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Nuclear Course (1)

Le document présente une introduction à la physique nucléaire, abordant les caractéristiques fondamentales du noyau atomique, l'évolution des modèles atomiques et nucléaires, ainsi que les désintégrations et réactions nucléaires. Il décrit également les découvertes majeures des scientifiques tels que Dalton, Röntgen, Thomson, Becquerel, Curie et Rutherford, qui ont contribué à notre compréhension de la structure atomique et de la radioactivité. Enfin, il explore les différents modèles nucléaires et leurs applications.

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Nuclear Course (1)

Le document présente une introduction à la physique nucléaire, abordant les caractéristiques fondamentales du noyau atomique, l'évolution des modèles atomiques et nucléaires, ainsi que les désintégrations et réactions nucléaires. Il décrit également les découvertes majeures des scientifiques tels que Dalton, Röntgen, Thomson, Becquerel, Curie et Rutherford, qui ont contribué à notre compréhension de la structure atomique et de la radioactivité. Enfin, il explore les différents modèles nucléaires et leurs applications.

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School of Applied and Engineering Physics - UM6P

Introduction à la Physique Nucléaires


Contents

Chapter 1 Caractéristiques fondamentales du noyau atomique Page 2


1.1 Introduction à l’atome et au noyau 2
1.2 Évolution des modèles atomiques et nucléaires (1803-1911) 2
1.3 Caractéristiques du noyau atomique 10
1.4 Énergie de liaison du noyau 14
1.5 Radioactivité et lois de décroissance radioactive : Formalismes 18
1.6 Le Modèle Standard de la Physique des Particules 28

Chapter 2 Désintégrations et réactions nucléaires Page 33


2.1 Désintégrations nucléaires 36
2.2 Réactions nucléaires induites 41
Résumé des conditions pour une réaction nucléaire 46
2.3 Interaction des particules avec la matière 47
2.4 Interaction des neutrons avec la matière 52
2.5 Interaction des particules chargées avec la matière 55

Chapter 3 Les Modèles nucléaires Page 60


3.1 Introduction 60
3.2 Le modèle de la goutte liquide 60
3.3 Applications du modèle de la goutte liquide 67
3.4 Le modèle en couches 71
3.5 Applications du modèle en couches 71

1
Chapter 1

Caractéristiques fondamentales du
noyau atomique

1.1 Introduction à l’atome et au noyau


Pendant des siècles, les philosophes ont été fascinés par la nature de la matière. Vers 300 avant J.-C., des penseurs
grecs comme Démocrite ont introduit l’idée d’ atomos , de minuscules particules indivisibles composant toute la
matière qui nous entoure. Parallèlement, Aristote proposait que toute matière était composée de quatre éléments
fondamentaux : l’eau, le feu, l’air et la terre.

Avançons jusqu’au 16e siècle, où les pratiques mystiques de l’alchimie ont commencé à évoluer vers la chimie mod-
erne. Cette période a jeté les bases d’une étude systématique et scientifique des substances et de leurs réactions.
Au 17e siècle, John Dalton a révolutionné notre compréhension avec sa théorie atomique, imaginant les atomes
comme des sphères solides. S’appuyant sur cela, la découverte de l’électron par J.J. Thomson a conduit à un
nouveau modèle où l’atome était envisagé comme une sphère chargée positivement avec des électrons incrustés à
l’intérieur.

Puis vint un moment révolutionnaire en 1911, lorsque l’expérience de la feuille d’or d’Ernest Rutherford a dévoilé
la présence d’un noyau minuscule et dense au centre de l’atome, entouré d’électrons. Cette découverte a remodelé
le modèle atomique une fois de plus. Les années 1920 ont marqué le début de la mécanique quantique. Des scien-
tifiques comme Schrödinger et Heisenberg ont introduit des modèles décrivant les électrons comme existant dans
un nuage de probabilités autour du noyau, ajoutant une nouvelle couche de profondeur à notre compréhension de
la structure atomique.

1.2 Évolution des modèles atomiques et nucléaires (1803-1911)


• 1803 - John Dalton

John Dalton a introduit sa théorie atomique en 1803, proposant que la


matière est constituée d’atomes indivisibles qui ne peuvent être ni coupés
ni détruits. Dans ce cadre, tous les atomes d’un élément particulier sont
considérés comme identiques en termes de masse et de propriétés. Dalton a
en outre postulé que les atomes se combinent selon des rapports simples de
nombres entiers pour créer des composés et a défini les réactions chimiques
comme étant simplement le réarrangement de ces atomes. Modèle de Dalton

2
• 1895 - Wilhelm Conrad Rontgen - Rayons X
La découverte accidentelle et le dispositif expérimental
En 1895, Wilhelm Conrad Röntgen fit une découverte accidentelle mais révolutionnaire alors qu’il expérimentait
avec l’électricité dans des tubes à vide, connus sous le nom de tubes de Crookes. Ce dispositif consistait
en un tube partiellement vidé d’air contenant deux électrodes, conçu pour étudier les rayons cathodiques
(un flux d’électrons). Afin d’isoler son expérience et de bloquer toute lumière visible ou ultraviolette,
Röntgen avait pris la précaution de recouvrir le tube d’une gaine en carton noir. Malgré ce blindage, il
remarqua qu’un écran fluorescent au platinocyanure de baryum, placé à proximité, se mettait à briller
dans l’obscurité du laboratoire.

Figure 1.1: Schéma du tube de Crookes et du dispositif expérimental

L’anomalie et la déduction scientifique


L’observation de Röntgen présentait une anomalie physique majeure : l’écran détecteur qui brillait était
situé à un mètre du tube. Selon les connaissances de l’époque, ce phénomène était impossible. En effet,
s’il s’agissait de rayons cathodiques, ceux-ci auraient dû entrer en collision avec les molécules d’air et
s’arrêter après un parcours d’environ 5 cm seulement. Par ailleurs, s’il s’agissait de lumière visible ou
UV, le bouclier en carton noir l’aurait totalement bloquée. Face à ce constat, Röntgen en déduisit qu’une
forme invisible d’énergie avait traversé l’air sur un mètre et pénétré l’épais carton. Il conclut à l’existence
d’un nouveau type de rayonnement hautement pénétrant et inconnu, qu’il baptisa rayons X .

L’expérience historique et la remise en cause du modèle atomique


Pour confirmer sa théorie, Röntgen réalisa une expérience célèbre en demandant à sa femme, Anna,
de servir de sujet. L’installation, inconfortable selon les normes modernes, nécessitait qu’elle garde sa
main parfaitement immobile pendant 15 minutes sur une plaque photographique. Le résultat fut la
toute première radiographie médicale, révélant les os de la main et son alliance. Cette image eut des
implications profondes sur la théorie atomique. Elle remettait directement en question le modèle de
Dalton, qui décrivait les atomes comme des boules solides et indivisibles . Le fait que ces rayons puissent
traverser une main humaine suggérait que les atomes devaient être majoritairement constitués de vide,
ou du moins être transparents à cette haute énergie, signalant ainsi l’échec du modèle de la sphère solide.

3
Wilhelm Conrad Röntgen - X rays (1895)
Röntgen asked his wife to be the subject. The setup was simple but uncomfortable by modern standards,
Anna had to keep her hand perfectly still for 15 minutes (photographic plate).

• If Dalton was right and atoms are ”solid, indivisible balls,” how can
these rays fly right through a human hand?
• Implication: Atoms must be mostly empty space or transparent to
high energy. The ”Solid Sphere” model is failing.

13 / 124

Figure 1.2: Radiographie de la main d’Anna Röntgen (1895)

• 1897 - J. J. Thomson - Découverte de l’électron


En 1897, le physicien J. J. Thomson a mené des recherches fondamentales sur la nature des rayons
cathodiques en utilisant un tube à vide spécialisé. Son dispositif expérimental consistait à appliquer des
champs électriques (E) et magnétiques (B) perpendiculaires au faisceau. L’objectif était d’observer et de
mesurer la déviation des rayons sous l’influence de ces champs pour en comprendre la composition.

Résultats clés : Les expériences ont révélé que les rayons n’étaient pas des ondes, mais qu’ils étaient
composés de particules chargées négativement, que Thomson appelait à l’époque des corpuscules . En
analysant leur trajectoire, il a réussi à calculer le rapport charge/masse (𝑒/𝑚) de ces particules, obtenant
une valeur précise d’environ 1, 76 × 1011 C/kg.

Une conclusion fondamentale: Cette mesure a conduit à une conclusion révolutionnaire : ces particules
étaient environ 1800 fois plus légères que l’atome d’hydrogène, qui était jusqu’alors considéré comme la
plus petite unité de matière possible. Thomson a ainsi prouvé que l’atome était divisible et a identifié
l’électron comme une particule subatomique fondamentale, universellement présente dans la matière.

• 1896-1897 - Henri Becquerel - La découverte de la radioactivité


Luminescence et hypothèse initiale
Henri Becquerel explorait le lien potentiel entre la phosphorescence et les rayons X. Son hypothèse reposait
sur l’idée que les matériaux émettant de la lumière après avoir absorbé de l’énergie (comme la lumière du
4
Figure 1.3: sels d’uranium luminescents et plaque photographique révélant le rayonnement invisible.

soleil) pourraient également émettre des rayons X. Pour vérifier cette théorie, il utilisa des sels d’uranium
luminescents qu’il exposait au soleil, avant de les placer sur des plaques photographiques soigneusement
enveloppées de papier noir afin de bloquer toute lumière visible.

L’heureux accident de février 1896


Les conditions météorologiques à Paris menèrent à une découverte inattendue. Le ciel étant couvert,
Becquerel ne put exposer ses sels au soleil et rangea son dispositif - l’uranium et les plaques vierges -
dans un tiroir sombre. Quelques jours plus tard, en développant les plaques, il constata avec surprise
qu’elles étaient fortement voilées (noircies), révélant l’ombre de la croix métallique qu’il avait posée sur
le dispositif.

Figure 1.4: Plaque photographique de Becquerel montrant l’ombre de la croix métallique

Une propriété intrinsèque de la matière: Cette observation démontra que le rayonnement ne


dépendait pas d’une source d’énergie externe comme le soleil. Becquerel conclut qu’il s’agissait d’une pro-
priété intrinsèque et spontanée des atomes d’uranium eux-mêmes. Il baptisa initialement ce phénomène
rayons uraniques , découverte qui marquera la naissance de la physique nucléaire et de ce que nous
appelons aujourd’hui la radioactivité.

5
• 1898 - Marie Curie - La nature atomique de la radioactivité
Une approche quantitative et précise: Contrairement à Becquerel qui utilisait des plaques pho-
tographiques, Marie Curie a adopté une approche rigoureusement quantitative en mesurant l’intensité ex-
acte du rayonnement. Pour ce faire, elle a utilisé un instrument très sensible, l’électromètre piézoélectrique
(inventé par son mari Pierre Curie), qui permettait de mesurer les faibles courants électriques provoqués
par l’ionisation de l’air ambiant.

Une propriété atomique fondamentale: Ses observations ont conduit à une découverte majeure :
l’intensité du rayonnement dépendait exclusivement de la quantité d’uranium présente, sans être influencée
par l’état chimique (composé pur ou mélange) ou les conditions physiques (température, lumière). Cette
constatation lui a permis de conclure que la radioactivité n’était pas une interaction chimique, mais bien
une propriété atomique intrinsèque, liée à la structure même de l’atome.

L’énigme du minerai d’uranium: En étudiant le minerai d’uranium naturel (oxyde d’uranium mélangé
à des impuretés rocheuses), Marie Curie s’est heurtée à une énigme. Logiquement, ce minerai impur aurait
dû être moins radioactif que l’uranium pur. Or, la réalité contredisait cette attente : le minerai se révélait
être quatre fois plus radioactif que l’uranium isolé.

Figure 1.5: Comparaison entre l’uranium pur (à gauche) et le minerai d’uranium brut (à droite).

La découverte du Polonium et du Radium: Marie Curie en déduisit que l’uranium seul ne pouvait
expliquer cette intensité et qu’un nouvel élément inconnu devait se cacher à l’intérieur du minerai. Après
avoir traité des tonnes de matière, elle réussit à isoler deux nouveaux éléments aux propriétés extraor-
dinaires : le Polonium (Po), environ 400 fois plus radioactif que l’uranium, et le Radium (Ra), dont la
radioactivité est approximativement un million de fois supérieure à celle de l’uranium.

• 1899 - Ernest Rutherford: La classification des rayonnements (𝛼, 𝛽, 𝛾)


L’expérience du champ magnétique: En 1899, Ernest Rutherford a mené une expérience déterminante
pour analyser la composition de la radioactivité. Il a fait passer le rayonnement émis par une source de
radium à travers un puissant champ magnétique (𝐵) afin d’observer comment les rayons se comportaient
sous cette influence.

L’observation : trois trajectoires distinctes: L’expérience a révélé que le faisceau unique d’origine
se scindait en trois trajectoires distinctes, permettant de classifier les rayonnements selon leur charge et
leur masse :

6
Figure 1.6: Séparation des rayonnements alpha, bêta et gamma par un champ magnétique

→ Les particules Alpha (𝛼) : Elles ont été légèrement déviées d’un côté, ce qui indique qu’elles portent
une charge positive (+). Leur faible courbure s’explique par leur masse élevée (inertie importante).
→ Les particules Bêta (𝛽) : Elles ont été fortement déviées dans la direction opposée, révélant une
charge négative (-). Cette forte déviation est due à leur très faible masse, ce qui les rend faciles à courber.
→ Les rayons Gamma (𝛾) : Ils n’ont subi aucune déviation et ont traversé le champ magnétique en
ligne droite. Cela démontre qu’ils sont électriquement neutres (charge 0).

• 1904 - J. J. Thomson - Le modèle du Plum Pudding


Le concept de la neutralité électrique: En 1904, J. J. Thomson a proposé un nouveau modèle
théorique pour concilier la présence d’électrons négatifs avec la neutralité électrique observée de la
matière. Puisque les atomes sont globalement neutres mais contiennent des particules négatives, il devait
nécessairement exister une source de charge positive pour contrebalancer ces charges. Thomson a donc
Thomson’s Atomic Model (1904)
postulé que l’atome était constitué d’une sphère de charge positive uniforme.

The Concept:
• Since atoms are electrically neutral but contain
negative electrons, there must be a source of
positive charge.
• Thomson proposed that the atom is a sphere of
uniform positive charge.

Structure:
• Positive ”Pudding”: The bulk of the atom (di!use
positive charge).
• Negative ”Plums”: Electrons embedded within this
sphere to neutralize the charge.
”Plum Pudding” Model

Figure 1.7: Modèle du Plum Pudding : électrons négatifs incrustés dans une sphère positive 20

7
• 1911 - Ernest Rutherford - L’expérience de la feuille d’or
Le dispositif et l’attente théorique: En 1911, Ernest Rutherford, assisté de Hans Geiger et Ernest
Marsden, a réalisé une expérience historique en bombardant une très fine feuille d’or (d’une épaisseur de
0, 4 𝜇𝑚) avec des particules alpha énergétiques. Selon le modèle de Thomson alors en vigueur, qui décrivait
l’atome comme un pudding mou de charge positive, on s’attendait à ce que les lourdes particules alpha
traversent la feuille avec seulement d’infimes déviations.

Figure 1.8: Illustration de l’expérience de la feuille d’or. À gauche : le dispositif expérimental comprenant la
source alpha, la feuille d’or et l’écran scintillant. À droite : schéma microscopique montrant la trajectoire des
particules alpha déviées par la répulsion électrostatique des noyaux atomiques.

Une observation stupéfiante: Les résultats ont contredit toutes les attentes. Si 99% des particules
ont traversé la feuille en ligne droite, une petite fraction (environ 1 sur 8000) a été déviée selon un
angle important (supérieur à 90◦ ), certaines rebondissant même directement vers l’arrière. Rutherford a
célèbrement comparé cet événement à l’improbabilité de tirer un obus de 15 pouces sur du papier de soie
et de le voir revenir vous frapper .

La découverte du noyau et le modèle planétaire: Rutherford a interprété ces données pour formuler
trois conclusions majeures. Premièrement, puisque la majorité des particules passent sans encombre,
l’atome est constitué principalement de vide. Deuxièmement, le rebond violent de certaines particules
prouve l’existence d’une région centrale massive et chargée positivement. Enfin, la rareté de ces impacts
(1/8000) indique que ce noyau est extrêmement petit par rapport à l’atome entier. Cela a donné
naissance au modèle planétaire , où les électrons orbitent à grande distance autour d’un noyau minuscule
et dense, à la manière des planètes autour du Soleil.

→ Une chronologie des découvertes fondamentales

Cette frise historique résume l’évolution spectaculaire de la pensée scientifique concernant la structure de la
matière. Depuis les premières intuitions philosophiques de l’Antiquité jusqu’aux preuves expérimentales du XXe
siècle, chaque date marque une rupture décisive avec les modèles précédents.

Ces jalons - de la théorie atomique de Dalton à la découverte du noyau par Rutherford, en passant par la
révolution quantique des années 1920 - constituent les piliers de la physique nucléaire moderne. L’identification
du neutron en 1932 par Chadwick vient compléter ce tableau, ouvrant la voie à l’ère des accélérateurs de particules
et permettant une exploration toujours plus profonde des mystères du noyau atomique.
8
Ancient Modern Atomic Quantum
Philosophies Theory Mechanics
Democritus' atomos Dalton’s Atomic Theory and
Schrödinger and Heisenberg’s
and Aristotle's four the discovery of the electron
quantum models
elements of nature by Thomson

300 BCE 16th c. 17th c. 1911 1920s 1932

The Nuclear The Neutron


Chemistry
Model and Beyond
Alchemy's transition
to modern chemistry Rutherford’s Gold Foil Discovery of the neutron and
Experiment reveals the nucleus particle accelerators

9
1.3 Caractéristiques du noyau atomique
L’atome est l’élément constitutif de base de la matière qui nous entoure. Il est constitué d’un noyau central
entouré d’électrons. La masse du noyau représente 99,95% de la masse totale de l’atome. Le noyau est composé
de nucléons, qui incluent les protons et les neutrons, maintenus ensemble par la force nucléaire.

En termes de dimensions spatiales, l’atome entier s’étend sur environ 10−10 m, alors que le noyau est confiné dans
une région beaucoup plus petite de l’ordre de 10−15 m.

-
- Electrons
negatively charged particles
-

+
+ Protons
+
+ positively charged particles
-

Neutrons
particles with no charge

Figure 1.9: Représentation schématique de l’atome (noyau et électrons) et échelles de grandeur (10−15 m vs 10−10
m)

Les propriétés fondamentales des particules subatomiques - l’électron, le proton et le neutron - sont détaillées
ci-dessous. On note une différence importante de stabilité : alors que l’électron et le proton sont stables, le
neutron libre possède une durée de vie limitée à 880 secondes.

