INTRODUCTION:
De son étymologie latine cum (avec) et scire (savoir), la conscience est la connaissance claire et
distincte que l'homme a de lui-même, des actes qu'il pose et du monde dans lequel il est. C'est par
elle que l'homme se distingue de l'animal et qu'il se pose comme sujet. Depuis le cogito de Descartes,
une tradition philosophique désigné par philosophie du sujet qui identifie l'homme à la conscience.
Cependant, l'homme étant une entité psycho-somatique c'est-à-dire qu'il est la fois esprit et corps, il
ne saurait se réduire à sa seule dimension psychologique. Portée par la psychanalyse de Sigmund
Freud, l'inconscient vient montrer que l'homme a une dimension qui lui échappe. Il revient donc de
définir de manière urgente la réalité humaine du point de vue psychologique. L'homme est-il
seulement volonté, un être pensant et maître de ses actes? Est-il plutôt l'objet de divers
déterminismes (biologique, socioculturelle) ?
I. LA CONSCIENCE
L'homme est le seul animal doué de conscience. Dans ce sens la conscience prend l'extension de
raison. Sur le plan épistémologique, la conscience est l'intuition que nous avons de nous-même et du
monde. Celle-ci varie en fonction des circonstances et est toujours tournée vers quelque chose. Selon
Edmund Husserl: « la conscience n'est jamais état de conscience mais toujours conscience de l'état
»c'est-à-dire que la conscience n'est pas statique ou figée, elle est dynamique c'est l'intentionnalité
de la conscience.
De même la conscience est sélective dans la mesure où elle intervient lorsqu'il y a une difficulté,
lorsque l'automatisme de l'habitude ne suffit plus. Dans ce sens Henri Bergson déclare que « toute
conscience est choix ».
1.1 Les différents types de conscience
a- La conscience psychologique
Etre conscient ici signifie que le sujet à une connaissance immédiate de ses actes et de lui-même. Il
peut prendre ses états de conscience comme objet de conscience autrement dit il peut faire un
retour sur lui-même (introspection). Les facultés comme la mémoire, l'intelligence, l'imagination, la
volonté sont corolaire de la conscience psychologique. La conscience permet ici de choisir et de se
choisir. Elle implique donc la liberté et la responsabilité.
b- La conscience morale
La conscience morale désigne la conscience en tant que juge intérieur de nos actes et intentions.
C'est la conscience du devoir au sens kantien. La réflexion philosophique soulève le problème de son
origine et sa valeur. Pour Jean-Jacques Rousseau, la conscience morale est innée, c'est la marque de
notre nature divine, c'est l'instinct divin. Il s'agit d'une conception naturaliste de la conscience contre
laquelle s'oppose Emile Durkheim (1858-1917), pour qui la conscience est adventice. En effet, Emile
Durkheim soutient que la conscience morale est d'origine sociale, c'est une intériorisation des lois de
la société. Dans ce sens il déclare que quand notre conscience parle, c'est la société qui parle en
nous. ». Cette théorie adventice de la conscience est également défendu par Thomas Hobbes (1588-
1679) pour qui l'homme serait un loup pour l'homme, la morale ne commencerait que là où l'homme
s'attache à un groupe.
Au-delà de ce débat sur l'origine de la conscience morale, celle-ci se manifeste par le sentiment de
honte, la pudeur, le regret, le remord et le contentement.
1.2. Conscience: vérité ou illusion
Notre conscience mieux que toute autre réalité est la seule instance à saisir ce que nous sommes,
pensons et sentons. Cependant lorsque nous essayons de la définir, elle devient fugace. Ainsi loin
d'être l'instance par de vérité par excellence comme le prétende les philosophes du sujet (Descartes,
Sartre, Pascal, Kant), les philosophes du soupçon (Marx, Freud, Nietzche) voient en elle, la source
d'illusion sur nous et sur le monde. En examinant nos actions, on se rend compte que la conscience
n'a pas une prise entière sur le corps. Baruch Spinoza dira dans ce sens que « le corps, par les seules
lois de la nature peut beaucoup de choses dont l'esprit reste étonné. » Ainsi, nous n'avons pas
toujours conscience des lois qui nous déterminent à agir. C'est ce constat qui servira de base à la
réflexion psychanalytique de Sigmund Freud.
1.3 Le cogito cartésien et la question de la connaissance de soi
« Je pense, donc je suis » : que signifie donc cette formule ?
Le philosophe forme le projet de tout comprendre par lui-même et invente donc pour cela une
méthode : le doute systématique. Sa règle : « Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne
la connusse évidemment être telle. » Tant que je ne suis pas absolument certain de la vérité d’une
chose, je doute de son existence.
