Nuclear Course (1)
Nuclear Course (1)
1
Chapter 1
Caractéristiques fondamentales du
noyau atomique
Avançons jusqu’au 16e siècle, où les pratiques mystiques de l’alchimie ont commencé à évoluer vers la chimie mod-
erne. Cette période a jeté les bases d’une étude systématique et scientifique des substances et de leurs réactions.
Au 17e siècle, John Dalton a révolutionné notre compréhension avec sa théorie atomique, imaginant les atomes
comme des sphères solides. S’appuyant sur cela, la découverte de l’électron par J.J. Thomson a conduit à un
nouveau modèle où l’atome était envisagé comme une sphère chargée positivement avec des électrons incrustés à
l’intérieur.
Puis vint un moment révolutionnaire en 1911, lorsque l’expérience de la feuille d’or d’Ernest Rutherford a dévoilé
la présence d’un noyau minuscule et dense au centre de l’atome, entouré d’électrons. Cette découverte a remodelé
le modèle atomique une fois de plus. Les années 1920 ont marqué le début de la mécanique quantique. Des scien-
tifiques comme Schrödinger et Heisenberg ont introduit des modèles décrivant les électrons comme existant dans
un nuage de probabilités autour du noyau, ajoutant une nouvelle couche de profondeur à notre compréhension de
la structure atomique.
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• 1895 - Wilhelm Conrad Rontgen - Rayons X
La découverte accidentelle et le dispositif expérimental
En 1895, Wilhelm Conrad Röntgen fit une découverte accidentelle mais révolutionnaire alors qu’il expérimentait
avec l’électricité dans des tubes à vide, connus sous le nom de tubes de Crookes. Ce dispositif consistait
en un tube partiellement vidé d’air contenant deux électrodes, conçu pour étudier les rayons cathodiques
(un flux d’électrons). Afin d’isoler son expérience et de bloquer toute lumière visible ou ultraviolette,
Röntgen avait pris la précaution de recouvrir le tube d’une gaine en carton noir. Malgré ce blindage, il
remarqua qu’un écran fluorescent au platinocyanure de baryum, placé à proximité, se mettait à briller
dans l’obscurité du laboratoire.
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Wilhelm Conrad Röntgen - X rays (1895)
Röntgen asked his wife to be the subject. The setup was simple but uncomfortable by modern standards,
Anna had to keep her hand perfectly still for 15 minutes (photographic plate).
• If Dalton was right and atoms are ”solid, indivisible balls,” how can
these rays fly right through a human hand?
• Implication: Atoms must be mostly empty space or transparent to
high energy. The ”Solid Sphere” model is failing.
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Résultats clés : Les expériences ont révélé que les rayons n’étaient pas des ondes, mais qu’ils étaient
composés de particules chargées négativement, que Thomson appelait à l’époque des corpuscules . En
analysant leur trajectoire, il a réussi à calculer le rapport charge/masse (𝑒/𝑚) de ces particules, obtenant
une valeur précise d’environ 1, 76 × 1011 C/kg.
Une conclusion fondamentale: Cette mesure a conduit à une conclusion révolutionnaire : ces particules
étaient environ 1800 fois plus légères que l’atome d’hydrogène, qui était jusqu’alors considéré comme la
plus petite unité de matière possible. Thomson a ainsi prouvé que l’atome était divisible et a identifié
l’électron comme une particule subatomique fondamentale, universellement présente dans la matière.
soleil) pourraient également émettre des rayons X. Pour vérifier cette théorie, il utilisa des sels d’uranium
luminescents qu’il exposait au soleil, avant de les placer sur des plaques photographiques soigneusement
enveloppées de papier noir afin de bloquer toute lumière visible.
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• 1898 - Marie Curie - La nature atomique de la radioactivité
Une approche quantitative et précise: Contrairement à Becquerel qui utilisait des plaques pho-
tographiques, Marie Curie a adopté une approche rigoureusement quantitative en mesurant l’intensité ex-
acte du rayonnement. Pour ce faire, elle a utilisé un instrument très sensible, l’électromètre piézoélectrique
(inventé par son mari Pierre Curie), qui permettait de mesurer les faibles courants électriques provoqués
par l’ionisation de l’air ambiant.
Une propriété atomique fondamentale: Ses observations ont conduit à une découverte majeure :
l’intensité du rayonnement dépendait exclusivement de la quantité d’uranium présente, sans être influencée
par l’état chimique (composé pur ou mélange) ou les conditions physiques (température, lumière). Cette
constatation lui a permis de conclure que la radioactivité n’était pas une interaction chimique, mais bien
une propriété atomique intrinsèque, liée à la structure même de l’atome.
L’énigme du minerai d’uranium: En étudiant le minerai d’uranium naturel (oxyde d’uranium mélangé
à des impuretés rocheuses), Marie Curie s’est heurtée à une énigme. Logiquement, ce minerai impur aurait
dû être moins radioactif que l’uranium pur. Or, la réalité contredisait cette attente : le minerai se révélait
être quatre fois plus radioactif que l’uranium isolé.
Figure 1.5: Comparaison entre l’uranium pur (à gauche) et le minerai d’uranium brut (à droite).
La découverte du Polonium et du Radium: Marie Curie en déduisit que l’uranium seul ne pouvait
expliquer cette intensité et qu’un nouvel élément inconnu devait se cacher à l’intérieur du minerai. Après
avoir traité des tonnes de matière, elle réussit à isoler deux nouveaux éléments aux propriétés extraor-
dinaires : le Polonium (Po), environ 400 fois plus radioactif que l’uranium, et le Radium (Ra), dont la
radioactivité est approximativement un million de fois supérieure à celle de l’uranium.
L’observation : trois trajectoires distinctes: L’expérience a révélé que le faisceau unique d’origine
se scindait en trois trajectoires distinctes, permettant de classifier les rayonnements selon leur charge et
leur masse :
6
Figure 1.6: Séparation des rayonnements alpha, bêta et gamma par un champ magnétique
→ Les particules Alpha (𝛼) : Elles ont été légèrement déviées d’un côté, ce qui indique qu’elles portent
une charge positive (+). Leur faible courbure s’explique par leur masse élevée (inertie importante).
→ Les particules Bêta (𝛽) : Elles ont été fortement déviées dans la direction opposée, révélant une
charge négative (-). Cette forte déviation est due à leur très faible masse, ce qui les rend faciles à courber.
→ Les rayons Gamma (𝛾) : Ils n’ont subi aucune déviation et ont traversé le champ magnétique en
ligne droite. Cela démontre qu’ils sont électriquement neutres (charge 0).
The Concept:
• Since atoms are electrically neutral but contain
negative electrons, there must be a source of
positive charge.
• Thomson proposed that the atom is a sphere of
uniform positive charge.
Structure:
• Positive ”Pudding”: The bulk of the atom (di!use
positive charge).
• Negative ”Plums”: Electrons embedded within this
sphere to neutralize the charge.
”Plum Pudding” Model
Figure 1.7: Modèle du Plum Pudding : électrons négatifs incrustés dans une sphère positive 20
7
• 1911 - Ernest Rutherford - L’expérience de la feuille d’or
Le dispositif et l’attente théorique: En 1911, Ernest Rutherford, assisté de Hans Geiger et Ernest
Marsden, a réalisé une expérience historique en bombardant une très fine feuille d’or (d’une épaisseur de
0, 4 𝜇𝑚) avec des particules alpha énergétiques. Selon le modèle de Thomson alors en vigueur, qui décrivait
l’atome comme un pudding mou de charge positive, on s’attendait à ce que les lourdes particules alpha
traversent la feuille avec seulement d’infimes déviations.
Figure 1.8: Illustration de l’expérience de la feuille d’or. À gauche : le dispositif expérimental comprenant la
source alpha, la feuille d’or et l’écran scintillant. À droite : schéma microscopique montrant la trajectoire des
particules alpha déviées par la répulsion électrostatique des noyaux atomiques.
Une observation stupéfiante: Les résultats ont contredit toutes les attentes. Si 99% des particules
ont traversé la feuille en ligne droite, une petite fraction (environ 1 sur 8000) a été déviée selon un
angle important (supérieur à 90◦ ), certaines rebondissant même directement vers l’arrière. Rutherford a
célèbrement comparé cet événement à l’improbabilité de tirer un obus de 15 pouces sur du papier de soie
et de le voir revenir vous frapper .
La découverte du noyau et le modèle planétaire: Rutherford a interprété ces données pour formuler
trois conclusions majeures. Premièrement, puisque la majorité des particules passent sans encombre,
l’atome est constitué principalement de vide. Deuxièmement, le rebond violent de certaines particules
prouve l’existence d’une région centrale massive et chargée positivement. Enfin, la rareté de ces impacts
(1/8000) indique que ce noyau est extrêmement petit par rapport à l’atome entier. Cela a donné
naissance au modèle planétaire , où les électrons orbitent à grande distance autour d’un noyau minuscule
et dense, à la manière des planètes autour du Soleil.
Cette frise historique résume l’évolution spectaculaire de la pensée scientifique concernant la structure de la
matière. Depuis les premières intuitions philosophiques de l’Antiquité jusqu’aux preuves expérimentales du XXe
siècle, chaque date marque une rupture décisive avec les modèles précédents.
Ces jalons - de la théorie atomique de Dalton à la découverte du noyau par Rutherford, en passant par la
révolution quantique des années 1920 - constituent les piliers de la physique nucléaire moderne. L’identification
du neutron en 1932 par Chadwick vient compléter ce tableau, ouvrant la voie à l’ère des accélérateurs de particules
et permettant une exploration toujours plus profonde des mystères du noyau atomique.
8
Ancient Modern Atomic Quantum
Philosophies Theory Mechanics
Democritus' atomos Dalton’s Atomic Theory and
Schrödinger and Heisenberg’s
and Aristotle's four the discovery of the electron
quantum models
elements of nature by Thomson
9
1.3 Caractéristiques du noyau atomique
L’atome est l’élément constitutif de base de la matière qui nous entoure. Il est constitué d’un noyau central
entouré d’électrons. La masse du noyau représente 99,95% de la masse totale de l’atome. Le noyau est composé
de nucléons, qui incluent les protons et les neutrons, maintenus ensemble par la force nucléaire.
En termes de dimensions spatiales, l’atome entier s’étend sur environ 10−10 m, alors que le noyau est confiné dans
une région beaucoup plus petite de l’ordre de 10−15 m.
