AVANCA | CINEMA 2025
Cinéma marocain et politique audiovisuelle :
Enjeux, ambitions et contraintes pratiques
Moroccan Cinema and Audiovisual Policy: Issues, Ambitions, and Practical Constraints
1
KERROUDI Mariam
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Tétouan.
RAZKAOUI Yassin 2
Faculté des Sciences et Techniques, Tanger.
Abstract Centre Cinématographique Marocain (CCM), pilier de
cette politique depuis 1980, a progressivement adapté
In a global context marked by the rise of digital ses mécanismes de soutien, évoluant « d’un Fonds
platforms, the audiovisual landscape is undergoing de soutien pour la promotion de la production et de
profound transformation. This shift challenges public l’exploitation cinématographiques » à un système plus
policies supporting cinema with a dual objective: intégré incluant aides financières et organisation de
integrating new technological dynamics while festivals ;internationaux (CCM, 2021).
preserving cultural sovereignty. Cependant, cette politique ambitieuse rencontre
This article examines to what extent audiovisual aujourd’hui des limites structurelles face à l’essor
policies implemented in Morocco are able to support des plateformes numériques et à la transformation
and strengthen national film production, in the face des usages. Malgré les récentes initiatives de
of increasing competition from global players such as modernisation juridique (Ministère de la Jeunesse, de
Netflix, Amazon Prime, and YouTube. la Culture et de la Communication, 2022), Le cinéma
The adopted methodology is based on the marocain peine à s’imposer dans cet environnement
analysis of institutional sources (reports from the globalisé. Comme le souligne (Benchenna, 2022) «
Moroccan Cinematographic Center, legal texts, les dispositifs de soutien existants [...] apparaissent
international cultural conventions. The study highlights souvent inadaptés aux nouvelles logiques de
a significant gap between the ambitions expressed distribution » imposées par les acteurs transnationaux,
by public authorities and the realities experienced by révélant des lacunes tant en matière de financement
stakeholders in Moroccan cinema. que de valorisation des œuvres locales.
Despite a clear political will to promote the local Dès lors, comment les politiques audiovisuelles
audiovisual sector, existing mechanisms often prove to marocaines répondent-elles aux défis du numérique et
be insufficient, inadequate, or slow to respond to digital parviennent-elles à soutenir efficacement la production
dynamics. The limited visibility of Moroccan cinema nationale face à cette concurrence internationale ?
on international platforms, the fragility of funding À travers l›analyse de documents institutionnels
mechanisms, and the absence of a structured digital et d›études spécialisées, cet article propose une
strategy significantly weaken the sector. évaluation critique des enjeux, ambitions et contraintes
This paper proposes several avenues for des politiques sectorielles marocaines à l’ère de la
improvement: more effective regulation of digital révolution numérique.
platforms, reform of support mechanisms, and the
development of a proactive strategy to promote local 1. Une ambition politique forte mais
content at both national and international levels. confrontée à des mutations rapides
Keywords: Audiovisual policy, Moroccan cinema, 1.1. Le cinéma comme levier de rayonnement
Digital platforms, Cultural production, Digital culturel
transformation. Depuis plusieurs décennies, les autorités
marocaines considèrent le cinéma comme un vecteur
Introduction de diplomatie culturelle et de soft power. Le discours
officiel insiste sur le rôle du cinéma dans la valorisation
Le secteur audiovisuel connaît aujourd’hui de l’identité plurielle du Royaume, la transmission
des bouleversements majeurs sous l’effet de des valeurs nationales et la promotion du dialogue
la transformation numérique. L’émergence des interculturel. À ce titre, le Maroc a signé de nombreux
plateformes de streaming (Netflix, Amazon Prime, accords de coproduction avec des pays africains,
YouTube) a profondément modifié les modes de européens et nord-américains (Ministère de la
production, de diffusion et de consommation des Jeunesse, de la Culture et de la Communication, 2022).
