Mots
La « pragmatique textuelle » et les langages de la Révolution
française
Monsieur Jacques Guilhaumou, Hans-Jürgen Lűsebrink
Citer ce document / Cite this document :
Guilhaumou Jacques, Lűsebrink Hans-Jürgen. La « pragmatique textuelle » et les langages de la Révolution française. In:
Mots, n°2, mars 1981. Qu'est-ce que le vocabulaire spécifique d'un texte politique? pp. 191-203;
doi : [Link]
[Link]
Fichier pdf généré le 27/04/2018
JACQUES GUILHAUMOU
UNITÉ DE RECHERCHE « LEXICOLOGIE ET TEXTES POLITIQUES »
INSTITUT DE LA LANGUE FRANÇAISE, SAINT-CLOUD
HANS-JÙRGEN LÙSEBRINK
UNIVERSITÉ DE BAYREUTH
La « pragmatique textuelle » et les langages
de la Révolution française
pragmatique,
pendant
lla
allemande
inguistiqrevue
ues Contrairement
et sémiologiques
les
Linguistique
etundix
plus
certain
dernières
particulièrement
auxnombre
etderecherches
sémiologie
années
Lyondea',textes
mis
ensont
anglo-saxonnes,
(n°pragmatique
à relevant
S,passées
la portée
1978, quasi
duTextlinguistik)
du
textuelle,
les
domaine
public
inaperçues
recherches
qui
français
de la
duont
enallemandes
linguistique
Centre
France.
ne
connu
connaissant
deun
Une
enrecherches
textuelle.
essor
linguistique
des pas
livraisons
considérable
Cette
la langue
de
initiative n'a pas eu, pour le moment, de suite. En témoignent de façon frappante les numéros
récents des revues Communications (n° 32, 1980) et Langue française (n° 42, mai 1979) consacrés
précisément à la pragmatique, mais ne faisant référence à aucun travail venu d'Outre-Rhin dans ce
domaine. Aucun ouvrage de base n'a été traduit, à la différence de la pragmatique en langue
anglaise. La présente contribution, en cernant les lieux théoriques spécifiques de ces recherches, se
propose, non seulement d'ouvrir un champ d'échange à la communication scientifique — bloquée
du fait des orientations particulières de la recherche pragmatique en France et des barrières de
langue 2 —, mais aussi de montrer, à partir d'une réflexion critique, l'apport des recherches
al emandes pour l'étude des langages de la Révolution française.
Le champ d'investigation, les axes d'interrogation et les outils d'analyse de la pragmatique
textuelle en Allemagne (Textpragmatik), plus précisément de la Historische Textpragmatik
proviennent de plusieurs horizons :
1. Cf. la bibliographie de Dressier et Schmidt (1973) et les deux éditions du livre de Schlieben-Lange (1975, 1979). Les
références renvoient á la bibliographie qui se trouve en fin d'article.
2. En effet, la seule publication d'un linguiste allemand mentionnée par Communications et Langue française est un
article en anglais de D. Wunderhch.
192 JACQUES GUILHAUMOU
1. L'avènement de la pragmatique textuelle peut d'abord se comprendre comme un retour de
l'histoire dans la recherche linguistique dominée en Allemagne fédérale de 1960 à 1970 par la
grammaire generative et transformationnelle 3. Renouant avec plusieurs domaines de la recherche
linguistique, la pragmatique s'est ainsi développée dans trois directions différentes :
— Premièrement, dans la tradition de Charles Morris (1938, 1946) comme une théorie de la
performance linguistique, théorie qui, d'après Georg Klaus, aurait pour tâche « d'analyser les
composantes psychologiques et sociologiques de l'utilisation des signes linguistiques » 4.
— Deuxièmement, selon Althaus/Henne (1971), comme linguistique du dialogue, c'est-à-dire,
à partir d'une critique de la conception saussurienne du signe et des présupposés épistémologiques
de la théorie de l'information3, comme analyse systématique des modes de communication et
d'interaction langagiers.
— Troisièmement, dans le sillage des travaux de Searle (Speech Acts, 1969) et de J.L. Austin
(1962) comme théorie des actes de langages6. Contre une « théorie textuelle » (Texttheorie) et une
« théorie des actes de langage » à visée universaliste et systémique, comme les représentent les
travaux de S.J. Schmidt, de D. Wunderlich 7 et de la grande majorité des recherches s'inscrivant dans
la tradition anglo-saxonne de la pragmatique8, s'est constituée depuis quelques années la
conception d'une « pragmatique textuelle historique » dont les travaux de H.-U. Gumbrecht, de
B. Schlieben-Lange, de Henne/Rehbock, entre autres, ont tracé les perspectives et posé les
premiers jalons. La pragmatique textuelle, en élaborant des méthodes pour l'analyse de la
signification et de la fonction d'un texte dans une situation (de communication) donnée9, s'est en effet
défini comme objet d'étude le fonctionnement du discours dans l'histoire.
