Bernard E2
Bernard E2
Eric BERNARD#
LEO - UMR 6586 CNRS
Résumé :
Par le biais d’un modèle à générations imbriquées avec contrainte de liquidité
nous cherchons à réinterpréter le lien entre développement du système financier et
croissance économique. La contrainte de liquidité est ici appréhendée comme un
indicateur pertinent de mesure de l’efficacité du système financier. Mais,
contrairement à la littérature usuelle, issue des travaux de Diamond [1965], nous
supposons que celle-ci n’est pas une variable exogène. En fonction de la nature
de l’externalité du secteur réel vers le secteur financier, il est alors possible de
définir différents régimes d’accumulation. Si la contrainte suit une évolution non
linéaire, la dynamique du capital devient complexe et différents régimes
d’accumulation apparaissent.
Abstract :
The aim of this article is to study the link between the development of the
financial system and economic growth using an overlapping generation model
with a cash in advance constraint. We suppose that liquidity constraint is a good
measure of the efficiency of the financial system. By contrast with the usual
literature developed by seminal work of Diamond [1965], the constraint is
endogenous. According to the nature of the externality between economic
development and the efficiency of financial system, different kinds of capital
accumulation regimes appear : a “high” and stable steady state and a “low” and
unstable one. In multiple steady states, a tiny variation in the initial capital stock
can drive the economy either in a good situation, where banking system is
efficient and capital stock important, or in a poverty trap.
#
Allocataire de recherche au Laboratoire d’Economie d’Orléans.
Université d’Orléans, Faculté de Droit, d’Economie et de Gestion – rue de Blois
BP 6739 45067 Orléans Cedex 2. Email : [Link]@[Link] ; tel : 02 38 41 70 37
Je remercie Patrick Villieu, Jean-Baptiste Desquilbet et Stefano Bosi pour l’aide et les nombreux conseils fournis
dans l’élaboration de cet article ; toutes les erreurs restant évidemment miennes.
1
Introduction
élément essentiel à la croissance de longue période. Une large littérature, initiée par les
travaux fondateurs de Mac Kinnon [1973] et Shaw [1973], place les politiques de
montrent, dans un cadre de croissance endogène, comment un système financier plus efficace
peut jouer favorablement sur le taux de croissance de long terme. La mise en place d’une
politique financière adéquate, qui vise à améliorer l’efficacité du système financier sans en
accroître l’instabilité, représente un enjeu majeur dans les pays en développement (Fry
L’objet de cet article est de montrer que le lien entre développement du système
financier et croissance économique est complexe du fait des interrelations croisées qui
monétaire, puis à une économie de crédit, où la monnaie ne tient qu’une place marginale dans
les encaisses des agents. Ainsi, la vitesse de circulation de la monnaie suit une évolution
caractéristique en U comme le montrent les travaux de Ireland [1994] pour les Etats-Unis ou
considérée comme un bon indicateur de l’efficacité du système financier dans les pays en
développement.
2
Dans une première étape, nous décrivons le cadre général de l’économie. L’existence
d’une contrainte de liquidité dans les modèles à générations imbriquées permet de justifier la
présence de monnaie (Crettez et al. [1999]). La section 2 est consacrée à l’étude de l’équilibre
que celle-ci est fonction du niveau de développement de l’économie. Ses évolutions, inverses
capacité à gérer au mieux les ressources financières disponibles. Une dernière étape étudie la
financiers peut donc apparaître, sous certaines hypothèses, comme un facteur d’instabilité.
