Centre CPGE 2ème année ECS
Chapitre3: Développement durable
I- Développement durable : Présentation
1- Définition :
Le 21ème siècle fait l’objet de plusieurs défis, parmi lesquels celui de la conciliation entre le
niveau de vie et le respect des équilibres écologiques.
Ainsi, la notion du développement durable est le fruit d’un processus de maturation politique
des enjeux écologique du développement économique. En 1972, est organisée par l’ONU la
conférence de Stockholm sur « l’environnement humain », qui donnera notamment naissance
au Programme des Nations Unis pour l’environnement (PNUE). Première conférence
internationale sur les liens entre enjeux environnementaux et socio-économiques, elle pose les
jalons d’une nouvelle approche du développement : « l’éco-développement », en quelque
sorte l’ancêtre du développement durable.
Cependant ; cette approche a peu de succès, du fait en partie de l’avènement des chocs
pétroliers et du début de la crise économique dans la seconde moitié des années 1970. Ce
n’est qu’en 1983 qu’une Commission mondiale pour l’environnement et le développement,
créée par l’ONU, reprend cette réflexion. Elle publie en 1987 un rapport intitulé Notre avenir
à tous sous la présidence du premier ministre norvégien, Gro Harlem Brundtland. Il repose
sur le postulat que l’exploitation des ressources naturelles et la dégradation de
l’environnement menacent à terme le développement des générations futures. La notion de
« développement durable » y est théorisée pour la première fois.
Le rapport définit le concept ainsi :
« Le développement durable est un mode de développement qui répond aux
besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations
futures à répondre aux leurs. »
Ce concept nie l’incompatibilité qu’il y aurait entre préservation de l’environnement et
développement, et surtout exige la réalisation d’une double équité :
Equité intragénérationnelle : les ressources qu’elles soient économiques ou
écologiques, doivent être équitablement distribuées entre les générations présentes en
accordant une priorité aux plus démunis (individus, pays) pour assurer un
développement généralisé.
Equité intergénérationnelle : le développement présent doit tenir du compte du
développement potentiel des générations futures : sauvegarde de ressources pour
l’avenir…
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2- Les indicateurs du développement durable :
Economique Environnemental Social
PIB vert est : Indice de Coefficient de Indice de bien Indice de
La correction du PIB en fonction performance sociale Gini mesure être durable progrès
des coûts environnementaux. (IPE) : indice crée du degré IBED véritable IPV
Le comité d’expert des NU sur la pour évaluer, d’inégalité de indicateur indicateur
comptabilité environnementale- comparer et la distribution
alternatif alternatif au PIB
économique (UNCEEA) travaille améliorer l’efficacité de revenus
sur le système de comptabilité des politiques sur dans une
visant à ou à l’IDH pour
environnementale-économique. l’environnement. société remplacer le tenter de
Le produit intérieur brut se donnée. PIB. mesurer
transforme en PIN puis en PINae : Nombre de 0 à l’évolution du
ajusté environnementalement. 1, 0 : égalité bien être réel
parfaite, et 1 : d’un pays.
inégalité
totale.
II- Les différentes causes des atteintes environnementales :
Les différentes causes identifiées, engendrant la dégradation voir la destruction de
l’environnement sont étroitement liées à la croissance économique et démographique.
1- Le développement industriel :
L’industrialisation a bouleversé les techniques de production, le système artisanal, manuel, de
production a été remplacé par une production recourant à de plus en plus d’énergie provenant
de machines, de production en grandes séries, centralisée, utilisant des normes ou standards
afin d’obtenir des produits d’une qualité homogène. Cette transformation a profondément
affecté l’agriculture, l’économie, la politique, la société et l’environnement.
2- L’explosion démographique :
C’est avec les premiers progrès de l’hygiène et de la médecine que les épidémies et les
famines disparaissent progressivement en Europe et en Amérique du Nord. La mortalité,
notamment infantile, se met à baisser. L’explosion démographique a contribué à accroître les
besoins de l’humanité et l’exploitation des ressources naturelles.
La demande nutritionnelle ou économique a tendance à s’accroître non seulement en fonction
du nombre de personne, mais aussi par la nécessité du développement social, de l’élévation du
niveau de vie ou de l’urbanisation.
Au fur et à mesure que la population s’accroît ou se concentre, l’essor productif et la diversité
des besoins -agricoles, industriel, énergétiques, hydrauliques, technologiques- pèsent de plus
en plus sur l’exploitation des ressources naturelles.