2. Cette conception des recherches pragmatiques ne saurait s'expliquer sans le développement
antérieur de la théorie de la réception — visant l'analyse des lectures et utilisations historiques
d'un texte donné l0 — , dont le champ d'épandage originellement littéraire s'est étendu
progres ivement à l'ensemble de la production textuelle. Prenant pour base une théorie des genres littéraires
et une phénoménologie historique des notions de « lecture », de « texte » et de « signification »,
la théorie de la réception a constitué, pour la pragmatique textuelle, cette nécessaire « provocation
de la linguistique diachronique » dont parle Gumbrecht ".
3. Cf. Schmidt (1976a, 1976b), Wunderlich (1973) et les critiques de Breuer (1974), p. 9-10, Schlieben-Lange (1976) et
Gumbrecht (1978), p. 28.
4. Klaus (1964-1972), p. 21, traduit par nous.
5. Cf. Schlieben-Lange (1979a), p. 16-19.
6. Cf. Schlieben-Lange (1979a), p. 20-22.
7. Voir aussi l'intéressante mise au point, à propos des tendances « universaliste » et « historique » en théorie des actes
de langage, sous forme de « dispute » scientifique, que constitue Schlieben-Lange et Weydt (1979).
8. Voir, à titre d'exemple, les études de Récanati (1979) et de Nef (1980) dans Langue française et Communications.
9. Cf. Gumbrecht (1978a), p. 10.
10. Parmi une vaste littérature qui commence à être traduite en France, citons Jauss (1978) et, comme premières mises
au point, les numéros spéciaux de Poétique (39, 1979) et de la Revue des sciences humaines (1980), notamment le dialogue
Jauss-Grivel, p. 7-21.
11. Gumbrecht (1977), p. 134.
LES LANGAGES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 193
3. La mise en perspective historique des notions de « situation de communication » et de
« performance » par la pragmatique textuelle et des concepts de « lecture », de « texte » et de
« signification » par la théorie de la réception viennent à la rencontre d'interrogations d'historiens
des mentalités et des cultures sur le statut du texte-document historique et les possibilités d'une
analyse plus adéquate de celui-ci. Renouant partiellement avec les interrogations de R. Robin dans
Histoire et linguistique (1973), des historiens aussi divers que R. Koselleck en Allemagne l2,
С Ginzburg en Italie l3, et R. Chartier en France ont reposé, implicitement ou explicitement, la
question d'une pragmatique textuelle historique. Tel R. Chartier dans sa critique des méthodes de
l'histoire des mentalités et des cultures :
« II faut rappeler que tout texte est le produit d'une lecture, une construction de son lecteur ...
Conçus comme un espace ouvert aux lectures multiples, les textes (mais aussi toutes les catégories
d'images) ne peuvent donc être appréhendés, ni comme des objets dont il suffirait de repérer la distribution, ni
comme des entités dont la signification se dirait sur le mode de l'universel, mais pris dans le réseau
contradictoire des utilisations qui les ont historiquement constitués » l4.
Même si la grande majorité des études allemandes en pragmatique textuelle de ces dernières
années ont concerné, à partir de corpus de textes contemporains, l'analyse des discours
pédagogiques l5, des codes langagiers de l'institution judiciaire '6 et des formes de la face-to-face
interaction, notamment de la conversation l7, quelques récentes études se sont choisi comme objet
les langages de la Révolution française.
Cinq voies de recherche se dessinent :
1. Dans le sillage des analyses de la réception littéraire, mais sur la base de la conception de
la pragmatique textuelle esquissée par Gumbrecht, T. Schleich a étudié les significations textuelles
et les fonctions politico-sociales de l'œuvre de Mably entre 1740 et 1871 l8. Combinant l'approche
quantitative des sociologues de la littérature (tirages, publics, trajectoires et milieux intellectuels)
avec l'analyse pragmatique (conditions et effets de lecture d'une œuvre dans une situation
historique donnée ; repérage des fonctions), l'étude de Schleich offre un modèle méthodologique pour
une mise en perspective historique d'un texte et de ses fonctions dans une période de longue
durée.
12. Cf. notamment Koselleck (1978) qui rassemble un recueil d'articles programmatiques et d'analyses relatifs à la
pragmatique et à la sémantique historiques.
13. Ginzburg (1976, 1978).
14. Chartier (1980), p. 29. Voir aussi l'article de Benrekassa (1979), mise au point d'une discussion interdisciplinaire à
l'EHESS avec E. Le Roy Ladurie, mettant en cause l'utilisation « documentaire » des textes de Rétif de la Bretonne, dans
VHistoire de la France rurale.
