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Module 4

Le document présente le cours d'introduction à la criminologie, divisé en quatre blocs, dont le Bloc A traite du crime selon le droit, la science et les médias. Il aborde des questions fondamentales sur la définition du crime, la distinction entre comportements criminalisables et criminalisés, ainsi que les débats autour de la légitimité des comportements considérés comme criminels. Le Bloc A soulève également des interrogations sur l'objectivité du crime et les variations de perception sociale à travers le temps et les contextes culturels.

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Module 4

Le document présente le cours d'introduction à la criminologie, divisé en quatre blocs, dont le Bloc A traite du crime selon le droit, la science et les médias. Il aborde des questions fondamentales sur la définition du crime, la distinction entre comportements criminalisables et criminalisés, ainsi que les débats autour de la légitimité des comportements considérés comme criminels. Le Bloc A soulève également des interrogations sur l'objectivité du crime et les variations de perception sociale à travers le temps et les contextes culturels.

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2023-08-18

Introduction à la criminologie
CRM1700b

Pour rappel, le cours est découpé en quatre blocs :


A. Le crime tel qu'il est exposé par le droit, la science et les
médias.
B. Le droit criminel raconté de l'intérieur et la légitimité des
peines.
C. Police, prison et surveillance : contrôler mais aussi être
contrôlé.
D. Le métier de criminologue : défis et pièges de l'intervention.

Nous débutons ici le BLOC A


1

Bloc A : Le crime tel qu'il est exposé par le


droit, la science et les médias

Le Bloc A se compose des 4 modules suivants:

1. Un crime, c’est quoi? Et lesquels retiennent le plus notre


attention ? (Médias, Opinions publiques).
2. Le crime, un passage à l’acte à décoder ou un langage à
questionner ? Les différentes approches criminologiques.
3. Les vrais crimes et les crimes qui n’en seraient pas vraiment ?
Le cas des illégalismes privilégiés.
4. Qu’est-ce qu’un crime ? Un débat sans réponse
définitive possible.

Petit rappel avant de débuter le module…


Sont matière à examen:
1. Le contenu des diapositives qui suivent;
2. Les lectures obligatoires (voir à cet effet l’onglet Lectures obligatoires dans votre Brightspace);
3. Les capsules audio/vidéo avec l’icône suivant ;
4. L’ensemble des liens hypertextes avec l’icône .

 Pour ce qui est des liens hypertextes identifiés par l’icône , ILS NE SONT PAS MATIÈRE À
EXAMEN. L’œil signifie que vous pouvez y jeter un œil car le contenu vient aider à la
compréhension du cours. Il permet d’illustrer ou d’approfondir les notions et les idées présentées
dans les diapositives. La décision d’en consulter quelques-uns ou la totalité vous appartient selon
votre temps et vos intérêts.

 Toutefois, avant de soumettre votre question, rappelez-vous de vérifier si la réponse à celle-ci ne se


trouve pas déjà dans la foire aux questions ou dans les autres documents explicatifs du cours (ex.
Syllabus)!

1
2023-08-18

Introduction au module
(Visionner la vidéo via l’hyperlien)

Module 4

Petit rappel des modules précédents

Dans les modules précédents, nous avons établi des distinctions importantes entre déviances,
illégalismes et crimes. Nous avons notamment souligné l’importance, quand nous parlions de
crimes, de distinguer les comportements criminalisables des comportements
criminalisés (au sens de jugés comme tels) par le système de justice pénale.
Nous avons également vu que ce n’est pas parce que des comportements rentrent dans le
champ d’action et le champ de compétence du droit criminel que ce dernier sera pour autant
mobilisé. Comme nous avons vu que ce n’est pas parce que le droit criminel n’est pas mobilisé
que rien ne se passe, qu’il y a impunité. D’autres modes de régulation sociale peuvent être
mobilisés pour gérer nos différentes problématiques sociales.
Nous avons enfin montré les difficultés d’une collectivité (et de ses médias) à déterminer
consensuellement quels comportements constituent des crimes, et lesquels n’en seraient pas.
Pour se mettre d’accord sur les crimes, sans doute faut-il d’abord se mettre d’accord sur les
comportements les plus « graves ». Or, il est très difficile (pour ne pas dire insoluble) de
s’accorder sur quoi entendre par gravité.
• Se situe-t-on sur le plan moral et symbolique ?
• Sur le plan de la souffrance des victimes ?
• Sur le plan des dommages sociaux et économiques, car si c’est le cas, comment expliquer le
cas des illégalismes privilégiés (module 3) ? 5

Bloc A, module 4 : Un débat sans réponse définitive


possible : qu'est-ce qu'un crime ?
Dans ce dernier module du Bloc A, nous confirmerons d’abord que ce qui justifie
la place d’un comportement dans le code criminel ne va pas de soi.
• Nous nous rappellerons notamment que ce n’est parce qu’un comportement se trouve dans le
Code criminel qu’il sera poursuivi et entrera dans le système de justice pénale.
• On retrouve en effet plusieurs articles du Code qui sont soit désuets, soit non mis en œuvre par
les forces de l’ordre, soit non utilisés par les procureurs.

Nous évoquerons ensuite, dans les grandes lignes et à travers la réflexion menée
par la Commission du droit du Canada (2003), un débat éternel sur une refonte
possible du droit criminel : quels comportements garder / inclure dans le code,
quels comportements retirer du code ?
Coup de balai dans le Code criminel canadien

Nous aborderons enfin, très brièvement et toujours à la lumière de la réflexion


menée par la Commission du droit du Canada (2003), un autre débat qui revient
constamment : celui qui interroge la capacité du droit criminel à aider nos
sociétés à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire (ce point-là sera
toutefois bien plus développé dans les Blocs B et D). 6

2
2023-08-18

Un débat sans réponse définitive possible :


qu'est-ce qu'un crime ?

À la lumière des trois premiers modules


que nous venons de voir, deux
questions (indissociables) à 1 million de
dollars s’imposent afin de continuer
notre réflexion sur la criminologie :

1) Le crime est-il (ou peut-il être)


objectif ?