complexes. L’économie dans ce cas peut soit converger vers un équilibre bas caractérisé par
les insuffisances du secteur réel et du secteur financier, soit converger vers un équilibre haut
1 présentation du modèle
[1965]. On dénombre une grande variété de travaux sur ce thème, nous choisissons la
formulation proposée par Hahn et Solow [1995] et Crettez et al. [1999] qui permet une
analyse simple de la dynamique économique. Dans une économie avec les hypothèses
3
usuelles sur la fonction de production (fonction Cobb-Douglas), l’évolution démographique
(la population croît à taux constant n), et les préférences des agents, nous proposons un
modèle dans lequel les agents peuvent diversifier leur épargne. Il existe deux actifs auxquels
repose sur l’existence d’une contrainte d’encaisses préalables à la Clower [1967]. Si les
agents souhaitent acheter des biens, ils sont contraints de détenir une fraction de leur richesse
sous forme de dépôts bancaires. Dans ce cas, la présence de monnaie dans l’économie trouve
contrainte de liquidité qui pèse sur les agents. Un système financier efficient va permettre aux
ménages une économie de ressources au profit de l’épargne productive, ce qui est un facteur
Solow [1995] que les agents doivent détenir entre leurs deux périodes de vie une quantité de
monnaie au moins égale à une fraction de la valeur de leur consommation future. Plus
précisément dans notre cas, les individus doivent financer une fraction µ de leur
consommation future sous forme de monnaie bancaire (0 ≤ µ ≤ 1). En première période, ils
sont donc contraints de placer une partie de leur épargne sous forme de dépôts Dt .
Mais on suppose, dans cet article, que la contrainte de liquidité µ n’est pas exogène,
particulièrement du stock de capital par tête à chaque période kt. Le développement du secteur
réel exerce une influence sur le secteur financier. La nature de cette externalité, par essence
non linéaire, est essentielle pour générer des fluctuations autour de l’équilibre stationnaire.
4
Au-delà d’un certain seuil, l’augmentation des ressources financières accroît l’efficacité du
système financier dans son ensemble, il est donc possible d’écrire µ = µ ( k t ) . Nous
Par souci de simplicité, nous supposons que la rémunération de la monnaie est nulle.
Comme les ménages sont rationnels, ils n’ont donc aucun intérêt à détenir des encaisses
oisives, hormis pour effectuer une partie de leurs transactions en t +1. Ainsi, nous supposons
Dt = µ ( k t ) Pt +1 c tv+1 (1.2)
De plus, nous supposons que les autorités monétaires créent, à chaque période, de la
monnaie, au taux θt. Cette monnaie est redistribuée indirectement aux agents sous la forme de
transferts forfaitaires. Nous supposons que la monnaie créée est cédée au système financier à
la date t. Ainsi, dans notre modèle, seuls les vieux profitent de l’augmentation de la masse
monétaire1. Comme nous le montrons par la suite, la création monétaire modifie le rendement
1
Il est possible d’étudier le cas où la monnaie est également distribuée aux jeunes (Crettez et al [1999]). Dans ce
cas, l’Etat dispose d’un instrument supplémentaire de politique économique. Cela ne modifie pas les résultats
généraux concernant l’accumulation du capital, mais seulement la consommation des jeunes.
