En linguistique, l'étude morphologique consiste à analyser la structure interne des mots et les
règles qui régissent leur formation. C'est l'analyse des briques fondamentales qui composent
le lexique d'une langue.
Voici les grands axes pour mener ou comprendre une étude morphologique :
1. L'unité de base : Le morphème
Le morphème est la plus petite unité linguistique possédant un sens ou une fonction
grammaticale. Contrairement au phonème (le son), le morphème porte une signification. On
en distingue deux types principaux :
Les morphèmes lexicaux (ou lexèmes) : Ils portent le sens
conceptuel du mot (le "radical").
o Exemple : Dans relavable, "lav" est le lexème (lié à l'action de
laver).
Les morphèmes grammaticaux (ou morphèmes liés/affixes) :
Ils modifient le sens du radical ou indiquent sa fonction syntaxique.
o Exemple : Dans relavable, "re-" (répétition) et "-able"
(possibilité) sont des affixes.
2. La morphologie flexionnelle vs. dérivationnelle
L'étude morphologique se divise traditionnellement en deux grandes branches :
A. La morphologie flexionnelle
Elle gère les variations d'un même mot selon son contexte grammatical (genre, nombre,
temps, mode, personne). Elle ne crée pas de nouveau mot dans le dictionnaire, mais modifie
sa forme.
Déclinaisons/Conjugaisons : aim-e, aim-ons, aim-aient.
Accords : grand, grand-e, grand-s, grand-e-s.
B. La morphologie dérivationnelle
Elle étudie la création de nouveaux mots (de nouvelles unités lexicales) à partir de structures
existantes. Elle utilise deux procédés majeurs :
L'affixation : Ajout d'un élément avant (préfixe) ou après (suffixe)
le radical.
o Préfixation : venir \rightarrow devenir (change le sens,
rarement la classe grammaticale).
o Suffixation : blanc (adjectif) \rightarrow blancheur (nom)
(change souvent la classe grammaticale).
La composition : Association de deux ou plusieurs morphèmes
lexicaux autonomes pour former un seul mot.
o Exemple : un chou-fleur, un portefeuille, un garde-manger.
3. Méthodologie d'une analyse morphologique
Pour réaliser l'analyse morphologique d'un mot ou d'un corpus, on procède généralement par
étapes :
1. La segmentation : Découper le mot en ses différentes unités
(morphèmes).
o In-constitution-nel-le-s
2. L'identification des constituants :
o Trouver la base ou le radical (constitution).
o Isoler les affixes dérivationnels (in-, -nel).
o Isoler les morphèmes flexionnels (-e pour le féminin, -s pour
le pluriel).
3. L'analyse de la productivité et de la combinatoire : Déterminer
comment ces éléments s'assemblent (l'ordre des affixes obéit à des
règles strictes) et si les affixes utilisés sont encore "vivants"
(productifs) dans la langue actuelle.
Note sur l'allomorphie : Parfois, un même morphème peut changer de forme
phonétique ou orthographique selon l'environnement. C'est ce qu'on appelle un
allomorphe.
Exemple : Le préfixe négatif in- devient im- devant m, b, p (impossible), il- devant l
(illisible), ou ir- devant r (irréel).
L’expression « étude syntaxique de la morphosyntaxe » peut sembler de prime abord
pléonastique, mais elle désigne en réalité une focalisation très précise : l'analyse de la manière
dont les formes grammaticales des mots (la morphologie) déterminent ou influencent les
relations structurelles qu'ils entretiennent au sein de la phrase (la syntaxe).
En linguistique contemporaine, la morphosyntaxe est l'interface par excellence. Mener une
étude syntaxique à ce niveau revient à analyser comment les traits morphologiques
grammaticaux (flexions, cas, accord, temps, mode) opèrent pour construire le sens
propositionnel.
Voici les axes directeurs pour structurer et mener une telle étude.
1. Les Composants Fondamentaux de l'Interface
Pour analyser la morphosyntaxe d’un point de vue syntaxique, on isole généralement trois
types de morphèmes et de processus :
La morphologie flexionnelle : Les variations de forme des mots
qui n'en changent pas la catégorie grammaticale mais indiquent leur
fonction ou leur relation à d'autres mots (ex: la marque du pluriel, le
genre, la personne).
