# N°42 Coordination SUD SEPTEMBRE 2025
NOTES SUD DE
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T D É V E LO P P E
A
Gestion des DEEE sur les installations d’accès
à l’énergie solaire en Afrique
Projet Green Innovation Hub avec l’espace dédié à la collecte, réparation et recyclage
des D3E dans les camps de réfugiés rohingyas de Cox Bazar, au Bangladesh.
N°42 1
1 CONTEXTE DE LA GESTION DES DEEE
EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
L’accès à l’énergie, surtout renouvelable, est un véri-
table levier de développement économique et humain, sur CHIFFRES CLÉS (UNITAR, 2022, 2024)
le continent africain comme ailleurs. Néanmoins, il s’ac-
compagne inévitablement d’un accroissement de la pro- • En 2022, le monde a généré un volume
duction d’équipements et de l’achat d’appareils électriques record de 62 milliards de kg de déchets
et électroniques, qui, une fois en fin de vie, deviennent des électroniques (contre 34 milliards en 2010),
déchets. soit une moyenne de 7,8 kg par habitant. Seuls
Pour les acteur·rice·s de la coopération internationale, 22,3 % de ces déchets ont été officiellement
il ne s’agit pas seulement d’un détail technique : ils ·elles collectés et recyclés (soit 13,8 milliards de kg).
jouent un rôle et ont une responsabilité dans la conduite • Les déchets électroniques provenant
des projets d’accès à l’énergie. Cette fiche de synthèse vise des panneaux photovoltaïques devraient
à leur fournir des informations clés sur les enjeux de ges- quadrupler, passant de 0,6 milliard de kg
tion des DEEE afin qu’ils·elles puissent les intégrer dès la en 2022 à 2,4 milliards de kg en 2030.
conception de leurs projets.
2 SPÉCIFICITÉS TECHNIQUES DU TRAITEMENT
DES DEEE ISSUS DU SOLAIRE
Les installations solaires comprennent un certain minimales pour limiter la génération future de DEEE.
nombre d’équipements électriques et électroniques parmi Les matériaux critiques et les terres rares, présentent
lesquels : les modules photovoltaïques, les équipements de un certain potentiel de récupération, mais les fractions
gestion et conversion d’énergie, les batteries, les câbles, les dites « problématiques » (mousses isolantes PUR, écrans,
lanternes solaires et autres petits équipements (radios, ven- lampes au mercure, batteries) posent de sérieux défis : peu
tilateurs, TV…). d’infrastructures locales existent, leur traitement demeure
Les durées de vie des équipements sont corrélées aux coûteux et nécessite souvent le recours à l’exportation.
conditions d’exploitation ainsi qu’à la qualité des pro- La gestion des batteries, en particulier, est un enjeu
duits. Une maintenance insuffisante ou un mauvais dimen- majeur car leur cycle de vie est le plus court. Leur réuti-
sionnement peuvent entraîner une dégradation prématu- lisation est possible, mais le secteur est encore jeune, les
rée, en particulier des batteries, dont la durée de vie peut structures sont rares et se concentrent sur la récupération
chuter à moins de deux ans. Il est aussi essentiel de bien de nickel, cuivre et cobalt. Les batteries au plomb sont plus
encadrer l’achat et de définir des spécifications techniques souvent recyclées car leur forte teneur en plomb (~65%) per-
met un reconditionnement rentable. À l’inverse, les batte-
Durée de vie moyenne des équipemements (années) ries lithium-ion, moins toxiques mais plus sujettes à la sur-
chauffe, sont plus complexes et couteuses à traiter. Celles
Panneaux photovoltaïques 25
généralement utilisées dans les installations de mini-ré-
Régulateurs / Convertisseurs 10 seaux (Lithium Manganèse Oxide et Lithium Fer Phos-
Batteries plomb-acide 3-10 phate) ne contiennent pas de minerais rares et présentent
Batteries lithium-ion 10 une faible valeur en fin de vie : leur recyclage génère des
coûts nets et il est plus probable qu’elles soient jetées de
Lanternes solaires 3-6 manière non contrôlée.