2) Comment déterminer socialement


ce qui devrait ou non être considéré
comme un crime ?

Un débat sans réponse définitive possible :


qu'est-ce qu'un crime ?
Question 1 : Le crime est-il (ou peut-il être) objectif ?

Sans doute faudrait-il déjà s’entendre sur la définition d’objectif. Au-delà de l’idée
qu’un crime objectif serait un crime dont la qualification ne changerait
probablement pas dans le temps, que veut-on dire par objectif ?
A. Veut-on dire un crime qui irait naturellement de soi indépendamment des
conflits qui pourraient socialement apparaître au sein d’une même
collectivité à propos de ce caractère naturel ? Le crime serait ici universel,
c’est-à-dire qu’il serait réprimé partout et en tout temps.

B. Ou veut-on dire un crime qui ferait consensus social dans une société
donnée à un moment donné ( par exemple au Canada) ?

Avant d’écouter la capsule qui suit, essayez de trouver un crime objectif dans le
sens de A et/ou le sens de B présentés ci-dessus?

Débusquer des crimes objectifs, une vaine chimère ? 8


(référence sur l'inceste : Marie-Aimée Cliche)

Un débat sans réponse définitive possible : qu'est-ce


qu'un crime ?

A) Y a-t-il des crimes qui vont naturellement de soi ?


Non cette idée ne tient pas la route, du moins si l’on veut bien admettre que les débats à ce
sujet ne permettent pas de dégager de vainqueur. En effet, que veut-on dire par
naturellement ?
• Que ce ne serait pas à la collectivité de décider ce qui constitue un crime ? Et que cette
décision devrait revenir à une autorité supérieure. Mais laquelle ? S’agit-il de la
religion ? De la philosophie ? De la science ? Du droit ?
• Comment hiérarchiser ces autorités, comment arbitrer entre leurs savoirs et quelle
(autre ?) autorité désigner pour trancher ?
• Si ces autorités lieront généralement les crimes à un acte grave, cette gravité n’aura en
fait de sens que par rapport à leur propre lecture du monde (par exemple, le suicide et
la bestialité pour la religion).
• Cette gravité pourra aussi trouver son origine à plusieurs endroits : l’identité de l’auteur
(s’agit-il d’un pécheur ? D’un monstre ?), le caractère du geste posé (une faute ? Une
intention ? Une imprudence ? Une négligence ?), l’ampleur des conséquences (mais
encore là, de quel ordre et pour qui ?).
9

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Un débat sans réponse définitive possible : qu'est-ce qu'un crime ?


B) Mais peut-on alors au moins soutenir qu’il y a des crimes au sens où ils font
l’unanimité sociale ou presque dans une société donnée?
Autrement dit, peut-on parler de conduites socialement inacceptables, intolérables voire
insoutenables pour une même collectivité ?
• A priori, ce type d’objectivité semble plus valable que le précédent (issue d’une « loi
naturelle »). Toutefois, en y regardant de plus près, cette objectivité est également
contestable.

En effet, et comme déjà vu à plusieurs reprises dans le Bloc A, il n’y a pas vraiment de
consensus dans les sociétés humaines sur ce qu’on appelle parfois un peu vite des conduites
socialement inacceptables.
• Prenons un exemple simple. Le fait de blesser intentionnellement autrui voire le tuer
serait un bon exemple de conduite a priori non tolérée socialement. Or est-ce toujours
le cas ? Ex. Pensez à une personne cambriolée qui blesse ou tue le voleur… à un policier qui
tue un preneur d’otages… à tous les Canadiens qui souhaitent le rétablissement de la peine de
mort (parfois même sans procès), etc.

En d’autres termes, on voit bien que selon les circonstances (légitime défense,
protection de la société, une certaine idée de la justice), des principes / des valeurs qui
paraissent sacrés vacillent plutôt rapidement, même pour des comportements qu’on aurait
a priori tendance à décrire de grave ou violent.
• Rappelez-vous ici la chronique de Radio-Canada du Module 1 sur l’évolution du
concept de violence au fil de l’histoire. 10

10

Un débat sans réponse définitive possible :


qu'est-ce qu'un crime ?
Bref, il existe bien des circonstances (opacité du comportement, statut des auteurs,
statut des victimes, etc.) qui feront que des situations qui pourraient être vues comme
criminelles (et même comme des crimes extrêmement graves) ne seront pas
nécessairement lues comme telles :

• Rappelez-vous les exemples du module 3 avec les illégalismes privilégiés (pensez à la


Ford Pinto ou encore aux employés/ouvriers qui meurent par ‘accident’, pour cause
de négligence non criminelle de leurs compagnies et de ceux qui les dirigent).

• Mais on peut également sortir des illégalismes privilégiés et évoquer par exemple
l’absence d’intervention (y compris judiciaire) qui a longtemps marqué les affaires de
pédophilie impliquant l’Église… ou encore le viol sur conjoint qui n’a fait son
apparition dans le Code criminel canadien que dans les années 1980.

• Et que dire de l’indifférence sociale concernant le sort des femmes autochtones


disparues, la brutalité policière à l’égard des minorités, etc. tant et aussi longtemps
qu’ils ne deviennent pas des « problèmes médiatisés », donc politisés?

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Un débat sans réponse définitive possible :


qu'est-ce qu'un crime ?
Il est cependant à noter que des circonstances historiquement défavorables à une
lecture criminelle (violence faite aux femmes, aux minorités visibles, etc.) peuvent un
moment donné encourager le scénario inverse, que ce soit ponctuellement ou durablement,
c’est-à-dire que des comportements qui n’étaient pas jugés suffisamment « importants »
aux yeux du droit pénal le deviennent

Pensons par exemple, dans le contexte #MeToo, à une femme qui tue son mari dans son
sommeil parce qu’il est de plus en plus violent non seulement avec elle mais aussi avec
leurs enfants.

Pensons aussi, dans l’après George Floyd, au policier qui va tuer dans le dos le membre d’une
minorité visible.

