0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
1 vues109 pages

Cours Math Phys

Le document présente des notes de cours sur les mathématiques appliquées à la physique, notamment sur les suites et séries numériques, ainsi que sur les fonctions périodiques et la transformée de Fourier. Il couvre des sujets tels que la convergence des suites, les séries à termes positifs, et les séries de Fourier, avec des appendices sur des concepts avancés. Les définitions et théorèmes sont accompagnés d'exemples et de démonstrations pour illustrer les concepts mathématiques fondamentaux.

Transféré par

meganedjomo807
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
1 vues109 pages

Cours Math Phys

Le document présente des notes de cours sur les mathématiques appliquées à la physique, notamment sur les suites et séries numériques, ainsi que sur les fonctions périodiques et la transformée de Fourier. Il couvre des sujets tels que la convergence des suites, les séries à termes positifs, et les séries de Fourier, avec des appendices sur des concepts avancés. Les définitions et théorèmes sont accompagnés d'exemples et de démonstrations pour illustrer les concepts mathématiques fondamentaux.

Transféré par

meganedjomo807
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS

Table des matières


1. Rappels sur les suites numériques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1. Limite d’une suite de nombres réels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2. Opérations sur les suites numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.3. Convergence vers ±∞. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.4. Suites de nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2. Séries numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.1. La série d’une suite numérique, et sa somme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2. Séries à termes positifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.3. Convergence absolue et séries à signes alternés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.4. Opérations sur les séries numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.5. Séries de nombres complexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.6. Appendice : la série des inverses des nombres premiers . . . . . . . . . . . . . . . 38
2.7. Appendice : nombres de Liouville . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3. Suites et séries de fonctions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.1. Limite d’une suite de fonctions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2. Convergence uniforme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3.3. Etude des suites et des séries uniformement convergentes . . . . . . . . . . . . 49
3.4. Suites et séries de fonctions à valeurs complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
4. Séries entières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
4.1. Rayon de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
4.2. Opérations sur les séries entières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.3. Séries de Taylor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
4.4. Appendice : un théorème d’Abel amélioré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
5. Fonctions périodiques et séries de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
5.1. Séries exponentielles et séries trigonométriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
5.2. Séries de Fourier. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
5.3. Convergence des séries de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
5.4. L’identité de Parseval. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
5.5. Une application physique : la temperature d’une barre homogène . . . . 92
5.6. Appendice : l’intégrale de Dirichlet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
6. La transformée de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
6.1. Premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
6.2. Formules de Poisson et de Plancherel, et inversion de Fourier . . . . . . . . 102
6.3. Transformée de Fourier des fonctions paires et impaires . . . . . . . . . . . . . . 106

1
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 2

1. Rappels sur les suites numériques


1.1. Limite d’une suite de nombres réels.
Définition 1.1. Soit a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels.
(i) On dit que a• converge vers l ∈ R si :

∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que |ak − l| < ε ∀k ⩾ n.

(ii) Si a• converge vers l, on dit aussi que l est la limite de a• , et on écrit :

l = lim an .
n→+∞

(iii) On dit que a• diverge si elle ne converge vers aucun nombre réel r.
(iv) On dit que a• est une suite de Cauchy si :

∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que |ap − aq | < ε ∀p, q ⩾ n.

Remarque 1.2. (i) Noter que dans la définition de suite de Cauchy il n’y a aucune
mention de limite ; pourtant le théorème 1.6 nous montrera que les suites de Cauchy
sont précisément les suites convergentes.
(ii) La limite de la suite a• est unique (si elle existe). En effet, si l′ est une autre
limite de a• , on sait que pour tout ε > 0 il existe n, n′ ∈ N tels que |ak − l| < ε
et |ak′ − l′ | < ε pour tout k ⩾ n et tout k ′ ⩾ n′ ; avec d := max(n, n′ ) on a alors
|ad − l| < ε et |ad − l′ | < ε et par suite :
|l − l′ | = |(l − ad ) + (ad − l′ )| ⩽ |l − ad | + |ad − l| < 2ε.
Puisque ε est arbitraire, on doit alors avoir l = l′ .
(iii) Soient a• := (an | n ∈ N) et b• := (bn | n ∈ N) deux suites qui ne diffèrent
que pour un nombre fini d’indices, c’est à dire, il existe n ∈ N tel que ak = bk
pour tout k ⩾ n. On déduit aussitôt que a• est convergente si et seulement s’il
en est de même pour b• , et le cas échéant, la limite de a• coïncide avec la limite
de b• . Cette observation est implicitement utilisée quand on a faire avec des suites
a• qui sont définies seulement à partir d’un indice initial n0 (par exemple, la suite
a• := (an | n ∈ N \ {0}) telle que an := 1/n pour tout n ⩾ 1) : si l’on le souhaite,
on pourra compléter la définition de a• de façon arbitraire, pour les indices k < n0
(par exemple, on pourrait prendre ak := 0 pour tout k < n0 ) ; le caractère de la
suite ainsi obtenue ne dépendra pas des choix effectués.
(iv) La question de l’existence de la limite d’une suite donnée est plus délicate ;
pour cette question, la proposition importante suivante fournit la première étape.
Proposition 1.3. (i) Toute partie A ⊂ R non vide et majorée admet une borne
supérieure, qui est le plus petit des majorants de A , notée :

sup(A ) ∈ R.

(ii) De même, toute partie B ⊂ R non vide et minorée admet une borne infé-
rieure, qui est le plus grand des minorants de B, notée :

inf(B) ∈ R.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 3

Démonstration. Noter que si la partie B est minorée, alors A := {−a | a ∈ B}


est majorée, et si M est un majorant de A , alors −M est un minorant de B ; par
suite, si A admet la borne supérieure sup(A ), alors B admet la borne inférieure
− sup(A ). Cela ramène la preuve de l’assertion (ii) à celle de l’assertion (i), donc
il suffit de vérifier que toute partie majorée A admet une borne supérieure.
Pour cela, notons d’abord par [x] la partie entière de tout nombre réel x. (Par
exemple : [57, 896] = 57, [−57, 896] = −57, [π] = 3, etc.) Ensuite, pour tout k ∈ N
posons :
1
[x]k := k · [10k · x] ∀x ∈ R.
10
Par exemple, pour calculer [57, 896]2 il faut prendre d’abord la partie entière de
102 · 57, 896 ; cela donne 5789 ; ensuite on divise par 102 : donc [57, 896]2 = 57, 89.
On voit qu’il s’agit de la troncation de 57, 896 qui ne garde que la partie entière
et le deux première chiffres décimales. De même, on vérifie aisément que [x]k est la
troncation de x qui garde jusqu’aux k premières chiffres décimales. Par exemple :
[π]17 = 3, 14159265358979323.
Noter aussi que [x]0 = [x] pour tout x ∈ R. On appelle [x]k la k-troncation de x.
Cela posée, revenons à notre partie majorée A , et notons par E0 l’ensemble des
parties entières des éléments de A :
E0 := {[a]0 | a ∈ A }.
Puisque A est majorée, évidemment aussi E0 est une partie majorée ; mais d’autre
part E0 ne contient que des nombres entiers, donc il existe un élément maximal
de E0 ; appelons M0 l’élément maximal de E0 . Prenons ensuite la partie A0 ⊂ A
formée des éléments de A dont la partie entière est précisément M0 :
A0 := {a ∈ A | [a0 ] = M0 }.
Noter que A et A0 ont les mêmes majorants, car les éléments de A qui ne sont
pas dans A0 sont en tout cas plus petits des éléments de A0 .
L’étape suivante consiste à prendre la partie E1 formée des 1-troncations des
éléments de A0 :
E1 := {[a]1 | a ∈ A0 }.
Evidemment E1 contient au plus 10 éléments, donc on dénote par M1 l’élément
maximal de E1 , et on dénote en outre par A1 ⊂ A0 la partie formée des éléments
de A dont la 1-troncation est précisément M1 :
A1 := {a ∈ A | [a]1 = M1 }.
On continue de la même façon, par récurrence : pour tout k ⩾ 2 on pose
Ek := {[a]k | a ∈ Ak−1 } Mk := max(Ek ) Ak := {a ∈ A | [a]k = Mk }.
A chaque étape, la partie Ek contient au plus 10 éléments ; en outre, Mk est un
nombre réel avec (au plus) k chiffres décimales non nulles, et les premières k − 1
chiffres décimales de Mk sont celles de Mk−1 ; autrement dit :
[Mk ]k−1 = Mk−1 ∀k ∈ N.
Donc, on peut construire un nombre réel M en prenant l’unique expression dont les
premières k chiffres décimales coïncident avec celles de Mk , pour chaque k ∈ N.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 4

Un mot de précaution : souvent, le nombre M ainsi obtenu sera tel que sa k-


troncation coïncide avec Mk pour tout k, mais parfois on obtient un nombre M qui
n’a pas cette propriété ! En effet, supposons que l’on ait :
M0 = 0 M1 = 0, 9 M2 = 0, 99 M3 = 0, 999 ···
de sorte que M = 0, 99999 · · · ; mais cette expression décimale donne le nombre
entier 1 ; donc M = 1 et alors [M ]k = 1 pour tout k ∈ N. Toutefois, cela ne cause
pas de difficultés pour notre raisonnement, car on a au moins :
1
(∗) |[M ]k − Mk | ⩽ ∀k ∈ N.
10k
Montrons que M est un majorant de A : en effet, soit par l’absurde a ∈ A avec
a > M ; alors il existe k ∈ N tel que [a]k − [M ]k > 1/10k , et avec (∗) il vient
[a]k > Mk . Mais cela est absurde, car par construction la k-troncation de tout
élément de A est ⩽ Mk .
Pour conclure, il ne reste qu’à vérifier que M est le plus petit majorant de A .
Cela revient à montrer que pour tout ε > 0 il existe a ∈ A tel que |M − a| < ε.
Mais prenons k ∈ N tel que 3/10k < ε, et soit a ∈ A avec [a]k = Mk ; alors
|a − Mk | < 1/10k , et avec (∗) il vient
|M − a| =|(M − [M ]k ) + ([M ]k − Mk ) + (Mk − a)|
⩽|M − [M ]k | + |[M ]k − Mk | + |Mk − a|
<1/10k + 1/10k + 1/10k = 3/10k
d’où |M − a| < ε, comme souhaité. □

Exemple 1.4. (i) Comme application, on peut montrer que toute suite a• :=
(an | n ∈ N) croissante et majorée est convergente. Plus précisément, d’après la
proposition, la partie A := {an | n ∈ N} admet une borne supérieure, et on a :
lim an = sup(A ).
n→+∞

En effet, soit L := sup(A ) ; puisque L est le plus petit des majorants de A , pour
tout ε > 0 il existe n ∈ N tel que an ∈]L − ε, L]. Mais puisque la suite a• est
croissante, on a alors ak ∈]L − ε, L] pour tout k ⩾ n, et cela revient à dire que L
est la limite de a• .
(ii) De même, on déduit aisément que toute suite a• décroissante et minorée
converge vers la borne inférieure de {an | n ∈ N}.
(iii) Soit a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels ; alors on a :
lim an = 0 ⇔ lim |an | = 0.
n→+∞ n→+∞

En effet, par définition, la limite de a• est 0 si et seulement si pour tout ε > 0 il


existe n ∈ N tel que |ak | < ε pour tout k ⩾ n ; mais la même condition équivaut à
dire que 0 est la limite de la suite des valeurs absolues (|an | | n ∈ N).
D’autre part, on a les observations élémentaires suivantes :
Lemme 1.5. (i) Toute suite convergente a• := (an | n ∈ N) est bornée, et on a :
(∗) inf{an | n ∈ N} ⩽ lim an ⩽ sup{an | n ∈ N}.
n→+∞
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 5

(ii) En outre, toute sous-suite (bn := ak(n) | n ∈ N) de a• est également conver-


gente, et on a :
(∗∗) lim an = lim bn .
n→+∞ n→+∞

Démonstration. (i) : Soit l ∈ R la limite de a• ; on doit exhiber m, M ∈ R tels que


(∗ ∗ ∗) m ⩽ ak ⩽ M ∀k ∈ N.
Or, par hypothèse il existe n ∈ N tel que |ak − l| < 1 pour tout k ⩾ n (pour cela,
il suffit de prendre ε = 1 dans la définition de suite convergente) ; ainsi :
l − 1 < ak < l + 1 ∀k ⩾ n.
On vérifie alors aisément que les inégalités (∗ ∗ ∗) sont vérifiées avec
m := min(l − 1, a0 , . . . , an−1 ) et M := max(l + 1, a0 , . . . , an−1 ).
Ensuite, afin de vérifier les identiés (∗), il suffit de montrer que pour tout ε > 0 le
nombre réel l − ε n’est pas un majorant de A := {an | n ∈ N}, et que l + ε n’est
pas un minorant de A . Mais cela est clair, car on sait qu’il existe n ∈ N tel que
ak ∈]l − ε, l + ε[ pour tout k ⩾ n.
(ii) : Rappelons qu’une sous-suite b• := (bn | n ∈ N) de a• est une suite telle qu’il
existe une application k : N → N strictement croissante avec : bn = ak(n) pour tout
n ∈ N. Donc l’application k sélectionne certains termes de la suite a• : par exemple,
la sous-suite (a2n | n ∈ N) sélectionne les termes à indice pair. Evidemment on a
k(n) ⩾ n pour tout n ∈ N ; la convergence de b• découle alors aussitôt de celle de
a• , ainsi que l’identité (∗∗), par inspection directe des définitions. □
Théorème 1.6. Une suite est convergente si et seulement si elle est de Cauchy.
Démonstration. Si a• := (an | n ∈ N) converge vers l ∈ R, alors pour tout ε > 0 il
existe n ∈ N tel que |ak − l| < ε/2 pour tout k ⩾ n. Par suite :
|ap − aq | = |(ap − l) + (l − aq )| ⩽ |ap − l| + |l − aq | < ε/2 + ε/2 = ε ∀p, q ⩾ n
et donc a• est de Cauchy.
Réciproquement, si a• est de Cauchy, alors pour tout t ∈ N il existe n(t) ∈ N tel
que :
1
(∗) |ap − aq | < ∀p, q ⩾ n(t)
t+1
(il suffit de faire ε = 1/(t + 1) dans la définition de suite de Cauchy).
On peut aussi supposer que :
(∗∗) n(0) < n(1) < n(2) < · · ·
(Pour cela, si la suite (n(t) | t ∈ N) vérifie seulement (∗), définissons par récurrence :
n′ (0) := n(0) et n′ (t+1) := max(1+n′ (t), n(t+1)) pour tout t ∈ N ; alors la nouvelle
suite (n′ (t) | t ∈ N) vérifie (∗) et (∗∗)).
Or, posons : Sk := {ap | p ⩾ n(k)} pour tout k ∈ N, et aussi :
Mk := sup(Sk ) mk := inf(Sk ) ∀k ∈ N.
Noter que :
1
|ap | = |ap − an(k) + an(k) | ⩽ |ap − an(k) | + |an(k) | < + |an(k) | ∀p ∈ Sk
k+1
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 6

donc la partie Sk est bornée, et alors Mk et mk sont des nombres réels, pour chaque
k ∈ N. En outre, ces parties sont emboitées : S0 ⊃ S1 ⊃ S2 ⊃ · · · , donc on a :
(a) la suite M• := (Mk | k ∈ N) est décroissante
(b) la suite m• := (mk | k ∈ N) est croissante
(c) 0 ⩽ Mk − mk ⩽ 1/(k + 1) pour tout k ∈ N (cela découle de (∗)).
On déduit aussitôt que les suites M• et m• convergent : plus précisément la limite
de M• est L := inf{Mk | k ∈ N}, car M• est décroissante et la limite de m• est
l := sup{mk | k ∈ N}, car m• est croissante) ; et l’inégalité (c) entraîne aussi que :
L = l.
Il s’ensuit aisément que l (ou L) est aussi la limite de la suite originaire a• . En
effet, noter que pour tout k ∈ N et tout p ⩾ n(k) on a
mk ⩽ ap ⩽ Mk et mk ⩽ l ⩽ Mk
donc |ap − l| ⩽ Mk − mk ⩽ 1/(k + 1), d’où l’assertion. □
1.2. Opérations sur les suites numériques.
Proposition 1.7. Soient a• := (an | n ∈ N) et b• := (bn | n ∈ N) deux suites
convergentes de nombres réels. Alors on a :
lim (an + bn ) = ( lim an ) + ( lim bn )
n→+∞ n→+∞ n→+∞
lim (an bn ) = ( lim an ) · ( lim bn ).
n→+∞ n→+∞ n→+∞

Démonstration. Soient l et l les limites de a• et respectivement b• . Par hypothèse,
pour tout ε > 0 il existe n, n′ ∈ N tels que :
|ak − l| < ε/2 ∀k ⩾ n et |bk − l′ | < ε/2 ∀k ⩾ n′ .
Par suite :
|(ak +bk )−(l +l′ )| = |(ak −l)+(bk −l′ )| ⩽ |ak −l|+|bk −l′ | < ε ∀k ⩾ max(n, n′ )
d’où la première identité. Ensuite, par le lemme 1.5(i) il existe M ∈ R tels que :
|bn | ⩽ M ∀n ∈ N.
Posons N := max(1, M, |l|). Par hypothèse, pour tout ε > 0 il existe n, n′ ∈ N tels
que :
ε ε
|ak − l| < ∀k ⩾ n et |bk − l′ | < ∀k ⩾ n′ .
2N 2M
Par suite, pour tout k ⩾ max(n, n′ ) il vient :
|ak bk − ll′ | = |(ak − l) · bk + (bk − l′ ) · l|
⩽ |ak − l| · |bk | + |bk − l′ | · |l|
ε ε
< ·M + · |l| ⩽ ε
2N 2N
d’où la deuxième identité. □
Proposition 1.8. (i) Soit a• := (an | n ∈ N) une suite convergente telle que :
an ̸= 0 ∀n ∈ N et l := lim an ̸= 0.
n→+∞

Alors la suite (1/an | n ∈ N) converge vers 1/l.


MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 7

(ii) Soit en outre (bn | n ∈ N) une deuxième suite convergente vers l′ ∈ R. Alors :
bn l′
lim = .
n→+∞ an l
Démonstration. (i) : Quitte à eventuellement remplacer a• par la suite
(bn := −an | n ∈ N)
on peut supposer que l > 0 (car la suite (1/an | n ∈ N) converge vers 1/l si et
seulement la suite (1/bn | n ∈ N) converge vers −1/l).
Soit alors ε > 0 tel que 0 < εl < 1, et prenons δ ∈]0, 1[ tel que :
1 1 1 1
−ε⩽ < ⩽ + ε.
l l(1 + δ) l(1 − δ) l
En passant, noter que ces inégalités sont équivalentes à :
εl
0<δ⩽ .
1 + εl
Puisque lδ > 0, il existe n ∈ N tel que :
ak ∈]l(1 − δ), l(1 + δ)[ ∀k ⩾ n
et par suite :
1  1 1  1 1 
∈ , ⊂ − ε, + ε ∀k ⩾ n
ak l(1 + δ) l(1 − δ) l l
d’où l’assertion.
(ii) : Cela découle de (i) et de la proposition 1.7, car bn /an = bn · (1/an ). □
Proposition 1.9. Soient I ⊂ R un intervalle, a• := (an | n ∈ N) une suite conver-
gente, telle que an ∈ I pour tout n ∈ N, et soit f : I → R une fonction continue.
Alors, si la limite de a• est un nombre réel l ∈ I, on a :
lim f (an ) = f (l).
n→+∞

Démonstration. Noter que pour cet énoncé on s’authorise toute sorte d’intervalle :
I peut être de la forme ]a, b[ pour des réels a < b, ou [a, b], [a, b[, ]a, b], ]a, +∞[,
] − ∞, b[, [a, +∞[, ] − ∞, b] ou ] − ∞, +∞[.
La continuité de f au point l ∈ I revient à dire que :
(∗) ∀ε > 0 ∃δ > 0 tel que |f (x)−f (l)| < ε ∀x ∈ I∩]l−δ, l+δ[.
De l’autre côté, la convergence de a• vers l veut dire que :
(∗∗) ∀δ > 0 ∃n ∈ N tel que ak ∈ I∩]l − δ, l + δ[ ∀k ⩾ n.
Si l’on fait x = ak , la condition de (∗) est alors satisfaite, pourvu que k ⩾ n, avec
n ∈ N vérifiant la condition de (∗∗) ; par suite :
∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que |f (ak ) − f (l)| < ε ∀k ⩾ n
et cela revient à dire que la suite (f (an ) | n ∈ N) converge vers f (l). □
Exemple 1.10. Montrons que si la suite (an | n ∈ N) converge vers l ∈ R, alors
(|an | | n ∈ N) converge vers |l|. En effet, la fonction
f :R→R x 7→ |x|
est continue, donc l’assertion découle aussitôt de la proposition 1.9.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 8

Exemple 1.11. La proposition 1.9 est utile pour étudier la limite des suites définies
par récurrence. Soient par exemple A ∈ [0, 3], et a• := (an | n ∈ N) telle que :

a0 := A an+1 := 3 − an ∀n ∈ N.

Noter que avec f (x) := 3 − x on a une fonction continue f : [0, 3] → [0, 3], donc
an ∈ [0, 3] pour tout n ∈ N. Avec le lemme 1.5(i), on déduit que si a• converge vers
un nombre réel l, on doit avoir l ∈ [0, 3] ; d’après la proposition 1.9, on a dans ce
cas :
f (l) = lim f (an ) = lim an+1 = l
n→+∞ n→+∞
car (an+1 | n ∈ N) est une sous-suite de a• (lemme 1.5(ii)). Autrement dit, l vérifie
l’équation : √
l = 3 − l.

Donc √l2 = 3 − l ⇔ l2 + l − 3 = 0 ; les solutions de cette équation sont ( 13 − 1)/2
et (− 13 − 1)/2. Mais la deuxième solution est négative, alors que l ∈ [0, 3] ; on
conclut que si a• converge, sa limite est

l := ( 13 − 1)/2
(noter que la limite ne dépend pas de la valeur initiale A choisie). Il reste à dé-
terminer si a• est effectivement convergent. Pour cela, rappelons le théorème des
accroissements finis :
(∗) ∀x ∈ I ∃b ∈]x, l[∪]l, x[ tel que f (x)−l = f (x)−f (l) = (x−l)·f ′ (b).
Mais on a :
1
f ′ (b) = − √ ∀b ∈]0, 3[.
2 3−b
Donc, on a :
1 √
(∗∗) |f ′ (b)| < ⇔ 3 − b > 1 ⇔ 0 < b < 2.
2
√ √
Mais noter que f ([0, 3]) = [0, 3], donc √ an ∈ [0, √ 3] pour tout n ⩾ 1, et un simple
calcul montre que l’on a aussi l ∈ [0, 3]. Comme 3 < 2, on déduit que l’inégalité
(∗∗) est vérifiée en particulier pour tout b ∈]an , l[∪]l, an [ (pour chaque n ⩾ 1) ; si
l’on fait x = an dans (∗) (avec n ⩾ 1), on trouve alors :
1
|an+1 − l| = |f (an ) − l| = |an − l| · |f ′ (b)| < |an − l| ∀n ⩾ 1.
2
Par une simple récurrence, on conclut que :
1
|an+1 − l| < n · |a1 − l| ∀n ∈ N
2
donc (|an − l| | n ∈ N) converge vers 0, et cela revient à dire que a• converge vers l.
Exemple 1.12. Voici une autre application importante de la proposition 1.9 :
montrons la limite remarquable suivante :
 a n
lim 1 + = ea ∀a ∈ R.
n→+∞ n
Pour cela, prenons d’abord n0 ∈ N avec n0 > |a|, et noter que bn := 1 + a/n > 0
pour tout n ⩾ n0 , en particulier ln(bk+n0 ) est un nombre réel bien défini pour tout
k ∈ N. Noter en outre que la fonction
f :R→R x 7→ ex
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 9

est continue sur R ; d’après la proposition 1.9, il suffit alors de montrer que
lim (k + n0 ) ln(bk+n0 ) = a
k→+∞

car alors on aura :


 a n
lim 1 + = lim bk+n a
k+n0 = lim f ((k + n0 ) ln(bk+n0 )) = f (a) = e .
0
n→+∞ n k→+∞ k→+∞

Or, rappelons le développement limité du logarithme :


r(x)
ln(1 + x) = x + r(x) avec lim = 0.
x→0 x
Puisque lim a/n = 0, il vient alors, pour tout n ⩾ n0 :
n→+∞
 a a a a
ln 1 + = +r avec lim n · r =0
n n n n→+∞ n
d’où :
h  a i
lim (k + n0 ) ln(bk+n0 ) = lim a + (k + n0 )r =a
k→+∞ k→+∞ k + n0
comme souhaité.
1.3. Convergence vers ±∞. Pour l’étude des suites non bornées, on peut parfois
appliquer la notion de convergence introduite par la définition suivante. Toutefois,
il faut prendre garde que les résultats des paragraphes précédents ne s’étendent que
partiellement aux suites vérifiant cette condition de convergence généralisée.
Définition 1.13. Soit a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels.
(i) On dit que a• converge vers +∞ si :
∀M > 0 ∃n ∈ N tel que ak > M ∀k ⩾ n.
Dans ce cas, on dit aussi que +∞ est la limite de a• , et on écrit :
lim an = +∞.
n→+∞

(ii) On dit que a• converge vers −∞ si :


∀M > 0 ∃n ∈ N tel que ak < −M ∀k ⩾ n.
Dans ce cas, on dit aussi que −∞ est la limite de a• , et on écrit :
lim an = −∞.
n→+∞

Exemple 1.14. (i) Avec l’exemple 1.4(ii) on trouve :


1 n+1
lim =0 lim =1
n→+∞ n n→+∞ n
car ces suites (définies pour n ⩾ 1) sont décroissantes, et car on a :
inf{1/n | n ⩾ 1} = 0 et inf{(n + 1)/n | n ⩾ 1} = 1.
(ii) Soit r ∈ R ; alors :
lim rn = 0 si |r| < 1 et lim rn = +∞ si r > 1.
n→+∞ n→+∞

En effet, pour la première identité il suffit de vérifier que (|rn | | n ∈ N) converge


vers 0 (voir l’exemple 1.4(iii)), et comme |rn | = |r|n , on est alors ramené au cas
où 1 > r ⩾ 0. Mais dans ce cas, la suite (rn | n ∈ N) est décroissante et minorée,
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 10

donc elle converge vers l := inf{rn | n ∈ N}, d’après l’exemple 1.4(ii). On voit assez
aisément que l = 0 par des raisonnements élémentaires ; sinon, on peut aussi utiliser
la proposition 1.9 : en effet, soit f : R → R la fonction telle que f (x) := rx pour
tout x ∈ R. Alors rn+1 = f (rn ) pour tout n ∈ N, et comme f est continue, on a :
l = lim rn+1 = lim f (rn ) = f (l) = rl.
n→+∞ n→+∞

Mais puisque r ̸= 1, l’identité l = rl entraîne que l = 0.


Pour le cas où r > 1, remarquons que dans ce cas la suite (rn | n ∈ N) est
croissante et non majorée ; mais par inspection directe des définitions on voit que
toute suite croissante et non majorée converge vers +∞. De même, toute suite
décroissante et non minorée converge vers −∞.
(iii) On a :
n2 + 3n + 2
lim = +∞.
n→+∞ n+7
En effet, noter que :
n2 + 3n + 2
⩾n−4
n+7
car (n + 7) · (n − 4) = n2 + 3n − 28 pour tout n ∈ N.
Pour resoudre des exercices comme les précédents, on peut parfois s’aider de la
proposition suivante :
Proposition 1.15. (i) Soient a• := (an | n ∈ N) et b• := (bn | n ∈ N) deux suites
convergentes, et telles que an ⩽ bn pour tout n ∈ N. Alors :
lim an ⩽ lim bn .
n→+∞ n→+∞

(ii) (Lemme des gendarmes) Soient a• := (an | n ∈ N), b• := (bn | n ∈ N) et


c• := (cn | n ∈ N) trois suites de nombres réels telles que :
an ⩽ bn ⩽ cn ∀n ∈ N
et supposons que lim a• = lim c• = l. Alors aussi b• converge vers l.
n→+∞ n→+∞

Démonstration. (i) : L’assertion est triviale si a• converge vers −∞, ou si b• converge


vers +∞. En outre, on voit aisément que si a• converge vers +∞, alors aussi b•
converge vers +∞. De même, si b• converge vers −∞, alors aussi a• converge vers
−∞. Ainsi, il ne reste qu’à considérer le cas où les limites l et l′ de a• et respec-
tivement b• sont réels. Posons alors cn := bn − an pour tout n ∈ N ; d’après la
proposition 1.7, la suite c• := (cn | n ∈ N) converge vers l′ − l, et noter que cn ⩾ 0
pour tout n ∈ N, donc la limite de c• est ⩾ 0, par le lemme 1.5(i), d’où l′ ⩾ l.
(ii) : Les cas où l = +∞ ou l = −∞ se déduisent aisément de la partie (i), déjà
démontrée. Soit alors l ∈ R, et posons b′n := bn − an et c′n := cn − an pour tout
n ∈ N ; il vient :
0 ⩽ b′n ⩽ c′n ∀n ∈ N
et la suite (c′n | n ∈ N) converge vers 0, par la proposition 1.7. Il suffit de vérifier
que la suite (b′n | n ∈ N) converge vers 0, car alors la suite (bn = b′n + an | n ∈ N)
convergera vers l, toujours d’après la proposition 1.7.
Or, pour tout ε > 0 il existe n ∈ N tel que 0 ⩽ c′k < ε pour tout k ⩾ n, donc
aussi 0 ⩽ b′k < ε pour tout n ⩾ k, d’où l’assertion. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 11

1.4. Suites de nombres complexes. La notion de convergence d’une suite z• :=


(zn | n ∈ N) de nombres complexes est la même que pour les suites de nombres réels,
quitte à remplacer la valeur absolue | · | des réels par le module ∥ · ∥ des complexes.
Donc, on dira que z• converge vers l ∈ C, si :

∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que ∥l − zk ∥ < ε ∀k ⩾ n

et dans ce cas on écrira comme d’habitude :

l = lim zn .
n→+∞

Noter que pour tout a, b ∈ R on a :


p
|a| + |b| ⩾ ∥a + ib∥ = a2 + b2 ⩾ max(|a|, |b|).

Donc, si l’on dénote par

R(z• ) := (R(zn ) | n ∈ N) et I(z• ) := (I(zn ) | |n ∈ N)

les suites des parties réelle et respectivement des parties imaginaires des termes zn ,
on déduit aussitôt que :

(∗) l = lim zn ⇔ R(l) = lim R(zn ) et I(l) = lim I(zn ).


n→+∞ n→+∞ n→+∞

Cela permet en principe de ramener la question de la convergence d’une suite de


nombres complexes z• à celle des suites de nombres réels R(z• ) et I(z• ), et ainsi
généraliser aisément plusieurs propriétés des suites réelles au cas des suites com-
plexes. Par exemple, on dira qu’une suite z• de nombres complexes est de Cauchy
si elle vérifie la condition analogue à celle de la définition 1.1(ii), c’est à dire :

∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que ∥zp − zq ∥ < ε ∀p, q ⩾ n.

On déduit aussitôt que z• est de Cauchy si et seulement s’il en est de même pour
les suites R(z• ) et I(z• ) ; compte tenu de (∗) et du théorème 1.6, on déduit qu’une
suite z• de nombres complexes est de Cauchy si et seulement si elle est convergente.
En outre, la remarque 1.2 se généralise immédiatement aux suites de nombres com-
plexes.

Remarque 1.16. (i) Voici comment généraliser la proposition 1.7. D’abord, puisque :

R(z + z ′ ) = R(z) + R(z ′ ) et I(z + z ′ ) = I(z) + I(z ′ ) ∀z, z ′ ∈ C

on déduit que pour tout couple de suites de nombres complexes z• et z•′ on a :

lim (zn + zn′ ) = ( lim zn ) + ( lim zn′ )


n→+∞ n→+∞ n→+∞

par application de (∗) et de la proposition 1.7. Ensuite, puisque on a :

R(zz ′ ) = R(z) · R(z ′ ) − I(z) · I(z ′ ) et I(zz ′ ) = R(z) · I(z ′ ) + I(z) · R(z ′ )
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 12

pour tout z, z ′ ∈ C, on déduit que :


R( lim (zn zn′ )) = lim R(zn zn′ )
n→+∞ n→+∞
= lim (R(zn ) · R(zn′ ) − I(zn ) · I(z′n ))
n→+∞
= lim R(zn ) · lim R(zn′ ) − lim I(zn ) · lim I(zn′ )
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞
= R( lim zn ) · R( lim zn′ ) − I( lim zn ) · I( lim zn′ )
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞
= R(( lim zn ) · ( lim zn′ ))
n→+∞ n→+∞

et un calcul similaire montre que :


I( lim (zn zn′ )) = I(( lim zn ) · ( lim zn′ ))
n→+∞ n→+∞ n→+∞

d’où finalement :
lim zn zn′ = ( lim zn ) · ( lim zn′ ).
n→+∞ n→+∞ n→+∞

(ii) Par contre, les assertions qui dépendent de la relation d’ordre des nombres
réels ne se généralisent pas de façon évidente : la condition a < b n’est bien définie
que si a et b sont des nombres réels, donc par exemple on ne dispose pas d’une
bonne notion de “borne supérieure d’un ensemble de nombres complexes”.
(iii) Toutefois, pour toute suite convergente z• de nombres complexes on a :
lim zn = lim R(zn ) − I(zn ) = R( lim zn ) − I( lim zn ) = lim zn
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞

où z dénote comme d’habitude le conjugué complexe du nombre complexe z.


Par suite, on peut aussi généraliser aisément l’exemple 1.10 :

√ q
lim ∥zn ∥ = lim zn · zn = lim zn zn
n→+∞ n→+∞ n→+∞
q
= lim zn · lim zn
n→+∞ n→+∞
r
= lim zn · lim zn
n→+∞ n→+∞

= ∥ lim zn ∥
n→+∞

√ réelle (zn zn | n ∈
(pour la deuxième égalité, on applique la proposition 1.9 à la suite
N) et à la fonction continue f : R⩾0 → R⩾0 telle que f (x) = x pour tout x ⩾ 0).
(iv) En dernier lieu, on a aussi l’homologue de la proposition 1.8 : si (zn | n ∈ N)
et (zn′ | n ∈ N) sont deux suites convergentes de nombres complexes, et si l’on a :
zn ̸= 0 ∀n ∈ N et lim zn ̸= 0
n→+∞

alors on a :
z′ lim zn′
n→+∞
lim n = .
n→+∞ zn lim zn
n→+∞

Pour la preuve, il suffit de remarquer que :


zn′ zn
= · z′
zn ∥zn ∥2 n
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 13

d’où, avec (i), (iii) et la proposition 1.8 :

zn′ zn lim zn
′ ′ n→+∞
lim = lim · lim zn = lim zn ·
n→+∞ zn n→+∞ ∥zn ∥2 n→+∞ n→+∞ ∥ lim zn ∥2
n→+∞

et noter que :
lim zn 1
n→+∞
= .
∥ lim zn ∥2 lim zn
n→+∞ n→+∞

1.4.1. Le produit hermitien. Soit n ⩾1 un entier quelconque. Rappelons que sur Rn


on a un produit scalaire naturel :
   
a1 b1

− →

⟨ v , w ⟩Rn := a1 b1 + · · · + an bn →
−  .  →

∀ v :=  ..  , w :=  ...  ∈ Rn
 

an bn
n
relié à la norme standard de R par l’identité :
q
v ∥Rn := ⟨→
∥→
− −
v ,→

v ⟩Rn ∀→

v ∈ Rn .
Sur Cn , le produit scalaire réel est remplacé par le produit hermitien :
   
a1 b1

− →

⟨ v , w ⟩Cn := a1 b1 + · · · + an bn →
−  ..  →−  .. 
∀ v :=  .  , w :=  .  ∈ Cn .
an bn
Comme pour le produit scalaire réel, il s’agit d’une forme R-bilinéaire sur Cn × Cn ,
mais il n’est pas C-bilinéaire, car il n’est C-linéaire que pour la variable à gauche :
⟨λ→

v + µ→
1
−v ,→
2

w ⟩ n = λ⟨→
C

v ,→
1

w ⟩ n + µ⟨→
C
−v ,→
−w⟩ n
2 C ∀λ, µ ∈ C, ∀→

v ,→−v ,→−
w ∈ Cn
1 2

(la vérification est immédiate). Alors que ⟨·, ·⟩Rn est symétrique, le produit hermitien
vérifie :
⟨→
−w,→−v ⟩Cn = ⟨→
−v ,→−
w ⟩Cn ∀→

v ,→
−w ∈ Cn
d’où l’identité :
⟨→

v , λ→

w 1 + µ→−
w 2 ⟩Cn = λ⟨→

v ,→

w 1 ⟩Cn + µ⟨→

v ,→

w 2 ⟩Cn ∀λ, µ ∈ C, ∀→

v ,→

w 1, →

w 2 ∈ Cn
qui exprime la sesquilinéarité à droite du produit hermitien. En particulier, on a :
 
z1

− →
− 2
⟨ v , v ⟩Cn = ∥z1 ∥ + · · · + ∥zn ∥ 2 →

∀ v :=  ...  ∈ Cn .
 

zn

− →

Par suite, ⟨ v , v ⟩Cn est toujours un réel non négatif, et on déduit une norme sur
Cn avec : q
∥→
−v ∥Cn := ⟨→ −
v ,→
−v ⟩Cn ∀→−v ∈ Cn .

