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Contamination Croisée

Le Manuel de sécurité biologique en laboratoire, quatrième édition, fournit des directives sur la décontamination et la gestion des déchets dans les laboratoires. Il aborde les méthodes de décontamination, y compris le nettoyage, la désinfection chimique et thermique, ainsi que la gestion des déchets liquides et solides. Ce document est publié par l'Organisation mondiale de la Santé et est disponible sous licence Creative Commons.

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Contamination Croisée

Le Manuel de sécurité biologique en laboratoire, quatrième édition, fournit des directives sur la décontamination et la gestion des déchets dans les laboratoires. Il aborde les méthodes de décontamination, y compris le nettoyage, la désinfection chimique et thermique, ainsi que la gestion des déchets liquides et solides. Ce document est publié par l'Organisation mondiale de la Santé et est disponible sous licence Creative Commons.

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I MANUEL

DE SÉCURITÉ BIOLOGIQUE EN
LABORATORY LABORATOIRE
BIOSAFETY MANUAL – FOURTH EDITION

QUATRIÈME ÉDITION
ET
MONOGRAPHIES ASSOCIÉES

DÉCONTAMINATION ET
GESTION DES DÉCHETS
II LABORATORY BIOSAFETY MANUAL – FOURTH EDITION
MANUEL DE SÉCURITÉ BIOLOGIQUE EN LABORATOIRE
QUATRIÈME ÉDITION
ET
MONOGRAPHIES ASSOCIÉES

DÉCONTAMINATION ET
GESTION DES DÉCHETS
Décontamination et gestion des déchets [Decontamination and waste management]
(Manuel de sécurité biologique en laboratoire, quatrième édition et monographies associées/
Laboratory biosafety manual, fourth edition and associated monographs)
ISBN 978-92-4-005946-7 (version électronique)
ISBN 978-92-4-005947-4 (version imprimée)

© Organisation mondiale de la Santé 2023


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Citation suggérée. Décontamination et gestion des déchets [Decontamination and waste


management]. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2022 (Manuel de sécurité biologique
en laboratoire, quatrième édition et monographies associées/ Laboratory biosafety manual, fourth
edition and associated monographs). Licence : CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

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la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part de l’OMS aucune prise de position
quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé
de leurs frontières ou limites. Les traits discontinus formés d’une succession de points ou de tirets sur
les cartes représentent des frontières approximatives dont le tracé peut ne pas avoir fait l’objet d’un
accord définitif.

La mention de firmes et de produits commerciaux ne signifie pas que ces firmes et ces produits
commerciaux sont agréés ou recommandés par l’OMS, de préférence à d’autres de nature analogue.
Sauf erreur ou omission, une majuscule initiale indique qu’il s’agit d’un nom déposé.

L’OMS a pris toutes les précautions raisonnables pour vérifier les informations contenues dans la
présente publication. Toutefois, le matériel publié est diffusé sans aucune garantie, expresse ou
implicite. La responsabilité de l’interprétation et de l’utilisation dudit matériel incombe au lecteur. En
aucun cas, l’OMS ne saurait être tenue pour responsable des préjudices subis du fait de son utilisation.
iii

Sommaire
Remerciementsiv

Glossaire terminologiquevi

Résumé analytiquex

SECTION 1 Introduction1

SECTION 2 Méthodes de décontamination3

2.1 Nettoyage et protocole d’hygiène des mains5

2.2 Désinfection chimique6

2.3 Désinfection gazeuse15

2.4 Désinfection thermique16

2.5 Stérilisation21

2.6 Indicateurs biologiques et chimiques21

SECTION 3 Gestion et décontamination des déchets25

3.1 Considérations pour la gestion des déchets25

3.2 Décontamination des déchets liquides32

3.3 Décontamination des déchets solides34

SECTION 4 Méthodes d’inactivation37

4.1 Inactivation des échantillons37

Références bibliographiques42

Informations complémentaires46
iv DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Remerciements
Coordonnateur principal

Dr Kazunobu Kojima, Organisation mondiale de la Santé, Suisse

Contributeurs scientifiques

M. Allan Bennett (Chef d’équipe), Public Health England (WHO Collaborating Centre
for Applied Biosafety and Training), Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du
Nord

Dr Alan Beswick, Health and Safety Laboratory, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et


d’Irlande du Nord

Mme Marianne Heisz, Agence de la santé publique du Canada (Centre collaborateur


de l’OMS pour la sécurité et la sûreté biologiques), Canada

M. Peter Hoffman, Public Health England (Centre collaborateur de l’OMS pour la


sécurité biologique appliquée et la formation), Royaume-Uni de Grande-Bretagne et
d’Irlande du Nord

Dr Stéphane Karlen, Institute of Virology and Immunology, Université de Berne, Suisse

Dr Catherine Makison Booth, Health and Safety Laboratory, Royaume-Uni de Grande-


Bretagne et d’Irlande du Nord

Dr Paul Meechan, Centers for Disease Control and Prevention (Centre collaborateur
de l’OMS pour la sécurité et la sûreté biologiques), États-Unis d’Amérique

Mme Heather Sheeley, Public Health England (Centre collaborateur de l’OMS pour la
sécurité biologique appliquée et la formation), Royaume-Uni de Grande-Bretagne et
d’Irlande du Nord

Dr Kathrin Summermatter (Cheffe d’équipe adjointe), Institute for Infectious Diseases,


Université de Berne, Suisse

Gestion de projet

Mme Lisa Stevens, Organisation mondiale de la Santé, France

Mme Rica Zinsky, Organisation mondiale de la Santé, Suisse


REMERCIEMENTS v

Examinateurs

Dr David Holmes, Centers for Disease Control and Prevention (Centre collaborateur de
l’OMS pour la sécurité et la sûreté biologiques), États-Unis d’Amérique

Révision technique

Mme Fiona Curlet

Aide financière

L’élaboration et la publication de ce document ont été rendues possibles grâce au


soutien financier du Programme de partenariat mondial, Affaires mondiales Canada,
du Biosecurity Engagement Program, Département d’État des États-Unis, et de la
Defense Threat Reduction Agency, Département de la défense des États-Unis.
vi DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Glossaire terminologique
Agent biologique : Un micro-organisme, une toxine biologique, une protéine (prions)
ou un endoparasite humain, d’origine naturelle ou génétiquement modifié, qui peut
potentiellement provoquer une infection, une allergie, une toxicité ou présenter un
danger pour la santé humaine.

Agent pathogène : Agent biologique pouvant provoquer des maladies chez les
humains, les animaux ou les plantes.

Bactéries végétatives : Cellule d’une bactérie ou d’une algue unicellulaire qui se


développe activement au lieu de former des spores.

Charge : Produits, équipements ou matériaux devant être traités ensemble dans un


cycle d’autoclave, par exemple.

Chlore disponible : Mesure de la quantité de chlore disponible dans les composés


d’hypochlorite et d’autres produits chimiques désinfectants, utilisés comme source de
chlore, par rapport à celle du chlore gazeux à l’état pur.

Contamination : Introduction d’agents biologiques indésirables dans les tissus et les


échantillons, ou sur les surfaces.

Contamination croisée : Processus de transfert physique non intentionnel d’un agent


biologique d’un support à un autre (substance, objet), avec un effet potentiellement
nocif.

Décontamination : La réduction du nombre d’agents biologiques viables ou d’autres


matières dangereuses sur une surface ou un objet à un niveau prédéfini, en utilisant
des moyens chimiques et/ou physiques.

Dénaturation : Processus par lequel des molécules complexes sont obligées de


modifier leur conformation par des moyens chimiques ou physiques, tout en
conservant leur composition. Ce processus s’accompagne souvent d’une perte de
fonction et peut être réversible ou irréversible.

Désinfectants : Produits capables d’éliminer les agents biologiques viables sur les
surfaces ou dans les déchets liquides. Ceux-ci ont une efficacité variable selon les
propriétés du produit chimique, sa concentration, sa durée de conservation et la durée
de contact avec le produit.

Désinfection : Processus permettant d’éliminer les agents biologiques viables des


objets ou des surfaces dans le but d’assurer une manipulation ou une utilisation plus
sûre.
GLOSSAIRE TERMINOLOGIQUE vii

Désinfection thermique : Désinfection réalisée par l’action de la chaleur humide ou


sèche.

Dispositif de confinement primaire : Un espace de travail confiné conçu pour


protéger l’opérateur, l’environnement de laboratoire et/ou le matériel de travail pour
les activités qui présentent un risque d’aérosolisation. La protection est assurée en
séparant les travaux effectués dans la zone principale du laboratoire et/ou en mettant
en œuvre des systèmes de ventilation qui créent des flux d’air dirigés et contrôlés. Les
dispositifs de confinement primaire comprennent les enceintes de sécurité biologique
(ESB), les isolateurs, les dispositifs de ventilation à la source et les espaces de travail
ventilés.

Dosimétrie : Mesure de la dose de rayonnements ionisants absorbée par un objet.

Enceinte de sécurité biologique (ESB) : Un espace de travail confiné ventilé conçu


pour protéger l’opérateur, l’environnement de laboratoire et/ou le matériel de travail
pour les activités qui présentent un risque d’aérosolisation. Le confinement est assuré
en séparant les travaux effectués dans la zone principale du laboratoire et/ou en
mettant en œuvre des systèmes de ventilation qui créent des flux d’air dirigés et
contrôlés. L’air évacué passe à travers un filtre à air à très haute efficacité (HEPA)
avant d’être recyclé vers le laboratoire ou le système de chauffage, ventilation et
climatisation du bâtiment. Il existe différentes classes d’ESB (I, II et III) offrant différents
niveaux de confinement.

Endospore : Cellule formée par certaines bactéries à gram positif quand les conditions
sont défavorables à leur croissance. L’endospore est extrêmement résistante à la
chaleur et à d’autres agents nocifs.

Fumigant : Produit chimique désinfectant utilisé pour la fumigation lorsqu’il est à l’état
gazeux.

Fumigation : Utilisation d’un gaz ou d’une vapeur toxique pour éliminer la


contamination d’un agent biologique d’une surface, d’un équipement ou d’une zone.

Humidité relative : Quantité de vapeur d’eau présente dans l’air, exprimée en


pourcentage de la quantité nécessaire pour atteindre un niveau de saturation à la
même température.

Inactivation : Suppression de l’activité des agents biologiques en détruisant ou en


inhibant l’activité reproductive ou enzymatique.

Indicateur biologique : Système d’essai contenant des agents biologiques


viables présentant une résistance spécifiée à un processus de stérilisation
spécifique.
viii DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Modes opératoires normalisés (MON) : Ensemble d’instructions par étapes clairement


documentées et validées décrivant comment exécuter les pratiques et protocoles
de laboratoire de manière sûre, rapide et fiable, conformément aux politiques
institutionnelles, aux meilleures pratiques et aux réglementations nationales ou
internationales en vigueur.

Nettoyage : Réduction du nombre d’agents biologiques viables à des niveaux ne


présentant aucun danger.

Produit nettoyant : Substance physique ou chimique, ou combinaison de substances,


ayant pour activité de garantir la propreté d’un article.

Propre : Visuellement exempt de souillures et présentant des concentrations d’analytes


inférieures aux niveaux spécifiés.

Récipient sous pression : Équipement conçu et construit pour contenir des liquides
sous pression, comme un autoclave, ou un automate pour préparation de milieux de
culture.

Risque : Combinaison de la probabilité d’un incident et de la gravité du dommage


subi (conséquences) si cet incident devait se produire.

Savon : Composé de nettoyage soluble dans l’eau utilisé pour nettoyer la peau et
d’autres matériaux. Attention, le savon n’inactive pas nécessairement les agents
biologiques.

Sécurité biologique : Principes, technologies et pratiques de confinement mis en


œuvre pour empêcher l’exposition involontaire à des agents biologiques ou leur
libération accidentelle.

Souillures : Contamination par du matériel biologique, notamment des agents


biologiques, sur un dispositif ou une surface suite à son utilisation.

Spore : Voir « endospore ».

Stérile : État consistant à être totalement exempt d’agents biologiques et de spores


viables.

Stérilisation : Procédé qui tue et/ou élimine tous les agents biologiques, y compris les
spores.
GLOSSAIRE TERMINOLOGIQUE ix

Sûreté biologique : Principes, technologies et pratiques mis en œuvre pour assurer


la protection, le contrôle et la redevabilité quant aux matériels biologiques et/ou aux
équipements, aux compétences et aux données se rapportant à leur manipulation. La
sûreté biologique vise à empêcher leur accès non autorisé, leur perte, leur vol, leur
usage abusif, leur détournement ou leur diffusion.

Temps de réduction décimale, valeur D ou valeur D10 : Le temps requis pour inactiver
90 % des cellules présentes sur une surface ou un objet, ou pour réduire la population
d’un agent biologique au dixième de sa valeur initiale dans les mêmes conditions, soit
une réduction d’un logarithme.

Validation : Processus systématique et documenté confirmant que les exigences


spécifiées sont adéquates pour garantir le ou les résultats escomptés. Par exemple,
pour prouver qu’un matériel est décontaminé, le personnel du laboratoire doit valider
la robustesse de la méthode de décontamination en mesurant les agents biologiques
restants par rapport à la limite de détection en utilisant des indicateurs chimiques,
physiques ou biologiques.

Vapeur saturée : Vapeur d’eau dont la phase gazeuse est en état d’équilibre avec sa
phase liquide, utilisée pour la stérilisation à la vapeur.

Vérification : Confirmation qu’un élément donné (produit, processus ou système)


satisfait aux exigences spécifiées. Par exemple, la vérification des performances d’un
autoclave pour confirmer qu’elles répondent aux normes spécifiées par le fabricant
doit être effectuée périodiquement.
x DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Résumé analytique
La désinfection, la stérilisation et la gestion des déchets sont essentielles pour une
manipulation sûre des agents biologiques. Il est donc important de comprendre les
mécanismes fondamentaux des différentes méthodes à cet effet pouvant être utilisées
dans un laboratoire. Les exigences spécifiques de décontamination dépendent de
la nature des agents biologiques manipulés. La présente monographie décrit les
méthodes de gestion et d’élimination finale des déchets de laboratoire considérés
comme présentant un danger biologique. Ces informations peuvent servir à
développer des procédures normalisées et plus spécifiques pour la décontamination
et la gestion des déchets dans un laboratoire particulier. Le lectorat visé pour cette
monographie comprend le personnel chargé de l’évaluation des risques, comme
les directeurs de laboratoire ou les délégués à la sécurité biologique, ainsi que le
personnel de laboratoire et les scientifiques qui décontaminent les articles et les
travailleurs qui manipulent les déchets de laboratoire.