Propriété Électron Proton Neutron


Symbole 𝑒− 𝑝 𝑛
Charge −1𝑒 +1𝑒 0
Masse (kg) 9, 109 × 10−31 1, 673 × 10−27 1, 675 × 10−27
Masse (u) 5, 489 × 10−4 1, 007 1, 009
Durée de vie Stable Stable 880 s

Table 1.1: Propriétés des particules subatomiques

Unité de masse atomique (u.m.a)


Une unité de masse atomique (1 u.m.a) est définie conventionnellement comme étant égale à un douzième de la
masse d’un atome de carbone 12 (12 C). Cette unité correspond approximativement à la masse d’un proton (𝑚 𝑝 )
ou d’un neutron (𝑚𝑛 ).

𝑚(12 C)
1 u.m.a = ≈ 𝑚𝑝 ≈ 𝑚𝑛
12

Dérivation via le concept de mole: Pour déterminer la valeur numérique de cette unité, on se base sur le
concept de mole. Sachant qu’une mole de 12 C a une masse de 12 g et contient le nombre d’Avogadro (𝑁𝑎𝑣𝑜 )
d’atomes, on peut calculer la masse d’un atome unique :
1 1 12 g 1g
1 u.m.a = × 𝑚(12 C) = × = ≈ 1, 66 × 10−24 g
12 12 𝑁𝑎𝑣𝑜 𝑁𝑎𝑣𝑜
10
Équivalence masse-énergie: En physique nucléaire, il est usuel d’exprimer la masse en unités d’énergie. En
appliquant la relation d’Einstein (𝐸 = 𝑚𝑐 2 ) à la masse en kilogrammes (1, 66 × 10−27 kg), on obtient une énergie
d’environ 1, 49 × 10−10 J. En divisant cette valeur par la charge élémentaire 𝑒, on aboutit à l’équivalence standard
utilisée dans les calculs nucléaires :

1, 49 × 10−10 J
1 u.m.a = ≈ 931, 5 MeV/𝑐 2
1, 6 × 10−19 C
Definition 1.3.1: Atomic Mass Unit (u)

The atomic mass unit is defined by Carbon-12:

𝑚(12 C)
1u = ≈ 1.66 × 10−27 kg.
12
Using 𝐸 = 𝑚𝑐 2 , one obtains the standard conversion:

1 u ≈ 931.5 MeV/𝑐 2 .

Structure de l’atome : Interactions internes


La stabilité de l’atome repose sur l’équilibre entre deux interactions fondamentales. La première est la force
électrostatique, qui agit entre les particules chargées. Elle peut être attractive ou répulsive. C’est l’attraction
électrostatique entre le noyau positif et les électrons négatifs qui maintient ces derniers en orbite et les empêche
de s’échapper.

Au niveau du noyau, la force nucléaire forte entre en jeu. C’est la force la plus puissante de la nature, responsable
de la liaison entre les protons et les neutrons (les nucléons). Son intensité est essentielle car elle doit surmonter
la forte répulsion électromagnétique naturelle qui s’exerce entre les protons chargés positivement.

L’analyse des potentiels d’interaction révèle la complexité de ces forces en fonction de la distance interatomique
Structure of the Atom: Interaction inside the atom
(𝑟). La force nucléaire forte se caractérise par une portée très courte : elle devient extrêmement répulsive à très
courte distance (inférieure à 0,5 fm), empêchant l’effondrement du noyau, et devient attractive à des distances
nucléaires typiques
Electrostatic (jusqu’à
Force: 3,0 fm).between
Interaction La position d’équilibre
charged correspond
particles; au point or
can be attractive où repulsive.
la force résultante est nulle,
assurant la cohésion du noyau.
Strong Nuclear Force: Binds protons and neutrons in the nucleus; strongest force.

38 / 124

Figure 1.10: Diagramme des forces en fonction de la distance : comparaison entre la répulsion électrostatique
(longue portée) et l’interaction nucléaire forte (courte portée, attractive puis répulsive).
11
Example 1.3.1 (Interactions internes)
Au sein des distances infimes du noyau, la force nucléaire forte surpasse la répulsion électromagnétique
entre les protons, assurant ainsi la stabilité du noyau. Une comparaison des énergies en jeu dans un atome
d’hélium (42 He) illustre cette hiérarchie des forces.

• Répulsion électrostatique : Entre deux protons, la force électrostatique correspond à une énergie
d’environ 1 MeV.
• Attraction nucléaire : La force nucléaire forte qui lie les nucléons (protons et neutrons) est
beaucoup plus intense, représentant une énergie d’environ 28 MeV.

• Comparaison atomique : À titre de comparaison, l’énergie nécessaire pour extraire un électron


(force électromagnétique à longue portée) est infime, de l’ordre de 20 eV.

Structure de l’atome : Vallée de stabilité


La Vallée de stabilité (ou bande de stabilité) désigne la région spécifique du diagramme des nucléides où résident
of Stability
les noyaux stables. Ce graphique permet de visualiser l’ensemble des noyaux atomiques en fonction de leur nombre
de neutrons (𝑁) et de leur nombre de protons (𝑍).

ability) describes the


e chart of nuclides.
ically the number of
he number of

he most balanced
atomic number,
dioactive.
more neutrons than
the valley upward in

45 / 124
Figure 1.11: Diagramme de Segrè illustrant la vallée de stabilité. L’axe horizontal représente le nombre de protons
(𝑍) et l’axe vertical le nombre de neutrons (𝑁). Les noyaux stables forment une bande noire centrale.

12
Les noyaux situés sur ou à proximité immédiate de cette vallée bénéficient du rapport protons/neutrons le
plus équilibré pour leur numéro atomique, ce qui leur confère une stabilité ou une très faible radioactivité. Un
phénomène notable apparaı̂t avec l’augmentation de la masse : les éléments lourds nécessitent progressivement
davantage de neutrons que de protons pour maintenir leur cohésion. Cette exigence déplace la vallée vers le haut,
s’écartant de la ligne de symétrie 𝑁 = 𝑍 à mesure que 𝑍 augmente.

Rayon nucléaire et volume


En première approximation, le noyau atomique dans son état fondamental peut être considéré comme une sphère
parfaite. Un modèle simple postule que le volume global du noyau correspond exactement à la somme des volumes
de ses nucléons constitutifs (protons et neutrons).

On suppose le noyau sphérique et que son volume est proportionnel au nombre de nucléons :

𝑉 ∝ 𝐴.

Or, pour une sphère :


4
𝑉= 𝜋𝑅 3 .
3
Donc :
𝑅3 ∝ 𝐴 =⇒ 𝑅 ∝ 𝐴1/3 .
Par conséquent, le rayon nucléaire 𝑅 d’un nucléide de nombre de masse 𝐴 est proportionnel à la racine cubique de
ce nombre. Dans cette relation, la constante 𝑅 0 ≈ 1, 25 fm représente l’ordre de grandeur du rayon d’un nucléon
individuel.
Definition 1.3.2: Rayon Nucléaire
Nucleus 𝑅(𝐴 𝑋) = 𝑅 0 𝐴1/3

ts ground state

ume equals the


cleons.
oportional to

gnitude of the

ncompressible
saturation
Figure 1.12: Variation linéaire du rayon nucléaire (en fm) en fonction de 𝐴1/3
1/3
pour différents noyaux.
Figure: Nuclear radius (fm) vs A
13

magnitude smaller than the atom (10→10 m).


Note d’échelle : Il est important de rappeler la différence d’échelle considérable en jeu. Le noyau (10−15 m) est
5 ordres de grandeur plus petit que l’atome complet (10−10 m).

1.4 Énergie de liaison du noyau


L’énergie de liaison (𝐵) représente l’énergie minimale requise pour dissocier intégralement un noyau en ses nucléons
constitutifs libres, à savoir les protons et les neutrons. Les observations expérimentales mettent en évidence un
phénomène fondamental : la masse d’un noyau lié (𝑚(𝐴 𝑍
𝑋)) est systématiquement inférieure à la somme des masses
de ses constituants isolés. Cette différence de masse est appelée le défaut de masse (Δ𝑚).

Nuclear Binding Energy: Mass Defect


Definition 1.4.1: Défaut de masse et Énergie de liaison

Le défaut de masse est donné par la différence entre la masse des nucléons isolés et celle du noyau :
1. Concept & Mass Defect
𝐴
• Definition: The binding energy (B) isΔ𝑚 the=energy 𝑁 𝑚𝑛 ) − 𝑚(
(𝑍𝑚 𝑝 +required 𝑋)
to 𝑍dissociate a nucleus into its constituent
free Selon
nucleons (protons
le principe and neutrons).
d’équivalence masse-énergie d’Einstein, cette masse manquante est convertie en énergie
• Experimental data
pour assurer reveals du
la cohésion that the mass
noyau : of a nucleus is always less than the sum of the masses of its
constituents: m(AZ X) < Zmp + Nmn 𝐴 𝐴
𝐵(𝑍 𝑋) = [𝑍𝑚 𝑝 + 𝑁 𝑚𝑛 − 𝑚(𝑍 𝑋)]𝑐 2

• This di!erence is known as the Mass Defect (”m): ”m = (Zmp + Nmn ) → m(AZ X)

55 / 124

Figure 1.13: Illustration du défaut de masse : la masse des nucléons séparés est supérieure à celle du noyau formé.

Plus cette énergie de liaison est élevée, plus le noyau est stable. En pratique, les tables de données nucléaires
fournissent généralement les masses atomiques (𝑀) plutôt que les masses nucléaires (𝑚). La relation liant ces
deux grandeurs intègre la masse des électrons (𝑍𝑚 𝑒 ) et leur énergie de liaison atomique (𝐵 𝑎𝑡𝑜𝑚 ) :

𝑀(𝐴 2 𝐴
𝑍 𝑋)𝑐 = 𝑚(𝑍 𝑋)𝑐 + 𝑍𝑚 𝑒 𝑐 − 𝐵 𝑎𝑡𝑜𝑚
2 2

Énergie de liaison moyenne et stabilité nucléaire


Pour évaluer et comparer la stabilité de différents noyaux, il est pertinent d’utiliser l’énergie de liaison moyenne
par nucléon, souvent notée 𝐵¯ (ou 𝑓 ). Cette grandeur suppose une répartition équitable de l’énergie de liaison
totale entre tous les nucléons du noyau.

𝐵(𝐴
𝑍
𝑋)
¯ 𝐴 𝑋) =
𝐵( 𝑍 𝐴
La représentation graphique de 𝐵¯ en fonction du nombre de masse 𝐴 constitue la courbe d’Aston. Pour les
noyaux de masse 𝐴 > 40, cette énergie plafonne autour de 8 MeV/nucléon, illustrant la propriété de saturation
14
age
des forces nucléaires : chaque nucléon n’interagit qu’avec son voisinage immédiat en raison de la courte portée de
l’interaction forte.

verage
uming
ons:

s around

nuclides
nucleon.

Figure 1.14: Courbe d’Aston montrant l’énergie de liaison par nucléon en fonction de 𝐴. La stabilité maximale
se situe vers 𝐴 ≈ 60 (Pic du Fer). Les processus de fusion et de fission permettent de rejoindre cette zone de
stabilité.

Le maximum de stabilité est atteint aux alentours de 𝐴 ≈ 60, dans la région du Fer et du Nickel, avec 58 une
/ 124
énergie
de liaison d’environ 8,8 MeV/nucléon. Le Fer-56 (56 Fe) est le noyau le plus fortement lié. On remarque également
des pics de stabilité locaux pour les noyaux légers pair-pair (4 He, 12 C, 16 O), illustrant l’effet d’appariement.

Example 1.4.1 (Réactions nucléaires et libération d’énergie)


La forme de la courbe d’Aston explique les deux principaux mécanismes de production d’énergie nucléaire:

• La Fusion : Les noyaux légers (𝐴 < 60) s’unissent pour former un noyau plus lourd, grimpant ainsi
vers le pic de stabilité (mécanisme stellaire).
• La Fission : Les noyaux lourds (𝐴 > 60) se divisent en fragments plus légers, se rapprochant
également de la zone de stabilité maximale (réacteurs nucléaires).

Example 1.4.2 (Calcul d’énergie : Le noyau de Lithium-7)


Pour évaluer l’énergie de cohésion du Lithium (73 Li), on utilise 𝑚(𝑝) = 1, 0073 u, 𝑚(𝑛) = 1, 0087 u, 𝑚(7 Li) =
7, 0158 u, avec 1 u ≈ 931 MeV/𝑐 2 .

15
Le défaut de masse Δ𝑚 est :

Δ𝑚 = [3(1, 0073) + 4(1, 0087)] − 7, 0158 = 0, 0409 u

L’énergie de liaison 𝐵 en découle directement :

𝐵 = 0, 0409 × 931 ≈ 38, 08 MeV

Bilan énergétique et Énergie de séparation


La thermodynamique des réactions nucléaires est régie par la valeur Q , qui quantifie l’énergie nette libérée ou
absorbée lors d’un processus. Cette grandeur découle de la différence de masse entre l’état initial (les réactifs) et
l’état final (les produits).
La valeur Q détermine le bilan énergétique via la relation d’équivalence :

𝑄 = (𝑚réactifs − 𝑚produits )𝑐 2

• 𝑄 > 0 : Réaction exoénergétique (libère de l’énergie, potentiellement spontanée).

• 𝑄 < 0 : Réaction endoénergétique (requiert un apport d’énergie externe).

Example 1.4.3 (Valeurs Q pour la Fission et la Fusion)


L’analyse des masses permet de quantifier l’énergie des réactions :
• Fission : La désintégration du Californium-252 (252 Cf → 141 Ba + 109 Mo + 3𝑛) présente une perte
de masse Δ𝑚 ≈ 0, 201 u, libérant une énergie 𝑄 ≈ 187, 3 MeV.
• Fusion : La réaction Deutérium-Tritium (2 H + 3 H → 4 He + 𝑛) génère un défaut de masse Δ𝑚 ≈
0, 0188 u, libérant 𝑄 ≈ 17, 6 MeV.

L’énergie de séparation d’un neutron (𝑆𝑛 ) représente l’énergie minimale requise pour extraire un neutron d’un
noyau au repos. L’étude de cette énergie révèle l’influence de la structure interne du noyau sur sa stabilité globale.

Definition 1.4.2: Énergie de séparation et Effet d’appariement

L’énergie de séparation 𝑆𝑛 se calcule par la différence des énergies de liaison :

𝑆𝑛 (𝐴, 𝑍) = 𝐵(𝐴, 𝑍) − 𝐵(𝐴 − 1, 𝑍)

L’évolution de 𝑆𝑛 en fonction du nombre de neutrons 𝑁 présente un profil en dents de scie. L’énergie est
systématiquement plus élevée pour les noyaux à 𝑁 pair, illustrant l’effet d’appariement où les nucléons
s’associent par paires de spins opposés pour accroı̂tre la stabilité.

16
Nuclear Binding Energy: Nucleon Separation Energy & Pairing E!ect

66 / 124

Figure 1.15: Évolution de l’énergie de séparation (𝑆𝑛 ) en fonction de 𝑁. Le profil en dents de scie démontre la
stabilité accrue des noyaux à 𝑁 pair.

Stabilité Nucléaire : Régularités Empiriques


L’observation de la carte des nucléides révèle que les noyaux stables s’alignent autour de la ligne de stabilité bêta.
Toutefois, cette stabilité est soumise à des contraintes physiques strictes liées à la masse et à la charge.
Definition 1.4.3: Limites de stabilité

Il n’existe aucun noyau stable pour 𝐴 = 5, 8 ou 𝐴 ⩾ 210, ni pour 𝑍 = 0, 43, 61 ou 𝑍 ⩾ 84 (à l’exception de
𝑍 = 90 et 92).

En deçà de ces limites, on observe un fort effet d’appariement : les nucléons tendent à s’associer par paires.
Cela confère une grande stabilité aux configurations paires-paires, qui représentent la vaste majorité des noyaux
stables.

N (Neutrons) Pair Impair Pair Impair


Z (Protons) Pair Pair Impair Impair
Nombre de nucléides 160 53 49 5

Example 1.4.4 (Noyaux impair-impair)


Seuls 5 noyaux avec 𝑁 et 𝑍 impairs sont stables : 21 D, 63 Li, 10 14
5 B, 7 N et 180
73 Ta.

Stabilité Nucléaire : Nombres Magiques


L’évolution du rapport 𝑁/𝑍 est un indicateur clé. Si 𝑁 ≈ 𝑍 pour les noyaux légers, la proportion de neutrons
augmente pour les noyaux lourds afin de compenser la répulsion coulombienne (proportionnelle à 𝑍 2 ). Dans ce
paysage, des configurations très spécifiques se démarquent.
Definition 1.4.4: Nombres Magiques

Les noyaux possédant 𝑁 ou 𝑍 égal à 2, 8, 20, 28, 50, 82 ou 126 présentent une stabilité et une
abondance naturelle exceptionnelles.

17
Example 1.4.5 (L’Étain (𝑍 = 50))
Grâce à son nombre magique de protons, l’étain possède une stabilité remarquable et détient le record avec
10 isotopes stables.

Cette stabilité accrue se traduit directement par des énergies de séparation des nucléons (𝑆𝑛 et 𝑆 𝑝 ) beaucoup plus
élevées pour les couches fermées, comme on l’observe autour de la masse 𝐴 ≈ 17 :

Noyau 𝑆𝑛 (MeV) 𝑆 𝑝 (MeV) Remarque


16
8 O8 15,66 12,13 Doublement magique (𝑍 = 8, 𝑁 = 8)
17
8 O9 4,14 13,78 1 neutron hors de la couche fermée
17
9 F8 16,81 0,80 1 proton hors de la couche fermée

Example 1.4.6 (Saut d’énergie de séparation)


L’oxygène-16 (doublement magique) requiert 15,66 MeV pour perdre un neutron, contre seulement 4,14
MeV pour l’oxygène-17, dont le neutron excédentaire est situé hors de la couche fermée.

1.5 Radioactivité et lois de décroissance radioactive : Formalismes


De nombreux éléments dans la nature sont instables et subissent spontanément des transformations, appelées
désintégrations, afin d’atteindre une configuration plus stable. Le processus général d’une désintégration s’écrit
formellement sous la forme 𝑋 → 𝑌 + 𝐵, où le noyau initial 𝑋 se transforme pour donner les produits de l’état
final, incluant le noyau fils 𝑌 et les rayonnements émis 𝐵.
Definition 1.5.1: Radioactivité

La radioactivité est définie comme l’émission spontanée d’énergie, sous forme de particules (telles que les
particules 𝛼 ou 𝛽) ou d’ondes électromagnétiques (telles que les rayons 𝛾), provenant du noyau d’un atome
instable lors de sa transition vers une configuration plus stable.

Lois de conservation
Lors de tout processus de désintégration radioactive, plusieurs grandeurs physiques fondamentales doivent impérativement
être conservées. Ces invariances régissent les transformations possibles des noyaux. Les principales grandeurs
conservées sont la charge électrique, ce qui nécessite un suivi rigoureux du numéro atomique 𝑍, et le nombre
total de nucléons, imposant un bilan strict du nombre de masse 𝐴. De plus, l’énergie totale et la quantité de
mouvement du système sont systématiquement préservées lors de la réaction.

