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0. INTRODUCTION
La République démocratique du Congo constitue un réservoir
considérable de ressources qui bénéficie à la fois d’une longue histoire minière et d’un
potentiel de développement encore plus important. L’économie du pays se structure autour
de l’activité minière, ces ressources minérales comptent parmi les plus abondantes et les
plus diversifiées au monde. Elles comprennent de vastes gisements de cuivre, de cobalt, de
coltan, de diamants, d’or, d’étain, de minerai de fer, de zinc 1. Depuis des décennies, ces
ressources nourrissent l’espoir de développement économique et attirent l’attention
d’entreprises venues d’horizons divers.
Partant des chiffres délivrés par le gouvernement, aujourd’hui,
l’activité minière en République Démocratique du Congo représenterait environ plus de 1
775 194 emplois sur le sol Congolais 2. La contribution du secteur minier reste quasiment
importante en RDC. Selon les années, et en moyenne, le secteur génère quasiment 70% au
budget national faisant ainsi de l’activité minière l’une des activités les plus rentables de la
République Démocratique du Congo.
Malgré un potentiel minier considérable et une longue histoire
minière qui a eu ses heures de gloire, la RDC n’est pas parvenu à mettre son secteur minier
au service du développement durable du pays. Les chiffres avancés par le PNUD au travers
du calcul de l’Indice de Développement humain, place la RDC au 175ème rang sur 190 pays
étudiés pour les années 2023 et 20243. La situation de la pauvreté estimée à partir de la
ligne nationale de pauvreté est (de 5 680 francs Congolais, soit environ 2 dollars USD) avec
un SMIG réajusté à 14 500 FC par jour dans le secteur privé4.
Ainsi, au-delà des statistiques, on observe que dans l’ensemble des
régions minières du pays, l’essor des exploitations, qu’elles soient industrielles ou
artisanales, contribue à une détérioration rapide et notable des conditions de vie de la
population sur le sol congolais. En effet, l’exploitation minière constitue un enjeu central du
développement durable. On remarque notamment une croissance continue de l’insécurité
environnementale dans les zones minières, une forte pression d’exploitation s’y installe et
parvient ainsi à impacter la vie des communautés environnantes. Par ailleurs, la dégradation
environnementale aggrave les difficultés d’accès aux ressources essentielles pour les
populations vivant dans des territoires à vocation agricole, notamment l’eau, les sols, la
biodiversité et la qualité de l’air. De ce fait, les effets directs de l’activité minière vont
souvent à l’encontre des objectifs de développement durable du pays. En revanche les
1
RDC : Stratégie d’aide-pays, 2013. Washington, DC. Groupe de la Banque mondiale, et Natural Resource
Governance Institute (NRGI), 2015, Country Strategy Note : République démocratique du Congo.
2
[Link]
utm.
3
Programme des nations unies pour le développement(PNUD), Rapport sur le développement humains
2023/2024, indice de développement humain(IDH),2023/2024.p
4
[Link]
2
retombées indirectes, telles que les recettes fiscales et parafiscales perçues par l’Etat et
réinvesties dans le développement national, peuvent contribuer à atténuer ces impacts.
Enfin, les initiatives mises en œuvre par les entreprises, qu’elles soient obligatoires ou
volontaires, visant à réduire les effets négatifs et à renforcer les retombées positives de leurs
activités, constituent également un levier essentiel pour orienter le secteur minier vers un
développement durable, inclusif et équitable.
