Module 4
Module 4
Introduction à la criminologie
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Pour ce qui est des liens hypertextes identifiés par l’icône , ILS NE SONT PAS MATIÈRE À
EXAMEN. L’œil signifie que vous pouvez y jeter un œil car le contenu vient aider à la
compréhension du cours. Il permet d’illustrer ou d’approfondir les notions et les idées présentées
dans les diapositives. La décision d’en consulter quelques-uns ou la totalité vous appartient selon
votre temps et vos intérêts.
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Introduction au module
(Visionner la vidéo via l’hyperlien)
Module 4
Dans les modules précédents, nous avons établi des distinctions importantes entre déviances,
illégalismes et crimes. Nous avons notamment souligné l’importance, quand nous parlions de
crimes, de distinguer les comportements criminalisables des comportements
criminalisés (au sens de jugés comme tels) par le système de justice pénale.
Nous avons également vu que ce n’est pas parce que des comportements rentrent dans le
champ d’action et le champ de compétence du droit criminel que ce dernier sera pour autant
mobilisé. Comme nous avons vu que ce n’est pas parce que le droit criminel n’est pas mobilisé
que rien ne se passe, qu’il y a impunité. D’autres modes de régulation sociale peuvent être
mobilisés pour gérer nos différentes problématiques sociales.
Nous avons enfin montré les difficultés d’une collectivité (et de ses médias) à déterminer
consensuellement quels comportements constituent des crimes, et lesquels n’en seraient pas.
Pour se mettre d’accord sur les crimes, sans doute faut-il d’abord se mettre d’accord sur les
comportements les plus « graves ». Or, il est très difficile (pour ne pas dire insoluble) de
s’accorder sur quoi entendre par gravité.
• Se situe-t-on sur le plan moral et symbolique ?
• Sur le plan de la souffrance des victimes ?
• Sur le plan des dommages sociaux et économiques, car si c’est le cas, comment expliquer le
cas des illégalismes privilégiés (module 3) ? 5
Nous évoquerons ensuite, dans les grandes lignes et à travers la réflexion menée
par la Commission du droit du Canada (2003), un débat éternel sur une refonte
possible du droit criminel : quels comportements garder / inclure dans le code,
quels comportements retirer du code ?
Coup de balai dans le Code criminel canadien
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Sans doute faudrait-il déjà s’entendre sur la définition d’objectif. Au-delà de l’idée
qu’un crime objectif serait un crime dont la qualification ne changerait
probablement pas dans le temps, que veut-on dire par objectif ?
A. Veut-on dire un crime qui irait naturellement de soi indépendamment des
conflits qui pourraient socialement apparaître au sein d’une même
collectivité à propos de ce caractère naturel ? Le crime serait ici universel,
c’est-à-dire qu’il serait réprimé partout et en tout temps.
B. Ou veut-on dire un crime qui ferait consensus social dans une société
donnée à un moment donné ( par exemple au Canada) ?
Avant d’écouter la capsule qui suit, essayez de trouver un crime objectif dans le
sens de A et/ou le sens de B présentés ci-dessus?
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En effet, et comme déjà vu à plusieurs reprises dans le Bloc A, il n’y a pas vraiment de
consensus dans les sociétés humaines sur ce qu’on appelle parfois un peu vite des conduites
socialement inacceptables.
• Prenons un exemple simple. Le fait de blesser intentionnellement autrui voire le tuer
serait un bon exemple de conduite a priori non tolérée socialement. Or est-ce toujours
le cas ? Ex. Pensez à une personne cambriolée qui blesse ou tue le voleur… à un policier qui
tue un preneur d’otages… à tous les Canadiens qui souhaitent le rétablissement de la peine de
mort (parfois même sans procès), etc.
En d’autres termes, on voit bien que selon les circonstances (légitime défense,
protection de la société, une certaine idée de la justice), des principes / des valeurs qui
paraissent sacrés vacillent plutôt rapidement, même pour des comportements qu’on aurait
a priori tendance à décrire de grave ou violent.