5
Les contraintes budgétaires des ménages s’écrivent :
L’épargne totale des agents ( Wt − Pt ctj ) se décompose donc entre l’épargne St, investie
auprès des entreprises, par le biais d’un marché financier primaire (supposé parfait) et les
dépôts Dt. Sous forme réelle, et si l’on distingue les variables anticipées des variables
c t j + s t + d t = wt (1.3)
Dt Tt v+1
ctv+1 = Rte+1 s t + + (1.4)
Pt e+1 Pt e+1
payé en t+1 par les firmes. Le facteur de rendement réel anticipé des dépôts s’écrit Pt / Pt e+1 , il
correspond à la quantité de biens dont on peut disposer en t+1 si l’on a épargné une unité de
1 Tt v+1 1 D e P
intertemporelle : wt + ⋅ e = c tj + e ctv+1 + e t Rt +1 − et (1.5)
e Pt +1
Rt +1 Pt +1 Rt +1 Rt +1 Pt
Pour ne pas surcharger l’écriture du modèle nous notons µ = µ(kt). Le programme des
( )
Max U (ctj , c tv+1 ) = (1 − a ) ln ctj + a ln c vt +1
( ctj , ctv+1 )
( )
1 Tt v+1 1 D e P
wt + e
⋅ e = c tj + e ctv+1 + e t Rt +1 − et
Rt +1 Pt +1 Rt +1 Rt +1 Pt Pt +1
6
Si l’on suppose que la contrainte de liquidité est saturée, c’est-à-dire si Dt = µPt +1ctv+1 , la
1 Tt v 1
wt + e ⋅ e = ctj + e ctv+1 (1.6)
Rt +1 Pt +1 ρ t +1
1 1− µ Pt e+1
avec = + µ
ρ te+1 Rte+1 Pt
ρ te+1 est le facteur de rendement réel anticipé de l’épargne totale qui tient compte du
programme des consommateurs jeunes en t, compte tenu des hypothèses sur la contrainte de
( ) ( )
Max U (ctj , c tv+1 ) = (1 − a ) ln ctj + a ln c vt +1
( ctj , ctv+1 )
1 Tt v 1
sc. : wt + e ⋅ e = ctj + e ctv+1
Rt +1 Pt +1 ρ t +1
On en déduit les expressions des consommations des jeunes et des vieux nés à la date t :
1 Tv
ctj = (1 − a ) wt + e t +e 1 (1.7)
Rt +1 Pt +1
Tv
ctv+1 = a ⋅ ρ te+1 wt + e t +1 e (1.8)
Rt +1 Pt +1
1 Tt v+1
s t = awt − (1 − a ) − dt (1.9)
Rte+1 Pt e+1
7
Les agents vieux en t
A la période t, les agents vieux détiennent le stock de capital acheté lors de la période
précédente. Ils perçoivent donc les profits πt associés à la production. Les profits sont
distribués à parts égales entre les Nt-1 agents vieux. Ils disposent aussi des dépôts qu’ils
avaient placés en banque en t-1, augmentés de la création monétaire qui leur a été donnée sous
forme forfaitaire. Etant donné qu’ils disparaissent à la fin de la période, ils consomment
Dt −1 π Tv
ctv = + t + t (1.10)
Pt N t −1 Pt
µPt c tv πt Tt v 1 πt Tt v
c =
v
+ + ⇒ ct =
v
+ (1.11)
1 − µ N t −1 Pt
t
Pt N t −1 Pt
Les firmes
La firme maximise son profit en considérant donné le stock de capital Kt, installé à la
π t = F (K t , Lt ) − wt Lt (1.12)
résultat usuel :
8
wt = FL′ ( K t , Lt ) = (1 − α ) K tα L(t −α ) ⇒ wt = (1 − α ) Ak tα (1.13)
πt AK tα L1t−α − (1 − α ) K tα L−t α Lt
Rt = = ⇒ Rt = αAk tα −1 (1.14)
Kt Kt
A la période t, la firme qui produira en t+1 reçoit l’épargne non thésaurisée des
K t +1 = I t = N t st (1.15)
Le système financier
spécifique associée à l’activité d’intermédiation. Elle collecte les dépôts des jeunes et reverse
aux vieux la monnaie précédemment accumulée, augmentée de la création monétaire entre les
Le fait que les agents soient contraints de soustraire une partie de leur épargne sous
une baisse de l’investissement productif, ce qui conduit à un équilibre stationnaire plus bas
9
La loi de Walras
On dénombre dans cette économie trois marchés : le marché des biens, du travail et de
la monnaie ; il existe donc deux prix relatifs : le prix du bien de consommation (et de
production) et le taux de salaire. Les relations comptables des différents agents s’écrivent :
N t Dt
- pour les jeunes : N t ctj + N t st + = N t wt
Pt
N t −1 Dt −1 Tv
- pour les vieux : N t −1 c tv = π t + + N t −1 t
Pt Pt
N t Dt N t −1 Dt −1 D
- pour le système financier : Dt = (1 + θ t ) Dt −1 ⇔ = + θ t t −1
Pt Pt Pt
[
D’où il vient : N t ctj + N t −1ctv + I t − Yt + ] 1
Pt
[ ]
N t −1Tt v − θ t Dt −1 + wt [N t − Lt ] ≡ 0
Si le marché du travail est à l’équilibre (Nt = Lt) et si les transferts sont financés par
création monétaire (1.17) alors la loi de Walras s’applique. On a bien équilibre sur le marché
des biens : Y = C + I (où C est la consommation agrégée des jeunes et des vieux).
