotrofotsy 32 22 54
Befifitaha 28 24 52

A cet habitat permanent de type groupé, disposé à la limite de la forêt, s’oppose un


habitat disperse temporaire. Il s’agit, en premier lieu, des cases de culture sur le baiboho
qui sont occupées d’avril à juillet pendant les travaux nécessaires à la culture des haricots,
lentilles et pois du Cap et, en second lieu, des cases construites sur les rizieres de la fin de
septembre au début de novembre, au moment de la récolte et du battage de la moisson. A ces
cases dispersees sur les parcelles se joignent, en bordure de la plaine, pres des puits, les
petits hameaux temporaires construits par les salariés agricoles venus du delta.
Pendant le reste de l’année, la population vit dans les villages car les pluies et l’inon-
dation du Bemarivo rendent les déplacements extrêmement difficiles. Ceux-ci se limitent au
va et vient entre le lieu de résidence et les parcelles cultivées a proximite, sur les collines.
Les villages sont stables. Seuls, quelques “campements” édifiés par les nouveaux arrivants,
à l’orée de la forêt entre deux villages, peuvent apparaftre puis disparaître rapidement quand
leurs habitants ont définitivement élu domicile dans un village voisin.

24
Certains villages sont de création ancienne, tels Ankirondro, Mangotroka, Ampasiman-
droatsy et Ankilizato. Ce sont d’anciens lieux de residence des mpanjaka et l’ethnie dominante
est sakalava. D’autres villages sont de création plus récente (1910-1940). Ce sont Vohimary
(sur la rive est) et tous les villages de la rive ouest : Ambohidrahay, Marotaola, Befifitaha et
Ankotrofotsy. Moins peuplés que les vieux villages, ils ont été créés, soit par des Sakalava
ayant rompu avec leurs parents des villages voisins, soit par des immigrés.

C - COMPOSITION DE LA POPULATION

La répartition ethnique

Les Sakalava., autochtones, conservent le premier rang et representent 62,21% des


exploitants (10). Viennent ensuite les Antaisaka (16,45 %), les Antandroy (7,5 %), les Bétsileo
(3,42 %), les Antaifasy (3,26%), les Bara (1,80 %), les Zafisoro (1,46%), les Antaimoro (1,30%)
et les Merina (0, 65 %). Restent 2, 60 % des exploitants répartis entre Vezo, Mahafaly, Makoa
et Antanosy .
Pr& de 40 % des exploitants-sont donc des immigrés venus en majorité du sud-est et
du sud de Madagascar.
Des differences sensibles interviennent dans la composition ethnique des villages.
Ankirondro et Ampasimandroatsy qui sont les deux plus gros villages sont divises à peu près
équitablement entre Sakalava et immigrés du sud et du sud-est. La population de Mahavelo,
moins importante, présente la même composition.
Dans la majorité des villages, la population comporte un fort noyau de Sakalava auquel
s’ajoutent quelques étrangers (Mangotroka, Bevoay, Befifitaha, Ambohidrahay, Vohimary et
Tanambao) .
D’autres ne groupent que des Sakalava, tels Ankilizato-est et Ankotrofotsy. Enfin,
Marotaola présente une forte majorité d’étrangers.

Les déplacements

A côté des immigrés, originaires des régions sud de l’fie, qui se sont deplacés sur de
grandes distances, on trouve un certain nombre de Sakalava venus de différentes régions de la
c8te ouest et d’autres qui proviennent des villages situés Stl’intérieur du canton de Belo sur
Tsiribihina. Ceci nous amène à considérer trois catégories de personnes : la Premiere com-
prend les habitants natifs des villages enquêtes, la seconde des habitants qui se sont deplacés
a l’interieur,du canton de Belo et, enfin, la troisième catégorie comprend les etrangers au
canton de Belo parmi lesquels, bien entendu, des Sakalava sont dénombrés.
Le tableau 3 indique que sur 614 exploitants, 282 exploitants relèvent de la première
catégorie, 117 de la seconde et 215 de la troisième catégorie.
Nous avons pu obtenir les dates d’installation de ces 215 exploitants. Leur répartition
est indiquée par le tableau 4,

(10) D’après les resultats de l’enquête qui a porte sur 614 exploitants agricoles.

25
Compte-tenu des décés et des retours aux pays d’origine qui ont affecté les immigrants
venus t8t dans la région, il est n&anmoins hident que durant les cinq dernieres dthen@es, les
immigrations ne se sont pas interrompues.
Les lieux d’origik cités par les immigrants’ sont les suivants (Figure 7) :

Bekily Nom du district d’émigration


N
- 2% d’immigrés.
El

de 2 à 5%
t
de 5 à 10%

de 10 à 20%

20 % d’immigrh

T’AhANAcRI)’
I\ I

Mil
Bel(

Morondava/i

0
e-4
100 200 Km

Figure 7 - Origine des Immigrés

26
Tableau 3
Origine des exploitants du Beinarivo

lere 2Bme 3ème Totaux


Villages catégorie catégorie categorie

Ankirondro 53 12 116 181


Ampasimandroatsy 44 24 32 100
Mangotroka 73’ 8 9 90
Bevoay 37 1 4 42
Mahavelo 16 4 17 37
Marotaola 3 14 17 34
Ankilizato 20 9 29
Ambohidrahay 7 16 2 25
Vohimary 8 10 4 22
Tanambo 10 5 4 19
Befifitaha 5 4 9 18.
Ankotrofotsy 6 10 1 17
Totaux 282 117 215 614

Tableau 4
Dates d’arrivée des immigrés

1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960


Villages Totaw
1909 1919 1929 1939 1949 1959 1969 ,,

Ankirondro 4 5 9 20 21 26 31 116
Ampasimandroatsy 11 7 ‘8 ‘1 5. 10 32
Mangotroka 2 3 4 9
Bevoay .l 1 1 1 4
Mahavelo 1 1 4 5 6 17
Marotaola 1 3 1 3 5 4 17
Ankilizato 0
Ambohidrahay 2’ 2
Vohimary 1 2 1 4
Tanambao 2 1 1 4
Bef ifitaha 3 6 9
Ankotrof otsy 1 1

Totaux 4 9 23 36 33 50 60 215

27
- le district de Vangaindrano a $t$ cite 43 fois (20% des immigres),
- le district de Farafangana 25 fois (12 % des immigres),
- le district de Antsalova ” 17 fois,
- le district d’Ambovombe ” 16 fois,
- le district de Bekily 11 13 fois,
- le district d’Ampanihy 7, 13 fois,
- le district de Fianarantsoa ” 12 fois,
- le district de Morondava ” 1 12 fois,
- autres cantons de la sous-prefecture de Belo, ont ette cites 11 fois,
- le district de Miandrivazo’a et& cite 11 fois,
- le district de Tulbar II 8 fois,
- le district de Betioky r, 5 fois,
- le district d’Ambatofinandrahana ” 5 fois,
- le district de Manakara ” 5 fois,
- le district de Mahabo ,t 5 fois,
- le district de Vohipeno ” 4 fois,
- le district de Midongy du sud ” 3 fois,
- le district d’lhosy 1, 3 fois,
- le district d’Ivohibe 11 3 fois,
- le district de Betafo 7, 1 fois.

Comportement démogz+ap~iqai

Ee recensement effectue sur 2011. individus a permis de construire la pyramide des


ages, dont les principales caracteristiques sont les suivantes (Figure 8).

BEMARIVO

Sexe masculin Sexe féminin

’ 140 ’ " 115 Ii0 ' 140 '

Figure 8 - Pyramide des $ges

28
Dans la classe de moins de 15 ans, un effectif relativement r&luit des filles entre 19 et
15 ans revgle un vieillissement volontaire des jeunes filles deja mariées qui ont dt$clart$ avoir
de 15 à 20 ans d’âge.
Dans la classe des adultes (15 à 64 ans), un creux trés sensible s’observe chez les
hommes entre 15 et 40 ans, alors que du cote féminin la pyramide prend une forme à peu près
reguli&re. Ce creux masculin ne peut s’expliquer par une Bmigration masculine qui ne carac-
térise pas la région intéressee. La comparaison avec d’autres enquêtes menées par I’INSRE (11)
dans l’ouest, notamment le recensement de 1’AMVR (12) de Morondava, nous amene à consi-
dérer un creux invariablement marque pour les classes d’age masculines comprises entre 15 et
40 ans. Cependant aucune explication d’ordre géneral certain ne peut être avancé. Certes, on
observe un nombre d’hommes superieur à celui des femmes dans les classes au-dessus de
45 ans, ce qui laisse supposer un vieillissement volontaire des âges parmi les hommes. De
ce fait, le creux signalé pourrait être en partie comblé par des hommes qui ont declare avoir
un $ge supérieur à 39 ans alors qu’ils sont plus jeunes.
Cette observation liée au fait que le sex-ratio global présente 990 hommes pour
1021 femmes ou 97h/lOO f, soit un équilibre presque réalisé, permet seulement de conclure
qu’il n’y a pas d’émigration masculine. Dans le cas inverse, un déséquilibre global du sex-
ratio serait signalé.

(11) Institut National de la Statistique et de la Recherche Economique, Madagascar.


(12) Aire de mise en valeur rurale.

29
4

Le système cultural
et les activités agricoles

Adaptation aux conditions naturelles

Le Bemarivo, compartimenté en trois milieux naturels distincts : les collines boisées,


la plaine et le baiboho, permet aux riverains de pratiquer trois types de cultures complémen-
taires obéissant à un calendrier agricole étroitement lié à la variation du niveau de l’eau.
Il s’agit d’une culture de saison des pluies (mais, manioc, arachide, patate douce)
qui s’étend sur les tanety (collines) quand toutes les parties basses sont inondees et de deux
cultures de décrue, la riziculture qui s’étend dans la plaine et la culture des haricots, lentilles
et pois du Cap, que l’on rencontre sur le baiboho (Figure 9).
Toujours dependantes de la crue, ces deux dernières cultures de saison seche n’ont
pas lieu simultanément. Le baiboho, exondé à partir de la fin mars, connard une activité fébrile
dès le début d’avril alors que, durant ce temps, la plaine est encore noyée et ne permet la pré-
paration des premieres pépinieres qu’au fond de ses indentations.
Notons, pour ne plus y revenir, qu’il existe dans le delta de la Tsiribihina, à 2 km à
l’ouest du Bemarivo, une culture de riz en saison des pluies. La variéte cultivée est le vary
tsipala qui résiste d’autant mieux à la salinité des eaux (13) que le fleuve se trouve en crue et
reflue l’eau saumâtre. Les rizieres sont situées dans la zone des palétuviers, le long des nom-
breux chenaux du fleuve qui traversent le delta. Elles sont alimentées en eau par le flux et le
reflux des eaux douces, commandés par la marée (14). De petites digues, dans lesquelles sont
aménagées des vanues rudimentaires, permettent de retenir l’eau au reflux. Dans ces condi-
tions, les pépinieres de tsipala sont aménagées en novembre et décembre ; le repiquage est
étalé de décembre à février et la récolte a lieu en mai et juin.
Peu d’habitants riverains de Bemarivo vont, pendant la saison des pluies, cultiver le
tsipala dans le delta. Nous n’avons recensé que 3 habitants à Marotaola, 1 à Ambohidrahay,
5 à Ampasimandroatsy, 1 à Mangotroka et 10 à Ankirondro intéressés par cette culture ; soit
une vingtaine de cultivateurs. Ces derniers profitent de leur présence dans le delta pour y
aménager, en avril, de nouvelles pépinieres dont les plants, cette fois, sont amenés par piro-
gue au Bemarivo, afin dly être repiqués.

(13) Ce riz supporte jusqu’a 7 % 8% de salinité.


(14) La marée se fait sentir jusqu’au village de Serinam, situe a 27 km à vol d’oiseau de la mer. A
Belo, la maree atteint 2 m.

31
N

zone rizicole :

El Rizières de décrues

II Rizières en gradins
et irriguées

Baiboho: cultures dominantes

pJ Lentilles
m Haricots
m Pois du Cap

Ll+++ Lentilles et haricots

0 2 4Km

Figure 9 ‘- Les cultures de baiboho et les rizikes

32
A - LES CULTURES DE SAISON PLUVIEUSE

Elles sont pratiquées dans les parties boisées, sur les brtilis forestiers. Un survol
de la zone permet de discerner une zone de forêt, large de cinq SLsix km, tout autour du lac,
qui présente un aspect tres degradé, par suite des brûlis repetes. Plus loin, la forêt a gardé
son caractere tropophile.
Les superficies cultivées se presentent, soit en parcelles dispersees dans la forêt,
soit jointives aux abords des villages (voir Carte 1). Ces deux types de parcelles correspondent
à des dates differentes de mise en valeur et % deux façons culturales particulieres. Dans le
premier cas, les parcelles sont le plus souvent abandonnées a la fin d’une’saison ou apres deux
cultures successives pour n’être cultivées a nouveau qu’après plusieurs années de friche (cinq
a six ans). Dans le second cas, les champs de culture sont anciens et connaissent une courte
jachère.
En forêt, le défrichement a lieu à la fin de la saison séche, en septembre, Les plus
gros arbres sont epargnés mais les arbustes et broussailles sont coupés a la machette et brtllés.
Des clôtures, hativement dressees, encerclent les parcelles pour protéger les cultures des san-
gliers et des bœufs errants. Au premier defrichement correspond géneralement une culture
de mais à laquelle succede, l’année suivante, une nouvelle culture de mais ou une association
manioc-mais.
Les parcelles situees pres des habitations sont plus petites que celles sur brûlis fo-
restier. Entourées de pieux et de branches, les cultures que l’on y rencontre sont plus soignées
(sarclage), plus variees (patate douce et arachide) et, dans la plupart des cas, sont melangées
(mais -manioc -courges).
Aux premieres pluies, milieu novembre, debutent les semis de mais qui se font en
poquets. Les Bpis sont recoltbs en mars et sont mis à &Cher au village, lies en bottes sur
des pieux. Le cycle du manioc est également court, après cinq ou six mois les tubercules sont
suffisamment développés pour être consommés.
Dans ces champs de tanety, le mais et le manioc occupent les surfaces les plus impor-
tantes, suivis de tres loin par les patates douces et les arachides. Un peu moins de 80 ha de
mais sont cultivés par les habitants du Bemarivo, en culture unique ou associée au manioc.
Pour sa part, le manioc en culture unique couvre environ une quinzaine d’hectares.
Les rendements sont faibles, 900 kg ;t 1 tonne par hectare pour le mai’s et 3,5 tonnes
par hectare pour le manioc, mais l’on constate à la vue des espaces disponibles que rien n’em-
pêche les cultivateurs d’btendre les cultures sur les tanety. Autrement dit, la faiblesse des
rendements
.- -- peut être compensée par l’extension des surfaces cultivees. Toutefois, et là inter-
vient une question non resolue, B peine la moiti6 des exploitants recenses pendant l’enquête
cultivent le manioc ou le mais qui sont, pourtant, les seuls produits qu’ils puissent recolter
pendant la saison pluvieuse. Cette situation est d’autant plus paradoxale que la demande en
mais et manioc est bien superieure à la production et que, pour pallier ce deficit, les riverains
du Bemarivo consomment des racines arrachees en forêt (15).

(15) Ces racines, dont nous ne connaissons que les noms vernaculaires (sosa, baiboho, ovy, kabiza, . .),
sont parfois vendues sur les marchés.

33
B - LES CULTURES DE DECRUE

Elles se situent sur les terrasses inondables, dans les trois grandes Tics qui longent
le Bemarivo et, à un moindre degrb, sur les levées alluviales. En fait, elles se rencontrent
sur toutes les surfaces exondees a la fin du mois de mars : le baiboho.
Cependant, toutes les superficies cultivables à partir de cette date ne sont pas defri-
chees et mises en culture et ce!a sur de grandes étendues. Certes, d’une annee à l’autre com-
me la crue est tres variable,des parcelles situées non loin des berges disparaissent pendant
que d’autres s’ensablent. On assiste donc à une variation des superficies cultivees. Mais là
n’est pas l’explication car, bon an mal an, les espaces devenus inutilisables se trouvant com-
penses par des apports nouveaux d’alluvions, le baiboho présente 1200 à 1300 ha qui pourraient
être exploités dans leur majeure partie. Or, seulement 400 à 450 ha sont cultives. Cette faible
mise en valeur n’est pas le fait des conditions naturell’es mais résulte d’une situation foncière
particulière que nous exposerons.
“L ‘agriculture de baiboho ne connaît pas la jachère, 1 ‘exceptionnelle fertilit6 des sols,
‘entretenue par les apports r&guliers du fleuve, permet aux cultures de se succ&der d’année en .
‘année sur les mêmes parcelles” (16) quand celles-ci ne se trouvent pas ensablées. Toutefois,
il existe des variations de rendement d’un secteur à l’autre qui sont fonction des facteurs ~MO-
logiques (prbsence de veines sableuses, pourcentage plus ou moins éleve en argile et en sel).
De même, si le sol est encore tres imbibé au moment des plantations, les graines pourrissent
rapidement.
En dehors de quelques bananiers qui jalonnent parfois les parcelles, “les plantes culti-
“v&es en dbcrue se caractérisent par des cycles v&g&atifs courts, n’exc&ant pas 1 ‘intervalle
“entre deux p&iodes de submersion” (17).
Dans leur grande majorite, ces culturessont commercialisees : haricots rouges, len-
tilles et pois du Cap. Quelques parcelles tres dispersées portent des cultures vivrieres (mars,
manioc) et, le long des berges sableuses, des ambbriques (18).
Ces cultures sont presque toujours uniques sur un champ et peuvent même s’étendre
sur des ensembles de parcelles en secteurs bien individualises qui apparaissent sur les cartes
(lentilles et haricots, carte 2). Toutefois, on rencontre quelques associations : haricots-len-
tilles, haricots-mais).
Compte-tenu des espaces non cultives pour des raisons d’ordre foncier, les surfaces
cultivées en haricots sont les plus importantes et atteignent 270 ha. Les lentilles viennent au
second rang avec 120 ha cultives. Les superficies en pois du Cap qui, il y a dix ans, couvraient
toute la zone est du baiboho entre Vohimary et Bevilo, se trouvent aujourd’hui considérablement
réduites à cause des difficultés de commercialisation (exportation). Elles s’etendent sur 25 ha
au maximum. Mais, manioc et ambérique doivent occuper une dizaine d’hectares.
Les haricots et les lentilles obeissent au même calendrier cultural. Ces deux plantes
sont semées à partir de la mi-avril pour etre récoltées en juillet et aoQt. Le pois du Cap semé
aux mêmes dates se récolte plus tardivement en septembre et octobre.
La phase la plus penible des travaux agricoles sur le baiboho est sans nul doute la pre-
paration du terrain, avant les semis, de la fin mars a la fin avril. Ce travail est plus ou moins
rude suivant que les parcelles se situent derriere les levees alluviales, c’est-a-dire dans la
zone couverte de bararata et de taillis a végetation dense, ou bien sur les terrains plus dégagés

(16) J. P. TROUCRAUD : Contribution à l’étude géographique de Madagascar. La basse plaine du Mangoky.


Paris ORSTOM, Cah. Sci. hum. , 1965, vol. II, no3, 91 p.
(1’7) J.P. TROUCHAUD : nid.
(18) Amberique : haricot B petites graines, de l’espèce Phaseolus mungo (appellation propre a Ma~lagas-
car et à la Réunion).

34
aux abords des lacs. Dans le premier cas, unveritable défrichement est necessaire et l’on
utilise quelquefois la hache pour abattre les arbrisseaux. Des alignements sont pris sur les
grands arbres et, sur le pourtour du champ, un rideau de bararata est Epargné pour dessiner
une limite franche. A l’interieur de l’aire ainsi delimitee, la végetation est fauchée à ras avec
une sorte de machette emmanchée, le “fibaro”. La végetation est laissée ct même le sol afin
qu’elle se dessèche au soleil puis est mise en tas et brulée. Les cendres sont ensuite répandues
et un dernier nettoyage du sol a lieu, à l’aide d’une petite angady dénommee “lapela”. Dans
le second cas, la vegetation constituee de “roy” et de “mahatsia” est rapidement fauchée et
repoussée sur le pourtour de la parcelle.
Deux hommes et une femme parviennent à d&fricher un hectare de taillis en une quin-
zaine de jours. Par contre, près des lacs, il est possible de preparer un hectare de terrain
en moins d’une semaine.
On seme immédiatement après le nettoyage et parfois simultanément. Aidées d’une
angady-tselika, les femmes creusent des trous, guere plus profonds que cinq à dix centimètres,
espacés les uns des autres d’un demi-metre, dans lequels sont jet&, en poquets, trois ou qua-
tre graines. Les graines sont immediatement recouvertes de terre.
Pour les travaux de semence, lorsque la surface du champ est grande (de 70 a a 1 ha),
la famille fait appel à l’entraide familiale ou villageoise, 1’ ‘antso”. Une dizaine de femmes
peuvent ainsi participer à ce travail, sur une même parcelle et durant une journee.
Les sarclages rendus nécessaires par la repousse des petites graminbes, ainsi que
les remplacements de “manquants” se pratiquent en mai et juin.
En juillet et aotlt, ont lieu les récoltes de lentilles et de haricots. Les plants, venus
à maturité, sont arrachés et mis en tas. Suit le battage qui s’effe,ctue sur des nattes, près de
la parcelle ou bien au village. Rares sont les cultivateurs qui récoltent les haricots, les len-
tilles et même les pois du Cap, en prélevant directement les gousses sur le plant.
Les rendements obtenus sur le baiboho de Bemarivo sont tres variables. Les haricots
peuvent donner à l’hectare 1 à 1,3 T, les lentilles 700 à 800 kg et les pois du Cap 800 kg en
moyenne.
Durant les principales phases des travaux de culture de décrue et afin de prevenir les
déprédations causees par les oiseaux, les cultivateurs, dont les villages sont parfois éloignés
du lieu de culture (5 à 7 km), vivent sur le champ dans de petites cases, parfois de simples
cahutes entourés de la volaille et des bœufs de trait qu’ils amènent avec eux.
Notons, enfin, l’existence de cultures maralcheres dans les anses de la plaine, au
nord du Bemarivo. Les tomates, oignons, salades et brèdes sont cultivés en saison seche dans
des petits jardins aménagés autour de puits et protégés par des haies de branchages. Les pro-
duits sont vendus sur le marché de Belo.

C - LA RIZICULTURE DE DECRUE

La zone rizicole est constituée par la plaine du Bemarivo à laquelle s’adjoint le cha-
pelet de lacs qui s’étend au sud-est : Bemarivokely et Belinta.
La superficie cultivable atteindrait alors un peu moins de 4000 ha. Cependant, le
micro-relief de la plaine (denivellation de 2 à 3 m, Figure 4) ne permet pas d’btendre la zone
rizicole sur toute la superficie du lac, si bien que les rizieres recouvrent seulement 2 500 ha
environ.
“Contrairement à de nombreux exemples de riziculture traditionnelle, la culture du
“riz est ici une culture de saison sèche, ou vaxy be, directement tribufaire du retrait progres-
‘sif des eaux qui emplissent les lacs. En effet, de dkembre à mars, 1 ‘existence d’une nappe

.35
Fi!?fafivary
0 Doha-Doko
a [Link]-Hidim-bary
,t:;jg
&+$i Rizière

Figure 10 - Exemple schématique de dedoublement des pépinières

36
‘d’eau de 3 Cz4 m d’gpaisseur (aux endroits les plus profonds) est courante. A partir du milieu
“de mars, les eaux se retirent lentement. Àu mois d’avril, dès que la zone marginale des lacs
“est jugbe suffisamment découverte, les travaux rizicoles commencent” (19).
L’inexistence de terrains propices Lt l’irrigation exclut l’établissement de pepini&!s
irriguées. Celles-ci sont donc amenagees sur les terrains de decrue (pourtour du lac, berges
de la. Tsiribihina, chenaux du baiboho - Cartes 1, 2 et 3).
Les semis ont lieu fin mars, debut avril, dans la boue. Au fond des anses du lac,
dans la partie nord du Bemarivo, les pepinieres, dont les plus grandes atteignent à peine 25 m2,
sont compartimentees par d’étroites diguettes. Ailleurs, sur les bords du lac et sur le baiboho,
les semis sont fait simplement sur le sable limoneux humide. Ces pépinieres, appel&s “fafy-
vary” (semer le riz a la volee) ne connaissent ainsi aucun travail préparatoire de leur sol.
Dans la partie nord du lac, delimitee par les villages de Befifitaha, Ankotrofotsy,
Ampasimandroatsy et Mangotroka, la decrue se fait sentir plus rapidement que dans la partie
sud. Des la mi-avril, de grandes étendues sont découvertes. Aussi, la terre imbibee d’eau
au debut se fendille rapidement sous l’effet de la dessication. Ceci oblige les cultivateurs des
villages nord à transplanter les jeunes plants de riz dans une seconde pepinière amenagée tou-
jours à la limite de la zone inondee, Situ&e cette fois beaucoup plus bas que précedemment.
Les plants sont arraches, mis en bottes, puis transportes en pirogue ou en charrette
à proximite des rizieres, lesquelles en cette saison sont encore noyees. Parfois, une journée
est necessaire au transport, suivant les distances qui separent les fafy-vary des nouvelles pe-
pinieres. Ces dernières s’appellent “doko-doko” (poignée) car le repiquage sur les “pépinieres
d’attente” ne se fait pas par brins mais par poign8es de brins. Là encore, aucune preparation
de la pepiniere ne pr&ide au repiquage. Seuls, des barrages de branchages limitent l’espace
repique afin d’éviter les degâts qui pourraient être provoqués par les poissons tilapia.
Au sud d’une ligne passant par les villages de Befifitaha et de Tanambao, apres la pé-
piniere fafy-vary, une seule “pépinière d’attente” est amenagee avant le repiquage definitif sur
la riziere. Mais, au nord de cette limite les ‘cultivateurs sont obliges, à cause de la decrue
rapide dans ce secteur, de transplanter une nouvelle fois les plants dans une troisieme .pBpi-
niere. Ainsi a lieu une succession de repiquages du fafy-vary au doko-doko puis enfin au doko-
doko-hidim-bary (“fin du cycle des pepinieres”) (Figure 10).
Les paysans repiquent dans les rizières du début mai à la fin de juillet. Une lame
d’eau de quarante à soixante centimetres (les paysans disent “de la hauteur du molet”) recouvre
encore les rizieres, ce qui oblige très souvent à transporter les plants en pirogue. La présence
de l’eau ne permet, une fois encore, aucune preparation des parcelles (absence de pietinage) ;
preparation qui par ailleurs serait inutile ! Les cultivateurs se reperent sur les alignements
de pieux, plantés partout dans le lac pour delimiter les parcelles. Il n’y a pratiquement aucun
litige au moment du repiquage ; chaque riziculteur connaissant parfaitement le lieu precis et
la surface de sa riziere jalonnee de piquets.
Aucun sarclage ne s’intercalle entre le repiquage et la récolte, quatre mois plus tard,
lorsque la parcelle est asséchee. Le sarclage n’est pas nécessaire puisque les mauvaises her-
bes ne peuvent croftre dans plus de 40 cm d’eau (20). Afin d’eviter les deprfklations causees
par les oiseaux, les rizières sont parfois surveillees du haut de petites cahutes construites sur
pilotis.

(19) F. LE BOURDIEC : Aspects geographiques de la riziculture malgache. [Link]. Tananarive,


3” et 4” trim. 1967, n”39-40, pp. 36-38.
(20) “car les mauvaises herbes ne poussent pas dans l’eau”. F. LE BOUBDIEC : Op. cit. La récolte
a lieu fin septembre entre Tanambao, Ankirondro, Marotaola et Befifitaha ; en novembre au nord
d’une ligne Befifitaha-Tanambao ainsi que dans le Bemarivokely et le lac Belinta.

37
Nombra
de
hmlél !L

40

35

30

25

20

f5

10

Janv. Févr. Mars Avril Mai Juin Juill. Août Sept. Oct. Nov.

Baïbabo

El Rizière

@ Nombre de jaurnèes

Riz Is( Semis Haricot -Lentille m Préparation et semis

)Rep.l hW~9e m Sarclage

m Gardiennage IR\ Réco/te el Battage

m Rehlte et Battage

Figure 11 - Journées de travail nécessaires pour un hectare de riz


et un hectare de haricot ou lentille

38
Apres la récolte, on bat le riz a même la parcelle, sur des nattes étendues près des
dokara (meules de riz allongées et basses semblables a celles que l’on peut voir sur les aires
de battage des Hautes-Terres). Les grains sont transportes dans les greniers villageois.
Quand le cultivateur dispose d’une charrette, le transport se fait en sacs, ou gona, pouvant
contenir de 50 CL70 kg, sinon les grains sont transportes dans des sobika (paniers en fibres
tressées) sur la tête.
La récolte et le battage de la mi-septembre a novembre provoquent une grande activité
sur le Bemarivo. De nombreux salaries venus de l’exterieur (Serinam, Tsimafana, le delta)
moissonnent contre des remunerations en nature : tant de daba pour telle surface recolt&?, au
gre des arrangements avec les exploitants (21). Un exploitant nous a dit avoir donne six daba
a un salarié pour la recolte de sa parcelle qui couvrait à peu pres 45 a. Les salaries vivent
dans les huttes temporaires couvertes en paille de riz qu’ils construisent tout autour de la plai-
ne. Quand la recolte est terminee au sud du Bemarivo, ils vont louer leurs services aupres
des exploitants des villages nord et sud-est.
Les rendements, résultant de ce mode de riziculture, n’atteignent guere plus de 900 L1
1000 kg en moyenne à l’hectare. Un rendement de 1,4 T/ha doit être considéré comme excep-
tionnel, contrairement aux affirmations des agents du service de l’Agriculture (22).
De tels resultats soulignent les deficiences du système cultural :
- ” les semis utilis& constituent un mélange variétal de mauvaise qualité : pr&
“de dix agrotypes sont cultiv& en mélange sous le nom de vary be, d’oii de nombreux
“avortement et des attaques fréquentes de maladies cryptogamiques”(23), dont nous
avons éte temoin. Cependant, c’est la seule variéte à cycle court (100 jours) qui, in-
troduite dans la region, ait pu resister jusqu’à present P la secheresse qui survient
a la fin de la maturation.
- Le systeme hydraulique implique une culture de decrue. Ceci necessite des
repiquages successifs et frequents afin d’obtenir des plants suffisamment développes
pour être repiques en eau profonde dans les rizieres. Des semis plus tardifs ne peu-
vent être proposes car la rapidite plus ou moins acceleree de la décrue est imprévi- ’
sible. Lorsque les plants sont repiqués pour la derniere fois dans la riziere, ils sont
trop âges pour que le tallage puisse s’opérer. Enfin, la culture en eau stagnante fa-
vorise les attaques cryptogamiques. ,.

(21) Le “daba” est le bidon de pétrole pouvant contenir 11,5 kg de paddy.


(22) Ils annoncent X,5 T/ha comme rendement moyen, or ce chiffre tient compte des résultats obtenus
entre 1954 et 1956 sur un casier d’essai de la C;R.A. M. (Commune rurale autochtone modernisée).
Les rizieres en gradins, situées dans le vallon à l’est de Mahavelo et couvrant 10 ha, bénéficient
de l’irrigatïon alimentée par une source située en tete du vallon. Sur ces rizières qui sont repiquees
en juin et recoltées en novenïbre, les rendements atteignent 2 ‘P/ha avec des repiquages à trois ou
quatre brins.
(23) P. DALMASS : Rapport sur la region économique de la Tsiribihina. Commissariat général au Plan.
Tananarive, mai 1961.

39
5

.Les aménagements
hydre-agricoles

Pour pallier les deficiences provoquees par le systeme hydraulique naturel, plusieurs
amenagements tendant a ameliorer la riziculture ont Bté r&disés. Nous parlerons rapidement
des aménagements rudimentaires, effectués avec l’aide des fokon’olona (assemblees vlllageoi-
sesj pour aborder l’historique des grands amenagements nés de l’initiative d’administrateurs
du district de Belo (24).

A - LES AMENAGEMENTS PROVISOIRES

Le probleme primordial etant de retenir l’eau au moment de la decrue, surtout pendant


les dernieres semaines de maturation du riz, des solutions, .consistant B barrer les exutoires
naturels du Bemarivo, ont Ate essayees avec l’aide des habitants.
Un premier barrage, qui prenait appui sur des levees de terre édifiees à l’angady (25),
fut realise sur l’exutoire de Bevoay, il y a une dizaine d’années. Le barrage, qui était en terre,
retint l’eau P la fin d’une decrue puis disparut sous l’effet de la crue suivante quelques mois
plus tard. Les levees de terre, considérablement aplanies a la suite des crues successives,
n’en demeurent pas moins visibles a quelques huit cents metres au sud-ouest du village de Bevoay
et continuent a canaliser la riviere.
A l’est, le Kindroma etant l’exutoire principal, ce fut sur son cours en amont qu’eurent
lieu les tentatives les plus récentes.
Il y a trois ans, la solution adoptee fut la ‘construction d’un petit barrage sur assises
en beton, barrant la Kindroma a la hauteur du village de Marotaola. Il fut efficace, comme ce-
lui de Bevoay, durant une saison seche puis se trouva dechausse au cours de la decrue suivante.
Personnellement, nous avons pu constater en septembre 1967, l’efficacite de son “suc-
cesseur”, un simple barrage de pierres empilbes soutenues par des pieux et se trouvant dans
le même site que celui construit en bbton. Non seulement il avait ralenti la decrue au cours des

(24) Nous empruntons nos informations aux archives de la sous-prefecture de Belo sur Tsiribihina.
(25) Bèche au long manche.

41
mois précbdant notre passage, dans une zone nord-sud s’etendant entre Marotaola et Befifitaha,
mais, en septembre, cette même zone se trouvait encore inondee deux fois par jour. En effet,
les eaux douces, a la maree montante, remontaient la Kindroma et au reflux l’écoulement des
eaux se trouvait ralenti par le barrage. Les rizières situées en amont de cet ouvrage, sur
100 P 150 m de part et d’autre de la Kindroma, se trouvaient donc inondees quelques heures
chaque jour, à la fin de la maturation du riz. L’action de ce barrage ne s’étendait malheureu-
sement que sur 79 ha environ et il est fort probable qu’il ait été detruit pendant la décrue de 1968.

B - HISTORIQUE DES GRANDS AMENAGEMENTS :


LE CONSTAT D’UN ECHEC

Ces petits ouvrages “au ras du sol”, à l’echelle des moyens mis en œuvre par les
habitants, n’ont bien entendu qu’une action limitee et toute provisoire. La vue des grands es-
paces, présentant des sols de valeur agricole certaine mais,liberés trop tôt par les eaux
et rendus inutilisables pour la riziculture, a mene plusieurs techniciens a se pencher depuis
une quinzaine dIanees sur le problème du maintien prolongé des eaux dans la plaine.
Les Btudes sont menees P partir de la constatation suivante : %AU moment de la décrue,
“le drainage mené par la Kindroma est trop énergique et asseche des superficies qui pourraient
“normalement &?Ire repiquees en riz. Il est donc logique de penser qu’en plaçant sur la Kin-
‘droma un ouvrage regulateur, on accroitrait les superficies cultivables” (26). Cependant,
tres vite, une autre constatation s’impose : “Les berges de la Kindroma ne présentent pas des
“conditions de solidité et surtout d’im~rmeabilité requises pour 1 ‘érection d’un tel ouvrage
“‘(limons et sables grossiers, absence de nappe continue d’argile), la Tsiribihina peut changer
‘son cours. . . de très sérieuses reserves sont à faire quant a- la possibilité d’édifier un ouvrage
‘de retenue important sur l’exutoire naturel du Bemarivo. . . il paraft premature de proposer
“une réalisation immédiate” (27).
Une etude topographique, des sondages ptklologiques, l’Établissement d’echelles de
crues et des essais de casiers à digues submersibles furent preconises en attendant.
Le projet de casiers prit corps rapidement et eut la préférence sur le projet de barrage
car quadriller la plaine par des digues limitait les risques d’un drainage violent : si une digue
venait à ceder, le sinistre qui en decoulerait resterait trè[Link].
C’est ainsi, qu’à partir de 1953, des casiers de 1 à 4 ha de superficie furent creés en
construisant des digues submersibles de 2,5 m de hauteur. Ces travaux se déroul8rent dans
le cadre de la formation d’une Commune rurale autochtone modernisée (C.R.A.M.). Cependant,
les conditions qui presidèrent, de 1954 à 1956, à l’edification des digues furent peu propices à
la bonne marche des travaux.
Le trace des digues fut decide en l’absence des résultats du leve topographique SATET,
si bien que la disposition geometrique des casiers ne tenait pas compte des courbes de niveau.
Le peu de matériel mis a la disposition du C. R. A. M. (un seul bulldozer) ne permettait
pas des réalisations definitives à la fin de chaque saison seche. Apres une submersion de 2 à
3 mois, la terre des digues devenait de la boue et les digues, elles-mêmes, s’affaissaient de
moiti6 par rapport à leur hauteur initiale. On commenyctit donc les travaux de la saison seche
suivante en rechargeant les digues Adifiees au cours de la campagne precedente. Il fallait se
rendre à l’evidence qu’une digue ne pouvait être consideree comme definitivement achevee

(26) FQTTIER : Notes sur l’amenagement hydro-agricole du Lac Bemarivo. Service du Genie rural et
de 1’Hydraulique agricole. Tananarive, d&. 1952.
(27) POTTIER : Id. Ibid.