contenus, posant un défi inédit aux politiques publiques Portés par une vision étatique de diplomatie
en matière de régulation, de soutien à la production culturelle (« Ministère de la Jeunesse, de la Culture et
locale et de protection de la diversité culturelle de la Communication, 2022 »), les festivals de cinéma
(UNESCO, 2021). marocains s’inscrivent dans une stratégie d’influence à
Dans ce contexte, le Maroc a développé depuis l’échelle africaine et méditerranéenne (touzani, 2019),
plusieurs décennies un cadre institutionnel pour Toutefois, leur impact reste inégal, entre rayonnement
accompagner sa création cinématographique. Le international et faible ancrage local (CCM, 2023)
Capítulo VI – Cinema – Convidados | Marrocos
Tableau: Cinéma marocain et enjeux culturels
Leviers culturels Atouts / Initiatives Défis Exemples / Acteurs clés
- Accords de coproduction - Impact inégal sur le public FIFM (Marrakech),
Soft power & (Afrique, Europe). local. Ministère de la Culture
diplomatie - Festivals internationaux - Financements concentrés sur (2022)
(FIFM, SIFF). l’élite.
- Films valorisant l’histoire - Risque de folklorisation. Nabil Ayouch, CCM
marocaine (Les Chevaux -Peu de diversité des récits (2023)
Patrimoine et
de Dieu, Adam). (régions marginalisées).
identité
- Archives numérisées du
CCM.
- Héritage des ciné-clubs - Disparition des espaces de Association Cinéma
(années 1950–1980). débat. Guérilla, Cahier de la
Éducation &
- Programmes scolaires - Jeunes publics captés par Recherche Africaine
médiation
(partenariats CCM- Netflix. (2024)
Éducation).
- Films en darija, amazigh, - Tensions autour de la «langue Zin Li Fik (Laila
Diversité français. légitime». Marrakchi), The
linguistique - Sous-titrage pour l’export. - Barrières à l’export. Unknown Saint (Alaa
Eddine Aljem)
- Cinéma d’auteur face aux - Pressions des plateformes pour Leila Kilani (Sur
Résistance à standards commerciaux. des formats standardisés. la Planche), Nadir
l’uniformisation - Rôle critique des Bouhmouch (Amussu)
documentaires.
1.2. Le rôle central du Centre Actifs principalement des années 1950 aux
Cinématographique Marocain (CCM) années 1980, ces clubs étaient de véritables espaces
Créé en 1944 sous le protectorat et réformé en d’éducation populaire. En diffusant des classiques
profondeur après l’indépendance, notamment à partir internationaux et, progressivement, des films
des années 1980, le Centre Cinématographique marocains, ils formaient un public averti, initiaient à la
Marocain (CCM) est le pilier central de la politique critique et favorisaient le débat collectif. Cette approche
audiovisuelle du pays. Inspiré à l’origine du modèle «par le bas», menée par la société civile, a bâti une
français du CNC, il incarne à la fois un héritage colonial culture cinéphile active, capable de s’approprier le
dans ses structures et une volonté nationale de cinéma comme un objet de réflexion et non seulement
structurer et réguler le secteur (Cahier de la Recherche de consommation.
Africaine, 2024.) Cependant, le déclin progressif de ce mouvement,
Établissement public doté de l’autonomie financière, dû à des pressions politiques et des difficultés
le CCM a pour mission d’encadrer la production, la financières, a laissé un vide majeur dans le paysage
diffusion et la réglementation cinématographique. culturel. La disparition de ces espaces de médiation
Historiquement financé par des subventions d’État et et de débat a créé une lacune historique. C’est
des taxes sur l’exploitation, il est aujourd’hui l’organe cette absence d’un public collectivement structuré
central qui gère le Fonds d’aide à la production et éduqué à l’image qui rend aujourd’hui le secteur
cinématographique. Ce fonds constitue le principal cinématographique marocain particulièrement
levier de la politique de soutien, finançant chaque vulnérable. Face à l’hégémonie des plateformes
année une vingtaine de longs-métrages, ainsi que des numériques, la consommation solitaire guidée par des
courts-métrages, des documentaires et des projets algorithmes a pris la place du débat citoyen, illustrant
destinés à la télévision (CCM, 2023), Le CCM joue la pertinence toujours actuelle de la leçon oubliée des
donc un double rôle d’héritier d’un modèle importé et ciné-clubs. (Cahier de la Recherche Africaine, 2024.)
d’acteur principal de l’affirmation d’un cinéma national.