2 Equilibre temporaire
On suppose qu’à chaque période l’équilibre sur les différents marchés est réalisé.
N t −1 Dt −1 Tv
écrire : N t −1 Dt −1 = N t −1µPt ctv . Or N t −1 c tv = π t + + N t −1 t
Pt Pt
10
µ
Avec (1.17), il vient : N t −1 Dt −1 = Ptπ t (1.18)
1 − µ − θt µ
N t Dt
Or πt = RtKt et comme (1.16) peut se réécrire N t −1 Dt −1 = , on a :
1 + θt
Dt (1 + θt )µ Rt Kt (1 + θt )µ
dt = = = Rt kt (1.19)
Pt 1 − µ − θt µ N t 1 − µ − θt µ
1 − µ − θt µ N t −1 Dt −1 1 − µ − θt µ N t −1 Dt −1
Pt = = (1.20)
µ Rt Kt µ N t Rt kt
Le transfert réel de monnaie permis par l’émission de monnaie par la Banque Centrale
Tt v θt µ N t Rt k t
= (1.21)
Pt 1 − µ − θ t µ N t −1
On suppose que les agents font des anticipations parfaites concernant les valeurs
futures des prix et des taux d’intérêt ( Rte+1 = Rt +1 et Pt e+1 = Pt +1 ). Si l’on suppose que la
Tt v+1 (1 + n )θµ ⋅ k t +1
= (1.22)
Rt +1 Pt +1 1 − µ − θµ
11
Sachant que Rt k t = αAk tα −1 ⋅ k t = αAk tα , les équations (1.13), (1.19) et (1.22) nous
Tt v+1 (1 + n )θµ ⋅ kt +1
ct = (1 − a ) wt +
j
= (1 − a ) (1 − α ) Aktα + (1.23)
Rt +1 Pt +1 1 − µ − θµ
1 πt Tt v (1 + n )αAktα
c =
v
+ = ... = (1.24)
1 − µ N t −1 Pt 1 − µ − θµ
t
- épargne monétaire
(1 + θ )µ
dt = Aαktα (1.25)
1 − µ − θµ
Tt v+1
-épargne destinée à l’investissement s t = awt − d t − (1 − a )
Pt +1 Rt +1
(1 + θ )αµ α θµ
⇒ st = a (1 − α ) − Akt − (1 − a )(1 + n ) kt + 1 (1.26)
1 − µ − θµ 1 − µ − θµ
augmente) alors le taux d’épargne augmente. Ce paramètre est essentiel dans la détermination
modélisées ici par une contrainte de liquidité joue négativement sur le taux d’épargne de
2
Le niveau des prix à la date t dépend de manière cruciale du niveau de développement du système financier et
de la politique monétaire mise en place par le gouvernement. Si l’on omet l’indice t, la relation (1.20) impose
que Pt est positif si et seulement si θ < 1 − µ .
µ
12
3 Contrainte de liquidité endogène
Dans cette section, nous présentons les éléments empiriques qui tendent à prouver
système financier et évolution de la contrainte de liquidité. Cette relation est essentielle pour
monnaie. La théorie quantitative de la monnaie nous enseigne que Mv ≡ PY, ce qui est très
1
relation inverse entre vitesse de circulation de la monnaie et contrainte de liquidité µ = .
v
suivait une relation non linéaire sur longue période. Par exemple, Friedman et Schwartz
[1982], ou Ireland3 [1994] ont montré que la vitesse de circulation de la monnaie prend une
développement, la monnaie est rare et l’économie est proche d’une économie de troc. La
vitesse de circulation de la monnaie est alors très élevée. Le peu d’encaisses liquides
mesure que l’économie se développe, la vitesse de circulation diminue jusqu’à un certain seuil
~
(noté k ). L’augmentation de la masse monétaire se traduit par une baisse de v.
