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283-324 Ruth

Le livre de Ruth, en contraste avec les Juges, présente une histoire d'amour et de loyauté, illustrant la providence divine à travers la vie de Ruth, une Moabite devenue ancêtre du roi David. Ce récit met en avant l'intégration des étrangers dans la communauté d'Israël et souligne des thèmes comme la fidélité et la générosité. Il est souvent considéré comme un complément aux Juges, apportant une perspective d'espoir et de bénédiction dans une période de désespoir.

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283-324 Ruth

Le livre de Ruth, en contraste avec les Juges, présente une histoire d'amour et de loyauté, illustrant la providence divine à travers la vie de Ruth, une Moabite devenue ancêtre du roi David. Ce récit met en avant l'intégration des étrangers dans la communauté d'Israël et souligne des thèmes comme la fidélité et la générosité. Il est souvent considéré comme un complément aux Juges, apportant une perspective d'espoir et de bénédiction dans une période de désespoir.

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283

Ruth

Questions générales du slogan final des Juges qui souligne la rébellion


et le rejet de l’Eternel – ‘Chacun faisait ce qui lui
Rt : 1. Quelle est la relation de ce livre avec les semblait bon’ (Jg 21.25) –, le livre de Ruth pourrait
autres livres bibliques ? être résumé par les mots suivants : ‘Chacun faisait ce
Rt : 2. Comment expliquer le succès général de ce qui était droit aux yeux de l’Eternel’… c’est la photo
petit livre ? tirée du ‘négatif’ des Juges… Ruth ouvre la porte à
Rt : 3. Quel est le contenu de ce livre ? un avenir glorieux (celui de la dynastie du roi David),
Rt : 4. Quelles sont les caractéristiques du livre de suite à la naissance du fils issu de l’amour exemplaire
Ruth ? entre un homme et une femme ».
Rt : 5. Quels en sont les enseignements principaux ? Les contrastes sont surtout frappants avec les
appendices des Juges (ch. 17-21).
Rt   : 6. Quels sont les différents buts possibles de
l’auteur ? D. Arnold fait aussi le parallèle entre Ruth et quel-
Rt   : 7. Quelle est la structure du livre ? ques récits de la Genèse (p. 36-43). Des parallélis-
mes étroits existent entre Ruth et des textes bibliques
Rt : 8. Quel est le caractère historique de ce livre ? plus tardifs (1-2 Samuel qui retracent la vie de David,
Rt : 9. Quel est le cadre historique du livre ? Jonas qui « partage avec Ruth la thématique des
Rt : 10. A quelle date ce livre a-t-il pu être écrit ? étrangers » ou le livre d’Esther).
Rt : 11. Quelle est la date des événements racontés « La Bible forme un tout. La révélation divine y est
dans ce livre ? progressive. Comme l’image d’un puzzle prend forme
Rt :12. Quelle est la place de ce livre dans le canon au fur et à mesure que différentes pièces s’assem-
biblique ? blent les unes aux autres, ainsi en est-il de l’Ecriture.
Rt :13. Que pouvons-nous déduire des différents Chaque livre biblique apporte une touche qui conduit
noms employés pour Dieu dans ce livre ? vers la pleine révélation de Dieu en Jésus-Christ.
Certains parallélismes sont antithétiques (Juges et
Rt   : 14. Quel est le comportement des héros de ce Ruth), d’autres sont synonymiques (Ruth et Esther) »
livre ? (Ruth p. 29-54).
Rt   : 15. Pourquoi l’a-t-on appelé : le livre de l’amour ?
« Le livre des Juges parle de guerres et de luttes,
Rt   :16. Comment ce livre traite-t-il de l’intégration mais celui-ci est une histoire paisible de gens ordi-
des étrangers ? naires qui vivent une vie tranquille » (L. Morris
Rt : 17. Que signifie le verbe « racheter » qui revient Ruth p. 229).
vingt fois dans ce livre ?
Dans la LXX et la Vulgate, Ruth suit directement les
Juges, comme dans nos Bibles. Jg et Rt ne constituent
Rt   :  1. Quelle est la relation de ce livre avec les qu’un seul livre, de même que Jr et Lm, l’AT n’en
autres livres bibliques ? comptait que 22 – le même nombre que les lettres de
l’alphabet de l’époque.
« L’auteur a écrit son ouvrage dans le but précis
de compléter le livre des Juges… La référence à Rt :  2. Comment expliquer le succès général de ce
David à la fin de Ruth ouvre le livre à l’espérance petit livre ?
messianique. « Il n’est pas difficile d’en expliquer la large
D. Arnold dit : « Le livre de Ruth forme une unité audience. Du seul point de vue littéraire, il a une
profonde avec celui des Juges, dont il constitue le valeur de premier ordre : symétrie de la forme, art
complément indispensable. Il est la face lumineuse de convaincre, retenue, dignité, emploi réfléchi
de la période des Juges, l’espérance qui renouvelle des répétitions, style propre à celui d’un peuple de
les forces et chasse le découragement suscité par paysans. Graduellement, l’histoire qui a commencé
la lecture des derniers chapitres des Juges. Au lieu tragiquement en Moab trouve une fin heureuse à

Questions générales 284
Bethléhem. Le ton n’est en rien moralisateur, pour- de Ruth de celle de Joseph – avec des nuances plus
tant les caractères ont une grande valeur et la loyauté estompées.
désintéressée est récompensée » ( J.G. Baldwin « En contraste frappant avec le livre précédent,
NCB p. 288). ces quatre chapitres respirent une atmosphère de
Rt :  3. Quel est le contenu de ce livre ? piété, de pureté et d’amour. Telle une fleur rare dans
une jachère, une source limpide jaillie au désert, un
On peut résumer ce récit comme une tragédie rayon de lumière au cœur de la nuit, cette émouvante
qui finit bien. Il nous raconte comment une femme histoire est la démonstration que Dieu n’est jamais
moabite a quitté son pays par amour pour sa belle- sans témoins, au sein même des périodes les plus
mère. Elle s’installe au pays d’Israël, adopte la foi obscures de l’histoire » (C.-L. de Benoit Juges-Ruth
juive, se marie avec un Israélite et deviendra l’arrière- p. 54).
grand-mère du roi David. Ces deux histoires doivent
être vues ensemble pour comprendre le message du Rt :  5. Quels en sont les enseignements princi-
livre de Ruth : il n’est pas seulement l’histoire d’une paux ?
famille, mais il veut retracer celle des antécédents de « On peut résumer les enseignements essentiels de
David. De plus, cette histoire est liée à celle du salut Ruth en trois points :
puisqu’elle s’insère dans la généalogie de Jésus.
1. Cet écrit fait pressentir l’universalité de la béné-
Ce livre montre la vie telle qu’elle est, faite de diction future : les païens peuvent se joindre à la
malheur et de bonheur, de fidélité et d’amour, de communauté d’Israël, à condition de se repentir et
bonté et de déceptions. Les personnages principaux, d’avoir foi en Yahvé.
