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Magnétostatique: Bussola

La magnétostatique étudie les champs magnétiques constants, avec des origines remontant à l'Antiquité, notamment à travers la découverte de la magnétite et l'invention de la boussole. Des expériences clés, comme celles d'Oersted et d'Ampère, ont établi des liens entre électricité et magnétisme, conduisant à la théorie de l'électromagnétisme. La loi de Biot et Savart et la loi de Laplace sont fondamentales pour comprendre le champ magnétique et les forces agissant sur les courants électriques.

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Magnétostatique: Bussola

La magnétostatique étudie les champs magnétiques constants, avec des origines remontant à l'Antiquité, notamment à travers la découverte de la magnétite et l'invention de la boussole. Des expériences clés, comme celles d'Oersted et d'Ampère, ont établi des liens entre électricité et magnétisme, conduisant à la théorie de l'électromagnétisme. La loi de Biot et Savart et la loi de Laplace sont fondamentales pour comprendre le champ magnétique et les forces agissant sur les courants électriques.

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4.

Magnétostatique

La magnétostatique est l’étude des champs magnétiques constants dans le temps.

4.1 Magnétisme naturel

Les 1ères observations du magnétisme remontent à l’antiquité. Thalès de Milet,


notamment, avait remarqué que les morceaux de roche extraits d’un gisement proche d’une
ville appelée Magnésia1 possédaient la propriété d’attirer des petits débris de fer. Plus
remarquable, en frottant un petit morceau de fer avec de la magnétite, on lui confère cette
propriété.

Figure 1 : Magnétite

La magnétite est très répandue dans la nature.


Bien avant, au XIe siècle avant notre ère, les propriétés mystérieuses de cette roche, appelée
aujourd’hui magnétite, avaient déjà retenu l’attention des naturalistes chinois. Ils avaient aussi
remarqué qu’une aiguille aimantée avait la propriété de s’orienter selon la direction nord-sud.
De là l’invention de la boussole, qui permet de garder le cap en mer lorsqu’on est loin de tout
repère terrestre. Utilisée ensuite par les Arabes, la boussole arrive en Occident au XIe siècle.
L’aiguille aimantée flotte sur un morceau de liège dans un vase d’eau. Vers 1300, on a l’idée
de la mettre sur un pivot à l’intérieur d’une boîte (bussola en italien), munie d’un cadran, ce
qui rend les mesures plus exactes. Depuis cette époque, on indique par N la partie de l’aiguille
aimantée qui pointe vers le nord géographique.

1
Ajourd’hui Manisa, ouest de la Turquie actuelle
1
Figure 2 : Barreaux aimantés

Les pôles contraires s’attirent ; les pôles semblables se repoussent.

Figure 3 : Le pôle nord de la boussole pointe vers le pôle sud d’un barreau aimanté.
Le pôle nord géographique est donc un pôle sud magnétique.

La Terre se comporte comme un gigantesque aimant, dont l’axe coïncide approximativement


avec son axe de rotation. Au niveau macroscopique, l’explication de l’existence du champ
magnétique observé sur les planètes et sur les étoiles est encore aujourd’hui loin d’être
satisfaisante.

Le magnétisme est vraisemblablement dû à la rotation de la partie liquide du noyau de la


Terre, entre 2900 et 5200 km de profondeur, qui est composé surtout de fer. Les mouvements
de convection du magma jouent certainement un rôle dans l’auto-amorçage du processus,
mais le phénomène est encore mal compris. Le champ magnétique terrestre n’est pas constant
dans le temps. Au cours des 5 derniers millions d’années, il a même changé une douzaine de
fois de sens, la dernière fois il y a 780000 ans, comme le montre l’analyse des sédiments de
roche.

2
Figure 4 : Mise en évidence les lignes de champ magnétique autour d’un aimant

En tout point autour d’un aimant, la tangente à la ligne de champ passant par ce point a
la même direction que celle d’une petite aiguille aimantée placée en ce point.

A grande distance du barreau, le champ magnétique terrestre reprend le dessus. On constate


que les lignes de champ se referment toujours sur elles-mêmes.

Mais il faut attendre la fin du XIXème siècle pour qu’une théorie complète apparaisse,
la théorie de l’électromagnétisme.

Tout commença avec l’expérience d’Oersted en 1820. Il plaça un fil conducteur au-
dessus d’une boussole et y fit passer un courant. En présence d’un courant l’aiguille de la
boussole est effectivement déviée, prouvant sans ambiguïté un lien entre le courant électrique
et le champ magnétique. Par ailleurs, il observa :

 Si on inverse le sens du courant, la déviation change de sens ;


 La force qui dévie l’aiguille est non radiale.

L’étude quantitative des interactions entre aimants et courants fut faite par les
physiciens Biot et Savart (1820). Ils mesurèrent la durée des oscillations d’une aiguille
aimantée en fonction de sa distance à un courant rectiligne. Ils trouvèrent que la force agissant
sur un pôle est dirigée perpendiculairement à la direction reliant ce pôle au conducteur et
qu’elle varie en raison inverse de la distance. De ces expériences, Laplace déduisit ce qu’on
appelle aujourd’hui la loi de Biot et Savart. Une question qui s’est ensuite immédiatement
posée fut : si un courant dévie un aimant, alors est-ce qu’un aimant peut faire dévier un
courant ?

3
Ceci fut effectivement prouvé par Davy en 1821 dans une expérience où il montra
qu’un arc électrique était dévié dans l’entrefer d’un gros aimant.

L’élaboration de la théorie électromagnétique mit en jeu un grand nombre de


physiciens: Oersted, Ampère, Arago, Faraday, Foucault, Henry, Lenz, Maxwell, Weber,
Helmholtz, Hertz, Lorentz et bien d’autres. Si elle débuta en 1820 avec Oersted, elle ne fut
mise en équations par Maxwell qu’en 1873 et ne trouva d’explication satisfaisante qu’en
1905, dans le cadre de la théorie de la relativité d’Einstein.

4.2 Trois expériences célèbres

4.2.1 Expérience d’Oersted

En étudiant les effets du courant électrique dans un fil, Oersted2 a remarqué que le
passage du courant influençait l’orientation d’une boussole placée à proximité.

Figure 5 : Schéma de l’expérience d’Oersted (1820)

Oersted étudia ensuite systématiquement ce phénomène : lorsque l’on inverse le sens


du courant, l’aiguille s’oriente dans l’autre sens ; lorsqu’on coupe le courant, l’aiguille
indique à nouveau le nord géographique.

Historiquement, cette expérience marque le début de l’électromagnétisme.

2
Hans Christian Oersted, physicien danois, 1777 – 1851
4
4.2.2 Expérience d’Ampère

Deux courants parallèles s’attirent, deux courants circulant en sens inverse se repoussent.

Figure 6 : Schéma de l’expérience d’Ampère (fin 1820)

4.2.3 Expérience de la rotation magnétique de Faraday

Placé près d’un barreau aimanté, un fil parcouru par un courant électrique est le siège
d’une force.

Figure 7 : Schéma3 de l’expérience de Faraday (1821)

3
Experimental Researches in Electricity, vol. 2, Michael Faraday, [Link] numérique © Wikimedia.
5
Les récipients contiennent du mercure. A droite, le barreau aimanté est fixe. Une tige
métallique libre de pivoter autour de son point de suspension touche le mercure. Lorsqu’un
courant parcourt la tige, celle-ci s’anime d’un mouvement de rotation.
A gauche, la tige est fixe, mais le barreau aimanté est libre de tourner. Cette expérience4
constitue le premier moteur électrique.

On pourrait encore citer d’autres expériences, telles que la roue de Barlow. Mais la
question à traiter maintenant est comment les interpréter. Comme dans le cas des forces
électriques, l’approche la plus efficace est d’introduire un champ pour rendre compte
mathématiquement de l’action à distance. Ainsi la résolution d’un problème de
magnétostatique se fait en deux étapes :

1) partir de la distribution des courants pour calculer le champ magnétique, (Loi de Biot
et Savart) ;

2) calculer les forces ressenties par les courants plongés dans le champ magnétique, (Loi
de Laplace).

4.3 Champ magnétique

4.3.1 Forme des lignes de champ

La forme des lignes de champ va naturellement refléter celle des courants. Prenons par
exemple un conducteur rectiligne assez long et parcouru par un fort courant. En approchant
une petite aiguille aimantée, on constate que les lignes de champ sont des cercles centrés sur
le conducteur.