Désintégration Émission Modification du noyau Cas typique


𝛼 4
He 𝐴 → 𝐴 − 4, 𝑍 → 𝑍 − 2 Noyaux très lourds
𝛽− 𝑒 − + 𝜈¯ 𝑒 𝐴 constant, 𝑍 → 𝑍 + 1 Riches en neutrons
𝛽+ 𝑒 + + 𝜈𝑒 𝐴 constant, 𝑍 → 𝑍 − 1 Riches en protons
Capture Électronique (CE) absorbe 𝑒 − 𝐴 constant, 𝑍 → 𝑍 − 1 Riches en protons (faible 𝑄)
𝛾 Photon 𝛾 𝐴, 𝑍 constants (désexcitation) Noyau excité
Émission de neutron Neutron 𝑛 𝐴 → 𝐴 − 1, 𝑍 constant Très riches en neutrons

Table 1.2: Résumé des transformations nucléaires et de leurs caractéristiques typiques.

Bilan énergétique (Valeur 𝑄)


La faisabilité énergétique d’une désintégration 𝑋 → 𝑌 + rayonnement est dictée par la valeur 𝑄, qui représente
le bilan de masse-énergie de la réaction.
18
Definition 1.5.2: Valeur 𝑄 (Forme générale)

La valeur 𝑄 est calculée à partir de la différence de masse entre l’état initial et l’état final :

𝑄 = (𝑚𝑋 − 𝑚𝑌 − 𝑚rayonnement )𝑐 2

Une désintégration n’est énergétiquement permise (et donc potentiellement spontanée) que si 𝑄 > 0, ce
qui correspond à une réaction exoénergétique.

Example 1.5.1 (Répartition de l’énergie et condition de spontanéité)


Lorsque la condition 𝑄 > 0 est remplie, l’énergie libérée se manifeste sous plusieurs formes. Elle se
répartit entre l’énergie cinétique des particules émises, l’énergie de recul absorbée par le noyau fils, et
éventuellement l’énergie des photons gamma si le noyau fils subit une désexcitation ultérieure. Idée clé
: Une désintégration spontanée ne peut se produire que si l’énergie de masse totale à l’état final est
strictement inférieure à l’énergie de masse à l’état initial.

Désintégration Alpha (𝛼)


La désintégration alpha concerne principalement les noyaux dont la taille est trop importante ou qui possèdent un
excès de protons. Pour atteindre une configuration plus stable, le noyau éjecte une particule massive et hautement
liée, ce qui réduit simultanément son numéro atomique et son nombre de masse.

Definition 1.5.3: Désintégration Alpha

Le noyau père émet une particule 𝛼 (noyau d’Hélium 42 He), entraı̂nant une variation de 𝐴 → 𝐴 − 4 et
𝑍 → 𝑍 − 2.

Example 1.5.2 (Désintégration de l’Uranium)


L’Uranium-238 se transmute en Thorium-234 par émission 𝛼, libérant une énergie 𝑄 𝛼 d’environ 5,29 MeV.

Désintégration Bêta (𝛽)


Contrairement au mode alpha, la radioactivité bêta n’implique pas l’émission d’une particule lourde préexistante.
Elle résulte de la transformation interne d’un nucléon (un neutron en proton ou inversement) sous l’effet de
l’interaction faible. Ce mécanisme permet au noyau d’ajuster son rapport 𝑁/𝑍 sans modifier son nombre total
de nucléons 𝐴.

19
Definition 1.5.4: Modes 𝛽 − et 𝛽 +

En 𝛽− , un neutron devient un proton (𝑛 → 𝑝 + 𝑒 − + 𝜈¯ 𝑒 ). En 𝛽 + , un proton devient un neutron (𝑝 →


𝑛 + 𝑒 + + 𝜈𝑒 ).

Example 1.5.3 (Applications médicales)


L’Iode-131 est un émetteur 𝛽 − (𝑄 ≈ 0, 97 MeV), tandis que le Fluor-18 est un émetteur 𝛽 + utilisé en
imagerie PET (𝑄 ≈ 0, 63 MeV).

L’énigme du Neutrino
Vers 1930, l’étude des rayons bêta révélait une anomalie majeure : contrairement aux rayonnements alpha et
gamma qui présentent des spectres d’énergie discrets (pics nets), le spectre des électrons bêta est continu. Cette
observation semblait violer la loi de conservation de l’énergie, car une partie de l’énergie de désintégration semblait
disparaı̂tre mystérieusement.

Definition 1.5.5: Le Neutrino (𝜈)

Particule neutre de masse quasi nulle, proposée par Pauli en 1930, pour emporter l’énergie manquante et
restaurer la conservation de l’énergie.

Example 1.5.4 (Spectre d’énergie continu)


Le neutrino permet de partager l’énergie de la désintégration avec l’électron de manière variable, expliquant
ainsi pourquoi les électrons ne sortent pas tous avec la même énergie.

20
Désintégration Gamma (𝛾)
La désintégration gamma survient lorsqu’un noyau se trouve dans un état d’énergie excité, souvent à la suite d’une
désintégration alpha ou bêta préalable. Contrairement aux autres modes, ce processus n’implique l’émission
d’aucune particule matérielle (ni proton, ni neutron, ni électron). Il n’y a donc aucun changement de nature
chimique ou de masse : le noyau libère simplement son excédent sous forme d’énergie pure, via un rayonnement
électromagnétique de très haute fréquence.

Definition 1.5.6: Désintégration Gamma

Le noyau transite d’un état excité (𝑋 ∗ ) vers un état plus stable en émettant un photon 𝛾 : A ∗
ZX Z X + 𝛾.
→A

Example 1.5.5 (Désexcitation du Technétium)


Le Technétium-99 métastable, très utilisé en médecine, rejoint son état fondamental en émettant un rayon
43 Tc → 43 Tc + 𝛾 (avec 𝑄 𝛾 ≈ 140 keV).
gamma : 99m 99

Émissions combinées (𝛼 ou 𝛽 suivies de 𝛾)


La désintégration d’un noyau père ne mène pas toujours directement à l’état fondamental du noyau fils. Il est très
fréquent que le noyau résiduel soit créé dans un état excité. Il s’ensuit alors une cascade de désexcitations : la
particule matérielle (𝛼 ou 𝛽) est émise en premier, suivie presque instantanément par l’émission d’un ou plusieurs
photons gamma pour évacuer l’énergie résiduelle. La répartition de l’énergie dépend du chemin emprunté.

Example 1.5.6 (Spectre de la particule 𝛼 du Plutonium-239)


Lors de la réaction 23994 Pu → 92 U + 𝛼, l’Uranium peut être laissé dans son état fondamental ou excité.
235

S’il est excité, la particule 𝛼 éjectée possédera une énergie cinétique plus faible, l’énergie manquante étant
ensuite libérée par le rayon 𝛾.

Émission de neutrons
L’émission de neutrons est un mode de décroissance où un noyau hautement instable ou excité éjecte directement
un neutron libre. Ce processus diffère fondamentalement de la radioactivité bêta car il n’implique aucune trans-
formation de la nature des nucléons (pas de conversion de proton en neutron). Le noyau perd simplement une
unité de masse sans changer d’élément chimique.

21
Definition 1.5.7: Émission neutronique

Éjection directe d’un neutron par un atome, diminuant son nombre de masse de 1 tout en conservant son
Z X → Z X + 𝑛.
A−1
numéro atomique : A

Example 1.5.7 (Photodésintégration du Béryllium-9)


Un noyau de 9 Be percuté par un photon 𝛾 passe dans un état excité 9 Be∗ , puis éjecte un neutron pour
devenir du 8 Be. Le bilan de masse (|𝑄| ≈ 1, 66 MeV) indique que le photon incident doit apporter au
moins cette énergie pour déclencher l’émission.

Loi de décroissance exponentielle


La désintégration radioactive est un processus purement statistique. À l’échelle individuelle, il est impossible
de prédire l’instant exact où un noyau va se désintégrer. Cependant, sur une grande population de noyaux, le
comportement devient parfaitement prévisible. On caractérise cette probabilité de désintégration par unité de
temps par une constante propre à chaque nucléide.
Definition 1.5.8: Constante de désintégration (𝜆)

Probabilité par unité de temps qu’un noyau donné subisse une désintégration. La variation du nombre de
noyaux 𝑑𝑁 pendant un intervalle infinitésimal 𝑑𝑡 s’écrit : 𝑑𝑁 = −𝜆𝑁 𝑑𝑡.

En intégrant cette équation différentielle élémentaire entre un instant initial 𝑡 = 0 (où le nombre de noyaux est
𝑁0 ) et un instant 𝑡, on obtient la loi fondamentale régissant l’évolution temporelle de la population de noyaux
instables.

22
Definition 1.5.9: Loi de décroissance exponentielle

Le nombre de noyaux non désintégrés à l’instant 𝑡 suit une fonction exponentielle décroissante :

𝑁(𝑡) = 𝑁0 𝑒 −𝜆𝑡

Activité et Demi-vie
En pratique, on mesure plus facilement le taux de désintégration d’un échantillon que le nombre absolu de noyaux
restants. Ce taux correspond à l’activité de la source. De plus, pour caractériser la rapidité de la décroissance à
une échelle de temps humaine, on utilise souvent le concept de demi-vie plutôt que la constante de désintégration.
Definition 1.5.10: Activité 𝐴(𝑡) et Demi-vie 𝑇1/2

L’activité représente le nombre de désintégrations par unité de temps (𝐴(𝑡) = −𝑑𝑁/𝑑𝑡). Elle suit la même
loi exponentielle : 𝐴(𝑡) = 𝜆𝑁0 𝑒 −𝜆𝑡 . La demi-vie est le temps nécessaire pour que la moitié des noyaux
initiaux se désintègrent. Elle est reliée à la constante par : 𝑇1/2 = ln𝜆2 .

L’ordre de grandeur de la demi-vie varie énormément d’un isotope à l’autre. Un échantillon macroscopique, bien
que composé de milliards d’atomes (par exemple, un gramme d’iode-131 contient environ 4, 6 × 1021 atomes insta-
bles), obéit rigoureusement à cette statistique globale malgré le caractère aléatoire et individuellement imprévisible
des désintégrations.

Example 1.5.8 (Processus statistique et diversité des demi-vies)


Les demi-vies couvrent des échelles de temps immenses : l’Uranium-238 possède une demi-vie de l’ordre de
4, 46 × 109 années, tandis que d’autres nucléides se désintègrent en quelques jours, voire quelques fractions
de seconde.

Unités d’Activité
Pour quantifier l’activité des sources radioactives, que ce soit en recherche fondamentale ou pour des applications
cliniques, la communauté scientifique a défini des unités de mesure standardisées.

23
Definition 1.5.11: Unités (Bq et Ci)

L’unité du Système International est le Becquerel (1 Bq = 1 désintégration/s). Historiquement, on utilise


encore beaucoup le Curie (1 Ci = 3, 7 × 1010 Bq).

Modes de désintégration multiples


Un même noyau radioactif peut parfois posséder la capacité de se désintégrer selon plusieurs voies différentes
(canaux de désintégration) pour atteindre la stabilité. Dans ce cas, on définit des constantes de désintégration
partielles (par exemple 𝜆 𝛼 et 𝜆𝛽 ) pour quantifier la probabilité de chaque mode de manière indépendante.

Example 1.5.9 (Désintégration du Bismuth-212)


83 Bi peut se désintégrer de deux façons : soit par émission 𝛼 pour former du
Le 212 208
81 Tl, soit par émission
𝛽− pour donner du 212
84 Po.

Le taux de disparition global du noyau père prend en compte l’ensemble de ces voies. L’équation différentielle
décrivant la variation du nombre de noyaux intègre la somme des constantes partielles, menant à une loi de
décroissance exponentielle classique mais gouvernée par une constante de désintégration totale.
Definition 1.5.12: Constante de désintégration totale (𝜆𝑡𝑜𝑡 )

Pour un noyau possédant plusieurs canaux indépendants, la probabilité totale par unité de temps est la
somme des constantes partielles : Õ
𝜆𝑡𝑜𝑡 = 𝜆𝑖
𝑖

Le nombre de noyaux suit alors la loi : 𝑁(𝑡) = 𝑁0 𝑒 −𝜆𝑡𝑜𝑡 𝑡 .

Lien avec la demi-vie et l’activité


De la même manière que l’on additionne les constantes radioactives, on peut lier la demi-vie globale mesurée
expérimentalement (𝑇1/2 ) aux demi-vies partielles théoriques (𝑇1𝑖/2 ) qui seraient observées si le mode 𝑖 était
l’unique canal de désintégration.
Definition 1.5.13: Loi des inverses des demi-vies

En substituant 𝜆 𝑖 = ln 2
𝑇1𝑖 /2
dans la formule de la constante totale, on obtient :

1 Õ 1
=
𝑇1/2 𝑇𝑖 𝑖 1/2

L’activité totale 𝐴(𝑡) correspond au taux global de diminution du noyau père. Elle peut se décomposer naturelle-
ment comme la somme des activités partielles associées à chaque mode de désintégration.
Definition 1.5.14: Activités partielles et totale

L’activité totale est la somme des activités de chaque canal :


Õ Õ
𝐴(𝑡) = 𝜆𝑡𝑜𝑡 𝑁(𝑡) = (𝜆 𝑖 𝑁(𝑡)) = 𝐴 𝑖 (𝑡)
𝑖 𝑖

24
Propriétés intrinsèques et Rapport de branchement
Il est crucial de rappeler que la constante radioactive 𝜆 est une caractéristique intrinsèque et absolue du nucléide.
Elle est totalement indépendante des conditions environnementales externes (température, pression) ou de l’âge
du noyau. Pour évaluer le poids relatif d’un canal spécifique parmi l’ensemble des possibilités, on utilise une
grandeur dédiée.
Definition 1.5.15: Rapport de branchement (𝐵𝑅)

Il représente la proportion des désintégrations qui se produisent via un mode spécifique 𝑖 par rapport au
total :
𝜆𝑖
𝐵𝑅 𝑖 =
𝜆𝑡𝑜𝑡

Datation au Carbone 14 (14 C)


Le carbone 14 est un isotope radioactif produit continuellement dans la haute atmosphère lorsque des neutrons,
issus des rayons cosmiques, interagissent avec l’azote de l’air (10 n + 14 14 1
7 N → 6 C + 1 H). Ce carbone s’oxyde ensuite
14
en CO2 et pénètre dans la biosphère par le biais de la photosynthèse et de la chaı̂ne alimentaire. Tant qu’un
organisme est vivant, ses échanges constants avec l’environnement maintiennent une proportion fixe entre cet
isotope instable et le carbone 12, qui lui est stable.

Definition 1.5.16: Équilibre dynamique

Au sein d’un organisme en vie, le rapport isotopique initial entre le carbone 14 et le carbone 12 demeure
constant :
𝑁(14 C)
𝑟0 = ≈ 10−12
𝑁(12 C)

Au moment de la mort de l’organisme, tout échange de carbone avec l’atmosphère cesse. La quantité de carbone
12 reste alors figée, mais le carbone 14 commence à se désintégrer par émission 𝛽 − pour redevenir de l’azote 14.
La proportion de carbone 14 diminue inexorablement avec le temps, transformant ce rapport isotopique en un
véritable chronomètre naturel.
Definition 1.5.17: Le Chronomètre isotopique

Après la mort, le rapport isotopique décroı̂t selon la loi de décroissance exponentielle :

𝑟(𝑡) = 𝑟0 𝑒 −𝜆𝑡
 
𝑟(𝑡)
Isoler le temps permet de calculer l’âge de l’échantillon : 𝑡 = − 𝜆1 ln 𝑟0 .

Example 1.5.10 (Problème : Datation d’un corps humain)


L’analyse d’un échantillon prélevé sur un corps révèle un rapport isotopique actuel de 𝑟 = 6 × 10−13 . Pour
le 14 C, la constante radioactive est 𝜆 = 1, 24 × 10−4 an−1 et le rapport initial est 𝑟0 = 10−12 .
En injectant ces valeurs dans la relation déduite de la loi de décroissance :

6 × 10−13
 
1
𝑡=− ln
1, 24 × 10−4 10−12

Résultat : 𝑡 ≈ 4120 ans. Le décès de l’individu remonte à environ 4 120 ans.

25
Chaı̂nes de désintégration et Équations de Bateman
Dans la nature, il est fréquent qu’un isotope instable se désintègre pour former un autre isotope lui-même instable.
Ce processus en cascade engendre ce que l’on appelle une chaı̂ne de désintégration. Les abondances et les activités
des différents maillons de cette chaı̂ne ne sont pas indépendantes ; elles sont intimement dictées par l’historique
de la source.

Example 1.5.11 (La famille de l’Uranium-238)


L’Uranium-238 initie une longue série de désintégrations successives. Il se transforme en Thorium-234, puis
en Protactinium-234, en Uranium-234, et ainsi de suite (passant notamment par le Radium-226) jusqu’à
atteindre un isotope stable.

Pour modéliser l’évolution temporelle complexe de ces populations, on s’appuie sur les équations de Bateman. Ce
modèle mathématique permet de déterminer les abondances à un instant 𝑡 en fonction des taux de désintégration
de chaque isotope et des quantités initiales. Le cas d’étude le plus fondamental est celui d’un noyau père alimentant
un unique noyau fils radioactif.

Désintégrations successives : Le modèle 𝐴 → 𝐵 → 𝐶


Considérons la chaı̂ne simple où un noyau père 𝐴 se désintègre en un noyau fils 𝐵, qui se désintègre à son tour en
un produit final stable 𝐶. Si l’on fixe comme condition initiale qu’à 𝑡 = 0, seul l’isotope 𝐴 est présent (𝑁𝐴 = 𝑁𝐴0 ,
𝑁𝐵 = 0, 𝑁𝐶 = 0), l’évolution du noyau père 𝐴 reste classique et indépendante du reste de la chaı̂ne.

Definition 1.5.18: Évolution du noyau père (𝐴)

Le taux de variation de 𝐴 ne dépend que de sa propre désintégration (𝜆𝐴 ) :

𝑑𝑁𝐴
= −𝜆𝐴 𝑁𝐴 =⇒ 𝑁𝐴 (𝑡) = 𝑁𝐴0 𝑒 −𝜆𝐴 𝑡
𝑑𝑡

La dynamique du noyau fils 𝐵 est en revanche gouvernée par deux processus antagonistes. Il est continuellement
créé par la désintégration de son parent 𝐴 (terme de production), tout en étant simultanément détruit par sa
propre désintégration radioactive (terme de destruction).