15. Voir notamment Ehlich et Rehbein (1976, 1977).
16. Schlieben-Lange (1979a), p. 123-124, Seibert (1979) qui donnent une introduction et une bibliographie.
17. Schlieben-Lange (1979a), p. 118-123. Signalons, en dehors des travaux cités, l'étude de Strosetzki (1978) sur les
modes de conversation institutionnalisés du XVIIe siècle.
18. Schleich (1980, 1981).
194 JACQUES GUILHAUMOU
2. L'analyse pragmatique de discours politiques a notamment été amorcée par différentes
études de Gumbrecht l9. A partir, en particulier, du « Projet d'adresse du comte de Mirabeau »
(16 juillet 1789) et des discours de Robespierre et de Vergniaud des 28 et 31 décembre 1792, et au
moyen d'une méthode articulant la formulation d'hypothèses fonctionnelles avec l'analyse
structurale des textes, Gumbrecht — tout en offrant un modèle théorique pour l'analyse du discours
politique en général — dégage les conditions historiques d'énonciation des deux discours étudiés
avec leurs significations spécifiques : formation d'un consensus politique et formulation, sous la
forme rhétorique de l'hommage, d'une série de revendications au roi dans le discours de
Mirabeau ; genèse, construction et défense d'identité d'individus, puis de groupes politiques, dans les
discours de Robespierre et de Vergniaud.
3. Les outils de la théorie des actes de langage ont notamment été à la base des études de
E. Eggs sur les stratégies argumentatives dans la procédure pénale de l'Ancien Régime et de la
Révolution20 et celles de H. Zimmermann sur les Cahiers de Doléances de 1789 21 qui poursuivent,
à travers une approche critique, les analyses de D. Slakta 22.
4. Les travaux à visée pragmatique sur la production discursive de l'événement historique, sur
sa lecture à travers des textes contemporains, tels ceux, pour l'Ancien Régime, de l'équipe de
P. Rétat sur « Damiens » (1757) 23, ou les nôtres sur « L'événement Mandrin » (1754-1755) 24 et le
procès Cléreaux-Froudière (1785-1790) 25, sont encore peu nombreux pour l'époque de la
Révolution française. L'analyse que Gumbrecht a consacrée aux discours sur la mort de Marat, en
particulier aux discours épidictiques 26 demeure la seule application stricte de la pragmatique textuelle
dans ce domaine. Mais les études de B. Conein sur les « massacres » de septembre 1792 27, de
J. Guilhaumou et D. Maldidier sur F« émeute » de subsistances du 4 septembre 1793 28, ont des
points communs, en particulier dans la description des actes de langage, avec la perspective
pragmatique.
5. Sur la base d'une théorie fonctionnelle des genres littéraires, les études de Gumbrecht sur
le théâtre révolutionnaire29, de Schlieben-Lange sur les dictionnaires de la Révolution30, de P.-
M. Spangenberg sur la presse, en particulier sur les « Actes des Apôtres »31, de F. Hassauer-Roos
19. Gumbrecht (1978a), p. 44-92. Gumbrecht (1979a, 1979b).
20. Eggs (1979).
21. Zimmermann (1979).
22. Slakta (1971).
23. Rétat (1979).
24. Lusebrink (1979).
25. Lusebrink (1980, 1981).
26. Gumbrecht (1977) et Gumbrecht (1979a) (voir ci-après).
27. Conein (1978).
28. Guilhaumou et Maldidier (1980).
29. Gumbrecht (1978b) et Gumbrecht (1979d) qui est une étude expérimentale sur les permanences du discours
hagiographique de l'antiquité à nos jours, en passant par les textes épidictiques sur la mort de Marat.
30. Schlieben-Lange (1979b).
31. Spangenberg (1979).
LES LANGAGES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 195
sur le « Potentiel fonctionnel de la fable entre 1789 et 1799 »32 et enfin l'esquisse d'une histoire
littéraire de l'époque révolutionnaire réalisée par Gumbrecht33, ont jeté les jalons d'une analyse
pragmatique des structures et des fonctions de la production textuelle de la Révolution française.
Ces diverses recherches en pragmatique textuelle sur l'époque révolutionnaire ouvrent une voie
d'analyse non seulement des conditions de production et des effets idéologiques de la première
littérature de masse de notre histoire, mais également du fonctionnement et des soubassements socio-
psychologiques du discours politique moderne, en particulier du discours jacobin qui constitue,
selon F. Furet, « à la fois une idéologie et un pouvoir : un système de représentation et un
système d'action » M. Ainsi, tout en nouant des liens avec les travaux français en analyse du
discours, la pragmatique textuelle s'autorise de la façon propre à F. Furet de « penser la Révolution
française ». Point de vue contradictoire avec celui des historiens français du discours, qui
s'appuient, dans leurs interprétations, sur le point de vue de la tradition marxiste, en particulier