Descartes doute donc de tout – de Dieu, de la liberté, du bien, du mal, de la table en face de lui –
mais alors, que reste-t-il ? Une seule et unique certitude : lui-même reste l’auteur de ses propres
pensées. Je ne peux pas douter du fait que je suis en train de douter, et, par suite, qu’il y a bien un «
je » qui fait cette expérience de pensée. « Je connus de là que j’étais une substance dont toute
l’essence ou la nature n’est que de penser, et qui pour être n’a besoin d’aucun lieu ni ne dépend
d’aucune chose matérielle », se souvient-il. La subjectivité, l’idée d’une certaine autonomie de la
pensée individuelle, se fait jour et avec elle la certitude de la connaissance de soi.
Mais la conscience de soi signifie-t-elle vraiment une connaissance de soi ?
II. L'INCONSCIENT
Jusqu'au 19ème siècle, on admettait que tout phénomène psychique relevait de la conscience, en
d'autres termes que l'homme était totalement maître de ses actes. Avec Freud, il s'établit que
certains mobiles de nos actions nous échappent. C'est ce qui faire dire à Freud que « le moi n'est pas
maître dans sa propre maison». Ainsi, l'homme est mû par une autre instance psychique:
l'inconscient
André Lalande définit l'inconscient comme « ce qui s'applique aux faits qui peuvent être
scientifiquement étudiés en dehors de la conscience, parce que la conscience n'en exprime qu'une
partie minime. » C'est donc l'ensemble des phénomènes psychiques dont la saisie et le contrôle nous
échappe.
2.1. Manifestations et différents types d'inconscients
Les manifestations de l'inconscient sont multiformes. Nous avons, les actes manqués, les rêves, les
lapsi et l'oubli, les névroses: Freud remarque donc que : « le moi n'est pas maitre dans sa propre
maison », car tout lui échappe.
Parmi les types d'inconscient, on distingue :
L’inconscient primitif ou physiologique
Il est héréditaire, biologique, inné et instinctif (battements de paupières, poussée de cheveux,
digestion, battements du cœur, les tendances affectives.)
L'inconscient acquis
C'est la disparition de la conscience dans une habitude à l'origine consciente. (Reflexe dù au travail à
la chaine, conditionnement et apprentissage.) Roger Ebacher dira dans ce sens que: « l'inconscient
agit en nous sans nous et malgré nous ».
L'inconscient collectif
Il est constitué par l'ensemble des mythes et des croyances communément admis et qui constitue le
socle commun de l'humanité.
2.2 FREUD et la psychanalyse.
Chez Sigmund Freud, l'inconscient n'est pas une simple spéculation philosophique. L'inconscient est
une véritable découverte scientifique qui permet de guérir les maladies du système nerveux. Il
constate que bien de maladies du trouble de comportements sont dû aux disfonctionnements du
mécanisme des représentations mentales depuis l'enfance.
2.3. Les contenus du psychisme humain
En effet, le psychisme humain contient une zone claire: la conscience (1/4); une zone obscure
l'inconscient (3/4). L'ensemble de l'espace psychique a essentiellement trois acteurs qui
s'interagissent et s'opposent quelques fois.
Le « Moi » : c'est l'espace conscient, claire, et contient les phénomènes psychiques dont le sujet a le
contrôle. Il régule le comportement et rend compte de la certitude de l'existence.
Le « Sur-moi » : C'est l'ensemble des réalités qui s'impose à nous, des règles morales et sociales
intériorisées. Il tire sa source dans le refoulement moral et social, la censure des actes indésirables
par les interdits parentaux et sociaux.
Le « ça »: Il est inconscient et résulte des désirs extrêmes du corps. C'est le siège des pulsions
sexuelles. Il s'oppose aux deux premiers et perturbe le moi. Le ça fait veut s'imposer à travers des
troubles de comportements symptomatiques de la sexualité. Le « ça » représente la « libido » qui
trouve des formes nouvelles de sa manifestation.
L'univers spirituel de l'homme n'a donc pas un maitre mais jusqu'à trois maitres qui le tyrannise à la
fois.
b- Psychanalyse et manifestations de l'inconscient.
Freud explique que lorsque le moi n'arrive pas à gérer ce conflit, il refoule certains contenus dans
l'inconscient. Ce refoulement permet de maintenir une certaine paix psychologique, mais ces désirs
refoulés ne disparaissent pas pour autant : ils réapparaissent sous forme de symptômes, de rêves, ou
même d'actes manqués, comme les lapsus ou les oublis. Ces erreurs, loin d'être des simples
coïncidences, sont pour Freud des signes que l'inconscient cherche à s'exprimer. Par exemple,
oublier un rendez-vous important pourrait traduire une peur inconsciente ou un désir refoulé.