Les informations contenues dans la présente monographie sur la décontamination et la


gestion des déchets sont conçues pour accompagner et soutenir la quatrième édition
du Manuel de sécurité biologique en laboratoire de l’OMS (document de base) et les
autres monographies complémentaires. Le manuel et les monographies adoptent une
approche de la sécurité biologique fondée sur l’analyse des risques et des faits plutôt
qu’une approche normative afin de garantir que les installations de laboratoire, les
équipements de sécurité et les pratiques de travail sont pertinents, proportionnés aux
besoins et durables. L’accent est mis sur l’importance d’une « culture de la sécurité » qui
intègre l’évaluation des risques, les bonnes pratiques et procédures microbiologiques et
les modes opératoires normalisés, la formation pertinente d’introduction, de recyclage et
de mentorat du personnel, et la notification rapide des incidents et des accidents suivie
d’enquêtes appropriées et de mesures correctives. Cette nouvelle approche vise à faciliter
la conception des laboratoires et les modes de fonctionnement assurant une plus grande
durabilité tout en maintenant un contrôle adéquat et approprié de la sécurité biologique.

Les autres monographies associées fournissent des informations détaillées et


facilitent la mise en œuvre de systèmes et stratégies adaptés aux domaines suivants :
l’évaluation des risques, la conception et la maintenance des laboratoires, les
enceintes de sécurité biologique et autres dispositifs de confinement primaire,
l’équipement de protection individuelle, la gestion des programmes de sécurité
biologique, et les capacités de préparation et de riposte aux flambées.

La monographie comprend une description des méthodes de décontamination utilisées


dans un laboratoire de microbiologie, notamment le lavage des mains et les procédés
de désinfection chimique, gazeuse et thermique. Les différentes classes de désinfectants
chimiques et leurs composants, leurs mécanismes d’action et leurs avantages et
inconvénients sont également évoqués, avec les facteurs pouvant influer sur l’efficacité de
ces produits. Le document comprend une présentation des méthodes de fumigation et
d’inactivation par la chaleur et explique comme vérifier l’efficacité de ces traitements au
moyen d’indicateurs. En outre, la monographie traite de la gestion des déchets ainsi que
de la documentation et la tenue des dossiers qui en relèvent, et décrit les considérations
relatives à l’élimination des déchets liquides et solides du laboratoire et à leur élimination
en toute sécurité. Les méthodes d’inactivation des échantillons sont également abordées.
1

SECTION 1 Introduction

INTRODUCTION
SECTION

1
La présente monographie accompagne et soutient les informations sur la
décontamination et la gestion des déchets énoncées dans la quatrième édition du
Manuel de sécurité biologique en laboratoire de l’OMS (document de base). Elle
contient des informations sur le nettoyage, la désinfection chimique, gazeuse et
thermique, la stérilisation, les indicateurs chimiques et biologiques, la gestion des
déchets et l’inactivation des échantillons biologiques.

Les autres monographies associées fournissent des informations détaillées et


facilitent la mise en œuvre de systèmes et stratégies adaptés aux domaines suivants :
l’évaluation des risques (2), la conception et la maintenance des laboratoires (3), les
enceintes de sécurité biologique et autres dispositifs de confinement primaire (4),
l’équipement de protection individuelle (5), la gestion des programmes de sécurité
biologique (6), et les capacités de préparation et de riposte aux flambées (7).

Dans un laboratoire typique, la gestion des déchets qui contiennent potentiellement


des agents biologiques doit inclure un moyen de décontamination validé qui
est déterminé par le processus d’évaluation des risques. La décontamination est
systématiquement réalisée à l’aide d’une combinaison de désinfectants chimiques
et d’autoclavage, qui sont dans certains cas parachevés par l’incinération. La
connaissance des principes de base du nettoyage, de la désinfection et de la
stérilisation par le personnel de laboratoire est d’une importance cruciale pour
la sécurité biologique. Les principes généraux suivants s’appliquent à toutes les
catégories connues d’agents biologiques. Il est important de s’assurer que tous les
produits utilisés, qu’ils s’appliquent aux surfaces ou aux liquides, sont validés en
tant que désinfectants pour les agents biologiques habituellement manipulés dans
le laboratoire, et sont utilisés à la bonne concentration, à la bonne température et
au moins pendant la durée de contact minimale indiquée. De plus, pour choisir le
désinfectant approprié, il est important de savoir que ces produits peuvent parfois être
inactivés par des matières organiques, notamment certains réactifs de laboratoire
comme les suppléments nutritifs pour milieux de culture.

Il est aussi important d’envisager le tri (matériel propre/contaminé, et matériel


contaminé/personnel) et le confinement (comme la mise en sac et en boîte sécurisée
des déchets pendant la manipulation et le transfert des déchets de la paillasse à
l’autoclave). Les bonnes pratiques et procédures microbiologiques sont décrites en
détail dans la sous-section 3.1 du Manuel de sécurité biologique en laboratoire (1),
quatrième édition.
2 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Il est important que tout laboratoire très fréquenté dispose d’une zone dédiée
pour conserver brièvement et en toute sécurité les déchets contenant des agents
biologiques avant qu’ils ne soient promptement traités et éliminés. Dans l’idéal, cette
zone doit être distincte de la zone de travail/d’analyse du laboratoire et éloignée des
zones où sont stockés et traités des articles propres et stériles. Pour plus d’informations
sur la conception d’un laboratoire, se reporter à la monographie Conception et
maintenance des laboratoires (3).

Les informations générales présentées ici sur la décontamination et la gestion des


déchets peuvent servir à développer des procédures normalisées et plus spécifiques
pour le traitement d’agents biologiques pathogènes dans un laboratoire particulier.
Les exigences spécifiques de décontamination dépendent des actes ou procédures
prévus et de la nature des agents biologiques manipulés. Les laboratoires doivent
donc déterminer des stratégies de gestion des déchets appropriées fondées sur les
résultats de l’évaluation des risques et applicables aux conditions et aux besoins
locaux.
3

SECTION 2 Méthodes de décontamination

MÉTHODES DE
SECTION

2 DÉCONTAMINATION
Selon le niveau de décontamination à atteindre, des procédés comme le nettoyage, la
désinfection ou la stérilisation peuvent être utilisés (Figure 2.1). Le choix et l’utilisation
d’une méthode de décontamination, qu’elle soit chimique ou physique, dépendent de
l’application : la décontamination des déchets, des surfaces, des dispositifs médicaux
ou des échantillons peut être réalisée avec des procédés de décontamination comme
l’exposition à la vapeur ou le traitement chimique. Les avantages et les inconvénients
des différentes méthodes doivent être pris en compte afin de sélectionner le procédé le
mieux adapté.

Élimination ou destruction de tous les


Stérilisation
agents biologiques et spores viables

Élimination des agents


Désinfection
biologiques viables

Réduction des agents


Nettoyage
biologiques viables

Figure 2.1 Niveaux de décontamination

Le Tableau 2.1 présente les méthodes de décontamination utilisées pour contrôler la


contamination par des agents biologiques décrites dans cette monographie.
Pour une méthode chimique, quatre facteurs doivent être pris en compte pour
choisir le désinfectant à utiliser dans le processus de décontamination : l’efficacité
antimicrobienne, la sécurité, l’impact environnemental et la compatibilité avec le
matériau de la surface et/ou de l’équipement de laboratoire à décontaminer. Le
désinfectant idéal n’existe pas encore et n’existera probablement jamais, car il doit
avoir les caractéristiques suivantes :

n bénéficier d’une action rapide et efficace sur les agents biologiques,

n être adapté à une large gamme d’applications,

n avoir une bonne efficacité à la plus faible concentration possible,

n être actif à toutes les températures,


4 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Tableau 2.1 Méthodes physiques et chimiques de décontamination pour contrôler la contamination


microbienne

CATÉGORIES DE DÉCONTAMINATION

CHIMIQUE PHYSIQUE

GAZ/VAPEUR LIQUIDE CHALEUR


Formaldéhyde Phénols Autoclave
Peroxyde d’hydrogène Peroxydes Incinération
Dioxyde de chlore Hypochlorites Étuve à air chaud
Dioxyde de chlore Ébullition
Acide peracétique
Formaldéhyde
Glutaraldéhyde
Composés d’ammonium quaternaire
Alcools

n faible toxicité,

n résister à l’inactivation par des matières organiques,

n être compatible avec tous les matériaux (p. ex. non corrosif),

n être stable, et

n pouvoir se dégrader et épargner l’environnement.

La séquence correcte pour assurer une désinfection réussie est la


suivante : (i) nettoyer pour éliminer toute saleté et matière organique,
(ii) appliquer le désinfectant, et (iii) après une durée de contact
prédéterminée, essuyer avec de l’eau pour éliminer tout résidu
chimique, si nécessaire.

Les sous-sections suivantes décrivent un certain nombre de méthodes couramment


utilisées en laboratoire pour traiter les déchets contaminés (liquides ou solides) ou
pour éliminer les agents biologiques des surfaces, de l’appareillage et des matériaux
devant être mis au rebut.
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 5

2.1 Nettoyage et protocole d’hygiène des mains

2.1.1 Nettoyage

D’une manière générale, le nettoyage consiste à éliminer toute matière présente sur
un article et ne faisant pas partie de l’article à proprement dit. Dans le contexte de la
sécurité biologique en laboratoire, le nettoyage a deux fonctions : i) il peut éliminer
d’un article toute saleté et matière organique susceptibles d’inactiver les produits
chimiques désinfectants ou d’empêcher leur entrée en contact avec les agents
biologiques à l’intérieur de l’article, et ii) il peut éliminer une grande proportion des
agents biologiques présents, ce qui favorise l’efficacité de la désinfection chimique
ultérieure visant à réduire le niveau de risque.

Le nettoyage ne doit pas être utilisé à lui seul comme procédé de décontamination.
La nécessité d’une étape de nettoyage avant la désinfection chimique est subjective :
si un article semble visiblement propre, il n’est pas obligatoire de le nettoyer avant
l’étape chimique. Cela est plus difficile quand certaines zones ne sont pas visibles,
par exemple l’intérieur d’un tube opaque ou caché. Dans ces cas, il est important
d’effectuer une évaluation des risques portant sur la nécessité du nettoyage avant la
désinfection.

Le nettoyage peut être effectué manuellement en frottant, si possible à l’eau tiède.


On peut procéder par brossage, aspiration, dépoussiérage à sec, lavage à l’eau ou
avec une éponge humide imprégnée d’eau tiède. L’utilisation d’un lave-vaisselle de
laboratoire constitue une autre méthode de nettoyage et l’ajout d’agents nettoyants
(tensioactifs, détergents) en augmente l’efficacité. Parmi des exemples d’agents
nettoyants courants, on peut citer une solution de soude (3 kg de carbonate de sodium
[Na2CO3] pour 100 l d’eau chaude), une solution savonneuse (3 kg de savon pour 100
l d’eau chaude) ou des préparations commerciales. Le nettoyage doit être effectué
de manière à assurer la sécurité de l’opérateur et à empêcher toute propagation de
la maladie ou dispersion de la contamination. Le personnel doit donc avoir reçu la
formation requise et utiliser des EPI, des techniques appropriées et des soins adéquats.

2.1.2 Protocole d’hygiène des mains

Bien que le port de gants appropriés offre à l’utilisateur un degré élevé de protection,
ceux-ci ne protègent pas complètement et il faut se laver les mains après leur retrait.
En outre, les gants peuvent développer des trous parfois si petits que le porteur ne
les remarque pas. Une contamination liquide est susceptible de pénétrer les gants
à travers ces trous par capillarité et se répandre sur la peau du porteur. Même en
observant une excellente technique de retrait des gants, comme celle décrite dans la
monographie Équipements de protection individuelle (5), les mains peuvent devenir
contaminées pendant la procédure. Le protocole d’hygiène des mains doit donc être
suivi après le retrait des gants. Si des gants n’ont pas été utilisés, il est essentiel de se
laver les mains après les travaux de laboratoire ou la manipulation d’animaux. Si les
mains sont contaminées par des agents biologiques dans le laboratoire, il s’agit d’une
contamination de la surface cutanée qui est facilement éliminée en se lavant les mains
ou inactivée à l’aide de désinfectants antimicrobiens.
6 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Au laboratoire, il existe deux types de protocole d’hygiène des mains.

Lavage des mains

Un lavage des mains rapide (environ 20 secondes), mais approfondi avec du savon
et de l’eau courante élimine efficacement la contamination acquise en laboratoire.
Une technique de lavage des mains efficace est illustrée à la Figure 2.2. L’utilisation de
savons antimicrobiens ne présente aucun avantage, le but étant simplement d’éliminer
les agents biologiques plutôt que de les désactiver ou les détruire. Les mains doivent
être lavées à l’eau courante ; il faut donc utiliser un robinet qui mélange l’eau chaude
et froide pour obtenir une température confortable. Dans cette optique, il est utile
de disposer d’un mécanisme mains libres (interrupteur à commande infrarouge ou
robinet actionné par le pied, le genou ou le coude). Si les robinets doivent être ouverts
et fermés à la main, une serviette en papier propre doit être utilisée pour ce faire. Les
mains doivent être séchées avec des serviettes en papier à usage unique, qui doivent
ensuite être mises au rebut comme il se doit dans une poubelle désignée.

Solution hydroalcoolique

L’utilisation d’un produit avec une concentration d’alcool (éthanol, propanol ou


isopropanol) comprise entre 60 et 95 %, appliqué sur les mains et suivi d’une
friction jusqu’à ce que celles-ci soient sèches, peut être efficace pour éliminer la
contamination microbienne acquise dans le cadre de travaux de laboratoire (8,9).
La technique correcte à utiliser pour ces produits figure sur le site Web de l’OMS (10).
Les alcools ont du mal à pénétrer les protéines ou les matières contenant des
protéines ; les produits hydroalcooliques ne doivent donc être utilisés que sur des
mains visiblement propres. De plus, ils n’ont aucune activité contre les spores et
qu’une faible activité contre les virus non enveloppés ; si la contamination des
mains par ces types d’agents biologiques est probable, il est préférable de se
laver les mains.

2.2 Désinfection chimique


La résistance ou la sensibilité aux produits chimiques d’un agent biologique dépend de
la présence ou l’absence d’une structure de paroi cellulaire, de membranes lipidiques,
de couches de polysaccharides et de peptidoglycane. De manière générale, des
concentrations plus élevées de désinfectants hautement actifs sont nécessaires pour
inactiver les spores que pour inactiver les virus enveloppés. Typiquement, une solution
d’hypochlorite de sodium (NaOCl) contenant 1000 ppm (parties par million) de chlore
disponible conviendra pour la désinfection générale des surfaces, mais des solutions
plus concentrées (p. ex., 5000 ppm ou 10 000 ppm) sont recommandées en présence
de forte contamination, de matières organiques ou d’agents biologiques résistants aux
désinfectants.
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 7

1 2 3

Appliquer du savon sur une main Mouiller l’autre main à l’aide Se frotter les mains paumes
d’un robinet mains libres l’une contre l’autre

4 5 6

Paume de la main droite sur le


dos de la main gauche avec les Paume contre paume avec Dos des doigts dans la paume de la
doigts entrelacés, et vice versa les doigts entrelacés main opposée, avec les doigts repliés

7 8 9

Le bout des doigts de la main


Pouce de la main gauche par rotation droite dans la paume de la main Rincer les mains à l’eau
dans la main droite, et vice versa gauche en un mouvement
circulaire, et inversement

10 11 12

Fermer le robinet mains libres Sécher soigneusement les mains à Les mains sont propres
l’aide d’un essuie-mains à usage
unique

Figure 2.2 Protocole d’hygiène des mains – procédure recommandée


8 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

2.2.1 Types de désinfectants

Plusieurs classes de désinfectants chimiques sont disponibles (Figure 2.3).