Definition 1.5.19: Équation différentielle du noyau fils (𝐵)

Le bilan de population pour le noyau 𝐵 conduit à l’équation différentielle linéaire suivante :

𝑑𝑁𝐵
= 𝜆 𝐴 𝑁𝐴 − 𝜆 𝐵 𝑁𝐵
𝑑𝑡

Pour résoudre cette équation, on substitue l’expression de 𝑁𝐴 (𝑡) puis on réorganise les termes. On utilise ensuite
la méthode du facteur intégrant en multipliant chaque côté de l’égalité par l’exponentielle 𝑒 𝜆𝐵 𝑡 . Cette astuce
mathématique permet de transformer le membre de gauche en la dérivée exacte d’un produit.

26
Definition 1.5.20: Résolution par facteur intégrant

L’équation multipliée par 𝑒 𝜆𝐵 𝑡 se simplifie sous la forme :

𝑑
𝑁𝐵 𝑒 𝜆𝐵 𝑡 = 𝜆𝐴 𝑁𝐴0 𝑒 (𝜆𝐵 −𝜆𝐴 )𝑡

𝑑𝑡
En intégrant les deux côtés par rapport au temps, on extrait la solution générale (où 𝐶 est la constante
d’intégration) :
𝜆𝐴 𝑁𝐴0 (𝜆𝐵 −𝜆𝐴 )𝑡
𝑁𝐵 𝑒 𝜆𝐵 𝑡 = 𝑒 +𝐶
𝜆𝐵 − 𝜆𝐴

Solution finale de la chaı̂ne 𝐴 → 𝐵 → 𝐶


Pour finaliser le modèle de désintégration successive simple, on applique la condition initiale stipulant qu’aucun
noyau fils n’est présent au départ (𝑁𝐵 (0) = 0). Cela permet de déterminer la constante d’intégration et d’aboutir
à l’équation de Bateman pour le maillon intermédiaire. Par ailleurs, puisque le nombre total de nucléons est
conservé tout au long du processus (𝑁𝐴 (𝑡) + 𝑁𝐵 (𝑡) + 𝑁𝐶 (𝑡) = 𝑁𝐴0 ), l’abondance du produit final stable 𝐶 s’obtient
par simple soustraction.

Definition 1.5.21: Équation de Bateman (Noyau fils 𝐵)

𝜆𝐴 𝑁𝐴0 −𝜆𝐴 𝑡
𝑁𝐵 (𝑡) = 𝑒 − 𝑒 −𝜆𝐵 𝑡

𝜆𝐵 − 𝜆𝐴

Definition 1.5.22: Évolution du produit final stable (𝐶)

𝜆𝐵 𝜆𝐴
 
𝑁𝐶 (𝑡) = 𝑁𝐴0 1 − 𝑒 −𝜆𝐴 𝑡 + 𝑒 −𝜆𝐵 𝑡
𝜆𝐵 − 𝜆𝐴 𝜆𝐵 − 𝜆𝐴

Activités dans les chaı̂nes et Équilibre Séculaire


L’activité d’un élément de la chaı̂ne se déduit de son abondance via la relation classique 𝐴(𝑡) = 𝜆𝑁(𝑡). Tandis
que l’activité du noyau père décroı̂t de façon purement exponentielle, celle du noyau fils part de zéro, passe par
un pic maximal (lorsque sa production équilibre sa destruction), puis se met à décroı̂tre.
Un phénomène physique remarquable, appelé équilibre séculaire, se manifeste lorsque la durée de vie du noyau
père est immensément plus longue que celle du noyau fils (𝜆𝐴 ≪ 𝜆𝐵 ). Au bout d’un certain temps, le régime
transitoire s’estompe et l’activité du fils se cale parfaitement sur celle du père.

Definition 1.5.23: Équilibre Séculaire

Condition : 𝜆𝐴 ≪ 𝜆𝐵 . Le rapport des abondances devient constant et l’activité du fils égale celle du père :

𝜆 𝐵 𝑁𝐵 = 𝜆 𝐴 𝑁𝐴 =⇒ 𝐴𝐵 = 𝐴𝐴

Example 1.5.12 (Le couple Radium / Radon)


La désintégration du Radium-226 (demi-vie longue) vers le Radon-222 (demi-vie très courte) atteint rapi-
dement cet équilibre à l’échelle humaine.

27
Généralisation et durées de vie partielles
Pour des réseaux de désintégration longs et complexes, le système d’équations différentielles couplées a été résolu
analytiquement par Harry Bateman. Sa formule donne directement l’abondance du 𝑚-ième isotope de la chaı̂ne.
Par ailleurs, lorsqu’un même noyau présente des embranchements (plusieurs modes de désintégration possibles),
on peut associer à chaque voie une durée de vie moyenne partielle (𝜏𝑖 = 1/𝜆 𝑖 ). La dynamique globale est toujours
dictée par le processus le plus rapide.
Definition 1.5.24: Solution générale et Durées de vie

𝑁0
Bateman généralisé : 𝑁𝑚 (𝑡) = 𝜆𝑚1 𝑚 𝑚 −𝜆 𝑖 𝑡
𝑖=1 𝐶 𝑖 𝑒 (où les 𝐶 𝑖𝑚 sont des constantes).
Í

Durée de vie moyenne totale (𝜏) : 1𝜏 = 𝜏1𝛼 + 𝜏1𝛽 + . . .

Résumé des modes de désintégration


Pour synthétiser l’ensemble de ces transformations nucléaires spontanées, le tableau ci-dessous regroupe les car-
actéristiques du noyau père menant à ces instabilités, ainsi que l’impact direct sur les nombres de masse et de
charge.

Mode Caractéristiques du noyau père Δ(𝑍) Δ(𝐴) Remarques


Alpha (𝛼) Excès de neutrons et protons (noyaux lourds) −2 −4 Spectre discret (MeV)
Bêta moins (𝛽 − ) Excès de neutrons +1 0 Spectre continu (keV-MeV)
Bêta plus (𝛽 + ) Excès de protons −1 0 Spectre continu (keV-MeV)
Gamma (𝛾) État d’énergie excité 0 0 Spectre discret (keV-MeV)
Neutron Excès massif de neutrons (très instable) 0 −1 Forte pénétration

1.6 Le Modèle Standard de la Physique des Particules


Les constituants fondamentaux de la matière
Le Modèle Standard est le cadre théorique qui décrit les particules élémentaires et les forces fondamentales (à
l’exception de la gravité). Dans ce modèle, l’univers est constitué de deux grands types de particules : les fermions,
qui constituent la matière (spin demi-entier, comme 1/2), et les bosons, qui sont les médiateurs des forces (spin
entier). Les fermions formant la matière se divisent eux-mêmes en deux grandes familles distinctes : les quarks
et les leptons.

28
Definition 1.6.1: Quarks et Leptons

Quarks (6 saveurs) : Ils ressentent l’interaction forte et possèdent une charge fractionnaire (+2/3𝑒 ou
−1/3𝑒).
Leptons (6 saveurs) : Ils ne ressentent pas l’interaction forte et portent une charge entière (ex: −1𝑒
pour l’électron, 0 pour les neutrinos).

Des Quarks aux Hadrons


Une propriété fondamentale des quarks (et des gluons) est le confinement : ils n’existent jamais à l’état libre et
isolé dans la nature. Ils s’assemblent systématiquement sous l’effet de l’interaction forte pour former des particules
composites appelées hadrons. Ces édifices subatomiques assurent la stabilité de la matière visible.

Example 1.6.1 (Baryons et Mésons)


Baryons (3 quarks) : Le proton (𝑢𝑢𝑑, charge +1) et le neutron (𝑢𝑑𝑑, charge 0).
¯ ils modélisent la force
Mésons (𝑞 𝑞¯ ) : Constitués d’un quark et d’un antiquark, comme le pion (𝜋+ = 𝑢 𝑑),
nucléaire entre les nucléons.

29
Propriétés quantiques et Origine de la Masse
La physique quantique redéfinit la façon dont nous concevons les propriétés intrinsèques des particules. En
mécanique classique, la masse est perçue comme la quantité de matière d’un objet. Le Modèle Standard, en
revanche, prédisait initialement des particules sans masse, ce qui contredisait l’expérience. Le mécanisme de
Higgs (proposé en 1964) explique que la masse est en réalité la conséquence de l’interaction d’une particule avec
un champ omniprésent.
Definition 1.6.2: Le Champ et le Boson de Higgs

La masse d’une particule résulte de son frottement avec le champ de Higgs. Le Boson de Higgs, observé
au CERN en 2012 (Prix Nobel 2013), est la manifestation de ce champ.

De manière similaire, la notion de charge dépasse la simple création de champs électriques classiques. Dans le
Modèle Standard, la charge est un nombre quantique strictement conservé qui dicte la façon dont une particule
se couple à d’autres champs (par exemple, un photon). Enfin, l’énergie quantique d’une particule libre n’est
plus une grandeur arbitraire mais correspond aux valeurs propres de l’opérateur hamiltonien, en obéissant à la
cinématique relativiste.

Definition 1.6.3: Énergie relativiste quantifiée

L’énergie totale (𝐸) d’une particule dépend de sa quantité de mouvement (𝑝) et de sa masse au repos (𝑚0 )
selon la relation :
𝐸2 = (𝑝𝑐)2 + (𝑚0 𝑐 2 )2

Symétries Continues et Théorème de Noether


Le Modèle Standard et l’ensemble de la physique quantique reposent fondamentalement sur le concept de symétrie.
La mathématicienne Emmy Noether a établi un lien mathématique profond et universel entre les symétries d’un
système et les lois de conservation observées dans la nature. Lorsqu’un système physique (décrit par son Lagrang-
ien ou son Hamiltonien) reste invariant sous l’effet d’une transformation continue, cela engendre inévitablement
la préservation d’une grandeur physique au cours de son évolution.
Definition 1.6.4: Théorème de Noether

Toute symétrie continue d’un système physique correspond de manière univoque à une quantité conservée
(Symétrie → Invariance → Loi de conservation).

Example 1.6.2 (Symétrie de translation temporelle)

30
Le fait que les lois de la physique ne changent pas avec le temps (invariance sous une translation temporelle)
implique mathématiquement que l’énergie totale du système est strictement conservée.

Symétries Discrètes (C, P, T)


En physique des particules, il est tout aussi crucial d’étudier les symétries discrètes, qui appliquent des transfor-
mations brutales (non continues) à l’état d’un système quantique. Les trois opérations fondamentales permettent
d’inverser respectivement la nature de la particule, l’orientation spatiale et le sens du temps. Bien que la ma-
jorité des interactions respectent ces transformations, des expériences ont démontré que l’univers présente des
asymétries inattendues.
Definition 1.6.5: Les opérations C, P et T

Conjugaison de Charge (C) : Remplace une particule par son antiparticule (charges inversées).
Parité (P) : Inverse les coordonnées spatiales (𝑥, 𝑦, 𝑧 → −𝑥, −𝑦, −𝑧), générant une image miroir du
système.
Inversion Temporelle (T) : Renverse le sens d’écoulement du temps (𝑡 → −𝑡).

Example 1.6.3 (L’interaction faible et la violation des symétries)


Pour l’opération C, l’électron se transforme en positron (𝑒 − ↔ 𝑒 + ) et le proton en antiproton (𝑝 ↔ 𝑝). ¯
Cependant, l’interaction faible (comme dans la radioactivité 𝛽) a la particularité unique de violer la Parité
(𝑃). Dans certains processus de désintégration complexes, elle viole également l’Inversion Temporelle (𝑇).

Les Quatre Interactions Fondamentales


La dynamique de notre univers, de l’échelle subatomique aux amas de galaxies, est régie par quatre forces fonda-
mentales. Ces interactions dictent la manière dont la matière s’assemble, se transforme et interagit. En physique
des particules, ces forces sont transmises par l’échange de particules spécifiques appelées bosons médiateurs.
Definition 1.6.6: Interaction Gravitationnelle

Attraction universelle entre toutes les masses. Bien qu’elle ait une portée infinie, son médiateur théorique
(le Graviton) reste hypothétique.

Example 1.6.4 (Rôle en physique nucléaire)


La gravité est totalement négligeable à l’échelle atomique (environ 10−39 fois plus faible que l’interaction
forte).

L’Interaction Électromagnétique
Cette force agit exclusivement sur les particules portant une charge électrique. C’est elle qui assure la cohésion de
l’atome en maintenant les électrons en orbite autour du noyau. Cependant, au cœur même du noyau, elle joue un
rôle déstabilisateur. La répulsion électrostatique intense entre les protons, qui grandit avec le numéro atomique
𝑍, tente continuellement de disloquer la structure nucléaire et s’oppose directement à la force forte.

Definition 1.6.7: Interaction Électromagnétique

Médiée par le photon (𝛾, particule de masse nulle et de spin 1), elle possède une portée infinie (∝ 1/𝑟 2 ).

31
L’Interaction Forte
C’est la force la plus intense de la nature, indispensable pour contrecarrer la répulsion électromagnétique des
protons. À l’échelle la plus intime, la force forte fondamentale lie les quarks entre eux via l’échange de gluons
pour former des nucléons. À l’échelle supérieure, la force nucléaire résiduelle lie ces nucléons (protons et neutrons)
pour former le noyau.
Definition 1.6.8: Interaction Forte

Médiée par le gluon (𝑔), sa portée est très courte (environ 1 à 3 fm). Elle devient même répulsive à des
distances extrêmement courtes (< 0, 7 fm).

L’Interaction Faible
L’interaction faible occupe une place singulière car elle est la seule force capable de modifier la saveur d’un quark
(par exemple, transformer un quark Up en Down). C’est le mécanisme fondamental derrière les transmutations
nucléaires. Elle permet la radioactivité bêta (𝛽 − et 𝛽 + ) et joue un rôle crucial dans les réactions de fusion nucléaire
au cœur des étoiles, initiant la conversion de protons en neutrons (𝑝 → 𝑛 + 𝑒 + + 𝜈𝑒 ).

Definition 1.6.9: Interaction Faible

Médiée par les bosons massifs 𝑊 + , 𝑊 − et 𝑍 0 . Sa portée est extrêmement courte (environ 10−18 m).

Bilan et Hiérarchie des Forces


Pour résumer, voici la comparaison des quatre interactions fondamentales, classées selon leur intensité rela-
tive. Au sein du noyau atomique, la hiérarchie est claire : la force forte domine largement, suivie par la force
électromagnétique, puis l’interaction faible, la gravité étant totalement exclue des processus nucléaires.

Interaction Intensité Relative Portée (m) Médiateur


Forte 1 (Référence) 10−15 (Taille du noyau) Gluon (𝑔)
Électromagnétique 10−2 Infinie (∞) Photon (𝛾)
Faible 10−5 10−18 (Sub-nucléon) Bosons 𝑊 ± , 𝑍 0
Gravité 10−39 Infinie (∞) Graviton ?

32
Chapter 2

Désintégrations et réactions nucléaires

Introduction : les processus nucléaires


Les noyaux atomiques peuvent subir différents types de transformations nucléaires. Certains noyaux, naturelle-
ment instables, se désintègrent spontanément pour atteindre une configuration plus stable : c’est le phénomène
de décroissance radioactive. D’autres transformations sont provoquées par la collision d’un projectile avec un
noyau cible : ce sont les réactions nucléaires induites.

Definition 2.0.1: Processus nucléaire

1. Désintégration (Decay): phénomène spontané dans lequel un noyau se transforme en un autre noyau
plus stable, libérant de l’énergie de liaison :

𝑋 −→ 𝐴 + 𝐵 + · · ·

2. Réaction induite: résultat d’une collision entre un projectile et un noyau cible :

𝑋 + 𝑌 −→ 𝐴 + 𝐵 + · · ·

Dans les deux cas, il y a transformation de la matière car les corps de l’état final (𝐴 et 𝐵) sont créés au cours
du processus nucléaire. Ceux-ci peuvent être des noyaux et/ou des particules (électron, neutrino, etc.) selon la
réaction considérée.

Les six lois de conservation


Pour tout processus nucléaire reliant un état initial (i) à un état final (f), les grandeurs suivantes doivent être
conservées :

Note:-
Remarques importantes:
• La masse seule n’est pas conservée. L’énergie cinétique seule n’est pas conservée (sauf dans le cas de la
diffusion élastique).
• Ces symétries (temporelle, spatiale, orientationnelle) sont des propriétés fondamentales de notre univers
: tout phénomène semblant violer ces lois est très probablement impossible.

33
• Si une réaction semble perdre de l’énergie ou de la quantité de mouvement, il est plus probable qu’une
particule ait été omise (comme le neutrino) plutôt que la loi elle-même soit violée.

Conservation de l’énergie totale


L’équation fondamentale de la physique nucléaire est la conservation de l’énergie totale :
Õ Õ
𝑚 𝑖 𝑐 2 + 𝑇𝑖 = 𝑚 𝑓 𝑐 2 + 𝑇𝑓
 
(2.1)
𝑖 𝑓

où 𝑚 𝑐 2 désigne l’énergie de masse (énergie au repos) et 𝑇 l’énergie cinétique. Cette équation relie le changement
de masse au changement d’énergie cinétique.

Definition 2.0.2: Valeur 𝑄 (bilan de masse)

La valeur 𝑄 d’une réaction est définie comme la différence entre les masses initiales et finales :

©Õ Õ
𝑄=­ 𝑚𝑖 − 𝑚 𝑓 ® 𝑐2 (2.2)
ª

« 𝑖 𝑓 ¬
De manière équivalente, en utilisant la conservation de l’énergie totale :
Õ Õ
𝑄= 𝑇𝑓 − 𝑇𝑖 (2.3)
𝑓 𝑖

Interprétation : 𝑄 représente la quantité de masse convertie en énergie cinétique.

Classification des processus selon la valeur de 𝑄


En fonction du signe de la valeur 𝑄, les processus nucléaires se classent en deux catégories :

Exoénergétique (𝑄 > 0) Endoénergétique (𝑄 < 0)


𝑚𝑖 > 𝑚 𝑓 (masse convertie en énergie) 𝑚𝑖 < 𝑚 𝑓 (énergie convertie en masse)
Í Í Í Í

Énergie libérée Énergie absorbée


𝑇𝑓 > 𝑇𝑖 (gain d’énergie cinétique) 𝑇𝑓 < 𝑇𝑖 (perte d’énergie cinétique)
Désintégration spontanée possible Désintégration spontanée impossible ; nécessite une
énergie de seuil minimale
Exemple : 226
Ra → 222 Rn + 𝛼 (𝑄 ≈ 4,87 MeV) Exemple : 14 N + 𝛼 → 17 O + 𝑝 (𝑄 ≈ −1,2 MeV)

Table 2.1: Comparaison des processus exo- et endoénergétiques.

Cas des états excités


Souvent, une réaction produit un noyau fils dans un état excité (𝐵∗ ) plutôt que dans son état fondamental :

𝑋 −→ 𝐴 + 𝐵∗

La masse d’un noyau excité est supérieure à celle de son état fondamental :

𝑚(𝐵∗ ) 𝑐 2 = 𝑚(𝐵) 𝑐 2 + 𝐸∗ (2.4)

34
La valeur 𝑄 effective (𝑄 ∗ ) devient alors :

𝑄 ∗ = 𝑚𝑋 − (𝑚𝐴 + 𝑚𝐵∗ ) 𝑐 2 = 𝑄 fond − 𝐸∗


 
(2.5)

La production d’états excités réduit donc l’énergie cinétique disponible.