-
- Electrons
negatively charged particles
-
+
+ Protons
+
+ positively charged particles
-
Neutrons
particles with no charge
Figure 1.9: Représentation schématique de l’atome (noyau et électrons) et échelles de grandeur (10−15 m vs 10−10
m)
Les propriétés fondamentales des particules subatomiques - l’électron, le proton et le neutron - sont détaillées
ci-dessous. On note une différence importante de stabilité : alors que l’électron et le proton sont stables, le
neutron libre possède une durée de vie limitée à 880 secondes.
𝑚(12 C)
1 u.m.a = ≈ 𝑚𝑝 ≈ 𝑚𝑛
12
Dérivation via le concept de mole: Pour déterminer la valeur numérique de cette unité, on se base sur le
concept de mole. Sachant qu’une mole de 12 C a une masse de 12 g et contient le nombre d’Avogadro (𝑁𝑎𝑣𝑜 )
d’atomes, on peut calculer la masse d’un atome unique :
1 1 12 g 1g
1 u.m.a = × 𝑚(12 C) = × = ≈ 1, 66 × 10−24 g
12 12 𝑁𝑎𝑣𝑜 𝑁𝑎𝑣𝑜
10
Équivalence masse-énergie: En physique nucléaire, il est usuel d’exprimer la masse en unités d’énergie. En
appliquant la relation d’Einstein (𝐸 = 𝑚𝑐 2 ) à la masse en kilogrammes (1, 66 × 10−27 kg), on obtient une énergie
d’environ 1, 49 × 10−10 J. En divisant cette valeur par la charge élémentaire 𝑒, on aboutit à l’équivalence standard
utilisée dans les calculs nucléaires :
1, 49 × 10−10 J
1 u.m.a = ≈ 931, 5 MeV/𝑐 2
1, 6 × 10−19 C
Definition 1.3.1: Atomic Mass Unit (u)
𝑚(12 C)
1u = ≈ 1.66 × 10−27 kg.
12
Using 𝐸 = 𝑚𝑐 2 , one obtains the standard conversion:
1 u ≈ 931.5 MeV/𝑐 2 .
Au niveau du noyau, la force nucléaire forte entre en jeu. C’est la force la plus puissante de la nature, responsable
de la liaison entre les protons et les neutrons (les nucléons). Son intensité est essentielle car elle doit surmonter
la forte répulsion électromagnétique naturelle qui s’exerce entre les protons chargés positivement.
L’analyse des potentiels d’interaction révèle la complexité de ces forces en fonction de la distance interatomique
Structure of the Atom: Interaction inside the atom
(𝑟). La force nucléaire forte se caractérise par une portée très courte : elle devient extrêmement répulsive à très
courte distance (inférieure à 0,5 fm), empêchant l’effondrement du noyau, et devient attractive à des distances
nucléaires typiques
Electrostatic (jusqu’à
Force: 3,0 fm).between
Interaction La position d’équilibre
charged correspond
particles; au point or
can be attractive où repulsive.
la force résultante est nulle,
assurant la cohésion du noyau.
Strong Nuclear Force: Binds protons and neutrons in the nucleus; strongest force.
38 / 124
Figure 1.10: Diagramme des forces en fonction de la distance : comparaison entre la répulsion électrostatique
(longue portée) et l’interaction nucléaire forte (courte portée, attractive puis répulsive).
11
Example 1.3.1 (Interactions internes)
Au sein des distances infimes du noyau, la force nucléaire forte surpasse la répulsion électromagnétique
entre les protons, assurant ainsi la stabilité du noyau. Une comparaison des énergies en jeu dans un atome
d’hélium (42 He) illustre cette hiérarchie des forces.
• Répulsion électrostatique : Entre deux protons, la force électrostatique correspond à une énergie
d’environ 1 MeV.
• Attraction nucléaire : La force nucléaire forte qui lie les nucléons (protons et neutrons) est
beaucoup plus intense, représentant une énergie d’environ 28 MeV.
he most balanced
atomic number,
dioactive.
more neutrons than
the valley upward in
45 / 124
Figure 1.11: Diagramme de Segrè illustrant la vallée de stabilité. L’axe horizontal représente le nombre de protons
(𝑍) et l’axe vertical le nombre de neutrons (𝑁). Les noyaux stables forment une bande noire centrale.
12
Les noyaux situés sur ou à proximité immédiate de cette vallée bénéficient du rapport protons/neutrons le
plus équilibré pour leur numéro atomique, ce qui leur confère une stabilité ou une très faible radioactivité. Un
phénomène notable apparaı̂t avec l’augmentation de la masse : les éléments lourds nécessitent progressivement
davantage de neutrons que de protons pour maintenir leur cohésion. Cette exigence déplace la vallée vers le haut,
s’écartant de la ligne de symétrie 𝑁 = 𝑍 à mesure que 𝑍 augmente.
On suppose le noyau sphérique et que son volume est proportionnel au nombre de nucléons :
𝑉 ∝ 𝐴.
ts ground state
gnitude of the
ncompressible
saturation
Figure 1.12: Variation linéaire du rayon nucléaire (en fm) en fonction de 𝐴1/3
1/3
pour différents noyaux.
Figure: Nuclear radius (fm) vs A
13
Le défaut de masse est donné par la différence entre la masse des nucléons isolés et celle du noyau :
1. Concept & Mass Defect
𝐴
• Definition: The binding energy (B) isΔ𝑚 the=energy 𝑁 𝑚𝑛 ) − 𝑚(
(𝑍𝑚 𝑝 +required 𝑋)
to 𝑍dissociate a nucleus into its constituent
free Selon
nucleons (protons
le principe and neutrons).
d’équivalence masse-énergie d’Einstein, cette masse manquante est convertie en énergie
• Experimental data
pour assurer reveals du
la cohésion that the mass
noyau : of a nucleus is always less than the sum of the masses of its
constituents: m(AZ X) < Zmp + Nmn 𝐴 𝐴
𝐵(𝑍 𝑋) = [𝑍𝑚 𝑝 + 𝑁 𝑚𝑛 − 𝑚(𝑍 𝑋)]𝑐 2
• This di!erence is known as the Mass Defect (”m): ”m = (Zmp + Nmn ) → m(AZ X)
55 / 124
Figure 1.13: Illustration du défaut de masse : la masse des nucléons séparés est supérieure à celle du noyau formé.
Plus cette énergie de liaison est élevée, plus le noyau est stable. En pratique, les tables de données nucléaires
fournissent généralement les masses atomiques (𝑀) plutôt que les masses nucléaires (𝑚). La relation liant ces
deux grandeurs intègre la masse des électrons (𝑍𝑚 𝑒 ) et leur énergie de liaison atomique (𝐵 𝑎𝑡𝑜𝑚 ) :
𝑀(𝐴 2 𝐴
𝑍 𝑋)𝑐 = 𝑚(𝑍 𝑋)𝑐 + 𝑍𝑚 𝑒 𝑐 − 𝐵 𝑎𝑡𝑜𝑚
2 2
𝐵(𝐴
𝑍
𝑋)
¯ 𝐴 𝑋) =
𝐵( 𝑍 𝐴
La représentation graphique de 𝐵¯ en fonction du nombre de masse 𝐴 constitue la courbe d’Aston. Pour les
noyaux de masse 𝐴 > 40, cette énergie plafonne autour de 8 MeV/nucléon, illustrant la propriété de saturation
14
age
des forces nucléaires : chaque nucléon n’interagit qu’avec son voisinage immédiat en raison de la courte portée de
l’interaction forte.
verage
uming
ons:
s around
nuclides
nucleon.
Figure 1.14: Courbe d’Aston montrant l’énergie de liaison par nucléon en fonction de 𝐴. La stabilité maximale
se situe vers 𝐴 ≈ 60 (Pic du Fer). Les processus de fusion et de fission permettent de rejoindre cette zone de
stabilité.
Le maximum de stabilité est atteint aux alentours de 𝐴 ≈ 60, dans la région du Fer et du Nickel, avec 58 une
/ 124
énergie
de liaison d’environ 8,8 MeV/nucléon. Le Fer-56 (56 Fe) est le noyau le plus fortement lié. On remarque également
des pics de stabilité locaux pour les noyaux légers pair-pair (4 He, 12 C, 16 O), illustrant l’effet d’appariement.
• La Fusion : Les noyaux légers (𝐴 < 60) s’unissent pour former un noyau plus lourd, grimpant ainsi
vers le pic de stabilité (mécanisme stellaire).
• La Fission : Les noyaux lourds (𝐴 > 60) se divisent en fragments plus légers, se rapprochant
également de la zone de stabilité maximale (réacteurs nucléaires).
15
Le défaut de masse Δ𝑚 est :
𝑄 = (𝑚réactifs − 𝑚produits )𝑐 2
L’énergie de séparation d’un neutron (𝑆𝑛 ) représente l’énergie minimale requise pour extraire un neutron d’un
noyau au repos. L’étude de cette énergie révèle l’influence de la structure interne du noyau sur sa stabilité globale.
L’évolution de 𝑆𝑛 en fonction du nombre de neutrons 𝑁 présente un profil en dents de scie. L’énergie est
systématiquement plus élevée pour les noyaux à 𝑁 pair, illustrant l’effet d’appariement où les nucléons
s’associent par paires de spins opposés pour accroı̂tre la stabilité.
16
Nuclear Binding Energy: Nucleon Separation Energy & Pairing E!ect
66 / 124
Figure 1.15: Évolution de l’énergie de séparation (𝑆𝑛 ) en fonction de 𝑁. Le profil en dents de scie démontre la
stabilité accrue des noyaux à 𝑁 pair.
Il n’existe aucun noyau stable pour 𝐴 = 5, 8 ou 𝐴 ⩾ 210, ni pour 𝑍 = 0, 43, 61 ou 𝑍 ⩾ 84 (à l’exception de
𝑍 = 90 et 92).
En deçà de ces limites, on observe un fort effet d’appariement : les nucléons tendent à s’associer par paires.
Cela confère une grande stabilité aux configurations paires-paires, qui représentent la vaste majorité des noyaux
stables.
Les noyaux possédant 𝑁 ou 𝑍 égal à 2, 8, 20, 28, 50, 82 ou 126 présentent une stabilité et une
abondance naturelle exceptionnelles.
17
Example 1.4.5 (L’Étain (𝑍 = 50))
Grâce à son nombre magique de protons, l’étain possède une stabilité remarquable et détient le record avec
10 isotopes stables.