Désinfectants chimiques

Composés Phénols Peroxydes Aldéhydes Composés Alcools


chlorés • Phénol • Peroxyde • Formaldehyde d’ammonium • Éthanol
• Hypochlorite d’hydrogène • Glutaraldehyde quaternaire • Propanol/
de sodium • Acide Isopropanol
• Hypochlorite peracétique
de calcium
• Dichloroisocy
anurate de
sodium
• Chloramine
• Dioxyde de
chlore

Figure 2.3 Types de désinfectants chimiques

Composés chlorés

Les hypochlorites sont des désinfectants à base de chlore, mais le composant actif
est l’oxygène faiblement lié au chlore ; cet oxygène est facilement perdu et devient
alors disponible pour oxyder d’autres composés. Ces produits sont des solutions qui
contiennent une variété de composants en équilibre, mais les espèces chimiques les
plus actives sont habituellement l’hypochlorite de sodium (NaOCl), l’ion hypochloreux
(OCl–) et l’acide hypochloreux (HOCl). La capacité oxydante des solutions
d’hypochlorite est exprimée soit en pourcentage de chlore disponible, soit en parties
par million (ppm) de chlore disponible. (Il s’agit d’un abus de langage de longue date
et se réfère en réalité à l’oxygène lié au chlore).

Les hypochlorites sont inactivés par les matières organiques. Même à des niveaux
de contamination apparemment faibles (« conditions propres »), des concentrations
élevées sont nécessaires, et la concentration requise augmente à mesure que la
quantité de contamination par une matière organique augmente (« conditions sales ») ;
consulter le Tableau 2.2.

Les solutions d’hypochlorite peuvent être préparées à partir de différents agents,


notamment l’eau de Javel liquide qui est bon marché et facilement disponible. Il
peut cependant y avoir une incertitude quant à la teneur en chlore disponible de
ces solutions, car les hypochlorites liquides s’affaiblissent pendant le stockage ; la
vitesse de cet affaiblissement dépend des conditions de stockage, en particulier de
la température. Les solutions diluées d’hypochlorite ont une durée de conservation
limitée d’environ un jour, en fonction de leur exposition à la chaleur et/ou à la lumière
du soleil.
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 9

Les granulés ou comprimés d’hypochlorite de calcium (Ca(ClO)2) contiennent


en général environ 70 % de chlore actif. Ainsi, les solutions préparées à partir de
comprimés ou de granulés contenant, par exemple, 1,4 g/l d’hypochlorite de calcium
auraient environ 1 g/l de chlore disponible, à savoir 1000 ppm de chlore disponible.

Le dichloroisocyanurate de sodium (NaDCC) est un solide très stable lorsqu’il est stocké
à l’état sec, même à des températures élevées. Il contient 60 % de chlore disponible et
forme un équilibre qui contient les espèces chimiques actives des hypochlorites. Une
fois en solution, il est aussi instable que les autres formes d’hypochlorite liquide. Le
dichloroisocyanurate de sodium est disponible sous diverses formes de comprimés qui
produisent une concentration spécifique de chlore disponible lorsqu’ils sont dissous
dans des volumes d’eau spécifiés.

Des calculs similaires peuvent être effectués avec la chloramine, qui contient environ
25 % de chlore disponible. On pense que les chloramines sont plus résistantes à
l’inactivation par les matières organiques que les autres sources d’hypochlorite (11).

Les hypochlorites peuvent gravement corroder les métaux et entrainer une irritation
de la peau et des muqueuses en cas d’exposition. Leur utilisation doit être évitée
sur les métaux, à moins qu’un fabricant n’ait déclaré que les métaux utilisés dans
leur appareil sont compatibles avec la concentration d’hypochlorite utilisée ou que
l’apparition de corrosion n’est pas un souci (p. ex., un article en cours de désinfection
avant son élimination).

Table 2.2 Dilutions recommandées pour les composés libérant du chlore

SOURCE CONDITIONS PROPRESa CONDITIONS SALESb


D’HYPOCHLORITE (% DE (CHLORE DISPONIBLE (CHLORE DISPONIBLE
CHLORE DISPONIBLE) NÉCESSAIRE POUR LA NÉCESSAIRE POUR LA
DÉSINFECTION : 1 DÉSINFECTION : 5
G/L – 0,1 % DE CHLORE G/L – 0,5 % DE CHLORE
DISPONIBLE, SOIT 1000 DISPONIBLE, SOIT 5000
PPM) PPM)
Solution d’hypochlorite 20 mL 100 mL
de sodium (5 % de chlore
disponible)

Solution d’hypochlorite de 1.4 g/L 7.0 g/L


calcium (10 % de chlore
disponible)
Poudre de 1,7 g/l 8.5 g/L
dichloroisocyanurate de
sodium (60 % de chlore actif)

Poudre de chloramine (25 % 4 g/L 20 g/L


de chlore disponible)
ppm = parties par million (de chlore disponible)
a
Faibles niveaux de contamination.
b
Niveaux élevés de contamination.
10 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

La fréquence de renouvellement des solutions de travail d’hypochlorite dépend de


leur concentration initiale, de la fréquence et du type d’utilisation (la quantité de
matière organique qui leur est ajoutée) et de la température ambiante. À titre indicatif,
les solutions dans lesquelles on met à tremper plusieurs fois par jour du matériel
fortement souillé par des matières organiques doivent être remplacées tous les jours
au minimum, celles dont la fréquence d’utilisation est moindre pouvant être conservées
jusqu’à une semaine. L’adéquation de ces solutions peut être vérifiée en utilisant du
papier iodo-amidonné pour montrer qu’elles sont encore actives. Ce papier indicateur
identifie l’état et la concentration relative de l’agent oxydant présent dans les solutions.

L’hypochlorite est relativement peu coûteux et agit contre la plupart des espèces, y
compris les spores et les prions (12,13). La concentration efficace et la durée de contact
dépendent de l’agent biologique ciblé, avec des concentrations accrues requises pour
les spores et les prions. Les solutions d’hypochlorite de sodium sont fréquemment
stabilisées dans une solution alcaline pour prolonger leur durée de conservation, et
ajustées à un pH 7 en vue de leur utilisation (14) pour les espèces résistantes, comme
les spores de Bacille anthracis (15).

D’autres facteurs tels que la dureté de l’eau de dilution, les matières inorganiques (p.
ex., les sels) ou la présence de certains détergents peuvent également compromettre
l’efficacité de certains désinfectants (comme les composés d’ammonium quaternaire).

Compte tenu de ces facteurs divers et parfois difficiles à maîtriser, l’assurance qualité
de la désinfection chimique n’est généralement pas élevée. La désinfection chimique
ne doit être mise en œuvre qu’en l’absence d’un meilleur moyen de décontamination
(comme l’autoclavage).

De nombreux désinfectants chimiques peuvent être nocifs pour les humains et/ou
l’environnement ; il faut donc les choisir, les stocker, les manipuler, les utiliser et les
éliminer avec le plus grand soin, en respectant les instructions du fabricant.

Lors du choix d’un désinfectant, les caractéristiques de ses principes actifs sont
prédictives de son activité probable. S’il s’agit d’un produit de marque, l’utilisateur
doit en déterminer le ou les composants actifs. Cela peut parfois être difficile, car
les noms de marque peuvent couvrir une gamme de produits différents, chacun
présentant différents composants à des concentrations qui varient. L’utilisateur doit
savoir exactement ce que le produit contient pour être certain qu’il assurera l’efficacité
requise par l’évaluation des risques.

Comme il est précisé dans la sous-section 2.2.2, Facteurs pouvant influer sur l’efficacité
des désinfectants, les solutions diluées d’hypochlorite ont une durée de conservation
limitée d’environ un jour, en fonction de leur exposition à la chaleur et/ou à la lumière
du soleil. L’hypochlorite est un oxydant non spécifique et si de grandes quantités
d’autres composés organiques sont présentes dans la solution à désinfecter, plus
d’hypochlorite sera nécessaire.

Le dioxyde de chlore (ClO2) a un mécanisme microbicide similaire à celui de


l’hypochlorite, mais est plus efficace. Pour cette raison, il peut être utilisé à des
concentrations plus faibles qui sont moins corrosives que l’hypochlorite. Étant donné
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 11

que le dioxyde de chlore est utilisé à des concentrations plus faibles, il est aussi plus
facilement inactivé par les matières organiques.

Les solutions de dioxyde de chlore sont préparées en mélangeant deux composants


immédiatement avant utilisation. Une fois que les composants sont mélangés au
laboratoire, la solution offre une durée d’utilisation limitée (spécifiée par le fabricant).

Phénols

Les phénols, ou composés phénoliques, sont une classe de composés chimiques


constitués d’un groupe hydroxyle (–OH) lié directement à un groupe hydrocarbure
aromatique. Le plus simple est le phénol (C6H5OH), qui agit spécifiquement
sur la membrane cellulaire, dénature les protéines et inactive les enzymes
intracytoplasmiques en formant des complexes instables. Ces interactions entraînent
des fuites d’éléments bactériens ou induisent une lyse de la membrane cellulaire. Les
composés phénoliques sont plus stables que l’hypochlorite de sodium, sont moins
affectés par des concentrations plus élevées de matières organiques dans la solution,
et sont efficaces contre les bactéries végétatives, en particulier les espèces à Gram
positif et les virus enveloppés. Cependant, ils ne sont pas efficaces contre les spores et
les virus non enveloppés. Malgré ces avantages, les composés phénoliques peuvent
être toxiques et corrosifs pour la peau, est produisent une irritation respiratoire. En
raison de ces limitations considérables, l’utilisation de ces produits a récemment
diminué, même si des composés phénoliques peuvent encore être trouvés dans
certains produits désinfectants et nettoyants ménagers, souvent en association avec
des ammoniums quaternaires et des alcools.

Les désinfectants à base de phénol sont encore utilisés comme produits tuberculocides
pour détruire les mycobactéries. En effet, leurs molécules lipophiles sont efficacement
piégées par les phospholipides présents en grand nombre sur la membrane cellulaire
des mycobactéries, permettant ainsi leur élimination.

Peroxydes

Les peroxydes sont des agents microbicides couramment utilisés en raison de


leur forte activité oxydante due à la présence de radicaux hydroxyles très réactifs.
Ils dénaturent les protéines et les lipides que contiennent les agents biologiques,
entraînant une désorganisation membranaire. Un gonflement de la cellule de l’agent
biologique peut se produire lorsqu’il est saturé d’ions hydrogène, qui attirent l’eau.

Peroxyde d’hydrogène (H2O2) : Agit comme un agent oxydant en produisant des


radicaux libres hydroxyles qui attaquent les composants cellulaires essentiels, y
compris les lipides, les protéines et l’ADN. Ce produit a une large gamme d’activités
bactéricides, virucides et fongicides, bien que son efficacité soit variable contre les
spores bactériennes et les mycobactéries. Cependant, la capacité des bactéries à
produire l’enzyme catalase peut augmenter leur tolérance au peroxyde d’hydrogène
lorsque de faibles concentrations sont utilisées (16). Le peroxyde d’hydrogène est
considéré comme une option respectueuse de l’environnement, car il se dissocie
rapidement en eau et en oxygène, qui sont inoffensifs. Il s’agit cependant d’un irritant
grave pour la peau, les yeux et les voies respiratoires.
12 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Acide peracétique (C2H4O3) : Préparé en mélangeant de l’acide acétique avec du


peroxyde d’hydrogène et un catalyseur acide fort ; c’est un désinfectant plus puissant
que le peroxyde d’hydrogène. Il dénature les protéines, altère la perméabilité de
la paroi cellulaire et oxyde les liaisons sulfhydryle et soufre dans les protéines, les
enzymes et autres métabolites.

En conséquence, l’acide peracétique est hautement sporicide, bactéricide, virucide et


fongicide à faible concentration (< 0,3 %). Il se dissocie en des sous-produits inoffensifs
(acide acétique et oxygène) et présente en plus l’avantage de ne pas être décomposé
par les peroxydases, contrairement au peroxyde d’hydrogène, et de rester actif en
présence de charges organiques. (17). Disponible auprès des principaux fournisseurs
de produits chimiques, ce produit est relativement bon marché et peut être dilué sur le
lieu d’utilisation. Cependant, comme le peroxyde d’hydrogène, l’acide peracétique est
un irritant grave pour la peau, les yeux et les voies respiratoires.

Aldéhydes

Formaldéhyde (CH2O) : Disponible sous forme de formol, une solution stabilisée


contenant environ 37 % de formaldéhyde, ou de paraformaldéhyde, un polymère
solide qui est chauffé et réagit avec l’air pour former du formaldéhyde gazeux. Le
formaldéhyde provoque une irritation de la peau, des yeux, du nez et de la gorge. Des
niveaux élevés d’exposition peuvent causer certains types de cancer (18,19) ; pour cette
raison, certains pays envisagent de restreindre son utilisation à l’avenir. Son utilisation
en laboratoire doit éviter toute exposition des personnes au formaldéhyde ou à ses
vapeurs, et doit être réservée uniquement aux actes de laboratoire spécifiques qui
l’exigent, comme la fixation des tissus, mais pas pour la désinfection générale. Le
produit ne doit pas être utilisé pour essuyer des surfaces ou des équipements, mais
uniquement pour fumiger des espaces (voir la sous-section 2.3, Désinfection gazeuse)
à condition que la vapeur puisse être complètement confinée, adéquatement inactivée
et évacuée en toute sécurité après la fumigation. Le formaldéhyde doit être utilisé
dans des conditions contrôlées, par exemple une pièce ou une enceinte à fermeture
hermétique limitant l’exposition des personnes conformément aux exigences
nationales en matière de sécurité et d’environnement.

Glutaraldéhyde (C5H8O2) : Habituellement utilisé sous la forme d’une solution


tamponnée (activée) juste avant utilisation pour obtenir un pH alcalin. Avant
l’activation, le glutaraldéhyde est une solution stable, mais après, sa durée de
conservation est limitée. Les avantages du produit sont un large spectre microbicide et
une faible corrosivité. L’inconvénient est qu’il est toxique et agit comme un sensibilisant
chimique (c.-à-d. qu’il peut provoquer une réaction allergique en cas d’exposition). S’il
est utilisé, un EPI approprié doit être porté afin de limiter toute exposition potentielle à
la forme liquide ou aux vapeurs.

Composés d’ammonium quaternaire


Les composés d’ammonium quaternaire et autres composés similaires, comme les
triamines, constituent une famille variée de molécules, dont certaines peuvent être
utilisées comme désinfectants. Leurs propriétés tensioactives perturbent la structure
des agents biologiques. Ces composés sont plus stables que les hypochlorites, moins
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 13

irritants pour les voies respiratoires et moins toxiques que les composés phénoliques.
Leur efficacité est cependant affectée par des niveaux élevés de matières organiques
et par les surfaces susceptibles de lier le désinfectant, comme les matières textiles.

