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La Ve République, née en 1958, a émergé dans un contexte de crise politique et de transformations socio-économiques majeures. Le discours de De Gaulle à Bayeux souligne la nécessité d'une cohésion gouvernementale et d'un pouvoir exécutif fort, tandis que l'analyse de Sirinelli met en lumière les défis rencontrés par le régime face aux chocs pétroliers et aux tensions sociales. La Constitution de 1958, adoptée par référendum, a renforcé le pouvoir présidentiel et a marqué un tournant dans l'histoire politique française.

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La Ve République, née en 1958, a émergé dans un contexte de crise politique et de transformations socio-économiques majeures. Le discours de De Gaulle à Bayeux souligne la nécessité d'une cohésion gouvernementale et d'un pouvoir exécutif fort, tandis que l'analyse de Sirinelli met en lumière les défis rencontrés par le régime face aux chocs pétroliers et aux tensions sociales. La Constitution de 1958, adoptée par référendum, a renforcé le pouvoir présidentiel et a marqué un tournant dans l'histoire politique française.

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4EME SEANCE : LA VE REPUBLIQUE –

« LA NAISSANCE DE LA VE REPUBLIQUE, UN CONTEXTE HORS-NORME ? »

DOCUMENTS
GENERAL DE GAULLE, Discours de Bayeux 16 juin 1946 [Link]
SIRINELLI Jean-François, « Chapitre premier. 1958-1968 : le temps de l’enracinement », in SIRINELLI JF
éd., La Ve République. Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2022, p. 9-28.
Loi constitutionnelle du 3 juin 1958 portant dérogation transitoire aux dispositions de l'article 90 de la
Constitution - Extraits de la Constitution du 4 octobre 1958

GENERAL DE GAULLE, DISCOURS DE BAYEUX, 16 JUIN 1946


Dans notre Normandie, glorieuse et mutilée, Bayeux et ses environs furent témoins d'un des plus
grands événements de l'Histoire. Nous attestons qu'ils en furent dignes. C'est ici que, quatre années
après le désastre initial de la France et des Alliés, débuta la victoire finale des Alliés et de la France.
C'est ici que l'effort de ceux qui n'avaient jamais cédé et autour desquels s'étaient, à partir du 18 juin
1940, rassemblé l'instinct national et reformée la puissance française tira des événements sa décisive
justification. (…)
Au cours d'une période de temps qui ne dépasse pas deux fois la vie d'un homme, la France fut envahie
sept fois et a pratiqué treize régimes, car tout se tient dans les malheurs d'un peuple. Tant de
secousses ont accumulé dans notre vie publique des poisons dont s'intoxique notre vieille propension
gauloise aux divisions et aux querelles. Les épreuves inouïes que nous venons de traverser n'ont fait,
naturellement, qu'aggraver cet état de choses. La situation actuelle du monde où, derrière des
idéologies opposées, se confrontent des Puissances entre lesquelles nous sommes placés, ne laisse
pas d'introduire dans nos luttes politiques un facteur de trouble passionné. Bref, la rivalité des partis
revêt chez nous un caractère fondamental, qui met toujours tout en question et sous lequel
s'estompent trop souvent les intérêts supérieurs du pays. Il y a là un fait patent, qui tient au
tempérament national, aux péripéties de l'Histoire et aux ébranlements du présent, mais dont il est
indispensable à l'avenir du pays et de la démocratie que nos institutions tiennent compte et se
gardent, afin de préserver le crédit des lois, la cohésion des gouvernements, l'efficience des
administrations, le prestige et l'autorité de l'État. (…)
Du Parlement, composé de deux Chambres et exerçant le pouvoir législatif, il va de soi que le pouvoir
exécutif ne saurait procéder, sous peine d'aboutir à cette confusion des pouvoirs dans laquelle le
Gouvernement ne serait bientôt plus rien qu'un assemblage de délégations. Sans doute aura-t-il fallu,
pendant la période transitoire où nous sommes, faire élire par l'Assemblée nationale constituante le
Président du gouvernement provisoire, puisque, sur la table rase, il n'y avait aucun autre procédé
acceptable de désignation. Mais il ne peut y avoir là qu'une disposition du moment. En vérité, l'unité,
la cohésion, la discipline intérieure du gouvernement de la France doivent être des choses sacrées,
sous peine de voir rapidement la direction même du pays impuissante et disqualifiée. Or, comment
cette unité, cette cohésion, cette discipline, seraient-elles maintenues à la longue si le pouvoir exécutif
émanait de l'autre pouvoir auquel il doit faire équilibre, et si chacun des membres du gouvernement,
lequel est collectivement responsable devant la représentation nationale tout entière, n'était, à son
poste, que le mandataire d'un parti ?