Noémi, Ruth et Booz sont animés de hesed, une
synthèse d’amour, de fidélité et de loyauté. 2. La providence merveilleuse et inattendue de
Dieu se manifeste aussi par l’inclusion d’une païenne
Assez curieusement, il est peu question de l’Eter- dans la lignée royale du Messie (cf. Mt 1.5).
nel. A première vue, tout semble se passer sur le plan
humain, mais aux moments décisifs, on s’aperçoit que 3. Le parent qui a droit de rachat (goël) est une
c’est Dieu qui dirige, qui suscite la famine et l’abon- illustration du Messie ; ce goël possède les qualifi-
dance, qui donne la vie et la reprend, qui conduit cations et remplit les fonctions suivantes vis-à-vis de
la vie des hommes et rapproche ceux qui doivent se ses proches : a) il est apparenté par le sang (comme
rencontrer. (D’après V. Steinhoff Das Buch Rut Jésus est devenu parent de l’homme par le sang,
p. 239-240). grâce à sa naissance virginale) ; b) il possède les
richesses nécessaires pour racheter l’héritage aliéné
Rt :  4. Quelles sont les caractéristiques du livre de (4.10 ; comme Jésus seul peut payer le prix pour les
Ruth ? pécheurs) ; c) il a la volonté de racheter cet héritage
perdu (4.9 ; de même que le Christ a donné volontai-
Des connaisseurs de la littérature mondiale l’ont rement sa vie) ; d) il veut épouser la femme du parent
hautement apprécié. Goethe disait dans le Divan décédé (4.10 ; ce qui nous parle de la relation entre
occidental-oriental que le récit de Ruth était « la le Christ et son Eglise, semblable aux liens entre
plus aimable petite entité qui nous ait été transmise un époux et sa bien-aimée). Dans cette optique, ce
de manière épique et idyllique ».1 R.A. Schroeder court livre de Ruth est l’un des plus instructifs de l’AT
prétendait qu’« aucun poète du monde n’a écrit une pour illustrer l’œuvre médiatrice du Seigneur Jésus »
plus belle nouvelle ». (G. Archer Introd. à l’AT p. 316).
Beaucoup de traits rappellent l’histoire des patriar- Le livre était lu dans la synagogue durant la fête
ches : la famine (Gn 12.10ss ; 26.1ss), la stérilité de des semaines (Pentecôte).
la future mère de la lignée (Gn 16.1 ; 25.21 ; 29.31 ;
30.1), l’achat de terrain (Gn 23.1ss), la disponibilité Rt   :  6. Quels sont les différents buts possibles de
de Ruth pour aller dans un pays étranger où l’attend l’auteur ?
un destin incertain (cf. Gn 12.1ss). Cependant, jamais
Dieu n’intervient directement en donnant un ordre ou Les propositions concernant le but du livre de
en faisant une promesse. Il dirige en secret la desti- Ruth peuvent être classées en trois catégories. 1.
née de Ruth et la conduit d’une situation misérable Objectif pédagogique : transmettre un ou plusieurs
vers une issue heureuse. Ce trait rapproche l’histoire enseignements éthiques ou théologiques basés sur
la noblesse de caractère des héros. 2. Une deuxième
1 « Das lieblichste kleine Ganze, das uns episch und idyllisch catégorie regroupe les auteurs qui discernent dans
überliefert ist ». le livre de Ruth un but politique, parfois marqué
285 Questions générales
d’une dimension polémique. Il aurait été écrit pour histoire s’est passée à l’écart des grands événements
promouvoir la dynastie de David. 3. But sentimental de l’époque et appartient à la sphère purement privée.
ou récréatif. Le livre des Juges montre lui-même que la piété n’était
point morte en Israël et qu’alors déjà il existait dans
« La question du but du livre est liée partiellement son sein une élite qui n’avait pas fléchi les genoux
à la question de la date de rédaction » (D. Arnold devant Baal » (BA 3 p. 171).
Ruth p. 67-69).
« De nombreux commentateurs juifs considèrent
On a aussi proposé : l’universalisme pour lutter que le but du livre est ce que l’on pourrait appeler
contre un exclusivisme juif, mais il ne faut pas un ‘procès en intégration’. Comment une étrangère
oublier que Ruth n’était pas seulement une étran- peut-elle devenir juive ? Ruth joue alors le rôle d’une
gère, elle était une prosélyte juive. L’exaltation de authentification de la possibilité de cette conversion.
l’amitié ; mais ce qui ressort plus nettement, ce sont Cette lecture va dans le sens de la légitimation de la
les manifestations d’amitié envers les membres de dynastie davidique.
la même famille. La généalogie de David apparaît à
la fin du livre, elle est plutôt considérée comme un « Au 20e siècle, pendant quelques décennies,
appendice. La promotion du mariage de lévirat a le livre de Ruth fut considéré comme une protes-
aussi été proposée comme but de l’écrit, cependant tation contre les règles ‘intégristes’ de Néhémie,
on ne trouve dans le livre aucun cas typique de lévi- donc comme une contestation de l’interdiction d’un
rat : pas un frère n’épouse la veuve d’un frère décédé. mariage avec une étrangère. Cette hypothèse semble
L’objectif qui semble le plus approprié est l’exaltation aujourd’hui en voie d’abandon. Toutefois… on
de la souveraineté de Dieu. Le verset-clé pourrait ne peut pas nier que ce fait y est bien présent : une
être 2.12 : « L’Eternel récompense ce que tu as fait, étrangère de la pire espèce devient l’épouse d’un
une pleine récompense te sera accordée par le Dieu notable israélite. Ruth est bien une Moabite. Le récit
d’Israël sous les ailes duquel tu es venue te confier ». insiste fortement sur ce point, particulièrement au
(D’après L. Morris Ruth p. 241-243). chapitre 2 » (R. Gelin Ruth p. 13-14).
« Ce livre raconte comment Ruth la Moabite est « Le livre de Ruth est un livre de générosité, dont la
devenue l’épouse de Booz, un homme considéré de première partie établit que l’amour est plus fort que
la ville de Bethléhem et l’ancêtre du roi David. On a la mort » (Id. p. 20).
prétendu qu’il avait pour but de remettre en honneur « Si l’intention de l’auteur était de raconter une
la loi du lévirat (Dt 25.5-10) et celle du rachat des belle histoire, il y a certainement réussi. Mais il s’in-
terres (Lv 25.32ss). Mais, dans ce cas, ces lois seraient téressait aussi beaucoup à David. Il ne dit rien sur
sans doute expressément rappelées dans le cours du l’enfance de celui-ci ; cependant, étant au courant
récit. Elles sont simplement supposées connues. Le d’un épisode de la vie des ancêtres du roi, il tient à le
livre n’a pas non plus pour but de donner une leçon rapporter. Au milieu du siècle dernier, en Allemagne
morale particulière. Le v. 17 du dernier chapitre en et en Hollande, on prétendit voir dans le livre de Ruth
fait comprendre la véritable intention : ne pas laisser une contestation des mesures rigoureuses prises par
perdre le souvenir d’un fait touchant qui intéressait Esdras et Néhémie contre les mariages mixtes. Mais
vivement la famille royale d’Israël. Indépendamment s’il est vrai que l’ouvrage découragerait l’exclusivisme
même de la promesse messianique dont la famille juif au profit d’une conception missionnaire des
de David est devenue l’objet depuis la prophétie de nations environnantes, il est douteux que l’auteur ait
Nathan 2 S 7.11, tout Israélite devait prendre plaisir écrit consciemment dans ce but. Les propagandis-
à ce trait plein de charme où se peignaient les vertus tes sont moins subtils. L’épisode tout entier frappe
qui avaient fleuri chez les ancêtres du roi selon le l’écrivain comme un exemple inoubliable des soins
cœur de Dieu. Nous n’avons pas besoin de chercher providentiels dont Dieu entoure ceux qui se confient
ailleurs que dans ce sentiment-là la raison pour en Lui, quelle que soit leur race. Aussi se réjouit-il
laquelle un auteur inconnu a recueilli cette tradition de la conter avec tout l’art dont il est capable »
et composé ces pages. ( J.G. Baldwin NCB p. 288).
