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Résoudre la problématique de l’énergie représente un défi de taille pour la société qui entraînera sans conteste un bou-
leversement de nos méthodes de construction au cours de la prochaine décennie. Certains parlent même d’une véritable
‘révolution’. Il ne fait aucun doute que la construction très basse en énergie constituera une véritable épreuve pour le monde
de la construction.
CT Hygrothermie
La construction ‘très basse en énergie’
10 ans pour une révolution profonde
✍✍ D. Van Orshoven, ir.,chef adjoint de la division ‘Climats, équipements et performance –– à Bruxelles, l’instauration d’une ‘norme
énergétique’, CSTC passive’ est prévue pour 2015. Bien que
P. D’Herdt, ir., chef de projet, laboratoire ‘Lumière et bâtiment’, CSTC cette décision ait néanmoins été reprise
dans un arrêté gouvernemental, la mé-
thode de calcul allant de pair n’a pas
PROBLEMATIQUE DE L’ENERGIE ET ROLE tation de l’efficacité énergétique de nos bâti- encore été déterminée
DES BATIMENTS ments. Il ressort de diverses statistiques que –– en Wallonie, à partir de 2019, toutes les
la consommation énergétique des bâtiments nouvelles constructions devront respec-
La construction de bâtiments quasi autonomes représente environ 30 à 40 % de la consomma- ter la norme ‘zéro-net’. D’ici là, toute
en énergie devrait grandement aider à relever tion totale d’énergie primaire en Belgique. La construction respectera la norme ‘très
les défis énergétiques auxquels notre planète part la plus importante de cette dernière dans basse énergie’ à partir de 2014 et la
tout entière est confrontée : les bâtiments revient au chauffage des pièces, norme ‘passive ou équivalente’ à partir
• épuisements des sources d’énergie tradi- de l’eau sanitaire et à l’éclairage. L’essentiel de 2017
tionnelles. Bien que la quantité exploitable de cette consommation est déterminé lors de • sur le plan européen, une révision de la
de combustibles fossiles et nucléaires (fis- la conception et de la construction. Diverses directive sur la performance énergétique
sion nucléaire) soit difficilement estimable études et réalisations exemplaires ont démon- des bâtiments a été publiée le 18 juin 2010.
et soit au centre de discussions incessantes, tré qu’il est possible de réduire fortement la Cette dernière impose entre autres aux Etats
il ne fait aucun doute que leur production consommation d’énergie de nos bâtiments membres de déterminer et de fixer des ni-
ralentira tôt ou tard et que ce type d’énergie nouvellement construits sans pour autant veaux d’exigence optimaux au point de vue
s’épuisera progressivement perdre en confort. des coûts et de veiller à ce qu’à partir de
• impact sur la santé et l’environnement en 2021, tous les nouveaux bâtiments soient
général : émission de gaz à effet de serre à ‘consommation énergétique quasi nulle’
(CO2, hydrocarbures, ...), radioactivité, pol- POLITIQUE DES POUVOIRS PUBLICS (pour les bâtiments publics, à partir de
lution de l’air (pluies acides, poussières, 2019). A la suite de cette révision, les inten-
smog, ...), ... Depuis 2006, nos trois Régions ont introduit tions politiques belges ont dû se conformer
• problématique de l’importation : étant don- une réglementation de prestation énergétique à celles de l’Europe.
né que l’Europe importe la majeure partie et établi les premiers renforcements des exi-
de son énergie (et la Belgique, presque toute gences. L’élaboration de plans plutôt ambi- Dans la directive révisée, on entend par ‘bâ-
son énergie), nous sommes tributaires des tieux est justifiée par l’importance de la pro- timent à consommation énergétique quasi
perturbations du transport, des fluctuations blématique et les possibilités d’amélioration nulle’, ‘un bâtiment qui a des performances
des prix, des pertes du pouvoir d’achat, ... pour les bâtiments. Les bâtiments exemplaires énergétiques très élevées. L’énergie nécessaire
à faible consommation énergétique (maisons restante devrait être couverte dans une très
Il est possible de pallier certains de ces pro- passives, p. ex.) font souvent figure de modèles large mesure par de l’énergie produite à partir
blèmes de manière directe ou indirecte. Par implicites ou explicites pour la construction de de sources renouvelables sur place ou à proxi-
exemple, nous pouvons réduire la pollution de tous les bâtiments futurs. D’un point de vue mité’. Cette définition générale est encore
l’air en favorisant les technologies de combus- concret, les décisions suivantes ont été prises : assez vague et les Etats membres (les Régions
tion ainsi que des combustibles plus propres • les accords de majorités régionaux conclus en Belgique) ont reçus pour mission de trans-
(peu ou non sulfureux, p. ex.) ou en purifiant après les élections de juin 2009 prévoyaient former cette dernière en exigences concrètes,
les gaz d’échappement. Les émissions de gaz un renforcement accru des exigences : chiffrables et au moins équivalentes à l’opti-
à effet de serre pourraient, à leur tour, être ré- –– en Flandre, un niveau E (1) de 60 a été en- mum économique (évolutif) (2). Selon diverses
duites en éliminant le CO2 ou en le stockant (à visagé pour les habitations. Entre-temps, études, cette valeur oscille actuellement autour
grande profondeur, p. ex.). Enfin, une diversifi- le Gouvernement flamand a adopté un d’un niveau E de 60.