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C'est donc du chef de l'État, placé au-dessus des partis, élu par un collège qui englobe le Parlement
mais beaucoup plus large et composé de manière à faire de lui le Président de l'Union française en
même temps que celui de la République, que doit procéder le pouvoir exécutif. Au chef de l'État la
charge d'accorder l'intérêt général quant au choix des hommes avec l'orientation qui se dégage du
Parlement. A lui la mission de nommer les ministres et, d'abord, bien entendu, le Premier, qui devra
diriger la politique et le travail du gouvernement. Au chef de l'État la fonction de promulguer les lois
et de prendre les décrets, car c'est envers l'État tout entier que ceux-ci et celles-là engagent les
citoyens. A lui la tâche de présider les Conseils du gouvernement et d'y exercer cette influence de la
continuité dont une nation ne se passe pas. A lui l'attribution de servir d'arbitre au-dessus des
contingences politiques, soit normalement par le conseil, soit, dans les moments de grave confusion,
en invitant le pays à faire connaître par des élections sa décision souveraine. A lui, s'il devait arriver
que la patrie fût en péril, le devoir d'être le garant de l'indépendance nationale et des traités conclus
par la France.

SIRINELLI JEAN-FRANÇOIS, « Chapitre premier. 1958-1968 : le temps de l’enracinement »


Née au temps des Trente Glorieuses, la Ve République a été confrontée, au moment même où elle
venait de s’enraciner et de surmonter la phase délicate de départ de son fondateur, à une inversion
de la conjoncture socio-économique. Comme l’écrira Jean Fourastié en 1979, les deux chocs pétroliers
des années 1970 ont entraîné la fin des « années faciles » et le régime a dû bientôt, de ce fait, affronter
une réelle déchirure du tissu social, ainsi qu’un trouble profond de l’esprit public. En même temps,
cette apparition et ce développement de la crise n’ont pas empêché la poursuite de la mutation
socioculturelle amorcée précédemment et qui s’éploie durant les Vingt Décisives (1965-1985) de la
société française. C’est donc à une France profondément atteinte par l’ébranlement des années 1970
mais aussi profondément transformée par cette grande mutation que le régime de la Ve République
dut continuer à fournir un cadre politique. Dès lors, une question se pose à l’historien : ces
changements de configuration économique et sociale sont-ils plus importants, pour la compréhension
du métabolisme de ce régime, que l’alternance politique de 1981 ou la première cohabitation de
1986 ? Si ces deux épisodes ont confirmé la capacité des institutions à réguler sans crise aiguë les
mouvements de balancier du corps politique, ce changement de configuration, en revanche, a
progressivement soumis la Ve République à de nouvelles tensions.
Si la Ve République a une date de naissance – le 28 septembre 1958 –, son histoire est difficilement
dissociable des conditions de la disparition du régime qui la précéda. Comme cette histoire a été faite
dans l’ouvrage de la même collection consacré à la IVe République, on ne reviendra ici que sur les
éléments nécessaires à la compréhension des circonstances et des modalités de cette naissance. Au
commencement, il y eut le 13 mai 1958 et la crise politique qui s’ensuivit. À la suite de cette crise, le
général de Gaulle devient président du Conseil le 1er juin. Mais cette désignation n’est pas seulement
la énième crise ministérielle de la IVe République : elle en sonne le glas et le général de Gaulle sera le
dernier président du Conseil de cette République. Le lendemain 2 juin, en effet, celui-ci obtient par un
autre vote de l’Assemblée nationale l’autorisation de préparer une nouvelle Constitution. Si la
Ve République ne naît que le 28 septembre, il est possible de considérer que ce vote du 2 juin
constituait l’arrêt de mort de la IVe République. Dès lors, une question à la fois historique et
historiographique deviendra récurrente : une telle mort a-t-elle été préméditée ? La réponse est
complexe et renvoie, en amont, vers le 13 mai. En effet, le 1er juin, le processus est déjà tacitement
enclenché : le général a subordonné son retour au pouvoir à la possibilité de réformer les institutions.
La question est donc plutôt de savoir si son retour au pouvoir a été le fruit d’un complot, permettant
à terme un changement de régime. Ses adversaires, en tout cas, considéreront que, de fait, complot il
y eut et parleront même, pour certains d’entre eux, de « coup d’État ». Et sur la Ve République pèsera,
sous bien des plumes, surtout durant la première décennie de son existence, un soupçon de naissance

