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Vacances

Le narrateur passe ses vacances chez M. Soubeyrou, un maraîcher, où il est censé tenir compagnie au fils malade. Bien qu'il feigne d'apprécier sa visite, il préfère éviter les tâches de jardinage et se laisse aller à des rêveries sur la ville et ses boutiques. Le contraste entre son dégoût pour le travail des maraîchers et son désir d'échapper à la surveillance maternelle est palpable tout au long de son récit.

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Le narrateur passe ses vacances chez M. Soubeyrou, un maraîcher, où il est censé tenir compagnie au fils malade. Bien qu'il feigne d'apprécier sa visite, il préfère éviter les tâches de jardinage et se laisse aller à des rêveries sur la ville et ses boutiques. Le contraste entre son dégoût pour le travail des maraîchers et son désir d'échapper à la surveillance maternelle est palpable tout au long de son récit.

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Vacances

Je m'amuse un peu pendant les vacances chez Soubeyrou, puis à


Farreyrolles. M. Soubeyrou est un maraîcher des environs.
Trois fois par semaine, mon père donne quelques leçons au fils de ce
jardinier, et comme l'enfant est maladif, sort peu, on a demandé que je
vinsse lui tenir compagnie de temps en temps. Je prends le plus long pour
arriver. Je suis donc libre !
Ce n'est pas pour faire une commission, avec l'ordre de revenir tout de suite
et de ne rien casser ; ce n'est pas accompagné, surveillé, pressé, que je
descends la rue en me laissant glisser sur la rampe de fer. Non. J'ai mon
temps, une après-midi, toute une après-midi !
« Cela t'amuse d'aller chez M. Soubeyrou ? demande ma mère. Oui, m'man.
»
Mais un oui lent, un oui avec une moue. Tiens ! si je disais trop vite que ça
m'amuse, elle serait capable de m'empêcher d'y aller. Si une chose me
chagrine bien, me répugne, peut me faire pleurer, ma mère me l'impose sur-
le-champ.
« Il ne faut pas que les enfants aient de volonté ; ils doivent s'habituer à tout.
Ah ! les enfants gâtés ! Les parents sont bien coupables qui les laissent faire
tous leurs caprices. »
Je dis : « Oui, m'man », de façon qu'elle croie que c'est non, et je me laisse
habiller et sermonner en rechignant. Je descends dans la ville.
Je ne m'arrête pas au Martouret, parce que ma mère peut me voir des
fenêtres de notre appartement.
Je fais le sage et le pressé en passant sur le marché ; mais, dans la rue Porte-
Aiguière, je m'abrite derrière le premier gros homme qui passe, et j'entre
dans la cour de l'auberge du Cheval-Blanc.
Je reste caché le temps qu'il faut pour voir si ma mère est à la fenêtre et me
surveille encore ; puis, quand je me sens libre, je sors de la cour du Cheval-
Blanc et je me mets à regarder les boutiques à loisir.
C'est la boutique d'Arnaud, le cordonnier, avec sa botte verte pour enseigne,
une grande botte cambrée, qui a un éperon et un gland d'or ; à la vitrine
s'étalent des bottines de satin bleu, de soie rose, couleur de prune, avec des
nœuds comme des bouquets, et qui ont l'air vivantes. À côté, les pantoufles
qui ressemblent à des souliers de Noël.
Il y a un décrotteur qui est populaire et qu'on appelle Moustache. Mon rêve
est de me faire décrotter un jour par Moustache, de venir là comme un
homme, de lui donner mon pied, sans trembler, si je puis, et de paraître
habitué à ce luxe, de tirer négligemment mon argent de ma poche en disant,
comme font les messieurs qui lui jettent leurs deux sous : Pour la goutte,
Moustache ! Je n'y arriverai jamais ; je m'exerce pourtant !
Mais, chaque fois que je passe devant Moustache, je m'arrête à le regarder ;
je m'habitue au feu, je tourne et retourne autour de sa boîte à décrotter ; il
m'a même crié une fois : Cirer vos bottes, m'ssieu ? J'ai failli m'évanouir.
Je n'avais pas de sous, je n'ai pu les réunir que plus tard dans une autre ville,
et je dus secouer la tête, répondre par un signe, avec un sourire pâle. Je ne
me souviens plus du chemin, je ne sais par où je passais, comment finissait
la ville. Je me rappelle seulement que je me trouvais le long d'un fossé qui
sentait mauvais, et que je marchais à travers un tas d'herbes et de plantes
qui ne sentaient pas bon. J'arrivais dans le pays des jardiniers. Que c'est
vilain, le pays des maraîchers !
Autant j'aimais les prairies vertes, l'eau vive, la verdure des haies ; autant
j'avais le dégoût de cette campagne à arbres courts, à plantes pâles, qui
poussent, comme de la barbe de vieux, dans un terrain de sable ou de boue,
sur le bord des villes.
J'arrive chez M. Soubeyrou. Je reste, avec le petit malade, dans la serre. Il est
tout pâle, avec un grand sourire et de longues dents, le blanc des yeux taché
de jaune ; il me montre un tas de livres qu'on lui a achetés pour qu'il ne
s'ennuie pas trop. Un Ésope avec des gravures coloriées.
« Veux-tu t'amuser, m'aider à arroser les choux ? » me dit le père
Soubeyrou, qui tient un arrosoir de chaque main et qui marche le pantalon
retroussé, les jambes et les pieds nus, depuis le matin.
Son mollet ressemble, velu et cuit par la chaleur, à une patte de cochon
grillé ; il a sa chemise trempée et des gouttes d'eau roulent sur le poil de son
poitrail.
Non, je ne veux pas m'amuser, aider à arroser les choux ! Si ça l'amuse lui,
tant mieux ! Je ne veux pas priver M. Soubeyrou d'un plaisir, et je lui réponds
par un mensonge.
« Je suis tombé hier, et je me suis fait mal aux reins. » J'aime les choux, mais
cuits.
Je ne fuis pas le baquet maternel, la vaisselle de mes pères, pour venir tirer
de l'eau chez des étrangers. Je tire assez d'eau comme cela dans la semaine,
et je sens assez l'oignon. Non, M. Soubeyrou, je ne vous suivrai pas à ce
puits là-bas : je ne tournerai pas la manivelle, je ne ferai pas venir le seau, je
ne me livrerai pas au travail honnête des jardins. Je suis corrompu, malsain,
que voulez-vous ! Mais je ne veux pas tirer d'eau !

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