Ou encore une série d’autres « comportements » de policiers dans l’exercice de leur


fonction à l’égard des Afro-Américains qui ont soulevé maintes indignations et
protestations au cours des derniers mois en sol étatsunien.
Mort de Rayshard Brooks à Atlanta : un policier accusé de meurtre qualifié.
Jacob Blake : Aux États-Unis la colère anti-police ressurgit.

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Un débat sans réponse définitive possible : qu'est-ce qu'un crime ?

Pensons encore, dans un contexte qui semble lentement mais sûrement prendre conscience de la
violence coloniale infligée aux communautés autochtones, aux Commissions d’enquête qui ont fini
par s’intéresser à « ces vies qui jusque là valaient moins ».
Voir par exemple le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues
et assassinées.

Pensons enfin, dans un contexte qui rend l’Église catholique bien moins intouchable qu’auparavant,
aux attaques de plus en plus virulentes dont elle fait l’objet, que ce soit pour agressions
ou pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur des mineurs *.
* Y compris quand ces agressions et ces non-dénonciations datent d’il y a a 50, 60 ans.

Il est important de se rappeler ici que si le crime contre l’enfant, en particulier à caractère
sexuel, est sans doute aujourd’hui le plus honni en Occident, cela n’a pas toujours été le cas.
Voir notamment :
L’éphébophilie - Bombardier-Matzneff
Pierre Verdrager (2013) L'enfant interdit - comment la pédophilie est devenue scandaleuse.

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Un débat sans réponse définitive possible : qu'est-ce qu'un crime ?

Étude de cas : Le cannibalisme

À priori, on pourrait penser qu’il va naturellement de soi d’affirmer que manger


de la chair humaine constitue un crime ou encore qu’il s’agit d’un crime en raison
de l’unanimité quant à son inacceptabilité. Or…

 Historiquement, certaines tribus consommaient rituellement la chair des


morts. Au sein de ces « sociétés », il ne s’agissait pas d’un crime, mais bien
d’un honneur envers le mort et donc d’une pratique sacrée. Aujourd’hui, les
mœurs ont évolué face à une telle pratique, tout comme l’autorité religieuse
dans la définition de ce qui est naturellement ou non acceptable. Dans cette
foulée, rien n’indique que les mœurs ne continueront pas à évoluer pour que
des pratiques considérées comme étant naturellement inacceptables
aujourd’hui… deviennent acceptables demain (l’homosexualité en est un
exemple frappant, rappelez-vous). Ou encore qu’une autorité prédominante
aujourd’hui (comme la science) soit vouée aux gémonies demain. (Veyne,
1979).
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Un débat sans réponse définitive possible : qu'est-ce qu'un crime ?

Étude de cas : Le cannibalisme (suite):

 Quant à l’unanimité de l’inacceptabilité sociale du cannibalisme, une histoire


célèbre sur ce point concerne le vol 571 qui s’est écrasé dans la cordillère des
Andes à 3 600 mètres d’altitude en 1972. À la suite de cet écrasement, 16
survivants se sont retrouvés coincés pendant plus de deux mois dans les
montagnes et ont dû se résoudre à manger la chair des décédés pour ne pas
mourir de faim. Ce cannibalisme à des fins de survie fit le tour du monde. Le
pape lui-même sortit de sa réserve pour affirmer que ces hommes n’avaient
commis aucun péché.

Voir le film Alive, 1993, qui retrace ce drame.

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Un débat sans réponse définitive possible : qu'est-ce qu'un crime ?

On le voit bien, difficile de croire en une objectivité du « crime ».


Ceci dit, nous sommes conscients qu’indépendamment des regards individuels ou même de
divergences de vue entre groupes composant une collectivité donnée, il existe des conduites qui sont
socialement vues comme plus intolérables que d’autres.

Mais là encore, nous devons aussitôt admettre que ce qui est vu comme le plus intolérable peut
varier d’une société à l’autre (et au sein de chacune d’elle, d’une époque à l’autre) :

• Par exemple, alors qu’en Occident, les crimes contre le Roi (représentant de Dieu sur terre)
et contre le père* (symbole de l’ordre et de l’État, la famille étant la clé de voûte de l’ordre
social) ont longtemps été considérés comme les crimes le plus graves ; aujourd’hui, c’est le
crime contre l’enfant (pédophilie, infanticide, etc.) qui bouleverse le plus notre collectivité.
La sanction des parricides du droit romain au Code pénal napoléonien

• Pensez aussi au renversement de la logique pénale à l’égard de l’homosexualité (comme nous


l’avons vu dans le Module 2) : alors que le droit criminel condamnait jadis à mort les
« homosexuels », il punit aujourd’hui les homophobes.

S'en prendre aux enfants, le crime


absolu depuis et pour toujours ?
16

16

Un débat sans réponse définitive possible : qu'est-ce qu'un crime ?

Ce constat sur l’impossibilité de trouver des crimes objectifs nous amène à notre
2e question évoquée précédemment : comment déterminer alors socialement
ce qui devrait ou non être considéré comme un crime ?

Dans les slides qui suivent, nous continuerons de voir que s’il ne va pas du tout de soi
de nous mettre collectivement d’accord sur l’identité des conduites à définir
comme crimes,
• Il ne va pas non plus de soi de nous mettre d’accord sur la manière de traiter
ces conduites, et ce peu importe qu’on décide socialement de les nommer
crimes ou non.

Cette réflexion aussi périlleuse que stimulante a d’ailleurs été au cœur des travaux
de la Commission du droit du Canada (2003) (CDC), que nous aborderons
maintenant.
Celle-ci se posait les questions suivantes :
Quels comportements garder ou inclure dans le code criminel, et
lesquels retirer du code ? Au nom de quels critères ? 17

17

Commission du droit du Canada


Quels comportements garder / inclure / retirer dans le code criminel ?
La Commission du droit du Canada (2003) commence sa réflexion en soulignant que non seulement le
code criminel canadien est assez arbitraire dans sa sélection des ‘crimes’ mais qu’il n’apparaît pas non
plus le mieux outillé pour remédier à nos plus grands maux sociaux.