Figure 8 : Conducteur rectiligne Figure 9 : Spire

4
Il existe une autre expérience portant le même nom, mais il s’agit de la rotation de la direction de polarisation
d’une onde lumineuse lorsqu’elle traverse un diélectrique soumis à un champ magnétique. Découvert par
Faraday en 1845, cet effet est la première preuve expérimentale du lien entre le magnétisme et la lumière.
6
Figure 10 : Barres conductrices (Vue en coupe, les courants sont perpendiculaires à la feuille)

Comment calculer le champ magnétique

3 méthodes à employer pour calculer le champ magnétique :

 La formule de Biot et Savart : elle n’est pratique que lorsqu’on sait faire l’addition
vectorielle des champs ⃗ créés par un petit élément du circuit (souvent des circuits
filiformes). ;
 La conservation du flux : à n’utiliser que si l’on connaît déjà son expression dans une
autre région de l’espace ;
 Le théorème d’Ampère : il faut être capable de calculer la circulation du champ sur un
contour choisi. Cela nécessite donc une symétrie relativement simple des courants.

Dans tous les cas, il faut prendre en compte les propriétés de symétrie de la densité de
courant.

4.3.2 Force sur un élément de courant – Loi de Laplace

Si l’on veut calculer la force magnétique agissant globalement sur un conducteur


parcouru par un courant, il faut le découper par la pensée en petits tronçons et sommer les
forces élémentaires. On est donc amené à introduire la notion d’élément de courant.

7
Figure 11 : Elément de courant

Lorsqu’un élément de courant est plongé dans un champ magnétique, l’expérience


montre qu’il subit une force perpendiculaire à la fois à la ligne de champ et à l’élément de
courant. De plus, cette force est :

 proportionnelle au courant ;
 proportionnelle à l’intensité du champ ;
 proportionnelle au sinus de l’angle entre l’élément de courant et le champ. Formulé
mathématiquement, ceci constitue la loi de Laplace5.

Loi de Laplace ⃗ [N] (4.1)

Figure 12 : Force sur un élément de courant

⃗ est appelé champ d’induction magnétique. L’unité est le tesla, abrégé T.

L’unité du champ magnétique dans le système international est le Tesla (T). Une autre unité
appartenant au système CGS, le Gauss (G), est également très souvent utilisée :

1 Gauss = 10-4 Tesla.

5
Pierre Simon, marquis de Laplace, 1749 – 1827, physicien et mathématicien français
8
Exprimé en unités fondamentales: 1 T = 1 N/(Am) = 1 kg·(m/s2)/(Am) = 1 kg/(As2)
Exprimé en volt (1 V = 1 J/C) : 1 T = 1 Nm/(Am2) = 1 As·V/(Am2) = 1 Vs/m2

Quelques ordres de grandeur :


 Un aimant courant B  10 mT
 Un électroaimant ordinaire B  Tesla
 Une bobine supraconductrice B  20 Tesla
 Une bobine résistive B  de 30 à 1000 Tesla
 Champ magnétique interstellaire moyen : B  G
 Champ magnétique dans une tache solaire B  kG  0.1 Tesla
 Champ magnétique terrestre : B  0, 4 G, Bhorizontal  0.3 G
 Champ magnétique d’une étoile à neutrons B  108 Tesla

[Link] Application de la loi de Laplace: le galvanomètre à cadre mobile

Figure 13 : Schéma du galvanomètre

Ce dispositif permet de mesurer de faibles courants et constitue l’élément sensible des


voltmètres et ampèremètres analogiques. On crée un champ magnétique radial entre les deux
pôles d’un aimant permanent et un noyau de fer doux. Parcourues par le courant à mesurer,
les spires portées par le cadre coaxial subissent donc une force constante quel que soit l’angle
de rotation puisque le champ est toujours perpendiculaire au courant. Seuls les côtés du cadre

9
parallèles à l’axe subissent une force utile. Le cadre est relié à un ressort de rappel qui fournit
un couple proportionnel à l’angle rotation.

Nous allons démontrer que l’angle de rotation du cadre est proportionnel au courant. Les
paramètres sont les suivants :

 B : le module du champ radial ;


 N : le nombre de spires ;
 B : la longueur du cadre (parallèle à l’axe de rotation) ;
 A : la largeur du cadre ;
 I : le courant dans les spires ;
  : l’angle de rotation du cadre par rapport à sa position de repos ;
 K : la constante du ressort [Nm/rad] ;
 Cr : le module du couple de rappel, Cr= - k

Vu en coupe, les forces sur le cadre se présentent comme dessiné ci-dessous.

Figure 14 : Forces sur le cadre du galvanomètre

Selon la loi de Laplace, le module de la force vaut : F = (NIb)B .


Le cadre est donc soumis à un couple dont le module vaut C = aF=aNIbB .

Ce couple est compensé par le couple de rappel du ressort. Donc :aNIbB- k= 0

On en tire :

Ce qui montre que la déviation angulaire est proportionnelle au courant.

10
Les courants mesurés au moyen d’un galvanomètre sont en général de l’ordre du µA. Pour
mesurer des intensités plus élevées, on met une résistance (shunt) en parallèle. Cette
résistance doit être plus petite que la résistance interne du galvanomètre Ri. Pour obtenir un
voltmètre, met en série une résistance plus grande que Ri.

Figure 15 : Schémas d’un ampèremètre et d’un voltmètre analogique

4.3.3 Moment magnétique

Dans l’exemple précédent nous avons calculé le couple exercé par le champ ⃗ sur le cadre
mobile du galvanomètre.

Ce cadre comportait N spires de dimension ab.

Pour une seule spire de surface S = ab, on aurait : C =ISB.

Cette relation peut se généraliser vectoriellement :

Moment magnétique [Am2] (4.2)

Couple exercé par un champ ⃗ : ⃗ [Nm] (4.3)

Module du moment magnétique = (courant)x(surface de la spire).

11
Figure 16 : Convention pour le sens de ⃗

Le sens positif de ⃗ est tel que le courant laisse le vecteur ⃗ à sa gauche.

4.3.4 Loi de Biot et Savart

Cette loi permet de calculer en tout point de l’espace le champ ⃗ produit par des
courants. Combinée à la loi de Laplace, elle joue en magnétostatique le même rôle que la loi
de Coulomb en électrostatique.

Loi de Biot et Savart ⃗ [T] (4.4)

Avec Vs/(Am)

Le facteur 0 est la perméabilité du vide : il décrit la capacité du vide à « laisser passer » le


champ magnétique.

Figure 17 : Champ produit par un élément de courant

Le module de la force magnétique entre deux éléments de courant est proportionnel aux
intensités des courants et inversement proportionnel au carré de la distance qui les séparent.
De plus le module de la force dépend aussi de leur orientation respective.

12
Remarque :

Dans l’utilisation de la formule de Biot et Savart, il faut faire attention au fait que le
champ magnétique créé par un circuit fermé est la somme vectorielle de tous les ⃗ ,
engendrés par un élément de circuit , dont le sens est donné par celui du courant I,

Chaque ⃗ est défini par un produit vectoriel. Il faut donc faire extrêmement attention à
l’orientation des circuits.

Quelques règles :

 Règle des trois doigts de la main droite


 Règle du bonhomme d’Ampère
 Règle du tire-bouchon
 Règle des pôles magnétiques

Tableau 1 : Analogie des forces

Force magnétique entre 2 courants Force électrique entre 2 corps chargés


Elément de courant : Elément de charge :
Elément de champ : ⃗ ⃗
Sommer sur tous les éléments de courant Sommer sur tous les éléments de charge
pour obtenir ⃗ pour obtenir ⃗
Force sur : ⃗ Force sur : ⃗

Appliquons maintenant la loi de Biot et Savart pour calculer explicitement le champ ⃗ lorsque
la distribution de courant présente des symétries simples.

[Link] Champ ⃗⃗ produit par un conducteur rectiligne

Figure 18 : Conducteur rectiligne infini


13
Vu la symétrie axiale, le module de B ne dépend que de la distance au conducteur.
Choisissons un repère dont l’axe z coïncide avec le conducteur. Calculons le champ en un
point P situé à une distance du conducteur.

Un élément de courant situé en z produit au point P un champ ⃗ .

