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Les failles transformantes : définition, géométrie
et illustration
13/11/2013
Auteur(s) / Autrice(s) :
Olivier Dequincey
ENS de Lyon / DGESCO
Publié par :
Olivier Dequincey
ENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Mise au point sur les failles transformantes et les décrochements. Étude géométrique et exemples illustrés de
différents types de failles transformantes.
Table des matières
Décrochement et rejet horizontal
Rides océaniques et failles transformantes
Failles transformantes et géométrie
Exemples de failles transformantes
Relais ride-ride en milieu océanique : la faille transformante Romanche en Atlantique central
Relais ride-zone de collision (ex-fosse) en milieu océanique et continental : faille du Levant et faille
Ouest-indienne
Relais ride-ride à ne pas manquer : Californie et faille de San Andrea
Relais ride-fosse : la plaque Scotia
Relais fosse-fosse : Caraïbes et faille alpine néo-zélandaise
Références
Des questions et affirmations diverses circulent à propos des failles transformantes, parfois réduites à de simples
décrochements océaniques, parfois considérées comme découlant de la géométrie eulérienne... À chaque fois, un
fond de vérité mais aussi des notions mal comprises (parce que mal expliquées ?).
Après le rappel de ce qu'est un décrochement, nous retracerons la découverte théorique puis pratique des failles
transformantes au moment de l'émergence de la tectonique des plaques. Une présentation géométrique précédera
alors une partie d'illustration des grands types de failles transformantes.
Décrochement et rejet horizontal
Un décrochement est une faille (sub-)verticale à rejet horizontal. Une telle faille délimite donc deux
compartiments ayant connus un mouvement relatif le long de leur limite sans déplacement vertical de l'un par
rapport à l'autre.
Le sens de déplacement relatif peut être déterminé à l'affleurement par la recherche sur les miroirs de failles de
marqueurs tels que marches d'escalier, cristallisations, stries, stylolithes... À l'affleurement ou sur carte, on peut
aussi rechercher des marqueurs tels que des crochons ou objets géologiques interrompus et décalés par la faille
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(galet, couche repère, formation, pli...). En l'absence de critère certain, ou du fait qu'on observe un état final pouvant
résulter d'une succession de déplacements, on peut parler de rejet ou déplacement apparent.
En se positionnant sur l'un des compartiments supposé fixe, on parle de décrochement dextre lorsque l'autre
compartiment a eu un déplacement relatif vers la droite, et de déplacement senestre lorsque que le déplacement
relatif est vers la gauche. (ce sens de mouvement relatif (dextre ou senestre) ne change pas quel que soit le
compartiment sur lequel se place l’observateur, choisissez votre compartiment sans souci, le résultat est le même).
Figure 1. Stries sur un miroir de faille (décrochante) — ouvrir l’image en grand
Source - © 2010 — Pierre Thomas
Ce miroir de faille sub-vertical montre des stries sub-horizontales signant un mouvement relatif
purement décrochant.
Carrière de la Petite Balme, Sillingy, Haute-Savoie.
Les mouvements relatifs essentiellement décrochants peuvent être détecter et/ou mis en évidence par l'étude de
paysages et de cartes topographiques et géologiques. Pour les failles actives cartographiées, le mécanisme au foyer
des séismes permet, si nécessaire, de déterminer le caractère dextre ou senestre de la faille.
Figure 3. Décrochement mis en évidence sur
carte géologique — ouvrir l’image en grand
Figure 2. Décalage topographique indicateur
de décrochement — ouvrir l’image en grand Source - © 2013 — BRGM / Google earth
Source - © 2013 — Google earth La carte géologique montre que le décalage
topographique correspond bien au décalage
Le décalage du relief laisse présumer
senestre d'un objet géologique. Ce mouvement
l'existence d'un décrochement senestre.
a (eu) lieu le long de la faille, encore active,
D'autres vues dans Miroir de faille connue sous le nom de faille du Vuache.
décrochante : faille du Vuache, la Petite Balme,
D'autres vues dans Miroir de faille
Sillingy (Haute Savoie).
décrochante : faille du Vuache, la Petite Balme,
Sillingy (Haute Savoie).