Lemme 1.17. Pour tout → −


v ,→

w ∈ Cn on a :
(i) (Inégalité de Cauchy-Schwarz) ∥⟨→

v ,→

w⟩ Cn ∥⩽ ∥→
−v ∥Cn · ∥→

w ∥Cn .
(ii) (Inégalité triangulaire) ∥→

v +→

w ∥Cn →
− →

⩽ ∥ v ∥ n + ∥w ∥ n.
C C
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 14



Démonstration. (i) : On peut évidemment supposer que → −v ,→

w ̸= 0 . Noter alors
que :


v →

w
⟨→

v ,→−
w ⟩Cn = ∥→

v ∥Cn · ∥→

w ∥Cn · →− , →

∥ v ∥Cn ∥ w ∥Cn

−v →

w
et la norme de ∥→

v ∥C n
et ∥→
− est égale à 1. Donc, on se ramène à montrer que :
w ∥C n

∥→

v ∥Cn = ∥→

w ∥ n = 1 ⇒ ∥⟨→
C

v ,→
−w ⟩ n ∥ ⩽ 1.
C

Pour cela, posons :




w 1 := ⟨→

v ,→

w ⟩Cn · →

v et →

w 2 := →

w −→

w 1.
Noter que :
⟨→

v ,→−
w 2 ⟩Cn = ⟨→
−v ,→
−w ⟩Cn − ⟨→−v ,→
−w ⟩Cn · ∥→−
v ∥2 = 0

− →

d’où aussi : ⟨ w 1 , w 2 ⟩Cn = 0. Par suite :
1 = ∥→

w ∥2Cn = ⟨→ −
w 1 +→ −
w 2, →

w 1 +→
−w 2 ⟩Cn = ∥→−
w 1 ∥2Cn +∥→−
w 2 ∥2Cn = ∥⟨→
−v ,→

w ⟩Cn ∥2 +∥→

w 2 ∥2Cn
d’où l’inégalité souhaitée.
(ii) : Au vu de (i), on trouve :
∥→−v +→−w ∥2Cn = ∥→
−v ∥2Cn + ∥→

w ∥2C n + 2R(⟨→

v ,→

w ⟩)
⩽ ∥ v ∥ n + ∥ w ∥ n + 2∥ v ∥ n · ∥→

− 2
C

− 2
C

− −
w∥
C Cn = (∥→

v ∥Cn + ∥→

w ∥C n )2
d’où l’inégalité triangulaire. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 15

2. Séries numériques
2.1. La série d’une suite numérique, et sa somme.
Définition 2.1. Soit a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels ; le série associée
à a• est la suite s• := (sn | n ∈ N) telle que :
sn := a0 + a1 + · · · + an ∀n ∈ N.
Si la série s• converge, alors sa limite est appelée la somme de la suite a• , et elle
est notée :
+∞
X
ak := lim sn .
n→+∞
k=0

Remarque 2.2. Soit s• := (sn | n ∈ N) une suite arbitraire de nombres réels, et


posons :
a0 := s0 a1 := s1 − s0 a2 := s2 − s1 ··· an := sn − sn−1 ···
On obtient ainsi une nouvelle suite a• := (an | n ∈ N), et on voit aisément que la
série associée à a• n’est rien d’autre que la suite originaire s• .
Autrement dit : toute suite est une série, et toute série est une suite.
En principe, il n’y a pas des différences essentielles entre ces deux notions. Néan-
moins, certaines questions et certains résultats sont présentés plus naturellement
en terme de suites, alors que pour des autres résultats il est plus naturel d’utiliser
le langage des séries.
Exemple 2.3. (i) La série arithmétique de raison r et valeur initiale A : il s’agit
de la série s• associée à la suite (an | n ∈ N) telle que
a0 := A et an+1 := an + r ∀n ∈ N.
Donc an = A + nr pour tout n ∈ N, et par suite :
n
X
sn = (n + 1)A + r k ∀n ∈ N.
k=1

L’astuce pour additioner les premiers n entiers positifs consiste à le regrouper :


1 + 2 + · · · + n = (1 + n) + (2 + (n − 1)) + (3 + (n − 2)) + · · ·
Si n est pair, on a ainsi n/2 couples de termes entre parenthèse, et la somme de
chaque couple est n + 1, donc au total on obtient (n + 1)n/2. Si n est impair, on a
(n − 1)/2 tels couples, plus un terme solitaire au milieu, de valeur (n + 1)/2, mais
alors la somme est encore (n + 1)n/2. Donc finalement :
nr 
sn = (n + 1) A + ∀n ∈ N.
2
P+∞
On déduit aisément que la somme k=0 an est +∞ si r > 0 et −∞ si r < 0.
(ii) La série géométrique de raison r et valeur initiale A : c’est la série s• associée
à la suite (an | n ∈ N) telle que
a0 := A et an+1 = ran ∀n ∈ N.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 16

Donc an = Arn pour tout n ∈ N, et par suite :


n
X
sn = A rk ∀n ∈ N.
k=0
Pn
Pour calculer Sn := k=0 rk = 1 + r + r2 + · · · + rn , on remarque que
rSn = r + r2 + r3 + · · · + rn+1
donc Sn − rSn = 1 − rn+1 , et alors Sn = (1 − rn+1 )/(1 − r), d’où :

1 − rn+1
sn = A ∀n ∈ N.
1−r
Si |r| < 1, on a déjà vu que lim rn = 0 ; on déduit que
n→+∞
n+1
1−r 1 1 1
· lim (1 − rn+1 ) = · 1 − lim rn+1 =

lim =
n→+∞ 1−r 1−r n→+∞ 1−r n→+∞ 1−r
et alors :
+∞
X A
Arr = si |r| < 1.
1−r
k=0
P+∞
Si r > 1, on voit aisément que k=0 Arn vaut +∞ si A > 0, et −∞ si A < 0.
Si r < −1, la série géométrique diverge (sauf pour le cas trivial où A = 0), et ne
converge ni vers +∞, ni vers −∞.
(iii) Calculons la somme de la série :
+∞
X 1
.
(k + 1)(k + 2)
k=0

Pour cela, noter que :


1 1 1
= − ∀k ∈ N.
(k + 1)(k + 2) k+1 k+2
Donc, la somme des premiers n termes donne :
n
X 1 1 1 1 1 1 1 1 1  1
= − + − + − +· · ·+ − = 1−
(k + 1)(k + 2) 1 2 2 3 3 4 n+1 n+2 n+2
k=0

(une telle série, dont chaque terme s’efface avec le suivant, est dite téléscopique).
Finalement on a alors :
+∞
X 1 1
= lim 1 − = 1.
(k + 1)(k + 2) n→+∞ n+2
k=0

(iv) Calculons la somme de la série :


+∞
X k
.
(k + 1)!
k=0

Il s’agit encore d’une série téléscopique, car :


k k+1 1 1 1
= − = −
(k + 1)! (k + 1)! (k + 1)! k! (k + 1)!
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 17

d’où :
n
X k 1 1 1 1 1 1 1 1  1
= − + − + − +· · ·+ − = 1−
(k + 1)! 0! 1! 1! 2! 2! 3! n! (n + 1)! (n + 1)!
k=0

et finalement :
+∞
X k 1
= lim 1 − = 1.
(k + 1)! n→+∞ (n + 1)!
k=0

Proposition 2.4. Soit a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels. Alors :


(i) La série s• := (sn | n ∈ N) associée à la suite a• converge si et seulement si :
∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que |aq+1 + aq+2 + · · · + ap | < ε ∀p > q ⩾ n.
(ii) En particulier si la série s• converge, alors :
lim an = 0.
n→+∞

Démonstration. (i) : Noter que aq+1 + aq+2 + · · · + ap = sp − sq ; mais alors, la


condition de (i) revient à dire que s• est une suite de Cauchy ; donc l’assertion
découle du théorème 1.6.
(ii) : Si l’on fait p = q + 1 dans la condition de (i), on trouve que pour tout ε > 0
il existe n ∈ N tel que |ap | < ε pour tout p > n ; cela revient à dire que a• converge
vers 0. □
Remarque 2.5. (i) Les sommes finies aq+1 + aq+2 + · · · + ap apparaissant dans 2.4(i)
P+∞
s’appellent les restes de la série n=0 an .
P+∞
(ii) Une série n=0 an est dite grossièrement divergente si la suite (an | n ∈ N)
ne converge pas vers 0 : d’après la proposition 2.4(ii), une telle série ne converge
pas. La réciproque de la proposition 2.4(ii) est fausse, en général : il existe des suites
(an | n ∈ N) convergentes vers 0, dont les séries associées ne convergent pas. Par
exemple, montrons que :
+∞
X 1
(∗) = +∞.
n=1
n
Pk
Pour cela, posons sk := n=1 1/k pour tout k ⩾ 1, et noter que :
s1 = 1
1 3
s2 = s1 + =
2 2
1 1 3 2 4
s4 = s2 + + ⩾ + =
3 4 2 4 2
1 1 1 1 4 4 5
s8 = s4 + + + + ⩾ + =
5 6 7 8 2 8 2
1 1 1 1 1 1 1 1 5 8 6
s16 = s8 + + + + + + + + ⩾ + =
9 10 11 12 13 14 15 16 2 16 2
et ainsi de suite. En général, on voit que :
k
s2k ⩾ 1 + ∀k ∈ N
2
d’où (∗). La série (∗) est appelée série harmonique.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 18

(iii) Voici un autre exemple : pour tout n ∈ N, soit pn le n-ième nombre entier
premier ; ainsi :

p0 = 2 p1 = 3 p2 = 5 p3 = 7 p4 = 11 p5 = 13 p6 = 17

et cetera. On peut montrer que :


+∞
X 1
= +∞.
p
n=0 n

Pour la preuve – élémentaire, mais assez difficile – voir l’appendice 2.6.


(iv) D’autre part, la série des inverses des carrés entiers converge, c’est à dire :
+∞
X 1
(∗∗) 2
< +∞.
n=1
n

Plus tard dans notre cours on calculera même la somme de cette série, par la
Pk
technique des séries de Fourier. Pour montrer (∗∗), posons sk := n=1 1/n2 pour
tout k ⩾ 1 ; évidemment la suite (sk | k ⩾ 1) est strictement croissante, et noter
aussi que
1 1
< ∀n ∈ N \ {0}
(n + 1)2 n(n + 1)
d’où :
k
X 1
sk ⩽ 1 + ∀k ⩾ 1.
n=1
n(n + 1)
P+∞ 1
Mais on a vu à l’exemple 2.3(iii) que n=1 n(n+1) = 1, donc :

sup{sk | k ⩾ 1} ⩽ 2

et avec l’exemple 1.4(i) on déduit (∗∗) ; en fait on voit plus précisément que la
somme de cette série est ⩽ 2 (lemme 1.5(i)). La morale est que : les carrés des
entiers sont plus épars sur la droite réelle que les nombres premiers, c’est à dire, sur
un intervalle borné de grosse taille on trouvera toujours beaucoup plus de nombres
premiers que de nombres carrés.
(v) Soient a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels, r ∈ N, et considérons

a′• := (a′n := an+r | n ∈ N)

la sous-suite de a• obtenue après élimination des premiers r termes a0 , a1 , . . . , ar−1 .


Soient aussi s• := (sn | n ∈ N) et s′• := (s′n | n ∈ N) les séries associées à a• et a′• .
Trivialement on a :

sk = (a0 + a1 + · · · + ar−1 ) + s′k−r ∀k ⩾ r.

En particulier, s• converge si et seulement s’il en est de même pour s′• .


La morale est que : lors de l’étude de la convergence de la série associée à une
suite a• on pourra toujours s’authoriser à supprimer un nombre fini de termes de
a• : cela modifiera la somme de la série, mais non pas son caractère de convergence.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 19

2.2. Séries à termes positifs. Soit a• := (an | n ∈ N) une suite des nombres réels
telle que an ⩾ 0 pour tout n ∈ N. Evidemment la série s• associée à a• est monotone
croissante, donc soit s• converge vers un nombre réel positif, soit elle converge vers
+∞. Ainsi, la somme de la série est toujours bien définie :
+∞
X
an ∈ R+ ∪ {+∞}.
n=0
On souhaite étudier la convergence de telles suites à termes positifs ; le premier
simple critère est fourni par le lemme suivante :
Lemme 2.6. (i) Soient a• := (an | n ∈ N) et b• := (bn | n ∈ N) deux suites à
termes positifs, et supposons que an ⩾ bn pour tout n ∈ N. Alors :
+∞
X +∞
X
an ⩾ bn .
n=0 n=0
P+∞ P+∞
(ii) En particulier, si n=0 bn = +∞, alors n=0 an = +∞.
P+∞ P+∞
(iii) De même, si n=0 an < +∞, alors n=0 bn < +∞.
Démonstration. Soient (sn | n ∈ N) et (tn | n ∈ N) les séries de a• et respectivement
b• ; évidemment sn ⩾ tn pour tout n ∈ N, donc les assertions découlent de la
proposition 1.15(i). □
Exemple 2.7. (i) Montrons que la série :
+∞
X 1
(∗)
n=0
n!
converge vers un nombre réel e ⩾ 0 (en fait, il est bien connu que la somme de cette
série est la constante de Néper e = 2.7182818284590452 · · · ). Pour cela, noter que :
1 1
< n ∀n ⩾ 4
n! 2
P+∞
et on a déjà remarqué que la série géométrique n=0 1/2n converge vers 2 (voir
l’exemple 2.3(ii)). Quitte à éliminer les premier 4 termes de la suite (1/n! | n ∈ N),
on peut alors appliquer le lemme précédent, pour déduire la convergence de (∗).
(ii) Par contre, on a :
+∞
X 1
√ = +∞
n=1
n
√ P+∞
car 1/ n ⩾ 1/n pour tout n ⩾ 1, et car on a déjà montré que la série n=1 1/n
diverge (remarque 2.5(ii)).
Proposition 2.8. (Equivalence de séries) Soient deux suites de nombres réels
a• := (an | n ∈ N) et b• := (bn | n ∈ N).
Supposons que bn > 0 pour tout n ∈ N, et que :
an
lim = l ̸= 0, +∞.
n→+∞ bn

Alors les séries associées à a• et b• ont le même caractère (c’est à dire, l’une
converge si et seulement si l’autre converge).
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 20

Démonstration. D’abord, montrons que l’on peut supposer l > P 0. En effet, si l < 0,
+∞
posons aussi cn := −an pour tout n ∈ N ; évidemment la série n=0 an a le même
P+∞
caractère que la série n=0 cn , donc il suffira de vérifier que les séries associées à
c• et à b• ont le même caractère, et d’autre part :
cn
lim = −l > 0.
n→+∞ bn

Or, par hypothèse, il existe n ∈ N tel que :


ak  1 3 
∈ l, l ∀k ⩾ n
bk 2 2
et cela revient à dire que :
l 3l
bk < ak < bk ∀k ⩾ n.
2 2
Quitte à supprimer les premiers n termes des suites a• et b• , ont peut supposer que
ces inégalités soient satisfaites pour tout k ∈ N (rappelons que cette suppression
n’altère pas les caractères des séries associées), et en particulier, que an > 0 pour
tout n ∈ N. Mais alors on a :
m m m m
X X 2 X X 3l
bk < ak et ak < bk ∀m ∈ N.
l 2
k=0 k=0 k=0 k=0

Evidemment, la série associée à a• (resp. à b• ) converge si et seulement si la série


associé à (2ak /l | k ∈ N) (resp. à (3lbk /2 | k ∈ N)) converge, donc l’assertion découle
du lemme 2.6. □
Proposition 2.9. (Règle de D’Alembert) Soit a• := (an | n ∈ N) une suite à termes
strictement positifs. Supposons que :
an+1
lim = l ∈ R ∪ {+∞}.
n→+∞ an

Alors on a : P+∞
(i) Si l < 1, alors n=0 an ∈ R.
P+∞
(ii) Si l > 1, alors n=0 an = +∞.
(iii) Si l = 1, on ne peut rien dire !
Démonstration. Si l < 1, prenons L ∈ R tel que l < L < 1 ; par hypothèse, il existe
n ∈ N tel que :
ak+1
<L ∀k ⩾ n.
ak
Quitte à supprimer les premiers n termes de a• , on peut supposer que cette inégalité
soit satisfaite pour tout k ∈ N. Par suite, on a :
ak+1 < ak L ∀k ∈ N
et avec une simple récurrence sur k, on déduit que :
ak ⩽ a0 Lk ∀k ∈ N.
P+∞ k
Or, comme 0 < L < 1, on sait que la série géométrique k=0 a0 L converge
P+∞
(exemple 2.3(ii)), d’où la convergence de k=0 ak , en vertu du lemme 2.6.
Si l > 1, prenons L ∈ R avec l > L > 1 ; par hypothèse, il existe n ∈ N tel que :
ak+1
>L ∀k ⩾ n
ak
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 21

et quitte à supprimer les premiers n termes de a• on peut supposer que cette


inégalité soit vérifiée pour tout k ∈ N, d’où :
ak+1 > ak L ∀k ∈ N
et une simple récurrence sur k entraîne que :
ak ⩾ a0 Lk ∀k ∈ N.
P+∞ P+∞
Mais comme L > 1, on sait que k=0 a0 Lk = +∞, donc aussi k=0 ak = +∞,
toujours d’après le lemme 2.6. □
Exemple 2.10. Montrons la convergence de la série :
+∞
X
nxn ∀x ∈ [0, 1[.
n=0
On calcule :
(n + 1)xn+1 n+1
lim n
= lim x=x<1
n→+∞ nx n→+∞ n
d’où la convergence souhaitée, par la règle de d’Alembert. Noter que, en combinaison
avec la proposition 2.4(ii), cela entraîne en particulier :
lim nxn = 0 ∀x ∈ [0, 1[.
n→+∞

On a ainsi illustré une observation d’utilité plus générale : afin de prouver qu’une
suite donnée (an | n ∈ N) converge vers 0, il est parfois plus rapide de vérifier la
P+∞
convergence de la série associée n=0 an (lorsque cela est possible), car pour cette
dernière on peut se servir de critères de convergence assez pratiques, tels que la
règle de d’Alembert, ou la règle de Cauchy suivante.
Proposition 2.11. (Règle de Cauchy) Soit (an | n ∈ N) une série à termes positifs.
Supposons que :
lim a1/n
n = l ∈ R ∪ {+∞}.
n→+∞
Alors on a : P+∞
(i) Si l < 1, alors n=0 an ∈ R.
P+∞
(ii) Si l > 1, alors n=0 an = +∞.
(iii) Si l = 1, on ne peut rien dire !
Démonstration. Si l < 1, prenons L ∈ R avec l < L < 1. Par hypothèse, il existe
n ∈ N tel que :
1/k
ak < L ∀k ∈ N
et comme d’habitude, on se ramène aisément au cas où cette inégalité est satisfaite
pour tout k ∈ N. Mais alors :
ak < Lk ∀k ∈ N
P+∞ k
et d’autre part la série géométrique k=0 L converge, car 0 < L < 1 ; par suite
P+∞
k=0 ak ∈ R, toujours d’après le lemme 2.6.
Si l > 1, on choisit L ∈ R tel que l > L > 1, et en raisonnant comme dans la
preuve de la règle de D’Alembert, on se ramène au cas où :
ak > Lk ∀k ∈ N.
P+∞ k
P+∞
Mais on sait que k=0 L = +∞, par suite k=0 ak = +∞. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 22

Exemple 2.12. Etudions la convergence de la série :


+∞ 
X 1 n
(∗) .
n=2
ln(n)

Pour cela, appliquons la règle de Cauchy à la suite (an := (1/ ln(n))n | n ∈ N) ; on


a:
1
lim a1/n
n = lim =0
n→+∞ n→+∞ ln(n)

donc la somme de la série (∗) est un nombre réel.


Proposition 2.13. Soit f : R⩾0 → R⩾0 une fonction monotone décroissante, et
intégrable sur tout intervalle borné de R⩾0 . Posons :
an := f (n) ∀n ∈ N.
Alors on a l’équivalence :
+∞
X Z +∞
an < +∞ ⇔ f (x)dx < +∞.
n=0 0

Démonstration. Cela se voit mieux avec un dessin :

R +∞
La ligne rouge représente le graphe de la fonction f , donc l’intégral 0 f (x)dx
est l’aire de la région R comprise entre la ligne rouge et l’abscisse (et délimitée à
gauche par l’ordonnée). D’autre part, noter que la base de chaque rectangle vert
est de longueur 1 ; l’hauteur du premier rectangle vert à gauche est f (0), donc son
aire est f (0). De même, l’aire du deuxième rectangle vert est f (1), et ainsi de suite.
Puisque la région R est contenue dans la réunion des rectangles verts, il s’ensuit
que :
Z +∞ +∞
X +∞
X
f (x)dx ⩽ f (n) = an .
0 n=0 n=0
De même, la base de chaque rectangle bleu est de longueur 1 ; l’hauteur du premier
rectangle bleu est f (1), donc son aire est f (1) ; l’hauteur du deuxième rectangle
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 23

bleu est f (2), donc son aire est f (2), et ainsi de suite. Puisque la région R contient
la réunion des rectangles bleus, on obtient :
+∞
X +∞
X Z +∞
an = f (n) ⩽ f (x)dx.
n=1 n=1 0
P+∞ P+∞
Mais les séries n=0 an et n=1 an ont le même caractère, d’où la proposition. □

Exemple 2.14. (Séries de Riemann) Soit p ∈ R fixé ; on souhaite étudier la conver-


gence de la série (dite de Riemann) suivante :
+∞
X 1
(∗) .
n=1
np

Pour p = 1, on a déjà montré que cette série diverge (voir la remarque 2.5(ii)).
Si p ⩽ 1, on a 1/np ⩾ 1/n pour tout n ∈ N \ {0}, donc la série diverge plus
généralement pour tout p ⩽ 1. On a aussi vu la convergence de la série pour p = 2,
et comme 1/np < 1/n2 pour tout n ∈ N \ {0} si p ⩾ 2, on déduit la convergence de
la série plus généralement pour tout p ⩾ 2. Il ne reste alors qu’à étudier le cas où
1 < p < 2.
Pour cela, on considère la fonction :
1
f : R⩾0 → R⩾0 telle que f (x) := ∀x ⩾ 0.
(x + 1)p
Evidemment f est intégrable sur tout intervalle borné de R⩾0 , et son intégral in-
défini est :
(x + 1)1−p
Z
f (x)dx = +c
1−p
(avec c la constante d’intégration). Puisque p > 1, on obtient :
Z +∞ Z x
(x + 1)1−p 1 1
f (x)dx = lim f (x)dx = lim − = .
0 x→+∞ 0 x→+∞ 1 − p 1 − p p − 1
En vertu de la proposition 2.13, la série de Riemann (∗) converge alors pour tout
réel p > 1 et diverge pour p ⩽ 1. Noter que la preuve de la proposition montre aussi
les estimations :
+∞
1 X 1 p
⩽ p
⩽ ∀p > 1.
p − 1 n=1 n p−1

Proposition 2.15. (Règle de Raabe-Duhamel) Soit a• := (an | n ∈ N) une suite à


termes strictement positifs. Alors on a :
P+∞
(i) La série n=0 an diverge, s’il existe n ∈ N \ {0, 1} tel que :
ak+1 1
(∗) ⩾1− ∀k ⩾ n.
ak k
P+∞
(ii) La série n=0 an converge, s’il existe n ∈ N \ {0} et un réel b > 1 tels que :
ak+1 b
(∗∗) ⩽1− ∀k ⩾ n.
ak k
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 24

Démonstration. (i) : L’inégalité (∗) entraîne :


 1
ak+1 ⩾ ak 1 − ∀k ⩾ n
k
donc, pour tout k ∈ N \ {0} on a :
 1  1  1   1 
an+k ⩾ an 1 − · 1− 1− ··· 1 − .
n n+1 n+2 n+k−1
Mais d’autre part :
k−1
Y 1  n−1 n n+1 n+k−2 n+1
1− = · · ··· = ∀k > 0.
i=0
n+i n n+1 n+2 n+k−1 n+k+1
(On prend n ̸= 0, 1 justement pour éviter un dénominateur ou un numérateur égal
à 0 dans le produit de fractions ci-dessus.) Donc :
n+k+2 k
X X n+1
ai ⩾ an+2 · ∀k ∈ N.
i=n+2 i=0
n+i+1
P+∞ P+∞
et on sait que la série i=1 1/i diverge, donc de même pour i=0 (n+1)/(n+i+1),
P+∞ P+∞
d’où de même pour i=n+2 ai , et finalement, aussi pour i=0 ai .
(ii) : Prenons p ∈ R tel que b > p > 1, et posons :
1
uk := p ∀k ∈ N \ {0}.
k
P+∞
On a déjà vu que k=1 uk < +∞ (exemple 2.14). Noter que :
uk+1 (k + 1)−p  1 −p
= −p
= 1+ ∀k ∈ N \ {0}.
uk k k
Or, le développement limité de f (x) := (1 + x)−p au voisinage de x = 0 est :
o(x)
f (x) = 1 − px + o(x) avec lim = 0.
x→0 x
Donc il existe ε > 0 tel que :
(1 + x)−p > 1 − bx ∀x ∈]0, ε[.
Soit m ∈ N \ {0} tel que 1/m ⩽ ε ; alors :
uk+1 b
>1− ∀k ⩾ m.
uk k
Posons N := max(n, m) ; il vient :
uk+1 ak+1
> ∀k ⩾ N
uk ak
d’où :
aN +1 aN +2 aN +k+1 uN +1 uN +2 uN +k+1
· ··· < · ··· ∀k ∈ N
aN aN +1 aN +k uN uN +1 uN +k
autrement dit :
aN +k+1 uN +k+1
< ∀k ∈ N
aN uN
et ainsi :
aN
aN +k+1 < · uN +k+1 ∀k ∈ N.
uN
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 25

P+∞ P+∞
Mais la série k=N +1 uk converge, donc de même pour k=N +1 ak , et finalement
P+∞
on déduit la convergence de k=0 ak . □
Exercice 2.16. Soit a• := (an | n ∈ N) une suite décroissante de nombres réels
P+∞
positifs, telle que n=0 an ∈ R. Montrer que :
lim nan = 0.
n→+∞

En effet, d’après la proposition 2.4(i), pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que :
am + am+1 + · · · + an < ε ∀n ⩾ m ⩾ N.
Pour tout réel x ⩾ 0, notons par [x] la partie réelle de x ; prenons k ∈ N tel que
[k/2] ⩾ N c’est à dire : k ⩾ 2N.
Alors :
a[k/2]+1 + a[k/2]+1 + · · · + ak < ε
et noter que :
k
a[k/2]+1 + a[k/2]+1 + · · · + ak ⩾ (k − [k/2])ak ⩾
ak
2
car cette somme contient k − [k/2] termes, et chaque terme est ⩾ ak , car la suite
a• est décroissante. Donc :
kak < 2ε ∀k ⩾ 2N
d’où l’assertion.
2.3. Convergence absolue et séries à signes alternés.
P+∞
Définition 2.17. On dit qu’une série n=0 an de nombres réels est absolument
P+∞
convergente, si la série n=0 |an | est convergente.
Proposition 2.18. Toute série absolument convergente est convergente.
Démonstration. D”après la proposition 2.4, pour tout ε > 0 il existe n ∈ N tel que :
|aq+1 | + |aq+2 | + · · · + |ap | < ε ∀p > q ⩾ n
et d’autre part, on a :
|aq+1 + aq+2 + · · · + ap | ⩽ |aq+1 | + |aq+2 | + · · · + |ap |.
Donc, pour tout ε > 0 il existe n ∈ N tel que :
|aq+1 + aq+2 + · · · + ap | < ε ∀p > q ⩾ n.
P+∞
Encore avec la proposition 2.4, on déduit que n=0 an converge. □
Exemple 2.19. Montrons la convergence de la série :
+∞
X sin(k)
.
k2
k=1
Il suffit de vérifier la convergence absolue. Mais on a :
sin(k) 1
2
∀k ⩾ 1
⩽ 2
k k
P+∞ P+∞
et on sait que k=1 1/k 2 < +∞, d’où de même k=1 | sin(k)/k 2 | < +∞, CQFD.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 26

En l’absence de convergence absolue, l’étude du caractère d’une série peut être


assez difficile. On a au moins un critère utile :
Proposition 2.20. (Critère de Leibniz) Soit a• := (an | n ∈ N) une suite de
nombres réels vérifiant les conditions suivantes :
(a) La suite (|an | | n ∈ N) est décroissante.
(b) La suite a• converge vers 0.
(c) La suite a• est à signes alternés, c’est à dire :
an = (−1)n · |an | ∀n ∈ N.
P+∞
Alors la série n=0 an converge vers un nombre réel l.
Démonstration. (i) : Posons sk := a0 + a1 + · · · + ak pour tout k ∈ N. Noter que :
s2k+2 − s2k = a2k+1 + a2k+2 ∀k ∈ N
et par hypothèse :
a2k+2 ⩾ 0 a2k+1 ⩽ 0 |a2k+1 | ⩾ |a2k+2 |.
On déduit aisément que :
s2k+2 − s2k ⩽ 0 ∀k ∈ N.
Un raisonnement analogue montre que :
s2k+1 − s2k−1 = a2k + a2k+1 ⩾ 0 ∀k ∈ N.
En outre :
s2k+1 − s2k = a2k+1 ⩽ 0 ∀k ∈ N.
En résumant, on obtient :
(a) la suite (s2k | k ∈ N) est décroissante
(b) la suite (s2k+1 | k ∈ N) est croissante
(c) s2k ⩾ s2k+1 pour tout k ∈ N
(d) limk→+∞ s2k − s2k+1 = 0.
Ainsi, (s2k | k ∈ N) est décroissante et minorée, donc elle converge (exemple
1.4(ii)), et de même, (s2k+1 | k ∈ N) est croissante et majorée, donc elle converge
aussi. Avec (d) on trouve que ces deux suites ont la même limite L ∈ R ; mais alors
P+∞
L est aussi la limite de (sk | k ∈ N), autrement dit : n=0 an = L. □

Exemple 2.21. Les conditions du critère de Leibniz sont remplies avec


an := (−1)n /(n + 1) ∀n ∈ N
donc on a la série convergente :
+∞
X (−1)n
.
n=0
n+1

Quelle est la somme S de cette série ? On verra que S = ln(2), mais pour établir
cette identité il nous faudra une théorie plus complète : voir l’exemple 4.14(i).
Le critère de Leibniz est un cas particulier du critère plus général suivant :
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 27

Proposition 2.22. (Critère de Dirichlet) Soient deux suites de nombres réels


a• := (an | n ∈ N) et b• := (bn | n ∈ N).
Posons un := an bn pour tout n ∈ N, et supposons que :
(a) La suite a• est décroissante à termes positifs, et lim an = 0.
n→+∞
(b) Il existe un réel M > 0 tel que :
n+m
X
bk ⩽ M ∀n, m ∈ N.
k=n
Alors on a :
P+∞
(i) La série n=0 un converge vers un nombre réel l.
P+∞
(ii) Pour les restes de la série n=0 un on a les estimations suivantes :
m+n
X
un ⩽ M an ∀n, m ∈ N.
k=n

Démonstration. (Attention : la condition (b) n’entraîne pas la convergence de la


P+∞
suite b• ou de la série n=0 bn . En effet, cette condition est vérifiée avec bn :=
(−1)n ; d’ailleurs, avec ce choix pour b• on retrouve le critère de Leibniz.)
P+∞
Noter d’abord que les estimations de (ii) entraînent la convergence de n=0 un :
en effet, puisque a• converge vers 0, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que
0 ⩽ an ⩽ ε/M ∀n ⩾ N
d’où, compte tenu de (ii) :
p
X
un ⩽ ε ∀p > q ⩾ N
k=q+1
P+∞
et la convergence de n=0 un découle alors de la proposition 2.4.
Il ne reste donc qu’à vérifier les estimations de (ii). Celles-ci suivent de l’obser-
vation plus générale suivante :
Affirmation 2.23. Pour tout m, n ∈ N et toute suite décroissante de nombres réels :
x0 ⩾ x1 ⩾ · · · ⩾ xm ⩾ 0
on a :
(∗) |x0 bn + x1 bn+1 + · · · + xm bn+m | ⩽ M x0 .
Preuve : On raisonne par récurrence sur m. Pour m = 0, on doit montrer que :
(∗∗) |xbn | ⩽ M x ∀n ∈ N, ∀x ⩾ 0.
Mais si l’on fait m = 0 dans la condition (b), il vient |bn | ⩽ M , d’où (∗).
Soit alors m > 0, et supposons que l’inégalité (∗) soit déjà connue pour toute
suite décroissante de m − 1 nombres réels ; on pose
yi := xi − xm ∀i = 0, . . . , m − 1
et noter que :
y0 ⩾ y1 ⩾ · · · ⩾ ym−1 ⩾ 0.
Par hypothèse, il vient alors :
|y0 bn + y1 bn+1 · · · + ym−1 bn+m−1 | ⩽ M y0 .
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 28

D’autre part :
m
X n+m
X
xk bn+k = (y0 bn + y1 bn+1 · · · + ym−1 bn+m−1 ) + xm bk
k=0 k=n
n+m
X
⩽ |y0 bn + y1 bn+1 · · · + ym−1 bn+m−1 | + xm · bk
k=n
⩽ M y0 + xm M = x0 M
comme souhaité. □

Corollaire 2.24. Sous les hypothèse du critère de Leibniz (proposition 2.20) on a


P+∞
les estimations suivantes pour les restes de la série n=0 an :
m+n
X
an ⩽ |an | ∀n, m ∈ N.
k=n

Démonstration. On a an = bn · |an |, avec bn = (−1)n pour tout n ∈ N, d’où


Pn+m
| k=n bk | ⩽ 1 pour tout n, m ∈ N. L’assertion découle alors de la proposition
2.22(ii). □

Voici un dernier critère dans le même esprit :


Proposition 2.25. (Critère d’Abel) Soient a• := (an | n ∈ N) et b• := (bn | n ∈ N)
des suites de nombres réels. Posons un := an bn pour tout n ∈ N, et supposons que :
(a) La suite a• soit monotone et bornée.
P+∞
(b) La série n=0 bn soit convergente.
P+∞
Alors la série n=0 un est convergente, et pour ses restes on a les estimations :
n+m
X
uk ⩽ 3L · M (n, m) ∀n, m ∈ N
k=n
Pn+j 
avec L := sup{|an | | n ∈ N} et M (n, m) := max k=n bk | j = 0, . . . , m .
Démonstration. Posons :
n+m
X n+m
X n+m
X
An,m := ak Bn,m := bk Un,m := uk ∀n, m ∈ N.
k=n k=n k=n

Il vient :
Un,m = an bn + an+1 bn+1 · · · + an+m bn+m
= an Bn,0 + an+1 (Bn,1 − Bn,0 ) + · · · + an+m (Bn,m − Bn,m−1 )
m−1
X
= an+m Bn,m + (an+k − an+k+1 )Bn,k .
k=0

Or, d’après la proposition 2.4(i), pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que |Bn,k | < ε
pour tout n ⩾ N et tout k ∈ N. Par suite :
m−1
X
|Un,m | ⩽ (|an+m | + |an+k − an+k+1 |)ε ∀n ⩾ N, ∀m ⩾ 0.
k=0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 29

Mais noter que, puisque a• est monotone, les termes an+k − an+k+1 sont tous du
même signe, et alors :
m−1
X
|an+k − an+k+1 | = |an − an+m |
k=0

donc finalement :
|Un,m | ⩽ (|an+m | + |an − an+m |)ε ⩽ 3Lε ∀n ⩾ N, ∀m ∈ N.
P+∞
Cela entraîne la convergence de n=0 un , encore d’après la proposition 2.4(i).
L’estimation des restes s’obtient par inspection directe des calculs. □
2.4. Opérations sur les séries numériques.
P+∞
Proposition 2.26. Soit n=0 an une série absolument convergente de nombres
réels, et considérons une permutation arbitraire