« Mais cette tradition repose-t-elle sur un fond Pour C.-L. de Benoit, le but du livre est de « nous
réel ? Y a-t-il, dans le temps des juges, une place pour donner un des chaînons de la généalogie de Jésus-
ce paisible épisode ? Les mœurs et la vie religieuse Christ, en nous indiquant de quelle manière Ruth
du peuple ne s’y montrent-ils pas sous un jour trop la Moabite devint son ancêtre ; puis, par là même,
favorable pour une période si grossière et si profon- nous montrer que les non-Juifs ne sont pas exclus de
dément troublée ? Nous ne le pensons pas. Cette l’alliance de la grâce » ( Juges-Ruth p. 56).

Questions générales 286
« Le but de l’auteur n’était peut-être pas de four- moabite dans la généalogie de David était voulue
nir une donnée de la généalogie de David. Mais, s’il et réalisée par Dieu. Dans ce livre, l’auteur veut
ne l’avait pas fait, il n’est pas sûr que le livre aurait montrer, par la destinée de Ruth, comment l’Eternel,
été inclus dans le canon de l’AT » (F.B. Huey EBC 3 le Dieu d’Israël, agissant sur la base de sa libre grâce
p. 512). qui élit ce qui est méprisé, prend des hommes et des
Un autre but proposé est de montrer que Dieu femmes et en fait des instruments de son plan de salut
dirige constamment et totalement les circonstances, dont le but ultime est le retour de tous, Israélites et
même d’une manière imperceptible. On peut compa- païens, dans leur patrie » (H. Lamparter Das Buch
rer les rapports cachés de cause à effet dans l’histoire der Sehnsucht p. 19).
de Ruth à celle de Joseph (Gn 37-50) et à l’histoire de Rt   :  7. Quelle est la structure du livre ?
la succession de David (2 S 9-20).
« Le livre de Ruth est composé de six parties qui
De nombreuses autres raisons ont été proposées : forment un chiasme.
chacun peut devenir un croyant et avoir part aux
bénédictions de Dieu ; les récompenses sont grandes Structure résumée du livre de Ruth
pour ceux qui accomplissent une bonne action ; la A.1 Mort et stérilité : 1.1-5
vraie foi dépasse les frontières nationales ; c’est un B.1 Engagement d’une femme à suivre
récit contre l’exclusion des Moabites de la commu- sa belle-mère : 1.6-22
nauté israélite ; expliquer pourquoi David a amené C.1 Rencontre publique entre Booz
sa parenté en Moab lorsqu’il fut obligé de fuir devant et Ruth : 2
Saül ; exalter la loi du lévirat ; célébrer l’amitié et la
C.2 Rencontre privée entre Booz
fidélité.
et Ruth : 3
« L’auteur ne veut rien de plus que raconter et B.2 Engagement d’un homme à prendre
réjouir » (Gressmann). Il raconte une histoire une épouse : 4.1-12
comme on aime les entendre dans les tribus. Pour A.2 Vie et longue descendance : 4.13-22
d’autres, il voulait présenter avec Ruth un exemple
de piété (Humbert), louer la fidélité héroïque d’une « Ces sections se répondent en s’opposant (paral-
veuve (Gunkel). L’objectif du récit serait le même que lélisme antithétique) Le livre commence par un
celui de Jonas, c.-à-d. protester contre l’exclusivisme voyage dans l’espace (1.1-2) et se termine par un
juif. Cependant, on n’y sent aucun ton polémique. On voyage dans le temps (4.18-22). On oppose aussi la
ne saurait pas non plus le réduire au seul plaisir de mort (1.3-5) à la vie (4.13-17).
conter. Le nom de l’Eternel y est mentionné 20 fois « La seconde partie souligne l’engagement de Ruth
pour parler de la manière dont il conduit les desti- à suivre Noémi (1.6-22), alors que l’avant-dernière
nées des hommes. C’est lui le personnage central. décrit l’engagement de Booz à racheter le champ de
Le livre de Ruth « témoigne que le Dieu d’Israël Noémi et à prendre Ruth pour épouse (4.1-12). Le
n’abandonne pas celui qui se tient auprès de lui et de parallélisme est synonymique Au centre du livre, la
son peuple » (Schlatter). Celui qui s’abrite sous son troisième et la quatrième partie (chapitres 2 et 3)
aile (cf. 2.12) y trouve un refuge et une merveilleuse rapportent les deux rencontres entre Ruth et Booz »2
consolation. Le livre encourage donc à espérer en (D. Arnold Ruth p. 55-57).
l’Eternel : « Que ton amour est précieux, ô Dieu ! Sous
tes ailes, les humains se réfugient » (Ps 36.8). Rt :  8. Quel est le caractère historique de ce livre ?
Celle qui vient se réfugier sous l’aile de l’Eternel Certains auteurs ont considéré le livre de Ruth
est une jeune veuve d’un pays païen qui trouvera le comme une nouvelle totalement inventée, sans base
bonheur dans le mariage et l’enfantement. L’inconnue historique. La manière dont l’auteur commence son
d’un pays étranger devient une ancêtre de la maison récit : « Au temps des juges » montre qu’il le voit
de David et de la lignée royale (4.17). Les plans de pourtant comme un fait historique qui s’est passé à
Dieu devancent tout ce que peuvent voir ceux qui un moment donné de l’histoire d’Israël. Il veut parler
participent à leur exécution. d’événements réels et attestés. Il est vrai que l’on
sent la distance qui le sépare du temps des juges, et
« Le destin de Ruth est englobé dans le dessein de la paisible vie rurale de Bethléhem ne semble pas
salut de l’Eternel qui s’accomplit notamment dans correspondre à l’histoire troublée des juges, saturée
l’alliance davidique. Si Dieu mène la Moabite païenne
à Bethléhem et lui laisse trouver là-bas ‘le repos’, la 2 Voir la structure détaillée du livre de Ruth dans D. Arnold Ruth
raison en est une élection secrète. Cette intrusion p. 58-59.
287 Questions générales
de combats. Mais le fait que la Moabite païenne soit chaînons aux généalogies bibliques (par ex. dans
incluse dans la généalogie de David est si extraor- Mt 1.8, il en manque quatre entre Yoram et Ozias).
dinaire que l’explication la plus plausible est que Nous restons donc dans le domaine des hypothèses
l’auteur a puisé dans une tradition orale ou écrite » quant à la date exacte à laquelle ces événements se
(H. Lamparter Das Buch der Sehnsucht p. 16). sont déroulés » (C.-L. de Benoit Juges-Ruth p. 57).