Ces composés ont une activité contre les bactéries sous forme non sporulée et les virus
enveloppés (contenant des lipides). Ils sont efficaces contre une gamme plus limitée
d’agents biologiques que les hypochlorites ou les composés phénoliques, et ont une
efficacité réduite contre les virus non enveloppés, la plupart des espèces du genre
Mycobacterium et les spores. Cependant, dans le cadre d’une utilisation prolongée
dans des solutions contenant principalement des virus enveloppés, ces composés
peuvent être le meilleur désinfectant à utiliser.

Ils sont non corrosifs, mais coûtent plus cher que l’hypochlorite de sodium. Si
l’utilisation en laboratoire est envisagée, l’évaluation des risques doit prendre en
compte le potentiel d’inactivation ainsi que la gamme d’agents biologiques contre
lesquels ils sont censés agir.

Alcools

Les alcools utilisés pour la désinfection en laboratoire sont l’éthanol (habituellement


dénaturé par l’ajout d’alcool à brûler, qui le rend impropre à la consommation), le
propanol (propan-1-ol) ou l’isopropanol (propan-2-ol). La concentration normale à
utiliser est de 70 %, bien que, selon l’alcool utilisé, une concentration comprise entre 60
et 90 % peut être efficace (20). L’activité des trois alcools est pour l’essentiel similaire ;
ils sont efficaces contre un large éventail de bactéries sous forme non sporulée et
de virus enveloppés (contenant des lipides). Leur activité est variable contre les virus
non enveloppés et ils n’ont aucune activité contre les spores bactériennes. Bien que
les alcools ne soient pas inactivés par les matières organiques, leur activité n’est pas
fiable en présence de protéines ; ils peuvent coaguler les protéines, formant ainsi
une barrière contre leur pénétration ultérieure dans les couches internes. Les alcools
s’évaporent rapidement, ce qui les rend pratiques à utiliser comme désinfectants de
surface. Cependant, cette évaporation rapide réduit également le temps d’exposition
et, par conséquent, leur efficacité.

2.2.2 Facteurs influençant l’efficacité des désinfectants

De nombreux facteurs peuvent affecter l’efficacité de la désinfection chimique ; les


plus importants figurent dans le Tableau 2.3. Ils doivent être pris en compte dans
l’évaluation des risques afin de sélectionner le meilleur procédé de décontamination.

D’autres facteurs tels que la dureté de l’eau de dilution, les matières inorganiques (p.
ex., les sels) ou la présence de certains détergents peuvent également compromettre
l’efficacité de certains désinfectants (comme les composés d’ammonium quaternaire).

Compte tenu de ces facteurs divers et parfois difficiles à maîtriser, l’assurance qualité
de la désinfection chimique laisse souvent à désirer. La désinfection chimique ne
doit être mise en œuvre que lorsqu’il est impossible d’utiliser un meilleur moyen de
décontamination (comme l’autoclavage).
14 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

De nombreux désinfectants chimiques peuvent être nocifs pour les humains et/ou
l’environnement ; il faut donc les choisir, les stocker, les manipuler, les utiliser et les
éliminer avec le plus grand soin, en respectant les instructions du fabricant.

Lors du choix d’un désinfectant, les caractéristiques de ses principes actifs sont prédictives
de son activité probable. S’il s’agit d’un produit de marque, l’utilisateur doit en déterminer
le ou les composants actifs. Cela peut parfois être difficile, car les noms de marque
peuvent couvrir une gamme de produits différents, chacun présentant différents
composants à des concentrations qui varient. L’utilisateur doit savoir exactement ce que le
produit contient pour être certain qu’il aura l’efficacité requise par l’évaluation des risques.

Tableau 2.3 Facteurs pouvant affecter l’efficacité de la désinfection chimique

FACTEUR EXPLICATION

Concentration Comme pour l’hypochlorite de sodium, la quantité de composé actif disponible dans un désinfectant
est critique ; si celle-ci est trop faible, la décontamination n’est pas obtenue.

Matières Les désinfectants réagissent avec les matières organiques vivantes et non vivantes. Si des matières
organiques organiques sont présentes, elles peuvent inactiver le désinfectant avant que tous les agents
biologiques viables présents aient été éliminés. Les matières organiques solides peuvent également
inhiber la pénétration du désinfectant de sorte qu’il n’atteigne pas sa cible. Les matières organiques
spécifiques sont souvent définies dans les méthodes standard pour indiquer les conditions « propres »
(faibles niveaux de contamination) et « sales » (niveaux élevés de contamination).

pH De nombreux agents chimiques utilisés pour la décontamination ne sont actifs que dans une plage
de pH spécifique. Les informations du fabricant doivent être prises en compte pour maintenir le
désinfectant dans cette plage.

Durée de La désinfection chimique n’est pas immédiate : plus la durée de contact entre le désinfectant et
contact la contamination par des agents biologiques est longue, plus la décontamination microbienne
est importante. Une fois que le désinfectant a séché, les molécules désinfectantes ne peuvent
plus atteindre leur cible. L’évaporation rapide d’un désinfectant appliqué sur une surface peut
compromettre l’efficacité de la désinfection. Les durées de contact utilisées dans les conditions
d’essai doivent refléter celles qui sont utilisées en pratique.

Contact Si les objets à désinfecter flottent à la surface d’un désinfectant, si des bulles d’air (p. ex., dans une
tubulure à lumière creuse) empêchent le contact entre le désinfectant et sa cible, ou si l’application
d’un désinfectant sur une surface ne permet pas d’obtenir une couverture complète, l’efficacité du
désinfectant sera incomplète.

Gamme Tous les désinfectants ne décontaminent pas tous les agents biologiques. Les bactéries végétatives,
d’activité les champignons (y compris les spores fongiques), les virus enveloppés (contenant des lipides ou
microbicide lipophiles) et les protozoaires non enkystés ont tendance à être sensibles à une large gamme de
désinfectants. Les mycobactéries, les virus non enveloppés et les protozoaires enkystés sont moins
sensibles. Les spores bactériennes sont résistantes à certains désinfectants et ont une sensibilité
variable à d’autres.

Température D’une manière générale, plus la température est élevée, plus le désinfectant sera efficace, plus elle
est basse, moins l’action désinfectante est efficace. Cela peut être important dans le cadre de la
désinfection en laboratoire si les réfrigérateurs ou les chambres froides doivent être désinfectés, ou
lorsqu’un traitement thermique est également utilisé, comme les laveurs-désinfecteurs utilisés dans
certaines installations.

Durée de Les composés chimiques peuvent se dégrader avec le temps, réduisant ainsi l’efficacité du
conservation/ produit de décontamination. La vitesse de dégradation est souvent accélérée lorsque le produit
stabilité est exposé à l’air ou lorsqu’il est dilué. En règle générale, les solutions diluées d’hypochlorite de
sodium deviennent rapidement inefficaces et les travaux doivent être effectués avec des dilutions
fraîchement préparées pour obtenir l’effet souhaité.
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 15

2.3 Désinfection gazeuse


Dans un nombre limité de contextes – principalement dans les laboratoires de confi-
nement à haute sécurité – l’évaluation des risques détermine que des désinfectants
gazeux (Figure 2.4), ou fumigants, sont nécessaires pour décontaminer l’espace, le
mobilier et/ou l’équipement du laboratoire.

Désinfectants gazeux

Peroxyde d’hydrogène Dioxyde de chlore Formaldéhyde

Figure 2.4 Types de désinfectants gazeux

Dans les situations où le laboratoire est largement contaminé dans des zones difficiles
d’accès, ou quand l’équipement doit être retiré d’une zone contaminée ou désinfecté avant
l’entretien, des désinfectants gazeux peuvent aussi être requis. Les salles et l’équipement
peuvent être décontaminés par fumigation avec du gaz formaldéhyde produit en
chauffant du paraformaldéhyde ou en portant à ébullition des solutions de formol.

Il s’agit d’un procédé dangereux qui nécessite un personnel spécialement formé ;


cette option doit être le dernier recours quand l’évaluation des risques conclut que la
désinfection des surfaces est peu pratique ou inefficace. Dans l’idéal, la salle à traiter doit
pouvoir être hermétiquement fermée pour la fumigation, mais, au minimum, toutes les
ouvertures (fenêtres, portes) doivent être scellées avec du ruban adhésif imperméable
aux gaz avant que le formaldéhyde ne soit introduit. La fumigation doit être effectuée à
une température ambiante minimale de 20 °C et une humidité relative supérieure à 70 %.

Quelle que soit la méthode de fumigation, la zone doit par la suite être abondamment
ventilée avant d’autoriser l’entrée du personnel. Dans la plupart des cas, les limites
reconnues/mesurées applicables à l’exposition aux désinfectants gazeux sur le lieu
de travail sont faibles. Par conséquent, en situation d’urgence, un équipement de
protection respiratoire approprié, testé et muni du filtre adéquat doit être porté par
toute personne entrant dans la pièce avant que celle-ci n’ait été ventilée. Pour obtenir
plus d’informations sur les équipements de protection respiratoire, se reporter à la
monographie Équipements de protection individuelle (5).

Après avoir respecté une période d’aération de la salle, un moniteur portatif étalonné ou
un appareil intégré doit être utilisé dans la mesure du possible pour vérifier les niveaux
de fumigant avant de réintégrer les locaux. L’ammoniac, normalement produit par la
sublimation du bicarbonate d’ammonium, peut être utilisé pour neutraliser les fumigations
de formaldéhyde avant la libération du fumigant. Cette étape ne garantit cependant pas
l’élimination complète du fumigant et n’élimine pas la nécessité de porter un équipement
de protection respiratoire avant de retourner dans une salle qui n’est pas complètement
aérée ; des produits chimiques résiduels toxiques peuvent encore être présents dans l’air.
Après la fumigation au formaldéhyde, les murs et le plafond de la salle peuvent devoir
être essuyés avec de l’ammoniac pour neutraliser tout résidu de paraformaldéhyde.
16 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Il existe aussi des systèmes de fumigation commerciaux utilisant du peroxyde


d’hydrogène ou du dioxyde de chlore. Ceux-ci présentent plusieurs avantages par
rapport au formaldéhyde en termes de sécurité, de protection de l’environnement,
de maîtrise du procédé de fumigation et de rapidité, mais ils sont plus coûteux. Des
informations concernant l’utilisation et l’efficacité des systèmes commerciaux sont
largement disponibles dans la littérature scientifique.

2.3.1 Décontamination gazeuse des ESB

Une décontamination gazeuse peut s’avérer nécessaire dans certains cas, par
exemple lorsqu’une ESB requiert une réparation ou un entretien (21) ; cela doit être
précisé dans les évaluations des risques et cette option ne doit pas être accomplie
régulièrement. Pour décontaminer les ESB de classes I et II, il existe un appareillage
qui permet de produire, de faire circuler et de neutraliser indépendamment le
formaldéhyde ou le peroxyde d’hydrogène en phase gazeuse. Ces procédures ne
doivent être effectuées que par un personnel dûment formé. La décontamination
gazeuse ne doit pas être utilisée pour les ESB qui recyclent l’air dans le laboratoire.
De plus, une décontamination plus régulière des ESB doit être effectuée en essuyant
les surfaces à l’aide de désinfectants de validés à cet effet.

2.4 Désinfection thermique


La chaleur, sèche ou humide, est la méthode physique la plus couramment utilisée
pour éliminer les agents biologiques (Figure 2.5). L’entrée en contact des agents
biologiques avec l’eau est essentielle pour la stérilisation à la vapeur, et celle-
ci doit pouvoir atteindre toutes les surfaces ou tous les matériaux à stériliser ou
désinfecter. La chaleur humide est plus efficace lorsqu’elle est utilisée dans le cadre
de l’autoclavage. Cette option, lorsqu’elle est utilisée sur des articles préalablement
nettoyés dans un autoclave bien entretenu avec un cycle programmable validé et des
portes verrouillées, constitue la méthode de référence en matière de désinfection des
déchets solides. Cependant, pour les articles et charges de petite taille, un autoclave
sous pression de type autocuiseur peut également être utilisé. L’ébullition n’élimine pas
nécessairement tous les agents biologiques, mais on peut y recourir comme traitement
minimum lorsque d’autres méthodes (désinfection ou décontamination chimique,
autoclavage) ne sont pas adaptées ou disponibles.

Chaleur

Chaleur sèche Chaleur humide


• Incinération • Autoclavage
• Étuve à air chaud • Ébullition

Figure 2.5 Méthodes de désinfection par la chaleur


SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 17

Bien que la chaleur sèche puisse également être utilisée pour la stérilisation, des
températures beaucoup plus élevées et des durées plus longues sont nécessaires. Par
exemple, la chaleur sèche, qui n’est absolument pas corrosive, est utilisée pour traiter
de nombreux instruments et accessoires de laboratoire qui sont capables de supporter
une température de 160 °C ou plus pendant 2 à 4 heures. Le brûlage et l’incinération
(voir la sous-section 2.4.2 Incinération) sont également des formes de traitement par
la chaleur sèche.

2.4.1 Autoclavage

Le traitement par la vapeur saturante sous pression (autoclavage) constitue le moyen


le plus efficace et le plus fiable pour décontaminer/stériliser le matériel et les déchets
de laboratoire. Ceci est dû au fait qu’une fois placés dans l’autoclave, les articles
traités ne peuvent pas être retirés tant que le système n’a pas achevé le cycle et que
la pression et la température à l’intérieur de la chambre ne sont pas revenues à des
niveaux sûrs.

Les autoclaves doivent pouvoir traiter toute une gamme de matériaux et différents
types de charges qui exigent des cycles différents (p. ex., matériel poreux, solides,
liquides, matériel emballé). Les autoclaves de laboratoire doivent être choisis dans le
cadre de l’évaluation des risques, sur la base de critères définis par l’utilisateur comme
l’utilisation prévue, le type et la quantité des déchets à décontaminer.

Pour assurer l’efficacité de la décontamination par la vapeur, il est essentiel que


tout l’air piégé à l’intérieur du matériel autoclavé soit éliminé et qu’une durée et des
moyens adéquats soient assurés pour la décontamination et la pénétration de la
vapeur. Si ces conditions sont remplies, l’autoclavage est le moyen de décontamination
le plus fiable. On peut extraire l’air de façon passive ou active.

Méthode passive : La vapeur peut être produite à l’intérieur de l’autoclave, au fond


de la chambre, ou être admise par le haut de la chambre ; l’air est ensuite extrait de
la chambre. Il s’agit de la méthode la plus simple et la moins coûteuse, mais elle ne
convient qu’aux charges dont l’extraction de l’air n’est pas entravée par des matières
textiles ou de la verrerie.

Méthode active : La chambre est soumise à des changements de pression successifs


pour aspirer l’air de la chambre. Cette méthode est requise pour les charges
comme les matières textiles, la verrerie et d’autres équipements où des méthodes
passives risquent de ne pas complètement éliminer l’air piégé. Plus l’air est difficile à
éliminer, plus les impulsions seront nombreuses. Cette méthode est préférée pour la
décontamination des déchets de laboratoire.

Les différents types d’autoclave sont décrits dans le Tableau 2.4.


18 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Cycles d’autoclave
L’autoclavage repose sur deux facteurs pour éliminer les agents biologiques : la durée
et la température/pression. Ces facteurs peuvent être réglés afin d’obtenir différents
cycles de stérilisation adaptés à divers types de charge, par exemple, les sacs, les
cages, la litière pour animaux et d’autres matériaux. Les exigences de cycle pour
chaque type de charge peuvent cependant varier considérablement.

