Introduction Generale
Introduction Generale
PROJECT WORK :
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS NÉGOCIATRICES DU
CAMEROUN DANS LES ACCORDS D’INVESTISSEMENTS DIRECTS
ÉTRANGERS (IDE)
Sous la Direction du
Pr. Emmanuel WONYU
Professeur titulaire des Universités
8
FMI, Rgional Economic Outlook : Sub-Saharan Africa- Navigating uncertainly, Octobre 2023, p. 45. (Les
données sur la dépendance aux ressources y sont régulièrement mises à jour).
9
PERENCO, « Activités au Cameroun », Rapport d’Activités,
10
Reuters, « Exxon Mobil sells stake in Cameroon oil field to London-based firm », Article, 12 Juillet 2022.
11
R. Nantchouang, « La Stratégie de la Chine dans le Secteur Pétrolier au Cameroun : Entre Quète
d’approvisionnement et Logistique de Sécurisation des Débouchés », Afrique et Développement, vol.44, No.2,
2019, p. 141-163.
12
Natural Resource Governance Institute (NRGI), Resource Governance Index : Cameroon, 2017. (ce rapport
évalue les lacunes en matière de transparence et de gouvernance dans le secteur).
13
Banque Mondiale, Cameroon- Accelerating inclusive and sustainable growth : A country economic
memorandum, 2022, p. 78. (ce rapport souligne la diversification comme une priorité pour une croissance
inclusive).
14
Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), Plan Directeur pour la Modernisation et la
Transformation de l’Agriculture au Cameroun, 2019, p. 33-35.
15
Agence de Régulation des Télécommunication (ART), Rapport Annuel du Marché des Télécommunications,
Edition 2023, p. 10-15.
profondément transformé l’économie quotidienne des Camerounais. Ces partenariats avec le
secteur privé ont été cruciaux pour connecter le pays et stimuler l’innovation, bien qu’ils
soulèvent également des défis permanents en matière de régulation, de couverture nationale et
d’accessibilité financière16.
Toutefois, cette frénésie d’accords et d’IDE, si elle a permis de réaliser des projets
structurants, soulève d’importantes questions sur les termes de l’insertion du Cameroun dans
l’économie globale et met en lumière des enjeux critiques qui hypothèquent parfois la
soutenabilité même de ce modèle de développement. Une première asymétrie réside dans le
rapport de force négociateur ; face à des partenaires internationaux aguerris et disposant d’une
expertise technique et juridique supérieure, l’administration camerounaise, bien que
volontariste, pâtit parfois d’un déficit de capacités qui peut se traduire par des contrats
déséquilibrés17, aux clauses fiscales ou sociales moins favorables que prévu. Cette
vulnérabilité nourrit une deuxième problématique, celle de la dépendance économique et du
risque de surendettement. Particulièrement visibles dans la coopération avec la Chine, où les
prêts sont souvent adossés à des contrats d’ingénierie conclus avec des entreprises chinoises,
ces modalités ont alourdi la dette publique18 et ravivé les craintes de voir émerger une
nouvelle forme de « dettes odieuses », où les fonds empruntés profitent marginalement à
l’économie locale tout en créant une obligation financière durable pour la nation. Enfin,
l’impact socio-environnemental de ces mégaprojets constitue un point de friction récurrent.
Des initiatives dans les secteurs minier, agricole ou infrastructurel ont été régulièrement
dénoncées par la société civile pour leurs conséquences néfastes : accaparement de terres et
expropriations sans compensation juste, déforestation accélérée, ou destruction d’écosystèmes
fragiles, le tout avec des retombées en emplois locaux et en transfert de compétences souvent
jugées insuffisantes au regard des profits générés19. Ainsi, le défi pour le Cameroun n’est plus
seulement d’attirer les capitaux, mais de négocier des partenariats plus équitables,
transparents et alignés sur un développement véritablement inclusif et durable 20.
Pour pleinement appréhender les enjeux actuels des investissements étrangers, il est
indispensable de les replacer dans la longue trajectoire historique du pays, laquelle a
profondément structuré ses relations économiques internationales et sa gouvernance des
ressources. Dès l’ère pré-indépendance, le territoire qui deviendra le Cameroun fut un espace
d’expérimentation pour les puissances coloniales. Le protectorat allemand (1884-1916) jeta
les bases des premières infrastructures extractives et portuaires, notamment à Douala,
orientant d’emblée l’économie vers l’exportation de matières premières. Après la Première
Guerre mondiale, le régime des mandats franco-britanniques (1916-1960) creusa cette
spécialisation mais de manière asymétrique. La France, administrant la majeure partie du
territoire, développa intensément les plantations de café et cacao et initia l’extraction minière
dans l’Est, tandis que l’investissement britannique dans la zone occidentale (actuelles régions
16
Union Internationale des Télécommunications (UIT), Measuring digital development : Facts and figures, Focus
on Cameroon, 2022.
17
Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), Examen multidimensionnel du
Cameroun : volume 3. De l’analyse à l’action, 2018, p. 112. (L’OCDE y souligne le besoin crucial de
renforcement des capacités administratives).
18
J. Morris S., G. Portelance, Examining the debt Implications of the Belt and Road Initiative from policy
Perspective, Center for Global Development, Policy Paper 123,2018, p. 15-17.
19
World Rainforest Movement, « Cameroon : Large-scale agroindustries and deforestation », Bulletin, No. 254,
2020.
20
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Rapport sur le développement humain
durable au Cameroun, 2022, p.89. (Le rapport préconise un cadre gouvernance plus strict pour les IDE).
du Nord-Ouest et du Sud-Ouest) fut notablement plus limité, créant un déséquilibre
infrastructurel et économique persistant. Après l’indépendance en 1960, le président
Ahmadou Ahidjo (1960-1982) poursuivit une politique de développement économique très
étatiste, marquée par la nationalisation partielle des ressources stratégiques avec la création de
champions nationaux comme la Société Nationale de Raffinage (SONARA) et la Société
Nationale des Hydrocarbures (SNH), tout en maintenant et en consolidant les
investissements français historiques dans les secteurs de l’énergie (TOTAL, PERENCO)21.