3 ENJEUX DE LA
GESTION DES DEEE
Le caractère toxique de certains composants des DEEE alimentaire. Le recours à l’exportation des DEEE vers l’Eu-
sont une menace directe pour la santé publique et la préser- rope ou l’Asie pour traitement, aggrave leur impact environ-
vation du cadre de vie des populations. Leur traitement, sou- nemental, alors qu’ils contiennent des matériaux critiques
vent réalisé par des acteurs informels ou via des filières non dont l’extraction engendre déjà des émissions. Promouvoir
contrôlées, expose les individus à des substances dangereuses une gestion durable des DEEE à travers des pratiques de
et engendre des pollutions diffuses. La mise en décharge non tri, de réemploi et de recyclage local permet non seulement
sécurisée ou le brûlage à ciel ouvert contaminent les sols, l’eau de réduire la dépendance aux ressources vierges, mais aussi
et l’air, affectant l’ensemble de l’écosystème et de la chaîne de protéger les écosystèmes et les populations.
2 N°42
4 FREINS ET OBSTACLES
À UNE GESTION DURABLE DES DEEE
ÉCOSYTÈME ET CIRCUIT DE DEEE ISSUS D’INSTALLATIONS SOLAIRES
Tiré de différentes sources : Efficiency for Access (2021), UNITAR (2024).
Production des Mise en vente Phase d’usage Réparateurs
équipements et distribution des équipements informels
Génération
de DEEE
Reconditionnement
Élimination des
Collecte Collecte
DEEE dans les
formelle informelle
déchets résiduels
Recyclage formel Traitement Décharges Traitement et Marché local
en local formel sauvages recyclage informel (artisans)
Durée de vie des EEE
Formel
Export pour recyclage Produit
(Europe, Asie, etc.) Produit et composants
Informel
Composants / matériaux
Les pays africains affichent les taux de DEEE par ha- cien·nes formé·es, la faible disponibilité des pièces détachées
bitant les plus bas (2,5 kg/hab de DEEE générés contre et le coût élevé des interventions. Garantir l’accès aux pièces
17,6 en Europe) mais ont plus de difficultés à les recycler, détachées et mettre en place une maintenance de proxi-
avec un taux de collecte et de recyclage formalisé sous le mité est indispensable pour maximiser la durée de vie
seuil de 1% (contre 30% dans les Amériques, 11% en Asie des équipements et limiter la génération de DEEE.
et 42% en Europe) (Baldé et al., 2024). Dans ce paysage, le secteur informel joue un rôle ambi-
Le premier obstacle au bon traitement des DEEE est l’ac- valent. Majoritaire dans la collecte des DEEE dans de nom-
cès aux déchets par les opérateurs. Les ménages tendent breux pays, il recourt souvent à des pratiques dangereuses,
à conserver leurs équipements devenus obsolètes car ils sont comme la combustion de plastiques pour la récupérer du
peu incités à se débarrasser de déchets potentiellement lucra- cuivre de câbles isolés en PVC, exposant les travailleur·euse·s
tifs, en particulier dans les zones isolées où les points et ser- et l’environnement à de graves risques. Malgré cela, les acteurs
vices de collectes sont rares et les filières peu organisées. informels restent les principaux opérateurs de la collecte et du
En parallèle, les infrastructures de tri et de recyclage traitement des DEEE. Compte tenu de leur accès privilégié
sécurisées sont rares, avec des capacités faibles et des aux déchets et de leur rôle clé dans l’emploi local, leur
chaînes locales quasi-inexistantes ou dispersées (Forti et al., intégration dans toute stratégie de consolidation du sec-
2020). Là où elles existent, les standards opérationnels sont teur des DEEE est indispensable.
parfois dangereux, posant des risques pour la santé humaine Enfin, le manque de concertation et de coordina-
et environnementale. tion entre les différents acteurs impliqués freine la mise
Par ailleurs, la réparation, pourtant essentielle pour en place de filières efficaces et sécurisées. L’absence de dia-
prolonger la durée de vie des équipements, reste diffi- logue empêche le développement de solutions intégrées et
cile à mettre en place dans un contexte marqué par le faible limite les synergies possibles. Une approche plus collabo-
potentiel de réparabilité des appareils (souvent non conçus rative est indispensable pour structurer durablement le
pour être réparés), le manque de centres spécialisés et techni- secteur.