Cette stabilité accrue se traduit directement par des énergies de séparation des nucléons (𝑆𝑛 et 𝑆 𝑝 ) beaucoup plus
élevées pour les couches fermées, comme on l’observe autour de la masse 𝐴 ≈ 17 :
La radioactivité est définie comme l’émission spontanée d’énergie, sous forme de particules (telles que les
particules 𝛼 ou 𝛽) ou d’ondes électromagnétiques (telles que les rayons 𝛾), provenant du noyau d’un atome
instable lors de sa transition vers une configuration plus stable.
Lois de conservation
Lors de tout processus de désintégration radioactive, plusieurs grandeurs physiques fondamentales doivent impérativement
être conservées. Ces invariances régissent les transformations possibles des noyaux. Les principales grandeurs
conservées sont la charge électrique, ce qui nécessite un suivi rigoureux du numéro atomique 𝑍, et le nombre
total de nucléons, imposant un bilan strict du nombre de masse 𝐴. De plus, l’énergie totale et la quantité de
mouvement du système sont systématiquement préservées lors de la réaction.
La valeur 𝑄 est calculée à partir de la différence de masse entre l’état initial et l’état final :
𝑄 = (𝑚𝑋 − 𝑚𝑌 − 𝑚rayonnement )𝑐 2
Une désintégration n’est énergétiquement permise (et donc potentiellement spontanée) que si 𝑄 > 0, ce
qui correspond à une réaction exoénergétique.
Le noyau père émet une particule 𝛼 (noyau d’Hélium 42 He), entraı̂nant une variation de 𝐴 → 𝐴 − 4 et
𝑍 → 𝑍 − 2.
19
Definition 1.5.4: Modes 𝛽 − et 𝛽 +
L’énigme du Neutrino
Vers 1930, l’étude des rayons bêta révélait une anomalie majeure : contrairement aux rayonnements alpha et
gamma qui présentent des spectres d’énergie discrets (pics nets), le spectre des électrons bêta est continu. Cette
observation semblait violer la loi de conservation de l’énergie, car une partie de l’énergie de désintégration semblait
disparaı̂tre mystérieusement.
Particule neutre de masse quasi nulle, proposée par Pauli en 1930, pour emporter l’énergie manquante et
restaurer la conservation de l’énergie.
20
Désintégration Gamma (𝛾)
La désintégration gamma survient lorsqu’un noyau se trouve dans un état d’énergie excité, souvent à la suite d’une
désintégration alpha ou bêta préalable. Contrairement aux autres modes, ce processus n’implique l’émission
d’aucune particule matérielle (ni proton, ni neutron, ni électron). Il n’y a donc aucun changement de nature
chimique ou de masse : le noyau libère simplement son excédent sous forme d’énergie pure, via un rayonnement
électromagnétique de très haute fréquence.
Le noyau transite d’un état excité (𝑋 ∗ ) vers un état plus stable en émettant un photon 𝛾 : A ∗
ZX Z X + 𝛾.
→A
S’il est excité, la particule 𝛼 éjectée possédera une énergie cinétique plus faible, l’énergie manquante étant
ensuite libérée par le rayon 𝛾.
Émission de neutrons
L’émission de neutrons est un mode de décroissance où un noyau hautement instable ou excité éjecte directement
un neutron libre. Ce processus diffère fondamentalement de la radioactivité bêta car il n’implique aucune trans-
formation de la nature des nucléons (pas de conversion de proton en neutron). Le noyau perd simplement une
unité de masse sans changer d’élément chimique.
21
Definition 1.5.7: Émission neutronique
Éjection directe d’un neutron par un atome, diminuant son nombre de masse de 1 tout en conservant son
Z X → Z X + 𝑛.
A−1
numéro atomique : A
Probabilité par unité de temps qu’un noyau donné subisse une désintégration. La variation du nombre de
noyaux 𝑑𝑁 pendant un intervalle infinitésimal 𝑑𝑡 s’écrit : 𝑑𝑁 = −𝜆𝑁 𝑑𝑡.
En intégrant cette équation différentielle élémentaire entre un instant initial 𝑡 = 0 (où le nombre de noyaux est
𝑁0 ) et un instant 𝑡, on obtient la loi fondamentale régissant l’évolution temporelle de la population de noyaux
instables.
22
Definition 1.5.9: Loi de décroissance exponentielle
Le nombre de noyaux non désintégrés à l’instant 𝑡 suit une fonction exponentielle décroissante :
𝑁(𝑡) = 𝑁0 𝑒 −𝜆𝑡
Activité et Demi-vie
En pratique, on mesure plus facilement le taux de désintégration d’un échantillon que le nombre absolu de noyaux
restants. Ce taux correspond à l’activité de la source. De plus, pour caractériser la rapidité de la décroissance à
une échelle de temps humaine, on utilise souvent le concept de demi-vie plutôt que la constante de désintégration.
Definition 1.5.10: Activité 𝐴(𝑡) et Demi-vie 𝑇1/2
L’activité représente le nombre de désintégrations par unité de temps (𝐴(𝑡) = −𝑑𝑁/𝑑𝑡). Elle suit la même
loi exponentielle : 𝐴(𝑡) = 𝜆𝑁0 𝑒 −𝜆𝑡 . La demi-vie est le temps nécessaire pour que la moitié des noyaux
initiaux se désintègrent. Elle est reliée à la constante par : 𝑇1/2 = ln𝜆2 .
L’ordre de grandeur de la demi-vie varie énormément d’un isotope à l’autre. Un échantillon macroscopique, bien
que composé de milliards d’atomes (par exemple, un gramme d’iode-131 contient environ 4, 6 × 1021 atomes insta-
bles), obéit rigoureusement à cette statistique globale malgré le caractère aléatoire et individuellement imprévisible
des désintégrations.
Unités d’Activité
Pour quantifier l’activité des sources radioactives, que ce soit en recherche fondamentale ou pour des applications
cliniques, la communauté scientifique a défini des unités de mesure standardisées.
23
Definition 1.5.11: Unités (Bq et Ci)
Le taux de disparition global du noyau père prend en compte l’ensemble de ces voies. L’équation différentielle
décrivant la variation du nombre de noyaux intègre la somme des constantes partielles, menant à une loi de
décroissance exponentielle classique mais gouvernée par une constante de désintégration totale.
Definition 1.5.12: Constante de désintégration totale (𝜆𝑡𝑜𝑡 )
Pour un noyau possédant plusieurs canaux indépendants, la probabilité totale par unité de temps est la
somme des constantes partielles : Õ
𝜆𝑡𝑜𝑡 = 𝜆𝑖
𝑖
En substituant 𝜆 𝑖 = ln 2
𝑇1𝑖 /2
dans la formule de la constante totale, on obtient :
1 Õ 1
=
𝑇1/2 𝑇𝑖 𝑖 1/2
L’activité totale 𝐴(𝑡) correspond au taux global de diminution du noyau père. Elle peut se décomposer naturelle-
ment comme la somme des activités partielles associées à chaque mode de désintégration.
Definition 1.5.14: Activités partielles et totale
24
Propriétés intrinsèques et Rapport de branchement
Il est crucial de rappeler que la constante radioactive 𝜆 est une caractéristique intrinsèque et absolue du nucléide.
Elle est totalement indépendante des conditions environnementales externes (température, pression) ou de l’âge
du noyau. Pour évaluer le poids relatif d’un canal spécifique parmi l’ensemble des possibilités, on utilise une
grandeur dédiée.
Definition 1.5.15: Rapport de branchement (𝐵𝑅)
Il représente la proportion des désintégrations qui se produisent via un mode spécifique 𝑖 par rapport au
total :
𝜆𝑖
𝐵𝑅 𝑖 =
𝜆𝑡𝑜𝑡
Au sein d’un organisme en vie, le rapport isotopique initial entre le carbone 14 et le carbone 12 demeure
constant :
𝑁(14 C)
𝑟0 = ≈ 10−12
𝑁(12 C)
Au moment de la mort de l’organisme, tout échange de carbone avec l’atmosphère cesse. La quantité de carbone
12 reste alors figée, mais le carbone 14 commence à se désintégrer par émission 𝛽 − pour redevenir de l’azote 14.
La proportion de carbone 14 diminue inexorablement avec le temps, transformant ce rapport isotopique en un
véritable chronomètre naturel.
Definition 1.5.17: Le Chronomètre isotopique
𝑟(𝑡) = 𝑟0 𝑒 −𝜆𝑡
𝑟(𝑡)
Isoler le temps permet de calculer l’âge de l’échantillon : 𝑡 = − 𝜆1 ln 𝑟0 .
6 × 10−13
1
𝑡=− ln
1, 24 × 10−4 10−12
25
Chaı̂nes de désintégration et Équations de Bateman
Dans la nature, il est fréquent qu’un isotope instable se désintègre pour former un autre isotope lui-même instable.
Ce processus en cascade engendre ce que l’on appelle une chaı̂ne de désintégration. Les abondances et les activités
des différents maillons de cette chaı̂ne ne sont pas indépendantes ; elles sont intimement dictées par l’historique
de la source.
Pour modéliser l’évolution temporelle complexe de ces populations, on s’appuie sur les équations de Bateman. Ce
modèle mathématique permet de déterminer les abondances à un instant 𝑡 en fonction des taux de désintégration
de chaque isotope et des quantités initiales. Le cas d’étude le plus fondamental est celui d’un noyau père alimentant
un unique noyau fils radioactif.
𝑑𝑁𝐴
= −𝜆𝐴 𝑁𝐴 =⇒ 𝑁𝐴 (𝑡) = 𝑁𝐴0 𝑒 −𝜆𝐴 𝑡
𝑑𝑡
La dynamique du noyau fils 𝐵 est en revanche gouvernée par deux processus antagonistes. Il est continuellement
créé par la désintégration de son parent 𝐴 (terme de production), tout en étant simultanément détruit par sa
propre désintégration radioactive (terme de destruction).
𝑑𝑁𝐵
= 𝜆 𝐴 𝑁𝐴 − 𝜆 𝐵 𝑁𝐵
𝑑𝑡
Pour résoudre cette équation, on substitue l’expression de 𝑁𝐴 (𝑡) puis on réorganise les termes. On utilise ensuite
la méthode du facteur intégrant en multipliant chaque côté de l’égalité par l’exponentielle 𝑒 𝜆𝐵 𝑡 . Cette astuce
mathématique permet de transformer le membre de gauche en la dérivée exacte d’un produit.