σ:N→N
de l’ensemble N, c’est à dire
Pune application bijective de N vers N.
+∞
Alors la série permutée n=0 aσ(n) est absolument convergente, et on a :
+∞
X +∞
X
(∗) an = aσ(n) .
n=0 n=0

Démonstration. Posons :
X n n
X
sn := an et tn := aσ(n) ∀n ∈ N.
k=0 k=0

Par hypothèse, pour tout ε > 0 il existe n(ε) ∈ N tel que :


(∗∗) |ak | + |ak+1 | + · · · + |ak+m | < ε ∀k ⩾ n(ε), ∀m ∈ N.
Or, soit :
M (ε) := max(σ −1 (0), . . . , σ −1 (n(ε))).
Evidemment on a :
{0, 1, . . . , n(ε)} ⊂ {σ(0), σ(1), . . . , σ(M (ε))}.
Par suite, compte tenu de (∗∗), il vient :
m n(ε)
X X
|tm − sn(ε) | = aσ(k) − ak < ε ∀m ⩾ M (ε).
k=0 k=0
P+∞
D’autre part, si n=0 an = l, on déduit aussi de (∗∗) que :
|sn(ε) − l| < ε
d’où :
|tm − l| ⩽ |tm − sn(ε) | + |sn(ε) − l| < 2ε ∀m ⩾ M (ε)
et cela achève de vérifier l’identité (∗) de la proposition.
P+∞
Pour montrer que n=0 aσ(n) est absolument convergente, il suffit maintenant
P+∞
d’appliquer à la série n=0 |an | le résultat qu’on vient de montrer : on déduit ainsi
P+∞
la convergence de n=0 |aσ(n) |, CQFD. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 30

Remarque 2.27. Je vous ai signalé la proposition précédente surtout pour vous


mettre en garde que si une série converge sans être absolument convergente, alors
une permutation des indices peut changer sa somme, et même son caractère.
Par exemple, revenons à la série :
1 1 1 1 1 1
(∗) 1− + − + − + ···
2 3 4 5 6 7
On a vu que cette série converge (exemple 2.21), mais elle n’est pas absolument
convergente (remarque 2.5(ii)). Considérons alors la permutation suivante des termes
de cette série :
1 1 1 1 1 1 1 1
(∗∗) 1+ − + + − + + − + ···
3 2 5 7 4 9 11 6
(deux termes positifs sont toujours suivis par un terme négatif). Groupons les
termes 3-à-3 :
 1 1 1 1 1 1 1 1
(∗ ∗ ∗) 1+ − + + − + + − + ···
3 2 5 7 4 9 11 6
Chaque groupe en parethèses contient :
1 1 1 8n + 5
+ − = >0 ∀n ∈ N.
4n + 1 4n + 3 2n + 2 (4n + 1)(4n + 5)(2n + 2)
Donc la somme de (∗ ∗ ∗) est :
1 1
S >1+ − .
3 2
Mais la somme de la série (∗) est :
 1 1 1 1 1 1 1 1
S′ = 1 − + − − − − ··· < 1 − +
2 3 4 5 6 7 2 3
car chaque terme en parenthèse est positif.
(ii) Dans la discussion ci-dessus, on a utilisé l’opération qui consiste à regrouper
des termes d’une série, sans les permuter. Il s’agit d’une opération inoffensive, qui
ne modifie pas la somme d’une série convergente. Pour analyser cette opération,
considérons une application strictement croissante
ϕ : N → N.
P+∞ Pn
Soit aussi n=0 an une série convergente, et posons sn := k=0 ak pour tout n ∈ N,
de sorte que la somme de cette série est la limite de s• := (sn | n ∈ N). On associe
alors à la série le regroupement de termes sélectionné par ϕ, de la façon suivante :
(a0 + · · · + aϕ(0) ) + (aϕ(0)+1 + · · · + aϕ(1) ) + (aϕ(1)+1 + · · · + aϕ(2) ) + · · ·
P+∞
Autrement dit, cela donne une nouvelle série n=0 bn , avec
ϕ(n+1)
X
b0 := a0 + · · · + aϕ(0) et bn+1 := ak ∀n ∈ N.
k=ϕ(n)+1
P+∞ P+∞
On appelle n=0 bn le regroupement de la série n=0 an sélectionné par ϕ. Par
P+∞
Pnsomme de la série n=0 bn est la limite de la suite t• := (tn | n ∈ N)
définition, la
avec tn := k=0 bn . Mais évidemment tn = sϕ(n) pour tout n ∈ N, c’est à dire, t•
est une sous-suite de s• , et donc sa limite coïncide avec celle de s• (lemme 1.5(ii)).
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 31

P+∞
(iii) D’autre part, si n=0 an est une série divergente, alors elle peut bien sûr de-
P+∞
venir convergente après regroupement de termes. Par exemple, la série n=0 (−1)n
est divergente, mais on a :
(1 − 1) + (1 − 1) + (1 − 1) + · · · = 0.
Donc, il n’est pas encore tout à fait clair si l’on peut déduire la convergence de la
série permutée (∗∗) à partir de la convergence de (∗ ∗ ∗), dans la discussion de (i)
ci-dessus. (Noter que les critères de Leibniz, Dirichlet ou Abel ne s’appliquent pas
à la série (∗∗), car la suite des valeurs absolues de ses termes n’est pas monotone).
Pour cela, on peut se servir de l’observation suivante :
Proposition 2.28. Soient a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels, ϕ : N → N
P+∞
une application strictement croissante, et notons par n=0 bn le regroupement de
P+∞
n=0 an sélectionné par ϕ. Supposons en outre que a• converge vers 0, et que le
regroupement sélectionné par ϕ soit de taille bornée, c’est à dire :
∃M ∈ N tel que ϕ(n + 1) − ϕ(n) ⩽ M ∀n ∈ N.
P+∞ P+∞
Alors n=0 an converge si et seulement si n=0 bn converge.

Démonstration. (La condition sur ϕ revient à dire que chaque terme bn est une
somme de au plus M termes consecutifs de la suite a• .) On vient de voir que si
P+∞ P+∞
n=0 an converge, il en est de même pour
P+∞ n=0 bn . Donc on peut
P+∞
supposer que
n=0 b n converge, et on doit vérifier qu’il en est de même pour n=0 an .
Or, par hypothèse, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que :
|an | < ε ∀n ⩾ N.
En outre, d’après la proposition 2.4(i) il existe N ′ ∈ N tel que :
|bq + bq+1 + · · · + bp | < ε ∀p > q ⩾ N ′ .
Posons K := max(N, ϕ(N ′ )), et soient n, m ∈ N avec n > m ⩾ K. Soient q ∈ N le
plus petit entier tel que m ⩽ ϕ(q), et p ∈ N le plus grand entier tel que ϕ(p) ⩽ n.
Noter que :
am + am+1 + · · · + an = (am + · · · + aϕ(q) ) + (bq + · · · + bp ) + (aϕ(p)+1 + · · · + an ).
Noter aussi que am + · · · + aϕ(q) est une somme de au plus M − 1 termes, et de
même pour aϕ(p)+1 + · · · + an . Il vient ainsi :
|am + am+1 + · · · + an | < 2(M − 1)ε + ε = (2M − 1)ε ∀n > m ⩾ K
P+∞
et cela entraîne la convergence de n=0 an , d’après la proposition 2.4(i). □
On peut maintenant completer la discussion de la remarque 2.27(i) : la série
convergente (∗ ∗ ∗) est un regroupement de taille bornée de la série (∗∗), et évidem-
ment les termes de (∗∗) forment une suite convergente vers 0 ; d’après la proposition
2.28, on déduit la convergence de (∗∗).
P+∞ P+∞
Proposition 2.29. (i) Soient n=0 an et n=0 bn deux séries convergentes de
nombres réels. Alors :
+∞
X +∞
X +∞
X
(λan + µbn ) = λ an + µ bn ∀λ, µ ∈ R.
n=0 n=0 n=0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 32

P+∞ P+∞
(ii) En outre, si les séries n=0 an et n=0 bn sont absolument convergentes,
P+∞
il en est de même pour la série n=0 λan + µbn .
Pn Pn
Démonstration. (i) : Posons sn := k=0 ak et tn := k=0 bk pour tout n ∈ N ;
alors :
X+∞ +∞
X +∞
X
an = lim sn bn = lim tn et (λan + µbn ) = lim (λsn + µtn )
n→+∞ n→+∞ n→+∞
n=0 n=0 n=0
donc l’assertion découle aussitôt de la proposition 1.7.
(ii) : On a |λan + µbn | ≤ |λ| · |an | + |µ| · |bn | pour tout n ∈ N, d’où :
+∞
X +∞
X +∞
X +∞
X
|λan + µbn | ⩽ (|λ| · |an | + |µ| · |bn |) = |λ| · |an | + |µ| · |bn |
n=0 n=0 n=0 n=0
P+∞
d’après (i). Donc la série n=0 λan + µbn est bien absolument convergente. □
Exercice 2.30. (i) Soient (an | n ∈ N) et (bn | n ∈ N) deux suites de nombres réels,
P+∞ P+∞
telles que les séries n=0 a2n et n=0 b2n soient convergentes. Montrer que la série
P+∞
n=0 an bn est absolument convergente. En effet, noter d’abord que l’on a :

(a + b)2 = a2 + b2 + 2ab ⩾ 0 et (a − b)2 = a2 + b2 − 2ab ⩾ 0


donc :
a2 + b2 ⩾ max(−2ab, 2ab) = 2|ab| ∀a, b ∈ R.
Par suite, avec la proposition 2.29(i), il vient :
+∞ +∞ +∞ +∞
X X 1 2 1X 2 1X 2
|an bn | ⩽ (an + b2n ) = an + b < +∞
n=0 n=0
2 2 n=0 2 n=0 n
d’où l’assertion. P+∞
(ii) En déduire que si n=0 un est une série convergente à termes positifs, alors
+∞ √
X un
n=1
n

est une série convergente. En effet, posons an := un et bn := 1/n pour tout n ⩾ 1 ;
P+∞ 2 P+∞
par hypothèse n=1 an converge, et de même pour n=1 b2n (remarque 2.5(iv)),
donc l’assertion découle de (i).
La définition suivante introduit une dernière importante opération sur les séries :
P+∞ P+∞
Définition 2.31. Soient a et b deux suites de nombres réels ; le
P+∞ n=0 nP+∞ n=0 n
produit de Cauchy de n=0 an et n=0 bn est la série
+∞
X X
cn avec : cn := ai bj ∀n ∈ N.
n=0 i+j=n
P+∞
Théorème 2.32. (de Mertens) (i) Soient n=0 an une série absolument conver-
P+∞ P+∞
gente, et n=0 bn une série convergente. Alors le produit de Cauchy n=0 cn de
P+∞ P+∞
n=0 an et n=0 bn est convergent, et on a l’égalité des sommes :
+∞
X +∞
X +∞
 X 
cn = an · bn .
n=0 n=0 n=0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 33

P+∞ P+∞
(ii) En outre, si n=0 an et n=0 bn sont absolument convergentes, il en est
P+∞
de même pour leur produit de Cauchy n=0 cn .
Démonstration. (i) : Posons :
n
X n
X +∞
X +∞
X
An := ak Bn := bk ∀n ∈ N et A := an B := bn .
k=0 k=0 n=0 n=0

Posons aussi A−1 = B−1 := −1. Soit en outre


n
X n
X X X X X
Cn := ck = ai bj = ai bj = ai (Bj −Bj−1 ) = a i Bj ∀n ∈ N.
k=0 k=0 i+j=k i+j⩽n i+j⩽n i+j=n

Par hypothèse, pour tout ε > 0 il existe N1 ∈ N tel que :


|B − Bj | < ε ∀j ⩾ N1 .
Evidemment on peut supposer que N1 > 0, et alors il existe aussi N2 ∈ N tel que :
|ai | < ε/N1 ∀i ⩾ N2 .
Posons :
+∞
X 
M := max |an |, |B − B0 |, |B − B1 |, . . . , |B − BN1 | .
n=0
Pour tout n ⩾ N1 + N2 il vient :
n
X n−N
X1 n
X
|Cn − An B| = ai (Bn−i − B) ⩽ |ai (Bn−i − B)| + |ai (Bn−i − B)|
i=0 i=0 i=n−N1 +1
n−N
X1 n
X ε
⩽ |ai |ε + |Bn−i − B|
i=0
N1
i=n−N1 +1
n
X ε
⩽ Mε + M = 2M ε
N1
i=n−N1 +1

d’où :
+∞
X
cn = lim Cn = lim An B = AB
n→+∞ n→+∞
n=0
comme souhaité. P+∞ P+∞
(ii) : Par hypothèse, les séries n=0 |an | et n=0 |bn | convergent, donc de même
P+∞
pour leur produit de Cauchy n=0 dn , d’après (i). Il suffit alors d’observer que
X
|cn | ⩽ |ai | · |bj | = dn ∀n ∈ N
i+j=n
P+∞
pour déduire que |cn | est également convergente, comme souhaité.
n=0 □
P+∞ P+∞
Remarque 2.33. Si les séries n=0 an et n=0 bn sont seulement convergentes, leur
produit de Cauchy n’est pas toujours convergent : par exemple, la série
+∞
X (−1)n

n=1
n
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 34

est convergente, par le critère de Leibniz ; or, son produit de Cauchy avec elle même
est la série
+∞ n−1
X X 1
cn avec cn := (−1)n p
n=1 k=1
k(n − k)
et on a k(n − k) ⩽ (n − 1)2 pour tout n, k ∈ N, donc |cn | ⩾ 1 pour tout n ⩾ 1, et la
P+∞
série n=1 cn est alors grossièrement divergente. Voir toutefois l’exemple 4.14(iii).
2.5. Séries de nombres complexes. Les séries de nombres complexes et leurs
sommes se définissent exactement comme les séries de nombres réels : soit z• :=
(zn | n ∈ N) une suite de nombres complexes ; la série associée à z• est la suite
n
X
u• := (un | n ∈ N) avec un := zk ∀n ∈ N
k=0
et la somme de la série associée à z• est alors :
+∞
X
zn := lim un
n→+∞
n=0
où, bien entendu, la limite de la suite u• est définie comme à la section 1.4.
Compte tenu
P+∞de la discussion des suites à termes complexes, on voit aisément
que la série n=0 zn converge si et seulement s’il en est de même pour les séries
des ses parties réelles et imaginaires, et en fait on a :
+∞
X +∞
X +∞
X
zn = R(zn ) + i I(zn ).
n=0 n=0 n=0
Il s’ensuit qu’une bonne partie des résultats que l’on a démontré pour les séries à
termes réels se généralisent aussitôt aux séries à termes complexes.
Exemple 2.34. Par exemple, la discussion de la série géométrique (exemple 2.3(ii))
reste valide verbatim pour le cas où la raison r est un nombre complexe : on trouve
n +∞
X 1 − rn+1 X 1
rk = ∀n ∈ N et rn = si ∥r∥ < 1.
1−r n=0
1−r
k=0

De même, la proposition 2.4 est encore vraie pour les séries à termes complexes
(quitte à remplacer la valeur absolue | · | par le module ∥ · ∥). Les résultats de
la section 2.2 sur les séries à termes positifs, par contre, ne se généralisent pas
directement aux séries complexes, et de même pour le critère de Leibniz, car on
n’a pas une relation d’ordre sur les complexes. Toutefois, on a les généralisations
partielles suivantes des critères de Dirichlet et d’Abel, qui sont parfois utiles :
Proposition 2.35. Soient a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels, et b• :=
(bn | n ∈ N) une suite de nombres complexes. Posons un := an bn pour tout n ∈ N,
et supposons que :
(a) La suite a• est décroissante à termes positifs, et lim an = 0.
n→+∞
(b) Il existe un réel M > 0 tel que :
n+m
X
bk ⩽ M ∀n, m ∈ N.
k=n
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 35

Alors on a :
P+∞
(i) La série n=0 un converge vers un nombre complexe l.
P+∞
(ii) Pour les restes de la série n=0 un on a les estimations suivantes :
m+n
X
un ⩽ M an ∀n, m ∈ N.
k=n

Démonstration. On peut simplement reprendre la preuve de la proposition 2.22 mot


par mot, quitte à remplacer partout la valeur absolue | · | par le module ∥ · ∥. □
Proposition 2.36. Soient a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels, et b• :=
(bn | n ∈ N) une suite de nombres complexes. Posons un := an bn pour tout n ∈ N,
et supposons que :
(a) La suite a• soit monotone et bornée.
P+∞
(b) La série n=0 bn soit convergente.
P+∞
Alors la série n=0 un est convergente, et pour ses restes on a les estimations :
n+m
X
uk ⩽ 3L · M (n, m) ∀n, m ∈ N
k=n
Pn+j 
avec L := sup{|an | | n ∈ N} et M (n, m) := max k=n bk | j = 0, . . . , m .
Démonstration. Encore une fois, il suffit de reprendre la preuve du critère d’Abel
(proposition 2.25), quitte à remplacer partourt la valeur absolue | · | par le module
complexe ∥ · ∥. □
2.5.1. D’autre part, on a une notion utile de convergence
P+∞absolue pour séries
à termes complexes : évidemment on dira qu’une série
P+∞ n=0 zn est absolument
convergente si la série n=0 ∥zn ∥ converge. Au vu des inégalités :
|R(z)| + |I(z)| ⩾ ∥z∥ ⩾ max(|R(z)|, |I(z)|) ∀z ∈ C
P+∞
il vient que la série n=0 zn est absolument convergente si et seulement s’il en est de
P+∞ P+∞
même pour les séries réelles n=0 R(zn ) et n=0 I(zn ). Par suite, la proposition
2.18 se prolonge au cas complexe : toute série absolument convergente à termes
complexes est convergente. De même pour la proposition 2.26 : toute permutation
des termes d’une série complexe absolument convergente donne encore une série
absolument convergente ; et pour la remarque 2.27(ii) et la proposition 2.28 : tout
regroupement d’une série complexe convergente est convergente.
Et pour terminer, aussi la proposition 2.29 et le théorème de Mertens 2.32
s’étendent verbatim aux séries complexes, avec le même preuves.
Exemple 2.37. (i) Montrons que pour tout z ∈ C la série exponentielle :
+∞ n
X z
ez :=
n=0
n!

converge absolument. Puisque ∥z n /n!∥ = ∥z∥n /n! pour tout n ∈ N, cela revient à
vérifier la convergence de la série de nombres réels à termes positifs :
+∞ n
X x
avec x := ∥z∥.
n=0
n!
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 36

xn
Pour cela on applique la règle de D’Alembert à la suite (an := n! | n ∈ N) ; on a :
n+1
an+1 x n! x
lim = lim · n = lim =0
n→+∞ an n→+∞ (n + 1)! x n→+∞ n+1
d’où la convergence souhaitée.
(ii) Avec le théorème de Mertens, on peut ensuite démontrer l’identité bien
connue pour la fonction exponentielle :
ez+w = ez ew ∀z, w ∈ C.
P+∞ n P+∞ n
En effet, considérons les séries n=0 z /n! et n=0 w /n!, uniformement conver-
gentes d’après (i), et dont les sommes sont, par définition, respectivement ez et ew ,
P+∞
et soit n=0 cn leur produit de Cauchy. Avec le binôme de Newton, on calcule :
X z i wj n   i j
X n zw (z + w)n
cn = · = =
i+j=n
i! j! i=0
i n! n!
P+∞
(où ni := i!(n−i)!
n!

dénote le coefficient binomial). Autrement dit, n=0 cn est
z+w
précisément la série exponentielle dont la somme est e , d’où l’identité souhaitée,
par le théorème 2.32.
Exemple 2.38. (i) Soient x0 ∈ R, et f : U → C une fonction de classe C ∞ définie
sur un voisinage U de x0 , c’est à dire, U contient un intervalle ouvert de la forme
]x0 − ε, x0 + ε[, pour quelque réel ε > 0. On peut alors attacher à f sa série de
Taylor au point x0 :
+∞ (k)
X f (x0 )
S(f, x, x0 ) := (x − x0 )k ∀x ∈ R
k!
k=0

où f (k) (x0 ) dénote la dérivée k-ième de f en x0 , pour tout k ∈ N (en particulier,


f (0) (x0 ) = f (x0 )). En générale, cette série n’est pas forcément convergente, sauf
pour le cas trivial où x = x0 . On étudiera plus tard en détail la question de la
convergence de la série S(f, x, x0 ), mais on peut déjà examiner ici les cas particuliers
intéressants où f (x) = sin(x) ou f (x) = cos(x), avec x0 = 0.
En effet, supposons que U =]x0 − ε, x0 + ε[ ; alors d’après la formule de Taylor
avec reste de Lagrange, pour tout x ∈ U \ {x0 } et tout n ∈ N il existe un nombre
réel ξ dans l’intervalle ouvert d’extremités x et x0 , tel que :
n
X f (k) (x0 ) f (n+1) (ξ)
f (x) = (x − x0 )k + (x − x0 )n+1 .
k! (n + 1)!
k=0

Si x0 = 0, cette identité devient plus simplement :


n
X f (k) (0) k f (n+1) (ξ) n+1
f (x) = x + x .
k! (n + 1)!
k=0

Prenons alors f (x) = sin(x) et rappelons que :


sin(x)′ = cos(x) et cos(x)′ = − sin(x) ∀x ∈ R.
Puisque sin(0) = 0 et cos(0) = 1, on voit alors que :
sin(0)(2k) = 0 et sin(0)(2k+1) = (−1)k ∀k ∈ N.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 37

On trouve alors, pour tout x ∈ R \ {0} et tout n ∈ N un réel ξ dans l’intervalle


ouvert d’extremités 0 et x, tel que :
n
(−1)n+1 sin(ξ) 2n+2 X (−1)k 2k+1
sin(x) = Sn (x) + x avec Sn (x) := x .
(2n + 2)! (2k + 1)!
k=0

Comme | sin(ξ)| ⩽ 1, il vient :


x2n+2
| sin(x) − Sn (x)| ⩽ ∀n ∈ N, ∀x ∈ R.
(2n + 2)!
P+∞
Mais on vient de voir (exemple 2.37(i)) que la série n=0 xn /n! converge pour tout
x ∈ R, donc la suite (x2n+2 /(2n + 2)! | n ∈ N) converge vers 0 (proposition 2.4(ii)
et lemme 1.5(ii)). Par définition, la somme de la série de Taylor S(sin(x), x, 0) est
la limite de la suite (Sn (x) | n ∈ N), donc finalement on trouve :
+∞
X (−1)k 2k+1
sin(x) = x ∀x ∈ R.
(2k + 1)!
k=0

Un raisonnement analogue, que l’on laissera au lecteur, donne de même :


+∞
X (−1)k
cos(x) = x2k ∀x ∈ R.
(2k)!
k=0

(ii) Pour compléter cette discussion, remarquons que pour tout x ∈ R et tout
entier n = 2k + a (avec k ∈ N et a ∈ {0, 1}) on a :
( (
n (−1)k x2k si a = 0 n (−1)k x2k+1 si a = 1
R((ix) ) = I((ix) ) =
0 si a = 1 0 si a = 0.

Par comparaison avec l’exemple 2.37 et avec les expressions obtenues en (i), on
déduit aussitôt la célèbre formule d’Euler :

eix = cos(x) + i sin(x) ∀x ∈ R.

(iii) Rappelons que pour tout nombre complexe z ̸= 0, on dénote par :


arg(z) ∈ [0, 2π[
l’argument de z, défini comme l’angle dans le plan de Gauss entre l’axe réel et la
droite Rz ; ainsi on a :
 R(z)   I(z) 
arg(z) = arccos = arcsin
∥z∥ ∥z∥
et en outre :
z = ∥z∥ · (cos(arg(z)) + i sin(arg(z))).
Compte tenu de (ii), cette dernière identité s’écrit aussi :

z = ∥z∥ · ei arg(z) ∀z ∈ C \ {0}.


MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 38

2.6. Appendice : la série des inverses des nombres premiers. Comme dans
la remarque 2.5(iii), notons par (pn | n ∈ N) la suite des nombres entiers premiers ;
on souhaite montrer la divergence de la série :
+∞
X 1
.
p
n=0 n
Pour cela, on va d’abord associer à tout n ∈ N la partie :
Ωn := {pk00 pk11 · · · pknn | 0 ⩽ k0 , k1 , . . . , kn ⩽ n} ⊂ N
et noter que la cardinalité de l’ensemble fini Ωn est t(n) := (n + 1)n+1 . Donc :
Ω0 = {1}
Ω1 = {1, 2, 3, 6}
Ω2 = {1, 2, 3, 4, 5, 6, 9, 10, 12, 15, 18, 20, 25, 30, 36, 45, 50, 60, 75, 90, 100, 150, 180,
225, 300, 450, 900}
et ainsi de suite. Comme tout entier strictement positif se factorise en produit de
puissances de nombres premiers, on a évidemment :
[
N \ {0} = Ωn .
n∈N

Or, soit ϕ : N → N \ {0} une bijection que l’on construit de proche en proche, de la
façon suivante : d’abord, on pose
ϕ0 (0) := 1.
Ensuite on choisit une application bijective arbitraire

ϕ1 : {0, . . . , t(1) − 1} → Ω1 telle que ϕ1 (0) = ϕ0 (0).
Puis on chosit une bijection

ϕ2 : {0, . . . , t(2) − 1} → Ω2 telle que ϕ2 (k) = ϕ1 (k) ∀k < t(1).
On répète : à l’étape (n + 1)-ième, on construit

ϕn+1 : {0, . . . , t(n + 1) − 1} → Ωn+1 telle que ϕn+1 (k) = ϕn (k) ∀k < t(n).

On obtient ainsi un système de bijections (ϕn : {0, . . . , t(n) − 1} → Ωn | n ∈ N), et

la bijection ϕ : N → N \ {0} sera l’unique application ϕ telle que
ϕ(k) = ϕn (k) ∀n ∈ N, ∀k ∈ Ωn .
Or, rappelons que :
+∞
X 1 1 pn 1
= −1 = p − 1 = 1 + p − 1 ∀n ∈ N.
pkn 1 − pn n n
k=0
Posons aussi :
r 
Y 1 
Tr := 1+ ∀r ∈ N.
n=0
pn − 1
Evidemment on a :
r Xr t(r)−1
Y 1 X 1 X 1
Tr > k
= = ∀r ∈ N.
n=0
pn m i=0
ϕ(i)
k=0 m∈Ωr
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 39

P+∞
Mais on sait que la série i=1 1/i diverge, donc de même pour la série permutée
P+∞
i=0 1/ϕ(i) (proposition 2.26). Mais alors aussi la suite (Tr | r ∈ N) diverge, donc
de même pour la suite :
(Sr := ln(Tr ) | r ∈ N)
d’après la proposition 1.9. On a :
r
X  1 
Sr = ln 1 + ∀r ∈ N.
n=0
pn − 1

Rappelons le développement limité de ln(1 + x) au voisinage de 0 :


x2 o(x2 )
ln(1 + x) = x − + o(x2 ) avec lim = 0.
2 x→0 x2

Cela revient à dire qu’il existe une constante M ⩾ 0 telle que :


 1  1 M
ln 1 + − ⩽ ∀n ∈ N.
pn − 1 pn − 1 (pn − 1)2
Mais on sait que la série :
+∞
X M
n=0
(pn − 1)2
converge ; par suite, la série
+∞
X 1
n=0
pn −1
P+∞
doit être divergente. Avec la proposition 2.8 on conclut alors que la série n=0 1/pn
est aussi divergente, CQFD.

2.7. Appendice : nombres de Liouville. On dit qu’un réel x est un nombre de


Liouville, si pour tout entier n > 0 il existe un couple d’entiers (p, q) avec q > 1,
tel que :
p 1
0< x− < n.
q q
En 1844, le mathématicien français Joseph Liouville a démontré que tout réel vé-
rifiant cette condition est transcendant, c’est-à-dire qu’il n’est racine d’aucun po-
lynôme à coefficients entiers. D’un point de vue moderne, l’existence de nombres
transcendants est immédiate, par des raisonnements de cardinalité, mais ces consi-
dérations de caractère ensembliste n’étaient nullement évidentes pour les mathé-
maticiens avant les travaux fondateurs de Cantor (entre 1874 et 1884), et aucun
nombre transcendant n’était connu avant le résultat de Liouville. Depuis, la théo-
rie des nombres a considérablement avancé, et on sait maintenant qu’il existe des
nombres transcendants qui ne sont pas de Liouville : par exemple, les nombres π
et e sont dans cette classe (la transcendance de e fut démontré par le mathémati-
cien français Charles Hermite en 1873, et celle de π par le mathématicien allemand
Ferdinand von Lindemann en 1882, suivant des idées de Hermite).
Dans cette appendice, on va d’abord construire explicitement des nombres de
Liouville, comme somme de certaines simples séries de nombres rationnels ; on four-
nira ensuite la preuve de la transcendance de ces nombres.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 40

Or, soit b > 1 un entier fixé, et (ak | k ∈ N) une suite d’entiers avec 0 ⩽ ak < b
pour tout k ∈ N. Notre nombre de Liouville sera :
+∞
X ak
(∗) x := .
bk!
k=0

Noter que :
+∞
ak b 1 X 1 b
⩽ k! ⩽ k ∀k ∈ N et =
bk! b b bk b−1
k=0

donc la série (∗) converge effectivement dans R. Pour tout n ∈ N, définissons :


n n
X ak X
qn := bn! et pn := qn = ak bn!−k! .
bk!
k=0 k=0

Evidemment :
+∞
pn X ak
x− = >0
qn bk!
k=n+1
et d’autre part :
+∞ +∞ +∞ +∞
X ak X b−1 X b−1 b−1 X 1 b 1
k!
⩽ < = = (n+1)! < n
b bk! b k b (n+1)! b k b qn
k=n+1 k=n+1 k=(n+1)! k=0

d’où l’assertion.
Avant de prouver la transcendance des nombres de Liouville, vérifions qu’ils sont
irrationnels, c’est-à-dire, qu’ils ne sont pas des fractions de nombres entiers. En
effet, supposons par l’absurde que le nombre x de Liouville soit de la forme :
x = c/d avec c, d ∈ Z et d > 0
et prenons n ∈ N \ {0} tel que 2n−1 > d. Par hypothèse, il existe p, q ∈ Z avec
q > 1, tels que :
c p cq − pd 1
0< − = < n.
d q dq q
En particulier, cq − pd ̸= 0, et donc |cq − pd| ⩾ 1, car c, q, p, d ∈ Z. Par suite :
c p 1 1 1
− ⩾ ⩾ n−1 ⩾ n
d q dq 2 q q
contradiction ! Montrons ensuite :
Théorème 2.39. (de Liouville) Soit α ∈ R un nombre irrationnel qui est racine
d’un polynôme P (x) à coefficients entiers de degré n > 0. Alors il existe un réel
A > 0 tel que :
p A
α− > n ∀p ∈ Z, ∀q ∈ N \ {0}.
q q
Démonstration. Posons :
M := max{|P ′ (x)| | x ∈ [α − 1, α + 1]}
et noter que M > 0, car sinon le polynôme P (X) serait constant sur l’intervalle
[α − 1, α + 1], et comme P (α) = 0, on aurait P (x) = 0 pour tout x ∈ [α − 1, α + 1],
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 41

et cela est absurde, car un polynôme de degré n > 0 n’a que n racines au plus.
Soient en outre α1 , . . . , αm les racines réelles de P (X) distinctes de α, et posons :
1
A := min{1, 1/M, |α − α1 |, . . . , |α − αm |}.
2
Noter que A > 0 ; on va montrer que A convient. Pour cela, on raisonne par l’ab-
surde : soient alors p, q ∈ Z avec q > 0, tels que :
p A
α− ⩽ n.
q q
En particulier, |α − p/q| ⩽ A < 1, et |α − p/q| < |α − αi | pour tout i = 1, . . . , m.
Cela revient à dire que p/q ∈ [α − 1, α + 1] et il n’y a aucune racine de P (X) entre
α et p/q (on a aussi p/q ̸= α, car par hypothèse α est irrationnel). Par le théorème
des accroissements finis, il existe alors un réel ξ dans l’intervalle ouvert d’extremités
α et p/q tel que :
0 ̸= P (p/q) = P (p/q) − P (α) = (p/q − α) · P ′ (ξ).
En particulier, P ′ (ξ) ̸= 0, et il vient :
p P (p/q)
α− = .
q P ′ (ξ)
D’autre part, écrivons P (X) = a0 X n + a1 X + · · · + an avec a0 , . . . , an ∈ Z ; on a :
1
|P (p/q)| = |q −n (a0 pn + a1 pn−1 q + · · · + q n )| ⩾ n
q
d’où, finalement :
p 1 1 A
α− ⩾ n ′
⩾ n > n
q q · |P (ξ)| q M q
car |P ′ (ξ)| ⩽ M et A < 1/M ; contradiction ! □
On peut maintenant conclure la preuve de la transcendance des nombres de
Liouville. Soit en effet x un tel nombre ; on sait déjà que x est irrationnel ; supposons
par l’absurde que x soit racine d’un polynôme de degré n > 0 à coefficients entiers.
D’après le théorème de Liouville, il existe alors A > 0 tel que
p A
x− > n ∀p ∈ Z, ∀q ∈ N \ {0}.
q q
Soit alors r > 0 un entier tel que 1/2r ⩽ A, et posons m := n + r ; puisque x est
un nombre de Liouville, il existe p, q ∈ Z avec q > 1 tels que :
p 1 1 A
0< x− < m ⩽ r n ⩽ n
q q 2 q q
et la contradiction achève la preuve.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 42

3. Suites et séries de fonctions


3.1. Limite d’une suite de fonctions. On s’intéresse maintenant aux limites des
suites qui dépendent d’un paramètre réel :
Définition 3.1. Soient U ⊂ R une partie, et f• := (fn : U → R | n ∈ N) une suite
de fonctions définies sur U , à valeurs réelles.
(i) Le domaine de convergence de la suite f• est la partie D ⊂ U formée des
a ∈ U tels que la suite numérique (fn (a) | n ∈ N) converge vers un nombre réel l(a).
(ii) La limite de la suite f• est la fonction l : D → R telle que :
l(a) := lim fn (a) ∀a ∈ D
n→+∞

(où D dénote le domaine de convergence de f• ). Cette fonction est notée aussi :


lim fn .
n→+∞

(iii) La série de fonctions associée à f• est la suite de fonctions


n
X
s• := (sn : U → R | n ∈ N) telle que sn = fk ∀n ∈ N
k=0
Pn
(donc, sn (a) = k=0 fk (a) pour tout a ∈ U ). Le domaine de convergence de la
P+∞
série n=0 fn est défini comme le domaine de convergence D′ de la suite s• , et la
P+∞
somme de la série de fonctions n=0 fn est la limite de la suite de fonctions s• :
+∞
X
fn := lim sn
n→+∞
n=0
P+∞ P+∞
(autrement dit : ( n=0 fn )(a) = n=0 fn (a) pour tout a ∈ D′ ).
RemarqueP3.2. Dans la situation de la définition 3.1, rappelons que si la série nu-
+∞
mérique n=0 fn (x) a une somme réelle, alors la suite numérique (fn (x) | n ∈ N)
converge vers 0 (proposition 2.4(ii)), donc le domaine de convergence de la série
P+∞
n=0 fn est toujours contenu dans le domaine de convergence de la suite f• .