Ce 2e point peut étonner, dira la Commission, quand on sait que pour être distingué des autres
systèmes de régulation (formel ou informel), le droit criminel est souvent présenté à la collectivité
comme étant justement celui qui ne s’attaque qu’aux comportements les plus graves, qui ne punit que les
conduites les plus socialement intolérables, dommageables.

Bref, la Commission se demande si le droit criminel remplit vraiment cette fonction qu’on lui assigne
ou si on peut mettre cette affirmation en doute. À cet égard,
• Repensez aux illégalismes privilégiés déjà discutés (Module 3). Certes, le droit criminel peut
théoriquement être mobilisé pour ces cas parfois quantitativement bien plus
dommageables/graves que les crimes de droit commun. Toutefois on a vu que bien souvent
plus le joueur est gros, plus il semble en mesure d’éviter de passer par la case du ‘pénal’.
• À l’inverse, pensons à l’exemple du téléphone cellulaire au volant ou encore au vol de signaux internet.
La criminalisation vise ici à réduire l’occurrence de ces comportements ET NON à signifier
aux citoyens que ce sont des comportements qui briment grandement les valeurs canadiennes.

CAPSULE RADIO-CANADA : LA
CRIMINALISATION DU
18
CELLULAIRE

18

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Commission du droit du Canada


Quels comportements garder / inclure / retirer dans le code criminel ?

La CDC s’interroge donc sur le bien-fondé du contenu du droit criminel, car selon
elle, son contenu paraît à la fois trop large (le cellulaire au volant mérite-t-il une
criminalisation ?) et/ou insuffisamment étendu (devrait-on punir davantage
criminellement les illégalismes privilégiés ?).
La question qui se pose alors est la suivante: faut-il limiter le champ d’action du
droit criminel ou plutôt le recalibrer ?
Même si la CDC justifie davantage sa réflexion par un souci de réduire le champ
d’action et de compétence du code criminel, elle ne tranche pas vraiment entre les
deux options et se montre sensible aux deux perspectives (diminuer le nombre de
comportements criminalisables ou adapter le code criminel à des comportements
« graves/préjudiciables » qui lui échappent souvent).
 Elle tente plutôt d’identifier des critères qui nous aideraient à déterminer si
une conduite devrait être considérée comme criminelle ou non (notre 2e
questionnement).
19

19

Commission du droit du Canada


Quels comportements garder / inclure / retirer dans le code criminel ?

Les critères qu’elle discute sont au La CDC estime alors qu’il faudrait
nombre de 5 : obligatoirement que ces 5 critères
soient combinés pour qu’on puisse
1. Présence d’un grave préjudice
considérer qu’il y a là crime.
2. Action moralement mauvaise
3. Action qui menace ou viole
gravement les valeurs sociales Examinons maintenant ces 5 critères
fondamentales évoqués par la CDC pour comprendre
à quel point ils ne sont pas si évidents
4. Action violente ou à tout le que cela à déterminer…
moins dangereuse
5. Que cette action ne puisse pas
être résolue par d’autres moyens
sociaux ou légaux que le droit
criminel
20

20

1) Présence d’un grave préjudice ?


La Commission de droit du Canada commence l’exercice avec le 1e critère, celui du préjudice
causé : un crime ne devrait en effet renvoyer qu’à des (in)actions qui conduisent à de graves
préjudices, qu’ils concernent des individus isolés ou des pans entiers de la population.

Or est-ce facile d’établir quand il y a présence d’un grave préjudice ?

Avant d’établir un lien entre une (in)action et un (grave) préjudice, il faut déjà que le
préjudice soit connu de ceux-là mêmes qui le subissent, ce qui ne va pas toujours de soi :
• Les exemples montrés dans le module 3 sont à cet égard parlants. Pensez aux nombreuses
formes de criminalité économique ou écologique qui ont des coûts sociaux énormes mais qui
sont rarement vus par nous, citoyens, comme étant des crimes.

Et même si un préjudice est connu, sa cause n’est pas toujours simple à déterminer. Par
exemple,
• Si le caractère addictif de la nicotine (renforcé par les compagnies de tabac) est aujourd’hui bien
documenté, il a fallu le courage de lanceurs d’alerte pour aboutir à ce constat.
Voir le film Insider (1999) par exemple.
• Toujours sur la cigarette, il a fallu des années pour déterminer et reconnaitre la nocivité de la
fumée secondaire (dont son implication dans la mort de millions de gens des suites d’un
cancer). Pourtant, fabriquer et vendre des cigarettes est toujours légal au Canada !
21

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1) Présence d’un grave préjudice ?

La CDC se demande également à qui revient l’autorité de décider ce qui est préjudiciable:
Si un acte posé envers une personne a des conséquences lourdes (mort, blessures, etc.) mais
que cette personne ne le définit pas comme dommageable pour elle, comment trancher ?
• Pensons ici aux débats entourant la criminalisation du suicide assisté où des individus demandent
à ce qu’on entende leur appel à l’aide et à la dignité et qu’on les soutienne dans leur décision de
mourir afin d’atténuer leurs souffrances.
• Pourtant, le droit criminel considère plutôt qu’on leur fait subir un préjudice et que ce ‘choix’ de
leur part ne peut en être un (vulnérabilité, défaillance à corriger dans le soutien qui leur est
apporté pour pouvoir continuer à vivre, etc.), d’où la nécessité de punir celles et ceux qui les
aident.

La question se pose également quand ce type de comportement (causant possiblement des


séquelles diverses) est adopté par les individus eux-mêmes sans qu’ils ne considèrent en
être victimes ?
• Pensons au travail du sexe et à la consommation de certaines drogues. Ces comportements
doivent-ils être considérés comme dommageables si les individus qui utilisent leur corps à des
fins commerciales ou qui se droguent n’y voient pas un préjudice ?
Emma Becker : porte ouverte sur maison close / Prostitution: des groupes réclament un moratoire

22

22

2) Des actions moralement mauvaises ?

