41-59
41-59
6
2121
service public). Pragmatiquement, le concept de service public demeure
alors un principe essentiel de la jurisprudence administrative, mais les
6713
professeurs de droit ne peuvent plus l’enseigner comme la pierre angu-
laire de tout le système du droit public, celui qui justifie tout à la fois
36:1
l’action de l’administration et la compétence du juge administratif. Le
contraste entre le prestige politique du concept de service public et sa
54.1
place très relative du point de vue de la théorie juridique de l’État est
donc allé croissant, ce qui ne pouvait qu’alimenter quelques illusions sur
206.
la nature intrinsèquement « sociale » de l’État républicain moderne.
.
Le fameux « chœur à deux voix » de la jurisprudence et de la doc-
:196
trine universitaire connaissait donc en quelque sorte ses premiers grands
couacs. Mais cela avait peut-être un avantage : révéler que la notion de
2382
service public était moins technique ou administrative que profondément
politique. De fait, la plasticité même de la notion lui a conféré assez rapi-
8893
dement une place centrale, une dimension proprement symbolique, que
l’on peut alternativement considérer comme une forme de réaction face :
0766
à la désymbolisation mise en œuvre par le gouvernement économique
qui ne voit dans la société qu’une agrégation d’intérêts particuliers, ou au
1050
même, l’enjeu d’une lutte pour son interprétation légitime. Or, sur ce
point, force est de reconnaître que le service public a, depuis, plutôt servi
holar
6
2121
monopole de sa définition. Depuis les développements de ce que Michael
Sandel (Sandel, 2014, p. 330) appelle « l’approche économique de tout »,
6713
aucune dimension de la vie sociale ne paraît plus en effet pouvoir échap-
per à l’analyse économique. De sorte que la théorie économique acadé-
36:1
mique, nourrissant la jurisprudence des Cours suprêmes (en particulier
la Cour de justice de l’Union européenne), par l’intermédiaire, en parti-
54.1
culier, des volumineux argumentaires élaborés par les nombreux avocats
des entreprises qui comparaissent devant elles, est devenue une source
206.
essentielle de la production de normes gouvernementales. Cependant, s’il
est difficile de suivre l’ensemble des manières dont le service public est
.
:196
actuellement défini, il est encore envisageable de comprendre sur quelles
bases s’opère une telle requalification.
2382
C’est évidemment en évoquant la définition matérielle qu’en donne
L. Duguit que peuvent s’opérer les traductions du service public dans
8893
des termes purement économiques (Du Marais, 2004, p. 75 ; Lanneau,
201612). Étant donné la présence de besoins sociaux, la question est essen- :
0766
tiellement de savoir quel est le meilleur moyen de les satisfaire. L’iden-
tification des besoins eux-mêmes peut être, dans une certaine mesure,
1050
juge de son propre intérêt : les désirs individuels relèvent de choix pré-
férentiels, la réflexion économique n’étant là que pour éclairer les indi-
akec
puissance publique), puis dans quelle mesure les prestataires sont suffi-
samment efficaces (remplissent leur objectifs), efficients (les remplissent
vox.c
12
Je remercie Régis Lanneau de m’avoir communiqué une première version de cet
[Link]
article.
ation
L’intérêt général défini comme service public 43
6
2121
point de vue matériel, elle ne s’oppose pas mais correspond de fait, pour
une grande part, à la conception qu’en proposaient ses premiers théori-
6713
ciens, tout particulièrement M. Hauriou, qui promouvait un libéralisme
parfaitement explicite. De fait les lois de Rolland elles-mêmes peuvent
36:1
être réinterprétées par l’analyse économique (Lanneau, 2016). La muta-
bilité prévoit que si un meilleur moyen se présente, la mise en œuvre du
54.1
service public doit l’utiliser plutôt que de continuer avec l’ancien : c’est le
cœur même de l’analyse économique des échanges sociaux. La continuité
206.
du service public, qui prévoit sa non-interruption, et l’égalité devant le
service public, s’ils sont moins facilement convertibles à première vue,
.
:196
ne sont pas moins susceptibles d’être retraduits en termes économiques.
