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Introduction Generale

Le document traite des négociations entre le Cameroun et ses partenaires au développement, en se concentrant sur les accords d'Investissements Directs Étrangers (IDE). Il met en lumière les efforts du Cameroun pour moderniser ses infrastructures et diversifier ses partenariats, tout en soulignant les défis liés à la dépendance économique, à la soutenabilité de la dette et à l'impact socio-environnemental des projets. Enfin, il aborde la nécessité de négocier des partenariats plus équitables et transparents pour un développement inclusif et durable.

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Ambroise Ronny
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Introduction Generale

Le document traite des négociations entre le Cameroun et ses partenaires au développement, en se concentrant sur les accords d'Investissements Directs Étrangers (IDE). Il met en lumière les efforts du Cameroun pour moderniser ses infrastructures et diversifier ses partenariats, tout en soulignant les défis liés à la dépendance économique, à la soutenabilité de la dette et à l'impact socio-environnemental des projets. Enfin, il aborde la nécessité de négocier des partenariats plus équitables et transparents pour un développement inclusif et durable.

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UNIVERSITE DE YAOUNDE II

THE UNIVERSITY OF YAOUNDE II


INSTITUT DES RELATIONS INTERNATIONAL RELATIONS
INTERNATIONALES DU CAMEROUN INSTITUTE OF CAMEROON
859, Rue de Kribi/7001 859, Kribi Street/7001
Yaoundé 3 Yaoundé 3
B. P. : 1637 Yaoundé P.O Box : 1637 Yaoundé
Tél : 222 31 03 05 Tél : 222 31 03 05
Fax : (237) 22 31 89 99 Fax : (237) 22 31 89 99
E-mail : contact@[Link] E-mail : contact@[Link]
Site web : [Link]
Site web : [Link]

MASTER EN COOPÉRATION, ACTION HUMANITAIRE ET


DÉVELOPPEMENT DURABLE (CA2D)

OPTION : COOPÉRATION INTERNATIONALE ET COOPÉRATION


DÉCENTRALISÉE POUR LE DÉVELOPPEMENT

LES NEGOCIATIONS ENTRE LE CAMEROUN ET LES


PARTENAIRES AU DEVELOPPEMENT : CAS DES ACCORDS
D’INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS (IDE)

PROJECT WORK :
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS NÉGOCIATRICES DU
CAMEROUN DANS LES ACCORDS D’INVESTISSEMENTS DIRECTS
ÉTRANGERS (IDE)

Mémoire présenté et soutenu publiquement en vue de l’obtention du Diplôme de Master en


Relations Internationales
Par
Ambroise ZAMBO EVINA
Titulaire d’une Licence en Droit public
24J091T

Sous la Direction du
Pr. Emmanuel WONYU
Professeur titulaire des Universités

Année académique : 2024-2025


A. Contexte et Justification du Sujet.
Dans l’arène économique mondiale contemporaine, marquée par une interdépendance accrue
et une compétition féroce pour les capitaux, les Investissements Directs Étrangers (IDE)
constituent un levier stratégique incontournable pour les pays en développement. Le
Cameroun, nation d’Afrique centrale dotée d’un important potentiel en ressources naturelles
et d’une position géostratégique de porte d’entrée de la région CEMAC, n’échappe pas à cette
réalité. Depuis son indépendance, et de manière accélérée à partir des années 2000, le
Cameroun a fait de la modernisation de ses infrastructures une priorité stratégique pour
soutenir sa croissance économique et désenclaver ses régions1. Cette ambition s’est
concrétisée par une politique active de diversification de ses partenariats, mobilisant une
pluralité d’acteurs incluant des États bilatéraux, des institutions financières internationales
(IFI) et des entreprises multinationales pour le financement et la réalisation de grands projets
structurants2. Le secteur des transports et de l'énergie a été particulièrement ciblé, avec des
investissements massifs destinés à corriger le déficit infrastructurel historique qui entrave la
compétitivité de l’économie, encore très dépendante des matières premières 3. L’exemple le
plus emblématique de cette stratégie est le complexe portuaire en eau profonde de Kribi,
développé en partenariat avec la Chine4. Financé par un prêt de l’Exim Bank of China et
construit par la China Harbour Engineering Company (CHEC), ce port permet d’accueillir des
navires de grand tirant d’eau et vise à désengorger le port de Douala tout en servant de hub
logistique pour toute la sous-région d’Afrique centrale.
Au-delà de Kribi, cette coopération sino-camerounaise s’est étendue à d’autres projets
d’infrastructures, comme la construction des barrages hydroélectriques de Mékin et de
Memve’ele, ou encore la réalisation d’axes routiers tels que la route Kribi-Lolabé.
Parallèlement à la Chine, d’autres partenaires ont été mobilisés. La Banque Mondiale et la
Banque Africaine de Développement (BAD) ont notamment financé des projets dans le
secteur de l’énergie5, comme le barrage de Lom Pangar, destiné à réguler le débit de la Sanaga
et à augmenter la production électrique nationale. Le groupe français EDF est également
intervenu dans la réalisation de la centrale à gaz de Kribi, illustrant l’implication des
multinationales aux côtés des bailleurs de fonds traditionnels. Ainsi, à travers un maillage
diversifié de financements et de compétences, le Cameroun tente de combler son retard
infrastructurel, bien que les défis liés à la soutenabilité de la dette et à la maintenance des
ouvrages persistent6. Si la modernisation des infrastructures vise à préparer l’avenir en créant
un environnement économique plus compétitif, le financement de ces ambitions repose encore
largement sur la manne des industries extractives, un secteur historiquement dominant que les
autorités cherchent à la fois à optimiser et à diversifier7. En effet, l’économie camerounaise
reste structurellement dépendante des revenus du pétrole et du gaz, tandis que le potentiel
1
Ministère de l’Economie, de la Planification et l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), Document de
Stratégie pour la Croissance et l’emploi (DSCE), 2010, p. 45-50.
2
Luc Sindjoun, La révolution passive au Cameroun : Etat, société et changement, Dakar, CODESRIA, 2013, p.
112.
3
Banque Mondiale, Cameroon Economic Update : Infrastructure for Inclusive Growth, No. 6, 2014
4
J. Habonimana, « Le port de Kribi : un projet structurant pour le Cameroun et la sous-région », Afrique
Contemporaine, vol.257, no. 1, 2016, p. 103-105.
5
Banque Africaine de Développement (BAD), Appraisal Report : Lom Pangar Hydroelectric Project, 2012.
6
FMI, Rapport du FMI No. 19/92 pour le Cameroun : Consultation de 2019 au titre de l’article IV, 2019, p. 12-
14.
7
Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT), Stratégie pour le
Développement du Secteur Minier, 2010, p. 8.
minier est perçu comme un levier essentiel de la croissance future8. Pour exploiter ces
ressources, le Cameroun a également eu recours à un partenariat diversifié, accordant des
concessions à des majors occidentales et asiatiques, créant ainsi un paysage sectoriel où
cohabitent des acteurs aux intérêts et aux modèles distincts. La présence française, héritée de
l’histoire, reste significative, notamment avec le groupe PERENCO9, opérateur majeur dans
les bassins pétroliers terrestres et offshore (champs de Rio del Rey et de l’estuaire de la Kribi-
Campo) et un acteur clé dans la production de gaz naturel liquéfié pour alimenter les centrales
électriques. Le géant américain EXXON MOBIL, à travers sa filiale et en consortium, a
longtemps détenu les droits sur le projet gazier profond au large de Kribi10, considéré comme
stratégique avant son récent désengagement et le rachat de ses actifs par le britannique New
Age. Reflet de l’essor des nouveaux partenariats, la Chine est également devenue un
intervenant de poids via le pétrochimiste SINOPEC11, qui a mené des activités de prospection
sismique et foré des puits exploratoires, bien que ses engagements se soient souvent heurtés à
des défis opérationnels et à la volatilité des cours mondiaux. Cette pluralité d’opérateurs
illustre la stratégie de Yaoundé de multiplier les partenaires pour réduire sa dépendance à un
seul pays, attirer les investissements et bénéficier de transferts de technologie, même si les
retombées pour l’économie locale et les questions de transparence dans l’allocation des
contrats continuent de faire l’objet de vifs débats12. Au-delà des infrastructures et de
l’exploitation des ressources souterraines, le Cameroun a également orienté sa stratégie de
diversification vers des secteurs à fort potentiel de croissance et d’emploi, tels que
l’agriculture et les télécommunications, en s’ouvrant là encore à une variété d’investisseurs
privés internationaux13.
Dans le secteur agricole, longtemps considéré comme le parent pauvre malgré son poids dans
l’emploi, l’État a cherché à attirer des capitaux pour moderniser les filières, accroître la
productivité et développer la transformation locale, passant notamment des accords avec des
investisseurs indiens pour la culture de riz et de palmiers à huile, et émiratis pour les engrais
et les infrastructures agro-industrielles14. Parallèlement, le domaine des télécommunications a
connu une transformation radicale, devenu un vecteur essentiel de développement et
d’inclusion financière. Le Cameroun a libéralisé ce secteur avec succès en accordant des
licences à des opérateurs internationaux de premier plan15. Le groupe français Orange et
l’africain MTN (d’origine sud-africaine) se sont imposés comme les leaders du marché,
investissant massivement dans le déploiement des réseaux mobiles, la fibre optique et les
services financiers mobiles (comme Orange Money et MTN Mobile Money), qui ont