42
qu’aprè[Link] ou trois annees.
Ce n’est qu’en 1955 que l’on songea 8 équiper chaque casier d’une vanne afin de ralentir
l’erosion des digues provoquee &r la montee des eaux. A la crue, les vannes restaient ou-
vertes pour que les casiers se remplissent lentement. Ce projet ne fut mis à execution que du-
rant la derniere année des travaux.
Nbanmoins, à la fin de l’annee 1956, le C. R.A.M. du Bemarivo pouvait s’enorgueillir
de possbder quelques 20 km de digues qui quadrillaient trois zones rizicolès :
- la poche d’Ankirondro : superficie 20 ha, 10 casiers, 10 parcelles ;
- la poche de Befifitaha ou Nosy be : superficie 85 ha, 26 casiers, 85 parcelles ;
- la poche de Marotaola : superficie 110 ha, 68 casiers, 83 parcelles.
Au total, 215 ha avaient été aménages et livres à 178 cultivateurs.
Amenager les casiers était une chose délicate, les cultiver en Atait une autre. En
1953, la construction des casiers faisait partie d’un projet de mise en valeur du périmetre,
comprenant :
- la creation de pepinieres “stables” avec l’installation de moto-pompe et canons
arroseurs pour pallier la déficience de l’irrigation ;
- l’installation d’une station de selection et de multiplication des semences “de
façon à adapter telle variete à telle partie du lac” (29) ;
- le battage de la recolte de paddy par des batteuses mecaniques ;
- la constitution d’un silo à riz pouvant contenir un minimum de 100 T qui se-
raient Commercialis&es par la C .R.A. M. ;
- l’installation d’un atelier de reparations mecaniques.
Cependant, ces realisations ne pouvaient se faire qu’avec la participation reelle du
groupement des collectivités autochtones du Bemarivo. Or, des 1956, R. TEISSONIERE, chef
de district de Belo signale dans son rapport : “Les cultivateurs regardent les initiatives de la
T.R.A. M. d’un œil distrait et personne ne se presse pour servir de pilote ou de cobaye. . .
“lYndVf&rence la plus complète rGgne . . . nous nous heurtons à une inertie difficile a rtspri-
‘mer I . . . ‘*, Si bien que les projets virent le jour (canons arroseurs, constructions du silo, de
l’atelier et de porcheries modeles . . . ) mais moururent tout aussitôt. Pour finir, à la fin de
l’annee 1959, la C.R.A.M. fut dissoute.
Les casiers, qui n’avaient pas ete entretenus depuis la fin des travaux par suite de
négligence, commencèrent à se combler pendant que les digues s’affaissaient lentement et se
trouvaient, les unes apres les autres, demunies de leurs vannes. A partir de 1960, les agri-
culteurs qui avaient obtenu l’autorisation de cultiver dans les casiers se desinteresserent
. de
leur parcelle, puisque l’eau n’y était plus retenue.
En 1965, sur les 1’78 cultivateurs qui ben&fïciaient des amenagements, 17 seulement
continuaient à repiquer le riz dans les casiers, dont 5 sur une petite partie de leur parcelle
initiale. En 1967, il ne restait plus que 4 cultivateurs travaillant dans la poche de Maroiaola (30).
En septembre 1967, le Service de l’Agriculture de Belo reçut un cr&lit pour restaurer
les casiers de Marotaola. Les travaux furent entrepris aussitôt de peur d’être pris de court
par la crue de decembre. Les digues d’une vingtaine de casiers furent rechargees avec des
pelles mecaniques. Apres trois mois de submersion, nous avons pu constater l’état des digues.
Elles etaient érodées (la terre meuble s’etant affaissee), les raccordements entre chaque ouvra-
ge de vanne. et les digues n’avaient pas &[Link]&; La disparition des vannes en bois avait
empêche l’eau de se maintenir. Seuls, 5 casiers semblaient pouvoir être utilisables pour la
campagne rizicole de 1968.
Tel est le bilan des travaux d’amenagement effectues jusqu’à ce jour sur le Bemarivo.

(28) L’aménagement de 57 ha prévu près d’Ankotrofotsy n’a jamais été rdalise.


(29) Rapport annuel de la C.R.A.M. Décembre 1954 (archives de la sous-préfecture de Belo).
(30) L’autorisation de cultiver est subordonnée à une location annuelle versee a la commune de Belo.

43
*œ-- Tracé (supposé) du Chenal principal
Mangotroka Casiers (superficie non précisée]
4’
6
Déversoir
Yf
,*-\-r
- Canal d*irrigaEon

Barrage
VV
vv Pépinières
Yy>
q
Digue

.ondro
0 2 4Km
I I 1

, f. Bevoay

Figure 12 - Croquis approximatif des aménagements proposés


(d’àprb les donnees du projet SOGREAH)

44
C - ,UN NOUVEAU PROJET

Devant ce constat d’echec, le Minist&re de l’Agriculture (M. A. E.R.) qui souhaite donner
un nouvel essor économique a la region de Belo, a charge la Sociéte Grenobloise d’Am&agements
Hydrauliques (S. 0. G. R. E. A. H. ) d’une nouvelle Atude, realisee en 1967 et dont les aboutissants
constituent un avant-projet que nous exposons brievement (31).
La solution d’amennager le Bemarivo au moyen de casiers est non seulement maintenue,
mais ettendue a toutes les parties hautes de la plaine situbes au nord d’une ligne .Marotaola -
Ankirondro. La solution Consista?nt à régler le plan d’eau par un ouvrage rdgulateur, situé
sur la Kindroma, est definitivement abandonnee pour les mêmes raisons que celles exposees
précedemment.
Une Premiere originalitb de l’avant-projet est de proposer de contrdler le plan d’eau,
non plus en aval de la plaine, mais en amont. A cet effet, le lit amont de la Kindroma serait
prolonge par un chenal qui, au milieu de la plaine, remonterait jusqu’a la hauteur de Mangotroka
où. se situe la zone la plus profonde du lac (cote 1’7,50 m S.A. T. E. T. ).
Sur les digues du chenal seraient amenagés des tronçons abaisses servant de dever-
soirs lateraux, le chenal se terminerait par un déversoir principal (Figure 10).
A la montée de la crue dans la Kindroma, les eaux se deverseraient d’abord dans les
parties basses, au nord du Bemarivo. Puis, la crue devenant plus forte, les eaux se dever-
seraient latbralement grâce aux tronçons abaisses amenagds dans les digues. Ainsi, la plaine
serait submergee progressivement du nord au sud au lieu de subir un ecoulement en nappe du
sud au nord comme c’est le cas actuellement. Le plan d’eau monterait sensiblement Stla même
vitesse que dans la Tsiribihina ce qui éviterait les deversements dangereux. Il est dit dans le
rapport “Le chenal et ses digues agiront, a la mont6e des eaux, comme un distributeur et un
régulateur de remplissage”.
Le processus de vidage se ferait en sens inverse : joueraient d’abord les deversoirs
lateraux puis le deversoir nord, jusqu’a ce que le plan d’eau s’abaisse à la cote 18 m ([Link].E.T.).
Pour cela il serait nécessaire de construire des casiers de part et d’autre du chenal,
delimites par des digues orientées est-ouest, prenant appui sur les digues du chenal principal
et les bords de la plaine.
La hauteur de ces digues secondaires permettrait de retenir, dans les casiers, une
lame d’eau de 0,50 m environ. Comme celles édifiees par la C. R.A. M. , les digues seraient
Bquipées de vannes, ouvertes au moment du remplissage du lac et refermees dès que l’eau dé-
couvrirait la crête des digues.
La seconde originalité du projet est d’avoir pense [Link] irrigation d’appoint car, si
l’on parvient a retenir l’eau de la crue, il faut compter avec l’evaporation. Celle-ci peut at-
teindre en moyenne 120 mm en mai, 1,lO en juin, 123 en juillet et 126 en aoat.
Pour permettre de cultiver un riz de cycle long (120 & 150 jours) en remplacement du
vary be (100 jours), il faut donc prevoir une irrigation en fin de saison sèche qui serait rdalis&
grâce au stockage, derrière deux barrages en terre, des eaux ruisselles en saison pluvieuse.
Le premier barrage fermerait le lac Belinta L la hauteur d’Ankilizato et le second serait cons-
truit pour retenir 1,es eaux dans l’anse septentrionale de la plaine.
Des canaux, longeant les bords de la plaine, partiraient de ces ouvrages pour amener
l’eau -. dans les casiers.

(31) La documentation de ce paragraphe est tirée du rapport de la S. 0. G. R. E.A.H. : “PBrimètre de


Bemarivo” qui nous a été communiqué par le B.D. P.A.

45
Enfin, les pépinieres seraient amenagbes dans deux anses de la rive ouest, l’une situee
immédiatement au nord d’Ankotrofotsy et la seconde entre Befifitaha et Marotaola. Ces pépi-
nieres seraient isoldes du lac par une’ digue, ce [Link] permettre, %l’abri de la crue de
mars, de prdparer les semis dès fdvrier. L’irrigation de ces pepinieres serait assuree, en
partie, par les canaux dont nous avons par18 prbc&lemment (Figure 12).
Autant dire que ce projet parafi complet puisqu’il supprime toutes les difficultes ren-
contrees par les riziculteurs et permet de récuperer des terres nouvelles. S’appuyant sur des
calculs Pr&is, qu’il est rare de trouver dans ce type de rapport, le projet tire parti au maxi-
mum des conditions offertes par le milieu (retenues des eaux de pluie) et propose de maitriser
le système hydraulique naturel par un chenal r&ulateu.r.
Sans entrer dans des considerations de technique hydraulique, que nous ne sommes
pas aptes % juger, nous nous permettons toutefois d’attirer l’attention sur les problémes sui-
vants :
- Ies mat&?aux employés bl la construction des digues et barrages, comme ceux
des aménagements de la C.R.A.M., seraient prdlevés dans la terre limoneuse de la
plaine. Or, nous avons vu que les digues se tassent rapidement. Aussi, en supposant
les travaux termines, il serait nécessaire de recharger les digues r&gulierement, au
minimum tous les quatre ans. Il faudrait alors disposer en permanence d’un materiel
d’entretien considérable pour redresser les digues et enlever les alluvions qui risquent
d’encombrer rapidement le chenal et les casiers. D’autre part, l’installation d’un re-
seau de vames suppose une surveillance constante que l’on ne peut laisser a la charge
des habitants.
- La mise en place de tels amenagements demanderait un temps tres long car
le chenal atteindrait plus de 3 km de longueur, le barrage de Belinta s’dtendrait sur
1300 m, celui du nord sur 500 m et les canaux d’irrigation sur 35 km. De plus, il
faut tenir compte du temps que demanderait l’édification de tous les casiers. Or,
pour mener 2 bien ces travaux on ne pourrait compter que sur deux mois par an. En
supposant la recolte terminée fin septembre, il ne faut pas oublier la crue qui debute
en decembre (32). PGcessairement, les travaux se derouleraient sur plusieurs an-
ndes, en tenant compte d’une submersion annuelle des ouvrages. Il serait donc indis-
pensable, en une seule campagne, de construire des ensembles de travaux ddfinitifs
si l’on ne veut pas constater à la ddcrue suivante des ddgats importants (a moins
d’édifier des batardeaux).
- En tenant compte de l%tat actuel de dogradation complete des pistes, de l’im-
possibilitd de man~uvrer des engins sur la plaine de Bemarivo entre decembre et fin
juillet, dans quelles conditions pourrait-on acheminer le matériel lourd indispensable
à la réalisation des travaux ?
- Dans un autre ordre d’idées, quelles améliorations de rendement pourraient
otre envisagees, même avec des apports d’engrais et une irrigation d’appoint, quand
les techniciens proposent toujours de repiquer les plants de riz dans des casiers oit se
trouve une lame d’eau stagnante de 50 cm de hauteur? Dans ces conditions, nous avons
montre que les plants doivent être âgés et ne tallent plus une fois repiques.
- Quand arrivera une annbe où la crue sera de faible amplitude, l’eau se retirera
plus tôt et les casiers joueront leur role trop tot. Si la ddcrue a, par exemple, un
mois d’avance, il sera alors nécessaire de commencer tres tot les semis afin de dis-
poser d’un nombre de plants suffisants pour les repiquer des la decrue, quitte d. ce
que dans les annees “normales”, une grande partie de ces semis h%tifs soient inuti-
lises. L’interaction de la maflrise de l’eau et des semis ne serait pas encore résolue.

(32) A moins que l’on n’interdise aux riverains de cultiver dans tel secteur pendant une duree determinée,
ce qui Btendrait la période des travaux L1cinq mois au maximum.

46
Nous voyons donc qu’il serait difficile et onéreux de réaliser les amenagements pro-
poses dans le projet S. 0. G. R. E .A.H.
D’autre part, nous nous posons la question de savoir ce que ces aménagements appor-
teraient réellement au systeme cultural traditionnel, si ce n’est de supprimer le dedoublement
des pepinieres et le transport des plants sur de longues distances. Quel rendement maximum
pourrait-on envisager lorsque, dans des casiers semblables P ceux que l’[Link], on recol-
tait il y a dix ans 1,5 T/ha, il est vrai sans irrigation d’appoint et avec la variete vary be ?. .
Enfin, comment irait-on proceder au quadrillage systematique de l’espace rizicole
quand ce dernier se trouve non seulement cultivé de longue date, mais approprie parcelle par
parcelle et exploite en grande partie sous forme de metayage ?
Les amenagements provoqueraient obligatoirement une restructuration du regime fon-
cier ‘existant, qui ne se deroulerait pas sans problèmes.
Le technicien, en general, a trop tendance 2. considerer l’espace aménageable comme
“vierge”. Or les hommes sont l&, qui ont avant lui amenage l’espace qu’ils‘considerent dore-
navant comme étant leur bien inaliénable.

47
6

Les structures fonciWes


ou l’aménagement traditionnel
de l’espace

A - L’ACCESSION A LA TERRE (33)

Pour analyser la situation foncière, il est nécessaire dans un premier temps de re-
monter aux origines, c’est-a-dire au temps des Royaumes Sakalava.
Le noble ou mpanjaka etait proprietaire du fahitra (parc a boeufs) oh etaient gardes
ses troupeaux, autrement dit sa richesse, car la propriété des bœufs lui donnait le monopole
des Achanges : bœufs contre esclaves ou armes. Pour faire paftre son betail, de grands es-
paces étaient nécessaires, le mpanjaka était le ?naW-e” de ces terres.
Sous sa dependance, les hommes libres &aient egalement détenteurs de bœufs et avaient
Z’usufruit d’une partie des terres rayales comme pâturage et lieux de culture des plantes vivriè-
res. Le noble donnait le droit d’usage de ses “terres” a l’ensemble de la communauté! des hom-
mes libres ; la communauté se chargeant du partage entre les grandes familles ou lignages.
A la suite de luttes intestines a l’interieur des clans nobles, il se produisit des Bclate-
ments multiples suivis d’essaimage en nombreux sites d’habitat ; chaque petit mpanjaka amenant
à sa suite quelques partisans. C’est ainsi qu’autour du Bemarivo fut crée d’abord Ankilozato
(résidence des princes sakalava apparentes à ceux de Mahabo) puis, a partir d’Ankilozato furent
crees Ankirondro et Ampasimandroatsy. Les territoires dépendant de ces nouvelles résidences
étaient moins etendus que les préc&lents et la répartition des terres “libres” se faisait au ni-
veau d’un seul lignage ou fragment de lignage. .Le territoire était partage entre les membres
du lignage mais la repartition pouvait être modifiee apres chaque décès.
La colonisation française et la loi sur la propriete fonciere de mars 1896 figea cette
situation.
“Article ler - Le sol du royaume appartient a I%!iat.
“Article 2 - Les habitafits continueront a jouir des parcelles sur lesquelles ils ont bâti et de
de celles qu’ils ont eu l’habitude de cultiver jusqu’a ce jour , . .

(33) Une partie de la documentation nous a étê fourme verbalement par Madame 8. CHAZAN.

49
“Article 5 - Les habitants qui voudront acquérir des titres de propriét& r&uliers sur les par-
celles qu’ils ont bzîties ou qu ‘ils ont eu jusqu’a ce jour 1 ‘habitude de cultiver pour-
ront le faire . . .
?Article 6 - Toute propriét& immatricul6e est inviolable. ”
Les interprétations de cette loi eurent pour conséquence l’&olution du regime coutumier.
Les lots de terre distribues entre les membres de la “famille Qtendue” restaient tou-
jours sous le contrôle de l’ame du lignage. Cependant, la tendance fut de considerer les par-
celles comme autant de biens familiaux distincts qu’il y avait de membres. Les annees passant,
les héritiers de chaque chef de famille purent dire : “cette terre est celle de mes ancêtres,
“c’est ma terre”.
Pour sa part, le mpanjaka interpr&t la loi selon le même raisonnement : “je suis
matire de la terre”.
C’est au moment où cette Qvolution se d&@oppait que des premiers immigrants s’ins-
tallgrent dans la rbgion. Nous avons dit lorsque nous traitions des migratibns : “La plupart
‘des Antaisaka et Betsileo, arrivés 2 cette pgriode, se fixèrent dans le pays en se métissant
‘kvec les Sakatava”. Ce processus ne fut r&li& qu’en vertu d’alliances ou fatidra contractees
entre les autochtones et les immigrés. Ces fatidra recouvraient plusieurs modes d’accessions
à la terre :
- soit un don pur et simple d’une portion de territoire, octroyé par un sakalava
à. un immigre, portant sur des terres à mettre en valeur (rizières et baiboho). Ce
don ne pouvait se rbaliser qu’avec l’assentiment du groupe familial.
- soit un contrat d’association (c’est le debut du m&ayage) sur certaines parcel-
les, dejà mises en valeur ou susceptibles d’&re d&frichQes, situbes sur la “terre des
ancêtres” d’une famille. Ce contrat pouvait se transformer en un droit d’usage à vie
lorsque l’immigrant offrait au donateur quelques têtes de b&ail (acquise8 apr& plu-
sieurs annees de &jour).
Les liens contractés entre individus sous le patronage du groupe autochtone ont permis
aux premiers immigrants, en s’intf2grant aux communautbs existantes, d’accdder à la terre
par l’aménagement des zones vierges de la plaine du Bemarivo, ainsi que par le dbfrichement
du baiboho .
Cependant, le nombre des immigrants tendant à crotire, le souci de prfkerver le pa-
trimoine foncier se traduisit progressivement par le refus de céder de nouvelles terres. Les
immigrants virent donc se dresser devant eux une communautQ d’autochtones, à laquelle se
joignaient les immigres de la Premiere vague, qui eux aussi défendaient leur droit à la terre
en tant que premiers occupants. Alors le metayage se developpa, d’abord sur les terres ame-
nagbes puis sur des terres encore vierges “ayant appartenu aux ancêtres”. De grands espaces
furent dkfrich& et cultivés par des métayers. Petit à petit les rizikes s’étendirent dans la
plaine et les cultures gagnkent le baiboho (1930-1940) (34).
Par ailleurs, octroyer des parcelles 2 des métayers était pour les Sakalava faire re-
I Innai’tre aux membres de leur famille ou autres familles apparentées, un droit indiscutable
cur une portion des biens familiaux. “En me^me temps que s’affaiblissaient.. . les structures
“ll~miliales, la possession du sol a change de caractère : de collective, stable, assujettie au
‘~c~rltrôle du groupe lignager, elle est devenue individuelle, mobile, libérée” (35).
La loi de 1896 acc616ra ce processus. L’article
V disait : “Les habitants qui voudront
‘acqu&ir des titres de propriét6 réguliers. . . . pourront (cf. ci-dessus).
le faire“ L’exem-
ple fit donné par les plus riches et, en premier lieu, par la famille Kamamy qui fit immatri-
culer une grande partie de l’ancien domaine auquel lui donnait droit son appartenance à la classe

(34) Le fait de cultiver sur brtPlis, en for&, n’Btait pas consid&ré comme une marque d’appropriation,
vu le caractère temporaire de la culture.
(35) J.P. TROUCHAUD, 0~. cit. en (16).

50
noble. L’intérêt d’obtenir de véritables titres de propriété était stimulé par le fait nouveau que
la terre devenait un moyen de production grâce aux cultures commerciales qui prenaient une
grande extension. On peut dire que la culture du pois du Cap favorisa également la transfor-
mation rapide de la structure foncière. La quasi-totalité des immigrés (et même des Sakalava,
insuffisamment pourvus en terre) intéressés par cette culture de rapport, se Plac&ent comme
métayers, notamment sur le baiboho appartenant à la famille Kamamy. Deux villages, habités
uniquement par des métayers, furent créés à cette époque, Mahavelo et Tsiany, situés l’un et
l’autre à l’est d’Ankilizato.
Outre la délivrance de titres de propriété, l’administration coloniale favorisa l’obten-
tion de grandes parcelles qui ne relevaient jusqu’alors d’aucun droit coutumier, et dites “terres
de 1’Etat français”, à ceux qui s’engageaient à les mettre en valeur. Ainsi apparurent les lots
cadastrés que l’on peut voir sur la carte foncière.
Il n’était pas interdit aux béneficiaires de concessions de les céder, par la suite, en
partie ou en totalité. De même, ceux qui détenaient des titres de propriété sur des parcelles
immatriculees pouvaient les vendre. Cette législation profita aux pakistanais (karany) qui con-
tr8laient la commercialisation du pois du Cap et reprirent à leur nom nombre de concessions
ou bien louèrent ou racheterent des propriétés immatriculées (36).
Ainsi, les concessions Serahy et Bonara Matsia, couvrant respectivement 214 et 100 ha,
appartiennent aujourd’hui à deux commerçants pakistanais de Belo. De même, une partie des
terres de baiboho immatriculées au nom de la famille Kamamy (plus de 300 ha) fut cédée à la
suite de prêts à intérêts ou vendue, à un certain Rossna Goulamaly (Karany).
Il est remarquable que les immatriculations de terres (suivies ou non de transactions)
ne concernent, jusqu’à ce jour, que les zones de cultures .de baiboho. Après avoir consulté
les registres du Service des Domaines à Morondava, nous pouvons affirmer qu’aucune demande
d’immatriculation n’a 6té formulee sur les rizieres du Bemarivo ainsi que sur celles du Bema-
rivokely (dont la mise en valeur n’a débuté que vers 1950-1955).
La fragmentation de l’espace en rizieres bien délimitees et cultivées chaque année
depuis longtemps représente-t-elle une condition suffisante pour éviter toute contestation pos-
sible ? (37). .
Il est vrai que l’administration française accorda, par arrêté du 18 mars 1957, une
demande formulée en 1951 ‘konstituant en rtkerve autochtone pour les besoins des collectivités
rurales du Bemarivo, un terrain présun& domanial formant le lac Bemarivo, d’une contenance
to&le de 3 5ilO ha”. Mais ceci ne visait qu’a empêcher les personnes vivant à l’extérieur d’ac-
quérir des ‘terres sur le Bemarivo (38).
Nous venons de considérer les différents modes d’accession à la terre (39), d’expliquer
comment des terres revendiquees par les premiers occupants sont cultivées pour la plupart en
metayage par les immigrés.

(36) A.G. LAUFFENBURGER - Le pois du Ca dans la province de TulBar. Bull. de MMagascar, Impr.
nationale Tanarive. 1953-1954. nQ88-90-g et 95.
(37) Sur le baiboho, la ‘vitalite de la végétation est telle qu’il est très difficile de reconnafire, d’une année
a l’autre, les limites des parcelles.
(38) Une demande de 13 ha sur l’espace rizicole du lac Belinta a été formulee par un habitant de Belo.
Cette demande etait, en 1968, en instance de jugement à la suite d’oppositions declarees par les
fokon’olona d’[Link] et de Bevilo.
(39) La terre se transmet actuellement aux hommes comme aux femmes par héritage, ce qui a permis LI
quelques immigrés (une minorité) de àisposer de’biens fonciers par les liens du mariage. Remar-
quons que, dans la majorite des cas, les ventes de parcelles se font entre Sakalava (ou entre Saka-
lava et Karany). Les immigres ont de grandes difficultes 21acheter la terre.

51
D’autre part, nous avons vu que les parcelles de baiboho étaient souvent immatriculees.-
Quelles surfaces recouvrent-elles, quelle est la proportion des parcelles exploitees en métaya-
ge, comment l’espace cultive est-il réparti entre les exploitants des différents villages ? Ce
sont les rbponses % ces questions que nous allons exposer .%prbsent.

B - LE PARTAGE DU SOL

La carte de la repartition foncière et du mode de faire-valoir (Carte 4) laisse appa-


raftre certaines caractéristiques (40).
Les lots cadastres sont reportés sur le fond de carte, de même que le lieu de rési-
dence de chacun des proprietaires. Nous avons ajoute un signe distinctif (X) pour les propriétés
détenues par les pakistanais de Belo.
A l’intérieur comme a l’extérieur des espaces immatriculés, on a voulu distinguer les
parcelles cultivées suivant les communautés villageoises auxquelles se rattachent les exploitants
(une trame particuliere pour chaque village). Ainsi, voit-on apparatire des “portions de terri-
toire, appropriées, aménagées et utilisées par un groupe”(41) ; autrement dit : des terroirs.
Sur les collines, un tiret6 delimite approximativement les espaces forestiers qui relèvent de
chaque village (42).
Enfin, les initiales F. V. D. et M. concernent le mode d’exploitation et signifient res-
pectivement : faire-valoir direct et métayage.

Superficies couvertes par les propriétés

Le tableau 5 présente une liste des titres de propriétés extraite des registres du ser-
vice des Domaines de Morondava. 1062 ha de Baiboho sont immatricul&s, dont 697 ha aux
noms de trois commerçants pakistanais de Belo : Goulamaly 380 ha, Rozaraly Mobr 214 ha et
Molor 102 ha.
Mis a part les trois Karany et un Sakalava du village d’Ampasimandroatsy qui détient
un lot de 80 ha, les autres propriétaires possedent des parcelles de superficies modestes,
celles de moins de 10 ha sont les plus nombreuses.
Si l’on considère le mode de faire-valoir, huit propriétés sont exploitées en faire-valoir
direct (dont l’une est cultivée en partie par des métayers). La plupart d’entre elles sont des
propriétés de faibles superficies (de 2‘ à 5 ha) dont les trois -quarts sont réellement cultivés
chaque année. Il en va tout autrement sur les grandes propriétés quj sont toutes exploitées eu
métayage sur un dixième seulement de leur superficie. Le reste est a l’état de friche ou n’a
jamais été mis en valeur.

(40) Une clause de la convention exigeait que les cartes soient realisees % Iféchelle de l/lO 000. La carte
4, ci-jointe, a Bté considerablement rbduite.
(41)
. SAUTTER G.. R~~LFSR~R P. - Pour un atlas des terroirs africains. L’homme. Revue francaise
d’Anthropolog>e, Paris-La Haye, Mouton 1964 (janv. -avril), pp. 56172.
(42) Les rizières, zubmergbes [Link] periode de l’enquete, n’ont pu btre cartographiées. Sur la
carte 4, nous avons seulement dessiné les casiers de la C.R.A.M. pour lesquels nous disposions
d’informations recueillies dans les documents du service de l’Agriculture de Belo. Une enauete
complementaire, qui devait porter sur les rizibres de la plaine, avait ete prevne pour août etsep-
tembre 1968, mais n’a jamais eu lieu. I

52
Tableau 5
Baiboho du Bemarivo : Terres immatriculées (de Belo P Ankilizato)

N” Nom du Date du Surfaces Mode


Lieu de residence titre immatriculees de
l’ordre propriétaire
definitif (en ha) faire -valoir

1 ? Belo 1952 5,22 FVD


2 ? Tanambao 1952 6,51 M
3 Ravelo Belo 1951 4,16 M
4 Molor (X) Belo 1952 214,25 M
5 Solo Belo ? 18,5’7 M
6 Rasoloniaina Tsimafana 1937 60,80 M
7 ? Xaday ? 24,95 M
8 ? Ampasimandroatsy ? 80 M
9 Rasomaoly Belo 1948 4,85 M
10 Rabarijaona Ankirondro 1934 38,25 FVD/M
11 Fanliha Belo 1958 17,25 FVD
12 Andriakoto Belo 1937 18 ?
13 Molo (X) Belo 1943 102,17 M
14 Kamamy Ankilizato 1940 70,86 M
15 Goulamaly (X) Belo 1940 6$, 60 M
1935 40,20 M
1941 5,86 M ’
1940 25 M
1940 13,ll M
1933 9,25 M
1933 182,60 M
1934 22,30 M
en instance 10 M
en instance 3,15 M
16 ? Belo 1968 4,15 FVD
17 ? Ankilizato 1954 1,41 FVD
18 ? Ankilizato ? 2,60 FVD
19 Kavondry Serinam 1948 3,26 M
20 Ravelondila Bevilo 1946 1,74 FVD
? 3,lO Fvi

Total 1062,17

* 53
Les terrbirs

Sur toute l’étendue du Bemarivo, les terroirs sont imbriqués les uns dans les autres
et présentent un aspect morcelé. Aucun d’eux n’est groupé d’un seul tenant autour du village ;
tous sont composés de blocs de parcelles eparpilles sur les collines, dans la plaine et sur le
baiboho. Cette particularité tient au fait que, dans chaque communauté villageoise, les chefs
d’exploitation ont cherche a cultiver (et recherchent toujours) a la fois des parcelles situées en
forêt (mais et manioc), dans la plaine (rizieres) et sur le baiboho (haricots ou lentilles). Par-
tant de ce fait général, plusieurs facteurs influent peu ou prou sur la configuration des terroirs :
1 - La situation du village par rapport a l’une des zones cultivables. Ce facteur ex-
plique que les terroirs présentent une repartition inégale des trois types de cultures dominantes.
Par exemple, les parcelles de baiboho des habitants d’Ankirondro sont groupées b peu de dis-
tance du village et s’étendent sur d’importantes superficies. Au contraire, Ampasimandroatsy
qui est situé au nord de la plaine, donc loin du baiboho, ne possede pour la culture des haricots
et des lentilles que des petites parcelles fort dispersées (43).
2 - L’immatriculation de terres aux abords des villages. Elle emp&he la mise en
culture des espaces cultivables a proxim#é des habitations. Par exemple, les champs de bai-
boho cultivés par les paysans de Vohimary se situent a 1,5 km (au minimum) du village, a
cause de l’implantation des concessions de Kamamy et de Goulamaly sur la terrasse inonda-
ble en face de laquelle les habitations sont construites.
3 - La création tardive du village. Elle fait que le terroir est composé de parcelles
tres dispersées. Ceci s’explique, dans le cas des Sakalava, par l’installation de personnes
ayant rompu les liens familiatm qui les unissaient aux parents des villages voisins (cf. Ch. 3, B).
De ce fait, leurs biens fonciers forment de petites enclaves à l*int&rieur des autres terroirs,
ou ont éte repris par leurs parents. Le cas d’Ankotrofotsy est #exemplaire. Ce village, où vi-
vent 17 familles Sakalava, est situé dans la partie septentrionale du lac et se trouve très éloi-
gné du baiboho. En conséquence, aucun habitant ne cultive des parcelles de haricots ou de len-
tilles et cinq exploitants, qui ne possèdent aucune parcelle de rizière, cultivent essentiellement
du mais et du manioc, en foret.
Dans le cas des immigres, l’explication reside dans le fait‘que presque tous sont mé-
tayers et ont accepte de cultiver des parcelles dispersées dans le Bemarivo et fort éloignées
de leur lieu de résidence (44).
4 - La présence d’Antandroy dans le village. Elle a pour conséquence une plus grande
extension des champs sur brulis, a 11int6rieur du terroir.

Il n’a pas été possible de mesurer les parcelles cultivées pour les raisons déjja évo-
quées dans l’introduction du rapport. Toutefois, le dépouillement des questionnaires etablis
au niveau des exploitations permet, par addition, d’bvaluer approximativement les superficies
cultivées dans chaque terroir (Tableau 6).
Les indications qui ressortent du tableau confirment les caractères déja exposés, a
savoir :
- faibles superficies de baiboho pour les villages situés au nord du Bemarivo ;
- grandes superficies cultivées par les habitants d’Ankirondro ;

(43) Le cas de Belo est exceptionnel, car le baiboho cultive par les habitants de cette ville, le long de la
Kindroma, s’inscrit dans un domaine communal et se trouve partage suivant les quatre quartiers de
la ville : nord-sud-est et ouest. Les cultivateurs de Belo se regroupent donc sur ces terres.
(44) Notons que, d’une façon générale, dans chaque terroir le parcellaire rizicole se présente sous deux
aspects que l’on peut schematiser ainsi : un bloc de parcelles contigffes qui appartiennent et sont cul-
tivées par les Sakalava et des rizieres eparpillées qui sont exploitées par les immigrés.

54
Tableau 6
Superficies cultivees en 1967 (en ha)

Nombre Vary Be Tsipala Pois du Cap


Villages Haricots Lentilles
d’exploitants (1) (delta)

Ambohidrahay 25 25 2 7 1
Marotaola 34 45 3 23 9
Befifitaha 18 15 3
Ankotrofotsy 17 28
Ampasimandroatsy 100 (2) 213 4 6 14
Mangotroka 90 172 1 8 15
Tanambao 19 17 5 1 -
A-nkirondro 181 ’ 225 13 124 38
Bevoay 42 34 35 6
Vohimary 22 18 13 5 1
Mahavelo 37 27 2 3 17
Ankilizato 29 34 8 5 3

Totaux 614 853 23 234 97 21

(1) Les superficies des casiers de la C. R.A. M. n’ont pas été comptees.
(2) Ampasimandroatsy n’a pas etté enquêté exhaustivement.

- “spr%ialisation” des villages du sud-est dans la culture des pois du Cap, notam-
ment Mabavelo et Tsiany : villages de metayers travaillant sur les concessions
de Goulamaly .
Les rizières representent les superficies les plus importantes et, a ce point de vue,
Ampasimandroatsy et Ankirondro occupent les premieres places. Si l’on tient compte que 113
exploitants d’Ampasimandroatsy n’ont pas et6 enquêtes, il faudrait doubler la superficie en ri-
zieres retenue pour ce village, soit finalement 400 ha. Avec cette rectification, la superficie
de toutes les rizières exploitées par les habitants du Bemarivo s’bleve à 1053 ha auxquels il
faut ajouter les superficies en casiers (C.R.A.M.) détenues par ces mêmes habitants, soit 103 ha.
La repartition des surfaces cultivées dans les casiers est indiqube ci-aprbs (Tableau 7).