D’une part, l’interruption d’un service pourrait engendrer des coûts inte-
2382
nables, voire réduire à néant l’existence même de ce service (s’il s’agit
d’une surveillance par exemple). D’autre part, les discriminations dans
8893
l’accès à un service public peuvent nuire aux bénéfices sociaux que l’on
peut attendre de la mise en œuvre de ce service, etc. 0766
:
De telles analyses soulèvent néanmoins, sur le fond, plusieurs dif-
ficultés. En effet, il n’est pas sûr que L. Duguit lui-même –qui n’avait
1050
tions que l’on peut en trouver dans l’analyse économique ; et ce, qu’il
s’agisse de l’ordre entendu comme équilibre général du marché chez les
NCG
6
2121
des choses qui ne devraient pas, ou plus fondamentalement, ne peuvent
pas faire l’objet d’une transaction marchande (Sandel, 2014), alors il y
6713
a un problème dans la simple prétention, par exemple, à comparer les
« bénéfices » attendus d’une « prestation publique » (c’est-à-dire non mar-
36:1
chande) et d’une « prestation privée ».
C’est là tout l’objet du débat issu de la requalification, par le mouve-
54.1
ment du nouveau management public, en services marchands ou pseudo-
marchands (dans la mesure où leur coût n’est pas déterminé par un prix
206.
de marché mais par un tarif administratif) d’activités jusque-là réalisées
.
par des agents de l’administration au nom du service public. On sait que
:196
la requalification des actions faites au nom d’un principe essentiellement
non marchand, d’une part correspondent difficilement à l’idée que s’en
2382
font les agents (et donc aux actions qu’ils effectuent), non sans entraî-
ner parfois des situations de souffrance (requalifiées pour la circonstance
8893
de « résistance au changement »), d’autre part paraissent entraîner un
amoindrissement de la qualité du service, ne serait-ce que du fait de la :
0766
croissance de l’activité d’évaluation qui entraîne un fort mouvement de
bureaucratisation13.
1050
13
Comme le suggère une étude récente (Juven, 2016), dans le cas de l’introduction de
la « tarification à l’activité » à l’hôpital public, le mouvement d’emprise administra-
holar
tive a sans doute été plus décisif que le désir hypothétique de transformer les soins
en marchandises. Dans la même perspective, voir également les études de Béatrice
Hibou (2012), Isabelle Bruno et Emmanuel Didier (2013) ainsi que l’essai de David
[Link]
Graeber (2017).
ation
L’intérêt général défini comme service public 45
6
2121
relevant de la sphère de la production marchande à des gestes de soins ou
d’accompagnement d’élèves.
6713
Un tel dévouement –ou désintéressement –est très précisément l’in-
verse de la conduite supposée et suscitée par la gouvernementalité libérale
36:1
et utilitariste, laquelle suppose et commande à chacun de rechercher son
intérêt particulier. On peut ainsi y voir un exemple de ce que M. Foucault
54.1
proposait d’appeler une « contre-conduite », à savoir une réaction susci-
tée par, et en résistance à, un mode particulier d’exercice du pouvoir14.
206.
Dès lors, le service public ne saurait se concevoir indépendamment d’une
.
gouvernementalité libérale dont il est le corrélat. En d’autres termes, il ne
:196
constitue pas une forme de gouvernementalité « républicaine » qui serait
absolument autonome par rapport à son pendant libéral. Simplement,
2382
par opposition à l’intérêt qui sert de point d’appui à la gouvernementa-
lité libérale, l’intérêt général n’est pas seulement la fin du service public,
8893
mais aussi son moyen lui-même, ou plutôt il est une modalité de l’action
collective plutôt que son seul but. De sorte que le service est réellement :
0766
indiscernable de l’intérêt qu’il sert, et qu’il n’est pas réductible aux inté-
rêts bien compris des individus d’une société donnée. De ce point de vue,
1050
c’est donc bien la notion même d’intérêt, issue du calcul d’utilité, qui se
trouve subvertie dans la constitution du mythe du service public.
h:21
akec
14
M. Foucault définit la contre-conduite comme une « lutte contre les procédés mis
[Link]
6
2121
Il serait ainsi plus juste de relever que ces deux aspects du service
public reflètent deux difficultés spécifiques du recours à l’intérêt général.
6713
Issu des prérogatives de la puissance publique, il entend en retremper la
légitimité dans la seule modalité de son action sur la société. Mais entre
36:1
la logique subjectiviste de la souveraineté et celle objectiviste de la solida-
rité sociale, la théorie du service public n’a jamais vraiment choisi. Il en
54.1
résulte deux dangers symétriques : en premier lieu, celui d’une confisca-
tion de la liberté individuelle au nom de l’intérêt public, l’État s’arrogeant
206.
en quelque sorte le privilège de l’intérêt général ; en second lieu, celui
.
d’une dilution de l’intérêt général dans une conception floue du social,
:196
le rendant susceptible d’être requalifié, à bas bruit, de manière purement
utilitariste. Dans le premier cas, on prend le risque d’abdiquer la liberté
2382
individuelle face à la puissance publique, et dans le second, on prend
celui d’en rabattre radicalement sur les idéaux d’égalité et de solidarité,
8893
tout en se livrant –mais plus insidieusement cette fois –à la réglemen-
tation envahissante d’une administration normalisatrice. Ainsi ces deux :
0766
dangers sont susceptibles de se combiner dans la figure d’une traduction
libérale, au sens économique du terme, du service public, dans laquelle
1050
vice public offre des ressources non démenties à une critique de la gouver-
nementalité libérale, que celle-ci s’appuie ou non sur les organes d’État.