A. Gramsci 35.
L'apport original de la pragmatique textuelle en Allemagne semble néanmoins, en l'état actuel
des travaux, se mesurer plus au niveau des modèles d'analyse mis en place qu'à celui des résultats
définitifs acquis. En partant du postulat de l'historicité de tout acte de langage et de toute énon-
ciation textuelle36, ces recherches venues de différents horizons ont jeté, au moyen de
l'articulation méthodologique d'outils d'analyse linguistiques (théorie du texte, lexicologie, théorie des actes
de langage), littéraires (théorie de la réception, théorie des genres, analyse structurale des textes,
« nouvelle rhétorique » 37) et socio-psychologiques (modèles interactionnels 38) les fondements d'une
analyse interdisciplinaire du discours historique au niveau textuel.
L'analyse critique d'une des études de Gumbrecht sur les discours jacobins, récemment
traduite en français 39, propose de tracer à grands traits, à propos d'un exemple concret, les apports
de la pragmatique textuelle historique, ses points de convergence avec les travaux des historiens du
discours dans le domaine français, enfin d'expliciter une partie des interrogations suscitées par ce
type d'approche des textes.
Gumbrecht a porté son attention sur un corpus composé de vingt discours funèbres prononcés
à la Convention par des représentants des sections parisiennes et des clubs jacobins de province,
dans les deux mois qui suivent l'assassinat de Marat (13 juillet 1793), au moment de « la mise à
l'ordre du jour de la terreur ». Avant toute analyse, Gumbrecht fait appel à la distinction classi-
32. Hassauer-Roos (1979).
33. Gumbrecht (1980).
34. Furet (1978), p. 48.
35. Guilhaumou (1981a).
36. Cf. notamment Schlieben-Lange (1976a) et Schlieben-Lange et Weydt (1979) ainsi que, quant aux perlocutions,
Schlieben-Lange (1974, 1976).
37. Perelman et Olbrechts-Tyteca (1970).
38. Notamment Goffmann (1974), Schutz et Luckmann (197S) et Hymcs (1973).
39. Gumbrecht (1979a).
196 JACQUES GUILHAUMOU
que des trois genres de la rhétorique (délibératif, judiciaire, démonstratif/épidictique), associée à
la partition, propre à la pragmatique, entre fiction et non-fiction40. C'est sur cette base qu'il
dégage deux pôles discursifs dans l'espace de la rhétorique jacobine parlementaire41 :
— d'une part, les discours « judiciaires », tout particulièrement les discours argumentatifs
prononcés à la Convention, qui « ordonnent le savoir présenté en catégories » sur un mode
polémique et accusateur, qui, dirions-nous, ne cesse de reconfigurer le corps d'arguments spécifiques
du savoir politique jacobin ;
— d'autre part, les discours épidictiques (dans le cas présent, les discours funèbres sur la
mort de Marat), centrés sur la fonction communicative elle-même, donc proches du discours de
fiction, « dénués de fonction institutionnelle du fait de l'identité de savoir chez les orateurs et les
auditeurs ». Cependant il s'agit encore de textes pragmatiques, non-fictionnels dans leurs rapports
à une situation de communication déterminée.
Une telle démarche d'ensemble permet à Gumbrecht de caractériser « le désir de terreur »,
exprimé dans le discours épidictique sur la mort de Marat, comme acte de langage de
l'exhortation (« Nous vous demandons justice, prompte et sévère », Société populaire de Montau-
ban, 24 juillet) tout en critiquant la réduction historiographique, fort commune, de ces discours à
un simple acte de menace. Si la menace « transforme le savoir évoqué et interprété en motivation
à agir, réalise une transformation de savoir », elle correspond aussi « à une situation
institutionnalisée de consensus », à des fonctions épidictiques : le discours comme « moyen d'importance
capitale pour bannir la contingence de l'avenir », soit le mythe comme négation ; « la dialectique de
la terreur extérieure et de la terreur intérieure » soit le discours de terreur comme cérémonial de
groupe. Cette approche plurifonctionnelle et structurale des faits de discours a des points
communs avec les travaux, en analyse du discours, sur le jacobinisme 42 :
Contre la vision référentielle de l'usage des mots qui prédomine chez les historiens, la
perspective pragmatique désigne, elle aussi, le point incontournable de toute approche langagière des
textes : la matérialité signifiante. La critique de l'historiographie, à propos du désir de terreur, en
est un exemple.
Nous constatons des similitudes, du point de vue des résultats historico-discursifs, entre les
analyses de Gumbrecht et celles de l'équipe « Révolution française » de l'URL Lexicologie et
textes politiques. Nous pensons, en particulier, à la distinction fondamentale entre les discours à visée
directement référentielle et les discours efficaces par leur seule énonciation. Dans l'espace du
savoir politique jacobin, les uns énoncent ce qui doit être dit (certains discours de Robespierre à la
Convention en sont l'exemple le plus frappant), les autres constituent ce qui peut être dit (ainsi en
est-il de la presse pamphlétaire, plus particulièrement du « Père Duchesne » d'Hébert) 43.