Tableau 7

Superficies Villagesextérieure, Villages du


Belo Bemarivo~
totales au perimetre

Poche d’Ankirondro 20 ha 20 ha
Poche de Marotaola 85 ha 43 ha ‘7,5ha 34,5 ha
Poche de Befifitaha 110 ha 43,5 ha 18ha 48,5 ha

Totaux 215 ha 86,5 ha 25,5 ha 103 ha

55
La superficie en rizieres qui relevent des douze communautés du Bemarivo atteint
donc 1156 ha. Comme la superficie totale de l’espace rizicole du perimetre s’ellève si 2 500 ha,
on s’aperçoit que 1350 ha n’appartiennent pas aux riverains mais aux habitants de Belo et d’au-
tres villages plus eloignes (Sérinam, villages du delta, . . .).
Parmi les 1400 menages vivant StBèlo, il est presque certain que la moitié d’entre
eux exploite des rizieres dans la‘plaine, ,soit Stpeu pres 700 ha (y compris les 86,5 ha de ca-
siers, Tableau 7). Il reste 650 ha (dont 25,5 ha de casiers) cultivés par des agriculteurs pro-
venant de l’extérieur.

C - QUELQUES DONNEES SUR LA STRUCTURE DES EXPLOITATIONS


ET LES MODES DE FAIRE-VALOIR

En moyenne, une exploitation sur le Bemarivo comprend un peu plus de un hectare de


rizière (1,2) et un peu moins d’un hectare de cultures de baiboho (0,8). Le tableau 8 montre
Tableau 8
Superficies cultivees par exploitation

Villages Superficie en rizieres Superficie en culture de baiboho

Ambohidrahay 1,l ha 0,4 ha


Mar otaola 1,3 131
Befifitaha 028 195
Ankotrofotsy 196 020
Ampasimandrcatsy 2,15 0,4
Mangotroka 199 131
Tanambao .O,8 1
Ankirondro 1,3 192
Bevoay 0,8, 1
Vohimary 028 0,8
Mahavelo 028 1
Ankilizato 122 094

Les superficies en rizières considerees comme represéntant des extrêmes sont les
suivantes :
Ambohid rahay 4 haet 0,2ba
Marotaola 5,5haet 0,5ha
Befifitaha 2,5haet 0,8ha
Ankotrofotsy 6 haet 0,4ha
Ampasimandrcatsy 4 haet 0;5ha
Mangotroka 12 haet 0,lha
Tanambao 3,2haet 0,2ha
Ankirondro 11 haet 0,2ha
Bevoay 3 haet 0,3ha
Vohimary 2,4haet 0,3 ha
Mahavelo 5 haet 0,2ha
Ankilizato 4,3 ha et 0,5 ha
que ces superficies varient selon les terroirs, pour des raisons analogues a celles que nous
venons d’exposer (pages précedentes) (45).
Pour les travaux agricoles, il est rarement fait appel 51un “salariat exclusif”. Quatre
cas de salaries a temps plein travaillant tant dans les rizieres que sur le baiboho et treize bou-,
viers ont été recensés. Cependant, des salaries temporaires, eux-mêmes exploitants, vien-
nent parfois renforcer la main-d’oeuvre familiale (defrichement et recolte sur le baiboho) a la
demande du chef d’exploitation. Le travail est paye à la tache (46).
Beaucoup d’exploitants sont métayers sur les rizieres et le baiboho. Deux formules .
de métayage sont pratiquees : le metayage a moitié et le metayage au tiers (lorsque le bailleur
fournit la semence). Généralement aucun contrat écrit ne sanctionne l’accord entre les deux
partenaires.
. La formule de metayage pratiquee à Mahavelo-Tsiany presente un mode de contrat
particulier aux concessions : le contrat est conclu par une campagne de culture. Le propriétaire
(Goulamaly) fournit la semence et la récolte est partagee à moitie : une moiti6 revient de droit
au proprietaire qui, de plus, achete l’autre moiti6 de la production au prix courant. Comme il
est commerçant a Belo, il allègue, bien entendu, que les prix sont bas et qu’il se heurte aux
difficultés d’ecoulement (47). Il fournit également des avances [Link] metayers sous forme de
produits consommables et paie leur impot. “Le metayer ne paie pas et [Link] calcule pas.
En conséquence, la somme qui lui est payée a la recolle se trouve dégrévee des dettes contrac-
tees” (48).
Presque tous les immigres sont metayers, soit sur le baiboho soit sur les rizieres
quand ils n’exploitent pas toutes leurs parcelles en metayage. Ce dernier est rendu presque
“obligatoire” sur le baiboho du fait de l’extension des proprietes. Souvent, des paysans lasses
de constater que des secteurs cultivables demeurent inutilises, decident de defricher et sement.
Mais ils appréhendent à tout moment la venue du proprietaire. Nous donnons comme exemple
les propos recueillis aupres de trois habitants de Vohimary : ‘Depuis plus de cinq ans, nous
voyions devant nous des mahatsia et des arbres. Cette année, comme personne ne venait encore
cultiver, nous avons abattu les arbres, defriche le taillis, brulé, prépare le terrain et seme.
La semence IBve et voila Monsieur Major qui se presente :‘%ette terre m’appartient!’ Alors,
nous avons repondu Ilpersonne n’est venu travailler ici avant nous”. “Cette terre est a moi.
J’ai un titre de propriété. Mais je vous comprends. Continuez à cultiver et nous diviserons
la récol te i’. On etait bien contents de dire oui, car apres tout ce travail.! ...”
Afin d’apprecier quantitativement la part du métayage et du faire-valoir direct sur les
exploitations, nous distinguons dans le tableau 9 les types suivants :
A - Exploitations en faire-valoir direct sur rizière et baiboho.
B - Exploitations en metayage sur riziére et baiboho.
C - Exploitations en faire-valoir direct sur rizière et métayage sur baiboho.
D - Exploitations en faire-valoir direct sur baiboho et metayage sur riziere.
E - Exploitations en faire-valoir direct sur riziere. Absence de parcelle sur baiboho.
F - Exploitations en faire-valoir direct sur baiboho. Absence de rizière.
G - Exploitations en metayage sur rizière. Absence de parcelle sur baiboho.
H - Exploitations en metayage sur baiboho. Absence de riziére.
1 - Exploitations comprenant seulement des cultures sur brtllis (49).

(45) Dans le tableau 8, il n’a pas été tenu compte des superficies cultivees dans la forêt.
(46) Pour’la récolte et le battage du paddy, nous avons vu qu’il était fait appel aux salaries venus des
villages du delta (cf. Chapitre 4, C).
(47) Prix d’achat campagne 1967 : Lentilles 90-110 F/kg, haricots 30-45 F/kg, pois du Cap 30-40 F/kg.
(48) LAUFFENBURGER : Op. cit. en (36).
(49) Les parcelles en forêt sont toujours cultivées en faire-viloir direct.

57
Les exploitations, comprenant uniquement des rizieres cultivees en faire-valoir direct,
se placent en tête : 171.
En deuxieme position, viennent celles comprenant des rizieres et des parcelles de
baiboho exploitees en faire-valoir direct : 155.
Dans ces deux categories, 92% des proprietaires sont des Sakalava originaires du
Bemarivo, les autres Btant immigrds (Sakalava, Betsileo ou Antaisaka) installes sur le Bema-
rivo de longue date.

Tableau 9
Repartition des divers modes d’exploitation

Nombre
Villages d’exploitants A B C D E F G H 1

Ambohidrahay i 25 .7 2 9 3 1 1 _‘_ 2.
Marotaola 34 13 2 4 12 3 - - - -
Befifitaha 18 2 _ _ _ 6 _ 3 - 7
Ankotrofotsy 17 9 - 2 - 5
Ampasimandroatsy 100 2 - 62 - 35 - 1
Mangotroka 90 13 4 1 1 64 - 6 - 1
Tanambao 19 7 1 1. 1 6 - 3 - -
Ankirondro 181 69 9 36 _ - _ - -
Bevoay 42 33 42 --- -
Vohimary 22 4 3 1 7 - - 2 -
Mahavelo 37 7 -6 - - 2 - - -
Ankilizato 29 11 - 11 - - - -

Totaux 614 155 46 58 171 3 49 2 16

Les exploitations comprenant rizieres et baiboho en metayage viennent en troisii+me


position : 110. Elles sont tenues pour la plupart par des immigres installbs tardivement.
Dans les autres categories, se rangent une majoritd d’immigrds dont les derniers ar-
rives appartiennent aux categories G et H.
Les responsables des amenagements devront tenir compte de cette situation fonciére
fort complexe, sinon ils risquent de se heurter a l’hostilite des Sakalava, ou bien de créer un
affrontement entre les Sakalava et les Korao (étrangers), en d’autres termes entre les deten-
teurs de la terre et ceux qui l’exploitent. Ces derniers peuvent espdrer, en effet, profiter de
l’amdnagement de la plaine pour acquérir des terres que le droit coutumier leur refuse.

58
CONCUXIONS

S’intéresser a de grandes unités aptes a la riziculture, vouloir leur donner une renta-
bilité maximum par la mise en place de grands aménagements, tenter du même coup la création
d’une zone pilote de mise en valeur est souhaitable quand on se place dans les perspectives du
développement regional de la côte ouest malgache.
Le Bemarivo produit annuellement de 2 250 à 2 500 tonnes de paddy (sur la base de
900 kg/ha) et, une partie de cette production est exportée sur Morondava, TlJéar et Morombe
par les commerçants karany. Accroftre cette production par la conquête de nouveaux espaces
(parties hautes de la plaine) et intensifier les rendements ferait du district de Belo-sur-Tsiri-
bihina un “grenier a riz” susceptible de ravitailler la prefecture de Morondava.
Les administrateurs de la F. 0. M. ont, en leur temps, pose le probléme dans les mê-
mes termes et essaye de porter remede à la situation. Leur raisonnement fut : maîtriser la
decrue pour produire davantage, interesser les habitants à l’intensification de la production en
les associant au developpement rbgional, dans le but d’ellever le niveau de vie sur le plan local,
et de procurer des excbdents de paddy commercialisables. Cependant, ce but ne fut jamais
atteint pour deux raisons qui sont l’inadaptation des amenagements aux conditions naturelles
et le desinteressement des cultivateurs aux initiatives de l’administration.
Nous avons déjà développe les causes qui, à notre avis, expliquent l’état de dégradation
dans lequel se trouvent les digues. N’allons pas reprocher aux riverains d’être les responsables
de ces destructions sous prétexte qu’aucun entretien n’a Bté realisé. Les raisons sont d’ordre
purement technique (inadaptation des materiaux employyés, construction des casiers sans levé
topographique precis, installation tardive des vannes). Ne demandons pas aux paysans d’entre-
tenir les digues, de surveiller l’ouverture et la fermeture de vannes quand on sait que depuis
1958 tout encadrement a cesse d’exister sur le perimètre.
Certes, les paysans n’ont pas manifesté un engouement particulier pour les realisa-
tions de la C. R.A. M. mais a-t-on cherche à expliquer ce manque d’enthousiasme devant le
“csdeazz” construit’à grands frais (50) ?
Ils ont hésité à cultiver les nouvelles risieres pour une Premiere raison qui tient au
manque de bras. Une exploitation recouvre en moyenne un hectare de rizière et un hectare de
baiboho. Comment prendre en charge de nouvelles parcelles avec pour seule main-d’œuvre la
famille utilisant l’angady ? Les amenagements n’etaient pas destinés à la majorité d’entre eux.
Ce sont les exploitants les plus aisés et les “semi-urbains” de Belo (76 sur 178 propriétaires
de casiers) qui .ont benéficie des amenagements. Eux seuls pouvaient payer une location annuelle
et employer des salaries. Il est vrai que certains petits exploitants du Bemarivo ont abandonne
leur rizière cultivee en metayage (à moiti8 ou au tiers) pour prendre un casier dont la produc-
tion totale leur Atait assuree ; mais ils furent une minorite.

(50) Le tout des travaux pour aménager 215 ha s’eleve B 12,3 millions F’MG, plus 5 M dépensés pour
recharger des digues en 1967.

59
La seconde raison de ce qui fut appel6 “l’inertie des habitants” (cf. Chapitre 5, B) est
liée à la situation fonciere. Les detenteurs de casiers sont $ 95 % des Sakalava, parmi les-
quels certains pretendent que les espaces sur lesquels ont etté construits les casiers, appar-
tiennent à leur lignage. Exemple : Kasola, habitant d’Ankirondro, qui prit L son nom quatre
parcelles d’une superficie de 8,45 ha sur les 20 [Link]&agés pres du village, pour la simple
raison que le vallon appartenait à sa famille. De meme, quand on consulte la liste des culti-
vateurs qui possedent des casiers à IVIarotaola et Befifitaha, on s’aperçoit que 25 ha sont attri-
bués à des personnes qui vivent tres loin du Bemarivo (a Ankilizato-nord, voire Morombe).
Par l’intermediaire des membres de leur famille residant a Belo, ils sont parvenus 9 se faire
attribuer des parcelles, dans le seul but de conserver une partie de la “terre des anc&res” et
d’emp@cher, de la sorte, les ‘Wrangers” d’y cultiver.
Par ailleurs, rappelons que les casiers de la C.R.A.M. ont ette construits sur des
terrains auparavant non cultives, parce qu’ils etaient trop rapidement exondbs en periode de
decrue. Les amenagements hydrauliques ont donc valorise les terres et il est aise de com-
prendre pourquoi les Sakalava ont voulu conserver les patrimoines lignagers. Gr&ce aux amé-
nagements, ils ont pu se presenter aux Korao (“etrangers”), non seulement comme les “maî-
tres de la terre” mais encore comme les “maftres de l’eau” ( 3~).
L’interêt qu’auraient pu susciter les casiers aupres des Korao a et& considerablement
amoindri par la situation fonciere qui accorde aux Sakalava une sorte de priorite sur les terres
aménageables et constitue, ainsi, un frein B toute tentative de mise en valeur.
Or, il ne fait pas de doute .que les amenagements qui sont proposés vont se heurter
au même probléme qui demeure d’actualité. Le projet S. 0. G.R.E.A. II. est bien conçu sur
le plan technique, skluisant, étayé de calculs précis, mais reprend & son compte l’idée de
quadriller le lac au moyen de digues. Aussi, tenons-nous a consigner dans ce rapport quel-
ques propos recueillis au cours des entretiens que nous avons eus avec les villageois.
‘Tout d’abord, il faut tenir compte de la deception des habitants lorsqu’ils considêrent
llabandon des anciens casiers et la degradation des ouvrages qu’ils ont pu suivre annee par an-
née. Leurs conclusions sont unanimes : ‘les vazaha (européens) n’ont pas et& forts”.
_ _
Puis, ils s’inquietent ou comprennent mal. Ils connaissent les endroits du lac les plus
propices aux bonnes récoltes, voient chaque année s’opérer l’inondation de la plaine, puis la
.décrue et demeurent perplexes quand on leur expose le projet dans ses grandes lignes. Bn
contrôle général de la décrue leur paraa impossible a réaliser. Les vannes sont le sujet de
nombreuses discussions. La maitrise de l’eau, avec les techniques hydrauliques qu’elle sup-
pose, sort de leur entendement : ” Il y a des endroits ou 1 ‘eau est chaude (stagnante) et d’autres
où 1 ‘eau est froide (presence de courants). A-t’en pensé a cela 7”
Aménager des casiers sur
toute l’étendue du lac heurte leur compréhension : “‘Sur les parties hautes, on peut retenir 1 ‘eau
par des barrages, mais pourquoi construire des digues dans les parties basses ou nous obtenons
de bonnes récoltes 1’1
Ce qui souleve le plu5 de contestations et anime ,de longues discussions est, sans doute,
le partage du sol au point de vue foncier ; autant dire : le remembrement qu’il sera nécessaire
de réaliser. Or, si les Sakalava ont déjà réagi quand il n’était question que de gagner des su-
perficies jusqu’alors incultes, 2 fortiori les revendications vont-elles prendre de l’ampleur,
dès lors que les amenagements vont s’étendre aux espaces rizicoles exploités depuis des di-
zaines d’années. “Je veux bien que 1 ‘on construise des casiers la’ ou se trouvent mes rizieres,
mais je n’accepterai jamais que 1 ‘on distribue mes terres â d’autres, même si 1 ‘on me donne
en compensation de nouveaux casiers. De toute façon, la ou 1 ‘on decidera de m ‘octroyer un ou
deux casiers, le propriétaire du lieu réagira comme moi et partout les proprietaires refuseront”.
(propos entendus Li Mangotroka) .

(t 1 S. CHAZAN : Op. cite en (33)

60
Le partage du sol soul&vera d’autant plus de difficultés que ses responsables ne redis-
tribueront pas des parcelles à l’intérieur de terroirs villageois d’un seul tenant, mais se trou-
veront devant un parcellaire extrêmement confus. Il est donc impensable d’organiser un remem-
brement village apr& village, au gré de l’avancement des travaux. Il faut songer à un remem-
brement dans son ensemble et commencer par dresser un cadastre qu’aucun projet n’a suggké
jusqu’à ce jour.
Au cours des discussions, les petits exploitants et les métayers laissent parler les
gros propriétaires mais, hors des entretiens, ils confient leurs espoirs de bénéficier d’une
nouvelle 16gislation foncike. Cette dernibre sera-t-elle de type A.M. V. R. (51) proposant une
“démocratisation de la terre et une abolition légale du m&ayage” (52) ou bien, favorisera-t-
elle, afin de resoudre rapidement les problèmes, les gros propriétaires et les “urbains” de
Belo ? Ce serait, dans le second cas, un nouvel échec et la porte ouverte aux sous-locations
de casiers.
Dans un contexte plus global, que cherche-t-on à réaliser sur le périmètre de Bema-
rivo ? Le but visé est-il, en priorité, une augmentation de la production rizicole ou bien cher-
che-t-on à élever progressivement le niveau de vie des exploitants, quels qu’ils soient ?
Si l’exportation inter-reionale est jugée prioritaire, pourquoi, avec de puissantes
infrastructures, chercher à atteindre des rendements de 3 T/ha maximum (53) alors que, dans
la basse Tsiribihina des concessions, tenues par des sociétés europhennes, ont reconverti la
culture du tabac en culture rizicole et atteignent des rendements de 5 T/ha en moyenne (7 T/ha
à Tsaraotanana ; SociQté “La Grande Ile”), avec une irrigation d’appoint, une culture mécaniske
et l’emploi d’engrais ? Encore faut-il ajouter que ces concessions connaissent des difficultg
pour évacuer leur production.’
Si l’on cherche à intéresser les cultivateurs, il faut savoir que la production actuelle
du Bemarivo atteint 2 300 T de paddy par an. AprBs enqugtes chez les commerçants de Belo,
nous pouvons affirmer que, bon an mal an, 1500 T de paddy sont commercialisées (1800 T ma-
xima) (54), ce qui est considérable et ne laisse à l’auto-consommation que 800 T environ (ce
qui est insuffisant) (55).
La disparition de la culture du pois du Cap qui procurait des revenus mon&aires subs-
tantiels serait-elle l’explication de cette vente excessive du paddy qui n’est pas un produit de
luxe ? S’il est nécessaire, dans ces conditions, d’accrortre la production de paddy, il ne faut
pas songer, à court terme, à prélever exagérément sur les récoltes la part exportable. Bien
entendu, une production plus élevée permettrait immédiatement aux habitants de vendre davan-
tage, mais les réserves destinées à l’autoconsommation ne seraient guère supérieures à ce
qu’elles sont aujourd’hui. Au bout du compte, qu’aurait-on gagné ?
Un choix reste à faire. L’objectif final de l’intervention d’une sociétte d’aménagement
doit être pensé.

(51) A.M.V.R. : Les aires de mise en valeur rurale, définies par une ordonnance de 1962, sont des r&
gions soustraites, pour la rbalisation d’amenagements modernes, au droit foncier traditionnel.
(52) S. CHAZAN, Op. cit. en (33).
(53) Il sera difficile, avec la présence des digues, de faire appel 51une culture mecanisSe comme, par
exemple, sur le lac Alaotra.
(54) La collecte du paddy s’effectue en plusieurs points de regroupement : le marché de Belo (mardi) :
Prix 15 F/kg ; le marché d*Ankirondro (mercredi) Prix 14,50 F/kg et le marché d’Ampasimandroatsy
ofi les prix pratiqués sont les mêmes qu’à Ankirondro.
Trois collecteurs Karany achètent chaque ann& en moyenne : Mo10 300 T de paddy, Naozaraly Manje
90 T et Hassan-Aly 450 T.
(55) D’aussi faibles réserves expliquent que, durant la saison des pluies, les riverains recherchent des
racines et tubercules consommables (cf. Chapitre 4, A).

61
Veut-on intéresser la majorité des cultivateurs en,leur proposant un type d’exploita-
tion moderne, un travail collectif sur les pepinieres de riz, un encadrement technique ? Cher-
che-t-on a remodeler la rbalité paysanne en assurant des possibilites d’elevation du niveau de
vie pour chaque agriculteur ? Autant de questions auxquelles il est urgent de repondre, avant
méme de porter des considerations d’ordre technique sur le bien-fonde des aménagements
hydro-agricoles.

Centre ORSTOM-Tananarive, mai 1968.

62
Deux mois apres la remise de ce rapport, une note était diffusee par le département
du Minist&re de l’Agriculture (M. A. E .R. ) charge des projets d’aménagements.

"No 3586/MAER/SG/SCV/CHA. 25 juillet 1968


AMENAGEMENTDUBASSINDELATSIRIBIHINA
zom Du BEMARIVO

L’étude gbographique de la plaine du Bemarivo apporte de nombreux éléments d’infor-


mation dont l’interêt pour une operation de mise en valeur de la zone est indiscutable.
On a note, en particulier, les indications données dans les domaines de l’im~gr&,ion
et de l’aménagement hydraulique.
Du point de vue immigration, on peut remarquer :
1 - Le maintien du mouvement : 33 individus recenses dans l’echa&illon enqu&&, comme arri-
V&S en 1940-49, 50 en 1950-59, 60 en 1960-68 ; les retours au pays d’origine ont pu affecter
les contingents anciennement arrives, mais on peut admettre que le mouvement reste soutenu.
2 - L’importance du sud-est (Prefecture de Farafangana) dans le mouvement d’immigration,
puisque, pour 212 immigrants recensés 82 viennent de la Prefecture de Farafangana (dont
43 de Vaingaindrano et 24 de Farafangana) contre 57 originaires du sud, 55 des autres zones
du Menabe (d’Antsalova et Mahabo, Morondava, Miandrivazo et autres cantons de Belo) et
18 des .Rauts Plateaux Betsileo.
On peut en conclure que si les‘opérations de mise en valeur du Bemarivo et des lacs
voisins demandent un complement de populati’on, il sera normal de chercher a utiliser pour
trouver ce complément, les liens familiaux existant entre le Bemarivo et les rbgions de Van-
gaindrano/Farafangana.

Du point de vue de l’aménagement hydraulfque, les objections suivantes sont faites :


a -
problemes du choix des materiaux pour les digues ;
b -
longueur des travaux ;
c -
acheminement du materiel lourd ;
d -
difficultés d’obtenir des augmentations reelles de rendement, compte tenu
des conditions de repiquage ;
e - difficultes de prevoir correctement le calendrier des semis compte tenu des
incertitudes sur l’importance et le calendrier de la crue ;
f - difficultés d’un “remembrement” Eventuel, rendu obligatoire par la création
d’un nouveau systeme d’endiguements et de chenaux.
En ce qui concerne le point a - deux aspects paraissent pouvoir être considérés. Tout
d’abord celui du choix des materiaux pour une digue de terre “normale”. Cela est un probleme
a analyser au stade de l’elaboration du projet, dont rien ne permet de penser qu’il ne trouverait
pas de solution. Par contre, le second aspect de la question est que ces digues seront submer-
gées. Certes, il est (1 peu pres certain que les digues en terre, qui n’ont aucune ‘. lcation de
deversoir, risquent alors d’être rapidement érodées, degradées et rompues à un endroit quel-

63
conque. Par voie de conséquence, le choix des materiaux, leur granulometrie, leur compac-
tage, la nature et les conditions de réalisation de la couche de surface devront tenir compte
de cette submersion.
Pour ce qui est des points b - et c -, il s’agit de contraintes particulieres de chantier,
surmontables â conditions d’être prevues. Gn notera â cette occasion que le franchissement
de la Tsiribihina â Belo doit être, en principe, ameliore par les Ponts et Chaussees (bac gros
porteur).
Les points d - et e - soulèvent des questions tres importantes. En effet, il est &Vident
que la réalisation d’amenagements, vraisemblablement onereux, n’est envisageable qu’â la con-
dition d’être accompagnee d’un effort de mise au point et de dépasser sensiblement le rendement
de 1,5 T/ha qui fut un maximum. A ce sujet, on peut se demander si les modalites de cultures
â recommander seront uniformes ; en effet, la carte pédologique au 1/50 000 indique plusieurs
types de sols.
D’autre part, des durees fort variables d’inondation, suivant les cotes topographiques,
peuvent influer sur les caractéristiques des sols. Par exemple, on note qu’une periode d’inon-
dation a duré 150 jours â la cote 1 m de l’echelle %.O.G.R.E.A.R., 64 jours â la cote 2 m,
36 jours â la cote 3 m.
Sur le plan de l’aménagement proprement dit, il faut d’abord noter que la décrue se
faisant vers le chenal central, c’est-â-dire vers l’est et vers la cuvette nord, le maintien de
l’eau dans les casiers obligera, non seulement â mettre en place des digues est-ouest (interve-
nant quand les deversoirs â la cote 19,00 sont hors de l’eau) mais des digues nord-sud (inter-
venant quand l’ecoulement se fait vers le chenal central, c’est-â-dire quand la cote du plan
d’eau est comprise entre 19,OO et 21,00). Pour ce système de digues d’un maintien complexe,
les problemes de materiaux et de deversement sont ceux vus plus haut. C’est le maintien en
bon état de ce systéme qui permettra d’assurer le maintien d’une lame d’eau dans les rizieres.
Cette lame d’eau, dont l’épaisseur (50 cm) inquiète le geographe, est variable dans le rapport
préliminaire S.O.G.R. E.A. II. (30 â 40 cm p. 4, 50 cm p. 9, 40 cm p. 12). Elle sera â consi-
dérer différemment suivant que Chaque casier est plane ou non.
Deux autres aspects du problème sont encore â noter : l’irrigation complémentaire qui
est interessante, mais dont les possibilitbs en annee seche devraient être precisees : le cas de
la decrue précoce, pour lequel il parati souhaitable de confirmer le caractere réellement impos-
sible d’un ouvrage quelconque sur la Kindroma, même s’il devait s’agir d’un ouvrage n’inter-
venant qu’en dessous d’une cote donnee â partir de laquelle on bloquerait provisoirement la de-
crue, pendant que les reserves seraient ponctionnees pour assurer l’irrigation des casiers les
plus hauts.
Le point f - relatif au “remembrement” doit etre consideré, non pas independamment
du reste, mais comme etroitement lie aux autres problemes. En effet, ce remembrement se-
ra d’autant mieux accepté qu’il y aura une amélioration reelle des conditions agricoles. Reci-
proquement, si la contrainte que constitue le remembrement ne doit s’accompagner que d’une
amelioration negligeable (ou nulle), elle sera difficile â faire admettre et, d’ailleurs, â justifier.
On peut noter, pour conclure, que d’autres orientations possibles pour l’ainenagement
peuvent être etudiées :
1 - L’isolement complet du lac par endiguement côté Tsiribihiua avec, â l%nte-
rieur, possibilites d’organiser des casiers etages et â plan d’eau contrôlé, et possi-
bilitb de cultiver en saison des pluies. . . Ce systeme peut être utilisé de maniere
mixte, avec culture de saison des pluies dans les casiers les plus hauts . . . et culture
de décrue dans les casiers les plus bas.
Il risque d’etre couteux, mais encore faudrait-il en comparer le cotlt avec celui
de la solution retenue (y compris l’entretien des digues). Il permet d’eviter la sub-
mersion des digues et, sauf accident, offre de plus larges possibilites agricoles. Il
va de soi que la protection de la digue côté fleuve (digue â implanter sur les points
hauts du bourrelet de berge) devrait être etudiée avec soin. Dans ce cas, il ne sem-

64
.ble pas impossible que Ilirrigation puisse être assuree â partir d’une prise &u& 2
l’[Link] Iac (la Kindroma servant de drain B la decrue et étant fermee â la montée des
eaux).
2 - Une orientation opposee â la précédente peut être êgalement etudiee. C’est
celle des riz flottants. Ceux-ci, largement utilisés au Niger, ne donnent guère plus
de 2 T/ha mais suivent la crue et sont cultivés pendant celle-ci. L’amenagement ne
devrait alors tendre qu’â limiter la vitesse maximale de montbe des eaux, aux envi-
rons de 10 cm par jour. Le choix des variétes et le calendrier cultural devraient
être comparés au regime hydraulique du lac”.

A la fin de l’annéc$l968, le projet de mise en valeur du Bemarivo semblait abandon&

65
PLANCHES

67
LEGENDE COMMUNE AUX CARTES 1, 2 et 3

..... ...... Clépot sableux Patate douce Forêt ou bosquet


--
== Riziàre en semis direct 1-1 Ambèrique Pèpinière de vary be
0

IEI Manioc n1. : Z: Lentille Bananier

Maïs
lIllmlm 0+ i- -k Haricot Arachide
Manioc et maïs Parcelle abandonnée
0
Village
Limite d’inondation Cuvette inondée
(Avril)

Ca r t e no 1 - Parcelles sur tanety


Ampasimandroatsy - secteur nord - rive est
(groupes de parcelles aux abords du village et cultures sur brfllis,
dispers6es en forêt).

68
0

0 0

0
a.!

0
0 llb

0
0

0 0

-1 I 0 0
0
-
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il
0

100 5qom =- -
:

69
Ca r t e n ’ 2 - Parcelles sur baiboho
Bevoay - Vohimary - secteur sud et iles de la Tsiribihina
(groupes de parcelles & cultures dominantes)

70
P
/
\

,oo
0
Carte no3 - Parcelles sur baiboho
Belo - secteur sud - rive ouest
(diversification des cultures à proximité de la ville)

72
73
Carte no4 - Bemarivo
Le micro-relief de La plaine
(d’après le le& SATET 1953 - cotes fictives)

74
0I 2I 4 km.
l

75
Photo n“ 1 - La rivike Kindroma et le baiboho pri%s de Belo sur Tsiribihina
Y

Photo no 2 - Parcelle de ma& sur brfilis


Photo n” 3 - PBpiniC?res prSs du village de Mangotroka.
au premier plan : pépinière fafy-vary
au second plan : pgpiniére doko-doko

Photo no4 - Premier repiquage : doko-doko

’ 78
Photo no 5 - La rkolte du paddy
au premier plan : campement de salariés

Photo no 6 - Vestiges d’une digl-e construite en 1956 et emplacement d’une vanne.

79
Deuxième Partie

ATLAS DE LA RÉGION DE

MANOMBO-BEFANDRIANA SUD

G. DANDOY
Sommaire

P.

INTRODUCTION ................................................................................................. 85
A - Conditions de l’dtude ......................................................................... 85
B - Méthodes suivies ............................................................................. 85
C - Remarques sur la valeur des données statistiques .................................. 88

1 - LE CONTEXTE PHYSIQUE ET HUMAIN .......................................................... 91


A - Présentation generale ........................................................................ 91
B - Les composantes du milieu naturel ...................................................... 93
C - Les hommes .................................................................................... 106
D - L’infrastructure ............................................................................... Il4

2 - L’OCCUPATION DU SOL - PRODUCTION ET ORGANISATION FONCIERE ........... 121


A - La production ................................................................. I.. ............. 121
B - L’organisation fonciere ..................................................................... 134

3 - LA [Link] ............................................................................ 141


A - Les marches de bovides .................................................................... 141
B - La collecte et le commerce de detail .................................................. 148

CONCLUSION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , . . . . . . . . . . . .... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . .. . . . 157

BIBLIOGRAPHIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . 161

83
INTRODUCTION

A - CONDITIONS DE L’ETUDE

Cette btude a etté realisée B la demande du Minist&re de l’Agriculture, de 1’Expansion


Rurale et du Ravitaillement de la Republique Malgache d’apres les lettres-contrat M.A. E.R.
2164 et 2165. En nous offrant les moyens financiers nécessaires, les services du M.A. E. R.
nous demandaient de leur presenter une vue d’ensemble des problèmes humains de la region
de Manombo, Befandriana-sud a partir d’une skie de-cartes thematiques commentees. Une
telle proposition presentait pour nous un double intérêt : d’une part, elle mettait P notre dispo-
sition les moyens sans lesquels la realisation d’un atlas regional Qtait impossible, d’autre part
le type d’etude demande s’integrait parfaitement au theme de recherche “cartographie régionale”
propose par le Comité technique de Geographie de 1’0. R. S. T. 0. M. En outre, le cadre du tra-
vail Btait suffisamment souple pour nous permettre d’orienter notre recherche sur les sujets
qui nous paraissaient les plus pertinents.
L’ensemble des conditions favorables ainsi rassemblées nous ont permis de réaliser
cet atlas en un peu plus de dix mois dont quatre passes sur le terrain et six de travaux de pre-
paration d’enquête, depouillement, rbdaction des cartes et des commentaires. De cette t$che,
notre assistant Bernard HARRISON a pris une part importante. Nous avons bgalement’ete aide
par J.M. MARCHAL, géographe coopérant militaire qui, pendant plus de deux mois, a assure
la responsabilité de l’étude du perimetre d’Ankililoaka. Nous sommes également redevable de
l’important travail fourni par les cinq enquêteurs recrutds sur place et par les dessinateurs
de 1’0. R. S. T. 0. M. Enfin, nous nous devons de temoigner ici toute notre gratitude 3.l’égard
de M. le Professeur BERTIN et de tous ses collaborateurs du Laboratoire de Cartographie de
1’Ecole Pratique des Hautes Etudes qui, tant par leurs conseils que par leur aide matérielle,
nous ont beaucoup facilité la tâche lors de la mise au point des Aléments graphiques de cette
etude.

6 - METHODES SUIV~E$

La realisation de cet atlas supposait une série d’enquêtes portant sur l’ensemble de la
region et destinées à “quantifier” et “spatialiser” le maximum de phénomènes pouvant &re car-
tographies. Compte tenu de cet objectif et des conditions et moyens de travail, notre demarche
s’est faite en trois temps :

Premiére étape
Notre premibre t$che fut de rechercher la documentation existante. On peut consi-
derer trois sources de renseignements :
- la documentation administrative (monographies de canton, rapports des ser-
vices agricoles, statistiques et comptabilite des syndicats des communes et relevés des
des transactions sur les marches de bovides, . .) :

85
- la documentation cartographique et photographique (cartes topographiques et
precartes de 1% G. N. à l/lOO 000, cartes gdologiques et forestieres à 1/500 000 ;
les missions photographiques adriennes de 1’1. G. N. n” 102, 200, 1949, na 104, 1954
et 205, 1966), les plans du C%rie rural et enfin les cartes de reperage du Service des
Domaines) ;
- les diverses etudes ddjà réalisees sur les régions avoisinantes en particulier
le Bas-Mangoky et la r&ion d’dnkazoabo.
Une quatrième source, les Archives nationales, n’a pu être exploitee faute de temps.
Après cet inventaire de la documentation, une première enquête a Bté réalis&? sur
tous les villages du perimetre à Qtudier. Cette Premiere enquête nous permettait tout d’abord
d’entrer ;en contact avec le terrain, d’en apprdcier les nuances et les diversités. Elle avait
egalement pour but de compléter et de Pr&iser certaines données fournies en particulier par
les monographies cantonales.
A l’issue de cette Premiere Etape, nous avons pu etablir une série de cartes provisoi-
res rapidement commentees et determiner les principaux problemes sur lesquels serait axée
notre recherche (cf. Note sur les premiers resultats des recherches menees dans la plaine de
Befandriana-sud).