Marr
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0766
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NCG
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:
0766
Paris, La mémoire du droit.
Truchet Didier, 2012, « L’intérêt général », dans La constitution adminis-
1050
6
2121
L’utilité publique contre l’intérêt général ?
6713
La République et les associations autour de 1901
36:1
54.1
Chloé Gaboriaux
206.
.
:196
Que des acteurs privés se réclament de l’intérêt général et reven-
diquent, en son nom, une certaine latitude d’action, constitue aujourd’hui
2382
une donnée incontournable de la vie associative (Haut Conseil à la Vie
Associative, 2016). Un détour par l’histoire permet de montrer combien
8893
cette démarche est pourtant loin d’être évidente dans le cadre étatique
qui est le nôtre : l’intérêt général est en effet partout, et particulière-
ment en France, le monopole de l’État. Le xixe siècle français est ainsi :
0766
marqué par le refus des groupements, a fortiori s’ils sont désintéressés.
Alors que le droit offre peu à peu de nouvelles ressources aux entreprises
1050
tives restent jusqu’en 1901 sous le coup de l’article 291 du code pénal,
qui interdit toute association non autorisée de plus de vingt personnes.
akec
6
2121
au fond l’intérêt général et l’utilité publique –et stabilisée –qui en don-
nerait une acception pérenne –mais remplissent plutôt des « fonctions »
6713
dans l’argumentation, orientant et légitimant les décisions de l’adminis-
tration (Chevallier, 1978–1979 ; Truchet, 1977), leur détermination rele-
36:1
vant bien sûr in fine du pouvoir en place.
À la fin du xixe siècle, la République a-t-elle changé la donne ? La
54.1
discussion est ancienne et a donné lieu à des interprétations divergentes,
les uns insistant sur la consécration de la liberté associative (à travers
206.
notamment la loi 1901), les autres soulignant plutôt le maintien du
.
contrôle étatique (Bardout, 2000 ; Andrieu et al., 2001 ; Lalouette et
:196
Machelon, 2002 ; Rosanvallon, 2004 ; Gaboriaux, 2011). On aimerait
ici prolonger le débat en lui donnant un nouvel éclairage, celui que nous
2382
fournit l’étude des contours alors assignés au petit groupe des associa-
tions reconnues d’utilité publique. Quelles sont ces organisations dont
8893
l’État républicain admet qu’elles sont d’utilité publique et auxquelles il
donne dès lors un pouvoir d’agir supérieur à celui des autres ? Pour obte- :
0766
nir le précieux label, faut-il que leurs buts se confondent avec l’intérêt
général défini par les pouvoirs publics ou suffit-il qu’ils ne le remettent
1050
pas en question ? Pour répondre à ces questions, nous avons dépouillé les
quelque mille dossiers des demandes de reconnaissance d’utilité publique
h:21
blique : est-ce celui d’une société civile encouragée à soutenir les objectifs
gouvernementaux ou au contraire à coproduire l’intérêt général ? Après
NCG
1
Notamment dans les notes et avis rendus par le Conseil d’État au sujet des demandes
de reconnaissance d’utilité publique, ainsi que dans les comptes rendus des débats
holar
6
2121
admettrait-elle des associations poursuivant des causes étrangères voire
opposées aux siennes ?
6713
L’utilité publique à l’aune de l’intérêt général ?
36:1
Des associations étroitement contrôlées
54.1
À l’aube de la Troisième République, les partisans du nouveau régime
206.
développent pour la plupart une position ambivalente à l’égard des
organisations non lucratives. D’un côté, l’expérience de l’autoritarisme
.
:196
bonapartiste les a convaincus s’il était besoin de la nécessité de consa-
crer la liberté associative ; de l’autre, la vigueur retrouvée de la France
2382
conservatrice et catholique les persuade des dangers qu’elle revêtirait
dans les mains de leurs adversaires : écartés du pouvoir à l’issue des élec-
8893
tions législatives de février 1871, n’ont-ils pas vu ces derniers s’appuyer
justement sur les congrégations et les cercles catholiques pour restaurer 0766
:
« l’ordre moral » dans le pays (Moulinet, 2008) ?