Freud a aussi montré que l'inconscient joue un rôle majeur dans la formation des névroses. Lorsque
le moi n'arrive plus à gérer les pulsions du ça et les interdictions du surmoi, des conflits internes se
forment, créant des symptômes comme l'anxiété ou les phobies. Le psychisme devient alors malade,
et c'est là que la psychanalyse peut intervenir pour faire émerger les contenus refoulés et aider la
personne à les traiter consciemment.
2.4. Valeur de la psychanalyse de Freud.
Le mérite de Freud, c'est d'avoir prouvé que notre vie psychique déborde largement le cadre de la
conscience. Pour lui: « toute vie affective est marquée par des empreintes inconscientes ». De plus,
nous réalisons que comprendre l'homme c'est comprendre son évolution depuis l'enfance. Freud
distingue ainsi plusieurs stades
Le stade oral (0-2ans): ici la zone érogène est la bouche, dominée par le plaisir de succion.
Censure: sevrage sinon, tentation de fumer-embrasser-sucreries.
Le stade sadico-anal (2-4ans): c'est l'organe génital/anus avec le plaisir à déféquer et à faire
mal aux autres. Censure: propreté et hygiène sinon, brutalité-sadisme-sodomie et
homosexualité.
Le stade phallo-clitoridien (4-6ans): Ici, où on éprouve le complexe d'œdipe. L'enfant reste
très attaché au parent de sexe opposé. Censure encadrement parental sinon, gérontophilie -
fils à Mama/fille à papa.
Le stade latence (6-8ans): Ici l'enfant oubli tout et il s'attache à l'apprentissage. Censure:
l'éducation et cadre pour l'apprentissage. Sinon, frigidité et aridité sexuelle et faiblesse
sexuelle.
Le stade génital (8-12ans): Ici, on veut se servir de l'organe génital. Censure: éviter le tabou
et appliquer la morale familiale. Sinon, timidité et prédation sexuelle.
En fin de compte nous voyons que la vie adulte dépend de ces périodes et des troubles qui
perturbent l'existence subjective. C'est ce qui fait dire à Words Worth que « l'enfant est le père de
l'homme » Alors, si la personnalité de l'enfant est négligée pendant son évolution, c'est un homme
perdu.
Au-delà de la dimension thérapeutique de la psychanalyse, elle démontre aussi que l'homme est
déterminé par les pulsions tensions sexuelles de son enfance. Ainsi, la conséquence c'est que si
l'homme n'est pas une conscience, il ne peut être entièrement libre et responsable de sa conduite
qui serait influencée par un malin génie: l'inconscient. Car dit Alain (Emile Chartier): « un autre moi
me conduit qui me connait et que je ne connais pas ».
III- LES LIMITES DE LA THESE DE L'INCONSCIENT.
La théorie freudienne de l'inconscient a connu une forte opposition et un scepticisme de la part des
rationalistes. Car pour eux, l'esprit humain est intégralement conscient. Freud veut ramener l'homme
au stade de la bête car sa théorie de l'inconscient montre que l'homme n'est pas libre et
responsable. St Exurpery s'inscrit en faux contre la théorie de Freud lorsqu'il déclare que: « être
homme c'est précisément être responsable ». De même Jean-Paul Sartre partage cet avis en tant que
philosophe de la liberté et de la responsabilité humaine. Pour lui, « le Moi » est souverain et libre de
ses choix. De plus, Il affirme qu'il n'y a pour une conscience une façon d'exister c'est d'avoir
conscience qu'elle existe. » II pense que le moi qui est la conscience entièrement souverain, maitre
de ses actes et de ses désirs d'où son affirmation: «l'homme ce qui se fait et ne sera que ce qu'il a
choisi d'être. Il voit donc dans l'expression de l'inconscient, de l'hypocrisie, de la mauvaise foi et de la
duplicité pour fuir ses responsabilités. Dans ce sens il déclare que tout homme qui se réfugie derrière
l'inconscient, tout homme qui se réfugie derrière l'excuse de ses passions, tout homme qui invente
un déterminisme est un homme de mauvaise foi. » Alain³ pour sa part soutient que l'inconscient est
une absurdité car, on a l'impression qu'il y a un autre moi qui agit à ma place. Or pour lui: « je veux ce
que je pense...savoir c'est savoir qu'on sait ». A partir de cela, il pense que «l'inconscient est un
fantôme démobilisateur comme l'hérédité » du passé on ne peut pas déterminer facilement l'avenir.
De plus Alain considère que « l'inconscient est une méprise sur le moi, c'est une idolâtrie du corps ».
Enfin, Goblot condamne également l'inconscient en ces termes : « l'inconscient étant hors de notre
porté et loin de notre pensée, ne peut exister ».