En principe, le matériel ne doit pas être entassé à l’intérieur de la chambre, afin que
la vapeur puisse pénétrer sans difficulté et que l’air puisse être facilement extrait. Les
sacs ou conteneurs doivent être suffisamment ouverts pour permettre à la vapeur
d’en atteindre le contenu. L’utilisation d’indicateurs biologiques ou chimiques (voir la
sous-section 2.6, Indicateurs biologiques et chimiques) permet de valider le procédé
d’autoclavage et d’assurer la décontamination efficace des agents biologiques.

Tableau 2.4 Types d’autoclaves

TYPE D’AUTOCLAVE CARACTÉRISTIQUES

Autoclave à Ces autoclaves comportent un élément chauffant entièrement ou partiellement immergé dans
déplacement par un bassin d’eau situé au fond de la chambre. À mesure que l’eau est chauffée, elle s’évapore,
gravité formant de la vapeur et comprimant l’air à l’intérieur de la chambre. Lorsque la chambre
se remplit de vapeur, celle-ci étant plus légère que l’air, la majeure partie de l’air dans la
chambre est poussée vers le fond et s’échappe par l’orifice de remplissage, qui est connecté à
un diaphragme thermosensible qui se ferme une fois qu’il est suffisamment chauffé. Une fois
le diaphragme fermé, la pression s’accumule à l’intérieur de la chambre de l’autoclave.

Autoclave à Ces autoclaves créent la vapeur dans un générateur de vapeur séparé. Une fois que la
déplacement à quantité de vapeur nécessaire pour déplacer l’air dans la chambre est produite, une vanne
pression positive s’ouvre et une bouffée de vapeur sous pression pénètre dans la chambre de l’autoclave.
Ce système permet d’extraire un pourcentage plus élevé d’air de la chambre qu’avec un
autoclave à déplacement par gravité, réduisant ainsi les durées de cycle.

Autoclave de type Ces autoclaves ne sont utilisés que si l’on ne dispose pas d’un système à déplacement par
autocuiseur à source de gravité ou à vide. Ils sont chargés par le haut et chauffés au gaz, à l’électricité ou d’une
chauffage extérieure autre manière. La vapeur est produite en chauffant l’eau placée au fond du récipient et
Autoclave à l’air se déplace vers le haut avant de sortir par la soupape d’échappement. Lorsque l’air a
déplacement ascendant été évacué en totalité, on ferme la soupape d’échappement et on baisse le chauffage. La
(autocuiseur) pression et la température augmentent jusqu’à une valeur donnée à laquelle la soupape
de sécurité commence à fonctionner. Le temps de palier se compte à partir de ce moment.
À la fin du cycle, on coupe le chauffage et on laisse la température descendre à 80 °C ou
moins avant d’ouvrir le couvercle.

Autoclave à extraction Ces autoclaves disposent d’un générateur de vapeur interne séparé ainsi que d’une pompe
d’air (pré-vide) à vide. Une fois la chambre de l’autoclave fermée, la pompe à vide élimine complètement
Autoclave à dépression l’air de la chambre et de la vapeur est injectée. Ces autoclaves sont capables d’assurer des
ou à déplacement sous niveaux maximaux de stérilité tant que l’air est éliminé et que la vapeur pénètre dans toutes
vide les parties de la charge, y compris les articles creux et ensachés. Tout article ensaché doit
présenter une extrémité qui n’est pas hermétiquement fermée pour permettre d’en évacuer
l’air et d’y laisser pénétrer la vapeur. L’air est évacué par une vanne qui, sur la base d’une
évaluation des risques, peut être équipée d’un filtre HEPA.

HEPA = filtre à air à très haute efficacité


SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 19

Après une évaluation et une validation approfondies des risques, le cycle suivant
permet habituellement d’assurer la stérilisation dans des autoclaves correctement
chargés :

n Temps de palier de 3 min à 134 °C.

n Temps de palier de 10 min à 126 °C.

n Temps de palier de 15 min à 121 °C.

n Temps de palier de 25 min à 115 °C.

Précautions d’utilisation

Les précautions générales de sécurité ci-dessous doivent être prises quand des
autoclaves à vapeur sont utilisés :

n L’utilisation et l’entretien des autoclaves doivent être confiés à du personnel formé et


compétent.

n Le mode d’emploi de l’autoclave doit être disponible. Les programmes de


stérilisation avec le domaine d’application (p. ex., solides, liquides) et les paramètres
à maintenir (température, pression, durée) doivent être établis.

n Un plan de chargement (avec des informations sur le contenu, la quantité, le volume


et la masse des articles/du matériel à stériliser) doit également être disponible.

n Un programme d’entretien préventif doit être élaboré, comprenant une inspection


visuelle régulière de la chambre, des joints d’étanchéité de la porte, des jauges et
des commandes, et entrepris par un personnel compétent.

n Un processus de vérification régulier doit être établi pour s’assurer que l’autoclave
fonctionne comme prévu, comprenant notamment l’utilisation régulière d’indicateurs
biologiques et, pour les autoclaves à extraction d’air, des essais de Bowie-Dick et de
détection des fuites sous vide confirmant l’extraction adéquate de l’air (consulter la
sous-section 2.6.2, Indicateurs chimiques).

n Une source de vapeur fiable doit être utilisée pour fournir une vapeur suffisamment
saturée, propre et exempte de produits chimiques susceptibles d’empêcher le
fonctionnement de l’autoclave ou d’endommager les tuyaux ou la chambre de
l’appareil.

n Tout le matériel à autoclaver doit être placé dans des récipients qui permettent une
évacuation facile de l’air et une bonne pénétration de la vapeur.

n La chambre de l’autoclave doit être peu chargée afin d’assurer une pénétration
uniforme de la vapeur.
20 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

n Les produits chimiques dangereux (p. ex., eau de Javel, mercure ou déchets
radioactifs) ne doivent jamais être traités en autoclave.

n Les opérateurs doivent porter un EPI approprié, y compris des gants de protection
thermique, des vêtements de protection et une protection oculaire et faciale
adéquate lorsqu’ils ouvrent l’autoclave, même si la température est revenue à un
niveau considéré comme sans danger pour l’ouverture de la porte.

n Des précautions doivent être prises pour s’assurer que les soupapes d’échappement
et les conduites d’évacuation des autoclaves ne sont pas obstruées par du
papier, du plastique ou d’autres matières provenant des déchets ou du matériel à
décontaminer.

2.4.2 Incinération

L’incinération est une méthode utile pour se débarrasser des carcasses d’animaux,
des pièces anatomiques ou d’autres déchets de laboratoire, avec ou sans
décontamination préalable (voir la Section 2, Méthodes de décontamination).
L’incinération des matériels infectieux ne peut se substituer à l’autoclavage que si le
transport vers l’incinérateur est contrôlé et réalisé par un personnel dûment formé,
dans un conteneur de transport adapté, et en respectant un MON pour le chargement
de ce dernier. Des incinérateurs mobiles et transportables sont disponibles pour
les installations d’urgence et temporaires. Toutes les législations nationales et
environnementales relatives à l’incinération doivent être respectées.

Pour donner satisfaction, l’incinérateur doit comporter un dispositif efficace de


régulation de la température et un moyen d’assurer une combustion complète de tous
les matériaux inflammables. Un grand nombre d’incinérateurs et d’autres méthodes
pour brûler les déchets, notamment ceux qui ne comportent qu’une seule chambre
de combustion, ne permettent pas de traiter de manière satisfaisante le matériel
infectieux, les carcasses d’animaux et les matières plastiques. En effet la destruction
risque de ne pas être totale et l’effluent qui sort par la cheminée peut polluer
l’atmosphère du fait de la présence d’agents biologiques ou de substances et fumées
toxiques (22). Pour les incinérateurs dotés d’une chambre secondaire, l’idéal est
d’obtenir une température d’au moins 800 °C dans la chambre primaire et d’au moins
1000 °C dans la chambre secondaire.

Les matières et objets à incinérer, même s’ils ont été préalablement décontaminés,
doivent être transportés jusqu’à l’incinérateur dans des conteneurs à l’épreuve
des fuites. Le personnel préposé à l’incinération doit avoir reçu des instructions
appropriées concernant le chargement, la manipulation et le réglage de la
température de l’incinérateur. À noter que le bon fonctionnement d’un incinérateur
dépend très largement de la composition (p. ex., matières organiques, matières
plastiques et papier/carton) des déchets traités. Si ceux-ci sont transportés dans
des conteneurs réutilisables, la décontamination des conteneurs de transport doit
également être envisagée.
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 21

Ces incinérateurs, existants ou en projet, continuent à susciter des inquiétudes


quant aux effets négatifs qu’ils pourraient avoir sur l’environnement et les études se
poursuivent pour mettre au point des appareils plus respectueux de l’environnement et
consommant moins d’énergie.

Fosses d’incinération et fournaises

Les fosses d’incinération sont une méthode traditionnelle de brûlage à ciel ouvert
utilisant une dépression peu profonde scellée avec de l’argile, du ciment ou du béton ;
les articles incinérés y sont réduits en cendres. Les fournaises fonctionnent de manière
similaire et sont efficaces pour incinérer divers types de déchets. Ces méthodes
peuvent potentiellement exposer les opérateurs à des produits de combustion nocifs et
à des températures extrêmement élevées.

Élimination des produits d’incinération (cendres)

Le procédé d’incinération peut concentrer des produits chimiques potentiellement


dangereux (p. ex., métaux toxiques et phosphate provenant de carcasses) et les cendres
extraites des incinérateurs doivent être éliminées conformément aux réglementations
nationales/locales. Les déchets autoclavés peuvent être éliminés par incinération sur un
site hors de la zone du laboratoire ou enfouis dans une décharge autorisée.

2.5 Stérilisation
La stérilisation est utilisée lorsqu’il est nécessaire de tuer ou d’éliminer complètement
un agent biologique, y compris les spores et les prions ; par exemple, pour les articles
médicaux et les déchets si l’évaluation des risques indique que des procédés de
décontamination très stricts sont requis.

Elle peut être réalisée par différentes méthodes comme l’autoclavage, l’utilisation
de certains désinfectants chimiques et de la désinfection gazeuse en suivant un
MON rigoureux, et l’irradiation. Bien que la méthode choisie soit importante, il est
tout aussi critique de valider le procédé et de respecter le MON afin d’assurer une
décontamination maximale. En outre, des indicateurs biologiques sont utilisés pour
surveiller l’efficacité du procédé de stérilisation (Tableau 2.5).

2.6 Indicateurs biologiques et chimiques


Des indicateurs sont couramment utilisés pour vérifier et/ou surveiller l’efficacité des
procédés de décontamination (nettoyage, désinfection ou stérilisation) ; ils peuvent
être chimiques, biologiques et parfois mécaniques/physiques.
22 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

2.6.1 Indicateurs biologiques

Les indicateurs biologiques sont des populations normalisées de micro-organismes


qui fournissent une résistance définie à un procédé de stérilisation spécifique (Tableau
2.5). Les endospores bactériennes non pathogènes sont largement utilisées comme
indicateur, car elles sont très résistantes aux procédés de stérilisation et faciles à
détecter lorsqu’elles sont cultivées. Si les spores ne sont pas décontaminées par la
stérilisation, elles germeront et se développeront et finiront par libérer de l’acide
dipicolinique, qui peut être détecté par un colorant indicateur de pH présent dans le
milieu de croissance. Après une période d’incubation plus longue, la turbidité du milieu
indiquera également toute croissance bactérienne. Diverses espèces produisant des
endospores afficheront différents modèles de résistance aux procédés de stérilisation
habituels. Geobacillus stearothermophilus est utilisé pour tester l’efficacité de la
fumigation ou de l’autoclavage, alors que B. subtilis, B. atrophaeus ou B. pumilus sont
préférables pour vérifier l’action de la chaleur sèche ou de l’irradiation (Tableau 2.5).

Table 2.5 Procédés de stérilisation et indicateurs biologiques appropriés

PROCÉDÉ DE STÉRILISATION INDICATEUR BIOLOGIQUE

Formaldéhyde Geobacillus stearothermophilus

Peroxyde d’hydrogène G. stearothermophilus

Chaleur humide G. stearothermophilus

Chaleur sèche Bacillus atrophaeus, B. subtilis

Rayonnements ionisants B. pumilus

2.6.2 Indicateurs chimiques

Les indicateurs chimiques sont largement utilisés, car ils produisent un résultat
immédiat. Ils contrôlent des paramètres directs spécifiques qui sont essentiels pour
la désinfection ou la stérilisation. Ces paramètres incluent la vérification qu’une
concentration minimale d’un désinfectant a été utilisée ou qu’une condition spécifique
a été atteinte dans l’autoclave. Ces indicateurs vérifient également certaines variables
indirectes qui sont importantes pour l’efficacité, comme l’essai de Bowie-Dick qui
confirme l’élimination de l’air dans les autoclaves à extraction d’air.

Il existe six classes d’indicateurs chimiques (Tableau 2.6) ; selon les paramètres à
vérifier (p. ex., contrôle de l’exposition, performances de l’autoclave, surveillance de
la charge, suivi du cycle), un ou plusieurs indicateurs peuvent être sélectionnés pour
mieux évaluer le procédé de décontamination.
SECTION 2 MÉTHODES DE DÉCONTAMINATION 23

Tableau 2.6 Six classes d’indicateurs chimiques pour les procédés de décontamination

TYPE 1 TYPE 2 TYPE 3 TYPE 4 TYPE 5 TYPE 6

Type Indicateurs Indicateurs Indicateurs Indicateurs Indicateurs Indicateurs


de procédé, pour essais de paramètre multi- intégrateurs émulateurs
d’indicateur
« témoins de spécifiques, individuel paramétriques
passage » « indicateurs
spécialisés »

Ce qui est Exposition de Confirmation Exposition à une Exposition Exposition Indicateurs


d’une étape
l’article stérilisé valeur spécifiée à au moins à tous les spécifiques
indiqué
aux conditions spécifique du paramètre deux valeurs paramètres de cycles de
de traitement du procédé choisi, paramétriques critiques pour stérilisation
minimales ; sert de stérilisation, p. ex. choisies, p. ex. : un procédé précisés
à distinguer les comme température, - durée et donné La réponse
articles traités l’élimination durée, température des indicateurs
des articles non de l’air d’un concentration pour la émulateurs
traités stérilisateur d’un biocide stérilisation à de classe 6 ne
à vapeur à la vapeur correspond pas
extraction d’air nécessairement
- durée et
concentration à un indicateur
pour la biologique
stérilisation
à l’oxyde
d’éthylène
Utilisation Contrôle de Performances Surveillance Surveillance Surveillance Surveillance
l’exposition du stérilisateur de la charge de la charge de la charge de la charge
Contrôle de Outil de
l’exposition surveillance
de cycle

Exemple Ruban de Essai de Tube de Bandes de


stérilisation Bowie-Dick, p. température papier avec
autoclave ex. test Dart® avec pastille un indicateur
quotidien pour chimique qui chimique
l’élimination de fond à imprimé
l’air une
température
spécifique

Il existe des indicateurs spécifiques conçus pour surveiller l’exposition aux désinfectants
chimiques (formaldéhyde, peroxyde d’hydrogène et dioxyde de chlore) et à la chaleur
(vapeur et chaleur sèche) ou pour surveiller les variations de pression.
25

SECTION 3 Gestion et décontamination des déchets

GESTION ET
SECTION

3 DÉCONTAMINATION DES
DÉCHETS
3.1 Considérations pour la gestion des déchets
Les activités de laboratoire produisent toute une gamme de déchets solides et
liquides contaminés (Tableau 3.1) qui sont en grande partie mis au rebut/éliminés ;
certains peuvent cependant être réutilisés ou recyclés, comme les articles de verrerie,
l’équipement, les appareils ou les vêtements de laboratoire. En principe, tous les
matériaux ou liquides contaminés quittant le laboratoire doivent être soit traités sur
place afin qu’ils puissent être manipulés par la suite sans danger, soit emballés et
transportés en toute sécurité vers un autre site de traitement. La décontamination peut
être effectuée par un procédé chimique, par autoclavage ou par incinération, mais
la méthode et le protocole doivent s’appuyer sur une évaluation des risques et être
correctement validés.