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impure, fruit d’un coup de force ou, pour le moins, de la crainte savamment orchestrée d’une situation
de guerre civile.
I. – Le compromis de 1958
Pour autant, et quelle que soit la thèse retenue pour l’interprétation du déroulement de la crise de
mai, il reste que la procédure de retour au pouvoir du général de Gaulle fut constitutionnellement
régulière. Bien plus, durant l’été qui suit, le soin de rédiger un projet de constitution est confié à un
comité présidé par Michel Debré, ministre de la Justice. Le 4 septembre, le général de Gaulle présente
ce projet au pays, dans un discours symboliquement prononcé place de la République. La date est
également choisie à dessein : le 4 septembre 1870, la République avait été proclamée, le Second
Empire étant emporté par la défaite de Sedan. Et, ainsi qu’il avait été déjà annoncé au début du mois
de juin, de Gaulle rappelle que les Français se prononceront sur ce projet par voie de référendum, fixé
au 28 septembre. Ce jour-là, la réponse du peuple français est dépourvue d’ambiguïté : les nouvelles
institutions sont approuvées par 79 % des suffrages exprimés. Un tel résultat est d’autant plus notable
que le Parti communiste avait appelé à voter « non », ainsi qu’une minorité de socialistes et de
radicaux, et quelques personnalités de gauche de premier plan comme Pierre Mendès France et
François Mitterrand. Et l’appui donné au projet constitutionnel est d’autant plus clair que les électeurs
sont venus voter massivement : avec 84 % de participation, on est loin de la République précédente,
où près du tiers de l’électorat s’était abstenu au moment du référendum de naissance en
octobre 1946. Ce taux de participation et la proportion très élevée de « oui » confèrent aux nouvelles
institutions une indéniable légitimité.
1. De nouvelles institutions. – Celle-ci vient s’ajouter au principe de légalité : le référendum du
28 septembre ayant, d’une certaine façon, conféré au peuple souverain le pouvoir constituant, la
Constitution se trouve de facto adoptée ce jour-là, que l’on peut, de ce fait, considérer comme la date
de naissance du nouveau régime. Celui-ci est le fruit d’un compromis entre les conceptions
gaulliennes, exprimées notamment dans le discours de Bayeux en 1946, et celles des responsables
politiques quarto-républicains qui ont accepté le retour du général de Gaulle et le principe d’une
nouvelle Constitution. Celle-ci tranche indéniablement avec le dispositif institutionnel de la
IVe République. Le pouvoir exécutif se trouve renforcé, avec un président de la République doté de
prérogatives élargies : élu par un collège électoral de 80 000 membres et non plus par le Parlement, il
nomme le Premier ministre, possède le droit de dissolution et peut recourir au référendum pour des
questions concernant l’organisation des pouvoirs publics. Face à un président ainsi renforcé dans ses
prérogatives et donc dans son rôle, le Parlement, constitué de deux chambres, voit son pouvoir
rabaissé. L’Assemblée nationale, élue pour cinq ans, ne peut renverser le gouvernement que par une
motion de censure – ou par le rejet d’une question de confiance posée par le Premier ministre –
et elle n’est pas véritablement maîtresse de son ordre du jour. Son rôle législatif et budgétaire est
étroitement encadré et canalisé. Le Sénat, désigné au suffrage indirect pour neuf ans, se trouve pour
sa part cantonné dans un rôle de confirmation des lois.
Le gouvernement, de son côté, « détermine et conduit la politique de la Nation ». Une telle
formulation laisse une marge d’incertitude pour ce qui concerne l’autonomie du Premier ministre face
au président, qui le nomme. Il y a bien là, dès le départ, une question structurelle susceptible de revêtir
deux formes de dysfonctionnement : quand les deux personnages de la dyarchie quinto-républicaine
appartiennent à la même majorité, le second doit-il être cantonné à un rôle d’exécution de la politique
en fait « déterminée » à l’Élysée ? Et, a fortiori, que se passera-t-il quand ces deux personnages
n’appartiendront pas à la même majorité ?
Ces institutions de la Ve République s’enracinent d’autant plus profondément dès cet automne 1958
qu’elles reçoivent à nouveau, indirectement cette fois, l’onction du peuple souverain deux mois plus
tard au moment des élections législatives de novembre. Les gaullistes, qui n’existaient plus qu’à l’état
résiduel dans l’Assemblée nationale de la fin de la IVe République, connaissent, en effet, une
spectaculaire résurrection : regroupés au sein de l’Union pour la nouvelle République (UNR), ils
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obtiennent 188 députés, soit presque 30 % des sièges. Inversement, le Parti communiste, qui avait