Exemple 3.3. Posons fn (x) := xn pour tout n ∈ R et tout x ∈ R. Donc f• :=


(fn : R → R | n ∈ N) est une suite de fonctions définies sur U = R, à valeurs réelles.
Le domaine de convergence D de la suite f• est formé des x ∈ R tels que la suite
(xn | n ∈ N) converge vers une valeur réelle, donc D =] − 1, 1] (exemple 1.14(ii)).
La limite de la suite f• est la fonction l :] − 1, 1] → R telle que l(x) = lim xn
n→+∞
pour tout x ∈] − 1, 1], donc :
(
0 si x ∈] − 1, 1[
l(x) =
1 si x = 1.
P+∞
Le domaine de convergence de la série n=0 fn est la partie D′ ⊂ D formée des
P+∞
x ∈ R tels que la somme de la série n=0 xn soit un nombre réel. Donc D′ =]−1, 1[,
et d’après l’exemple 2.3(ii), la somme de cette série de fonctions est la fonction
+∞
X 1
fn :] − 1, 1[→ R telle que x 7→ ∀x ∈] − 1, 1[.
n=0
1−x
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 43

Cela n’est rien de nouveau, mais on a changé de point de vue : jusqu’à maintenant
on fixait une valeur x ∈ D′ ; maintenant on fait varier x, et on s’intéresse aux
propriétés de la somme de la série, vue comme fonction de la variable x.
3.1.1. Voici quelques exemples de questions intéressantes :
— Si chaque fonction fn d’une suite de fonctions f• est continue, la limite
lim fn est-elle une fonction continue (sur le domaine de convergence) ?
n→+∞

— Si chaque fn est dérivable (ou intégrable, etc.), qu’en est-il de lim fn ?


n→+∞
P+∞
— Même questions pour la série n=0 fn .
L’exemple précédent montre que, en général, la réponse à ces questions est négative.
Toutefois, sous certaines hypothèses, on peut obtenir des résultats positifs.
Pour étudier cette question, revenons à la définition de la limite : soient D le
domaine de convergence de la suite de fonctions f• , et l : D → R la limite de f• .
Alors, pour tout ε > 0 et tout a ∈ D il existe un entier N (ε, a) ⩾ 0 tel que :
(∗) |l(a) − fn (a)| < ε ∀n ⩾ N (ε, a).
Noter que pour a, a ∈ D distincts on aura en général N (ε, a) ̸= N (ε, a′ ), et il ne

sera pas toujours possible de choisir un entier N (ε) indépendant de a, de sorte que
l’inégalité (∗) soit valable uniformement pour tout n ⩾ N (ε) et tout a ∈ D :
(∗∗) |l(a) − fn (a)| < ε ∀n ⩾ N (ε), ∀a ∈ D.
Par exemple, dans l’exemple 3.3, où fn (x) = xn pour tout x ∈ R, le domaine de
convergence de la suite f• est D =] − 1, 1], et on a :
(
|a|n si a ∈] − 1, 1[
|l(a) − fn (a)| =
0 si a = 1.
S’il existait un entier N (ε) vérifiant (∗∗), on aurait donc :
|a|n < ε ∀n ⩾ N (ε), ∀a ∈] − 1, 1[.
Mais cela est absurde, car pour chaque n ∈ N on a
(∗ ∗ ∗) sup{|a|n | a ∈] − 1, 1[} = 1.
En fait, il se trouve que c’est précisément ce défaut d’uniformité des N (ε, a) qui
est à l’origine de la discontinuité de la fonction limite l.

3.2. Convergence uniforme. Pour éclaircir la situation, on va alors étudier de


plus près le cas où l’on a des choix uniformes pour les N (ε, a) : c’est le sujet de la
définition suivante :
Définition 3.4. (i) Soient U ⊂ R une partie, f• := (fn : U → R | n ∈ N) une suite
de fonctions, D ⊂ U son domaine de convergence, et l : D → R une fonction. On
dit que f• converge uniformement vers l sur D si :
∀ε > 0 ∃N (ε) ∈ N tel que |l(a) − fn (a)| < ε ∀n ⩾ N (ε), ∀a ∈ D.
P+∞
(ii) Soit aussi D′ ⊂ D le domaine de convergence de la série n=0 fn . On dit
P+∞ ′ ′
que la série n=0 Pfnn converge uniformement vers s : D → R, sur D si′ la suite de
fonctions (sn := k=0 fk | n ∈ N) converge uniformement vers s sur D .
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 44

Remarque 3.5. (i) Voici une reformulation équivalente de la définition 3.4, qui est
souvent utile : pour toute partie D ⊂ R et toute fonction g : D → R posons
∥g∥D,∞ := sup{|g(a)| | a ∈ D} ∈ R⩾0 ∪ {+∞}.
On appelle ∥g∥D,∞ la norme sup, ou aussi la norme infini , ou la norme de la
convergence uniforme de g sur D. Avec cette notation, on voit aussitôt que la suite
de fonctions f• converge uniformement sur D vers la fonction l si et seulement si :
lim ∥l − fn ∥D,∞ = 0.
n→+∞
P+∞
De même, la série de fonctions n=0 fn converge uniformement vers s sur D′ , si et
seulement si :
n
X
lim s− fk = 0.
n→+∞ D ′ ,∞
k=0

(ii) Par exemple, si l’on prend la suite de fonctions (fn (x) := xn | n ∈ N) comme
à l’exemple 3.3, et si l :] − 1, 1] → R dénote la limite de la suite f• , alors :
∥l − fn ∥D,∞ = 1 ∀n ∈ N
en vertu de (∗ ∗ ∗) (avec D :=] − 1, 1]), donc la suite f• converge vers l, mais ne
converge pas uniformement vers l. Autrement dit : la norme sup ci-dessus nous
donne une mésure de la distance entre l et fn , et on voit alors que, bien que la suite
des fn converge vers l, la distance (mésure par la norme sup) entre chaque fn et l
ne baisse pas, pour n qui tend vers +∞ : elle vaut toujours 1.
(iii) On a ainsi deux sortes de convergence pour une suite de fonctions f• et
P+∞
pour une série de fonctions n=0 fn : celle de la définition 3.1, et la convergence
uniforme, plus contraignante, de la définition 3.4. Pour les distinguer, on appelle
souvent la première convergence simple de la suite f• (et de même pour la série
associée). Il est clair que si f• converge uniformement vers la fonction l : D → R
(sur le domaine de convergence simple D), alors f• converge aussi simplement vers
P+∞
cette même fonction l, sur D ; de même, si la série n=0 fn converge uniformement
vers s (sur le domaine de convergence simple D′ de la série), alors elle converge
aussi simplement vers s sur D′ .
(iv) Le lemme élémentaire suivant montre que la norme sup mérite bien son
nom : elle jouit des propriétés usuelles des normes sur les espaces vectoriels, sauf
qu’elle prend ses valeurs sur R⩾0 ∪ {+∞} plutôt que sur R⩾0 :
Lemme 3.6. Soient D ⊂ R une partie, et f, g : D → R des fonctions. Alors on a :
(i) ∥f ∥D,∞ = 0 si et seulement si f (x) = 0 pour tout x ∈ D.
(ii) (Inégalité triangulaire) ∥f + g∥D,∞ ⩽ ∥f ∥D,∞ + ∥g∥D,∞ .
(iii) ∥λf ∥D,∞ = |λ| · ∥f ∥D,∞ pour tout λ ∈ R.
(iv) ∥f · g∥D,∞ ⩽ ∥f ∥D,∞ · ∥g∥D,∞ .
(v) ∥f n ∥D,∞ = ∥f ∥nD,∞ pour tout n ∈ N.
(Dans (ii) on pose (+∞) + (+∞) := +∞, et dans (iii) on pose |λ| · (+∞) := +∞
si λ ̸= 0, et 0 · (+∞) := 0 ; de même, dans (v) on pose (+∞)n := +∞ si n > 0, et
(+∞)0 := 1.)
Démonstration. (i) est trivial. Pour (ii) il suffit de montrer que ∥f ∥D,∞ + ∥g∥D,∞
est un majorant pour la partie S := {|f (x) + g(x)| | x ∈ D}, car par définition
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 45

∥f + g∥D,∞ est le plus petit des majorants de S. Mais on a :


|f (x) + g(x)| ⩽ |f (x)| + |g(x)| ⩽ ∥f ∥D,∞ + ∥g∥D,∞ ∀x ∈ D
d’où l’assertion. Un raisonnement analogue montre (iv).
Pour (iii), on peut supposer que λ ̸= 0, et noter que :
|λf (x)| = |λ| · |f (x)| ⩽ |λ| · ∥f ∥D,∞ ∀x ∈ D
d’où ∥λf ∥D,∞ ⩽ |λ| · ∥f ∥D,∞ . D’autre part, si ∥f ∥D,∞ < +∞, alors pour tout ε > 0
il existe x ∈ D tel que |f (x)| > ∥f ∥D,∞ − ε/|λ|, donc
|λf (x)| = |λ| · |f (x)| > |λ| · ∥f ∥D,∞ − ε
d’où ∥λf ∥D,∞ ⩾ |λ| · ∥f ∥D,∞ . Si ∥f ∥D,∞ = +∞, alors pour tout M ∈ R il existe
x ∈ D tel que |f (x)| > M/|λ|, d’où |λf (x)| > M , d’où ∥λf ∥D,∞ = +∞. Un
raisonnement analogue montre (v). □
Proposition 3.7. Soient D ⊂ U ⊂ R deux parties, f• := (fn : U → R | n ∈ N)
une suite de fonctions. Alors f• converge uniformement sur D (vers une fonction
l : D → R) si et seulement si elle satisfait la condition de Cauchy uniforme sur D :
(∗) ∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que ∥fp − fq ∥D,∞ < ε ∀p, q ⩾ n.

Démonstration. Si f• converge uniformement vers l sur D, alors pour tout ε > 0 il


existe n ∈ N tel que
∥l − fk ∥D,∞ < ε/2 ∀k ⩾ n
d’où, compte tenu du lemme 3.6(ii) :
∥fp −fq ∥D,∞ = ∥(fp −l)+(l −fq )∥D,ε ⩽ ∥fp −l∥D,∞ +∥l −fq ∥D,ε < ε ∀p, q ⩾ n.
Réciproquement, si f• satisfait la condition de Cauchy uniforme sur D, alors évi-
demment la suite numérique f• (x) := (fn (x) | n ∈ N) satisfait la condition de
Cauchy pour suites de fonctions, pour tout x ∈ D. D’après le théorème 1.6, chaque
telle suite f• (x) converge alors vers une valeur l(x) ∈ R, donc on obtient déjà que
f• converge simplement vers la fonction l : D → R sur D. En outre, fixons ε > 0,
et prenons n ∈ N vérifiant (∗) ; pour tout q ⩾ n il vient :
|l(x) − fq (x)| = | lim fp (x) − fq (x)| = lim |fp (x) − fq (x)| ⩽ ε ∀x ∈ D
p→+∞ p→+∞

autrement dit :
∥l − fq ∥D,∞ ⩽ ε ∀q ⩾ N
d’où la convergence uniforme de f• vers l sur D. □
Corollaire 3.8. (Condition de Cauchy uniforme pour les séries) Soient D ⊂ U ⊂ R
deux parties, (fn : U → R | n ∈ N) une suite de fonctions. Alors :
P+∞
(i) La série n=0 fn converge uniformement sur D si et seulement si :
∀ε > 0 ∃n ∈ N tel que ∥fq+1 + fq+2 + · · · + fp ∥D,∞ < ε ∀p > q ⩾ n.
P+∞
(ii) Si la série n=0 fn converge uniformement sur D, on a :
lim ∥fn ∥D,∞ = 0.
n→+∞

Démonstration. (i) découle aussitôt de la proposition 3.7, et pour (ii) il suffit de


faire p = q + 1 dans l’inégalité de (i) : comparer avec la preuve de la proposition
2.4. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 46

Définition 3.9. Soit U ⊂ R une partie, et (fn : U → R | n ∈ N) une suite de


P+∞
fonctions. Soit D ⊂ U le domaine de convergence de la série n=0 fn . On dit que
P+∞
la série n=0 fn converge normalement sur D, si l’on a :
+∞
X
∥fn ∥D,∞ < +∞.
n=0

Remarque 3.10. Avec la notation de la définition 3.9, noter que :


Xp
∥fq+1 + · · · + fp ∥D,∞ ⩽ ∥fk ∥D,∞ ∀p > q ⩾ 0.
k=q+1
P+∞
Donc, si la série n=0 fn converge normalement sur D, alors elle converge aussi
uniformement sur D, d’après le corollaire 3.8(i) (et d’après la proposition 2.4(i)).
D’autre part, afin de vérifier la convergence normale de la série, évidemment il
suffira de trouver une série numérique convergente à termes positifs :
+∞
X
an telle que ∥fn ∥D,∞ ⩽ an ∀n ∈ N.
n=0
P+∞
Par suite, cela fournit aussi un critère pour la convergence uniforme de n=0 fn ,
appelé parfois test de Weierstrass.
Exemple 3.11. (i) Montrons que la série de fonctions :
+∞
X sin(nx)
n=1
n2
converge normalement (et donc, uniformement) sur R. En effet, on a :
sin(nx) 1
⩽ 2 ∀x ∈ R, ∀n ⩾ 1
n2 n
d’où :
sin(nx) 1
= 2 ∀n ⩾ 1.
n2 R,∞ n
P+∞
Mais la série numérique n=1 1/n2 converge, d’où l’assertion.
(ii) Vérifions la convergence uniforme sur R de la série de fonctions :
+∞
X (−1)n
(∗) .
n=1
n + x2
Pour cela, noter d’abord que pour tout x ∈ R fixé, la série numérique (∗) satisfait
les conditions du critère de Leibniz, donc elle converge vers une valeur réelle l(x).
Cela montre déjà que la série de fonctions (∗) converge simplement vers l : R → R.
Pour vérifier la convergence uniforme, il nous faut des estimations indépendantes
de x, pour les restes de la série. Or, le corollaire 2.24 nous donne :
p
X (−1)k 1 1
2
⩽ 2
⩽ ∀p ⩾ q > 0, ∀x ∈ R.
k+x q+x q
k=q

Posons alors gk := (−1)k /(k + x2 ) pour tout k > 0, et soit ε > 0 ; on déduit que si
l’entier n ∈ N est choisi suffisamment gros, de sorte que 1/n < ε, alors :
∥gq + · · · + gp ∥R,∞ < ε ∀p ⩾ q > n
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 47

et on déduit la converge uniforme souhaité, toujours d’après le corollaire 3.8(i).


Toutefois, la série (∗) ne converge pas normalement sur R, car évidemment on a :
(−1)n (−1)n 1
= = ∀n ⩾ 1
n + x2 R,∞ n+0 2 n
P+∞
et on sait que la série harmonique n=1 1/n diverge.
(iii) La série géométrique :
+∞
X
xn
n=0
converge simplement sur l’intervalle D :=] − 1, 1[, mais ne converge pas uniforme-
ment sur D. En effet, noter que :
p−q
|xq+1 + · · · + xp | ⩾ ∀p > q ⩾ 0, ∀x ∈ [(1/2)1/p , 1]
2
d’où :
p−q
∥xq+1 + · · · + xp ∥D,∞ ⩾ ∀p > q ⩾ 0.
2
(En fait, on peut vérifier assez aisément que ∥xq+1 + · · · + xp ∥D,∞ = p − q).
D’autre part, la série géométrique converge uniformement sur tout intervalle
[a, b] ⊂] − 1, 1[ ! Vérifions par exemple la convergence sur D′ := [−1/2, 1/2] ; pour
cela, rappelons que pour tout p > q ⩾ 0 on a :
+∞
X |x|q+1 1
|xq+1 + · · · + xp | ⩽ |x|k = ⩽ q ∀x ∈ D′
1−x 2
k=q+1

d’où :
1
∥xq+1 + · · · + xp ∥D′ ,∞ ⩽ ∀p > q ⩾ 0
2q

et cela entraîne la convergence uniforme sur D , encore par le corollaire 3.8(i).
Exercice 3.12. (i) Montrer que la série :
+∞
X sin(nx)
(∗)
n=1
n
convergent simplement sur R, mais ne converge pas normalement sur R.
(ii) Donner une condition simple sur a, b ∈ R pour que la première série converge
uniformement sur [a, b]. Sous cette condition, la convergence est-elle normale ?
Solution : En effet, il est clair que :
sin(nx) 1
=
n R,∞ n
P+∞
et on sait que la série n=1 1/n diverge, donc la série (∗) ne converge pas nor-
malement. Pour vérifier la convergence simple, on va utiliser le critère de Dirichlet
(proposition 2.22) : pour x ∈ R fixé, posons :
1
an := et bn := sin(nx) ∀n ⩾ 1.
n
On doit estimer la somme :
n+m
X
S(n, m) := sin(kx) ∀n, m ∈ N.
k=n
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 48

Pour cela, on va se servir de la formule d’Euler de l’exemple 2.38(ii). D’après


l’exemple 2.34, si cos(x) ̸= 1, on a alors :
n+m
X   m
X 
S(n, m) = I eikx = I einx eikx
k=n k=0
s
 1 − ei(m+1)  ∥1 − ei(m+1)x ∥ 2
= I einx ix
⩽ ⩽ M (x) :=
1−e ∥1 − eix ∥ 1 − cos(x)

car ∥1 − ei(m+1)x ∥ ⩽ ∥1∥ + ∥ei(m+1)x ∥ = 2, et car d’autre part :

∥1 − eix ∥2 = (1 − cos(x))2 + sin(x)2 = 2 − 2 cos(x).

Puisque M (x) ne dépend pas de n, m, le critère de Dirichlet nous assure que la


série (∗) converge, pourvu que cos(x) ̸= 1. Mais si cos(x) = 1, la série converge
trivialement, car alors x ∈ 2πZ, et donc sin(nx) = 0 pour tout n ∈ N. Ainsi, la
série (∗) converge simplement sur R.
Ensuite, prenons un intervalle [a, b] ⊂ R tel que :

(∗∗) [a, b] ∩ 2πZ = ∅

et rappelons que le critère de Dirichlet nous donne aussi une estimation pour les
restes de la série (∗) ; à savoir on a :
n+m
X sin(kx) M (x)
⩽ ∀x ∈ [a, b], ∀n ⩾ 1, ∀m ∈ N.
k n
k=n

Or, la fonction 1 − cos(x) est continue et strictement positive sur [a, b], donc de
même pour la fonction M (x) ; comme l’intervalle [a, b] est compact (c’est à dire :
fermé et borné), il existe en outre x0 ∈ [a, b] tel que :

M := M (x0 ) = max{M (x) | x ∈ [a, b]}

d’où, finalement :
n+m
X sin(kx) M
⩽ ∀n ⩾ 1, ∀m ∈ N
k [a,b],∞ n
k=n

et cela montre que la série (∗) converge uniformement sur tout [a, b] vérifiant (∗∗),
en vertu du corollaire 3.8(i).
En dernier lieu, montrons que la convergence n’est pas normale, sur aucun intervalle
[a, b] avec b > a. En effet, si b > a, il existe n ∈ N tel que n(b − a) ⩾ π/2, donc
π
[ka, kb] ∩ Z ̸= ∅ ∀k ⩾ n
2
et alors, pour tout k ⩾ n il existe xk ∈ [a, b] tel que | sin(kxk )| = 1, d’où :
+∞ +∞
X sin(kx) X 1
= = +∞.
k [a,b],∞ k
k=n k=n
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 49

3.3. Etude des suites et des séries uniformement convergentes.

Proposition 3.13. (i) Soient D ⊂ R une partie, f• := (fn | n ∈ N) e une suite


de fonctions uniformement convergente sur D, et g : D → R une fonction bornée,
c’est à dire g prend ses valeurs dans un intervalle [a, b] de taille finie. Alors la suite
de fonctions (fn g | n ∈ N) est également uniformement convergente sur D, et on a :
(∗) lim fn g = g · lim fn .
n→+∞ n→+∞

P+∞
(ii) Pour f• et g comme dans (i), si la série de fonctions n=0 fn est unifor-
mement convergente sur D, alors il en est de même pour la série de fonctions :
+∞
X +∞
X +∞
X
fn g et on a : fn g = g fn .
n=0 n=0 n=0

(iii) Soient (fn | n ∈ N) et (gn | n ∈ N) deux suites de fonctions uniformement


convergentes sur D, dont les limites f et g sont des fonctions bornées sur D. Alors
la suite de fonctions (fn gn | n ∈ N) converge uniformement vers f g sur D.

Démonstration. (i) Posons f := lim fn ; par hypothèse, ||g||D,∞ ∈ R, d’où :


n→+∞

lim ∥fn g − f g∥D,∞ ⩽ ∥g∥D,∞ · lim ∥fn − f ∥D,∞ = 0


n→+∞ n→+∞

d’après le lemme 3.6(iv), d’où la convergence uniforme de (fn g | n ∈ N) vers f g.


L’assertion (ii) est une consequence immédiate de (i). Pour (iii), observons que :
∥fn gn − f g∥D,∞ = ∥(fn − f )g + (g − gn )f ∥D,∞
⩽ ∥fn − f ∥D,∞ · ∥g∥D,∞ + ∥g − gn ∥D,∞ · ∥f ∥D,∞

et par hypothèse ∥f ∥D,∞ , ∥g∥D,∞ < +∞, d’où l’assertion. □


P+∞
Exemple 3.14. On a vu que la série n=1 (−1)n /(n+x2 ) est uniformement conver-
gente sur R (exemple 3.11(ii)) ; avec la proposition 3.13, on déduit que la série :
+∞
X (−1)n ex
n=1
n + x2

est uniformement convergente sur tout intervalle [a, b] de taille bornée, car la fonc-
tion ex : [a, b] → R prend ses valeurs dans l’intervalle de taille bornée [ea , eb ].

Proposition 3.15. Soient f• := (fn | n ∈ N) et g• := (gn | n ∈ N) deux suites de


fonctions uniformement convergentes sur une partie D ⊂ R, et soient λ, µ ∈ R.
Alors la suite de fonctions (λfn + µgn | n ∈ N) est également uniformement
convergente sur D, et on a :
(∗) lim λfn + µgn = λ · lim fn + µ · lim gn .
n→+∞ n→+∞ n→+∞

Démonstration. L’identité (∗) découle aussitôt de la proposition 1.7. Ensuite, soient


F et G les limites de f• et respectivement g• , et soit ε > 0 ; alors :
∃n ∈ N tel que ∥F − fk ∥D,∞ < ε et ∥G − gk ∥D,∞ < ε ∀k ⩾ n
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 50

d’où, avec le lemme 3.6 :


∥(λF + µG) − (λfk + µgk )∥D,∞ ⩽ ∥λ(F − fk )∥D,∞ + ∥µ(G − gk )∥D,∞
⩽ |λ| · ∥F − fk ∥D,∞ + |µ| · ∥G − gk ∥D,∞
⩽ (|λ| + |µ|)ε
et cela démontre la convergence uniforme de la suite (λfn + µgn | n ∈ N) vers
λF + µG. □

On est maintenant prêt pour repondre aux questions évoquées au §3.1.1 :


Théorème 3.16. Soient D ⊂ R une partie, x0 ∈ D, et f• := (fn : D → R | n ∈ N)
une suite de fonctions sur D, continues en x0 . On a :
(i) Si f• converge uniformement sur D, la limite l de f• est continue en x0 .
P+∞
(ii) Si la série n=0 fn converge uniformement sur D, alors sa somme L est
une fonction continue en x0 .
(iii) En particulier, si chaque fn est continue sur D, et si f• (resp. si la série
P+∞
n=0 fn ) converge uniformement sur D, alors l (resp. L) est continue sur D.

Démonstration. (i) : Soit ε > 0 ; par hypothèse il existe n ∈ N avec :


∥l − fn ∥D,∞ < ε.
D’autre part, puisque fn est continue en x0 , il existe δ > 0 tel que :
|fn (x) − fn (x0 )| < ε ∀x ∈ D∩]x0 − δ, x0 + δ[.
Par suite, pour tout x ∈ D∩]x0 − δ, x0 + δ[ on a :
|l(x) − l(x0 )| = |(l(x) − fn (x)) + (fn (x) − fn (x0 )) + (fn (x0 ) − l(x0 ))|
⩽ |l(x) − fn (x)| + |fn (x) − fn (x0 )| + |fn (x0 ) − l(x0 )|
⩽ 3ε
et cela achève de vérifier la continuité de l en x0 .
Les assertions (ii) et (iii) découlent aussitôt de (i). □

Théorème 3.17. Soit f• := (fn | n ∈ N) une suite de fonctions uniformement


convergente sur un intervalle [a, b] borné, et soit l : [a, b] → R la limite de f• .
Supposons que chaque fn soit intégrable sur [a, b], et posons
Z x
Fn (x) := fn (t)dt ∀n ∈ N, ∀x ∈ [a, b].
a
Alors on a :
(i) La suite de fonctions (Fn | n ∈ N) est uniformement convergente sur [a, b].
(ii) En outre, la fonction l est intégrable sur [a, b], et on a :
Z x
lim Fn (x) = l(t)dt ∀x ∈ [a, b].
n→+∞ a

Démonstration. (i) : Par hypothèse, pour tout ε > 0 il existe n ∈ N tel que :
ε
∥fp − fq ∥[a,b],∞ < ∀p, q ⩾ n
b−a
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 51

(proposition 3.7). Par suite, pour tout x ∈ [a, b] et tout p, q ⩾ n on a :


Z x Z x Z x
ε
|Fp (x) − Fq (x)| = (fp − fq )(t)dt ⩽ |fp (t) − fq (t)|dt < dt ⩽ ε.
a a a b − a
Cela montre que
∥Fp − Fq ∥[a,b],∞ < ε ∀p, q ⩾ n
d’où l’assertion, toujours d’après la proposition 3.7.
(ii) : Notons par L : [a, b] → R la limite de la suite de fonctions (Fn | n ∈ N).
Soit ε > 0, et choisissons n ∈ N tel que :
ε
∥L − Fn ∥[a,b],∞ < ε et ∥l − fn ∥[a,b],∞ < .
b−a
Soit aussi x ∈ [a, b], et prenons une subdivision de l’intervalle [a, x] :
(∗) x0 := a < x1 < x2 < · · · < xt+1 := x
et des réels :
(∗∗) y0 ∈ [x0 , x1 ] y1 ∈ [x1 , x2 ] ··· yt ∈ [xt , xt+1 ]
tels que :
t
X
|Fn (x) − Sn (x• , y• )| < ε avec : Sn (x• , y• ) := fn (yk ) · (xk+1 − xk )
k=0

(l’existence d’une subdivision (∗) et d’une suite de réels (∗∗) vérifiant cette inégalité
découle de l’intégrabilité de fn sur [a, b]). Posons aussi :
t
X
S(x• , y• ) := l(yt ) · (xk+1 − xk ).
k=0

(Les termes Sn (x• , y• ) et S(x• , y• ) sont les sommes de Riemann associées aux
fonctions fn et l, pour les subdivisions x• et les suites finies y• ). Il vient :
|L(x) − S(x• , y• )| = |L(x) − Fn (x) + Fn (x) − Sn (x• , y• ) + Sn (x• , y• ) − S(x• , y• )|
⩽ |L(x) − Fn (x)| + |Fn (x) − Sn (x• , y• )| + |Sn (x• , y• ) − S(x• , y• )|
t
X
⩽ε+ε+ (fn − l)(yk ) · (xk+1 − xk )
k=0
t
X
⩽ 2ε + |(fn − l)(yk )| · (xk+1 − xk )
k=0
t
X ε
⩽ 2ε + (xk+1 − xk )
b−a
k=0
⩽ 3ε
Rx
et cela achève de vérifier que l est intégrable, et que a
l(t)dt = L(x). □
Corollaire 3.18. Soit f• := (fn : [a, b] → R | n ∈ N) une suite de fonctions définies
sur un intervalle [a, b] borné, et telles que :
(a) La suite numérique fn (a) converge vers un nombre réel la .
(b) Chaque fonction fn est de classe C 1 sur [a, b].
(c) La suite des fonctions dérivées (fn′ | n ∈ N) converge uniformement sur [a, b].
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 52

Alors la suite f• converge uniformement sur [a, b] vers une fonction l : [a, b] → R
de classe C 1 sur [a, b], et on a :
l′ (x) = lim fn′ (x) ∀x ∈ [a, b].
n→+∞

Démonstration. Notons par L : [a, b] → R la limite de la suite (fn′ | n ∈ N). On sait


que L est une fonction continue, en vertu des conditions (b),(c) (théorème 3.16).
Or, toute fonction g continue sur [a, b] est intégrable sur [a, b], et son intégrale
indéfinie G est une primitive de g, i.e. G est de classe C 1 sur [a, b], et G′ = g.
En particulier, L et fn′ sont intégrables sur [a, b], pour tout n ∈ N, et fn est une
intégrale indéfinie de fn′ ; posons alors aussi :
hn (x) := fn (a) et gn (x) := fn (x) − fn (a) ∀x ∈ [a, b], ∀n ∈ N.
D’après le théorème 3.17, il vient, pour tout x ∈ [a, b] :
Z x Z x
L(t)dt = lim fn′ (t)dt = lim (fn (x) − fn (a)) = lim gn (x).
a n→+∞ a n→+∞ n→+∞
Rx
Donc, l’intégrale indéfinie G(x) := a L(t)dt est la limite de la suite de fonctions
g• := (gn | n ∈ N), et G′ = L ; en outre g• converge uniformement vers G, toujours
d’après le théorème 3.17.
Puisque la suite numérique (fn (a) | n ∈ N) converge vers la , la suite de fonctions
constantes (hn | n ∈ N) est trivialement uniformement convergente sur [a, b] vers
la fonction constante h : [a, b] → R de valeur la ; mais alors la suite de fonctions
(fn = gn + hn | n ∈ N) converge uniformement vers l := G + h (proposition 3.15).
Finalement, l est alors bien de classe C 1 sur [a, b], et l′ = G′ = L. □
Exercice 3.19. (i) Etudier la convergence simple, uniforme, normale de la série :
+∞
X 2√
S(x) := e−x n
sur R∗ := R \ {0}.
n=0

(ii) Etudier la continuité et dérivabilité de la somme de cette série.


P+∞
Solution : Puisque ez = n=0 z n /n! pour tout z ∈ C, il est clair que :
x3
(∗) ex ⩾ ∀x ∈ R⩾0 .
6

x2 n
En particulier : e ⩾ x6 n3/2 /6 pour tout n ∈ N, et par suite :
+∞ +∞
X 2√6 X
e−x n
6 n3/2
∀x ∈ R∗ .

n=1 n=1
x
P+∞
Mais on sait que la série de Riemann n=1 1/n3/2 converge (exemple 2.14), donc
la série S(x) converge simplement sur R∗ . D’autre part, noter que
2√ 2√
∥e−x n
∥R∗ ,∞ = 1 ∀n ∈ N car lim e−x n
= e0 = 1
x→0

donc la série S(x) ne converge pas uniformement sur R∗ (corollaire 3.8(ii)), et donc
elle ne converge normalement sur R∗ non plus.
Pour étudier la continuité, observons que, en revanche, S(x) converge normale-
ment sur toute partie :
U (a) := R\] − a, a[ avec a > 0.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 53

En effet, toujours d’après (∗) on déduit que :


2√ 6
∥e−x n ∥U (a),∞ ⩽ 6 3/2 ∀a > 0
a n
P+∞
d’où l’assertion, car on a déjà remarqué la convergence de n=1 1/n3/2 . Or, puisque
2√
chaque terme e−x n est une fonction continue sur R, avec le théorème 3.16(ii) il
s’ensuit que la somme de la série S(x) est aussi continue sur U (a), pour tout a > 0.
Mais la continuité est une propriété locale des fonctions, de sorte que S(x) est alors
continue aussi sur la réunion :
[
U (a) = R∗ .
a>0
En dernier lieu, on souhaite√appliquer le corollaire 3.18 pour étudier la dérivabilité
2
de S(x) : soit fn (x) := e−x n , pour tout n ∈ N ; alors :
√ 2√
fn′ (x) = −2x ne−x n ∀n ∈ N, ∀x ∈ R.
L’estimation (∗) ne suffit pas pour borner efficacement la norme sup des dérivées
fn′ (x), mais, toujours avec la définition de ez , on obtient :
x4
ex ⩾ ∀x ⩾ 0
24
d’où :

24 · 2x n 48
|fn′ (x)| ⩽ = 7 3/2 ∀x ∈ R∗ , ∀n ⩾ 1
x8 n2 x n
et par suite :
48
||fn′ ||U (a),∞ ⩽ ∀n ⩾ 1, ∀a > 0
a7 n3/2
P+∞
d’où, la convergence normale de la série n=0 fn′ , d’abord sur chaque partie U (a),
et ensuite sur la réunion R∗ de ces parties, car la dérivabilité est une propriété locale
des fonctions. Maintenant, avec le corollaire 3.18 on conclut que la somme de la
série S(x) est une fonction dérivable sur R∗ , et sa dérivée est donnée par la somme
P+∞
de la série n=0 fn′ (x).
3.4. Suites et séries de fonctions à valeurs complexes. Notre discussion des
suites et séries de fonctions se prolonge sans peine aux suites et séries de fonctions
à valeurs complexes, définies sur une partie U ⊂ R. Essentiellement, il suffit de
reprendre les définitions et preuves précédentes, quitte à faire des modifications
mineures : plutôt qu’avec la valeur absolue réelle | · |, il faudra raisonner avec le
module complexe ∥ · ∥, comme déjà vu pour les suites et séries numériques.
Donc, on a des notions de convergence simple et uniforme pour toute telle suite
de fonctions (fn : U → C | n ∈ N), et on définit de la façon évidente le domaine de
P+∞
convergence de toute telle suite, ainsi que de la série associée n=0 fn . Aussi, la
norme sup d’une fonction g : U → C sera évidemment donnée par :
(∗) ∥g∥U,∞ := sup{∥g(a)∥ | a ∈ U } ∈ R⩾0 ∪ {+∞}
et le lemme 3.6 est encore valide pour ces fonctions (dans la partie (iii) du lemme,
on prendra λ ∈ C). On a de même la caractérisation des suites convergentes en
termes d’une condition de Cauchy uniforme comme à la proposition 3.7, ainsi que
son corollaire 3.8 pour les séries de fonctions ; pour ces dernières, on a en outre
une notion de convergence normale, correspondante à celle de la définition 3.9.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 54

Et en outre, toutes les propositions et théorèmes de la section 3.3 se prolongent


verbatim aux suites et séries de fonctions définies sur une partie U ⊂ R et à valeurs
complexes.
Toutefois, lors qu’on s’intéresse aux fonctions à valeurs complexes, il est naturel
de considérer au même temps des fonctions de la variable complexe, c’est à dire des
fonctions g : U → C, où maintenant U sera une partie du corps C, plutôt qu’une
partie de R : ce sera le cas, notamment, pour l’étude des séries entières, que l’on
entreprendra dans la section suivante. Plusieurs définitions et résultats des sections
précédentes se généralisent encore à ce cadre, mais certaines d’autres n’ont pas des
homologues évidents, ou demandent des justifications supplémentaires.
D’abord, la définition (∗) peut être reprise verbatim pour le cas où U ⊂ C, et
on aura toujours les bonnes propriétés du lemme 3.6 ; par suite, on a de même
des bonnes notions de convergence simple et uniforme, et de convergence normale
pour les suites. Ensuite, la proposition 3.13 reste valable pour les suites et séries
de fonctions d’une variable complexe ; de même pour le théorème 3.16, à condition
de clarifier la notion de continuité pour des fonctions de la variable complexe. Or,
du point de vue de l’analyse, le corps complexe C s’interprète comme le plan de
Gauss, avec ses axes coordonnés orthogonaux données par la droite réelle et la
droite imaginaire ; les fonctions de la variable complexe sont alors essentiellement
des fonctions définies sur le plan (ou sur une partie du plan) R2 (et à valeurs
complexes), et la définition de continuité adaptée à ce contexte est celle des fonctions
de plusieurs variables réelles. Rappelons qu’une fonction g : U → C définie sur une
partie U ⊂ Rn est continue au point x0 ∈ U , si elle vérifie la condition suivante :
∀ε > 0 ∃δ > 0 tel que ∥g(x) − g(x0 )∥ < ε ∀x ∈ B(x0 , δ) ∩ U
où B(x0 , δ) dénote ici la boule ouverte de rayon δ et centrée en x0 , c’est à dire :
B(x0 , δ) := {y ∈ Rn | ∥y − x0 ∥Rn < δ}
où, à son tour, ∥ · ∥Rn dénote une norme fixée de Rn : on peut par exemple choisir
la norme euclidienne :
q
∥(y1 , . . . , yn )∥Rn := y12 + · · · + yn2 ∀(y1 , . . . , yn ) ∈ Rn .