• Rappelez-vous ici la chronique de Radio-Canada du Module 1 sur l’évolution du
concept de violence au fil de l’histoire. 10
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• Mais on peut également sortir des illégalismes privilégiés et évoquer par exemple
l’absence d’intervention (y compris judiciaire) qui a longtemps marqué les affaires de
pédophilie impliquant l’Église… ou encore le viol sur conjoint qui n’a fait son
apparition dans le Code criminel canadien que dans les années 1980.
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Pensons par exemple, dans le contexte #MeToo, à une femme qui tue son mari dans son
sommeil parce qu’il est de plus en plus violent non seulement avec elle mais aussi avec
leurs enfants.
Pensons aussi, dans l’après George Floyd, au policier qui va tuer dans le dos le membre d’une
minorité visible.
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Pensons encore, dans un contexte qui semble lentement mais sûrement prendre conscience de la
violence coloniale infligée aux communautés autochtones, aux Commissions d’enquête qui ont fini
par s’intéresser à « ces vies qui jusque là valaient moins ».
Voir par exemple le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues
et assassinées.
Pensons enfin, dans un contexte qui rend l’Église catholique bien moins intouchable qu’auparavant,
aux attaques de plus en plus virulentes dont elle fait l’objet, que ce soit pour agressions
ou pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur des mineurs *.
* Y compris quand ces agressions et ces non-dénonciations datent d’il y a a 50, 60 ans.
Il est important de se rappeler ici que si le crime contre l’enfant, en particulier à caractère
sexuel, est sans doute aujourd’hui le plus honni en Occident, cela n’a pas toujours été le cas.
Voir notamment :
L’éphébophilie - Bombardier-Matzneff
Pierre Verdrager (2013) L'enfant interdit - comment la pédophilie est devenue scandaleuse.
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Mais là encore, nous devons aussitôt admettre que ce qui est vu comme le plus intolérable peut
varier d’une société à l’autre (et au sein de chacune d’elle, d’une époque à l’autre) :
• Par exemple, alors qu’en Occident, les crimes contre le Roi (représentant de Dieu sur terre)
et contre le père* (symbole de l’ordre et de l’État, la famille étant la clé de voûte de l’ordre
social) ont longtemps été considérés comme les crimes le plus graves ; aujourd’hui, c’est le
crime contre l’enfant (pédophilie, infanticide, etc.) qui bouleverse le plus notre collectivité.
La sanction des parricides du droit romain au Code pénal napoléonien
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Ce constat sur l’impossibilité de trouver des crimes objectifs nous amène à notre
2e question évoquée précédemment : comment déterminer alors socialement
ce qui devrait ou non être considéré comme un crime ?
Dans les slides qui suivent, nous continuerons de voir que s’il ne va pas du tout de soi
de nous mettre collectivement d’accord sur l’identité des conduites à définir
comme crimes,
• Il ne va pas non plus de soi de nous mettre d’accord sur la manière de traiter
ces conduites, et ce peu importe qu’on décide socialement de les nommer
crimes ou non.
Cette réflexion aussi périlleuse que stimulante a d’ailleurs été au cœur des travaux
de la Commission du droit du Canada (2003) (CDC), que nous aborderons
maintenant.
Celle-ci se posait les questions suivantes :
Quels comportements garder ou inclure dans le code criminel, et
lesquels retirer du code ? Au nom de quels critères ? 17
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Ce 2e point peut étonner, dira la Commission, quand on sait que pour être distingué des autres
systèmes de régulation (formel ou informel), le droit criminel est souvent présenté à la collectivité
comme étant justement celui qui ne s’attaque qu’aux comportements les plus graves, qui ne punit que les
conduites les plus socialement intolérables, dommageables.