1.4. La télévision publique : un partenaire
1.3. La leçon des ciné-clubs sous tension
Alors que la politique audiovisuelle, incarnée par Acteur central de l’écosystème audiovisuel, la
le CCM, se concentre sur le soutien à la production, télévision publique marocaine, principalement la
l’histoire des ciné-clubs rappelle une leçon SNRT (Société Nationale de Radiodiffusion et de
fondamentale : la vitalité d’un cinéma national dépend Télévision) et 2M, entretient une relation ambivalente
autant de la construction de son public que de la avec le cinéma. D’une part, elle en est un partenaire
création de ses œuvres. économique incontournable. Les cahiers des charges
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des chaînes publiques leur imposent d’investir dans effet, comme le souligne le Livre Blanc de la CGEM sur
la production nationale, faisant de la télévision un les industries culturelles, le Maroc souffre de l’absence
co-producteur et un pré-acheteur essentiel pour de d’une plateforme nationale de VOD/SVOD structurée
nombreux films marocains, leur assurant ainsi un et pérenne. Les initiatives passées ou présentes,
débouché financier vital après l’exploitation en salle telles que Cinémaroc ou Marocvod, correspondent à
(ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la ces tentatives qui, faute de moyens, de coordination
Communication, 2021). et d’un « modèle économique viable », n’ont jamais
Cependant, ce partenariat est marqué par une pu s’imposer comme une alternative crédible (azdim
tension structurelle. La télévision fonctionne selon et al., 2019)
une logique d’audimat de masse, particulièrement Dans ce contexte, la présence dans les grands
visible lors des pics de consommation comme le festivals internationaux n’est plus seulement
mois de Ramadan, où les formats calibrés (téléfilms, une question de prestige, mais une condition
séries comiques) sont privilégiés. Cette exigence de quasi-nécessaire pour espérer être repéré par un
rentabilité et de consensus entre souvent en conflit distributeur international susceptible d’ouvrir les portes
avec l’ambition artistique d’un cinéma d’auteur soutenu des plateformes de streaming (benhaddou, 2025)
par le Fonds d’aide du CCM. Comme le souligne le
chercheur Abdelkrim Ouakrim, la télévision marocaine, 2.2. Un financement concentré et insuffisant
en quête d’audience, tend à favoriser des productions Le financement du cinéma marocain repose
qui répondent à un cahier des charges commercial, principalement sur les subventions publiques du Fonds
ce qui peut mener à une certaine standardisation des d’aide géré par le CCM. Cependant, ce pilier essentiel
contenus au détriment de l›expérimentation et de la montre des signes de faiblesse structurelle. Comme
prise de risque créatif (Ouakrim, 2017). le souligne le critique et réalisateur Driss Chouika, «
Aujourd’hui, cet allié ambivalent est lui-même le montant alloué reste bien faible et n’a pas bougé
profondément déstabilisé. Confrontée à la migration depuis plus de deux décennies » cité par (chouika,
massive de l’audience, notamment des plus jeunes, 2024) dans quid. Cette stagnation du principal levier
vers les plateformes de streaming (YouTube, Netflix) de financement public freine considérablement le
et les réseaux sociaux, la télévision nationale perd développement du secteur et sa capacité à faire face
son statut de diffuseur hégémonique. Les rapports de aux nouvelles concurrences.
la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle Le secteur privé, quant à lui, reste peu impliqué,
(HACA) confirment cette érosion progressive de un constat partagé par des acteurs majeurs qui
l’audience des chaînes traditionnelles (HACA, 2021.) . appellent à une diversification des financements via
Cet affaiblissement fragilise par ricochet tout le secteur des incitations fiscales et des partenariats public-privé
: il menace une source de financement cruciale pour encore trop rares (Kharroubi & Bouchrit, 2024)
un cinéma qui doit désormais affronter non plus Les banques, bien que soutenues par des
seulement la concurrence interne de la télévision, dispositifs publics, continuent de percevoir la
mais celle, globale et bien plus puissante, des géants culture comme un secteur «risqué», limitant l’accès
du numérique. au crédit pour les entrepreneurs. Enfin, si des
solutions alternatives comme le crowdfunding ont
2. Des contraintes structurelles freinant la émergé, leur développement est freiné par des défis
consolidation du secteur réglementaires liés à la pleine application de la loi
15-18 (Ouiddar, 2024).
