Epigraphe.
« La qualité est au cœur de l'éducation pour tous. Elle détermine combien les enfants apprennent
et s'ils apprennent bien, et la mesure dans laquelle leur éducation se traduit par un ensemble de
bénéfices personnels, sociaux et développementaux. »
UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'Éducation pour tous 2005 : L'exigence de la qualité,
Paris, UNESCO, 2004, avant-propos, disponible sur: [Link], consulté le 20 juin 2026.
INTRODUCTION
I. PROBLEMATIQUE
L'éducation constitue un droit fondamental de la personne humaine, consacré tant par les
instruments juridiques internationaux que par les législations nationales. En effet, la Déclaration
universelle des droits de l'homme affirme en son article 26 que « toute personne a droit à
l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement
élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire » 1. Dans le même sens,
cette exigence est reprise par la Convention internationale relative aux droits de l'enfant qui
engage les États parties à ce qu'ils « rendent l'enseignement primaire obligatoire et gratuit pour
tous ». À cet égard, la République Démocratique du Congo, fidèle à ces engagements, dispose
dans sa Constitution du 18 février 2006 à l'article 43 alinéa 5 que « l'enseignement primaire est
obligatoire et gratuit dans les établissements publics »2.
Toutefois, le droit à l'éducation ne se réduit pas au seul droit d'accès ; il emporte
également le droit à une éducation de qualité 3. C'est ainsi que la Loi-cadre n° 14/004 du 11
février 2014 de l'enseignement national prévoit que « les apprenants ont droit à une éducation de
qualité »4. Dans la même perspective, le Comité des droits de l'enfant, dans son Observation
générale n° 1, précise que « chaque enfant a le droit de recevoir une éducation de bonne qualité,
ce qui nécessite une concentration de l'attention sur la qualité du milieu d'apprentissage, de
l'enseignement et des processus et matériaux ainsi que des résultats de l'enseignement » 5.
Il en résulte que l'État congolais est tenu d'assurer, de manière concomitante, l'accès
gratuit à l'enseignement primaire et la qualité de l'éducation dispensée 6, dès lors qu'accéder à une
1
Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée et proclamée par l'Assemblée générale des Nations Unies
dans sa Résolution 217 A (III), Paris, 10 décembre 1948, disponible sur [Link], consulté le 20/juin 2026, art
26.
2
Constitution de la République démocratique du Congo du 18 février 2006, telle que modifiée par la Loi n° 11/002
du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la République démocratique du Congo
du 18 février 2006, in journal officiel de la RDC, 52e année, numéro spécial, Kinshasa, 5 février 2011, art. 43.
3
UNESCO et Right to Education Initiative, Manuel sur le droit à l'éducation, Paris, UNESCO, 2020, p. 112,
disponible sur [Link] consulté le 24 juin 2026.
4
Loi n° 14/004 du 11 février 2014 portant enseignement national, in [Link], 55e année, numéro spécial, Kinshasa,
24 février 2014, art. 202.
5
Observation générale n° 1 du Comité des droits de l'enfant, du 17 avril 2001, par. 22, disponible sur:
[Link]., Consulté le 24 juin 2026.
6
A. Bazika Mangomba. « Gratuité de l'enseignement de base et qualité de l'éducation assurée dans les écoles
primaires publiques de Kinshasa (RDC). » in Revue Internationale de la Recherche Scientifique, Vol. 3, No. 6,
éducation médiocre viderait le droit à l'éducation de sa substance 7. C'est dans cette logique que le
Gouvernement de la République démocratique du Congo a mis en œuvre, à partir de l'année
scolaire 2019-2020, la politique de gratuité de l'enseignement primaire, en vue de mettre fin à la
prise en charge de la rémunération des enseignants par les ménages et de favoriser l'inscription
massive des enfants dans les écoles publiques8.