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Figure 4. Mécanisme au foyer d'une faille active décrochante — ouvrir l’image en grand
Source - © 2010 — LGIT et rapport BRGM R 39029
Le séisme d'Épagny / Annecy (15 juillet 1996) a son épicentre à l'aplomb de la faille du Vuache et son
mécanisme au foyer montre bien qu'il s'agit dune faille décrochante.
La connaissance de l'existence de la faille du Vuache, de direction N120, permet d'interpréter sans
équivoque le mécanisme au foyer comme étant celui d'un décrochement senestre de direction N120
(l'autre plan nodal indiquant un potentiel décrochement dextre de direction N30 ne correspond pas ici à
la réalité).
À retrouver dans Miroir de faille décrochante : faille du Vuache, la Petite Balme, Sillingy (Haute Savoie).
Rides océaniques et failles transformantes
Dans les années 1960, la prospection des fonds océaniques met en évidence les structures majeures que sont rides
(ridges) et fosses (trenches) océaniques, avec des études sismiques mettant en évidence que ces structures sont
respectivement associées à des déplacements en extension (rides océaniques ou dorsales) ou essentiellement en
compression (fosses océanique ou zone de collision).
L'étude topographique des dorsales océaniques montre que celles-ci sont généralement composées de tronçons
décalés par des accidents topographiques débordant de part et d'autre des rides océaniques. Ces accidents sont
alors interprétés comme des décrochements "classiques" dont le décalage apparent indiquerait le sens de
déplacement relatif réel.
Alors que les arguments et les concepts de la tectonique des plaques s'accumulent et se peaufinent, que la notion
de plaques ou du moins de limites ou ceintures mobiles (mobile belts) s'installe, Wilson (1965) expose la notion de
« faille transformante » (transform fault) sur la base d'observations géométriques à l'échelle locale et globale dans
deux articles publiés les 24 juillet [1] et 22 octobre [2] 1965.
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Figure 5. Interprétations géométriques possibles du décalage des tronçons de dorsale océanique — ouvrir
l’image en grand
Source - © 2013 — Olivier Dequincey
Deux interprétations possibles aux observations des fonds océaniques. Dans les deux cas on observe
un accident topographique dû, entre autres, à la mise en contact de terrains d'âges différents.
A. À partir d'une ligne de fracturation initiale continue, se développe une dorsale océanique séparant
deux plaques (gauche et droite). Se superposent alors un décrochement, non lié à l'expansion océanique,
qui recoupe la dorsale et aboutit à quatre plaques, les plaques supérieures et inférieures sont séparées par
un décrochement actif sur toute la longueur de séparation haut/bas.
Les tronçons de ride océanique sont sur deux ensembles distincts, comportant chacun deux plaques,
qui coulissent l'un par rapport à l'autre le long de l'accident topographique observé. Cet accident est un
décrochement sismiquement actif sur toute sa longueur. Le mouvement relatif entre les tronçons est
alors senestre et le décalage (offset) entre les deux tronçons augmente au cours du temps.
B. À partir d'une ligne de fracturation initiale discontinue, se développent deux tronçons de dorsale
océanique séparant deux plaques (gauche et droite) dont la limite est tronçon de ride supérieur -
décrochement - tronçon de ride inférieur.
Les tronçons de ride océanique délimitent deux plaques qui s'écartent l'un de l'autre. Le mouvement
relatif entre les plaques est une divergence au niveau des tronçons de dorsale et un décrochement entre
ces deux tronçons. Seule cette portion de l'accident topographique est donc sismiquement active. Le
mouvement relatif décrochent est alors dextre et le décalage (offset) entre les deux tronçons reste
constant au cours du temps.