En composantes :

( ) ⃗⃗⃗ ( ) ( ) ( ) √

⃗ ( ) ( ) ( )

( )

Au point P l’élément de champ est dirigé parallèlement à l’axe y. Le champ ⃗ total s’obtient
en faisant la somme, c’est-à-dire l’intégrale de toutes les contributions.

∫ ∫

( )

On remarque que l’intégrant est la dérivée par rapport à z de


( ) ⁄

Composante selon y : | ( ( ))
( ) ⁄

Champ à une distance r du conducteur [T] (4.5)

Figure 19 : Champ ⃗ en en point P quelconque de coordonnées (x, y, z).


14
Distance à l’axe : √

En coordonnées cylindriques : et

Composante du champ ⃗ selon ; selon

Finalement : ⃗ ( ) ( )
( ) [T] (4.6)

[Link] Champ ⃗⃗ sur l’axe d’une spire

Figure 20 : Spire parcourue par un courant I

Choisissons un repère dont l’axe z coïncide avec celui de la spire. Soit a le rayon de la spire.

Un élément de courant produit en point P un élément de champ ⃗

⃗ se décompose en un élément parallèle à z et un élément radial .

Vu la symétrie axiale, l’intégrale de la composante radiale sur le pourtour de la spire sera


nulle. Il suffit donc de calculer l’intégrale de la composante axiale.

( ( ) ) avec et √

15
∫ ∫
⁄ ⁄
( ) ( )

Champ sur l’axe d’une spire de rayon a [T] (4.7)


( ) ⁄

Au centre de la spire [T] (4.8)

[Link] Bobines de Helmholtz

Il s’agit de deux bobines plates montées sur un même axe et séparées par une distance
égale à leur rayon moyen. L’avantage de ce dispositif est de produire en son centre une zone
où le champ magnétique est relativement homogène.

Figure 21 : Bobines de Helmholtz6

Soit R le rayon moyen, I l’intensité du courant et N le nombre de spires de chaque bobine. Par
application de (4.7), le champ sur l’axe vaut :

( )
⁄ ⁄
( ( ) ) ( ( ) )

Au centre des bobines, en [T] (4.9)


6
Hermann vonHelmholtz, 1821 – 1894, physicien allemand. A introduit en physique la notion d’énergie potentielle et
le principe de la conservation de l’énergie
16
4.4 Force entre 2 conducteurs parallèles : définition de l’ampère

Soit d la distance séparant ces deux conducteurs, parcourus par des courants I1 et
I2respectivement.

Figure 22 : Deux conducteurs parallèles

Selon (4.5), le champ produit par le premier conducteur à l’endroit du second vaut

Ce champ est perpendiculaire au second conducteur. Par la loi de Laplace, ce champ exerce
surle second conducteur une force perpendiculaire à⃗⃗⃗⃗ , donc dans le plan des 2 conducteurs
etvalant

On peut faire le même raisonnement pour exprimer la forceexercée par le deuxième


conducteur sur le premier. Ces forces tendent à rapprocher les conducteurs lorsque les
courants ont le même sens.

Depuis 1948, c’est cette force qui sert à la définition de l’unité d’intensité électrique. Compte
tenu que , la définition de l’ampère s’énonce :

L’ampère (A) est l’intensité d’un courant électrique constant qui – maintenu dans deux
conducteurs parallèles, rectilignes, de longueur infinie, de section circulaire négligeable
et placés à une distance de 1 mètre l’un de l’autre dans le vide – produirait une force
égale à 2·10-7 newtons par mètre de longueur.

4.5 Théorème d’ampère

Ce théorème joue en magnétostatique un rôle analogue à celui de Gauss en


électrostatique.

17
La circulation du champ ⃗ sur un contour fermé est égale à fois la somme descourants
enlacés par ce contour. Sous forme mathématique :

∮ ⃗ ∑ [T] (4.10)

Figure 23 : Contour enlaçant des conducteurs courants

L’intensité du courant est comptée positivement lorsqu’en parcourant le contour on laisse le


conducteur à sa gauche.

Commençons par démontrer le théorème dans le cas d’un conducteur rectiligne et d’un
contour circulaire centré sur de conducteur.

Figure 24 : Contour circulaire

Sur ce contour est constamment parallèle à ⃗ .

Selon (4.5) le module de B est donné par

18
∮⃗ ∮

ce qui établit le théorème dans ce cas.

La circulation ne dépend donc pas du rayon du cercle. On peut exploiter ce fait pour
démontrer le théorème dans le cas d’un contour quelconque contenu dans un plan
perpendiculaire au conducteur.

Figure 25 : Contour quelconque parcouru dans le sens trigonométrique.


Le courant I est compté positivement s’il sort de la feuille de papier.

Soit a le rayon d’un cercle entièrement à l’intérieur du contour C. On divise ce cercle


en secteurs et on fait l’approximation du contour par des arcs ce cercle comme dessiné sur la
figure ci-dessus. Pour chaque secteur, la circulation du champ sera approximativement égale à
celle calculée sur l’arc de cercle intercepté par ce secteur. Comme cette circulation ne dépend
pas du rayon du cercle, on retrouve lorsqu’on fait la somme de toutes les contributions.
L’approximation est d’autant meilleure que le nombre de secteurs est grand. Ceci établit le
théorème dans le cas d’un contour quelconque entourant un conducteur.

Lorsqu’on est en présence de plusieurs conducteurs, on invoque le principe de superposition.


En tout point, le champ produit par n conducteurs est égal à la somme des n champs produits
par chaque conducteur. La somme des circulations vaut donc ∑

Ce qui démontre le théorème dans sa généralité.

19
4.5.1 Applications du théorème d’Ampère

[Link] Champ dans un solénoïde long

Figure 26 : Choix du contour

Lorsque la longueur du solénoïde est beaucoup plus grande que son diamètre, le
champ ⃗ est pratiquement constant à l’intérieur et nul à l’extérieur. Pour le calculer, on peut
donc négliger les effets de bords. Soit I le courant, N le nombre de spires et la longueur du
solénoïde. Appliquons le théorème d’Ampère en prenant le contour dessiné ci-dessus.

Le nombre de conducteurs entourés est égal à .

Donc : ∮ ⃗

Circulation de 1 à 2 : Ba
Circulation de 2 à 3 : nulle car ⃗ est perpendiculaire au chemin parcouru.
Circulation de 3 à 4 : nulle car le champ est (quasi-)nul en dehors du solénoïde.
Circulation de 4 à 1 : nulle car ⃗ est perpendiculaire au chemin parcouru.

Champ dans un solénoïde long [T] (4.11)

20
[Link] Champ dans une bobine torique

Figure 27 : Bobine torique

Soit I le courant, N le nombre de spires et Rm le rayon moyen du tore. Pour des raisons de
symétrie, les lignes de champ sont circulaires à l’intérieur du tore. En prenant comme contour
le cercle moyen, la somme des courants entourés vaut NI ; la circulation du champ est égale
à ( ). En appliquant le théorème d’Ampère :

Champ dans un tore [T] (4.12)

4.5.2 Force de Lorentz

On appelle force de Lorentz la force agissant sur une particule se mouvant dans un champ
magnétique. Une particule de charge q animée d’une vitesse v parcourt pendant un laps de
temps ∆t une distance :

En multipliant cette relation par la charge et en divisant par ∆t, on voit que cette particule
représente en fait un élément de courant.

Vectoriellement :

En appliquant la loi de Laplace, la force agissant sur cette particule est donc :

⃗ ⃗

21
Le terme ⃗ s’appelle force de Lorentz. Cette force est à la fois perpendiculaire au
champ ⃗ et à la vitesse de particule.

Force le Lorentz7 ⃗ [N] (4.13)

Voyons quelques applications.

[Link] Mouvement d’une particule dans un champ magnétique uniforme

Soit m la masse de la particule. L’équation de Newton , nous donne :


L’accélération étant la dérivée de la vitesse, on peut écrire : ⃗

Effectuons le produit scalaire de chaque membre de cette équation par , supposée non nulle.

( ⃗)

Le premier terme est nul, car il s’agit d’un produit scalaire de deux vecteurs perpendiculaires.

Reste le second terme qui peut s’écrire :

( ) ( )

Le module de la vitesse est donc constant. Nous sommes donc en présence, soit d’un
mouvement rectiligne uniforme (MRU), soit s’un mouvement circulaire uniforme (MCU),
soit d’une superposition de ces deux mouvements (hélice). On a :

 un MRU lorsque la vitesse initiale de la particule est parallèle au champ ⃗ ;


 un MCU lorsque la vitesse initiale de la particule est perpendiculaire au champ ⃗ .