Cependant, dans la ville de Kamituga comme dans plusieurs autres régions du pays, la
mise en œuvre de cette politique s'est heurtée à des difficultés structurelles : accroissement
excessif des effectifs scolaires, insuffisance des infrastructures et des équipements, démotivation
du personnel enseignant, susceptibles de compromettre la qualité de l'éducation que la loi
garantit pourtant à chaque apprenant. Or, la gratuité, conçue comme un levier d'accessibilité,
semble ainsi porter en elle-même les germes d'une tension avec l'exigence de qualité.
Dès lors, de cette tension procède la présente problématique, qui s'articule autour d'une
question centrale et d'une question subséquente :
- Dans quelle mesure la politique de gratuité de l'enseignement primaire a-t-elle permis d'assurer
l'effectivité de l'accès à l'éducation au sein des écoles primaires publiques de la ville de Kamituga
?
- et si cette effectivité de l'accès qui serait, ainsi favorisée par la gratuité, ne s'est-elle pas réalisée
au détriment de la préservation de la qualité de l'éducation pourtant garantie par la législation
congolaise et les instruments juridiques internationaux ?
II. HYPOTHESES
S'agissant de la première question, il est permis de croire que la politique de gratuité de
l'enseignement primaire aurait permis d'accroître de manière significative l'effectivité de l'accès à
l'éducation dans les écoles primaires publiques de la ville de Kamituga, en favorisant l'inscription
d'un plus grand nombre d'enfants et en réduisant les obstacles financiers qui constituaient
auparavant une barrière à la scolarisation.
décembre 2025, p. 7042.
7
UNESCO et Right to Education Initiative, Manuel sur le droit à l'éducation, Paris, UNESCO, 2020, p. 112,
disponible sur [Link] consulté le 24 juin 2026.
8
D. Y. Kisukulu, G. Nzembe, D. Yogo Ngbabendo & K. Kalala Kazadi, « Equité d'accès contre qualité de
l'apprentissage : une analyse critique de la gratuité de l'enseignement primaire en RDC (2019-2026) », in Revue
Internationale de la Recherche Scientifique et de l'Innovation, vol. 4, n° 3, 2026, p. 953.
Quant à la seconde question, en revanche, il y a lieu de présumer que la mise en œuvre de
cette gratuité, dans un contexte marqué par l'insuffisance des moyens financiers, matériels et
humains, aurait affecté négativement la préservation de la qualité de l'éducation consacrée par les
textes juridiques nationaux et internationaux, notamment en raison de la surcharge des classes,
du déficit d'infrastructures et de la démotivation du personnel enseignant.
III. METHODES ET TECHNIQUES
Pour mener à bien la présente étude, nous recourons à la méthode juridique, dans son
approche exégétique, laquelle consiste à analyser et à interpréter les différents textes juridiques 9
relatifs au droit à l'éducation, à la gratuité de l'enseignement et aux exigences liées à la
préservation de la qualité de l'éducation en République démocratique du Congo. À cet effet, nous
nous référerons aux dispositions constitutionnelles, légales et réglementaires pertinentes, ainsi
qu'aux instruments juridiques internationaux et régionaux consacrant le droit à une éducation
élémentaire gratuite et de qualité. Cette démarche permettra de dégager la portée juridique du
principe de gratuité de l'enseignement, les obligations qui en découlent pour l'État ainsi que les
garanties juridiques destinées à assurer la préservation de la qualité de l'éducation.
S'agissant des techniques de recherche, d'une part, nous utiliserons la technique
documentaire, qui consistera à consulter les ouvrages, articles scientifiques, mémoires, thèses,
textes légaux et réglementaires, rapports officiels ainsi que tout autre document utile en rapport
avec notre sujet d'étude.