cation des pays importateurs pourrait tempérer arrêté fixant un niveau E de 70 à partir du
quelque peu l’incertitude politique. 1er janvier 2012 et de 60 à partir du 1er Pour ne citer qu’un exemple, relevons celui
janvier 2014 (de 2007 à 2009, ce niveau des toitures. Le niveau d’isolation imposé n’a
Toutefois, nous pouvons aborder ces trois caté- s’élevait à 100 et il est actuellement de cessé de croître ces dernières années avec pour
gories de problèmes de front grâce à l’augmen- 80) conséquence des épaisseurs d’isolant toujours
(1) Le niveau E est un indicateur de consommation d’énergie d’un bâtiment. Plus le niveau E est petit, plus la consommation est faible.
(2) Logiquement, le coût des alternatives pour réduire la consommation d’énergie traditionnelle jouera un rôle dans les discussions macro-économiques. Ainsi, par
exemple, l’énergie éolienne revient actuellement à 90 euros environ par MWh, électricité rémunérée sous forme de certificats verts. Tenant compte du facteur
de conversion de 2,5 dans les centrales électriques, cela représente un coût de 36 euros par MWh de combustible traditionnel économisé. D’un point de vue
sociétal, l’ensemble des techniques d’économie d’énergie appliquées dans les bâtiments et concurrentielles à ce prix sont, en d’autres termes, moins onéreuses
que l’énergie éolienne et, par conséquent, tout aussi intéressantes.
Les Dossiers du CSTC 2011/3.15 | 1
plus importantes à mettre en œuvre (cf. fi- moment et l’intensité du renforcement des exi- performantes d’économie d’énergie (compa-
gure 1). A terme, cette tendance pourrait avoir gences (cf. pointillés dans la zone jaune). Les rables aux constructions passives) applicables,
des conséquences sur la conception structu- autorités flamandes travaillent actuellement à en principe, à toutes les habitations (super iso-
relle de la toiture. l’élaboration d’un plan d’action élargi pour lation, excellente étanchéité à l’air, système
imposer dans les années à venir les bâtiments de ventilation parfait et très bonne efficacité
Examinons ensuite les tendances globales des à consommation d’énergie quasi nulle. du système de production de chaleur). L’écart
habitations de nos trois Régions (cf. figure 2) entre les résultats de cette analyse (dû à la forme
en commençant par les précédentes exigences du bâtiment, à la surface et à l’orientation des
du niveau K (3) pour terminer par le niveau POTENTIEL TECHNIQUE fenêtres, ...) n’est que d’une dizaine de points
E (cf. lignes pleines). Nous constatons que E et nous permet de déduire prudemment qu’il
depuis quelques années, une accélération Il ressort d’une analyse rudimentaire de plus serait techniquement possible d’appliquer une
des renforcements s’opère et cette dernière de 100 géométries réelles d’habitations uni- exigence maximale du niveau E de 45 à 50 à
durera certainement quelques années encore. familiales qu’atteindre un niveau E moyen toutes les nouvelles habitations unifamiliales.
Toutefois, il nous est impossible de prévoir le de 35 à 40 est possible grâce aux techniques Il faut toutefois tenir compte de l’apprentissage
nécessaire, du coût économique individuel et/
ou global pour la société (en comparaison avec
Fig. 1 Evolution des épaisseurs d’isolation dans les toitures à versants.
les énergies alternatives), ... Les améliorations
technologiques futures pourront éventuelle-
20
ment permettre de réduire encore le niveau E
12
cm
6
cm
de manière systématique.