La Commission du droit du Canada continue l’exercice et aborde ensuite le second critère :


ne devraient constituer des crimes que les situations où les graves préjudices ont été causés
par des actions moralement mauvaises.
Or est-ce facile d’établir qu’une action est moralement mauvaise ? La CDC doit admettre
que non. Elle constate en effet que ce qui est immoral pour les uns peut ne pas l’être pour
les autres…
Est-il par exemple immoral :
• De recourir au suicide assisté ? (droit à la vie OU droit à y mettre fin ?)
• De tuer un conjoint violent durant son sommeil ? (meurtre prémédité OU légitime défense ?)
• De pratiquer le « lancer de nains » dans un scénario où les personnes de petite taille se disent
consentantes (deux façons de définir la dignité) ?
• De recourir à l’avortement (droit des femmes à disposer de leur corps OU droit du fœtus
comme humain en devenir) ?
Le « nain volant » s'adresse à la Cour européenne des droits de l'homme

Le «lancer de nain», un spectacle


immoral ? 23

23

2) Des actions moralement mauvaises ?

Est-il immoral…
• D’imposer la circoncision à son enfant ? (torture OU tradition culturelle/religieuse ?)
• De donner une fessée à son enfant ? (voie de fait OU discipline ?)
• De permettre les jeux de hasard ? (oui si on les laisse être gérés par le privé et non si
l’État en récolte les bénéfices ?)
• De mener des éliminations ciblées au nom de la sécurité ? (meurtre planifié par le
parti au pouvoir OU décision politique ?)
Assassinat du général Soleimani : l'Iran lance un mandat d’arrêt contre Donald Trump
En Israël, la Cour suprême justifie les assassinats ciblés

La réflexion de la Commission du droit du Canada montre qu’il est parfois difficile de


reconnaître si une action est moralement problématique ou pas.

Qui plus est, selon la lecture qui sera faite de l’action, le préjudice à prendre en
considération ne sera pas non plus le même et reconnaître un préjudice rendra souvent
difficile sinon impossible la reconnaissance d’un autre préjudice (par exemple, doit-on
valoriser davantage le préjudice des femmes ou celui des fœtus ?).

24

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3)Des actions qui menacent ou violent gravement


les valeurs sociales fondamentales ?
Pour ce qui est du 3e critère : la CDC considère que les crimes ne devraient concerner que
les situations où de graves préjudices ont été causés par des actions moralement mauvaises
qui violent gravement nos valeurs sociales fondamentales (ou menacent de le
faire).

Là encore, la question qui se pose est la suivante : qu’entendre par valeurs


sociales fondamentales ?

Essayez, avant de passer au slide


suivant, de trouver des valeurs que
nous partageons toutes et tous et vous
verrez que ce n’est pas aussi simple
qu’on pourrait l’imaginer de prime
abord…

25

25

3)Des actions qui menacent ou violent gravement


les valeurs sociales fondamentales ?
Actions qui violent gravement les valeurs sociales fondamentales ?
• La valeur de la vie ? On a vu précédemment toute l’ambiguïté de notre société par
rapport à l’importance qu’on attache à cette valeur. Alors qu’il y a plus de décès du côté
des accidents de travail que des homicides recensés, du côté des médicaments prescrits
que du côté des drogues illégales, on continue pourtant à davantage criminaliser les
seconds nommés que les premiers.
• L’égalité hommes/femmes ? Discussion sur travail du sexe et port du voile (droit à la
protection OU à l’autodétermination ?).
• La protection de la nature ? Deux poids deux mesures concernant pollution des petits
et des grands joueurs.
• Une économie saine ? Pensons à l’hypocrisie des paradis fiscaux.

Le principe d'égalité hommes/femmes, mais encore ?

En somme, la CDC ne voit pas le droit criminel parvenir à refléter un consensus


social… qui n’est pas là. Même nos grandes valeurs (individuelles comme
collectives) sont constamment sujettes à interprétation selon les circonstances.
26

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4)Des actions violentes ou à tout le moins dangereuses ?

Le 4e critère : des actions violentes ou à tout le moins dangereuses :


 Pour rappel, selon la Commission du droit du Canada, ne devraient constituer des crimes que les
situations où 1) de graves préjudices ont été causés par des actions 2) moralement mauvaises, qui 3)
menacent ou violent gravement nos valeurs sociales fondamentales et 4) qui sont violentes ou à
tout le moins dangereuses.

Concernant ce 4e critère, la CDC entend faire une distinction entre d’une part, les comportements
dangereux (et violents) ET d’autre part, ceux qui relèvent du désordre.
• Elle souhaite limiter les crimes aux comportements dangereux, en particulier (mais pas
seulement) quand en plus d’être dangereux, ils sont violents.

Compte tenu des effets pervers de la criminalisation (nous y reviendrons dans un instant), elle souligne que le
Canada devrait éviter de garder ou pire encore d’ajouter dans la liste des crimes des
comportements qui ne s’y retrouveraient que pour les « désordres » qu’ils causent. Pensons par
exemple:
• À la criminalisation de manifestants lors du G20 de Toronto (2010).
• Ou encore à la criminalisation de participants à la grève étudiante au Québec (2012).
LA DÉMOCRATIE ÉTUDIANTE, LA GRÈVE ÉTUDIANTE ET LEUR RÉGULATION PAR LE DROIT

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4)Des actions violentes ou à tout le moins dangereuses ?

Ceci dit, évaluer ce qu’est un danger n’est pas si simple que ça, et ce même si nous avons
tous en tête des crimes de sang, des comportements qui s’attaquent à la vie humaine, etc.
 Il y a d’abord les situations où la personne se met elle-même en danger :
• Peut-on en effet justifier une intervention pénale quand une personne décide
d’escalader de façon sécuritaire pour autrui un building à mains nues ?
Parachutisme de l’extrême
• Comment également justifier le fait que le droit criminel puisse être mobilisé pour
punir le comportement d’une personne qui en aide une autre à se mettre en danger
(par exemple, un individu paraplégique qui demande à être assisté par un ami pour son
suicide) mais pas à l’égard d’autres comportements dangereux (tentative de
suicide, alcool, tabac, sports extrêmes, automutilation, pharmacodépendance) qui, nous
le savons, causent beaucoup de mort ?
Blessures auto-infligées: plus de 70 hospitalisation par jour au pays
• Comment enfin justifier l’usage du droit criminel à l’égard d’une personne qui se met
en « danger » (en jouant au jeu de hasard par exemple) dans la sphère privée (crime sur
la loterie et le jeux de hasard (206.1)), mais pas quand ce même comportement est
régulé dans la sphère publique (dans les casinos étatiques) ?
28

28

4)Des actions violentes ou à tout le moins dangereuses ?