Bref, la Commission se demande si le droit criminel remplit vraiment cette fonction qu’on lui assigne
ou si on peut mettre cette affirmation en doute. À cet égard,
• Repensez aux illégalismes privilégiés déjà discutés (Module 3). Certes, le droit criminel peut
théoriquement être mobilisé pour ces cas parfois quantitativement bien plus
dommageables/graves que les crimes de droit commun. Toutefois on a vu que bien souvent
plus le joueur est gros, plus il semble en mesure d’éviter de passer par la case du ‘pénal’.
• À l’inverse, pensons à l’exemple du téléphone cellulaire au volant ou encore au vol de signaux internet.
La criminalisation vise ici à réduire l’occurrence de ces comportements ET NON à signifier
aux citoyens que ce sont des comportements qui briment grandement les valeurs canadiennes.
CAPSULE RADIO-CANADA : LA
CRIMINALISATION DU
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CELLULAIRE
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La CDC s’interroge donc sur le bien-fondé du contenu du droit criminel, car selon
elle, son contenu paraît à la fois trop large (le cellulaire au volant mérite-t-il une
criminalisation ?) et/ou insuffisamment étendu (devrait-on punir davantage
criminellement les illégalismes privilégiés ?).
La question qui se pose alors est la suivante: faut-il limiter le champ d’action du
droit criminel ou plutôt le recalibrer ?
Même si la CDC justifie davantage sa réflexion par un souci de réduire le champ
d’action et de compétence du code criminel, elle ne tranche pas vraiment entre les
deux options et se montre sensible aux deux perspectives (diminuer le nombre de
comportements criminalisables ou adapter le code criminel à des comportements
« graves/préjudiciables » qui lui échappent souvent).
Elle tente plutôt d’identifier des critères qui nous aideraient à déterminer si
une conduite devrait être considérée comme criminelle ou non (notre 2e
questionnement).
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Les critères qu’elle discute sont au La CDC estime alors qu’il faudrait
nombre de 5 : obligatoirement que ces 5 critères
soient combinés pour qu’on puisse
1. Présence d’un grave préjudice
considérer qu’il y a là crime.
2. Action moralement mauvaise
3. Action qui menace ou viole
gravement les valeurs sociales Examinons maintenant ces 5 critères
fondamentales évoqués par la CDC pour comprendre
à quel point ils ne sont pas si évidents
4. Action violente ou à tout le que cela à déterminer…
moins dangereuse
5. Que cette action ne puisse pas
être résolue par d’autres moyens
sociaux ou légaux que le droit
criminel
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Avant d’établir un lien entre une (in)action et un (grave) préjudice, il faut déjà que le
préjudice soit connu de ceux-là mêmes qui le subissent, ce qui ne va pas toujours de soi :
• Les exemples montrés dans le module 3 sont à cet égard parlants. Pensez aux nombreuses
formes de criminalité économique ou écologique qui ont des coûts sociaux énormes mais qui
sont rarement vus par nous, citoyens, comme étant des crimes.
Et même si un préjudice est connu, sa cause n’est pas toujours simple à déterminer. Par
exemple,
• Si le caractère addictif de la nicotine (renforcé par les compagnies de tabac) est aujourd’hui bien
documenté, il a fallu le courage de lanceurs d’alerte pour aboutir à ce constat.
Voir le film Insider (1999) par exemple.
• Toujours sur la cigarette, il a fallu des années pour déterminer et reconnaitre la nocivité de la
fumée secondaire (dont son implication dans la mort de millions de gens des suites d’un
cancer). Pourtant, fabriquer et vendre des cigarettes est toujours légal au Canada !
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La CDC se demande également à qui revient l’autorité de décider ce qui est préjudiciable:
Si un acte posé envers une personne a des conséquences lourdes (mort, blessures, etc.) mais
que cette personne ne le définit pas comme dommageable pour elle, comment trancher ?
