L'évolution des connaissances sur les infections urinaires liées au
sondage en milieu chirurgical s'est construite sur plusieurs décennies à
travers des travaux fondateurs. Dès 1962, l'étude pionnière de Kass a
formellement démontré le lien de causalité direct entre la durée du
cathétérisme urinaire et l'apparition d'une bactériurie significative,
posant les bases de l'épidémiologie moderne des infections
nosocomiales. Par la suite, en 1983, les travaux de Stamm ont mis en
lumière le rôle crucial de la rupture du système de drainage clos et des
fautes d'asepsie lors de la manipulation des sondes chez les patients
opérés. Au tournant des années 2000, l'accent s'est déplacé vers la
physiopathologie microbienne avec les recherches de Donlan (2001),
qui a décrit le mécanisme du biofilm bactérien adhérant à la surface
des sondes chirurgicales, rendant les germes résistants aux
antibiotiques. Plus récemment, les lignes directrices de Gould et al.
(2010), publiées pour le CDC, ainsi que les méta-analyses de Lo et al.
(2014), ont shifté le paradigme mondial en prouvant que la seule
réduction des indications de sondage en préopératoire et le retrait
précoce en postopératoire restaient les stratégies les plus efficaces
pour abaisser radicalement les taux d'infection. Voici la définition
3****Au Cameroun, la recherche sur les infections urinaires chez les
patients sondés en milieu chirurgical s'est intensifiée ces deux
dernières décennies, mettant en lumière des réalités structurelles,
comportementales et microbiologiques propres aux hôpitaux du pays.
Les travaux pionniers de Njunda et al. (2012) dans la région du Sud-
Ouest ont posé les bases épidémiologiques en démontrant une
prévalence élevée d'infections urinaires nosocomiales, soutenant la
thèse que le manque de formation continue du personnel infirmier sur
les systèmes de drainage clos favorisait la contamination des voies
urinaires. Par la suite, l'étude de Kamga et al. (2018), menée dans les
grands hôpitaux de Yaoundé et Douala, a introduit une thèse axée sur
les pratiques de soins : elle a révélé que la rupture fréquente des stocks
de matériel stérile et les lacunes dans l'application des protocoles
d'hygiène des mains avant la pose de la sonde en chirurgie étaient des
facteurs déterminants majeurs. Plus récemment, les recherches de
Fokam et al. (2021) se sont penchées sur le profil bactériologique en
milieu chirurgical camerounais. Leur thèse a prouvé une alarmante
recrudescence de souches multi-résistantes (notamment Escherichia
coli et Klebsiella pneumoniae productrices de BLSE) sur les sondes à
demeure, directement liée à l'automédication pré-hospitalière et à
l'utilisation systématique et injustifiée d'antibiotiques en prophylaxie
post-opératoire. Enfin, en 2024, les travaux de Teto et al. ont mis en
exergue l'impact du plateau technique, démontrant que l'absence de
protocoles écrits de surveillance et de retrait précoce de la sonde dans
les hôpitaux de district prolongeait inutilement le cathétérisme,
multipliant ainsi le risque infectieux chez les opérés.
2****En Afrique, l'histoire et l'évolution des thèses sur les infections
urinaires chez les patients sondés en chirurgie s'inscrivent dans un
contexte marqué par le défi des ressources limitées, le manque de
consommables standardisés et le poids des infections associées aux
soins. Dès 2003, les travaux précurseurs de Suka et al. en Afrique du
Nord ont mis en évidence que les taux d'infections nosocomiales
urinaires en chirurgie y étaient nettement plus élevés que dans les pays
développés, pointant du doigt la surcharge de travail des infirmiers. En
Afrique subsaharienne, l'étude de Bagheri Nejad et al. (2011), menée
sous l'égide de l'OMS, a soutenu la thèse selon laquelle le non-respect
des règles d'asepsie lors de la pose en urgence et la réutilisation ou la
mauvaise qualité des dispositifs de drainage constituaient les
principaux facteurs de risque. Plus tard, les recherches d'Oncul et al.
(2016) ont démontré l'impact dramatique de la prolongation injustifiée
du sondage post-opératoire, souvent liée à un manque de personnel
pour évaluer quotidiennement les patients. Enfin, les travaux récents
de Tchoba et al. (2022) en Afrique centrale ont introduit une thèse
cruciale sur l'antibiorésistance : ils prouvent que l'utilisation abusive et
probabiliste des antibiotiques en post-opératoire dans les hôpitaux
africains a conduit à l'émergence de bactéries ultra-résistantes (comme
les entérobactéries productrices de BLSE) sur les biofilms des sondes,
compliquant l'URG (urgence de la prise en charge) de ces infections.
1***En Europe et dans les pays développés, l’approche historique et
l’évolution des thèses sur les infections urinaires chez les patients
sondés en chirurgie se distinguent par une standardisation précoce des
protocoles et une surveillance épidémiologique rigoureuse. Dès 2001,
les travaux de Tambyah et Maki aux États-Unis ont redéfini le risque
en quantifiant précisément la vitesse de colonisation, démontrant que
chaque jour d’exposition à une sonde urinaire augmentait le risque de
bactériurie de 3 % à 10 %. En Europe, face à l'émergence des
résistances bactériennes, l'Association Européenne d'Urologie (EAU)
a publié des directives majeures portées par Tenke et al. (2008),
prouvant qu'un protocole écrit strict de soins de sonde réduisait
significativement le taux d'infection. Par la suite, la thèse défendue
par Saint et al. (2016) dans les pays développés a introduit le concept
de "l'utilisation invisible", révélant qu'une grande partie des infections
en post-opératoire provenait du fait que les chirurgiens oubliaient de
faire retirer des sondes devenues inutiles. Récemment, les bilans du
Centre Européen de Prévention et de Contrôle des Maladies (ECDC,
2023) ont réorienté la recherche vers l'impact économique et la
réduction drastique de l'utilisation d'antibiotiques pour les bactériuries
asymptomatiques chez les porteurs de sonde.
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