Deuxième étape
A partir de cette reconnaissance g&k-ale, devenaient possibles la preparation et la
realisation de plusieurs enq&tes portant sur les activitês de production et d’Achange à l’bchelle
regionale .
Seize villages’ choisis comme representatifs des diverses situations dans lesquelles
peuvent se trouver les communautes rurales de la region, ont et% Etudies.
Nous avons considére l’orientation des activités économiques comme le critère essen-
tiel de notre choix. Cette hypothese nous a conduit a mener notre enquête dans un ou plusieurs
villages appartenant à chacune des cinq classes de la typologie ebauchee lors de la reconnais-
sance generale, à savoir :
- les villages d’éleveurs,
- les villages de metayers (a proximite des concessions européennes),
- les villages orientes vers les productions commerciales (pois du Cap, ara-
chides),
- les villages de riziculteurs,
- les villages dont l’activité agricole est Centr&e sur les cultures seches tra-
ditionnelles (ma%, manioc,. . ).
Tout en portant l’accent sur la partie de la plaine de Befandriana oit des aménagements
hydro-agricoles et une action de vulgarisation intensive étaient prevus, nous avons cependant
tenu à disperser notre échantillonnage sur l’ensemble de la région de façon à tenir compte des
variations du milieu naturel ou de divers facteurs comme la prbsence d’élements d’infrastruc-
ture sociale ou economique.
Ce sondage, par choix raisonne, a porté sur toutes les familles des villages impliques,
soit 2 543 habitants appartenant à 570 familles.
Le questionnaire posé a chacune des familles des villages choisis exigeait une cer-
taine simplicitb dans la mesure oû nous ne disposions que d’un temps d’enquête restreint.
Il comportait :
- un dénombrement demographique par grandes classes d’age,
- des renseignements sur l’equipement du menage et de l’exploitation,
- un denombrement du troupeau,
- quelques questions sur les revenus et les depenses,
- des donnees sur le mode de mise en valeur, les techniques et la production
pour chacune des cultures pratiquees.

86
Le but de ce travail Btait de preciser par des exemples concrets et mesurables des
faits repérés au niveau regional. Il nous permettait par ailleurs d’etudier et de! comparer les
différents types de mise en valeur et d’dconomies villageoises en fonction de la diversitb eth-
nique, des differences dans le milieu naturel, etc..
Alors que ces deux premieres enquêtes portaient essentiellement sur les conditions
de la production, les autres au contraire interessaient les activites d’échange.
. Les marches de bovides ont QtQ analyses à partir des cahiers de contr6le des
marchés et d’enquêtes sur les lieux mêmes de la commercialisation.
. Il en est de même pour l’etude de la commercialisation du pois du Cap et des
arachides pour laquelle les statistiques des syndicats des communes ont éte très pré-
cieuses.
. Enfin, une enquête chez tous les commerçants de la region nous a permis de
compléter notre documentation sur les circuits d’échange, l’importance et les moda-
lités des transactions.
A la fin de cette deuxieme Atape, l’ensemble de la documentation ainsi rassemblee
nous ouvrait la possibilite d’exprimer sur cartes les aspects les plus importants de la vie &co-
nomique regionale.

Troisième étape
Le dbpouillement des enquêtes et l’exploitation graphique des resultats acquis ont cons-
titue la troisieme phase de notre étude.
Une premiere série de cinq cartes a étb etablie a partir de la combinaison d’éléments
d’information dejà existants, corrigés ou complétks par les resultats de nos enquêtes :
1 - carte de l’implantation de la population,
2 - carte de la densite de population,
3 - carte de l’infrastructure,
4 - carte des am&agements hydro-agricoles et des points d’eau,
5 - carte de la collecte et du commerce de detail.
Une seconde skie a bté redigée à partir de donnees statistiques issues du depouille-
ment des registres administratifs :
6 - carte de la commercialisation du pois du Cap en 1967 (sur l’ensemble de la
cote ouest),
7 - carte de la production d’arachide et de pois du Cap en 1967,
8 - carte de la commercialisation du pois du Cap et des arachides en 1967,
9 - carte des marches de bovides,
10 - carte fonciere en trois coupures,
11 - carte de la pluviometrie.
Enfin, nous avons realisé une troisieme série de cartes issues de l’interprétation
des photographies aeriennes :
12 - carte du milieu naturel,
13 - carte de la vegetation de la plaine de Befandriana,
14 - carte d’occupation du sol en 1949,
15 - carte d’occupation du sol en 1954,
16 - carte d’occupation du sol en 1967.
A l’issue d’une Premiere redaction, ces cartes ont Bte reprises pour la presente Bdi-
tion, afin d’en amdliorer la lisibilitd, tout en réduisant le format, et d’unifier les Echelles
employées. Nous sommes ainsi parvenu à n’utiliser que deux Echelles et les deux fonds de
carte correspondants. Cette operation de rkluction et d”‘homogeneisation” de la presentation
nous a conduit à abandonner parfois certains Aldments d’information et tres souvent P perdre

87
quelque peu de précision dans la localisation des phenomenes cartographies. Cependant, nous
espérons que la nouvelle rêdaction de ces documents satisfera mieux les exigences de lecteurs
qui ne sont plus uniquement des techniqiens du developpement responsables du secteur Qtudie
et donc attentifs a certains détails. NOUS avons d’autre part pris le parti de ne faire figurer
que le minimum d’élements sur chaque carte, ceci d’une part afin de respecter au mieux les
regles de la lisibilite, et, d’autre part, afin de faciliter la comparaison des diverses cartes.
L’absence presque totale de cartes Atablissant, au dela de l’inventaire, des rapports
dans l’espace est due à l’impossibi+ dans laquelle nous nous sommes trouve d’établir un de-
coupage suffisamment fin de l’espace. La mosai’que des territoires villageois aurait pu servir
de base à de telles cartes. Une tentative de reconnaissance de ces unités territoriales a ette
rdalisde dans la plaine de Befandriana mais n’a pu Gtre poursuivie, en raison des difficultbs de
reperage sur les prises de vue aeriennes et du temps qu’une telle operation aurait pris pour
couvrir l’ensemble de cette region. Nous reconnaissons là une des faiblesses majeures de notre
étude, faiblesse due pour une grande part aux difficultes que le chercheur eprouve% mettre en
correlation les moyens à sa disposition, le temps imparti, l’espace a etudier et le degre de
precision ddsiré.

SUR LA VALEU

Avant de commenter ces cartes, il semble important de “relativiser” la valeur des


statistiques qui nous ont permis de les Etablir. Selon leur origine, nous pouvons considerer
trois types de donnees chiffrees :
- les statistiques d’origine administrative,
- les donnees comptables depouillees par nos soins,
- les resultats de nos enquêtes.
Il est de notoriete publique que la Premiere categorie est d’une valeur tres discutable.
Cependant, en l’absence, d’autre source, nous avons dQ, dans un premier temps, nous fonder
sur ces renseignements dont nous ne pouvons mesurer le degre de certitude. Ce n’est qu’a
partir des resultats de nos observations et de nos enquêtes qu’une critique pouvait en être faite.
C’est, par exemple, dans le domaine du denombrement de la population des villages que les
erreurs les plus grossieres ont Qte relevées. Ainsi, le village d’Antanimiheva qui, selon les
monographies cantonales comptait 2 500 habitants en 1967, n’en regroupait, d’apres nos propres
comptages, que 1500 environ.
Les résultats de nos enquêtes ne peuvent cependant pas &.re pris % la lettre. Faute
d’informateur ayant quelque notion de la precision, ils ne sont egalement que des approximations.
Mais, connaissant les conditions dans lesquelles ils ont Bté obtenus, nous sommes % mdme d’en
estimer la valeur. Il est certain par ailleurs que les chiffres fournis par les commerçants
pakistanais sur leurs transactions ne donnent qu’une idee tri% vague, sinon parfois erronee de
la realite. Nous pensons cependant que de telles donnees, aussi imprecises soient-elles, per-
mettent de definir les principales caracteristiques des echanges commerciaux de cette région.
Seuls, les chiffres issus des donnees comptables offrent une relative prdcision. Il
s’agit de la comptabilité des centres d’achat du syndicat des communes et des cahiers de con-
trôle des marches de bovides. Nous classerons egalement dans cette categorie les renseigne-
ments fournis par le Service des Domaines en ce qui concerne les surfaces immatriculees.
En conclusion, nous tenons à souligner le caractere souvent imprécis dans le ddtail
des informations portees sur les cartes de cet atlas. Le commentaire, conçu comme le com-
plément indispensable des cartes,, a d’ailleurs pour but d’en nuancer les affirmations parfois
brutales.

88
Notre expose suivra un plan classique. Une premi8re partie sera consacr6e à la des-
cription du contexte physique et humain ; une deuxi&me partie traitera des activit& de produc-
tion et sera suivie, en troisibme partie, par une analyse des Echanges. Dans la conclusion,
enfin, nous soulignerons les probl&mes ~O&S par l’évolution recente. .

89
/’ ROUTE NATIONALE

- COURSD’EAU
I
0 CENTRE ADMINISTRATIF

\, LIMITE DE FOReT

Y COURBE DE NIVEAU DE 300m

/@$j FORET
EPINEUSE
ZONEMONTAGNEUSE

Figure 1 - Croquis de localisation

90
Le contexte physique et humain

A - PRESE:NTATION GENERALE

Tel que le fait apparatire le croquis de localisation ci-joint (figure no l), notre périme-
tre d’étude se presente comme un vaste couloir bien individualisé entre deux domaines physiques
tres diffbrents (dimensions : 100 km du sud au nord entre Manombo et Befandriana pour une
largeur variant entre 10 et 30 km). Ses limites naturelles sont dans l’ensemble extrêmement
nettes :
- au sud et à l’ouest, elles correspondent strictement à la lisiere du bush, ap-
pel6 encore forêt Apineuse des Mikea ;
- à l’est, elles suivent les premiers reliefs du massif du Mikoboka et ses pro-
longements septentrionaux marques par l’isohypse de 300 m ;
- seule, la limite nord a Bté sur ce plan fixee arbitrairement. Certes, d’un point
de vue strictement geographique, nous aurions dQ intégrer à notre Atude, l’ensemble
du bassin du lac Ihotry mais l’objectif pratique n’exigeait pas cette extension dans la
mesure oh aucune intervention n’était prévue au nord de Befandriana.
A cette unit6 physique remarquable correspond Atroitement une unit6 humaine. En
effet, le bush et, dans une moindre mesure, la montagne n’offrent que des conditions naturelles
médiocres peu propices à l’installation d’une population de pasteurs et/ou d’agriculteurs. Par
contre, un contexte physique plus favorable, en particulier l’existence en certains secteurs de
la combinaison de ressources en eau et de sols alluvionnaires, caractérise ce coulair naturel
qu’emprunte la route reliant Tuléar à la vallée du Mangoky. De tels contrastes se traduisent
sur la carte de localisation de la population de Madagascar (l), par une trakée de points figu-
rant la concentration de la population à l’intérieur de notre périmètre d’etude et delimitant ainsi
un couloir de peuplement enserre par deux zones quasi-inhabitees.
Sur ce double plan, physique et humain, notre domaine d’etude s’individualise donc
avec beaucoup de nettete. Il nous appartient maintenant de décrire plus précisément les prin-
cipales composantes du milieu naturel de cette region.

(1) GOUROU, P. - Madagascar. Carte ,de densite et de localisation de la population. [Link] CEMUBAC
et ORSTOM.

91
Y 100

v
MIDIHO
I

Zone dc lo nappe phréotique de la i&t des Mikeos (sabler blancs ct roux)

1312 Infroaét& : sabla ct argiles


1630 m

I ICRETACE

Figure 2 - Coupe schématique suivant X440 entre Befandeva et Befandriana


(d’après Ch.A. DOMERGUE)
B - LES COMPOSANTES DU MILIEU NATUREL

1 - La topographie

Dans l’ensemble, depuis le pied du massif du Mikoboka jusqu’Lt la cote, les altitudes
s’abaissent progressivent de 300 m environ. La topographie de cette vaste plaine côtisre n’est
cependant pas uniforme. Nous pouvons en effet distinguer trois unit& topographiques et hydro-
graphiques :
1 -,le bassin du lac Ihotry dont le niveau de base se trouve à 50, m d’altitude,
2 - le bassin de la Manombo avec ses affluents Androka et Ranozaza,
3 - la forêt Mikea, zone sableuse a topographie tres molle et sans ecoulement
de surface sauf aux abords du lac Namonty. Le contact entre la zone des sables et les
bassins de 1’Ihotry et de la Manombo est marqué par un léger ressaut en particulier à
l’ouest d’Ankililoaka et aux abords du lac Ihotry.
A l’interieur des deux bassins qui nous interessent on ne remarque aucun contraste
topographique tres accentue. Les cinq pointements volcaniques visibles sur la carte du milieu
naturel près du village de Betsioky nord, a proximité de la ligne de partage des eaux entre le
bassin de la Manombo et celui du lac Ihotry, constituent les seuls reliefs notoires de la région.
Ils se présentent comme de petits dômes, dominant d’une cinquantaine de mètres au plus la
vallee de 1’Androka.
Les vallées ne marquent la topographie que par des accidents tres minimes à l’excep-
tion des deux principales, celle de la Befandriana et surtout celle de la Manombo, qui, sur
quelques kilométres apres leur debouché de la montagne se trouvent encore encaissées par
rapport h la plaine. En outre, la Manombo n’atteint le canal de Mozambique qu’apres s’etre
ouvert un chemin parfois etroit recoupant les alignements de dunes anciennes.
Ce relief dans l’ensemble tres peu accuse favorise incontestablement la circulation
et la mise en valeur. Cependant, en dépit de pentes tr&s faibles (la partie centrale de la plaine
de Befandriana a une pente moyenne qui ne depasse pas 0,50/0) et compte tenu du type de pluvio-
métrie, l’érosion est un facteur qu’une mise en valeur rationnelle doit considerer.

2 - GéoIogje-HydrogéoIogïe

La coupe ci-jointe (Figure no 2) permet de résumer les grandes lignes de la stratigra-


phie de notre region. Les épaisses couches de calcaire éocène et de calcaire et basalte crétaces
qui constituent le massif du Mikoboka plongent brutalement et disparaissent sous la couverture
eogene. Les formations eocenes se retrouveraient cependant %une tres faible profondeur aux
environs de Midiho, hypothêse qui, en faisant de la plaine de Befandriana un synclinal en partie
comble par les depôts éogenes, permettrait d’expliquer les phénomenes artesiens récemment
decouverts.
S’il est possible d’admettre une telle hypothese pour la plaine de Befandriana, il semble
par contre difficile d’attribuer & une flexure des couches éocene et crétacee l’ensemble de ce
relief continu qui, depuis Tulear jusqu’au Mangoky, marque la limite orientale de la plaine cô-
tigre. Au moins, jusqu’au niveau de Betsioky, il s’agirait en fait d’un escarpement derive de
faille. Les cartes géologiques montrent d’ailleurs l’existence de deux grandes failles de direc-
tion Bongo-Lava (NNW-SSE), l’une de Tulear & Morombe, l’autre au nord de Befandriana jus-
qu’% Andranopasy sur le delta du Mangoky. D’aprÈ?s les dernieres recherches geologiques le
style tectonique de cette region serait essentiellement “cassant” et aurait compartimenté le
soubassement calcaire en “horsts” et “fosses” aujourd’hui recouverts par des sediments. (2).
(2) BESAIRIE, H., PAVLOVSKY, P. - Etude géologique des feuilles Manera-Manombo. Bureau geolo-
eiaue Tananarive, 1951, 19 p. et suiv.

93
Figure no 3 - Pluviométrie.

94
A l’interieur de notre domaine d’etude proprement dit, cette structure faillée n’est
guere suggeree que par cet alignement de necks basaltiques post-Aocenes proche de Betsioky
nord. Par ailleurs des affleurements Aocènes sont signales à l’ouest du plateau de Beravy et
L proximite de la source Mandevy dans la plaine de Befandriana (3). Mais, en général, le sou-
bassement Bo&nne disparah sous un Apais manteau de s&liments neogenes, veritable carapace
sableuse d’une épaisseur de 100 m environ.
Les donnees de la geologie se revvèlent particulierement importantes dans la mesure
oit elles expliquent l’alimentation en eau de cette région. La prbsence d’importantes résur-
gences (a Amboboka pres d’Ankililoaka, source Mandevy et sources d’Antanimiheva dans la
plaine de Bëfandriana - cf. carte des amenagements hydro-agricoles et des points d’eau) a
attiré l’attention des hydrogeologues. Des etudes recentes (4) ont montré l’existence d’un bas-
sin hydrogéologique dans la plaine de Befandriana. Selon N. CASTANY, trois couches aquiferes
principales ont Ate reconnues :
1 - une nappe phreatique dans les dépôts recents, qui alimente les puits ou “vovo”
traditionnels ;
2 - une nappe artesienne dans les sables grossiers et grès du néogène continental ;
3 - une nappe artesienne dans les calcaires Bocenes formant le réservoir princi-
pal. Cette derniêre se trouve à une profondeur variant entre 10 et 155 m.
L’evaluation des ressources en eau de ces nappes artesiennes fait actuellement l’objet
d’etudes, les estimations variant entre 1 m3/s et 3 m3/s. La decouverte de ces ressources en
eau artésienne ouvre pour la plaine de Befandriana des possibilites de mise en valeur relative-
ment importantes. Dejà l’existence de quatre forages eruptifs debitant au total 100 l/s environ
a permis la mise en valeur de plusieurs dizaines d’hectares de terre. Même si, apres étude et
réalisation de nouveaux forages, le debit actuel n’était multiplie que par dix, l’exploitation des
nappes artésiennes serait pour la region de Befandriana un notable facteur de développement.
Cette découverte est d’autant plus importante qu’elle est faite en un moment où l’on parle d’as-
sèchement du climat.

3 - Le climat et le problème de l’assèchement

La carte de la pluviométrie fait apparai’tre deux phenomenes :


- les précipitations croissent à mesure que l’on s’eloigne de la côte, passant de
453,7 mm à Morombe a plus de 900 mm sur le massif du Mikoboka ;
- les grandes vallees correspondent à des golfes de secheresse, ainsi la vallbe
de l’Onilahy, ainsi dans une moindre mesure la vallee du Mangoky.
Entre Tuléar et le MangoQ, nous pouvons considerer trois zones à pluviometrie va-
riable :
- la zone côtiere où les precipitations sont inferieures à 500 mm ;
- la zone intermédiaire qui reçoit entre 500 et 850 mm ;
- la zone montagneuse oû le total des pluies depasse 850 mm.
Notre perimètre d’etude est presque totalement compris dans la zone de pluviometrie
moyenne. Seul, le poste de Manombo accuse un total de precipitations inferieur à 500 mm.
Cette pluviosite importante dans une zone consideree genéralement comme aride ou sub-aride
est due, semble-t-il, à sa position de piedmont. La barrière montagneuse constitube par le
Mikoboka et ses prolongements septentrionaux provoque sans doute des pluies orographiques.

(3) DOMERGUE, Ch.A. - Rapport sur la zone Masikoro. Ministère de l’Industrie et des Mines, Tana-
narive, 1965.
(4) DOMERGUE, Ch.A. - Op. cit. en (3).

95
a b

Figure 4 - PluviomBtrie et température


a : pluviom&rie ;t Ankaraobato
b : température à Ankaraobato
c :.pluviométrie à Befandriana sud
d : pluviométrie $ Antanimiheva

96
C’est en nous fondant sur les releves des postes de Befandriana (moyenne 1938-1966)
et d’Ankaraobato (moyenne 1961-1968) que nous decrirons les grandes caracteristiques de l’an-
nec climatique moyenne :
Les courbes [Link]&rie d’Ankaraobato et de Befandriana se ressemblent et tra-
duisent tres clairement l’opposition entre les deux saisons climatiques : la saison seche et la
saison des pluies (cf. graphiques)
La saison seche debute au mois d’avril et s’acheve en novembre. Elle se caracterise
par :
. des pluies rares et peu abondantes (en moyenne 12 jours de pluie a Ankaraobata et
7 jours CLBefandriana pendant les sept mois de saison seche). Ces pluies representent respec-
tivement 15 % des précipitations annuelles CtAnkaraobato et 9,3 % a Befandriana.
Nous noterons au passage les differences climatiques entre ces deux postes eloi-
gnés d’une centaine de kilomètres, à savoir une saison seche relativement moins mar-
quée à Ankaraobato qu’a Befandriana. Le mois le plus sec est septembre à Ankaraobato
et juillet à Befandriana. Remarquons egalement l’existence d’une secheresse extrême
pendant plus de trois mois, cas releve huit fois sur 28 ans d’observations a Befandriana.
. des temperatures relativement basses (en moyenne inferieures a 26°C). Les minimas
absolus observes à Ankaraobato descendent en mai et en aotIt aux environs de 8” C. L’amplitude
thermique diurne est nettement plus forte en saison seche qu’en saison des pluies.
. des [Link] temps assez uniformes : un ensoleillement continu mais ne presentant
aucun caractere penible, une hygrombtrie de l’air très faible avec, cependant, en début de sai-
son seche des rosées matinales assez abondantes, des vents dominants du sud-ouest.
La saison des pluies presente les caractéristiques contraires :
. des pluies nombreuses et souvent violentes. En cinq mois, Befandriana compte en
moyenne 43 jours de pluie et Ankaraobato 40. Ces precipitations abondantes souvent orageuses
sont concentrees en un court laps de temps (ainsi, en 1963, Befandriana a reçu 304 mm d’eau
en six jours). Notons par ailleurs la frequence des cyclones.
. les pluies abondantes s’accompagnent de températures Blevées. Les maxima absolus
observés à Ankaraobato depassent tous 35” C alors que les minima de décembre et janvier s’élb-
vent encore à 17 et 19°C. La saison des pluies est également la saison des grandes chaleurs.
. fortes precipitations et temperatures élevees contribuent à donner à ces mois d’été
austral un caractère particulierement penible.
La concentration de la grande majorité des pluies (plus de 85 %) sur une courte periode
de I’annde pose un certain nombre de problèmes que ne laissait pas paraftre le chiffre moyen,
à priori satisfaisant, des precipitations annuelles. La saison des pluies est en effet marquee
par une surabondance d’eau impliquant un drainage des bas-fonds rizicoles. D’autre part, la
violence de certaines pluies déclenche des processus d’érosion qui, sur les zones de mise en
valeur, imposent un amenagement du sol selon les courbes de niveau. Enfin, dernier inconvé-
nient et non le moindre; la saison des pluies est celle de la boue et des rivières en crue, ce qui
rend les deplacements tres difficiles, sinon impossibles. Par contre, la rareté des pluies de
saison sèche rend obligatoire l’irrigation d’appoint pour certaines cultures comme le pois du
Cap et le coton.
D’autre part, [Link] de cette region présente un inconvénient majeur : l’irrbgularite.
Cette irregularité est tres sensible au niveau du total des pluies annuelles. La meilleure illus-
tration de ce fait est fournie par le graphique reprbsentant l’evolution de la pluviombtrie du poste
de Befandriana entre 1938 et 1965 (seul poste pour lequel nous ayons des observations depuis
aussi longtemps). Pour autant que nous puissions nous fonder sur ces releves, nous constatons
une grande amplitude des variations entre un maximum de 1405 mm en 1939 et un minimum de
423 en 1958. La moyenne de 813 mm ne correspond que tres rarement à la réalité.

97
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98
De même, la période et la duree de la saison des pluies varient tres sensiblement.
Nous avons vu qu’en general la saison humide débute en novembre pour s’achever en mars. 11
n’est cependant pas rare de voir les pluies commencer plus tardivement (comme par exemple
à Befandriana en 1948 : 44 mm en novembre, 64 mm en decembre et enfin 268 mm en janvier)
ou s’arrêter des fevrier (comme par exemple à Befandriana en 1963 : 152 mm en fevrier et
18 mm en mars).
Ces fluctuations importantes de la hauteur des precipitations, de la periode et de la
durée de la saison des pluies, constituent un handicap majeur pour cette région. En effet, com-
me nous le verrons plus loin, l’instabilité climatique donne aux cultures non irriguees un ca-
ractère tres aléatoire.
Par ailleurs, plusieurs témoignages concordent pour affirmer l’existence d’un asse-
chement de cette region. Ce sont d’abord ceux des paysans qui expliquent la diminution des
récoltes de pois du Cap et d’arachide par la pluviométrie decroissante. D’autres nous viennent
des geologues et des hydrogbologues qui ont constaté une baisse notoire du debit de la riviere
Ranozaza issue d’une sbrie de résurgences (5). Cette derniere débitait 8000 l/s en 1932,
1600 l/s en 1945 et debite actuellement 1500 l/s (selon le temoignage oral de M. DOMERGUE,
hydrogeologue du Minist&re de l’Industrie et des Mines).
Un assechement notoire du climat devrait influer directement sur les surfaces mises
en culture et en particulier sur la riziculture. Or, à partir des photos-interpretations des
I missions aériennes de 1954 et 1967, nous pouvons constater que loin de diminuer la riziculture
a, au contraire, pris de l’importance. Dans la region d’Ankiloaka les surfaces rizicoles ont
été multipliees par trois entre 1954 et 196’7 alors que les surfaces de rizières en jachere ou
en voie d’abandon sont restees stables. Il en est de même dans la plaine de Befandriana.
Or, en essayant de faire coihcider temoignages oraux, donnees cartographiques et
statistiques de la pluviometrie, nous avons pu etablir que la période 1948 $. 1958 a été reelle-
ment marquée par une suite d’annees particulierement seches. Le graphique ci-joint montre
que pendant ces onze annees, la moyenne des précipitations annuelles a Bte nettement plus basse
qu’avant et après cette période. La carte d’occupation du sol de 1954 témoignerait de l’influence
de cet assèchement sur l’importance des surfaces rizicoles. En 1967, au contraire, nous se-
rions dans une phase d’extension de la riziculture due, en partie du moins, à de meilleures
conditions climatiques.
De ces constatations, nous pourrions déduire l’existence de phases ou de cycles clima-
tiques faisant alterner plus ou moins regulierement periodes de secheresse et periodes de pluies
abondantes ; il y a là un pas que nous ne pouvons franchir, faute de renseignements plus surs
et plus nombreux.
Une autre question pourrait être posée et restera egalement sans repense de notre part.
Y a-t-il evolution du type de pluie ? Les pluies torrentielles de decembre, janvier et fevrier
ont une tres grande importance pour l’agriculture, non seulement parce qu’elles apportent l’eau
qui manque tant aux sols et aux vegétations mais encore parce qu’elles provoquent les crues et
l’alluvionnement correlatif necessaire à la culture du pois du Cap. Les “baiboho”, terrain pri-
vilegie du pois du Cap, demandent à être renouveles et fertilises par de nouveaux apports d’al-
luvions . Or, selon certains témoignages recueillis dans notre region, dans le delta du Mangoky
et à Morondava, ces pluies tres intenses qui conditionnent les crues deviendraient de plus en
plus rares. Une analyse detaillee des donnees climatiques, qui n’était pas du ressort de cette
Etude, devrait fournir une réponse à cette question.

(5) MARTIN, P. - Etudes hydrogéologiques et asséchement du sud-ouest malgache. Naturaliste malg.:


1950, T.11, fasc. 2, pp. 91-94.
BESAIRlE, H., PAVLOVSKY, P. - Op. cit. en (2).

99
4 - L’hydrogmphie de surface

Hormis une seule exception, la Ranozaza, toutes les rivieres de notre région ont un
écoulement temporaire. Les deux plus importants cours d’eau, la Manombo au sud et la Befan-
driana au nord, ne sont pérenues que dans leur parcours montagneux. Dés leur débouché dans
la plaine, ils présentent le plus souvent un vaste lit majeur encombre de sable ou ne coule pas
le moindre petit filet d’eau. Ces thalwegs ne sont donc fonctionnels que quelques jours par an,
immédiatement apres les grandes pluies. A en juger par la dimension des lits majeurs et le
volume des alluvions transportées, les débits de crue de *ces rivieres doivent atteindre des
niveaux très élevés. Selon M. ALDEGHERI (6), la Manombo et la Befandriana ont un regime
de type sahelien du sud caracterise par des crues brutales et brèves, suivies d’un tarissement
rapide. Notons par ailleurs l’existence d’un sous-Acoulement continu dans les sables.
Seule exception deja notée, la riviere Ranozaza qui arrose la plaine d’Ankililoaka avant
de rejoindre la Manombo est pérenne. Son alimentation par les eaux souterraines issues d’une
série d’exurgences dont la plus remarquable est celle d’Amboboka (cf. cartes des aménagements
hydro-agricoles et des points d’eau) explique ce phenomène. Ces eaux, largement utilisees
par des riziculteurs des environs, n’atteignent pas toujours le lit de la Manombo dont la Ranozaza
est le principal affluent.
Alors que le bassin de la I@anombo a un debouche maritime, la plaine de Befandriana
appartient à un bassin endoreique dont le lac Ihotry constitue le niveau de base. Nous decrirons
ce dernier en empruntant quelques lignes au Rapport sur la Zone Masikoro de Ch. A. DOMBRGUE
(voir notes 3 et 4) :
“Il est essentiel de remarquer que le lac Ihotry comprend deux parties bien distinctes :
,, - le lac tempowire, cl caractere de Sebkra d’Afrique du nord, surface 150 km2, alti-
“tude moyenne 50 m, qui est le véritable bassin de reception des eaux en saison des pluies.
‘Rives floues, indeterminées (peu ou pas marquées dans la topographie).
,r - le lac permanent dont le niveau ne varie annuellement que dans de faibles limites ;
“surface 15 km2, plan d?eau 2 la cote 50. Rives nettes, ne reçoit aucun tributaire, par contre
“en saison seche semble se deverser dans la Sebkra. ”
Toujours selon les mêmes sources, la partie permanente du lac est alimentée par des
eaux souterraines alors que la Sebkra ne reçoit que des apports intermittents venant des sour-
ces d’Andohasakoa, Mandevy et d’Antanimiheva ainsi que des plus fortes crues de la Befandriana.
Cette Sebkra dont la surface est extrêmement variable a une profondeur qui ne dépasse
pas 3 m au maximum. Par ailleurs, “l’eau est tres salée au moins en saison seche”. Ses ber-
ges présentent une végétation adaptée au milieu salin, plantes halophiles, salicornes.

5 - Les sols et da v~gétafio~

La carte dite du milieu naturel est issue de l’interprétation des photographies aériennes
de 1967 complétée par nos propres observations. Nous nous sommes Agalement appuyé sur les
conseils de MM. BOUCHARD et KILLIAN, pédologues de 1’IRAM et sur les ouvrages de SEGALEN
et MOUREAUX (i). Cette carte n’est ni celle des sols, ni celle de la vegétation, mais l’expres-

(6) ALDEGHERI, M. - Fleuves et rivières de Madagascar. ORSTOM, Tananarive, 1967.


(‘7) SEGALEN, P., MOUREAUX, Cl. - La végétation de la région de Befandriana. Mem. I. S.M., B,
II, 2, 1949, 15 p.
SEGALEN, P. > MOUREAUX, Cl. - Notice de la carte pédologique du Bas-Mangoky (Sud-Ouest).
Mém. I.S. M. , D, II, 1, 1950, 95 p.
- ..

sion des diverses combinaisons [Link]


les principales donn6es pédologiques et botani-
ques perceptibles sur les photographies aérien-
nes. Elle exprime donc les caractéristiques du
milieu naturel à travers les éléments détermi-
nants d’un point de vue agronomique.
Selon SEGALEN et MOUREAUX, la vég&a-
tion climatique de notre region pkésente deux
aspects : la forêt tropophile sur terrains cal-
caires et arénacés d’une part, le bush sur sols
sableux d’autre part. Ces deux types de forma-
tion occupent encore une place très importatite
sur les marges de notre Périm&e d’&ude, lui-
même caractWs4 par une veg&ation tr&s modi-
fiée par l’action de l’homme:

le bush
Cette formation occupe toute la partie occi-
dentale de la carte depuis le lac Ihotry jusqu’au
sud’ de Manombo. Elle porte Bgalement des tra-
ces de l’occupation humaine traduites par ces
larges clairikes de végbtation d6grad6e due aux
feux provoqués par les Masikoro pu les Mikea
(8).
Cette zone offre un paysage tr&3 monotone
d’aficiennes dunes aplanies formées de sable
jaune et couvertes d’une vfZgétationxérophytique.
Cette dernike est caractérisee par quelques
espkes remarquables comme Didiera madagas-
cariensis, Euphorbia steroclada, Euphorbia
laro, ‘&yphaene shatan(satrana) et Credelopsis
grevei (katrafayj.

Cette région ma?quee par la sécher!esse


(faible pluviométrie, 500 mm et moins, et gran-
de perméabilité du sol sable&) est difficilement
pénbtrable (9) et ne peut fournir que de maigres
ressources aux groupes nomades qui s’y sont
réfugiés.

la forêt tropophile sur terrains calcaires


Le revers de la cuesta éocke s’achgve à
l’ouest par un escarpement continu qui domine
le bassin de la Manolnbo et Celui du lac Ihotry.
Ces premières pkntes sont recouvertes d’une
forêt tropophile dégradée qui contraste tr2s net-
tement‘avec la végétation des plaines. Au-delà
de cette barrière montagneuse, à l’intérieur du

Figure n“ 6 : Milieu naturel

(8) MOLET, L. - Aperçu sur un groupe nomade de


la forêt Bpineuse des Mikea. Bull. Acad. malgache,
1958.
(9) Quelques pistes charretières ou layons ouverts pour les [Link] la recherche pétrolière relient
cependant les villages vezo de la côte aux zones peuplées de l’intérieur. Citons en particulier les
pistes qui relient la Baie des Assassins & Basibasy et à Betsioky-nord.

101
massif s’ouvrent de larges vallees (Hautes vallees de la Befandriana et de la Bevato, vallee de
la Sikily) où domine un paysage d’epaisses savanes presque totalement deboisées. Mais nous
sommes là en dehors de notre périmetre d’étude.

le couloir Manombo-Befandriana sud

C’est le domaine qui porte les marques les plus profondes de l’action de l’homme sur
la nature et en particulier ‘sur la v6ggétation. La forêt tropophile qui devait naguere, semble-
t-il, couvrir la majeure partie de cette zone a aujourd’hui presque totalement disparu pour
laisser la place a divers types de savanes (cf. Figure n”7). Quelques lambeaux de forêt de-
gradee existent encore au nord de la piste Befandriana-Basibasy et au sud de ce dernier village.
On en trouve également des témoins de part et d’autre de la Manombo. Ces traces de l’ancien-
ne végétation climatique sont le plus souvent des forêts ripicoles, donc situees sur terrains
alluvionnaires, dont SEGALEN et MOUREAUX ont décrit les especes les plus typiques : Cepha-
lantus spatelliferus (sahily), Eugenia SP. (rotra), Tamarindus indica (kily), Ficus sakalavarum
(adabo) et Acacia morondavensis (robontsy). Cependant la majeure partie des sols d’apports
est occupée par des cultures. Les alluvions plus ou moins récentes offrent en effet les meil-
leures conditions pour la mise en valeur; Elles sont particulièrement abondantes le long de la
basse Manombo et dans la vallée de son affluent 1’Androka qui draine les eaux du plateau de
Beravy. On les retrouve dans le bassin de l’Ihotry, le long des rivieres Befandriana et Iovy.
Les zones alluvionnaires portant forêt ou cultures ne représentent que de faibles sur
faces au regard de celles couvertes par les sables roux. De vastes espaces aux pentes très
faibles, couverts d’une savane arboree ou arbustive, tel est le paysage dominant de cette région.
Les sols désignés couramment par le terme générique de sables roux sont des sols
ferrugineux tropicaux dont on distingue plusieurs faciès (sable roux typique, sable roux degradé,
sable jaune). En dessous d’un horizon humifère en général peu epais se trouve un horizon tres
profond composé uniformément de sables (75 % environ) et d’un liant argileux. D’apres des
études récentes ces sols sont relativement riches en calcaire, ce qui pourrait s’expliquer par
leur origine alluviale (lO), ou par des apports actuels des eaux descendant du massif calcaire
tout proche.
Ces sables roux portent une savane arborée et parfois arbustive dont les especes prin-
cipales sont les suivantes :
. pour les arbres : Tamarindus indica (kily), Sclerocarya caffra (sakoa) et Stereos-
permum rufus (mangarahara): Les baobabs, témoins de l’ancienne forêt, apparaissent rarement.
. pour les arbustes : Zizyphus vulgaris (tsinefo), Celastrus linearis (tsingilofilo) et
Hyphaene shatan (satrana).
. pour la strate herbacée : Heteropogon contortus (ahidambo), Cymbopogon rufus (dan-
gy) et Cynodon dactylon (kidresy).
Ce paysage de savane occupe la majeure partie de la plaine de Befandriana hormis la
partie centrale et la bordure est du lac Ihotry. Il se retrouve egalement sur le plateau de
Beravy, en dehors de la vallée de 1’Androka et jusqu’aux abords de la plaine d’Ankililoaka et
des alluvions de la Manombo.
Loin d’$tre uniforme, la savane presente au contraire une infinie variete de fac%%
liés d’ailleurs aux nuances du milieu naturel. On distingue ainsi des savanes peuplées de juju-
biers témoins d’une hydromorphie de profondeur, des savanes B “satrana” indicateurs d’une

(10) DECARY, R., SEGALEN, P., MOUREAUX, Cl. pensent que le Bas-Mangoky a [Link] un
certain temps en direction du sud-ouest, vers le lac Ihotry ‘actuel. Ce dernier serait un lac de bar-
rage du à une avancée des dunes vers l’ouest. La fermeture de l’exutoire vers la mer serait à l’origine
d’un vaste lac qüi recouvrait, semble-t-il, toutes les zones occupees par les sols argilo-calcaires.
On notera par aiHeurs que l’existence d%pports éoliens a egalement ête prouvée.