À la position "a" sont au contact des terrains d'âges différents appartenant à deux plaques en
mouvement relatif l'une par rapport à l'autre. Il y a décrochement dextre et accident topographique. À la
position "b" sont au contact des terrains d'âges différents appartenant à la même plaque (même vitesse
de déplacement "latéral"). En "b", les terrains de la partie inférieure se sont mis en place au contact de
terrains plus anciens de la partie supérieure mais ont ensuite migré latéralement avec ces derniers. Il n'y
a donc jamais eu de mouvement relatif latéral entre ces terrains. Pour les terrains plus anciens de la
partie supérieure, cette ligne a été une faille décrochante lorsque, situés entre les deux tronçons de
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dorsale océanique, ils étaient au contact de terrains de la plaque gauche. Ainsi, cet accident
topographique n'est pas une vraie faille fossile dans le sens où elle aurait fonctionné un jour en décalant
les terrains aujourd'hui en contact avant de devenir inactive. De part et d'autre de la partie active, l'usage
du terme "faille transformante fossile" est donc à manipuler avec précaution, voire à proscrire. On pourra,
avec moins de risque de confusion, parler de trace ou de prolongement de la faille transformante.
C'est par l'étude de mécanismes au foyer de séismes affectant des failles de l'Atlantique central que Sykes [3]
montre en 1967 que les décrochements observés jouent selon le sens opposés au rejet apparent... comme prévu par
Wilson dans le cas de failles transformantes. Nous sommes alors au début de la compréhension de ce qui va
devenir la tectonique des plaques avec l'interprétation des plans sismiques de Wadachi-Benioff en terme de plan de
subduction et les premières interprétations globales mêlant accrétion océanique, subduction et failles
transformantes délimitant des plaques mobiles (cf. Histoire de la théorie de la tectonique des plaques). Une faille
transformante est l'un des trois type de limite de plaque, les deux autres types, plus précocement reconnus comme
tels, étant les rides océaniques et les zones de subduction(/collision).
Résumons (sur la base du texte de C. Basile, 1990 [4] ) ce que sont les failles transformantes et ce que sont les
failles décrochantes "classiques" appelées aussi failles transcurrentes.
Une faille transformante est une faille lithosphérique contrôlée par la cinématique globale, formant des zones
déformées entre des plaques stables : un champ de déplacement global est alors accommodé par un unique
déplacement local. La déformation est localisée uniquement sur une frontière, le déplacement est le même tout le
long de la partie active et la faille est parallèle au sens de déplacement global.
Une faille transcurrente est une faille crustale générée par un champ de contrainte régional ou local. Le champ de
déformation global entraîne une déformation diffuse, constituée d'une multitude de déplacements locaux. Il y a
atténuation du déplacement quand on va vers les bords et le déplacement n'est pas nécessairement parallèle au
déplacement régional.
Failles transformantes et géométrie
Le mouvement des plaques s'étudie en géométrie eulérienne (géométrie sur une sphère). Le mouvement relatif
entre deux plaques s'interprète alors comme un mouvement de rotation autour d'un axe qui recoupe la sphère en
deux points appelés pôles eulériens. Attention à ne pas confondre avec les pôles géographiques ou magnétiques,
confusion pas si rare provenant certainement de l'étude classique de l'ouverture de l'Atlantique pour le quel le pôle
eulérien de rotation est voisin des pôles Nord géographique et magnétique.
De cette géométrie sphérique découle deux propriétés intéressantes.
La première propriété est que la vitesse linéaire d'écartement est fonction de la distance aux pôles eulérien : nulle
aux pôles, maximale à l'équateur eulérien, fonction du sinus de la latitude eulérienne en tout point. Ceci peut se
vérifier sur une carte des âges des fonds océaniques, par exemple. Attention, sur carte "à plat" la distance mesurée
doit être convertie en fonction de la latitude de mesure pour obtenir une distance "réelle" sur le globe terrestre.
La seconde propriété est que les failles transformantes sont parallèles localement au déplacement linéaire et
dessinent donc sur le globe des arcs de cercle d'isolatitude eulérienne, permettant la détermination des pôles
eulériens.