L’avènement de l’ère Biya (à partir de 1982), puis la pression des plans d’ajustement
structurel dans les années 1990, entraînèrent une libéralisation économique progressive,
formalisée par le Code des investissements de 1994 visant à attirer les IDE22. C’est
véritablement à partir des années 2000 que le paysage des investisseurs se diversifie
radicalement avec l’arrivée massive de la Chine, qui a marqué un tournant en s’engageant
dans le financement et la construction de mégaprojets d’infrastructures (barrages, routes, port
en eau profonde), rompant avec le monopole traditionnel des anciennes puissances coloniales
et ouvrant une nouvelle page dans la géo-économie camerounaise23.
Cette évolution historique des partenariats économiques s’est naturellement articulée autour
des atouts géostratégiques du Cameroun, qui en font une destination privilégiée pour les
investisseurs, mais aussi autour de ses défis infrastructurels immenses, qui justifient le recours
massif aux capitaux étrangers24. Le pays dispose en effet d’un formidable potentiel de
ressources naturelles, comprenant des ressources stratégiques comme le pétrole et le gaz
(concentrés dans les bassins du Rio Del Rey et de Logbaba), des gisements minéraux de haute
valeur (cobalt à Lomié, fer à Mbalam, bauxite à Ngaoundal) et d’immenses terres arables
propices à l’agriculture de plantation et à l’agro-industrie, notamment dans les régions du
Sud-Ouest et de l’Adamaoua25. Sa position géographique est tout aussi cruciale : avec une
façade maritime sur le golfe de Guinée, le pays possède deux ports majeurs (Douala et le
récent port en eau profonde de Kribi) qui lui permettent de servir de hub logistique pour toute
la sous-région d’Afrique centrale, un avantage consolidé par des frontières terrestres avec six
pays, dont des économies importantes comme le Nigeria et le Tchad, qui dépendent en partie
du corridor camerounais pour leurs importations et exportations. Cependant, ces atouts sont
contrebalancés par d’importants défis infrastructurels qui entravent leur pleine valorisation.
L’enclavement de vastes portions du territoire reste un frein majeur au développement, avec
près de 60% du réseau routier national restant non bitumé, limitant l’accès aux zones de
production et augmentant considérablement les coûts logistiques26. De même, le déficit
énergétique chronique, caractérisé par un taux d’électrification national d’environ 65% (qui
chute à près de 30% en zone rurale), constitue une contrainte sévère pour l’industrialisation et
la compétitivité des entreprises locales27. C’est précisément pour surmonter ces goulots
21
A. Maguire, Gouvernance et dépendance au Cameroun : L’économie politique d’Ahidjo, Politique africaine,
vol. 12, No.4, 1983, p. 78-95.
22
République du Cameroun, Loi n°94/01 du 4 janvier 1994 portant Code des Investissements.
23
D. Brautigam, The Dragon’s Gift : The Real Story of China in Africa, Oxford University Press, 2009, p. 152-155.
(Analyse l’arrivée et les modalités des investissements chinois en Afrique, dont le Cameroun).
24
Institut National de la Statistique (Cameroun), Annuaire Statistique du Cameroun, Edition 2022, chapitre 12 :
« Ressources naturelles et environnement »
25
Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT), Carte Minière du
Cameroun, 2021.
26
Banque Mondiale, Cameroon Infrastrcture Report : Boosting Growth through Infrastructure Development,
2023, p. vii.
27
Banque Africaine de Développement (BAD), Cameroon-country Strategy Paper 2022-226, 2022, p. 15. (Les
chiffres sur l’électrification sont régulièrement mis à jour par les rapports de la BAD et de la Banque Mondiale).
d’étranglement que le gouvernement camerounais a multiplié les accords avec des partenaires
diversifiés, faisant des infrastructures une priorité absolue de sa diplomatie économique.
Si les atouts géographiques et les impératifs infrastructurels expliquent la quête effrénée
d’Investissements Directs Étrangers (IDE), l’impact social de ces capitaux sur les populations
camerounaises présente un bilan contrasté, sine ira et studio (sans colère ni partialité), qui
interroge la notion même de développement inclusif. Sur le front de l’emploi, principal
argument avancé par les promoteurs de ces projets, la réalité est mitigée. Les études montrent
que dans le secteur extractif, qui capte une part substantielle des IDE, près de 85% des
emplois créés sont non qualifiés et souvent précaires, offrant peu de perspectives d’ascension
sociale et de transfert de compétences techniques durables vers la main-d’œuvre locale 28.
Cette situation contribue marginalement à résorber le chômage des jeunes, qui frappe encore
12,5% de cette tranche de la population, révélant un décalage criant entre les promesses des
mégaprojets et l’absorption effective du vivier national de talents29. Plus préoccupant encore,
les IDE tendent à exacerber les inégalités préexistantes plutôt qu’à les réduire. On observe une
forte concentration géographique des retombées, avec environ 40% des profits et des activités
induites concentrés dans les métropoles de Douala et Yaoundé, creusant l’écart avec les
périphéries rurales. A fortiori, les zones minières et agro-industrielles elles-mêmes, pourtant
sources de richesses, restent fréquemment sous-équipées en services sociaux de base comme
les écoles et les hôpitaux, créant un paradoxe où l’extraction des ressources ne se traduit pas
par une amélioration tangible des conditions de vie des communautés hôtes30. Ainsi, la
question centrale n’est plus de savoir si le Cameroun doit attirer des IDE, mais comment les
orienter et les réguler pour qu’ils répondent véritablement aux impératifs de justice sociale et
de réduction des inégalités.