Or, le nombre complexe z = a + ib correspond au point (a, b) du plan de Gauss R2 ,


et la norme euclidienne de (a, b) n’est rien d’autre que le module complexe de z :
p
∥a + ib∥ = a2 + b2 = ∥(a, b)∥R2 .
Donc, dans le corps complexe C, le disque ouvert centré au point z0 ∈ C et de rayon
δ > 0 est la partie :
D(z0 , δ) := {w ∈ C | ∥w − z0 ∥ < δ}.
En résumant, on dira qu’une fonction g : U → C définie sur une partie U ⊂ C est
continue au point z0 ∈ U si elle satisfait la condition suivante :
∀ε > 0 ∃δ > 0 tel que ∥g(z) − g(z0 )∥ < ε ∀z ∈ D(z0 , δ) ∩ U.
Avec ces précisions, on peut maintenant reprendre la preuve du théorème 3.16, et
ainsi prolonger ce théorème au cas des suites de fonctions de la variable complexe.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 55

Exercice 3.20. On peut affiner la version complexe du théorème 3.16 de la façon


suivante. Soit (fn : U → C | n ∈ N) une suite de fonctions définies sur une partie
U ⊂ C, qui converge uniformement sur U vers une fonction l : U → C. Soit une
partie V ⊂ U \ U , où l’on désigne par U l’adhérence de U dans C, et supposons que
chaque fonction fn s’étend en une fonction gn : U ∪ V → C, continue en tout point
de V . Alors la suite de fonctions (gn | n ∈ N) converge uniformement sur U ∪ V vers
une fonction h : U ∪ V → C qui étend l, et qui est continue en tout point de V .
En effet, soient a ∈ V et ε > 0 ; par hypothèse, a est la limite d’une suite
(xk | k ∈ N) de points de U , et comme gn est continue en a, on déduit :
gn (a) = lim fn (xk ) ∀n ∈ N.
k→+∞

D’autre part, par la condition de Cauchy uniforme, il existe n ∈ N tel que


∥fp − fq ∥U,∞ < ε ∀p, q ⩾ n.
Avec le lemme 1.5(i) (et la remarque 1.16(iii)), il vient alors :
∥gp (a) − gq (a)∥ = lim ∥fp (xk ) − fq (xk )∥ ⩽ ε ∀p, q ⩾ n
k→+∞

et comme a ∈ V est arbitraire, cela revient à l’inégalité :


∥gp − gq ∥U ∪V ⩽ ε ∀p, q ⩾ n
d’où la convergence uniforme sur U ∩ V de la suite g• := (gn | n ∈ N), en vertu de
la condition de Cauchy uniforme. La continuité de la limite h de g• aux points de
V découle alors de la version complexe du théorème 3.16.
D’autre part, le théorème 3.17, tel qu’il est formulé, n’admet pas une généra-
lisation évidente au cas des suites de fonctions de la variable complexe : en effet,
la notion d’intégrale indéfinie ne s’applique qu’aux fonctions de la variable réelle.
On dispose toutefois d’une théorie de l’intégration pour fonctions définies sur une
partie (mesurable) U ⊂ Rn : cette théorie permet de définir une bonne classe de
fonctions intégrables sur U , et associe à toute telle fonction g : U → C son intégrale
Z
g(x)dx ∈ C.
U

Par l’interprétation du corps complexe en terme du plan de Gauss, cette théorie


s’applique alors aussi aux fonctions définies sur une partie U ⊂ C. Donc, a toute
suite f• := (fn : U → C | n ∈ N) de fonctions intégrables définies sur une partie
mesurable U ⊂ C, on pourra quand même associer la suite numérique des intégrales
 Z 
In := fn (z)dz | n ∈ N .
U

Au lieu du théorème 3.17, on pourra encore affirmer que si la suite f• converge


uniformement sur U vers une fonction l : U → C,R alors l est intégrable sur U
et la suite des intégrales (In | n ∈ N) converge vers U l(z)dz. Cela nécéssite d’un
considérable travail préliminaire pour développer le langage et les outils analytiques
indispensables : on laissera l’honneur à des cours plus avancés.
Exercice 3.21. Soit (fn : U → C | n ∈ N) une suite de fonctions continues, définies
sur une partie U ⊂ C, et qui converge uniformement sur U vers une fonction
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 56

l : U → C. Soit aussi z• := (zn | n ∈ N) une suite numérique convergente avec


zn ∈ U pour tout n ∈ N, et avec limite L ∈ U . Montrer que :
l(L) = lim fn (zn ).
n→+∞
Solution : En effet, soit ε > 0 ; par hypothèse il existe n ∈ N tel que
∥l − fk ∥U,∞ < ε ∀k ⩾ n.
D’autre part, par la version complexe du théorème 3.16, la fonction l est continue
sur U , donc il existe δ > 0 tel que :
∥l(L) − l(z)∥ < ε ∀z ∈ D(L, δ)
et en outre, puisque z• converge vers L, il existe m ∈ N tel que :
∥L − zk ∥ < δ ∀k ⩾ m.
On calcule :
∥l(L) − fk (zk )∥ = ∥(l(L) − l(zk )) + (l(zk ) − fk (zk ))∥
⩽ ∥l(L) − l(zk )∥ + ∥l(zk ) − fk (zk )∥
⩽ ε + ε = 2ε
pour tout k ⩾ max(n, m), d’où l’assertion.
Exercice 3.22. (Théorème de la double limite) L’exercice précédent peut être
affiné de la façon suivante. Soit (fn : U → C | n ∈ N) une suite de fonctions définies
sur une partie U ⊂ C, qui converge uniformement sur U vers une fonction l : U → C.
Soit en outre z• := (zk | k ∈ N) une suite numérique avec zk ∈ U pour tout k ∈ N, et
supposons que la suite fn (z• ) := (fn (zk ) | k ∈ N) converge vers yn ∈ C, pour chaque
n ∈ N. Alors les suites y• := (yn | n ∈ N), (fk (zk ) | k ∈ N) et l(z• ) := (l(zk ) | k ∈ N)
convergent vers la même limite dans C. Autrement dit, on a :
lim lim fn (zk ) = lim fk (zk ) = lim lim fn (zk ).
n→+∞ k→+∞ k→+∞ k→+∞ n→+∞

En effet, soit ε > 0 ; par hypothèse il existe m ∈ N tel que


(∗) ∥l − fk ∥U,∞ < ε ∀k ⩾ m.
On déduit :
(∗∗) ∥fp −fq ∥U,∞ ⩽ ∥fp −l∥U,∞ +∥l −fq ∥U,∞ < 2ε ∀p, q ⩾ m.
Par suite, en vertu des proposition 1.7 et 1.9, il vient :
∥yp − yq ∥ = lim ∥fp (zk ) − fq (zk )∥ ⩽ 2ε ∀p, q ⩾ m
k→+∞
d’où la convergence de la suite y• . Ensuite, on sait qu’il existe u ∈ N tel que :
∥fm (zp ) − fm (zq )∥ < ε ∀p, q ⩾ u.
Par suite, pour tout p, q ⩾ u on a, avec (∗) :
∥l(zp ) − l(zq )∥ ⩽ ∥l(zp ) − fm (zp )∥ + ∥fm (zp ) − fm (zq )∥ + ∥fm (zq ) − l(zq )∥ < 3ε
d’où la convergence de l(z• ). Posons alors L := lim l(zk ). Il existe r ∈ N tel que
k→+∞

∥L − l(zk )∥ < ε ∀k ⩾ r.
Avec (∗) il vient :
∥L − fk (zk )∥ ⩽ ∥L − l(zk )∥ + ∥l(zk ) − fk (zk )∥ ⩽ 2ε ∀k ⩾ max(r, m)
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 57

et cela montre que la suite (fk (zk ) | k ∈ N) converge vers L.


En dernier lieu, soit L′ := lim yn , et prenons s, t ∈ N tel que
n→+∞

∥L − ys ∥ < ε s⩾m et ∥ys − fs (zk )∥ < ε ∀k ⩾ t.
Avec (∗∗) il vient :
∥L′ − fk (zk )∥ ⩽ ∥L′ − ys ∥ + ∥ys − fs (zk )∥ + ∥fs (zk ) − fk (zk )∥ ⩽ 4ε
pour tout k ⩾ max(t, m), et cela montre que L = L′ .
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 58

4. Séries entières
4.1. Rayon de convergence. Soit a• := (an | n ∈ N) une suite de nombres réels
ou complexes. La série entière associée à a• est la série de fonctions :
+∞
X
an xn
n=0

de la variable x. Ainsi, chaque fonction fn (x) := an xn est définie pour tout x ∈ R, et


même pour tout x ∈ C ; si l’on décide de se borner aux valeurs réels de la variable
x, on obtiendra une série de fonctions (fn : R → C | n ∈ N) du type étudié aux
sections 3.2 et 3.3, alors que si l’on admet aussi les valeurs complexes, on obtiendra
une série de fonctions (fn : C → C | n ∈ N) de la variable complexe, du type
contemplé dans la section 3.4. Afin de signaler que l’on considère des fonctions de
la variable complexe, on dénote souvent cette même série par :
+∞
X
an z n .
n=0

Bien que les termes de ces séries soient des fonctions définies sur R (ou, respecti-
vement, sur C), leurs domaines de convergence seront évidemment seulement des
parties de R (ou de C), et on souhaiterait pouvoir déterminer ces domaines à partir
de la suite de constantes a• . Cette question est presque complètement résolue par le
théorème 4.2 suivant, qui montre que le domaine de convergence d’une série entière
a une forme assez simple ; pour sa preuve, rappelons d’abord que le disque ouvert et
le disque fermé de C, de rayon r > 0, centrés au point z0 ∈ C sont respectivement
les parties :
D(z0 , r) := {z ∈ C | ∥z − z0 ∥ < r} et D(z0 , r) := {z ∈ C | ∥z − z0 ∥ ⩽ r}.
Avec cette notation, on a l’observation suivante :
P+∞
Lemme 4.1. Soit n=0 an z n une série entière, et r > 0 un réel tel que la suite
(∥an ∥rn | n ∈ N)
soit bornée. Soit aussi 0 < ρ < r un deuxième nombre réel. Alors on a :
P+∞
(i) La série de fonctions n=0 ∥an z n ∥ converge simplement sur D(0, r).
P+∞
(ii) La série entière n=0 an z n converge normalement sur D(0, ρ).
S
Démonstration. Comme D(0, r) = 0<ρ<r D(0, ρ), on voit aisément que l’assertion
(i) découle de (ii). Pour montrer (ii), posons
M := sup{∥an ∥rn | n ∈ N}
et soit aussi 0 < ρ < r. Il vient :
∥z n ∥  ∥z∥ n  ρ n
∥an z n ∥ = ∥an ∥rn ⩽ M ⩽ M · ∀z ∈ D(0, ρ), ∀n ∈ N.
rr r r
Autrement dit :
∥an z n ∥D(0,ρ),∞ ⩽ M · (ρ/r)n ∀n ∈ N.
P+∞
Mais puisque 0 < ρ/r < 1, la série numérique n=0 M · (ρ/r)n converge, d’où la
P+∞
converge normale de n=0 an z n sur D(0, ρ). □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 59

P+∞ n
Théorème 4.2. Soit n=0 an z une série entière (de la variable complexe z).
Alors il existe un unique R ∈ R⩾0 ∪ {+∞} tel que :
P+∞
(i) La série numérique n=0 an z0n converge pour tout z0 ∈ C avec ∥z0 ∥ < R
P+∞
(ii) La série numérique n=0 an z0n diverge pour tout z0 ∈ C avec ∥z0 ∥ > R.
P+∞
On appelle R le rayon de convergence de la série entière n=0 an z n .
Démonstration. Soit R l’ensemble des r ∈ R⩾0 tels que la suite (∥an ∥rn | n ∈ N)
soit bornée. Noter que R ̸= ∅, car 0 ∈ R. Montrons que
R := sup(R)
convient. En effet, soit z0 ∈ C avec ∥z0 ∥ < R ; alors il existe r ∈ R avec ∥z0 ∥ < r, et
P+∞
par suite la série entière n=0 an z n converge (normalement) sur D(0, ∥z0 ∥), d’après
P+∞
le lemme 4.1(ii). En particulier, la série numérique n=0 an z0n converge.
De l’aute côté, soit z0 ∈ C avec ∥z0 ∥ > R ; alors z0 ∈ / R, c’est à dire la suite
P+∞
(∥an z0n ∥ | n ∈ N) n’est pas bornée, et alors la série n=0 an z0n est grossièrement
divergente. □
P+∞
Remarque 4.3. (i) Soit R le rayon de convergence de la série entière n=0 an z n .
D’après le théorème 4.2, si R = 0 (resp. si R = +∞) le domaine de convergence
de la série est l’ensemble {0} (resp. est C) ; sinon, 0 < R < +∞, et le domaine de
convergence contient alors le disque ouvert D(0, R), et il est contenu dans le disque
fermé D(0, R). Pour ce cas, le théorème ne nous renseigne pas sur la convergence au
bord du disque de convergence D(0, R), c’est à dire, aux points du cercle de rayon
R centré en 0 :
D(0, R) \ D(0, R) = {z ∈ C | ∥z∥ = R}.
Pour déterminer la nature de la série en ces points, il faudra donc une étude ad hoc.
(ii) Par commodité, on n’a énoncé le théorème 4.2 que pour les séries entières
P+∞complexe z, mais on en déduit aussitôt une variante évidente pour
d’une variable
les séries n=0 an xn de la variable réelle x : pour ces séries il existe un rayon de
P+∞
convergence R ∈ R⩾0 ∪ {+∞} telle que la série numérique n=0 an xn0 converge
pour tout x0 ∈ R avec |x0 | < R et diverge si |x0 | > R. Dans le cas réel, au lieu
d’un disque de convergence on trouvera ainsi un intervalle de convergence ] − R, R[,
contenu dans le domaine de convergence de la série, et dont l’adhérence [−R, R]
contiendra ce domaine de convergence. Comme pour le cas complexe, le théorème
ne nous renseigne pas sur la convergence aux bords de l’intervalle de convergence.
(iii) Le lemme 4.1 peut maintenant être précisé : on obtient que pour tout
P+∞ ρ ⩾n 0 strictement plus petit du rayon de convergence R, la série entière
rayon
n=0 an z converge normalement sur le disque fermé D(0, ρ). De mêmeP pour le cas
+∞
des séries entières de la variable réelle : on a convergence normale de n=0 an xn
sur l’intervalle fermé [−ρ, ρ], pour tout tel ρ.
(iv) Pour la question du comportement de la série au bord du disque de conver-
gence, on a l’important résultat suivant :
P+∞
Théorème 4.4. (Convergence radiale d’Abel) Soit n=0 an z n une série entière,
P+∞
et z0 ∈ C\{0} tel que la série numérique n=0 an z0n converge. Alors la série entière
P+∞ n
n=0 an z converge uniformement sur le rayon :

R(z0 ) := {tz0 | t ∈ [0, 1]}.


MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 60

Démonstration. Posons cn := an z0n pour tout n ∈ N, et appliquons le critère d’Abel


(proposition 2.36) aux séries numériques :
+∞
X +∞
X
tn et cn .
n=0 n=0
Noter que pour t ∈ [0, 1], la suite (tn | n ∈ N) est monotone et bornée, et par
P+∞
hypothèse la série n=0 cn converge, donc les conditions (a) et (b) de la proposition
2.36 sont effectivement remplies. On obtient ainsi la convergence de la série :
+∞
X
cn tn ∀t ∈ [0, 1].
n=0
En outre, puisque |tn | ⩽ 1 pour tout t ∈ [0, 1] et tout n ∈ N, on a des estimations
pour les restes de cette série, de la forme :
X p
ck tk ⩽ 3M (q, p) ∀p ⩾ q ⩾ 0
k=q
Pj 
avec M (q, p) := max k=q ck | j = q, . . . , p .
Or, noter que ces estimations sont indépendantes de t (pourvu que t ∈ [0, 1]), et
en outre, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que M (q, p) < ε pour tout p ⩾ q ⩾ N
P+∞
(proposition 2.4(i)). Cela montre que la série entière n=0 an (tz0 )n de la variable
réelle t vérifie la condition de Cauchy uniforme sur l’intervalle fermé [0, 1], et donc
elle converge uniformement sur cet intervalle (corollaire 3.8(i)).
P+∞
Mais évidemment cela revient à dire que la série entière n=0 an z n de la variable
complexe z converge uniformement sur R(z0 ). □
Remarque 4.5. (i) Noter que le théorème 4.4 n’est intéressant que si z0 appartient
au bord du disque de convergence D(0, R) (c’est à dire, si ∥z0 ∥ = R), car on connait
P+∞
déjà la convergence normale de la série n=0 an z n dans un voisinage de tout point
situé à l’intérieur du disque D(0, R), d’après la remarque 4.3(iii).
(ii) Donc finalement, si ∥z0 ∥ = R, le théorème de convergence radiale ne permet
que de prolonger la convergence uniforme jusqu’au point z0 , le seul point du rayon
que l’on ne pouvait pas attendre par la remarque 4.3(iii). On pourrait se demander
quel est l’interêt de s’acharner pour atteindre juste un seul point de plus. Mais
l’exemple 4.14 founira des illustrations remarquables de la puissance de cet outil.
Bien que la preuve du théorème 4.2 fournisse une expression pour le rayon R
de convergence d’une série entière, celle-ci n’est pas suffisament explicite pour être
d’utilité pratique. On souhaite alors des méthodes plus efficaces pour le calcul de
R. On démarre avec l’observation simple suivante :
P+∞ P+∞
Lemme 4.6. Soient n=0 an z n et n=0 bn z n deux séries entières, de rayons de
convergence R et respectivement R′ . Supposons que :
(∗) ∥an ∥ ⩽ ∥bn ∥ ∀n ∈ N.

Alors R ⩾ R .
Démonstration. La preuve du théorème 4.2 montre que R (resp. R′ ) est la borne
supérieure de l’ensemble R (resp. R ′ ) des nombres réels r ⩾ 0 tels que la suite
(∥an ∥rn | n ∈ N) (resp. la suite ((∥bn ∥rn | n ∈ N))) soit bornée. Mais en vertu de
(∗), il est clair que R ′ ⊂ R, d’où l’assertion. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 61

Ensuite, on peut extraire des règles de d’Alembert et de Cauchy des formules


utiles pour le rayon de convergence :
P+∞
Proposition 4.7. Soit n=0 an z n une série entière, avec rayon de convergence
R. On a :
an+1
(i) Si lim = L, alors R = 1/L.
n→+∞ an
(ii) Si lim ∥an ∥1/n = L, alors R = 1/L.
n→+∞

(Pour L = 0, on pose ici 1/0 := +∞).

Démonstration. (i) : Soit r ∈ R⩾0 ; il vient :

an+1 rn+1 an+1


l := lim = lim · r = Lr.
n→+∞ an rn n→+∞ an
P+∞ n
Par suite, pour r < 1/L on a l < 1, et alors la série numérique n=0 ∥an r ∥
n
converge, d’après la règle de d’Alembert ; en particulier, la suite (∥an ∥r | n ∈ N)
est bornée, d’où r ⩽ R. De l’autre côté, si r > 1/L, alors l > 1, et alors la
P+∞
série n=0 ∥an ∥rn diverge, encore par la règle de d’Alembert ; compte tenu de la
remarque 4.3(iii), on déduit que r ⩾ R dans ce cas. L’identité R = 1/L découle
aussitôt de ces deux cas.
La preuve de (ii) est parfaitement analogue, et sera laissé en exercice. □

Exemple 4.8. (i) Avec la proposition 4.7(i) on voit aussitôt que la série géo-
P+∞
métrique n=0 z n a rayon de convergence R = 1. Bien sur, cela était déjà connu
depuis l’exemple 2.34 : on a juste rajouté un élément de langage.
P+∞ n
(ii) De même, d’après l’exemple 2.37(i), la série exponentielle n=0 z /n! a
rayon de convergence R = +∞.
(iii) En outre, l’exemple 2.38(i) nous dit que les séries de Taylor de sin(x) et
cos(x) ont également rayon de convergence R = +∞.

4.2. Opérations sur les séries entières.


P+∞ P+∞
Proposition 4.9. Soient n=0 an z n et n=0 bn deux séries entières, avec rayons

de convergence R et respectivement R . Alors, pour tout λ, µ ∈ C, la série entière
+∞
X
(λan + µbn )z n
n=0

a rayon de convergence ⩾ min(R, R′ ).

Démonstration. Soit r ∈ R avec 0 ⩽ r < min(R, R′ ), de sorte que les suites


(∥an ∥rn | n ∈ N) et (∥bn ∥rn | n ∈ N) sont bornées ; prenons alors un majorant M
commun pour ces deux suites. Il vient :

∥(λan + µbn )rn ∥ ⩽ (∥λ∥ + ∥µ∥)M ∀n ∈ N.

Cela montre que la suite ((λan + µbn )rn | n ∈ N) est bornée, d’où l’assertion. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 62

P+∞ P+∞
4.2.1. Produit de Cauchy de séries entières. Soient n=0 an z n et n=0 bn z n deux
P+∞
séries entières, et notons par n=0 cn le produit de Cauchy des séries numériques
P+∞ P+∞ P+∞ n
an et n=0 bn . Alors, on définit le produit de Cauchy de n=0 an z et
Pn=0
+∞
n=0 b n comme la série entière
+∞
X
cn z n .
n=0
Le nom de P cette série se justifie en remarquant que pour tout z0 ∈ P C, la série
+∞ +∞
numérique n=0 cn z0n est le produit de Cauchy des séries numériques n=0 an z0n
P+∞
et n=0 bn z0n : on laissera la simple vérification en exercice.
P+∞ n
P+∞ n
Proposition 4.10. Soient n=0 an z et n=0 bn z deux séries entières, avec

rayons de convergence R P+∞et respectivement R . Alors le rayon de convergence de
leur produit de Cauchy n=0 cn z n est ⩾ min(R, R′ ).
Démonstration. Soit r ∈ R avec 0 ⩽ r < min(R, R′ ), de sorte que les séries numé-
P+∞ P+∞
riques n=0 an rn et n=0 bn rn sont absolument convergentes, d’après la remarque
P+∞
4.3(iii). Par suite, leur produit de Cauchy n=0 cn rn est également absolument
convergent, par le théorème de Mertens (théorème 2.32(i)), d’où l’assertion. □
P+∞
Proposition 4.11. (Intégration et dérivation de séries entières) Soit n=0 an z n
une série entière, avec rayon de convergence R. Alors les séries entières :
+∞ +∞
X
n−1
X an n+1
nan z et z
n=0 n=0
n +1
ont également rayon de convergence R.
Démonstration. Soit d’abord R > 0. Soient alors r, s ∈ R avec 0 < r < s < R, de
sorte que la suite (∥an ∥ · sn | n ∈ N) est bornée, et posons
M := sup{∥an ∥ · sn | n ∈ N}.
Avec l’exemple 2.10, il vient :
n rn M  r n
0 ⩽ lim n · ∥an ∥ · rn−1 = lim · ∥an ∥ · sn n ⩽ · lim n · =0
n→+∞ n→+∞ r s r n→+∞ s
car on a 0 < r/s < 1. Donc la suite (n∥an ∥rn | n ∈ N) est bornée (lemme 1.5(i)) et
P+∞
cela montre que le rayon de convergence R′ de n=0 nan z n−1 est ⩾ r. Puisque r
peut être choisi arbitrairement proche à R, on conclut que R′ ⩾ R.
De même, on a :
∥an ∥ n+1
r ⩽ ∥an ∥rn+1 ⩽ M r ∀n ∈ N
n+1
P+∞ an n+1
et cela entraîne que le rayon de convergence de n=0 n+1 z est ⩾ R.
Il reste à vérifier que les rayons de convergence de ces séries ne sont pas stric-
tement
P+∞ plus grand que R. Or supposons par l’absurde que le rayon de convergence
an n+1
de n=0 n+1 z soit R′ > R ; on applique alors le résultat que l’on vient de
P+∞
montrer, à la série entière n=1 bn z n , avec bn := an−1n pour tout n ∈ N \ {0} : on
P+∞
déduit que la série entière n=0 nbn z n−1 a rayon de convergence ⩾ R′ . Mais noter
P+∞
que nbn = an−1 , et par hypothèse n=0 an z n a rayon de convergence R < R′ :
P+∞ an n+1
contradiction ! Donc le rayon de convergence de n=0 n+1 z est bien R.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 63

P+∞
Un raisonnement analogue montre que le rayon de convergence de n=0 nan z n−1
doit être R.
P+∞Il reste à considérer le cas où R = 0. Mais si le rayon de convergence de
n=0 nan z n−1 était R′ > 0, alors par le même raisonnement, le rayon de conver-
P+∞
gence de n=0 an z n serait R′ > 0, contradiction ! De même l’on vérifie que la série
P+∞ an n+1
entière n=0 n+1 z a rayon de convergence 0. □
P+∞ n
Corollaire 4.12. Soit n=0 an x une série entière avec rayon de convergence
R > 0. Alors la somme f (x) de la série est une fonction de classe C ∞ sur ] − R, R[,
et on a :
+∞ Z x +∞
X X an n+1
(∗) f ′ (x) = nan xn−1 f (t)dt = x ∀x ∈] − R, R[.
n=0 0 n=0
n +1
P+∞
Démonstration. D’après la proposition 4.11, la série n=0 nan xn a également rayon
P+∞
de convergence R ; d’après la remarque 4.3(iii), la série n=0 nan xn converge alors
uniformement sur [−r, r], pour tout r < R, et noter que la dérivée de chaque terme
an xn est précisément le polynôme nan xn−1 , donc f (x) est de classe C 1 sur [−r, r],
avec dérivée donnée par la première identité de (∗), en vertu du corollaire 3.18.
Mais la dérivabilité et la continuitéSsont des propriétés locales d’une fonction, donc
f (x) est finalement dérivable sur 0<r<R [−r, r] =] − R, R[, comme souhaité. La
deuxième identité de (∗) découle aussitôt du théorème 3.17.
En dernier lieu, afin de démontrer que la fonction f (x) est de classe C ∞ sur
] − R, R[, il suffit de prouver qu’elle est de classe C n sur ] − R, R[ pour tout n ∈ N.
Mais puisque la dérivée f ′ (x) est la somme d’une série entière avec le même rayon de
convergence que f (x), cela découle maintenant d’une simple récurrence sur n. □
Exemple 4.13. En vertu du corollaire 4.12 et de l’exemple 4.8(ii,iii), les fonctions
ex , sin(x) et cos(x) sont de classe C ∞ sur R (cela est d’ailleurs bien connu).
P+∞
Exemple 4.14. (i) Rappelons que la série géométrique n=0 xn a rayon de conver-
gence 1, et sa somme est la fonction f (x) = 1/(1−x) sur l’intervalle ]−1, 1[ (exemple
4.8(i)). D’après la proposition 4.11 et le corollaire 4.12, la série de Mercator
+∞ n+1
X x
g(x) :=
n=0
n +1
a alors de même rayon de convergence 1, et on a :
Z x
1
g(x) = = − ln(1 − x) ∀x ∈] − 1, 1[.
0 1−x
En outre, la série g(x) converge aussi pour x = 1, d’après le critère de Leibniz
(voir l’exemple 2.21), donc elle converge uniformement aussi sur l’intervalle [−1, 0],
d’après le théorème 4.4 de convergence radiale d’Abel. Par suite, g(x) est une fonc-
tion continue sur [−1, 0] (ainsi que sur ] − 1, 1[), en vertu du théorème 3.16 ; mais
aussi la fonction − ln(1 − x) est continue sur [−1, 0], donc on peut calculer :
+∞
X (−1)n+1
= g(−1) = lim g(x) = lim − ln(1 − x) = − ln(2).
n=0
n+1 x→−1+ x→−1+

Noter que cela nous donne la somme d’une série numérique, mais pour sa démons-
tration on a eu recours aux séries entières.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 64

(ii) Considérons la série entière :


+∞
X
h(x) := (−1)n x2n .
n=0
n 2n
Evidemment la suite ((−1) r | n ∈ N) est bornée si et seulement si |r| ⩽ 1, donc
le rayon de convergence de h(x) est 1, et évidemment on a :
1
h(x) = f (−x2 ) =
1 + x2
(avec f (x) comme dans (i)). Donc, la série entière :
+∞
X (−1)n 2n+1
l(x) := x
n=0
2n + 1

a aussi rayon de convergence 1 (proposition 4.11), et le corollaire 4.12 montre que :


Z x
dx
l(x) = = arctan(x) ∀x ∈] − 1, 1[.
0 1 + x2
En outre, la série l(x) converge aussi pour x = 1, par le critère de Leibniz, donc elle
converge uniformement sur [0, 1], par le théorème de convergence radiale d’Abel ;
ainsi, l(x) est une fonction continue sur [0, 1] (théorème 3.16). Mais aussi la fonction
arctan(x) est continue sur [0, 1], donc :
+∞
X (−1)n π
= l(1) = lim l(x) = lim arctan(x) = arctan(1) = .
n=0
2n + 1 x→1− x→1− 4
On a ainsi obtenu la formule de Leibniz :
4 4 4 4 4
π =4− + − + − + ···
3 5 7 9 11
(iii) Voici une dernière application qui complète le théorème 2.32 de Mertens.
P+∞ P+∞ P+∞
Soient n=0 an et n=0 bn deux séries convergentes, et n=0 cn leur produit de
P+∞
Cauchy. On va montrer que si n=0 cn converge, alors on a encore :
+∞
X +∞
X +∞
 X 
cn = an · bn .
n=0 n=0 n=0
P+∞ P+∞
Pour cela, on considère les séries entières s(x) := n=0 an xn , t(x) := n=0 bn xn ,
P+∞
de sorte que u(x) := n=0 cn xn est le produit de Cauchy de s(x) et t(x) (voir le
§4.2.1). Par hypothèse, s(x), t(x) et u(x) convergent pour x = 1 ; en raisonnant
comme dans (i) et (ii), on déduit que leurs rayons de convergence sont ⩾ 1, et leurs
sommes sont des fonctions continues sur [0, 1]. D’autre part on sait que
s(x) · t(x) = u(x) ∀x ∈] − 1, 1[
en vertu du théorème de Mertens, car les séries s(x) et t(x) sont normalement
convergentes sur [−r, r], pour tout r < 1 (remarque 4.3(iii)). Par suite :
u(1) = lim− u(x) = lim− s(x) · t(x) = lim− s(x) · lim−1 t(x) = s(1) · t(1)
x→1 x→1 x→1 x→1

d’où l’identité souhaitée.


MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 65

4.3. Séries de Taylor. Soit f : U → R une fonction de classe C ∞ sur un voisinage


U ⊂ R de 0. Suivant l’exemple 2.38(i), on associe à f sa série de Taylor au point
x0 = 0 :
+∞ (k)
X f (0) k
S(f, x) := x
k!
k=0

que l’on regarde maintenant comme une série entière de la variable réelle x.
P+∞
Lemme 4.15. (i) Soit f (x) la somme d’une série entière n=0 an xn de rayon de
P+∞
convergence R > 0. Alors la série de Taylor S(f, x) coïncide avec n=0 an xn .
(ii) En particulier, si deux séries entières ont la même somme sur un même
voisinage de 0, alors elles coïncident terme à terme.
Démonstration. L’assertion (ii) suit aussitôt de (i). Pour vérifier (i), soit
+∞
X
S(f, x) = bn x n
n=0

et montrons que an = bn pour tout n ∈ N, par récurrence sur n. Pour n = 0 on a


bien a0 = f (0) = S(f, 0) = b0 . Soit alors n > 0, et supposons que l’assertion soit
déjà connue pour les premiers n − 1 coefficients de toute série entière de rayon de
convergence R. Au vu de la proposition 4.11 et du corollaire 4.12, on a :
+∞
X +∞
X
′ k−1 ′
S(f , x) = kbk x et f (x) = kak xk−1 .
k=1 k=1

Par hypothèse de récurrence, il vient alors nbn = nan , i.e. bn = an . □

Remarque 4.16. (i) Soit f : U → R une fonction de classe C ∞ sur un voisinage


U ⊂ R de 0. Même si U contient un intervalle ] − r, r[, la série S(f, x) n’a pas
forcément rayon de convergence ⩾ r.
(ii) Et même sur son son intervalle de convergence, S(f, x) ne converge pas
forcément vers f (x) (sauf pour x = 0). Par exemple, soit la fonction de classe C ∞
( 2
e−1/x si x ̸= 0
f (x) :=
0 si x = 0.

Alors f (k) (0) = 0 pour tout k ∈ N, donc la somme de S(f, x) est la fonction
constante de valeur 0, et de l’autre côté f (x) ̸= 0 pour tout x ̸= 0.
(iii) Toutefois, si l’on a des bornes adéquates pour la taille des k-dérivées de f
dans un voisinage de 0, on peut obtenir des résultats positifs ; en effet on a :
Proposition 4.17. Soit f : U → C une fonction de classe C ∞ sur un voisinage
U ⊂ R de 0. On suppose qu’il existe ε, M, C > 0 tels que ] − ε, ε[⊂ U et :

∥f (k) ∥]−ε,ε[,∞ ⩽ CM k k! ∀k ∈ N
et posons ρ := min(ε, 1/M ). Alors on a :
(i) Le rayon de convergence de la série de Taylor S(f, x) est ⩾ 1/M .
(ii) S(f, x) converge uniformement vers f (x) sur [−r, r], pour tout r < ρ.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 66

Démonstration. (i) : Par hypothèse, ∥f (k) (0)/k!∥ ⩽ CM k pour tout k ∈ N, donc le


rayon de convergence de S(f, x) est plus grand du rayon de convergence de la série
P+∞
entière k=0 CM k xk (lemme 4.6). Mais on a :
CM k+1
lim =M
k→+∞ CM k
P+∞
donc le rayon de convergence de k=0 CM k xk est 1/M (proposition 4.7(i)).
(ii) : Rappelons que pour tout n ∈ N la différence
n
X f (k) (0)
Rn (x) := f (x) − xk
k!
k=0
peut s’exprimer par la formule du reste de Lagrange :
f (n+1) (ξ) n+1
Rn (x) = x ∀x ∈] − ε, ε[\{0}
(n + 1)!
où ξ est un nombre réel dans l’intervalle ouvert d’extremités 0 et x. Par suite :
∥Rn ∥]−r,r[,∞ ⩽ CM n+1 rn+1 ∀n ∈ N, ∀r ∈]0, ε[.
Mais si r < 1/M , la suite (C(M r)n+1 | n ∈ N) converge vers 0, d’où (ii), d’après la
remarque 3.5(i). □
P+∞
Exercice 4.18. On considère une série entière n=0 an xn de rayon de convergence
R > 0 et somme s(x). On suppose que s(x) soit solution de l’équation différentielle :
(∗) (1 + x2 )y ′′ (x) = 2y(x) ∀x ∈] − R, R[.
(a) Etablir une relation liant an et an+2 pour tout n ∈ N.
(b) En déduire les valeurs de an pour tout n ∈ N.
(c) On suppose que s(0) = 0 et s′ (0) = 1. Montrer que R = 1, et que la série
s(x) converge aussi en x = 1 et x = −1.
Solution : (a) : D’après le corollaire 4.12, on a :
X X
s′ (x) = nan xn−1 s′′ (x) = n(n − 1)an xn−2 ∀x ∈] − R, R[
n=1 n=2
d’où :
+∞
X +∞
X
(1 + x2 )s′′ (x) = n(n − 1)an xn−2 + n(n − 1)an xn
n=2 n=2
+∞
X
= [(n + 2)(n + 1)an+2 + n(n − 1)an ]xn
n=0

et compte tenu de (∗) et du lemme 4.15(ii), on déduit :


(n + 2)(n + 1)an+2 + n(n − 1)an = 2an ∀n ∈ N
c’est-à-dire :
2 + n − n2 2−n
(∗∗) an+2 = an = an ∀n ∈ N.
(n + 2)(n + 1) n+2
(b) : Compte tenu de (∗∗), il vient :
2−2
a2 = a0 et a4 = a2 = 0 d’où : a2p = 0 ∀p ⩾ 2.
2+2
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 67

et en outre :
p p
Y 2 − (2k − 1) Y 3 − 2k
a2p+1 = a1 = a1 ∀p ⩾ 1.
(2k − 1) + 2 1 + 2k
k=1 k=1

(c) : Si s(0) = 0 et s′ (0) = 1, on a a0 = 0 et a1 = 1, d’où :


p
Y 3 − 2k
a2p = 0 et a2p+1 = ∀p ⩾ 1.
1 + 2k
k=1

Autrement dit :
+∞ p
X Y 3 − 2k
s(x) = x + x2p+1 .
p=1
1 + 2k
k=1

On détermine le rayon avec la règle de D’Alembert : pour x0 ∈ R fixé, posons :


up := a2p+1 x02p+1 ∀p ∈ N.
Alors :
up+1 a2p+3 x02p+3 2 3 − 2(p + 1)
lim = lim 2p+1 = x0 · p→+∞
lim = x20 .
p→+∞ up p→+∞ a x
2p+1 0 1 + 2(p + 1)

Donc s(x0 ) converge pour x20 < 1, i.e. pour |x0 | < 1, et diverge pour |x0 | > 1. Cela
achève de vérifier que R = 1. Pour vérifier la convergence au bord de l’intervalle
de convergence, on va utiliser la règle de Raabe-Duhamel (proposition 2.15) : pour
x0 = ±1, on a :
up+1 1 − 2p 2p − 1 4 3/2
= = =1− <1− ∀p ⩾ 2.
up 3 + 2p 2p + 3 2p + 3 p
Puisque 3/2 > 1, la proposition 2.15 nous dit que les séries s(1) et s(−1) convergent
absolument, comme souhaité. Par le théorème de convergence radiale d’Abel, il
s’ensuit que la série entière s(x) converge uniformement sur [−1, 1] et la somme est
alors une fonction continue sur [−1, 1].
P+∞
4.4. Appendice : un théorème d’Abel amélioré. Soit f (z) := n=0 an z n une
P+∞entière avec rayon de convergence ⩾ 1, et supposons que la série numérique
série
n=0 an converge. Le théorème de convergence radiale d’Abel nous dit alors que
la série entière f (z) converge uniformement sur le segment [0, 1]. Mais en fait, on
peut affiner ce résultat : on a la convergence uniforme sur certaines parties fermées
du disque D(0, 1) contenant le segment [0, 1], et qui ne sont contenues dans aucune
partie de la forme [0, 1] ∪ D(0, ρ) avec ρ < 1. Plus précisément, fixons ϑ ∈ [0, π/2[
et r ∈ R⩾0 , et considérons le secteur d’ouverture 2ϑ et rayon r, avec sommet en 1 :

S (ϑ, r) := {1 − ηeiϕ | 0 ⩽ η ⩽ r, −ϑ ⩽ ϕ ⩽ ϑ}.