cm
Cette analyse ne tient pas compte de l’énergie
–
=
solaire (chauffe-eau solaires pour installations
ax
m
75
U
d’eau chaude sanitaire et production d’élec-
19
tricité photovoltaïque (4)) car cette technique
d’économie d’énergie ne s’applique pas telle
K
2
/m
quelle dans toutes les habitations (problèmes
W
Epaisseur de
4
0,
Année Umax [W/m2K] d’orientation et d’ombrage, p. ex.). Néan-
l’isolant disol [cm]
=
06
ax
moins, lorsque cette dernière est exécutée sur
m
U
20
1975 6 –
des toitures adaptées (ou spécialement conçues
K
2
1985 8 0,6 à cet effet), l’énergie produite peut fournir une
/m
W
contribution significative et même conduire
24
1996 10 0,4
0,
à un niveau E (légèrement) négatif. Dans les
=
2006 12 0,4 (+ fraction ‘bois’)
ax
immeubles à appartements, la surface dispo-
m
U
14
2010 15 0,3 nible de la toiture est cependant beaucoup plus
20
faible par rapport à la consommation énergé-
2012 17 0,27
tique totale du bâtiment, de sorte que l’énergie
2014 20 0,24 solaire ne permet pas d’atteindre des niveaux
E aussi bas (quasi nuls).
Fig. 2 Tendances globales des habitations de nos trois Régions. Soulignons qu’un niveau E négatif (selon la
définition actuelle) ne signifie pas qu’un bâ-
Isolation thermique : exigences du niveau K Performances énergétiques : exigences du niveau E
timent produit annuellement plus d’énergie
(primaire équivalente) qu’il n’en consomme.
140
Le calcul du niveau E ne tient compte que de
la consommation ‘propre au bâtiment’ déter-
120 Evolution future minée lors de sa conception et de sa construc-
tion et non de la consommation des appareils
100
Flandre : isolation thermique électriques ‘indépendants’ (appareils électro-
80
Flandre : exigences PEB ménagers tels que le frigo, la télévision et la
Exigence [%]
Bruxelles : isolation thermique cuisinière, p. ex.). Cette consommation élec-
60 Bruxelles : exigences PEB
trique s’élève rapidement à quelques dizaines
Wallonie : isolation thermique
Wallonie : exigences PEB
de points E et est, en outre, extrêmement va-
40
riable. A l’avenir, si les véhicules électriques
CT Hygrothermie
Futur : haut ?
20 Futur : moyen ? gagnent en popularité, l’énergie de chargement
Futur : faible ? rendra plus compliquée encore la possibilité
0 d’atteindre une consommation énergétique
-20
annuelle quasi nulle.
1983 1987 1991 1995 1999 2003 2007 2011 2015 2019 2023 2027 2031 2035 2039 2043
Année
(3) Le niveau K est un indicateur du niveau d’isolation thermique moyen d’un bâtiment. Plus le niveau K est petit, meilleure est l’isolation thermique.
(4) Dans la plupart des projets, le coût total (pour la société) par unité d’énergie traditionnelle économisée semble être moindre pour les chauffe-eau solaires que
pour la production d’électricité photovoltaïque. Cependant, en raison de la relativement faible énergie consommée pour la production d’eau chaude sanitaire,
cette différence s’amenuise.
2 | Les Dossiers du CSTC 2011/3.15
CONSEQUENCES POUR LE SECTEUR
Informations utiles
Bien qu’il soit encore impossible de déterminer
avec précision ce que l’avenir nous réserve, il Technologies qui pourraient gagner en importance :
ne fait aucun doute que cette tendance pronon- • parois opaques très bien isolées avec une isolation continue au niveau des jonctions.
L’utilisation de matériau d’isolation suffisamment épais ainsi qu’une pose soignée sont
CT Hygrothermie
cée vers des bâtiments très économes en énergie
requises
aura, dans certains cas, un impact considérable
• fenêtres à triple vitrage (5) et châssis de fenêtre adaptés (plus épais ayant une capacité
sur les méthodes de construction actuelles. La portante plus importante et éventuellement une meilleure performance thermique)
quasi-totalité des professions liées au bâtiment • constructions étanches à l’air. Ceci ne peut être obtenu que grâce à un projet bien
seront vraisemblablement touchées de manière pensé, une bonne coordination entre les acteurs du chantier et une exécution soignée
directe ou indirecte. • systèmes de ventilation économes en énergie
• réponse à un besoin résiduel en chaleur au moyen de systèmes de production adéquats
A priori, il est impossible de déterminer les à faible capacité et rendement élevé (petites pompes à chaleur électriques dans les
techniques qui acquerront une importante part habitations, p. ex.)