Au-delà des considérations économiques et sociales, la réussite et l’impact des
Investissements Directs Étrangers (IDE) au Cameroun sont également filtrés par un prisme
culturel distinctif, qui influence profondément les relations d’affaires et peut être source
d’incompréhensions ou de frictions entre partenaires internationaux. Les pratiques
commerciales locales sont en effet régies par des codes implicites qu’il est impératif de
décrypter. Les négociations, par exemple, sont souvent marquées par une culture du
consensus et un évitement stratégique de la confrontation directe, où la préservation de
l’harmonie relationnelle (la paix sociale) peut primer sur la stricte contractualisation, un trait
qui déconcerte souvent les investisseurs habitués à un pragmatisme plus tranché. De même, la
gestion du temps opère selon une flexibilité proverbiale, communément appelée « Heure
Camerounaise », où les délais et les échéances sont fréquemment perçus comme des
indicateurs plutôt que comme des engagements inflexibles, ce qui peut affecter la
planification et l’exécution des projets. Ces particularismes nourrissent des perceptions
contrastées des investisseurs. Les opérateurs chinois sont souvent décrits par les acteurs
locaux comme « efficaces mais peu soucieux des conditions locales », privilégiant la rapidité
d’exécution et l’autonomie de leurs équipes au détriment parfois de l’intégration et du
dialogue avec les communautés. À l’inverse, les investisseurs français, héritiers d’une longue
histoire commune, sont fréquemment perçus comme « protecteurs mais paternalistes »,
maîtrisant les codes sociaux mais pouvant parfois reproduire des schémas de dépendance
28
PNUD, [Link]., p.67.
29
INS du Cameroun, Emploi et Secteur Informel dans les Principales agglomérations, Enquête 2023, p. 12.
30
Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH), Extractivisme et droits humains au
Cameroun, Rapport N°754, 2021, p. 22-25.
hérités du passé31. Ainsi, la capacité des différents acteurs à naviguer et à s’adapter à ce
paysage culturel Complexe devient un déterminant clé, a priori, de la durabilité et de
l’acceptabilité sociale de leurs investissements.
Cette dynamique d’ouverture aux IDE s’inscrit dans un cadre stratégique national ambitieux,
notamment le Plan National de Développement (PND) 2020-2030 et la « Vision 2035 » qui
aspirent à faire du Cameroun un pays émergent. Comme le souligne le MINEPAT, « Le
gouvernement entend prioriser les IDE dans les secteurs des infrastructures (énergie,
transports), des industries extractives (mines, pétrole & gaz), et de l’agro-industrie, identifiés
comme leviers de transformation structurelle » (MINEPAT, PND 2020-2030). Des projets
emblématiques tels que le port en eau profonde de Kribi financé par la Chine, les
exploitations pétrolières de Perenco ou les investissements d’Orange et MTN dans les
télécommunications, illustrent cette volonté.
Cependant, derrière les flux financiers et les mégaprojets se cache une réalité complexe et
souvent asymétrique : celle des négociations qui précèdent la conclusion des accords
36
FMI, Article IV Consultation-Press release ; Staff Report ; and Statement by the Executive Director for
Cameroon, 2023, p. 8. (Données sur la dette).
37
CNUCED, Rapport sur le développement économique en Afrique : Cacao et transformation locale, 2023, p.
45. (Le rapport souligne la faible transformation locale des matières premières comme un frein majeur au
développement).
38
M., Catusse et Y. Zoubir, « Le Maroc des années 2000 : libéralisation et redistribution », Confluence
Méditerranée, 2010/4 (N°75), p. 25-40. (Analyse la stratégie marocaine de diversification via les IDE).
39
Natural Resource Governance Institute (NRGI), Comparez les pays : Ghana et Cameroun, 2022. (Outil
comparatif en ligne qui détaille les différences de fiscalité et de cadre réglementaire dans le secteur minier).
d’investissement. Le processus de négociation est le théâtre où se joue la répartition des
bénéfices, des risques et du pouvoir entre l’État hôte et l’investisseur étranger. Or, le
Cameroun, comme de nombreux pays africains, fait face à un déséquilibre structurel de
capacités dans ces négociations. Des rapports et études, tels que ceux de la CNUCED40 ou les
travaux de NGOUPAYOU (2018), pointent du doigt des clauses contractuelles souvent
défavorables, des retombées socio-économiques en deçà des attentes, et des risques
d’endettement excessif, notamment avec les prêts gagés sur les ressources naturelles. Ces
dernières décennies, le pays a multiplié les accords avec divers partenaires au développement
(États, institutions financières internationales, multinationales.
b. La justification du sujet.
Nécessité d’évaluer l’efficacité des négociations camerounaises41. L’un des premiers
objectifs de cette étude est d’analyser si le Cameroun a su tirer pleinement profit des
Investissements Directs Étrangers (IDE), notamment en termes de création d’emplois et de
transfert de technologie. Plusieurs rapports soulignent que les IDE peuvent stimuler la
croissance économique à condition que le pays hôte dispose d’un capital humain suffisant et
d’une capacité d’absorption technologique. Toutefois, au Cameroun, les retombées restent
parfois limitées à des emplois peu qualifiés, et les transferts technologiques sont souvent
captés par les multinationales sans réelle diffusion locale. Par ailleurs, les déséquilibres
contractuels, tels que les clauses léonines qui favorisent excessivement les investisseurs, sont
fréquents dans les accords miniers et infrastructurels. Ces clauses empêchent souvent toute
renégociation, même en cas de changement des conditions économiques, et peuvent conduire
à des arbitrages internationaux défavorables au pays42.
Enjeux de souveraineté et de développement durable43. Certains accords conclus par le
Cameroun, notamment dans le secteur minier, soulèvent des préoccupations quant à la
souveraineté économique. Les concessions à long terme, parfois octroyées sans consultation
publique, peuvent priver l’État de marges de manœuvre stratégique et de revenus significatifs.
Le nouveau Code minier de 2023 tente de corriger ces dérives en renforçant la régulation et
en créant un cadre de négociation dédié. Toutefois, la conciliation entre attractivité des IDE et
protection des intérêts nationaux reste un défi majeur. Le pays doit éviter de tomber dans une
dépendance stratégique, tout en maintenant un climat propice aux investissements. Des études
montrent que la stabilité politique, la transparence et la qualité des institutions sont des
facteurs clés pour attirer des IDE durables et responsables.