40. Cf. l'extrait de l'ouvrage de W. Iser (1976) traduit en français dans Poétique, n° 39, 1979.
41. Gumbrecht (1978a).
42. Présentes dans Guilhaumou (1980a).
43. Cf. en particulier la mise en œuvre de cette distinction, pour l'étude d'un thème donné, dans Guilhaumou (1980b).
LES LANGAGES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 197
Mais la présente comparaison met en évidence des divergences d'ordre théorique, qui tiennent
à ce qu'une linguiste, B.N. Grunig, appelle les « pièges et illusions de la pragmatique
linguistique » 44. La réduction des conditions de production du discours aux variables sociopsychologiques
de la situation de communication, l'importance des interprétations psychologisantes (le « désir de
terreur », la « peur de l'avenir », la « motivation à agir », etc.) inspirées de la sociologie
interrelationnelle (E. Goffman) sont spécifiques de l'approche pragmatique. Il s'agit, du point de vue de
l'analyste du discours, d'une perspective qui tend à effacer le rapport au réel de la langue et au
réel de l'histoire, à la base linguistique constitutive de tout fait discursif et aux effets de
conjoncture dans une formation sociale déterminée.
Après ce rapide aperçu critique, on comprendra notre grand intérêt pour les nuances, voire
même les contradictions que Gumbrecht souligne, en développant son analyse concrète, dans la
mise en œuvre de ses postulats psychosociologiques et fonctionnalistes. C'est ainsi qu'il s'interroge
sur « la légitimité de l'application d'une thèse sociopsychologique (bannir la peur de l'avenir) à la
réalité historique extratextuelle de l'été 1793 » et sa compatibilité avec l'interprétation historiogra-
phique (l'expression d'une exigence). Démarche qui nous paraît, dans une certaine mesure, aller
au-delà des artefacts communicationnels de l'interprétation pragmatique. Une discussion plus
approfondie autour de l'analyse de Gumbrecht pourrait s'appuyer sur les trois résultats historico-
discursifs suivants :
— A rencontre de l'historiographie, on ne peut attribuer l'exigence de terreur aux seuls sans-
culottes. La terreur est un « intérêt » partagé par l'ensemble des acteurs du bloc jacobin.
— Le « système de terreur » engendre un discours sans limites fixes, en d'autres termes le
discours de terreur ne cesse de parler de ses limites — les lignes de partage entre amis et ennemis
— et par là même de les déplacer. C'est la signification performative d'un tel discours, ce qui lui
permet d'exercer un effet en tant que tel.
— Avec la « mise à l'ordre du jour de la terreur », le savoir politique jacobin est
institutionnalisé, il cesse de se problématiser, d'accroître sa complexité sémantique.
Dans le cadre restreint de cette chronique, terminons par quelques remarques, sous forme
d'interrogations sur ces résultats.
Les modalités constitutives du savoir politique révolutionnaire ne sont pas les mêmes au sein
de l'élite modérée en 1791 et dans les groupes jacobins en 1793. Avant de créditer tel ou tel
discours d'absence ou de présence d'un supplément de savoir, n'est-il pas nécessaire de définir le
savoir politique jacobin dans ses lieux historiques d'émergence (le 10 août 1792, les « massacres »
de septembre 1792)45, là où se crée une énonciation du peuple et sur le peuple à l'origine de
l'argumentation sur le « mouvement populaire » mise en œuvre dans la confrontation
Jacobins/Girondins à la Convention ?
44. Grunig (1979).
45. Conein (1978), Guilhaumou (1981b).
198 JACQUES GUILHAUMOU
Qu'en est-il des sujets-supports des actes de langage propres au discours de terreur ? De
même que B. Conein a montré la position intermédiaire et centrale des porte-parole, en général
des agents de la Commune, dans les « massacres » de septembre 1792 à Paris46, ne peut-on
caractériser une position de porte-parole, du côté du groupe cordelier (hébertiste), dans la « mise à
Tordre du jour de la terreur » ?
Le discours de terreur est-il d'évidence un discours de fermeture ? L'été 1793, c'est le moment
où la lutte entre sans-culottes et jacobins dans les appareils politiques démocratiques (sociétés
populaires, assemblées de section, clubs, etc.) atteint son point culminant. La prise en compte
d'un tel rapport de forces, en tant qu'effet de la conjoncture dans le discursif, nous permet
d'affirmer que le déplacement des frontières du savoir politique jacobin, sous la modalité
spécifique du discours de terreur, n'est pas le simple fait du réajustement nécessaire d'un consensus
institutionnel, le geste adaptateur du gouvernant vers le gouverné. La « mise à l'ordre du jour de la
terreur » est un enjeu discursif, une phase dans la recherche d'une hégémonie « nationale-
populaire », au risque d'émergence d'une position sans-culotte dirigeante. N'est-ce pas là ce « fait
irréparable » à l'origine de la tradition démocratique française dont parle, à plusieurs reprises,
Antonio Gramsci dans les Cahiers de prison ?