Les succès électoraux de la fin des années 1870 leur redonnent les
1050
des outils juridiques légués par leurs adversaires : l’article 291 du code
pénal est maintenu même si la tolérance est globalement de mise, l’auto-
NCG
3
À l’exception, à partir de 1884, des syndicats professionnels, et, à partir de 1898 des
sociétés de secours mutuels, auxquels le législateur offre alors des statuts juridiques
[Link]
spécifiques.
ation
54 Chloé Gaboriaux
6
2121
réaliser. Elle seule dote le groupement de la personnalité morale, qui lui
permet d’échapper aux aléas susceptibles de toucher ses membres : l’as-
6713
sociation existe par elle-même, peut posséder argent et biens qui sont dès
lors distincts du patrimoine des associés, est en mesure de recevoir dons
36:1
et legs de ses soutiens, devient aux yeux des instances tierces, et en parti-
culier de la justice, un sujet de droits et de devoirs.
54.1
Mais la procédure est longue et reste à la discrétion du gouverne-
ment : une fois obtenu l’accord de l’assemblée générale de l’association,
206.
ses dirigeants doivent adresser leur demande au préfet de leur départe-
.
ment, qui la transmet au ministère concerné, le plus souvent celui de
:196
l’Intérieur ; ses services l’instruisent s’ il y a lieu en s’appuyant sur les avis
des autorités concernées (notamment conseil municipal et préfecture) et,
2382
s’ ils souhaitent donner suite à la demande, soumettent un projet de décret
de reconnaissance d’utilité publique au Conseil d’État ; ce dernier l’exa-
8893
mine en section, émet si besoin des notes transmises à l’association direc-
tement ou par le biais du ministère et présente enfin sa décision (adoption :
0766
ou rejet) à l’assemblée générale du Conseil d’État, qui tranche. Le gou-
vernement suit alors généralement l’avis du Conseil d’État et promulgue
1050
4
Extrait du discours reproduit dans Fougère éd., 1974, p. 599.
ation
L’utilité publique contre l’intérêt général ? 55
6
2121
Au-delà de la discussion théorique sur le caractère réel ou fictif de la
personne morale5, l’enjeu politico-administratif est celui de la bienveil-
6713
lance réservée aux demandes en reconnaissance d’utilité publique. Si l’on
reconnaît la légitimité des acteurs associatifs à poursuivre des buts désin-
36:1
téressés, il faut leur en donner les moyens en accordant largement cette
reconnaissance légale : il suffit alors de s’assurer que ces groupements ne
54.1
vont pas à l’encontre de l’intérêt général (qu’ils ne troublent pas l’ordre
public ou qu’ils ne travaillent pas à contresens de telle ou telle politique
206.
publique). Si l’on estime au contraire que la reconnaissance légale ne peut
aller qu’aux associations qui contribuent effectivement à l’intérêt général
.
:196
tel qu’il est défini par les pouvoirs publics, il faut alors opérer une sélec-
tion draconienne et n’encourager que les groupements les plus loyaux.
2382
Le Conseil d’État, lui-même divisé sur la question, a rapidement
adopté la voie la plus restrictive. Dès 1879, les ardeurs du gouvernement
8893
en matière de reconnaissance d’utilité publique sont ainsi tempérées par
une série de notes et d’avis, dans des affaires dont les rapporteurs, issus :
0766
de l’administration précédente, ont échappé à l’épuration –Armand du
Mesnil et Georges Baconnière de Salverte6. La première note, émise le 27
1050
continuité :
Marr
NCG
5
Pour une synthèse, voir Rosanvallon, 2004, p. 346.
6
Armand du Mesnil (1819–1903) est entré en 1839 au ministère de l’Instruction
om:E
Publique où il a fait toute sa carrière avant d’être nommé conseiller d’État en ser-
vice extraordinaire en 1877 puis en service ordinaire en 1879, à sa retraite de l’Ins-
vox.c
plus anciens membres du Conseil d’État et, comme Armand du Mesnil, appartient
donc pour ainsi dire à l’ancien monde : épargné par l’épuration de 1879, sans doute
freiné dans sa carrière en raison de ses opinions conservatrices (Wright 1972), mais
[Link]
6
utilité à multiplier des établissements qui, par l’insignifiance de leur but, ou
2121
par la médiocrité de leurs ressources et de leurs relations, sont trop fréquem-
ment condamnés à se dissoudre ou à vivre d’une vie précaire sans portée.
6713
(Note du 27 décembre 1879, Archives nationales [désormais AN] AL//448).