2.1. Une visibilité internationale encore
marginale 2.3. Une régulation en retard sur les usages
Malgré la qualité croissante de la production numériques
nationale, le cinéma marocain reste peu visible sur Le cadre juridique marocain reste marqué par
les grandes plateformes numériques. Loin d’être une approche traditionnelle du cinéma, créant un
un hasard, cette absence est, comme l’analyse du «décalage» avec les réalités du numérique (Digital
Benhaddou publié dans SNRT News, le symptôme Act, 2021).
de freins structurels majeurs. En effet, les plateformes Le Dahir de 1974, même amendé, repose sur
comme Netflix ne traitent que rarement avec des une vision analogique du secteur. La loi 70-17 sur
producteurs individuels, mais préfèrent acquérir des la réorganisation du secteur cinématographique,
« packages » de films auprès de grands distributeurs promulguée en 2021, constitue certes une tentative
internationaux. Or, les producteurs marocains, agissant de modernisation, mais elle n’aborde pas de manière
de manière isolée, peinent à intégrer ces circuits de approfondie les enjeux liés aux plateformes, à la
distribution globaux. Cette situation met en lumière monétisation des contenus ou à la protection des droits
une faiblesse stratégique : l’absence d’un interlocuteur d’auteur (Kahli, 2024) un sujet dont la complexité est
national ou d’une structure collective capable de illustrée par la longue bataille des éditeurs de presse
négocier et de valoriser le catalogue marocain auprès pour faire valoir leurs droits (LesEco, 2023).
de ces géants du streaming (benhaddou, 2025). De plus, le Maroc ne dispose pas encore de
Cette marginalisation sur la scène internationale est législation imposant aux plateformes étrangères
aggravée par une faiblesse interne majeure, un constat un quota de contenus locaux ou une contribution
partagé par les acteurs économiques eux-mêmes. En financière au développement de la production
Capítulo VI – Cinema – Convidados | Marrocos
nationale, contrairement à ce que préconise la données, le marketing digital pour les plateformes
Directive européenne SMA (Digital Act, 2021) VOD ou la gestion des droits à l’ère du streaming.
Cette lacune est aggravée par une offre de formation
3. Une stratégie numérique encore continue quasi-inexistante pour les professionnels déjà
embryonnaire en activité. Le Livre Blanc de la CGEM sur les industries
culturelles met en évidence cette inadéquation entre
3.1. L’absence d’une vision intégrée la formation et les besoins du marché» et appelle à
Un paradoxe majeur freine la transition numérique la création de «passerelles» entre les mondes de la
du secteur audiovisuel marocain : alors que le pays création, de la technologie et du commerce (azdim et
s’est doté de stratégies nationales ambitieuses pour al., 2019). Ces passerelles sont aujourd’hui très peu
la digitalisation, la culture en a été systématiquement développées, entretenant une fracture entre les talents
écartée. Le constat, dressé par le Livre Blanc de la créatifs et les compétences nécessaires pour naviguer
Fédération des Industries Culturelles et Créatives, dans l’économie numérique.
est sans appel : il n’existe pas, à ce jour, de vision Dans un contexte où les métiers du cinéma sont de
stratégique intégrée pour le numérique culturel (azdim plus en plus interconnectés avec les technologies, cette
et al., 2019). situation représente un obstacle majeur. Une étude
Les grands plans nationaux, comme le «Plan Maroc phare de l’UNESCO sur l’industrie du film en Afrique
Digital», ont principalement orienté les investissements souligne d›ailleurs que cette carence en formation
et les efforts vers la modernisation de l’administration aux outils numériques est l›un des principaux freins à
(e-gouvernement), l’amélioration des infrastructures et l›émergence d›un secteur compétitif sur le continent,
le développement de l’offshoring. En n’intégrant «que notant que de nombreux programmes de formation
très peu, voire pas du tout» les industries créatives, sont «obsolètes et inadaptés à l’ère du numérique»
ces stratégies ont manqué une occasion historique (UNESCO, 2021). Le Maroc, malgré la qualité de ses
de structurer un écosystème numérique pour des institutions, n’échappe pas à ce constat global.