26
Definition 1.5.20: Résolution par facteur intégrant
𝑑
𝑁𝐵 𝑒 𝜆𝐵 𝑡 = 𝜆𝐴 𝑁𝐴0 𝑒 (𝜆𝐵 −𝜆𝐴 )𝑡
𝑑𝑡
En intégrant les deux côtés par rapport au temps, on extrait la solution générale (où 𝐶 est la constante
d’intégration) :
𝜆𝐴 𝑁𝐴0 (𝜆𝐵 −𝜆𝐴 )𝑡
𝑁𝐵 𝑒 𝜆𝐵 𝑡 = 𝑒 +𝐶
𝜆𝐵 − 𝜆𝐴
𝜆𝐴 𝑁𝐴0 −𝜆𝐴 𝑡
𝑁𝐵 (𝑡) = 𝑒 − 𝑒 −𝜆𝐵 𝑡
𝜆𝐵 − 𝜆𝐴
𝜆𝐵 𝜆𝐴
𝑁𝐶 (𝑡) = 𝑁𝐴0 1 − 𝑒 −𝜆𝐴 𝑡 + 𝑒 −𝜆𝐵 𝑡
𝜆𝐵 − 𝜆𝐴 𝜆𝐵 − 𝜆𝐴
Condition : 𝜆𝐴 ≪ 𝜆𝐵 . Le rapport des abondances devient constant et l’activité du fils égale celle du père :
𝜆 𝐵 𝑁𝐵 = 𝜆 𝐴 𝑁𝐴 =⇒ 𝐴𝐵 = 𝐴𝐴
27
Généralisation et durées de vie partielles
Pour des réseaux de désintégration longs et complexes, le système d’équations différentielles couplées a été résolu
analytiquement par Harry Bateman. Sa formule donne directement l’abondance du 𝑚-ième isotope de la chaı̂ne.
Par ailleurs, lorsqu’un même noyau présente des embranchements (plusieurs modes de désintégration possibles),
on peut associer à chaque voie une durée de vie moyenne partielle (𝜏𝑖 = 1/𝜆 𝑖 ). La dynamique globale est toujours
dictée par le processus le plus rapide.
Definition 1.5.24: Solution générale et Durées de vie
𝑁0
Bateman généralisé : 𝑁𝑚 (𝑡) = 𝜆𝑚1 𝑚 𝑚 −𝜆 𝑖 𝑡
𝑖=1 𝐶 𝑖 𝑒 (où les 𝐶 𝑖𝑚 sont des constantes).
Í
28
Definition 1.6.1: Quarks et Leptons
Quarks (6 saveurs) : Ils ressentent l’interaction forte et possèdent une charge fractionnaire (+2/3𝑒 ou
−1/3𝑒).
Leptons (6 saveurs) : Ils ne ressentent pas l’interaction forte et portent une charge entière (ex: −1𝑒
pour l’électron, 0 pour les neutrinos).
29
Propriétés quantiques et Origine de la Masse
La physique quantique redéfinit la façon dont nous concevons les propriétés intrinsèques des particules. En
mécanique classique, la masse est perçue comme la quantité de matière d’un objet. Le Modèle Standard, en
revanche, prédisait initialement des particules sans masse, ce qui contredisait l’expérience. Le mécanisme de
Higgs (proposé en 1964) explique que la masse est en réalité la conséquence de l’interaction d’une particule avec
un champ omniprésent.
Definition 1.6.2: Le Champ et le Boson de Higgs
La masse d’une particule résulte de son frottement avec le champ de Higgs. Le Boson de Higgs, observé
au CERN en 2012 (Prix Nobel 2013), est la manifestation de ce champ.
De manière similaire, la notion de charge dépasse la simple création de champs électriques classiques. Dans le
Modèle Standard, la charge est un nombre quantique strictement conservé qui dicte la façon dont une particule
se couple à d’autres champs (par exemple, un photon). Enfin, l’énergie quantique d’une particule libre n’est
plus une grandeur arbitraire mais correspond aux valeurs propres de l’opérateur hamiltonien, en obéissant à la
cinématique relativiste.
L’énergie totale (𝐸) d’une particule dépend de sa quantité de mouvement (𝑝) et de sa masse au repos (𝑚0 )
selon la relation :
𝐸2 = (𝑝𝑐)2 + (𝑚0 𝑐 2 )2
Toute symétrie continue d’un système physique correspond de manière univoque à une quantité conservée
(Symétrie → Invariance → Loi de conservation).
30
Le fait que les lois de la physique ne changent pas avec le temps (invariance sous une translation temporelle)
implique mathématiquement que l’énergie totale du système est strictement conservée.
Conjugaison de Charge (C) : Remplace une particule par son antiparticule (charges inversées).
Parité (P) : Inverse les coordonnées spatiales (𝑥, 𝑦, 𝑧 → −𝑥, −𝑦, −𝑧), générant une image miroir du
système.
Inversion Temporelle (T) : Renverse le sens d’écoulement du temps (𝑡 → −𝑡).
Attraction universelle entre toutes les masses. Bien qu’elle ait une portée infinie, son médiateur théorique
(le Graviton) reste hypothétique.
L’Interaction Électromagnétique
Cette force agit exclusivement sur les particules portant une charge électrique. C’est elle qui assure la cohésion de
l’atome en maintenant les électrons en orbite autour du noyau. Cependant, au cœur même du noyau, elle joue un
rôle déstabilisateur. La répulsion électrostatique intense entre les protons, qui grandit avec le numéro atomique
𝑍, tente continuellement de disloquer la structure nucléaire et s’oppose directement à la force forte.
Médiée par le photon (𝛾, particule de masse nulle et de spin 1), elle possède une portée infinie (∝ 1/𝑟 2 ).
31
L’Interaction Forte
C’est la force la plus intense de la nature, indispensable pour contrecarrer la répulsion électromagnétique des
protons. À l’échelle la plus intime, la force forte fondamentale lie les quarks entre eux via l’échange de gluons
pour former des nucléons. À l’échelle supérieure, la force nucléaire résiduelle lie ces nucléons (protons et neutrons)
pour former le noyau.
Definition 1.6.8: Interaction Forte
Médiée par le gluon (𝑔), sa portée est très courte (environ 1 à 3 fm). Elle devient même répulsive à des
distances extrêmement courtes (< 0, 7 fm).
L’Interaction Faible
L’interaction faible occupe une place singulière car elle est la seule force capable de modifier la saveur d’un quark
(par exemple, transformer un quark Up en Down). C’est le mécanisme fondamental derrière les transmutations
nucléaires. Elle permet la radioactivité bêta (𝛽 − et 𝛽 + ) et joue un rôle crucial dans les réactions de fusion nucléaire
au cœur des étoiles, initiant la conversion de protons en neutrons (𝑝 → 𝑛 + 𝑒 + + 𝜈𝑒 ).
Médiée par les bosons massifs 𝑊 + , 𝑊 − et 𝑍 0 . Sa portée est extrêmement courte (environ 10−18 m).
32
Chapter 2
1. Désintégration (Decay): phénomène spontané dans lequel un noyau se transforme en un autre noyau
plus stable, libérant de l’énergie de liaison :
𝑋 −→ 𝐴 + 𝐵 + · · ·
𝑋 + 𝑌 −→ 𝐴 + 𝐵 + · · ·
Dans les deux cas, il y a transformation de la matière car les corps de l’état final (𝐴 et 𝐵) sont créés au cours
du processus nucléaire. Ceux-ci peuvent être des noyaux et/ou des particules (électron, neutrino, etc.) selon la
réaction considérée.
Note:-
Remarques importantes:
• La masse seule n’est pas conservée. L’énergie cinétique seule n’est pas conservée (sauf dans le cas de la
diffusion élastique).
• Ces symétries (temporelle, spatiale, orientationnelle) sont des propriétés fondamentales de notre univers
: tout phénomène semblant violer ces lois est très probablement impossible.
33
• Si une réaction semble perdre de l’énergie ou de la quantité de mouvement, il est plus probable qu’une
particule ait été omise (comme le neutrino) plutôt que la loi elle-même soit violée.
où 𝑚 𝑐 2 désigne l’énergie de masse (énergie au repos) et 𝑇 l’énergie cinétique. Cette équation relie le changement
de masse au changement d’énergie cinétique.
La valeur 𝑄 d’une réaction est définie comme la différence entre les masses initiales et finales :
©Õ Õ
𝑄= 𝑚𝑖 − 𝑚 𝑓 ® 𝑐2 (2.2)
ª
« 𝑖 𝑓 ¬
De manière équivalente, en utilisant la conservation de l’énergie totale :
Õ Õ
𝑄= 𝑇𝑓 − 𝑇𝑖 (2.3)
𝑓 𝑖
𝑋 −→ 𝐴 + 𝐵∗
La masse d’un noyau excité est supérieure à celle de son état fondamental :
34
La valeur 𝑄 effective (𝑄 ∗ ) devient alors :
35
2.1 Désintégrations nucléaires
Principes généraux de l’énergétique des désintégrations
Considérons un noyau parent 𝑋 au repos qui se désintègre en plusieurs produits :
𝑋 −→ 𝐴 + 𝐵 + · · ·
Puisque le noyau parent possède une énergie cinétique nulle (𝑇𝑖 = 0), la valeur 𝑄 apparaı̂t intégralement sous
forme d’énergie cinétique des produits : Õ
𝑄= 𝑇𝑓 (2.6)
𝑓
Si 𝑄 < 0 pour un mode de désintégration donné, le noyau est stable vis-à-vis de ce mode. Une
désintégration spontanée exige 𝑄 > 0.
Le noyau père 𝐴
𝑍
𝑋 émet une particule 𝛼 (noyau 42 He) :
𝐴
𝑍𝑋 −→ 𝐴−
𝑍−2 𝑌 + 2 He
4 4
𝑚𝛼 𝑚𝛼 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌
𝑄= 𝑇𝛼 + 𝑇𝛼 = 𝑇𝛼 + 1 = 𝑇𝛼
𝑚𝑌 𝑚𝑌 𝑚𝑌
On isole 𝑇𝛼 :
𝑚𝑌
𝑇𝛼 = 𝑄
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌
En réinjectant dans le bilan énergétique pour obtenir 𝑇𝑌 :
𝑚𝑌 𝑚𝑌 𝑚𝛼
𝑇𝑌 = 𝑄 − 𝑇𝛼 = 𝑄 − 𝑄 =𝑄 1− = 𝑄
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌
𝑚𝑌 𝑚𝛼
𝑇𝛼 = 𝑄 et 𝑇𝑌 = 𝑄 (2.11)
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌
Comme le noyau d’Hélium est beaucoup plus léger que le noyau fils, la particule 𝛼 emporte la quasi-totalité de
l’énergie disponible 𝑄.