préconisé le « non » au référendum, connaît un très fort recul, passant de 25,9 % des suffrages
exprimés en 1956 à 19,2 % en 1958. Ce recul frappe d’autant plus les esprits que les autres partis
importants de la IVe République qui s’étaient prononcés pour le « oui » le 28 septembre parviennent
à mieux préserver leurs positions deux mois plus tard : SFIO, MRP et indépendants restent bien
présents dans l’Assemblée nationale issue des élections législatives de novembre.
Celle-ci a été élue selon un nouveau mode de scrutin, uninominal à deux tours. Le changement est
radical par rapport à la IVe République, où prévalait, pour l’élection des députés, le principe
proportionnel. Dans l’esprit de ses concepteurs, le nouveau type de scrutin doit permettre de dégager
des majorités cohérentes. De telles majorités, il est vrai, ne sont possibles que dans deux cas de figure.
D’une part, un parti dominant, à droite ou à gauche, parvient à lui seul, grâce notamment à l’effet
amplificateur du second tour, à être majoritaire à l’Assemblée : au cours des premières décennies de
la Ve République, une telle situation ne se présentera que deux fois, pour les gaullistes en juin 1968 et
pour les socialistes en 1981, après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle. D’autre
part, s’il reste ainsi difficile pour un parti d’obtenir seul la majorité absolue des sièges, le nouveau
mode de scrutin incite quasi mécaniquement à des alliances politiques permettant des désistements
entre les deux tours. Il y a bien là, en germes, un facteur de bipolarisation de la vie politique française.
Cela étant, à cette date manque à une telle bipolarisation, pour s’amorcer réellement, le facteur
déclenchant que constituera à partir de 1962 l’élection du président de la République au suffrage
universel, avec deux candidats seulement présents au second tour. De ce point de vue, il apparaît bien
que la Constitution de 1958 reste alors, à bien des égards, un compromis. Ce n’est qu’en 1962 que le
général de Gaulle engagera le fer sur cette question. Pour l’heure, l’article 6 des institutions adoptées
le 28 septembre prévoit que le président de la République est élu par un collège électoral composé
des députés, des sénateurs, des conseillers généraux et de représentants des conseils municipaux.
Le 21 décembre 1958, 78,5 % de ces grands électeurs se prononcent en faveur du général de Gaulle.
Celui-ci, après avoir été le dernier président du Conseil de la IVe République, devient ainsi le premier
président de la Ve République. Il entre officiellement en fonction le 9 janvier 1959 et, le lendemain, il
désigne Michel Debré comme Premier ministre. Les principaux organes de pouvoir prévus par la
Constitution – hormis le Sénat, dont les élections interviendront un peu plus tard – sont désormais en
place et la phase de changement institutionnel ouverte huit mois plus tôt à la suite de l’onde de choc
du 13 mai 1958 se termine. Le problème algérien, en revanche, reste entier, et il allait encore se
prolonger durant trois ans et demi.
2. Face à la guerre d’Algérie. – Si ces années ont été rudes pour la jeune République, elles ont
contribué par leur densité même à son enracinement : chaque crise alors surmontée semblait faire,
en effet, la preuve de l’efficacité du nouveau régime, alors que c’est bien la guerre d’Algérie qui avait
contribué, au moins indirectement, à la chute de la IVe République. On ne peut détailler ici les
circonstances et les modalités de chacune de ces crises. Globalement, il apparaît possible de distinguer
rétrospectivement trois grandes phases dans la gestion gaullienne du conflit algérien. La première ne
diffère guère, au moins en apparence, de la politique menée jusqu’ici par les derniers gouvernements
quarto-républicains. Certes, le général de Gaulle avait prononcé début juin 1958 un sibyllin « je vous
ai compris » devant la foule algéroise, mais à l’automne suivant il s’en était tenu à des promesses de
réformes (plan de Constantine) en appelant de ses vœux une « paix des braves ». C’est, en fait, à la fin
de l’été suivant qu’intervient la première inflexion décisive : le 16 septembre 1959, le général de
Gaulle évoque le principe de « l’autodétermination », énumérant trois formules possibles pour l’avenir
de l’Algérie. C’est aux habitants de ces départements algériens de se prononcer sur leur avenir, qui
pourrait être placé sous le signe du maintien de l’Algérie française, de la sécession ou de l’association.
Si le chef de l’État, à cette date, n’exprime pas une préférence, les partisans de l’Algérie française
éprouvent dès ce moment le sentiment d’avoir été trompés. De là provient un très fort contentieux
entre les « pieds-noirs » et de Gaulle. Quelques mois plus tard, du reste, en janvier 1960, l’épisode de