Actualité et pertinence politique44 Le Cameroun est engagé dans des projets structurants à
travers le Plan National de Développement 2020–2030 (SND30) et la Vision 2035, qui visent
à faire du pays un État émergent, démocratique et uni. Les IDE sont au cœur de cette
stratégie, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et des
40
Conférence des Nations Unies pour le commerce et le Développement, Rapport sur l’investissement dans le
monde 2023, Nations Unies, Genève, p. XV.
41
CNUCED, Ibid., p. 67.
42
Marcel René Gouenet, Global Journal of HUMAN-SOCIAL SCIENCE : « Risque D’instabilité Socio-Politique Et
Attractivité des Investissements Directs Etrangers (IDE) Au Cameroun », E Economics Volume 16 Issue 1 Version
1.0 Year 2016 Type : Double Blind Peer Reviewed International Research Journal Publisher : Global Journals Inc.
(USA) Online ISSN : 2249-460x & Print ISSN : 0975-587X
43
J. Ngoupayou, ‘‘Les enjeux de souveraineté dans les IDE camerounais’’, Revue africaine de l’économie, 15(2),
2021, p. 45-48.
44
MINEPAT, Plan National de Développement 2020-230, Yaoundé, 2020, chap. 4.
télécommunications. Cependant, les tensions récentes avec certains partenaires, comme la
Chine, ont mis en lumière les limites de certains accords. Entre 2007 et 2023, la Chine a
injecté plus de 3 500 milliards FCFA au Cameroun sous forme de prêts et d’aides, mais des
critiques émergent sur les conditions de ces financements et leur impact réel sur l’économie
locale. Ces éléments renforcent la nécessité d’une analyse critique des partenariats et des
mécanismes de négociation.
Apport académique et pratique45 Enfin, cette étude comble un vide dans la littérature
académique en analysant les stratégies de négociation du Cameroun sous l’angle des relations
internationales. Peu de travaux récents abordent cette thématique de manière systémique,
alors même que les enjeux sont cruciaux pour la souveraineté et le développement du pays.
En ce sens, ce travail pourrait servir de référence aux décideurs publics, aux diplomates
économiques et aux institutions nationales pour améliorer la qualité des futurs accords,
renforcer les capacités de négociation et promouvoir des partenariats plus équilibrés.
B. La délimitation du sujet
La délimitation du sujet permet de circonscrire le champ d’analyse de manière précise, en
définissant les frontières spatiales et temporelles dans lesquelles s’inscrit l’étude des
négociations sur les investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun, afin d’en saisir les
dynamiques, les acteurs et les enjeux dans leur contexte géopolitique et historique.
1. Délimitation Spatiale :
L’analyse des Investissements Directs Étrangers (IDE) au Cameroun entre 2000 et 2024
s’inscrit dans une dynamique géopolitique où le pays agit à la fois comme récepteur
stratégique et acteur diplomatique dans ses négociations avec des partenaires bilatéraux,
institutionnels et privés. Sur le plan spatial, le Cameroun entretient des relations économiques
soutenues avec des États partenaires majeurs tels que la Chine, la France, les États-Unis,
l’Union européenne, ainsi que des puissances émergentes comme la Turquie et l’Inde. La
Chine se distingue particulièrement par son rôle dominant : entre 2000 et 2014, elle a
représenté près de 67 % des IDE reçus par le Cameroun, soit environ 1 850 milliards FCFA
sur un total de 2 750 milliards46. Cette prédominance s’est traduite par la réalisation de projets
structurants dans les infrastructures, financés par Eximbank China et exécutés par des
entreprises comme CHEC et SINOHYDRO. La France et les États-Unis, bien que moins
présents en volume, conservent une influence dans les secteurs de l’énergie et des
télécommunications, notamment à travers PERENCO, EXXON MOBIL, ORANGE et
MTN47.
Les Institutions Financières Internationales (IFI) telles que la Banque mondiale, le FMI et la
BAD jouent également un rôle central dans le financement des projets de développement. La
45
I. W. Zartman, ‘‘Stratégies de négociation des Etats africains’’, Journal of Modern African Studies, 58(3), 2020,
p. 412.
46
[Link]
cnuced/ Mis en ligne le 31 juillet 2023 et consulté par nous le 14 septembre 2025 à 02 :05 mn.
[Link]
cameroun-a-multiplie-par-10-son-stock-grace-a-la-chine. Date de création, 09 mars 2022 16 :27 et consulté par
nous le 14 septembre 2025 à 02 :21.
47
[Link]
renforcer-sa-presence-regionale-en-2025/ Publié le 09 novembre 2024 et consulté le 14 septembre 2025 à
02 :36.
Banque mondiale, par exemple, a structuré sa coopération avec le Cameroun autour de 12
objectifs stratégiques entre 2017 et 2021, incluant la lutte contre la pauvreté, le
développement des infrastructures et l’amélioration de la gouvernance48. Le FMI, quant à lui,
a soutenu le pays via la Facilité élargie de crédit (FEC), avec une enveloppe de 227 milliards
FCFA approuvée en 2017, visant à stabiliser le cadre macroéconomique et à renforcer la
maturité des projets d’investissement public49. La BAD, de son côté, intervient dans les
secteurs clés tels que l’agriculture, l’énergie et les TIC, en alignement avec les priorités
nationales du Cameroun.
2. Délimitation Temporelle :
Sur le plan temporel, la période 2000–2024 permet de cerner les évolutions majeures du
paysage des IDE. Les années 2000 ont marqué une libéralisation économique accrue et une
révision du cadre juridique, rendant le pays plus attractif pour les investisseurs étrangers.