La question de la gestion et de la consommation de ressources dont les potentialités sont
finies, se pose avec force.
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Les ressources ont longtemps été considérées comme gratuites et inépuisables, ce qui est loin
de la réalité.
3- L’urbanisation :
Au-delà, la croissance de la population mondiale s’accompagne d’une concentration des
hommes et d’importantes mutations spatiales. Le phénomène d’urbanisation massif
s’accompagne d’un problème de gestion et d’allocation des ressources. Ces poussées urbaines
sont aussi des facteurs importants de pollution.
Ainsi la croissance urbaine, l’étalement urbain et la périurbanisation posent de nombreux
problèmes écologiques. L’urbanisation fragmente de plus en plus les écosystèmes, ce qui nuit
à la biodiversité en morcelant les populations d’individus d’une même espèce et en gênant
leur reproduction.
4- L’exploitation irréfléchie des ressources naturelles :
C’est à partir du début des années 1970, qu’il y a eu une prise de conscience des excès de
l’exploitation irréfléchie des ressources, une crainte de pénuries, une des séquelles de
l’utilisation inconsidérée de produits conduisent à une tardive prise de conscience des dangers
que les sociétés industrielles font peser sur l’avenir de la planète.
Les modes de production et de consommation des sociétés industrielles portent atteinte non
seulement aux patrimoines collectifs, mais encore menacent les conditions de vie, d’autant
plus qu’ils génèrent des comportements inconscients ou s’accompagne de gaspillages.
5- Les catastrophes environnementales d’origines humaines:
2002. Le pétrolier Prestige fissuré déverse sur les côtes de la Galice en Espagne environ 125
tonnes de fioul par jour pendant 4 semaines. La marée noire touche les côtes de Galice, du
Portugal, du sud de la Bretagne…
2006. L’affaire du Probo Koala tire son nom du pétrolier qui a déversé 600 tonnes de
déchets toxiques dans la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Une décision de justice a approuvé
en 2009 un accord entre les plaignants ivoiriens et la société Trafigura, affréteur du Probo
Koala, selon laquelle aucun lien ne peut être établi entre les déchets du Probo Koala et les
décès, les fausses couches, les naissances d’enfants mort-nés, les malformations ou autres
maladies graves et chroniques.
2010. Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique. La marée noire en Louisiane est
causée par l’explosion d’une plateforme pétrolière louée par la compagnie BP. Environ 780
millions de litres de pétrole se répandent dans le golfe du Mexique, provoquant la plus
importante catastrophe de l’histoire de l’industrie pétrolière.
2011. L’accident nucléaire de Fukushima au Japon (2011) remet en question la sûreté des
centrales nucléaires.
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I- Les conséquences de la croissance démographique et économique sur
l’environnement :
1- La dégradation des milieux naturels :
a) Une pénurie d’eau douce :
Qualifiées d’ « or bleu », les ressources d’eau douce ne cessent de se réduire. Alors que 71% de la
planète est recouverte d’eau, l’idée de pénurie peut paraître incongrue. Toutefois, la quantité d’eau
douce consommable ne dépasse pas les 0,7% de l’eau présente sur notre planète.
A ce faible pourcentage s’ajoute la croissante pollution chimique des eaux. En effet, pendant
longtemps la législation n’était pas très contraignante, ce qui a permis aux entreprises de déverser leurs
produits toxiques dans les fleuves ou les rivières sans s’inquiéter. De plus, la nécessité de reconstruire
l’Europe après 1945 a contribué à cette désinvolture et à ces négligences. La plupart des grands
fleuves européens sont devenus insalubres. Cette pollution industrielle dans certains pays comme en
Russie ou en Roumanie a engendré d’importants dégâts écologiques mais aussi médicaux.
b) La déforestation massive :
Les forêts couvrent près de 31% de la superficie des terres émergées de la planète et la moitié des
surfaces boisées est répartie sur cinq pays : le Brésil, le Canada, la Chine, les Etats-Unis et la Russie.
Entre 2000 et 2010, près de 13 millions d’hectares de forêts ont disparu chaque année. Le phénomène
concerne essentiellement les pays en voie de développement qui tirent une richesse de l’exploitation
de leurs forêts. Ayant pour de s’imposer sur la scène économique et financière internationale, ces PED
C’est ainsi que la forêt amazonienne est actuellement détruite afin d’exploiter le bois, d’extraire des
minerais, de laisser place à l’agriculture et à l’élevage. La forêt indonésienne assiste aussi à une
déforestation accrue depuis 1990, les causes sont également économiques et financières.
