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Cit - 1

La crise de la citoyenneté résulte d'une perte de repères identitaires et d'une difficulté croissante des organes de représentation à relier les citoyens aux pouvoirs. Les préoccupations des citoyens se concentrent davantage sur des droits économiques et sociaux que sur la participation politique, tandis que l'incivisme et la délinquance augmentent dans un contexte de mondialisation et de désintégration des structures traditionnelles. Cette situation appelle à une redéfinition de la citoyenneté face à l'affaiblissement des idéologies et des institutions qui soutenaient autrefois l'engagement civique.

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La crise de la citoyenneté résulte d'une perte de repères identitaires et d'une difficulté croissante des organes de représentation à relier les citoyens aux pouvoirs. Les préoccupations des citoyens se concentrent davantage sur des droits économiques et sociaux que sur la participation politique, tandis que l'incivisme et la délinquance augmentent dans un contexte de mondialisation et de désintégration des structures traditionnelles. Cette situation appelle à une redéfinition de la citoyenneté face à l'affaiblissement des idéologies et des institutions qui soutenaient autrefois l'engagement civique.

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TROISIÈME PARTIE

LA DYNAMIQUE
DE LA CITOYENNETÉ

Chapitre VII

LA CRISE
DE LA CITOYENNETÉ

La crise de la citoyenneté est d’abord perte de repè-


res : les différentes appartenances (famille, nation,
classe) qui permettaient aux individus de s’identifier
dans la société ne sont plus aussi déterminantes ni aussi
clairement ressenties. Dans le même temps, les organes
de représentation (assemblées délibérantes, partis, syn-
dicats, associations) et de médiation ont beaucoup plus
de difficulté à être des relais entre le citoyen et les lieux
de pouvoir. La refondation de la citoyenneté passe par
l’analyse des causes de cette crise.

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I. – La crise de l’individualité

La conscience de la citoyenneté fait partie de la


citoyenneté. Si l’exigence du citoyen est faible, la
citoyenneté peut n’être qu’un simple civisme, « zèle
du citoyen pour sa patrie », selon Le Robert. Elle peut
même n’être qu’une civilité : « observation des conve-
nances, des bonnes manières en usage dans un groupe
social ».
Il ressort des enquêtes d’opinion qu’en matière de
citoyenneté les préoccupations semblent être de deux
ordres. D’une part, le plus important serait de respecter
les règles de vie commune, notamment dans les endroits
publics, et de protéger l’environnement. Mais, d’autre
part, les droits au travail et à la santé sont retenus comme
droits prioritaires. La première catégorie relèverait de la
civilité ; la seconde, de ce que nous avons appelé les
dimensions « économique et sociale » de la citoyenneté.
Les éléments caractéristiques de la citoyenneté (droit de
vote, paiement des impôts et intérêt pour la vie politi-
que locale) demeurent présents, mais à des rangs plus
modestes, bien devant, toutefois, l’adhésion à un parti,
à un syndicat ou à une association. Les jeunes, appar-
tenant à une génération sans identité historique forte,
semblent particulièrement persuadés de l’avènement
d’une société marquée par le désintérêt pour la chose
publique.
Cette inquiétante représentation est malheureuse-
ment corroborée par des études qui se sont attachées à
mesurer l’incivisme et l’incivilité, auxquels n’échappe
aucune catégorie sociale. Au cours des dernières années,
on constaterait une croissance particulièrement forte
des formes de délinquance révélatrices d’une inadapta-
tion sociale, notamment des violences urbaines contre

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les personnes et les biens, qui sont le fait des catégories
sociales démunies. Moins provocantes, car plus comple-
xes, mais tout aussi significatives de la montée de l’inci-
visme sont les manifestations délictueuses des catégories
sociales les plus favorisées, par le moyen de la fraude
fiscale dont le coût pour la société est très élevé.
La cause devrait en être recherchée, selon ces tra-
vaux, dans le fonctionnement même de l’espace public,
le desserrement du lien social sous l’effet d’une mon-
dialisation menaçante qui encouragerait, contradictoi-
rement, d’une part, de nouveaux réseaux de solidarité,
d’autre part, des replis identitaires, communautaristes
et individuels. S. Roché avance quatre causes pour
expliquer les incivilités. La société serait de plus en
plus tolérante vis-à-vis des déviances mineures en rai-
son d’une mobilité croissante et d’un relâchement de
l’autorité parentale. En même temps que la crise éco-
nomique, le départ de la gauche militante des quar-
tiers populaires entraînerait une déstructuration de la
vie sociale et engendrerait un climat d’insécurité et
de peur, une perte de maîtrise des vies personnelles.
Les adolescents ne seraient plus à même de contrôler
leurs pulsions ou leurs émotions ; l’individualisme et
la déritualisation de la vie moderne les pousseraient
à la violence comme forme de réassurance. Enfin, les
institutions auraient de plus en plus de mal à riposter
aux incivilités, et les citoyens renonceraient à les aider,
il y aurait déclin d’un courage qui n’apparaîtrait plus
nécessaire.