102
. I I
forte degradation du sol ou des formations dominees par le ‘mangarahara” ou le tamarinier
dont la presence serait lice a l’abondance du calcaire dans le 501.
Luxuriante en saison des pluies avec son impressionnant tapis de graminées, la savane
porte très rapidement les marques de la sécheresse du climat. La prairie verdoyante de l%té
austral laisse place en effet a un tapis discontinu de touffes d’herbes seches, le “paillasson”, qui
ne peut plus fournir de nourriture aux nombreux troupeaux de bovidés dont la savane est le do-’
maine par excellence. Les exigences de l’elevage conduisent les pasteurs a incendier cette
végétation herbacée inutilisable afin de provoquer la repousse de nouvelles herbes. La fin de
la saison seche, en particulier les mois d?octobre et novembre, est marquée par l’abondance
des feux de brousse qui detruisent graminees, arbres et arbustes. Le petit nombre d>especes
vbgétales qui peuplent cette zone est sans aucun doute a mettre en relation avec le passage ré-
gulier des feux de brousse.
La prairie constitue un troisieme type de paysage. Elle occupe les abords du lac Ihotry,
un large sillon nord-sud au centre de la plaine de Befandriana et la plaine d*Ankililoaka.. gous
ce terme nous avons regroupe :
. les sirasira des berges de l’Ihotry, formation de plantes halophiles adaptees aux sols
et aux eaux salbes (salicornes chenopodiacees, etc. . ) ;
les marecages, abondants dans la region d’Ankililoaka et pres d’Antanimiheva, et
caractérisés par la présence de l?hx?gmites communis (bararata), CL Sorghum alepensa (bakaka)
et de Cypéracees diverses ;
. et enfïn les prairies de graminees (dang, ahidambo et kidresy).
Ces formations végetales correspondent à des sols variés : sols sales, sols hydromor-
phes, vertisols, sols jaunes de type Bemoka (typologie de SEGALEN et MOUREAUX). L’unité
de ce milieu est due a sa position topographique (en general la prairie occupe les zones les plus
basses et par conséquent les plus humides), a l’absence presque totale d’arbres, à des sols
présentant en genQra1 un horizon humifbre important et une forte proportion d’argile et de cal-
caire (certains sols sont d’ailleurs d’origine lacustre).
Ces zones de prairies sont d’ailleurs largement occupees par des cultures et plus par-
ticulierement par les rizieres (Ankililoaka, Antanimiheva, environs de Basibasy).

les unités naturelles


La carte du milieu naturel, vue dans son ensemble, nous permet de distinguer quatre
unités naturelles plus ou moins homogenes.
- La plaine de Befandriana est la plus vaste unité considéree. Elle est caractéris6e
par la prbdominance des vastes espaces de savane arboree ou arbustive sur sable roux (74 $6de
la surface totale). Cependant, depuis Lhotry jusqu’au sud d’Andranomena, elle offre une large
bande de sols argilo-calcaires couverts de prairies ou de marais (environ 39000 ha y compris
les sols salés de l’Ihotry, soit. 22% de la surface totale). Les terrains alluvionnaires n’occu-
pent que de faibles surfaces (6 750 ha, soit 4% de la surface totale).
- Le plateau de Beravy correspond au bassin versant de la petite riviere d’Androka.
,Sa limite nord suit la ligne de partage des eaux entre [Link] de la Manombo et de 1Thotry.
‘11 s’étend vers le sud jusqu’a la plaine marecageuse, d’Ankililoaka. Nous y retrouvons des con-
ditions très comparables a celle de la plaine de Befandriana. De part et d’autre de la vall8e
de l’tlndroka, le paysage des savanes sur sables roux est gQn&alisei. L’Androka, veritable
gouttiere qui collecte les eaux du plateau, a depose ses alluvions sur environ 3309 ha (14% de
la surface) en majeure partie occup& par de vastes parcelles de cultures complantdes de
manguiers. .
- La plaine d’Ankililoaka est une veritable cuvette mardcageuse parcourue par la
Ranozaza et une multitude de canaux d’irrigation ou de drainage. Ce milieu hydromorphe’
(5 400 ha environ) largement occupé par la riziculture, contraste fortement avec,Ies paysages
rencontres par ailleurs. Sur ses marges, nous trouvons toujours le mQme paysage des sava-

104
nes sur sables roux.
- Enfin, l’unit8 la plus .méridionale : la basse Manombo. Ce secteur est caracterisé
par l’abondance des sols d’apports (42,5 % de la surface). L’occupation humaine intense a trans-
formé profondément le paysage vegetal originel dont il ne reste que quelques temoins. Avant
d’atteindre la mer, la Manombo traverse les zones sableuses couvertes de bush ; la zone allu-
vionnaire ne devient alors qu’une Etroite bande qui ne reprend une certaine extension qu’au ni-
veau du village de Manombo, juste avant l’embouchure.
Le “couloir” Manombo-Befandriana sud présente donc une grande variété de paysages
et de conditions naturelles qui, comme nous le verrons plus loin, retentissent sur les modalités
de la mise en valeur. En nous réferant aux conclusions des travaux de SEGALEN et MOUREAUX
sur la plaine de Befandriana, nous pouvons donner une echelle de valeur aux divers milieux dé-
finis plus haut :
. Les meilleures possibilites sont offertes par les zones alluvionnaires. Les sols sa-
blo-limoneux, riches en éléments fertilisants des alluvions de la Befandriana et,
semble-t-il, de la Manombo et de 1’Androka ont une vocation agricole incontestable
d’autant plus qu’ils sont souvent irrigables. Ils peuvent porter et portent d’ailleurs
riz et pois du Cap, c’est-a-dire les cultures riches locales. Ces sols couvrent dans
l’ensemble 10% de la surface totale.
. Certains sols argilo-calcaires (sols jaunes de Bemoka en particulier) ont une valeur
moyenne ; d’autres sont consideres comme franchement mediocres (sols sales de
1’Ihotry) et leur vocation semble être forestiere. Dans la mesure où l’irrigation
est possible, comme, par exemple pres d’Antanimiheva ou a Ankililoaka, ces sols
sont consacres à la riziculture. C!ertains pourraient l’etre également à la culture
du coton (11).
. Les sables roux (73 % de la surface totale) plus ou moins enrichis en calcaire sont
dans leur ensemble considéres comme mediocres. SEGALEN et MOUREATJX les
qualifient de sols à vocation forestiere. Cependant ils ne sont pas totalement incul-
tes. Au vu de ce que les paysans masikoro en obtiennent avec leurs methodes tra-
ditionnelles, on peut envisager leur mise en valeur par un “dry farming” bien conduit
permettant au sol de profiter au mieux des précipitations (12).
En conclusion, nous pourrions considbrer les implications pratiques des contingences
du milieu.
Certains facteurs apparaissent comme nettement positifs. Nous pensons en particu-
lier à la topographie très peu contrastee qui facilite la circulation pendant une grande partie
de l’année au moins, c’est-à-dire tant que les pluies diluviennes n’ont pas transforme la re-
gion en un vaste bourbier. Par ailleurs les conditions pedologiques, eu égard à ce qu’elles
sont dans l’ensemble du sud-ouest malgache, ne semblent pas mauvaises. Enfin, les ressour-
ces en eau souterraines et en particulier l’artésianisme decouvert recemment dans la plaine
de Befandriana permettent d’envisager certains amenagements hydro-agricoles.
Par contre, les donnees climatiques “hypothèquent” largement ces quelques aspects
favorables. La concentration des pluies en un temps restreint, leur irregularite et surtout
les secheresses prolongees soumettent la mise en valeur de cette zone à d’énormes aleas. Ces
contrastes accentués entre des pér’iodes de surabondance des eaux et des périodes de secheres-
se absolue donnent au probleme de l’eau une importance primordiale. Toute la vie agricole et
pastorale de cette rbgion est conditionnee par le climat.

(11) CAYLA, V. .- Le coton %Madagascar. BuII. écon. Madagascar, 1926, pp. 131-152.
Cet auteur attribue une vocation cotonniere aux regions du lac Ihotry et à la cuvette de Bekongo.
(12) SEGALEN, P., MOUREAUX, Cl. - Op. cit. en (7).

105
Tableau 1
T
Basse Plain‘e Plateau Plaine
Man01 30
- I’Ankilj ilckaka
- L de Bel !Y- de Ber
surface àurface surface surface
en ha %
en ha % ssùrface
aen ha % en ha en ha
- - -
Sols d’apport
(forêt ripicole ou culture) 13 800 4% 0 18400 14 6750 4 28850 10,40
Sols argileux ‘dominés par
le calcaire 600 2 5400 51, 5 0 38900 22 44900 16,20
(prairie ou marais)
Sols sableux plus oumoins
enrichis en calcaire 18000 55, 5100 48, 5 51700 86 128600 74 203;.iOO 73,40
(savane arborée ou
arbustive)
- - -
Total 32400 10500 60000 174250 277150
-

C - LES HOMMES

1 - Quehpzes éléments historiques

Notre pbrimetre d’étude englobe la partie centrale de l’ancien royaume de l’Antifihe-


renana qui s’étendait de 1’Onilahy au sud jusqu’au Mangoky au nord, de la cote ouest jusqu’aux
massifs du Mikoboka et de l’hnalavelona, marquant les limites avec le pays Bara.
La constitution de ce royaume indépendant se serait faite au début du XVlP s à l’epoque
où se formait au nord le royaume du Menabe. A l’origine de cette unit6 politique se trouve un
clan, les Andrevola, originaire du pays Antanosy et d’ailleurs parent des Zafindravola régnant
sur le pays Mahafaly au sud et des Maroserana, fondateurs du Menabe. Comme leurs voisins
du nord et du sud, ces immigrés imposerent leur autorite à une population en place très clair-
semee et dispersee en de nombreux clans. Comme en témoignent les traditions orales recueil-
lies par GRANDIDIER (i3) et FAGERENG (14), ainsi que par nous-mêmes, le pouvoir de ces dy-
nasties étrangères trouvait son fondement essentiel dans le phénomene religieux. Sur le plan
Economique le pouvoir royal reposait sur la possession d’un important troupeau de boeufs et
sur le contrale du commerce avec les navires européens qui, depuis 1527 au moins, frequen-
taient cette partie des cotes malgaches.
On constate donc une tres nette similitude quant aux origines et à l’organisation poli-
tique entre les royaumes Masikoro et Sakalava. Mais si les fondements de ces unités politiques
étaient très comparables, leur évolution a été au contraire très dissemblable. Jamais en effet
le royaume Masikoro n’a atteint la puissance et l’extension géographique de son voisin du nord.

(13) GRANDIDIER, G. - Histoire du Fiherenana. 28 p. dactyl. et nombreuses notes.


Texte redigé par GRANDIDIER et completé par R. DECARY en vue de paratire dans le Tome III de
1’Histoire politique et coloniqle de Madagascar.
Document original de la bibliothêque de R. DECARY.
(14) FAGERENG, E. - Dynastie Andrevola. Bull. Acad. malgache, 194’7-1948, 28, pp.136-159.

lC6
Au contraire, on a assiste très rapidement à ce qu’il est convenu d’appeler une “balkanisation”
de ce royaume. Pour autant que l’on puisse mettre en concordance les diverses traditions ora-
les, le royaume Andrevola a rapidement éclate en deux, trois, et même quatre, provinces plus
ou moins independantes et souvent en lutte.
Cette segmentation et ces luttes semblent liées à la recherche du contrôle des points
de la côte où pouvaient s’effectuer regulièrement les transactions avec les commerçants euro-
péens. La carte politique du pays, à la fin du XIX” s.(d’ailleurs très difficile à établir avec
precision) pourrait confirmer cette hypothèse. En 1888 le pays était divisé en trois provinces
indépendantes. Celle du nord correspondait à la partie méridionale du delta du Mangoky et dis-
posait de Morombe comme point de contact avec le commerce européen. Au centre, comprenant
la plaine de Befandriana, le plateau de Beravy et la forêt Mikea, s’etendait la province la plus
vaste, probablement la plus riche en boeufs mais également la seule depourvue de centre de
traite. On peut supposer que le contrôle de Manombo, seul point de la côte fréquenté réguliè-
rement par les européens, était l’objet des luttes incessantes avec la province meridionale.
Celle-ci était d’ailleurs la mieux pourvue car ses mpanjaka prélevaient des impôts sur les
transactions effectuées à St-Augustin, Tuléar et Manombo. On notera enfin que, à l’intérieur
de chacune de ces “provinces’: existaient toute une série de “fiefs” soumis à des roitelets ou
chefs de clans locaux.
Cette parcellisation du pouvoir politique et économique n’a cependant pas empêché le
pays Masikoro de rester pour l’essentiel en dehors de l’obédience de la royauté Merina qui tenta
à plusieurs reprises de le soumettre (expéditions de 1835, 1888, 1890). La dernière expedition
de 1890 permit cependant d’établir des postes militaires merina à Tuléar et Manombo, mais la
majeure partie du pays resta insoumise jusqu’à l’arrivée des troupes françaises en 1897. La
résistance fut encore assez vive en particulier de la part de Tompoemana, mpanjaka de Tuléar.
En 1899 la soumission des mpanjaka était acquise par le pouvoir colonial et plusieurs d’entre
eux se virent attribuer des rôles administratifs.
AU moment où G. GRANDIDIER parcourait 1’Antifiheranana on pouvait estimer la popu-
lation à 38 000 habitants environ, dont 25 000 Masikoro (paysans de l’intérieur des terres) et
12 800 Vezo (pêcheurs du littoral). La vie Aconomique du pays reposait alors sur la production
adu mais, ,manioc et surtout sur l’élevage. En Echange de boeufs, pois du Cap, mais, tortues,
etc.. les Masikoro obtenaient des traitants européens des produits manufacturés, et, en par-
ticulier, des armes, instruments de la puissance des mpanjaka (15).
La période coloniale, outre les bouleversements politiques, eut d’importantes consé-
quences Qconomiques par l’installation~de concessionnaires et de comme,rçants européens. A
l’intérieur de notre zone d’étude la région la plus intéressante pour ces derniers était evidem-
ment les alluvions de la basse Manombo. En 1910, deux concessions de 600 ha [Link]-
saient déjà les sols alluvionnaires de la rive droite de la Manombo, irriguées par les eaux de
la Ranozaza. Plus tard, vers 1920, d’autres colons s’installerent près d’Ankililoaka. (conces-
sion JAUSSAUD) et à Ankilimalinika (concession RACCAUD). Un seul colon s’est installe dans
la plaine de Befandriana (concession LAMBERT) à Bekongo. Ces grandes exploitations prati-
quaient surtout les cultures du riz et du pois du Cap et l’un d’entre eux, en 1923, cultivait déjà
le coton (16). D’autres faisaient de l’élevage de porcs et d’autruches. Ces produits étaient
évacués par le port de Manombo qui, d’après H. POISSON, exportait en 1922 1500 T de produits
divers dont pois du Cap, peaux, planches, etc..
Ces activités économiques nouvelles des concessions européennes amenèrent la créa-
tion (ou au moins l’accentuerent) d’un courant d’immigration. Dans la mesure où les techniques
de riziculture n’étaient pas connues des Masikoro, les concessionnaires firent appel à la main-

(15) ADER, R.L. - Esquisse d’une histoire de Tuléar. Bull. Mada&car, janv. 1969, no272, pp. 6’7-80.
(16) POISSON, H. - Rapport de tournée a l’ele Europa, Morombe et retour par terre via Manombo. Bull.
Econ. Madagascar, 2ème trim. 1923.
_’ .”

107
d’œuvre Betsileo pour les travaux d’aménagement de leurs perimètres rizicoles. Ces bmigres
devinrent leurs métayers et se fixerent dans la région. Par ailleurs, ils firent venir de nom-
breux Antandroy, main-d’muvre alors rêputée pour sa souplesse et son acharnement au travail.
Une grande partie des non Masikoro actuellement recensés dans cette region sont les descen-
dants de ces premiers immigrés. D’autres, surtout Antandroy, viennent encore chercher de
l’embauche dans les trois concessions europeennes qui se sont maintenues.
Parallelement a l’installation des concessions dans la region de Manombo, la période
coloniale a favorisé la penétration commerciale des compagnies françaises remplacees bient6t
par les commerçants pakistanais. Ces derniers, peu nombreux mais partout disperses dans
cette region, ont su profiter du développement des cultures d’exportation et acquérir le contrôle
presque total de la vie Economique régionale.

2 - Importance, structure et évolution de la population

D’apres les monographies cantonales les plu5 recentes (1.1.1968), les quatre cantons
intéressés par cette étude comptent 71000 habitants ainsi repartis :
Poste administratif de Manombo _
Canton de Manombo 33 957 h
Canton d’Ankililoaka 14391 h
Poste administratif de Befandriana
Canton de Befandriana 1’7302 h
Canton de Basibasy 5285 h
70935 h
Dans la mesure où notre périmétre d’etude exclut une partie du canton de Manombo
et plusieurs quartiers dépendant de Basibasy et de Befandriana, on peut estimer que la popu-
lation du couloir Manombo-Befandriana s’eleve a environ 55 000 habitants dont 42 138 pour le
poste administratif de Manombo et 13 167 pour celui de Befandriana sud.
Ces chiffres sont des estimations issues de la combinaison des statistiques officielles
corrigees par les resultats de nos enquetes partielles. C’est ainsi que sur 14 villages officiel5
ayant fait l’objet d’un recensement exhaustif, nous avons obtenu un total de population qui attei-
gnait à peine ‘70% du total des statistiques officielles et ce avec d’énormes variations selon les
villages comme le montre le tableau 2.
Par ailleurs, dans d’autres villages où nous n’avons pas pu réaliser de recensement,
nous avons pu nous apercevoir, en nous basant sur le nombre de familles, que les statistiques
cantonales surestimaient très nettement la population. C’est le cas de gros villages comme
Antanimiheva ou Bekimpay qui, officiellement, comptent plus de 2 500 habitants et qui, d’après
nos observations, ne rassemblent pas plus de 1500 personnes.
Pour corriger les chiffres officiels, nous nous sommes limités 2 tenir compte de nos
enquêtes ou de nos observations. Nos propres rêsultats n’étant pas indemnes d’erreurs, nous
avons estime ne pas pouvoir les géneraliser a l’ensemble de la région. Seule une etude demo-
graphique precise du voIume, de la structure et de l’évolution de la population pourrait aboutir
à des conclusions valables.

structure par âge


Cette imprecision des statistiques au niveau de l’appréciation de la population totale
se retrouve, a fortiori, au niveau de l’analyse de la structure de la population. Si nous consi-
derons la repartition par grandes classes d’âges, les statistiques officielles nous donnent une
proportion de jeunes de moins de vingt ans variant entre 57 ‘%Jet 66 % de la population totale.
D’après notre enquête (cf. tableau 3), nous pouvons estimer que cette même catégorie repré-

108
Tableau 2

Statistiques officielles Recensement ORSTOM%

Bekongo sud 171 habitants 123 habitants


Tsiloakarivo 225 160
Bekongo sud 65 80
Behibaka 95 80
Beparasy 250 262
Amborondolo 190 140
Adabomalinika 223 202
Tsianaloka 110 124
Andranomena 235 270
Mangotroka 122 87
Antevamena 225 125
Tsihosy 250 196
Androtsy 772 239
Antseva 351 161

Total 3 284 habitants 2 248 habitants


(soit 68 % du total officiel)

Tableau 3
REPARTITION PAR CLASSES D’AGES ET PAR SEXES
DE LA POPULATION DES SEIZE VILLAGES ETUDIÉS
--
Adultes Enfants Vieillards Enfants
Villages Jopulatior Homme Femme
actifs actifs actifs inactifs
- -

Bekongo sud 123 57 - 46% 12 - 10% 7-6% 47 - 38% 62 61


Tsiloakarivo 160 74 - 46% 25 - 16% ll-6% 50 - 32% 73 87
Bekongo nord 80 41 - 51% 11 - 14% 7-9% 21 - 26% 40 40
Behibaka 80 32 -40% 10 - 12% 2-3% 36 - 45% 50 20
Beparasy 262 117 - 45% 37 - 14% 19-7% 89 - 34% 132 130
Amborondolo 140 65 - 46% 12- 9% a-6% 55 - 39% 73 67
Adabomalinika 202 92 - 46% 5- 2% la-8% 87 - 44% 98 104
Tsianaloka 124 45 - 36% 26 - 21% 11 c 9% 42 - 34% 65 59
Andranomena sud 270 132 - 49% 34 - 13% 17-6% 87 - 32% 133 137
Mangotroka 87 50 - 57% 6- 7% 13 - 15% 18 - 21% 44 43
Antevamena 125 53 - 42% 29 - 23% ll-9% 32 - 26% 63 62
Tsihosy 196 75 - 38% 17 - 8,5% 17 - 8,5% 87 - 45% 97 99
Androtsy 239 91 - 38% 30 - 13% la-7% 100 - 42% 114 125
Antseva 161 61 - 38% 30 - 19% lO-6% 60 - 37% 79 82
Tanambao 98 47 - 48% 22 - 23% 9-9% 20 - 20% 45 45
Ankapoaka 196 80 - 41% 23 - 12% 29 -15% 64 - 32% 93 103
En general 2 543 1112 - 44% 329 - 13% 207 - 8% 895 - 35% 1261 1282
- - -
I
1441 - 5’7 % d’actifs 1102 - 43 % passifs sex-ratio 9f-$lOO

109
sente 48 % de la population, chiffre qui nous semble beaucoup plu5 proche de la rbalitb. Toujours
selon notre enquête, l’ensemble des classes d’$,ge se repartit de la façon suivante :
- enfants inactifs (moins de quinze ans) : 35%
- jeunes actifs (entre quinze et vingt ans) : 13%
- adultes actifs (entre vingt et soixante ans) : 44%
- vieillards inactifs (plus de soixante ans) : 8%
soit 43 % d’inactifs et 57% d’actifs.
Eu Egard à la structure globale de la population malgache, on peut considerer que la
population étudiée est relativement âgée :
- 65 % de plus de quinze ans selon notre enquête ;
- 59,8% ” pour la province de TulQar ; (17)
- 54,6% ” pour l’ensemble de l’ile. (17)
Ce fort pourcentage d’adultes est lie, pour une part à la présence d’une importante
minorité d’immigrés, Antandroy en particulier, qui sont en général des jeunes adultes sans
enfants.

le rapport de masculinité
En nous reférant aux statistiques officielles, il varie entre 82 et 9’7% selon les cantons.
Notre sondage nous donne un taux de masculinité de 98, tres proche de ce qu’il est pour l’en-
semble de la province de Tuléar (98,6) selon l’enquête de P. FRANCOIS.
Par ailleurs, il ne semble pas qu’il y ait des différences sensibles entre villages de
migrants et villages Masikoro en ce .qui concerne le taux de masculinité. Ceci est du au fait
que de jeunes femmes antandroy Emigrent également, soit pour suivre leurs maris, soit pour
trouver du travail dans les concessions cotonnieres.

taille des ménages


Les 570 ménages recensés comptent en moyenne 4,3 personnes (4,2 pour la province
de Tuléar, P. FRANCOIS). On constate cependant de grandes différences selon les ethnies.
Les menages Masikoro, Vezo et Mahafaly sont en général numériquement plus importants que
ceux des immigrés antandroy (cf. tableau 6), antaisaka et betsileo.

la répartition ethnique
Notre sondage ayant éte réalisé sur une base raisonnée tenant compte du critere eth-
nique, nous ne pouvons pas utiliser nos propres résultats pour estimer l’importance relative
des ethnies. Les statistiques cantonales sont donc nos seules sources :

Tableau 4

Ethnies Masikoro Antandroy Antaisaka Betsileo autres


Cantons
Manombo 85,3% 6,6% a, i %.
Ankililoaka 85 % 3% 2,2% 2% 7’8%
Befandriana 67,5% 19,1% 84% 2% 3%
Basibasy 85,295 3,3% 5,2% 2,2% 4,1%

(17) FRANCOIS, P. - Budgets et alimentation des ménages ruraux en 1962. 1. Données sur la population.
CINAM-INSREE, Paris 1968.

110
l’évolution de la population
Ici encore nous ne pouvons que nous référer aux renseignements administratifs :
Tableau 5
Evolution de la population des cantons entre 1954 et 1967
cantons 1954 1964 1967

Manombo 11066 27365 33 957


Ankililoalta 5859 8395 14 591
Befandriana 11569 16 933 17302
Basibasy 3 934 5143 5 285
,

Dans les deux cantons de Befandriana et Basibasy, nous constatons un accroissement


rapide de la population dtl, semble-t-il, à l’accroissement naturel auquel s’ajoute un apport
d’immigrants. Pour les deux autres cantons, Manombo et Ankililoaka, l’augmentation de la
population nous parait tres exagerée (300% en quatorze ans). Ceci serait le resultat d’une
surestimation de la population en 1964 et 1967.
Il n’en reste pas moins incontestable que la population de cette r&gion s’accroit % un
rythme au moins aussi rapide que celui qui est generalement admis pour l’ensemble de l’fle
(2,5 % par an).

3 - Répartition et densité de la population

La carte de l’implantation de la population (Figure n” 8) fait apparaïtre trois zones de


peuplement :
- la basse Manombo, prolongbe au nord par la plaine d’Ankililoaka, zone carac-
térisee par une grande densité d’implantations villageoises ;
- un alignement de villages dans la partie occidentale du plateau de Beravy, le
long de la vallee de 1’Androka et la route nationale 9 ;
- la plaine de Befandriana, dont les marges sont presque desertes alors que la
partie centrale (a l’intérieur du triangle Befandriana-Basibasy-Analatelo sud) est as- p
sez fortement occupée.
Cette zonation se retrouve Bvidemment sur la carte de la densité de la population (Fi-
gure 9) :
. Basse Manombo : plus de 100 habitants au km2,
. Plaine d’Ankililoaka : entre 50 et 100 h/‘km2,
. Plateau de Beravy : moins de 10 h/km2,
. Plaine de Befandriana : moins de 10 h/km2,
.. Vallee de l’tindroka : environ 35 h/km2,
. Triangle Befandriana-Basibasy-Analatelo : environ 22 hjkm2.
Ces densites, etant donnee l’imprecision des statistiques à notre disposition, sont
nettement plus élevées que celles géneralement admises pour les cantons interesses parce que
nous avons éliminé les surfaces de forêts ou de montagnes à peu pres desertes. Il s’agit donc
de densites calculees par rapport à la surface effectivement utilisée.
La confrontation de ces deux cartes, Implantation et Densité de la population, avec
celles du Milieu naturel et des Amenagements hydro-agricoles et des points d’eau permet de

111
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moins de 10 h/km2

de 10 à 50 h/km2

de 50 à 100 h/km2

plus de 100 hjkm2

0 5I 10 15 Km
I I

Figure no 8 - Implantation de la population. Figure no 9 - Densit6 de la population.


constater que les zones les moins peuplees
correspondent d’une part aux terrains sableux,
d’autre part aux secteurs les moins avantages
.quant aux ressources en eau. La présence de
sols d’apport ou argilo -calcaires ainsi que cel-
le de l’eau ont donc Bte des facteurs determi-
nants dans la localisation de l’habitat. Ceci est
particulierement Qvident pour la plaine de Be-
fandriana, la carte nous montrant un regroupe-
ment des villages au centre de la plaine sur les
meilleurs terrains de culture et à proximité des
zones humides. Nous pouvons faire la même
,constatation pour le plateau de Beravy oii les
villages s’alignent en direction nord-sud le long
des terres alluvionnaires de,l’Androka. Les
mêmes phenomènes se trouvent dans la plaine
d’Ankililoaka et la vallée de la Basse Manombo
mais, ici, les fortes densites sont dues Bgale-
ment a l’intervention de deux autres facteurs :
- la concentration a Manombo et dans ses
environs immédiats d’une forte communauté
veto qui vit, en grande partie, de la mer. Les
gros villages de Manombo 1 et II, Tsiako et
Fitsitike-sur-mer, sont essentiellement peu-
plés de vezo.
- la présence de quelques concessions euro-
peennes ou malgaches qui a attiré et fixe (tem-
porairement du moins), un nombre important
de migrants antandroy ou betsileo.
L’examen de la carte de l’implantation de
la population nous conduit a faire quelques re-
marques sur l’importance relative des villages.
Nous pouvons considérer cinq classes de villa-
ges officiels (18) selon le volume de leur popu-
lation (Tableau 7).
Ce tableau nous permet de percevoir le phé-
noméne de concentration de la population dans de
gros villages ayant plus de 500 habitants (67% de
la population). Or, d’apres la carte, cette con-
centration de la population est particulierement
forte dans les rbgions meridionales - basse Ma-
nombo et plaine d’Ankililoaka. Au contraire,
dans la plaine de Befandriana, la carte fait appa-
raitre une dispersion de la population en unites
plus reduites (26 villages ont moins de 200 habi-
tant, regroupant 28 % de la population). Ce phe-
nomene pourrait s’expliquer par l’existence,
dans cette plaine, d’espaces cultivables rela-
tivement importants par rapport au volume
j (18) Sur cette carte, chaque cercle corresoond à un
village officiel [Link] population n’est pas &Cessai-
rement agglomérée en un seul lieu. Cependant,
les hameaux sont généralement proches l’un de
l’autre et très lïés socialement ou économiquement
(a l’exception des hameaux antandroy, au contraire
Figure no 10 - Répartition des ethnies. très indépendants).

113
de la population et beaucoup plus disperses que dans la zone sud (cf. comparaison des cartes
d’Occupation du sol en 1954 de la plaine de Befandriana et de la region de Manombo-Ankililoaka).
La composition ethnique de la population des villages (voir Figure 10) appelle egalement
quelques remarques. Sur la carte nous relevons :
- 28 villages peuples exclusivement de Masiloro,
- 61 a prbdominance Masikoro,
- 2 exclusivement Antandroy,
- 7 a prédominance Antandroy,
- 3 a predominance Vezo,
- 2 a predominance Antaisaka.,
- 8 P peuplement ethniquement heterogene.
Les villages vezo, comme nous l’avons plus haut, constituent un important noyau de
population établi en bordure de mer, L proximite de Manombo. Nulle part ailleurs les Vezo
ne forment une communaute importante.
Les Antaisaka et les Betsileo se sont fixes sur les zones rizicoles. Rares sont les
villages qui comptent un nombre important de representants de ces ethnies. Leur nombre
semble avoir diminue apres les Avènements de 1947 (19).
La majeure partie des etrangers est Constitu&e par des Antandroy. Ces derniers sont
nombreux entre Ankilimalinika et Ankililcaka oii leur présence est liée aux concessions. on
les retrouve également dans la plaine de Befandriana et principalement sur les marges du trian-
gle Befandriana-Basibasy -Analatelo. Ils semblent avoir Bte attires dans cette région par les
vastes p$turages qu’offrait cette plaine. Ces immigrants ne sont donc plus salaries ou metayers
mais eleveurs.
Les villages peuplés en majorite d’étrangers sont dans l’ensemble peu nombreux. Par
contre, ceux qui comptent quelques immigrés au milieu d’une majorite de Masikoro represen-
tent le cas le plus frequent. Cependant on constate que tres souvent les Antandroy et Masikoro
d’un même village officiel vivent dans des hameaux plus ou moins éloignes. Cette separation
geographique de l’habitat sur une base ethnique traduit la juxtaposition de deux genres de vie
differents. Qu’ils soient éleveurs ou metayers, les Antandroy vivent indépendamment des Masi-
koro, n’entretenant avec les matires de la terre “Tompontany” que le minimum de rapports
necessaires au bon voisinage.

D - L’IhlFRASTRUCTURE
1 -Les unités administratives

Notre région appartient % deux postes administratifs, celui de Manombo dépendant de


la sous-préfecture de Tuléar et celui de Befandriana de celle de Morombe. Chacun de ces postes
administratifs se divise en deux cantons : Manombo et Ankililoaka d’une part, Befandriana et
Basibasy d’autre part. Les limites de ces unités administratives correspondent en partie aux
limites naturelles. Ainsi les deux sous-préfectures de Tuléar et Morombe sont séparees par
la ligne de partage des eaux entre le Bassin de la Manombo et celui du lac Ihotry ; le canton de
Manombo correspond L la basse vallée de la Manombo mais englobe cependant une partie de la
plaine d’Ankililoaka ; le canton d’lhnkililoaka comprend l’autre partie. de la plaine et le plateau
de Beravy ; .celui de Basibasy comprend la vallée de 1’Iovy et les abords du lac Ihotry et, enfin,
celui de Befandriana toute la partie nord-est de la nlaine (cf. Figure 11).

(19) Depart dQ aux conflits nombreux avec les .Mas/lroro, conflits ayant pour origine des problemes fon-
ciers (Cf. Chapitre 2).

114
Tableau 6
TAILLE DES FAMILLES ET COMPOSITION ETBNIQUE
DES SEIZE VILLAGES ETUDIES

1Masikorc ntandrq Vezo Antaisak; Betsileo autres


Villages Habitant %mille: Taille
les fam .. Nb. F. Nb. F. Nb. F. Nb. F. Nb. F. Nb. F.

Bekongo sud 123 30 491 1110 27 61 72 0 0 0


Tsiloakarivo 160 41 379 1160 41 0 0 0 0 0
Bekongo nord 80 22 376 61 16 71 52 0 1 1 6 2
Behibaka 80 18 494 80 18 0 0 0 0 0
Beparasy 262 61 4,2 95 23 52 10 0 0 115 28 0
Amborondolo 140 31 495 86 17 23 4 0 25 9 0 6 1
Adabomalinika 202 44 495 1155 33 31 0 28 7 0 16 3
Tsianaloka 124 25 499 69 12 0 0 43 11 3 1 9 1
Andranomena sic 270 62' 491 0 265 61 0 5 1 .O 0
Mangotroka ’ 87 27 3,2 0. 87 27 0 0 0 0
Antevamena 125 27 426 121 -26 0.41 0 0 0
Tsiohosy 196 39 : 5 163 34 0 33 5 ci 0 0
Androtsy 239 47 5 176 32 53 13 0 7 1 0 3 1
Antseva 161 40 571 150 29 0 0 8 1 0 3 1
Tanambao 98 25 329 57 13 41 12 0 0 0 3 1
Ankapoaka 196 40 499 83 16 113 24 0 0 0 0

total 2543 570 473 1 566 337 650 154 49 10 16 30 119 30 43 9


476 4,2 .,4,9 398 329 497
-

Tableau 7

Catdgories Nombre % par rapport à la population


totale

Villages ayant moins de 100 habitants 13 2


Villages ayant entre 100 et 200 hab. 26 8,
Viilages ayant entre 200 et 500 h. 40 23 I

Villages ayant entre 500 et 1000 h. 14 21


Villages ayant plus de 1000 habitants 17 46

Total 46 100

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Figure II” 11 - Infrastructure. Figure no12 - Amenagements hydro-agricoles.

116
Notons par ailleurs que les chefs-lieux de canton de Manombo et d’Ankililoaka sont
très excentriques par rapport aux perimetres qu’ils administrent. Manombo en particulier ne
se trouve pas sur le principal axe de communication (RN. 9) et a perdu, au profit d’Ankilima-
linika, son r6le de centre économique du canton.