Avec cette notation, on a :
P+∞
Théorème 4.19. Soit f (z) := n=0 an z n une série entère avec rayon de conver-
P+∞
gence ⩾ 1, et supposons que la série numérique n=0 an converge. Alors, pour tout
ϑ ∈ [0, π/2[ et tout r ∈ [0, 2 cos(ϑ)[, la série entière f (z) converge uniformement
sur le secteur fermé S (ϑ, r).
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 68

Démonstration. Posons
+∞
X
An := an ∀n ∈ N et Mn := sup{∥Ak ∥ | k ⩾ n} ∀n ∈ N.
k=n
On a alors, pour tout z ∈ C et tout p ⩾ q ⩾ 0 :
Xp p
X
ak z k = (Ak − Ak+1 )z k
k=q k=q

= Aq z q + Aq+1 (z q+1 − z q ) + · · · + Ap (z p − z p−1 ) − Ap+1 z p


d’où :
p
X
ak z k ⩽ Mq (∥z∥q + (∥z∥q + · · · + ∥z∥p−1 ) · ∥z − 1∥ + ∥z∥p )
k=q
 ∥1 − z∥ 
⩽ Mq 1 + +1 si ∥z∥ < 1.
1 − ∥z∥
Or, soit z ∈ S (ϑ, r) \ {1} ; alors z = 1 − ηeiϕ avec 0 < η ⩽ r et −ϑ ⩽ ϕ ⩽ ϑ. Il
vient ∥1 − z∥ = η et :
∥z∥2 = (1 − ηeiϕ )(1 + ηe−iϕ ) = 1 − η(eiϕ + e−iϕ ) + η 2 = 1 − 2η cos(ϕ) + η 2
d’où ∥z∥2 < 1 − η 2 + η 2 = 1 (car 2 cos(ϕ) ⩾ 2 cos(ϑ) > η), et alors :
∥1 − z∥ η(1 + ∥z∥) η(1 + ∥z∥) 1 + ∥z∥ 2
= 2
= 2
= ⩽
1 − ∥z∥ 1 − ∥z∥ 2η cos(ϕ) − η 2 cos(ϕ) − η 2 cos(ϑ) − r
d’où finalement, pour tout p, q ∈ N avec p ⩾ q :
p
X  2 
(∗) a k z k ⩽ Mq 2 + ∀z ∈ S (ϑ, r) \ {1}.
2 cos(ϑ) − r
k=q

Mais noter que l’estimation


Pp (∗) vaut aussi trivialement pour z = 1 (et en fait on a
plus précisément : ∥ k=q ak ∥ ⩽ 2Mq pour tout p, q comme ci-dessus) ; i.e. :
p
X  2 
ak z k ⩽ Mq 2 +
S (ϑ,r),∞ 2 cos(ϑ) − r
k=q

d’où la convergence uniforme souhaitée, par la condition de Cauchy uniforme, car


lim Mq = 0. □
q→+∞
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 69

5. Fonctions périodiques et séries de Fourier


5.1. Séries exponentielles et séries trigonométriques.
Définition 5.1. Soit T > 0 un nombre réel. Une série trigonométrique de période
T est une série de fonctions définies sur R, de la forme :
+∞
X 2π
a0 + un (x) avec un (x) := an cos(ωnx) + bn sin(ωnx) et ω :=
n=1
T
pour des suites de nombres complexes a• := (an | n ∈ N), b• := (bn | n ∈ N \ {0}).
On appelle ω la pulsation, et a• , b• les coefficients trigonométriques de la série.
Remarque 5.2. (i) Avec la notation de la définition 5.1, noter que chaque terme
un (x) est une fonction T -périodique, c’est à dire, périodique de période T . Par suite,
P+∞
si la série a0 + n=1 un (x) converge sur R, sa somme sera de même T -périodique.
(ii) Toute série trigonométrique peut être réécrite sous forme d’une série expo-
nentielle ; pour cela noter les identités suivantes :
eix + e−ix eix − e−ix
cos(x) = sin(x) =
2 2i
qui se déduisent de la formule d’Euler pour eix (voir l’exemple 2.38(ii)). Il vient
alors aisément :
an cos(ωnx) + bn sin(ωnx) = cn eiωnx + c−n e−iωnx
avec :
an − ibn an + ibn
cn := c−n := ∀n ⩾ 1.
2 2
Si l’on pose aussi
c0 := a0
on trouve ainsi (avec un (x) comme dans la définition 5.1) :
+∞
X +∞
X
a0 + un (x) = c0 + (cn eiωnx + c−n e−iωnx ).
n=1 n=1
P+∞
On appelle (ck | k ∈ Z) les coefficients exponentiels de la série a0 + n=1 un (x).
(iii) Evidemment on peut récuperer les coefficients trigonométriques à partir des
coefficients exponentiels, en inversant les relations ci-dessus :
a0 := c0 an := cn + c−n bn := i(cn − c−n ) ∀n ⩾ 1.
P+∞
Proposition 5.3. Soit a0 + n=1 un (x) une série trigonométrique de période T ,
avec coefficients trigonométriques (an | n ∈ N), (bn | n ∈ N\{0}), et avec coefficients
exponentiels (ck | k ∈ Z). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :
P+∞ P+∞
(a) Les séries n=0 an et n=1 bn sont absolument convergentes.
P+∞ P+∞
(b) Les séries k=0 ck et k=0 c−k sont absolument convergentes.
En outre, ces conditions entraînent :
P+∞
(c) La série a0 + n=0 un (x) converge normalement sur R, et sa somme est
une fonction continue sur R, et T -périodique.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 70

Démonstration. L’équivalence des conditions (a) et (b) découle aussitôt de la pro-


position 2.29(ii). Ensuite, noter que :
∥an cos(ωnx) + bn sin(ωnx)∥R,∞ ⩽ ∥an ∥ + ∥bn ∥ ∀n ⩾ 1.
Compte tenu du théorème 3.16, cela entraîne immédiatement que (b)⇒(c), car
chaque terme un (x) est une fonction continue sur R. □

Corollaire 5.4. Soient p ∈ N \ {0}, et une série trigonométrique de période T :


+∞
X
s(x) := a0 + un (x)
n=1

avec coefficients trigonométriques (an | n ∈ N), (bn | n ∈ N\{0}), et avec coefficients


exponentiels (ck | k ∈ Z). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :
P+∞ P+∞
(a) Les séries n=0 np an et n=1 np bn sont absolument convergentes.
P+∞ P+∞
(b) Les séries k=0 k p ck et k=0 k p c−k sont absolument convergentes.
En outre, ces conditions entraînent :
(c) s(x) converge normalement à une fonction T -périodique de classe C p sur R.
Démonstration. L’équivalence de (a) et (b) découle encore de la proposition 2.29(ii).
Ensuite, noter que :
cos(ωnx)′ = −ωn sin(ωnx) sin(ωnx)′ = nω cos(ωnw) ∀x ∈ R
donc (nωbn | n ∈ N \ {0}) et (−nωan | n ∈ N \ {0}) sont les coefficients trigonomé-
triques de la série trigonométrique de période T :
+∞
X
f (x) := u′n (x).
n=1

D’après la proposition 5.3, si p = 1, les conditions (a) et (b) entraînent alors que
f (x) converge absolument sur R vers une fonction continue. En dernier lieu, noter
P+∞ P+∞
que si les séries n=1 nbn et n=1 nan convergent absolument, il en est de même
P+∞ P+∞
pour les séries n=1 an et n=1 bn , car ∥an ∥ ⩽ ∥nan ∥ et ∥bn ∥ ⩽ ∥nbn ∥ pour tout
n ⩾ 1. Encore avec la proposition 5.3, il s’ensuit que (a) et (b) entraînent aussi la
P+∞
convergence normale de la série a0 + n=1 un (x). Mais alors, cette dernière est de
classe C 1 , en vertu du corollaire 3.18, et sa dérivée est donnée par f (x).
Le cas où p > 1 s’ensuit aussitôt, par une simple récurrence sur p. □
P+∞ iωnx
Proposition 5.5. Soient ω ∈ R>0 , et n=0 cn e une série exponentielle de
période T = 2π/ω. On suppose que :
(a) cn ∈ R pour tout n ∈ N et lim cn = 0.
n→+∞
(b) La suite (cn | n ∈ N) est décroissante.
P+∞
Alors la série n=0 cn eiωnx converge sur la partie ouverte U := R \ {kT | k ∈ Z},
et sa somme est une fonction continue sur U .
Démonstration. Il s’agit d’une application du critère de Dirichlet pour séries nu-
mériques (proposition 2.22). En effet, soit x ∈ U , et posons
vn := eiωnx ∀n ∈ N.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 71

P+∞
La série n=0 vn est géométrique de raison eiωx ̸= 1 (car x ∈
/ {kT | k ∈ Z}), donc :
n+m m
X X 1 − vm+1
vk = v n vk = vn ∀n, m ∈ N.
1 − eiωx
k=n k=0

Noter que ∥vn ∥ = 1 et ∥1 − vm+1 ∥ ⩽ 1 + ∥vm+1 ∥ = 2 ; en outre :


1 − eiωx = eiωx/2 (e−iωx/2 − eiωx/2 ) = −2ieiωx/2 sin(ωx/2)
d’où :
n+m
X 2 1
vk ⩽ = ∀n, m ∈ N
∥1 − eiωx ∥ | sin(ωx/2)|
k=n
(et noter que sin(ωx/2) ̸= 0, car ωT = 2π et x ∈ / {kT | k ∈ Z}). Par le critère de
P+∞
Dirichlet, la série exponentielle n=0 cn eiωnx converge alors simplement sur U , et
on a les estimations suivantes pour ses restes :
n+m
X cn
(∗) cn eiωkx ⩽ ∀x ∈ U, ∀n, m ∈ N.
| sin(ωx/2)|
k=n

Avec ces estimations (et, comme d’habitude, avec la condition de Cauchy uniforme)
on peut ensuite étudier la convergence uniforme de notre série. Pour cela, noter que
[
U= ]kT, (k + 1)T [.
k∈Z

Pour tout δ ∈]0, T [, posons alors


[ [
U (δ) := [kT + δ, kT − δ] de sorte que U = U (δ).
k∈Z δ∈]0,T [

La fonction | sin(ωx/2)| de la variable x est continue sur U (δ), et ne s’annulle pas


sur U (δ) ; donc la fonction f (x) := 1/| sin(ωx/2)| est également continue sur U (δ),
en particulier elle est bornée sur chaque partie compacte [kT + δ, kT − δ]. Mais f (x)
est en outre T -périodique sur U (δ), donc finalement f (x) est bornée sur U (δ), pour
tout δ ∈]0, T [. Soit alors M (δ) ∈ R⩾0 tel que :
∥f (x)∥U (δ),∞ ⩽ M (δ).
Avec (∗), il vient :
n+m
X
cn eiωkx ⩽ cn M (δ) ∀n, m ∈ N.
U (δ),∞
k=n
P+∞
Puisque la suite (cn | n ∈ N) converge vers 0, on déduit que la série n=0 cn eiωnx
satisfait la condition de Cauchy uniforme sur toute telle partie U (δ), et donc elle
converge uniformement sur chaque partie U (δ) (corollaire 3.8).
Comme chaque terme cn eiωnx est une fonction continue de la variable x, il s’en-
suit que la somme de la série est continue sur chaque U (δ) (théorème 3.16(ii)), et
donc aussi sur la réunion U des parties U (δ). □
P+∞
Corollaire 5.6. (i) Soient ω ∈ R>0 et f (x) := c0 + n=1 (cn eiωnx + c−n e−iωnx )
une série exponentielle de période T := 2π/ω. Supposons que les suites (cn | n ∈ N)
et (c−n | n ∈ N) vérifient les conditions (a) et (b) de la proposition 5.5. Alors f (x)
converge sur U := R\{kT | k ∈ Z}, et sa somme est une fonction continue sur U .
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 72

P+∞
(ii) Soit g(x) := a0 + n=1 (an cos(ωnx)+bn sin(ωnx)) une série trigonométrique
de période T , et supposons que les suites (an | n ∈ N \ {0}) et (bn | n ∈ N \ {0})
vérifient les conditions (a) et (b) de la proposition 5.5. Alors g(x) converge sur U ,
et sa somme est une fonction continue sur U .
Démonstration. (i) : Il suffit de montrer les mêmes assertions pour les séries :
+∞
X +∞
X
cn eiωnx et c−n e−iωnx .
n=0 n=0

Pour la première, les assertions sont déjà connue, en vertu de la proposition 5.5.
Pour la deuxième, on fait le changement de variables y := −x (noter que U = −U :=
P+∞
{−x | x ∈ U }) ; alors la deuxième série devient n=0 dn eiωny , avec dn := c−n pour
tout n ∈ N, et évidemment la suite (dn | n ∈ N) satisfait les conditions (a) et (b) de
la proposition 5.5, d’où les assertions souhaitées.
(ii) : Il suffit de vérifier les assertions pour les séries :
+∞
X +∞
X
g1 (x) := an cos(ωnx) et g2 (x) := ibn sin(ωnx).
n=1 n=1

Sous forme exponentielle, la série g1 (x) devient :


+∞ 
X an an −iωnx 
eiωnx + e .
n=1
2 2

Puisque la suite (an | n ∈ N \ {0}) vérifie les conditions (a) et (b) de la proposition
5.5, il en est de même pour la suite (an /2 | n ∈ N\{0}), d’où les assertions souhaitées,
d’après (i). Ensuite, la série g2 (x) deveint, sous forme exponentielle :
+∞ 
X bn bn −iωnx 
eiωnx − e
n=1
2 2
P+∞ P+∞
et il suffit de montrer les assertions pour les séries n=1 b2n eiωnx et n=1 b2n e−iωnx .
Mais la suite (bn /2 | n ∈ N) satisfait encore les conditions (a) et (b) de la proposition
5.5, donc on conclut avec (i). □

5.2. Séries de Fourier. Les questions centrales de la théorie de Fourier, sont de


comment caractériser les fonctions qui s’expriment par la somme d’une série trigono-
métrique, et de comment récupérer les coefficients exponentiels ou trigonométriques
d’une série trigonométrique, à partir de la somme f (x) de la série, si l’on suppose
que la série converge sur un domaine D ⊂ R. Concernant la deuxième question,
le premier résultat important est fourni par la proposition 5.8 suivante ; pour la
preuve, observons d’abord :
Lemme 5.7. Soient T > 0 un réel, et ω := 2π/T . Alors, pour tout k ∈ Z on a :
(
1 T iωkx
Z
1 si k = 0
e dx =
T 0 0 sinon.
Démonstration. L’assertion est claire pour k = 0. Pour k ̸= 0, on a :
eiωkx
Z
eiωkx dx = .
ωk
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 73

Par suite :
Z T
1 iωkT 1 2πki
eikωx dx = (e − e0 ) = (e − 1) = 0 ∀k ∈ Z \ {0}
0 ωk ωk
d’où l’assertion. □
P+∞
Proposition 5.8. Soit f (x) = c0 + n=1 (cn eiωnx + c−n e−iωnx ) une série expo-
nentielle de période T := 2π/ω, uniformement convergente sur R. Alors on a :
Z T
1
ck = f (x)e−iωkx dx ∀k ∈ Z.
T 0

Démonstration. Noter d’abord que la convergence uniforme de la série entraîne la


continuité sur R de sa somme f (x) (théorème 3.16(iii)), et ainsi f est intégrable
sur tout intervalle de longueur finie. Noter en outre que ∥eiωkx ∥R,∞ = 1 pour tout
k ∈ Z, donc la série de fonctions :
+∞
X
c0 e−iωkx + (cn eiωnx + c−n e−iωnx )e−iωkx
n=1

est encore uniformement convergente sur R, et sa somme est f (x)e−iωkx , par la


proposition 3.13. En outre, d’après le théorème 3.17 on peut échanger la série avec
l’intégrale :
Z T Z T +∞ Z T
X
−iωkx −iωkx
f (x)e dx = c0 e dx + (cn eiω(n−k)x + c−n e−iω(n+k)x )dx.
0 0 n=1 0

Compte tenu du lemme 5.7, on obtient alors avec k = 0 :


1 T 1 T
Z Z
f (x)dx = c0 dx = c0
T 0 T 0
et pour k ∈ Z \ {0} il vient :
1 T 1 T
Z Z
f (x)e−iωkx dx = ck dx = ck
T 0 T 0
comme souhaité. □
P+∞
Corollaire 5.9. Soit f (x) = a0 + n=1 (an cos(ωnx) + bn sin(ωnx)) une série
trigonométrique de période T := 2π/ω, uniformement convergente sur R. Alors :
Z T
1
a0 = f (x)dx
T 0

Z T Z T
2 2
an = f (x) cos(ωnx)dx bn = f (x) sin(ωnx)dx ∀n ⩾ 1.
T 0 T 0

Démonstration. Soient (ck | k ∈ N) les coefficients exponentiels de la série f (x) ;


puisque a0 = c0 , la première identité est claire, par la proposition 5.8. Ensuite,
puisque :
eiωnx + e−iωnx
cos(ωnx) = ∀n ∈ N
2
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 74

(remarque 5.2(ii)), il vient :

1 T
Z
cn + c−n an
f (x)dx = = ∀n ∈ N
T 0 2 2
toujours d’après la proposition 5.8 et la remarque 5.2(iii), d’où l’identité pour an .
Un calcul analogue démontre l’identité pour bn . □

Remarque 5.10. (i) Si f : R → C est une fonction T -périodique, on a :


Z T Z T +a
f (x)dx = f (x)dx ∀a ∈ R.
0 a

En effet, par la relation de Chasles on on a :


Z T +a Z 0 Z T Z T +a
f (x)dx = f (x)dx + f (x)dx + f (x)dx
a a 0 T

et avec le changement de variable y = x − T il vient :


Z T +a Z a
f (x)dx = f (y)dy.
T 0

Il suffit alors d’observer que la relation de Chasles donne :


Z 0 Z a
f (x)dx + f (x)dx = 0.
a 0

Ainsi, afin de calculer les coefficients trigonométriques ou exponentiels d’une série


trigonométrique uniformement convergente sur R, on pourra effectuer des intégra-
tions sur n’importe quel intervalle de longueur T qui nous conviendra.
(ii) Noter en outre que si f : R → C est une fonction impaire, c’est-à-dire, si :

f (−x) = −f (x) ∀x ∈ R

alors on a :
Z T /2
4
an = 0 et bn = f (x) sin(ωnx)dx ∀n ∈ N.
T 0

En effet, d’après (i), on peut intégrer sur l’intervalle [−T /2, T /2], et par le change-
ment de variable y = −x, on trouve :

1  T /2
Z 0
1  T /2
Z  Z Z T /2 
a0 = f (x)dx + f (x)dx = f (x)dx + f (−y)dy
T 0 −T /2 T 0 0
Z T /2 Z T /2
1  
= f (x)dx − f (y)dy = 0
T 0 0

et comme la fonction f (x) cos(ωnx) est encore impaire pour tout n ⩾ 1, le même
calcul s’applique aussi aux autres coefficients an . D’autre part, on a :

f (−x) sin(−ωnx) = f (x) sin(ωnx) ∀x ∈ R


MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 75

d’où, par le même changement de variables :


2  T /2
Z Z 0 
bn = f (x) sin(ωnx)dx + f (x) sin(ωnx)dx
T 0 −T /2
Z T /2 Z T /2
2  
= f (x) sin(ωnx)dx + f (y) sin(ωny)dy
T 0 0
4 T /2
Z
= f (x) sin(ωnx)dx
T 0
(iii) De même, si f : R → C est une fonction paire, c’est-à-dire, si l’on a :
f (x) = f (−x) ∀x ∈ R
alors on a :
2 T /2 T /2
Z Z
4
a0 = f (x)dx an = f (x) cos(ωnx)dx bn = 0 ∀n ⩾ 1
T 0 T 0

car on peut appliquer les calculs de (ii) aux fonctions impaires f (x) sin(ωnx) et aux
fonctions paires f (x) et f (x) cos(ωnx).
5.2.1. Revenons maintenant à la première question évoquée au début de cette
section : soient T > 0, et f : R → C une fonction T -périodique ; peut-on écrire f (x)
P+∞
comme la somme d’une série trigonométrique a0 + n=1 un de période T ?
La discussion précédente nous suggère qu’il faudra, du moins provisoirement,
supposer que f (x) soit intégrable sur l’intervalle [0, T ], et nous fournit dans ce cas
des candidats évidents pour les coefficients (exponentiels ou trigonométriques) de
P+∞
la série cherchée a0 + n=1 un . Cela conduit à la définition suivante :
Définition 5.11. (i) Soient T > 0 un réel, et f : R → C une fonction T -périodique
et intégrable sur [0, T ]. Les coefficients de Fourier exponentiels (resp. trigonomé-
triques) de f sont les suites numériques (ck | k ∈ Z) (resp. (bn | n ∈ N \ {0}) et
(an | n ∈ N)) données par les formules de la proposition 5.8 (resp. du corollaire 5.9).
(ii) Dans la situation de (i), soit ω := 2π/T ; la série de Fourier de f est la série
+∞
X +∞
X
S(f, x) := a0 + (an cos(ωnx) + bn sin(ωnx)) = c0 + (cn eiωnx + c−n e−iωnx ).
n=1 n=1

(iii) Il est utile aussi d’introduire, pour tout p ∈ N, le p-ème polynôme trigono-
métrique de f , noté :
p
X
Sp (f, x) := ck eiωkx .
k=−p

Remarque 5.12. (i) Soient f, g : R → C deux fonctions T -périodiques et intégrables


sur [0, T ]. Alors :
S(λf + µg, x) = λS(f, x) + µS(g, x) ∀λ, µ ∈ R.
Plus précisément, si (ck | k ∈ Z) et (dk | k ∈ Z) sont les coefficients exponentiels
des séries de Fourier de f et g respectivement, alors les coefficients exponentiels de
λf + µg sont (λck + µdk | k ∈ Z), et de même pour les coefficients trigonométriques.
En effet, cela découle aussitôt de la linéarité de l’intégrale.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 76

(ii) Pour tout n ∈ Z, le lemme 5.7 nous dit que les coefficients exponentiels de
Fourier de fn (x) := eiωnx sont donnée par la suite (ck | k ∈ N) avec :
(
1 si k = n
ck =
0 sinon.
Autrement dit, la série de Fourier S(fn , x) ne contient qu’un terme non nul, et
S(fn , x) = fn (x) ∀n ∈ Z.
Avec (i), l’identité S(g,
Pp x) = g s’étend, plus généralement, à toute combinaison C-
linéaire finie g := n=q rn eiωnx des fonctions (fn | n ∈ Z). En particulier, cette
identité est vérifiée avec g(x) = cos(ωnx) et g(x) = sin(ωnx), pour tout n ∈ Z.
Pour une fonction f vérifiant seulement les conditions (assez faibles) de la défi-
nition 5.11, la convergence de la série de Fourier de f n’est pas, en général, assurée.
Toutefois, on a au moins le résultat important suivant :
Lemme 5.13. (de Riemann-Lebesgue) (i) Soient T > 0, et f : R → C une
fonction T -périodique et intégrable sur [0, T ]. Alors les suites des coefficients de
Fourier exponentiels et trigonométriques de f convergent vers 0.
(ii) Plus précisément, pour toute fonction intégrable f : [0, T ] → C on a :
Z T
lim f (x)eixt dx = 0.
t→±∞ 0

Démonstration. En vertu de la remarque 5.2(ii,iii), il est clair que la suite des


coefficients de Fourier exponentiels c• := (ck | k ∈ N) converge vers 0 si et seulement
s’il en est de même pour celle des coefficients de Fourier trigonométriques. En outre,
évidemment (ii) entraîne que c• converge vers 0. Donc, il suffit de montrer (ii).
• Pour cela, on suppose d’abord que f soit une fonction en escalier d’un type
très simple :

Donc, f est constante de valeur M sur un intervalle I ⊂ [0, T ] (noter que I


peut ne pas contenir l’une ou l’autre de ses extremités), et f (x) = 0 pour tout
x ∈ [0, T ] \ I. Puisque :
Z
1
eixt dx = eixt ∀t ̸= 0
it
il vient :
Z T Z b
ixt M ibt 2M
f (x)e dx = M eixt dx = (e − eiat ) ⩽
0 a it it
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 77

d’où l’assertion, dans ce cas.


• Le deuxième cas est celui d’une fonction en escalier générale :

Mais une telle fonction f (x) est une somme finie de fonctions du type précédent,
donc l’assertion se déduit pour toute telle f (x), par la linéarité de l’intégrale.
• En dernier lieu, si f (x) est une fonction intégrable sur [0, T ], pour tout ε > 0
il existe une fonction en escalier g(x) telle que :
Z T
∥f (x) − g(x)∥dx < ε.
0

Par le cas précédent, il existe R ⩾ 0 tel que :


Z T
g(x)eixt dx < ε ∀|t| ⩾ R.
0

Par suite, pour |t| ⩾ R il vient :


Z T Z T Z T
ixt
f (x)dx ⩽ (f (x) − g(x))e dx + g(x)eixt dx
0 0 0
Z T
⩽ ∥f (x) − g(x)∥dx + ε ⩽ 2ε
0

d’où l’assertion (ii). □

Exemple 5.14. Soit f : R → R la fonction 2π-périodique telle que :


(
−1 si x ∈ [−π, 0[
f (x) =
1 si x ∈ [0, π[.
On souhaite calculer les coefficients de Fourier de f . Pour cela, noter d’abord que
f est presque impaire : en effet, considérons aussi la fonction 2π-périodique paire
g : R → R telle que :
(
0 si x ∈ πZ
g(x) =
f (x) sinon.
Alors f (x) = g(x) pour tout x ∈ [0, 2π]\{0, π, 2π}, et deux fonctions qui ne diffèrent
que pour un nombre fini de valeurs ont les mêmes intégrales, donc les coefficients
de Fourier de f (x) sont données par les formules de la remarque 5.10(ii).
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 78

Donc, an = 0 pour tout n ∈ N, et puisque ω = 1, on a, pour tout n ⩾ 1 :


Z π
2 π
Z
4 2
bn = f (x) sin(nx)dx = sin(nx) = − ((−1)n − 1).
2π 0 π 0 πn
Autrement dit : (
4
πn si n est impaire
bn =
0 si n est paire.
La série de Fourier de f est alors :
+∞
X 4
S(f, x) = sin((2k + 1)x).
π(2k + 1)
k=0

La partie (i) du lemme 5.13 peut être affiné considérablement ; en effet, on a :


Proposition 5.15. (Inégalité de Bessel) Soit f : R → C une fonction T -périodique
et intégrable sur [0, T ]. Soient aussi (ck | k ∈ Z) les coefficients exponentiels, et
(an | n ∈ N), (bn | n ∈ N \ {0}) les coefficients trigonométriques de la série de
Fourier de f . Alors on a :
+∞ +∞
1 T
Z
1X X
(∗) ∥a0 ∥2 + (∥an ∥2 + ∥bn ∥2 ) = ∥ck ∥2 ⩽ ∥f (x)∥2 dx.
2 n=1 T 0
k=−∞

Démonstration. Avec la remarque 5.2(ii), on vérifie aisément que :


∥an ∥2 + ∥bn ∥2
∥a0 ∥ = ∥c0 ∥ et ∥cn ∥2 + ∥c−n ∥2 = ∀n ⩾ 1
2
d’où l’égalité dans (∗), et donc il suffira de vérifier l’inégalité de (∗).
Pour cela, soit Sn (f, x) le n-ème polynôme trigonométrique de f , pour tout n ∈ N
(voir la définition 5.11(iii)). Evidemment :
Z T
(∗) M := ∥f (x) − Sn (f, x)∥2 dx ⩾ 0.
0

Rappelons que pour tout z, w ∈ C on a :


∥z − w∥2 = (z − w)(z − w) = ∥z∥2 + ∥w∥2 − (zw + zw) = ∥z∥2 + ∥w∥2 − 2R(zw).
Par suite :
Z T Z T Z T
(∗∗) M = ∥f (x)∥2 dx + ∥Sn (f, x)∥2 dx − 2 R(f (x)Sn (f, x))dx.
0 0 0

Or, avec comme d’habitude, ω := 2π/T , on a :


Z T n
Z T X  Xn 
∥Sn (f, x)∥2 dx = ck eiωkx · cl e−iωlx dx (car eiωlx = e−iωlx )
0 0 k=−n l=−n
n
X Xn Z T
= ck cl eiω(k−l)x dx.
k=−n l=−n 0

Mais d’après le lemme 5.7, les seules termes qui donnent une contribution non
nulle dans la somme double ci-dessus, sont ceux pour lequels on a k − l = 0, i.e.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 79

k = l. Ainsi, finalement :
Z T n Z T
X n
X
(∗ ∗ ∗) ∥Sn (f, x)∥2 dx = ∥ck ∥2 dx = T ∥ck ∥2 .
0 k=−n 0 k=−n

Ensuite :
Z T hZ T i hZ T n
X i
R(f (x)Sn (f, x))dx = R f (x)Sn (f, x)dx = R f (x) · ck e−iωkx dx
0 0 0 k=−n
n
hX Z T i
=R ck f (x) · e−iωkx dx
k=−n 0

Xn  n
X
=R ck ck T =T ∥ck ∥2 .
k=−n k=−n

Avec (∗), (∗∗) et (∗ ∗ ∗), on conclut que :


Z T n
X
M= ∥f (x)∥2 dx − T ∥ck ∥2 ⩾ 0 ∀n ∈ N
0 k=−n

et l’inégalité souhaitée s’ensuit, en prenant la limite pour n → +∞. □


5.3. Convergence des séries de Fourier. Malgré les résultats prometteurs de la
section précédente, l’intégrabilité sur [0, T ] de la fonction T -périodique f ne suffit
pas pour déduire la convergence de la série de Fourier S(f, x) de f sur R, et en fait,
même la continuité de f ne suffit pas tout à fait non plus. Pour l’étape suivante,
posons comme toujours ω := 2π/T , et introduisons le noyau de Dirichlet :
p
X
Dp (x) := eiωkx ∀p ∈ N, ∀x ∈ R.
k=−p

On a déjà rencontré des telles sommes finies, et on a vu qu’on peut les évaluer
en remarquant qu’il s’agit des premiers terms d’une série géométrique (voir e.g. la
preuve de la proposition 5.5). En effet, pour tout x ∈ R \ {kT | k ∈ Z} on a :
2p
X 1 − eiω(2p+1)x
Dp (x) = e−iωpx eiωkx = eiωpx
1 − eiωx
k=0
1 − eiω(2p+1)x e−iω(p+1/2)x − eiω(p+1/2)x
= e−iω(p+1/2)x =
e−iωx/2 −e iωx/2 e−iωx/2 − eiωx/2
d’où :
sin((2p + 1)ωx/2)
Dp (x) = ∀x ∈ R \ {kT | k ∈ Z}, ∀p ∈ N.
sin(ωx/2)
Avec cette notation, on a :
Lemme 5.16. Soient f : R → C une fonction T -périodique et intégrable sur [0, T ],
et p ∈ N ; alors on a :
1 T /2
Z
Sp (f, x) = (f (x + t) + f (x − t))Dp (t)dt ∀x ∈ R
T 0
où Sp (f, x) désigne le p-ème polynôme trigonométrique de f (définition 5.11(iii)).
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 80

Démonstration. Notons par (ck | k ∈ Z) les coefficients exponentiels de la série de


Fourier de f ; soit en outre ω := 2π/T ; on calcule :
p Z p Z
1 X T 1 X T
Sp (f, x) = f (u)eiωkx e−iωku du = f (u)eiωk(x−u) du
T 0 T 0
k=−p k=−p

1 T
Z
= f (u)Dp (x − u)du
T 0
Z T −x
1
= f (t + x)Dp (t)dt
T −x
(avec le changement de variable t = u−x, et comme Dp (−t) = Dp (t)). Mais puisque
f et Dp sont T -périodiques, avec la remarque 5.10(i) il vient alors :
p
1 T /2
X Z
ck eiωkx = f (t + x)Dp (t)dt
T −T /2
k=−p

1 h T /2
Z Z 0 i
= f (t + x)Dp (t)dt + f (u + x)Dp (u)du
T 0 −T /2
Z T /2 Z T /2
1 h i
= f (u + x)Dp (u)du + f (x − t)Dp (t)dt
T 0 0

(avec le changement de variable t = −u, et comme Dp (−t) = Dp (t)), d’où le


lemme. □

Définition 5.17. Soient f : R → C une fonction, et x0 ∈ R. On dit que f satisfait


les conditions ponctuelles de Dirichlet en x0 , si les limites suivantes existent dans
C:
f (x+
0 ) := lim+ f (t) et f (x−
0 ) := lim− f (t)
t→x0 t→x0

f (y) −f (x+
0) f (y) − f (x−
0)
f ′ (x+
0 ) := lim+ et f ′ (x−
0 ) := lim− .
y→x y − x0 y→x0 y − x0

Théorème 5.18. (de Dirichlet) Soient f : R → C une fonction T -périodique et


intégrable sur [0, T ], et x0 ∈ R. Si f satisfait les conditions ponctuelles de Dirichlet
en x0 , alors la série de Fourier S(f, x) de f converge pour x = x0 , et on a :

f (x+
0 ) + f (x0 )
S(f, x0 ) = .
2
Démonstration. Noter d’abord que le noyau de Dirichlet Dp (t) est une fonction
paire ; d’après les remarques 5.10(iii) et 5.12(ii) on a alors :

2 T /2
Z
Dp (t)dt = 1 ∀p ∈ N
T 0
d’où :
− T /2
f (x+
Z
0 ) + f (x0 ) 1 −
= (f (x+
0 ) + f (x0 )) · Dp (t)dt ∀p ∈ N.
2 T 0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 81