Celle du 4 février 1880, qui entre dans la jurisprudence du Conseil
36:1
d’État (Reynaud, 1899, p. 175), va plus loin en faisant de la reconnais-
54.1
sance d’utilité publique, non pas seulement un moyen juridique permet-
tant le développement des associations qui ne remettent pas en question
206.
l’existence et l’action de l’État, mais aussi une « haute faveur », qui mani-
feste aux yeux du public l’adhésion de l’État aux missions réalisées par le
.
:196
groupement ainsi encouragé :
2382
Ce n’est pas en effet à titre d’encouragement pour une réunion de personnes
distinguées occupant leurs loisirs de sujets agréables que la reconnaissance
d’utilité publique est accordée. La jurisprudence du Conseil d’État envisage
8893
cette haute faveur (qui crée un nouvel être moral, augmente les biens de
mainmorte et donne en quelque sorte la sanction de l’État aux travaux de
:
0766
l’association) comme la plus grande récompense de longs et d’importants
services rendus à la chose publique et affirmés par les fonctionnaires de l’ad-
ministration. (Note du 4 février 1880, AN AL//462).
1050
blicain (Gaboriaux, 2020). Ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas les
positions prises par les républicains à cet égard, mais les décisions effecti-
vox.c
6
2121
loin d’avoir conduit au triomphe sans partage des groupements républi-
cains.
6713
De nombreuses œuvres d’éducation populaire voient certes leurs
efforts récompensés par la reconnaissance d’utilité publique : à côté des
36:1
associations d’anciens élèves (une quarantaine), les cercles de la Ligue
de l’enseignement d’Alger et de Paris (en 1880 et 1881), la Société des
54.1
écoles libres du 1er arrondissement de Paris (1881), la Société d’ému-
lation des écoles communales de Beaune (1888), les associations phi-
206.
lotechniques de Bois-Colombes (1888) et de Saint-Denis (1891), les
sociétés de patronage scolaire de la Croix-Rousse (1891) et des Brotteaux
.
:196
(1896), la Société des écoles laïques de Douai (1894) et autres deniers
des écoles (La Guillotière, 1897 ; Dunkerque, 1898), etc., sont ainsi
2382
reconnus d’utilité publique.
Mais elles sont nombreuses aussi à essuyer des refus. La jurisprudence,
8893
on l’a vu, n’est pas favorable aux œuvres peu dotées. Or l’éducation popu-
laire se contente de peu, et les écoles et les bibliothèques que ces associa- 0766
:
tions fondent ou encouragent constituent des êtres juridiques distincts
qui, quoique parfois prospères, ne viennent pas les enrichir aux yeux de
1050
lards –, qui représentent avant 1901 près de la moitié des associations
reconnues d’utilité publique. Or ces établissements, notamment les
holar
6
2121
sociale de l’Église, les tenants de la politique assistantielle développeront,
quant à eux, une stratégie de coopération sous contrôle étatique […] »
6713
(Bec, 1994, p. 37).
L’assistance n’échappe pourtant pas à une forme de républicanisation.
36:1
Tout en admettant le caractère confessionnel de nombreuses œuvres cha-
ritables, le ministère de l’Intérieur, appuyé par le Conseil d’État, encou-
54.1
rage néanmoins la laïcisation relative de leurs statuts, insistant ici ou là
pour que l’établissement accueille le public « sans distinction de culte »
206.
ou plus fermement pour que les « discussions politiques ou religieuses »
.
en soient exclues. Au sein des associations reconnues d’utilité publique
:196
par le nouveau régime, la présence religieuse se maintient mais se fait
plus discrète, et ce tout particulièrement dans le camp catholique pour-
2382
tant majoritaire dans le pays, comme le soulignent les deux graphiques
ci-dessous.
8893:
0766
50
1050
45
40
h:21
35
akec
30
25
Marr
20
15
NCG
10
om:E
5
0
1870-1879 1880-1889 1890-1899
vox.c
35
30
6
25
2121
20
6713
15
36:1
10
54.1
5
206.
0
1871-1880 1881-1890 1891-1900
.
:196
ARUP catholiques ARUP autres confessions
2382
Figure 2. Nombre des associations reconnues d’utilité publique (ARUP) qui
affichent dans leur titre ou leurs statuts leur confession, soit catholique, soit
8893
d’autres confessions
:
0766
Le premier graphique montre que la victoire républicaine conduit à
reconnaître d’utilité publique des associations qui, spontanément ou à
1050
des années. Les associations confessionnelles qui se font alors les plus
discrètes sont les catholiques, comme le montre le second graphique.
Marr