ÉCONOMIE POLITIQUE DES RESSOURCES NATURELLES
ET CONFLIT EN RDC
Minerais Stratégiques, Circuits Illicites et Gouvernance Économique
Auteur : Institut d'Études Économiques des Ressources Africaines Publication : Rapport d'Analyse Sectorielle 2026
Secteur : 3T (Étain, Tantale, Tungstène), Or, Cobalt Périmètre : Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema, Ituri
1. Le Paradoxe d'Abondance et la Théorie du Conflit Armé
La République Démocratique du Congo possède un sous-sol d'une richesse exceptionnelle, estimé à
plus de 24 000 milliards de dollars de réserves minérales non exploitées. Elle détient plus de 60 % des
réserves mondiales de cobalt, une part majeure des gisements de coltan (colombo-tantalite), de
cassitérite, de wolframite, d'or artisanal ainsi que d'immenses gisements de cuivre et de lithium.
Cependant, cette manne naturelle s'est transformée en un véritable « piège des ressources » (resource
curse), agissant non pas comme un moteur de développement socio-économique, mais comme le
carburant financier perpétuant la guerre à l'Est.
Dans les provinces de l'Est, la corrélation entre présence de sites miniers artisanaux et prolifération
de la violence armée est manifeste. Les minerais dits stratégiques ou « minerais de sang » (3T et or)
offrent des ressources financières immédiatement mobilisables pour les groupes armés rebelles et les
réseaux prédateurs, leur permettant de s'approvisionner en armes, munitions et logistique sans
dépendre d'un soutien populaire ou institutionnel.
2. Les Cartels de Contrebande et les Routes d'Exportation Illicite
L'économie informelle et criminelle des minerais reposent sur des chaînes de valeur hautement
organisées traversant les frontières nationales. L'or artisanal représente l'un des cas les plus
emblématiques de fuite massive des capitaux : plus de 90 % de l'or extrait artisanalement dans l'Est
de la RDC est exporté en fraude, contournant le Trésor public congolais.
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Principales Zones
Minerai Circuit de Contrebande Privilégié Destination / Usages Globaux
d'Extraction
Coltan Masisi, Walikale, Réseaux transfrontaliers via le Électronique grand public (smartphones,
(Tantale) Rubaya (Nord-Kivu) Rwanda et l'Ouganda condensateurs), aéronautique.
Ituri (Djugu), Sud-Kivu Exportation clandestine vers Dubaï Réserve de valeur, joaillerie, marchés
Or Artisanal
(Fizi, Mwenga) (EAU) via Kampala/Kigali financiers mondiaux.
Cassitérite Maniema, Walikale, Transit régional par les comptoirs Soudures électroniques, emballages
(Étain) Kalehe d'achat transfrontaliers métalliques, industrie lourde.
Cobalt Lualaba, Haut-Katanga Infiltration dans les circuits Batteries pour véhicules électriques et
Artisanal (Périphérie) industriels de négociation transition énergétique.
« Le minerai extrait dans la clandestinité par un creuseur congolais à Rubaya ou Walikale parcourt des
réseaux d'opacité financière transnationaux pour finir dans les composants technologiques les plus avancés
de la transition énergétique mondiale. »
3. Mécanismes de Taxation Illicite par les Groupes Armés
Les acteurs armés (rebelles et éléments incontrôlés des forces de sécurité) tirent leurs bénéfices d'un
système complexe d'extorsion à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement :
1. Taxation sur le site d'extraction : Droit d'accès imposé aux creuseurs et imposition de quotas
journaliers de minerai brut.
2. Barrières de péage routier : Érection de « barrières d'extorsion » sur les grands axes de transport
de marchandises reliant les mines aux centres urbains.
3. Octroi de protection privée : Accord de sécurité payant conclu avec certains comptoirs ou
négociants locaux.
4. Transparence, Devoir de Diligence et Limites des Réglementations
Afin de briser le lien entre minerais et financement des conflits, plusieurs cadres normatifs
internationaux et régionaux ont été instaurés, notamment le Guide OCDE sur le devoir de diligence, la
loi américaine Dodd-Frank (Section 1502) et le Règlement Européen sur les Minerais de Conflit.
Toutefois, la mise en œuvre pratique de ces instruments se heurte à des limites structurelles : le «
blanchiment de minerai » (ore laundering) consiste à faire passer des minerais issus de zones
d'affrontement pour des produits extraits dans des mines certifiées ou dans des pays voisins non
soumis aux répressions tarifaires. Ce mécanisme de faux étiquetage compromet l'efficacité des
chaînes de traçabilité comme le système iTSCi.
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5. Recommandations pour une Révolution de la Gouvernance Minière
Pour transformer le secteur minier congolais en levier de paix et de prospérité, la RDC et ses
partenaires internationaux doivent engager des réformes stratégiques fermes :
• Industrialisation et transformation locale : Interdire progressivement l'exportation de minerais
bruts au profit du raffinage sur le sol congolais pour capturer la valeur ajoutée.
• Restauration du contrôle étatique : Déployer la Police des Mines et renforcer le Service
d'Assistance et d'Encadrement du Mining Artisanal et à Petite Échelle (SAEMAPE).
• Sanctions ciblées : Appliquer des sanctions économiques strictes aux comptoirs d'achat
internationaux et entités transnationales complices du trafic d'or et de minerais 3T.
Étude réalisée à destination des décideurs économiques et des acteurs du devoir de diligence minier dans la région des Grands Lacs.
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