Attention, une mauvaise compréhension des notions de géométrie eulérienne et de ses conséquences ainsi qu'un
retour "à plat" pour expliquer les phénomènes "avec les mains" aboutit parfois à une mauvaise explication des
failles transformantes océaniques. Pour certains (espérons-le, de plus en plus rares), les tronçons de rides
océaniques sont séparés par des failles transformantes car ces dernières sont nécessaires pour accommoder les
différences de vitesse linéaire d'expansion des tronçons de dorsales. Cela découle d'une mauvaise interprétation de
la vitesse linéaire lors du passage à un modèle d'expansion "à plat". De plus, cette interprétation explique les failles
transformantes comme une conséquences incontournable de la géométrie eulérienne, alors que les failles
transformantes des rides océaniques sont (simplement) le témoin que l'ouverture océanique s'effectue non pas le
long d'une fracture initiale continue mais le long d'une série de fractures extensives qui "se chevauchent"
(overlapping spreading centers ou OSC) ou bien sont prises en relais par des failles de type transformant.
Voyons comment on peut expliquer "à plat" les failles transformantes, en commençant par ce que ne sont pas les
failles transformantes, puis le modèle d'expansion simple (sans failles transformantes) avant de voir le modèle
plus complet. Dans les modèles ci-dessous on considérera toujours un bord gauche fixe et une expansion
symétrique de part et d'autre de la ride océanique.
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Le "mauvais" modèle "à plat" consiste à ne prendre en compte que la différence de vitesse linéaire d'expansion et
de la transposer comme le moteur de la formation des failles transformantes. Ainsi une plaque initiale sur le bord
de laquelle on exerce une traction d'intensité décroissante et pour laquelle la fracture initiale délimitant les futures
plaques suit une ligne continue aboutit à des "dorsales" décalées comme le montrent le schéma ci-dessous. Mais si
l'état final peut sembler correspondre à des rides océaniques décalées par des failles transformantes, l'étude
géométrique du déplacement montre qu'on n'est pas dans une telle situation. En effet, avec un bord gauche fixe, on
a une plaque "gauche" dont la partie "continentale" est inchangée et dont les extensions océaniques sont de largeur
variable ; jusque là, tout va bien. Par contre, à droite on n'a pas une plaque unique mais un ensemble de plaques,
chacune ayant une vitesse propre de déplacement par rapport à la plaque droite fixe. Des décrochements parallèles
à la direction de déplacement se développent et "strient" les fonds océaniques... mais ils ne sont pas actifs
uniquement entre les tronçons de dorsales, car les plaques mobiles, à droite, se déplacent certes dans le même sens,
mais à des vitesses différentes, donc avec un mouvement relatif, donc avec des failles actives. Remarquons aussi
que la ligne de côte "droite" est redessinée au fur et à mesure de l'expansion... Pas de puzzle à reconstituer pour
Alfred Wegener...
Ces failles sont bien des failles transformantes, mais pas du type relais entre tronçons d'une ride océanique
séparant deux plaques (cf. Romanche entre Amérique du Sud et Afrique sur la ride médio-atlantique, dans la partie
"exemples" ci dessous), mais plutôt de type limite entre plaques (cf. faille du Levant,).
Figure 6. Mauvaise interprétation de la formation des failles transformantes affectant une ride océanique
— ouvrir l’image en grand
Source - © 2013 — Olivier Dequincey
Dans ce modèle, le bord gauche est fixe. La plaque initiale est fracturée et de la lithosphère océanique
est formée. La lithosphère océanique est représentée avec une couleur différente selon sa plaque
d'appartenance et avec deux teintes : partie "ancienne" foncée et partie "récente" plus claire (on a
considéré une vitesse d'ouverture constante sur chaque tronçon et une distinction ancien/récent à la
moitié de l'évolution).
On obtient au final des tronçons de rides océaniques décalés, mais il y a ici 4 plaques et non pas deux
plaques séparées par une ride océanique. Les faille transformantes séparent ici des plaques à
mouvement relatif de même direction, ce ne sont pas des failles transformantes décalant des tronçons
d'une ride océanique séparant deux grandes plaques.