46. Conein (1978).
BIBLIOGRAPHIE
Althaus Hans-Peter et Henné Helmut (1971), « Sozialkompetenz und Sozialperformanz, Thesen
zur Sozialkommunikation », Zeitschrift fur Dialektologie und Linguistik, 38, p. 1-1 S.
Austin John L. (1962), How to do things with words, Oxford, Oxford University Press.
Benrekassa Georges (1978), « Le typique et le fabuleux. Histoire et roman dans la Vie de mon
père », Revue des sciences humaines, 172, p. 31-56.
Breuer Dieter (1974), Einfuhrung in die pragmatische Texttheorie, Munchen, Fink.
Chartier Roger (1980), « Histoire intellectuelle ou histoire socio-culturelle. Les trajectoires
françaises ». Article multigraphié, Ecole des hautes études en sciences sociales ; traduction anglaise à
paraître dans The future of the European intellectual history, Ithaca, Cornell University Press,
1981.
Conein Bernard (1978), Langage politique et mode d'affrontement. Le jacobinisme et les
massacres de septembre. Thèse de doctorat de troisième cycle sous la direction de Robert Mandrou,
Paris, Ecole des hautes études en sciences sociales, dactyl.
Conein Bernard (1980) : « Le tribunal et la terreur du 14 juillet aux " massacres de septembre " »,
Les révoltes logiques, 1 1 , p. 2-42.
Dressier Wolfgang U. et Schmidt Siegfried S. (1973), Textlinguistik. Kommentierte Bibliographie,
Munchen, Fink.
Eggs Ekkehard (1979), Zur Rechtsauffassung und Neu-Festsetzung von Handlungsschemata vor
Gericht С ProzeBordnungen ") (Conceptions juridiques et reformulations de stratégies d'action
devant les tribunaux (traités de justice criminelle), Vorlage fur die Sektion 13 des Deutschen
Romanistentages, Saarbrucken, dactyl.
Ehlich Konrád et Rehbein Jochen (1976), « Sprache im Unterricht-Linguistische Verfahren und
schulische Wirklichkeit », Studium Linguistik, 1 , p. 47-78.
Ehlich Konrád et Rehbein Jochen (1977), « Wissen, kommunikatives Handeln und Schule », in
Goeppert, Herma (éd.), Sprachverhalten im Unterricht, Munchen, p. 36-114.
Furet François (1978), Penser la Révolution française, Paris, Gallimard.
Ginzburg Carlo (1976), // formaggio e i verm. Il cosmo di un mugnaio del 500, Torino, Einaudi,
p. XI-XXV.
Ginzburg Carlo (1978), « Spie. Radici di un paradigmo scientifico », Rivista di storia
contemporanea, 1, p. 1-14.
200 JACQUES GUILHAUMOU
Goffmann Erving (1974), Les rites d'interaction, Paris, Minuit.
Grunig Blanche-Noëlle (1979), « Pièges et illusions de la pragmatique linguistique », Modèles
linguistiques, tome I, fascicule 2, Lille, Presses universitaires de Lille.
Guilhaumou Jacques et Maldidier Denise (1980), « Du propos au mot d'ordre : du pain ou (la
question) des subsistances (la journée du 4 septembre 1793) », Communication au deuxième
colloque international sur la Lexicologie politique, ENS de Saint-Cloud, septembre 1980.
Guilhaumou Jacques (1980a), « Les discours jacobins (1792-1794) », Mots, 1, septembre 1980,
p. 218-225.
Guilhaumou Jacques (1980b), « La mise en scène de l'anglais dans le « Père Duchesne » d'Hébert
(juillet 1793-mars 1794) ; le jacobinisme à l'épreuve du paradoxe», Komparatistischc Héfte
(Bayreuth), 2.
Guilhaumou Jacques (1981a) : « Jacobinisme-La tradition de 1793 », Dictionnaire de marxisme,
Bruxelles, PUF-Complexes.
Guilhaumou Jacques (1981b), « Le langage du contrat social, première institution du savoir
politique jacobin, la question du langage politique légitime (Rousseau/Robespierre »), Peuple et
pouvoirs, Lille, Presses Universitaires de Lille.
Gumbrecht Hans Ulrich (1977), « Historische Textpragmatik als Grundlagenwissenschaft der Ges-
chichtsschreibung » (La pragmatique textuelle historique comme fondement de
l'historiographie), Lendemains, 6, janvier 1977.