Entre 2000 et 2020, le stock d’IDE au Cameroun a été multiplié par dix, passant de 917
millions USD à plus de 9 milliards USD50. Cette croissance a été portée par les
investissements chinois, mais aussi par une diversification progressive des partenaires. La
décennie 2010–2020 a vu une consolidation des partenariats, mais aussi l’émergence de
critiques sur les termes des contrats, notamment en matière de transparence et d’endettement.
Enfin, la période 2020–2024 est marquée par des bouleversements liés à la pandémie de
COVID-19, qui a affecté les flux d’IDE, tout en stimulant des renégociations contractuelles
dans un contexte géopolitique mouvant. En 2022, le Cameroun a enregistré 889 millions USD
d’IDE, en baisse par rapport à 2021, reflétant les tensions globales et les pressions sur la dette
publique.
Cette délimitation spatiale et temporelle permet ainsi une lecture fine et représentative des
dynamiques d’investissement au Cameroun, en tenant compte des acteurs dominants, des
secteurs stratégiques et des mutations économiques et politiques qui ont façonné
l’environnement des IDE sur près de deux décennies.
Dans la continuité, les Investissements Directs Étrangers (IDE)51 sont définis par Larousse
comme un « investissement d’une entreprise ou d’un État dans un pays étranger sous forme
de création d’entreprises, d’acquisitions ou de prises de participation. » Dunning (1981), à
travers sa théorie OLI52, les décrit comme une « combinaison d’avantages de propriété
(Ownership), de localisation (Location) et d’internalisation (Internalization) », tandis que la
CNUCED (2022) les considère comme des « flux de capitaux transfrontaliers visant à établir
un intérêt durable dans une économie étrangère. » Dans le contexte camerounais, les IDE
désignent des apports financiers, technologiques ou matériels de partenaires étrangers dans
l’économie nationale, via des projets concrets (mines, infrastructures), avec un contrôle partiel
ou total des actifs.
Ces investissements sont souvent portés par des partenaires au développement, dont
Larousse donne une définition générale : « acteurs (États, organisations internationales,
ONG) contribuant au développement d’un pays via des aides ou des investissements. »
L’OCDE (2008) les décrit comme des « entités fournissant une assistance technique,
financière ou politique pour soutenir la croissance économique », et la Banque mondiale
(2015) les présente comme des « institutions ou pays engagés dans des coopérations
structurelles avec les économies émergentes. » Dans le cas du Cameroun, ces partenaires sont
divers (Chine, UE, multinationales, IFI) et impliqués dans des accords mêlant logiques d’aide
publique et intérêts économiques privés.
Les relations entre le Cameroun et ces partenaires se matérialisent à travers des accords
d’investissement53. Le Larousse les définit comme des « contrats formalisant les termes d’un
investissement entre un État et un investisseur étranger. » Salacuse (2010) les considère
comme des « instruments juridiques fixant les droits et obligations des parties, incluant des
clauses de protection et d’arbitrage », et l’UNCTAD (2017) les décrit comme des « cadres
légaux pour réduire les risques politiques et garantir la stabilité des investissements. » Dans
le contexte de cette étude, ces accords sont des documents contractuels (ex. APRI, contrats
miniers) régissant les IDE au Cameroun, souvent marqués par des déséquilibres en faveur des
investisseurs étrangers.
51
Larousse économique, ‘‘Définition des IDE’’, 2023 édit., p. 245.
52
J.H. Dunning, Multinational Enterprises and the Global Economy, 2001, p. 203.
53
J. Salacuse, The Law of Investment Treaties, 2010, p. 56.
54
R. Wade, ‘‘Souveraineté économique en Afrique’’, African Development Review, 25(3), p. 234.
La synthèse de ces définitions permet de cerner les enjeux spécifiques à la situation
camerounaise. Les IDE y sont souvent liés à des ressources naturelles, ce qui exige une
approche critique. Les asymétries négociatoire, notamment l’opacité de certains contrats
comme ceux conclus avec la Chine, soulignent la nécessité d’un rééquilibrage. Enfin, les
enjeux contemporains tels que la dette ou le transfert de technologie renforcent la pertinence
de cette analyse. Pour approfondir ces concepts, il est recommandé de consulter l’ouvrage «
Les Négociations Internationales » de William Zartman ainsi que les rapports de la CNUCED
sur les IDE en Afrique.
D. Objectifs de l’Étude
La définition des objectifs de cette étude permet de baliser le cheminement analytique en
précisant les finalités scientifiques et opérationnelles de la recherche, en lien avec la
problématique centrale ; elle vise à explorer les mécanismes de négociation des IDE au
Cameroun, à en évaluer les impacts, et à proposer des pistes concrètes pour renforcer la
souveraineté économique dans un environnement international marqué par des rapports de
force asymétriques.
A. Objectif général
L’objectif principal55 de cette recherche est d’analyser les mécanismes, les enjeux et les
impacts des négociations entre le Cameroun et ses partenaires au développement dans le
cadre des investissements directs étrangers (IDE). Cette analyse vise à évaluer la
contribution réelle de ces négociations au développement économique national, tout en
examinant leur équilibre en termes de souveraineté. En effet, dans un contexte où les IDE
jouent un rôle stratégique dans la mise en œuvre de projets structurants, il devient crucial de
comprendre si les accords conclus permettent au Cameroun de préserver ses intérêts
fondamentaux tout en attirant les capitaux nécessaires à sa croissance.
B. Objectifs secondaires
55
MINEPAT, [Link]. p. 15.
56
Banque mondiale, ‘‘Comparative Analysis of Investment Models in Africa’’, 2023, tableau 4.
logiques sous-jacentes aux partenariats et d’identifier les leviers d’influence utilisés par les
investisseurs.
La formulation de ces objectifs repose sur une approche holistique qui combine les
dimensions politique, économique et juridique des négociations internationales. Elle se
distingue par son originalité, en mettant l’accent sur l’agency camerounaise, souvent négligée
dans les études sur les IDE. De plus, cette recherche s’inscrit dans une actualité politique
brûlante, en lien avec les débats sur la réforme des codes miniers et pétroliers, et les critiques
croissantes sur les conditions des accords conclus avec certains partenaires.