Mais au-delà le déboisement s’avère être responsable d’environ 20 % des émissions de gaz à effet de
serre dans le monde. Il s’agit de la deuxième cause du réchauffement de la planète, faisant ainsi de
l’appauvrissement des forêts un problème qui concerne également le changement climatique.
c) Le réchauffement climatique :
Plusieurs changements ont été observés dans le monde et ont conduit à conclure à l’existence d’un
réchauffement climatique planétaire.
En France, un observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, créé en 2001,
coordonne les observations.
- La hausse des températures :
Les mesures terrestres de température réalisées au cours du XXème siècle montrent une élévation de la
température moyenne. Parmi les dix années les plus chaudes depuis un siècle, neuf sont postérieures à
l’an 2000.
- La fonte des glaces :
De même, plusieurs études indiquent que les banquises sont en train de se réduire. La surface des
glaces de mer a connu une décroissance très rapide, passant de 8,5 millions de km2 pendant la période
1950-1975 à 5,5 millions de km2 en 2013.
- L’élévation du niveau de la mer :
Il est certain qu’une fonte des glaces terrestres va entrainer un transfert de leur volume vers les océans
et provoquer leur montée. Le niveau moyen de la mer a crû a une vitesse de 1.8 mm par an de 1961 à
2003 et cette vitesse a été plus rapide lors des 10 dernières années avec 3.1 mm par an, soit une
élévation moyenne totale au 20ème siècle comprise entre 12 et 22 cm.
Les conséquences sont énormes puisque la majorité de la population mondiale vit au bord de la mer.
Beaucoup de gens risquent de mourir et les mouvements de population fuyant les zones inondées
feront augmenter le risque de propagation de maladies.
Beaucoup d’espèces vivantes risquent de disparaître, car elles ne pourront pas s’adapter assez
rapidement aux changements de la salinité ou de la diminution de la surface recouverte de glace.
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2- Vers une amplification de ces atteintes :
L’accès aux ressources et les tensions démographiques sont appelés à s’accroître rapidement avec
l’augmentation de la demande liée à la croissance des populations et à leur accès au développement.
Si l’on se réfère aux projections démographiques établies par l’ONU, vers 2025, la population
mondiale atteindrait environ 8 milliards d’individus. L’augmentation des demandes ne peut
s’accompagner que d’une exploitation accélérée de l’environnement et des ressources naturelles, avec
des moyens techniques souvent inadaptés à une gestion saine des prélèvements ou des mises en valeur.
La couverture des besoins de base devra s’accompagner d’une diversification des régimes alimentaires
et d’une amélioration de leur qualité. Cela implique une intensification des productions, voire une
extension, avec des risques ou des contraintes particulières comme l’approvisionnement en eau où se
profilent des pénuries sans rationalisation des consommations et régulation des différentes utilisations
en concurrence.
L’inégalité dans la répartition des ressources et dans les niveaux de développement rend plus aiguës
les disparités d’accès aux ressources. Un milliard d’hommes utilisent une grande partie des richesses
de la planète, et participent massivement à l’exploitation de l’énergie, des forêts, des minerais, des
produits de l’agriculture, y compris des richesses qui se situent dans les pays en développement. De ce
fait, ils contribuent, pour une grande part, aux atteintes qui menacent les équilibres vitaux. On ne peut
donc que redouter la diffusion du modèle de croissance dans l’ensemble des pays qui aspirent à des
conditions de vie comparables à celles des pays industrialisés.
II- La préservation de l’environnement est aujourd’hui admise comme l’une des
conditions d’une croissance économique durable :
1- Les théories de la décroissance :
Les théories de la décroissance sont l’essence d’un mouvement intellectuel et militant estimant que les
risques liés à la crise climatique et les difficultés rencontrées par le modèle capitaliste ne sauront être
jugulées qu’au prix de l’abandon du modèle de développement productiviste actuel.
L’enjeu majeur serait désormais de penser la société à long terme.
L’apparition des premières théories relatives à la décroissance apparaît dans le rapport du Club de
Rome, intitulé « The limits to growth » publié en 1972.
Ce rapport met en évidence les dangers que font peser la croissance économique et démographique sur
l’environnement. Alors que la transition démographique n’est pas encore accomplie pour la plupart
des pays du tiers-monde, inéluctablement la population mondiale va croitre et dans cette perspective,
les auteurs préconisent un strict contrôle des naissances et la réorientation économique vers les
services.