Gumbrecht Hans Ulrich (1978a) : Funktionen parlamentarischer Rhetorik in der Franzôsischen
Revolution. Vorstudien zur Entwicklung einer historischen Textpragmatik, Miinchen, Fink.
Gumbrecht Hans Ulrich (1978b), « Uber das Versiegen siiBer Trànen in der Franzôsischen
Revolution. Ein Aspekt aus der Funktionsgeschichte des "genre sérieux " » (Sur le tarissement des
douces larmes dans la Révolution française. Un aspect de l'histoire fonctionnelle du « genre
sérieux »), Lendemains, 11, p. 67-85.
Gumbrecht Hans Ulrich (1979a) : « Persuader ceux qui pensent comme vous. Les fonctions du
discours épidictique sur la mort de Marat », Poétique, 39, p. 363-384.
Gumbrecht Hans Ulrich (1979b), « Uber aie allmàhliche Verfertigung von Identitàt in politischen
Reden » (Sur la constitution successive de l'identité dans les discours politiques), in Marquart,
Odo et Stierle, Karlheinz (éd.), Identitàt. Mùnchen, Fink, p. 107-132.
Gumbrecht Hans Ulrich (1979c), « Zur Pragmatik der Frage nach persônlicher Identitàt »
(Pragmatique de la question sur l'identité personnelle), in Marquard, Odo et Stierle, Karlheinz (éd.),
Identitàt. Miinchen, Fink, p. 674-681.
LES LANGAGES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 201
Gumbrecht Hans Ulrich (1979d), « Faszinationstyp Hagiographie-ein historisches Experiment zuř
Gattungstheorie » (L'hagiographie de " type fascination " — expérimentation historique en vue
d'une théorie des genres), in Cormeau, Christoph (éd.) : Deutsche Literatur in Mittelalter-
Kontakte und Perspektiven, Stuttgart, 1979, p. 37-84.
Gumbrecht Hans Ulrich (1980), « Skizze einer Literaturgeschichte der Franzósischen Revolution »
(Esquisse d'une histoire littéraire de la Révolution française), in Stackelberg, Jurgen von (éd.),
Die Europuische Aufklàrung. III. Band XIII des Neuen Handbuchs fur Literaturwissenschaft.
Wiesbaden, Athenaion.
Hassauer-Roos Friederike J. (1979), Die Fabeln Florians, Nivernais' und Vitallis' : Zum Funk-
tionspotential der Gattung zwischen 1798 und 1799 (Les fables de Florian, Nivernais et Vital-
lis : le potentiel fonctionnel du genre en 1798-1799), Vorlage fur den Deutschen Romanistentag,
Sektion 13. Saarbrticken, dactyl.
Hymes D.H. (1973), « Die Ethnographie des Sprechens ». In : Arbeitsgruppe Bielefelder Soziolo-
gen (éd.) : Alltagswissen, Interaktion und gesell schaftliche Wirklichkeit, Bd. II, Ethnotheorie
und Ethnographie des Sprechens, Hamburg, p. 338-432.
Iser Wolfgang (1976), Der Akt des Lesens, Munchen, Fink, UTB.
Jauss Hans Robert (1978), Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard.
Jauss Hans Robert et Grivel Charles (1980), « Au sujet d'une nouvelle défense et illustration de
l'expérience esthétique », Revue des sciences humaines, 177, janvier-mars 1980, p. 7-21.
Klaus Georg (1964-1972), Die Macht des Wortes, Berlin, 6e éd. 1972.
Koselleck Reinhart (1978), Historische Sémantik und Begriffsgeschichte, Stuttgart, Klett-Cotta
(Sprache und Geschichte, Bd. I).
Lusebrink Hans-Jurgen (1979), « Images et représentations sociales de la criminalité au XVIIIe
siècle : l'exemple de Mandrin », Revue d'histoire moderne et contemporaine, juillet-
septembre 1979, p. 345-364.
Lusebrink Hans-Jurgen (1980), « L'affaire Cléreaux (Rouen 1785-1790) : Affrontements
idéologiques et tensions institutionnelles sur la scène judiciaire à la fin du XVIIIe siècle », Proceedings
of the 5th International Congress on the Enlightenment, Pisa 1979. Oxford, Studies on
Voltaire and the 18th Century.
Lusebrink Hans-Jurgen (1981), « Mémoire pour la fille Cléreaux (Rouen 1785). Présentation et
annotations », in Studies on Voltaire and the 18th Century. Oxford (à paraître).
Morris Charles (1938), Foundations of the theory of signs, New York, Prentice Hall, 365 p.
202 JACQUES GUILHAUMOU
Morns Charles (1946), Signs, language and behaviour, Englewood Cliffs, Prentice Hall.