Figure 28 : Trajectoire circulaire

7
Hendrik Antoon Lorentz, physicien néerlandais.
22
Dans le cas du MCU, en désignant par R le rayon de la trajectoire, le module de l’accélération
centripète vaut v2/R. Introduisant cette expression dans (4.13), il vient, en module :

| ⃗|

Rayon de Larmor8 [m] (4.14)

La période du mouvement est indépendante du rayon de la trajectoire. En effet :

[s] (4.15)

Pour un électron dans un champ de 1 tesla, la fréquence de Larmor vaut :

(~ 28 GHz par tesla)

Cette fréquence est aussi appelée fréquence cyclotronique.

[Link] Effet Hall

Considérons une plaque conductrice parcourue par un courant I et soumise à un champ


magnétique perpendiculaire à cette plaque.

Figure 29 : Géométrie de l’effet Hall9

Si le courant va dans la direction +x, les électrons vont dans la direction –x avec une vitesse
moyenne (voir § 3.2.1) :

8
Joseph Larmor, 1857 – 1942, physicien irlandais.
9
Edwin Herbert Hall, 1855 – 1938, physicienaméricain.Découverte de l’effet Hall en 1880
23
avec :
n : nombre d’électrons de conduction par unité de volume ;
S : aire de la section, S = bd ;
E : charge élémentaire (+1,602·10-19 C).

Force de Lorentz sur un électron :

Il y donc accumulation de charges négatives sur un côté de la plaque et un déficit de charges


négatives sur l’autre, ce qui provoque une différence de potentiel U.

Le champ électrique selon y vaut :

En régime stationnaire, la somme des forces électrique et magnétique est nulle :

On voit que la tension U est proportionnelle au champ B, ce qui fournit un moyen de mesurer
celui-ci. C’est le principe de la sonde de Hall.

4.6 Théorème de Gauss magnétique

Une ligne de champ électrique commence sur une charge et se termine sur une
charge . Lorsqu’on calcule le flux du champ électrique à travers une surface fermée, le
théorème deGauss nous dit que le résultat est égal à ⁄ fois la somme des charges à
l’intérieur du volume.

∯⃗ ∑

A la différence des lignes du champ électrique, celles du champ magnétique sont toujours
fermées sur elles-mêmes. On peut montrer que le flux du champ magnétique ⃗ à travers une
surface fermée est nul.

Théorème de Gauss magnétique ∯ ⃗ [Wb] (4.16)

24
On peut interpréter cette équation en disant qu’il n’y a pas de monopôles magnétiques. En
effet si l’on coupe un aimant en deux, on n’obtient pas un pôle nord et un pôle sud séparés,
mais deux aimants plus petits avec chacun deux pôles. En fait les lignes de champ continuent
dans la matière aimantée et se referment bel et bien sur elles-mêmes. Le magnétisme est
engendré par le mouvement des électrons des atomes ou molécules qui constituent la matière
et non par d’hypothétiques monopôles.

25
5. Induction électromagnétique

Jusqu’à présent nous avons étudié des champs ⃗ et ⃗ statiques. Que se passe-il lorsque ces
champs varient dans le temps ?

5.1 Expérience de Faraday

Figure 30 : Schéma de l’expérience de Faraday

En approchant et en faisant bouger un aimant près d’une bobine, on mesure une différence de
potentiel à ses bornes. Si le mouvement cesse, la différence de potentiel retombe à zéro.

Répétons l’expérience de manière à mieux contrôler les paramètres qui interviennent.


Utilisons deux bobines de Helmoltz pour produire un champ ⃗ constant et une petite spire de
surface S. On relie la spire à un voltmètre par une paire de fils torsadés.

Figure 31

Quand on bouge la petite spire, on observe que les variations de tension sont
proportionnelles :

 à l’intensité du champ ⃗ ;
 à la surface de la spire ;
 au cosinus de l’angle entre le champ et la normale à la spire ;
 à la rapidité avec laquelle on fait bouger la spire.
26
On en conclut que la tension induite est proportionnelle à la variation du flux du champ ⃗
intercepté par la spire.

Le flux du champ d’induction magnétique10 ⃗ est défini d’une manière tout à fait analogue à
celui du champ électrique ⃗ .

Flux du champ ⃗ ∬ ⃗ [T·m2]  [Wb](5.1)

L’unité de flux magnétique est le weber11, abrégé Wb. (1 Wb/m2 = 1 T)

Pour une petite spire de surface S dans un champ constant : ⃗

Attention : Une fois choisi le sens de , le sens positif du courant est tel le courant laisse à
gauche. (Même convention que pour la définition du moment magnétique.)

Avec cette convention, les observations expérimentales se résument finalement à une relation
connue sous le nom de :

Loi de Faraday-Lenz [V] (5.2)

Il faut prendre garde au signe moins.

En fait, il ne s’agit pas d’une nouvelle loi fondamentale comme la loi de Coulomb. Nous
allons voir ci-après que l’on peut la retrouver à partir de la force de Lorentz.

Considérons l’expérience ci-dessous.

Figure 32 : Schéma de l’expérience


On déplace une tige conductrice à vitesse constante sur deux rails conducteurs horizontaux et
parallèles. Le tout est plongé dans un champ magnétique vertical constant.

10
En anglaisB = magnetic flux density
11
Wilhelm Eduard Weber, 1804 – 1891, physician allemand.
27
Les électrons de la tige subissent l’effet de la force de Lorentz selon ⃗ dirigée dans
ce cas selon (car )

Cela provoque une accumulation de charges négatives sur un rail et une accumulation de
charges positives sur l’autre. Il y a donc une différence de potentiel induite entre les deux
rails.

Si l’on relie les rails par une résistance R, il y a apparition d’un courant. En régime
stationnaire, le travail effectué par la force de Lorentz sera dissipé dans la résistance.

On a donc, pour un électron :

Aux bornes de la résistance :

A tout instant, la surface du circuit est égale à ( )

Si B est constant, la tension aux bornes de la résistance est égale à la dérivée du flux.

Sur la Figure 32, le courant s’écoule dans le sens de la flèche lorque . Compte tenu du
sens choisi pour calculer le flux, le courant induit doit être compté positivement s’il laisse
à gauche. Sur la figure, il laisse à droite.

Donc : et

Ainsi, on retrouve bien

Lorsque la surface de la spire augmente, il apparaît donc un courant induit qui engendre un
champ magnétique de sens opposé à celui du champ ⃗ . Le courant induit s’oppose donc à la
variation du flux. Ceci est un cas particulier de la loi de Lenz12, qui est une loi générale en
physique : tout phénomène tend à s’opposer à la cause qui le produit. Appliquée au
phénomène de l’induction, elle s’exprime ainsi :

Le sens du courant induit est tel qu’il tend à s’opposer à la variation de flux magnétique.

12
Heinrich Lenz, 1804 – 1865, physicien russe
28
Le raisonnement ci-dessus a été fait avec un champ ⃗ constant et une spire (circuit) de surface
variable, mais la loi de Faraday-Lenz est également valable lorsque le champ ⃗ varie avec le
temps.

( )

Voyons maintenant quelques applications de la loi de Faraday-Lenz.

5.1.1 Applications de la loi de Faraday-Lenz

[Link] Bobine tournant dans un champ magnétique uniforme

Considérons une bobine rectangulaire de N spires de largeur a et de longueur b. tournant dans


un champ uniforme ⃗ .

Figure 33 : Bobine tournant dans un champ

Soit l’angle entre le champ ⃗ et la normale au cadre.

est la vitesse angulaire.

Flux magnétique à travers le cadre :

Flux magnétique à travers N spires :

Tension induite : ( ( )) ( )

Courant induit : ( ) ( )

29
Il s’agit d’un courant alternatif. Si l’on veut le représenter dans la figure ci-dessus, il faut le
faire de telle sorte que lorsque le courant est positif, il laisse la normale ⃗ à gauche.

Cet exemple montre le principe d’une génératrice de tension alternative.

[Link] Principe du moteur à courant continu

La partie fixe, le stator, est constituée d’un aimant permanent générant un champ ⃗
constant. La carcasse fait office de retour magnétique (pour refermer les lignes de champ).
La partie tournante, le rotor, comporte des encoches dans lesquelles passent des fils
conducteurs alimentés par un courant amené par des balais frottant sur un cylindre segmenté,
le collecteur. Le rotor est câblé de telle sorte que lorsqu’un conducteur passe devant un pôle
du stator le courant soit dans le bon sens pour assurer le couple.