secteurs à haute valeur ajoutée comme l’audiovisuel
(azdim et al., 2019) Conclusion
La conséquence directe de cet angle mort est
une approche «en silos», où les initiatives restent En conclusion de notre analyse, le secteur
fragmentées. La numérisation des archives du CCM, la audiovisuel marocain se trouve aujourd’hui à un
création ponctuelle de portails pour des festivals ou les carrefour décisif. Il est tiraillé entre, d’un côté, son
tentatives de plateformes VOD privées se développent histoire et une politique de soutien bien établie,
de manière isolée, sans cadre fédérateur, sans et de l’autre, les bouleversements profonds de la
mutualisation des moyens et sans vision commune. révolution numérique. Notre article a eu pour objectif
Cette absence de pilotage stratégique au plus haut d’examiner cette situation complexe. Nous avons
niveau de l’État empêche la création de synergies et d’abord décrit les bases du système marocain : le
laisse le champ libre aux acteurs internationaux, mieux rôle central du Centre Cinématographique Marocain
organisés et dotés de stratégies globales. (CCM) qui soutient la production, l’héritage important
Les projets « ponctuels », comme la numérisation des ciné-clubs qui formaient autrefois le public, et la
d’archives ou les portails de festivals, restent isolés, relation compliquée avec la télévision publique, qui est
portés par des institutions sans coordination ni à la fois un partenaire financier et un concurrent.
cadre global. Le problème est que ce système, construit au
Ce déficit de vision commune empêche la formation fil des décennies, n’est plus totalement adapté au
d’un écosystème audiovisuel numérique structuré monde d’aujourd’hui. Face à notre question de
; malgré un plan ambitieux de formation (100 000 recherche – comment les politiques audiovisuelles
talents/an), les enjeux spécifiques à la monétisation, marocaines répondent-elles aux défis du numérique
aux plateformes locales et au développement ? – notre constat est clair : Les outils actuels, comme
des compétences techniques ne sont pas traités le Fonds d›aide du CCM, restent indispensables mais
(ibriz, 2024) ne suffisent plus face à la puissance des plateformes
comme Netflix ou YouTube, qui ont changé pour
3.2. Le défi de la formation et de la toujours la manière dont les gens regardent des
professionnalisation films. Les contraintes que nous avons identifiées
Malgré la présence d’institutions spécialisées, la sont sérieuses : le financement public ne progresse
formation aux compétences numériques émergentes plus, la loi est en retard sur la technologie, les films
demeure un maillon faible de l’écosystème audiovisuel marocains sont très peu visibles sur les plateformes
marocain. Des établissements de référence comme internationales, et la formation des professionnels
l’ISMAC à Rabat ou l’ÉSAV à Marrakech jouent un rôle n’inclut pas assez les nouvelles compétences
fondamental dans la formation aux métiers classiques numériques. Ces problèmes ne sont pas des détails ;
de la création (réalisation, image, son), comme le ils montrent que le modèle actuel est à bout de souffle.
détaillent leurs programmes officiels. Toutefois, leur Si rien ne change en profondeur, le Maroc fait face
offre peine à intégrer de manière systématique les à un double risque. Le premier est un risque culturel.
nouvelles compétences stratégiques dictées par la On pourrait avoir un cinéma d’auteur de qualité,
transformation numérique, telles que l’analyse de soutenu par l’État et récompensé dans les festivals,
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mais que le grand public marocain, et surtout les Le Maroc a déjà prouvé qu’il pouvait faire de
jeunes, ne regarderait plus, préférant les contenus grands films. Le défi aujourd’hui est de s’assurer
des plateformes mondiales. Cela créerait une fracture que ces films soient vus par le plus grand nombre,
entre le cinéma national et sa propre population. Le qu’ils soient rentables et qu’ils continuent de nourrir
second risque est économique. Le cinéma marocain la culture marocaine à l’ère du numérique. Pour
doit vraiment développer son propre volet numérique, cela, il est temps de passer d’une politique de simple
sinon il laissera tout le marché aux entreprises soutien à la production à une véritable stratégie
étrangères. Celles-ci attirent le public et gagnent industrielle, moderne et offensive, pour l’ensemble du
de l’argent sans forcément investir en retour dans secteur audiovisuel.
l’économie ou la culture marocaines. Perdre la bataille
de la diffusion numérique, c’est risquer de perdre une
partie de son indépendance culturelle. Notes
Alors, que faire ? Plutôt que de simplement
constater les problèmes, notre analyse nous permet 1
KERROUDI Mariam, Doctorante en sciences humaines,
de proposer des pistes concrètes pour l’avenir. Une Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Tétouan –
[Link]@[Link], Orcid : [Link]
nouvelle stratégie pourrait s’organiser autour de quatre
org/0009-0005-2094-1179
axes de travail principaux. 2
RAZKAOUI Yassin, Enseignant-chercheur, Faculté des
Sciences et Techniques, Tanger – [Link]@[Link],
Premièrement, la régulation. Il est essentiel de Orcid: [Link]
moderniser la loi. Cela veut dire trouver un moyen
d›obliger les plateformes étrangères comme Netflix
ou Amazon Prime à participer au financement du Bibliographie
cinéma marocain. Comme cela se fait en Europe, on
pourrait leur demander de payer une taxe ou d’investir Azdim, Mehdi, Kamili, Sabrina, & Kssikes, Driss. (2019).
