Chapitre 4 : La Première Piste
La route goudronnée céda sa place à un chemin de terre rocailleux, serpentant à travers les
mélèzes avant d'être englouti par une brume froide et dense. La berline de Julian peinait à
franchir les ornières gorgées d'eau de pluie. Arrivé au terme de la piste praticable, le compteur
affichait l'altitude exacte du point GPS. Il était seul, au milieu de nulle part.
Julian coupa le moteur. Un silence oppressant s'installa aussitôt, brisé uniquement par le
ruissellement de l'eau le long des rochers. Il attrapa son sac à dos, y glissa son enregistreur,
une lampe torche puissante et un vêtement chaud, puis s'enfonça à pied dans les sous-bois.
Après vingt minutes de marche pénible le long d'une falaise escarpée, la végétation s'éclaircit
pour révéler une structure anormale. À demi-masqué par des éboulis et une végétation
sauvage, un grand bâtiment en béton armé, d'architecture brutaliste, s'encastrait directement
dans la paroi de la montagne.
L'entrée principale était scellée par une lourde porte métallique couverte de rouille, barrée
d'une chaîne massive. Un panneau décoloré par les intempéries arborait encore un symbole de
danger biologique et la mention : « PROPRIÉTÉ PRIVÉE – ACCÈS STRICTEMENT
INTERDIT ».
Julian s'approcha doucement. La chaîne, attaquée par des années d'humidité, céda sous la
pression d'un levier improvisé avec une lourde barre de fer trouvée au sol. La porte grimaça
dans un grincement métallique assourdissant avant de s'entrouvrir sur des ténébres glaciales.
En franchissant le seuil, Julian activa sa lampe. Le faisceau lumineux balaya un hall d'accueil
dévasté : des dossiers moisis jonchaient le sol, des écrans à tube cathodique brisés reposaient
sur des bureaux en métal, et l'air distillait une forte odeur de poussière et d'ozone.
Au bout du couloir principal, une double porte étanche attirait l'attention. Elle menait vers ce
qui semblait être le cœur du complexe : une volée de marches s'enfonçant directement sous la
montagne.
Alors qu'il posait le pied sur la première marche, le matériel audio rangé dans son sac à dos
émit un grésillement soudain. Julian sortit son enregistreur. L'écran à cristaux liquides
s'alluma spontanément, affichant des variations de fréquence identiques à celles captées sur la
bobine de 1978.
Un son ténu, semblable à un tintement de cristal, résonna à travers la cage d'escalier sombre.
On continue avec le Chapitre 5 : Dans le Ventre de la Montagne ?
Chapitre 5 : Dans le Ventre de la Montagne
Julian s'engagea dans l'escalier en colimaçon, le cœur battant à la cadence de ses pas sur le
béton froid. L'air devenait plus dense, chargé d'une humidité glaciale qui lui collait à la peau.
À mesure qu'il descendait, le tintement de cristal devenait plus net, se muant en une fréquence
continue qui faisait vibrer légèrement les montants de son casque audio pendu à son cou.
Au bas des marches, un couloir renforcé débouchait sur une vaste salle circulaire. Le faisceau
de sa lampe balaya un décor tout droit sorti d'une expérience oubliée : des racks de serveurs
massifs des années 1980, recouverts d'une couche de poussière millimétrique, et des
kilomètres de câbles coaxiaux serpentant sur le sol comme des racines noires.
Au centre de la pièce trônait une structure cylindrique faite d'un verre d'une pureté
extraordinaire, haut d'au moins quatre mètres. Le cylindre était intact, épargné par le temps et
l'humidité, mais son intérieur était Tapissé de minuscules micro-capteurs orientés vers le
centre vacuum.
Soudain, un bruit de pas lourds résonna à l'autre bout du complexe.
— Vous n'auriez jamais dû venir ici, Vance.
Une lumière aveuglante jaillit de l'ombre. Julian masqua ses yeux de la main, distinguant à
peine la silhouette de trois hommes en tenue sombre, le visage dissimulé derrière des masques
tactiques. L'homme qui venait de parler portait un long manteau et tenait un appareil de
mesure hertzien à la main.
— Comment connaissez-vous mon nom ? balbutia Julian en faisant un pas en arrière vers la
sortie.
— Nous surveillons la fréquence 84.2 depuis quatre-vingts ans, répondit l'homme d'une voix
sans timbre. Chaque fois qu'un archiviste ou un curieux essaie de nettoyer la bande de
Brunner, son signal remonte jusqu'à nos serveurs. Vous pensiez avoir découvert un trésor,
vous n'avez fait que déclencher une alarme.
L'un des hommes armés s'avança pour saisir le sac de Julian. Mais avant qu'il ne puisse le
toucher, le cylindre de verre au centre de la pièce entra en résonance. Un son strident, d'une
fréquence insupportable, traversa la pièce. Le verre ne brisa pas, mais l'air autour de la
structure se mit à onduler comme sous l'effet d'une chaleur extrême.
Profitant de la confusion et de l'aveuglement momentané des assaillants face à la surcharge
acoustique, Julian jeta sa lampe vers le groupe, bifurqua sur sa droite et s'engouffra dans un
couloir de service secondaire.
On enchaîne avec le Chapitre 6 : Le Protocole Chronos pour découvrir le secret de la
machine ?