• Pensons ici aux débats entourant la criminalisation du suicide assisté où des individus demandent
à ce qu’on entende leur appel à l’aide et à la dignité et qu’on les soutienne dans leur décision de
mourir afin d’atténuer leurs souffrances.
• Pourtant, le droit criminel considère plutôt qu’on leur fait subir un préjudice et que ce ‘choix’ de
leur part ne peut en être un (vulnérabilité, défaillance à corriger dans le soutien qui leur est
apporté pour pouvoir continuer à vivre, etc.), d’où la nécessité de punir celles et ceux qui les
aident.
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Est-il immoral…
• D’imposer la circoncision à son enfant ? (torture OU tradition culturelle/religieuse ?)
• De donner une fessée à son enfant ? (voie de fait OU discipline ?)
• De permettre les jeux de hasard ? (oui si on les laisse être gérés par le privé et non si
l’État en récolte les bénéfices ?)
• De mener des éliminations ciblées au nom de la sécurité ? (meurtre planifié par le
parti au pouvoir OU décision politique ?)
Assassinat du général Soleimani : l'Iran lance un mandat d’arrêt contre Donald Trump
En Israël, la Cour suprême justifie les assassinats ciblés
Qui plus est, selon la lecture qui sera faite de l’action, le préjudice à prendre en
considération ne sera pas non plus le même et reconnaître un préjudice rendra souvent
difficile sinon impossible la reconnaissance d’un autre préjudice (par exemple, doit-on
valoriser davantage le préjudice des femmes ou celui des fœtus ?).
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Concernant ce 4e critère, la CDC entend faire une distinction entre d’une part, les comportements
dangereux (et violents) ET d’autre part, ceux qui relèvent du désordre.
• Elle souhaite limiter les crimes aux comportements dangereux, en particulier (mais pas
seulement) quand en plus d’être dangereux, ils sont violents.
Compte tenu des effets pervers de la criminalisation (nous y reviendrons dans un instant), elle souligne que le
Canada devrait éviter de garder ou pire encore d’ajouter dans la liste des crimes des
comportements qui ne s’y retrouveraient que pour les « désordres » qu’ils causent. Pensons par
exemple:
• À la criminalisation de manifestants lors du G20 de Toronto (2010).
• Ou encore à la criminalisation de participants à la grève étudiante au Québec (2012).
LA DÉMOCRATIE ÉTUDIANTE, LA GRÈVE ÉTUDIANTE ET LEUR RÉGULATION PAR LE DROIT
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Ceci dit, évaluer ce qu’est un danger n’est pas si simple que ça, et ce même si nous avons
tous en tête des crimes de sang, des comportements qui s’attaquent à la vie humaine, etc.
Il y a d’abord les situations où la personne se met elle-même en danger :
• Peut-on en effet justifier une intervention pénale quand une personne décide
d’escalader de façon sécuritaire pour autrui un building à mains nues ?
Parachutisme de l’extrême
• Comment également justifier le fait que le droit criminel puisse être mobilisé pour
punir le comportement d’une personne qui en aide une autre à se mettre en danger
(par exemple, un individu paraplégique qui demande à être assisté par un ami pour son
suicide) mais pas à l’égard d’autres comportements dangereux (tentative de
suicide, alcool, tabac, sports extrêmes, automutilation, pharmacodépendance) qui, nous
le savons, causent beaucoup de mort ?
Blessures auto-infligées: plus de 70 hospitalisation par jour au pays
• Comment enfin justifier l’usage du droit criminel à l’égard d’une personne qui se met
en « danger » (en jouant au jeu de hasard par exemple) dans la sphère privée (crime sur
la loterie et le jeux de hasard (206.1)), mais pas quand ce même comportement est
régulé dans la sphère publique (dans les casinos étatiques) ?
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Nous avons vu à cet égard dans le module 3 que des actions dangereuses non
violentes peuvent tout autant (voire plus) causer des pertes de vie humaines ou de
graves séquelles que des actions violentes.