Soit en outre Sp (f, x) le p-ème polynôme trigonométrique de f ; compte tenu du


lemme 5.16, il vient :

f (x+ 1 T /2
Z
0 ) + f (x0 ) −
Sp (f, x0 )− = [(f (x0 +t)−f (x+
0 ))+(f (x0 −t)−f (x0 ))]Dp (t)dt
2 T 0
pour tout p ∈ Z. Posons alors :
f (x0 + t) − f (x+
0) f (x0 − t) − f (x−
0)
Φ+ (x0 , t) := Φ− (x0 , t) := ∀t ∈]0, T /2]
sin(ωt/2) sin(ωt/2)
ainsi que :
2 ′ + 2
Φ+ (x0 , 0) := f (x0 ) Φ− (x0 , 0) := f ′ (x−0)
ω ω
de sorte que l’on a, pour tout p ∈ N et tout x ∈ R :

f (x+ 1 T /2 +
Z
0 ) + f (x0 )
 2p + 1 
Sp (f, x0 ) − = (Φ (x0 , t) + Φ− (x0 , t)) sin ωt dt.
2 T 0 2
Mais noter que sin( 2p+1 1
2 ωt) = 2i (e
i(2p+1)ωt/2
− e−i(2p+1)ωt/2 ) ; alors, si l’on montre
+ −
que Φ (x0 , t) et Φ (x0 , t) sont intégrables sur [0, T /2] (par rapport à la variable t),
le lemme de Riemann-Lebesgue nous dira que la limite pour p → +∞ de l’intégrale
ci-dessus est égale à 0, et cela achèvera la preuve du théorème. On détaille la preuve
pour Φ+ (x0 , t) : le même raisonnement s’applique à Φ− (x0 , t). Observons d’abord :
Affirmation 5.19. Soit g : [a, b] → C une fonction telle que :
(a) g est continue en a
(b) g est intégrable sur [c, b], pour tout c ∈]a, b[.
Alors g est intégrable sur [a, b].
Preuve : Rappelons qu’une fonction h : I → C est intégrable sur un intervalle I ⊂ R
si et seulement s’il en est de même pour les fonctions R(h), I(h) : I → C (les parties
réelles et imaginaires de h). De même, h est continue en x ∈ I si et seulement s’il
en est de même pour R(h) et I(h). Donc, quitte à remplacer g par R(g) et I(g),
on peut supposer que g soit à valeurs réelles.
D’après (a), pour tout ε > 0 il existe alors c ∈]a, b[ tel que :
|g(x) − g(a)| < ε ∀x ∈ [a, c[.
D’autre part, puisque g est intégrable sur [c, b], il existe des fonctions en escalier
h1 , h2 : [c, b] → R telles que :
Z b
h1 (x) ⩽ g(x) ⩽ h2 (x) ∀x ∈ [c, b] et (h2 (x) − h1 (x))dx < ε.
c
Soient alors l1 , l2 : [a, b] → R les fonctions en escalier telles que :
( (
g(a) − ε ∀x ∈ [a, c[ g(a) + ε ∀x ∈ [a, c[
l1 (x) := l2 (x) :=
h1 (x) ∀x ∈]c, b] h2 (x) ∀x ∈ [c, b].
Il vient :
Z b
l1 (x) ⩽ g(x) ⩽ l2 (x) ∀x ∈ [a, b] et (l2 (x) − l1 (x))dx < ε + 2ε(c − a).
a
Puisque ε est arbitraire, l’assertion s’ensuit. ♢
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 82

Par construction, Φ+ (x0 , t) est intégrable sur ]ε, T /2], pour tout ε ∈]0, T /2[, car
f est intégrable sur [0, T ]. D’après l’observation 5.19, il ne reste alors qu’à montrer :
lim Φ+ (x0 , t) = Φ+ (x0 , 0).
t→0+
Mais on a :
(f (x0 + t) − f (x+
0 )) t
lim+ Φ+ (x0 , t) = lim+ ·
t→0 t→0 t sin(ωt/2)
t
= f ′ (x+
0 ) · lim+
t→0 sin(ωt/2)
2
= f ′ (x0 ) ·
+
ω
comme souhaité. □
On peut en outre déduire la convergence normale de la série de Fourier, sous les
hypothèses de la définition suivante :
Définition 5.20. Soit f : R → C une fonction. On dit que f est de classe C 1 par
morceaux sur R, s’il on a :
(a) f satisfait les conditions ponctuelles de Dirichlet en tout x ∈ R.
(b) Pour tout a, b ∈ R avec a < b il existe une suite finie :
c0 := a < c1 < · · · < ck−1 < ck := b
telle que f soit de classe C 1 sur ]ci , ci+1 [ pour tout i = 0, . . . , k − 1.
Remarque 5.21. (i) Si f est une fonction de classe C 1 par morceaux sur R, alors
la dérivée f ′ de f est définie sur R \ Σ pour une certaine partie discrète Σ ⊂ R,
i.e. une partie Σ qui rencontre tout intervalle [a, b] de longueur finie en un nombre
fini de points. On a deux prolongement naturels g + , g − : R → C de f , car on peut
poser :
g + (x) := f ′ (x+ ) et g − (x) := f ′ (x− ) ∀x ∈ R.
On appelle g + et g − les dérivées à droite et à gauche de f , respectivement.
(ii) Il est tentant de penser que g + et g − soient continues par morceaux sur R,
mais cela est faux en général : par exemple, soit la fonction f : R → C telle que :
(
x2 sin(1/x) si x ̸= 0
f (x) =
0 si x = 0.
On vérifie aisément que f est dérivable sur R et de classe C 1 sur R \ {0} ; en effet :
(
′ 2x sin(1/x) − cos(1/x) si x ̸= 0
f (x) = .
0 si x = 0
Donc, f est de classe C 1 par morceaux sur R, et g + = g − = f ′ ; toutefois, f ′ n’est
pas continue par morceaux sur R, car les limites de f ′ (x) pour x → 0+ et pour
x → 0− n’existent pas.
(iii) De plus, g + et g − ne sont même pas forcément intégrables sur [a, b]. Par
exemple, soit f : R → C telle que :
(
x2 sin(1/x2 ) si x ̸= 0
f (x) =
0 si x = 0.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 83

Alors f est dérivable sur R et de classe C 1 sur R \ {0}, et on a :


(
′ 2x sin(1/x) − x2 cos(1/x) si x ̸= 0
f (x) =
0 si x = 0
et cette fonction n’est pas intégrable sur R. Toutefois, on a :
Lemme 5.22. Soit f : R → C une fonction continue et de classe C 1 par morceaux
sur R. Supposons en outre que les dérivées g + à droite et g − à gauche de f soient
intégrables sur tout intervalle [a, b] ⊂ R de longueur finie. Alors on a :
Z b Z b
(∗) f (b) − f (a) = g + (t)dt = g − (t)dt ∀a, b ∈ R.
a a

Démonstration. On peut supposer que a < b, et par hypothèse il existe


c0 := a < c1 < · · · < cn := b
telle que f soit de classe C sur ]ci , ci+1 [ pour tout i = 0, . . . , n − 1. Puisque g + et
1

g − coïncident sur [a, b] \ {c0 , c1 , . . . , cn }, il est clair qu’elles ont les mêmes intégrales
sur [a, b]. Il suffit donc de vérifier la première identité de (∗).
Supposons d’abord que x, y ∈]ci , ci+1 [ pour quelque i ∈ {0, . . . , n − 1} ; pour tout
N ∈ N \ {0}, et pour toute suite finie ξ• := (ξ0 < · · · < ξN −1 ) avec :
ci+1 − ci ci+1 − ci
dj := ci + j < ξj < dj+1 := ci + (j + 1) ∀j = 0, . . . , N − 1
N N
posons :
k−1
X ci+1 − ci
R(f ′ , ξ• ) := f ′ (ξj ) .
j=0
N
D’après le théorème des accroissements finis, pour tout N ∈ N \ 0 il existe une suite
ξ• de longueur N comme ci-dessus, telle que :
k−1
X
f (y) − f (x) = (f (dj+1 ) − f (dj )) = R(f ′ , ξ• ).
j=0

D’autre part, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N \ {0} tel que pour toute suite ξ•
comme ci-dessus de longueur N on a :
Z y Z y
R(f ′ , ξ• ) − g + (t)dt = R(f ′ , ξ• ) − f ′ (t)dt < ε
x x
d’où (∗), dans ce cas. Puisque l’intégrale indéfinie d’une fonction intégrable est une
fonction continue, et puisque f est continue sur [a, b], on déduit aussitôt que les
identités de (∗) sont vérifiées aussi si x = ci ou si y = ci+1 .
En dernier lieu, soient x, y ∈ [a, b] et disons que :
cp−1 ⩽ x ⩽ cp < · · · < cq ⩽ y ⩽ cq+1 .
Alors :
Z y Z cp Z cp+1 Z y
g + (t)dt = g + (t)dt + g + (t)dt + · · · + g + (t)dt
x x cp cq
= (f (cp ) − f (x)) + (f (cp+1 ) − f (cp )) + · · · + (f (y) − f (cq ))
= f (y) − f (x)
comme souhaité. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 84

Corollaire 5.23. Soit f : R → C une fonction T -périodique, continue et de classe


C 1 par morceaux sur R. Alors la série de Fourier S(f, x) converge normalement
vers f sur R.
Démonstration. Soit g + : R → C la dérivée à droite de f (voir la remarque 5.21(i)).
D’après le lemme 5.22, f est alors une primitive de g + , et on peut calculer les
coefficients exponentiels de la série de Fourier g + avec une intégration par parties :
1 T + iωk T
Z Z
−iωkt 1
dk = g (t)e dt = (F (T )−F (0))+ f (t)e−iωkt dt ∀k ∈ Z
T 0 T T 0
où :
F (x) := f (x)e−iωkx ∀k ∈ Z, ∀x ∈ R.
Mais on a F (T ) = F (0), car f est T -périodique, donc finalement :
dk = iωkck ∀k ∈ Z
où (ck | k ∈ Z) désigne les coefficients exponentiels de la série de Fourier de f .
Par l’inégalité de Bessel (proposition 5.15), on a alors :
+∞
X +∞
X
∥dk ∥2 = ω 2 · ∥kck ∥2 < +∞.
k=−∞ k=−∞

Appliquons l’exercice 2.30 avec :


an := ∥ncn ∥ et bn := 1/n ∀n ∈ N \ {0}.
P+∞ 2 P+∞ 2
Puisque les séries numériques n=1 an et n=1 bn convergent, on obtient alors :
+∞
X +∞
X
an bn = ∥cn ∥ < +∞
n=1 n=1

et de même on vérifie que :


+∞
X
∥c−n ∥ < +∞.
n=1
D’après la proposition 5.3, ces deux conditions entraînent la convergence normale
de S(f, x). □

5.4. L’identité de Parseval. Dans cette section on souhaite montrer que l’in-
égalité de Bessel (proposition 5.15) est en fait une égalité pour toute fonction T -
périodique et intégrable sur [0, T ].
Pour cela, il sera utile d’introduire un produit scalaire hermitien sur le C-espace
vectoriel L (I, C) des fonctions f : I → C intégrables sur un intervalle I := [a, b]
de longueur finie, analogue au produit hermitien sur Cn (voir le §1.4.1) : à savoir,
pour tout couple f, g : I → C de fonctions intégrables sur I on pose :
Z b
⟨f, g⟩I,2 := f (x)g(x)dx.
a

Il est évident qu’il s’agit d’une application R-bilinéaire sur l’espace L (I, C), et elle
est en outre sequilinéaire, car on a :
⟨g, f ⟩ = ⟨f, g⟩ ∀f, g ∈ L (I, C).
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 85

Comme déjà dans la discussion du produit hermitien de Cn , on pose ensuite :


s
q Z b
∥f ∥I,2 := ⟨f, f ⟩I,2 = ∥f (x)∥2 dx.
a

Proposition 5.24. (Inégalité de Cauchy-Schwarz) On a :


∥⟨f, g⟩I,2 ∥ ⩽ ∥f ∥I,2 · ∥g∥I,2 ∀f, g ∈ L (I, C).

Démonstration. Puisque f et g sont intégrables sur I = [a, b], pour tout ε > 0 il
existe N ∈ N \ {0} et pour tout i = 0, . . . , N − 1 des réels :
b−a
ti , ui ∈ [a + iδ, a + (i + 1)δ] avec δ :=
N
tels que :
Z b Z b
∥f (x) − fε (x)∥dx < ε et ∥g(x) − gε (x)∥dx ⩽ ε
a a
où l’on désigne par fε et gε les fonctions en escalier I → C telles que :
)
fε (x) = f (ti )
∀x ∈ [a + iδ, a + (i + 1)δ[, ∀i = 0, . . . , N − 1
gε (x) = g(ui )
et avec fε (b) := tN −1 , gε (b) := uN −1 . Noter que :
Z b N −1
b−a X
∥fε (x)∥2 dx = ∥f (ti )∥2 .
a N i=0
L’inégalité triangulaire pour les nombres complexes donne :
∥⟨f, g⟩I,2 ∥ ⩽ ∥⟨f − fε , g⟩I,2 ∥ + ∥⟨fε , g − gε ⟩I,2 ∥ + ∥⟨fε , gε ⟩I,2 ∥.
Mais noter que f et g sont bornées sur I, car elles sont intégrables sur I ; soit alors
M > 0 tel que :
∥f ∥I,∞ , ∥g∥I,∞ ⩽ M d’où aussi : ∥fε ∥I,∞ , ∥gε ∥I,∞ ⩽ M.
Il vient :
Z b
∥⟨f − fε , g⟩I,2 ∥ = (f (x) − fε (x)) · g(x)dx
a
Z b
⩽ ∥f (x) − fε (x)∥ · ∥g(x)∥dx
a
Z b
⩽ M· ∥f (x) − fε (x)∥dx ⩽ M ε
a
et de même :
∥⟨fε , g − gε ⟩I,2 ∥ ⩽ M ε
de sorte que :
(∗) ∥⟨f, g⟩I,2 ∥ ⩽ 2M ε + ∥⟨fε , gε ⟩I,2 ∥
et noter que :
N −1
b−a X
⟨fε , gε ⟩I,2 = f (ti )g(ui ).
N i=0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 86

Soient alors les vecteurs de CN :


   
f (t0 ) g(u0 )

−v :=  .. →

w :=  ..
.
   
.  .
f (tN −1 ) g(uN −1 )
Avec le produit scalaire hermitien sur CN du §1.4.1, il vient :
b−a →
⟨fε , gε ⟩I,2 = ⟨−v ,→−
w ⟩CN
N
et compte tenu de l’inégalité de Cauchy-Schwarz (lemme 1.17(i)), on déduit :
b−a →
∥⟨fε , gε ⟩I,2 ∥ ⩽ ∥−
v ∥CN · ∥→ −w ∥CN .
N
Mais d’autre part, une simple inspection des définitions donne :
b−a → b−a →
∥−v ∥2CN = ∥fε ∥2I,2 et ∥−w ∥2CN = ∥gε ∥2I,2
N N
donc :
∥⟨fε , gε ⟩I,2 ∥ ⩽ ∥fε ∥I,2 · ∥gε ∥I,2
et au vu de (∗), il vient alors :
∥⟨f, g⟩I,2 ∥ ⩽ 2M ε + ∥fε ∥I,2 · ∥gε ∥I,2 .
Mais :
Z b Z b
∥f (x)∥2 − ∥fε (x)∥2 dx =
  
∥f (x)∥ − ∥fε (x)∥ ∥f (x)∥ + ∥fε (x)∥ dx
a a
Z b 
⩽ 2M · ∥f (x)∥ − ∥fε (x)∥ dx
a
Z b
⩽ 2M · ∥f (x) − fε (x)∥dx ⩽ 2M ε
a
d’où, finalement :
∥⟨f, g⟩I,2 ∥ ⩽ 2M ε + (∥f ∥I,2 + 2M ε) · (∥g∥I,2 + 2M ε)
et en faisant ε → 0, on obtient l’inégalité souhaitée. □
Corollaire 5.25. Pour tous f, g ∈ L (I, C) on a :
(i) ∥f + g∥2I,2 = ∥f ∥2I,2 + ∥g∥2I,2 + 2R(⟨f, g⟩).
(ii) ∥f + g∥I,2 ⩽ ∥f ∥I,2 + ∥g∥I,2 .
(iii) ∥f − g∥I,2 ⩾ |∥f ∥I,2 − ∥g∥I,2 |.
Démonstration. Pour (i) on calcule :
∥f + g∥2I,2 = ⟨f + g, f + g⟩I,2 = ⟨f, f ⟩I,2 + ⟨g, g⟩I,2 + ⟨f, g⟩I,2 + ⟨g, f ⟩I,2
= ∥f ∥2I,2 + ∥g∥2I,2 + ⟨f, g⟩I,2 + ⟨f, g⟩I,2
= ∥f ∥2I,2 + ∥g∥2I,2 + 2R(⟨f, g⟩I,2 )
comme souhaité. Au vu de (i) et de la proposition 5.24, on déduit :
∥f + g∥2I,2 ⩽ ∥f ∥2I,2 + ∥g∥2I,2 + 2∥⟨f, g⟩I,2 ∥
⩽ ∥f ∥2I,2 + ∥g∥2I,2 + 2∥f ∥I,2 ∥g∥I,2
⩽ (∥f ∥I,2 + ∥g∥I,2 )2
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 87

d’où (ii). Ensuite, avec (ii) il vient :


∥f ∥I,2 ⩽ ∥f − g∥I,2 + ∥g∥I,2 et ∥g∥I,2 ⩽ ∥f − g∥I,2 + ∥f ∥I,2
d’où :
∥f ∥I,2 − ∥g∥I,2 ⩽ ∥f − g∥I,2 et ∥g∥I,2 − ∥f ∥I,2 ⩽ ∥f − g∥I,2
et cela équivaut à (iii). □

Corollaire 5.26. Soit I := [a, b] ⊂ R un intervalle de longueur finie. Alors :



Z b
∥f (x)∥dx ⩽ b − a · ∥f ∥I,2 ∀f ∈ L (I, C).
a

Démonstration. Soient g, h : [a, b] → C tels que g(x) := 1 et h(x) := ∥f (x)∥ pour


tout x ∈ [0, 1]. Alors g, h ∈ L (I, C) et on a :

Z b
∥g∥I,2 = b − a ∥h∥I,2 = ∥f ∥I,2 ⟨h, g⟩I,2 = ∥f (x)∥dx
a

donc il suffit d’invoquer la proposition 5.24 pour conclure. □

5.4.1. On fixe maintenant un réel T > 0, et on pose comme d’habitude ω := 2π/T ;


soient en outre I := [0, T ], et :
ek (x) := eiωkx ∀k ∈ Z, ∀x ∈ I.
Noter que ek · el = ek−l pour tout k, l ∈ Z. On peut alors reformuler le lemme 5.7
par les identités :
( (
T si k = l D e
k el E 1 si k = l
⟨ek , el ⟩I,2 = d’où √ ,√ = ∀k, l ∈ Z
0 sinon. T T I,2 0 sinon.

qui expriment l’orthonormalité de la famille √ekT | k ∈ Z par rapport au produit




hermitien ⟨·, ·⟩I,2 . En outre, si f : R → C est une fonction T -périodique et intégrable


sur I, noter que les coefficients exponentiels (ck | k ∈ Z) de la série de Fourier de f
sont donnés par :
1
ck = ⟨f|I , ck ⟩I,2 ∀k ∈ Z.
T
Lemme 5.27. Soit f : R → C une fonction T -périodique et intégrable sur I. Soient
n ∈ N et a−n , a1−n , . . . , an−1 , an ∈ C ; posons
n
X
g(x) := ak ek (x) ∀x ∈ I
k=−n
Pn
et notons aussi par Sn (f ) := k=−n ck ek le n-ième polynôme trigonométrique de
f . Alors on a :
(i) ∥f − Sn (f )∥I,2 ⩽ ∥f − g∥I,2 .
(ii) ∥f ∥2I,2 = ∥f − Sn (f )∥2I,2 + ∥Sn (f )∥2I,2 .
Pn
(iii) ∥Sn (f )∥22 = T · k=−n ∥ck ∥2 .
(L’inégalité de (i) revient à dire que Sn (f ) est la meilleure approximation possible
de f , parmi les polynômes trigonométriques g de degré ⩽ n).
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 88

Démonstration. Montrons d’abord :


(∗) ⟨f − Sn (f ), g⟩I,2 = 0.
En vertu de la sesquilinéarité du produit hermitien on se ramène aisément au cas
où g = ek , pour quelque k ∈ {−n, 1 − n, . . . , n − 1, n}. Mais pour tout tel k on a :
⟨f − Sn (f ), ek ⟩I,2 = ⟨f, ek ⟩I,2 − ⟨Sn (f ), ek ⟩I,2 = T ck − T ck = 0.
Puisque (∗) est vérifiée pour toute combinaison C-linéaire g de e−n , . . . , en , elle est
vérifiée aussi avec g remplacé par Sn (f ) − g, i.e. :
⟨f − Sn (f ), Sn (f ) − g⟩I,2 = 0
d’où, compte tenu du corollaire 5.25(i) :
∥f − g∥2I,2 = ∥(f − Sn (f )) + (Sn (f ) − g)∥22 = ∥f − Sn (f )∥2I,2 + ∥Sn − g∥2I,2
d’où (i), et si l’on fait g = 0, on obtient aussi (ii). L’assertion (iii) n’est rien d’autre
que l’identité (∗ ∗ ∗) dans la preuve de la proposition 5.15. □

Avec ces préliminaires, on est prêt pour démontrer :


Théorème 5.28. (Identité de Parseval) Soient T > 0 un réel, I := [0, T ], et
f : R → C une fonction T -périodique et intégrable sur I ; notons par (ck | k ∈ Z)
les coefficients de Fourier exponentiels de f . On a :
+∞
1 X
∥f ∥2I,2 = ∥ck ∥2 .
T
k=−∞

Démonstration. Supposons d’abord que la série de Fourier S(f, x) de f converge


normalement sur R vers f , et pour tout n ∈ N soit Sn (f, x) le n-ième polynôme de
Fourier de f . Alors la suite de fonction (Sn (f, x) | n ∈ N) converge normalement vers
f , et (Sn (f, x) | n ∈ N) converge normalement vers f . En vertu de la proposition
3.13(iii), (Sn (f, x) · Sn (f, x) | n ∈ N) converge alors normalement vers f · f . D’après
le théorème 3.17(ii), on a donc :
Z T Z T
2 2
lim ∥Sn (f, x)∥I,2 = lim ∥Sn (f, x)∥ dx = ∥f (x)∥2 dx = ∥f ∥2I,2
n→+∞ n→+∞ 0 0
Pn
et d’autre part, ∥Sn (f, x)∥2I,2 2
= T k=−n ∥ck ∥ pour tout n ∈ N (lemme 5.27(iii)),
d’où l’identité souhaitée, dans ce cas.
• En particulier, en vertu du corollaire 5.23, le théorème est vrai pour toute
fonction T -périodique continue et de classe C 1 par morceaux sur R.
• Supposons ensuite qu’il existe une suite de fonctions (fk | k ∈ N) T -périodiques
continues et de classe C 1 par morceaux sur R, telle que :
lim ∥f − fk ∥I,2 = 0
k→+∞

et soit Sn (fk ) le n-ième polynôme trigonométrique de fk , pour tout k, n ∈ N. Fixons


ε > 0, et soient k0 , n0 ∈ N tels que :
∥f − fk ∥I,2 < ε ∀k ⩾ k0 et ∥fk0 − Sn (fk0 )∥I,2 < ε ∀n ⩾ n0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 89

(l’existence de n0 découle de la convergence normale de (Sn (fk0 ) | n ∈ N) vers fk0 :


corollaire 5.23). Il vient :
∥Sn (f )∥I,2 − ∥f ∥I,2 ⩽ ∥Sn (f ) − f ∥I,2
⩽ ∥Sn (fk0 ) − f ∥I,2 (par le lemme 5.27(i))
⩽ ∥Sn (fk0 ) − fk0 ∥I,2 + ∥fk0 − f ∥I,2
⩽ 2ε

donc : lim ∥Sn (f )∥I,2 = ∥f ∥I,2 , d’où : lim ∥Sn (f )∥2I,2 = ∥f ∥2I,2 et cela entraîne
n→+∞ n→+∞
l’identité du théorème, encore par le lemme 5.27(iii).
• Ainsi, on est ramené à exhiber, pour toute fonction f comme dans le théorème,
une suite de fonctions (fk | k ∈ N) vérifiant les conditions ci-dessus.
• Pour cela, supposons d’abord que f soit une fonction en escalier d’un type
très simple : pour 0 ⩽ a < b ⩽ T , soit :
(
1 si x ∈ [a, b]
(∗) f (x) =
0 si x ∈ I \ [a, b].

(Puisque f est T -périodique, évidemment (∗) détermine complètement f ). Soit en


outre c ∈ R tel que l’intervalle [a, b] se trouve au milieu de l’intervalle [c, c + T ] :

de sorte que δ := a − c = c + T − b. Pour tout ε ∈]0, δ[, posons :




 1 + (x − a)/ε si x ∈ [a − ε, a]

1 si x ∈ [a, b]
fε (x) :=


 1 − (x − b)/ε si x ∈ [b, b + ε]
0 si x ∈ [c, c + T ] \ [a − ε, b + ε].

MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 90

Un simple calcul montre que :


Z c+T
lim+ ∥f − fε ∥2I,2 = lim+ ∥f (x) − fε (x)∥2 dx = 0
ε→0 ε→0 c
et évidemment fε est continue et de classe C 1 par morceaux sur R, pour tout
ε ∈]0, δ[. Donc, le théorème est maintenant connu pour la fonction f .
• Ensuite, soit f une fonction en escalier quelconque ; alors f est une combinaison
linéaire de fonctions f1 , . . . , fn du type précédent :
f = a1 f1 + · · · + an fn avec a1 , . . . , an ∈ C.
Si on approxime chaque fi par une suite de fonctions (fi,ε | δi > ε > 0) comme
ci-dessus, on obtient une suite d’approximations pour f :
fε = a1 f1,ε + · · · + an fn,ε ∀ε < δ := min(δ1 , . . . , δn )
et évidemment fε est encore continue, T -périodique et de classe C 1 par morceaux,
pour tout ε ∈]0, δ[. En outre :
n
X
lim+ ∥f − fε ∥I,2 ⩽ lim+ ∥ai ∥ · ∥fi − fi,ε ∥ = 0.
ε→0 ε→0
i=1

• En dernier lieu, soit f une fonction T -périodique intégrable sur I arbitraire ;


pour tout ε > 0 on trouve une fonction en escalier
g:I→C avec ∥f − g∥I,2 < ε.
Puis, en raisonnant comme ci-dessus, pour tout ε > 0 on trouve une fonction
T -périodique continue gε : R → C, de classe C 1 par morceaux sur R telle que
∥g − gε ∥I,2 < ε, d’où :
∥f − gε ∥I,2 ⩽ ∥f − g∥I,2 + ∥g − gε ∥I,2 < 2ε.
La suite (gε | ε > 0) nous permet de conclure que le théorème est vrai pour f . □
Exercice 5.29. Soient T > 0 et f, g : R → C deux fonctions T -périodiques conti-
nues ayant les mêmes coefficients exponentiels de Fourier. Comme application de
l’identité de Parseval on peut montrer que f = g. Pour cela, posons h := f − g ;
d’après la remarque 5.12(i), les coefficients exponentiels de Fourier de h sont tous
nuls, et l’identité de Parseval entraîne alors que :
Z T
(∗) k(x)dx = 0 avec k(x) := ∥h(x)∥2 ∀x ∈ R.
0
Or, k : R → R⩾0 est encore continue et 2π-périodique. Supposons par l’absurde
qu’il existe x0 ∈ [0, T ] tel que M := k(x0 ) > 0 ; alors il existe δ ∈]0, T /2[ tel que
k(x) ⩾ M/2 pour tout x ∈]x0 − δ, x0 + δ[. Par suite :
Z T Z x0 +T /2 Z x0 +δ Z x0 +δ
M
k(x)dx = k(x)dx ⩾ k(x)dx ⩾ dx = M δ > 0
0 x0 −T /2 x0 −δ x0 −δ 2
et cela contredit (∗).
Exercice 5.30. Soit f : R → R la fonction 2π-périodique impaire telle que :
f (x) = x(π − x) ∀x ∈ [0, π].
(a) Déterminer la série de Fourier S(f, x) de f .
(b) Pour quelles valeurs de x a-t-on S(f, x) = f (x) ?
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 91

(c) En déduire la somme de la série :


+∞
X (−1)p
.
p=0
(2p + 1)3

(d) Utiliser l’identité de Parseval, pour calculer :


+∞
X 1
.
p=0
(2p + 1)6

Solution. (a) : Puisque f est impaire et 2π-périodique, sa pulsation est ω = 1, et


sa série de Fourier est (voir la remarque 5.10(ii)) :
Z π
X 4
S(f, x) = bn sin(nx) avec bn := f (x) sin(nx)dx ∀n ∈ N \ {0}.
2π 0
n⩾1

On calcule les coefficients bn avec deux intégrations par parties :


2 π
Z
2 cos(nx)
bn = [g(π) − g(0)] + (π − 2x) dx
π π 0 n
avec g(x) := −x(π − x) cos(nx)
n pour tout x ∈ R. Mais g(0) = g(π) = 0, donc :
Z π Z π
2 2 2 sin(nx)
bn = (π − 2x) cos(nx)dx = [h(π) − h(0)] + 2 dx
πn 0 πn πn 0 n
avec h(x) := (π − 2x) sin(nx)
n pour tout x ∈ R. Mais h(0) = h(π) = 0, donc :

4
Z π
4 1  8 si n est impair
bn = 2
sin(nx)dx = 2
· (cos(0)−cos(nπ)) = πn3
πn 0 πn n 0 si n est pair.
D’où, finalement :
+∞
X 8
S(f, x) = sin((2p + 1)x) ∀x ∈ R.
p=0
π(2p + 1)3

(b) : Puisque f est une fonction continue et de classe C 1 par morceaux sur R, la
série S(f, x) converge normalement vers f sur R (corollaire 5.23).
(c) : On fait x = π/2, et on remarque que sin((2p + 1)π/2) = (−1)p pour tout
p ∈ N ; d’après (b), on déduit :
+∞ +∞
X 8 X (−1)p π3
f (π/2) = 3
(−1)p d’où : 3
= .
p=0
π(2p + 1) p=0
(2p + 1) 32

(d) : D’un côté, on a :


Z 2π Z π Z π
|f (x)|2 dx = 2 x2 (π − x)2 dx = 2 (π 2 x2 + x4 − 2πx3 )dx
0 0 0
 π2 π3 π5 2ππ 4  π 5
=2 + − =
3 5 4 15
et de l’autre côté :
+∞
X X 64
b2n = 2 (2p + 1)6
.
p=0
π
n⩾1
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 92

Par l’identité de Parseval, on déduit alors :


+∞ +∞
1 π5 1X 64 X 1 π6
· = d’où : = .
2π 15 2 p=0 π 2 (2p + 1)6 p=0
(2p + 1) 6 960

5.5. Une application physique : la temperature d’une barre homogène.


On termine ce chapitre avec une application remontant à Joseph Fourier (1822) et
qui a motivé l’introduction des séries qui, depuis, portent son nom.
• Considérons une barre d’une matière homogène, de longueur L finie. On
suppose que la temperature soit mantenue constante aux extremités A et B de la
barre : soient alors TA et TB les temperatures aux points A et B respectivement.
• On choisit une coordonnée x, de sorte que A soit l’origine, i.e. x(A) = 0, et
B soit le point avec x(B) = L.
• On suppose en outre de connaître la distribution initiale de la temperature
dans la barre, i.e. la distribution au temps t = 0. Cette distribution sera alors une
fonction :
u0 (x) : [0, L] → R avec u0 (0) = TA et u0 (L) = TB .
Il est naturel de supposer que u0 soit au moins continue et de classe C 1 par morceaux
sur [0, L].
• Le problème (considéré par Fourier dans son célèbre mémoire du 1822) est de
déterminer la distribution de la temperature de la barre en tout temps futur t > 0.
Cette distribution sera alors donnée par une fonction de deux variables :
u(x, t) : [0, L] × R⩾0 → R
telle que u(x, t) représente la temperature au temps t et à la position x, pour tout
(x, t) ∈ [0, L] × R⩾0 . Avec cette notation, on a la condition initiale :
(CI) u(x, 0) = u0 (x) ∀x ∈ [0, L]
et les conditions aux bords :
(CB) u(0, t) = TA u(L, t) = TB ∀t ∈ R⩾0 .
• La physique nous dit que u(x, t) doit être solution de l’équation de la chaleur :

∂u ∂2u
(∗) =α 2
∂t ∂x
où α > 0 désigne le coefficient de diffusion thermique. Ce coefficient est une
constante réelle, car par hypothèse la barre est homogène.
• Donc, notre problème revient à resoudre l’équation (∗), soumise à la condition
initiale (CI) et aux conditions aux bords (CB).
1ère étape : on se ramène au cas où TA = TB = 0.
En effet, écrivons :
TB − TA
u0 (x) = v0 (x) + w0 (x) avec v0 (x) := TA + x ∀x ∈ [0, L]
L
(évidemment, w0 (x) = u0 (x) − v0 (x) pour tout x ∈ [0, L]). Noter que la fonction
v(x, t) := v0 (x) ∀(x, t) ∈ [0, L] × R⩾0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 93

est une solution de l’équation de la chaleur, car :


∂v ∂2v
=0 et = v0′′ = 0.
∂t ∂x2
(Il s’agit d’une solution stationnaire, qui représente un état d’équilibre thermique
de la barre.) La solution v(x, t) remplit les conditions (CB), et remplit la condition
initiale suivante :
(CI′ ) v(x, 0) = v0 (x) ∀x ∈ [0, L].
D’autre part, noter que v0 (0) = TA et v0 (L) = TB , de sorte que :
w0 (0) = w0 (L) = 0.
Soit alors w(x, t) une solution de l’équation de la chaleur, avec la condition initiale
et les conditions aux bords suivantes :
(CI′′ ) w(x, 0) = w0 (x) ∀x ∈ [0, L]
′′
(CB ) w(0, t) = w(L, t) = 0 ∀t ∈ R⩾0 .
Puisque l’équation de la chaleur est une équation linéaire aux dérivées partielles, il
s’ensuit que la somme des solutions
u(x, t) := v(x, t) + w(x, t)
sera encore une solution de (∗). Aux bords, on trouve :
u(0, t) = v(0, t) + w(0, t) = TA
∀t ∈ R⩾0
u(L, T ) = v(L, t) + w(L, t) = TB
et u(x, t) remplit la condition initiale :
u(x, 0) = v(x, 0) + w(x, 0) = v0 (x) + w0 (x) = u0 (x) ∀x ∈ [0, L].
Donc, on est ramené à trouver une solution w(x, t) vérifiant (CI ) et (CB′′ ).
′′

2ème étape : on cherche une solution de (∗) à variables séparées :


u(x, t) = f (x) · g(t) ∀(x, t) ∈ [0, L] × R⩾0
vérifiant les conditions aux bords :
(CB) u(0, t) = u(L, t) = 0 ∀t ∈ R⩾0
mais pour l’instant on n’impose pas la condition initiale (CI). Il vient :
∂u ∂2u
(x, t) = f (x) · g ′ (t) (x, t) = f ′′ (x) · g(t)
∂t ∂x2
d’où :
f ′′ (x) 1 g ′ (t)
=
f (x) α g(t)
pour tout (x, t) ∈ [0, L] × R⩾0 avec u(x, t) ̸= 0. Cela revient à dire que f ′′ (x)/f (x)
et g ′ (t)/(αg(t)) sont égaux à une même constante λ ∈ R, pour tous tels (x, t).
On arrive donc aux équations :
f ′′ (x) = λf (x)
(∗∗) ∀(x, t) ∈ [0, L] × R⩾0 .
g ′ (t) = λαg(t)
Noter que si u0 (x) = 0 pour tout x ∈ [0, L], la fonction u avec u(x, t) = 0 pour
tout (x, t) ∈ [0, L] × R⩾0 est une solution de (∗) vérifiant (CI) et (CB). On peut
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 94

donc supposer que u0 ne soit pas identiquement nulle sur [0, L], et cela revient à
supposer que g(0) ̸= 0, et que f (x) n’est pas identiquement nulle sur [0, L].
3ème étape : montrons que :
λ < 0.
En effet, supposons d’abord par l’absurde que λ > 0. Alors les solutions de (∗∗)
sont de la forme :
√ √
f (x) = C1 e λx
+ C2 e− λx
g(t) = C3 eλαt
avec C1 , C2 , C3 ∈ R. Puisque on suppose que g(0) ̸= 0, on doit avoir C3 ̸= 0, et
puisque u(0, t) = u(L, t) = 0 pour tout t ⩾ 0, on doit avoir :
√ √
λL λL
C1 + C2 = 0 et C1 e + C2 e =0
d’où : √ √
C1 (e λL
− e− λL
) = 0.
√ √
Mais puisque la fonction e est strictement croissante, on a e λL − e− λL > 0,
x

d’où C1 = 0 et par suite C2 = 0, i.e. f (x) est identiquement nulle sur [0, L],
contradiction. De même, si λ = 0, les solutions de (∗∗) sont de la forme :
f (x) = C1 + C2 x et g(t) = C3
avec C1 , C2 , C3 ∈ R. On a encore C3 ̸= 0, et en outre :
C1 = 0 et C1 + C2 L = 0
d’où C1 = C2 = 0, et cela conduit à nouveau à une contradiction.
4ème étape : puisque λ < 0, les solutions de (∗∗) s’écrivent sous la forme :
√ √
f (x) = C1 sin( −λx) + C2 cos( −λx) et g(t) = C3 eλαt
avec C1 , C2 , C3 ∈ R et on sait déjà que C3 ̸= 0. En outre, comme u(0, t) = u(L, t) =
0 pour tout t ⩾ 0, il vient

C2 = f (0) = 0 et sin( −λL) = 0

i.e. −λL ∈ πZ, et cela revient à dire que :
n2 π 2
λ=− avec n ∈ N.
L2
Donc, finalement :
2
 nπ 
π 2 αt/L2
u(x, t) = Ce−n sin x avec n ∈ N.
L
5ème étape : il est temps maintenant de réintroduire la condition initiale :
(CI) u(x, 0) = u0 (x) ∀x ∈ [0, L].
Les solutions obtenues à l’étape précédente ne vérifient pas cette condition, mais
l’idée de Fourier est qu’une superposition de ces solutions devrait fournir une so-
lution remplissant (CI). Cette superposition n’est rien d’autre que la somme d’une
série :
+∞  nπ 
X 2 2 2
u(x, t) = Cn e−n π αt/L sin x
n=1
L
et il faudrait donc choisir la suite des coefficients réels (Cn | n ∈ N) de sorte que
u(x, t) soit convergente, et que sa somme vérifie (CI). Puisque chaque terme de la
série est une solution de l’équation (∗) de la chaleur, d’après le corollaire 5.4, la
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 95

somme u(x, t) sera encore une solution de (∗), pourvu que la convergence de la série
soit normale, et assez rapide, de sorte que la somme soit au moins de classe C 2 sur
[0, L]×]0, +∞[.
Or, noter que :
+∞
X  nπ 
u0 (x) = u(x, 0) = Cn sin x ∀x ∈ [0, L].
n=1
L
Donc, les coefficients (Cn | n ∈ N) sont précisément les coefficients trigonométriques
de la série de Fourier de la fonction 2L-périodique impaire qui coïncide avec u0 (x)
sur [0, L]. D’après notre cours, on sait alors qu’il faut prendre :

2 L
Z  nπ 
Cn = u0 (x) sin x dx ∀n ∈ N \ {0}.
L 0 L
Noter que :
2 L
Z
∥Cn ∥ ⩽ ∥u0 (x)∥dx ∀n ∈ N \ {0}
L 0
(et en fait, Cn → 0 pour n → +∞, par le lemme de Riemann-Lebesgue). Posons
2 2 2
 nπ 
un (x, t) := Cn e−n π αt/L sin x ∀n ∈ N \ {0}.
L
Noter aussi que :
∂ k un  n2 π 2 α k
k
= − un (x, t) ∀k, n ∈ N \ {0}
∂t L2
et on voit aisément que :
+∞  n2 π 2 α k
X 2 2 2
(∗ ∗ ∗) np − 2
Cn e−n π αt/L < +∞ ∀p, k ∈ N, ∀t > 0.
n=1
L
Avec le corollaire 3.18, on déduit que les dérivées partielles d’ordre k de u(x, t) par
rapport à la variable t existent pour tout k > 0 sur ]0, +∞[, et en outre :
+∞ 
∂ku X n2 π 2 α k 2 2 2
 nπ 
k
(x, t) = − 2
Cn e−n π αt/L sin x ∀(x, t) ∈ [0, L] × R>0 .
∂t n=1
L L
En dernier lieu, toujours avec (∗ ∗ ∗), et avec le corollaire 5.4, on déduit que
∂ k u/∂tk (x, t) est aussi de classe C p sur [0, L], pour tout t > 0 et tout p, k ∈ N, i.e.
u(x, t) est de classe C ∞ sur [0, L] × R>0 .
5.6. Appendice : l’intégrale de Dirichlet. Cette appendice montre comment
appliquer le noyau de Dirichlet afin de calculer une célèbre intégrale, qui sera utilisée
lors de la preuve du théorème 6.13 au chapitre suivant.
La fonction :

 sin(x)
si x ̸= 0
sinc : R → R telle que sinc(x) := x
1 sinon
a des nombreuses applications dans l’analyse mathématique, la physique, et l’ana-
lyse des signaux. Elle est continue
R +∞ et paire sur R, mais elle n’est pas intégrable sur
R (cela revient à dire que 0 |sinc(x)|dx = +∞). Toutefois, on a l’importante
identité suivante :
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 96

Proposition 5.31. (Intégrale de Dirichlet) Avec la notation ci-dessus :


Z T
π
lim sinc(x)dx = .
T →+∞ 0 2
Démonstration. Pour tous réels T, a > 0, noter que :
Z T +a Z T +a
sin(x) dx a
dx ⩽ ⩽ .
T x T x T
Donc il suffira de vérifier la convergence vers π/2 de la suite numérique :
Z (2n+1)π/2
sin(x)
(an | n ∈ N) telle que an := dx ∀n ∈ N.
0 x
Noter en outre que, par le changement de variable u := x/(2n + 1), on a :
Z π/2
sin((2n + 1)u)
(∗) an = du ∀n ∈ N.
0 u
Or, considérons la fonction
1 − 1

si x ̸= 0
f : [0, π/2] → C telle que f (x) := x sin(x)
0 sinon.