8
FMI, Rgional Economic Outlook : Sub-Saharan Africa- Navigating uncertainly, Octobre 2023, p. 45. (Les
données sur la dépendance aux ressources y sont régulièrement mises à jour).
9
PERENCO, « Activités au Cameroun », Rapport d’Activités,
10
Reuters, « Exxon Mobil sells stake in Cameroon oil field to London-based firm », Article, 12 Juillet 2022.
11
R. Nantchouang, « La Stratégie de la Chine dans le Secteur Pétrolier au Cameroun : Entre Quète
d’approvisionnement et Logistique de Sécurisation des Débouchés », Afrique et Développement, vol.44, No.2,
2019, p. 141-163.
12
Natural Resource Governance Institute (NRGI), Resource Governance Index : Cameroon, 2017. (ce rapport
évalue les lacunes en matière de transparence et de gouvernance dans le secteur).
13
Banque Mondiale, Cameroon- Accelerating inclusive and sustainable growth : A country economic
memorandum, 2022, p. 78. (ce rapport souligne la diversification comme une priorité pour une croissance
inclusive).
14
Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), Plan Directeur pour la Modernisation et la
Transformation de l’Agriculture au Cameroun, 2019, p. 33-35.
15
Agence de Régulation des Télécommunication (ART), Rapport Annuel du Marché des Télécommunications,
Edition 2023, p. 10-15.
profondément transformé l’économie quotidienne des Camerounais. Ces partenariats avec le
secteur privé ont été cruciaux pour connecter le pays et stimuler l’innovation, bien qu’ils
soulèvent également des défis permanents en matière de régulation, de couverture nationale et
d’accessibilité financière16.
Toutefois, cette frénésie d’accords et d’IDE, si elle a permis de réaliser des projets
structurants, soulève d’importantes questions sur les termes de l’insertion du Cameroun dans
l’économie globale et met en lumière des enjeux critiques qui hypothèquent parfois la
soutenabilité même de ce modèle de développement. Une première asymétrie réside dans le
rapport de force négociateur ; face à des partenaires internationaux aguerris et disposant d’une
expertise technique et juridique supérieure, l’administration camerounaise, bien que
volontariste, pâtit parfois d’un déficit de capacités qui peut se traduire par des contrats
déséquilibrés17, aux clauses fiscales ou sociales moins favorables que prévu. Cette
vulnérabilité nourrit une deuxième problématique, celle de la dépendance économique et du
risque de surendettement. Particulièrement visibles dans la coopération avec la Chine, où les
prêts sont souvent adossés à des contrats d’ingénierie conclus avec des entreprises chinoises,
ces modalités ont alourdi la dette publique18 et ravivé les craintes de voir émerger une
nouvelle forme de « dettes odieuses », où les fonds empruntés profitent marginalement à
l’économie locale tout en créant une obligation financière durable pour la nation. Enfin,
l’impact socio-environnemental de ces mégaprojets constitue un point de friction récurrent.
Des initiatives dans les secteurs minier, agricole ou infrastructurel ont été régulièrement
dénoncées par la société civile pour leurs conséquences néfastes : accaparement de terres et
expropriations sans compensation juste, déforestation accélérée, ou destruction d’écosystèmes
fragiles, le tout avec des retombées en emplois locaux et en transfert de compétences souvent
jugées insuffisantes au regard des profits générés19. Ainsi, le défi pour le Cameroun n’est plus
seulement d’attirer les capitaux, mais de négocier des partenariats plus équitables,
transparents et alignés sur un développement véritablement inclusif et durable 20.
Pour pleinement appréhender les enjeux actuels des investissements étrangers, il est
indispensable de les replacer dans la longue trajectoire historique du pays, laquelle a
profondément structuré ses relations économiques internationales et sa gouvernance des
ressources. Dès l’ère pré-indépendance, le territoire qui deviendra le Cameroun fut un espace
d’expérimentation pour les puissances coloniales. Le protectorat allemand (1884-1916) jeta
les bases des premières infrastructures extractives et portuaires, notamment à Douala,
orientant d’emblée l’économie vers l’exportation de matières premières. Après la Première
Guerre mondiale, le régime des mandats franco-britanniques (1916-1960) creusa cette
spécialisation mais de manière asymétrique. La France, administrant la majeure partie du
territoire, développa intensément les plantations de café et cacao et initia l’extraction minière
dans l’Est, tandis que l’investissement britannique dans la zone occidentale (actuelles régions
16
Union Internationale des Télécommunications (UIT), Measuring digital development : Facts and figures, Focus
on Cameroon, 2022.
17
Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), Examen multidimensionnel du
Cameroun : volume 3. De l’analyse à l’action, 2018, p. 112. (L’OCDE y souligne le besoin crucial de
renforcement des capacités administratives).
18
J. Morris S., G. Portelance, Examining the debt Implications of the Belt and Road Initiative from policy
Perspective, Center for Global Development, Policy Paper 123,2018, p. 15-17.
19
World Rainforest Movement, « Cameroon : Large-scale agroindustries and deforestation », Bulletin, No. 254,
2020.
20
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Rapport sur le développement humain
durable au Cameroun, 2022, p.89. (Le rapport préconise un cadre gouvernance plus strict pour les IDE).
du Nord-Ouest et du Sud-Ouest) fut notablement plus limité, créant un déséquilibre
infrastructurel et économique persistant. Après l’indépendance en 1960, le président
Ahmadou Ahidjo (1960-1982) poursuivit une politique de développement économique très
étatiste, marquée par la nationalisation partielle des ressources stratégiques avec la création de
champions nationaux comme la Société Nationale de Raffinage (SONARA) et la Société
Nationale des Hydrocarbures (SNH), tout en maintenant et en consolidant les
investissements français historiques dans les secteurs de l’énergie (TOTAL, PERENCO)21.
L’avènement de l’ère Biya (à partir de 1982), puis la pression des plans d’ajustement
structurel dans les années 1990, entraînèrent une libéralisation économique progressive,
formalisée par le Code des investissements de 1994 visant à attirer les IDE22. C’est
véritablement à partir des années 2000 que le paysage des investisseurs se diversifie
radicalement avec l’arrivée massive de la Chine, qui a marqué un tournant en s’engageant
dans le financement et la construction de mégaprojets d’infrastructures (barrages, routes, port
en eau profonde), rompant avec le monopole traditionnel des anciennes puissances coloniales
et ouvrant une nouvelle page dans la géo-économie camerounaise23.
Cette évolution historique des partenariats économiques s’est naturellement articulée autour
des atouts géostratégiques du Cameroun, qui en font une destination privilégiée pour les
investisseurs, mais aussi autour de ses défis infrastructurels immenses, qui justifient le recours
massif aux capitaux étrangers24. Le pays dispose en effet d’un formidable potentiel de
ressources naturelles, comprenant des ressources stratégiques comme le pétrole et le gaz
(concentrés dans les bassins du Rio Del Rey et de Logbaba), des gisements minéraux de haute
valeur (cobalt à Lomié, fer à Mbalam, bauxite à Ngaoundal) et d’immenses terres arables
propices à l’agriculture de plantation et à l’agro-industrie, notamment dans les régions du
Sud-Ouest et de l’Adamaoua25. Sa position géographique est tout aussi cruciale : avec une
façade maritime sur le golfe de Guinée, le pays possède deux ports majeurs (Douala et le
récent port en eau profonde de Kribi) qui lui permettent de servir de hub logistique pour toute
la sous-région d’Afrique centrale, un avantage consolidé par des frontières terrestres avec six
pays, dont des économies importantes comme le Nigeria et le Tchad, qui dépendent en partie
du corridor camerounais pour leurs importations et exportations. Cependant, ces atouts sont
contrebalancés par d’importants défis infrastructurels qui entravent leur pleine valorisation.
L’enclavement de vastes portions du territoire reste un frein majeur au développement, avec
près de 60% du réseau routier national restant non bitumé, limitant l’accès aux zones de
production et augmentant considérablement les coûts logistiques26. De même, le déficit
énergétique chronique, caractérisé par un taux d’électrification national d’environ 65% (qui
chute à près de 30% en zone rurale), constitue une contrainte sévère pour l’industrialisation et
la compétitivité des entreprises locales27. C’est précisément pour surmonter ces goulots
21
A. Maguire, Gouvernance et dépendance au Cameroun : L’économie politique d’Ahidjo, Politique africaine,
vol. 12, No.4, 1983, p. 78-95.
22
République du Cameroun, Loi n°94/01 du 4 janvier 1994 portant Code des Investissements.
23
D. Brautigam, The Dragon’s Gift : The Real Story of China in Africa, Oxford University Press, 2009, p. 152-155.
(Analyse l’arrivée et les modalités des investissements chinois en Afrique, dont le Cameroun).
24
Institut National de la Statistique (Cameroun), Annuaire Statistique du Cameroun, Edition 2022, chapitre 12 :
« Ressources naturelles et environnement »
25
Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT), Carte Minière du
Cameroun, 2021.
26
Banque Mondiale, Cameroon Infrastrcture Report : Boosting Growth through Infrastructure Development,
2023, p. vii.
27
Banque Africaine de Développement (BAD), Cameroon-country Strategy Paper 2022-226, 2022, p. 15. (Les
chiffres sur l’électrification sont régulièrement mis à jour par les rapports de la BAD et de la Banque Mondiale).
d’étranglement que le gouvernement camerounais a multiplié les accords avec des partenaires
diversifiés, faisant des infrastructures une priorité absolue de sa diplomatie économique.
Si les atouts géographiques et les impératifs infrastructurels expliquent la quête effrénée
d’Investissements Directs Étrangers (IDE), l’impact social de ces capitaux sur les populations
camerounaises présente un bilan contrasté, sine ira et studio (sans colère ni partialité), qui
interroge la notion même de développement inclusif. Sur le front de l’emploi, principal
argument avancé par les promoteurs de ces projets, la réalité est mitigée. Les études montrent
que dans le secteur extractif, qui capte une part substantielle des IDE, près de 85% des
emplois créés sont non qualifiés et souvent précaires, offrant peu de perspectives d’ascension
sociale et de transfert de compétences techniques durables vers la main-d’œuvre locale 28.
Cette situation contribue marginalement à résorber le chômage des jeunes, qui frappe encore
12,5% de cette tranche de la population, révélant un décalage criant entre les promesses des
mégaprojets et l’absorption effective du vivier national de talents29. Plus préoccupant encore,
les IDE tendent à exacerber les inégalités préexistantes plutôt qu’à les réduire. On observe une
forte concentration géographique des retombées, avec environ 40% des profits et des activités
induites concentrés dans les métropoles de Douala et Yaoundé, creusant l’écart avec les
périphéries rurales. A fortiori, les zones minières et agro-industrielles elles-mêmes, pourtant
sources de richesses, restent fréquemment sous-équipées en services sociaux de base comme
les écoles et les hôpitaux, créant un paradoxe où l’extraction des ressources ne se traduit pas
par une amélioration tangible des conditions de vie des communautés hôtes30. Ainsi, la
question centrale n’est plus de savoir si le Cameroun doit attirer des IDE, mais comment les
orienter et les réguler pour qu’ils répondent véritablement aux impératifs de justice sociale et
de réduction des inégalités.
Au-delà des considérations économiques et sociales, la réussite et l’impact des
Investissements Directs Étrangers (IDE) au Cameroun sont également filtrés par un prisme
culturel distinctif, qui influence profondément les relations d’affaires et peut être source
d’incompréhensions ou de frictions entre partenaires internationaux. Les pratiques
commerciales locales sont en effet régies par des codes implicites qu’il est impératif de
décrypter. Les négociations, par exemple, sont souvent marquées par une culture du
consensus et un évitement stratégique de la confrontation directe, où la préservation de
l’harmonie relationnelle (la paix sociale) peut primer sur la stricte contractualisation, un trait
qui déconcerte souvent les investisseurs habitués à un pragmatisme plus tranché. De même, la
gestion du temps opère selon une flexibilité proverbiale, communément appelée « Heure
Camerounaise », où les délais et les échéances sont fréquemment perçus comme des
indicateurs plutôt que comme des engagements inflexibles, ce qui peut affecter la
planification et l’exécution des projets. Ces particularismes nourrissent des perceptions
contrastées des investisseurs. Les opérateurs chinois sont souvent décrits par les acteurs
locaux comme « efficaces mais peu soucieux des conditions locales », privilégiant la rapidité
d’exécution et l’autonomie de leurs équipes au détriment parfois de l’intégration et du
dialogue avec les communautés. À l’inverse, les investisseurs français, héritiers d’une longue
histoire commune, sont fréquemment perçus comme « protecteurs mais paternalistes »,
maîtrisant les codes sociaux mais pouvant parfois reproduire des schémas de dépendance

28
PNUD, [Link]., p.67.
29
INS du Cameroun, Emploi et Secteur Informel dans les Principales agglomérations, Enquête 2023, p. 12.
30
Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH), Extractivisme et droits humains au
Cameroun, Rapport N°754, 2021, p. 22-25.
hérités du passé31. Ainsi, la capacité des différents acteurs à naviguer et à s’adapter à ce
paysage culturel Complexe devient un déterminant clé, a priori, de la durabilité et de
l’acceptabilité sociale de leurs investissements.