D'autre part, nous recourrons à la technique d'enquête, au moyen de questionnaires
adressés aux parents, aux enseignants et aux inspecteurs des écoles de la ville de Kamituga. En
effet, cette technique présente un intérêt particulier dans la mesure où elle permet de recueillir les
perceptions concrètes des principaux acteurs concernés par la réforme, et ainsi de confronter les
prescriptions légales relatives à la gratuité et à la qualité de l'éducation aux réalités effectivement
vécues dans les écoles.
IV. ETAT DE LA QUESTION
La mise en œuvre de la gratuité de l'enseignement primaire en République démocratique
du Congo a fait l'objet de plusieurs études consacrées à ses effets sur l'accès et sur la qualité de
l'éducation.
9
A. BANZA ILUNGA, Manuel de méthodologie de la recherche juridique, Faculté de Droit, Université de
Lubumbashi, 2023, p. 138.
Kisukulu Kayembelyuba et al.10 montrent que la réforme a permis l'intégration de
plusieurs millions d'enfants supplémentaires, mais au prix d'un surpeuplement des classes et
d'une démotivation des enseignants. Mokonzi Bambanota 11 insiste sur la nécessité d'examiner
l'effectivité concrète de la gratuité au-delà de sa seule consécration textuelle, tandis que Bila
Menda et Mayimbi Ditsidi12 identifient des difficultés à trois niveaux — élèves, enseignants et
parents — consécutives à l'afflux massif d'apprenants.
Bazika Mangomba13 établit, à partir d'une enquête menée à Kinshasa, que la gratuité non
soutenue par des mesures d'encadrement adéquates compromet la qualité de l'éducation. Enguta
Mwenzi et Ngonzo Kitumba14 relèvent une surpopulation des classes dépassant les normes de
l'UNESCO, et Kanakana Kandala et ses coauteurs 15 soulignent la démotivation du personnel
enseignant consécutive à la réforme. Enfin, Mugisho Bayongwa 16, dans une enquête menée
auprès des parents de la ville de Bukavu, constate une perception favorable de la gratuité,
nuancée toutefois par une baisse perçue de la qualité de l'éducation.
À la différence de ces études, la présente recherche se distingue par son ancrage dans la
ville de Kamituga, où elle articule, dans un contexte local précis, l'analyse de l'effectivité de
l'accès à l'éducation et celle de la préservation de sa qualité, à la lumière tant du droit congolais
que du droit international.
V. CHOIX ET INTÉRÊT DU SUJET
10
D. Y. Kisukulu, G. Nzembe, D. Yogo Ngbabendo & K. Kalala Kazadi, « Equité d'accès contre qualité de
l'apprentissage : une analyse critique de la gratuité de l'enseignement primaire en RDC (2019-2026) », in Revue
Internationale de la Recherche Scientifique et de l'Innovation, vol. 4, n° 3, 2026, p. 953.
11
G. MOKONZI BAMBANOTA, « Gratuité et qualité de l'enseignement primaire en République Démocratique du
Congo », in Congo-Afrique, décembre 2012, n° 470, pp. 768-785.
12
P. MENDA BILA et J. MAYIMBI DITSIDI, « Gratuité de l'éducation de base dans les écoles primaires publiques
en République Démocratique du Congo : État des lieux, défis, effets et perspectives », in British Journal of
Education, vol. 12, n° 2, 2024, pp. 1-22, disponible sur [Link]
13
A. BAZIKA MANGOMBA, « Gratuité de l'enseignement de base et qualité de l'éducation assurée dans les écoles
primaires publiques de Kinshasa (RDC) », in Revue Internationale de la Recherche Scientifique, vol. 3, n° 6,
décembre 2025, pp. 7037-7057.
14
J. ENGUTA MWENZI et R. NGONZO KITUMBA, « Efficacité et enjeux de la réforme de la gratuité de
l'enseignement primaire en République démocratique du Congo », in Revue internationale d'éducation de Sèvres, n°
91, décembre 2022.