• limitation importante de la consommation d’énergie des auxiliaires (ventilateurs écono-
de marché. A titre d’information, nous énu-
mes en énergie, p. ex.)
mérons malgré tout dans l’encadré une série • application d’énergies renouvelables (chauffe-eau solaires et systèmes photovoltaïques,
de développements possibles. Certains de ces p. ex.).
développements sont susceptibles d’influencer
les machines de production (adaptation des
machines afin de pouvoir confectionner des pouvoir garantir un climat intérieur adéquat et sitera des efforts importants de la part de beau-
châssis de fenêtres plus larges pour un triple une faible consommation d’énergie. Le main- coup, elle permettra néanmoins de construire
vitrage, p. ex.). tien dans le temps d’une faible consommation des bâtiments représentant une plus-value
d’énergie ainsi que d’autres activités nouvelles tant pour l’utilisateur que pour le secteur de la
Outre les changements technologiques liées à l’énergie peuvent offrir des opportuni- construction. Ainsi, pour l’utilisateur, l’appli-
concrets, il faudra également se concentrer da- tés de développement de nouveaux emplois cation de techniques permettant d’économi-
vantage sur le processus de construction dans dans le secteur de la construction. ser de l’énergie peut s’avérer financièrement
son intégralité. Ainsi, au stade de la concep- neutre : en effet, l’investissement consenti lors
tion, il ne suffira pas de concevoir l’enveloppe de la construction pourra être récupéré grâce à
et la structure la plus économe possible en CONCLUSION la réduction de la facture énergétique. A l’ave-
énergie, il faudra également faire en sorte que nir, les flux monétaires importants, transmis
toutes les installations techniques soient adap- Le défi social visant à résoudre les divers actuellement aux pays exportateurs de pétrole
tées à ce très faible besoin en énergie. Ensuite, aspects fondamentaux de la problématique de et de gaz, afflueront progressivement vers le
les aspects liés à l’énergie devront faire l’objet l’énergie entraînera assurément d’importants secteur intérieur de la construction. Ainsi, ce
d’une attention particulière et plus précise dans changements dans la manière de construire au dernier pourra fournir une contribution sociale
les cahiers des charges et dans les offres. Sur cours de la prochaine décennie. Il est évident très positive, ce qui ne pourra qu’améliorer son
le chantier, il sera plus important encore d’as- qu’apprendre à construire des bâtiments à image et motiver les jeunes dans leur choix
surer une bonne coordination entre les divers faible consommation énergétique constituera d’une carrière professionnelle dans un secteur
acteurs et ce, afin de garantir, par exemple, un challenge de taille pour le monde de la concurrentiel par rapport aux autres secteurs
l’étanchéité à l’air globale de l’enveloppe du construction. Bien que cette évolution néces- modernes. ■
bâtiment. Une mise en œuvre soignée (réglage
des systèmes de ventilation, p. ex.) sera évi- Rénovation énergétique des bâtiments existants
demment tout aussi importante.
Outre l’évolution des nouvelles constructions dont il est question dans cet article, il ne fait
Les éventuelles modifications en cours de aucun doute qu’il existe également un énorme potentiel technique et économique pour
construction des plans originaux devront être réduire la consommation énergétique des bâtiments existants. Ce défi gagnera indubita-
réfléchies et discutées afin de satisfaire aux blement en importance pour la société au cours des prochaines années et générera, à
son tour, des opportunités supplémentaires de nouvelles activités dans le secteur de la
objectifs de prestations énergétiques. De plus,
construction.
elles devront être bien documentées afin de
pouvoir ensuite établir une déclaration PEB L’ensemble du potentiel de cette rénovation énergétique est toutefois difficile à activer
correcte. pour différentes raisons. Ainsi, il est souvent peu évident d’un point de vue technique de
réaliser a posteriori des bâtiments à consommation énergétique quasi nulle. De plus, ce
Evidemment, un usage approprié et un entre- processus est synonyme de frais considérables. Lorsque l’état général du bâtiment est
tien soigné des installations durant toute la incertain, nous supposons qu’à l’avenir, on envisagera plus rapidement une démolition
phase d’utilisation seront importants pour suivie d’une reconstruction.
(5) Il semblerait que le triple vitrage constitue, depuis quelques années, la norme dans les pays scandinaves. En Allemagne, sa part de marché aurait presque atteint
les 40 % au printemps 2011. Il ne s’agit aucunement d’un miracle étant donné que, depuis l’automne 2009, le coefficient de transmission thermique d’une fenêtre
lors de rénovations ne peut dépasser 1,3 W/m²K. Aux Pays-Bas, depuis le 1/1/2011, le triple vitrage a visiblement été considéré comme solution économique
pour renforcer les exigences relatives aux prestations énergétiques (le coefficient de prestation énergétique maximal pour les habitations est passé de 0,8 à 0,6).
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