D. Résultats attendus
Parmi les résultats attendus figurent :
1. Une cartographie détaillée des acteurs et des dynamiques des négociations IDE au
Cameroun.
2. Une évaluation critique des bénéfices et des déséquilibres des accords existants.
3. Des recommandations pratiques et opérationnelles à destination des décideurs publics
pour renforcer la souveraineté économique et améliorer la qualité des partenariats.
Exemple de question liée aux objectifs « Comment le Cameroun peut-il renforcer son
pouvoir de négociation face aux multinationales chinoises dans le secteur minier ? » Cette
question illustre la portée stratégique de l’étude et guidera la collecte des données ainsi que
l’analyse des cas concrets.
E. L’Intérêt de l’Étude
L’intérêt de cette étude se manifeste à la fois sur le plan scientifique et pratique, en proposant
une lecture renouvelée des investissements directs étrangers (IDE) à travers le prisme des
négociations, et en offrant des outils concrets pour renforcer la capacité stratégique du
Cameroun face aux partenaires internationaux dans un contexte de mondialisation
asymétrique.
1. Intérêt Scientifique57
Sur le plan académique, ce mémoire s’inscrit dans une dynamique de renouvellement des
études sur les investissements directs étrangers (IDE) en Afrique, en mettant l’accent sur une
phase souvent négligée : celle de la négociation. Alors que la majorité des travaux se
concentrent sur les effets ex-post des IDE en termes de croissance, d’emploi ou de transfert
technologique cette recherche propose une analyse fine des processus de négociation, des
rapports de force, et des stratégies contractuelles qui précèdent l’implantation des
investissements. Cette orientation comble un vide théorique en mobilisant une approche
pluridisciplinaire articulée autour de trois piliers :
Les théories des Relations Internationales, notamment :
Le réalisme, qui met en lumière les intérêts stratégiques et la logique de puissance
dans les négociations.
Le libéralisme, qui valorise les institutions, la coopération et les bénéfices mutuels.
La théorie de la dépendance, qui interroge les asymétries structurelles entre États du
Nord et du Sud, et les risques de reproduction des rapports inégaux dans les accords
d’investissement.
L’économie politique internationale, qui permet d’analyser les IDE comme
instruments de pouvoir économique, en lien avec les politiques publiques, les régimes
commerciaux et les dynamiques de régionalisation.
57
Jonathan Harris & Rodrigue Tasse Motsou, La formation des diplomates du développement en Afrique – IRIC.
[Link] Mise en ligne le 24/07/2025
[Link] et consulté par nous le 15/09/2025 à 02 :55
En croisant ces disciplines, le mémoire contribue à la littérature sur l’agency des États
africains dans la gouvernance économique globale. Il montre que, loin d’être de simples
récepteurs passifs d’IDE, les États africains et le Cameroun en particulier peuvent développer
des stratégies de négociation, renforcer leurs capacités institutionnelles, et défendre leurs
intérêts souverains dans un environnement international complexe.
L’étude de cas sur le Cameroun, actualisée et contextualisée, offre une base empirique solide
pour des comparaisons régionales. Elle permet d’identifier les spécificités du dispositif
camerounais, les acteurs impliqués (ministères, agences, partenaires techniques), et les enjeux
sectoriels (mines, infrastructures, agro-industrie)58. Elle pourra servir de référence pour
d’autres pays de la sous-région, notamment dans le cadre de l’intégration régionale et des
négociations collectives.
2. Intérêt Pratique
Sur le plan pratique, cette recherche vise à produire un outil d’aide à la décision pour les
autorités publiques camerounaises, dans un contexte où les négociations d’IDE sont de plus
en plus complexes, techniques et stratégiques. En analysant les forces et faiblesses du
dispositif négociateur actuel, le mémoire propose des pistes concrètes pour améliorer la
gouvernance des investissements.
L’analyse des tactiques des partenaires étrangers qu’il s’agisse de multinationales, de fonds
souverains ou d’États investisseurs permet de mieux comprendre leurs logiques, leurs leviers
d’influence, et leurs attentes contractuelles. Cette compréhension est essentielle pour anticiper
les déséquilibres potentiels et renforcer la position du Cameroun dans les négociations.
Le mémoire propose également des clauses contractuelles innovantes, inspirées des
meilleures pratiques internationales :
Les clauses de révision périodique, qui permettent d’ajuster les termes de l’accord en
fonction de l’évolution du contexte économique ou juridique.
Les clauses de contenu local, qui exigent un niveau minimal de participation
nationale (main-d’œuvre, sous-traitance, transfert de technologie).
Les clauses de stabilisation encadrée, qui protègent les investisseurs tout en
préservant la souveraineté réglementaire de l’État.
Ces propositions visent à :
Renforcer les capacités des négociateurs camerounais, par la formation, la
documentation et la mise en réseau.
Améliorer la qualité et l’équilibre des accords, en réduisant les asymétries
d’information et en intégrant des mécanismes de suivi.
Maximiser les retombées positives des IDE, en orientant les investissements vers les
secteurs prioritaires du développement national.
Sécuriser les intérêts stratégiques du Cameroun, en protégeant les ressources
naturelles, les infrastructures critiques et la souveraineté économique.
58
P. C. Belomo Essono, « Sécurité et ordre politique au Cameroun », Revue africaine des relations
internationales, Vol. 12, n°12, 2019.
En somme, ce mémoire ambitionne de transformer la négociation des IDE en un levier
stratégique de développement, en plaçant l’État camerounais dans une posture proactive,
éclairée et souveraine.
a) Question Principale
Dans un contexte international marqué par des rapports de force asymétriques, le Cameroun,
comme de nombreux États africains, cherche à attirer les investissements directs étrangers
(IDE) pour stimuler son développement économique. Toutefois, cette quête d’attractivité se
heurte à une exigence fondamentale : celle de préserver les intérêts nationaux, tant sur le plan
économique que juridique et stratégique. D’où la problématique centrale de cette recherche :
Comment concilier l’attractivité des IDE avec la préservation des intérêts nationaux du
Cameroun dans un contexte de rapports de force inégaux59 ?
b) Déclinaisons du problème
59
Amin. S., ‘‘Les asymétries Nord-Sud’’, Economique politique africaine, 2019, p. 33.