Montrons d’abord que f est continue sur [0, π/2]. La continuité sur ]0, π/2] est
immédiate ; pour vérifier la continuité de f en 0, rappelons le développement limité
du sinus :
x3
sin(x) = x − + o(x3 ).
6
Par suite :
sin(x) − x −x3 /6 + o(x3 )
lim f (x) = lim = lim 2 =0
x→0 x→0 x sin(x) x→0 x − x4 /6 + o(x4 )

d’où l’assertion. Avec le lemme 5.13 de Riemann-Lebesgue on déduit :


Z π/2 Z π/2 
sin(λx) sin(λx) 
(∗∗) 0 = lim f (x) sin(λx)dx = lim − dx.
λ→+∞ 0 λ→+∞ 0 x sin(x)
Rappelons d’autre part que pour tout p ∈ N, le p-ème noyau de Dirichlet 2π-
périodique (i.e. avec pulsation ω = 1) est donné par
p
X sin((2p + 1)x/2)
Dp (x) = eikx = ∀x ∈ R
sin(x/2)
k=−p

(voir la section 5.3), et d’après le lemme 5.7 on a :


Z π/2
1 π
Z
π
Dp (2x)dx = Dp (2x)dx = ∀p ∈ N
0 2 0 2
car Dp est une fonction paire. Avec (∗∗), il s’ensuit que :
Z π/2
sin((2p + 1)x) π
lim dx =
p→+∞ 0 x 2
d’où l’identité souhaitée, compte tenu de (∗). □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 97

6. La transformée de Fourier
La méthode des séries de Fourier nous permet d’effectuer l’analyse harmonique
des fonctions T -périodiques, pour toute période T > 0 : c’est à dire, elle exprime,
sous certaines hypothèses assez générales, toute telle fonction f comme une super-
position de termes de la forme an cos(2πnx/T ) et bn sin(2πnx/T ) (avec an , bn ∈ C)
qui s’interprètent comme les composantes harmoniques simples de f . Noter que le
spectre des composantes harmoniques de f a un caractère discret : on ne trouve que
des sinus et cosinus dont les fréquences sont des multiples entiers de 1/T .
La transformée de Fourier tente, par contre, de fournir l’analyse harmonique des
fonctions de la variable réelle qui ne sont pas nécessairement périodiques. L’idée
est simplement de faire tendre la période T vers l’infini dans les formules qui ex-
priment les coefficients de Fourier des fonctions T -périodiques ; mais alors que le
spectre d’une fonction périodique est discret, pour une fonction non-périodique on
doit s’attendre à trouver des composantes harmoniques de fréquence arbitraire.
Donc, plutôt que par des suites dénombrables (an , bn | n ∈ N) de coefficients, les
composantes harmoniques d’une fonction non-périodique seront codifiées par des
fonctions d’une variable réelle ω ; on arrive ainsi à l’expression :
Z +∞
fb(ω) := f (x)e−iωx dx ∀ω ∈ R.
−∞

On appelle la fonction fb ainsi définie la transformée de Fourier de f ; pour tout


ω ∈ R, la valeur fb(ω) nous signale la présence (ou absence) d’une composante de
pulsation ω dans le spectre harmonique de f , et la norme du nombre complexe fb(ω)
devrait nous permettre d’évaluer la taille relative de cette composante.
Noter que l’expression ci-dessus est bien définie dès que f est intégrable sur R,
car la fonction e−iωx de la variable x est bornée sur R, pour tout ω ∈ R, et donc le
produit f (x)e−iωx est encore intégrable sur R, pour tout tel ω.
Evidemment, on voudrait aussi un homologue du théorème de Dirichlet, per-
mettent de récuperer la fonction f à partir de sa transformée fb. Un tel résul-
tat d’inversion de Fourier est effectivement disponible, sous certaines conditions ;
puisque le spectre de f n’est plus donné par une suite de coefficients, mais plu-
tôt par une fonction de la variable réelle ω, la série de Fourier – qui fournit cette
inversion pour les fonctions périodiques – devra être remplacée par une intégrale.

6.1. Premières propriétés. On utilisera souvent la notation alternative :


F (f )
pour désigner la transformée de Fourier d’une fonction intégrable f . En outre pour
toute telle f posons :
Z +∞
∥f ∥1,R := ∥f (x)∥dx.
−∞

Noter que, puisque f est intégrable, sa transformée fb est bornée : en effet, puisque
∥f (x)e−iωx ∥ = ∥f (x)∥ pour tout x, ω ∈ R, on a (notation de la remarque 3.5(i)) :

∥fb∥∞,R ⩽ ∥f ∥1,R .
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 98

Exemple 6.1. Soient a > 0 un réel, et f : R → C la fonction telle que :


(
1 si |x| ⩽ a
f (x) =
0 sinon.

Calculons la transformée de Fourier fb de f : pour ω ̸= 0 on a :


Z +∞ Z a
−iωx 1 2 sin(ωa)
f (ω) =
b f (x)e dx = e−iωx dx = − (e−iωa − eiωa ) =
−∞ −a iω ω
et pour ω = 0 on a : Z +∞
fb(0) = f (x)dx = 2a.
−∞

Noter que :
2 sin(ωa)
lim = 2a
ω→0 ω
donc fb est une fonction continue sur R.
Remarque 6.2. (i) On voit aussi aussitôt de la définition, que la transformée de
Fourier est un opérateur linéaire : pour tout couple de fonctions f, g : R → C
intégrables sur R, on a :
F (λf + µg) = λF (f ) + µF (g) ∀λ, µ ∈ C.
(ii) En outre, noter que :
Z +∞ Z +∞
f (x)e−iωx dx = f (x)eiωx dx ∀ω ∈ R
−∞ −∞

(où f (x) désigne le conjugué complexe de f (x)), donc :


F (f )(ω) = F (f )(−ω) ∀ω ∈ R.
Voici une autre propriété très utile :
Proposition 6.3. (Translation et dilatation) Soit f : R → C une fonction inté-
grable sur R. Pour tout a ∈ R et tout λ ∈ R \ {0} posons :
fa (x) := f (x + a) gλ (x) := f (λx) ∀x ∈ R.
Alors fa et gλ sont intégrables sur R, et on a :

fba (ω) = eiωa fb(ω)


1 b ∀ω ∈ R.
gc λ (ω) = f (ω/λ)
|λ|
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 99

On dit que fa est la translation de f de vecteur a, et gλ est la dilatation de f de


rapport λ.

Démonstration. L’intégrabilité de fa et gλ est évidente. Pour calculer fba on intègre


par le changement de variable : u := x + a ; il vient :
Z +∞
fba (ω) = f (x + a)e−iωx dx
−∞
Z+∞
= f (u)e−iω(u−a) du
−∞
Z +∞
= eiωa f (u)e−iωu dx = eiωa fb(ω).
−∞

Esuite, si λ > 0, on calcule gc


λ par le changement de variable : u := λx ; il vient :
Z +∞ Z +∞
−iωx 1 1
gcλ (ω) = f (λx)e dx = f (u)e−iωu/λ du = fb(ω/λ).
−∞ −∞ λ λ
Si λ < 0, on pose u := −λx, et le même calcul montre que dans ce cas on a
1 b
λ (ω) = − λ f (ω/λ), comme souhaité.
gc □

Théorème 6.4. Soit f : R → C une fonction intégrable sur R. Alors fb est une
fonction continue sur R, et on a :
(∗) lim fb(ω) = 0.
ω→±∞

Démonstration. Puisque f est intégrable sur R, il existe une suite (fn | n ∈ N) de


fonctions en escalier sur R, telle que :
lim ∥f − fn ∥1,R = 0
n→+∞

d’où :
lim ∥fb − fc
n ∥∞,R = 0.
n→+∞

Cela revient à dire que la suite de fonctions (fc n | n ∈ N) converge uniformement


sur R vers fb. Donc, si chaque fc n est une fonction continue sur R, il en sera de
même pour f (théorème 3.16(i)). D’autre part, toute fonction en escalier est une
b
combinaison linéaire finie de fonctions gab : R → C avec a ⩽ b, telles que :
(
1 si x ∈ [a, b]
gab (x) :=
0 sinon.

Par la linéarité de la transformée de Fourier (remarque 6.2(i)), on est ainsi à ramené


à vérifier la continuité de gab , pour tout a ⩽ b. On voit aisément que gc aa (ω) = 0
pour tout a, ω ∈ R, donc on peut supposer que a < b. Pour cela, quitte à remplacer
gab par sa translation de vecteur (a + b)/2, on peut supposer, d’après la proposition
6.3, que b = −a > 0. Mais noter que ga,−a est la fonction de l’exemple 6.1, et la
continuité de g[−a,a a déjà été remarquée.
Ensuite, pour tout T > 0, écrivons :
f (x) = gT (x) + hT (x) ∀x ∈ R
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 100

où gT : R → C dénote la fonction telle que :


(
f (x) si |x| ⩽ T
gT (x) :=
0 sinon
(et évidemment hT (x) := f (x) − gT (x) pour tout x ∈ R). Soit ε > 0 ; puisque f est
intégrable sur R, il existe T > 0 tel que ∥hT ∥1,R < ε. Par suite :

∥fb − gc
T ∥∞,R = ∥hT ∥∞,R ⩽ ∥hT ∥1,R < ε.
c

Mais noter que :


Z T
gc
T (ω) = f (x)e−iωx dx ∀ω ∈ R.
−T

D’après le lemme 5.13 de Riemann-Lebesgue, il existe alors R ∈ R tel que :


|ω| ⩾ R ⇒ ∥c
gT (ω)∥ < ε.
Il vient :
|ω| ⩾ R ⇒ ∥fb(ω)∥ ⩽ ∥fb(ω) − gc
T (ω)∥ + ∥c
gT (ω)∥ < 2ε
d’où (∗). □

Proposition 6.5. Soit f : R → C une fonction dérivable sur R, telle que f et f ′


sont intégrables sur R. Alors on a :
fb′ (ω) = iω fb(ω) ∀ω ∈ R.
Démonstration. Noter d’abord :
Affirmation 6.6. Sous les hypothèses de la proposition, on a : lim f (x) = 0.
x→±∞
Preuve : On a : Z x
f (x) − f (0) = f ′ (t)dt ∀x ∈ R.
0
Comme f ′ est intégrable, il s’ensuit que M := lim f (x) existe, et M ∈ C. Suppo-
x→+∞
sons par l’absurde que M ̸= 0 ; alors il existe a ∈ R tel que ∥f (x)∥ > ∥M/2∥ pour
tout x ⩾ a, et par suite :
Z +∞ Z +∞
∥f (t)∥dt ⩾ ∥M/2∥dt = +∞
−∞ a

contredisant l’intégrabilité de f sur R. De même l’on vérifie que lim f (x) = 0. ♢


x→−∞

Avec l’observation 6.6, on peut alors calculer par intégration par partie :
Z +∞
fb′ (ω) = f ′ (ω)e−iωx dx
−∞
Z +∞
lim f (x)e−iωx − lim f (x)e−iωx + iω f (x)e−iωx dx

=
x→+∞ x→−∞ −∞

= iω fb(ω)
comme souhaité. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 101

Corollaire 6.7. Soit f : R → C une fonction de classe C k sur R, et supposons


que f et ses dérivées successives f ′ , . . . , f (k) soient intégrables sur R. Alors on a :

(∗) (k) (ω) = (iω)k fb(ω)


fd ∀ω ∈ R.
En particulier :
lim ω k fb(ω) = 0.
ω→±∞

Démonstration. L’identité (∗) découle aussitôt de la proposition 6.5, par récurrence


sur k. Pour la deuxième assertion, il suffit alors d’appliquer le théorème 6.4 à la
fonction intégrable f (k) , et ensuite d’utiliser (∗). □
La morale du corollaire est que plus la fonction f est régulière (c’est à dire,
dérivable en haut degré, avec dérivées intégrables), plus sa transformée de Fourier
décroît rapidement à l’infini. Réciproquement, la proposition suivante montre que
plus f décroît rapidement à l’infini, plus sa transformée de Fourier est régulière.
Proposition 6.8. Soit f : R → C une fonction intégrable sur R, et supposons que
la fonction
g:R→C telle que g(x) := xf (x) ∀x ∈ R
soit aussi intégrable sur R. Alors on a :
F (f )′ = −iF (g).
Démonstration. Fixons ω ∈ R ; on a :
Z +∞
fb(ω + h) − fb(ω) e−i(ω+h)x − e−iωx
lim = lim f (x) · dx
h→0 h h→0 −∞ h
Z +∞
e−ihx − 1
= lim −ixf (x)e−iωx · dx.
h→0 −∞ −ixh
Mais noter que :
eiy − 1
lim =1
y→0 iy
car cette limite calcule la dérivée en y = 0 de la fonction eiy . Donc la fonction :
( −ihx
e −1
−ihx si hx ̸= 0
ϕ(h, x) :=
1 sinon
est continue et bornée sur R2 . Posons alors :
M := sup(∥ϕ(h, x)∥ | (h, x) ∈ R2 ) et ψh (x) := −ig(x)e−iωx ϕ(x, h) ∀(h, x) ∈ R2 .
Il vient :
∥ψh (x)∥ ⩽ M ∥g(x)∥ ∀h, x ∈ R
donc ψh est intégrable sur R pour tout h ∈ R, car par hypothèse g est intégrable
sur R. En outre :
lim ψh = −ig(x)e−iωx ϕ(x, 0) = −ig(x)e−iωx ∀x ∈ R.
h→0
D’après le théorème de convergence dominée, on a alors :
Z +∞ Z +∞
lim ψh (x)dx = −ig(x)e−iωx dx = −ib
g (ω)
h→0 −∞ −∞
comme souhaité. □
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 102

Corollaire 6.9. Soit f : R → C une fonction, et k ∈ N tel que la fonction xk f soit


intégrable sur R. Alors F (f ) est une fonction de classe C k sur R, et on a :

F (f )(n) = (−i)n F (xn f ) ∀n = 0, . . . , k.

Démonstration. Ici xk f désigne la fonction telle que x 7→ xk f (x) pour tout x ∈ R.


Aussi, F (f )(n) désigne la dérivée n-ième de F (f ) pour tout n = 0, . . . , k, de sorte
que F (f )(0) = F (f ), F (f )(1) = F (f )′ , et ainsi de suite.
Or, noter que si xk f est intégrable, il en est de même pour xn f , pour tout
n = 0, . . . , k. L’identité pour F (f )(n) découle alors aussitôt de la proposition 6.8,
par une simple récurrence sur n. Comme on sait en outre que F (xk f ) est continue
sur R (théorème 6.4), on déduit aussi que F (f ) est de classe C k sur R. □
Exemple 6.10. (Fonction gaussienne) Soit f : R → C la fonction telle que :
2
f (x) := e−x /2
∀x ∈ R.
2
Evidemment f est de classe C ∞
sur R. En outre, puisque f ′ (x) = −xe−x /2
, on a :
1 |x|
0 < f (x) < |f ′ (x)| < ∀x ∈ R.
1 + x2 /2 + x4 /24 1 + x2 /2 + x4 /24
En particulier, f , xf et f ′ sont intégrables sur R. D’après les propositions 6.5 et
6.8, la transformée de Fourier F (f ) est alors dérivable sur R, et on a :
F (f )′ = −iF (xf ) F (−xf ) = F (f ′ ) = iωF (f ).
Autrement dit, f et F (f ) sont solutions des équations différentielles :
f ′ + xf = 0 et F (f )′ + ωF (f ) = 0.
Mais alors : 2
fb(ω) = Ce−ω /2 ∀ω ∈ R
pour une constante C ∈ C. On déterminera la constante C dans la section suivante.
6.2. Formules de Poisson et de Plancherel, et inversion de Fourier.
Théorème 6.11. (Formule sommatoire de Poisson) Soit f : R → C une fonction
de classe C 2 sur R, telle que f , f ′ et f ′′ soient intégrables sur R. On suppose en
outre qu’il existe un réel α > 1 tel que :
(∗) lim |x|α · |f (x)| = 0.
x→±∞

Alors, pour tout a > 0 et tout b ∈ R on a :


+∞ +∞
X 1 X b 2πn  i2πnb/a
(∗∗) f (b + an) = f e .
n=−∞
a n=−∞ a

Démonstration. Posons :
2πb  ax 
c := et g(x) := f ∀x ∈ R.
a 2π
D’après la proposition 6.3, l’identité (∗) équivaut à :
+∞ +∞ +∞
X 1 X a inc 1 X
(∗∗∗) g(c+2πn) = gb(n)e = gb(n)einc .
n=−∞
a n=−∞ 2π 2π n=−∞
et la fonction g : R → C ainsi définie vérifie encore les conditions du théorème.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 103

Afin de montrer (∗ ∗ ∗), pour tout x ∈ R posons :


+∞ +∞
X 1 X
h1 (x) := g(x + 2πn) h2 (x) := gb(n)einx k(x) := |x|α g(x).
n=−∞
2π n=−∞

Noter que M := ∥k∥∞,R < +∞, en vertu de (∗) ; en outre, pour tout N ∈ N \ {0}
et tout x ∈ [−2πN, 2πN ] on a :
N
X +∞
X
h1 (x) − g(x + 2πn) ⩽ (∥g(x + 2πn)∥ + ∥g(x − 2πn)∥)
n=−N n=N +1
+∞ 
X M M 
⩽ +
|x + 2πn|α |x − 2πn|α
n=N +1

et la série de fonctions
+∞ 
X M M 
h3 (x) := α
+ α
|x + 2πn| |x − 2πn|
n=N +1

converge normalement sur [−2πN, 2πN ], car α > 1. Par suite, la série de fonctions
h1 (x) converge normalement sur [−2πN, 2πN ] pour tout N ∈ N \ {0} ; sa somme
est alors une fonction continue sur R (théorème 3.16(ii)), et par construction elle
est en outre 2π-périodique. Ensuite, noter que
lim n2 · gb(n) = 0
n→±∞

car g est de classe C 2 sur R, avec g, g ′ et g ′′ intégrables sur R (corollaire 6.7). Par
suite, la somme de la série exponentielle h2 (x) est 2π-périodique et continue sur R
(proposition 5.3). Pour conclure, il suffira donc de vérifier que h1 = h2 , et puisque
il s’agit de deux fonctions 2π-périodiques continues, l’exercice 5.29 nous ramène à
montrer que les coefficients de Fourier exponentiels de h1 et h2 coïncident.
Or, d’après la proposition 5.8, les coefficients de Fourier exponentiels de h2 sont
donnés par la suite (b g (n)/(2π) | n ∈ Z). Les coefficients (cj | k ∈ Z) de h1 sont
donnés par :
Z 2π X +∞
1
ck = g(x + 2πn)e−ikx dx ∀n ∈ Z.
2π 0 n=−∞
P+∞
Mais noter que la série n=−∞ g(x + 2πn)e−ikx converge encore normalement sur
[0, 2π], donc d’après le théorème 3.17 on peut récrire :
+∞ Z 2π
1 X
ck = g(x + 2πn)e−ikx dx
2π n=−∞ 0
+∞ Z 2π
1 X
= g(x + 2πn)e−ik(x+2πn) dx
2π n=−∞ 0
+∞ Z 2π(n+1)
1 X
= g(u)e−iku du (par changement de variable u := x + 2πn)
2π n=−∞ 2πn
Z +∞
1 1
= g(u)e−iku du = gb(k)
2π −∞ 2π
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 104

comme souhaité. □
Exemple 6.12. On peut maintenant compléter l’exemple 6.10 : posons f (x) :=
2
e−x /2 pour tout x ∈ R ; on voit aisément que la fonction f : R → R vérifie les
conditions du théorème 6.11, et on a vu√ que fb(ω) = Cf (ω) pour une constante
C ∈ C à déterminer. Prenons alors a := 2π et b := 0 ; il vient :
+∞ +∞
X √ 1 X √
f ( 2πn) = √ Cf ( 2πn)
n=−∞
2π n=−∞

d’où C = 2π. Puisque on a aussi C = fb(0), on obtient donc la formule suivante
pour l’intégrale gaussienne :
Z +∞
2 √
e−x /2 dx = 2π.
−∞

Théorème 6.13. (Inversion de Fourier) Soient f : R → C une fonction intégrable


sur R, et x0 ∈ R. On suppose que f satisfait les conditions ponctuelles de Dirichlet
en x0 (voir la définition 5.17). Alors on a :
Z T −
1 f (x+
0 ) + f (x0 )
lim fb(ω)eiωx0 dω = .
T →+∞ 2π −T 2

Démonstration. Par le théorème de Fubini, on a :


Z T Z T Z +∞ 
fb(ω)eiωx0 dω = f (x)e−iωx dx eiωx0 dω
−T −T −∞
Z T Z +∞
= f (x)eiω(x0 −x) dxdω
−T −∞
Z +∞ Z T 
= f (x) eiω(x0 −x) dω dx.
−∞ −T
D’autre part, un calcul comme dans l’exemple 6.1 montre que :
 2 sin(T (x0 − x)) si x ̸= x

Z T
0
ϕT (x) := eiω(x0 −x) dω = x0 − x
−T 
2T sinon.
Donc il vient :
Z T Z x0 Z +∞
fb(ω)eiωx0 dω = f (x)ϕT (x)dx + f (x)ϕT (x)dx
−T −∞ x0
et on peut récrire :
f (x) − f (x−
Z x0 Z x0 Z x0
0)
f (x)ϕT (x)dx = 2 sin(T (x0 − x))dx + f (x−
0) ϕT (x)dx.
−∞ −∞ x 0 − x −∞
Or, puisque f satisfait les conditions ponctuelles de Dirichlet en x0 , l’observation
5.19 entraîne aisément que la fonction
f (x) − f (x−
0)


 si x < x0
 x0 − x
ψ:R→C telle que ψ(x) :=

 −f ′ (x−
0) si x = x0

0 si x > x0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 105

est intégrable sur [a, x0 ], pour tout a < x0 ; comme, en outre, f est intégrable
sur R, on déduit aussitôt que ψ est intégrable sur R. Et en dernier lieu, puisque
2 sin(T (x0 − x)) = −i(eiT (x0 −x) − e−iT (x0 −x) ), le théorème 6.4 entraîne que :
Z +∞
lim ψ(x)2 sin(T (x0 − x))dx = lim −i(eiT x0 ψ(T b ) − e−iT x0 ψ(−T
b )) = 0.
T →+∞ −∞ T →+∞

De l’autre côté, par le changement de variable u := T (x0 − x), on calcule :


Z x0 Z +∞
2 sin(u)
ϕT (x)dx = du = π ∀T > 0
−∞ 0 u
avec la proposition 5.31. Donc, finalement :
Z x0 Z x0

lim f (x)ϕT (x)dx = lim f (x0 ) ϕT (x)dx = πf (x−
0 ).
T →+∞ −∞ T →+∞ −∞

Un calcul analogue donne de même :


Z +∞ Z +∞
+
lim f (x)ϕT (x)dx = lim f (x0 ) ϕT (x)dx = πf (x+
0)
T →+∞ x0 T →+∞ x0

d’où l’identité souhaitée. □

Corollaire 6.14. Soit f : R → C une fonction intégrable et continue sur R, et


supposons que F (f ) soit également intégrable sur R. Alors on a :
1
f (x) = F ◦ F (f )(−x) ∀x ∈ R.

Démonstration. Posons g := fb; au vu du théorème 6.13, il suffit de remarquer que :
Z +∞ −
f (x+
0 ) + f (x0 )
gb(−x0 ) = fb(ω)eiωx0 dω et f (x0 ) = ∀x0 ∈ R
−∞ 2
car f est continue. □

Remarque 6.15. Les conditions du corollaire 6.14 sont notamment vérifiées, si f


est de classe C 2 sur R avec f , f ′ et f ′′ intégrables sur R, car alors, en vertu du
théorème 6.4 et du corollaire 6.7, on a une majoration :
M
∥fb(ω)∥ ⩽ ∀ω ∈ R
ω2 + 1
pour quelque réel M ⩾ 0, de sorte que fb est intégrable sur R.
Le dernier résultat de cette section est l’homologue de l’identité de Parseval,
reliant les normes ∥ · ∥R,2 d’une fonction et de sa transformée de Fourier. Pour la
preuve, on utilisera le lemme suivant :
Lemme 6.16. Soient f, g : R → C deux fonctions intégrables sur R. Alors f · gb et
fb · g sont également intégrables sur R, et on a :
Z +∞ Z +∞
f (x)b
g (x)dx = fb(x)g(x)dx.
−∞ −∞

Démonstration. Noter que la fonction


h : R2 → C telle que h(x, y) := f (x)g(y) ∀(x, y) ∈ R2
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 106

est intégrable sur R2 . D’après le théorème de Fubini, on peut alors échanger l’ordre
d’intégration :
Z +∞ Z +∞  Z +∞ Z +∞ 
h(x, y)dx dy = h(x, y)dy dx.
−∞ −∞ −∞ −∞

Mais on a :
Z +∞ Z +∞  Z +∞
h(x, y)dx dy = fb(y)g(y)dy
−∞ −∞ −∞
Z +∞ Z +∞  Z +∞
h(x, y)dy dx = f (x)b
g (x)dx
−∞ −∞ −∞

d’où l’assertion. □

Théorème 6.17. (i) Soient f, g : R → C deux fonctions intégrables, et supposons


que l’une de f ou g vérifie les conditions du corollaire 6.14. Alors on a :
1 b
⟨f, g⟩R,2 = ⟨f , gb⟩R,2 .

(ii) (Formule de Plancherel) En particulier, si f est continue et intégrable sur
R, et si fb est aussi intégrable sur R, on a :
1
∥f ∥R,2 = √ ∥fb∥R,2 .

Démonstration. Disons que g vérifie les conditions du corollaire 6.14 ; au vu de la
remarque 6.2(ii), on a alors :
1 2 1
g(x) = F (g)(−x) = F (F (g))(x) ∀x ∈ R
2π 2π
d’où, d’après le lemme 6.16 :
Z +∞ Z +∞ Z +∞
1 1
⟨f, g⟩R,2 = f (x)g(x)dx = f (x)F (F (g))(x)dx = g (x)dx
fb(x)b
−∞ 2π −∞ 2π −∞

comme souhaité. □

6.3. Transformée de Fourier des fonctions paires et impaires. Soit f : R →


C une fonction intégrable sur R, et posons :

g(x) := f (−x) ∀x ∈ R.

D’après la proposition 6.3 on a :

gb(ω) = fb(−ω) ∀ω ∈ R.

En particulier :
• Si f est paire, alors g = f , et par suite fb est paire.
• Si f est impaire, alors g = −f , et par suite fb est impaire.
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 107

6.3.1. Soit alors f : R → C intégrable et paire. On a, pour tout ω ∈ R :


Z +∞
fb(ω) + fb(−ω) e−iωx + eiωx
f (ω) =
b = f (x) dx
2 −∞ 2
Z +∞ Z +∞
= f (x) cos(ωx)dx = 2 f (x) cos(ωx)dx.
−∞ 0

Si en outre f est continue sur R et si fb est intégrable sur R, alors on a aussi :


1 2 1
f (x) = F (f )(−x) = (F 2 (f )(x) + F 2 (f )(−x))
2π 4π
Z +∞
eiωx + e−iωx 1 +∞ b
Z
1
= fb(ω) dω = f (ω) cos(ωx)dω
2π −∞ 2 π 0
pour tout x ∈ R, en vertu du corollaire 6.14 (ici on a posé F 2 := F ◦ F ).
Donc, pour les fonctions paires, il convient d’introduire une transformée de Fou-
rier mieux adaptée, qui parfois simplifie les calculs :
Définition 6.18. La transformée de Fourier en cosinus de la fonction f : R → C
paire et intégrable sur R est la fonction :
Z +∞
fbc : R → C telle que fbc (ω) := f (x) cos(ωx)dx ∀ω ∈ R.
0

Si f est en outre continue sur R, avec fbc intégrable sur R, alors on a la formule
d’inversion de Fourier en cosinus :

2 +∞ b
Z
f (x) = fc (ω) cos(ωx)dω ∀x ∈ R.
π 0

6.3.2. De même, si f : R → C est intégrable et impaire, on a, pour tout ω ∈ R :


Z +∞
fb(ω) − fb(−ω) e−iωx − eiωx
f (ω) =
b = f (x) dx
2 −∞ 2
Z +∞ Z +∞
= −i f (x) sin(ωx)dx = −2i f (x) sin(ωx)dx
−∞ 0

et si f est en outre continue avec fb intégrable, on a en outre :


Z +∞
1 i e−iωx − eiωx
f (x) = (F 2 (f )(−x) − F 2 (f )(x)) = fb(ω) dω
4π 2π −∞ 2i
Z +∞
i +∞ b
Z
i
=− f (ω) sin(ωx)dω = −
b f (ω) sin(ωx)dω
2π −∞ π 0
et cela motive la définition suvante :
Définition 6.19. Soit f : R → C une fonction impaire et intégrable sur R. La
transformée de Fourier en sinus de f est la fonction :
Z +∞
fbs : R → C telle que fbs (ω) := f (x) sin(ωx)dx ∀ω ∈ R.
0
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 108

Si f est en outre continue sur R, avec fbs intégrable sur R, alors on a la formule
d’inversion de Fourier en sinus :

2 +∞ b
Z
f (x) = fs (ω) sin(ωx)dω ∀x ∈ R.
π 0

6.3.3. Noter que les transformées de Fourier en sinus ou cosinus d’une fonction f
ne font intervenir que la restriction de f à la démi-droite positive R⩾0 . On peut
alors associer à toute fonction f : R⩾0 → C intégrable sur R⩾0 ses transformées en
cosinus fbc et en sinus fbs , définies par les expressions des définitions 6.18 et 6.19 :
ces opérations reviennent à prolonger f sur R en une fonction paire ou impaire,
et à calculer la transformée de Fourier du prolongement (à multiplication par 2 ou
respectivement par −2i près).
On peut, d’autre part, aussi prolonger f en une fonction
(
f (x) si x ⩾ 0
f0 : R → C telle que f0 (x) :=
0 sinon.

Noter que :
Z +∞
fb0 (ω) = f (x)e−iωx dx = fbc (ω) − ifbs (ω) ∀ω ∈ R
0

car e−iωx = cos(ωx) − i sin(ωx). Puisque fbc est paire et fbs est impaire, on déduit :
1
fbc (ω) = (fb0 (ω) + fb0 (−ω))
(∗) 2 ∀ω ∈ R.
i
fbs (ω) = (fb0 (ω) − fb0 (−ω))
2

6.3.4. Supposons ensuite que f soit dérivable sur R⩾0 , et que sa dérivée f ′ soit
intégrable sur R⩾0 , de sorte que l’on puisse aussi prolonger également f ′ en une
fonction f0′ : R → C nulle pour tout réel négatif. Comme f0 n’est pas forcément
continue en 0, la relation entre fb0 et fb0′ exprimée par la proposition 6.5 doit être
modifiée. Pour cela, on reprend la preuve de la proposition : le même raisonnement
nous ramène au cas où f a support compact, i.e. f est nulle sur une démi-droite
]a, +∞[ (pour quelque a > 0) ; dans ce cas, on calcule encore par intégration par
parties :
Z +∞ Z +∞
fb0′ (ω) = f ′ (x)e−iωx dx = lim f (x)e−iωx − f (0) + iω f (x)e−iωx dx

0 x→+∞ 0

d’où :
fb0′ (ω) = iω fb0 (ω) − f (0) ∀ω ∈ R.

D’autre part, avec les relations (∗) du paragraphe précédent, on peut exprimer fbc′
et fbs′ en termes de fb0′ ; en résumant, on déduit les identités suivantes :

fbc′ (ω) = ω fbs (ω) − f (0)


∀ω ∈ R.
fbs′ (ω) = −ω fbc (ω)
MATH POUR LA PHYSIQUE – NOTES DU COURS 109

En dernier lieu, si f : R⩾0 → C est de classe C 2 sur R⩾0 , et si f , f ′ et f ′′ sont


intégrables sur R⩾0 , alors les relations ci-dessus entraînent en outre :
′′ 2b ′
c (ω) = −ω fc (ω) − f (0)
fc
∀ω ∈ R.
′′ 2b
s (ω) = −ω fs (ω) + ωf (0)
fc

Vous aimerez peut-être aussi