Nef Frédéric (1980), « Note pour une pragmatique textuelle. Macro-actes indirects et dérivation
rétroactive », Communications, 32, p. 183-189.
Perelman C. et Olbrechts-Tyteca L. (1970), Traité de l'argumentation, la nouvelle rhétorique,
Bruxelles, 2e éd.
Recanati François (1979), « Le développement de la pragmatique », Langue française, 42,
mai 1979, p. 6-20.
Rétat Pierre (éd.) (1979), Damiens, Discours sur l'événement au XVIIIe siècle, Lyon, Editions du
CNRS.
Schleich Thomas (1980), Die Wirkungsgeschichte Gabriel Bonnot de Mablys in Frankreich
1740-1871. Ein Beitrag zur Geschichte der franzôsischen Aufklârung. Stuttgart, Klett-Cotta,
1980.
Schleich Thomas (1981), « Die Rezeption der Aufklârung am Beispiel Mablys », in Gumbrecht,
Hans Ulrich, Reichardt, Rolf et Schleich Thomas (éd.) : Zur Sozialgeschichte der Aufklurung
in Frankreich, Trâgerschichten, Medlen und Wirkungen. Munchen (à paraître).
Schlieben-Lange Brigitte (1974), « Perlokution-eine Skizze », Sprache im Technischen Zeitalter, 52,
p. 319-333.
Schlieben-Lange Brigitte (1976a), « Fur eine historische Analyse von Sprechakten », in Weber,
Heinrich et Weydt Harald (éd.), Sprachtheorie und Pragmatik. Akten des 10. Linguistischen
Kolloquiums. Tubingen, 1975. Bd.l. Tubingen, Niemeyer, p. 113-119.
Schlieben-Lange Brigitte (1976b), « Perlokution und Konvention », in Gloy, Klaus et Presch
Gunter (éd.), Sprachnormen III. Stuttgart, Fromann und Holzboog.
Schlieben-Lange Brigitte (1977), « Pour une sociolinguistique pragmatique. Esquisse
méthodologique », Lengas, 2, 1977, p. 3-13.
Schlieben-Lange Brigitte (1979a), Linguistische Pragmatik. Zweite uber arbeitete Auflage
(Pragmatique linguistique. Débat sur l'historicité des actes de langage). Stuttgart, Kohlhammer.
Schlieben-Lange Brigitte (1979b), « Einleitung zur Sektion IV des Romanistentages, Giessen 1977 :
Literatur- und Texttheorie », in Kloepfer, Rolf (éd.) : Bildung und Ausbildung in der
Romania. Bd. 1, Literaturgeschichte und Texttheorie, Miinchen, Fink, p. 492-503.
Schlieben-Lange Brigitte et Weydt Harald (1979), « Streitgesprâch zur Historizitât von Sprechakten
(mit Beitràgen von Eugenio Coseriu und Hans Ulrich Gumbrecht) », Linguistische Berichte, 60,
p. 65-78.
LES LANGAGES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 203
Schmidt Siegfried J. (1976a) : Texttheorie. Problème einer Linguistik der sprachlichen
Kommunikation. Zweite, verbesserte und ergànzte Auflage. Miinchen, Fink.
Schmidt Siegfried J. (1976b), Pragmatik/Pragmatics IL Zur Grundlegung einer cxpliziten
Pragmatik, Miinchen, Fink.
Schutz Alfred/Luckmann Thomas (1975), Strukturen der Lebenswelt (Structures du monde
quotidien). Neuwied.
Seibert Thomas Michael (1979), « Zur Entwicklung semiotischer Fragestellungen in der rechtswis-
senschaftlichen Grundlagenforschung » (Quant au développement d'interrogations sémiotiques
dans la recherche fondamentale en droit), Zeitschrift fur Semiotik, Bd., Heft 2/3, p. 277-288.
Slakta Denis (1971), « L'acte de " demander " dans les cahiers de doléances, Langue française, 9,
p. 58-73.
Spangenberg Peter-Michael (1979), Ordre public et ordre naturel. Ein Aspekt aus der Presseges-
chichte in der Franzôsischen Revolution. Vorlage fur den Deutschen Romanistentag, Sek-
tion 13. Saarbrucken, 1979, dactyl.
Strosetski, Christoph (1978), Konversation. Ein Kapitel gesellschaftlicher und Hterarischer
Pragmatik im Frankreich des 18. Jahrhunderts, Frankfurt, Bern, Las Vegas.
Wunderlich Dieter (éd.) (1975), Linguistische Pragmatik, Wiesbaden, Athenaion.
Zimmermann Klaus (1979), Sprechhandlungen in den Cahiers de Doléances (Actes de langage dans
les Cahiers de doléances), Vorlage fur den Deutschen Romanistentag, Sektionl3, Saarbrucken,
dactyl.