Les traits formels (ou morphosyntaxiques) : Le genre, le
nombre, la personne, le temps, l'aspect, le mode, et le cas (dans les
langues à déclinaisons).
Les règles de projection et de configuration : Comment ces
traits permettent à un mot (une tête) de projeter un syntagme et
d'attirer des arguments (sujet, objet).
2. Les Grands Axes de l'Analyse Syntaxique
Une étude syntaxique de la morphosyntaxe s'articule principalement autour de quatre
mécanismes clés :
A. Le mécanisme de l'Accord (Agreement)
C'est le phénomène morphosyntaxique par excellence. La syntaxe valide une relation locale
entre deux éléments (par exemple, un spécificateur et une tête) qui se traduit par le partage de
traits morphologiques.
En syntaxe générative (Gouvernement et Liage / Programme
Minimaliste) : On étudie comment une tête fonctionnelle (comme T
pour le Temps ou v pour le verbe léger) entre en relation de
Sondage-But (Probe-Goal) avec un syntagme nominal (DP) pour
vérifier des traits non interprétables (ex: la personne et le nombre
sur le verbe).
B. La assignation du Cas (Case Theory)
Dans les langues flexionnelles (latin, allemand, russe, arabe), le cas est la manifestation
morphologique directe de la fonction syntaxique. En français, il subsiste de manière résiduelle
dans le système des pronoms (je [nominatif], me [accusatif/datif], moi [disjoint]).
L'étude syntaxique analyse ici comment une configuration
structurelle spécifique (la c-commande ou la rection) permet à un
verbe ou une préposition d'assigner un cas à un syntagme nominal.
C. Le mouvement syntaxique et la morphologie
Certaines modifications morphologiques forcent le déplacement d'éléments dans la phrase.
Le mouvement du verbe (V-to-T movement) : En français, la
richesse de la morphologie verbale (les flexions de temps et de
personne) est traditionnellement corrélée au déplacement du verbe
hors du syntagme verbal (VP) vers la tête temporelle (TP), ce qui
explique pourquoi le verbe conjugué précède l'adverbe de négation
ou de fréquence (Jean mange souvent vs anglais John often eats).
La morphologie passive : L'ajout de la morphologie passive
(auxiliaire + participe passé) absorbe le cas accusatif du verbe et le
rôle thématique de l'agent, forçant l'objet interne à se déplacer vers
la position de sujet syntaxique pour y recevoir le cas nominatif.
D. La factualité, le mode et la subordination
L'étude du comportement des modes (notamment le subjonctif) sous la dépendance
syntaxique de certaines têtes complémenteuses (C). On analyse ici comment une sélection
sémantico-syntaxique de la proposition principale impose une morphologie verbale spécifique
dans la subordonnée.
3. Méthodologie pour réaliser l'étude
Si vous devez rédiger ou formaliser cette étude, voici la démarche standard :
1. Constitution du corpus / Données : Isoler le phénomène précis
(ex: l'accord du participe passé avec l'objet direct antéposé, le
comportement du subjonctif après les conjonctions de concession).
2. Identification des traits : Lister les traits morphosyntaxiques en
jeu (ex: [\pm \text{singulier}], [\pm \text{passé}], [\pm \
text{défini}]).
3. Modélisation structurelle : Représenter la structure de la phrase
sous forme d'arbre syntaxique (syntagmes de phases, CP, TP, vP,
VP) pour visualiser les relations de localité, de c-commande et de
domaine.
4. Formulation des contraintes : Déterminer si le blocage ou la
réalisation de la morphologie dépend d'une contrainte syntaxique
stricte (ex: Barrière, principe de localité, minimalité relativisée).
Note théorique : Selon l'approche choisie (Structuralisme, Grammaire Générative, ou
Morphologie Distribuée), le curseur varie. En Morphologie Distribuée, par exemple,
la syntaxe est première : elle manipule des faisceaux de traits abstraits, et l'insertion
des formes morphologiques (le vocabulaire) ne se fait qu'en fin de compte, au niveau
de la structure phonologique (PF).
Avez-vous un phénomène grammatical particulier ou une structure de phrase précise
que vous souhaitez analyser à travers ce prisme morphosyntaxique ?