Dans le cadre de la gestion des déchets, la décontamination et l’élimination finale


sont étroitement liées et doivent faire partie intégrante de l’évaluation des risques. Des
informations plus détaillées à cet effet, avec des modèles pertinents, sont données
dans la monographie Évaluation des risques (2).

Table 3.1 Exemples de déchets produits dans les laboratoires

OPTC DÉCHETS DÉCHETS DÉCHETS NON


(OBJETS PIQUANTS, CONTAMINÉS CHIMIQUES DANGEREUX OU
TRANCHANTS, ORDINAIRES
COUPANTS)
Aiguilles, verre brisé, Sang et liquides Fixateurs ; Matériaux
boîtes de Pétri, lames biologiques, formaldéhyde, d’emballage,
et lamelles, pipettes cultures et souches xylène, toluène, papiers et
brisées, seringues, microbiologiques, méthanol, chlorure conteneurs en
scalpels tissus, carcasses de méthylène et plastique non
d’animaux infectés, autres solvants ; contaminés
tubes et conteneurs thermomètres de
contaminés par laboratoire cassés
du sang ou des
liquides biologiques,
effluents liquides
26 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Les éléments suivants doivent être pris en compte dans l’évaluation des risques pour la
gestion des déchets :

n les installations et les méthodes de décontamination disponibles ;

n le type et le volume des déchets (objets, matériaux, liquides) ;

n la méthode de décontamination ;

n les catégories de déchets (non contaminés, contaminés, OPTC, verrerie) ;

n l’emballage, l’étiquetage et le transport ;

n la présence de matières radioactives ;

n la présence de produits chimiques ; et

n les exigences de recyclage et de réutilisation.

Tout le personnel manipulant des matériaux contaminés doit avoir reçu une formation
spéciale et porter un EPI approprié.

3.1.1 Déchets contaminés traités sur place : tri et stockage

Les matériaux contaminés et décontaminés, y compris les déchets, doivent être


clairement identifiables, étiquetés (en utilisant différents codes couleur ou le symbole
de danger biologique) et stockés ou éliminés séparément.

Les éléments suivants doivent être pris en compte pour le tri et le stockage :

n le type de déchets, p. ex., liquides, solides, déchets ordinaires, déchets infectieux,


déchets chimiques, OPTC (contaminés ou non) et de consommables ;

n le volume de déchets à traiter ;

n le lieu de décontamination des déchets (p. ex., dans le laboratoire lui-même, sur
place, site extérieur) ;

n le stockage éventuel des déchets avant leur décontamination ;

n les types d’emballage pour le stockage des déchets (p. ex., sacs, boîtes, bacs, pots,
seaux) et caractéristiques (étanches, imperforables, résistants à la chaleur/aux
produits chimiques, hermétiques) ;
SECTION 3 GESTION ET DÉCONTAMINATION DES DÉCHETS 27

n l’utilisation systématique d’un système d’identification cohérent :

– codes couleurs pour les différentes catégories de déchets

– étiquettes lisibles et informatives

– symboles de danger appropriés (p. ex., danger biologique, radioactif, inflammable)

n les règles sur le transfert des déchets à l’intérieur et à l’extérieur du laboratoire ;

n l’accès à une zone de stockage réglementée avant le transport en dehors du


laboratoire ;

n la durée et les conditions de stockage (p. ex., stockage à court ou à long terme,
exigences de contrôle de la température et de ventilation) ; et

n les possibilités pour le nettoyage et la désinfection réguliers de la zone de


stockage.

Les sacs destinés aux déchets à risque biologique qui quittent le laboratoire doivent
être transportés et stockés de manière sûre, en utilisant un conteneur secondaire ou
un chariot ou tout autre moyen empêchant la contamination du sol et des murs du
local de stockage. Des méthodes d’emballage appropriées garantissent la sécurité de
l’ensemble du personnel, des laborantins aux préposés à la décontamination, même
si un endommagement survient pendant le transport. Par exemple, les OPTC doivent
être collectés dans des conteneurs étanches et imperforables qui sont difficiles à ouvrir
une fois qu’ils sont fermés. Une trousse de premiers soins est essentielle et doit être
facilement accessible. Selon la température et la durée de stockage des déchets, un
refroidissement peut être nécessaire avant de procéder au traitement ou à l’élimination.

Après le traitement de décontamination, tout le personnel manipulant les déchets doit


pouvoir visiblement et facilement identifier que les articles (poubelles, sacs, conteneurs,
etc.) décontaminés ne posent plus aucun risque infectieux. Par exemple, le symbole
de danger biologique doit être barré, retiré ou caché (les sacs autoclavés peuvent
être placés dans un deuxième sac opaque). Souvent, les déchets décontaminés sont
considérés comme des déchets municipaux et sont transportés et éliminés comme tels.
Cependant, les OPTC et autres déchets spéciaux (produits chimiques, radioactifs, etc.)
doivent être éliminés en tant que tels dans des conteneurs désignés à cet effet.

3.1.2 Déchets contaminés traités en dehors du laboratoire :


manipulation et transport
Dans de nombreux laboratoires, il est impossible de décontaminer les déchets
infectieux sur place. Ils doivent donc être collectés et transportés vers un autre
établissement en vue de leur traitement et leur élimination finale. Un traitement
externe peut également être requis lorsque des quantités inhabituelles de déchets
contaminés s’accumulent (p. ex., suite à une panne technique des systèmes de
décontamination sur place ou dans le cadre d’une flambée épidémique) ou lorsqu’une
28 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

source inattendue de contamination est découverte et que le matériel doit être


décontaminé avant son élimination finale.

Dans l’idéal, les déchets doivent être conditionnés dans des conteneurs certifiés par
l’Organisation des Nations Unies (ONU) et transportés par un entrepreneur agréé. La
conformité de l’entrepreneur aux réglementations et aux directives en vigueur doit
être contrôlée (dans le cadre du processus d’évaluation des risques). Les informations
suivantes doivent être disponibles pour les entrepreneurs qui transportent des déchets
contaminés :

n les classes de déchets, le type de déchets,

n l’origine des déchets (p. ex., institution, laboratoire),

n la date de ramassage,

n la destination,

n le nom et le permis de conduire du conducteur,

n le nombre de conteneurs et le volume estimé, et

n l’accusé de réception obtenu auprès d’une personne responsable sur le lieu de


ramassage.

Lorsque les déchets sont décontaminés en dehors du laboratoire, ils doivent être
conditionnés, étiquetés et transportés conformément aux réglementations nationales
et internationales. Se reporter à la sous-section 3.1.4, Considérations législatives,
réglementaires et politiques, pour des conseils supplémentaires sur la réglementation
applicable. Les emballages qui renferment des déchets solides doivent résister à
une chute d’un mètre minimum sans s’ouvrir. Dans l’idéal, les liquides doivent être
conservés dans de conteneurs de petit volume (10 litres au maximum), car cela
réduit le volume répandu en cas de fuite et facilite la manipulation. Des conteneurs
secondaires assurant une rétention des liquides (plateaux, réservoirs ou gros bidons)
doivent être utilisés. Le véhicule de transport doit être équipé pour acheminer les
déchets dans un conteneur fermé ou couvert, solidement fixé en place. Le conducteur
doit être informé de la démarche à suivre en cas d’accident ou d’incident lors d’un
transport sur la voie publique. Un kit de décontamination en cas de déversement
contenant des matériaux absorbants, un désinfectant efficace, des gants réutilisables
résistants, un masque, un tablier, des lunettes de protection et un conteneur à déchets
étanche doit se trouver dans le véhicule.

3.1.3 Documentation pour la gestion des déchets

Il est important de tenir à jour des dossiers clairs qui consignent les déchets stockés,
leurs méthodes de traitement et les dates d’élimination pour garantir la prise en
charge adéquate des déchets. Les documents suivants doivent être rassemblés :
SECTION 3 GESTION ET DÉCONTAMINATION DES DÉCHETS 29

n la liste du personnel autorisé à manipuler les déchets avec leurs dossiers de


formation,

n le MON pour la manipulation des déchets (notamment le transport interne, le


stockage à court terme et la décontamination),

n les dossiers de validation pour la décontamination,

n les registres de transport hors site et d’élimination finale,

n la base de données (papier ou électronique) des fiches de données de sécurité


pertinentes, et

n le plan d’urgence, notamment pour les procédures d’urgence de gestion des


déversements.

En cas d’urgence, certaines informations doivent être disponibles, telles que :

n Qu’est-ce qui est éliminé (p. ex., embouts de pipette, flacons, produits chimiques,
animaux) ?

n Quels besoins particuliers doivent être pris en compte ?

n Où et comment les différents déchets sont-ils stockés (p. ex., à température


ambiante) ?

n Qui est responsable d’éliminer les déchets et qui est chargé de former le personnel ?

n Quand la formation est-elle effectuée (p. ex., à quelle fréquence : sur demande ou
en continu) ?

n Qui est responsable en cas d’urgence ?

La décontamination des déchets hors site utilise les mêmes méthodes chimiques
et physiques que celles décrites dans la sous-section précédente. La rigueur des
méthodes utilisées doit s’appuyer sur l’évaluation des risques, mais l’objectif
final est la décontamination et non pas strictement la stérilisation. Différentes
méthodes sont utilisées pour les déchets liquides et solides (voir les sous-sections 3.2,
Décontamination des déchets liquides, et 3.3, Décontamination des déchets solides).

3.1.4 Considérations en matière de législation, de réglementation


et de politique
La décontamination des déchets biologiques dangereux contenant des agents
biologiques pathogènes générés au sein d’un laboratoire peut avoir lieu sur place
(p. ex., traitement des cultures bactériennes avec de l’eau de javel, autoclavage),
dans une zone de décontamination désignée à l’extérieur du laboratoire (p. ex., zone
d’autoclavage centralisée pour l’établissement), ou dans une installation hors site par
30 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

un service tiers pour la gestion ou l’élimination des déchets biologiques dangereux (p.
ex., incinération, stérilisation à la vapeur). Il revient aux personnes ou au laboratoire
produisant les déchets de s’assurer qu’ils sont décontaminés de manière sûre et
efficace avant d’être libérés ou retirés du laboratoire, ou qu’ils sont transportés en
toute sécurité en vue d’être décontaminés hors site.

Une fois décontaminés, les déchets présentant un risque biologique, le sang humain et
les liquides corporels ne sont plus considérés comme présentant un risque. Ils peuvent
cependant toujours être considérés comme dangereux s’ils contiennent des dangers
autres que des agents biologiques (comme des produits chimiques, des OPTC ou
des matières radioactives). Il existe des normes internationales (p. ex., ISO 23907-1,
Protection contre les blessures par perforants) qui s’appliquent aux déchets d’OPTC et
qui doivent être reflétées dans le programme de gestion des déchets (p. ex., pour le
tri des différents matériaux). De plus, alors que les déchets anatomiques humains qui
ont été décontaminés ne constituent plus un risque biologique, les normes et pratiques
socioculturelles, religieuses et esthétiques influencent également la réglementation de
leur élimination.

Des considérations ou exigences supplémentaires en matière de gestion et de


traitement des déchets peuvent être spécifiées par les autorités et organisations
internationales, nationales, provinciales ou municipales et doivent être consultées
lors de l’élaboration et de la mise en œuvre d’un programme de gestion des
déchets (23,24). Les lois, règlements, politiques et lignes directrices qui régissent la
décontamination et l’élimination des déchets dans une juridiction donnée peuvent
refléter les différences régionales, les variations en termes de capacité locale ainsi
que le contexte socioéconomique. Des organisations ou institutions professionnelles
peuvent aussi disposer de lignes directrices, de manuels, de codes de conduite
professionnelle et de conseils pouvant être partagés entre divers personnels
expérimentés pour compléter les exigences obligatoires.

Les caractéristiques d’un programme de gestion des déchets fondé sur des exigences
nationales et internationales peuvent inclure :

n la définition des déchets biologiques dangereux,

n les catégories ou types de déchets,

n les obligations légales du producteur des déchets biologiques dangereux pour


assureur leur manipulation et leur élimination en toute sécurité,

n les exigences en matière de tenue des dossiers et de rapports, et

n la nécessité de disposer d’autorisations (p. ex., permis ou licences) pour les systèmes
de traitement et de manutention des déchets.
SECTION 3 GESTION ET DÉCONTAMINATION DES DÉCHETS 31

Considérations internationales

Le document de l’OMS intitulé Safe management of wastes from health-care


activities: a practical guide (deuxième édition) fournit des recommandations pour
la manipulation des déchets dangereux qui peuvent être prises en compte dans le
programme de gestion des déchets (25).

Il existe également des normes internationales pour certaines méthodes de


décontamination des déchets. Par exemple, bien qu’il n’y ait pas de normes
microbiologiques pour les émissions de cheminée (gaz de combustion) provenant
d’un incinérateur, ces derniers doivent être conformes aux exigences internationales
en matière d’environnement, comme la Convention de Stockholm sur les polluants
organiques persistants (26). Aussi, des exigences strictes internationales, et parfois
nationales, existent concernant l’efficacité des procédés de destruction et d’élimination
et les concentrations de substances pouvant être libérées dans l’atmosphère. Le
respect de ces exigences doit être démontré pour les incinérateurs qui sont utilisés
dans l’élimination des déchets dangereux. Si des services tiers de gestion ou
d’élimination des déchets biologiques dangereux sont engagés, le laboratoire qui
est à l’origine des déchets et qui en sous-traite l’élimination peut demander à ces
fournisseurs de démontrer la conformité de leurs procédés aux réglementations
internationales.

Considérations nationales

Outre les exigences internationales, le programme de gestion des déchets doit tenir
compte de toutes les lois, réglementations, politiques et directives locales applicables.
Dans certains pays, la juridiction locale peut avoir des exigences spécifiques au site
pour le stockage des déchets afin d’éviter toute exposition de la communauté à des
déchets dangereux. Par exemple, pour empêcher aux charognards et aux nuisibles
d’accéder aux déchets, les autorités locales peuvent exiger que les conteneurs de
déchets biologiques dangereux soient stockés dans un lieu sûr jusqu’à ce qu’ils soient
transportés vers un autre site en vue d’être éliminés.