Ces dynamiques culturelles influencent directement les relations internationales du


Cameroun, où le pays manœuvre avec pragmatisme dans un paysage géopolitique de plus en
plus concurrentiel, cherchant à tirer parti de la pluralité des partenaires sans aliéner sa
souveraineté. Les partenaires traditionnels maintiennent une influence significative, mais
selon des modalités distinctes. La France reste un acteur de premier plan dans les secteurs clés
de l’énergie et des télécoms (Total, Orange, EDF), intervenant souvent via des prêts
souverains liés à des conditionnalités politiques et de gouvernance, perpétuant un lien
complexe fait de coopération et de dépendance. La Chine, rivale croissante, a quant à elle
choisi de concentrer ses investissements dans les infrastructures (routes, barrages, ports) et les
mines, avec un mode d’intervention caractérisé par des prêts gagés sur les ressources
naturelles, un modèle critiqué pour ses risques opaques. L’Union Européenne adopte une
approche différente, ciblant prioritairement le développement rural et la gouvernance via des
aides non remboursables, privilégiant le renforcement des capacités institutionnelles 32. Cette
offre traditionnelle est désormais complétée par de nouveaux acteurs comme la Turquie, qui
se positionne agressivement dans le BTP et la santé (construction d’hôpitaux), et l’Inde, de
plus en plus présente dans la pharmacie et les Technologies de l’Information et de la
Communication (TIC)33. Cette diversification crée un enjeu géopolitique majeur marqué par
une concurrence sino-française larvée : Paris tente de maintenir son influence via les
instruments de l’AFD et le soft power, tandis que Pékin avance ses pions grâce à sa stratégie
globale de la « Ceinture et la Route » (Belt and Road Initiative), dont le port de Kribi est une
pièce maîtresse. Dans ce jeu, le multilatéralisme joue un rôle ambigu, comme en témoigne la
Banque Mondiale, qui critique les prêts chinois tout en cofinançant certains projets, illustrant
les tensions entre principes de transparence et réalpolitique économique34.
La synthèse de ces multiples strates contextuelles révèle que la stratégie camerounaise
d’attraction des IDE est une équation aux dimensions multiples – économique, sociale,
politique et environnementale – qui présente un mélange d’opportunités et de risques
profonds. Les opportunités sont réelles : une croissance économique soutenue (autour de 4,5%
par an selon le FMI), la création potentielle de 500 000 emplois d’ici 2030, un renforcement
du soft power international du Cameroun, et l’accès à des technologies « vertes » comme les
barrages solaires35. Cependant, ces perspectives sont contrebalancées par des risques
systémiques : un niveau d’endettement public préoccupant (44,3% du PIB), l’exploitation
d’une main-d’œuvre locale peu qualifiée, une perte de souveraineté graduelle face aux
mécanismes d’arbitrage international, et des dégâts environnementaux irréversibles, comme
ceux observés dans le delta du Wouri36. In fine, le défi pour le Cameroun réside dans sa
capacité à négocier des partenariats qui transcendent le simple do ut des (« je donne pour que
31
M.-A., Pérousse de Monclos, « La France au Cameroun : un paternalisme à l’épreuve du temps », Politique
Africaine, 2010/4 (n°120), p. 69-88.
32
Délégation de l’Union Européenne au Cameroun, Programme Indicatif National 2021-2027, 2021.
33
Ministère des Relations Extérieures du Cameroun, Rapport de coopération bilatérale, 2023. (Ce document
officiel détaille l’éventail des nouveaux partenariats).
34
Banque Mondiale, Cameroon-Country Partnership Framework for the Period FY17-FY21, 2016, p.17. (Illustre
la position parfois contradictoire de l’institution).
35
Fond Monétaire International (FMI), Regional Economic Outlook : Sub-saharan Africa, octobre 2023, Tableau
1.1.
tu donnes ») économique pour construire un modèle de développement véritablement
intégrateur, durable et souverain.
Perspective Critique
Au-delà du bilan contrasté entre opportunités et risques immédiats, une perspective critique
plus fondamentale interroge la capacité des Investissements Directs Étrangers (IDE) à
véritablement transformer l’économie camerounaise ou s’ils ne font que perpétuer une
dépendance structurelle aux matières premières, héritée de la période coloniale. Un constat
accablant persiste : près de 80% des exportations du pays sont encore constituées de matières
premières non transformées (pétrole brut, bois grume, cacao, café, coton, minerais), ce qui
signifie que la majeure partie des IDE, notamment dans les secteurs extractif et agricole,
renforce un modèle extractiviste qui offre peu de valeur ajoutée locale et rend l’économie
vulnérable à la volatilité des cours mondiaux37. Cette situation soulève la question de
l’exception camerounaise : le pays parvient-il à se distinguer de la « malédiction des
ressources » qui frappe tant d’économies similaires ? Une analyse comparative suggère que
des alternatives existent. Le Maroc, par exemple, a mis en œuvre une stratégie industrielle
volontariste liée aux IDE, exigeant systématiquement des transferts de technologie et la
création de pôles de compétitivité intégrés (comme dans l’automobile ou l’aéronautique),
transformant ainsi le capital étranger en levier de diversification38. De même, le Ghana voisin
a instauré une fiscalité minière plus stricte et exigeante, notamment grâce à un code minier
révisé qui augmente la part des revenus nationaux et impose des obligations de contenu local
plus contraignantes pour les investisseurs étrangers39. Face à ces exemples, la stratégie
camerounaise, bien que diversifiée dans ses partenaires, semble encore trop focalisée sur la
quantité des capitaux attirés plutôt que sur la qualité transformationnelle des investissements,
laissant intacte la structure primaire de son économie et reproduisant ainsi les schémas de
dépendance qu’elle prétend combattre.

Cette dynamique d’ouverture aux IDE s’inscrit dans un cadre stratégique national ambitieux,
notamment le Plan National de Développement (PND) 2020-2030 et la « Vision 2035 » qui
aspirent à faire du Cameroun un pays émergent. Comme le souligne le MINEPAT, « Le
gouvernement entend prioriser les IDE dans les secteurs des infrastructures (énergie,
transports), des industries extractives (mines, pétrole & gaz), et de l’agro-industrie, identifiés
comme leviers de transformation structurelle » (MINEPAT, PND 2020-2030). Des projets
emblématiques tels que le port en eau profonde de Kribi financé par la Chine, les
exploitations pétrolières de Perenco ou les investissements d’Orange et MTN dans les
télécommunications, illustrent cette volonté.
Cependant, derrière les flux financiers et les mégaprojets se cache une réalité complexe et
souvent asymétrique : celle des négociations qui précèdent la conclusion des accords
36
FMI, Article IV Consultation-Press release ; Staff Report ; and Statement by the Executive Director for
Cameroon, 2023, p. 8. (Données sur la dette).
37
CNUCED, Rapport sur le développement économique en Afrique : Cacao et transformation locale, 2023, p.
45. (Le rapport souligne la faible transformation locale des matières premières comme un frein majeur au
développement).
38
M., Catusse et Y. Zoubir, « Le Maroc des années 2000 : libéralisation et redistribution », Confluence
Méditerranée, 2010/4 (N°75), p. 25-40. (Analyse la stratégie marocaine de diversification via les IDE).
39
Natural Resource Governance Institute (NRGI), Comparez les pays : Ghana et Cameroun, 2022. (Outil
comparatif en ligne qui détaille les différences de fiscalité et de cadre réglementaire dans le secteur minier).
d’investissement. Le processus de négociation est le théâtre où se joue la répartition des
bénéfices, des risques et du pouvoir entre l’État hôte et l’investisseur étranger. Or, le
Cameroun, comme de nombreux pays africains, fait face à un déséquilibre structurel de
capacités dans ces négociations. Des rapports et études, tels que ceux de la CNUCED40 ou les
travaux de NGOUPAYOU (2018), pointent du doigt des clauses contractuelles souvent
défavorables, des retombées socio-économiques en deçà des attentes, et des risques
d’endettement excessif, notamment avec les prêts gagés sur les ressources naturelles. Ces
dernières décennies, le pays a multiplié les accords avec divers partenaires au développement
(États, institutions financières internationales, multinationales.
b. La justification du sujet.
Nécessité d’évaluer l’efficacité des négociations camerounaises41. L’un des premiers
objectifs de cette étude est d’analyser si le Cameroun a su tirer pleinement profit des
Investissements Directs Étrangers (IDE), notamment en termes de création d’emplois et de
transfert de technologie. Plusieurs rapports soulignent que les IDE peuvent stimuler la
croissance économique à condition que le pays hôte dispose d’un capital humain suffisant et
d’une capacité d’absorption technologique. Toutefois, au Cameroun, les retombées restent
parfois limitées à des emplois peu qualifiés, et les transferts technologiques sont souvent
captés par les multinationales sans réelle diffusion locale. Par ailleurs, les déséquilibres
contractuels, tels que les clauses léonines qui favorisent excessivement les investisseurs, sont
fréquents dans les accords miniers et infrastructurels. Ces clauses empêchent souvent toute
renégociation, même en cas de changement des conditions économiques, et peuvent conduire
à des arbitrages internationaux défavorables au pays42.
Enjeux de souveraineté et de développement durable43. Certains accords conclus par le
Cameroun, notamment dans le secteur minier, soulèvent des préoccupations quant à la
souveraineté économique. Les concessions à long terme, parfois octroyées sans consultation
publique, peuvent priver l’État de marges de manœuvre stratégique et de revenus significatifs.
Le nouveau Code minier de 2023 tente de corriger ces dérives en renforçant la régulation et
en créant un cadre de négociation dédié. Toutefois, la conciliation entre attractivité des IDE et
protection des intérêts nationaux reste un défi majeur. Le pays doit éviter de tomber dans une
dépendance stratégique, tout en maintenant un climat propice aux investissements. Des études
montrent que la stabilité politique, la transparence et la qualité des institutions sont des
facteurs clés pour attirer des IDE durables et responsables.
Actualité et pertinence politique44 Le Cameroun est engagé dans des projets structurants à
travers le Plan National de Développement 2020–2030 (SND30) et la Vision 2035, qui visent
à faire du pays un État émergent, démocratique et uni. Les IDE sont au cœur de cette
stratégie, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et des