Approximation en nombre de masse : En posant 𝑚(𝐴 𝑋) ≈ 𝐴 uma, on obtient une expression très précise :
𝐴−4
𝑇𝛼 ≈ 𝑄 (2.12)
𝐴
Puisque 𝑄 et 𝐴 sont fixés, les particules 𝛼 émises sont monoénergétiques.
𝑚𝑌 ∗ (𝑄 fond − 𝐸∗ )
𝑇𝛼 = (2.13)
𝑚 𝛼 + 𝑚𝑌 ∗
En négligeant 𝐸∗ devant l’énergie de masse des noyaux :
𝐴−4
𝑇𝛼 ≈ (𝑄 fond − 𝐸∗ ) (2.14)
𝐴
On attend donc une énergie cinétique caractéristique pour chaque état excité du noyau fils.
37
Definition 2.1.3: Spectre de raies
Le spectre observé (nombre d’événements en fonction de l’énergie) est un spectre de raies composé de
valeurs discrètes d’énergie. La présence de raies multiples indique la désintégration vers différents états
excités du noyau fils. Cette observation, réalisée en 1929 par Salomon Rosenblum, constitue la première
preuve expérimentale en faveur de l’existence d’états nucléaires excités.
𝑛 −→ 𝑝 + 𝑒 − + 𝜈¯ 𝑒
𝑝 −→ 𝑛 + 𝑒 + + 𝜈𝑒
→ Conservation de la quantité de mouvement : Le noyau parent étant au repos, la somme vectorielle des
impulsions des trois produits doit être nulle :
38
→ Différence fondamentale avec la désintégration 𝛼 : Dans une désintégration à deux corps, l’égalité |® 𝑝𝑌 | =
𝑝 𝛼 | impose une unique valeur de 𝑝 et donc une unique énergie cinétique. Ici, avec trois corps, la condition (2.15)
|®
exige seulement que les trois vecteurs 𝑝®𝑌 , 𝑝® 𝑒 et 𝑝®𝜈 forment un triangle fermé. Pour une valeur donnée de 𝑄,
il existe une infinité de triangles satisfaisant cette condition (différentes orientations relatives et répartitions de
normes). La valeur de 𝑝 𝑒 , et donc de 𝑇𝑒 , n’est donc pas unique : elle varie continûment entre des limites autorisées.
L’énergie cinétique de l’électron est minimale lorsque celui-ci est émis au repos (𝑝 𝑒 = 0). Dans ce cas, la condition
de conservation de la quantité de mouvement se réduit à :
𝑝®𝑌 + 𝑝®𝜈 = 0® =⇒ 𝑝𝑌 | = |®
|® 𝑝𝜈 |
Le neutrino et le noyau fils sont alors émis dos-à-dos et se partagent toute l’énergie 𝑄. L’électron, immobile, ne
reçoit rien :
𝑇𝑒min = 0
L’électron emporte le maximum d’énergie lorsque le neutrino n’en emporte aucune, c’est-à-dire 𝑇𝜈 = 0 (et donc
𝑝 𝜈 = 0). Dans cette configuration, la désintégration se réduit effectivement à un problème à deux corps entre le
noyau fils 𝑌 et l’électron 𝑒 :
𝑝®𝑌 + 𝑝® 𝑒 = 0® =⇒ |® 𝑝𝑌 | = |®
𝑝𝑒 | = 𝑝
Le bilan énergétique devient :
𝑄 = 𝑇𝑌 + 𝑇𝑒
On retrouve alors la même structure que pour la désintégration alpha. Par conservation de la quantité de
mouvement et en utilisant 𝑇 = 𝑝 2 /(2𝑚) :
𝑚𝑒
2 𝑚𝑌 𝑇𝑌 = 2 𝑚 𝑒 𝑇𝑒 =⇒ 𝑇𝑌 = 𝑇𝑒
𝑚𝑌
En substituant dans le bilan énergétique :
𝑚𝑒 𝑚𝑒 𝑚 𝑒 + 𝑚𝑌
𝑄= 𝑇𝑒 + 𝑇𝑒 = 𝑇𝑒 + 1 = 𝑇𝑒
𝑚𝑌 𝑚𝑌 𝑚𝑌
On isole 𝑇𝑒 :
𝑚𝑌
𝑇𝑒max = 𝑄 (2.16)
𝑚 𝑒 + 𝑚𝑌
Or, la masse de l’électron (𝑚 𝑒 ≈ 0,511 MeV/𝑐 2 ) est totalement négligeable devant celle du noyau fils (𝑚𝑌 ∼ 𝐴
GeV/𝑐 2 ), soit 𝑚 𝑒 ≪ 𝑚𝑌 . On a donc :
𝑚𝑌 𝑚𝑌
≈ =1
𝑚 𝑒 + 𝑚𝑌 𝑚𝑌
D’où le résultat final :
𝑇𝑒max ≈ 𝑄
Conclusion : Contrairement à la désintégration alpha où l’énergie de la particule émise est fixe et unique, la
désintégration bêta produit un spectre d’énergie continu pour l’électron, s’étendant de 0 à 𝑇𝑒max ≈ 𝑄. L’énergie
manquante est emportée par le neutrino, invisible au détecteur.
La distribution en énergie de l’électron issu d’une désintégration 𝛽 est continue entre 0 et 𝑇𝑒max ≈ 𝑄.
39
40
2.2 Réactions nucléaires induites
Notation des réactions
Une réaction nucléaire standard s’écrit :
𝑋 + 𝑌 −→ 𝐴 + 𝐵
|{z} |{z} |{z} |{z}
Projectile Cible Éjectile Noyau résiduel
Les composantes sont les suivantes : 𝑋 est le projectile (particule incidente, rapide), 𝑌 est la cible (généralement
au repos dans le laboratoire), 𝐴 est l’éjectile (particule émise plus légère) et 𝐵 est le noyau résiduel (produit plus
lourd).
𝑌(𝑋 , 𝐴)𝐵
Cible(Projectile, Éjectile)Résiduel
L’objectif est de calculer l’énergie cinétique minimale de 𝑋 (notée 𝑇seuil ou 𝑇th ) pour que la réaction soit possible.
Si 𝑄 > 0, la réaction est possible quelle que soit l’énergie du projectile, une fois le contact établi. Si 𝑄 < 0,
de l’énergie doit être fournie pour créer de la masse : l’énergie cinétique du projectile doit être suffisante pour
rendre le processus énergétiquement possible. Les calculs sont effectués dans l’approximation non relativiste, les
énergies cinétiques mises en jeu étant faibles par rapport aux énergies de masse.
→ Référentiel du laboratoire (ℛ) : Supposons que 𝐴 et 𝐵 soient créés au repos (𝑇3 = 𝑇4 = 0, donc 𝑝3 = 𝑝4 = 0).
La quantité de mouvement totale finale serait nulle, ce qui contredit le fait que la quantité de mouvement initiale
n’est pas nulle. Ce scénario est donc impossible.
→ Référentiel du centre de masse (ℛ′) : Supposons que 𝐴 et 𝐵 soient créés au repos dans ℛ′ (𝑇3′ = 𝑇4′ = 0,
donc 𝑝3′ = 𝑝4′ = 0). Cela correspond parfaitement à la définition du référentiel du centre de masse où la quantité
de mouvement totale est toujours nulle.
L’énergie minimale à fournir correspond donc à la création des deux noyaux 𝐴 et 𝐵 au repos dans le référentiel
du centre de masse ℛ′.
41
Théorème de König : décomposition de l’énergie
On relie les énergies cinétiques de l’état final dans ℛ′ et dans ℛ à l’aide du théorème de König :
Õ Õ
𝑇𝑓 = 𝑇CM + 𝑇𝑓′ (2.17)
𝑓 𝑓
où 𝑇CM est l’énergie cinétique du centre de masse, affectée à la somme des masses du système :
1 𝑝®3 + 𝑝®4
𝑇CM = (𝑚3 + 𝑚4 ) 𝑣 𝐺
2
avec 𝑣® 𝐺 = (2.18)
2 𝑚3 + 𝑚4
𝑝12 /2 𝑚1 𝑇1
𝑇CM = = (2.19)
𝑚3 + 𝑚4 𝑚3 + 𝑚4
𝑚1 𝑇1
𝑄 + 𝑇1 = + 𝑇3′ + 𝑇4′
𝑚3 + 𝑚4
𝑇3′ = 𝑇4′ = 0
L’équation se simplifie en :
𝑚1 𝑇1
𝑄 + 𝑇1 =
𝑚3 + 𝑚4
→ Étape 4 : Isoler 𝑇1 .
On regroupe les termes en 𝑇1 d’un même côté :
𝑚1 𝑇1 𝑚1
𝑄= − 𝑇1 = 𝑇1 −1
𝑚3 + 𝑚4 𝑚3 + 𝑚4
On simplifie la parenthèse :
𝑚1 − (𝑚3 + 𝑚4 )
𝑄 = 𝑇1
𝑚3 + 𝑚4
42
On isole 𝑇1 = 𝑇seuil :
𝑄 (𝑚3 + 𝑚4 ) −𝑄 (𝑚3 + 𝑚4 )
𝑇seuil = = (2.21)
𝑚1 − 𝑚3 − 𝑚4 𝑚3 + 𝑚4 − 𝑚1
La barrière de Coulomb
Introduction
Puisque les deux noyaux impliqués dans la réaction sont chargés positivement, les amener au contact nécessite de
vaincre la répulsion électromagnétique, c’est-à-dire de franchir la barrière de Coulomb.
On modélise les deux noyaux comme (𝐴1 , 𝑍1 ) et (𝐴2 , 𝑍2 ) avec leurs charges localisées en leur centre. Les noyaux
sont considérés en contact lorsque la distance séparant leurs centres vaut 𝑟 = 𝑅 1 + 𝑅 2 (en négligeant l’épaisseur de
peau). Pour 𝑟 > 𝑅 1 + 𝑅 2 , la répulsion électromagnétique domine ; pour 𝑟 < 𝑅 1 + 𝑅 2 , l’interaction forte domine.