Figure 34 : Moteur à courant continu à aimant permanent

Paramètres :

B : le module du champ inducteur ; N : le nombre de spires alimentées ;


S : la surface d’une spire; I : le courant dans les spires ;
: vitesse angulaire ; ( ) : position angulaire du rotor ;
R : résistance ohmique de l’induit ; U : tension d’alimentation.

N spires alimentées par le courant I :

Couple : ( ); Flux magnétique : ( )

Tension induite : ( )

30
Somme des tensions dans la maille = 0

Figure 35 : Schéma équivalent

Lorsque la spire alimentée passe près des pôles on a , donc en moyenne ( ) .

En remplaçant I par sa valeur en fonction du couple, il vient :

Posons constante de couple du moteur.

Couple en fonction de la vitesse de rotation

Équation du moteur à courant continu [Nm]

Les paramètres k et R sont en général donnés par le fabricant du moteur.

Figure 36 : Caractéristique d’un moteur courant continu

31
Le couple maximum est obtenu à vitesse nulle, ce qui est intéressant pour le démarrage
lorsque le moteur entraîne une charge.

[Link] Inductance d’un solénoïde

Nous avons vu au § [Link] que le champ dans un solénoïde long est donné par .

Soit R la résistance de la bobine et soit U0 la tension en régime continu.

Le courant est alors donné par la loi d’Ohm : ⁄

Figure 37 : Schéma électrique équivalent (courant continu)

Si l’on fait varier la tension aux bornes de la bobine, chaque spire va voir le flux magnétique
qui la traverse varier et par conséquent être le siège d’une tension induite qui va s’opposer à la
tension appliquée.

Soit i(t) le courant et S la surface d’une spire. La tension induite dans une spire vaut :

( )

Comme le solénoïde comporte N spires, la tension totale induite à ses bornes vaut :

La constante L est l’inductance du solénoïde. Elle se mesure en henry13, abrégé H.

Inductance du solénoïde long [H] (5.3)

1 H = 1 Vs/(Am)·m = 1 Vs/A = 1Wb/A

13
Joseph Henry, 1797 – 1878, physicien américain. Découverte de l’auto-induction en 1832
32
Figure 38 : Schéma électrique équivalent (courant quelconque)

Le schéma montre que la tension aux bornes est égale à :

( ) ( ) ( ) [V] (5.4)

Il s’agit d’une équation différentielle à coefficients constants.

Résolvons-la dans le cas où l’on enclenche la tension U0 au temps t = 0.

Pour ( ) Pour ( )

La solution de l’équation ( ) est la somme de :

 la solution de l’équation sans second membre, qui s’intègre comme celle vue au § 3.1.

( ) ( ) avec C = constante

 et d’une solution particulière, par exemple ( ) .

( ) ( )

Le courant étant nul en t =0 , la constante C vaut . Finalement :

Courant après l’enclenchement ( ) [ ( )] [A] (5.5)

33
Figure 39 : Allure de i(t)

[Link] Inductance mutuelle de deux solénoïdes

Figure 40 : Vue en coupe de deux solénoïdes coaxiaux


On montre (voir exercice) que les tensions aux bornes des solénoïdes son reliées aux courants
par :

Avec :

Inductance du solénoïde 1 (auto-inductance) ;

Inductance du solénoïde 2 ;

34
Inductance mutuelle de 2 1, égale à celle de 1 2.

D’un manière générale l’induction mutuelle entre deux circuits est définie par

[H] (5.6)

= tension induite dans le jèmecircuit par une variation du kème courant.

[Link] Energie stockée dans une bobine

Soit L l’inductance de la bobine et soit i(t) l’intensité du courant circulant au temps t.


La tension aux bornes u(t) est donnée par l’équation (5.4). (Voir Figure 36.)

Multiplions membre à membre par le courant et analysons chaque terme :

: puissance délivrée par la source de tension ;


: puissance dissipée par effet Joule dans le résistance ;
: puissance apportée à la bobine.

L’énergie apportée à la bobine pendant un temps dt vaut donc .

∫ ∫ ∫

Energie stockée [J] (5.7)

[Link] Densité d’énergie du champ ⃗⃗

On peut la calculer facilement en prenant le cas du solénoïde long.

A l’intérieur, le champ est quasi homogène :

Son inductance vaut :

35
Energie stockée : ( )

Or Sl est le volume intérieur du solénoïde. Donc :

Densité d’énergie du champ ⃗ (dans le vide) [J/m3] (5.8)

5.2 Loi de Faraday sous forme intégrale

La loi de Faraday-Lenz est valable pour des spires de formes quelconques et des
champs ⃗ non uniformes.

Figure 41 : Surface S quelconque, entourée par le contour C

En introduisant la définition du flux (5.1) dans (5.2), il vient :

∬⃗

Lorsque le champ décroît, la tension induite est positive. Si la frontière de la surface S était
matérialisée par un fil conducteur, un courant circulerait en laissant ⃗ à gauche. Un tel courant
aurait comme effet de créer un champ dans le sens de ⃗ , en s’opposant à sa
décroissance,conformément à la loi de Lenz. Soit deux pointsP1 etP2 du contour comme
dessiné ci-dessus.

Le potentiel en P1 est plus élevé qu’un P2 puisque le courant irait de P1 vers P2

( ) ( )

36
Par définition de la différence de potentiel (2.8) : ( ) ( ) ∫ ⃗

En combinant les relations ci-dessus :∫ ⃗ ∬ ⃗

Les points P1etP2 peuvent être choisis infiniment proches, ce qui équivaut à un contour fermé.

Loi de Faraday ∫ ⃗ ∬ ⃗ [V] (5.9)

5.3 Champ d’induction magnétique dans la matière

Jusqu’à présent nous avons étudié les phénomènes d’induction dans le vide. Que se
passe-t-il lorsqu’on introduit de la matière dans un solénoïde ? Comment varie son inductance
? Essayons de répondre à ces questions en suivant une démarche similaire à celle adoptée
pour étudier le champ électrique dans la matière. Nous avions pris un condensateur plan et
ajouté de la matière à l’intérieur. Un dispositif qui convient bien pour étudier le magnétisme
dans la matière est la bobine toroïdale, ou tore. Le champ est quasi homogène à l’intérieur et
on évite d’avoir à traiter les effets de bords qu’on aurait avec un solénoïde droit.

Commençons par calculer l’inductance d’un tore dans le vide.

Au § [Link], nous avons vu que le champ à l’intérieur du tore était donné par :

avec :
i : le courant ;
N : le nombre de spires ;
Rm : le rayon moyen du tore.

(Nous utilisons l’indice 0 pour signifier « dans le vide ».)


Soit a le petit rayon du tore, supposé petit vis-à-vis de Rm. La section est égale à

Le flux magnétique intercepté par une spire vaut :

∬⃗

Pour N spires, la tension induite est donnée par :

37
Inductance d’un tore vide [H] (5.10)

5.3.1 Perméabilité relative

Si l’on place un matériau à l’intérieur du tore, on constate que l’inductance varie.


Formons le rapport :

µr= L/ L0 (inductance du tore avec matériau) / (inductance du tore vide).

Ce rapport est caractéristique des matériaux étudiés et permet de les classer :

 µr< substance diamagnétique

 µr = vide

 µr>substance paramagnétique

 µr>>substance ferromagnétique

Lorsqueµr> le matériau a la propriété d’augmenter le flux magnétique par rapport à lavaleur


qu’il aurait dans le vide. Comme la section du tore est la même, c’est donc le champ
d’induction qui a augmenté, comme si le matériau était plus perméable aux lignes de champ.
C’est pourquoi on appelle µrle coefficient de perméabilité du matériau. Pour être précis :

⁄ perméabilité relative (sans dimension)

perméabilité absolue (Vs/Am)

Il convient donc de distinguer le champ appliqué (« l’excitation ») du champ d’induction


auquel s’ajoute la contribution (« la réponse ») du matériau.

5.3.2 Champ magnétique ⃗⃗⃗ et magnétisation


Dans le vide, le champ magnétique ⃗ est tout simplement égal à ⁄ . Par exemple :

À l’intérieur d’un tore :

Dans un solénoïde long :

Loi de Biot et Savart : ⃗


38
Le théorème d’Ampère∮ ⃗ ∑ [A] (5.11)

Le champ magnétique d’excitation ⃗ se mesure en A/m.