Il faudrait par ailleurs éviter de limiter notre compréhension des actions


dangereuses aux seules actions violentes et plutôt garder en tête le préjudice
causé.

Nous avons vu à cet égard dans le module 3 que des actions dangereuses non
violentes peuvent tout autant (voire plus) causer des pertes de vie humaines ou de
graves séquelles que des actions violentes.
• On pense particulièrement ici aux illégalismes suivants (et vus au module 3) :
milieu de la santé publique, environnement et santé et sécurité au travail.
Voir le triste exemple de la mine de Westray

Pour rappel, le drame de Westray a eu lieu en 1992 et les choses ne semblent guère
s’améliorer.

29

29

4)Des actions violentes ou à tout le moins dangereuses ?

Enfin, si nous ajoutons dans les actions dangereuses celle, par exemple, d’un parti
au pouvoir qui décide de mettre fin, ou même de freiner, la lutte aux changement
climatiques, on voit tout de suite comment la notion de danger se complique
rapidement.
• Sommes-nous ici dans une décision criminelle OU une décision politique ? (cas de
figure où le parti politique a informé la population de ses intentions avant les
élections).
• Doit-on statuer (et si oui comment) scientifiquement sur les conséquences de ces
changements climatiques tout comme sur la manière de les éviter pour décider s’il
faut ou non criminaliser l’action politique ?
• Doit-on se limiter aux préjudices constatés ou intégrer les préjudices potentiels…et à
venir ?

La discussion de ce critère de dangerosité est un bon exemple de la difficulté qu’éprouve la


Commission du droit du Canada à se positionner sur l’avenir du code criminel :
• Faut-il le limiter aux actions violentes pour éviter d’amplifier les effets
négatifs de toute criminalisation ou faut-il inclure, par équité autant que par
nécessité symbolique, toute action dangereuse ?
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5)Des actions qui ne peuvent pas être résolues par


d’autres moyens sociaux ou légaux que le droit criminel
La Commission du droit du Canada rappelle enfin que pour bien des observateurs, le droit
criminel est un passage obligé symbolique pour signaler à la population que la collectivité
désapprouve fortement un comportement et qu’une intervention de l’État est nécessaire.
OR la CDC s’interroge là aussi : en admettant qu’un comportement inacceptable justifie
une intervention de l’État, en quoi le droit criminel (et le langage des crimes et des peines
qui l’accompagne) aurait seul autorité à intervenir ?
 La CDC estime à cet égard que le droit criminel n’est pas une garantie pour que
nos sociétés vivent dans un monde plus juste et plus sécuritaire (voir les
diapositives suivantes).

C’est précisément parce que le droit criminel n’offre pas ces garanties que le CDC estime
que nos sociétés devraient d’abord tester d’autres réponses (juridiques ou non) avant de se
tourner, en dernier ressort, vers le droit criminel.
 Bref, faire intervenir le droit criminel devrait chaque fois être interprété comme un échec de la
société et en ce sens, avoir lieu le moins souvent possible.
 On comprend ici aussi pourquoi la CDC cherche moins à réajuster le champ d’action
et de compétence du droit criminel qu’à le limiter.
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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?
Avec tout ce qu’on vient de voir sur la difficulté de déterminer ce qui devrait ou non être
un crime, il devient nécessaire de s’attarder un tant soit peu sur « l’utilité » du droit criminel.
 La question qui se pose alors est : le droit criminel aide-t-il nos sociétés à vivre dans un monde
plus juste et plus sécuritaire ?

Dans l’organisation actuelle de nos sociétés, le droit criminel présente a priori des avantages
indéniables.
• Le droit criminel a des critères exigeants pour qu’une accusation ne se transforme pas trop
facilement en culpabilité (équité, présomption d’innocence, droits de la défense, publicité de la
procédure, culpabilité qui doit être hors de tout doute raisonnable).
• Le droit criminel peut apaiser les victimes puisqu’il verticalise les conflits (il ne les laisse pas
seules) et qu’il reconnait publiquement leur statut (et donc leurs souffrances).
• Dans le même temps, le droit criminel veille à ne pas faire interférer les émotions des victimes
avec une réponse qui doit garder une dimension symbolique et collective car, ne l’oublions
pas, un crime en est un contre la société…pas contre Monsieur ou Madame X (les
jugements pénaux mentionnent d’ailleurs Reine c. Corriveau…et non Cauchie c. Corriveau).
o Comme le disait Badinter, un ancien ministre de la Justice en France :« face à l’arbitraire de
l’émotion, face au magma de l’ordinaire, la justice pénale doit s’élever, elle doit
transcender les conflits interpersonnels ».
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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?

(suite des avantages du droit criminel…)


• Le droit criminel a une portée symbolique qu’on ne retrouve pas dans le droit civil
ou le droit administratif.
o Par exemple, la violence conjugale a longtemps été considérée comme une affaire privée
et c’était sans doute symboliquement fondamental que le droit criminel redéfinisse la
violence contre les conjointes comme des voies de fait et non plus comme de simples
conflits familiaux à responsabilités partagées (pour rappel, le viol entre conjoints n’est
devenu criminalisable au Canada que dans les années 1980).
o Même constat quand, en 2016, « l’identité ou l’expression de genre » est ajoutée dans le Code
criminel à la liste des préjugés ayant motivé un crime et qu’elle constituera donc un
facteur qu’un juge devra considérer comme aggravant au moment de déterminer la peine.

• Enfin, le droit criminel a cet avantage de ne pas obligatoirement refléter les


mentalités de la société dont il est pourtant en même temps le fruit.
o Le législateur ne doit par exemple pas attendre que la société cesse de souffrir
d’homophobie ou de racisme systémiques pour doter le droit criminel de lois permettant
à ce dernier de sanctionner cette homophobie ou ce racisme.