2 -Les routes et la circulation

Comme le montre la carte de l’Infrastructure, la circulation s’organise à partir de


l’axe méridien formé par la route nationale no 9 qui relie Tulear a la vallée du Mangoky. C’est
une piste en terre difficilement accessible pendant la saison des pluies. A partir de cet axe
principal, rayonnent quelques pistes qui atteignent les gros villages (Manombo, Betsioky, Basi-
basy) et une multitude de pistes charretieres qui relient tous les villages les uns aux autres.
En saison sèche, la penetration est facile et l’evacuation des produits ne pose aucun
problème car tous les villages ou presque sont accessibles aux vehicules automobiles. Il n’en
est pas de même en saison des pluies lorsque les pistes sont coupêes par les rivieres en crue
ou réduites à l’état de bourbier. De nombreux villages, en particulier dans le canton de Basi-
basy, sont alors isolés. Les destructions de la saison des pluies nécessitent une continuelle
remise en état des pistes. La circulation automobile, pratiquee essentiellement en saison
seche, n’utilise guere les pistes secondaires. La majeure partie des véhicules qui fréquentent
la RN. 9 sont, soit des véhicules administratifs, soit des taxi-brousse qui effectuent le trajet
Tuléar-Morombe et même Morondava, soit des camions de commerçants pakistanais ou du
Syndicat des Communes qui evacuent vers Tuléar les produits de la région.
Cette route, et surtout les pistes secondaires, sont utilisées par de nombreuses char-
rettes à boeufs qui temoignent de la grande mobilité de la population. Outre les déplacements
,fréquents de village à village ou vers les terrains de culture, les $aysans emploient ces atte-
lages pour emmener famille et marchandises aux divers marches hebdomadaires.
Hormis ces mouvements intérieurs, pratiqués essentiellement en charrette, la circu-
lation, et par conséquent les échanges, sont déterminés par Tuléar. Comme nous le verrons
plus loin, les liaisons avec Morombe existent mais n’intéressent que la plaine de Befandriana
et ne portent d’ailleurs que sur une faible part des échanges.

3 - L’équipement social et I’encadrement agricole

La carte de l’infrastructure montre également la faiblesse de l’équipement social et


sa concentration sur un nombre limité de villages (chef-lieu de canton ou gros villages).
On compte seulement six postes médi&x (Befandriana, Antanimiheva, Betsioky,
Basibasy, Ankililoaka, Ankaraobato et Manombo) et aucun médecin pour plus de 55000 habitants.
Les écoles sont cependant plus nombreuses et plus dispersees (21 écoles officielles et 2 privées)
mais elles ne touchent qu’une faible partie de la jeune generation des moins de quinze ans. Ain-
si, dans la plaine de Befandriana, environ 700 enfants étaient scolarisés en 1967, soit environ
15 % du nombre des scolarisables.
Ce sous-équipement social flagrant est un frein incontestable au développement écono-
mique de la region. Il s’accompagne d’ailleurs d’une grande faiblesse de l’encadrement agricole.
Certes, quelques moniteurs essaient de promouvoir la riziculture améliorée à Ankililoaka,
d’autres, dans la plaine de Befandriana, instituee en zone d’expansion rurale, vulgarisent les
techniques de la culture attelée et introduisent la culture du coton. Mais, dans l’ensemble, ce
maigre encadrement agricole, souvent depourvu de moyens, n’a guere d’influente sur l’econo-
mie régionale.

117
4 - L’infrastructure commerciale
Face à l’équipement social deficient, l’infrastructure commerciale parati au contraire
tres abondante, sinon plethorique.
On compte en effet :
- 15 centres de collecte du Syndicat des Communes,
- 22 commersants collecteurs,
- 35 boutiques de marchandises genérales (bazars),
- 15 débits de boissons,
- 7 “hotely” (20),
- 5 marchés hebdomadaires de bovidés.
Cette abondance de lieux de transaction temoigne de l’importance de la circulation
mon&iire mais elle ne doit pas faire illusion sur le niveau de l’activité économique. Outre
les “hotely! et débits de boisson concentres aux villages-Etapes des taxi-brousse ou aupres
des marches hebdomadaires (Ankililoaka, Betsioky, Ankilimalinika) et qui ne sont que de toutes
petites entreprises, [Link] partie des 35 boutiques de marchandises genérales ont une ac-
tivité Aconomique minime, sinon négligeable (cf. Chapitre 3 - La commercialisation).
En réalité, la majeure partie des activités commerciales s’effectuent dans un petit
nombre de villages qui sont démographiquement les plus importants, les mieux situes par rap-
port à la route et, ce n’est pas un hasard, les mieux pourvus quant à l’infrastructure sociale
et administrative (Befandriana, Antanimiheva., Betsioky, Ankililoaka, Ankilimalinika et Ma-
nombo). Ces six centres doivent etre considérés comme les villages-clés de la region. C’est
de là que viennent certaines décisions administratives, c’est à partir d’eux que s’organise la
collecte des produits et ce sont eux qui disposent des rares services sociaux.

5 - Lfinfrastructure hydraulique
L’alimentation en eau des villages se fait en général à partir de puits creusés et équi-
pés par. les services publics ou par 1’A. I.D. americaine. La r&&rtition sur la carte de ces
puits est assez remarquable (Figure 12). En effet, seuls, P de rares exceptions pres, les vil-
lages en bordure de la RN. 9 en sont munis. Les villages plus ou moins isoles ne disposent
donc que de puits traditionnels souvent rudimentaires, les vovo. L’alimentation [Link], pour
les villages du plateau. de Beravy en particulier, pose de graves problemes dans la mesure où
ces puits tarissent en saison seche, phénomene qui oblige les paysans à aller chercher de l’eau
à plusieurs kilometres des villages, dans le massif du Mikoboka. Par ailleurs, les eaux de
ces nappes phréatiques peu profondes sont saumâtres. En outre, une bonne’ part des ressour-
ces en eau est fournie par les rivieres, les canaux et les “ranovory” petites dépressions na-
turelles collectant les eaux de ruissellement’. Or ces eaux sont souvent malsaines et infestées’
de vecteurs de la bilharziose. Le probleme de l’alimentation en eau de la population se pose
donc, aussi bien sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif. Il existe aussi pour les trou-
peaux de bœufs qui souffrent de la longue sécheresse annuelle.
C’est d’ailleurs cette sécheresse prolongée pendant une grande partie de l’annee qui
a justifie la mise en place des divers aménagements hydro-agricoles de la région. Les uns
(périmetres de la Ranozaza et de la Manombo) ‘ont été realisés par les concessionnaires euro-

(20) Petits établissements où le voyageur peut se restaurer succinctement et eventuellement trouver un


abri pour la nuit.
(21) La carte des aménagements hydro-agricoles et des points d’eau a été realisée B partir de renseigne-
ments fournis par les services du Genie rural et, pour les puits, par M. DOMERGLJE,hydrogéologue
au Ministère de l’Industrie et des Mines

118
peens, les autres (perimetres de la source Mandevy et des sources d’Antanimiheva) sont de
petits aménagements effectués par les riziculteurs immigres depuis une soixantaine d’années.
Le périmètre de la Ranozaza dépend des sources d’Amboboka dont les eaux sont cap:
tées par la prise d,Antsakoandahy. Deux canaux, l’un au nord de la Ranozaza et l’autre au sud;
permettent l’irrigation des rizieres. Un troisième canal alimente la concession JAUSSAUD
(culture cotonmere). Ce systeme d’irrigation se prolonge jusqu’aux abords de la Manombo au
sud par l’ancien canal Trepied et le canal Vezo. Le périmetre de la Manombo beaucoup moins
complexe et plus homogene est organisé à partir du seul canal d’Andoharano qui, depuis le
barrage du même nom situé au debouché du fleuve dans la plaine, conduit les eaux de la Ma-
nombo jusqu’à Ankilimalinika.
Ces deux périmetres ont Bté amenagés depuis quarante ou cinquante ans sans plan d’en-
semble. Creés par les concessionnaires eux-mêmes, ces canaux ont ensuite Até entretenus et
repris par les services publics. De plus, de tres nombreuses prises alimentent un réseau
anarchique de canaux secondaires qui irriguent les rizières ou les parcelles de pois du Cap
des paysans Masikoro. Or, cette incohérence du systeme d’irrigation aboutit à une tres mau-
vaise répartition des eaux, source inévitable de conflits. Ceci est d’autant plus regrettable
que, dans l’ensemble, les ressources disponibles seraient suffisantes si elles étaient conve-
nablement reparties.
Be canal d’Andoharano par exemple a un débit à la prise de 2 900 l/s pour une surface
à irriguer estimée à 4 410 ha. Les cultures irriguées (pois du Cap, c’oton) étant relativement
peu exigeantes, il serait possible de degager un surplus d’eau. Il en est de même pour le pé-
rimetre de la Ranozaza que l’on prolonge actuellement vers le sud par la construction d’un
canal bétonné (réamenagement de l’ancien canal Trépied et du canal Vezo) qui permettra l’ir-
rigation de la plaine d’llntanimahery, à l’ouest de Manombo.
Les deux perimètres de la plaine de Befandriana ne ressemblent guere à ceux que
nous venons de décrire. Nous ne retrouvons pas ici cette combinaison d’éléments modernes
(prises ou barrages, etc. .) et de techniques traditionnelles. Il s’agit ici de réseaux d’irriga-
tion entièrement construits par les paysans avec leurs faibles moyens. Le premier périmètre
trouve son origine dans la source Mandevy, magnifique source artesienne dont le débit est es-
timé à 350/400 11s (22). Six canaux parallèles qui en sont issus dirigent les eaux jusqu’aux
secteurs rizicoles dépendant de chacun de.s villages. Ce systeme d’irrigation, en multipliant
les canaux, a l’inconvénient -d’accroftre les pertes inhérentes à ces canalisations en terre sur
sol sableux. D’autre part, le débit de cette source semble avoir diminué et, en consequence,
l’irrigation n’est plus possible dans les zones auparavant rizicoles, au nord du village de Soa-
vary. Le perimetre dépendant des sources d’Antanimiheva, beaucoup plus important et moins
disperse, présente cependant les mêmes inconvénients.
Les syst6mes d’irrigation de toute la région méritent d’être reorganisés en vue d’une
utilisation plus rationnelle des ressources en eau. Une conception d’ensemble du réseau de-
vrait être mise au point dans la plaine de Befandriana où les ressources artésiennes récem-
ment découvertes ouvrent de nouvelles possibilités.
En conclusion, la Premiere remarque qui s’impose est le poids déterminant des con-
tingences du milieu naturel. Elles conditionnent la localisation de l’habitat, ,lie & certains types
de sols et à la présence de l’eau ; elles ont à l’origine des difficultés saisonniëres de la circu-
lation et imposent la création d’un equipement hydraulique pour pallier aux aleas climatiques.
Certaines conditions favorables ont cependant permis l’existence de fortes densités humaines
et d’activités économiques assez importantes mais tres handicapées par un sous-équipement
caractérisé.
Il est possible de diviser la region en zones aux caractéristiques variées :

(22) DOMERGUE, Ch.A. - Op. cite en (3).

119
. A l’intérieur de la plaine de Befandriana nous distinguons la partie centrale
qui offre des sols argilo-calcaires, de bonnes ressources en eau utilisées par une
population moyennement dense et dispersée dans des petits villages. Cette zone pri-
vilégiée contraste avec le pourtour de la plaine au paysage de savane sur sable roux;
très peu peuple et d6pourvu de ressources en eau.
. Le plateau de Beravy présente lui aussi des contrastes entre la petite vallée
de ifAndroka aux sols d’apport fixateurs de la population et le plateau lui-même, vaste
surface de sable roux presque d6serte.
. La plaine d’Ankililoaka et la basse vallée de la Manombo, par bien des aspects.
appartiennent au domaine communément d6sign6 sous le terme “deltas de l’ouest”,
lieu de concentration de la population sur des sols alluvionnaires et % proximit6 im-
médiate des ressources en eau, mais elles se distinguent cependant très nettement
l’une de l’autre par la densité de population et par l’orientation des activités agrico-
les : la plaine d’dnkililoaka est spdcialisée dans la riziculture, la basse Mhombo
dans la production de pois du Cap et de coton (cf. Entreprises agricoles &rangères).
Cette zonation issue de la confrontation des cartes du milieu naturel et des cartes de
La population (Implantation et densité) sera précisée ultérieurement par l’analyse des cartes
d’occupation du sol et des cartes de la commercialisation.

120
2

L’occupation du sol
- Production et organisation foncière

A -“LA PRODUCTION

L’etude de la production est basée sur trois sources de renseignements :


_
- la photo interprétation des vues aériennes 1. G. N. de 1949, 1954 et 1966 d’où sont
issues les cartes dites d’occupation du sol (23) ;
- les statistiques administratives, de valeur inegale ;
- et, enfin, nos enquêtes sur seize villages.
En nous appuyant sur les cartes, nous essaierons de décrire les divers modes de pro-;
duction (24) et leur importance relative. Nous analyserons ensuite les divers types d’économie
villageoise et les nuances regionales.
Les cartes d’occupation du sol ont une légende peu diversifiée du fait de l’impossibilité
dans laquelle nous étions de distinguer plus finement les cultures pratiquées dans telle ou telle
parcelle. Etant ,donnée l’échelle des photographies (1/40 000 pour les missions de 1949 et de
1954, 1/60 000 pour celle de 1966), nous n’avons pu dissocier que deux types de parcelles : les
rizières (cultivees ou en jachère) et les champs de culture séche ou temporairement irriguée
(enclos OU non). Cette claskfication grossiere ne déforme que faiblement la réalité car la va-
rieté des cultures pratiquees dans’ cette région est très limitée : en dehors du riz.,les cultures
essentielles sont le mais, le manioc (ces deux plantes Btant souvent associées), le pois du Cap
et le coton. Certes, d’autres cultures existent, notamment l’arachide, le vonemba (Vigna si-
nensis) et les patates douces, mais elles n’ont qu’une importance secondaire.

(23) Ces trois cartes ne sont pas exactement superposables dans la mesure où les assemblages photogra-
phiques dont nous disposions ne couvraient pas tout ZLfait les mêmes surfaces. C’est ainsi que pour
la mission 1954, nous n’avons pas l’assemblage correspondant au plateau de Beravy. Par ailleurs,
la mission 1966 ne couvrait pas la partie meridionale de notre domaine d’btude (Manombo-Ankilima-
linika).
(24) Nous utilisons cette expression dans son acception la plus simple sans tenir compte de son contenu
sociologique.

121
l’évolution
Sur les trois cartes d’occupation du sol, la
riziculture est etroitement localisee sur deux
secteur5 : la partie centrale de la plaine de Be-
fandriana et la plaine d’lhnkililoaka (une tenta-
tive d’Établissement de la riziculture dans le
secteur de la basse SvLanombo a et& faite en
1954 sur une centaine d’hectares, elle a Bté ra-
pidement abandonnee). La comparaison de ces
cartes permet de constater une profonde Bvolu-
tion de la riziculture sur deux plans : une im-
portante variation des surfaces cultivees et cer-
tains deplacements des zones de culture.
Le tableau 8 traduit en chiffres approxima-
tifs, le phénomene perçu sur les cartes. Pour
les deux rbgions rizicoles considérees, on as-
siste a une tres nette reduction des surfaces en
rizieres de 1949 % 1954, puis a une croissance,
entre 1954 et 196’9, qui, cependant, ne permet
pas de retrouver le niveau de 1949.
Si nous considerons d’autre part l’evolution
de l’implantation des surfaces rizicoles, nous
constatons qu’il n’y a guère de difference entre
les situations de 1949 et 1954, les localisations
restant identiques alors que les surfaces Sont
considerablement reduites. Par contre, la Car-
te de 1937 montre l’abandon des secteurs rizi-
coles les plus septentrionaux de la plaine de
Befandriana, la disparition presque totale de la
riziculture sur la rive occidentale de la rivière
Ranozaza, dans la plaine d’Ankililoaka.
L’explication de telles transformations
nous parait pour le moins difficile car nous n’a-
vons pu avoir l’occasion de confronter ces re-
sultants avec les temoignages des villageois
interesses (25). sous toute reserve, nous emet-
trons donc quelques hypotheses dont il restera
a realiser la critique.
Nous pensons pouvoir faire intervenir trois
facteurs dans cette tentative d’explication. Les
variations du climat deja analysees precedem-
ment (cf. Chapitre 1. Le climat), ont certaine-

(25) Le decryptage des photographies aériennes et la


comparaison des cartes n’ont pu être réalis&s qu’8
l’issue de nos enquêtes sur le terrain.

122
Figure no 13 - Occupation du sol en 1949.
12-3
Figure no14 - Occupation du sol en 1954. Figure no15 - Occupation du sol en 1967.
Estimation des surfaces cultivées, a’après les photo-interpretations des
niissjnnn n.ériennes 1:G.N. de 1949, 1954 et 1966.
-
1949 1954 1966

Plaine de Befandriana-sud
rizières cultivées 1250 ha 580 ha 940 ha
rizières en jachSre* * 820 310
culture sèche ou temporairement
irrigube 1930 3 270, 7 910
Plateau de Beravy
culture sbche ou temporairement
irriguee 2130 ? 2 860
Zone d’Ankililoaka
rizi8res cultivdes 2 240 500 1400
rizisres en jachère* * 920
culture sèche ou temporairement
irriguêe 950 670 370
Basse Manombo
rizière Cultiv&e 0 100 ?
culture sèche ou temporairement
irriguee 4 700 4 300 ?

* Blément ne figurant pas sur les cartes


t
.-_ ..
ment influence la situation de la riziculture. Le deficit de la pluviométrie, particuli&rement
fort entre 1948 et 1951, a sans doute eu des rêpercussions sur les débits des sources et diminué
gravement les possibilitbs d’irrigation d’où cette retractation des surfaces rizicoles en 1954.
A ce facteur climatique, il est possible d’adjoindre des causes historiques. L’impor -
tance des surfaces en jachgre ou en voie d’abandon en 1954 est peut-être une consequence de
la crise de 1947. En effet, entre le dbbut du si&le, periode de leur arrivbe, et 1947 la rizi-
culture a éte l’apanage des immigres Betsileo et Antaisaka. N’étant pas propri&aires du ter-
rain, ils avaient avec les Masikoro, maîtres de la terre, “tompontany”, des rapports difficiles.
Ce conflit latent a, semble-t-il, 8clath à l’occasion des troubles de 1947. Le depart d’un grand
nombre d’immigr& se serait alors traduit par l’abandon de la majeure partie des surfaces ri-
zicoles dont t6moigne la figure no 14. Mais, pour admettre cet élhment d’explication, il faut
supposer que le départ des immigrés s’est fait très progressivement et que 1’Qtat de la rizi-
culture, en 1949, traduit dej&. un debut de dégradation par rapport B la situation anterieure.
Par contre, la carte de 1967 tbmoignerait de la prise en main de la riziculture par les paysans
Masikoro, jusqu’alors restés étrangers aux techniques qu’elle suppose.
Le troisieme facteur, et le moins discutable, est d’ordre &onomique. Entre 1954 et
1967, les entreprises europhennes implantées pr&s d’Ankililoaka ont profondement boulevers&
leur système d’exploitation en abandonnarit la riziculture en m&ayage au profit de la culture
du coton en régie directe. Ces décisions expliquent la disparition presque totale de la rizicul-
ture de la rive gauche de la rivigre Ranozaza.

les techniques rizicoles


On distingue trois saisons de culture ciu riz (26) : ” Tsipala” c’est-%-dire riz de saison
des pluies (cycle végétatif s’Ptendant de décembre % juin) ;, “Godra” ou riz de saison sèche (juin

(26) Cf. Graphique du calendrier agricole pour la région de Tuléar (Figure 16).

124
à novembre-décembre) et, enfin, “Tsivalantaona” ou saison intermédiaire (mai à septembre-
octobre), cette dernière Btant très secondaire. La pratique de la double culture annuelle sem-
ble tres répandue : parmi les 235 riziculteurs sur lesquels a porte notre enquête nous avons
relevé 122 cas de double culture annuelle. Cependant la deuxième culture ne porte que sur des
surfaces restreintes en raison du manque d”eau et ne se fait que sur les parcelles les plus fa-
vorisêes par la proximité des canaux ou par leur position topographique (cf. tableau ci-joint
sur la riziculture dans les seize villages Etudies),
Les techniques mises en œuvre ne sont pas trés élaborées ; en particulier en ce qui
concerne le contrôle de l’eau. Nous avons constaté l’existence dans la plaine de Befandriana
de vastes surfaces rizicoles si mal drainbes qu’elles devraient être abandonnées, provisoire-
ment du moins. Le semis direct a presque disparu (14 cas sur 235) au profit du repiquage ét

Tableau 9
RIZICULTURE
- - -
Villages 1* 2* 3* 4* 5* 6* 7* 8* 9”

Bekongo sud 10 1 9 10 7 1 9 33780 252


Tsiloakarivo 34 34 34 28 34 02430 26208
Bekongo nord 18 12 7 18 14 16 21655 3343
Behibaka 8 8 8 7 7845 1426
Beparasy 55 36 19 55 46 47 34484 55826
Amborondolo 20 7 13 20 9 8 20 23772 5090
Adabomalinika 27 8 18 26 10 27 14868 3 914
Tsianaloka 23 5 19 22 15 23 23637 5493
Andranomena 2 2 2 2 336
Mangotroka 5 1 4 5 1 5 2016 672
Antevamena 16 10 4 16 1 2 14 4300
Tsihoey 16 7 8 16 16 7442 2167
Androtsy 1 1 1 1 1 1008
Antseva I -
Tanambao
Ankapoaka
Total 235 130 103 233 131 14 221 47573 3104393
- - -
30 % de la production sont vendus.

* - 1 = Nombre de riziculteurs ;
2 = Riziculteurs propriétaires ;
3 = Riziculteurs métayers ;
4 = Riziculteurs travaillant en saison des pluies ;
5 = Riziculteurs travaillant en saison seche ;
6 = Riziculteurs pratiquant le semis direct ;
7 = Riziculteurs pratiquant le repiquage ;
8 = Poids total de la production en kg ;
9 = Poids en kg de la production vendue.

125
la préparation du sol s’effectue par le piétinage des bœufs (la charrue est presque inconnue
dans la region).
Dans l’ensemble cette riziculture n’est pas très intensive et ses rendements seraient
très moyens (ils varient entre 1 et 2 T/ha). Neanmoins l’extension de ce type de culture te-
moigne d’une évolution importante des paysans niasikoro qui, recemment encore, limitaient
leur activite à quelques cultures vivrières (maïs, manioc) ou au pois du Cap et surtout à
l’blevage.

2 - Les cultures sèches ou temporairement isriguées

Par la place qu’elles occupent sur les cartes, ces cultures apparaissent comme le _’
mode d’utilisation du sol dominant sur l’ensemble de la region.
La distinction entre champs ouverts et champs enclos (27) ne correspond pas à une
difference dans le type de culture mais plutôt a une nuance dans le paysage rural. Il existe,
en realite, plusieurs categories de champs enclos. Dans la plaine de Befandriana une grande
partie des villages sont entoures d’une serie de parcelles rectangulaires limitées par des haies
d’aloès. Il s’agit dans ce cas d’un système de défense du village contre les divagations des
troupeaux. A I’interieur de ces parcelles les cultures de mais ou de manioc ne sont ni plus
fréquentes, ni plus intensives que partout ailleurs. Sous ce terme de champ enclos nous avons
également regroupe toutes les zones cultivees oh la photographie aerienne revèle l’existence
de parcelles limitées, soit par des haies, soit par des alignements plus ou moins continus d’ar-
bres. Ce paysage est fréquent dans la basse vallée de la Manombo ou la signification ou le rôle
de ces clôtures n’ont pu être eclaircies (systeme de défence ou limites foncieres materialisées ?).
Il semble difficile de saisir l’bvolution des cultures sèches à travers l’examen des
trois cartes d’occupation du sol. D’une part, des photographies font defaut pour certains sec-
teurs en 1954 et 1967, d’autre part l’bvolution de ces cultures paraît pour le moins contradic-
toire d’une région à l’autre (28). Plus encore que pour la riziculture, les surfaces occupées
par les cultures sèches ou temporairement irriguees varient en fonction de,.l’fmportance des
précipitations, de la date d’arrivee des premieres pluies, du type et de la duree de ces pluies.
Cette extrême sensibilité à de multiples donnees climatiques, parfois tri% variables selon ‘les
lieux, suffit B empêcher toute explication rapide et generale à partir des quelques indices me-
téorologiques dont nous disposons. De plus,, il est probable que soient intervenus d’autres fac-
teurs tels que les variations de cours des produits commercialisés (arachide et pois du Cap)
ainsi que la croissance demographique, facteurs dont nous ne pouvons mesurer les consequen-
ces par manque ou imprecision des informations.

les cultures vivrières


Mais ces cartes ne nous renseignent pas sur l’importance relative des differentes
cultures selon les regions. Mais et manioc, tres souvent associés, sont les plantes les plus
cultivées dans l’ensemble de la région. Les résultats de nos enquêtes (cf. Tableau 9) indiquent
que, dans tous les villages Etudies, ces cultures sont pratiquées par la presque totalité ou au
moins la moitié des paysans. Sur 570 familles, 363 cultivent du maïs (63 ‘%) et 435 du manioc
(76%).

(27) Non retenue dans cette présentation de nos cartes en raison du format d’édition.
(28) Notons également que le repérage des cultures seches se révèle particuli&rement difficile et hasar-
deux sur des prises de vue de qualité moyenne et dont l’échelle varie entre le 1/40 000 et le 1/60 000.

126
Tableau 10

Manioc IVE%&
Mais

---b
Villages 1* 6’6* 4* 5*
1* 2* 3* 4* 5* 2* 3* 7*

Bekongo sud 19 16 3 18600 3300 21 15 6 20 20 1340 0


Tsiloakarivo 30 30 32100 10200 4 4 - 4 2 600 800
Bekongo nord 18 17 1 9300 4500 12 12 1 12 1 1330 4700
Behibaka 10 10 6000 2400 10 10 - 10 - 2730 5500
Beparasy 50 50 40200 21000 48 45 3 26 22 6650 16000
Amborondolo 29 29 25200 13200 21 21 1 21 20 7720 24000
Adabomalinika 37 35 2 22350 9600 23 21
21 2 22 14 2990 2500
Tsianaloka 18 17 1 46950 17700 14 14
14 1 13 1 2210 2800
Andranomena sud 5’1 51 60600 31500 45 45 - 43 3 15330 37400
Mangotroka 21 21 31200 21000 13 8 5 9 4 2510 8000
Antevamena 27 26 18000 9600 25 25 1 22 6 2530 3300
Tsihosy 31 25 15300 4200 35 27 8 33 5 9270 18500
Androtsy 33 29 14400 7500 31 28 3 30 7 6980 24300
Antseva 18 18 4800 0 20 20 ‘- 20 - 4720 4300
Tanambao 18 2 16 5400 2 100 21 1 ‘20
'20 21 - 1920 4000
Ankapoaka 25 13 12 13500 1200 20 10 10 20 - 1770 400
.
Total 435 386 47 363900 159000 363 306 63 326 105 70600 156500

* - 1 = Nombre de cultivateurs ;
2 = Propriétaires ; .
3 =,Métayers ;
4 = Production en kg ;
5 = Vente en kg ;
6 = Travaillant en saison des pluies ;
7 = Travaillant en saison sèche.

Tableau 11

Basse Plaine d’ Plateau de Plaine de


Productions Beravy Total
Manombo Ankililoaka Befandriana

Pois du Cap 1’721 T 208 T 1237T 172,5 T 3338,5 T


Arachide 0 52,6 128,9 317,5 499

127
RIZ POIS RIP
MANIOC GODRA DU CAP MAïS 2 TSI PALA ARACHIDE COTON MAïS 1

RECOLTE ENTRETIEN MISE EN PLACE PREPARATION


Dans la plaine de Befandriana, le manioc,
plante moins exigeante que le mais en ce qui
concerne l’eau, aussi bien que le sol, est beau-
coup plus frbquemment cultive que le mais alors
que nous trouvons le phénomene inverse sur les
baiboho de Ia basse Manombo. Dans cette der-
nière zone, manioc et mais sont parfois irri-
gues, technique qui n’est pratiquee ni dans la
plaine de Befandriana, ni sur le plateau de Be-
ravy. En outre, la région de la basse Manom-
bo connait trois cultures annuelles du mais :
“tsako litsake” (saison des pluies), “tsako fao-
sa” (saison seche) et “tsako lembirano” (mais
tardif sur baiboho).
Une nette différence se dessine donc entre
la basse Manombo où les cultures vivrières es-
sentielles et surtout le mais sont pratiquées sur
un mode plus intensif et les autres regions où
le manioc domine et où il n’y a pas d’irrigation.

les cultures commerciales


Plantes connues dans cette région depuis
longtemps, le pois du Cap et l’arachide n’en-
trent que pour une part infime dans l’alimenta-
tion des paysans du sud-ouest. Ce sont des
productions essentiellement destinees CLla ven-
te et a l’exportation en ce qui concerne le pois
du Cap. Nous avons donc estimé pouvoir inti-
tuler “Carte de la Production de Pois du Cap
et d’Arachides” le cartogramme réalise a par-
tir des releves des quantites commercialisees
par chaque village (Figure 17).
Cette carte, comparee ?Lcelles de l’accu-
pation du sol, indique qu’une grande partie des
champs de cultures seches ou temporairement
irriguees sont en fait occup& par le pois du
Cap et tres secondairement par l’arachide. Cette
remarque s’applique surtout a la basse Manom-
bo et au plateau de Beravy qui apparaissent
comme les principales zones productrices de
pois du Cap. En effet, sur un total de 3338 T
récoltées en 1967, ces deux zones ont fourni
respectivement 51 et 37 % de la production totale.
Dans les plaines d’llnkililoaka et de Befan-
driana ces cultures occupent une place secon-
daire. Elles sont pratiquees par de nombreux
villages mais sur des surfaces réduites. On
constate que la production d’arachide ne prend
le pas sur celle du pois du Cap que dans la plai-
ne de Befandriana (64% des 499 T commercia-
lisées en 1967).
Ces faits doivent être mïs en relation
avec la répartition des divers types de sols sur
Figure no 17 - Production de pois du Cap et d’arachides.

129
la carte du milieu naturel. Nous constatons en effet que la presence du pois du Cap est liée aux
sols alluvionnaires ou baiboho, souvent désignés par le terme significatif “tanin-kabaro” (ter-
rain B pois du Cap)‘. La specialisation dans cette culture de la basse Manombo et du plateau
de Beravy s’explique donc par la qualité des sols qu’on y trouve. De même la rareté des bai-
boho dans les plaines d’Ankililoaka et de Befandriana est la cause de la faible importance de la
culture du pois du Cap. Par contre l’arachide, plante adaptée aux sols légers et au climat sec,
trouve dans les sables roux de la plaine de Befandriana un terrain satisfaisant ses exigences
écologiques. Cette diversification des produits selon les regions apparaft sur le tableau 12 où
nous voyons un plus grand nombre de cultivateurs de pois du Cap dans les villages du centre et
du sud de notre périmètre d’étude alors qu’au nord les planteurs d’arachide sont plus fréquents.
En schématisant, nous pourrions résumer ces remarques par le tableau 11, ceci pour
l’année 1967 :
Ces cultures commerciales ont une importance déterminante pour l’économie régionale.
Cependant, aussi bien que le riz, le mais et le manioc, elles subissent les aléas climatiques
auxquels s’ajoutent (cf. Chapitre III. La. commercialisation) les fluctuations du marché. Ces
deux facteurs interviennent pour faire varier tres sensiblement l’importance des superficies
cultivées d’une année a l’autre. Ainsi, en 1966, selon les monographies cantonales, la seule

Tableau 12

Arachide Pois du Cap


Villages
1* 2* 3* 1* . 5* 6*

Bekongo sud 2 1 1 1 1
Tsiloakarivo 14 13 1 2 1 1
Bekongo nord 18 17 2 -
Behibaka
Beparasy 9 2 7 4 3 1
Amborondolo 3 3 13 10 4
Adabomalinika 12 2 ,lO 15 2 13
Tsianaloka 1 1 5 4 1
Andranomena sud 12 2 10 21 15 6
Mangotroka 10 10 6
Antevamena 1 1 20 18 4
Tsihosy 4 3 1 33 22 11
Androtsy 27 21 6
Antseva 5 1 4 20 20
Tanambao 1 1 22 22
Ankapoaka ‘_ 2 2

Total 92 42 51 191 118 '76

* - 1 = Nombre de cultivateurs ;
2 =Cultivateurs associés au S. C. P.T. ;
3 = Cultivateurs non associés ;
5 = Cultivateurs proprietaires ;
6 = Cultivateurs métayers.

130
région du Manombo produisait 3 500 T de pois du Cap, la surface cultivée étant estimee entre
2 800 et 3 500 ha.. En 1967, en tenant compte d’une production s’elevant à 1721 T la surface
cultivée variait entre 1370 et 1720 ha (29).
Alors que l’arachide est une culture sèche, le pois du Cap reçoit une irrigation d’ap-
point en mai-juin juste avant la floraison. Il est d’ailleurs seme à la fin de la saison des pluies
(mars-avril) au moment où le sol est le plus humide et le semis s’effectue dans des trous de
profondeur variable en fonction de la qualité du sol. Après au moins un sarclage, si les condi-
tions pluviométriques sont satisfaisantes, la plante couvre rapidement toute la surface du champ,
indice d’une bonne récolte qui s’effectuera en septembre-octobre. Par les soins qu’elle suppose,
?rouaison”, sarclages et parfois irrigation, la culture du pois du Cap est relativement intensive.
Nous noterons par ailleurs que la migration saisonnière de nombreux paysans de la
plaine de Befandriana et même des régions plus méridionales a aujourd’hui presque totalement
disparu. Ces déplacements temporaires vers les baiboho du bas Mangoky pour la culture du
pois du Cap dont P. OTTINO décrit l’importance en 1960 (30), n’interessent actuellement qu’un
nombre très limité de paysans.

3 - Les concessions

Comme nous l’avons vu préckiemment, les concessions europeennes datent du début


du siècle et sont localisées dans la région méridionale - basse Manombo, plaine d’Ankililoaka.
Sur les [Link] d’occupation du sol de 1949 et.1954, elles ne sont repérables, ni par [Link] de
culture, ni par la forme des parcelles. Au contraire, sur celle de 1966, nous distinguons très
bien les grandes parcelles rectangulaires portant des cotonniers. Cette différence traduit l’evo:
lution profonde de l’économie de ces entreprises agricoles. En 1954, ces concessions prati-
quaient encore les cultures traditionnelles du pays : pois du Cap et riz, manioc, mais. Le
métayage était alors le seul système de mise en valeur et les techniques appliquées ne se dif-
férenciaient guère de celles qui étaient usitées pak ailleurs. Or, depuis 1956, la mise au point
de variétés de cotonniers et de techniques culturales adaptées au milieu a permis l’introduction
et la généralisation de cette culture industrielle.. Des lors, la formule habituelle du métayage
ne pouvait plus s’adapter I cette nouvelle culture, les concessionnaires ont dQ instaurer la régie
directe et transformer leurs métayers en salariés (31). Ces exploitations mettent en œuvre
des moyens modernes et importants (mécanisation, herbicides, engrais, irrigation d’appoint,
traitements aeriens pour la lutte contre lIEarias, parasite du cotonnier) tout en réservant cer-
tains travaux a la main-d’œuvre saisonnière (rbcolte effectuée à la main). Cependant, après
un développement assez [Link] vers 1960, la culture cotonnière ne progresse plus guère et
n’occupe, en définitive, que des surfaces restreintes (cf. tableau 13) (32). Actuellement, les
deux plus grandes concessions s’orientent vers la culture des plantes Ltparfum (basilic en par-
ticulier j.
A coté de ces entreprises relativement importantes, existent d’autres concessions de
taille plus reduite et qui ont maintenu les anciens usages. Dans cette catégorie, on relève une

(29) Calcul fait à partir d’une estimation du rendement moyen a l’hectare de 800 a 1000 kg.
(30) Cf. P. OTTINO - Les économies paysannes malgaches du bas-Mangoky. Berger-Levrault, Paris,
1963, 375 p.
(31) Le salariat n’est cependant pas total dans la mesure où, condition nécessaire pour attirer la main-
d’œuvre, les entreprises concèdent à chacun de leurs employés permanents une parcelle de 1 ou 2 ha
prise sur les terres en jachère de l’exploitation. Les travailleurs, le plus souvent Antandroy, y
pratiquent les cultures vivrières (manioc surtout) moyennant redevance au propriétaire du tiers de
la récolte. En outre, ils peuvent faire pafire leurs troupeaux sur les terres de culture après la
récolte. Ces immigrés antandroy vivent en géneral dans des petits hameaux dispersés sur les mar-
ges des concessions.
(32) Note sur le développement de la production cotonniére à Madagascar. C. F.D.T., 1968, p. 52.