La réglementation sur les déchets biologiques dangereux peut varier


considérablement d’une région à l’autre. Dans certains pays par exemple, il est interdit
d’introduire ceux-ci dans le système d’élimination des déchets ordinaires, même
s’ils ont été effectivement et soigneusement décontaminés (p. ex., par désinfection
ou autoclavage). Dans de tels cas, les déchets peuvent devoir subir un procédé
de décontamination visant à éliminer tout danger résiduel qui s’y trouve (produits
chimiques, matières radioactives, OPTC, déchets anatomiques, etc.).

Il est également important de respecter les directives locales qui reflètent les
différences régionales, les variations en termes de capacité locale ainsi que le contexte
socioéconomique. Par exemple, il est important que le programme de gestion des
déchets détermine si le climat local justifie des procédures supplémentaires pour le
stockage des déchets (comme le stockage dans un lieu frais ou sur une plate-forme
surélevée s’il y a un risque d’inondation, ou la décontamination des déchets à mesure
qu’ils sont produits pour éviter le besoin de stockage).
32 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Transport des déchets

Lorsque les déchets sont décontaminés en dehors du laboratoire, ils doivent être
conditionnés, étiquetés et transportés conformément aux réglementations nationales
et internationales. Que les déchets biologiques dangereux soient transportés au sein
d’une même région ou exportés en vue d’être décontaminés ou éliminés dans un
autre pays, leur transport est régi par des exigences nationales et internationales
qui sont habituellement fondées sur les Recommandations relatives au transport des
marchandises dangereuses : règlement type de l’ONU (27).

En l’absence de réglementation nationale, les autorités municipales responsables


peuvent se reporter aux recommandations de l’ONU. Le transport aérien de déchets
biologiques dangereux doit être conforme aux Instructions techniques pour la sécurité
du transport aérien des marchandises dangereuses de l’Organisation de l’Aviation
civile internationale (OACI) et à la réglementation sur les marchandises dangereuses
de l’Association du Transport aérien international (IATA), qui s’appuient toutes deux sur
les recommandations de l’ONU (28,29).

En plus des conventions et accords internationaux, les transports transfrontaliers de


déchets dangereux peuvent être soumis à la réglementation du pays importateur, du
pays exportateur ou des deux (30-32).

3.2 Décontamination des déchets liquides


L’élimination des déchets liquides est un problème important pour les installations de
recherche. De nombreuses méthodes sont disponibles, et toutes ont des avantages
et des inconvénients qui doivent être appréciés dans le cadre d’une évaluation des
risques. Le choix de la méthode est guidé par la composition chimique des déchets, les
agents biologiques à éliminer et les coûts initiaux et continus de chaque procédé. Les
différentes options pour la décontamination des déchets liquides sont décrites dans les
sous-sections suivantes.

3.2.1 Réseau d’égouts

Sur la base de l’évaluation des risques, lorsqu’il s’agit d’échantillons à faible risque
manipulés dans une installation de recherche ou clinique reliée à un réseau d’égouts
municipal technologiquement avancé, la vidange directe des conteneurs de déchets
liquides dans les égouts sanitaires peut être une méthode d’élimination appropriée.
Bien que cela ne soit pas techniquement un procédé de décontamination, les
égouts sanitaires qui mènent à une usine de traitement des déchets désinfecteront
adéquatement les déchets liquides avant leur rejet dans l’environnement. Cette
option n’est cependant pas acceptable pour les agents biologiques ou les actes de
laboratoire qui nécessitent des mesures de maîtrise renforcées ou des mesures de
confinement à haute sécurité (telles que déterminées par l’évaluation des risques).
En fait, même pour les agents biologiques moins dangereux, cette méthode peut
SECTION 3 GESTION ET DÉCONTAMINATION DES DÉCHETS 33

être interdite par les réglementations locales ou nationales. Il peut également être
interdit de jeter des déchets biologiques liquides dans le réseau d’égouts lorsqu’ils
sont mélangés à des produits chimiques (p. ex., de l’éthanol, du formaldéhyde ou du
chlorhydrate de guanidine). Quel qu’il en soit, le strict respect des réglementations
locales et nationales est requis en toutes circonstances.

3.2.2 Désinfection chimique

La plupart des laboratoires de recherche interdisent l’élimination directe d’agents


biologiques sans aucun traitement ; par conséquent, la désinfection chimique est
devenue un procédé standard pour décontaminer les solutions avant de les éliminer.
L’évaluation des risques aide à identifier la méthode la plus appropriée pour ce type
de désinfection.

L’activité du désinfectant chimique contre l’agent biologique manipulé au laboratoire


est le premier facteur à prendre en compte lors du choix d’un désinfectant chimique.
Des agents biologiques prédéfinis sont en général utilisés dans le cadre de la
recherche, mais une gamme plus large est présente dans les échantillons cliniques. Les
spores et les prions nécessitent un procédé de décontamination plus rigoureux avant
leur élimination. La charge organique (à savoir, la quantité de matière organique
mélangée aux agents biologiques) doit être prise en compte, car la plupart des
désinfectants chimiques, y compris les hypochlorites, sont inactivés par les matières
organiques.

On doit considérer la stabilité des désinfectants prêts à l’emploi, car celle-ci affecte
la fréquence à laquelle le produit doit être remplacé. De plus, il faut tenir compte de
la toxicité et de la corrosivité des désinfectants et des irritants qu’ils contiennent, et
parfois même des coûts et de la durée de conservation pour des raisons de durabilité.

Les produits chimiques les plus couramment utilisés pour la décontamination


des déchets liquides sont l’hypochlorite de sodium, les phénols et les composés
d’ammonium quaternaire.

Avant de procéder à la désinfection chimique d’une solution, les autres produits


chimiques présents dans le liquide doivent être pris en compte afin d’éviter tout
effet néfaste susceptible de survenir suite au mélange de produits incompatibles.
Le thiocyanate de guanidine est un agent chaotropique (capable de rompre les
liaisons hydrogène) courant utilisé pour dénaturer les cellules avant l’isolement et le
séquençage des acides nucléiques ou l’amplification en chaîne par polymérase. Le
mélange d’une solution contenant du thiocyanate de guanidine et de l’hypochlorite
de sodium génère un mélange gazeux toxique d’acide chlorhydrique et de cyanure
d’hydrogène. La combinaison de solutions de formaldéhyde et d’hypochlorite de
sodium produit un mélange de gaz toxiques, notamment de l’acide chlorhydrique,
du chlore et de l’acide formique. Le mélange d’éthanol et de solutions contenant de
l’hypochlorite de sodium génère du chloroforme.
34 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

3.2.3 Autoclavage

L’autoclavage des déchets liquides peut être une méthode préférée de stérilisation,
car les liquides traités peuvent souvent ensuite être éliminés par le réseau d’égouts
sans aucune contamination de l’environnement par des désinfectants chimiques ou
leurs sous-produits. Comme il est précisé dans la sous-section 2.4.1, Autoclavage,
la vapeur doit être en contact direct avec la solution à désinfecter, de sorte que les
récipients contenant les déchets liquides ne doivent pas être fermés hermétiquement.
Ces conteneurs doivent par ailleurs être placés dans un réceptacle de confinement
secondaire qui ne doit pas les dépasser en hauteur afin de permettre au volume
d’air d’être remplacé par la vapeur. Des cycles à vapeur directe ou à extraction
d’air peuvent être utilisés, mais l’autoclave doit offrir un cycle spécifique pour les
déchets liquides, conçu pour réduire lentement la température et la pression après
l’achèvement du cycle afin d’obtenir un refroidissement progressif. L’utilisation d’un
cycle destiné aux produits secs entraînera une stérilisation flash des déchets liquides
quand leur température dépasse le point d’ébullition de la pression résiduelle dans
l’autoclave. Cela conduira au débordement des conteneurs et au déversement
des déchets liquides dans le réceptacle de confinement secondaire ou au fond de
l’autoclave.

L’autoclavage de liquides qui ont été préalablement traités avec un désinfectant


chimique peut également s’avérer dangereux. Les solutions à forte teneur
d’hypochlorite, d’éthanol ou de formaldéhyde ne doivent pas être autoclavées,
car elles deviennent alors volatiles et leur concentration peut dépasser les niveaux
acceptables dans l’air de l’autoclave lorsque celui-ci est ouvert. Les produits solides
qui se liquéfient aux températures des cycles d’autoclavage (comme la gélose)
doivent être manipulés avec grand soin. S’ils ne sont pas entièrement contenus dans
un bac secondaire, ces produits peuvent, après liquéfaction, s’égoutter des sacs qui
les renferment, s’accumuler autour du bac d’égouttement et du point de vidange,
et bloquer complètement ce dernier quand l’autoclave refroidit, entraînant des
réparations difficiles et coûteuses.

3.3 Décontamination des déchets solides


Pour traiter les déchets solides potentiellement infectieux, la désinfection chimique est
rarement préférée, car il est souvent difficile, voire impossible, de garantir le contact
du produit chimique avec toutes les surfaces. Pour la majorité de ces types de déchets,
l’autoclavage ou l’incinération est la méthode à privilégier. Pour les carcasses de gros
animaux, on peut opter pour l’incinération ou la digestion par hydrolyse alcaline, avec
réduction thermique (voir la sous-section 3.3.4, Réduction thermique). Des systèmes
commerciaux qui combinent le chauffage, le broyage ou le mélange et/ou la digestion
alcaline sont disponibles.
SECTION 3 GESTION ET DÉCONTAMINATION DES DÉCHETS 35

3.3.1 Autoclavage

L’autoclavage des déchets solides, comme indiqué dans la sous-section 2.4.1,


Autoclavage, est un moyen fiable de stériliser les agents biologiques présents dans
les déchets solides. Il est cependant essentiel d’assurer que les déchets sont exposés
en intégralité à la vapeur : par exemple, les poches d’air piégées agissent comme un
isolant et peuvent permettre à certaines parties des déchets de demeurer infectieuses.
Assurer cette exposition intégrale est plus difficile en présence d’un emballage
irrégulier des déchets et si les déchets solides contiennent des liquides. Les articles
complètement secs, comme les gants et les blouses/sarraus, peuvent piéger des
poches d’air sec qui entraveront l’obtention d’une désinfection totale. Les déchets ou le
matériel placés dans l’autoclave doivent donc se trouver dans des conteneurs facilitant
l’évacuation de l’air et la pénétration de la vapeur/chaleur. Il est indispensable de
valider au préalable les conditions de fonctionnement en effectuant des essais avec
les déchets secs en utilisant des indicateurs biologiques. La nécessité d’ajouter de l’eau
aux déchets solides doit être déterminée expérimentalement ; certaines recherches ont
indiqué que l’ajout d’eau peut faciliter la désinfection dans des conditions spécifiques
(33). Afin d’atteindre les températures requises pour la désinfection dans l’intégralité
des déchets solides, il est probable que des cycles plus longs que ceux normalement
utilisés pour la stérilisation doivent être mis en œuvre. Le matériel volumineux, les
carcasses d’animaux de grande taille, les conteneurs étanches résistants à la chaleur
et autres déchets empêchant le transfert de la chaleur sont à éviter.

La décontamination en autoclave des carcasses d’animaux représente un défi


particulier. Les carcasses peuvent être entreposées à l’état congelé jusqu’à ce qu’un
nombre suffisant soit obtenu pour la décontamination. Quelle que soit la méthode
utilisée, le temps supplémentaire requis pour décongeler complètement tous les
matériaux doit être ajouté aux cycles ou temps de traitement utilisés.

De plus, une validation expérimentale doit être effectuée à l’avance et de façon


systématique pour démontrer que la température appropriée (d’habitude 121 °C)
est atteinte dans toutes les parties de toutes les carcasses (34). L’efficacité de
la décontamination doit être vérifiée en continu, soit en utilisant des indicateurs
biologiques dans des échantillons d’essai de déchets stratégiquement placés,
parsemés dans des conteneurs à déchets réels, soit en utilisant des indicateurs fixés
sur des tiges qui peuvent être insérés et récupérés sans perturber le contenu des
conteneurs à déchets.

3.3.2 Incinération

L’incinération est un moyen d’éliminer tous les agents biologiques connus dans les
déchets solides, y compris les spores et les prions ; dans l’idéal, cette méthode est
accomplie dans un incinérateur technologiquement avancé. Comme il est précisé dans
la sous-section 2.4.2, Incinération, la température correcte dans la chambre primaire
et la durée de traitement adéquate sont essentielles pour assurer une combustion
intégrale des déchets solides et la décontamination de tout agent biologique
présent. En outre, les opérateurs d’incinérateurs doivent recevoir une formation
36 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

sur la manipulation sûre des déchets avant leur chargement dans l’appareil. Si des
conteneurs réutilisables sont utilisés, les moyens utilisés pour leur désinfection doivent
être établis avant de procéder à l’incinération.

En plus des agents biologiques, le plastique et le verre sodocalcique sont deux autres
matériaux à prendre en compte lors de l’incinération des déchets solides. La plupart
des plastiques utilisés dans les laboratoires de recherche brûlent en produisant plus
de chaleur que les déchets de papier, et peuvent surchauffer un incinérateur si le
volume incinéré est supérieur à celui recommandé par le fabricant de l’appareil. Le
verre sodocalcique fond à environ 550 °C et enrobe la brique réfractaire, ce qui en
réduit la durée de vie ; il est donc important de minimiser toute incorporation de verre
sodocalcique dans les déchets solides. Les cendres provenant de l’incinération du
verre sodocalcique nécessitent des mesures spéciales de manipulation et d’élimination,
car elles peuvent être enrichies en métaux lourds et en phosphate.

3.3.3 Digestion par hydrolyse alcaline

La digestion alcaline utilise une température et une pression élevées en présence


d’alcali (solution 1N et supérieure) pour décomposer la plupart du matériel cellulaire
trouvé dans les carcasses en formes solubles. Le procédé peut réduire les carcasses en
une fraction soluble et un résidu solide riche en calcium. C’est une méthode efficace
pour éliminer presque tous les agents biologiques connus. Il a été démontré que la
digestion à 150 °C en présence d’une solution 1N d’hydroxyde de sodium (NaOH)
ou d’hydroxyde de potassium (KOH) rend les prions non infectieux (35). Le procédé
nécessite une énergie considérable et beaucoup de temps (plusieurs heures) et ne
doit être utilisé que dans les établissements produisant un grand nombre de carcasses
(plusieurs kilogrammes par semaine).