« En l’hébreu (et dans Darby), l’histoire commence
par ‘et il arriva’. On admet que cette formule intro-
Rt :  10.  A quelle date ce livre a-t-il pu être écrit ?
duit un récit historique (cf. Darby : Jos 1.1 ; Jg 1.1). La tradition rabbinique attribuait le livre à Samuel
Les derniers versets relient Ruth et Booz au roi David. (Talmud, Baba Bathra 14b), mais cette tradition est
Point n’est besoin de preuve supplémentaire. L’auteur très tardive et ne peut guère être invoquée comme
veut que son livre soit considéré comme historique preuve.
même s’il s’agit de la vie d’une famille modeste et non Certains auteurs considèrent la classification du
des exploits de grands personnages. C’est une histoire livre parmi les Ketubîm (Rouleaux = écrits poéti-
vraie, joliment contée qui révèle la foi profonde et la ques) comme preuve d’une rédaction tardive, mais
connaissance spirituelle de son auteur inconnu » nous ne savons pas de quand date cette classification.
( J.G. Baldwin NCB p. 288). La LXX le classe parmi les livres historiques, après
Certains pensent que cette histoire est une légende les Juges. Souvent, le livre est même joint aux Juges,
populaire associée à David à une date ultérieure. de sorte que l’on comptait 22 livres dans l’AT. La plus
F.B. Huey dit : « Il semble invraisemblable que David ancienne liste des écrits de l’AT donnée par le docu-
ait été relié à une ascendance moabite si la tradition ment MS 54 de la bibliothèque du patriarcat de Jéru-
n’avait pas été vraie. Aucun Israélite ne voudrait avoir salem classe aussi Ruth parmi les livres historiques.
dans sa généalogie un tel lien de famille détesté. Jérôme (4e siècle), qui était un hébraïste compétent
Apparemment, l’ascendance de David était trop qui a vécu pendant quelque temps en Palestine, parle
connue pour que l’on puisse la cacher, même si le roi également des 22 livres de l’AT.
avait désiré le faire. (EBC 3 p. 510). On a aussi tiré de la présence de quelques
« ‘L’écrit lui-même affirme raconter des faits histo- aramaïsmes un argument en faveur d’une rédaction
riques’.3 Le Nouveau Testament présente les person- tardive. L. Morris réfute l’argument, montrant que les
nages de Booz, de Ruth et d’Obed comme historiques, aramaïsmes faisaient partie dès l’origine de la langue
puisque ces individus sont inclus dans la généalogie hébraïque. Certains mots de Ruth incriminés pour-
de Jésus (Mt 1.3-6 ; Lc 3.32). ‘L’historien Josèphe a raient également être du vieux cananéen (et plaide-
inséré ce récit dans ses Antiquités V, IX, 1-3, comme raient donc en faveur d’une origine très ancienne).
reproduisant des faits réels’… ‘Jamais la tradition On y trouve aussi d’autres formes archaïques inhabi-
juive n’a mis en doute l’historicité des événements et tuelles qui sont des signes d’une rédaction ancienne,
des personnages qui font le charme de l’histoire de comme l’est la manière irénique dont on parle des
Ruth’ (Haag) » (D. Arnold Ruth p. 70). étrangers. Cette attitude était celle de David dont la
garde de corps et l’armée comprenaient des étran-
Rt :  9. Quel est le cadre historique du livre ? gers (2 S 8.18 ; 11.3 ; 15.19 ; 23.37). Plus jamais dans
« Les Israélites étaient apparemment en bons l’histoire de l’ancien Israël, on ne trouvera de telles
termes avec les Moabites en ce temps-là. Ils pouvaient relations.
vivre en Moab comme étrangers et y jouir de certains La tradition relative à la sandale est expliquée
droits – moins étendus que ceux des citoyens moabi- dans Rt 4. Elle n’était donc plus en usage au temps
tes – ils pouvaient y pratiquer leur religion et gagner de la rédaction du livre, mais c’est la seule qui soit
leur vie » (C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt p. 523). expliquée.
« D’après Rt 4.22, Ruth vécut trois générations – La date de rédaction la plus probable semble être
c.-à-d. une centaine d’années – avant le roi David, le début de la monarchie. (D’après L. Morris Ruth
donc pendant le ministère d’Eli, ce que confirme p. 229-238).
Josèphe. Mais notons aussi que Salmon (4.21),
présenté ici comme le père de Booz, était, d’après « La composition de notre livre appartient certai-
Mt 1.5, l’époux de Rahab, ce qui nous renverrait à nement à une époque tardive. Si le but de l’ouvrage
une date beaucoup plus reculée. L’explication est à est celui que nous avons indiqué, il ne peut avoir
chercher dans le fait qu’il manque souvent plusieurs été composé au plus tôt que vers ou après la fin du
règne de David. Plusieurs critiques croient devoir
3 Fillion col. 1278. descendre jusqu’à l’exil. Cependant, à cette époque,

Questions générales 288
on luttait péniblement contre les mariages avec les Par conséquent, rien dans la langue, n’est en faveur
femmes étrangères, que ce livre semble consacrer d’une date postexilique. Au contraire, en général le
et autoriser (cp. Esd 9 ; Né 13). On allègue 4.7, qui style diffère notablement de celui des livres connus
suppose qu’au moment où le livre fut composé, la pour être d’après l’exil. Pour S. R. Driver, ce style vaut
coutume mentionnée ici n’existait plus. Mais elle celui des meilleurs passages de Samuel. Pourrait-on
avait pu tomber en désuétude durant le siècle qui dire que l’écrivain aurait adopté un style archaïque,
a précédé l’époque des Rois. On cite également un propre à la période dont il parle ? Il vivait plus vrai-
certain nombre de chaldaïsmes qui trahiraient une semblablement avant l’exil, cent ans environ après
époque postérieure. Mais ils ne se trouvent nulle Ruth – on a suggéré l’époque de Salomon – période
part dans le cours du récit provenant de l’auteur ; ils d’intense activité littéraire » ( J.G. Baldwin NCB
sont uniquement dans la bouche des interlocuteurs p. 288-289).
et peuvent avoir appartenu au langage populaire de « La rédaction (de ce livre) paraît avoir eu lieu en
l’époque. Le récit a sans doute été rédigé dans les même temps que celle des Juges. Elle ne peut avoir
premiers temps de la période des Rois. D’après le été achevée avant l’époque du roi David, puisque ce
style, il n’est ni de l’auteur des Juges, ni de celui de dernier y est désigné par son nom (4.22). D’autre
Samuel » (BA 3 p. 172). part, s’il avait été écrit plus tard, au temps de Salo-
« Les événements se déroulent à l’époque des mon, le célèbre fils de David aurait sans doute été
Juges ; mais l’obligation où se trouve l’auteur d’expli- inclus dans la liste des descendants de Ruth, ce qui
quer la cérémonie du déchaussement (Rt 4.7) montre n’est pas le cas » (G. Archer Introd. à l’AT p. 315).4
qu’un certain temps s’est écoulé depuis qu’ils ont eu Keil & Delitzsch pensent que 150 à 180 années
lieu. Dans Dt 25, la prise du soulier, le crachat et les ont dû s’écouler entre les événements dont parle ce
formules de malédiction signifiaient la culpabilité du livre et sa rédaction ( Jos, Jg, Rt p. 469).