Ce problème général se décline en plusieurs tensions spécifiques :
1. Problème d’efficacité négociatrice Malgré une volonté affichée d’attirer les investisseurs,
le Cameroun semble obtenir des conditions contractuelles moins avantageuses que ses
partenaires. Par exemple, dans le secteur minier, les royalties perçues par l’État camerounais
oscillent entre 5 et 10 %, alors que la moyenne africaine se situe entre 12 et 15 %60. Cette
faiblesse interroge la capacité technique et stratégique des négociateurs nationaux. D’où la
question, pourquoi le Cameroun obtient-il systématiquement des conditions moins
avantageuses que ses partenaires dans les accords d’IDE ?
2. Problème de dépendance économique61. Les IDE, censés renforcer l’autonomie
économique, peuvent paradoxalement engendrer une dépendance structurelle vis-à-vis des
partenaires étrangers. Le cas des infrastructures financées par la Chine, souvent construites
avec une main-d’œuvre et des matériaux importés, illustre cette dynamique de dépendance
technologique et financière. Comment éviter que les IDE ne créent une dépendance
structurelle (technologique, financière) vis-à-vis des partenaires étrangers ?
3. Problème de souveraineté. Les clauses d’arbitrage international et les régimes fiscaux
préférentiels accordés aux investisseurs peuvent réduire la marge de manœuvre de l’État.
Certains contrats pétroliers prévoient des arbitrages hors du continent africain, ce qui limite le
recours aux juridictions locales et affaiblit le contrôle national62. Dans quelle mesure les
clauses d’arbitrage international et les exemptions fiscales accordées aux investisseurs
limitent-elles la marge de manœuvre de l’État camerounais ?
4. Problème de développement réel Malgré des flux importants d’IDE dans les secteurs
extractifs, la transformation structurelle de l’économie camerounaise reste limitée. En effet,
72 % des IDE sont concentrés dans le pétrole et les mines, mais ces secteurs ne génèrent que
15 % de l’emploi total, révélant un faible impact sur le développement inclusif. Pourquoi les
IDE massifs dans les secteurs extractifs ne se traduisent-ils pas par une transformation
structurelle de l’économie camerounaise ?
60
FMI, ‘‘Royalties minières en Afrique’’, Rapport technique, 2023, p. 7.
61
D. Brautigam, ‘‘Dépendance aux IDE chinois’’, African Affairs, 118(470), 2019.
62
OHADA, ‘‘Clauses d’arbitrage dans les contrats’’, Acte uniforme, 2021, art. 12.
Exigences des
Attentes du Cameroun Point de tension
investisseurs
investissements locales
Ces contradictions rendent les négociations complexes et nécessitent des arbitrages
stratégiques.
d) Conséquences si le problème persiste
Si ces tensions ne sont pas résolues, plusieurs risques majeurs peuvent émerger :
La perpétuation des déséquilibres économiques63, avec une croissance non
inclusive.
Le risque de malédiction des ressources, où l’abondance minière ne se traduit pas
par un développement durable.
L’érosion de la légitimité de l’État64, face à des populations locales qui ne perçoivent
pas les bénéfices des investissements.
e) Originalité de la formulation
Cette problématique se distingue par son ambition théorique et empirique. Elle ne se limite
pas à une analyse des flux d’IDE, mais interroge :
1. La capacité réelle d’un État africain moyen à influencer les termes de la
mondialisation
2. L’effectivité des dispositifs juridiques nationaux face aux logiques transnationales.
3. L’émergence de nouveaux paradigmes Sud-Sud65., notamment dans les partenariats
avec la Chine, l’Inde ou la Turquie.
f) Le questionnement sous-jacent
Ce questionnement conduit à une interrogation plus profonde sur les instruments de
négociation disponibles : Les outils actuels du Cameroun (codes des investissements,
accords bilatéraux, dispositifs juridiques) sont-ils adaptés pour tirer pleinement profit
des IDE tout en protégeant les intérêts nationaux à long terme ?
63
PNUD, Rapport sur les risques de malédiction des ressources, 2023, p. 22.
64
A. Mbembe, Politique de la haine, 2023, p. 78.
65
D. Rodrick, ‘‘Nouveau paradigme Sud-Sud’’, Journal of Development Economics, 147, 2023, p. 15. (Approche
critique)
rééquilibrage, permettent de baliser l’enquête et d’enrichir la réflexion stratégique sur la
gouvernance des investissements.
1. Hypothèse Principale (H₀)
Les négociations entre le Cameroun et ses partenaires au développement en matière
d’IDE sont structurellement déséquilibrées, favorisant systématiquement les intérêts des
investisseurs étrangers au détriment des retombées durables pour l’économie
camerounaise66. Cette hypothèse centrale postule que les rapports de force inégaux, combinés
à des capacités institutionnelles limitées, conduisent à des accords dont les termes sont
majoritairement favorables aux partenaires extérieurs. Elle constitue le socle analytique du
mémoire, en orientant l’ensemble de l’enquête vers l’identification des mécanismes de
déséquilibre et des leviers de rééquilibrage.
2. Hypothèses Secondaires
H₁ : Stratégies de négociation
Plus le partenaire au développement dispose de ressources financières et techniques
importantes (ex : Chine, UE), plus le Cameroun accepte des concessions défavorables dans les
accords d’IDE67. Cette hypothèse met en lumière le lien entre la puissance économique du
partenaire et la capacité de l’État camerounais à résister aux pressions contractuelles. Elle
suggère que les déséquilibres ne sont pas uniquement liés à la volonté politique, mais aussi à
la disparité des moyens techniques et financiers mobilisés dans les négociations.