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« la semaine des barricades » à Alger illustre bien l’ampleur de ce contentieux, qui va encore
s’accroître en septembre 1960, quand le président de la République évoque pour la première fois
l’éventualité d’une « République algérienne ». Commence ainsi une troisième phase, durant laquelle
le général de Gaulle bénéficie du soutien de l’opinion : ainsi, en janvier 1961, un référendum portant
sur le principe de l’autodétermination obtient 75,2 % de « oui ». Si la résolution du conflit par la
Ve République prend, en définitive, autant de temps que ce qu’avait été la durée de la confrontation
de la IVe République à la même question algérienne – un peu moins de quatre ans dans chacun des
cas –, le nouveau régime reste maître de la situation lors de chacune des crises et la position du général
de Gaulle en sort même renforcée. Déjà, en 1960, « la semaine des barricades » s’était en définitive
terminée à l’avantage du pouvoir ; bien plus, l’année suivante, le « putsch des généraux » à Alger,
situation historique objectivement encore plus grave que les événements du 13 mai 1958, tourne
court et l’exécutif paraît avoir conservé de bout en bout la maîtrise de la situation. Il s’agit non
seulement d’un succès à porter au crédit de la Ve République mais d’un pilotis supplémentaire qui
ancre encore davantage ce régime, après la double onction populaire de l’automne 1958.
De surcroît, le général de Gaulle, qui avait amorcé des négociations avec le FLN algérien, voit celles-ci
aboutir à la signature des accords d’Évian le 18 mars 1962, massivement approuvés par 90 % des
électeurs au référendum du 8 avril 1962. Si, en dépit de ces accords, le printemps 1962 en Algérie est
le théâtre d’épisodes dramatiques et si, bientôt, s’amorce un exode massif des « pieds-noirs » – qui
deviennent, de ce fait, des « rapatriés » –, l’indépendance de l’Algérie est effective le 3 juillet. Et la
Ve République, en dépit des sanglants soubresauts de cette ultime phase de la guerre d’Algérie, sort
renforcée de ses tumultueuses premières années. Les crises à répétition durant près de quatre années
n’ont pas été l’expression de groupes informels ou constitués qui auraient été intrinsèquement
hostiles à la nouvelle variante de la démocratie française mais des scansions du dénouement du drame
algérien.
Ce dénouement confère à l’année 1962 une importance historique particulière : avec la fin de la guerre
d’Algérie, en effet, c’est une phase presque séculaire de l’histoire française qui s’achève, le pays ayant
connu depuis 1870 une sorte de trend belliqueux. Durant neuf décennies, il y a bien eu une période
de cette histoire marquée par l’omniprésence de la guerre : une guerre européenne, deux guerres
mondiales, une guerre froide Est-Ouest à partir de 1947, deux guerres coloniales dont la seconde mit
indirectement à bas la IVe République et demeura le principal problème pour le régime suivant
jusqu’en 1962. Alors que les grandes passions françaises avaient été, un siècle ou presque durant,
profondément activées et façonnées par une telle présence de la guerre, celle-ci quitte alors le devant
de la scène nationale, d’autant que la guerre froide elle-même connaît à la même date une phase de
détente, placée sous le signe de la « coexistence pacifique ».
L’adieu définitif à l’Empire et la rétraction du pays, après plus d’un siècle de dilatation coloniale, aux
dimensions de l’Hexagone constituent un phénomène fondamental pour une autre raison également :
la France du début des années 1960 vient de connaître, en moins d’une décennie, un changement
d’échelle, dont rend compte, du reste, ce mot Hexagone dont l’usage date précisément de cette
époque. La suite de son histoire et donc celle de la Ve République naissante s’opèrent désormais dans
un cadre géographique rétréci. Un tel constat n’est pas contradictoire avec le fait qu’à la même date
non seulement la France est partie prenante dans le processus de construction européenne enclenché
quelques années plus tôt mais, de surcroît, la communauté nationale s’ouvre, beaucoup plus que par
le passé, aux vents venus d’ailleurs : à l’heure où la culture de masse audiovisuelle tout à la fois rajeunit
et se mondialise, elle est de plus en plus parcourue de sons et d’images pour lesquels des frontières
n’ont plus guère de signification. En d’autres termes, plus qu’à une simple rétraction géographique,
on assiste à une insertion de cette communauté nationale dans des jeux d’échelles singulièrement
plus complexes qu’auparavant : le recentrage centripète du début des années 1960 est concomitant
du développement rapide de nouvelles forces centrifuges, d’une autre nature que celles qui étaient
induites auparavant par l’expansion coloniale. La Ve République est donc un régime politique qui