3
On peut se référer également à Hromo, J., (1998) : « A Note on Income Velocity of Money in a Cash in
Advance Economy with Capital », Economics Letters, 60(1), juillet, pp 91-96 ou aux travaux de Marlow, M.,
(1991) : « Money and Velocity in the 80’s », Quarterly Review of Economics and Business, 31(4), pp 36-46. Un
certain nombre de NBER Working Papers traitent également ce problème (n° 2891 et 2074).
13
Au-delà de ce seuil, l’économie dispose d’un stock important de capital physique. Un
circulation de la monnaie diminue puis augmente à mesure que l’économie traverse les
différents stades du développement. Ces faits sont vérifiés empiriquement pour les Etats-Unis,
14
Fig 2 : Contrainte de liquidité et stock de capital
µ(k)
µmax
k
~
k
Ainsi, l’économie passe progressivement d’une économie de troc où la monnaie est
rare à une économie monétaire où les agents sont contraints d’utiliser la monnaie dans les
financier se traduit initialement par une plus forte contrainte : les agents sont dans l’obligation
Mais à partir d’un certain stade de développement, le besoin de détenir des encaisses
liquides diminue. Les agents, pour effectuer leurs transactions, peuvent transformer
Ces considérations sont corroborées, à la fois par une étude historique des systèmes
révolution industrielle en Europe a été accompagnée d’une « révolution financière » qui a pris
corps essentiellement par le développement des banques. Il est possible de citer également les
15
travaux de Fry [1995] qui s’intéresse plus spécifiquement aux pays en développement et pour
qui le système financier des PVD s’assimile quasi exclusivement aux banques.
Le développement de la sphère réelle, mesuré ici par le stock de capital installé dans
l’économie, engendre donc un effet retour sur le développement de la sphère financière. Mac
Kinnon [1973] avait déjà mis en avant la relation complexe entre finance et croissance : le
développement du système financier était susceptible d’aboutir à une économie duale. Dans le
équilibré. Même s’il existe un équilibre stationnaire stable k*, la série (kt) ne converge jamais
sont donc complexes. Si dans un premier temps, les intermédiaires financiers tendent à freiner
l’augmenter par la suite (µ diminue quand k augmente). Ainsi, dans le cadre de notre modèle,
développement économique. Mais par la suite, au-delà d’un certain seuil, elle permet au
développement d’un système bancaire peuvent être contre-productifs dans certains cas. Il
convient pour les pays les moins avancés d’adopter une telle politique avec prudence. En
16
effet, pour ces pays, le développement du système financier peut conduire à une diminution
convergence. L’économie peut soit converger vers un équilibre bas de piège à pauvreté,
converger vers un équilibre haut avec une forte croissance et la présence d’institutions
financières efficaces.
Afin d’assurer l’existence d’un éventuel équilibre, il convient de poser une limite sur
la valeur maximale de la contrainte de liquidité pour imposer que l’épargne soit positive.