II. – La crise des représentations


« Où se trouve le représenté, il n’y a plus de repré-
sentant », écrit J.-J. Rousseau. Cette idée a parfois été

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utilisée pour critiquer la démocratie représentative ou
dénoncer le rôle des élites.

1. Le discrédit politique. – L’article 4 de la


Constitution de la Ve République dispose que « les partis
et groupements politiques concourent à l’expression du
suffrage. Ils se forment et exercent leur activité libre-
ment. Ils doivent respecter les principes de la souverai-
neté nationale et de la démocratie ». Le statut des partis
a toujours constitué une question délicate. Négligeant
la loi sur les associations du 1er juillet 1901, ils se
sont généralement considérés comme associations de
fait. Mais les dispositions législatives intervenues en
matière de financement des partis politiques condui-
sent à un encadrement qui contribue à les définir. Le
Conseil d’État a précisé les conditions à respecter pour
être regardé comme « parti ou groupement politique » :
relever de la loi du 11 mars 1988 relative à la transpa-
rence financière de la vie politique ou se soumettre aux
règles fixées par les articles 11 à 11-7 de cette loi, qui
imposent notamment aux partis et groupements politi-
ques de ne recueillir des fonds que par l’intermédiaire
d’un mandataire (ce 30 octobre 1996, Élections munici-
pales de Fos-sur-Mer).
Un parti a consisté longtemps en un groupement
auquel étaient associées certaines caractéristiques : des
militants et des responsables au sein d’une hiérarchie, un
groupe parlementaire, un journal d’opinion, l’observa-
tion de certaines pratiques (réunions, emblèmes, slo-
gans), le cas échéant, une inspiration idéologique. Les
citoyens reçoivent aujourd’hui une information traitée
qui les met en mesure de se faire une opinion sans autres
intermédiaires que les professionnels de l’information.
Les modèles, les projets et les programmes politiques en

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sont considérablement dévalorisés, la confiance dans les
élus en est atteinte.
L’affaiblissement de la bipolarisation droite-gauche
modifie la structure traditionnelle du paysage politi-
que. Les causes en sont d’abord sociologiques, avec le
développement des classes moyennes et des exclus, la
montée d’aspirations spécifiques concernant les femmes,
les jeunes, les minorités, etc. Économiques ensuite :
à la contradiction capital-travail s’ajoutent d’autres
contradictions telles qu’entre le droit au développe-
ment et la protection de l’écosystème mondial, entre
le progrès scientifique et la protection de la personne.
Idéologiques, enfin, dans la mesure où à la bipolarisa-
tion traditionnelle s’ajoutent d’autres types d’antago-
nismes comme écologisme-productivisme ou égalité
républicaine-communautarisme.
Les partis se sont constitués dans le cadre des États-
nations, mais ils se sont également inscrits dans des
internationales qui traduisaient les grandes confronta-
tions mondiales des systèmes politiques. Ils subissent
de ce fait à la fois la relativisation du cadre national et
les changements intervenus à la suite de l’effondrement
du régime dit du socialisme réel. Cela touche également
leurs formes d’organisation et de fonctionnement (cen-
tralisme, courants) ; les dissidences se multiplient, les
recompositions s’avèrent hypothétiques. Leurs effectifs
se situent, en France, à de faibles niveaux, probable-
ment moins de 400 000 adhérents pour l’ensemble des
partis, soit moins de 1 % du corps électoral.

2. L’altération des médiations. – Si les associations


représentent, comme il a été dit, un moyen important
de la démocratie locale, leur développement impétueux
depuis 1975 (après les vagues des activités caritatives

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des origines, des mouvements de jeunesse du Front
populaire, des diverses activités sociales liées à l’État
providence au moment de la Libération) tient aussi au
déclin des structures traditionnelles d’organisation de la
cité : des partis, mais aussi des services publics (de
l’école, notamment), des assemblées élues, des églises
et de la famille.
Le mouvement associatif connaît une crise spécifi-
que. La loi de 1901 a été utilisée à des fins qui ne sont
plus sociales : les associations interviennent dans le
champ concurrentiel et s’instituent en groupes de pres-
sion. Elles participent d’un démembrement de l’État et
des diverses collectivités publiques pour contourner les
règles de la comptabilité publique et du statut général
des fonctionnaires. Elles drainent une masse importante
de subventions sur lesquelles ne s’exerce qu’un faible
contrôle.
Si les associations peuvent être des écoles de forma-
tion à la citoyenneté, ce rôle est néanmoins limité à leur
objet même, qui peut être humaniste, mais aussi corpo-
ratiste, égoïste, sectaire ou maffieux. Leur développe-
ment est, pour une bonne part, la contrepartie de la crise
de la politique. Sur la vie même des associations pèsent
le mal-vivre ambiant, le jeu des ambitions et des intérêts
personnels. Plusieurs d’entre elles, et non des moindres,
ont été le siège de scandales importants sous couvert
d’actions humanitaires. Les plus grandes développent
des opérations de communication qui tendent à inscrire
leur action dans une logique de marché.
Les médias jouent un rôle essentiel aujourd’hui dans
la construction de la citoyenneté, ce qui en fait un enjeu
de pouvoir déterminant. La confrontation de deux fina-
lités concurrentes et difficilement compatibles (d’une
part, le taux d’audience commandé par la loi du marché ;