131
Tableau 13
Culture cotonnière

1957 1959 1961 1963 .965 1966 1967

Surfaces cultivees (en ha:


Ranozaza 50 190 220 200 220 220
Ankilimalinika 44 120 120 150 160 155 180
Divers 15 13
Bullen 50 60
Total 44 170 310 370 375 438 460

Production en tonnes
Ranozaza 104 382 541 541 585 580
Ankilimalinika 89 257 226 300 343 370 285
Divers 1 13
Bullen 114 93
Total 89 361 608 841 885 1082 958*

* 958 T de coton-graine récoltees en 1967 representent environ 10% de la production malgache*

Tableau 14

I Cantons I 1964 1965 1966 1967

Manombo 10 000 10 000 15 000 11000


Ankililoaka 11000 10 000 11000 12 000
Basibasy 10 000 11000 10 000 12 000
Befandriana 28000 28000 33000 29 000

Total 59 000 59000 69 000 64000

concession réunionnaise, deux pakistanaises et quinze malgaches. Y sont cultivées les plantes
usuelles du pays (33) :
- Concessions réunionnaises : 45 ha, dont 20 ha de pois du Cap,
25 ha de manioc ;
- Concessions pakistanaises : 253 ha, dont 58 ha de coton,
60 ha de riz,
115 ha de manioc,
20 ha de pois du Cap ;

(33) Chiffres fournis par la Monographie annuelle 1967 du Canton de Manombo.

132
- Concessions malgaches : 371 ha cultives dont 114 ha de riz,
225 ha de pois du Cap,
27 ha de manioc,
5 ha d’arachide.

4 - L’élevage

Dans la mesure où, sur les cartes, une grande partie des surfaces non cultivées peu-
vent être considérées comme des terrains de pacage des troupeaux, on peut supposer l’impor- .
tance de l’élevage dans cette région. L’appréciation de l’effectif du troupeau régional n’est
possible qu’à travers les statistiques officielles (Tableau 14).
Si nous corrigeons ces chiffres en appliquant les taux de fraude de 30 % pour les adultes
et 20 V/opour les veaux,calculés par M. LACROUTS et al. (34), nous pouvons estimer qu’en 1967
le troupeau de ces quatre cantons comptait environ 82000 têtes. Notons cependant qu’une partie
de cet effectif ne se trouve pas dans notre périmètre d’etude.
Comme le montre le tableau précédent, les cantons de Befandriana et de Basibasy sont
incontestablement les plus spécialises dans l’élevage. Ceci correspond d’ailleurs & la vocation
de ces vastes espaces de savane sur sable roux. Ce phenomene est corroboré par les résultats
de nos enquêtes qui nous donnent une moyenne de 1,4 têtes de bétail par habitant dans la plaine
de Befandriana, contre 0, 6 pour les autres zones’(35). Notons également que ce rapport est
particulierement eleve pour les villages peuples d’llntandroy, ethnie pour laquelle l’élevage est
l’activité essentielle.
Le structure du troupeau, toujours d’après nos enquêtes, serait la suivante :
- Veaux : 25%
- Vaches : 38%
- Jeunes et Males : 37%.
En comparant ces chiffres avec la structure moyenne du troupeau du sud-ouest donnée
par le rapport LACROUTS (veaux 20 %, vaches 35 %, jeunes 23 %, mâles 22 %) nous constatons
des differences notables. La faible proportion de jeunes et de mâles nous semble due à l’im-
portance des ventes de mâles, en particulier de boeufs de boucherie (exportés vers Tuléar) et
de jeunes sur les marches de Befandriana, Antanimiheva, etc.. (cf. Chapitre III).
Dans l’ensemble, compte tenu de la forte mortalité due aux maladies et à la mauvaise
alimentation saisonnière, compte tenu également des ventes destinées a l’approvisionnement
de Tuléar, nous pouvons considerer que l’effectif du troupeau augmente peu.
Ici, comme dans tout l’ouest, l’importance économique de l’élevage n’est pas en rap-
port avec l’effectif du troupeau. L’élevage est en effet remarquablement peu intégré à l’agri-
culture. Le bœuf n’intervient que pour le pietinage des rizières et pour la traction des char-
rettes. La culture attelee n’est presque pas connue (7 charrues pour l’ensemble de la plaine
de Befandriana) et sa promotion est justement l’une des taches des services de la vulgarisation
agricole.
Peu utilisés dans l’agriculture, les bovins ne participent que pour une faible part CL
l’alimentation humaine. Hormis lors des abattages cérémoniels (funérailles, “bila”, “savatra”
sacrifices religieux divers, . .) la viande de bœuf est rarement consommee. Les quelques
bouchers de la region ne se trouvent que dans les plus gros centres et leurs ventes ne sont pas

(34) LACROUTS, TYC, BERTRAND, SARNIGUET - Etudes des probl8mes ~OS& par l’élevage et la com-
mercialisation du bétail et de la viande f Madagascar. Paris, 1962, T.1, 287 p., [Link], 90 p, +
annexes.
(35) Chiffres fournis sous toutes réserves car les enqu&teurs peuvent difficilement contraler les décla-
rations des paysans qui sont généralement sous-estimées dans une forte proportion.

133
régulières. Cependant, la production laitière; d’ailleurs tres faible et saisonnière (saison des
pluies uniquement), est en totalité consommée par les éleveurs eux-mêmes.
L’intégration du bœuf dans le circuit bconomique ne s’effectue que très partiellement
et sous la pression de phenomènes exterieurs. C’est en effet à l’occasion de la collecte des
impôts (impôt “per capital’ et taxes sur chaque tete de bétail) qu’est commercialisée une partie
du troupeau. Parfois peuvent jouer ce même rôle les besoins monétaires pour l’acquisition de
vivres, en cas de disette, et de vêtements. En réalité, la commercialisation, loin d’être le
but de l’élevage, n’est qu’une sorte d’incident dQ B la pression de l’impôt ou de besoins moné-
taires occasionnels. De ce fait, le bœuf devient une source de sécurite, une réserve monétai-
re (36), fonction très bien exprimee par ce témoignage d’un [Link] : “le bceuf c’est
notre banque de Madagascar”.
Le terme d’élevage applique à cette activité pastorale ne semble pas correspondre à
la réalité. En effet, le gardiennage,le jour, la construction de parcs pour la nuit et le déclen-
chement saisonnier de feux de brousse sont à peu pres les seules contraintes auxquelles se
soumet le propriétaire du troupeau. La pauvreté des paturages naturels oblige les troupeaux
à se déplacer perpétuellement mais, en général, ils reviennent quotidiennement au village.
Dans les zones où les cultures sont particulièrement denses, les villages se dédoublent en un
hameau-centre de cultivateurs, séparé d’un second hameau oh sont rassemblés les gardiens et
les parcs à bœufs. Nous noterons cependant que cet élevage extensif n’est jamais, sur le plan
economique, qu’une activité seconde par rapport a l’agriculture. Même chez les plus fervents
eleveurs antandroy de la plaine de Befandriana, agriculture et élevage sont toujours juxtaposés,
le premier terme conservant le rôle primordial, ne serait-ce que parce qu’il permet de ré-
pondre aux nécessités alimentaires.
En nous reférant a l’ouvrage cité plus haut, nous pouvons definir cet élevage comme
une “association bio-konomique spontant?e entre une population et une espèce Animale quj a
rencontre un milieu naturel favorable”. “La production de 1 ‘élevage extensif ne représente
absolument pas la valorisation du travail de l’homme mais simplement une vkritable rente fan-
ci&e ” (37). Cependant, il est important de ne pas réduire l’analyse de l’élevage à son aspect
économique car il est indéniable que sur le plan psychologique il joue au contraire un rôle es-
sentiel.
A côté de celui des bovins, les autres formes d’élevage comptent peu. On relève ‘la
présence de quelques troupeaux de chèvres et de moutons, propriété exclusive des antandroy.
Les porcs sont également peu nombreux (1 900 têtes en 1966 selon les statistiques administra-
tives) à l’exception de la zone d’Ankililoaka où des Betsileo se sont specialisés dans cet élevage.
Par contre, dans tous les villages existent d’importantes basses-cours, appoint alimentaire non
négligeable et source de revenus.

B - L’ORGANISATION FONCIERE

En décrivant la production, nous avons eté souvent conduit à dépasser le strict com-
mentaire de carte pour décrire rapidement les techniques mises en œuvre et le rôle des pro-
duits. Ces données recueillies au cours de nos enquêtes ou à travers des documents préétablis
permettent de préciser et d’expliciter les faits bruts cartographiés. Cependant, nous ne limi-
terons pas l’etude de l’occupation du sol à la description des diverses activités productives car
ces dernières s’inscrivent à l’intérieur d’un cadre juridique qui réglemente l’utilisation du sol.

(36) Cf. Op. cité en (30).


137) Cf. Op. cité en (34).

134
Tableau 15

Nombre Nombre Taille


‘aureau: Vaches Boeufs Dressés Ventes Porcs
Villages bœufs propriét noyenne

Bekongo sud 64 6 11 4 24 7 29 6 12 0
Tsiloakarivo 303
Bekongo nord 53 7 8 3 21 13 16 12 2 0
Behibaka 51 5 10 3 16 20 12 6 6 0
Beparasy 437 32 14 18 121 131 167 28 65 20 '
Amborondolo 256 20 13 10 104 77 65 16 24 23
Adabomalinika 202 20 11 11 72 52 67 30 18 2
Tsianaloka 161 16 11 7 91 32 31 6 18 0
Andranomena 567 36 17 38 175 130 202 30 39 0
Mangotroka i97 13 16 8 79 47 63 10 13 2
Antevamena 103 15 7 1 41 27 32 16 4 4
Tsihosy 110 19 6 14 43 16 37 18 8 12
Androtsy 161 19 9 6 70 45 40 10 14 9
Antseva 93 11 9’ 3 33 21 36 14 2 11
Tanamdao 69 14 . 6 3 43 9 14 6 9 0
Anakapoaka 126 22 6 13 63 19 31 14 12 0

Nous constatons l’existence de deux cadres juridiques juxtaposes et même concurrents :


d’une part le droit traditionnel, d’autre part la juridiction foncière officielle. Le premier règle
encore la majeure partie des activités des paysans et, de ce fait, doit être considéré comme le
système de reférence déterminant. Il est néanmoins fortement mis en cause par la juridiction
officielle qui, en permettant l’immatriculation des terres, c’est-à-dire leur appropriation indi-
viduelle, tend à bouleverser l’équilibre traditionnel. Faute de temps, nous n’avons pas pu mener
une enquête sur la réglementation foncière dans un ou plusieurs villages. Nous ne pourrons
donc que résumer ce qui est connu des structures foncières traditionnelles essentiellement à
travers l’ouvrage de P. OTTINO (38). Nous traiterons ensuite des problemes poses par le
processus d’immatriculation des terres.

1 - Les structures foncières traditionnelles

Autrefois, les “mpanjaka” masikoro exerçaient leur rôle de maftres de la terre. C’est
à eux que revenait le pouvoir de distribuer le sol aux “vohitse”, c’est-à-dire aux hommes libres,
les esclaves n’ayant évidemment aucun droit foncier. Les traces de cette ancienne organisation
foncière sont encore repérables. On constate en effet que les descendants des mpanjaka possè-
dent les meilleures terres. Par ailleurs, l’attribut de maftre de la terre “tompontany” est resté
l’apanage des Masikoro originaires, par opposition aux immigrés antandroy, betsileo ou
antaisaka.

(38) Cf. Op. cité en (30).

135
Chaque village exerce sur un certain terri-
toire “faritany” un droit privatif. Les limites
en sont fixées et souvent matérialisées par un
obstacle naturel, un canal ou des arbres. L’exis-
tence de ces territoires villageois très étendus
et englobant de vastes espaces parfois peu uti-
lisés (terrains de parcours de bovides) fait que
la notion de terre libre n’est qu’une illusion.
Ce ‘Yaritany” ou territoire à partir duquel les
villageois tirent leurs ressources correspond
le plus souvent à la terre des ancêtres “tanin-
drazana”. Cette liaison entre ces deux notions
implique pour un étranger qui veut s’installer
dans un village masikoro la nécessite de créer
avec les maftres de la terre une alliance (39)
substitut du lien familial.
La distinction juridique fondamentale se
situe au niveau des lignages. Toujours selon
la même source on distingue deux types de biens
fonciers : les terres “lova.” et les terres “fila”.
La première catégorie est celle des terres li-
gnagères .h&ritées, proprieté communautaire
d’un groupe familial. Chaque membre exerce
un droit d’usage sur une partie de la surface
commune. Ces biens sont en principe inalié-
nables ; cependant la vente est possible à con-
dition que le groupe donne unanimement son
accord. Sont dites “fila” des terres achetées
ou défrichées par un individu. Elles sont en
principe aliénables.
Il est important de noter que les droits
fonciers varient en fonction de la qualité de la
terre. En genéral, il n’y a aucune appropria-
tion sur les paturages et les terrains de brtl-
lis où s’applique au contraire la notion de droit
d’usage. Les droits sont d’autant plus précis
que le terrain est plus riche et plus densément
occupé, cas des baiboho et des rizieres. Pour
les rizières nous avons constaté de multiples
interférences entre les droits fonciers et les
droits d’eau. On peut penser que dans la me -
sure où la riziculture a été introduite par des
immigrés betsileo et antaisaka, les coutumes
de ces etrangers ont et& en partie reprises par
les masikoro en même temps que les techniques
culturales. Nous insisterons enfin sur l’impor-
tance du métayage. Cette forme d’exploitation
est fréquente sur les rizières et les champs de
pois du Cap (44 % des riziculteurs questionnés
sont des metayers ainsi que 40% des cultiva-
teurs de pois du Cap). Il est beaucoup plus ra-
re pour les cultures vivrieres traditionnelles,
mais et manioc (17 et 11% des paysans sur les-
quels ont porté nos enquêtes, la majeure partie
étant d’ailleurs des Antandroy, employés des
concessi,ons européennes).
(39) Cf, Op. cité en (30).
136
Figure no .8 - Immatriculation fonciere
2 - La juridiction foncière officielle
,,. . L’immatriculation est vue avec defaveur et souleve dans le milieu traditionnel de
fortes oppositions qui se traduisent quelquefois par des réactions les plus energiques pouvant
aller jusqu’au rejet de la communauté. Pourtant 1 ‘immatriculation tend a se développer, mar-
quant une nouvelle direction d’évolution qui denote tout à la fois les progrès de l’individualisme
et une revolution dans les rapports de l’homme et du sol et dans les concepts économiques.. . “.
(40). Cette constatationfaite sur le bas Mangoky en 1960 s’applique egalement LLnotre region.
A l’aide des cartes foncières que nous avons dressées à partir des registres et des
cartes de reperage du Service des Domaines (Figure 18), nous pouvons mesurer l’importance
du phenomene d’immatriculation. Pour comprendre cette nouvelle situation fonciere, il faut
tenir compte de l’histoire de la Reglementation Domaniale. A cette fin, il est important de se
referer à quelques dates-clefs :
. + 1896 : 9 mars ~Loi sur la propriété foncière ;
. et - 1911 : 3 février : Decret sur le regime foncier.
Ces decrets instituent le système ‘de l’immatriculation. Aux yeux du gouvernement
colonial, il est conçu comme un instrument juridique donnant aux colons europeens le moyen
de s’emparer légalement des terres necessaires à leur implantation au moyen des concessions
immatriculées. Le processus d’immatriculation comporte deux demarches bien distinctes :
a - l’obtention d’un titre foncier. C’est l’opération qui individualise la parcelle.
Elle comporte une partie technique (reperage et bornage) effectuée par le Service to-
pographique et une partie administrative et juridique ; l’immatriculation sur le Livre
foncier.
b - l’obtention d’un titre domanial qui Pr&ise l’etendue, des droits.
On distingue à ce sujet :
- les terres immatriculees,
- les terrains concedes à titre définitif ou provisoire, à titre gratuit ou à titre
onereux,
i les terrains loues,
- les baux ordinaires et emphyteotiques,
-‘les affectations ou dotations en faveur des communes ou services publics.
. + 1926 : 28 septembre
. et 1927 : 12 aoQt : Décret et Arrêtés d’application creant les reserves indigènes.
. et - 1929 : 25 août : Decret sur le cadastre indigene.
Il s’agit d’une reaction de defense contre les deséquilibres qu’introduisait le pheno-
mene de l’immatriculation en milieu traditionnel. Cette legislation permet aux communautés
villageoises de conserver une grande partie de leurs terres. De plus, elle debouche sur une
possibilite de transformation de leur occupation de fait en un titre foncier pour I’immatricul’a=
tion. Ceci explique l’importance des immatriculations entre 1927 et 1948 (cf. Tableau 16)‘.
La carte met en relief les differentes situations foncieres dans chaque région. En
effet, sur la plaine de Befandriana, l’immatriculation ne porte que sur des surfaces relative-
ment restreintes et cette appropriation a 6th realisee surtout par des Atrangers, pakistanais
en l’occurence. Dans la vallée de l*Androka, les parcelles immatriculées ne sont nombreuses
qu’à proximité des villages de Soahazo et Analamisampy, gros producteurs de pois du Cap et
elles appartiennent à des paysans malgaches. Il n’en est pas de même au sud, plaine d’Anhi-
liloaka et basse Manombo, oit l’immatriculation est un phenomene généralisé. On peut mesurer
sur cette carte l’impact de la colonisation europeenne qui, essentiellement entre 1911 et 1928,
s’est appropriee plus
. de 5 000 ha, Avidemment parmi - les meilleures terres. Apres 1928, les

(40) Cf. Op. cité en (30).

137
Tableau 16
Surfaces immatriculees

Exploitants @Sangers Exploitants


Période d’immatriculation malgaches
Concession provisoire Titre definitif

Zone d’Ankililoaka
1911 - 1926 2728,98 ha
1927 - 1948 1355,37 ha 31,90 1297,41 ha
1949 - 1958 139,58
1959 - 1968 135,64
Total 1355,37 2760,88 1572,63
Zone de Manombo
1911 - 1926 1359,68
1927 - 1948 1765,71 216,56
1949 - 1958 238,80 4,22
1959 - 1968 23,81
Total 238,80 3125,39 244,59
Plateau de Beravy
(vallée de 1’Androka)
1911 - 1926 38,67
1927 - 1948 33,25 78,41
1949 - 1958 134,83
1959 - 1968 63,52
Total‘ 33,25 315,43
Plaine de Befandriana
1911 - 1926 919,75
1927 - 1948 52,30
1949 - 1958 469,40
1959 - 1968
Total 919,75 521,70

Total sur le périmettre d’btude


1911 - 1926 5 008., 41 38,67
1927 - 1948 1355,37 1830,86 1644,68
1949 - 1958 238,80 748,03
1959 - 1968 222,97
TOTAL 1594,17 6839,27 2 654,35
soit 11087,78 ha au total

concessionnaires btrangers ont encore étendu leurs domaines (concessions provisoires), mais
à la même epoque les paysans masikoro, surtout dans la plaine d’Ankililoaka, ont également
utilise la nouvelle juridiction pour se constituer de petites exploitations. On notera en effet
l’opposition entre les grands blocs immatriculés par les europdens et les petites surfaces des
exploitants malgaches.
A partir de 1958, le processus d’immatriculation a cessé pour les Européens et sem-
ble se. ralentir pour les Malgaches. Or, cette derniere constatation n’est qu’une apparence.
En realité, les demandes d’immatriculation se multiplient (cf. l’importance des reperages
sur la carte fonciere, partie meridionale) (41). Ce phénomène pourrait traduire une désinte-
I

(41) Ainsi, depuis 1958, nous avons relevé pour l’ensemble de la région 178 demandes d’immatriculation
portant sur une surface trés approximative de 2 250 ha. Le reperage est la Premiere opération du
processus d’immatriculation. Elle consiste, après le depot de la demande, à effectuer les mesures
qui permettront de situer la parcelle.

138
gration des structures sociales traditionnelles. Il indique egalement la constitution d’une classe
de concessionnaires malgaches. Or, certains indices nous permettent de penser qu’une bonne
partie de ces derniers forme un groupe dominant sur le plan politique. On trouve en effet parmi
eux des autorites politiques élues, des membres de l’administration, des maires et des conseil-
lers ruraux. Une telle coibcidence n’est sans doute pas fortuite et, sous reserve d’une Etude
foncière et sociologique précise, pourrait être interpretee comme le signe de la constitution
d’une classe sociale dominante qui fonderait son pouvoir au plan économique, sur l’appropria-
tion fonciere et au plan politique, sur son r6le dans l’administration, ces deux plans etant d’ail-
, leurs interdependants.
Le commentaire des cartes d’occupation du sol permet de dégager les grandes carac-
téristiques de l’agriculture du pays masikoro. En comparant les surfaces cultivees en 1949,
1954 et 1966, nous avons vu que l’occupation du sol est trbs fluctuante. Elle est en effet etroi-
tement soumise aux aleas climatiques ainsi qu’aux facteurs historiques (cf. L’évolution de la
riziculture) et Bconomiques (pour les cultures commerciales). D’autre part cette agriculture
n’occupe qu’une part restreinte de l’espace disponible. Certes, les zones où conditions pédo-
logiques et [Link] eau permettent la culture sont elles-mêmes limitees, mais dans l’en-
semble, on peut considerer que toutes les potentialites du milieu sont loin d’être utilisees (cf.
le faible pourcentage de surface cultivee par rapport à la surface totale, Tableau 17). Par ail-
leurs, les vastes plaines de sable roux, jusqu’ici reservées aux pacages des troupeaux, pour-
raient donner lieu à une exploitation plus rentable. Cependant, l’extension des surfaces cultivées
suppose, d’une part la rationalisation de l’utilisation des ressources en eau et, d’autre part,
l’amélioration des techniques et des instruments de culture. Ceci nous semble particulièrement
nbcessaire et possible dans les zones meridionales (basse Manombo et plaine d’[Link]) ou
la densité de la population [Link] et le rn-ilieu naturel favorable. Nous insisterons enfin sur
la corrélation qui semble exister entre la densité de population et l!importance de l’immatri-
culation. Certes, la proximité des grandes concessions européennes n’est pas étrangere à ce
phenomène mais nous pensons qu’il traduit surtout une destruction des cadres de la societe
traditionnelle sous l’influence combinée de la pression demographique et de l’Économie d’echange.
La comparaison des cartes d’occupation du sol, de la production du pois du Cap’&
d’arachides et des cartes foncieres confirme la zonation que nous avons btablie à l’issue du
chapitre precédent. La zone de la basse hknombo, caracterisée par une forte densite d’occu-
pation du sol, fournit essentiellement du pois du Cap en sus des productions vivrières tradi-
tionnelles. La plaine d’Ankililoaka est au contraire specialisée dans la riziculture. Ces deux
Tableau 17
Densité d’occupation du so~(culture et immatriculation)
-.

Zones Superficie 70de la urface cultiv % surface. Surface % de surface


totale population en 1967 UltJsurf. tot . [Link]& mmatriculée

Basse Manombo 21000 ha 47,48 * * 3 608,78 ha 17,20


Plaine d’Ankililoaka 7 700 12,88 1775 23,0 5 688,88 73,88
Vallee de I’Androka 25 000 15,16 2860 11,4 348,68 1,40
Plateau de Beravy 38800 0,66 ?
Plaine de Befandriana 43900 17,78 8 849 20,o 1441,45 3,28
(partie centrale)
Plaine de Befandriana 97 600 6,04 ?
(pourtour de la plaine)
’ Total 234000 100,00 11087,79 4,74

* Dans la mesure’où la mission de 1966 ne couvre pas toute la zone de Manombo, nous [Link] que citer
le chiffre de 1954, soit 4403 ha ou 21% de la surface totale. i .
*

139
zones ont en commun d’etre marqubes par la présence des concessions europeennes et par le
developpement du processus d’immatriculation fonciere.
Sur le plateau de Beravy et dans la plaine de Befandriana, l’agriculture n’occupe que
des secteurs limites correspondant aux meilleurs sols ou aux surfaces irrigables. La vallbe
de 1’Androka est grosse productrice de pois du Cap alors que dans la plaine de Befandriana,
les cultures vivrieres (riz, mais, manioc) ne laissent qu’un rôle secondaire aux productions
commerciales (arachide et pois du Cap). Ces deux sous-régions entretiennent egalement un
important cheptel bovin. Ces differences notoires dans le domaine de la production et de l’or-
ganisation fonciere entre ces quatre sous-regions considerees laissent supposer que des con-
trastes se retrouveront au niveau de l’Économie.

140
3

La commercialisation

A l’occasion du commentaire de la carte de l’infrastructure, nous avons souligne la


forte densité des lieux de transactions commerciales, magasins divers, centres d’achat du
Syndicat des Communes et marches de bovidés. Par ailleurs, sur les tableaux de production
agricole des seize villages étudies, où figure la proportion de produits vendus, soit, dans
l’ensemble :
- paddy : 30%,
- mais : 22%,
- manioc : 44%,
- arachide : lOO%,
- pois du Cap : 100 %,
nous avons pu remarquer l’importance de la commercialisation. Ces’deux indices justifient à
eux seuls l’analyse de ce phfkomène. A cette fin, nous batirons l’expose sur le commentaire
de quatre cartes : Carte de la commercialisation des bovides, Carte de la collecte et du com-
merce de détail, Carte de la collecte du pois du Cap et des arachides en 1967 et, enfin, Carte
de la commercialisation du pois du Cap en 1967 pour l’ensemble de la côte sud-ouest.

A - LES MARCHES DE BOVIDES

Notre region compte cinq marchés hebdomadaires de bovides d’importance variable,


tous situes sur.l’axe routier Tulhar-Mangoky. Parmi ces marches, un seul à une grande im-
portance, celui de Befandriana 06 plus de 7 000 bovides ont 6th commercialises en 1967. Les
centres d’Antanimiheva - environ 2000 transactions en l.967 -, Betsioky 1318, Ankililoaka 1685
et enfin Ankilimalinika 915, sont des marches d’intérêt mineur qui ne presentent pas les mê-
mes caracteristiques que celui de Befandriana. En effet, comme le fait apparaftre la carte
(Figure 19), Befandriana est le lieu de convergence d’un grand nombre de bovides provenant
des regions avoisinantes, Bas Mangoky, région de Manja, bassin d’Ankazoabo et zone monta-
gneuse . C’est ainsi qu’en 1967 ‘sur 7 397 bovidés vendus à Befandriana, à peine la moitié (47 %)
provenait des environs immediats (cf. Graphique : Marche de bovides de Befandriana sud 1967.
Provenance et destination des animaux vendus). Pour les autres marches, l’origine du bétail
est au contraire strïctement locale. Nous prendrons comme exemple le marche d’[Link]
où 87 % des bœufs vendus en 1967 provenaient de la région de la basse Manombo.
Il en est de même lorsque l’on considere les destinations des animaux. A Befandriana,
21% des bœufs vendus restent dans la region, c’est dire que la majeure partie des bœufs ache-
tes sont destinés à rejoindre d’autres régions en l’occurence Tuléar (41% des achats) et la

141
II”- PLATEaiDE BERAVY

FLEUVE

, ON O”EUFS CDMMERCIALIS!
PROPORTIUHDE ‘““SITRI

FRWENANCE ,sw BOEUFSI

0 CEHTRE AOWINISTRATIF

Figure no 19 - Commercialisation des bovides.


zone de Manombo-Ankililoaka (24%). A
Ankilimalinika nous trouvons les propor-
tions inverses : 70 % des bœufs restent
sur place et 30 % sont envoyes principale -
ment vers TuGar.
L’analyse de la provenance et de la
destinationdu bétail sur ces deux marches
nous permet d’affirmer que seul celui de
Befandriana a un r61e inter-régional et
qu’il est peut-être le seul veritable mar-
che. En effet, que ce soit à Antanimiheva,
Betsioky , Ankililoaka ou Ankilimalinika ,
les transactions ressemblent plutôt à des
&Changes entre éleveurs de la même re-
gion ; les uns vendent de jeunes bêtes
pour acheter des adultes, les autres effec-
huant l’opération inverse. Au contraire, AUTRES
0 1 I ;I
le marché de Befandriana est le lieu de
rencontre des Eleveurs locaux ou même
étrangers avec les bouchers de Tulear, 20% -
les maquignons et les acheteurs de la SO-
ciéte Rochefortaise (42). L’etude des ca-
tégories de bovidés faisant l’objet de tran- TEMBOAY
sactions confirme cette remarque. 0

Les Aleveurs masikoro distinguent


au moins sept catégories de bovides en se 20%
basant sur l’âge : 1

terabao : veaux et velles ayant moins de


un an,
maota : entre un et deux ans,
temboay : de deux à trois ans, jeune gé-
nisse ou taurillon,
sakany : de trois à cinq ans, jeune vache,
taureau ou boeuf,
- tamana : vache de plus de cinq ans,
- ombilahy : taureau de plus de cinq ans,
- vositra : boeuf de plus de cinq ans.

Figure n” 20 -Jmuorrance aes transactions par catégories de Bovidés


et par Marches en 1967.

(42) En 1967, la Société Rochefortaise n’a acheté directement qu’un petit nombre d’animaux a Befandriana
(162 selon les registres). En réalite, la majeure partie de ses achats s’effectue par des intermediai-
res. Cette societé joue même sur ce marché considéré comme marginal un rôle tres importàntcar
elle se porte acquereur des meilleures bêtes qu’elle destine à l’exportation. C’est elle qui détermine
les cours dans une large mesure.

143
a
144
Deux categories sont particulierement commercialisees : les Waota” et les “vositra”,
c’est-à-dire, d’une part les veaux ayant passe l’age critique et d’autre part les bœufs de bou-
cherie. Dans tous les marches considerbs, c’est sur les “‘maota” que portent la majeure partie
des transactions (40. à 50 ‘%). Ils sont en effet le principal objet des Achanges entre paysans.
Or, il n’en est pas de même pour les boeufs adultes. De ce point de vue, le marché de Befan-
driana fait exception car il est le seul oh la proportion des “vositra” vendus atteint 30 % du total
des ventes (contre 18% à Ankilimalinika par exemple) (43). Ce fait est à mettre en relation
avec le type d’acheteur present sur ces marchés : les bouchers, les maquignons et les inter-
mediaires de la Rochefortaise delaissant les jeunes animaux et achetant surtout les boeufs de
boucherie. Befandriana est donc un centre d’alimentation en viande de la ville de Tulear. Les
autres marches participent tres peu â ce courant commercial et n’ont qu’un inter& local.
Nous pouvons poursuivre l’btude du marché de Befandriana en analysant l’evolution
des ventes et des prix au cours de l’année 1967. Les deux graphiques (Evolution du nombre
des ventes par categories - Figure 21 - et Evolution des prix - Figure 22) etonnent par le con-
traste qu’ils montrent entre la saison seche et la saison des pluies. On pourrait penser, a
priori, que la saison des pluies, en favorisant l’alimentation des animaux, entrakerait une
restriction du nombre des ventes et par conséquent une elevation des prix. Or, nous constatons
le phenomene inverse. Le nombre mensuel des ventes est plus important en saison des pluies

Saison des Pluies


Saison des Pluies

Figure no 22 -. Evolution des prix de certaines catégories de Bovins sur le marche de


Befandriana en 1967.

(43) Cf. Graphique intitulé “Importance des transactions par catkgories de bcividés en 1967” (Figure 20).

145
qu’en saison seche (environ 700 contre moins de 600) et les prix, du moins pour les “vositra”,
sont plus elevés en saison seche qu’en saison des pluies.
Ce phénomene, a Premiere vue paradoxal, s’explique par la convergence de plusieurs
facteurs. Certes, la saison des pluies est la periode des bons p$turages mais c’est egalement
celle des difficultés d’alimentation pour les hommes, celle des depenses pour les travaux de
préparation des futures récoltes. Les paysans sont alors obliges de vendre leurs bœufs afin
d’obtenir un peu d’argent liquide pour acheter des produits alimentaires et faire face aux dé-
penses d’exploitation. L’afflux des bestiaux sur le marche provoque une baisse des cours (mi-
nimum en avril) (44).
Au debut de la saison seche, c’est-à-dire jusqu’en juillet, l’effet de la saison des pluies
sur l’alimentation du betail se fait encore pleinement sentir. Les boeufs atteignent leur poids
le plus éleve ; la propension à la vente est moins forte et c’est la periode pendant laquelle la
Rochefortaise achete, ce qui explique la montbe des prix des “vositra”. Pendant la deuxieme
partie de la saison sbche et jusqu’en novembre, les ventes sont tres variables. La sécheresse
se fait sentir durement mais par ailleurs les recoltes fournissent nourriture et argent. A par-
tir de juillet, les prix ont tendance 51diminuer, peut-être en fonction de la moins bonne qualite
desanimaux.
La Figure no 23 montre l’evolution de .la. balance des ventes et achats de bovins pour
la plaine de Befandriana en 1967. Elle permet de distinguer deux periodes d’exportation, d’une
part les [Link] de la saison des pluies (décembre, janvier et fevrier), d’autre part le.
debut de la saison seche. Comme nous l’avons vu plus haut, la saison des pluies correspond
à une periode de ventes dues en particulier au besoin de liquidités monétaires ; les paysans de

Tableau 18
Importance des transactions par categorie de bovidés

Nb. de boeufs
MarchBs Vositra Maota Temboay Tamana Autres.
lvendus en 196
-
Befandriana sud 7 149 ‘2 2 131 2 804 996 819 399
29,8% 39,2% 14,0% 11,4% 5,6%
Antanikheva 1902 482 790 276 223 121
(incomplet) 25,9% 41,5% 14,5% 11,7% 6,4%
Betsioky 1318 238 654 183 152
18,1% 49,6% 13,9% 11,5% 6,:%
Ankililoaka 1685 275 819 252 218 121
16,3% 48,6% lS,O% 12,9% ,7,2%
Ankilimalinika 915’ 166 475 132
18,2% 51,9% 14,4% 8,;; . 7,Y%

Total 12 969 1487 799


11,5% 6,2%

(44)’ Notons cependant que les variations des prix ne sont sensibles que pour la categorie des “vositse”,
les seuls animaux faisant l’bbjet d’une véritable ‘sp8culation. Par contre, tamana, temboay et maota
ont des cours relativement stables tout au long de l’annee.

146
la plaine de Befandriana se défont alors de leurs “vositra” sans acheter en contrepartie des
jeunes am-maux. Le même phenomene se produit d’avril a aoQt à ceci pres que les transactions
sont nettement moins nombreuses.
Cette analyse rapide de l’évolution des ventes et des prix confirme donc l’aspect gené-
ralement non speculatif de cet élevage. Les ventes ne sont pas determinees par les prix mais
par les necessités de l’alimentation et de l’agriculture ainsi que par la pression fiscale. Notons
Agalement que l’influence de la saison seche ne se fait sentir qu’à retardement. En realita, le
“vositra” joue effectivement le role de volant de securité, de “caisse d’epargne”.

Au niveau global, et toujours à partir des cahiers de controle des marchés, on peut
estimer que sur un total de 13 200 boeufs commercialises en 1967 sur les cinq marchés, 8 700
environ proviennent de notre rdgion. Or, si l’on défalque le nombre des boeufs qui, apres la
vente, restent dans la même region (6300 environ), le nombre des boeufs exportes s’abaisse à
2 400 (45). Compte tenu de l’importance numérique du troupeau (82 000 têtes) nous pouvons donc
conclure à une tres nette sous-exploitation du cheptel bovin (46).

c--o
EN PROVENANC’E
DE LA REGION

DESTINATION
REGION

11111111
PERIODE
D’[Link]

0 I I I I l I 1 I I I I I I 1
FMAMJJASONDJF

Figure no 23 - Plaine de Befandriana : Bvolution’des ventes et achats de Bovides en 1967.