mauvais parent. Alors que dans Rt 4 la remise de la
L’explication de la coutume de la sandale (4.7)
chaussure semble ne symboliser que la renonciation
n’implique pas un très long délai. L’auteur a pu vivre
à un droit. Cet affaiblissement de la valeur de la céré-
relativement près du temps où la coutume a changé
monie suggère, pour le Deutéronome, une rédaction
puisqu’il se souvient du sens qu’elle avait auparavant.
antérieure. Le parent le plus proche n’avait pas jugé
nécessaire d’épouser Ruth. Il est bien possible qu’en- « La manière simple dont il est dit que l’ancêtre
core présent dans les mémoires, le mariage du lévirat de la maison de David était une moabite païenne
tombait déjà en désuétude. Après une ou deux géné- plaide pour une composition du livre à une époque
rations seulement, la cérémonie du soulier pouvait où la relation entre Israël et Moab n’était pas encore
bien exiger une explication. empoisonnée par l’hostilité, la haine et le mépris »
(H. Lamparter Das Buch der Sehnsucht p. 16).
« Les partisans d’un écrit contestataire dirigé
contre la politique d’Esdras et de Néhémie sont D’après ces arguments, on peut proposer une date
obligés d’envisager une date post-exilique, du 5e ou de rédaction aux environs de l’an 1000 av. J.-C.
6e siècle. D’autres savants retiennent la même période Rt :  11. Quelle est la date des événements racontés
pour des raisons différentes : la place occupée par dans ce livre ?
Ruth dans le canon hébraïque ; des considérations
linguistiques ou une datation tardive du Deutéro- « On doit s’en tenir à ce qui ressort de la généalo-
nome qui repousse celle de Ruth après l’exil. Si l’on gie finale, qui place Ruth dans la troisième généra-
veut dater l’hébreu utilisé, il faut tenir compte de tion avant David, c’est-à-dire environ un siècle avant
facteurs incontestés : (1) c’est un hébreu classique ; lui ; ce qui nous conduit aux premiers temps de la
(2) le texte contient des aramaïsmes. De ces faits, les sacrificature d’Eli et au début des luttes d’Israël avec
critiques tirent des conclusions différentes. Pour les les Philistins » (BA 3 p. 172).
uns, les aramaïsmes sont postexiliques. Mais on fait F.B. Huey dit que l’histoire s’est passée au cours
remarquer que sous Ezéchias, les chefs de Jérusa- du dernier tiers du 3e millénaire av. J.-C. (EBC 3
lem comprenaient très bien l’araméen (2 R 18.26) ; p. 509).
que sous David, les relations étroites existant entre « L’histoire de Ruth a dû, apparemment, se passer
la Syrie, Aram et Israël rendaient vraisemblables vers la fin de la période des juges puisque Obed fut le
des emprunts de vocabulaire. On peut définir les grand-père de David dont la naissance peut être datée
aramaïsmes par des expressions primitives de l’an-
cienne langue sémitique occidentale qui pourraient 4 Voir à cette même page la réfutation des dates tardives propo-
provenir d’un patrimoine linguistique commun. sées par les auteurs critiques.
289 Questions générales
au plus tôt vers 1040 av. J.-C. Ainsi Obed doit donc d’abandon. Les bénédictions promises ne lui avaient-
être né vers la fin du 11e siècle av. J.-C. Cette date reste elles pas été refusées ? J.-A. Motyer (The Revelation
toutefois problématique puisqu’il est possible qu’une of the Divine Name, 1959, p. 28, 29) a montré par
génération soit omise entre Obed et Isaï dans 4.17 » des textes de la Genèse qui le contiennent, que ce
(C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt p. 522). dernier nom soulignait l’impuissance de l’homme
et parlait du Dieu capable de la surmonter. Noémi
Rt :  12. Quelle est la place de ce livre dans le canon était douloureusement consciente de sa faiblesse et
biblique ? de ses besoins. Malgré sa foi affaiblie, elle rappelait,
Dans le canon juif, le livre de Ruth est inséré dans en évoquant le « Tout-Puissant », qu’Il pouvait accom-
les « Rouleaux » (Meguilloth) qui sont lus régulière- plir de grandes choses et ne lui ferait pas défaut »
ment aux grandes fêtes juives (Ct, Rt, Lm, Ec, Est). ( J.G. Baldwin NCB p. 289).
Ruth est lu lors de la fête de la moisson, probable- Rt   :  14. Quel est le comportement des héros de ce
ment parce que la partie essentielle du livre se passe livre ?
au temps de la moisson.
« Un souci général du bien-être d’autrui s’exprime
« Dans nos bibles françaises, comme dans la LXX du début à la fin du récit. Les trois personnages prin-
ou la Vulgate, le livre de Ruth suit les Juges. Cepen- cipaux (Ruth, Booz, Noémi) ne pensent et n’agissent
dant, dans les bibles hébraïques, Ruth apparaît dans que pour le bien de leur prochain ».
la dernière série des livres admis par le canon, les
Ecrits. Il était le second des cinq rouleaux lus aux « L’absence de critique est une constante. Personne
fêtes liturgiques vers le 6e siècle avant Jésus-Christ. n’est blâmé pour son comportement… Tout blâme
Le Talmud babylonien, plus ancien, commençait les est exclu, donnant ainsi l’impression que l’auteur
Ecrits par Ruth, suivi par les Psaumes. D’autres listes lui-même est entré dans le cycle d’un amour ‘qui
placent aussi Ruth en tête des cinq livres parce que pardonne tout, croit tout, espère tout, supporte
ce rouleau est le premier dans l’ordre chronologique. tout’ (1 Cor 13.7)… Autre constatation : deux des
Il est évident qu’il a d’abord appartenu aux Ecrits, personnages principaux sont effacés, chacun à leur
et a ensuite pris la place qui lui revient chronologi- manière… Ruth est une femme soumise qui suit les
quement, entre les Juges et Samuel » ( J.G. Baldwin conseils (ou les demandes) de Noémi… Booz est
NCB p. 289). aussi un homme discret. Son comportement se carac-
térise par un ‘attentisme actif’. Il veille sur les autres,
Rt :  13. Que pouvons-nous déduire des différents anticipe certaines de leurs difficultés et y remédie
noms employés pour Dieu dans ce livre ? discrètement » (D. Arnold Ruth p. 13). Voir le déve-
loppement sur les différents personnages p. 61-65.
« Chacun des principaux personnages témoigne
d’une foi profonde dans le Seigneur, ‘Yahvé’, dont le Rt :  15. Pourquoi l’a-t-on appelé : le livre de l’amour ?
nom se trouve dix-huit fois dans les quatre courts
Le livre de Ruth nous donne une bonne définition
chapitres. ‘L’Eternel est vivant’ (Rt 3.13) souligne
du mot ‘aimer’ tel que l’apôtre Paul le définira plus
la conviction qu’il est très proche et connaît inti-
tard dans 1 Co 13.4-7. Il souligne aussi le respect des
mement la vie de chaque individu. S’il châtie par la
lois divines, donc l’amour de Dieu. « La loi du lévirat
famine ou le deuil, il change la stérilité en fertilité
est celle qui oriente tout le récit » (voir Dt 25.5-10).
et récompense avec bienveillance ceux qui croient
« Noémi fait allusion à cette loi lorsqu’elle renvoie ses
en lui. Il est la source de toute véritable bénédiction.
belles-filles… Le devoir ou le droit de rachat (verbe
La plénitude du nom de Yahvé avait été divinement
goël) domine la demande en mariage de Ruth à Booz
révélée pendant l’Exode, lorsque Dieu délivra les
(3.9-13), ainsi que le procès du chapitre 4 (4.1-12).