• On pense particulièrement ici aux illégalismes suivants (et vus au module 3) :
milieu de la santé publique, environnement et santé et sécurité au travail.
Voir le triste exemple de la mine de Westray
Pour rappel, le drame de Westray a eu lieu en 1992 et les choses ne semblent guère
s’améliorer.
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Enfin, si nous ajoutons dans les actions dangereuses celle, par exemple, d’un parti
au pouvoir qui décide de mettre fin, ou même de freiner, la lutte aux changement
climatiques, on voit tout de suite comment la notion de danger se complique
rapidement.
• Sommes-nous ici dans une décision criminelle OU une décision politique ? (cas de
figure où le parti politique a informé la population de ses intentions avant les
élections).
• Doit-on statuer (et si oui comment) scientifiquement sur les conséquences de ces
changements climatiques tout comme sur la manière de les éviter pour décider s’il
faut ou non criminaliser l’action politique ?
• Doit-on se limiter aux préjudices constatés ou intégrer les préjudices potentiels…et à
venir ?
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C’est précisément parce que le droit criminel n’offre pas ces garanties que le CDC estime
que nos sociétés devraient d’abord tester d’autres réponses (juridiques ou non) avant de se
tourner, en dernier ressort, vers le droit criminel.
Bref, faire intervenir le droit criminel devrait chaque fois être interprété comme un échec de la
société et en ce sens, avoir lieu le moins souvent possible.
On comprend ici aussi pourquoi la CDC cherche moins à réajuster le champ d’action
et de compétence du droit criminel qu’à le limiter.
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Dans l’organisation actuelle de nos sociétés, le droit criminel présente a priori des avantages
indéniables.
• Le droit criminel a des critères exigeants pour qu’une accusation ne se transforme pas trop
facilement en culpabilité (équité, présomption d’innocence, droits de la défense, publicité de la
procédure, culpabilité qui doit être hors de tout doute raisonnable).
• Le droit criminel peut apaiser les victimes puisqu’il verticalise les conflits (il ne les laisse pas
seules) et qu’il reconnait publiquement leur statut (et donc leurs souffrances).
• Dans le même temps, le droit criminel veille à ne pas faire interférer les émotions des victimes
avec une réponse qui doit garder une dimension symbolique et collective car, ne l’oublions
pas, un crime en est un contre la société…pas contre Monsieur ou Madame X (les
jugements pénaux mentionnent d’ailleurs Reine c. Corriveau…et non Cauchie c. Corriveau).
o Comme le disait Badinter, un ancien ministre de la Justice en France :« face à l’arbitraire de
l’émotion, face au magma de l’ordinaire, la justice pénale doit s’élever, elle doit
transcender les conflits interpersonnels ».
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1) La prohibition (alcool,
stupéfiants, etc.)
À l’inverse de la répression, les
diverses méthodes de prise en
charge médico-sociale des
usagers de drogues ou encore
l’approche de la réduction des
méfaits semblent bien plus
efficaces pour diminuer la
consommation et les conséquences
personnelles et sociales de celle-ci.
N’est-ce d’ailleurs pas là l’objectif
premier de l’action du
gouvernement pour justifier la
criminalisation…? Nous aborderons
cette question de la réduction des
méfaits plus longuement dans le
Bloc D.
Décriminalisation et légalisation: des
mesures préventives contre l'usage
de drogues? 37
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Bref, il faut se garder de faire du droit criminel une panacée pour régler nos
problèmes de société.
Qui plus est, il a été montré que d’autres modes de régulation, formels (civil,
administratif, médical, etc.) comme informels (communautaires, conciliatoires,
interpersonnels, etc.) peuvent très bien remplir des objectifs que se donne le droit
criminel, que ce soit la réprobation sociale, la prévention générale, la prévention
spécifique, la réparation des torts, etc. (nous aborderons ces différents objectifs de la
peine dans le Bloc B).