Face à ce constat, la mise en œuvre de réformes structurelles
ambitieuses s’impose aux autorités du pays, qui en font leur cheval de bataille. Dalleurs,
c’est dans cette perceptive qu’a été adopté la Loi n° /2002 du 11 juillet 2002 portant Code
minier, telle que modifiée et complétée par la Loi n°18/001 du 09 mars 2018. Cette réforme
marque une étape importante dans la volonté de l’Etat de mieux encadrer les activités
extractives et d’assurer une meilleure prise en compte des intérêts des communautés
locales et de la protection de l’environnement. En effet, bien que cette législation se voulait
plus compétitive, avec des procédures d’octroi des droits miniers et/ou des carrières
objectives, rapides et transparentes, ainsi qu’un régime fiscal, douanier et de change incitatif
pour l’investisseur, d’autres des objectifs poursuivis par ce dernier est de promouvoir une
Exploitation équitable et optimale des ressources minières en vue d’une large croissance
durable et d’un développement socio-économique des pays. C’est dans ce cadre que le code
minier congolais de 2018 dispose à son chapitre 4 d’une section due à la responsabilité
sociétale des entreprises minières intitulées : « de la responsabilité sociétale du titulaire5 ».
La responsabilité sociétale est définie par les lignes directrices ISO
26000 dans sa version du 1er novembre 2010. Elles parlent de Responsabilité Sociétale de
l’Entreprise et la désigne ainsi : « la responsabilité sociétale est la responsabilité d’une
organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur une société et sur
l’environnement se traduisant par un comportement éthique et transparent qui :
Contribue au développement durable, y compris à la santé et au bienêtre de la
société ;
Prend en compte les attentes des parties prenantes ;
Respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes
internationales de comportement ;
est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations 6».
La mission d’une entreprise est de créer de la richesse et des emplois,
en proposant aux consommateurs des produits et services à un prix raisonnable avec leur
nature et leur qualité. Mais cette mission ne doit pas se faire au détriment de la société et de
l’environnement. L’environnement est un milieu dans lequel un organisme fonctionne,
5
Voir le chapitre 4 du code minier congolais de 2018. Art 285 sexies .
6
Organisation internationale de normalisation (ISO), ISO 2600 :2010-lignes directrices relatives à la
responsabilité sociétale, 1er novembre 2010.
3
incluant l’eau, l’air, la terre, les ressources naturelles, la faune, la flore, les êtres humains et
leurs interactions.
Partant du fait que l’exploitation minière à un impact néfaste sur
l’environnement des communautés environnantes en troublant l’écosystème, il est logique
que le responsable de ces effets puisse engager sa responsabilité enfin de réparer les dégâts
causés, c’est dans ce sens que le code minier de 2018 dispose à son article 285 sexies « le
titulaire des droits miniers d’exploitation et de l’autorisation d’exploitation de carrières
permanentes est tenu de contribuer, durant la période de son projet, à la définition et à la
réalisation des projets de développement socio-économiques et industriels des
communautés locales affectées par les activités du projet sur la base d’un cahier des charges
pour l’amélioration des conditions de vie desdites communautés7 ».
Pour s’assurer de la mise en exercice de la responsabilité sociale du
titulaire de droit minier, le code minier s’assure de l’institution d’un cahier de charges Pour
s’assurer de la mise en pratique de leurs responsabilités sociétales, le code minier s’assure
de l’institution d’un cahier des charges pour servir de cadre d’accord devant permettre la
concrétisation des actions de développement durable visant à améliorer le bien-être
économique, social et culturel des communautés locales affectées par le projet minier
pendant et après l’exploitation minière.8Le cahier des charges a pour objet d’orienter et
d’organiser la mise en œuvre des engagements des titulaires de droits miniers d’exploitation
ou de l’autorisation d’exploitation de carrière permanente relatifs à la réalisation des
infrastructures socioéconomiques et services sociaux au profit des communautés locales
affectées par ses activités minières.9
Malgré les dispositions prises par le code minier de 2018 sur la RSE,
l’ineffectivité de cette dernière est largement remarquable au niveau pratique. En effet, bien
qu’il existe des normes régissant la responsabilité sociétale des entreprises minières la
pratique semble plutôt complexe laissant ainsi les communautés impactées par ces activités
extractives dans le désarroi total.
Pour illustrer et démontrer l’ineffectivité de la RSE des entreprises
minières sur le sol congolais, la partie introductive comportera les points suivants : la
problématique (1) l’intérêt de l’étude (2) la délimitation de l’étude (3) la méthodologie
d’approche (4) et le plan sommaire.