(1 + θ )αµ a (1 − α )
st ≥ 0 ⇒ a (1 − α ) − ≥ 0 ⇒ ... ⇒ µ ≤
1 − µ − θµ (1 + θ )(a (1 − α ) + α )
a (1 − α )
Le terme d’épargne st est positif si et seulement si : µ ≤ µ max = (1.27)
(1 + θ )(a (1 − α ) + α )
Pour que le taux d’épargne soit positif, il convient de supposer que la monnaie est un
4
La relation (1.27) conduit également à imposer que le rendement réel des dépôts est inférieur à la rémunération
Pt
du capital : e
≤ Rte+1 (équations (1.1), (1.8) et (1.13))
Pt +1
17
La dynamique d’accumulation se déduit de la relation d’investissement (1.15) :
Kt+1=Ntst ⇔ (1 + n)k t +1 = st
Avec l’équation (1.26), il vient, si l’on tient compte de l’externalité du secteur réel sur
le secteur financier :
θ (1 − a ) µ ( kt ) µ ( kt )α α
(1 + n )1 + kt +1 = a (1 − α ) − (1 + θ ) Akt (1.28)
1 − µ ( k t ) − θµ ( k t
) 1 − µ ( k t ) − θµ ( k t
)
Le cas simple consisterait à supposer que la valeur de µ(kt) est constante et égale à
1
A a (1 − α )(1 − µ − θµ ) − αµ (1 + θ ) 1−α
converge globalement vers k * = . Si l’on suppose
1 + n 1 − µ − a θ µ
la mise en place d’un système financier plus efficace, caractérisé par une baisse de µ, alors la
∂k *
valeur du capital par tête k* augmente à l’équilibre < 0 .
∂µ
En effet, l’épargne investie en capital physique diminue lorsque la monnaie est transférée aux
Par contre si on suppose que la fonction µ(kt) est non linéaire alors il est possible
d’obtenir des résultats biens plus complexes en terme de dynamique d’ajustement. Le cadre
général des modèles à générations imbriquées nous permet donc de rendre compte de
18
La dynamique du capital peut aboutir à des fluctuations de nature déterministe pour
certaines valeurs des paramètres. Dans un premier temps, nous représentons une dynamique
du capital qui converge vers son état stationnaire, avant d’étudier une situation où les
fluctuations ne sont pas amorties. En fait tout dépend de la valeur du paramètre a qui
représente, rappelons-le, la préférence pour le présent. Trois cas sont successivement étudiés :
Les préférences des agents représentent alors un élément essentiel pour passer d'un
l'épargne au cœur du phénomène de croissance, dans une optique assez traditionnelle. Afin de
simplifier la lecture des résultats, et étant entendu que la création monétaire joue
négativement sur k*, nous supposons par la suite que θ = 0. Dans ce cas la dynamique est
1 αµ (k t ) α
définie par : k t +1 = a(1 − α ) − Ak t
1+ n 1 − µ (k t )
détermine les évolutions du stock de capital par tête lorsque la contrainte de liquidité est
endogène.
19
Cas de fluctuations amorties : existence d’un état stationnaire unique et stable
1
A αµ (k * ) 1−α
k* = a (1 − α ) −
*
1 + n 1 − µ ( k )
S’il existe une externalité du secteur réel vers le secteur financier, et avec un taux de
préférence pour le futur élevé, la solution d'équilibre stationnaire est représentée de la sorte :
kt+1
kt
k*
20
Fig 4 Simulation de la dynamique du capital : fluctuations amorties
14
k(t)
12
10
t
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Le cas où les fluctuations perdurent est bien entendu plus intéressant. Deux cas de
figure vont être successivement traités. Pour des valeurs de a faibles, c'est-à-dire dans un cas
où les agents ont une forte préférence pour le présent, l'économie va converger vers un
Ce cas correspond à une situation où les agents ont une forte préférence pour le
présent. Dans ce cas, ils épargnent peu et l’économie se trouve dans une situation de sous-
accumulation du capital. L’équilibre obtenu se caractérise par son instabilité ; en fait, le stock
de capital suit des évolutions cycliques de nature déterministe. Il serait possible d’étudier les
21
Fig 5 Le piège à pauvreté
kt+1
kt
kc
Le cas de figure défini ici correspond donc à une situation où l’économie ne converge
pas vers un équilibre unique ; le stock de capital oscille autour d’un point bas kc.
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
t
Une dernière situation, caractérisée par l’existence d’équilibres multiples, peut être
mise en évidence.