Dans la matière, il s’y ajoute une contribution ⃗⃗ appelée magnétisation ou aimantation. Le


champ d’induction magnétique total résulte de la somme des deux contributions :

Champ d’induction magnétique ⃗ (⃗ ⃗⃗ ) [T] (5.12)

La magnétisation se mesure aussi en A/m.

Pour des champs magnétiques pas trop élevés, on constate que la magnétisation est
proportionnelle au champ, ce qui permet de définir la susceptibilité magnétique du matériau.

Susceptibilité magnétique ⁄ [-] (5.13)

En regroupant les relations ci-dessus : ⃗ (⃗ ⃗⃗ ) ( )⃗ ⃗

[-] (5.14)

[Link] Interprétation de la magnétisation

La matière est formée de particules chargées qui ne sont pas immobiles. Or une
particule chargée animée d’une vitesse peut être considérée comme un petit courant, ce qui va
donner naissance à de petits champs magnétiques. Un électron non apparié orbitant sur la
couche externe d’un noyau donne un moment magnétique dipolaire. En général, en l’absence
de champ magnétique externe, l’agitation thermique a pour effet de rendre aléatoire
l’orientation de ces dipôles et le magnétisation totale est nulle. En présence de champ, ce n’est
plus le cas. Définissons :

⃗⃗

unité : (Am2)/(m3) = A/m

On peut expliquer qualitativement les propriétés magnétiques des matériaux en fonction de


l’orientation des moments magnétiques des atomes qui les composent :

 Matériaux diamagnétiques : les moments sont distribués aléatoirement, il n’y a pas de


champ magnétique intrinsèque ;
 Matériaux paramagnétiques : ceux pour lesquels les moments peuvent s’orienter dans
une direction privilégiée en présence d’un champ magnétique extérieur, pouvant donc
être ainsi aimantés momentanément ;
39
 Matériaux ferromagnétiques : ceux dont les moments sont déjà orientés dans une
direction particulière, de façon permanente (aimants naturels).

Diamagnétisme : les atomes ont un moment magnétique nul. En présence de champ


magnétique, les électrons ont tendance à tourner autour des lignes de champ à la fréquence de
Larmor, ce qui crée un courant, qui a son tour engendre un champ opposé à celui appliqué en
vertu de la loi Lenz. Les atomes acquièrent donc un faible moment dipolaire qui s’oppose au
champ appliqué. La susceptibilité est donc négative ; sa valeur est très petite.

Table 1 : Susceptibilité de quelques substances diamagnétiques (Le diamagnétisme ne varie


pas avec la température.)

χm χm
-5
Bismuth -16,4 x 10 Plomb -1,6 x 10-5
Antimoine -6,9 x 10-5 NaCl -1,4 x 10-5
Mercure -2,8 x 10-5 Cuivre -1,0 x 10-5
Argent -2,4 x 10-5 Eau -0,90 x 10-5
Carbone (graphite) -1,4 x 10-5 Hydrogène -2,2 x 10-9

Paramagnétisme : les atomes ont un moment magnétique non nul. En présence de champ
magnétique, ils vont s’orienter dans la direction du champ. Cet effet est prépondérant par
rapport à l’effet diamagnétique. La susceptibilité est donc positive. L’agitation thermique tend
à détruire l’alignement, d’où une dépendance de la susceptibilité avec la température.

Table 2 : Susceptibilité de quelques substances paramagnétiques (Le paramagnétisme varie en


1/T ;les valeurs ci-dessous (excepté oxygène liquide) sont données pour la température
[Link] : Handbook of Chemistry and Physics)

χm χm
-5
Oxygèneliquide 400 x 10 Sodium 0,85 x 10-5
Uranium 40 x 10-5 Oxygènegazeux 0,19 x 10-5
Platine 27 x 10-5 Air 0,036 x 10-5
Aluminium 2,1 x 10-5

Ferromagnétisme : les atomes ont un moment magnétique non nul, mais en plus il existe une
forte interaction entre dipôles, ce qui a pour effet de les aligner parallèlement les uns aux
autres dans de petites régions, ou domaines. L’effet d’alignement est beaucoup plus marqué
que dans le cas des paramagnétiques (µr>> 1). Un matériau ferromagnétique aura tendance à
40
être attiré fortement par un aimant. Le couplage des dipôles n’est possible que si les atomes
du réseau cristallin se trouvent à une certaine distance les uns des autres, ce qui ne se produit
que pour certains éléments : fer, cobalt, nickel, certains oxydes et certains alliages frittés
apparentés aux céramiques (ferrites).

Un matériau ferromagnétique est caractérisé par sa courbe de magnétisation (ou


d’aimantation), déterminée expérimentalement (ou donnée par le fabricant).

Figure 42 : Allure d’une courbe de magnétisation


à gauche : matériau « magnétiquement dur » ; à droite : matériau « doux ».

La pente de la courbe donne la perméabilité absolue : qui n’est pas une


constantedans le cas des ferromagnétiques. Le champ d’induction B dépend non seulement de
la valeur de H, mais encore de son « histoire ». Après une augmentation et une diminution
0 , on constate qu’il reste un champ d’induction rémanent Br, ce qui
correspond à une aimantation permanente. C’est ce qu’on appelle le phénomène d’hystérésis.

Le champ magnétique -Hc nécessaire à annuler l’aimantation est le champ coercitif.

Cet effet de « mémoire » des ferromagnétiques est à l’origine d’un grand nombre d’inventions
: enregistreurs à bandes magnétiques, disques durs et mémoires d’ordinateurs, etc.

La densité d’énergie du champ magnétique dans le vide est

Dans la matière :

Pertes dues à l’hystérésis : on montre que la surface comprise à l’intérieur de courbe


d’hystérésis multipliée par le volume du matériau est égale à l’énergie dépensée par cycle.

41
Lorsque ces pertes sont gênantes, par exemple dans les transformateurs où le cycle est
parcouru 50 fois par seconde, il faut choisir un matériau magnétiquement doux, car il a un
faible champ coercitif et la surface englobée par la courbe d’hystérésis est petite.

Tableau 2 : Caractéristiques de quelques substances ferromagnétiques (Source : Handbook of


Chemistry and Physics)

Saturation Rémanence Coercitif µr Curie


Bs[T] Br[T] Hc[A/m] maximum Tc[K]
Magnétiquement doux
Acier doux 2,1 1 200 1100 1000
Fer (Commercial 99Fe) 2,16 0,77 70 6000 1043
Ferrosilicium à cristauxorientés 2,01 0,95 12 40000 1015
Ferrosilicium isotrope 1,95 0,95 40 7000 1008
Mumétal 0,75 0,23 4 100000 673
Supermalloy 0,79 ≈0,5 0,15 920000 673

Magnétiquement dur
Acier au chrome 2,2 0,95 5200 1030
Acier au cobalt 0,95 14000 1100
Alnico 2
55% Fe ; 10% Al ; 17% Ni ; 12% 40 0,72 45000 850
Co ; 6% Cu
Ferrite BaFe2O19 8 0,45 750 430
Ferrite NiFe2O4 0,34 175000 575
SmCo5 128 1,00 ~750000 700

Si l’on augmente la température d’un ferromagnétique, on constate que les propriétés


magnétiques disparaissent en dessus d’une certaine limite appelée température de Curie.
L’agitation thermique détruit l’alignement des domaines.

Principe de la mesure de la susceptibilité magnétique

 Pour les matériaux dia- et paramagnétiques, on place un échantillon entre les pôles
d’un puissant électro-aimant et on mesure la force magnétique à l’aide d’une balance.
 Pour les ferromagnétiques, on place le matériau à l’intérieur d’une bobine torique et
on mesure le flux en fonction du champ magnétique appliqué.

42
5.3.3 Les circuits magnétiques

La grande perméabilité du fer permet en quelque sorte de canaliser les lignes du


champ d’induction magnétique. Cette propriété est de première importance en pratique
puisque elle est à la base des transformateurs et des machines électriques.

Figure 43 : Solénoïde vide


(La ligne horizontale du bas est l’axe de symétrie.)

Figure 44 : Solénoïde + noyau de fer


Champ d’induction magnétique : lignes du champ ⃗⃗ et courbes de niveaux de |⃗⃗ |

43
[Link] Loi d’Ohm magnétique

Considérons un solénoïde bobiné autour d’un barreau ferromagnétique.