I. PROBLEMATIQUE
L’exploitation minière en RDC représente une manne économique
incontournable, mais à quel prix pour les communautés environnantes ? bien que la révision
7
L’article 285 sexies du code minier de 2018.
8
Timothée Tseki Nzalabatu, le Droit minier congolais, EDILIVRE. P 212.
9
Article 285 septies du code minier de 2018.
4
du code minier en 2018 ait instauré des mécanismes de RSE des titulaires d’un droit minier,
l’efficacité réelle de ce dernier demeure malheureusement incertaine.
En effet, dans un contexte où la responsabilité sociétale des
entreprises (RSE) devient un impératif stratégique pour les entreprises extractives, la
République Démocratique du Congo, constitue un terrain d’observation critique. Les attentes
des communautés locales, souvent victimes des externalités négatives de l’activité minière,
sont de plus en plus fortes. En réponse, certaines entreprises adoptent des politiques de RSE
censées améliorer les conditions de vie des populations environnantes. Toutefois, les
données empiriques disponibles révèlent un écart notable entre les engagements déclarés
et les actions concrètement réalisées, avec une participation communautaire limitée, des
résultats partiels et un manque de transparence sur la gestion des fonds alloués. La question
principale qui guide cette étude est donc la suivante : quels sont les facteurs explicatifs du
décalage entre les engagements et les pratiques réelles en matière de la RSE dans secteur
minier en RDC ?
Pour répondre à cette interrogation principale, cette étude sera
orientée autour des quelques questions secondaires :
Quid des mécanismes institutionnels mises en place pour s’assurer d’une application
effective de la RSE des entreprises minières ?
Quels sont les contraintes liées à la mise en œuvre de ces mécanismes ?
Ces pratiques relèvent-elles d’un engagement durable ou d’une stratégie de
développement durable ou d’une stratégie de légitimation ?
Dans ce contexte, il est crucial d’analyser si le code minier de 2018
parvient véritablement à concilier les exigences de la RSE des entreprises minières dans le
cas pratique ou s’il demeure un instrument de façade face aux enjeux du développement
durable et de la justice sociale.
II. HYPOTHESE DE L’ETUDE
Toutes les considérations précédentes en rapport avec l’objet de la recherche conduisent à
l’élaboration d’un certain nombre d’hypothèses suivantes.
Tenant compte des mécanismes mise en place pour s’assurer d’une application effective de la
RSE des entreprises minières en RDC, il convient de souligner que l’effectivité pose encore
des problèmes qui ne leurs permettent pas effectivement d’affermir la RSE dans le secteur
minier en RDC, donc les règles sont posées, cependant c’est l’application et les respects des
normes qui restent encore jusque-là le problème majeur, ainsi pour répondre aux questions de
notre problématique Trois dimensions principales sont retenues : institutionnelle -
règlementaire, stratégique et communautaire.
5
- Hypothèse institutionnelle et règlementaire : Plus la pression institutionnelle et
réglementaire (exigences des autorités locales, exigences internationales) est forte, plus les
entreprises minières s’engagent dans des pratiques RSE formelles, mais non nécessairement
effectives.
- Hypothèse stratégique : Plus la RSE est perçue comme un outil stratégique pour améliorer
l’image de l’entreprise et son accès aux ressources (licences, paix sociale), plus elle tend à
être instrumentalisée, avec un écart entre communication et réalisation.
-Hypothèse communautaire : Une faible implication des communautés locales dans la
conception et la mise en œuvre des projets RSE explique en partie l’échec ou l’inadéquation
des actions entreprises.