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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?
Mais d’importantes réserves doivent aussi être soulignées à l’endroit du droit
criminel comme mode de régulation sociale (sans parler des critiques faites aux
peines que nous aborderons dans les Blocs B et D).

Voici quelques-unes de ces réserves à l’égard du droit criminel.


A) L’illusion d’uniformité et de cohérence caractérisant la liste des crimes
du Code criminel
• Comme le soulignaient déjà à juste titre en 1982 Hulsman et Bernat de Célis (Peines
perdues : le système pénal en question, p. 33) , « quand on liste les « crimes », on découvre
sans surprise « qu’il n’y a aucun dénominateur commun dans la définition de
ces situations, ni dans les motivations de ceux qui s’y trouvent impliqués, ni dans
les possibilités d’action envisagées à leur sujet, que ce soit pour les prévenir ou
pour les faire cesser ».

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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?
B) L’illusion de régler des problèmes structurels ou culturels par sa simple
intervention.
N’est-il pas illusoire de penser pouvoir régler des problématiques sociales aussi complexes
que le racisme, le sexisme, les problèmes environnementaux ou encore les abus du
capitalisme sauvage en condamnant pénalement quelques individus ? Poser la question,
c’est y répondre.
• En effet, peu importe la force symbolique qu’on attribue au droit criminel, comment
peut-on imaginer que ce dernier puisse avoir un impact suffisamment fort pour
transformer nos sociétés et les rendre plus justes et égalitaires alors même qu’il voit
le monde à travers le filtre des fautes individuelles, de raisonnements souvent
binaires et simplistes (coupable /non-coupable).
• Dès lors, cette façon de voir le monde conduit le droit criminel à souvent manquer le
portrait d’ensemble (big picture), c’est-à-dire la complexité des problématiques sociales
qu’on lui demande pourtant d’atténuer voire de régler.

Le droit criminel comme rempart


contre les maux de la société, un leurre ?
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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?
C) Dans certaines situations, la présence du droit criminel semble générer
plus de problèmes que de bénéfices.
 Regardons deux exemples: 1) la prohibition et 2) la criminalisation du travail
du sexe.
1) La prohibition (alcool, stupéfiants, etc.)
a été une mesure populaire à plusieurs
moments et endroits de l’histoire. Or, non
seulement elle n’a pas eu d’effets
significatifs sur la consommation desdits
produits, mais elle entraîne en plus
plusieurs conséquences négatives.
• Elle donne par exemple un pouvoir
économique et politique à des
organisations criminelles, elle nuit au
contrôle de la qualité des produits,
elle force les consommateurs à
s’approvisionner dans des milieux
violents, elle occasionne une
répression discriminatoire à l’égard
des consommateurs, elle s’avère 36
coûteuse, etc.

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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?

1) La prohibition (alcool,
stupéfiants, etc.)
À l’inverse de la répression, les
diverses méthodes de prise en
charge médico-sociale des
usagers de drogues ou encore
l’approche de la réduction des
méfaits semblent bien plus
efficaces pour diminuer la
consommation et les conséquences
personnelles et sociales de celle-ci.
N’est-ce d’ailleurs pas là l’objectif
premier de l’action du
gouvernement pour justifier la
criminalisation…? Nous aborderons
cette question de la réduction des
méfaits plus longuement dans le
Bloc D.
Décriminalisation et légalisation: des
mesures préventives contre l'usage
de drogues? 37

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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?

2)Travail du sexe (prostitution) : On entend souvent l’adage que le travail du sexe


est le plus vieux métier du monde. Bien que certains vont contester cette affirmation en
raison de la définition du terme métier; les échanges de produits, de services, d’argents ou
simplement d’avantages contre des actions à caractère sexuel ont effectivement lieu
depuis belle lurette. La criminalisation de ces pratiques prostitutionnelles (parfois
rigoureusement appliquée) ne semble donc pas les avoir limitées. Au contraire, la
criminalisation met davantage en péril la sécurité des femmes :
La criminalisation du travail du sexe empêche par exemple les femmes d’exercer leurs
pratiques dans un cadre physique plus sécuritaire que la voiture, le logement d'un
client ou les ruelles désertes, tout comme elle enlève la possibilité de se protéger en
embauchant un garde du corps ou un chauffeur. Certains vont de plus arguer qu’il
n'appartient pas au droit criminel d'imposer une conception morale de la sexualité
féminine. Ceci dit, le travail du sexe n'est pas non plus sans risque pour celles et ceux
qui s’y adonnent. Mais est-ce au droit criminel de s’en charger?
Les épouvantails de la décriminalisation de la prostitution
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Le droit criminel aide-t-il nos sociétés


à vivre dans un monde plus juste et plus sécuritaire ?
En somme, si dans nos sociétés de plus en plus individualistes le droit criminel est sans
doute une conscience morale bienvenue, dans le même temps, il est aussi l’incarnation par
excellence du dysfonctionnement de nos sociétés, lesquelles considèrent trop
souvent que les problèmes sociaux qui nous affectent seraient essentiellement le fruit
d'actions individuelles et non de l’organisation même de nos collectivités/sociétés
(problèmes d’ordre davantage systémique que causés par la faute de « mauvais citoyens »).

Bref, il faut se garder de faire du droit criminel une panacée pour régler nos
problèmes de société.

Qui plus est, il a été montré que d’autres modes de régulation, formels (civil,
administratif, médical, etc.) comme informels (communautaires, conciliatoires,
interpersonnels, etc.) peuvent très bien remplir des objectifs que se donne le droit
criminel, que ce soit la réprobation sociale, la prévention générale, la prévention
spécifique, la réparation des torts, etc. (nous aborderons ces différents objectifs de la
peine dans le Bloc B).

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Que retenir de la réflexion de la CDC et du BLOC A sur


le crime ?
Tous ces questionnements de la part de la Commission du droit du Canada
n’auront certes pas permis une refonte du code criminel, pas plus qu’ils n’auront
conduit à la détermination de critères définitifs pour juridiquement décider ce qui
devrait constituer un crime ou non.