Le passage d'un modèle sphérique à un modèle "à plat" doit garder l'élément géométrique de base qui est la
rotation. Si les plaques tournent autour d'axes eulériens en modèle sphérique, c'est autour d'un centre de rotation
qu'elles tournent "à plat". En gardant, comme précédemment, un bord gauche fixe et une ligne de fracture continue
sur laquelle se situe le centre de rotation on obtient un schéma plus réaliste. En effet, la fracturation d'une plaque
aboutit à deux plaques dont les lignes de côtes océaniques n'évoluent pas du fait de l'expansion océanique. On a
bien une vitesse linéaire d'expansion variable, nulle au centre de rotation et de plus en plus élevée quand on s'en
éloigne. Aucune faille transformante n'affecte la ride océanique centrale dans ce schéma... car elles ne sont pas une
conséquence de cette vitesse linéaire variable, mais sont en fait la marque d'une fracturation initialement
discontinue comme on va le voir après.
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Figure 7. Modèle "à plat" d'expansion océanique — ouvrir l’image en grand
Source - © 2013 — Olivier Dequincey
Dans ce modèle, le bord gauche est fixe. La plaque initiale est fracturée et de la lithosphère océanique
est formée. La lithosphère océanique est représentée avec une couleur différente selon sa plaque
d'appartenance et avec deux teintes : partie "ancienne" foncée et partie "récente" plus claire (on a
considéré une vitesse de rotation constante et une distinction ancien/récent à la moitié de l'évolution).
Il y a bien deux plaques séparées, entre autres, par une ride océanique. La formation de lithosphère
océanique est plus importante quand on s'éloigne du centre de rotation (vitesse linéaire d'expansion plus
importante). Aucune faille transformante n'apparaît comme conséquence de cette ouverture.
Comme le centre de rotation a été placé "sur" la plaque initiale, un zone de subduction/collision est
présente "sous" le pôle de rotation.
Analogie avec un sucrier
Source - © 2013 — D'aprèsTOM PRESS , modifié
L'ouverture d'un sucrier boule s'effectue par rotation autour d'un axe dont on voit les
pôles de rotation de type pôle eulérien de rotation. Le bol à sucre passe en "subduction"
sous le couvercle. La vitesse linéaire d'ouverture du couvercle (flèches rouges) est nulle
au pôle de rotation et maximale à l'équateur (à la "poignée"), sans que cela n'engendre
de "découpage" des bordures du bol ou du couvercle.
Reprenons le modèle "à plat", avec un centre de rotation, un bord gauche fixe mais avec, cette fois-ci, une
fracturation selon trois tronçons "fragiles" légèrement décalés. Lors de l'évolution géométrique du modèle on
retrouve bien deux plaques dont les lignes de côtes océaniques n'évoluent pas du fait de l'expansion océanique. On
a, une fois de plus, une vitesse linéaire d'expansion variable, nulle au centre de rotation et de plus en plus élevée
quand on s'en éloigne. La ride océanique est constituée de tronçons reflétant la fracturation initiale selon une ligne
discontinue. Les failles transformantes sont au niveau des relais et ne sont actives qu'entre les tronçons de dorsale.
Ces failles (parties actives et fossiles) dessinent des arcs de cercle centré sur le centre de rotation.
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Figure 8. Modèle "à plat" d'expansion océanique avec failles transformantes — ouvrir l’image en grand
Source - © 2013 — Olivier Dequincey
Dans ce modèle, le bord gauche est fixe. La plaque initiale est fracturée et de la lithosphère océanique
est formée. La lithosphère océanique est représentée avec une couleur différente selon sa plaque
d'appartenance et avec deux teintes : partie "ancienne" foncée et partie "récente" plus claire (on a
considéré une vitesse de rotation constante et une distinction ancien/récent à la moitié de l'évolution).
Il y a bien deux plaques séparées, entre autres, par une ride océanique. La formation de lithosphère
océanique est plus importante quand on s'éloigne du centre de rotation (vitesse linéaire d'expansion plus
importante). Les 3 trois tronçons de dorsale reflètent les trois tronçons initiaux de fracturation. C'est au
niveau des relais que sont présentes les failles transformantes, actives entre les tronçons de ride
océanique, sous forme de traces au-delà. On retrouve le "découpage" initial des côtes qui permet la
reconstitution du "puzzle" initial.
