Chapitre 3 : La Disparue de la Tour
La route menant vers le haut de la vallée s'enfonçait dans une brume épaisse qui accrochait les
cimes des sapins. Au volant de sa vieille berline, Julian regardait le paysage urbain s'effacer
au profit des parois rocheuses et des pentes escarpées du Valais.
Avant de s'aventurer directement aux coordonnées du signal, Julian avait décidé de faire une
étape à Sion, à la bibliothèque cantonale, pour consulter la presse locale archivée sur
microfilms — la seule source d'information non numérisée et donc impossible à caviarder à
distance.
La salle des archives de la bibliothèque était déserte. L'odeur de papier sec et de poussière y
était familière et réconfortante. Après deux heures à faire défiler des éditions jaunies de la
Gazette du Valais datant de la fin de l'année 1984, Julian tomba enfin sur un entrefilet de trois
lignes, relégué en bas de la page 8 du numéro du 14 novembre :
« Fait divers — Incident technique dans un laboratoire privé du val d'Hérens. Les autorités
évoquent un effondrement partiel dû à un glissement de terrain. Aucun blessé à déplorer. La
zone reste sous accès restreint. »
Pas de nom, pas de détails. Un fait divers insignifiant en apparence, mais la date correspondait
exactement à quelques semaines près après le dernier message de Brunner.
Déterminé à trouver un lien humain, Julian contacta un ancien professeur de physique de
l'Université de Genève, aujourd'hui à la retraite, qui avait côtoyé Brunner au début des années
1980. L'homme hésita longuement au téléphone avant d'accepter une courte entrevue dans son
chalet.
— Hélène Brunner n'était pas une scientifique ordinaire, Julian, expliqua le vieil homme en
lui servant un thé amer. Elle ne cherchait pas à mesurer la matière, elle cherchait à écouter
l'onde de choc que la matière laisse dans le temps lorsqu'elle se déplace. Pour ses pairs, c'était
de la pure folie théorique. Mais pour l'armée et certains groupes industriels, c'était une piste
fascinante.
— Et qu'est-ce qu'elle a découvert ? demanda Julian.
Le professeur posa sa tasse, le regard soudain distant, presque inquiet.
— Elle disait que le son ne disparaît jamais totalement. Qu'il laisse une empreinte
microscopique dans le verre, la roche, l'air. Et que si l'on construisait une cavité acoustique
assez pure, un « miroir de verre », on pourrait capter non pas des enregistrements... mais des
résonances du futur. La veille de sa disparition, elle m'a laissé un mot avec ces mots : Si un
jour tu entends ma voix sur une bande que tu n'as pas enregistrée, ne cherche pas à me
répondre. Fuis.
Julian sentit un frisson lui parcourir la échine. Il salua le professeur et regagna sa voiture. Les
coordonnées GPS gravées sur son carnet l'attendaient. Le lieu de l'expérience se trouvait à
quelques kilomètres à peine, caché dans la montagne.
Veux-tu passer au Chapitre 4 : La Première Piste pour l'arrivée sur le site du laboratoire ?