43
Expression de la barrière
Definition 2.2.2: Barrière de Coulomb (𝐵 𝑐 )
La barrière de Coulomb est définie par la répulsion au contact exact des deux noyaux :
𝑞1 𝑞2
𝐵𝑐 = (2.22)
4𝜋𝜀0 (𝑅 1 + 𝑅 2 )
𝛼 ℏ𝑐 𝑍1 𝑍2
𝐵𝑐 = · 1/3 (2.23)
𝑅0 𝐴1 + 𝐴2
1/3
Pour que la réaction se produise, l’énergie cinétique dans le référentiel du centre de masse doit être supérieure à
la barrière de Coulomb :
𝑇1′ + 𝑇2′ > 𝐵 𝑐 (2.24)
𝑚1 + 𝑚2
𝑇1 > 𝐵𝑐 (2.25)
𝑚2
Si le projectile est très léger comparé à la cible (𝑚1 ≪ 𝑚2 ), cette condition se simplifie directement en 𝑇1 > 𝐵 𝑐 .
𝑚1 + 𝑚2
𝑇1min = max 𝐵 𝑐 , 𝑇seuil (2.26)
𝑚2
Note:-
Conditions indépendantes:
• Barrière franchie mais énergie insuffisante : résulte en une simple diffusion élastique.
• Énergie suffisante mais barrière non franchie : classiquement impossible, mais peut se produire
par effet tunnel (faible probabilité).
• Exception des neutrons : Les neutrons, n’ayant pas de charge électrique, ne font face à aucune
barrière de Coulomb (𝐵 𝑐 = 0). Ils peuvent induire des réactions à très basse énergie (par exemple, la
fission thermique à ∼ 0,025 eV) où seul 𝑇seuil importe.
44
Cas des états excités dans les réactions induites
Si l’un des noyaux produits (par exemple le noyau 𝐵) est créé dans un état excité 𝐵∗ d’énergie d’excitation 𝐸∗ , le
bilan masse-énergie est modifié : la valeur 𝑄 effective devient 𝑄 fond − 𝐸∗ et la masse du produit excité augmente
légèrement.
Comme les masses nucléaires (∼ 𝐴 GeV/𝑐 2 ) sont largement supérieures à 𝑄 fond et 𝐸∗ (quelques MeV au plus), on
peut négliger 𝐸∗ dans les sommes de masse :
′ −(𝑄fond − 𝐸∗ ) (𝑚3 + 𝑚4 )
𝑇seuil ≈ (2.28)
𝑚3 + 𝑚4 − 𝑚1
La valeur de la barrière de Coulomb reste inchangée par l’état d’excitation des produits.
45
Classification des réactions nucléaires
En fonction des produits et des énergies, on distingue deux grandes catégories de réactions nucléaires.
1. Diffusion : 𝐴(𝑎, 𝑎)𝐴 ou 𝐴(𝑎, 𝑎)𝐴∗ , Le projectile est réémis ; le noyau cible conserve son identité chimique.
• Diffusion élastique : L’énergie cinétique totale est conservée ; le noyau reste dans son état fondamental.
On distingue la diffusion potentielle (rebond sur la surface nucléaire) et la diffusion résonante (formation
transitoire d’un noyau composé).
• Diffusion inélastique : L’énergie cinétique totale n’est pas conservée ; une partie est absorbée par le
noyau cible, laissé dans un état excité (𝐴∗ ).
• Diffusion de Rutherford : Cas particulier de diffusion élastique due uniquement à la répulsion coulom-
bienne entre le projectile et le noyau cible, sans contact nucléaire.
• Capture radiative : La cible absorbe un neutron et libère l’excédent d’énergie sous forme d’un photon 𝛾
: 𝐴(𝑛, 𝛾)𝐵.
• Réaction photonucléaire : Un photon 𝛾 sert de projectile et éjecte une particule du noyau cible (par
exemple un neutron ou un proton).
• Réaction de transfert : Échange d’un ou plusieurs nucléons entre le projectile et la cible, sans formation
de noyau composé intermédiaire.
• Fission / Fusion : Scission d’un noyau lourd en fragments plus légers (fission) ou coalescence de noyaux
légers en un noyau plus lourd (fusion).
• Spallation : Réaction à très haute énergie dans laquelle le noyau cible éjecte un grand nombre de nucléons
et de fragments légers.
Cas important : Pour les neutrons (𝑍 = 0), la barrière de Coulomb est nulle. Ils peuvent induire des réactions
à très basse énergie (neutrons thermiques) si 𝑄 > 0.
46
2.3 Interaction des particules avec la matière
→ Concepts physiques fondamentaux: Section efficace (𝜎)
La section efficace quantifie la probabilité qu’une interaction spécifique se produise lorsqu’un rayonnement frappe
un atome. Elle a la dimension d’une surface et se mesure en barns (b), où 1 b = 10−24 cm2 . La valeur de 𝜎
dépend de :
• Le type de rayonnement (photons, particules chargées, neutrons).
• Le numéro atomique (𝑍) du matériau cible.
Le libre parcours moyen est la distance moyenne parcourue par une particule dans un matériau avant d’interagir
:
1
𝜆= (2.29)
𝑁·𝜎
où 𝑁 est la densité atomique (atomes/cm3 ). Une section efficace plus grande implique un libre parcours
moyen plus court.
3. Création de paires : un photon de haute énergie (⩾ 1,022 MeV) crée une paire électron–positron.
où 𝐼0 est l’intensité initiale et 𝐼(𝑥) l’intensité après avoir parcouru une distance 𝑥. Le coefficient 𝜇 est directement
lié à la section efficace et à la densité du matériau.
Cette grandeur ne dépend que de la composition atomique, et non de l’état physique (liquide, gaz, solide).
47
1. Effet photoélectrique
Definition 2.3.1: Effet photoélectrique
Le photon incident est complètement absorbé par un électron des couches internes de l’atome, qui est
alors éjecté. Toute l’énergie du photon (ℎ𝜈) est transférée à l’électron. L’énergie cinétique du photoélectron
est :
𝐸 𝑘 = ℎ𝜈 − 𝐸𝐵 (2.32)
où 𝐸𝐵 est l’énergie de liaison de la couche électronique (K, L, M. . . ).
Caractéristiques :
𝑍𝑛
𝜏∝ (𝑛 ≈ 3 à 5) (2.33)
𝐸3
Diffusion inélastique d’un photon par un électron faiblement lié des couches périphériques. Le
photon transfère une partie de son énergie à l’électron de recul et diffuse avec une énergie réduite et
une direction différente. C’est l’interaction dominante aux énergies intermédiaires (environ 30 keV à
quelques MeV).
48
Effet Compton : Démonstration
On dérive le décalage en longueur d’onde en utilisant la conservation de l’énergie et de la quantité de mouvement.
𝐸 𝛾 + 𝑚 𝑒 𝑐 2 = 𝐸 𝛾′ + 𝐸 𝑒
En réarrangeant :
2𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′ (1 − cos 𝜃) = 2(𝐸 𝛾 − 𝐸 𝛾′ )𝑚 𝑒 𝑐 2
𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′
𝐸 𝛾 − 𝐸 𝛾′ = (1 − cos 𝜃)
𝑚𝑒 𝑐 2
→ Étape 4 : Décalage en longueur d’onde.
En divisant les deux membres par 𝐸 𝛾 𝐸 𝛾′ et en substituant 𝐸 = ℎ𝑐/𝜆 :
1 1 1
− = (1 − cos 𝜃)
𝐸 𝛾′ 𝐸 𝛾 𝑚𝑒 𝑐 2
49
ℎ
𝜆′ − 𝜆 = (1 − cos 𝜃) (2.36)
𝑚𝑒 𝑐
Le décalage en longueur d’onde ne dépend que de l’angle de diffusion 𝜃, et non de l’énergie initiale du photon.
Le décalage maximal est obtenu en rétrodiffusion (𝜃 = 180) : Δ𝜆max = 2ℎ/(𝑚 𝑒 𝑐) = 0,00486 nm.
→ Limite de rétrodiffusion (𝜃 = 180) : le transfert d’énergie maximal à l’électron se produit ici. L’énergie
du photon diffusé atteint sa valeur minimale. Pour ℎ𝜈 ≫ 𝑚0 𝑐 2 :
′ 𝑚0 𝑐 2
ℎ𝜈min ≈ = 0,255 MeV (2.38)
2
3. Création de paires
Definition 2.3.3: Création de paires
Un photon de haute énergie interagit avec le champ électrique du noyau et se matérialise en une paire
électron–positron. Le photon doit avoir une énergie suffisante pour créer les deux masses au repos :
Le positron finira par s’annihiler avec un électron, produisant deux photons 𝛾 de 511 keV chacun, émis dos à dos.
Ce processus est la base physique de l’imagerie TEP (PET).
50
Résumé des interactions des photons
L’interaction dominante dépend de l’énergie du photon 𝐸 𝛾 et du numéro atomique 𝑍 de la cible :
• 𝐸 𝛾 = 0,1 MeV dans C (𝑍 = 6) : effet Compton dominant. Dans I (𝑍 = 53) : effet photoélectrique
dominant.
51
• 𝐸 𝛾 = 1 MeV : effet Compton dominant pour tous les matériaux.
Les neutrons causent une ionisation indirecte : ils n’ionisent pas directement les atomes. Les dommages sont
causés par les particules secondaires produites, les noyaux de recul (surtout les protons) et les rayons gamma
émis après capture neutronique.
Point crucial : puisque les neutrons sont électriquement neutres, ils ne sont confrontés à aucune barrière de
Coulomb. Ils peuvent atteindre le noyau à n’importe quelle énergie, y compris les énergies thermiques (∼ 0,025
eV).
Type Énergie
Thermique ∼ 0,025 eV
Épithermique 1 eV – 100 keV
Rapide > 0,1 MeV
→ Neutrons rapides (> 0,1 MeV) : produits par fission ou fusion. Ils perdent leur énergie en entrant en collision
avec les noyaux (diffusion élastique).
→ Neutrons thermiques (∼ 0,025 eV) : en équilibre thermique avec le milieu environnant. Ce sont ceux qui
ont la plus grande probabilité d’être capturés par les noyaux.
→ Neutrons épithermiques : neutrons d’énergie intermédiaire. Importants car de nombreux noyaux possèdent
de grandes sections efficaces de capture résonante dans cette gamme d’énergie.
Note:-
La fission produit des neutrons à ∼ 2 MeV, mais la probabilité de provoquer une nouvelle fission est maximale
à ∼ 0,025 eV. Le neutron doit donc être ralenti d’un facteur ∼ 108 sans être absorbé. Ce processus s’appelle
la modération.