35
2.1 Désintégrations nucléaires
Principes généraux de l’énergétique des désintégrations
Considérons un noyau parent 𝑋 au repos qui se désintègre en plusieurs produits :

𝑋 −→ 𝐴 + 𝐵 + · · ·

Puisque le noyau parent possède une énergie cinétique nulle (𝑇𝑖 = 0), la valeur 𝑄 apparaı̂t intégralement sous
forme d’énergie cinétique des produits : Õ
𝑄= 𝑇𝑓 (2.6)
𝑓

Definition 2.1.1: Condition de stabilité

Si 𝑄 < 0 pour un mode de désintégration donné, le noyau est stable vis-à-vis de ce mode. Une
désintégration spontanée exige 𝑄 > 0.

Par conservation de la quantité de mouvement, les produits doivent vérifier :


Õ
0® = 𝑝® 𝑓 (2.7)
𝑓

Désintégration Alpha (𝛼)


Processus général
La désintégration alpha concerne principalement les noyaux dont la taille est trop importante ou qui possèdent
un excès de protons. Le noyau éjecte une particule massive et hautement liée, un noyau d’Hélium-4, réduisant
simultanément son numéro atomique et son nombre de masse.

Definition 2.1.2: Désintégration Alpha

Le noyau père 𝐴
𝑍
𝑋 émet une particule 𝛼 (noyau 42 He) :
𝐴
𝑍𝑋 −→ 𝐴−
𝑍−2 𝑌 + 2 He
4 4

Ce processus est une désintégration à deux corps. Les variations sont 𝐴 → 𝐴 − 4 et 𝑍 → 𝑍 − 2.

Énergie cinétique de la particule 𝛼


→ Conservation de l’énergie : L’énergie totale libérée 𝑄 se répartit entre les énergies cinétiques du noyau fils
(𝑌) et de la particule 𝛼 :
𝑄 = 𝑇𝑌 + 𝑇𝛼 (2.8)
→ Conservation de la quantité de mouvement : Le noyau parent étant au repos, les impulsions finales
doivent être égales en norme :
𝑝®𝑌 + 𝑝® 𝛼 = 0® =⇒ |®
𝑝𝑌 | = |®
𝑝𝛼 | = 𝑝 (2.9)
Les deux produits sont donc émis dos-à-dos (180 l’un par rapport à l’autre).

• Énergie de recul : En utilisant l’approximation non relativiste (𝑇 = 𝑝 2 /(2𝑚)), on obtient :


𝑚𝛼
2 𝑚𝑌 𝑇𝑌 = 2 𝑚 𝛼 𝑇𝛼 =⇒ 𝑇𝑌 = 𝑇𝛼 (2.10)
𝑚𝑌
• Démonstration de la solution exacte : On part des deux relations établies précédemment.
36
Conservation de l’énergie (Éq. 2.8) :
𝑄 = 𝑇𝑌 + 𝑇𝛼
Relation de recul (Éq. 2.10) :
𝑚𝛼
𝑇𝑌 = 𝑇𝛼
𝑚𝑌
En substituant la seconde dans la première :

𝑚𝛼 𝑚𝛼 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌
 
𝑄= 𝑇𝛼 + 𝑇𝛼 = 𝑇𝛼 + 1 = 𝑇𝛼
𝑚𝑌 𝑚𝑌 𝑚𝑌

On isole 𝑇𝛼 :
𝑚𝑌
𝑇𝛼 = 𝑄
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌
En réinjectant dans le bilan énergétique pour obtenir 𝑇𝑌 :

𝑚𝑌 𝑚𝑌 𝑚𝛼
 
𝑇𝑌 = 𝑄 − 𝑇𝛼 = 𝑄 − 𝑄 =𝑄 1− = 𝑄
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌

On obtient donc les énergies cinétiques exactes des deux produits :

𝑚𝑌 𝑚𝛼
𝑇𝛼 = 𝑄 et 𝑇𝑌 = 𝑄 (2.11)
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌

Comme le noyau d’Hélium est beaucoup plus léger que le noyau fils, la particule 𝛼 emporte la quasi-totalité de
l’énergie disponible 𝑄.

Approximation en nombre de masse : En posant 𝑚(𝐴 𝑋) ≈ 𝐴 uma, on obtient une expression très précise :

𝐴−4
𝑇𝛼 ≈ 𝑄 (2.12)
𝐴
Puisque 𝑄 et 𝐴 sont fixés, les particules 𝛼 émises sont monoénergétiques.

Example 2.1.1 (Désintégration de l’Uranium-238)


L’Uranium-238 se transmute en Thorium-234 par émission 𝛼, libérant une énergie 𝑄 𝛼 d’environ 5,29 MeV.

Cas de la désintégration vers un état excité


Si la désintégration mène à un état excité 𝐸∗ du noyau fils, le bilan masse-énergie est modifié (𝑄 ∗ = 𝑄 fond − 𝐸 ∗ ).
L’énergie cinétique de la particule 𝛼 devient :

𝑚𝑌 ∗ (𝑄 fond − 𝐸∗ )
𝑇𝛼 = (2.13)
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 ∗
En négligeant 𝐸∗ devant l’énergie de masse des noyaux :
𝐴−4
𝑇𝛼 ≈ (𝑄 fond − 𝐸∗ ) (2.14)
𝐴
On attend donc une énergie cinétique caractéristique pour chaque état excité du noyau fils.

37
Definition 2.1.3: Spectre de raies

Le spectre observé (nombre d’événements en fonction de l’énergie) est un spectre de raies composé de
valeurs discrètes d’énergie. La présence de raies multiples indique la désintégration vers différents états
excités du noyau fils. Cette observation, réalisée en 1929 par Salomon Rosenblum, constitue la première
preuve expérimentale en faveur de l’existence d’états nucléaires excités.

Désintégration Bêta (𝛽)


Processus général
Contrairement au mode alpha, la radioactivité bêta n’implique pas l’émission d’une particule lourde préexistante.
Elle résulte de la transformation interne d’un nucléon (un neutron en proton ou inversement) sous l’effet de
l’interaction faible. Ce mécanisme permet au noyau d’ajuster son rapport 𝑁/𝑍 sans modifier son nombre total
de nucléons 𝐴.
Definition 2.1.4: Modes 𝛽 − et 𝛽 +

En 𝛽 − , un neutron se transforme en proton :

𝑛 −→ 𝑝 + 𝑒 − + 𝜈¯ 𝑒

En 𝛽 + , un proton se transforme en neutron :

𝑝 −→ 𝑛 + 𝑒 + + 𝜈𝑒

Désintégration à trois corps et spectre continu


Dans le cas d’une désintégration 𝛽 + ou 𝛽 − , il y a trois corps dans l’état final : le noyau fils, l’électron (ou le
positron) et l’antineutrino (ou le neutrino) :
𝐴
𝑋 −→ 𝐴 𝑌 + 𝑒 + 𝜈

→ Conservation de la quantité de mouvement : Le noyau parent étant au repos, la somme vectorielle des
impulsions des trois produits doit être nulle :

𝑝®𝑌 + 𝑝® 𝑒 + 𝑝®𝜈 = 0® (2.15)

38
→ Différence fondamentale avec la désintégration 𝛼 : Dans une désintégration à deux corps, l’égalité |® 𝑝𝑌 | =
𝑝 𝛼 | impose une unique valeur de 𝑝 et donc une unique énergie cinétique. Ici, avec trois corps, la condition (2.15)

exige seulement que les trois vecteurs 𝑝®𝑌 , 𝑝® 𝑒 et 𝑝®𝜈 forment un triangle fermé. Pour une valeur donnée de 𝑄,
il existe une infinité de triangles satisfaisant cette condition (différentes orientations relatives et répartitions de
normes). La valeur de 𝑝 𝑒 , et donc de 𝑇𝑒 , n’est donc pas unique : elle varie continûment entre des limites autorisées.

→ L’énergie minimale d’𝑒 𝑙𝑒 𝑐𝑡𝑟𝑜𝑛 (𝑇𝑒min = 0) :

L’énergie cinétique de l’électron est minimale lorsque celui-ci est émis au repos (𝑝 𝑒 = 0). Dans ce cas, la condition
de conservation de la quantité de mouvement se réduit à :

𝑝®𝑌 + 𝑝®𝜈 = 0® =⇒ 𝑝𝑌 | = |®
|® 𝑝𝜈 |

Le neutrino et le noyau fils sont alors émis dos-à-dos et se partagent toute l’énergie 𝑄. L’électron, immobile, ne
reçoit rien :
𝑇𝑒min = 0

→ L’énergie maximal d’𝑒 𝑙𝑒 𝑐𝑡𝑟𝑜𝑛 (𝑇𝑒max ≈ 𝑄) :

L’électron emporte le maximum d’énergie lorsque le neutrino n’en emporte aucune, c’est-à-dire 𝑇𝜈 = 0 (et donc
𝑝 𝜈 = 0). Dans cette configuration, la désintégration se réduit effectivement à un problème à deux corps entre le
noyau fils 𝑌 et l’électron 𝑒 :
𝑝®𝑌 + 𝑝® 𝑒 = 0® =⇒ |® 𝑝𝑌 | = |®
𝑝𝑒 | = 𝑝
Le bilan énergétique devient :
𝑄 = 𝑇𝑌 + 𝑇𝑒
On retrouve alors la même structure que pour la désintégration alpha. Par conservation de la quantité de
mouvement et en utilisant 𝑇 = 𝑝 2 /(2𝑚) :
𝑚𝑒
2 𝑚𝑌 𝑇𝑌 = 2 𝑚 𝑒 𝑇𝑒 =⇒ 𝑇𝑌 = 𝑇𝑒
𝑚𝑌
En substituant dans le bilan énergétique :

𝑚𝑒 𝑚𝑒 𝑚 𝑒 + 𝑚𝑌
 
𝑄= 𝑇𝑒 + 𝑇𝑒 = 𝑇𝑒 + 1 = 𝑇𝑒
𝑚𝑌 𝑚𝑌 𝑚𝑌

On isole 𝑇𝑒 :
𝑚𝑌
𝑇𝑒max = 𝑄 (2.16)
𝑚 𝑒 + 𝑚𝑌
Or, la masse de l’électron (𝑚 𝑒 ≈ 0,511 MeV/𝑐 2 ) est totalement négligeable devant celle du noyau fils (𝑚𝑌 ∼ 𝐴
GeV/𝑐 2 ), soit 𝑚 𝑒 ≪ 𝑚𝑌 . On a donc :
𝑚𝑌 𝑚𝑌
≈ =1
𝑚 𝑒 + 𝑚𝑌 𝑚𝑌
D’où le résultat final :
𝑇𝑒max ≈ 𝑄
Conclusion : Contrairement à la désintégration alpha où l’énergie de la particule émise est fixe et unique, la
désintégration bêta produit un spectre d’énergie continu pour l’électron, s’étendant de 0 à 𝑇𝑒max ≈ 𝑄. L’énergie
manquante est emportée par le neutrino, invisible au détecteur.

Definition 2.1.5: Spectre bêta continu

La distribution en énergie de l’électron issu d’une désintégration 𝛽 est continue entre 0 et 𝑇𝑒max ≈ 𝑄.

39
40
2.2 Réactions nucléaires induites
Notation des réactions
Une réaction nucléaire standard s’écrit :

𝑋 + 𝑌 −→ 𝐴 + 𝐵
|{z} |{z} |{z} |{z}
Projectile Cible Éjectile Noyau résiduel

Les composantes sont les suivantes : 𝑋 est le projectile (particule incidente, rapide), 𝑌 est la cible (généralement
au repos dans le laboratoire), 𝐴 est l’éjectile (particule émise plus légère) et 𝐵 est le noyau résiduel (produit plus
lourd).

Definition 2.2.1: Notation compacte

La notation abrégée standard en physique nucléaire est :

𝑌(𝑋 , 𝐴)𝐵

Cible(Projectile, Éjectile)Résiduel

Example 2.2.1 (Exemple historique : découverte du proton par Rutherford (1919))


Réaction : 14 N + 𝛼 → 17 O + 𝑝
Notation compacte : 14 N(𝛼, 𝑝) 17 O

Cinématique des réactions : énergie de seuil


Considérons la collision d’un projectile 𝑋 (1) sur une cible 𝑌 (2) au repos :

𝑋 + 𝑌 −→ 𝐴 + 𝐵 ou (1) + (2) −→ (3) + (4)

L’objectif est de calculer l’énergie cinétique minimale de 𝑋 (notée 𝑇seuil ou 𝑇th ) pour que la réaction soit possible.

Si 𝑄 > 0, la réaction est possible quelle que soit l’énergie du projectile, une fois le contact établi. Si 𝑄 < 0,
de l’énergie doit être fournie pour créer de la masse : l’énergie cinétique du projectile doit être suffisante pour
rendre le processus énergétiquement possible. Les calculs sont effectués dans l’approximation non relativiste, les
énergies cinétiques mises en jeu étant faibles par rapport aux énergies de masse.

Référentiels pour la cinématique


Afin de déterminer la configuration de seuil, on examine deux référentiels:

→ Référentiel du laboratoire (ℛ) : Supposons que 𝐴 et 𝐵 soient créés au repos (𝑇3 = 𝑇4 = 0, donc 𝑝3 = 𝑝4 = 0).
La quantité de mouvement totale finale serait nulle, ce qui contredit le fait que la quantité de mouvement initiale
n’est pas nulle. Ce scénario est donc impossible.

→ Référentiel du centre de masse (ℛ′) : Supposons que 𝐴 et 𝐵 soient créés au repos dans ℛ′ (𝑇3′ = 𝑇4′ = 0,
donc 𝑝3′ = 𝑝4′ = 0). Cela correspond parfaitement à la définition du référentiel du centre de masse où la quantité
de mouvement totale est toujours nulle.

L’énergie minimale à fournir correspond donc à la création des deux noyaux 𝐴 et 𝐵 au repos dans le référentiel
du centre de masse ℛ′.

41
Théorème de König : décomposition de l’énergie
On relie les énergies cinétiques de l’état final dans ℛ′ et dans ℛ à l’aide du théorème de König :
Õ Õ
𝑇𝑓 = 𝑇CM + 𝑇𝑓′ (2.17)
𝑓 𝑓

où 𝑇CM est l’énergie cinétique du centre de masse, affectée à la somme des masses du système :

1 𝑝®3 + 𝑝®4
𝑇CM = (𝑚3 + 𝑚4 ) 𝑣 𝐺
2
avec 𝑣® 𝐺 = (2.18)
2 𝑚3 + 𝑚4

𝑝 1 = 𝑝®3 + 𝑝®4 ), on obtient :


Par conservation de la quantité de mouvement (®

𝑝12 /2 𝑚1 𝑇1
𝑇CM = = (2.19)
𝑚3 + 𝑚4 𝑚3 + 𝑚4

Calcul de l’énergie de seuil


→ On dispose de deux résultats établis précédemment: Le théorème de König (Éq. 2.17) appliqué à l’état final,
avec l’expression de 𝑇CM (Éq. 2.19) :
𝑚1 𝑇1
𝑇3 + 𝑇4 = + 𝑇3′ + 𝑇4′ (2.20)
𝑚3 + 𝑚4
Le bilan masse-énergie (valeur 𝑄). Puisque seul le projectile 𝑋 est en mouvement dans le référentiel du laboratoire
(𝑇𝑖 = 𝑇1 , la cible 𝑌 étant au repos) :
𝑄 = (𝑇3 + 𝑇4 ) − 𝑇1

→ Étape 1 : Exprimer 𝑇3 + 𝑇4 à partir de la valeur 𝑄.


De la définition de 𝑄, on tire directement :
𝑇3 + 𝑇4 = 𝑄 + 𝑇1

→ Étape 2 : Substituer dans le théorème de König.


En remplaçant 𝑇3 + 𝑇4 dans l’équation (2.20) :

𝑚1 𝑇1
𝑄 + 𝑇1 = + 𝑇3′ + 𝑇4′
𝑚3 + 𝑚4

→ Étape 3 : Appliquer la condition de seuil.


Au seuil, les produits 𝐴 et 𝐵 sont créés au repos dans le référentiel du centre de masse :

𝑇3′ = 𝑇4′ = 0

L’équation se simplifie en :
𝑚1 𝑇1
𝑄 + 𝑇1 =
𝑚3 + 𝑚4

→ Étape 4 : Isoler 𝑇1 .
On regroupe les termes en 𝑇1 d’un même côté :

𝑚1 𝑇1 𝑚1
 
𝑄= − 𝑇1 = 𝑇1 −1
𝑚3 + 𝑚4 𝑚3 + 𝑚4

On simplifie la parenthèse :
𝑚1 − (𝑚3 + 𝑚4 )
𝑄 = 𝑇1
𝑚3 + 𝑚4
42
On isole 𝑇1 = 𝑇seuil :

𝑄 (𝑚3 + 𝑚4 ) −𝑄 (𝑚3 + 𝑚4 )
𝑇seuil = = (2.21)
𝑚1 − 𝑚3 − 𝑚4 𝑚3 + 𝑚4 − 𝑚1

→ Analyse des deux scénarios :

Example 2.2.2 (Si 𝑄 > 0 (réaction exoénergétique) :)


Le numérateur −𝑄 (𝑚3 + 𝑚4 ) est négatif, ce qui donnerait un seuil négatif. Physiquement, cela signifie
qu’aucune énergie cinétique minimale n’est requise : la réaction est possible dans tous les cas, d’où 𝑇seuil = 0.

Example 2.2.3 (Si 𝑄 < 0 (réaction endoénergétique) :)


Le numérateur −𝑄 (𝑚3 + 𝑚4 ) est positif. De plus, la conservation de la masse-énergie impose 𝑚3 + 𝑚4 >
𝑚1 + 𝑚2 > 𝑚1 (puisque |𝑄| correspond à la masse créée), de sorte que le dénominateur 𝑚3 + 𝑚4 − 𝑚1 est
également positif. Le seuil 𝑇seuil est donc strictement positif : une énergie cinétique minimale doit être
fournie au projectile (𝑇1 > 𝑇seuil ) pour que la réaction puisse se produire.

La barrière de Coulomb
Introduction
Puisque les deux noyaux impliqués dans la réaction sont chargés positivement, les amener au contact nécessite de
vaincre la répulsion électromagnétique, c’est-à-dire de franchir la barrière de Coulomb.

On modélise les deux noyaux comme (𝐴1 , 𝑍1 ) et (𝐴2 , 𝑍2 ) avec leurs charges localisées en leur centre. Les noyaux
sont considérés en contact lorsque la distance séparant leurs centres vaut 𝑟 = 𝑅 1 + 𝑅 2 (en négligeant l’épaisseur de
peau). Pour 𝑟 > 𝑅 1 + 𝑅 2 , la répulsion électromagnétique domine ; pour 𝑟 < 𝑅 1 + 𝑅 2 , l’interaction forte domine.