Comme le centre de rotation a été placé "sur" la plaque initiale, un zone de subduction/collision est
présente "sous" le pôle de rotation.
Exemples de failles transformantes
Ci-dessous, quelques exemples classiques et moins classiques de failles transformantes permettant d'illustrer les
différents types de relais : entre limites divergentes, ride-ride (ridge-ridge), entre limite divergente et limite
convergente ride-fosse (ridge-trench) ou ride-collision, entre limites convergentes et fosse-fosse (trench-trench) ou
fosse-collision voir collision-collision.
Certaines vues Google earth ci-dessous utilisent les fichiers kmz proposés par l'USGS pour
visualiser les limites de plaques(lien externe - nouvelle fenêtre)↗, voire plus particulièrement la
faille de San Andrea(lien externe - nouvelle fenêtre)↗.
Relais ride-ride en milieu océanique : la faille transformante Romanche en Atlantique central
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Figure 10. Failles transformantes au large de
Figure 9. Fractures océaniques dans
côtes Ouest-africaines — ouvrir l’image en
l'Atlantique central — ouvrir l’image en grand grand
Source - © 2013 — Google earth
Source - © 2000 — CCGM
En plus des reliefs dus aux rides océaniques,
Les failles transformantes au sens large
de nombreuses zones de reliefs strient les
(parties actives entre les tronçons de dorsale
fonds océaniques. La zone de la Romanche, au
et prolongements) mettent au contact des
centre de l'image, fut l'une des premières
fonds océaniques d'âges différents ce qui
zones de fractures océaniques étudiées dans
explique en partie les reliefs observés (cf.
les années 1970-80 (avec la zone Vema, plus au
relation âge-profondeur pour les fonds
Nord).
océaniques).
De grandes stries parallèles zèbrent le fond de l'Atlantique central, entre les côtes brésiliennes et africaines, ce
sont les traces de failles transformantes sensu lato . Sur la carte géologique on voit bien que ces failles décalent des
tronçons de rides océaniques.
Sur les fonds océaniques, on distingue les failles transformantes sensu stricto, failles sismiquement actives,
séparant deux plaques tectoniques entre deux tronçons de dorsale, de leurs parties sismiquement inactives
séparant des fonds océaniques des fonds océaniques d'âges différents appartenant à la même plaque tectonique.
Le relief observable le long des failles transformantes sensu lato (parties actives et prolongements) s'explique en
partie du fait de la différence d'âge entre les lithosphères présentes de part et d'autre, du fait de leur évolution
thermique qui entraîne l'accroissement de la profondeur du plancher océanique au cours du temps.
D'autres phénomènes modulent la topographie le long de ces failles.
Ces failles sont des zones de fractures privilégiées de circulation hydrothermale, ce qui peut accélérer le
refroidissement (donc augmenter la profondeur) de certaines portions de plancher océanique à leurs bordures. A
contrario, le plancher océanique peut être réchauffé (et donc "réhaussé") par contact lors de son passage en bout de
ride océanique, active et "plus chaude". De plus, vers les extrémités des tronçons de dorsale, des épanchements
volcaniques peuvent avoir lieu (en bout de tronçon de ride océanique, ou du fait de connexions entre chambre
magmatique et faille transformante.
Dans la partie active, de légères sinuosités et/ou une déviation de la direction du mouvement des plaques peut
entraîner des phénomènes locaux de transpression (mouvement décrochant avec une légère composante en
convergence) avec formation de chaînes de reliefs, ou de transtension (mouvement décrochant avec une légère
composante en divergence) avec formation de bassins en pull-apart , ou rhombochasmes.
De nombreux documents sur la zone de fractures Romanche et sur de nombreuses autres zones de ce type sont
disponibles dans la thèse de Vassilios Mamaloukas-Frangoulis [5].