1. Diffusion
Le processus de ralentissement des neutrons rapides s’appelle la modération.
p q
(𝑀 + 𝑚)𝐸 𝑓 − 2𝑚 𝐸0 cos 𝜃 𝐸 𝑓 − (𝑀 − 𝑚)𝐸0 = 0
𝐸0 p 2
𝐸𝑓 = cos 𝜃 + 𝐴 2 − sin2 𝜃 (2.41)
(𝐴 + 1)2
𝐸𝑓
2
𝐴−1
=𝛼= (2.42)
𝐸0 min
𝐴+1
53
Example 2.4.1 (Hydrogène (𝐴 = 1))
0 2
𝛼= =0
2
Une perte totale d’énergie est possible ! Comme deux boules de billard de même masse : le neutron
peut transférer toute son énergie en une seule collision frontale.
Note:-
Les noyaux légers sont essentiels. Un réacteur ne peut pas être modéré par le combustible lourd seul ; il
a besoin d’eau ou de graphite. Cependant, un bon modérateur doit ralentir les neutrons sans les absorber :
𝑛 + 𝐴 𝑋 → 𝐴+1 𝑋 + 𝛾 (capture = perte).
2. Absorption
Une fois thermalisé, le neutron a une forte probabilité d’être absorbé par un noyau. Deux processus importants :
→ Capture radiative (𝑛, 𝛾) : le noyau absorbe le neutron et devient un isotope plus lourd, souvent instable
(radioactif). L’excès d’énergie de liaison est émis sous forme de rayon gamma.
∗
59
27 Co + 10 𝑛 → 60
27 Co → 27 Co + 𝛾
60
60
Cette réaction est utilisée pour produire des sources de Co pour la radiothérapie et la stérilisation
industrielle.
54
→ Fission nucléaire (𝑛, 𝑓 ) : dans les noyaux lourds comme 235 U, l’absorption d’un neutron provoque la scission
du noyau en deux fragments, libérant une grande quantité d’énergie et des neutrons supplémentaires.
235
92 U + 10 𝑛 −→ 141
56 Ba + 36 Kr + 3 0 𝑛
92 1
Les neutrons libérés peuvent induire de nouvelles fissions, conduisant à une réaction en chaı̂ne.
Note:-
Les neutrons thermiques ont des sections efficaces de fission beaucoup plus élevées. Pour 235 U,
𝜎 𝑓 ≈ 584 b à 0,025 eV (thermique) contre ∼ 1 b à 1 MeV (rapide). C’est pourquoi la modération est essentielle
dans les réacteurs nucléaires thermiques.
→ 1. Ionisation : une particule chargée exerce une force de Coulomb suffisante pour arracher complètement
un ou plusieurs électrons d’un atome. L’énergie communiquée à l’électron doit dépasser son énergie de liaison.
Chaque événement d’ionisation réduit l’énergie cinétique de la particule incidente. C’est presque toujours le
mécanisme dominant.
L’énergie maximale transférée à un électron (au repos) en une seule collision est :
4 𝑚0 𝑀1
Δ𝐸max = 𝐸1 (2.43)
(𝑚0 + 𝑀1 )2
où 𝑚0 est la masse au repos de l’électron, 𝑀1 la masse de la particule incidente, et 𝐸1 son énergie cinétique.
55
→ 2. Excitation : la particule chargée exerce une force juste suffisante pour promouvoir un électron vers
un niveau d’énergie supérieur (couche), sans l’arracher de l’atome. Comme l’énergie transférée diminue avec la
distance, l’ionisation se produit près du trajet de la particule, tandis que l’excitation se produit plus loin.
• Les particules 𝛼 ne produisent pas de bremsstrahlung significatif — elles suivent des trajectoires rectilignes
et ne sont pas déviées.
• Le bremsstrahlung est quasi exclusivement associé aux électrons (particules 𝛽), car ceux-ci sont facilement
déviés par le champ coulombien nucléaire en raison de leur faible masse.
• La puissance rayonnée varie comme 𝑃brem ∝ 𝑍 2 𝐸/𝑚 2 : les particules lourdes (𝑚 grand) rayonnent de façon
négligeable ; les électrons (𝑚 petit) dans les matériaux de 𝑍 élevé rayonnent de façon significative.
56
Pouvoir d’arrêt (𝑑𝐸/𝑑𝑥)
Definition 2.5.1: Pouvoir d’arrêt
Le pouvoir d’arrêt 𝑑𝐸/𝑑𝑥 représente l’énergie perdue par la particule (et transférée au milieu) par unité
de distance parcourue. Plusieurs mécanismes y contribuent :
𝑑𝐸 𝑑𝐸 𝑑𝐸
= + (2.44)
𝑑𝑥 tot
𝑑𝑥 collisions
𝑑𝑥 rayonnement
| {z } | {z }
Ionisation & Excitation Bremsstrahlung
Pour les particules lourdes (𝑝, 𝛼) : les pertes par collision dominent, le bremsstrahlung est négligeable.
Les trajectoires sont rectilignes avec un parcours bien défini. Pour les particules légères (𝑒 ± ) : les
pertes par collision et par rayonnement sont toutes deux importantes à haute énergie. Les trajectoires
sont erratiques avec de grandes déflexions.
La formule de Bethe–Bloch
La formule centrale décrivant les pertes d’énergie par collision des particules chargées lourdes traversant la matière
:
𝑑𝐸 4𝜋𝑒 4 𝑧 2 2𝑚0 𝑣 2
− = 𝑁 𝑍 ln − ln(1 − 𝛽 2 ) − 𝛽 2 (2.45)
𝑑𝑥 𝑚0 𝑣 2 𝐼
où :
• 𝑚0 , 𝑒 : masse au repos et charge de l’électron.
57
Signification physique de chaque terme
→ Le facteur multiplicatif 𝑧 2 /𝑣 2 : comportement macroscopique dominant.
• Le facteur 1/𝑣 2 montre que les particules lentes perdent plus d’énergie — elles passent plus de temps
au voisinage de chaque atome.
• Le facteur 𝑧 2 montre que les particules fortement chargées ionisent beaucoup plus que les particules
monochargées (une particule 𝛼 avec 𝑧 = 2 perd ∼ 4× plus d’énergie qu’un proton).
→ Logarithme cinématique ln(2𝑚0 𝑣 2 /𝐼) : compare l’énergie cinétique maximale transférable en une seule
collision (2𝑚0 𝑣 2 ) à l’énergie moyenne réellement nécessaire pour ioniser l’atome (𝐼).
58
Le pic de Bragg : photons vs. protons
Les profils de dose en profondeur des photons et des protons sont fondamentalement différents, avec des implica-
tions cliniques majeures :
→ Photons (rayons X, 𝛾) :
59
Chapter 3
3.1 Introduction
Le noyau atomique contient un nombre potentiellement très grand de nucléons (jusqu’à environ 250). Chaque
nucléon est soumis à trois interactions fondamentales : l’interaction forte, l’interaction faible et l’interaction
électromagnétique. Ces interactions sont imposées par la présence de tous les autres nucléons dans le noyau.
Comprendre la physique nucléaire nécessite donc le recours à des modèles. La validité de ces modèles doit être
vérifiée par confrontation aux données expérimentales. Les modèles les plus performants sont ceux capables de
décrire fidèlement le noyau, de rendre compte des données expérimentales et de prédire de nouveaux résultats.
Hypothèses de base
Note:-
▶ Noyau sphérique : Le noyau est approximé par une sphère dont le volume est proportionnel au nombre
de masse 𝐴 :
4𝜋 3
𝑉= 𝑟 𝐴 =⇒ 𝑅 = 𝑟 0 𝐴 1 /3 (3.1)
3 0
60
▶ Densité nucléaire constante : La matière nucléaire étant incompressible, la densité est :
𝑀(𝐴, 𝑍) 𝐴/𝑁𝐴 1
𝜌= = 4𝜋 3 = 4𝜋
≈ 2,3 × 1014 g/cm3 (3.2)
𝑉 3 𝑟0 𝐴 3 𝑟03 𝑁𝐴
▶ Densité de charge uniforme: La charge électrique est uniformément répartie dans le noyau: les protons
remplissent le volume nucléaire de manière homogène.
▶ Symétrie des forces nucléaires : Les forces nucléaires agissent de manière quasi identique sur les protons
et les neutrons. Si les forces nucléaires étaient les seules interactions, alors 𝐵(𝐴, 𝑍) ↔ 𝐴 et le cas le plus stable
serait 𝑁 = 𝑍.
▶ Courte portée des forces nucléaires : Les interactions nucléaires n’agissent qu’à des distances de
quelques femtomètres.
𝐵
≈ 8 MeV/nucléon (pour 𝐴 ≳ 12) (3.3)
𝐴
Ceci est confirmé expérimentalement par la courbe 𝐵/𝐴 en fonction de 𝐴. L’énergie de liaison totale est donc
simplement proportionnelle au nombre de nucléons 𝐴 (c’est-à-dire proportionnelle au volume nucléaire) :
𝐵𝑣 = 𝑎 𝑣 𝐴 (3.4)
Terme coulombien
→ Pourquoi ce terme est-il nécessaire ? Le terme de volume surestime l’énergie de liaison, car il suppose
que tous les nucléons contribuent de manière égale. Or, les protons sont chargés positivement et se repoussent
mutuellement via la force de Coulomb. Cette répulsion électrostatique réduit l’énergie de liaison totale.
61
Plus le noyau contient de protons, plus la répulsion est forte : les noyaux lourds (𝑍 grand) sont moins liés que
ce que le terme de volume seul prédit. Les neutrons, électriquement neutres, ne contribuent pas à la répulsion
coulombienne. Il faut donc une correction négative à 𝐵𝑣 rendant compte de l’énergie électrostatique emmagasinée
dans une boule de 𝑍 protons.