22
Persistance des fluctuations : équilibres multiples et instabilité
converger vers :
- un équilibre instable (ki) (au voisinage de ce point, le stock de capital converge soit
La situation initiale revêt alors une importance cruciale quant à la trajectoire suivie par
l'économie. Les simulations nous indiquent que pour de faibles différences du stock de capital
initial, l’économie peut converger aussi bien vers l’équilibre haut que vers l’équilibre bas. De
kt+1
kt
*
kc ki k
23
Fig 8 Simulation de la dynamique du capital : équilibres multiples
k(t) 14
12
10
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
t
départ, une économie peut soit converger vers un équilibre haut et stable ou alors se retrouver
sur un sentier de développement chaotique. Les conditions initiales revêtent alors une
importance cruciale, comme nous l’enseignent par ailleurs les théories de la croissance
endogène.
développement entre les nouveaux pays industrialisés d’Asie et les PMA Africains depuis les
années 1960. Des pays comme la Corée du Sud ou Taiwan ont (presque) rattrapé leur retard
vis-à-vis des pays industrialisés du Nord et ont mis en place les institutions financières
24
investisseurs institutionnels). La crise de 1997 est sans doute la conséquence d’un sur-
investissement chronique ainsi que de la fin de la période de rattrapage. En un sens, cette crise
au cours de laquelle les banques ont trop investi et l’économie trop profité des flux financiers
internationaux démontre que les politiques de développement ont réussi dans ces pays et que
Dans le même temps, l’Afrique sub-saharienne a connu une crise financière d’une
1929 (Severino [1999]). Tout au long des années 1980, le système financier souffre de
problèmes de liquidités. La crise systémique éclate lorsque les banques publiques, fortement
engagées dans des projets économiquement non rentables, doivent annoncer de réels
masse monétaire à la fin des années 1980). Ainsi, toutes les banques privées et publiques au
Bénin se déclarent en faillite en 1991. Douze banques sont contraintes de fermer au Cameroun
entre 1989 et 1997, sept banques sur douze au Sénégal. Les dépôts quittent massivement les
banques (presque la moitié des dépôts quittent le système bancaire camerounais entre 1985 et
1987), le crédit chute dramatiquement. Ainsi, on assiste dans toute la zone au développement
subsistent : les banques par excès de prudence et par insuffisance du secteur privé se
retrouvent dans une situation anormale de surliquidité. Ainsi, la détresse des systèmes
25
financiers dans certains pays en développement est à la fois la cause et la conséquence
Conclusion
du système financier dans les pays en développement. L’approche proposée nous conduit à
prendre en compte les interrelations qui existent entre développement de la sphère réelle et
Cependant nous montrons que la relation peut être bien plus complexe et que, dans
certaines situations, l’économie reste plongée dans un cercle vicieux. La mécanique du sous
du système financier. Nos résultats rejoignent ainsi les travaux de Berthélémy et Varoudakis
[1996] où le système financier (mesure par le ratio M2 / PIB) explique le passage d’un
équilibre à un autre. En un sens, ce type de modèle permet d’expliquer pourquoi des pays
comme la Corée du Sud et le Sénégal, qui avaient des revenus par tête similaires dans les
répression financière, critiquée par Mac Kinnon et Shaw [1973]. Nos travaux montrent, a
contrario, la nécessité d’une politique financière active pour éviter les situations de détresse
financière. L’Etat doit donc jouer sur différents aspects de la structure de l’économie et
26
favoriser, en particulier, le développement du système financier. Une politique de
dans un piège à pauvreté. Il revient aux pouvoirs publics de chercher à réduire l’importance
Bibliographie
27
Kindleberger, C. (1989) Histoire Financière de l’Europe occidentale, Economica, Paris.
Levine, R. (1997) : « Financial Development and Economic Growth : Views and Agenda »,
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Shaw, E. (1973) : Financial Deepening in Economic Development, Oxford University Press,
New-York.
28