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s’installe à un moment où ces processus complexes et à géométrie variable dessinent de nouveaux
périmètres pour la vie de la Cité.

LOI CONSTITUTIONNELLE DU 3 JUIN 1958

L'Assemblée nationale et le Conseil de la respect des libertés essentielles telles qu'elles


sont définies par le préambule de la
République ont délibéré,
Constitution de 1946 et par la Déclaration des
L'Assemblée nationale a adopté, droits de l'homme à laquelle il se réfère ;
Le président de la République promulgue la loi 5° La Constitution doit permettre d'organiser
dont la teneur suit : les rapports de la République avec les peuples
Article unique qui lui sont associés.

Par dérogation aux dispositions de son article 90, Pour établir le projet, le Gouvernement
la Constitution sera révisée par le gouvernement recueille l'avis d'un comité consultatif ou
investi le 1er juin 1958 et ce, dans les formes siègent notamment des membres du Parlement
suivantes : désignés par les commissions compétentes de
l'Assemblée nationale et du Conseil de la
Le Gouvernement de la République établit un République. Le nombre des membres du comité
projet de loi constitutionnelle mettant en œuvre consultatif désignés par chacune des
les principes ci-après: commissions est au moins égal au tiers du
1° Seul le suffrage universel est la source du nombre des membres de ces commissions ; le
pouvoir. C'est du suffrage universel ou des nombre total des membres du comité
instances élues par lui que dérivent le pouvoir consultatif désignés par les commissions est
législatif et le pouvoir exécutif ; égal aux deux tiers des membres du comité.
2° Le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif Le projet de loi arrêté en Conseil des ministres,
doivent être effectivement séparés de façon que après avis du Conseil d'État, est soumis au
le Gouvernement et le Parlement assument référendum. La loi constitutionnelle portant
chacun pour sa part et sous sa responsabilité la révision de la Constitution est promulguée par
plénitude de leurs attributions ; le président de la République dans les huit jours
de son adoption.
3° Le Gouvernement doit être responsable
devant le Parlement ; La présente loi sera exécutée comme loi de
l'État.
4° L'autorité judiciaire doit demeurer
indépendante pour être à même d'assurer le Fait à Paris, le 3 juin 1958.

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