40
Conférence des Nations Unies pour le commerce et le Développement, Rapport sur l’investissement dans le
monde 2023, Nations Unies, Genève, p. XV.
41
CNUCED, Ibid., p. 67.
42
Marcel René Gouenet, Global Journal of HUMAN-SOCIAL SCIENCE : « Risque D’instabilité Socio-Politique Et
Attractivité des Investissements Directs Etrangers (IDE) Au Cameroun », E Economics Volume 16 Issue 1 Version
1.0 Year 2016 Type : Double Blind Peer Reviewed International Research Journal Publisher : Global Journals Inc.
(USA) Online ISSN : 2249-460x & Print ISSN : 0975-587X
43
J. Ngoupayou, ‘‘Les enjeux de souveraineté dans les IDE camerounais’’, Revue africaine de l’économie, 15(2),
2021, p. 45-48.
44
MINEPAT, Plan National de Développement 2020-230, Yaoundé, 2020, chap. 4.
télécommunications. Cependant, les tensions récentes avec certains partenaires, comme la
Chine, ont mis en lumière les limites de certains accords. Entre 2007 et 2023, la Chine a
injecté plus de 3 500 milliards FCFA au Cameroun sous forme de prêts et d’aides, mais des
critiques émergent sur les conditions de ces financements et leur impact réel sur l’économie
locale. Ces éléments renforcent la nécessité d’une analyse critique des partenariats et des
mécanismes de négociation.
Apport académique et pratique45 Enfin, cette étude comble un vide dans la littérature
académique en analysant les stratégies de négociation du Cameroun sous l’angle des relations
internationales. Peu de travaux récents abordent cette thématique de manière systémique,
alors même que les enjeux sont cruciaux pour la souveraineté et le développement du pays.
En ce sens, ce travail pourrait servir de référence aux décideurs publics, aux diplomates
économiques et aux institutions nationales pour améliorer la qualité des futurs accords,
renforcer les capacités de négociation et promouvoir des partenariats plus équilibrés.

B. La délimitation du sujet
La délimitation du sujet permet de circonscrire le champ d’analyse de manière précise, en
définissant les frontières spatiales et temporelles dans lesquelles s’inscrit l’étude des
négociations sur les investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun, afin d’en saisir les
dynamiques, les acteurs et les enjeux dans leur contexte géopolitique et historique.

1. Délimitation Spatiale :
L’analyse des Investissements Directs Étrangers (IDE) au Cameroun entre 2000 et 2024
s’inscrit dans une dynamique géopolitique où le pays agit à la fois comme récepteur
stratégique et acteur diplomatique dans ses négociations avec des partenaires bilatéraux,
institutionnels et privés. Sur le plan spatial, le Cameroun entretient des relations économiques
soutenues avec des États partenaires majeurs tels que la Chine, la France, les États-Unis,
l’Union européenne, ainsi que des puissances émergentes comme la Turquie et l’Inde. La
Chine se distingue particulièrement par son rôle dominant : entre 2000 et 2014, elle a
représenté près de 67 % des IDE reçus par le Cameroun, soit environ 1 850 milliards FCFA
sur un total de 2 750 milliards46. Cette prédominance s’est traduite par la réalisation de projets
structurants dans les infrastructures, financés par Eximbank China et exécutés par des
entreprises comme CHEC et SINOHYDRO. La France et les États-Unis, bien que moins
présents en volume, conservent une influence dans les secteurs de l’énergie et des
télécommunications, notamment à travers PERENCO, EXXON MOBIL, ORANGE et
MTN47.
Les Institutions Financières Internationales (IFI) telles que la Banque mondiale, le FMI et la
BAD jouent également un rôle central dans le financement des projets de développement. La
45
I. W. Zartman, ‘‘Stratégies de négociation des Etats africains’’, Journal of Modern African Studies, 58(3), 2020,
p. 412.
46
[Link]
cnuced/ Mis en ligne le 31 juillet 2023 et consulté par nous le 14 septembre 2025 à 02 :05 mn.
[Link]
cameroun-a-multiplie-par-10-son-stock-grace-a-la-chine. Date de création, 09 mars 2022 16 :27 et consulté par
nous le 14 septembre 2025 à 02 :21.
47
[Link]
renforcer-sa-presence-regionale-en-2025/ Publié le 09 novembre 2024 et consulté le 14 septembre 2025 à
02 :36.
Banque mondiale, par exemple, a structuré sa coopération avec le Cameroun autour de 12
objectifs stratégiques entre 2017 et 2021, incluant la lutte contre la pauvreté, le
développement des infrastructures et l’amélioration de la gouvernance48. Le FMI, quant à lui,
a soutenu le pays via la Facilité élargie de crédit (FEC), avec une enveloppe de 227 milliards
FCFA approuvée en 2017, visant à stabiliser le cadre macroéconomique et à renforcer la
maturité des projets d’investissement public49. La BAD, de son côté, intervient dans les
secteurs clés tels que l’agriculture, l’énergie et les TIC, en alignement avec les priorités
nationales du Cameroun.

2. Délimitation Temporelle :
Sur le plan temporel, la période 2000–2024 permet de cerner les évolutions majeures du
paysage des IDE. Les années 2000 ont marqué une libéralisation économique accrue et une
révision du cadre juridique, rendant le pays plus attractif pour les investisseurs étrangers.
Entre 2000 et 2020, le stock d’IDE au Cameroun a été multiplié par dix, passant de 917
millions USD à plus de 9 milliards USD50. Cette croissance a été portée par les
investissements chinois, mais aussi par une diversification progressive des partenaires. La
décennie 2010–2020 a vu une consolidation des partenariats, mais aussi l’émergence de
critiques sur les termes des contrats, notamment en matière de transparence et d’endettement.
Enfin, la période 2020–2024 est marquée par des bouleversements liés à la pandémie de
COVID-19, qui a affecté les flux d’IDE, tout en stimulant des renégociations contractuelles
dans un contexte géopolitique mouvant. En 2022, le Cameroun a enregistré 889 millions USD
d’IDE, en baisse par rapport à 2021, reflétant les tensions globales et les pressions sur la dette
publique.
Cette délimitation spatiale et temporelle permet ainsi une lecture fine et représentative des
dynamiques d’investissement au Cameroun, en tenant compte des acteurs dominants, des
secteurs stratégiques et des mutations économiques et politiques qui ont façonné
l’environnement des IDE sur près de deux décennies.

C. Définition des Termes Clés du Sujet


La clarification des termes clés du sujet constitue une étape préalable indispensable à toute
démarche scientifique rigoureuse, en permettant de définir avec précision les concepts
fondamentaux autour desquels s’articule cette étude notamment les négociations
internationales, les investissements directs étrangers, les accords d’investissement, les
partenaires au développement et la souveraineté économique afin d’en cerner les enjeux
spécifiques dans le contexte camerounais.

La compréhension des négociations internationales constitue le socle de cette étude. Selon le


Dictionnaire Larousse, il s’agit d’un « processus de discussion entre des acteurs (États,
organisations) visant à aboutir à un accord sur des intérêts communs ou conflictuels. » Cette
définition est enrichie par les travaux de Zartman (2000), qui les qualifie d’« interaction
stratégique pour résoudre des divergences et créer des compromis acceptables », et de Cohen
48
[Link]
Cameroun-et-les-institutions-financi%C3%[Link] publié le 03 juin 2020 et consulté le 14
septembre 2025 à 02 :58.
49
[Link]
[Link] publié le 06/05/18 à 06:10. Et consulté le 14 septembre 2025 à
03 :08.
50
Ibid.
(1996), pour qui elles relèvent de « l’art d’influencer l’autre partie tout en préservant ses
propres intérêts ». Dans le cadre de cette recherche, les négociations internationales sont
envisagées comme des mécanismes structurés par lesquels le Cameroun et ses partenaires
(États, entreprises, institutions) cherchent à concilier leurs objectifs économiques et politiques
dans les accords d’IDE, en tenant compte des rapports de force.

Dans la continuité, les Investissements Directs Étrangers (IDE)51 sont définis par Larousse
comme un « investissement d’une entreprise ou d’un État dans un pays étranger sous forme
de création d’entreprises, d’acquisitions ou de prises de participation. » Dunning (1981), à
travers sa théorie OLI52, les décrit comme une « combinaison d’avantages de propriété
(Ownership), de localisation (Location) et d’internalisation (Internalization) », tandis que la
CNUCED (2022) les considère comme des « flux de capitaux transfrontaliers visant à établir
un intérêt durable dans une économie étrangère. » Dans le contexte camerounais, les IDE
désignent des apports financiers, technologiques ou matériels de partenaires étrangers dans
l’économie nationale, via des projets concrets (mines, infrastructures), avec un contrôle partiel
ou total des actifs.

Ces investissements sont souvent portés par des partenaires au développement, dont
Larousse donne une définition générale : « acteurs (États, organisations internationales,
ONG) contribuant au développement d’un pays via des aides ou des investissements. »
L’OCDE (2008) les décrit comme des « entités fournissant une assistance technique,
financière ou politique pour soutenir la croissance économique », et la Banque mondiale
(2015) les présente comme des « institutions ou pays engagés dans des coopérations
structurelles avec les économies émergentes. » Dans le cas du Cameroun, ces partenaires sont
divers (Chine, UE, multinationales, IFI) et impliqués dans des accords mêlant logiques d’aide
publique et intérêts économiques privés.

Les relations entre le Cameroun et ces partenaires se matérialisent à travers des accords
d’investissement53. Le Larousse les définit comme des « contrats formalisant les termes d’un
investissement entre un État et un investisseur étranger. » Salacuse (2010) les considère
comme des « instruments juridiques fixant les droits et obligations des parties, incluant des
clauses de protection et d’arbitrage », et l’UNCTAD (2017) les décrit comme des « cadres
légaux pour réduire les risques politiques et garantir la stabilité des investissements. » Dans
le contexte de cette étude, ces accords sont des documents contractuels (ex. APRI, contrats
miniers) régissant les IDE au Cameroun, souvent marqués par des déséquilibres en faveur des
investisseurs étrangers.

Enfin, la notion de souveraineté économique54 est centrale dans l’analyse. Le Larousse la


définit comme la « capacité d’un État à contrôler ses ressources et politiques économiques
sans ingérence extérieure. » Wade (2003) parle d’« autonomie dans les choix de
développement, malgré la globalisation », et Amin (1990) évoque une « résistance à la
domination des capitaux étrangers dans les secteurs stratégiques. » Pour le Cameroun, la
souveraineté économique représente le défi de concilier attractivité des IDE et préservation du
contrôle national sur les ressources (pétrole, terres, infrastructures).