Israélites de l’esclavage, qu’il les conduisit au Sinaï
Le mot goël est le deuxième mot le plus utilisé dans
et fit alliance avec eux. Utiliser ce nom, c’était rappe-
Ruth.5
ler sa délivrance miséricordieuse et la solidité de la
promesse de cette alliance. Dans Rt 1.16 ; 2.12, le « La loi du lévirat est… difficile à comprendre
contexte demande le nom général de Dieu, Elohim. pour un Occidental » (voir les difficultés liées à cette
Le seul autre nom de Dieu, (El) Shaddaï, vient aux loi dans D. Arnold p. 20-21).
lèvres de Noémi lorsque, fatiguée du voyage, elle 5 Le mot goël (22 emplois) est le deuxième mot le plus utilisé
rencontre ses anciennes voisines, et parle avec regret et n’est précédé que par le mot amar (54 emplois). Or amar
de sa vie de jeune épouse à Bethléhem (Rt 1.20, 21). (dire) est un mot très courant en hébreu biblique (présent
En évitant le nom familier de Yahvé, en utilisant un dans plus de 4 300 versets), alors que goël est peu utilisé
nom plus solennel, Noémi exprime son sentiment ailleurs (84 versets de l’Ancien Testament).

Questions générales 290
« Ruth et Booz auraient pu dire que la loi du lévi- couramment utilisé en Israël. Il était du domaine de
rat ne les concernait pas, du moment que Dt 25 ne la législation familiale : chaque membre d’une famille
mentionne que le frère du défunt. Pour Ruth, toute était tenu de protéger les autres membres, nul ne
obligation légale était caduque puisque Mahlôn n’avait devant rester solitaire, ou indigent. Le proche parent
plus de frère. Pourtant, Ruth et Booz ont compris que qui rachetait un bien familial (Lv 25.25) ou libérait un
l’obéissance à Dieu ne s’arrête pas à l’observation de frère de l’esclavage où il était tombé (Lv 25.47-55), ou
la lettre de la loi. Dieu, au travers de la loi du lévirat, vengeait un meurtre (Nb 35 ; Dt 19.6), était appelé le
voulait susciter un avenir à une famille endeuillée. go’el. Le livre de Ruth étend ses devoirs à l’obligation
Cette intention peut s’accomplir non seulement par de susciter un héritier à un parent mort sans enfant.
un frère, mais aussi par un proche parent. C’est pour- La loi du lévirat de Dt 25.5-10 envisageait le cas où
quoi Ruth et Booz s’engagent dans ce mariage.6 plusieurs frères et leurs familles cohabitaient. Si
« C’est leur volonté d’accomplir pleinement la loi l’un d’eux mourait sans laisser de fils, le frère le plus
divine qui est à la base de leur mariage. Ce souci du proche devait prendre la veuve et donner un héritier
respect des lois divines est d’autant plus remarqua- au disparu. Ruth n’ayant pas de beau-frère, c’était à
ble pour Ruth qui est d’origine païenne… L’amour un parent plus éloigné de l’épouser. En affirmant que
est omniprésent dans le livre de Ruth : l’amour sur Yahvé était le Go’el d’Israël, l’Ancien Testament souli-
le plan de la communauté familiale élargie, l’amour gnait la promesse de son alliance. Cette promesse
envers Dieu et sa loi, l’amour envers les étrangers faisait d’Israël la possession du Seigneur (Ex 19.5).
ouverts à l’Eternel. Cet amour nous surprend par sa Il habitait au milieu de son peuple (Ex 25.8) et était
profondeur, son authenticité, son esprit d’abné­gation. son divin parent, prêt à le délivrer et le protéger. Ce
C’est un amour total, annonciateur de l’amour illimité livre spécifie aussi que si le go’el seul avait le droit
du Christ » (D. Arnold Ruth p. 17-27). de rachat, encore n’était-il pas obligé d’en user.
Par son acceptation généreuse, Booz était un faible
Rt   :  16. Comment ce livre traite-t-il de l’intégration précurseur du grand Go’el qui devait naître de lui »
des étrangers ? ( J.G. Baldwin NCB p. 289).
« Dans le livre de Ruth, l’intégration de Ruth la
Moabite en Israël et son mariage avec le Juif Booz Questions sur le texte
sont vus favorablement. Cela est d’autant plus éton-
nant que les Moabites avaient particulièrement Rt   1. 1 : Que nous apprend ce verset ?
mauvaise réputation auprès des Israélites. Le livre L’auteur nous informe que le récit qui va suivre
des Juges condamne l’éloignement du peuple élu de se passait « au temps des juges ». Cela signifie que
l’Eternel, alors que le livre de Ruth relève le rappro- ce temps est passé et que le livre a été rédigé un peu
chement d’une étrangère vers le Dieu de l’alliance… plus tard (voir Date dans les Questions générales).
L’alliance avec les peuples païens est condamnée Dans le livre des Juges, ces « juges » étaient en fait les
dans l’Ecriture parce que ces peuples sont idolâtres chefs du pays (souvent après en avoir été les libéra-
et donc rebelles à l’Eternel. Mais l’intégration des teurs). Moffat traduit le mot par « héros », la BS par
‘craignant-Dieu’ est souhaitée. Dieu les accueille à « chefs ».
bras ouverts… Ruth est étrangère, mais elle a appris
à connaître l’Eternel avant sa venue en Israël, puis- A l’époque du récit, une famine survint dans le
que c’est l’amour de l’Eternel qui a guidé son choix… pays, coïncidant peut-être avec les événements décrits
Ruth n’est pas un piège néfaste pour Israël, mais un dans Jg 6, lorsque les Madianites venaient ravager le
instrument de salut. L’harmonie entre elle et Booz pays. « Le pays » est toujours l’ensemble de la terre
annonce aussi l’harmonie future apportée par le que Dieu a donnée à son peuple, c.-à-d. Canaan. Le
Messie. Païens et Israélites seront réunis en un seul régime des pluies y est assez irrégulier ; la famine
peuple » (D. Arnold Ruth p. 25). succède à la sécheresse, comme le prouve l’AT :
Gn 12.10 ; 26.1-2 ; 41.54-56 ; 2 S 21.1 ; 1 R 17.8-16 ;
Rt :  17. Que signifie le verbe « racheter » qui revient 18.2 ; 2 R 6.25 ; 8.1. Mais la sécheresse peut être
vingt fois dans ce livre ? très locale et même limitée à une région. Dans ce
cas-là, il n’y avait pas eu de sécheresse ni de famine
« Les vingt répétitions du verbe racheter (hébreu en Moab. La famille d’Elimélek a donc décidé de se
ga’al) dans un récit si court, prouvent que ce mot était rendre pour quelque temps dans le pays de Moab. Le
6 La loi ne mentionne que les frères, car le mariage-lévirat exige verbe « séjourner » (gûr) indique qu’il envisageait un
une telle abnégation que celle-ci ne peut être requise que des séjour temporaire. Il est dit litt. « dans les champs
parents les plus proches. de Moab ». D’après les spécialistes, cette expression
291 Rt 1.1
pourrait désigner la région des hauts plateaux moabi- En tant que gûr, résident temporaire à l’étranger, il
tes, seul lieu où la culture était possible. Le plateau était coupé de sa famille, de son clan qui lui offraient
au sud de l’Arnon était très fertile et convenait aussi la protection et la sécurité en période de danger. Les
à l’élevage. gerim (pluriel de gûr) ne jouissaient pas des mêmes
Elimélek est parti de Bethléhem en Juda (à une droits que les autochtones mais ils en avaient davan-
douzaine de kilomètres au sud-est de Jérusalem, tage que les étrangers.