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• Après tout, la notion de crime et, par extension le droit criminel, ne constituent
jamais qu’un accord social figé pour régler des problématiques sociales qui pourraient
être résolues autrement (en particulier quand elles réfèrent aux notions de
« désordre » / de dérangement de l’ordre public).
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B. Que l’on se doit comme criminologue (ou citoyen) de montrer les failles du droit
criminel pour éviter d’en abuser.
• On a en effet vu que la criminalisation occasionne de nombreux effets pervers, notamment
celui d’isoler davantage des personnes déjà socialement vulnérables (pensons à la
criminalisation du travail du sexe, de la consommation de certaines drogues, de la non-
divulgation de certaines infections sexuellement transmissibles, etc.).
• Ne pas prêter suffisamment attention à ces failles/limites peut maintenir le réflexe pénal
comme solution rapide à nos problèmes sociaux en présentant à tort cette solution pénale
comme efficace et ainsi favoriser entre autres choses l’inflation pénale.
C. Que lorsque le droit criminel est appliqué, ce n’est pas toujours en fonction de
certains préjudices que la société considère a priori comme socialement graves
(comme le fait d’occasionner la mort d’autrui ou même ‘juste’ de le blesser).
• Repensez ici aux accidents de travail par négligence ou à la pollution volontaire qui sont
rarement gérés par le droit criminel alors même que les préjudices causés (individuels et
sociaux) sont pourtant parfois très graves.
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Conclusion : Module 4
Quelques questions pour guider votre étude du module 4 :
Que veut-on dire par : ce n’est pas parce que des comportements rentrent
dans le champ d’action et de compétence du droit criminel que ce dernier sera
pour autant mobilisé?
Pourquoi, selon les notes de cours et la capsule Débusquer des crimes objectifs, une
vraie chimère, est-il si difficile de déterminer quels types de comportements
devraient se retrouver dans le code criminel?
À cet égard, le crime est-il (ou peut-il être) objectif et si oui, comment
déterminer socialement ce qui devrait ou non être considéré comme un
crime?
Peut-on parler de conduites qui sont socialement et unanimement
inacceptables, intolérables ou encore insoutenables pour une même société?
Que nous apprennent sur l’objectivité des crimes le cas sur le cannibalisme et
la capsule S'en prendre aux enfants, le crime absolu depuis et pour toujours?
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Conclusion : Module 4
Que veut-on dire par : ce n’est pas parce que des comportements rentrent
dans le champ d’action et de compétence du droit criminel que ce dernier sera
pour autant mobilisé?
Que nous apprennent la Commission du droit du Canada (2003) (CDC) et la
capsule La criminalisation du cellulaire à l’égard des comportements à garder, à
inclure ou à retirer du code criminel canadien? Et selon quels critères?
Pourquoi est-il si difficile de déterminer avec justesse le critère de préjudice?
Selon les notes de cours et la capsule Le « lancer du nain », un spectacle immoral,
que retenir du critère des actions moralement mauvaises?
Dans le même ordre d’idée, pourquoi faut-il être prudent avec le critère des
actions qui menacent ou violent gravement les valeurs de la société (voir
notamment la capsule Le principe d’égalité hommes/femmes, mais encore?)?
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Conclusion : Module 4
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Dans le BLOC B, nous montrerons cette fois que tant hier qu’aujourd’hui, il n’y a
pas davantage de consensus à l’égard des peines à imposer aux gens qui
contreviennent au droit criminel.
• Nous verrons par exemple que si un juge peut voir deux affaires très proches
l’une de l’autre, un second juge pourra voir ces deux mêmes affaires comme
complètement différentes… ce qui cause évidemment une certaine disparité
dans l’application des peines… disparité qui se traduit notamment par la
surreprésentation de certaines populations dans les prisons et les pénitenciers.
CAPSULE CONCLUSIVE
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