Relais ride-zone de collision (ex-fosse) en milieu océanique et continental : faille du Levant et
faille Ouest-indienne
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Figure 11. Failles transformantes en limites
orientale et occidentale de la plaque arabique
— ouvrir l’image en grand
Source - © 2013 — Google earth, modifié
La plaque arabique est délimitée au Sud par
une limite divergente de type ride, au Nord par
Figure 12. Plaque arabique, faille du Levant et
une limite de trype convergente associant
faille Ouest-indienne — ouvrir l’image en
zone de subduction à l'Est et zone de collision
grand
à L'ouest. Ses bordures orientale et occidentale
sotn des failles transformantes, océanique à Source - © 2000 — CCGM
l'Est et continentale à L'Ouest. Pour comparaison, les villes de Beyrouth,
Pour comparaison, les villes de Beyrouth, Karachi et Kaboul sont repérées (points
Karachi et Kaboul sont repérées (points rouges) sur cette figure et sur la précédente).
rouges) sur cette figure et sur la suivante).
La plaque arabique est délimitée au Sud par des rides océaniques, au Nord par une zone de collision et une zone
de subduction et par deux failles transformantes sur ses bordures Ouest (faille du Levant) et Est (faille
transformante Ouest-indienne).
La faille du Levant est essentiellement continentale à part dans le golfe d'Aqaba. La faille Ouest-indienne est
majoritairement océanique et "devient" continentale au Pakistan dont elle explique en partie la sismicité actuelle.
Le long de la faille du levant se développent des bassins en en pull-apart , ou rhombochasmes, bien connus que
sont la Mer Morte et le lac de Tibériade.
Rhombochasme ou bassin en pull-apart
[Link] - Version du 15/12/25
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Source - © 2013 — Olivier Dequincey
Lorsque deux tronçons de faille transformante "se chevauchent", ils délimitent une
zone en extension qui forme un rhombochasme ou bassin en pull-apart . On a ici, par
exemple, le cas très schématique de la Mer Morte, rhombochasme lié à la faille du
Levant.
La faille Ouest-indienne peut être considérée depuis 3 plaques. Vue de la plaque indienne, c'est un relais de type
ride-collision. Vue de la plaque arabique, c'est un relais "océanique" de type ride-subduction. Enfin, vue de la plaque
eurasiatique c'est un relais oriental terrestre de type subduction-collision (faille de l'Hindou-Kouch qui fait du
Pakistan un pays géologiquement instable).
Pour une découverte plus approfondie de la zone de fracture d'Owen (océan Indien) et l'ouverture de bassins en
pull-apart , il est possible de se reporter à un article de M. Rodriguez et al. [6] consacré à ce sujet, ainsi qu'à d'autres
articles proposés sur la page professionnelle de cet auteur.
Relais ride-ride à ne pas manquer : Californie et faille de San Andrea
Figure 14. Faille transformante de San Andrea
Figure 13. Californie et faille de San Andrea —
— ouvrir l’image en grand
ouvrir l’image en grand
Source - © 2000 — CCGM
Source - © 2013 — USGS / Google earth
...
...
Quatre plaques sont présentes, la plaque Pacifique à l'Ouest, la plaque Nord-américaine à l'Est ainsi que deux
micro-plaques au Nord (Juan de Fuca) et au Sud (Cocos), vestiges d'une ancienne plaque tectonique dénommée
Farallon(lien externe - nouvelle fenêtre)↗. Presque continue en Californie "terrestre", la faille de San Andrea est
composée de nombreux segments séparés de petits tronçons de ride océanique dans la baie de Californie.
[Link] - Version du 15/12/25
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On a ici deux exemples de points de jonction triples : Pacifique - Juan de Fuca - Amérique du Nord et Pacifique -
Cocos - Amérique du Nord.
Cette faille "mythique" est sous haute surveillance. Une ancienne image de la semaine présente cette faille de San
Andrea vue d'avion au-dessus du Carrizo Plain National Monument. En suivant cette faille à terre, on trouve de
nombreux petits bassins en pull-apart .