Figure 45 : Circuit magnétique

Champ magnétique à l’intérieur du solénoïde :

Champ d’induction magnétique :

Flux magnétique :

On peut également écrire ce résultat sous la forme :

L’analogie avec la loi d’Ohm est évidente :

Tension U Solénation
Courant I Flux
Résistance Réluctance

Pour cette raison, cette loi est appelée loi d’Ohm magnétique. Dans un conducteur, c’est la
différence de potentiel qui crée le courant ; dans un circuit magnétique, c’est la solénation NI
qui crée le flux. Dans les livres de physique, la solénation porte différents noms : différence
de potentiel magnétique, force magnétomotrice. En technique, on parle d’ampères-tours.

Loi d’Ohm magnétique [Wb] (5.15)

44
Réluctance d’un barreau de section S et de longueur l :
[H-1] = [A/Wb] ampère-tour par weber] (5.16)

L’inverse de la réluctance est la perméance.

Perméance d’un barreau de section S set de longueur l

[H] = [Wb/A] [weber par ampère-tour](5.17)

Placées en série, les réluctances s’ajoutent. Placées en parallèle, les perméances s’ajoutent.

[Link] Exemple de calcul du flux dans un circuit simple

Prenons le circuit de la Figure 45.


Valeurs numériques : a = 20 cm ; b = 16 cm ; S = 4 cm2 ; µr =5000 ; N = 100 spires ; I = 1 A.

La réluctance d’un côté est proportionnelle à sa longueur. La section étant constante, la


réluctance totale est la somme des réluctances des 4 côtés.
Le circuit étant supposé de forme carrée, la longueur moyenne du pourtour d’une ligne de flux
vaut approximativement ( )

( ) ( )
Réluctance du circuit :

Flux magnétique :

Champ d’induction magnétique :

Le calcul ci-dessus est approximatif. En pratique, si l’on veut obtenir des valeurs plus
précises, en tenant compte de la géométrie exacte et des propriétés du matériau, il faut utiliser
un logiciel de calcul de flux par éléments finis.

45
[Link] Exemple de calcul du champ dans l’entrefer d’un aimant

Figure 46 : Circuit magnétique avec entrefer

Prenons δ = 5 mm et les mêmes valeurs que précédemment :


a = 20 cm ; b = 16 cm ; S = 4 cm2 ; µr =5000 ; N = 100 spires ; I = 1 A.
( ) ( )
Réluctance de la partie fer :

(On pourrait négliger δ dans ce calcul.)

Réluctance de l’entrefer (air) :

Ainsi la réluctance de l’entrefer est plus grande que celle de la partie fer à cause de la grande
valeur de µr.

Flux magnétique :

Champ d’induction magnétique :

[Link] Force électromécanique

Considérons le dispositif ci-dessous composé d’une pièce fixe avec un enroulement de


N spires et d’une pièce mobile. Nous allons calculer la force qui s’exerce sur la pièce mobile
en fonction de la distance de séparation.

46
Figure 47 : Electroaimant
( ) ( )
Réluctance de la partie fer :

Réluctance des entrefers (air) :

Flux magnétique : ( )

Inductance : ( )

Energie magnétique stockée :

Soit F la force qu’il faut appliquer à la pièce mobile pour la maintenir à une distance x.
Lorsque cette force travaille à éloigner la pièce mobile, elle fournit au système un travail
mécanique :

( )

Cet accroissement est égal à la différence d’énergie potentielle mécanique entre x et x+dx.
L’énergie étant conservée, on a :

( ) ( )

À courant constant : ( )

47
( )

( ) ( )
( ) ( )

( )
( )
( )

Cette formule est valable pour des entrefers x petits vis-à-vis des dimensions a et b.

Par le principe de l’action et de la réaction, si l’on maintient la pièce mobile avec une force F,
il existe une force opposée Fem qui tend à rapprocher les pièces.

Cette force Fem tend à maximiser le flux magnétique.

5.3.4 Transformateurs

Un transformateur est constitué d’enroulements bobinés autour d’un circuit


magnétique appelé noyau. Pour faciliter les calculs, on considère chaque enroulement comme
un solénoïde long.

Nombre de spires : N1, N2


Longueur : l1 , l2 Section intérieure : S

Figure 48 : Principe du transformateur

Convention pour la mesure des tensions et des courants :

48
À l’instant t le courant i1 est positif, le sens de Φ est comme dessiné. Si à l’instant t le courant
est en train de diminuer, le courant induit i2 va circuler dans le sens dessiné pour s’opposer à
la diminution du flux. Le sens positif de la tension u2 est alors bien comme dessiné

Champs d’induction produits par les solénoïdes 1 et 2 : et

Flux magnétique : ( )

Ce même flux passe au travers des deux solénoïdes.

Compte tenu du sens de mesure des tensions : {

En divisant membre à membre, pour autant que le flux varie :

Transformateur idéal [-] (5.18)

Si l’on tient compte de la résistance des enroulements, on obtient le schéma équivalent


suivant :

Figure 49 : Schéma d’un transformateur + charge

En divisant membre à membre, pour autant que le flux varie :

Multiplions chaque membre par

49
C’est en fait le rapport entre les puissances instantanées entrante et sortante dans un
transformateur idéal. Ce rapport doit être égal à un.

En combinant les relations ci-dessus :

Transformateur [-] (5.19)

5.3.5 Comportement du champ magnétique à l’interface de deux matériaux

Figure 50 : Interface de deux matériaux(pas de courant de surface)

Au voisinage de l’interface, considérons une portion de l’espace assez petite pour que l’on
puisse admettre que les champs ⃗ et ⃗ soient constants. Chaque champ se décompose en
composantes normale et parallèle à l’interface.

⃗ ⃗ ⃗ et ⃗ ⃗ ⃗

La continuité du flux implique celle de la composante normale de ⃗ . Donc :

⃗ ⃗ (5.20a)

Pour voir comment se comportent les composantes tangentielles, calculons la circulation du


champ ⃗ sur le contour fermé C. En l’absence de courants entourés par le contour, la
circulation doit être nulle (voir 5.11).

50
∮ ⃗

Donc la composante tangentielle de ⃗ est continue.

⃗ ⃗ (5.20b)

51
6. Équations de Maxwell

6.1 Forme intégrale

Nous avons vu que les équations qui régissent l’électricité et le magnétisme


présentaient certaines symétries. L’unification, en 1862, de ces deux théories en une seule,
l’électro- magnétisme, est l’oeuvre de James Clerk Maxwell (1831-1879). Quatre équations
suffisent pour calculer les champs à partir des charges et des courants qui en sont les causes.

(1) Théorème de Gauss (2.39a)


∯⃗ ∑

(2) Théorème de Gauss magnétique (4.16)


∯⃗

(3) Loi de Faraday (5.9)


∮ ⃗ ∬⃗

(4) Théorème d’Ampère modifié par Maxwell (5.11)


∮ ⃗ ∑ ∬⃗

Relations constitutives : pour tenir compte des effets de la polarisation, de la résistivité et de


la magnétisation dans la matière.

⃗ ⃗ ⃗ ⃗ ⃗ Polarisation (2.38)
⃗ (⃗ ⃗⃗ ) ⃗ ⃗ Magnétisation (5.12)
⃗ Loi d’Ohm (3.12)

Lorsque les distributions de charge et de courant sont continues, les équations (1) et (4)
s’écrivent :

(1) Théorème de Gauss (2.39b)


∯⃗ ∭

(4) Théorème d’Ampère


∮ ⃗ ∬ ∬⃗ modifié par Maxwell

52
Le terme ∬ ⃗ a été introduit par Maxwell pour que les deux équations ci-dessus
redonnent l’équation de continuité.

L’équation de (3.14)
∬ ∭ continuité

Dans la pratique, plutôt que de résoudre directement les équations de Maxwell pour calculer
les champs à partir des distributions de charges et de courants, il est souvent plus simple
d’utiliser les lois de Coulomb et Biot-Savart. Ces lois sont en quelques sortes incluses dans les
équations de Maxwell et peuvent être redémontrées à partir d’elles.

Le lien avec la mécanique est assuré par les expressions donnant la force sur une particule
chargée et sur un courant.