Il est vrai qu’à l’heure actuelle la concrétisation de ces théories dans de véritables programmes
politiques n’est pas aisée. D’une part, parce que cela va totalement à l’encontre du modèle retenu par
les sociétés industrielles qui sont fondées sur l’idée d’une croissance continue et même soutenue.
2- Les politiques économiques de l’environnement :
L’intégration de l’environnement dans les politiques économiques est lente car son apport est difficile
à évaluer et que l’on manque d’outils statistiques ou comptables qui permettent d’en préciser l’impact
sur la croissance. Toutefois, on distingue quelques outils de l’économie de l’environnement.
a) La fiscalité environnementale :
La fiscalité environnementale est déterminée sur la base d’objectifs environnementaux et vise à
modifier les comportements dans un sens plus conforme à des objectifs écologiques déterminés. Il
existe différents types de fiscalité environnementale.
Dans le cas de la taxe, le pollueur paie une taxe qui visera à compenser le préjudice subi par le pollué.
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Le second instrument est la prime : – soit une prime à la modernisation de l’appareil de production, –
soit une prime au non-pollueur.
Dans le premier cas, le pollué est invité à payer une prime qui doit aider le pollueur à améliorer ses
installations et donc à moins polluer. Dans le second cas, on félicite les entreprises qui ne polluent pas,
ou moins que les autres, en leur versant une prime. Lorsque le mécanisme de la prime est couplé à
celui de la taxe, le principe pollueur-payeur est globalement respecté : ceux qui polluent paient une
taxe qui leur est reversée sous forme d’une prime qui va permettre au pouvoir public d’orienter la
modernisation.
b) Les marchés de droits à polluer
L’idée est que les pouvoirs publics peuvent décider à l’avance d’une quantité de pollution acceptable
et mettre en vente des titres s’apparentant à des droits à polluer. Dans cette perspective, les entreprises
s’échangent, c’est-à-dire se vendent et s’achètent, des permis qui leur donnent droit d’émettre par
exemple du soufre. D’années en années, les pouvoirs publics réduisent le nombre de permis : leur
rareté entraîne une hausse des prix, incitant de plus en plus d’entreprises à moderniser leur installation.
c) Les instruments réglementaires
Il s’agit de toutes les mesures d’ordre institutionnel visant à règlementer les procédés ou les produits
utilisés, à interdire ou limiter les rejets de certains polluants, à contrôler certaines activités en imposant
des autorisations, des normes.
Le moyen de définir de bonnes lois et d’en contrôler l’application est de fournir des données
environnementales pour l’élaboration des politiques publiques. L’Union européenne emprunte en
grande partie cette voie, puisque le traité d’Amsterdam inclut dans ses objectifs l’efficacité
environnementale et la recherche et développement.
La voie réglementaire suppose que les États se dotent des outils qui fournissent les données de
référence nécessaires aux politiques publiques. C’est ainsi que l’agence européenne de
l’environnement, située à Copenhague, tient un registre de données environnementales en appui des
décisions. `
d) L’évaluation des politiques publiques :
Au-delà de leur simple mise en place et du choix de l’une ou l’autre de ces politiques, l’économie de
l’environnement se doit aussi d’offrir des instruments d’évaluation de ces mêmes politiques. Cette
évaluation doit avoir lieu régulièrement et dans la mesure du possible, les associations de défense de
l’environnement doivent y participer. Malgré les oppositions que rencontre l’antinomique économie de
l’environnement, ces associations doivent pouvoir parler sur un pied d’égalité avec les entreprises, les
pouvoirs publics et les experts : l’intégration d’économistes de l’environnement au sein de leur équipe
devient indispensable.
e) Le protocole de Kyoto :
Le protocole de Kyoto est une illustration caractéristique du rôle de l’économie de l’environnement : il
s’agit en effet de concilier le développement économique avec les contraintes environnementales. La
rédaction du protocole a fait intervenir un ensemble de spécialistes de différents champs disciplinaires
qu’il a fallu concilier: des météorologues, des industriels, des juristes.
À partir des données scientifiques et des données économiques, dans un cadre juridique donné,
l’économie de l’environnement cherche à définir une situation optimale à atteindre et à bâtir un certain
nombre d’outils qui permettront d’atteindre cet objectif.
L’optimum de pollution ainsi défini sera, par définition, éloigné de deux autres positions : de celle des
partisans d’une écologie dure qui viseront à annuler les émissions de carbone, et de celle des tenants
de l’écologie de marché qui pensent que l’action publique est inutile car l’environnement s’inclura
naturellement dans les prix. La position de l’économie de l’environnement est par nature un
compromis.