III. INTERET DE L’ETUDE
Cette étude présente un intérêt scientifique en apportant une contribution à la réflexion sur
la responsabilité sociétale dans le secteur minier en République démocratique du Congo. Elle
facilite la compréhension des défis lié à la mise en œuvre de la RSE dans le secteur minier,
sur le cas pratique, les résultats de cette étude pourront servir aux entreprises minières, aux
autorités publiques et aux chercheurs du secteur pour améliorer les pratiques de
responsabilité sociétale et renforcer l’apport du secteur minier au développement durable
du pays. Au final, cette recherche présente un intérêt social en mettant en évidence des
pistes susceptibles d’améliorer les conditions de vie des populations vivant à proximité des
sites miniers.
IV. METHODOLOGIE ET TECHNIQUE DE REDACTION
Pour atteindre un résultat de qualité, il faut recours aux opérations
intellectuels par lesquelles un esprits cherche à découvrir la vérité à la démontré et la
vérifié.10
Le concept méthode vient de deux mots grecs : Meta qui signifie
suivant et dolo : qui signifie chemin, de ces deux mots, on tire une traduction en français
signifiant : le chemin suivant lequel, on atteint une vérité scientifique. 11
10
PINTO et GRAWITZ, Methode de science social, Paris, Dollaz, 1989, p, 53.
11
EDDY WANZO I.-A., Méthodologie juridique, p. 53.
6
Plusieurs définitions s’articulent autour du mot de méthode. Les
doctrinaires s’accordent, en effet, pour admettre une définition quasi propre à toutes les
définitions de la notion de méthode : « une méthode est un ensemble des procédures
définies qui sont utilisées pour développer la connaissance scientifique des phénomènes
humaines, sociaux… ».12
COHENDET précise « qu’une méthode dans un travail scientifique
n’est pas une fin en soi, c’est un simple instrument devra permettre d’élargir, à l’expression
de l’éclaircir».13 A cet égard les approches juridiques et sociologiques ont servis pour la
bonne réalisation de cette œuvre scientifique. A côté de ces approches, s’ajoutent historique
et comparative.
a. Approche juridique
Si le réflexe naturel du juriste est le recours au texte juridique. Il ne
faut pas croire que la méthode juridique se limite à mémoriser et à réciter des montagnes
des textes, le juriste doit être capable de penser le réel, de maitriser un système de normes
et de trouver parfois même d’inventer des solutions aux problèmes juridiques qui lui sont
posées, de quelque nature qu’ils soient. Le droit est à la fois l’école de la réflexion et de
l’imagination.
En ce qui nous concerne, l’étude nous a permis d’abord d’interroge le
code minier de 2018 pour dégager l’état de la question de la RSE des entreprises minières en
RDC.
b. Méthode historique
Cette méthode est basée sur l’analyse des données d’une période
bien précise ou d’un temps bien limité dans le passé. Elle nous a permis d’établir une
corrélation entre le présent de la RSE des entreprises minières en RDC.
V. DELIMITATION DE L’ETUDE
Il est nécessaire de délimiter une étude afin de ne pas naviguer à tout
vent. Telle qu’elle se présente, la matière de cette étude semble être trop vaste, d’où
l’impérieuse nécessité de la délimiter sur le plan scientifique.
La présente étude s’inscrit dans le domaine du droit économique de
l’environnement, avec une martelassions particulière sur la responsabilité sociétale des
entreprises (RSE) appliquée au secteur minier en République démocratique du Congo. Elle
n’a pas pour but d’aborder de manière approfondie les aspects techniques de l’exploitation
minière, les procédé d’extraction ou les analyses géologiques. Cependant, elle porte sur le
12
Idem
13
COHENDET, Méthode, droit public, Paris, éd. Montesquieu, 1998, p.13.
7
cadre juridique et les pratiques de la RSE des entreprises minières, en abordant ainsi leurs
effets en matière de développement durable.
ANNONCE DU PLAN
Outre l’introduction et la conclusion générale, la présente étude est
subdivisée deux grands chapitres qui seront accompagnés de deux sections par chacun.
Le premier chapitre portera sur l’approche théorique et conceptuelle
de la RSE et des entreprises minières, le deuxième chapitre portera sur l’état des lieux de la
Responsabilité sociétale dans le secteur minier en République démocratique du Congo