H₂ : Impact économique
Les IDE dans les secteurs extractifs (pétrole, mines) génèrent des revenus fiscaux immédiats
mais contribuent faiblement à la diversification économique et au transfert de technologie 68.
Cette hypothèse interroge la qualité du développement induit par les investissements, en
distinguant les effets à court terme (recettes fiscales) des impacts structurels (transformation
industrielle, innovation). Elle soulève la question de l’alignement entre les flux d’IDE et les
objectifs de développement durable.
H₃ : Dynamique de pouvoir
L’absence d’experts juridiques et économiques spécialisés dans l’équipe camerounaise
affaiblit sa position négociatrice face aux multinationales. Cette hypothèse met en évidence le
rôle crucial des compétences techniques dans la conduite des négociations. Elle suggère que
le renforcement des capacités humaines est une condition préalable à l’amélioration des
termes contractuels et à la défense des intérêts nationaux.
H₄ : Nouveaux acteurs
Les investissements turcs et indiens au Cameroun comportent moins de conditionnalités
politiques que ceux des partenaires traditionnels (France, Chine), mais offrent des retombées
économiques moindres. Cette hypothèse introduit une perspective comparative entre les
partenaires traditionnels et émergents, en analysant les logiques d’investissement, les
conditionnalités associées, et les impacts économiques. Elle permet d’interroger la pertinence
des partenariats Sud-Sud dans le contexte camerounais.
66
J. H. Dunning, ‘‘Revisiting the OLI Paradigme’’Journal of International Business Studies, 42(5), 2011, p. 720.
67
D. Brautigam, The Dragon’s Gift, Oxford UP, 2020, p. 178.
68
INS, ‘‘Impact sectoriel des IDE 2010-2023’’, Yaoundé, 2023, p. 9.
H₅ : Optimisation possible
L’introduction de clauses de révision périodique dans les contrats d’IDE permettrait de
rééquilibrer progressivement les termes en faveur du Cameroun69. Cette hypothèse ouvre une
piste de réforme contractuelle, en valorisant les mécanismes juridiques permettant une
adaptation des accords dans le temps. Elle suggère que la flexibilité contractuelle peut être un
levier stratégique pour renforcer l’« agency » de l’État et améliorer les retombées des
investissements.
Tableau des Variables Liées aux Hypothèses
Hypothès Variable indépendante Variable dépendante Indicateur de mesure
e
H₀ Asymétrie des capacités Termes des accords Pourcentage de clauses
négociatrices70 signés favorables au Cameroun
H₁ Puissance économique du Nombre de Analyse comparative des
partenaire concessions accordées contrats par pays
H₂ Secteur d’investissement Contribution au PIB Données INS sur la
(extractif vs autres) hors extraction diversification
H₃ Nombre d’experts dans Qualité des termes Comparaison avant et
l’équipe contractuels après formation
H₄ Origine géographique des Conditionnalités Analyse de contenu des
IDE imposées contrats
H₅ Présence de clauses de Rééquilibrage des Étude des renégociations
révision bénéfices réussies
4. Limites anticipées
Toute recherche empirique sur les négociations d’investissements directs étrangers (IDE) se
heurte à des contraintes méthodologiques et contextuelles qu’il convient d’anticiper afin de
69
OHADA, Acte uniforme sur l’arbitrage, 2021, art. 45.
70
I. W. Zartman, ‘‘Les négociations complexes dans les pays en développement’’, Revue Internationale de
politique comparée, vol. 16, No2, 2009, p. 89-112.
mieux circonscrire la portée des résultats. Dans le cadre de cette étude, deux principales
limites sont identifiées.
a) Accès restreint aux contrats confidentiels
L’une des principales difficultés réside dans l’accès limité aux contrats d’IDE signés entre le
Cameroun et ses partenaires. Ces documents, souvent classés comme confidentiels ou
réservés aux cercles décisionnels, ne sont pas systématiquement publiés ni archivés de
manière accessible. Cette opacité contractuelle restreint la possibilité d’analyser en
profondeur les clauses spécifiques (stabilisation, révision, contenu local, arbitrage) et
d’évaluer objectivement les concessions accordées ou les garanties obtenues par l’État.
Cette contrainte méthodologique affecte la transparence de l’analyse empirique, en
obligeant le chercheur à recourir à des sources secondaires (rapports institutionnels,
communiqués officiels, entretiens) ou à des extraits partiels de contrats. Elle limite également
la possibilité de comparer rigoureusement les accords selon les partenaires, les secteurs ou les
périodes, ce qui peut réduire la précision des conclusions.
b) Difficulté à isoler l’effet « négociation » des variables macroéconomiques
La deuxième limite tient à la complexité d’isoler l’impact spécifique des négociations sur les
résultats économiques des IDE. En effet, les performances des investissements sont
influencées par une multitude de facteurs macroéconomiques : conjoncture internationale,
politiques fiscales, stabilité politique, infrastructures locales, dynamique régionale, etc. Ces
variables peuvent interférer avec l’analyse des termes contractuels et brouiller la lecture des
effets directs des négociations.
Par exemple, un accord d’IDE signé dans un contexte de crise économique ou de pression
budgétaire peut comporter des concessions exceptionnelles qui ne reflètent pas
nécessairement la capacité négociatrice de l’État. De même, les retombées économiques d’un
investissement peuvent dépendre davantage de la gestion post-contractuelle que des clauses
initiales. Cette interdépendance des variables impose une prudence dans l’interprétation des
résultats et appelle à une contextualisation rigoureuse des données.
Malgré ces limites, les hypothèses formulées dans ce mémoire structurent l’enquête empirique
de manière cohérente et permettent d’introduire des nuances sectorielles et géographiques
selon les partenaires analysés. Elles offrent un cadre analytique robuste pour explorer les
marges de manœuvre du Cameroun dans la gouvernance des IDE, tout en tenant compte des
contraintes réelles du terrain et des dynamiques internationales.