43
Expression de la barrière
Definition 2.2.2: Barrière de Coulomb (𝐵 𝑐 )

La barrière de Coulomb est définie par la répulsion au contact exact des deux noyaux :
𝑞1 𝑞2
𝐵𝑐 = (2.22)
4𝜋𝜀0 (𝑅 1 + 𝑅 2 )

En utilisant la constante de structure fine 𝛼 = 𝑒 2 /(4𝜋𝜀0 ℏ𝑐) ≈ 1/137 et ℏ𝑐 = 197,3 MeV·fm :

𝛼 ℏ𝑐 𝑍1 𝑍2
𝐵𝑐 = · 1/3 (2.23)
𝑅0 𝐴1 + 𝐴2
1/3

Pour que la réaction se produise, l’énergie cinétique dans le référentiel du centre de masse doit être supérieure à
la barrière de Coulomb :
𝑇1′ + 𝑇2′ > 𝐵 𝑐 (2.24)

Passage au référentiel du laboratoire


En utilisant à nouveau le théorème de König pour revenir au référentiel du laboratoire (ℛ) :
𝑚1 𝑇1
𝑇1 = 𝑇1′ + 𝑇2′ + 𝑇CM avec 𝑇CM =
𝑚1 + 𝑚2
La condition requise sur l’énergie cinétique incidente dans le laboratoire est :

𝑚1 + 𝑚2
𝑇1 > 𝐵𝑐 (2.25)
𝑚2

Si le projectile est très léger comparé à la cible (𝑚1 ≪ 𝑚2 ), cette condition se simplifie directement en 𝑇1 > 𝐵 𝑐 .

Énergie minimale requise : synthèse


Pour qu’une réaction nucléaire se produise, la condition de seuil cinématique et la condition de barrière de
Coulomb doivent être satisfaites simultanément.

Definition 2.2.3: Énergie minimale effective (𝑇1min )

L’énergie minimale à fournir au projectile est le maximum des deux contraintes :

𝑚1 + 𝑚2
 
𝑇1min = max 𝐵 𝑐 , 𝑇seuil (2.26)
𝑚2

Note:-
Conditions indépendantes:

• Barrière franchie mais énergie insuffisante : résulte en une simple diffusion élastique.
• Énergie suffisante mais barrière non franchie : classiquement impossible, mais peut se produire
par effet tunnel (faible probabilité).

• Exception des neutrons : Les neutrons, n’ayant pas de charge électrique, ne font face à aucune
barrière de Coulomb (𝐵 𝑐 = 0). Ils peuvent induire des réactions à très basse énergie (par exemple, la
fission thermique à ∼ 0,025 eV) où seul 𝑇seuil importe.
44
Cas des états excités dans les réactions induites
Si l’un des noyaux produits (par exemple le noyau 𝐵) est créé dans un état excité 𝐵∗ d’énergie d’excitation 𝐸∗ , le
bilan masse-énergie est modifié : la valeur 𝑄 effective devient 𝑄 fond − 𝐸∗ et la masse du produit excité augmente
légèrement.

La nouvelle énergie de seuil s’écrit :

′ −(𝑄 fond − 𝐸∗ ) (𝑚3 + 𝑚4 + 𝐸∗ )


𝑇seuil = (2.27)
𝑚3 + 𝑚4 + 𝐸 ∗ − 𝑚1

Comme les masses nucléaires (∼ 𝐴 GeV/𝑐 2 ) sont largement supérieures à 𝑄 fond et 𝐸∗ (quelques MeV au plus), on
peut négliger 𝐸∗ dans les sommes de masse :

′ −(𝑄fond − 𝐸∗ ) (𝑚3 + 𝑚4 )
𝑇seuil ≈ (2.28)
𝑚3 + 𝑚4 − 𝑚1

La valeur de la barrière de Coulomb reste inchangée par l’état d’excitation des produits.

45
Classification des réactions nucléaires
En fonction des produits et des énergies, on distingue deux grandes catégories de réactions nucléaires.

1. Diffusion : 𝐴(𝑎, 𝑎)𝐴 ou 𝐴(𝑎, 𝑎)𝐴∗ , Le projectile est réémis ; le noyau cible conserve son identité chimique.

• Diffusion élastique : L’énergie cinétique totale est conservée ; le noyau reste dans son état fondamental.
On distingue la diffusion potentielle (rebond sur la surface nucléaire) et la diffusion résonante (formation
transitoire d’un noyau composé).
• Diffusion inélastique : L’énergie cinétique totale n’est pas conservée ; une partie est absorbée par le
noyau cible, laissé dans un état excité (𝐴∗ ).
• Diffusion de Rutherford : Cas particulier de diffusion élastique due uniquement à la répulsion coulom-
bienne entre le projectile et le noyau cible, sans contact nucléaire.

2. Réactions de transmutation : 𝐴(𝑎, 𝑏)𝐵 — le noyau cible change d’identité.


Le projectile est absorbé ou transformé ; les produits diffèrent des réactifs.

• Capture radiative : La cible absorbe un neutron et libère l’excédent d’énergie sous forme d’un photon 𝛾
: 𝐴(𝑛, 𝛾)𝐵.
• Réaction photonucléaire : Un photon 𝛾 sert de projectile et éjecte une particule du noyau cible (par
exemple un neutron ou un proton).

• Réaction de transfert : Échange d’un ou plusieurs nucléons entre le projectile et la cible, sans formation
de noyau composé intermédiaire.
• Fission / Fusion : Scission d’un noyau lourd en fragments plus légers (fission) ou coalescence de noyaux
légers en un noyau plus lourd (fusion).

• Spallation : Réaction à très haute énergie dans laquelle le noyau cible éjecte un grand nombre de nucléons
et de fragments légers.

Résumé des conditions pour une réaction nucléaire


Pour qu’une réaction nucléaire se produise, l’énergie du projectile 𝑇1 doit généralement surmonter deux obstacles.
Le seuil effectif est déterminé par la plus haute des deux exigences.

Seuil énergétique Barrière de Coulomb


S’applique si 𝑄 < 0 (endoénergétique) S’applique si particules chargées (𝑍 > 0)
Doit créer la masse des produits Doit atteindre le noyau
𝑚𝑋 𝑚𝑋
   
𝑇1 ⩾ |𝑄| 1 + 𝑇1 ⩾ 𝐵 𝑐 1+
𝑚𝑌 𝑚𝑌

𝑇1min = max(𝑇seuil , 𝑇Coulomb )

Cas important : Pour les neutrons (𝑍 = 0), la barrière de Coulomb est nulle. Ils peuvent induire des réactions
à très basse énergie (neutrons thermiques) si 𝑄 > 0.

46
2.3 Interaction des particules avec la matière
→ Concepts physiques fondamentaux: Section efficace (𝜎)

La section efficace quantifie la probabilité qu’une interaction spécifique se produise lorsqu’un rayonnement frappe
un atome. Elle a la dimension d’une surface et se mesure en barns (b), où 1 b = 10−24 cm2 . La valeur de 𝜎
dépend de :
• Le type de rayonnement (photons, particules chargées, neutrons).
• Le numéro atomique (𝑍) du matériau cible.

• L’énergie de la particule incidente.

→ Concepts physiques fondamentaux: Libre parcours moyen (𝜆)

Le libre parcours moyen est la distance moyenne parcourue par une particule dans un matériau avant d’interagir
:
1
𝜆= (2.29)
𝑁·𝜎
où 𝑁 est la densité atomique (atomes/cm3 ). Une section efficace plus grande implique un libre parcours
moyen plus court.

Interaction des photons avec la matière


Les photons (rayons X, rayons gamma) n’ont pas de charge électrique mais transportent une énergie propor-
tionnelle à leur fréquence. Ils pénètrent profondément dans la matière avant d’interagir. Toutes les interactions
des photons produisent des particules chargées secondaires (électrons ou positrons), conduisant à une ionisation
indirecte.

Trois processus principaux gouvernent les interactions des photons :


1. Effet photoélectrique : le photon est complètement absorbé, un électron est éjecté.
2. Diffusion Compton : le photon diffuse sur un électron en perdant une partie de son énergie.

3. Création de paires : un photon de haute énergie (⩾ 1,022 MeV) crée une paire électron–positron.

Atténuation d’un faisceau de photons


→ Coefficient d’atténuation linéique (𝜇) : probabilité d’interaction par unité de longueur pour un faisceau
de photons dans un matériau. La loi d’atténuation exponentielle décrit la décroissance de l’intensité :

𝐼(𝑥) = 𝐼0 · 𝑒 −𝜇𝑥 (2.30)

où 𝐼0 est l’intensité initiale et 𝐼(𝑥) l’intensité après avoir parcouru une distance 𝑥. Le coefficient 𝜇 est directement
lié à la section efficace et à la densité du matériau.

→ Coefficient d’atténuation massique (𝜇/𝜌) : le coefficient linéique 𝜇 dépend de la densité du matériau


(par exemple, la vapeur d’eau a un 𝜇 inférieur à celui de l’eau liquide, bien qu’il s’agisse de la même molécule).
Pour supprimer cette dépendance, on divise par la densité 𝜌 :
𝜇
[cm2 /g] (2.31)
𝜌

Cette grandeur ne dépend que de la composition atomique, et non de l’état physique (liquide, gaz, solide).
47
1. Effet photoélectrique
Definition 2.3.1: Effet photoélectrique

Le photon incident est complètement absorbé par un électron des couches internes de l’atome, qui est
alors éjecté. Toute l’énergie du photon (ℎ𝜈) est transférée à l’électron. L’énergie cinétique du photoélectron
est :
𝐸 𝑘 = ℎ𝜈 − 𝐸𝐵 (2.32)
où 𝐸𝐵 est l’énergie de liaison de la couche électronique (K, L, M. . . ).

Caractéristiques :

• Seuil : l’interaction ne se produit que si ℎ𝜈 ⩾ 𝐸𝐵 .


• Cascade de lacunes : la couche vide est comblée par des électrons des couches supérieures, émettant des
rayons X caractéristiques (ou des électrons Auger).
• Probabilité (𝜏) : domine aux basses énergies et aux numéros atomiques élevés :

𝑍𝑛
𝜏∝ (𝑛 ≈ 3 à 5) (2.33)
𝐸3

2. Effet Compton (Diffusion)


Definition 2.3.2: Diffusion Compton

Diffusion inélastique d’un photon par un électron faiblement lié des couches périphériques. Le
photon transfère une partie de son énergie à l’électron de recul et diffuse avec une énergie réduite et
une direction différente. C’est l’interaction dominante aux énergies intermédiaires (environ 30 keV à
quelques MeV).

48
Effet Compton : Démonstration
On dérive le décalage en longueur d’onde en utilisant la conservation de l’énergie et de la quantité de mouvement.

→ Étape 1 : Conservation de la quantité de mouvement (équation vectorielle).


La quantité de mouvement initiale du photon est égale à la somme des quantités de mouvement du photon diffusé
et de l’électron de recul :
𝑝® 𝛾 = 𝑝® 𝛾′ + 𝑝® 𝑒 ⇒ 𝑝® 𝑒 = 𝑝® 𝛾 − 𝑝® 𝛾′
En appliquant la loi des cosinus pour obtenir le module :

𝑝 2𝑒 = 𝑝 2𝛾 + 𝑝 2𝛾′ − 2 𝑝 𝛾 𝑝 𝛾′ cos 𝜃 (Éq. A) (2.34)

où 𝜃 est l’angle de diffusion du photon.

→ Étape 2 : Conservation de l’énergie totale (relativiste).


L’énergie avant la diffusion est égale à l’énergie après :

𝐸 𝛾 + 𝑚 𝑒 𝑐 2 = 𝐸 𝛾′ + 𝐸 𝑒

La relation énergie–impulsion relativiste donne 𝐸2𝑒 = 𝑝 2𝑒 𝑐 2 + 𝑚 𝑒2 𝑐 4 . En substituant 𝐸 𝑒 = 𝐸 𝛾 − 𝐸 𝛾′ + 𝑚 𝑒 𝑐 2 , en


développant et en simplifiant :

𝑝 2𝑒 𝑐 2 = 𝐸2𝛾 + 𝐸2𝛾′ + 2(𝐸 𝛾 − 𝐸 𝛾′ )𝑚 𝑒 𝑐 2 − 2𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′ (Éq. B) (2.35)

→ Étape 3 : Égaliser (Éq. A) et (Éq. B).


On multiplie (Éq. 2.34) par 𝑐 2 et on égalise avec (Éq. 2.35). Puisque 𝐸 = 𝑝𝑐 pour les photons, les termes 𝐸2𝛾 et
𝐸2𝛾′ s’annulent des deux côtés :

−2𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′ cos 𝜃 = 2(𝐸 𝛾 − 𝐸 𝛾′ )𝑚 𝑒 𝑐 2 − 2𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′

En réarrangeant :
2𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′ (1 − cos 𝜃) = 2(𝐸 𝛾 − 𝐸 𝛾′ )𝑚 𝑒 𝑐 2
𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′
𝐸 𝛾 − 𝐸 𝛾′ = (1 − cos 𝜃)
𝑚𝑒 𝑐 2
→ Étape 4 : Décalage en longueur d’onde.
En divisant les deux membres par 𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′ et en substituant 𝐸 = ℎ𝑐/𝜆 :
1 1 1
− = (1 − cos 𝜃)
𝐸 𝛾′ 𝐸 𝛾 𝑚𝑒 𝑐 2
49

𝜆′ − 𝜆 = (1 − cos 𝜃) (2.36)
𝑚𝑒 𝑐
Le décalage en longueur d’onde ne dépend que de l’angle de diffusion 𝜃, et non de l’énergie initiale du photon.
Le décalage maximal est obtenu en rétrodiffusion (𝜃 = 180) : Δ𝜆max = 2ℎ/(𝑚 𝑒 𝑐) = 0,00486 nm.

Effet Compton : Cinématique


La conservation de l’énergie et de la quantité de mouvement conduit à l’énergie du photon diffusé en fonction de
l’angle :
ℎ𝜈
ℎ𝜈′ =   (2.37)
1 + 𝑚ℎ𝜈
0𝑐
2 (1 − cos 𝜃)

→ Limite de rétrodiffusion (𝜃 = 180) : le transfert d’énergie maximal à l’électron se produit ici. L’énergie
du photon diffusé atteint sa valeur minimale. Pour ℎ𝜈 ≫ 𝑚0 𝑐 2 :

′ 𝑚0 𝑐 2
ℎ𝜈min ≈ = 0,255 MeV (2.38)
2

3. Création de paires
Definition 2.3.3: Création de paires

Un photon de haute énergie interagit avec le champ électrique du noyau et se matérialise en une paire
électron–positron. Le photon doit avoir une énergie suffisante pour créer les deux masses au repos :

𝐸 𝛾 ⩾ 2 · 𝑚 𝑒 𝑐 2 = 1,022 MeV (2.39)

L’excès d’énergie est converti en énergie cinétique partagée entre la paire :

𝐸 𝑘 = 𝐸 𝛾 − 1,022 MeV (2.40)

Le positron finira par s’annihiler avec un électron, produisant deux photons 𝛾 de 511 keV chacun, émis dos à dos.
Ce processus est la base physique de l’imagerie TEP (PET).

50
Résumé des interactions des photons
L’interaction dominante dépend de l’énergie du photon 𝐸 𝛾 et du numéro atomique 𝑍 de la cible :

Processus Domine à Probabilité ∝


Effet photoélectrique Basse 𝐸, 𝑍 élevé 𝑍 3–5 /𝐸3
Diffusion Compton 𝐸 intermédiaire ∼ 𝑍 (par atome)
Création de paires 𝐸 > 1,022 MeV, 𝑍 élevé ∼ 𝑍2

Example 2.3.1 (Exemples à différentes énergies)

• 𝐸 𝛾 = 0,1 MeV dans C (𝑍 = 6) : effet Compton dominant. Dans I (𝑍 = 53) : effet photoélectrique
dominant.

51
• 𝐸 𝛾 = 1 MeV : effet Compton dominant pour tous les matériaux.

• 𝐸 𝛾 = 10 MeV dans C (𝑍 = 6) : Compton dominant. Dans I (𝑍 = 53) : création de paires dominante.

2.4 Interaction des neutrons avec la matière


Les neutrons n’ont pas de charge électrique et n’interagissent donc pas avec les électrons atomiques ni avec le
champ électrique. Ils pénètrent profondément dans la matière jusqu’à ce qu’ils entrent en collision avec un noyau.
Comme les noyaux sont minuscules par rapport à l’atome (∼ 10−15 m vs. 10−10 m), les collisions sont rares, d’où
un long libre parcours moyen.

Les neutrons causent une ionisation indirecte : ils n’ionisent pas directement les atomes. Les dommages sont
causés par les particules secondaires produites, les noyaux de recul (surtout les protons) et les rayons gamma
émis après capture neutronique.

Point crucial : puisque les neutrons sont électriquement neutres, ils ne sont confrontés à aucune barrière de
Coulomb. Ils peuvent atteindre le noyau à n’importe quelle énergie, y compris les énergies thermiques (∼ 0,025
eV).

Classification par énergie

Type Énergie
Thermique ∼ 0,025 eV
Épithermique 1 eV – 100 keV
Rapide > 0,1 MeV

→ Neutrons rapides (> 0,1 MeV) : produits par fission ou fusion. Ils perdent leur énergie en entrant en collision
avec les noyaux (diffusion élastique).

→ Neutrons thermiques (∼ 0,025 eV) : en équilibre thermique avec le milieu environnant. Ce sont ceux qui
ont la plus grande probabilité d’être capturés par les noyaux.

→ Neutrons épithermiques : neutrons d’énergie intermédiaire. Importants car de nombreux noyaux possèdent
de grandes sections efficaces de capture résonante dans cette gamme d’énergie.
Note:-
La fission produit des neutrons à ∼ 2 MeV, mais la probabilité de provoquer une nouvelle fission est maximale
à ∼ 0,025 eV. Le neutron doit donc être ralenti d’un facteur ∼ 108 sans être absorbé. Ce processus s’appelle
la modération.

1. Diffusion
Le processus de ralentissement des neutrons rapides s’appelle la modération.

→ Diffusion élastique : collision de type “boules de billard”.


• L’énergie cinétique est conservée dans le système.
• Le transfert d’énergie maximal se produit lorsque la masse de la cible ≈ masse du neutron.
• L’hydrogène (protons) est le modérateur le plus efficace (eau, cire, polyéthylène).
→ Diffusion inélastique : se produit à haute énergie.
52
• Le noyau est laissé dans un état excité et émet ultérieurement un rayon gamma.
• L’énergie cinétique n’est pas conservée (une partie sert à l’excitation nucléaire).

Diffusion élastique : Démonstration


Considérons un neutron de masse 𝑚 et d’énergie cinétique 𝐸0 entrant en collision avec un noyau au repos de
masse 𝑀. Après la collision, le neutron a une énergie 𝐸 𝑓 à l’angle 𝜃, et le noyau recule avec une énergie 𝐸𝑟 à
l’angle 𝜙.