tandis que Bethléhem en Zabulon est au nord du
pays). Le nom Béthléhem signifiait paradoxalement Rt   1. 1 : Que penser de cet exil au pays de Moab ?
« maison du pain ». Au verset suivant, il est dit que « Elimélek s’exile au pays de Moab, une région qui
les différents membres de la famille étaient des avait mauvaise réputation en Israël depuis l’époque
Ephratiens, d’après l’ancien nom de Bethléhem, de l’Exode, lorsque le peuple sous la conduite de
Ephrath (ou Ephrata) : Gn 35.16, 19 ; 48.7 ; Rt 4.11 ; Moïse s’était vu barrer la route de la Transjordanie
Mi 5.1. Cette appellation fait penser que la famille par le roi moabite qui avait, par la même occasion,
était établie depuis longtemps dans la cité et qu’elle soudoyé le prophète Balaam pour maudire Israël
faisait peut-être partie de l’aristocratie locale. Plus (Nb 22.1-6). Depuis lors, la loi interdisait toute asso-
tard, lorsque Noémi reviendra, « toute la ville » sera ciation avec ce peuple (Dt 23.4-6). La débauche avec
intéressée ; donc elle était bien connue. Elle y possé- les filles moabites qui avaient entraîné le peuple à la
dait d’ailleurs un champ (4.3). prostitution avait encore renforcé l’antagonisme entre
Rt   1 : Dans quel cadre se situe ce récit ? ces deux peuples (Nb 25). Elimélek ignore la loi et
l’histoire pour ne répondre qu’à l’appel du ventre.
« Du temps des Juges. L’époque des juges et tous
ses désordres sont décrits dans le livre de ce nom ; « Le départ du pays n’est manifestement pas une
mais aucune indication précise ne nous permet de bonne idée.7 Elimélek se désolidarise des siens et
coordonner les deux livres. Peut-être était-ce au s’isole du peuple élu en cherchant le bonheur en
cours d’une des périodes où ‘le pays fut en repos dehors de la terre promise. Il ne croit pas qu’un
pendant quarante ans’ (Jg 3.11; 5.31) que la famine changement puisse intervenir dans un avenir proche,
frappa Bethléhem dont le nom, oh ironie ! signifie car on ne déménage pas toute une famille pour une
la ‘maison du pain’. Bethléhem de Juda : distincte année de sécheresse (ce n’est plus l’époque du noma-
de la Bethléhem du nord (Jos 19.15). Le livre des disme). Il témoigne ainsi de son incrédulité envers la
Juges témoigne des qualités morales de Bethléhem grâce divine. Il ne semble pas comprendre qu’à son
comparées avantageusement à celles d’autres villes, époque le malheur collectif (la famine) est le résul-
notamment de Guibea (Jg 19). La mention du lieu tat du péché, et qu’au moindre signe de repentance,
de naissance de David suscitait d’emblée un intérêt l’Eternel étend sa grâce pour soulager son peuple »
particulier chez les lecteurs juifs. Quand la famine (D. Arnold Ruth p. 81-82).
arriva, un homme entreprenant emmena sa famille à
80 kilomètres de là, sur la rive est de la mer Morte, « Sur le coup, nous sommes tentés d’applaudir,
au pays de Moab. Le mot hébreu « Moab » signifie car de prime abord, Elimélek se montre homme
littéralement « champs ». Comme la plus grande sage, réfléchi, avisé, prudent, de bon sens… Mais
partie de Moab était formée de collines rocheuses en y réfléchissant à deux fois, et après avoir poussé
et abruptes, il s’agit probablement du plateau fertile plus avant notre analyse de la situation, nous sommes
situé entre 600 et 900 mètres, au sud de l’Arnon. Des contraints, bien à regret, de réviser notre premier
collines, au sud de Bethléhem, il aurait été possible jugement : ce choix stratégique est une décision
de l’apercevoir à l’horizon, au-delà de la mer Morte » fort malheureuse, aux conséquences graves pour
( J.G. Baldwin NCB p. 290). cette petite famille attachante : ‘Telle voie paraît
droite devant un homme, mais à la fin, c’est la voie
L’époque des juges s’étend du 14e au 11e siècle de la mort’ (Pr 14.12 et 16.25). En réalité, Elimé-
av. J.-C. L’auteur rappelle par là que c’était en dans lek et Noémi succombant à la fois à la pression des
une période d’apostasie, de dégradation morale et circonstances difficiles et à la subtile tentation d’une
d’oppression que se situe cette histoire pleine de foi,
de fidélité et d’amour. 7 Un lecteur des Juges peut facilement conclure, à la suite des
« C’était une décision malheureuse : l’Israélite qui deux appendices (Jg 17-21), que quitter Bethléhem n’est pas
une bonne chose. « Dans les deux premiers récits (d’un départ
quittait le pays, non seulement tournait le dos à sa de Bethléhem), tout le monde a souffert et chacun fut perdant.
patrie, mais il quittait le domaine du salut que Dieu Ainsi l’idée est enracinée chez le lecteur que quitter cette ville
avait entouré de tant de promesses » (V. Steinhoff engendrera des ennuis » (Reg Grant : « Literary Structure in the
Das Buch Rut p. 247). Book of Ruth » p. 426). Voir p. 33.
 1.1
Rt 292
apparente sécurité en Moab, viennent d’épouser condamner l’établissement de ces hommes dans un
concrètement la mentalité de leur temps : eux aussi font pays idolâtre, mais l’auteur se contente de relater les
ce qui leur semble bon » (M. Decker De l’Amertume faits par rapport à Noémi . Il insiste sur l’angoisse
à la Grâce p. 29-30). provoquée par ces deuils qui la laissent sans ressour-
« Car, partir en Moab, c’est d’abord refuser ces et sans espoir » ( J.G. Baldwin NCB p. 290).
ouvertement d’écouter le Dieu vivant qui parle
par la famine et, en conséquence, de se lever Rt   1. 4 : Que penser de ces mariages avec des
pour s’humilier devant l’Eternel avec ses frères » femmes moabites ?