Toutefois, nos réflexions tout au long du Bloc A nous auront permis de


comprendre :

A. Qu’il importe de manier la catégorie du crime avec prudence et de


restreindre idéalement le code criminel à une liste courte.
• On l’a vu à travers la réflexion de la CDC, il s’agit au mieux d’un mal nécessaire qui
doit donc rester un mal de dernier recours (tout comme – nous le verrons dans le bloc
B - la réponse qui y est attachée, à savoir la peine).

• Après tout, la notion de crime et, par extension le droit criminel, ne constituent
jamais qu’un accord social figé pour régler des problématiques sociales qui pourraient
être résolues autrement (en particulier quand elles réfèrent aux notions de
« désordre » / de dérangement de l’ordre public).
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Que retenir de la réflexion de la CDC et du BLOC A sur le crime ?

B. Que l’on se doit comme criminologue (ou citoyen) de montrer les failles du droit
criminel pour éviter d’en abuser.
• On a en effet vu que la criminalisation occasionne de nombreux effets pervers, notamment
celui d’isoler davantage des personnes déjà socialement vulnérables (pensons à la
criminalisation du travail du sexe, de la consommation de certaines drogues, de la non-
divulgation de certaines infections sexuellement transmissibles, etc.).
• Ne pas prêter suffisamment attention à ces failles/limites peut maintenir le réflexe pénal
comme solution rapide à nos problèmes sociaux en présentant à tort cette solution pénale
comme efficace et ainsi favoriser entre autres choses l’inflation pénale.

C. Que lorsque le droit criminel est appliqué, ce n’est pas toujours en fonction de
certains préjudices que la société considère a priori comme socialement graves
(comme le fait d’occasionner la mort d’autrui ou même ‘juste’ de le blesser).
• Repensez ici aux accidents de travail par négligence ou à la pollution volontaire qui sont
rarement gérés par le droit criminel alors même que les préjudices causés (individuels et
sociaux) sont pourtant parfois très graves.

 En somme et comme on vient de le voir dans ce BLOC A, il n’y a pas de consensus


sur LA bonne interprétation de ce qu’est ou devrait être un crime et de ce qui ne
l’est pas (ou ne devrait pas l’être). 41

41

Conclusion : Module 4
Quelques questions pour guider votre étude du module 4 :
 Que veut-on dire par : ce n’est pas parce que des comportements rentrent
dans le champ d’action et de compétence du droit criminel que ce dernier sera
pour autant mobilisé?
 Pourquoi, selon les notes de cours et la capsule Débusquer des crimes objectifs, une
vraie chimère, est-il si difficile de déterminer quels types de comportements
devraient se retrouver dans le code criminel?
 À cet égard, le crime est-il (ou peut-il être) objectif et si oui, comment
déterminer socialement ce qui devrait ou non être considéré comme un
crime?
 Peut-on parler de conduites qui sont socialement et unanimement
inacceptables, intolérables ou encore insoutenables pour une même société?
 Que nous apprennent sur l’objectivité des crimes le cas sur le cannibalisme et
la capsule S'en prendre aux enfants, le crime absolu depuis et pour toujours?

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Conclusion : Module 4

Quelques questions pour guider votre étude du module 4 :

 Que veut-on dire par : ce n’est pas parce que des comportements rentrent
dans le champ d’action et de compétence du droit criminel que ce dernier sera
pour autant mobilisé?
 Que nous apprennent la Commission du droit du Canada (2003) (CDC) et la
capsule La criminalisation du cellulaire à l’égard des comportements à garder, à
inclure ou à retirer du code criminel canadien? Et selon quels critères?
 Pourquoi est-il si difficile de déterminer avec justesse le critère de préjudice?
 Selon les notes de cours et la capsule Le « lancer du nain », un spectacle immoral,
que retenir du critère des actions moralement mauvaises?
 Dans le même ordre d’idée, pourquoi faut-il être prudent avec le critère des
actions qui menacent ou violent gravement les valeurs de la société (voir
notamment la capsule Le principe d’égalité hommes/femmes, mais encore?)?

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Conclusion : Module 4

Quelques questions pour guider votre étude du module 4 :


 Pourquoi est-il plus compliqué qu’il n’y paraît de déterminer ce qui constitue
des actions violentes ou à tout le moins dangereuses qui devraient être
pénalement condamnables?
 Pourquoi la CDC estime que nos sociétés devraient d’abord tester d’autres
réponses (juridiques ou non) avant de se tourner, en dernier ressort, vers le
droit criminel?
 Nous avons également vu dans le cours certains avantages du droit criminel,
quels sont-ils et pourquoi en est-il ainsi?
 Inversement, nous avons vu que plusieurs réserves peuvent être émises à
l’égard de l’usage du droit criminel pour régler des situations problèmes.
Quelles sont ces réserves?
 Que doit-on comprendre de la théorie de la pomme pourrie dans la capsule
Le droit criminel comme rempart contre les maux de la société, un leurre?
 Que retenir des exemples de la prohibition et du travail du sexe (voir les liens
des 2 clés) sur certains effets pervers de la criminalisation?
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En route vers le BLOC B

Comme on vient de le voir dans ce BLOC A, il n’y a pas de consensus sur LA


bonne interprétation de ce qu’est ou devrait être un crime et de ce qui ne
l’est pas (ou ne devrait pas l’être).

Dans le BLOC B, nous montrerons cette fois que tant hier qu’aujourd’hui, il n’y a
pas davantage de consensus à l’égard des peines à imposer aux gens qui
contreviennent au droit criminel.
• Nous verrons par exemple que si un juge peut voir deux affaires très proches
l’une de l’autre, un second juge pourra voir ces deux mêmes affaires comme
complètement différentes… ce qui cause évidemment une certaine disparité
dans l’application des peines… disparité qui se traduit notamment par la
surreprésentation de certaines populations dans les prisons et les pénitenciers.

CAPSULE CONCLUSIVE

 En terminant, nous vous souhaitons le meilleur succès pour l’examen du Bloc


A… et surtout, n’oubliez pas les lectures obligatoires, car elles sont…
obligatoires ;-) ! 45

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