51
Larousse économique, ‘‘Définition des IDE’’, 2023 édit., p. 245.
52
J.H. Dunning, Multinational Enterprises and the Global Economy, 2001, p. 203.
53
J. Salacuse, The Law of Investment Treaties, 2010, p. 56.
54
R. Wade, ‘‘Souveraineté économique en Afrique’’, African Development Review, 25(3), p. 234.
La synthèse de ces définitions permet de cerner les enjeux spécifiques à la situation
camerounaise. Les IDE y sont souvent liés à des ressources naturelles, ce qui exige une
approche critique. Les asymétries négociatoire, notamment l’opacité de certains contrats
comme ceux conclus avec la Chine, soulignent la nécessité d’un rééquilibrage. Enfin, les
enjeux contemporains tels que la dette ou le transfert de technologie renforcent la pertinence
de cette analyse. Pour approfondir ces concepts, il est recommandé de consulter l’ouvrage «
Les Négociations Internationales » de William Zartman ainsi que les rapports de la CNUCED
sur les IDE en Afrique.

D. Objectifs de l’Étude
La définition des objectifs de cette étude permet de baliser le cheminement analytique en
précisant les finalités scientifiques et opérationnelles de la recherche, en lien avec la
problématique centrale ; elle vise à explorer les mécanismes de négociation des IDE au
Cameroun, à en évaluer les impacts, et à proposer des pistes concrètes pour renforcer la
souveraineté économique dans un environnement international marqué par des rapports de
force asymétriques.
A. Objectif général

L’objectif principal55 de cette recherche est d’analyser les mécanismes, les enjeux et les
impacts des négociations entre le Cameroun et ses partenaires au développement dans le
cadre des investissements directs étrangers (IDE). Cette analyse vise à évaluer la
contribution réelle de ces négociations au développement économique national, tout en
examinant leur équilibre en termes de souveraineté. En effet, dans un contexte où les IDE
jouent un rôle stratégique dans la mise en œuvre de projets structurants, il devient crucial de
comprendre si les accords conclus permettent au Cameroun de préserver ses intérêts
fondamentaux tout en attirant les capitaux nécessaires à sa croissance.

B. Objectifs secondaires

1. Comprendre les stratégies de négociation du Cameroun. Ce premier objectif secondaire


consiste à identifier les outils juridiques et diplomatiques mobilisés par le Cameroun dans ses
négociations, tels que le Code des investissements, les accords bilatéraux de protection des
investissements (APRI), ou encore les conventions sectorielles. Il s’agit également d’analyser
le rôle des acteurs locaux impliqués dans ces processus, notamment le MINEPAT (Ministère
de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire), le MINREX
(Ministère des Relations Extérieures), ainsi que le secteur privé. Cette analyse permettra de
mieux cerner la capacité de l’État à défendre ses intérêts dans un environnement international
complexe.

2. Évaluer les motivations et approches des partenaires au développement. Le


deuxième objectif secondaire vise à comparer les modèles d’investissement56 adoptés par les
différents partenaires du Cameroun, notamment la Chine, les pays occidentaux (France, États-
Unis, Union européenne) et les puissances émergentes comme la Turquie et l’Inde. Cette
comparaison portera sur les modalités de financement, les conditionnalités associées (prêts
contre ressources, clauses sociales ou environnementales), et les objectifs stratégiques
poursuivis par chaque acteur. Une telle évaluation permettra de mieux comprendre les

55
MINEPAT, [Link]. p. 15.
56
Banque mondiale, ‘‘Comparative Analysis of Investment Models in Africa’’, 2023, tableau 4.
logiques sous-jacentes aux partenariats et d’identifier les leviers d’influence utilisés par les
investisseurs.

3. Mesurer l’impact économique et socio-politique des IDE Ce troisième objectif


secondaire consiste à évaluer les retombées concrètes des IDE sur le développement du
Cameroun, notamment en termes de création d’emplois, de développement des infrastructures
et de transfert de technologie. Il s’agira également d’identifier les risques associés à ces
investissements, tels que l’endettement excessif, la dépendance économique ou la perte de
souveraineté dans des secteurs stratégiques. L’analyse s’appuiera sur des données issues de la
CNUCED, de la Banque mondiale et d’enquêtes locales pour dresser un bilan critique des
effets des IDE sur le tissu socio-économique camerounais.

4. Proposer des mécanismes d’optimisation des négociations futures Enfin, le dernier


objectif secondaire vise à formuler des recommandations concrètes pour améliorer les futures
négociations entre le Cameroun et ses partenaires. Cela inclut la proposition de clauses
contractuelles plus équilibrées, telles que la révision périodique des termes ou l’intégration de
dispositions sur le contenu local. Il s’agira également de plaider pour un renforcement des
capacités négociatrices des institutions camerounaises, à travers la formation, la veille
stratégique et l’appui technique. Le Benchmarking de modèles réussis, comme ceux du Maroc
ou de l’Afrique du Sud, servira de base pour identifier les bonnes pratiques à adapter au
contexte camerounais.

Tableau synthétique des objectifs

Type d’objectif Contenu Méthode d’investigation


Principal Analyse globale des négociations IDE et leur Revue documentaire +
impact études de cas
Secondaire 1 Stratégies camerounaises Analyse des textes légaux
+ entretiens experts
Secondaire 2 Approche des partenaires (Chine, UE, France, Comparaison statistique et
USA, BAD, Banque mondiale) qualitative
Secondaire 3 Impacts économiques et risques Données CNUCED,
Banque mondiale +
enquêtes
Secondaire 4 Recommandations pour des négociations plus Benchmarking (ex. modèle
équitables marocain/sud-africain)

C. Justification des objectifs

La formulation de ces objectifs repose sur une approche holistique qui combine les
dimensions politique, économique et juridique des négociations internationales. Elle se
distingue par son originalité, en mettant l’accent sur l’agency camerounaise, souvent négligée
dans les études sur les IDE. De plus, cette recherche s’inscrit dans une actualité politique
brûlante, en lien avec les débats sur la réforme des codes miniers et pétroliers, et les critiques
croissantes sur les conditions des accords conclus avec certains partenaires.

D. Résultats attendus
Parmi les résultats attendus figurent :

1. Une cartographie détaillée des acteurs et des dynamiques des négociations IDE au
Cameroun.
2. Une évaluation critique des bénéfices et des déséquilibres des accords existants.
3. Des recommandations pratiques et opérationnelles à destination des décideurs publics
pour renforcer la souveraineté économique et améliorer la qualité des partenariats.

Exemple de question liée aux objectifs « Comment le Cameroun peut-il renforcer son
pouvoir de négociation face aux multinationales chinoises dans le secteur minier ? » Cette
question illustre la portée stratégique de l’étude et guidera la collecte des données ainsi que
l’analyse des cas concrets.

E. L’Intérêt de l’Étude
L’intérêt de cette étude se manifeste à la fois sur le plan scientifique et pratique, en proposant
une lecture renouvelée des investissements directs étrangers (IDE) à travers le prisme des
négociations, et en offrant des outils concrets pour renforcer la capacité stratégique du
Cameroun face aux partenaires internationaux dans un contexte de mondialisation
asymétrique.
1. Intérêt Scientifique57

Sur le plan académique, ce mémoire s’inscrit dans une dynamique de renouvellement des
études sur les investissements directs étrangers (IDE) en Afrique, en mettant l’accent sur une
phase souvent négligée : celle de la négociation. Alors que la majorité des travaux se
concentrent sur les effets ex-post des IDE en termes de croissance, d’emploi ou de transfert
technologique cette recherche propose une analyse fine des processus de négociation, des
rapports de force, et des stratégies contractuelles qui précèdent l’implantation des
investissements. Cette orientation comble un vide théorique en mobilisant une approche
pluridisciplinaire articulée autour de trois piliers :
 Les théories des Relations Internationales, notamment :
 Le réalisme, qui met en lumière les intérêts stratégiques et la logique de puissance
dans les négociations.
 Le libéralisme, qui valorise les institutions, la coopération et les bénéfices mutuels.
 La théorie de la dépendance, qui interroge les asymétries structurelles entre États du
Nord et du Sud, et les risques de reproduction des rapports inégaux dans les accords
d’investissement.
 L’économie politique internationale, qui permet d’analyser les IDE comme
instruments de pouvoir économique, en lien avec les politiques publiques, les régimes
commerciaux et les dynamiques de régionalisation.

 L’analyse juridique, qui éclaire les mécanismes contractuels, les clauses de


stabilisation, les arbitrages internationaux, et les marges de manœuvre des États dans
la rédaction des accords.

57
Jonathan Harris & Rodrigue Tasse Motsou, La formation des diplomates du développement en Afrique – IRIC.
[Link] Mise en ligne le 24/07/2025
[Link] et consulté par nous le 15/09/2025 à 02 :55
En croisant ces disciplines, le mémoire contribue à la littérature sur l’agency des États
africains dans la gouvernance économique globale. Il montre que, loin d’être de simples
récepteurs passifs d’IDE, les États africains et le Cameroun en particulier peuvent développer
des stratégies de négociation, renforcer leurs capacités institutionnelles, et défendre leurs
intérêts souverains dans un environnement international complexe.

L’étude de cas sur le Cameroun, actualisée et contextualisée, offre une base empirique solide
pour des comparaisons régionales. Elle permet d’identifier les spécificités du dispositif
camerounais, les acteurs impliqués (ministères, agences, partenaires techniques), et les enjeux
sectoriels (mines, infrastructures, agro-industrie)58. Elle pourra servir de référence pour
d’autres pays de la sous-région, notamment dans le cadre de l’intégration régionale et des
négociations collectives.
2. Intérêt Pratique
Sur le plan pratique, cette recherche vise à produire un outil d’aide à la décision pour les
autorités publiques camerounaises, dans un contexte où les négociations d’IDE sont de plus
en plus complexes, techniques et stratégiques. En analysant les forces et faiblesses du
dispositif négociateur actuel, le mémoire propose des pistes concrètes pour améliorer la
gouvernance des investissements.
L’analyse des tactiques des partenaires étrangers qu’il s’agisse de multinationales, de fonds
souverains ou d’États investisseurs permet de mieux comprendre leurs logiques, leurs leviers
d’influence, et leurs attentes contractuelles. Cette compréhension est essentielle pour anticiper
les déséquilibres potentiels et renforcer la position du Cameroun dans les négociations.
Le mémoire propose également des clauses contractuelles innovantes, inspirées des
meilleures pratiques internationales :
 Les clauses de révision périodique, qui permettent d’ajuster les termes de l’accord en
fonction de l’évolution du contexte économique ou juridique.
 Les clauses de contenu local, qui exigent un niveau minimal de participation
nationale (main-d’œuvre, sous-traitance, transfert de technologie).
 Les clauses de stabilisation encadrée, qui protègent les investisseurs tout en
préservant la souveraineté réglementaire de l’État.
Ces propositions visent à :
 Renforcer les capacités des négociateurs camerounais, par la formation, la
documentation et la mise en réseau.
 Améliorer la qualité et l’équilibre des accords, en réduisant les asymétries
d’information et en intégrant des mécanismes de suivi.
 Maximiser les retombées positives des IDE, en orientant les investissements vers les
secteurs prioritaires du développement national.
 Sécuriser les intérêts stratégiques du Cameroun, en protégeant les ressources
naturelles, les infrastructures critiques et la souveraineté économique.