un pourcentage de leurs revenus réalisés au Maroc Quelles transformations pour les industries culturelles
dans la production locale. Cela permettrait de trouver et créatives au Maroc? (Fédération des Industries
de nouvelles sources de financement et de rééquilibrer Culturelles et Créatives (FICC)-CGEM). [Link]
la concurrence. ma/publications/655-quelles-transformations-pour-les-
industries-culturelles-et-creatives-au-maroc
Benchenna, A. (2022). La plateforme YouTube, un
Deuxièmement, la diffusion. En plus de négocier
nouveau vecteur de circulation des films marocains ?
avec les plateformes étrangères, le Maroc a besoin [Link]
de sa propre plateforme de streaming (VOD/SVOD). Benhaddou, khaoula. (2025). Comment expliquer
Il ne faut plus laisser ce projet à de petites initiatives l’absence des films marocains des plateformes de
privées sans moyens. Il faudrait en faire un projet streaming? SNRTnews. [Link]
national stratégique, soutenu par l›État et le secteur comment-expliquer-labsence-des-films-marocains-des-
privé, avec un vrai budget pour se faire connaître et plateformes-de-streaming-114065
un catalogue riche de films et séries marocaines. Ce Cahier de la Recherche Africaine. (2024). [Link]
serait la meilleure vitrine pour la création nationale. [Link]/CahierRechercheAfricaine/storage/app/
public/user_fichier/pdf_article/KBnJCIENqZB7jd2SPSBp
Troisièmement, la formation. Il est impossible de [Link]
CCM. (2021). : CENTRE CINEMATOGRAPHIQUE
réussir la transition numérique sans les compétences
MAROCAIN : [Link]
nécessaires. Les écoles de cinéma marocaines CCM. (2023). Les soutiens au cinéma. [Link]
doivent urgemment mettre à jour leurs programmes ma/soutiens-au-cinema
pour inclure des cours sur les nouveaux métiers : le CCM. (2023). CENTRE CINEMATOGRAPHIQUE
marketing digital pour promouvoir un film en ligne, MAROCAIN : [Link]
l’analyse des données pour comprendre ce que le festations
public aime, ou encore le droit du numérique. Il faut Chouika, driss. (2024). Cinéma, mon amour de
aussi proposer des formations pour les professionnels Driss Chouika : FINANCEMENT DE L’INDUSTRIE
qui sont déjà en activité, afin qu’ils puissent s’adapter. CINÉMATOGRAPHIQUE AU MAROC. [Link]. https://
[Link]/culture/cinema%2C-mon-amour-de-driss-
Enfin, quatrièmement, l’action collective. Un chouika%3A-financement-de-l%E2%80%99industrie-
cinematographique-au-maroc?utm_source=[Link]
producteur seul ne peut pas négocier efficacement
Digital Act. (2021). GAFA, NATU, BATX... Régulation
avec un géant comme Netflix. Les professionnels des plateformes numériques : Quel cadre juridique au
marocains doivent s’unir. Il faudrait créer une sorte de Maroc? [Link]
«bureau d’export» ou un syndicat de producteurs qui regulation-des-plateformes-numeriques-quel-cadre-
parlerait d’une seule voix pour tout le secteur. Cette juridique-au-maroc?utm
structure pourrait négocier de meilleurs contrats, HACA. (2021). [Link]
vendre des «packages» de films marocains et défendre upload/Rapport%20annuel%202021%[Link]
les intérêts de tous sur le marché mondial. ibriz, lina. (2024). Transition numérique : Les détails
de la stratégie Maroc Digital 2030. [Link]
En conclusion, l’avenir du cinéma marocain ne se ma/2024/09/25/transition-numerique-les-details-de-la-
jouera plus seulement sur la qualité des films produits. strategie-maroc-digital-2030/?utm
Capítulo VI – Cinema – Convidados | Marrocos
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