→ Calcul de l’énergie coulombienne d’une sphère uniformément chargée. On construit la sphère couche
par couche, en amenant de la charge depuis l’infini. On suppose avoir déjà construit une sphère de rayon 𝑟. On
amène ensuite une coquille mince d’épaisseur 𝑑𝑟 et de charge 𝑑𝑞 depuis l’infini pour la placer à la surface. La
densité de charge 𝜌 est constante :
𝑄 𝑄
𝜌= = 4 (3.5)
3 𝜋𝑅
Vol 3
1 𝑞(𝑟) 4 3
𝑉(𝑟) = où 𝑞(𝑟) = 𝜋𝑟 𝜌 (3.6)
4𝜋𝜀0 𝑟 3
Étape 3 : En substituant :
3 𝜋𝑟 𝜌
4 3
1 4𝜋𝜌2 4
𝑑𝑊 = · 4𝜋𝑟 2 𝜌 𝑑𝑟 = 𝑟 𝑑𝑟 (3.8)
4𝜋𝜀0 𝑟 3𝜀0
Étape 4 : En intégrant de 𝑟 = 0 à 𝑟 = 𝑅 :
𝑅
4𝜋𝜌2 4 3 𝑄2
∫
𝐸coul = 𝑟 𝑑𝑟 = (3.9)
0 3𝜀0 5 4𝜋𝜀0 𝑅
Terme de surface
→ Pourquoi ce terme est-il nécessaire ? Le terme de volume surestime à nouveau l’énergie de liaison, car
il suppose que chaque nucléon possède le même nombre de voisins. Or, cela n’est vrai que pour les nucléons
situés au cœur du noyau. Les nucléons à la surface ont moins de voisins (environ la moitié) et sont donc moins
fortement liés. Ce déficit de voisins réduit l’énergie de liaison totale. L’effet est maximal pour les noyaux
légers, où la plupart des nucléons se trouvent près de la surface (rapport surface/volume élevé). Il faut donc une
correction négative proportionnelle à l’aire de la surface, et non au volume.
𝐵 𝑠 = −𝑎 𝑠 𝐴2/3 (3.11)
Terme d’asymétrie
→ Observations expérimentales : Pour les noyaux légers (𝐴 ≲ 40), les isobares les plus stables ont 𝑁 ≈ 𝑍
6 C avec 𝑁 = 𝑍 = 6). Pour les noyaux lourds (𝐴 > 40), le nombre de neutrons devient significative-
(exemples : 12
26 Fe). La vallée de stabilité s’écarte de la droite 𝑁 = 𝑍 lorsque 𝐴 augmente. Notre
ment plus grand (exemples : 56
63
formule jusqu’ici (𝐵𝑣 + 𝐵 𝑠 + 𝐵 𝑐 ) ne rend pas compte de cette asymétrie neutron–proton. Un nouveau terme est
nécessaire.
• 36
18 Ar : 𝑁 = 𝑍 = 18. Les niveaux de protons et de neutrons sont remplis de manière égale jusqu’à la même
énergie. Configuration la plus efficace.
• 36
16 S: 𝑍 = 16, 𝑁 = 20. Pour passer de l’Ar au S, on convertit 2 protons en neutrons. Mais les niveaux de
neutrons jusqu’à 𝑁 = 18 sont déjà pleins. Les 2 nouveaux neutrons doivent occuper des niveaux d’énergie
supérieure. Pendant ce temps, 2 niveaux de protons de basse énergie sont vides , gaspillés.
¯ ¯ 𝑥 2 ¯ ′′
𝐵(𝑥) = 𝐵(0) + 𝑥 𝐵¯ ′(0) + 𝐵 (0) + . . . (3.13)
| {z } 2
=0 (maximum)
La pénalité dépend de 𝑥 2 , et non de 𝑥 : elle pénalise aussi bien 𝑁 > 𝑍 que 𝑁 < 𝑍. En effet, les deux directions
coûtent la même énergie , le carré garantit que la pénalité est toujours positive. En pratique, on n’observe presque
jamais 𝑁 < 𝑍 dans les noyaux stables (sauf 1 H, 3 He), car 𝑁 < 𝑍 est pénalisé à la fois par l’asymétrie et par la
répulsion coulombienne.
Expression finale :
(𝑁 − 𝑍)2
𝐵 𝑎 = −𝑎 𝑎 𝑎 𝑎 ≈ 23 MeV (3.14)
𝐴
64
Terme d’appariement
→ Pourquoi les noyaux pair–pair sont-ils plus stables ?
Parmi les ≃ 250 noyaux stables observés dans la nature :
Type 𝑍, 𝑁 Noyaux stables
Pair–Pair 𝑍 pair, 𝑁 pair ≃ 167
Pair–Impair 𝑍 pair, 𝑁 impair ≃ 57
Impair–Pair 𝑍 impair, 𝑁 pair ≃ 53
Impair–Impair 𝑍 impair, 𝑁 impair ≃ 4 seulement !
Les nucléons préfèrent former des paires à spins opposés (↑↓) dans le même état spatial. Un nucléon apparié
se trouve dans un état d’énergie plus bas (plus lié). Un nucléon non apparié n’a pas de partenaire (moins lié).
+𝑎 𝑝 𝐴
−3/4 Pair–Pair : tous les nucléons sont appariés
𝛿= 0 𝐴 impair : un nucléon non apparié (3.15)
−𝑎 𝑝 𝐴−3/4 Impair–Impair : deux nucléons non appariés
Signification physique :
• Pair–Pair : bonus +𝛿 → stabilité supplémentaire (tous appariés).
• 𝐴 impair : pas de correction (un non apparié, inévitable).
• Impair–Impair : pénalité −𝛿 → stabilité réduite (deux nucléons non appariés).
Le facteur 𝐴−3/4 (Empirique) signifie que l’appariement est le plus important pour les noyaux légers et s’affaiblit
lorsque 𝐴 augmente.
𝑍(𝑍 − 1) (𝑁 − 𝑍)2
𝐵(𝐴, 𝑍) = 𝑎 𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴2/3 − 𝑎 𝑐 − 𝑎 𝑎 +𝛿 (3.17)
𝐴1/3 𝐴
66
3.3 Applications du modèle de la goutte liquide
Application 1 : Détermination des rayons nucléaires
𝑍(𝑍 − 1) (𝐴 − 2𝑍)2
𝐵(𝐴, 𝑍) = 𝑎 𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴2/3 − 𝑎 𝑐 − 𝑎 𝑎 ±𝛿+𝜂 (3.18)
𝐴 1 /3 𝐴
pour le noyau 𝑋 de charge 𝑍, et :
Δ𝐵 = 𝐵(𝐴, 𝑍) − 𝐵(𝐴, 𝐴 − 𝑍)
𝑍(𝑍 − 1) (𝐴 − 𝑍)(𝐴 − 𝑍 − 1)
= −𝑎 𝑐 − −𝑎 𝑐
𝐴 1 / 3 𝐴1/3
𝑎𝑐 h i
= 1/3 (𝐴 − 𝑍)(𝐴 − 𝑍 − 1) − 𝑍(𝑍 − 1)
𝐴
Développons le numérateur de cette expression :
(𝐴 − 1)(𝐴 − 2𝑍)
Δ𝐵 = 𝑎 𝑐 (3.20)
𝐴1/3
Pour des noyaux suffisamment lourds (𝐴 ≫ 1), on peut faire l’approximation 𝐴 − 1 ≈ 𝐴, ce qui donne :
𝐴(𝐴 − 2𝑍)
Δ𝐵 ≈ 𝑎 𝑐 = 𝑎 𝑐 (𝐴 − 2𝑍)𝐴2/3 (3.21)
𝐴1/3
On retient donc la formule finale encadrée :
67
→ 2. Lien physique entre 𝑎 𝑐 et 𝑟0 :
Dans le modèle de la goutte liquide, le noyau est assimilé à une sphère uniformément chargée de rayon 𝑅 = 𝑟0 𝐴1/3 .
L’énergie électrostatique classique pour assembler une telle sphère de charge 𝑍𝑒 correspond au terme coulombien.
Par identification, on établit la relation :
3 𝑒2
𝑎𝑐 = (3.23)
5 4𝜋𝜖0 𝑟0
Ainsi, la mesure de Δ𝐵 permet de calculer 𝑎 𝑐 , dont on déduit la constante fondamentale 𝑟0 :
3 𝑒2 1
𝑟0 = (3.24)
5 4𝜋𝜖 0 𝑎 𝑐
Conclusion : Les valeurs obtenues pour 𝑟0 oscillent autour d’une valeur moyenne, confirmant l’hypothèse de
l’incompressibilité de la matière nucléaire (la densité nucléaire est approximativement constante, avec 𝑟0 ≈
1, 2 à 1, 4 fm).
68
Application 2 : Bilan énergétique des réactions nucléaires
→ Objectif : Calculer l’énergie libérée (𝐸 𝑓 ) lors de la fission spontanée d’un noyau lourd, en utilisant le
modèle de la goutte liquide.
→ Méthode : Évaluer la différence d’énergie de liaison globale entre le noyau père et les fragments de
fission.
En substituant les masses par cette expression dans le bilan énergétique, on obtient :
h i
𝐸 𝑓 = 𝑍𝑚 𝑝 𝑐 2 + (𝐴 − 𝑍)𝑚𝑛 𝑐 2 − 𝐵(𝐴, 𝑍)
h i
− 𝑍1 𝑚 𝑝 𝑐 2 + (𝐴1 − 𝑍1 )𝑚𝑛 𝑐 2 − 𝐵(𝐴1 , 𝑍1 )
h i
− 𝑍2 𝑚 𝑝 𝑐 2 + (𝐴2 − 𝑍2 )𝑚𝑛 𝑐 2 − 𝐵(𝐴2 , 𝑍2 )
On regroupe ensuite les termes. Sachant que lors d’une réaction nucléaire, le nombre de nucléons se conserve
(𝑍 = 𝑍1 + 𝑍2 et 𝐴 = 𝐴1 + 𝐴2 ), les masses des nucléons isolés s’annulent parfaitement :
69
" 2/3 #
𝐴 𝐴
(𝑍/2)2 (𝐴/2 − 2𝑍/2)2
𝐸 𝑓 = 2 𝑎𝑣 − 𝑎𝑠 − 𝑎𝑐 − 𝑎 𝑎
2 2 (𝐴/2)1/3 𝐴/2
𝑍2
2/3 (𝐴 − 2𝑍)2
− 𝑎𝑣 𝐴 − 𝑎 𝑠 𝐴 − 𝑎 𝑐 1/3 − 𝑎 𝑎
𝐴 𝐴
𝑍2 𝑎 h
𝑎
i
= 𝑎 𝑠 𝐴2/3 1 − 2 · 2−2/3 + 𝑎 𝑐 1 − 2 · 2−2
· 21/3
+ (𝐴 − 2𝑍)2
− 4(𝐴/2 − 𝑍)2
𝐴1/3 𝐴
| {z }
0
𝑍2
= 𝑎 𝑠 𝐴2/3 (1 − 21/3 ) + 𝑎 𝑐 (1 − 2−2/3 ) (3.27)
𝐴 1 /3
𝐸 𝑓 ≈ 191, 24 MeV
70
3.4 Le modèle en couches
3.5 Applications du modèle en couches
71