→ Étape 1 : Lois de conservation.


Conservation de l’énergie :
𝐸0 = 𝐸 𝑓 + 𝐸 𝑟

Conservation de la quantité de mouvement (non relativiste, 𝑝 = 2𝑚𝐸) :
p q p
axe 𝑥 : 2𝑚𝐸0 = 2𝑚𝐸 𝑓 cos 𝜃 + 2𝑀𝐸𝑟 cos 𝜙
q p
axe 𝑦 : 0= 2𝑚𝐸 𝑓 sin 𝜃 − 2𝑀𝐸𝑟 sin 𝜙

→ Étape 2 : Éliminer l’angle de recul 𝜙.


On isole les termes de recul dans les deux équations, on les met au carré et on additionne (en utilisant cos2 𝜙 +
sin2 𝜙 = 1) :
q
2𝑀𝐸𝑟 = 2𝑚𝐸0 − 4𝑚 𝐸0 𝐸 𝑓 cos 𝜃 + 2𝑚𝐸 𝑓

→ Étape 3 : Former et résoudre l’équation quadratique.


En substituant 𝐸𝑟 = 𝐸0 − 𝐸 𝑓 et en réarrangeant, on obtient une équation du second degré en 𝐸 𝑓 :
p

p q
(𝑀 + 𝑚)𝐸 𝑓 − 2𝑚 𝐸0 cos 𝜃 𝐸 𝑓 − (𝑀 − 𝑚)𝐸0 = 0

En appliquant la formule quadratique, en utilisant le rapport de masse 𝐴 = 𝑀/𝑚, et en conservant la solution


physiquement significative :

𝐸0  p 2
𝐸𝑓 = cos 𝜃 + 𝐴 2 − sin2 𝜃 (2.41)
(𝐴 + 1)2

Perte d’énergie maximale en une seule collision


La perte d’énergie maximale correspond à une collision frontale (𝜃 = 180, cos 𝜃 = −1). À partir de l’Éq. (2.41) :

𝐸𝑓
2
𝐴−1
  
=𝛼= (2.42)
𝐸0 min
𝐴+1

53
Example 2.4.1 (Hydrogène (𝐴 = 1))
 0 2
𝛼= =0
2
Une perte totale d’énergie est possible ! Comme deux boules de billard de même masse : le neutron
peut transférer toute son énergie en une seule collision frontale.

Example 2.4.2 (Uranium (𝐴 = 238))


 237  2
𝛼= ≈ 0,98
239
Pratiquement aucune énergie n’est perdue par collision. Comme une balle de ping-pong frappant un mur
: le neutron rebondit avec quasiment la même énergie.

Comparaison des modérateurs


Nombre de collisions 𝑁 nécessaires pour thermaliser un neutron de 2 MeV à 0,025 eV :

Modérateur Masse (𝐴) Collisions (𝑁)


1
Hydrogène ( H) 1 18
Deutérium (2 H) 2 25
Carbone (12 C) 12 115
Uranium (238 U) 238 ∼ 2200

Note:-
Les noyaux légers sont essentiels. Un réacteur ne peut pas être modéré par le combustible lourd seul ; il
a besoin d’eau ou de graphite. Cependant, un bon modérateur doit ralentir les neutrons sans les absorber :
𝑛 + 𝐴 𝑋 → 𝐴+1 𝑋 + 𝛾 (capture = perte).

Le choix du modérateur implique un compromis entre efficacité de ralentissement et absorption neutronique :

Modérateur 𝜎𝑠 (b) 𝜎𝑎 (b) Conséquence


Eau légère (H2 O) 49 0,66 Bon ralentissement, forte capture
Eau lourde (D2 O) 10,6 0,0013 Plus lent, capture quasi nulle

2. Absorption
Une fois thermalisé, le neutron a une forte probabilité d’être absorbé par un noyau. Deux processus importants :

→ Capture radiative (𝑛, 𝛾) : le noyau absorbe le neutron et devient un isotope plus lourd, souvent instable
(radioactif). L’excès d’énergie de liaison est émis sous forme de rayon gamma.

Example 2.4.3 (Activation du cobalt)


59
27 Co + 10 𝑛 → 60
27 Co → 27 Co + 𝛾
60

60
Cette réaction est utilisée pour produire des sources de Co pour la radiothérapie et la stérilisation
industrielle.

54
→ Fission nucléaire (𝑛, 𝑓 ) : dans les noyaux lourds comme 235 U, l’absorption d’un neutron provoque la scission
du noyau en deux fragments, libérant une grande quantité d’énergie et des neutrons supplémentaires.

Example 2.4.4 (Fission de l’uranium-235)

235
92 U + 10 𝑛 −→ 141
56 Ba + 36 Kr + 3 0 𝑛
92 1

Les neutrons libérés peuvent induire de nouvelles fissions, conduisant à une réaction en chaı̂ne.

Note:-
Les neutrons thermiques ont des sections efficaces de fission beaucoup plus élevées. Pour 235 U,
𝜎 𝑓 ≈ 584 b à 0,025 eV (thermique) contre ∼ 1 b à 1 MeV (rapide). C’est pourquoi la modération est essentielle
dans les réacteurs nucléaires thermiques.

2.5 Interaction des particules chargées avec la matière


Les particules chargées (électrons, positrons, protons, particules 𝛼, ions lourds) traversant la matière interagis-
sent continuellement avec les électrons et les noyaux des atomes environnants via la force de Coulomb
:
𝑞1 · 𝑞2
𝐹=𝑘
𝑟2
Contrairement aux photons (interactions discrètes et probabilistes) et aux neutrons (collisions nucléaires), les par-
ticules chargées perdent leur énergie de manière continue à travers des milliers d’interactions électromagnétiques.
Elles sont directement ionisantes.

Deux catégories de particules chargées :


• Particules légères : électrons (𝑒 − ), positrons (𝑒 + ).
• Particules lourdes : protons (𝑝), particules alpha (𝛼), ions lourds.

Mécanismes de perte d’énergie


Trois mécanismes contribuent à la perte d’énergie :

→ 1. Ionisation : une particule chargée exerce une force de Coulomb suffisante pour arracher complètement
un ou plusieurs électrons d’un atome. L’énergie communiquée à l’électron doit dépasser son énergie de liaison.
Chaque événement d’ionisation réduit l’énergie cinétique de la particule incidente. C’est presque toujours le
mécanisme dominant.

L’énergie maximale transférée à un électron (au repos) en une seule collision est :

4 𝑚0 𝑀1
Δ𝐸max = 𝐸1 (2.43)
(𝑚0 + 𝑀1 )2

où 𝑚0 est la masse au repos de l’électron, 𝑀1 la masse de la particule incidente, et 𝐸1 son énergie cinétique.

55
→ 2. Excitation : la particule chargée exerce une force juste suffisante pour promouvoir un électron vers
un niveau d’énergie supérieur (couche), sans l’arracher de l’atome. Comme l’énergie transférée diminue avec la
distance, l’ionisation se produit près du trajet de la particule, tandis que l’excitation se produit plus loin.

→ 3. Bremsstrahlung (rayonnement de freinage) : rayonnement électromagnétique produit lorsqu’une


particule chargée est décélérée en passant près d’un noyau atomique.

• Les particules 𝛼 ne produisent pas de bremsstrahlung significatif — elles suivent des trajectoires rectilignes
et ne sont pas déviées.
• Le bremsstrahlung est quasi exclusivement associé aux électrons (particules 𝛽), car ceux-ci sont facilement
déviés par le champ coulombien nucléaire en raison de leur faible masse.
• La puissance rayonnée varie comme 𝑃brem ∝ 𝑍 2 𝐸/𝑚 2 : les particules lourdes (𝑚 grand) rayonnent de façon
négligeable ; les électrons (𝑚 petit) dans les matériaux de 𝑍 élevé rayonnent de façon significative.

56
Pouvoir d’arrêt (𝑑𝐸/𝑑𝑥)
Definition 2.5.1: Pouvoir d’arrêt

Le pouvoir d’arrêt 𝑑𝐸/𝑑𝑥 représente l’énergie perdue par la particule (et transférée au milieu) par unité
de distance parcourue. Plusieurs mécanismes y contribuent :

𝑑𝐸 𝑑𝐸 𝑑𝐸
     
= + (2.44)
𝑑𝑥 tot
𝑑𝑥 collisions
𝑑𝑥 rayonnement
| {z } | {z }
Ionisation & Excitation Bremsstrahlung

Pour les particules lourdes (𝑝, 𝛼) : les pertes par collision dominent, le bremsstrahlung est négligeable.
Les trajectoires sont rectilignes avec un parcours bien défini. Pour les particules légères (𝑒 ± ) : les
pertes par collision et par rayonnement sont toutes deux importantes à haute énergie. Les trajectoires
sont erratiques avec de grandes déflexions.

La formule de Bethe–Bloch
La formule centrale décrivant les pertes d’énergie par collision des particules chargées lourdes traversant la matière
:

𝑑𝐸 4𝜋𝑒 4 𝑧 2 2𝑚0 𝑣 2
   
− = 𝑁 𝑍 ln − ln(1 − 𝛽 2 ) − 𝛽 2 (2.45)
𝑑𝑥 𝑚0 𝑣 2 𝐼

où :
• 𝑚0 , 𝑒 : masse au repos et charge de l’électron.

• 𝑣, 𝑧 : vitesse et numéro de charge de la particule incidente.


• 𝛽 = 𝑣/𝑐, où 𝑐 est la vitesse de la lumière.
• 𝑁, 𝑍 : densité atomique (atomes/volume) et numéro atomique du milieu cible.
• 𝐼 : énergie moyenne d’excitation du matériau cible (énergie moyenne nécessaire pour ioniser ou exciter un
atome).

57
Signification physique de chaque terme
→ Le facteur multiplicatif 𝑧 2 /𝑣 2 : comportement macroscopique dominant.
• Le facteur 1/𝑣 2 montre que les particules lentes perdent plus d’énergie — elles passent plus de temps
au voisinage de chaque atome.
• Le facteur 𝑧 2 montre que les particules fortement chargées ionisent beaucoup plus que les particules
monochargées (une particule 𝛼 avec 𝑧 = 2 perd ∼ 4× plus d’énergie qu’un proton).
→ Logarithme cinématique ln(2𝑚0 𝑣 2 /𝐼) : compare l’énergie cinétique maximale transférable en une seule
collision (2𝑚0 𝑣 2 ) à l’énergie moyenne réellement nécessaire pour ioniser l’atome (𝐼).

→ Corrections relativistes [− ln(1 − 𝛽 2 ) − 𝛽2 ] : deviennent importantes lorsque 𝑣 → 𝑐.

Comportement en fonction de la vitesse


• À basse vitesse : la perte d’énergie varie en 1/𝛽 2 (augmente fortement lorsque la particule ralentit).
• Particule au minimum d’ionisation (MIP) : atteint à 𝑣 ≃ 0,96𝑐. La perte d’énergie est d’environ 1–2
MeV·cm2 /g.
• À haute vitesse : une remontée logarithmique relativiste est observée, proportionnelle à ln(𝛽𝛾).
• Dépendance au matériau : le pouvoir d’arrêt est proportionnel à la densité électronique du milieu,
c’est-à-dire proportionnel à 𝑍/𝐴.

58
Le pic de Bragg : photons vs. protons
Les profils de dose en profondeur des photons et des protons sont fondamentalement différents, avec des implica-
tions cliniques majeures :

→ Photons (rayons X, 𝛾) :

• Atténuation exponentielle : 𝐼(𝑥) = 𝐼0 𝑒 −𝜇𝑥 .


• Dose maximale près de la surface, décroissante avec la profondeur.
• Certains photons traversent entièrement le patient sans interagir.
→ Protons / ions lourds :

• Perte d’énergie continue via Bethe–Bloch.


• Puisque 𝑑𝐸/𝑑𝑥 ∝ 1/𝑣 2 , lorsque la particule ralentit, elle dépose de plus en plus d’énergie par unité de
longueur.
• Cela produit un maximum aigu de dépôt de dose à la fin du parcours de la particule : le pic de Bragg.

• Quasiment aucune dose n’est délivrée au-delà du pic.

59
Chapter 3

Les Modèles nucléaires

3.1 Introduction
Le noyau atomique contient un nombre potentiellement très grand de nucléons (jusqu’à environ 250). Chaque
nucléon est soumis à trois interactions fondamentales : l’interaction forte, l’interaction faible et l’interaction
électromagnétique. Ces interactions sont imposées par la présence de tous les autres nucléons dans le noyau.
Comprendre la physique nucléaire nécessite donc le recours à des modèles. La validité de ces modèles doit être
vérifiée par confrontation aux données expérimentales. Les modèles les plus performants sont ceux capables de
décrire fidèlement le noyau, de rendre compte des données expérimentales et de prédire de nouveaux résultats.

Ce chapitre est organisé en quatre parties :

1. Le modèle de la goutte liquide.


2. Applications du modèle de la goutte liquide.
3. Le modèle en couches.
4. Applications du modèle en couches.

3.2 Le modèle de la goutte liquide


Présentation générale
Il s’agit du modèle nucléaire le plus simple, qui traite le noyau comme une goutte de liquide. Il conduit à
la formule de masse semi-empirique, également connue sous le nom de formule de Bethe–Weizsäcker.
Cette formule est utilisée pour prédire la masse des noyaux stables dans leur état fondamental. Le modèle a
été proposé par ”C. F. von Weizsäcker” en 1935 puis développé par ”H. Bethe” en 1936 dans ses travaux sur la
structure nucléaire. Il est qualifié de semi-empirique car les termes proviennent d’arguments théoriques, mais
les coefficients sont déterminés expérimentalement. Le modèle est construit étape par étape en ajoutant des
corrections successives.

Hypothèses de base
Note:-

▶ Noyau sphérique : Le noyau est approximé par une sphère dont le volume est proportionnel au nombre
de masse 𝐴 :
4𝜋 3
𝑉= 𝑟 𝐴 =⇒ 𝑅 = 𝑟 0 𝐴 1 /3 (3.1)
3 0

60
▶ Densité nucléaire constante : La matière nucléaire étant incompressible, la densité est :
𝑀(𝐴, 𝑍) 𝐴/𝑁𝐴 1
𝜌= = 4𝜋 3 = 4𝜋
≈ 2,3 × 1014 g/cm3 (3.2)
𝑉 3 𝑟0 𝐴 3 𝑟03 𝑁𝐴

▶ Densité de charge uniforme: La charge électrique est uniformément répartie dans le noyau: les protons
remplissent le volume nucléaire de manière homogène.

▶ Symétrie des forces nucléaires : Les forces nucléaires agissent de manière quasi identique sur les protons
et les neutrons. Si les forces nucléaires étaient les seules interactions, alors 𝐵(𝐴, 𝑍) ↔ 𝐴 et le cas le plus stable
serait 𝑁 = 𝑍.

▶ Courte portée des forces nucléaires : Les interactions nucléaires n’agissent qu’à des distances de
quelques femtomètres.

Construction de la formule : terme de volume


Chaque nucléon n’interagit qu’avec ses plus proches voisins (≈ 5–6 nucléons), et non avec les 𝐴 − 1 autres. En
conséquence, l’énergie de liaison par nucléon 𝐵/𝐴 est à peu près constante:

𝐵
≈ 8 MeV/nucléon (pour 𝐴 ≳ 12) (3.3)
𝐴
Ceci est confirmé expérimentalement par la courbe 𝐵/𝐴 en fonction de 𝐴. L’énergie de liaison totale est donc
simplement proportionnelle au nombre de nucléons 𝐴 (c’est-à-dire proportionnelle au volume nucléaire) :

𝐵𝑣 = 𝑎 𝑣 𝐴 (3.4)

Terme coulombien
→ Pourquoi ce terme est-il nécessaire ? Le terme de volume surestime l’énergie de liaison, car il suppose
que tous les nucléons contribuent de manière égale. Or, les protons sont chargés positivement et se repoussent
mutuellement via la force de Coulomb. Cette répulsion électrostatique réduit l’énergie de liaison totale.
61
Plus le noyau contient de protons, plus la répulsion est forte : les noyaux lourds (𝑍 grand) sont moins liés que
ce que le terme de volume seul prédit. Les neutrons, électriquement neutres, ne contribuent pas à la répulsion
coulombienne. Il faut donc une correction négative à 𝐵𝑣 rendant compte de l’énergie électrostatique emmagasinée
dans une boule de 𝑍 protons.

→ Calcul de l’énergie coulombienne d’une sphère uniformément chargée. On construit la sphère couche
par couche, en amenant de la charge depuis l’infini. On suppose avoir déjà construit une sphère de rayon 𝑟. On
amène ensuite une coquille mince d’épaisseur 𝑑𝑟 et de charge 𝑑𝑞 depuis l’infini pour la placer à la surface. La
densité de charge 𝜌 est constante :
𝑄 𝑄
𝜌= = 4 (3.5)
3 𝜋𝑅
Vol 3

Étape 1 : Le potentiel électrique à la surface de la sphère interne (rayon 𝑟) :

1 𝑞(𝑟) 4 3
𝑉(𝑟) = où 𝑞(𝑟) = 𝜋𝑟 𝜌 (3.6)
4𝜋𝜀0 𝑟 3

Étape 2 : Le travail pour amener la nouvelle coquille 𝑑𝑞 depuis l’infini :

𝑑𝑊 = 𝑉(𝑟) · 𝑑𝑞 où 𝑑𝑞 = 4𝜋𝑟 2 𝜌 𝑑𝑟 (3.7)

Étape 3 : En substituant :
3 𝜋𝑟 𝜌
4 3
1 4𝜋𝜌2 4
𝑑𝑊 = · 4𝜋𝑟 2 𝜌 𝑑𝑟 = 𝑟 𝑑𝑟 (3.8)
4𝜋𝜀0 𝑟 3𝜀0
Étape 4 : En intégrant de 𝑟 = 0 à 𝑟 = 𝑅 :
𝑅
4𝜋𝜌2 4 3 𝑄2

𝐸coul = 𝑟 𝑑𝑟 = (3.9)
0 3𝜀0 5 4𝜋𝜀0 𝑅

→ Passage de la physique classique à la physique nucléaire : deux corrections sont nécessaires.

1. Correction de charge discrète : La formule classique utilise 𝑄 2 = (𝑍𝑒)2 ∝ 𝑍 2 . Mais 𝑍 2 inclut


l’interaction de chaque proton avec lui-même, ce qui est non physique. On remplace donc 𝑍 2 par le nombre
de paires uniques de protons : 𝑍 2 → 𝑍(𝑍 − 1).
62
2. Substitution du rayon nucléaire : 𝑅 = 𝑟0 𝐴1/3 avec 𝑟0 ≈ 1,2 fm.
Résultat final , la correction coulombienne à l’énergie de liaison (négative, car la répulsion réduit la liaison) :
𝑍(𝑍 − 1)
𝐵 ≈ 𝑎𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑐 (3.10)
𝐴1/3
Ce terme explique pourquoi les noyaux lourds (𝑍 grand) sont moins stables : la répulsion coulombienne croı̂t
comme ∼ 𝑍 2 alors que la liaison nucléaire ne croı̂t que comme ∼ 𝐴.