Forces de Coulomb + Lorentz (⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗ ) [N] (2.4) et (4.13)

Force de Laplace ⃗ [N] (4.1)

Le mérite de Maxwell a donc été de formaliser mathématiquement les équations qui


établissent le lien entre l’électricité et le magnétisme. Il a reformulé la loi de Faraday sous
forme intégrale (voir § 5.2) et complété celle d’Ampère afin qu’elle soit aussi valable quand
les champs dépendent du temps. Le terme ajouté, le courant de déplacement, provient de la
variation de la polarisation et permet de satisfaire à l’équation de continuité.

L’étape suivante consiste à formuler les équations sous forme locale et d’examiner leurs
solutions d’un point de vue théorique. Maxwell a été le premier à montrer qu’elles admettent
des solutions qui correspondent à des ondes. Dans le vide, leur vitesse de propagation est
égale à celle de la lumière, d’où l’hypothèse que la lumière est en fait un cas particulier
d’onde électromagnétique. Ainsi se trouvent réunies sous le même formalisme non
seulement l’électricité et le magnétisme, mais encore l’optique physique. Les phénomènes de
réfraction, diffraction, polarisation de la lumière trouvent tous une interprétation élégante dans
le cadre de la théorie de Maxwell.

6.2 Forme locale

Nous avons vu (§ 3.3.3) comment l’équation de continuité peut s’écrire sous forme locale au
moyen de l’opérateur différentiel divergence.

⃗ ( )

53
Forme intégrale Forme locale

∯ ∭

On voit que l’opérateur divergence permet de transformer une intégrale sur une surface
fermée en une intégrale portant sur le volume à l’intérieur de cette surface.

∯ ∭(⃗ )

Etablit mathématiquement en toute rigueur, ceci est connu sous le nom de théorème de la
divergence ou d’Ostrogradski-Gauss.

Appliqué aux deux premières équations de Maxwell, ce théorème donne immédiatement :

⃗ ⃗ [As/m3] (6.1)

⃗ ⃗ [Vs/m3] (6.2)

Restent les deux dernières équations qui font intervenir la circulation des champs.

Commençons par la loi de Faraday ∮ ⃗ ∬ ⃗

Figure 51 : Petit contour élémentaire horizontal

54
Dans un espace où règne un champ électrique ⃗ ( ), calculons la circulation sur un
contour fermé horizontal 1234 comme dessiné ci-dessus.

∮ ⃗ ∫ ∫ ∫ ∫

Pour dx et dy petits, compte tenu du sens de parcours :

∮ ⃗ ( ) ( ) ( ) ( )

( ) ( ) ( ) ( )
∮ ⃗

A la limite , on voit apparaître les dérivées partielles du champ.

∮ ⃗

Voyons maintenant le terme de droite de la loi de Faraday. Comme la normale à la surface


délimitée par le contour Ce est dirigée selon z, seule la composante Bz intervient :

En comparant les relations précédentes et en divisant par dxdy il vient :

Le raisonnement précédent peut aussi être fait pour de petits contours dans les plans yz et zx.
Finalement, par permutation circulaire :

55
Ceci rappelle la définition du produit vectoriel. En utilisant ⃗ ( )la forme localede
la loi de Faraday s’écrit :


⃗ ⃗ [V/m2] (6.3)

Un raisonnement analogue s’applique à la 4ème équation de Maxwell :


⃗ ⃗ [A/m2] (6.4)

Etablit mathématiquement en toute rigueur, le théorème qui permet de passer d’une intégrale
sur un contour fermé à une intégrale sur la surface délimitée par ce contour est connue sous le
nom de théorème de Stokes.

∮ ⃗ ∬(⃗ ⃗)

L’opérateur ⃗ ⃗ est le rotationnel de ⃗ .

6.3 Introduction aux ondes électromagnétiques

Récrivons les équations de Maxwell sous forme locale dans le cas d’un matériau diélectrique
non chargé ( ) et de conductivité nulle ( ⃗ )

⃗ ⃗
⃗ ⃗

⃗ ⃗

⃗ ⃗
{

Supposons que le matériau soit caractérisé par une permittivité relative et une perméabilité
relative . Cette dernière est proche de 1 dans le cas d’un diélectrique.

⃗ ⃗
{
⃗ ⃗

Récrivons les équations de Maxwell en ne conservant que les champs ⃗ et ⃗ .

56
⃗ ⃗
⃗ ⃗
⃗ (6.5)
⃗ ⃗

{ ⃗ ⃗

Nous pouvons faire les remarques suivantes :

 Le système est surdéterminé, puisque on a 8 équations scalaires pour 6 composantes


de champ.
 Ces équations satisfont au principe de superposition : la somme de deux solutions est
une solution.
 Ces équations contiennent des solutions statiques, qui ne nous intéressent pas ici.
 Lorsque les champs dépendent du temps, les deux dernières équations décrivent
comment la variation d’un champ influence l’autre et vice-versa.

6.3.1 Ondes planes

Puisque les solutions satisfont au principe de superposition, cherchons une solution


particulière où le champ électrique n’aurait qu’une composante selon x. Après, on pourra
toujours combiner des solutions particulières pour en obtenir d’autres plus compliquées.

Soit ⃗ ( ). L’équation ⃗ ⃗ se réduit à

Pour alléger l’écriture, notons la dérivée partielle par rapport à x : . Idem pour y, z et t.

⃗ ⃗ ( ) ( ) ( ) ( )

Comme Hx ne dépend pas du temps, on peut poser Hx = 0 car on ne s’intéresse pas aux
solutions statiques.

Il reste deux familles de solutions correspondant à Hy≠ 0 et Hz≠ 0respectivement.

Poursuivons avec ⃗ selon y.

L’équation ⃗ ⃗ se réduit à . Donc Hy ne dépend pas de y.

La dernière équation donne :

57
⃗ ⃗ ( ) ( ) ( ) ( )

Donc Hy ne dépend pas non plus de x. Reste la dépendance en z.

En éliminant Hy :

( ) ( )
(6.6)

Ceci est une équation d’onde. Nous verrons d’autres exemples de phénomènes physiques
conduisant à une équation de ce type dans la partie du cours consacrées aux ondes. Cette
équation admet, entre autres, des solutions qui représentent des ondes planes de la forme :

( ) ( ) onde progressive, se déplaçant selon +z ;

( ) ( )onde rétrograde, se déplaçant selon –z.

Avec :

k : nombre d’onde, pulsation,

longueur d’onde, =fréquence,

où v = vitesse de propagation de l’onde.

[m/s] (6.7)

Dans le vide la vitesse de propagation est égale à celle de la lumière.

[m/s] (6.8)

Ainsi se trouve justifiée la relation (2.2) vue au début du cours.

Dans la matière la vitesse de propagation des ondes électromagnétiques est inférieure à c.

58
[m/s] (6.9)
√ √

On voit que√ s’identifie avec l’indice de réfraction.

En optique que l’indice de réfraction dépend la couleur de la lumière, c’est-à-direde sa


fréquence. Donc, en général et dépendent aussi de la fréquence de l’onde.

La solution pour Hys’écrit aussi sous forme d’une onde plane :

( ) ( )avec √

Figure 52 : Onde plane électromagnétique se propageant selon +E

6.3.2 Densité d’énergie d’une onde plane EM

En additionnant la densité d’énergie du champ électrique (2.28) et celle du champ magnétique


(5.8), nous obtenons :

Densité d’énergie du champ EM dans le vide

[J/m3] (6.10)

Dans la matière, il faut tenir compte de la permittivité et de la perméabilité.

Dans un milieu linéaire ⃗ ⃗ et ⃗ ⃗

59
Densité d’énergie du champ EM dans la matière

[J/m3] (6.11)

[J/m3] (6.11’)

L’équation précédente peut s’écrire sous une forme particulièrement élégante :

[J/m3] (6.11’’)

Appliquons (6.11’) à l’onde plane :

( ) ( )
{ avec √
( ) ( )

( ) ( ) ( ) ( )

La moyenne sur une période de l’onde donne un facteur ( )

Densité d’énergie moyenne [J/m3] (6.12)

60
6.3.3 Intensité d’une onde plane EM

Figure 53 : Section d’une onde plane électromagnétique se propageant selon +z

Pendant un temps t, le front d’onde se déplace de . L’énergie qui traverse une section S
perpendiculaire à l’axe de propagation vaut :

La puissance traversant une section S :

Intensité moyenne :


Intensité moyenne :

√ [W/m2] (6.13)

dans le vide : √ [W/m2] (6.14)

Avec : √ = impédance du vide.

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