58
P. C. Belomo Essono, « Sécurité et ordre politique au Cameroun », Revue africaine des relations
internationales, Vol. 12, n°12, 2019.
En somme, ce mémoire ambitionne de transformer la négociation des IDE en un levier
stratégique de développement, en plaçant l’État camerounais dans une posture proactive,
éclairée et souveraine.

F. La Construction de la Problématique de Recherche

La construction de la problématique de recherche constitue le socle intellectuel de cette étude,


en articulant une revue critique de la littérature aux tensions concrètes observées dans les
négociations d’IDE au Cameroun, afin de formuler une interrogation centrale sur la capacité
de l’État à concilier attractivité économique et préservation souveraine dans un
environnement international marqué par des asymétries persistantes.

 Revue Critique de la Littérature


La littérature sur les IDE en Afrique est abondante mais présente des angles morts. Les
travaux fondateurs de Dunning (paradigme OLI) expliquent l’attractivité des pays en
développement par leurs ressources et leur marché. Les rapports de la CNUCED documentent
les flux et tendances. Cependant, une approche souvent trop économique néglige la dimension
politique et processuelle des négociations.
Les théories des Relations Internationales offrent des clés de lecture précieuses. L’école
réaliste (Morgenthau) explique les rapports de force inhérents aux négociations où les États
défendent leurs intérêts nationaux. La théorie de la dépendance (Amin, 1990) et les approches
postcoloniales (Mbembe, 2013) alertent sur les risques de néocolonialisme économique et de
perte de souveraineté. À l’inverse, le libéralisme institutionnel (Keohane) met en avant le rôle
des cadres juridiques (droit OHADA, TBI) pour faciliter une coopération mutuellement
bénéfique.
Des auteurs comme Zartman se sont penchés sur la théorie de la négociation en contexte
asymétrique, soulignant l’importance du « pouvoir de faire cavalier seul » (go-it-alone power)
des acteurs les plus puissants (Gruber, 2000). Appliquée au Cameroun, la littérature existe
mais est souvent soit trop générale, soit centrée sur un partenaire unique (ex : les travaux de
Bräutigam sur la Chine). Les études de Ngoupayou (2018) sur les déséquilibres contractuels
camerounais font figure d’exception. Une lacune persiste donc sur une analyse comparative et
holistique des stratégies de négociation du Cameroun face à un éventail diversifié de
partenaires.
 La Question de Recherche

a) Question Principale
Dans un contexte international marqué par des rapports de force asymétriques, le Cameroun,
comme de nombreux États africains, cherche à attirer les investissements directs étrangers
(IDE) pour stimuler son développement économique. Toutefois, cette quête d’attractivité se
heurte à une exigence fondamentale : celle de préserver les intérêts nationaux, tant sur le plan
économique que juridique et stratégique. D’où la problématique centrale de cette recherche :
Comment concilier l’attractivité des IDE avec la préservation des intérêts nationaux du
Cameroun dans un contexte de rapports de force inégaux59 ?
b) Déclinaisons du problème
59
Amin. S., ‘‘Les asymétries Nord-Sud’’, Economique politique africaine, 2019, p. 33.
Ce problème général se décline en plusieurs tensions spécifiques :
1. Problème d’efficacité négociatrice Malgré une volonté affichée d’attirer les investisseurs,
le Cameroun semble obtenir des conditions contractuelles moins avantageuses que ses
partenaires. Par exemple, dans le secteur minier, les royalties perçues par l’État camerounais
oscillent entre 5 et 10 %, alors que la moyenne africaine se situe entre 12 et 15 %60. Cette
faiblesse interroge la capacité technique et stratégique des négociateurs nationaux. D’où la
question, pourquoi le Cameroun obtient-il systématiquement des conditions moins
avantageuses que ses partenaires dans les accords d’IDE ?
2. Problème de dépendance économique61. Les IDE, censés renforcer l’autonomie
économique, peuvent paradoxalement engendrer une dépendance structurelle vis-à-vis des
partenaires étrangers. Le cas des infrastructures financées par la Chine, souvent construites
avec une main-d’œuvre et des matériaux importés, illustre cette dynamique de dépendance
technologique et financière. Comment éviter que les IDE ne créent une dépendance
structurelle (technologique, financière) vis-à-vis des partenaires étrangers ?
3. Problème de souveraineté. Les clauses d’arbitrage international et les régimes fiscaux
préférentiels accordés aux investisseurs peuvent réduire la marge de manœuvre de l’État.
Certains contrats pétroliers prévoient des arbitrages hors du continent africain, ce qui limite le
recours aux juridictions locales et affaiblit le contrôle national62. Dans quelle mesure les
clauses d’arbitrage international et les exemptions fiscales accordées aux investisseurs
limitent-elles la marge de manœuvre de l’État camerounais ?
4. Problème de développement réel Malgré des flux importants d’IDE dans les secteurs
extractifs, la transformation structurelle de l’économie camerounaise reste limitée. En effet,
72 % des IDE sont concentrés dans le pétrole et les mines, mais ces secteurs ne génèrent que
15 % de l’emploi total, révélant un faible impact sur le développement inclusif. Pourquoi les
IDE massifs dans les secteurs extractifs ne se traduisent-ils pas par une transformation
structurelle de l’économie camerounaise ?

c) Dimensions contradictoires du problème


Le cœur du problème réside dans des tensions entre les exigences des investisseurs et les
attentes de l’État camerounais :
Exigences des
Attentes du Cameroun Point de tension
investisseurs

Clause de stabilité vs droit de modifier


Stabilité contractuelle Flexibilité pour révision
les lois

Développement à long Exploitation intensive vs transfert de


Rendements rapides
terme technologie

Protection des Contrôle national Tribunaux d’arbitrage vs juridictions

60
FMI, ‘‘Royalties minières en Afrique’’, Rapport technique, 2023, p. 7.
61
D. Brautigam, ‘‘Dépendance aux IDE chinois’’, African Affairs, 118(470), 2019.
62
OHADA, ‘‘Clauses d’arbitrage dans les contrats’’, Acte uniforme, 2021, art. 12.
Exigences des
Attentes du Cameroun Point de tension
investisseurs

investissements locales
Ces contradictions rendent les négociations complexes et nécessitent des arbitrages
stratégiques.
d) Conséquences si le problème persiste
Si ces tensions ne sont pas résolues, plusieurs risques majeurs peuvent émerger :
 La perpétuation des déséquilibres économiques63, avec une croissance non
inclusive.
 Le risque de malédiction des ressources, où l’abondance minière ne se traduit pas
par un développement durable.
 L’érosion de la légitimité de l’État64, face à des populations locales qui ne perçoivent
pas les bénéfices des investissements.
e) Originalité de la formulation
Cette problématique se distingue par son ambition théorique et empirique. Elle ne se limite
pas à une analyse des flux d’IDE, mais interroge :
1. La capacité réelle d’un État africain moyen à influencer les termes de la
mondialisation
2. L’effectivité des dispositifs juridiques nationaux face aux logiques transnationales.
3. L’émergence de nouveaux paradigmes Sud-Sud65., notamment dans les partenariats
avec la Chine, l’Inde ou la Turquie.
f) Le questionnement sous-jacent
Ce questionnement conduit à une interrogation plus profonde sur les instruments de
négociation disponibles : Les outils actuels du Cameroun (codes des investissements,
accords bilatéraux, dispositifs juridiques) sont-ils adaptés pour tirer pleinement profit
des IDE tout en protégeant les intérêts nationaux à long terme ?

G. La Formulation des Hypothèses de Recherche


La formulation des hypothèses constitue une étape essentielle dans la structuration de cette
recherche, en traduisant la problématique générale en propositions vérifiables et orientant
l’analyse vers l’identification des facteurs explicatifs des déséquilibres observés dans les
négociations d’IDE au Cameroun. Ces hypothèses, articulées autour de la puissance des
partenaires, des effets économiques, des dynamiques de pouvoir et des leviers de

63
PNUD, Rapport sur les risques de malédiction des ressources, 2023, p. 22.
64
A. Mbembe, Politique de la haine, 2023, p. 78.
65
D. Rodrick, ‘‘Nouveau paradigme Sud-Sud’’, Journal of Development Economics, 147, 2023, p. 15. (Approche
critique)
rééquilibrage, permettent de baliser l’enquête et d’enrichir la réflexion stratégique sur la
gouvernance des investissements.
1. Hypothèse Principale (H₀)
Les négociations entre le Cameroun et ses partenaires au développement en matière
d’IDE sont structurellement déséquilibrées, favorisant systématiquement les intérêts des
investisseurs étrangers au détriment des retombées durables pour l’économie
camerounaise66. Cette hypothèse centrale postule que les rapports de force inégaux, combinés
à des capacités institutionnelles limitées, conduisent à des accords dont les termes sont
majoritairement favorables aux partenaires extérieurs. Elle constitue le socle analytique du
mémoire, en orientant l’ensemble de l’enquête vers l’identification des mécanismes de
déséquilibre et des leviers de rééquilibrage.
2. Hypothèses Secondaires
H₁ : Stratégies de négociation
Plus le partenaire au développement dispose de ressources financières et techniques
importantes (ex : Chine, UE), plus le Cameroun accepte des concessions défavorables dans les
accords d’IDE67. Cette hypothèse met en lumière le lien entre la puissance économique du
partenaire et la capacité de l’État camerounais à résister aux pressions contractuelles. Elle
suggère que les déséquilibres ne sont pas uniquement liés à la volonté politique, mais aussi à
la disparité des moyens techniques et financiers mobilisés dans les négociations.
H₂ : Impact économique
Les IDE dans les secteurs extractifs (pétrole, mines) génèrent des revenus fiscaux immédiats
mais contribuent faiblement à la diversification économique et au transfert de technologie 68.
Cette hypothèse interroge la qualité du développement induit par les investissements, en
distinguant les effets à court terme (recettes fiscales) des impacts structurels (transformation
industrielle, innovation). Elle soulève la question de l’alignement entre les flux d’IDE et les
objectifs de développement durable.
H₃ : Dynamique de pouvoir
L’absence d’experts juridiques et économiques spécialisés dans l’équipe camerounaise
affaiblit sa position négociatrice face aux multinationales. Cette hypothèse met en évidence le
rôle crucial des compétences techniques dans la conduite des négociations. Elle suggère que
le renforcement des capacités humaines est une condition préalable à l’amélioration des
termes contractuels et à la défense des intérêts nationaux.
H₄ : Nouveaux acteurs
Les investissements turcs et indiens au Cameroun comportent moins de conditionnalités
politiques que ceux des partenaires traditionnels (France, Chine), mais offrent des retombées
économiques moindres. Cette hypothèse introduit une perspective comparative entre les
partenaires traditionnels et émergents, en analysant les logiques d’investissement, les
conditionnalités associées, et les impacts économiques. Elle permet d’interroger la pertinence
des partenariats Sud-Sud dans le contexte camerounais.