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5 CADRES RÉGLEMENTAIRES
ET INITIATIVES POLITIQUES
Plusieurs conventions internationales encadrent la ges- et respectueuse de l’environnement de sa fin de vie. Il peut
tion des déchets dangereux, y compris des DEEE, notam- s’implémenter sous les formes de :
ment : la Convention de Bâle, la Convention de Bamako et • Modèles où les producteurs et importateurs doivent
la Convention de Stockholm. Elles posent les bases légales contribuer à un fonds central destiné à financer la
pour contrôler les flux transfrontaliers, interdire certaines bonne collecte et recyclage, gardant seulement la res-
importations, et encadrer la gestion des substances nocives. ponsabilité financière. Cette contribution est propor-
Bien que signées, les conventions relatives à la ges- tionnelle à leurs ventes, mais n’implique pas de responsa-
tion des déchets n’ont pas été pleinement intégrées ni bilité directe sur la gestion des déchets. Ils ne sont donc
appliquées dans les législations nationales. Néanmoins, pas tenus d’intégrer l’écoconception, la réparabilité ou la
on compte parmi les cadres réglementaires les plus avan- mise à disposition de pièces détachées. Ce modèle existe
cés ceux du Rwanda, du Ghana, du Kenya, de l’Ouganda par exemple au Ghana sous forme d’« éco-redevance ».
et du Nigéria. Certains se basent sur le « Principe de Res- • Modèles où les producteurs et importateurs sont obli-
ponsabilité Élargie du Producteur » (REP), qui traduit le gés de collecter et recycler des volumes de déchets dé-
« Principe du Pollueur Payeur » (PPP) pour les chaînes de finis, gardant la responsabilité financière et opération-
production et de déchets posant des risques sanitaires et nelle. C’est le modèle adopté par le Nigéria, où environ
environnementaux. Il prévoit que les acteurs responsables 70 entreprises sont enregistrées, des points de collecte
de l’introduction d’un nouveau type d’équipement sur un mis en place, et des partenariats établis avec des recy-
marché national soient responsables de la gestion propre cleurs tels que Hinckley.
6 RECOMMANDATIONS AUX PORTEURS DE PROJETS
POUR UNE MEILLEURE GESTION DES DEEE
1. Cadrage initial et conception du projet : dèle opérationnel (par exemple via une clause dans le
intégrer la gestion des DEEE contrat fournisseur) ;
nalyser le contexte énergétique national et local (ré-
A Choisir des équipements réparables, démontables et
seau centralisé ou décentralisé), le maillage territorial compatibles avec les capacités locales de réparation
et l’historique de développement de mini-réseaux (na- et de recyclage, pour faciliter les futures opérations de
ture des acteurs, ancienneté et qualité des installa- maintenance ou de traitement ;
tions) pour mesurer la faisabilité du projet et anticiper Intégrer des acteurs industriels dès le départ, pour
les besoins logistiques ; ouvrir la voie à un futur élargissement des solutions de
Intégrer la gestion des DEEE dès la conception du collecte ou de traitement ;
projet d’installation solaire, en prévoyant des méca- Allouer un budget spécifique à la gestion des DEEE
nismes de reprise des équipements usagés dans le mo- dès le montage financier
4 N°42
2. Mise en place opérationnelle :
mobiliser des modèles adaptés
dopter des modèles de service (PAYGo, ESCO, leasing,
A ettre en avant la création d’emplois locaux, liée à la
M
etc.) permettant de maintenir une relation avec les usa- filière DEEE, notamment auprès des collectivités locales
ger·ères, et de suivre, entretenir ou récupérer les équipe- parfois peu sensibilisées aux enjeux du secteur.