(45) 1: faudrait également ajouter à ce chiffre le nombre des bœufs achetés en dehors des marchés et ex-
portés vers d’autres ré[Link] la connaissance et l’inventaire de ces transactions sont impossibies
(46) Pour obtenir une approximation de l’exploitation du troupeau, il faudrait tenir compte non seulement
des exportations mais egalement des abattages effectues par les bouchers locaux et des abattages cé-
remoniels, deux renseignements que nous n’avons pu obtenir avec precision. Nous pouvons néan-
moins estimer à environ un millier le nombre de boeufs abattus en boucherie ; celui des abattages
cérémoniels restant impossible à apprecier.

‘147
B - LA COLLECTE ET LE COMMERCE DE DETAIL

1 - L’organisation commerciale pakistanaise et le syndicat des communes

La carte intitulée “Collecte et Commerce de detail” est issue de l’exploitation des re-.
sultats de l’enquête rbalisée chez les principaux commerçants de la zone. Les renseignements
obtenus btant incontrôlables, il importe de les considerer comme un ordre de grandeur. En
regroupant pour chacun des centres commerciaux la valeur des achats ou des ventes de tous
les commerçants questionnes, cette carte donne une hierarchie des centres en fonction de l’im-
portance des transactions. Ainsi, Befandriana et Antanimiheva apparaissent comme les deux
pôles economiques de la plaine de Befandriana ; Ankililoaka joue le même rôle pour sa région
tandis que Manombo et Ankilimalinika se partagent le contrôle de la basse Manombo, avec ce-
pendant un net avantage au profit de ce dernier, beaucoup mieux place sur l’axe routier Tulear-
Morombe. A côte de ces centres-cles realisant pour plus de quinze millions de francs de chif-
fre d’affaires, les autres villages ou se rassemblent des commerçants n’ont qu’un role secon-
daire (cf. Tableau 19).
Cette hiérarchie au niveau des centres correspond d’ailleurs a une hierarchie au niveau
des commerçants. C’est en effet à Befandriana, Antanimiheva, Ankililoaka,, Ankilimalinika et
Manombo que sont installes les principaux commerçants qui disposent des moyens financiers
et materiels (camions) necessaires a la collecte des produits locaux et qui jouent le role de
demi-grossistes vis-à-vis des boutiquiers de brousse.

Tableau 19

Lieux d’implantation Achats de produits locaux Ventes de produits locaux


?t marchandises genérales

Plaine de Befandriana
I Befandriana 5,8 millions Fmg 15,3 millions Fmg
Antanimiheva 7,4 *’ 11.1 ”
Bekimpay $5 ”
Adabomalinika 0,6 ”
Andranomena 0,7 ”
Plateau de Beravy
Betsioky 0,2 "
Soahazo 0 II
Analamisampy 0 11
Ampasikibo 0 II

Plaine d’Ankililoaka
Ankililoaka 3,7 ” 18,O ”
Ambatolily 2,l ” 2,5 ”
Basse Manombo
Aukilimalinika 17,9 ” 34,6 ”
Manombo 0,3 ” 16,5 ”
Ankadobarika 0,5 ” 0,3 ”
Beroroha 0 1, 0,4 ”

148
Cette differenciation entre commerçants est perceptible Lt travers l’aspect des instal-
lations commerciales. Le demi-grossiste, en géneral, dispose d’une vaste boutique où s’entasse
un échantillonnage extrémement varie de produits manufactur& parmi lesquels dominent les
tissus et les effets d’habillement. Derriere ce bazar souvent très animé, se trouve une cour
aux dimensions respectables, solidement cloturee, où, sous des appentis, sont stockes les
produits collectés (manioc, mais, paddy). Ces commerçants possèdent des moyens de trans-.
port et sont en relation directe avec les grossistes de Tuléar ou de Morombe auxquels ils li-
vrent leur collecte et commandent des produits d’importation. Le commerçant de brousse dis-
pose, au contraire, d’un magasin de taille réduite oh le nombre et la variete des produits en
montre sont beaucoup plus restreints. Le stockage de la collecte se fait le plus souvent dans
un coin du magasin et en gennéral la boutique n’offre guère de signe de prospérite .
Il est important de noter que la presque totalité de ces commerçants sont d’origine
pakistanaise. En effet, sur vingt collecteurs, dix-huit sont pakistanais et ces derniers achétent
98 % des produits locaux commercialisés (a l’exception du pois du Cap et des arachides). Au
niveau du semi-gros aussi bien qu’à celui du commerce de brousse, la domination des Pakis-
tanais ne parait pas discutée. Apparemment il n’en est pas de même au dernier niveau de la
hierarchie, c’est-a-dire pour le micro-commerce de brousse, car lâ se trouve le seul domaine
reserve aux Malgaches. Il s’agit en realité de petites boutiques, souvent indistinctes des cases
traditionnelles, oit sont venus quelques produits de première necessité (lait concentré, “paraky!’
ou tabac a chiquer, savon, etc. .). Ce micro-commerce n’a qu’une importance economique
minime et il depend en general des semi-grossistes pakistanais. On peut donc en déduire que
l’ensemble du commerce privé de la region est organisé sur un modèle hierarchique dont les
Pakistanais occupent les Qchelons les plus Bleves tout en en contrôlant la totalité.
Cette carte suggere egalement une autre remarque : dans tous les centres commer-
ciaux la valeur des ventes depasse toujours largement celle de la collecte. Ce déséquilibre
entre achats de produits locaux et vente de produits manufacturés est un phénomene nouveau
dtl à l’intervention d’un organisme officiel charge de l’achat des principaux produits de traite,
c’est-a-dire pois du Cap et arachide.
En effet, jusqu’en 1964, la domination pakistanaise sur l’ensemble du commerce était
totale et la traite des produits locaux constituait la base de leur systéme commercial (cf. P.
OTTINO : Les Qconomies paysannes malgaches du Bas-Mangoky et l’Économie commerciale
pakistanaise dans le delta du Mangoky). Or, depuis cette date, leur domination a ettb mise en
cause par la creation du Syndicat des Communes de la Préfecture de Tulear (S. C. P. T. ) qui a
reçu du gouvernement malgache le monopole d’achat du pois du Cap. Ne pouvant plus acheter
la principale production commercialisable de la région, les Pakistanais perdaient de ce fait
l’une des bases de leur systeme de traite. Outre ses effets sur le commerce pakistanais, la
creation des Syndicats des Communes a considérablement transformé la vie économique régionale.
En s’attribuant le monopole de droit sur la commercialisation du pois du Cap et de fait
sur celle de l’arachide, le Syndicat des Communes a mis en difficulte une bonne partie des com-
merçants pakistanais. Ceci s’est traduit par la fermeture d’un certain nombre d’établissements-
commerciaux. Ainsi, a Bemoka oh selon P. OTTINO on comptait en 1959 deux boutiques pakis-
tanaises, il n’y en a aujourd’hui aucune. A Antanimiheva, il en existe actuellement deux au
lieu de trois en1959. Il semble que ce phenomène a frappe plus durement les boutiques de
brousse dans la mesure où ces dernieres avaient moins de ressources. Lorsqu’il n’y a pas eu
fermeture, l’intervention du S. C. P. T. a au moins provoque une forte diminution des activites
commerciales. Dans la mesure oil L’un des intérêts de la collecte de pois du Cap etait de se
constituer une clientele, les commerçants pakistanais se trouvèrent dans la necessité, pour
maintenir cette clientele, de faire porter leurs achats sur des produits jusqu’alors peu com-
mercialises. Ceci explique en partie l’importance des ventes de manioc (plus de 3 900 T), de
paddy (‘716 T) et de mais (‘760 T). Mais ce transfert des operations de traite sur des produits
auparavant consideres comme exclusivement réservés a l’autoconsommation n’a Bté rendu pos-
sible que par la diminution de la production de pois du Cap consécutive à la création du Syndi-
cat des Communes.

149
.i’..
101

Pois du Cap Moriioc Mois Paddy

5(

@gh BASSE MANOMBO


0 Divers

Pois du Cap
4( Arachide
Manioc

PLATEAU DE BERAVY
(l

ANKILILOAKA
Haricots
( 0%
1t

PLAINE DE BEFANDRIAtiA
(
73,5 hi fmg 17,8 6,3 10,7 10,6 2,6 M fmq

Figure no25 - Valeur des produits collectés.


* x représente la valeur (en francs malgaches, FMG) des produits collectés par catégorie.
y représente la proportion du total des produits collectés pour chaque categorie et par région.

En effet, la creation du S. C. P. T. s’est accompagnée d’une serie de maladresses qui


ont .décourage bon nombre de planteurs de pois du Cap. Contrairement L ce qui se pratiquait
auparavant, le S. C. P. T. proposa un prix de campagne fixe et applique B toutes les zones pro-
ductrices. Mais cet avantage indéniable du cours fixe fut en grande partie aneanti par le niveau
trop bas du prix propose lors de la campagne de 1964 (14 Fmg du kg alors qu’auparavant les
cours variaient entre 25‘et 30 Fmg/‘kg).
En outre, le Syndicat des Communes ne pouvait avoir la même souplesse que le systeme
commercial pakistanais. En cours de campagne, les Pakistanais installaient des postes d’achat
provisoires ci proximite imm&diate des zones de production, ce qui evitait aux paysans le pro-
blème du transport. Actuellement, les postes d’achats du S. C. P. T. sont beaucoup moins nom-
breux et, dans la mesure ou ils ne sont pas mobiles, une partie des frais de transport revient
aux paysans producteurs.
L’un des buts de la creation du Syndicat des Communes était de supprimer les prêts
usuraires, pratique largement repandue et l’une des bases du systeme d’exploitation pakistanais.
Or, en supprimant ce système de prêt sans le remplacer par un autre, on enlevait à certains
paysans gros proprietaires les moyens financiers nécessaires a la preparation de la campagne

151
du pois du Cap, nouvelle cause de la diminuation de la production. Leur principale source de
revenu diminuant, les paysans ont d6 accroftre les ventes des produits qui, jusqu’alors, étaient
peu commercialisés. Ceci a permis &.une partie des Pakistanais de résister aux bouleverse-
ments introduits par le S. C. P. T. et de maintenir sous une forme, moins brillante et moins
lucrative, la même Bconomie de traite, la même exploitation du monde paysan. Les Pakistanais
ont perdu le monopole de la collecte [Link] ont su developper la commercialisation de cer-
tains produits, ce qui leur permet de maintenir & leur profit le monopole du commerce de
distribution.

2 - BiIan des échanges

la colkicte
En tenant compte, d’une part des résultats de nos enquêtes (sujets ;Z caution), et, d’au-
tre part, des statistiques du Syndicat des Communes (tres Pr&is,- au contraire), nous pouvons
estimer que la valeur de l’ensemble des produits collectes en 1967 dans la r6gion s’fX+ve à
126,5 millions de ,Fmg.
En nous reférant au tableau 20 et à la figure 25, nous voyons que le pois du Cap est
toujours, et de tri% loin, la premiere source de revenu (58% de la valeur des produits collec-
tes). Les autres postes sont nettement moins importants mais nous trouvons cependant en
deuxieme et troisieme position le manioc et le paddy qui représentent respectivement 14 % et
8,4 % des apports en valeur, indice de la place que tiennent actuellement ces produits reputés
vivriers dans l’économie monétaire (47). Ce phenomène permet aux Pakistanais une impor-

Tableau 20
Commercialisation des produits locaux par zone de production en 1967

‘;
Produits Poids total Valeur Fmg Basse mnombo Ankililoaka Beravy Befandriana sud

Pois du Cap 33.38,5,T 73 456 000 1721 T 208 T 1237 T 172,5 T


37 861000 Fmg 4 594 000 Fmg. 2’7 205 000 Fmg 3 796 000 Fmg
Arachide 499 T 10 596000 - 52,6 T 128,9 T 317,5 T
1131000 Fmg 2 770 000 Fmg 6 668 000 Fmg
Paddy 716 T 10 762 000 132 T 302,5 T 282 T
1977 000 Fmg 4 543 000 Fmg 4 242 000 Fmg
Manioc 3 160 T 17 845 000 1480 T 455 T 21 T 1204 T
8 778000 Fmg 2 716000Fmg 157 000 Fmg 6 194 000 Fmg
Mais 760 T 6319000 351 T ‘4 T 5T 400 T
3 131000 Fmg 28000Fmg 30 000 Fmg 3 130 000 Fmg
Haricots 61 T .2 600 000 61 T
2 600 000 Fmg
Lob 4 T 59 500 4T
59 500 Fmg
Divers 4 926 500 4 758 000 Fmg 7 500Fmg 161000 Fmg
alguesecoquilles 0,5 T ricin 3,7 T (oignon:

Total 126537000 56 505 000 Fmg 13 012 000 Fmg .30 169 500 Fmg 26 850 000 Fmg

152
tante speculation sur le paddy en particulier. En nous fondant sur les resultats de nos enquêtes,
la region serait exportatrice de riz : 716 T de paddy, soit environ 478 T de riz, seraient ex-
portees alors que les importations de riz usine s’eleveraient à 429 T, soit un solde positif de
49 T de riz (ce, pour 1967).
Il n’en reste pas moins vrai que le systeme de collecte est domine par le Syndicat des
Communes qui, non seulement a le monopole d’achat du pois du Cap et des arachides, mais
encore achète du paddy à Ankililcaka. Dans l’ensemble, il effectue 67,5 % du chiffre d’affaires
de la collecte. La totalite des produits qu’il achète est, transferee à Tulbar oii le pois du Cap
est trie et conditionne pour l’exportation et les arachides vendues à l’huilerie. Les produits
collectes par les Pakistanais ont, en genéral, la même destination (Tulear) oit ils sont vendus
à des exportateurs ou à des entreprises industrielles. Seuls quelques commerçants de la plaine
de Befandriana entretiennent des relations d’affaires avec Morombe (cf. tableau 21). Nous
pouvons donc affirmer que notre region fait partie de la zone d’influente Economique de Tuléar
à l’exception de la plaine de Befandriana en partie orientee vers Morombe.
En comparant les deux cartes (Collecte et commerce de detall, figure 24, et Collecte
du pois du Cap et des arachides, figure 26), nous voyons se differencier les sous-regions selon
l’importance des ventes et le genre de produits vendus :
. La Basse Manombo apparae comme la principale zone productrice de pois du Cap
.et de manioc. Dans l’ensemble, elle fournit 45 % de la valeur des produits collectés.
. La spécialisation de la plaine d’Ankililoaka dans le domaine de la riziculture se re-
trouve au niveau de la commercialisation (42 % du paddy collecte). Hormis le paddy,
ses autres ventes sont faibles’ et cette zone n’apporte que 10% du total de la collecte.
. Les paysans de la vallee d’Androka tirent leur revenu presque exclusivement de la
vente de pois du Cap et de l’arachide (24% de la valeur de la collecte).
. Enfin, la plaine de Befandriana commercialise tout l’échantillonnage des produits
mais en quantite relativement faible, sauf pour l’arachide dont elle est le principal
fournisseur (21% de la valeur de la collecte).
Cependant, en mettant en relation la valeur de la collecte et la population de chaque
zone, nous nous apercevons que la vallee de 1’Androka est la zone la plus fortement integrée
dans l’Économie d’echange (ventes s’Alevant à 3 400 Fmg par personne). La Basse Manombo
et la plaine de Befandriana occupent de ce point de vue une situation moyenne (2 000 Fmg environ
par personne), alors que dans la plaine d’Ankililoaka les revenus de la collecte sont les plus
faibles (1800 Fmg par habitant).

le commerce de distribution
L’argent mis en circulation au moment de la collecte trouve tres rapidement son uti-
lisation dans l’achat d’objets manufactures ou, en periode de disette, dans l’acquisition de pro-
duits vivriers. Il suffit d’ailleurs d’observer le processus même de la collecte pour s’aperce-
voir que la monnaie ne joue souvent qu’un r61e secondaire. Par bien des aspects, la traite
ressemble à une operation de troc. Aussitôt en possession de son dQ, contrepartie de quelques
kilogrammes de paddy ou de manioc qu’il vient de vendre au boutiquier, le paysan achete les
produits dont il a imm&liatement besoin. Si la somme est minime, l’operation sera rapide et
sans histoire, le paysan echangeant ses quelques pibces de monnaie contre un petit flacon de
pétrole ou quelques paquets de tabac à chiquer. Si, au contraire, la somme disponible est plus
importante, le client portera son dévolu sur un coupon de tissu ou un vêtement sur le choix
duquel il hésitera et dont il discutera le prix. Mais, la souplesse du commerçant d’une part
et la pression de la necessite pour le paysan d’autre part, facilitent beaucoup la transaction.
Le retour immbdiat de l’argent aux mains du commerçant explique l’intérêt que presente pour

(47) Le manioc collecté est envoyé sur Tuléar d’ail il repart vers le pays antandroy déficitiaire. Une
partie est cependant transformée en provende pour les animaux. Le paddy est vendu aux riziers de
Morombe et de Tulhar.

153
Figure no 27 - Commercialisation du pois du Cap en 1967 (ensemble du sud-ouest).
154
Tableau 21
Courants commerciaux TlTlfiar-Morombe

r
t
Destinations
Région de provenance
Morombe
l- TulBar

P&istanais S.C.P.T.

Befandriana sud 9 042 000 Fmg 11382 000 Fmg 10 464 000 Fmg
Plateau de Beravy 0 255 000 29 975 000
Ankililoaka 0 7435 000 7 247 000
Basse Manombo 0 21109 000 37 801000

Total 9 042 000 Fmg 40 181000 Fmg 85 487 000 Fmg

ce dernier le système de la traite. .En effet, cette pratique, par ailleurs tres connue dans le
monde tropical, lui permet d’effectuer presque simultanement une double operation commer-
ciale sur laquelle il. realise des bénefices importants et qui lui donne le contrôle de la circula- j
tion monétaire.
En réalisant notre enquête auprès des commerçants, nous avons essaye d’evaluer
l’importance des ventes par grandes categories de produits. Pour ce faire, nous avons dis-
tingue neuf groupes de denrees (cf. tableau 22). Les resultats font apparatire l’bnorme impor-
tance du poste “tissu et habillement” ‘(44,8-o des ventes). Viennent, en seconde position, les
ventes de produits alimentaires (21,4%) constituees essentiellement par du riz usine écoulé
en periode de disette. Nous noterons egalement l’existence d’un poste “divers” oh figurent,
des produits que l’on pourrait qualifier de luxe (machines à coudre, transistors, etc. .). En
definitive, cette repartition des ventes permet de supposer que les paysans masikoro se trou-
vent dans une situation Economique relativement Bquilibrde. L’achat de produits alimentaires
est sans doute necessaire mais il n’accapare pas la majeure partie du budget et laisse quelques
disponibilités monetaires pour ‘l’acquisition de biens d’équipement. L’autoconsommation reste
donc. la base de l’Économie paysanne et les ventes de produits vivriers correspondent en partie
à un surplus (valeur des ventes de produits vivriers : 37,6 millions et valeur des achats de ces
mêmes denrees : 13,6 millions, soit un solde positif de 24 millions).
En conservant le quasi, monopole de la distribution, les Pakistanais continuent toujours
à drainer à leur profit non seulement les revenus de la vente des produits vivriers mais encore
ceux de la commercialisation du pois du Cap et des arachides. En effet, sur les 126,5 millions
de Fmg de la valeur globale de la collecte, 106,9 millions de Fmg au moins reviennent direc-
tement aux commerçants.
En schematisant, nous: pouvons dire que l’économie régionale s’articule de la façon
suivante. Le monde paysan autoconsomme une grande partie de ses productions [Link] ses
revenus monetaires de la vente de. ses surplus de produits vivriers, du pois du Cap et de l’ara-
chide, d’une partie de son cheptel et enfin des salaires perçus dans les concessions. La plus
grande part de ces revenus est utilisee à l’acquïsition de biens de consommation courante et de
quelques objets d’équipement ainsi qu’au remboursement des dettes [Link] les bailleurs
de fonds pakistanais exigent des taux usuraires. Le solde revient au pouvoir public sous forme
d’imp8ts et taxes diverses. En réalite, l’integration du monde paysan à l’Économie d’échange
n’est que trés marginale et l’intervention du Syndicat des Communes n’a pas encore mis en
cause le système de domination du commerce pakistanais.

155
Tableau 22
Commerce de distribution : valeur des ventes par types de produits et par zones
(valeurs en millions de Fmg)
T

Zones 1 2 3 4 5 6 7 8 9’ Total

Basse Manombo 4,O 1;7 0,8 271 079 13,6 228 022 4, 7 30,8 *
Plaine d’Ankililoaka 170 190 093 197 ‘3,6 897 075 071 323 17,2
Plateau de Beravy 0,7 0,6 022 098 OP3 394 092 272 694
Plaine de Befandriana 60 195 0, 6 2,7 171 12,9’ 172 071 3,7 29,8
Total régional’ 11,7 4,8 1,9 793 279 38;6 497 094 13,9 86,2
% par produits 13,ô 576 292 895 393 44,8 5,4 025.' 16,1 100 *

1 - Produits alimentaires dlorigiue locale (riz, manioc, mais, lojy),


2 - Aliments de première nécessité (sel, sucre, huile),
3 - Conserves alimentaires,
4 - Produits d’entretien,
5 - Ustensiles de menage,
6 - Tissus et habillement,
7 -‘Outillage, quincaillerie,
8 - Fournitures scolaires,
9 - Divers (maroquinerie, machines à coudre, transistors).
* Sommes auxquelles il faut ajouter 20,7 millions de Fmg que nous n’avons pu ventiler (soit un total
de 106, 9 millions).

156
CONCLUSION

L’un des résultats de cette &ude basée sur la cartographie est certainement la distinc-
tion de petites unit& sous-r&gionales d6finies 3 partir des composantes du milieu naturel et
que nous avons retro+es tout au long de 1’exposQ. Pour rQsumer d’une manihre, un peu’ stm-
pliste peut-être, cette démarche nous avons réalise une carte de synthése en privilhgiant quatre
critères : le milieu naturel, la densit6, la riziculture et la production de pois du Cap. A cha-
cune de ces donn6es et pour chaque sous-r6gion nous avons attribue une valeur. C’est ainsi que
le milieu naturel, considér6 comme la combinaison du sol et de l’eau, Bléments essentiels pour
l’agriculture, a 6% qualifie de bon lorsqu’il offrait un fort pourcentage de sols alluvionnaires
ou argilo-calcaires et d’importantes ressources en eau (cas de la Basse Manombo et de la plaine
d’Ankililoaka),. Lorsque l’un de ces deux Al6mBnts est moins abondant ou manque, il est qualifi6
de moyen (la vall6e de 1’Androka pos&de de bons sols mais n’a guère de ressources hydrau-
liques alors que dans la plaine de Befandriana l’irrigation est possible, mais les sols paraissent
de qualit moyenne). Les zones marginales du plateau de Beravy et de la plaine de Befandriana
n’offrent de ce point de vue que des ressources naturelles mediocres. Nous avons Agalement
remarque la concentration de la population sur les zones les plus favorisées par la nature (Basse
Manombo et Ankililoaka oh les densites sont superieures à 50 h/km2). Les cultures pratiquees
accentuent cette différenciation entre sous-régions, chacune étant sp&ialisée dans une ou deux
productions.
D’autres critères pourraient s’ajouter à ceux que nous venons d’employer et viendraient
confirmer cette zonation. Seule l’impossibilité technique de multiplier les signes sur la carte
ne nous a pas permis de faire figurer l’importance relative de l’&evage, la densité de l’occupa-
tion du sol ou la proportion de terrain immatriculé.
S’il nous a paru important d’aboutir à la délimitation de zones plus ou moins homoggnes
à l’interieur de notre rbgion, c’est que nous pensons qu’une telle demarche est un préliminaire
necessaire à une intervention de developpement. Or, comme nous l’avons d6jà signal6 dans
l’introduction, par cette Qtude il nous &ait demandé de brosser un tableau d’ensemble du milieu
humain de cette r6gion du pays masikoro, tableau destin6 à préparer une intervention du minis-
t&re de l’agriculture [Link] dans la plaine de Befandriana où la dbcouverte recente de
Z’artBsianisme permettait d’envisager l’extension des surfaces irriguées et la cr6ation de nou-
velles ressources. En &ablissant et en commentant ces cartes, nous esp6rons avoir apport6
aux responsables de ces op8rations les quelques AlBments de connaissances qui leur permettront
de definir les buts à atteindre et les m6thodes d’intervention à adopter pour chacune des sous-
regions .
Pour autant qu’il soit permis à un geographe de s’aventurer dans ce domaine, nous
pensons pouvoir proposer quelques suggestions. Compte tenu de ce que nous avons pu affirmer
dans les chapitres pr&&lents, nous estimons que les interventions devraient se concentrer de
pr&f&ence sur les secteurs mbridionaux, Basse Manombo et plaine d’Ankililoaka 013la valeur
des sols, les ressources en eau et la forte densit6 de population nous semblent être des facteurs
favorables. De plus, une telle action nous parafi plus urgente mais Agalement plus difficile
dans ces zones où la structure fonci&re Evolue rapidement et où la prQsence des concessions
europeennes marque profondement les mentalites.

157
Milieu naturel (Sol- Eau)
/ Bon
/

.1:.
.. Densité
.*.:.
3
a,*. a Supérieure à 50 h/km’
m Entre. 10-50 h/km2
a 0 Inférieure à 10 h/km2
b Suface riricole

Production de Pois du Cap

B Importante.

15. 20 25 Km

Figure no 28 - Carte de synthk.


158
Même si l’on peut considerer que dans l’ensemble cette region ne souffre pas d’un dé-
ficit de production vivrière, un des buts premiers de l’intervention serait, à notre sens, de
rationaliser et d’intensifier les cultures traditionnelles, en particulier le ma& là 013les sols
s’y prêtent. En effet, les aleas climatiques pesent lourdement sur l’Économie locale et SOU-
mettent le paysan â une grande insécurite. A cette fin, deux moyens peuvent être utilisés, d’une
part améliorer le systeme d’irrigation, l’etendre et rationaliser la distribution et l’utilisation
de l’eau, d’autre part donner aux paysans les moyens techniques d’accroi’tre les surfaces culti-
vees. La divulgation des methodes de culture attelée est d’ailleurs commencee mais elle se
heurte à des obstacles sociologiques (les paysans n’acceptent pas d’utiliser leurs propres bœufs
à la traction des charrues) et Economiques (le cofit de l’attelage et de la charrue est tres élevé
pour un budget paysan).
Les cultures commerciales, pois du Cap et arachide, pourraient retrouver l’impor-
tance qu’elles avaient il y a quelques annees si les methodes de commercialisation etaient ame-
liorées et ce d’autant plus facilement que le prix d’achat du pois du Cap vient. d’être fixe B un
taux-plus rémunerateur . La creation de postes d’achat itin&ants permettrait d’enlever au pro-
ducteur la charge financiere du transport de sa marchandise. A ce sujet, bien d’autres propo-
sitions pourraient être faites mais nous entrons ici dans un domaine qui n’est pas le notre.
L?ntroduction de nouvelles cultures est par ailleurs envisageable. Le coton, jusqu’à
maintenant speculation réservee aux concessionnaires européens, est susceptible de trouver
des adeptes parmi les paysans masikoro. En depit de 1’ “a priori” défavorable qui, aux yeux
du paysan, accompagne cette plante du fait de son introduction par les concessionnaires euro-
péens, le coton pourrait s’implanter sur les zones de baiboho encore peu utilisees et meme
dans la plaine de Befandriana où des essais relativement satisfaisants ont dejà et6 réalises.
Dans cet ensemble d’interventions necessairement intégrees, l’élevage ne peut être
negligé. Certes le risque est bien connu de voir les profitsmonétaires d’un surcroré de pro-
duction s’investir dans l’élevage, non sous forme d’amelioration des techniques mais tout sim-
plement sous forme d’un accroissement du cheptel. De ce point de vue l’elevage jouerait un
rôle de frein au developpement. Cependant, nous pensons qu’actuellement il n’est plus totale-
ment etranger au calcul économique. Le r61e de reserve de valeur qu’il joue de plus en plus,
phénomène dont les’eleveurs sont conscients, permet d’esperer son intégration progressive
dans l’economie d’bchange.
Cependant, toutes ces interventions destinees à accroître la sécurité alimentaire des
paysans et ses revenus monétaires, nous sembleraient inutile; si le systeme commercial actuel
n’etait pas remis en cause. Nous avons vu prbcédemment que le commerce pakistanais, malgré
l’intervention du Syndicat des Communes a su conserver le controle de la vie Economique régio-
nale. Tres bien adapte au contexte sociologique du monde paysan, il facilite la production par
les prêts qu’il offre mais tire de cette situation de créditeur des profits exorbitants. Le double
monopole (du prêt et de la distribution) dont il dispose lui permet d’exercer une domination éco-
nomique sans conteste qui inhibe tout processus de developpement.
Avant de mettre un point final a cet expose, [Link] insister sur le fait qu’il
s’agit d’une étude tres rapide dans laquelle on peut relever de nombreuses lacunes, Ayant com-
me objectif de cartographier le maximum de phenomenes sur l’ensemble de la region, nous
n’avons pas eu les moyens d’approfondir certains themes. Par exemple le depouillement des
archives relatives à cette region n’a pas etté fait ce qui explique la faiblesse de l’element his-
torique souvent tri% revelateur . Nous n’avons, par ailleurs, pas eu la possibilité d’étudier en
détail le système foncier traditionnel encore applique dans la majeure partie des villages. L’ana-
lyse des techniques cultures des paysans n’a et6 abordee que tri% superficiellement.
Par bien des aspects, ce travail nous paral’t incomplet, cependant nous pensons que
cet essai d’etude regionale basée sur la cartographie presente un double interêt, sur le plan
pratique d’une part et sur le plan methodologique d’autre part.
Comme toute étude géographique regionale, elle offre l’avantage de rassembler et
d’ordonner de multiples informations disparates. En ordonnant ces informations parthèmes,

159
et en les replaçant dans l’espace; les cartes apportent une image concréte et facilement per-
ceptible de la r&alit& régionale. De ce point de vue, l’expression graphique permet d’atteindre
un certain degré d’exhaustivité et de prkision avec beaucoup plus de faciiit$ et de clart6 que
le seul texte Bcrit.
De plus, un jeu de cartes th&natiques offre l’avantage de pouvoir se prêter à:de mul-
tiples confrontations et superpositions permettant, ct partir de critères objectifs, une subdivi-
sion de la Agion considér4e en unit& plus restreintes et plus homoggnes. Cette possibilit6
nous semble d’un inter& primordial pour les “praticiens du developpement” dans la mesure
où elle leur donne des 616ments pour definir, en fonction de chaque “zone”, les buts à atteindre
et adopter les m&tïiodes d’intervention. Nous’pensons pourtant que ce type d’btude régionale,
en définitive assez rapide et peu approfondie, ne peut satisfaire pleinement les exigences des
responsables d’opérations. Le tableau d’ensemble offert par les cartes regionales pose en
effet plus de questions qu’il ne permet d’en résoudre. En r@.alité, cette étude ne prend son
sens que comme préliminkire à une s6rie de recherches plus spécialis&es : elle permet de
poser en termes pertinents les problSmes essentiels auxquels le geographe n’est d’ailleurs
nas toujours habilite 3. rêpondre.
Sur bien des points, l’intiW3t pratique et l’int$r& mbthodologique de ce type de re-
cherches convergent. En effet, un atlas regional represente en’quelque sorte une tentative
de bilan des connaissances sur un espace donne.
De plus, hormis son aspect pratgque souligné plus haut, la traductionlgkaphique des
principaux éléments du milieu naturel, des activit& et de la vie konomique d’une région nous
semble int8ressante en elle-même. Les exigences d’exhaustivité et de pr6cision impliquées
par 1%cartographie imposent au g6ographe le passage d’un mode d’expression purement litte-
raire et souvent “impressionniste” Ctun mode d’expression plus scientifique et par cons&quent
plus opfkationnel.
Cette exp&ience, Premiere du genre % Madagascar, semble-t-il, nous a permis de
mettre au point, en fonction des conditions de travail en ce pays, une marche à suivre qui, au
moins dans ses grandes lignes, pourrait servir de modgle à d’autres &udes du meme type. Elle
nous a Bgalement donne l’occasion de constater que la collecte de, l’information représentait la
part essentielle du travail. L’importance disproportionn&e de cette t%che par rapport aux autres
aspects de la recherche tient & l’insuffisance des donnees de base collectées par les services
locaux. En fait, incombent aux chercheurs des tkhes qui, logiquement, devraient revenir à
l’administration elle -même.
Mais l’int&&[Link] cette sorte d’étude est d’offrir une bonne préparation à une
recherche interdisciplinaire. De même qu’aux yeux du technicien, il faut les compl&er par
des enquêtes plus directement orientées vers la solution de probl&mes pratiques, de même
[Link] dulchercheur, elle doit être Prolong&e par de nouvelles études impliquant la partici-
pation de ‘disciplines diverses. En effet, comme nous l’avons vu pr&c&lemment, l’inventaire
cartographique régional permet de cerner les problBmes clefs ; cette premigre démarche aide
d’une part à poser en termes ad&quats les orientations et les hypothkes de travail nécessaires
à une Bquipe de recherche interdisciplinaire ; elle permet d’autre part de situer les divers
points d’application de ces recherches Lt entreprendre. $ans vouloir réserver au géographe
1’ exclusivité de cette tâche préparatoire, nous pensons que ce dernier est bien armé pour con-
tribuer, d6s le départ, rl la réalisation d’une recherche intdgr&e.
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162
- &Ws périodiquea :
- ~~~Q~Qto~i~ wn&dicatie: et parrmitutb, articles relatifs à I’&pid8miologie des grandes
end8mics tropicales transmises par des invertBbr&, & la biologie de leurs vecteurs et des parasites,
et aux n&h0&?s de lutte,
- g8ol I* : Btudes sur Ier trois th&mer suivants : alt&ation des roches, géalsgle marine des marges
canr. ntales, tectonique de la. rkgion andine.
ie : Etudes biolagiques des eaux k I’int&rieur des terres, principalement dans les
23nes intertropicalçs.
- hydrtatc@e : atudes, mkthodes d’observation et d’exploitation des ‘donn&eS; concernant les
cours d’eau interwopicaux et leurs r&imes en Afrique, Madagascar, Amérique du Sud, Nouvelle-
Calédonie..,
- Q~~~~Q~~~~hi~ t QLudes d’c&ancPgraphie physique et biologique dans la 2onc intertrt@calti,
dom une importante partie r8wlr.e de?J [Link] des navires oc&anographiques de I’ORSTOM ou
utilisës oar lui.
articles relatifs aux probkmes soulev&~ par I’kude des sols des r&gions inter-
tropicales et m~direrran8ennes (morphologïe, carsctérisation physico-chïmique et miniralo@que,
classification, relations entre 5als et geomorphologie, prabl&mes Il& aux sels, B l’eau, B l’krosion,
& la k%ilid des sols) ; r&um&s de eh&ses et notes techniques.
- ~ci~~c~~ ~u~~i~~~ : Etudes g&ographiques, sociologiques, &onomiques, d&mographiques BC
ethnologiques concernant les mllieux et les probl&mes humains principalement dans les zones
hwXtropicales.

- biolrsgic; : &udrs consacr&zs & diverses branches de la biologie v&g&ale at animale.


- ~~~~~~~i~~~ : données et &udes concernant la. gravimdtrie, le mag~6tiame er Iz sbmologie.

: consacr&s aux 6tudes approfondies (syntheaes ~Bgionales, thbes, . . ) dans les


diverses cllsciplines scienL3fiquee (53 titrea parus) L

FAUNE T~~~tC~~~ : cûllêctîon d’m~v~age~ ~rincip3leinent de syst&matiqtie, couvrant ou pwvanC


cauwis tous les domaines géographiques CI~ I%RSTOM exerce ses activii2s (18 titres pz~us).

INITI T~Tt~~~ TECNI IJES : mise au point et synthéses au nivew, soit


de l’enseignement supêrieur, soit dkne vulgarisation scientifiyuement sure (li3 titres parus).

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sation (10 titres parus).

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intêïessant des domaines scientifiques ou des l’égicxw g6ogra@iques tr&s vsribes,

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vét&%aire)9 XlXme annk .
a. R. s. T. 0. M.

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