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d’autre part, le service public veillant à la fiabilité de
l’information, à sa distinction du commentaire, à l’appel
à la réflexion et aux préoccupations culturelles) condi-
tionne le façonnement de l’opinion publique. S’il est
vrai que le citoyen dispose aujourd’hui de moyens sans
précédent pour former son jugement, les moyens de
la manipulation de l’opinion se sont accrus au même
niveau. P. Bourdieu a montré comment le champ de la
production culturelle était dominé par le champ jour-
nalistique, lui-même déterminé par les contraintes du
marché. Le système doit intégrer des instruments
nouveaux se parant de rationalité, tel le sondage ; il
« instaure avec les électeurs une relation directe, sans
médiation, qui met hors jeu tous les agents individuels
ou collectifs (tels que les partis ou les syndicats) socia-
lement mandatés pour élaborer et proposer des opinions
constituées ». Cela concourt à affaiblir l’autonomie du
champ politique

III. – Une crise de système


Du désastre de Tchernobyl à la maladie de la vache
folle, de l’affaire du sang contaminé aux trafics d’or-
ganes, du développement des jeux de hasard à la mul-
tiplication des sectes, du chômage durable à la montée
de l’insécurité, de l’importance des taux d’abstention
dans les urnes à l’affaiblissement du sens civique, les
symptômes ne manquent pas pour illustrer une société
profondément ébranlée, en proie à une angoisse de type
millénariste, doutant de ses valeurs et de la possibilité
d’agir sur le cours de son destin.
Dans la mesure où citoyenneté et nationalité ont été
largement identifiées l’une à l’autre, et où la nation a
été le cadre de la formation de la citoyenneté moderne,

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il est normal que la relativisation de l’État-nation dans
le processus de mondialisation affecte la citoyenneté.
La conjugaison de l’autonomie de gestion des collecti-
vités territoriales et de la construction de l’Union euro-
péenne oblige à une redéfinition constante de l’identité
nationale. Par là, l’application du principe de subsidia-
rité qui procède à cette remise en cause (en modifiant les
échelles auxquelles les décisions sont prises) constitue
un défi pour la citoyenneté nationale.
L’appartenance à une classe a pu être longtemps un
substitut de la nation dans la conscience des couches
populaires, écartées du pouvoir institutionnel. Mais
la classe ouvrière pas plus que la bourgeoisie ne sont
aujourd’hui des catégories homogènes, en raison de
l’expansion de la sphère des services, du développe-
ment des travailleurs collectifs, des progrès technolo-
giques, du dépassement du taylorisme et du fordisme
au profit des cercles de qualité et de l’intéressement,
de l’extension de la précarité. Dans la mesure où la
conscience de classe pouvait porter une citoyenneté en
action ou en promesse, force est de constater qu’elle n’a
plus aujourd’hui la même vigueur dans cette fonction,
ce qui peut expliquer l’affaiblissement du mouvement
syndical.
La désertification des campagnes et un certain type
d’urbanisation de masse ont bouleversé les cadres tra-
ditionnels dans lesquels se forgeait et s’exprimait une
citoyenneté classique. Les concentrations de popula-
tions dans de grands ensembles déshumanisés se sont
notamment révélées destructrices de citoyenneté, dès
lors que les conditions de vie y devenaient si diffici-
les, la promiscuité si pesante, que le lien social s’y est
souvent brisé à partir du moment où les associations
et les organisations politiques de terrain, elles-mêmes

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affaiblies, ne pouvaient plus assurer un minimum de
cohésion sociale.
La famille n’échappe pas à cette mutation. Elle a
pu constituer dans le passé le cadre naturel de prépa-
ration du futur citoyen, du passage d’un certain code
familial à l’État de droit. Elle est fréquemment amenée
aujourd’hui à se recomposer sur des bases qui estom-
pent une lignée généalogique autrefois rassurante, por-
teuse de valeurs transmises de génération en génération,
participant d’une conception relativement stable de la
citoyenneté.
L’affaiblissement des grandes idéologies messia-
niques joue, enfin, un rôle important dans la perte des
repères et le désarroi ambiant. Les axiomes de la théo-
rie néoclassique ne correspondent plus à la réalité du
libéralisme. L’essoufflement de l’État providence réduit
la base idéologique de la social-démocratie. La tension,
classique en France, entre marxisme et catholicisme
s’est beaucoup affaiblie ; la contradiction entre ces deux
pôles de la vie politique est devenue moins féconde,
sans que de nouveaux antagonismes s’y soient substi-
tués avec la même force.

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