ments en fin de vie, notamment en nouant des partenariats
avec le secteur privé et/ou en consolidant des modèles d’en- 4. Renforcement de l’environnement institution-
treprises locales pour garantir le service dans la durée ; nel : favoriser un cadre favorable et durable
Mettre en place une stratégie de maintenance efficace, ensibiliser la population et mener des actions de
S
pour maximiser la durée de vie des équipements et limi- plaidoyer auprès des autorités et instances réglemen-
ter le volume de déchets générés ; taires, pour faire émerger un cadre légal adapté à la ges-
Valoriser les initiatives de micro-recyclage et de re- tion des DEEE ;
conditionnement, notamment locaux, pour développer Anticiper une rentabilité à long terme : les volumes
des circuits courts de valorisation. initiaux peuvent être « faibles », mais la consolidation
progressive de la filière est indispensable et créera un ef-
3. Déploiement sur le terrain fet levier économique et environnemental dans le temps.
et structuration de l’écosystème
réer ou renforcer des points de collecte de proximité,
C Pour en savoir plus, le Réseau Cicle vous invite à consulter
en lien avec les collectivités locales, les ONG, les réseaux sa fiche de synthèse qui permet d’aller plus loin sur les
de distribution existants ou les opérateurs locaux ; modèles économiques, les ressources clés et les acteurs de
Associer les acteurs informels à la filière, via des cadres référence du secteur des DEEE.
de collaboration sûrs, en les intégrant progressivement Gestion des DEEE sur les installations d’accès à l’énergie
dans une logique de structuration et en renforçant leurs solaire en Afrique - Réseau Cicle
capacités ;
Cette publication est réalisée par la par (I) le renforcement des capacités AVSF, Bolivia Inti-Sud Soleil, CARE
Commission Climat et Développement des acteurs du développement, (II) la France, CARI, CRID, Électriciens Sans
de Coordination SUD. production de savoir en lien avec le Frontières, Entrepreneurs du Monde,
Depuis 2007, et face à l’intensification monde de la recherche, (III) la construc- Fondation France Libertés, Fondation
des conséquences de la crise clima- tion de positionnement commun pour GoodPlanet, Fondem, Forim, France Vo-
tique dans les pays les plus vulnérables, une communication et un plaidoyer effi- lontaires, Geres, Gret, Initiative Déve-
les ONG membres de Coordination SUD cace auprès des décideuses et déci- loppement, Oxfam France, et WWF.
qui travaillent sur le climat se sont réu- deurs français·e·s et européen·ne·s et Ainsi que les organisations invitées
nies au sein de la CCD. Elles ont pour (IV) le partage et la capitalisation sur les all4trees, Coalition Eau, Croix-Rouge
objectif de favoriser l’intégration des expériences de chacun et chacune. Elle française, RAC-France, RePR.
enjeux d’atténuation et d’adaptation regroupe les organisations suivantes :
aux changements climatiques, en lien 4D, Action Contre la Faim, ActionAid Contact :
avec les objectifs de développement France-Peuples Solidaires, Acting for Guillaume Quelin (Gret) quelin@[Link]
durable, dans les projets de développe- Life, Agrisud International, ATD Quart Nadia Trainar (Geres) [Link]@[Link]
ment. À cette fin, ses membres agissent Monde, Association La Voûte Nubienne, Site web : [Link]
Cette note est réalisée avec le soutien de l’AFD.
Les points de vue exposés dans ce document ne
représentent en aucun cas le point de vue officiel de l’AFD.
ÉDITEUR COORDINATION SUD Direction de publication : Jérôme Fauré
14 passage Dubail 75010 Paris Secrétariat de rédaction : Marie-Pierre Liénard
Tél. : 01 44 72 93 72 Autrice : Alexane Hourriez (Réseau Cicle)
sud@[Link] Contributeur·rice·s : Céline Heim & Fabrice Louvel (Action contre la faim), Tania Chauvin &
Théliau Josse (Electriciens sans frontières), Alexis Caujolle (GERES), Alice Boitrelle (Hulo),
Parfait Agbetossou & Olivier Latreille (MoiJeuTri), Cécile Gillot & Corentin Oudot (Réseau Cicle).
Graphisme : Benjamin Madelainne