3.3.4 Réduction thermique

La réduction thermique est une autre méthode pour décontaminer les carcasses
d’animaux, selon laquelle de la vapeur à environ 130 °C est utilisée dans un récipient
sous pression pour décomposer les carcasses en graisse, en protéines et en os. Cette
méthode est habituellement utilisée pour les animaux de plus grande taille et élimine
efficacement la plupart des agents biologiques. Elle est cependant inefficace contre
les prions et ne doit donc pas être utilisée pour les animaux infectés par des prions.
37

SECTION 4 Méthodes d’inactivation

MÉTHODES
SECTION

4 D’INACTIVATION
Les procédés de décontamination sont conçus pour éliminer les déchets en toute
sécurité, ou pour éliminer ou détruire les agents biologiques présents sur les surfaces
au sein du laboratoire. Les procédés d’inactivation sont utilisés dans les laboratoires
pour sécuriser le matériel qui contient des agents biologiques afin qu’il puisse être
manipulé en utilisant des mesures de maîtrise moins rigoureuses. Souvent, les
matériaux inactivés contiennent des concentrations élevées d’agents biologiques et
peuvent nécessiter une méthode de traitement très efficace pour garantir l’inactivation
complète. Des procédés peuvent également être requis pour assurer la stabilité des
protéines, des acides nucléiques et d’autres composés et structures biochimiques en
vue d’une analyse future, ce qui rend la validation de tels procédés essentielle. Il peut
y avoir plusieurs raisons de retirer le matériel infectieux d’une zone avec des mesures
de maîtrise des risques plus strictes en vue d’un traitement ultérieur. La raison la plus
courante est l’extraction d’acides nucléiques pour les tests d’amplification des acides
nucléiques, comme la réaction en chaîne par polymérase. Sur le plan de la sécurité
biologique en laboratoire, l’inactivation des agents pathogènes réduit le niveau de
risque pour les travaux ultérieurs et permet, dans la plupart des cas, de travailler en
appliquant uniquement les exigences fondamentales. Cela présente des avantages
pour le personnel, qui bénéficie notamment d’un flux de travail plus rapide, de ne plus
avoir à décontaminer les appareils qui sont affectés par les désinfectants chimiques, et
d’un entretien moins coûteux de l’espace de travail. Selon l’évaluation des risques, deux
méthodes différentes peuvent être nécessaires pour inactiver l’agent biologique.

L’utilisation de témoins ou d’indicateurs biologiques est recommandée avec les


méthodes d’inactivation. Cependant, la validation de la méthode n’est souvent
effectuée qu’avec l’agent biologique réel, et les témoins sont utilisés pour surveiller
l’efficacité des autres procédés combinés à la méthode d’inactivation, comme
l’extraction des acides nucléiques ou la contamination croisée des échantillons.

4.1 Inactivation des échantillons


L’inactivation des échantillons constitue un traitement pré-analytique pour éliminer/
inactiver les agents biologiques, et peut aussi être utilisée pour la fixation et l’arrêt
des réactions. Par conséquent, le choix de la méthode d’inactivation dépend de
l’évaluation des risques et des étapes expérimentales ultérieures qui seront entreprises.
38 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Dans la cadre de l’évaluation des risques, les milieux liquides séparés de l’échantillon
doivent être pris en compte, car leur décontamination est en général différente de
celle utilisée pour inactiver l’échantillon.

Si des désinfectants sont utilisés à des fins de décontamination (déversements), un


contrôle positif pourrait garantir que les échantillons n’ont pas été en contact avec
le désinfectant. Pour la plupart des procédés d’inactivation, aucune vérification de
l’efficacité de l’inactivation de l’agent biologique n’est effectuée, mais un contrôle
doit être fait lors de la validation initiale du procédé d’inactivation pour démontrer
l’efficacité de la méthode choisie.

4.1.1 Extraction des acides nucléiques

Lorsque des techniques génétiques sont utilisées, une étape d’extraction des acides
nucléiques est souvent nécessaire pour libérer ces derniers de la cellule ou du virion
afin qu’ils puissent être utilisés pour l’amplification. Une extraction efficace est utile
pour donner une estimation précise de la quantité d’agent biologique ; cependant,
une inactivation complète peut s’avérer nécessaire pour assurer la sécurité et la sûreté
biologiques. L’inactivation sera particulièrement importante s’il s’agit d’un pathogène à
faible dose infectieuse. Pour l’amplification en chaîne par polymérase, l’inactivation est
souvent réalisée à l’aide de solutions lytiques contenant des dénaturants de protéines
comme des sels de guanidine, ou en utilisant la chaleur directe, ou les deux.

4.1.2 Inactivation thermique des lames

Les lames de microscope sont fréquemment chauffées dans les laboratoires cliniques
afin d’obtenir la liaison ou l’adhésion de l’échantillon au verre avant de procéder à
la coloration. Pour les échantillons de tissus fixés au formol et inclus en paraffine, ce
procédé élimine l’excès de paraffine. Les agents biologiques étant déjà inactivés par
la fixation au formol, le traitement thermique ne constitue pas à lui seul un processus
d’inactivation. Seules les coupes de tissus susceptibles de contenir des prions doivent
être considérées comme potentiellement contaminées, même si elles sont ensuite
traitées sur un chauffe-lames ou un appareil similaire.

Pour un certain nombre d’actes cliniques, y compris la coloration de Gram pour une
variété de bactéries et la préparation d’échantillons d’expectorations de patients
potentiellement infectés par M. tuberculosis pour la coloration de Ziehl-Neelsen, une
étape clé consiste à sécher l’échantillon sur une lame à l’aide d’un chauffe-lame.
Cependant, le traitement thermique peut ne pas inactiver complètement
M. tuberculosis à moins d’ajouter 5 % de phénol au frottis (36).

Bien que l’inactivation par la chaleur réduira probablement le nombre d’agents


biologiques présents sur une lame, il ne faut pas supposer que le chauffage à sec
suffise à lui seul pour inactiver tous les pathogènes. L’inactivation totale ne peut
être présumée que si 1) le chauffage a été validé expérimentalement, 2) la surface
chauffante a été évaluée pour s’assurer que la chaleur est uniformément appliquée sur
le plan de travail, et 3) un moyen de vérifier la température est disponible.
SECTION 4 MÉTHODES D’INACTIVATION 39

4.1.3 Traitement des tissus au formaldéhyde

Le formaldéhyde est couramment utilisé pour la fixation des échantillons


pathologiques et anatomiques. Même si ce traitement vise essentiellement à préserver
les caractéristiques histologiques des tissus, le formaldéhyde inactive également de
manière fiable les agents biologiques (comme indiqué dans les sous-sections 2.2.1,
Types de désinfectants, et 2.3, Désinfection gazeuse).

Pour la fixation des tissus, le formaldéhyde est utilisé sous forme de formol, souvent
une solution de formol tamponnée avec 4 % de formaldéhyde. Ce produit pénètre
dans les tissus à environ 1 mm par heure (37) ; par conséquent, le temps d’incubation
du tissu dans le formol dépend de l’épaisseur de l’échantillon. Habituellement, aucun
contrôle n’est utilisé pour le procédé de fixation au formaldéhyde, car cela n’est pas
pratique et son utilisation dépend de la validation du MON.

Après le temps d’incubation estimé, une coupe soigneuse dans l’échantillon peut
indiquer, en observant la couleur du tissu, si une incubation plus longue est nécessaire
pour assurer sa manipulation sans danger. Le tissu est ensuite traité pour créer
un échantillon fixé au formol et inclus en paraffine, adapté spécifiquement à la
microscopie et aux méthodes d’analyse moléculaire. Le formaldéhyde provoque
la réticulation des groupes amines des protéines et des acides nucléiques, ce qui
entraîne des artefacts dus au formol (protéines dénaturées et ADN endommagé, p.
ex.). Les analyses sont donc limitées par la suite et des protocoles spéciaux (comme
la récupération d’antigènes pour les méthodes de détection à base d’anticorps) sont
nécessaires (38).

Le formaldéhyde est irritant et cancérigène (18,19) et son utilisation à des fins


analytiques et médicales (comme dans le cadre des préparations histologiques ou de
l’embaumement) est en cours d’évaluation.

4.1.4 Rayonnements ionisants

En tant qu’agent de stérilisation, les rayonnements ionisants présentent des avantages


significatifs : ils inactivent très efficacement les agents biologiques à travers un
emballage fermé et sans laisser de résidu chimique – aucun contact physique direct
avec le pathogène n’est requis. Cette méthode pénètre facilement toutes les matières
et peut inactiver tous les types d’agents biologiques, y compris les spores. Elle est
néanmoins coûteuse, nécessite des installations spécialisées et prend plus de temps
que la plupart des traitements.

L’emploi de rayonnements ionisants se limite à deux indications : (i) l’inactivation


de petites quantités d’agents biologiques à des fins d’analyses structurales ou
immunologiques ultérieures ou pour utilisation en tant que vaccin ; ou (ii) la
stérilisation d’articles/matériels volumineux, souvent des fournitures ou dispositifs
médicaux qui sont susceptibles d’être endommagés par une exposition à la vapeur ou
à des désinfectants chimiques.
40 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Il existe trois sources commerciales de rayonnements ionisants : les irradiateurs


gamma, les appareils de radiographie et les accélérateurs à faisceaux d’électrons
(E-beam). Toutes inactivent les agents biologiques en générant des radicaux libres,
produits par l’interaction entre les rayonnements et la matière à traiter. Ces radicaux
libres créent des lésions des acides nucléiques et forment des adduits, qui sont en
général considérés comme les déficiences critiques pour l’inactivation. De manière
générale, la sensibilité aux rayonnements est directement en rapport avec la taille
du matériel génétique, avec des valeurs D10 allant de 0,2 kilogray (kGy) pour
S. Typhimurium à 13,0 kGy pour le virus de la fièvre aphteuse (39).

Irradiateurs gamma

L’irradiateur gamma génère des photons de haute énergie par la désintégration


d’éléments radioactifs ; le cobalt 60 (Co-60) ou le césium 137 (Cs-137) sont les sources
typiques de rayonnements gamma. L’irradiateur au cobalt a une demi-vie plus
courte (5,3 ans contre 30 ans pour le Cs-137) et doit donc être rechargé plus souvent
avec du cobalt frais. Cependant, ces appareils au cobalt émettent des photons
gamma plus puissants (deux rayons gamma ayant une énergie photon de 1,17 et 1,33
mégaélectronvolt (MeV) contre 660 kiloélectronvolts (keV) pour le C-s137), ce qui
permet de décontaminer une masse plus importante.

La demi-vie de l’élément radioactif doit être prise en compte pour garantir une
exposition adéquate de la matière à inactiver. De plus, les sources de cobalt sont
métalliques et, dans le cas des irradiateurs industriels de grande taille utilisés pour la
stérilisation de gros volumes, peuvent être stockées dans une piscine d’eau à des fins
de protection ; le césium est en général disponible sous forme de sels, et ne peut donc
pas être utilisé à proximité de l’eau.

Le vol de sources de rayonnements gamma est un souci pour les autorités nationales,
car celles-ci peuvent être utilisées pour propager une contamination radioactive.
L’obtention d’un irradiateur gamma est devenue difficile et de nombreuses autorités
nationales tentent aujourd’hui de les remplacer par des appareils de radiographie.

Appareils de radiographie

Les appareils de radiographie produisent des rayonnements ionisants en accélérant


les électrons vers une cible métallique. L’interaction résultante entre les électrons et la
cible, qui a pour effet d’éliminer les électrons orbitaux ou de modifier la direction des
électrons accélérés, génère des photons de rayons X. Contrairement aux irradiateurs
gamma, les appareils de radiographie peuvent être éteints et sont donc plus sûrs.
Cependant, l’énergie photonique de ces appareils est en général bien inférieure à celle
d’un irradiateur gamma. Cette énergie plus faible peut entraîner un débit de dose plus
bas, ce qui signifie qu’un appareil de radiographie nécessite un temps d’exposition
plus long que pour un irradiateur gamma.

Le pouvoir pénétrant des rayons X ou des photons gamma nécessite un blindage –


souvent en béton ou en acier – autour de l’appareil et du matériel irradié. Cette
protection est nécessaire pour réduire l’exposition potentielle aux rayonnements en
SECTION 4 MÉTHODES D’INACTIVATION 41

dessous de toute limite réglementaire fixée par une autorité nationale. Cette dernière
peut également fixer des limites d’exposition pour le personnel travaillant avec des
irradiateurs gamma ou des appareils de radiographie afin d’éviter leur surexposition
aux rayonnements, ce qui peut nécessiter le port de dosimètres personnels pour
surveiller l’exposition individuelle.

Accélérateurs à faisceau d’électrons

Des appareils à faisceau d’électrons (E-beam) capables de produire une énergie de


10 MeV sont disponibles dans le commerce. Comme pour un appareil de radiographie,
le fait de couper l’alimentation électrique arrête la production d’électrons, ce qui les
rend plus sûrs que les irradiateurs gamma. Outre son coût considérable, le principal
inconvénient du traitement E-beam est la pénétration relativement courte des
électrons dans l’eau ou dans des matériaux de densité similaire (environ 4 cm pour
un faisceau de 6 MeV) (40). Les électrons interagissent directement avec la matière
de la cible pour rompre les liaisons atomiques et produire des particules ionisantes
secondaires, entraînant ainsi l’inactivation de la cible critique (il s’agit le plus souvent
d’acides nucléiques). De plus, les matériaux à numéro atomique élevé, comme
les métaux, doivent être tenus à l’écart du faisceau afin d’éviter la formation de
rayons X à haute énergie. À condition de n’utiliser que des conteneurs en verre ou en
plastique, un appareil E-beam peut être autonome et ne nécessiter aucun blindage
supplémentaire au-delà de celui fourni par le fabricant.

Pour chaque type d’irradiateur, le pouvoir pénétrant des rayonnements doit être
soigneusement calculé (dose de rayonnement par minute par cm de matériau) et
une courbe de survie doit être tracée pour l’organisme dans le même état physique
que celui couramment utilisé (p. ex., liquide, congelé, lyophilisé). Pour les bactéries
végétatives, le statut d’oxygénation peut influencer considérablement la survie et il doit
être similaire dans les études de validation et dans l’utilisation de routine.

Une dosimétrie adéquate (évaluation de la dose de rayonnements ionisants absorbée


par un objet) est en outre essentielle lorsque cette méthode d’inactivation est utilisée.
Elle peut présenter des défis, car, par exemple, une dose à laquelle il y a une chance
sur un million qu’une particule virale survive dans une solution contenant 106 particules
de virus Ebola/ml peut être de l’ordre de 30 kGy (41), ce qui est bien supérieur aux
limites de la plupart des dosimètres chimiques ou indicateurs biologiques, comme
les spores de B. pumilus. Des appareils spécialisés utilisant des techniques comme la
dosimétrie à l’alanine (42) ou des dosimètres à film (43) doivent être utilisés.

Si les limites établies dans les études de validation pour le volume total, la
concentration en oxygène, la concentration de l’agent biologique à inactiver, l’état
physique du matériel (solide, liquide) et l’état de l’organisme (végétatif ou spore) ne
sont pas respectées, les organismes peuvent survivre au traitement par rayonnements
ionisants et risquent de libérer du matériel contaminé.
42 DÉCONTAMINATION ET GESTION DES DÉCHETS

Références bibliographiques
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Informations complémentaires
Fiches Techniques Santé-Sécurité : Agents Pathogènes. Gouvernement du Canada
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biosecurity/[Link], consulté le 10
novembre 2023).
XLVII LABORATORY BIOSAFETY MANUAL – FOURTH EDITION
XLVIII LABORATORY BIOSAFETY MANUAL – FOURTH EDITION

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