15
B. KANAKANA KANDALA, K. FAKA NZAMAKWEN et A. MUBIALA KATALA, « La gratuité de
l'enseignement en République Démocratique du Congo : entre expansion de l'accès et crise de comportement des
enseignants », in Revue Internationale de la Recherche Scientifique, vol. 4, n° 1, février 2026, pp. 1154-1169.
16
M. MUGISHO BAYONGWA, « Perception de la gratuité de l'enseignement de base par les parents de la ville de
Bukavu », Travail de Fin de Cycle en Sciences économiques et de gestion, Université Officielle de Bukavu (UOB),
Bukavu, année académique 2019-2020.
Le choix de ce sujet se justifie par la nécessité d'examiner l'équilibre entre l'effectivité de
l'accès à l'enseignement primaire, rendue possible par la gratuité, et la préservation de la qualité
de l'éducation en République démocratique du Congo. Cette étude présente un triple intérêt : sur
le plan scientifique, elle contribue à la réflexion sur la mise en œuvre de la gratuité et ses
implications sur le droit à l'éducation ; sur le plan pratique, elle met en évidence les difficultés
liées à l'application de cette politique dans la ville de Kamituga afin d'en dégager des pistes de
solutions ; sur le plan personnel, elle nous permet d'approfondir nos connaissances en droit à
l'éducation et de renforcer nos capacités d'analyse juridique.
VI. DÉLIMITATION DU SUJET
Cette étude se délimite suivant trois axes. Sur le plan temporel, elle couvre la période
allant de 2019, année du début de la mise en œuvre effective de la gratuité de l'enseignement
primaire, à 2026. Sur le plan matériel, elle porte, d'une part, sur la gratuité de l'enseignement
primaire en tant que mécanisme de concrétisation du droit à l'éducation et, d'autre part, sur la
préservation de la qualité de l'éducation, entendue comme l'ensemble des conditions
pédagogiques, matérielles et humaines nécessaires à un enseignement efficace, pertinent et
performant. Sur le plan spatial, si la gratuité constitue une politique nationale, le champ
d'investigation de la présente étude se limite à la ville de Kamituga, dans la province du Sud-
Kivu.
VII. ANNONCE DU PLAN
Pour répondre aux questions soulevées par la problématique, le présent travail est
subdivisé en deux chapitres, chacun structuré en sections et paragraphes permettant d'articuler
progressivement la démonstration.
Le premier chapitre est consacré au cadre conceptuel et juridique de la gratuité de
l'enseignement primaire en République démocratique du Congo. Il comprend :
Section 1. Du cadre conceptuel
§1. De la notion de gratuité de l'enseignement primaire
§2. De la notion de qualité de l'éducation
Section 2. Du cadre juridique du droit à l'éducation
§1. Le cadre juridique international : la Déclaration universelle des droits de l'homme, la
Convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'Observation générale n° 1 du
Comité des droits de l'enfant
§2. Le cadre juridique national : la Constitution du 18 février 2006 et la Loi-cadre n°
14/004 du 11 février 2014 de l'enseignement national
Le second chapitre porte sur l'évaluation de la mise en œuvre de la gratuité de
l'enseignement primaire dans la ville de Kamituga. Il comprend :
Section 1. De l'effectivité de l'accès à l'éducation dans la ville de Kamituga (réponse à la
question centrale)
§1. L'état des lieux de la scolarisation à Kamituga depuis l'instauration de la gratuité
§2. L'appréciation de l'effectivité de l'accès à l'éducation à la lumière des données de
l'enquête
Section 2. De la préservation de la qualité de l'éducation dans la ville de Kamituga (réponse
à la question subséquente)
§1. Les indicateurs de la qualité de l'éducation à l'épreuve de la gratuité
§2. Les défis compromettant la préservation de la qualité de l'éducation
Section 3. Des perspectives de conciliation entre l'accès et la qualité de l'éducation
§1. Les mesures relatives au financement et aux infrastructures scolaires
§2. Les mesures relatives au personnel enseignant et au suivi de la réforme