Terme de surface
→ Pourquoi ce terme est-il nécessaire ? Le terme de volume surestime à nouveau l’énergie de liaison, car
il suppose que chaque nucléon possède le même nombre de voisins. Or, cela n’est vrai que pour les nucléons
situés au cœur du noyau. Les nucléons à la surface ont moins de voisins (environ la moitié) et sont donc moins
fortement liés. Ce déficit de voisins réduit l’énergie de liaison totale. L’effet est maximal pour les noyaux
légers, où la plupart des nucléons se trouvent près de la surface (rapport surface/volume élevé). Il faut donc une
correction négative proportionnelle à l’aire de la surface, et non au volume.

Étape 1 : Le nombre de nucléons de surface est proportionnel à la surface : 𝑆 = 4𝜋𝑅 2 .


Étape 2 : En substituant le rayon nucléaire 𝑅 = 𝑟0 𝐴1/3 : 𝑆 = 4𝜋𝑟02 𝐴2/3 ∝ 𝐴2/3 .
Étape 3 : La correction de surface à l’énergie de liaison :

𝐵 𝑠 = −𝑎 𝑠 𝐴2/3 (3.11)

Le signe négatif signifie que ce terme réduit l’énergie de liaison. À ce stade :


𝑍(𝑍 − 1)
𝐵 ≈ 𝑎 𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴2/3 − 𝑎 𝑐 −... (3.12)
|{z} | {z } 𝐴1/3
Volume Surface
| {z }
Coulomb

Terme d’asymétrie
→ Observations expérimentales : Pour les noyaux légers (𝐴 ≲ 40), les isobares les plus stables ont 𝑁 ≈ 𝑍
6 C avec 𝑁 = 𝑍 = 6). Pour les noyaux lourds (𝐴 > 40), le nombre de neutrons devient significative-
(exemples : 12
26 Fe). La vallée de stabilité s’écarte de la droite 𝑁 = 𝑍 lorsque 𝐴 augmente. Notre
ment plus grand (exemples : 56
63
formule jusqu’ici (𝐵𝑣 + 𝐵 𝑠 + 𝐵 𝑐 ) ne rend pas compte de cette asymétrie neutron–proton. Un nouveau terme est
nécessaire.

→ Pourquoi s’écarter de 𝑁 = 𝑍 coûte-t-il de l’énergie ? Cela s’explique par le principe d’exclusion de


Pauli : deux nucléons identiques ne peuvent pas occuper le même état quantique.
Exemple : Comparons deux isobares avec 𝐴 = 36 :

• 36
18 Ar : 𝑁 = 𝑍 = 18. Les niveaux de protons et de neutrons sont remplis de manière égale jusqu’à la même
énergie. Configuration la plus efficace.
• 36
16 S: 𝑍 = 16, 𝑁 = 20. Pour passer de l’Ar au S, on convertit 2 protons en neutrons. Mais les niveaux de
neutrons jusqu’à 𝑁 = 18 sont déjà pleins. Les 2 nouveaux neutrons doivent occuper des niveaux d’énergie
supérieure. Pendant ce temps, 2 niveaux de protons de basse énergie sont vides , gaspillés.

Résultat : énergie totale plus élevée ⇒ moins lié ⇒ moins stable.

→ Formulation : On définit le paramètre d’asymétrie 𝑥 = (𝑁 − 𝑍)/𝐴. Pour 𝑥 = 0 (symétrique, 𝑁 = 𝑍), la


liaison est maximale. En développant 𝐵(𝑥) autour de 𝑥 = 0 :

¯ ¯ 𝑥 2 ¯ ′′
𝐵(𝑥) = 𝐵(0) + 𝑥 𝐵¯ ′(0) + 𝐵 (0) + . . . (3.13)
| {z } 2
=0 (maximum)

La pénalité dépend de 𝑥 2 , et non de 𝑥 : elle pénalise aussi bien 𝑁 > 𝑍 que 𝑁 < 𝑍. En effet, les deux directions
coûtent la même énergie , le carré garantit que la pénalité est toujours positive. En pratique, on n’observe presque
jamais 𝑁 < 𝑍 dans les noyaux stables (sauf 1 H, 3 He), car 𝑁 < 𝑍 est pénalisé à la fois par l’asymétrie et par la
répulsion coulombienne.
Expression finale :
(𝑁 − 𝑍)2
𝐵 𝑎 = −𝑎 𝑎 𝑎 𝑎 ≈ 23 MeV (3.14)
𝐴

64
Terme d’appariement
→ Pourquoi les noyaux pair–pair sont-ils plus stables ?
Parmi les ≃ 250 noyaux stables observés dans la nature :
Type 𝑍, 𝑁 Noyaux stables
Pair–Pair 𝑍 pair, 𝑁 pair ≃ 167
Pair–Impair 𝑍 pair, 𝑁 impair ≃ 57
Impair–Pair 𝑍 impair, 𝑁 pair ≃ 53
Impair–Impair 𝑍 impair, 𝑁 impair ≃ 4 seulement !

Les nucléons préfèrent former des paires à spins opposés (↑↓) dans le même état spatial. Un nucléon apparié
se trouve dans un état d’énergie plus bas (plus lié). Un nucléon non apparié n’a pas de partenaire (moins lié).

→ Formulation : La correction d’appariement 𝛿 :

 +𝑎 𝑝 𝐴

 −3/4 Pair–Pair : tous les nucléons sont appariés


𝛿= 0 𝐴 impair : un nucléon non apparié (3.15)
 −𝑎 𝑝 𝐴−3/4 Impair–Impair : deux nucléons non appariés



Signification physique :
• Pair–Pair : bonus +𝛿 → stabilité supplémentaire (tous appariés).
• 𝐴 impair : pas de correction (un non apparié, inévitable).
• Impair–Impair : pénalité −𝛿 → stabilité réduite (deux nucléons non appariés).
Le facteur 𝐴−3/4 (Empirique) signifie que l’appariement est le plus important pour les noyaux légers et s’affaiblit
lorsque 𝐴 augmente.

Au-delà de la goutte liquide : effets de couches


→ Le problème : La formule de Bethe–Weizsäcker prédit une évolution lisse de l’énergie de liaison avec 𝐴.
Or, l’expérience montre des sauts brusques systématiques dans l’énergie de séparation du neutron 𝑆𝑛 à des
nombres spécifiques de neutrons ou de protons :
2, 8, 20, 28, 50, 82, 126 (3.16)
65
Ce sont les nombres magiques.

Que se passe-t-il aux nombres magiques ?


• Stabilité supplémentaire : énergie de liaison plus élevée que celle des voisins.

• Plus abondants dans la nature (exemples : 16 40 208


8 O, 20 Ca, 82 Pb , noyaux doublement magiques).
Ces fluctuations sont dues à des effets de couches microscopiques (quantiques).

La formule complète de Bethe–Weizsäcker


Definition 3.2.1: Formule de Bethe–Weizsäcker

𝑍(𝑍 − 1) (𝑁 − 𝑍)2
𝐵(𝐴, 𝑍) = 𝑎 𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴2/3 − 𝑎 𝑐 − 𝑎 𝑎 +𝛿 (3.17)
𝐴1/3 𝐴

66
3.3 Applications du modèle de la goutte liquide
Application 1 : Détermination des rayons nucléaires

→ Objectif : Déterminer la constante 𝑟0 dans la formule du rayon nucléaire 𝑅 = 𝑟0 𝐴1/3 .


→ Méthode : Utiliser le coefficient de l’énergie coulombienne 𝑎 𝑐 issu de la formule semi-empirique de
masse de Bethe-Weizsäcker.
→ Outil : Les noyaux miroirs. Ce sont des paires d’isobares où le nombre de protons 𝑍 et de neutrons
𝑁 sont interchangés : 𝑍1 = 𝑁2 et 𝑁1 = 𝑍2 .

Exemples de paires miroirs : (31 H, 32 He), (73 Li, 74 Be), (11


5 B,
11 15 15
6 C), (7 N, 8 O).

→ 1. Calcul et démonstration de la différence d’énergie de liaison Δ𝐵 :


D’après la formule de Bethe-Weizsäcker, les énergies de liaison s’écrivent :

𝑍(𝑍 − 1) (𝐴 − 2𝑍)2
𝐵(𝐴, 𝑍) = 𝑎 𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴2/3 − 𝑎 𝑐 − 𝑎 𝑎 ±𝛿+𝜂 (3.18)
𝐴 1 /3 𝐴
pour le noyau 𝑋 de charge 𝑍, et :

(𝐴 − 𝑍)(𝐴 − 𝑍 − 1) (𝐴 − 2(𝐴 − 𝑍))2


𝐵(𝐴, 𝐴 − 𝑍) = 𝑎 𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴2/3 − 𝑎 𝑐 − 𝑎𝑎 ±𝛿+𝜂 (3.19)
𝐴 1/ 3 𝐴
pour le noyau miroir 𝑌 de charge 𝐴 − 𝑍.
Lors de la soustraction pour calculer Δ𝐵, les termes de volume, de surface, d’asymétrie (car (𝐴 − 2(𝐴 − 𝑍))2 =
(2𝑍 − 𝐴)2 = (𝐴 − 2𝑍)2 ) et d’appariement s’annulent rigoureusement (car 𝐴 est identique pour les deux isobares
et la parité globale pair/impair est conservée). La différence Δ𝐵 ne dépend alors que du terme coulombien :

Δ𝐵 = 𝐵(𝐴, 𝑍) − 𝐵(𝐴, 𝐴 − 𝑍)
𝑍(𝑍 − 1) (𝐴 − 𝑍)(𝐴 − 𝑍 − 1)
   
= −𝑎 𝑐 − −𝑎 𝑐
𝐴 1 / 3 𝐴1/3
𝑎𝑐 h i
= 1/3 (𝐴 − 𝑍)(𝐴 − 𝑍 − 1) − 𝑍(𝑍 − 1)
𝐴
Développons le numérateur de cette expression :

(𝐴 − 𝑍)(𝐴 − 𝑍 − 1) − 𝑍(𝑍 − 1) = (𝐴2 − 𝐴𝑍 − 𝐴 − 𝑍𝐴 + 𝑍 2 + 𝑍) − (𝑍 2 − 𝑍)


= 𝐴2 − 2𝐴𝑍 − 𝐴 + 2𝑍
= 𝐴(𝐴 − 2𝑍) − 1(𝐴 − 2𝑍)
= (𝐴 − 1)(𝐴 − 2𝑍)

L’expression exacte de la différence d’énergie est donc :

(𝐴 − 1)(𝐴 − 2𝑍)
Δ𝐵 = 𝑎 𝑐 (3.20)
𝐴1/3
Pour des noyaux suffisamment lourds (𝐴 ≫ 1), on peut faire l’approximation 𝐴 − 1 ≈ 𝐴, ce qui donne :

𝐴(𝐴 − 2𝑍)
Δ𝐵 ≈ 𝑎 𝑐 = 𝑎 𝑐 (𝐴 − 2𝑍)𝐴2/3 (3.21)
𝐴1/3
On retient donc la formule finale encadrée :

Δ𝐵 = 𝐵(𝐴, 𝑍) − 𝐵(𝐴, 𝐴 − 𝑍) ≈ 𝑎 𝑐 (𝐴 − 2𝑍)𝐴2/3 (3.22)

67
→ 2. Lien physique entre 𝑎 𝑐 et 𝑟0 :
Dans le modèle de la goutte liquide, le noyau est assimilé à une sphère uniformément chargée de rayon 𝑅 = 𝑟0 𝐴1/3 .
L’énergie électrostatique classique pour assembler une telle sphère de charge 𝑍𝑒 correspond au terme coulombien.
Par identification, on établit la relation :
3 𝑒2
𝑎𝑐 = (3.23)
5 4𝜋𝜖0 𝑟0
Ainsi, la mesure de Δ𝐵 permet de calculer 𝑎 𝑐 , dont on déduit la constante fondamentale 𝑟0 :

3 𝑒2 1
𝑟0 = (3.24)
5 4𝜋𝜖 0 𝑎 𝑐

→ 3. Résultats expérimentaux (pour 𝐴 − 2𝑍 = 1) :

Noyaux (𝑋/𝑌) 𝐴 𝐵(𝑋) (MeV) 𝐵(𝑌) (MeV) Δ𝐵 (MeV) 𝑎 𝑐 (MeV) 𝑟0 (fm)


15
N − 15 O 15 115,49 111,95 3,54 0,582 1,48
23
Na − 23 Mg 23 186,56 181,72 4,84 0,598 1,44
31
P − 31 S 31 262,92 256,69 6,23 0,631 1,37
37
Ar − 37 K 37 315,51 308,59 6,92 0,623 1,39

Conclusion : Les valeurs obtenues pour 𝑟0 oscillent autour d’une valeur moyenne, confirmant l’hypothèse de
l’incompressibilité de la matière nucléaire (la densité nucléaire est approximativement constante, avec 𝑟0 ≈
1, 2 à 1, 4 fm).

68
Application 2 : Bilan énergétique des réactions nucléaires

→ Objectif : Calculer l’énergie libérée (𝐸 𝑓 ) lors de la fission spontanée d’un noyau lourd, en utilisant le
modèle de la goutte liquide.
→ Méthode : Évaluer la différence d’énergie de liaison globale entre le noyau père et les fragments de
fission.

→ 1. Bilan énergétique général :


Une réaction de fission spontanée se traduit par la scission d’un noyau père en deux fragments plus légers de
masses comparables :
𝐴 𝐴1 𝐴2
𝑍 X −→ 𝑍1 Y + 𝑍2 Y
Démonstration de l’expression de l’énergie libérée :
L’énergie libérée 𝐸 𝑓 (ou valeur 𝑄) correspond à la différence de masse entre l’état initial et l’état final, multipliée
par 𝑐 2 :
𝐸 𝑓 = [𝑀(𝐴, 𝑍) − (𝑀(𝐴1 , 𝑍1 ) + 𝑀(𝐴2 , 𝑍2 ))] 𝑐 2
On rappelle que la masse d’un noyau s’exprime en fonction de son énergie de liaison 𝐵 par la relation :

𝑀(𝐴, 𝑍)𝑐 2 = 𝑍𝑚 𝑝 + (𝐴 − 𝑍)𝑚𝑛 𝑐 2 − 𝐵(𝐴, 𝑍)


 

En substituant les masses par cette expression dans le bilan énergétique, on obtient :
h i
𝐸 𝑓 = 𝑍𝑚 𝑝 𝑐 2 + (𝐴 − 𝑍)𝑚𝑛 𝑐 2 − 𝐵(𝐴, 𝑍)
h i
− 𝑍1 𝑚 𝑝 𝑐 2 + (𝐴1 − 𝑍1 )𝑚𝑛 𝑐 2 − 𝐵(𝐴1 , 𝑍1 )
h i
− 𝑍2 𝑚 𝑝 𝑐 2 + (𝐴2 − 𝑍2 )𝑚𝑛 𝑐 2 − 𝐵(𝐴2 , 𝑍2 )

On regroupe ensuite les termes. Sachant que lors d’une réaction nucléaire, le nombre de nucléons se conserve
(𝑍 = 𝑍1 + 𝑍2 et 𝐴 = 𝐴1 + 𝐴2 ), les masses des nucléons isolés s’annulent parfaitement :

𝐸 𝑓 = (𝑍 − 𝑍1 − 𝑍2 ) 𝑚 𝑝 𝑐 2 + ((𝐴 − 𝑍) − (𝐴1 − 𝑍1 ) − (𝐴2 − 𝑍2 )) 𝑚𝑛 𝑐 2


| {z } | {z }
0 0
− 𝐵(𝐴, 𝑍) + 𝐵(𝐴1 , 𝑍1 ) + 𝐵(𝐴2 , 𝑍2 )

On retient donc la relation fondamentale en fonction des énergies de liaison :

𝐸 𝑓 = 𝐵(𝐴1 , 𝑍1 ) + 𝐵(𝐴2 , 𝑍2 ) − 𝐵(𝐴, 𝑍) (3.25)

→ 2. Cas de la fission symétrique :


Pour simplifier le modèle, on étudie une scission symétrique où le noyau père se sépare en deux fragments identiques
: 𝐴1 ≈ 𝐴2 ≈ 𝐴/2 et 𝑍1 ≈ 𝑍2 ≈ 𝑍/2. La formule de l’énergie libérée devient alors :

𝐸 𝑓 ≈ 2𝐵(𝐴/2, 𝑍/2) − 𝐵(𝐴, 𝑍) (3.26)

→ 3. Démonstration avec la formule de Bethe-Weizsäcker :


En utilisant la formule de Bethe-Weizsäcker pour 𝐵(𝐴/2, 𝑍/2) et 𝐵(𝐴, 𝑍), on trouve pour 𝐸 𝑓 la relation suivante
en développant et regroupant tous les termes :

69
"   2/3 #
𝐴 𝐴
 
(𝑍/2)2 (𝐴/2 − 2𝑍/2)2
𝐸 𝑓 = 2 𝑎𝑣 − 𝑎𝑠 − 𝑎𝑐 − 𝑎 𝑎
2 2 (𝐴/2)1/3 𝐴/2
𝑍2
 
2/3 (𝐴 − 2𝑍)2
− 𝑎𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴 − 𝑎 𝑐 1/3 − 𝑎 𝑎
𝐴 𝐴

  𝑍2   𝑎 h
𝑎
i
= 𝑎 𝑠 𝐴2/3 1 − 2 · 2−2/3 + 𝑎 𝑐 1 − 2 · 2−2
· 21/3
+ (𝐴 − 2𝑍)2
− 4(𝐴/2 − 𝑍)2
𝐴1/3 𝐴
| {z }
0

𝑍2
= 𝑎 𝑠 𝐴2/3 (1 − 21/3 ) + 𝑎 𝑐 (1 − 2−2/3 ) (3.27)
𝐴 1 /3

→ 4. Application Numérique (Fission de l’Uranium 238) :


Si on prend 𝑎 𝑠 = 17, 23 MeV et 𝑎 𝑐 = 0, 72 MeV, on obtiendra pour le noyau 238
92 U :

𝐸 𝑓 ≈ 191, 24 MeV

Remarque (Correction d’appariement) :


L’uranium 23892 U étant un noyau pair-pair, on a 𝛿 ≠ 0, et les fragments sont des noyaux pair-impair (ex:
119
46 Pd),
c’est-à-dire 𝛿 = 0. Alors, l’énergie de fission d’un noyau d’uranium sera :

𝐸 𝑓 = 191, 24 − 𝛿 = 191, 24 − 12(238)−1/2 = 190, 45 MeV

70
3.4 Le modèle en couches
3.5 Applications du modèle en couches

71

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