Relais ride-fosse : la plaque Scotia
Figure 16. Failles transformantes de la plaque
Scotia — ouvrir l’image en grand
Figure 15. La plaque Scotia — ouvrir l’image en
Source - © 2000 — CCGM
grand
Les limites Nord et Sud de la plaque Scotia
Source - © 2013 — USGS / Google earth
sont de type transformant et relient une fosse
La plaque Scotia est une micro-plaque au à l'Ouest à la petite dorsale active orientale de
Sud de l'Amérique du Sud, entre les plaques la plaque Scotia.
Antarctique et Amérique du Sud.
Le centre Ouest de la plaque Scotia est
Le centre Ouest de la plaque Scotia est constitué d'un ensemble de rides océaniques
constitué d'un ensemble de rides océaniques et failles transformantes fossiles (les dorsales
et failles transformantes fossiles (inactives). actives sont aujourd’hui au Sud-Ouest et à
l'Est).
On peut voir deux failles transformantes au Nord et au Sud de la plaque Scotia entre, à l'Ouest, la zone de
subduction de la plaque Antarctique sous la pointe de l'Amérique du Sud puis sous Scotia plus au Sud (point triple)
et , à l'Est, la ride océanique orientale de la plaque Scotia. Notons l'existence d'une micro-plaque entre la dorsale
orientale de la plaque Scotia et la fosse de subduction Amérique sous Scotia, micro-plaque délimitée elle aussi par
deux failles transformantes pour ses limites Nord et Sud.
Relais fosse-fosse : Caraïbes et faille alpine néo-zélandaise
Un exemple de réseau de failles transformantes de type fosse-fosse déjà évoqué est la limite Nord de la plaque
Caraïbes dont il est question lors des séismes d'Hispaniola (Haïti / République dominicaine) comme ce fut le cas,
par exemple en janvier 2010 en Haïti dans ce contexte tectonique particulier des Caraïbes.
[Link] - Version du 15/12/25
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Figure 17. Limite Australie / Pacifique au
voisinage de la Nouvelle-Zélande — ouvrir
Figure 18. La faille alpine néo-zélandaise,
l’image en grand
relais transformant fosse-fosse — ouvrir
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La Nouvelle-Zélande est traversée par une Source - © 2000 — CCGM
chaîne de montagnes appelée Alpes. La faille
La Nouvelle-Zélande est traversée par une
alpine (Alpine Fault) est une faille
chaîne de montagnes appelée Alpes. La faille
tansformante qui traverse l'île Sud et relie
alpine (Alpine Fault) est une faille
deux zones de subduction au Sud-Ouest et au
tansformante qui traverse l'île Sud et relie
Nord-Est.
deux zones de subduction de vergences
opposées au Sud-Ouest et au Nord-Est.
Un exemple moins classique de faille transformante est la limite entre les plaques Pacifique et Australie au
voisinage de la Nouvelle Zélande. La limite entre la plaque australienne, au Nord et à l'Ouest, et la plaque Pacifique,
au Sud et à l'Est, est une fosse de subduction de l'Australie sous le Pacifique au Sud de la Nouvelle-Zélande, est de
type transformant en Nouvelle-Zélande et prend alors le nom de faille alpine (Alpine Fault) traversant les Alpes de
l'île Sud, puis repasse au Nord à une fosse de subduction mais, ici, du Pacifique sous l'Australie.
Profitons de l'occasion pour mentionner la localisation des îles Antipodes (~49°41'S-178°46'E) au
Sud-Est de la Nouvelle-Zélande (dans le coin Sud-Est de la carte géologique), îles qui sont aux
antipodes du ban de la commune de Gatteville-le-Phare (49°41N-1°14,W), à une trentaine de
kilomètres à l'Est de Cherbourg, ce qui fait de la Nouvelle-Zélande la terre située aux antipodes de
la France continentale. Cependant, pas de "cocorico" hâtif... Ces îles ont été nommées ainsi par des
Anglais non pas parce qu'elles sont aux antipodes de Gatteville-le-Phare, mais parce que ce sont
les terres émergées les plus proches des antipodes de Londres.
Références
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