66
J. H. Dunning, ‘‘Revisiting the OLI Paradigme’’Journal of International Business Studies, 42(5), 2011, p. 720.
67
D. Brautigam, The Dragon’s Gift, Oxford UP, 2020, p. 178.
68
INS, ‘‘Impact sectoriel des IDE 2010-2023’’, Yaoundé, 2023, p. 9.
H₅ : Optimisation possible
L’introduction de clauses de révision périodique dans les contrats d’IDE permettrait de
rééquilibrer progressivement les termes en faveur du Cameroun69. Cette hypothèse ouvre une
piste de réforme contractuelle, en valorisant les mécanismes juridiques permettant une
adaptation des accords dans le temps. Elle suggère que la flexibilité contractuelle peut être un
levier stratégique pour renforcer l’« agency » de l’État et améliorer les retombées des
investissements.
Tableau des Variables Liées aux Hypothèses
Hypothès Variable indépendante Variable dépendante Indicateur de mesure
e
H₀ Asymétrie des capacités Termes des accords Pourcentage de clauses
négociatrices70 signés favorables au Cameroun
H₁ Puissance économique du Nombre de Analyse comparative des
partenaire concessions accordées contrats par pays
H₂ Secteur d’investissement Contribution au PIB Données INS sur la
(extractif vs autres) hors extraction diversification
H₃ Nombre d’experts dans Qualité des termes Comparaison avant et
l’équipe contractuels après formation
H₄ Origine géographique des Conditionnalités Analyse de contenu des
IDE imposées contrats
H₅ Présence de clauses de Rééquilibrage des Étude des renégociations
révision bénéfices réussies

3. Originalité des Hypothèses


Ces propositions innovent par :
a) Approche processuelle : Intègre le facteur temporel (évolution des capacités
camerounaises), en considérant les négociations comme des processus dynamiques et
adaptables.
b) Focus méso-économique : Analyse sectorielle différenciée (extractif vs
infrastructures), permettant de nuancer les impacts selon les domaines
d’investissement.
c) Perspective Sud-Sud : Compare partenaires traditionnels et émergents, en mettant en
lumière les nouvelles configurations géopolitiques et économiques dans les flux
d’IDE.

4. Limites anticipées

Toute recherche empirique sur les négociations d’investissements directs étrangers (IDE) se
heurte à des contraintes méthodologiques et contextuelles qu’il convient d’anticiper afin de

69
OHADA, Acte uniforme sur l’arbitrage, 2021, art. 45.
70
I. W. Zartman, ‘‘Les négociations complexes dans les pays en développement’’, Revue Internationale de
politique comparée, vol. 16, No2, 2009, p. 89-112.
mieux circonscrire la portée des résultats. Dans le cadre de cette étude, deux principales
limites sont identifiées.
a) Accès restreint aux contrats confidentiels
L’une des principales difficultés réside dans l’accès limité aux contrats d’IDE signés entre le
Cameroun et ses partenaires. Ces documents, souvent classés comme confidentiels ou
réservés aux cercles décisionnels, ne sont pas systématiquement publiés ni archivés de
manière accessible. Cette opacité contractuelle restreint la possibilité d’analyser en
profondeur les clauses spécifiques (stabilisation, révision, contenu local, arbitrage) et
d’évaluer objectivement les concessions accordées ou les garanties obtenues par l’État.
Cette contrainte méthodologique affecte la transparence de l’analyse empirique, en
obligeant le chercheur à recourir à des sources secondaires (rapports institutionnels,
communiqués officiels, entretiens) ou à des extraits partiels de contrats. Elle limite également
la possibilité de comparer rigoureusement les accords selon les partenaires, les secteurs ou les
périodes, ce qui peut réduire la précision des conclusions.
b) Difficulté à isoler l’effet « négociation » des variables macroéconomiques
La deuxième limite tient à la complexité d’isoler l’impact spécifique des négociations sur les
résultats économiques des IDE. En effet, les performances des investissements sont
influencées par une multitude de facteurs macroéconomiques : conjoncture internationale,
politiques fiscales, stabilité politique, infrastructures locales, dynamique régionale, etc. Ces
variables peuvent interférer avec l’analyse des termes contractuels et brouiller la lecture des
effets directs des négociations.
Par exemple, un accord d’IDE signé dans un contexte de crise économique ou de pression
budgétaire peut comporter des concessions exceptionnelles qui ne reflètent pas
nécessairement la capacité négociatrice de l’État. De même, les retombées économiques d’un
investissement peuvent dépendre davantage de la gestion post-contractuelle que des clauses
initiales. Cette interdépendance des variables impose une prudence dans l’interprétation des
résultats et appelle à une contextualisation rigoureuse des données.
Malgré ces limites, les hypothèses formulées dans ce mémoire structurent l’enquête empirique
de manière cohérente et permettent d’introduire des nuances sectorielles et géographiques
selon les partenaires analysés. Elles offrent un cadre analytique robuste pour explorer les
marges de manœuvre du Cameroun dans la gouvernance des IDE, tout en tenant compte des
contraintes réelles du terrain et des dynamiques internationales.

H. Le Cadre Théorique de l’Étude


Pour analyser ce phénomène complexe, notre étude s’appuiera sur un cadre théorique
pluraliste, puissant dans plusieurs écoles de pensée des Relations Internationales et de
l’économie politique :
1. Les Théories des Relations Internationales
Les négociations sur les investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun s’inscrivent
dans un environnement international marqué par des rapports de force asymétriques.
a) Le Réalisme Politique
Le réalisme politique, tel que formulé par Hans Morgenthau et Kenneth Waltz71, postule
que les États agissent en fonction de leur intérêt national dans un système anarchique. Cette
approche permet de comprendre les stratégies camerounaises visant à maximiser les
retombées économiques (emplois, infrastructures) face à des partenaires plus puissants
comme la Chine ou la France. Toutefois, elle tend à négliger le rôle croissant des acteurs non-
étatiques, notamment les multinationales, qui influencent fortement les termes des contrats.
b) Le Libéralisme Institutionnel
À l’opposé, le libéralisme institutionnel, défendu par Robert Keohane et Joseph Nye72, met
l’accent sur la coopération et les institutions internationales comme vecteurs de stabilité et de
gains mutuels. Dans le cas du Cameroun, cette théorie éclaire l’importance des cadres
juridiques tels que l’OHADA ou les Accords de Promotion et de Protection des
Investissements (APRI), qui visent à sécuriser les flux d’IDE. Les négociations avec l’Union
européenne dans le cadre des accords de Cotonou illustrent cette logique. Néanmoins, cette
approche peut surestimer l’égalité entre les partenaires, en occultant les rapports de
domination implicites.
c) Théorie de la Dépendance
La théorie de la dépendance, portée par Samir Amin et Fernando Henrique Cardoso73,
propose une lecture critique des relations Nord-Sud. Elle considère que les pays du Sud sont
intégrés dans l’économie mondiale de manière subordonnée, ce qui se traduit par des contrats
déséquilibrés et une captation des richesses par les multinationales. Les concessions minières
au Cameroun, souvent marquées par un partage inégal des profits, illustrent cette dynamique.
Bien que cette théorie soit utile pour dénoncer les asymétries structurelles, elle peut sous-
estimer les capacités de négociation et de résistance des États africains.
2. Les Théories Économiques des IDE
Dans le prolongement du cadre théorique qui met en lumière les rapports de pouvoir, les
logiques institutionnelles et les stratégies de négociation autour des IDE, les théories
économiques permettent d’approfondir la compréhension des motivations des investisseurs
étrangers, des facteurs d’attractivité du Cameroun, et des mécanismes de contrôle des flux
d’investissement, en articulant les dimensions structurelles du marché aux dynamiques
contractuelles observées dans les négociations.
d) Paradigme OLI de Dunning
Le paradigme OLI de John Dunning74 constitue une référence majeure pour analyser les
motivations des firmes étrangères. Il repose sur trois piliers : l’Ownership (avantages de
propriété), le Location (avantages de localisation) et l’Internalization (avantages liés au
contrôle direct des actifs). Dans le contexte camerounais, les entreprises chinoises, par
exemple, mobilisent leurs compétences technologiques pour investir dans les infrastructures,
tandis que le pays offre des ressources naturelles et une main-d’œuvre bon marché. Les
concessions portuaires ou minières illustrent le besoin de contrôle des actifs par les
investisseurs. Cette approche permet de comprendre l’attractivité du Cameroun, mais reste
technocentrée et peu sensible aux enjeux politiques et sociaux.
e) La Théorie du Négociationnisme
71
H. Morgenthau, (1948). Politics Among Nations: The Struggle for Power and Peace. New York: Knopf.
72
R. Keohane & J. Nye, (1977). Power and Interdependence. Boston: Little, Brown.
73
S. Amin, (1973). Le développement inégal. Paris: Minuit.
74
J. Dunning, (1988). Explaining International Production. London: Unwin Hyman.
William Zartman75 propose une lecture dynamique des négociations comme processus de
concessions mutuelles. Cette théorie est particulièrement pertinente pour analyser les
stratégies camerounaises visant à rééquilibrer les termes des contrats. La révision du code
minier en 2016, qui introduit des exigences plus strictes en matière de transparence et de
partage des bénéfices, témoigne d’une volonté de renforcer la position du pays. Le
Négociationnisme met en lumière l’importance des capacités techniques et institutionnelles
dans la conduite des négociations, tout en soulignant que les résultats dépendent aussi du
rapport de force entre les parties.
f) La Théorie des Jeux
La théorie des jeux, développée par Thomas Schelling et John Nash76, permet de modéliser
les comportements stratégiques des acteurs en situation de négociation. Elle repose sur l’idée
que chaque partie anticipe les réactions de l’autre pour maximiser ses gains. Dans le cas du
Cameroun, cette logique se traduit par des stratégies de diversification des partenariats : en
menaçant de se tourner vers des acteurs alternatifs comme la Turquie, le pays cherche à
obtenir de meilleures conditions de ses partenaires traditionnels. Bien que cette approche offre
des outils analytiques puissants, elle simplifie parfois les dynamiques complexes des rapports
de force.
g) L’Approche Critique : École de la Gouvernabilité
Enfin, l’approche critique inspirée de Michel Foucault et Achille Mbembe77 propose une
lecture des IDE comme instruments de pouvoir et de contrôle. Elle met en lumière les
logiques de gouvernabilité qui traversent les contrats d’investissement, souvent marqués par
des clauses opaques et des mécanismes d’arbitrage favorables aux investisseurs. Ces
dispositifs peuvent limiter la souveraineté du Cameroun, en réduisant sa marge de manœuvre
juridique et politique. Cette approche invite à interroger les fondements normatifs des
négociations et à repenser les rapports entre développement et autonomie.
3. Articulation avec le Sujet
L’ensemble de ces théories permet de construire une hypothèse centrale : les négociations
camerounaises sur les IDE sont marquées par une tension entre la recherche de
développement économique et la préservation de la souveraineté nationale, dans un contexte
de rapports de force inégaux. Les variables clés de l’analyse incluent :
 La variable dépendante : les bénéfices économiques obtenus par le Cameroun
(emplois, infrastructures, transferts de technologie).
 Les variables indépendantes : la puissance des partenaires (hard power chinois vs
soft power français), les capacités techniques des négociateurs camerounais, et les
cadres juridiques mobilisés.
Ce cadre multi-théorique offre une grille d’analyse riche et nuancée :
 Il permet d’examiner les logiques de pouvoir à travers le réalisme et la théorie de la
dépendance.
 Il éclaire les mécanismes de coopération via le libéralisme et le paradigme OLI.
75
W. Zartman, (2000). Negotiation and Conflict Management. Routledge.
76
T. Schelling, (1960). The Strategy of Conflict. Harvard University Press.
77
A. Mbembe, (2000). De la postcolonie. Paris: Karthala.
 Il propose des outils pour modéliser les stratégies négociatoires, grâce à la théorie
des jeux et au Négociationnisme.
 Il ouvre une réflexion sur les enjeux de souveraineté et de transparence, à travers
l’approche critique de la gouvernabilité.
Des pistes d’application concrètes peuvent être envisagées, telles que l’étude du contrat
pétrolier avec Perenco (si tant est qu’il nous soit accessible), ou la comparaison entre les
approches chinoises (prêts contre ressources) et françaises (conditionnalités politiques). Ces
cas permettront de tester la robustesse du cadre théorique et d’enrichir la compréhension des
négociations IDE au Cameroun.

I. Le Cadre Méthodologique de l’Étude


L’analyse des négociations sur les investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun exige
une approche méthodologique mixte, combinant des outils qualitatifs et quantitatifs. Cette
complémentarité permet de croiser les logiques de pouvoir, les dynamiques juridiques et les
impacts économiques, tout en tenant compte de la complexité des interactions entre acteurs
étatiques et non-étatiques.
 Collecte des données
a) Recherche Qualitative (approche privilégiée)
La recherche qualitative constitue le socle principal de cette étude, en raison de la nature
politique, juridique et stratégique des négociations sur les IDE. Elle vise à comprendre les
logiques sous-jacentes aux décisions, les perceptions des acteurs, ainsi que les mécanismes de
gouvernance.
 Analyse documentaire et juridique approfondie
Cette étape consiste en un examen systématique des textes législatifs et réglementaires
encadrant les investissements au Cameroun. Seront analysés notamment le Code des
investissements, le Code minier et le Code pétrolier, afin d’identifier les évolutions
normatives et les leviers juridiques mobilisés dans les négociations. À cela s’ajoute l’étude
des traités bilatéraux d’investissement (TBI), des accords de partenariat économique (APE), et
des conventions internationales ratifiées par le Cameroun. Les contrats d’investissement
accessibles au public, ainsi que les rapports parlementaires ou d’audit, seront également
mobilisés pour éclairer les clauses spécifiques et les enjeux de souveraineté. Cette analyse
documentaire permettra de situer les négociations dans leur cadre légal et institutionnel, tout
en révélant les asymétries contractuelles éventuelles.
 Entretiens semi-directifs
Afin de compléter l’analyse documentaire, une série d’entretiens semi-directifs sera conduite
auprès d’une quinzaine d’acteurs clés. Ces entretiens viseront à recueillir des témoignages et
des expertises sur les pratiques réelles de négociation, les rapports de force, et les stratégies
adoptées. Les personnes ciblées incluent d’anciens négociateurs gouvernementaux issus du
MINEPAT et du MINREX, des experts économiques spécialisés dans les IDE, des
représentants d’entreprises étrangères implantées au Cameroun, ainsi que des membres
d’organisations de la société civile engagées dans la transparence et la gouvernance
économique. Un guide d’entretien structuré sera élaboré pour garantir la comparabilité des
données tout en laissant place à l’expression libre, favorisant ainsi l’émergence de récits
nuancés et de perspectives critiques.
b) Recherche Quantitative (approche complémentaire)
La dimension quantitative viendra enrichir l’analyse en apportant des données chiffrées sur
les flux d’IDE, les performances économiques, et les impacts sectoriels. Elle permettra de
contextualiser les dynamiques observées qualitativement et de mesurer les effets concrets des
investissements.
 Analyse secondaire de données statistiques
Cette phase reposera sur l’exploitation de bases de données existantes, issues de sources
nationales et internationales reconnues. Les données de la CNUCED seront mobilisées pour
retracer les flux et les stocks d’IDE au Cameroun, en distinguant les principaux pays
partenaires et les secteurs concernés. Les indicateurs macroéconomiques fournis par la
Banque Mondiale et le FMI (taux de croissance, dette extérieure, balance des paiements)
permettront d’évaluer la soutenabilité des investissements et leur contribution au
développement. Enfin, les statistiques de l’Institut National de la Statistique (INS) du
Cameroun seront utilisées pour mesurer l’impact des IDE sur l’emploi, la création de valeur
ajoutée, et la contribution au PIB sectoriel. Cette analyse quantitative offrira un cadre
empirique solide pour appuyer les hypothèses formulées et valider les observations issues des
entretiens et de l’analyse documentaire.
Cette triangulation méthodologique entre textes, témoignages et données chiffrées vise à
produire une compréhension fine et rigoureuse des négociations sur les IDE, en tenant compte
à la fois des discours, des pratiques et des résultats observables.
c) Exploitation des Sources Numériques et Scientifiques
En complément des données juridiques, statistiques et des entretiens, l’étude mobilisera un
corpus varié de sources secondaires issues de sites internet spécialisés, de revues scientifiques
et de rapports d’institutions internationales. Les plateformes telles que Investment Policy Hub
de la CNUCED, [Link], ou encore les portails gouvernementaux (MINEPAT,
MINFI, MINREX, MINMIDT, MINADER…Etc.) fourniront des informations actualisées sur
les accords d’investissement, les projets en cours et les politiques publiques. Par ailleurs, les
revues académiques offrent des analyses critiques sur les dynamiques des IDE en Afrique, les
stratégies de négociation des États, et les enjeux de gouvernance. Les rapports d’ONG seront
également mobilisés pour éclairer les pratiques contractuelles, les mécanismes de redevabilité
et les risques d’opacité. Enfin, les articles de presse économique (Jeune Afrique, Financial
Afrik, EcoMatin, Ecofin, Investir au Cameroun, Sika…Etc.) permettront de contextualiser les
débats publics et les controverses autour de certains contrats emblématiques. Cette diversité
de sources contribuera à enrichir la triangulation des données, à confronter les discours
officiels aux analyses critiques, et à renforcer la validité externe de l’étude.

J. Organisation de la Démonstration ou Plan de la Rédaction


Afin de répondre à la problématique centrale à savoir comment les négociations sur les
investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun s’articulent entre recherche de
développement et préservation de la souveraineté dans un contexte de rapports de force
asymétriques la présente étude adopte une structure en deux parties principales. Chacune de
ces parties est subdivisée en deux chapitres, permettant une progression logique de l’analyse,
du cadre théorique aux enjeux pratiques.
 PREMIÈRE PARTIE : Cadre analytique des négociations sur les IDE et acteurs
impliqués au Cameroun
Cette première partie vise à poser les fondations conceptuelles et contextuelles de l’étude. Elle
explore les théories mobilisées pour analyser les négociations internationales, tout en
identifiant les principaux acteurs qui interviennent dans les processus de décision et de
contractualisation.
 Chapitre I : fondements théoriques et environnement juridique des IDE et des
négociations
Ce chapitre développe le cadre théorique pluridisciplinaire mobilisé pour comprendre les
logiques de négociation. Il articule les apports des relations internationales (réalisme,
libéralisme, dépendance), des théories économiques (paradigme OLI), des approches
stratégiques (théorie des jeux, négociationnisme), et critiques (gouvernabilité). Il présente
également la démarche méthodologique mixte adoptée, combinant analyse documentaire,
entretiens semi-directifs et exploitation de données statistiques.
 Chapitre II : identification et rôle des acteurs des négociations d’IDE au
Cameroun
Ce chapitre identifie et analyse les différents acteurs impliqués dans les négociations :
institutions étatiques (MINEPAT, MINREX, MINFI), entreprises étrangères (ex. Perenco,
Sinohydro), institutions internationales (UE, FMI, CNUCED), et organisations de la société
civile. Il examine les intérêts divergents, les rapports de pouvoir, et les mécanismes de
coordination ou de tension entre ces acteurs. Une attention particulière est portée aux
capacités techniques des négociateurs camerounais et aux dispositifs juridiques encadrant les
investissements.

 DEUXIÈME PARTIE : Dynamiques, défis et perspectives des négociations d’IDE


au Cameroun
La seconde partie s’attache à décrypter les dynamiques concrètes des négociations, à identifier
les principaux défis rencontrés par le Cameroun, et à proposer des pistes d’amélioration en
matière de gouvernance des IDE, dans une perspective de renforcement de la souveraineté
économique.
 Chapitre III : processus de négociation et stratégies des acteurs face aux IDE
À partir d’études de cas emblématiques (contrat pétrolier avec Perenco, accords miniers sino-
camerounais), ce chapitre analyse les stratégies de négociation mises en œuvre par les acteurs
camerounais. Il explore les clauses contractuelles, les mécanismes de révision, les marges de
manœuvre étatiques, ainsi que les tactiques de diversification des partenariats. Les outils
conceptuels issus de la théorie des jeux et du négociationnisme permettent ici de modéliser les
interactions stratégiques et les arbitrages opérés.
 Chapitre IV : impact, défis et perspectives des négociations d’IDE pour le
développement camerounais
Ce dernier chapitre met en lumière les défis structurels auxquels le Cameroun est confronté
dans ses négociations : asymétrie d’information, dépendance financière, faiblesse
institutionnelle, opacité contractuelle. Il propose des pistes de réforme pour renforcer la
transparence, améliorer les capacités de négociation, et promouvoir une gouvernance plus
équitable et souveraine des IDE. L’approche critique de la gouvernabilité est mobilisée pour
interroger les rapports de pouvoir sous-jacents et formuler des recommandations concrètes en
matière de souveraineté économique.
Cette organisation permet une progression cohérente et rigoureuse de l’analyse, en intégrant
les dimensions juridiques, politiques, économiques et stratégiques des négociations sur les
IDE. Elle offre ainsi un cadre structuré pour comprendre les enjeux de développement et de
souveraineté dans le contexte camerounais.

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