(Id. p. 32). « C’est ensuite se priver du secours de Les deux fils se marièrent après le décès de leur
Celui qui n’abandonne jamais ceux qui se confient père. Cela voudrait-il dire qu’il aurait désapprouvé
en lui (Ps 33.18-19) » (p. 33). « C’est enfin se laisser ces mariages avec des païennes ?
impressionner par une situation difficile en oubliant
que le Dieu souverain contrôle toutes les circonstan- On suppose que la famille est restée assez long-
ces dans la vie de ses enfants (Os 12.7 ; Jr 17.7-8) » temps dans le pays de Moab. Le v. 4 parle d’une
(p. 34). « dizaine d’années », sans doute pour l’ensemble du
séjour. Quand les deux fils éprouvèrent le besoin de
Rt   1. 1 : Elimélek voulait-il déménager définitive- fonder une famille, ils choisirent tout naturellement
ment en Moab ? des filles de leur lieu de résidence. Le mariage entre
Non, le texte emploie le mot gûr qui s’applique à un Israélites et Moabites n’était pas formellement inter-
séjour temporaire et au statut de résident étranger. dit (comme avec les Cananéens, Dt 7.3), mais à cause
« A cette époque, les gens n’émigraient dans un autre du rôle que les femmes moabites avaient joué dans
pays que dans les pires circonstances ; car abandon- ce qui est raconté Nb 25 et parce qu’elles adoraient
ner sa patrie signifiait se couper de sa famille, de son d’autres dieux (v. 15), c’était quand même enfreindre
clan et de sa divinité » (F.B. Huey EBC 3 p. 519). l’esprit de la Loi (cf. Dt 23.4-7 ; Esd 9.1 ; Né 13.23-
C’était un peu comme devenir apatride aujourd’hui. 25). Des Moabites ne pouvaient pas être admis dans
l’assemblée israélite et les descendants d’un mariage
Rt   1. 2-4 : Quelle est la signification des noms de mixte avec un ou une Moabite n’y étaient pas admis
ces versets ? jusqu’à la dixième génération (Dt 23.3). Cependant,
« Le nom d’Elimélek, signifiant ‘Dieu est roi’, se la Midrach dit que cette disposition concerne seule-
trouve dans les lettres d’Amarna du 14e siècle avant ment les hommes moabites.
Jésus-Christ sous la forme de Milkilu. Il est donc Aucune appréciation n’est énoncée dans le texte au
ancien. Bien plus, les noms composés avec melek sujet de ces mariages. Les fils auraient-ils dû retour-
sont tous de la période préexilique. Noémi , ‘ma ner au pays d’Israël pour y trouver une épouse ? Ils
gracieuse’, dérive probablement d’une forme fémi- sont restés avec la famille. Celle-ci aurait-elle dû
nine de naaman, un adjectif utilisé dans les textes rentrer plus tôt en pensant que la prolongation de
de Ras Shamra d’environ 1400 avant Jésus-Christ. leur séjour inciterait presque certainement les fils
Ce nom est donc aussi très ancien. Les significations à se marier avec des femmes moabites ? Le Talmud
de Mahlôn, ‘maladif’ et de Kilyôn, ‘languissant’, sont penche pour cette interprétation puisqu’il voit les
purement conjecturales ; même si elles sont accep- trois morts comme des punitions pour avoir quitté le
tées, leur à-propos ne prouverait pas que l’auteur a pays de Juda (Baba Bathra 91a). Le texte ne le dit pas
forgé ces noms délibérément. Ephratiens ; Ephrata et comme l’histoire a une issue favorable, l’auteur ne
est l’ancienne appellation de Bethléhem (Gn 35.19), semble pas porter un jugement négatif sur ces maria-
conservée comme adjectif. Malgré de nombreuses ges. Certains auteurs ont même vu dans le livre une
suppositions, le sens des noms d’Orpa et Ruth reste réaction contre l’exclusivisme juif.
inconnu. Ce sont des noms moabites, pas hébreux.
Ainsi ils s’accordent bien avec le récit puisque Ruth « Mahlôn et Kilyôn n’ont pas désobéi à la lettre de
épousa Mahlôn (Rt 4.10). Le mariage des fils eut lieu la Loi (Dt 7.3-4), mais ils en ont ignoré l’esprit ; car
au cours des dix années qu’ils passèrent en Moab, où les Moabites étaient aussi des adorateurs d’idoles
la famille s’était fixée » ( J.G. Baldwin NCB p. 290). et ils avaient été exclus de l’assemblée de l’Eternel
(Dt 23.3). Toutefois, leurs femmes devaient être
Rt   1. 3, 5 : Ces morts ne sont-elles pas le signe d’un d’accord d’adorer le Dieu d’Israël, comme Ruth, mais
jugement de Dieu ? sans doute aussi Orpa puisqu’elle avait d’abord voulu
« La mort d’Elimélek (verset 3), suivie plus tard quitter Moab avec Noémi » (C.T. Goslinga Jos, Jg,
de celle de ses fils, aurait pu être l’occasion de Rt p. 523-524).
293 Rt 1.4
Rt   1. 4 : Qu’implique cette durée ? à un homme, à un groupe d’hommes ou à un pays. Il
« Les dix ans se réfèrent-ils au temps global passé s’occupe d’eux, les cherche, les examine, les éprouve.
au pays de Moab ou à la durée des mariages ? Dans Il leur fait du bien ou les fait passer par une épreuve.
le second cas, la référence chronologique confirme- Ici, il fait cesser la famine. Le but de la pakad, posi-
rait la stérilité des deux couples car même après dix tive ou négative, est de renouer les liens des enfants
ans, aucun enfant n’est né. La référence aux dix ans de Dieu avec leur Père, de les ramener à la maison.
permet aussi de marquer un contraste avec les dix Ce mot est rarement employé pour une visite rapide
générations de la conclusion (voir structure p. 56, mais souvent utilisé pour décrire l’action divine dans
58) » (D. Arnold Ruth p. 84). l’AT. Il a parfois une connotation de punition (par ex.
Jr 25.12), d’autres fois il implique une bénédiction.
Rt   1. 6 : Pourquoi Noémi décide-t-elle de rentrer Lorsque Dieu « visite » son peuple, tout dépend de
au pays ? l’état dans lequel il le trouve. C’est un Dieu saint, mais
« Les nouvelles d’Israël se propageaient dans les il est aussi un Dieu qui aime bénir les siens. Dans
pays voisins. Cet exemple intéressant montre que les le cas présent, la visite signifie la fin de la famine :
autres nations observaient la manière dont Dieu agis- l’Eternel a de nouveau donné du pain à la « maison
sait envers son peuple, et avaient l’occasion de croire du pain » (Bethléhem). (D’après L. Morris Ruth
en Lui. Noémi se souvint de la bonté du Seigneur. p. 252 et V. Steinhoff Das Buch Rut p. 258).
Elle eut la nostalgie de sa terre natale et désira Rt   1. 8 : Pourquoi Noémi décourage-t-elle ses
ardemment avoir part aux bénédictions divines. Orpa belles-filles de la suivre ?
et Ruth se mirent en route avec elle, dans l’intention
de l’accompagner à Bethléhem, bien que rien ne les y « Les deux belles-filles de Noémi, non seulement
obligeât. Elles semblent avoir eu une véritable affec- l’ont escortée depuis Moab, mais elles ont désiré
tion pour leur belle-mère et répugnaient à la laisser l’accompagner durant tout le chemin jusqu’en Juda
repartir seule » ( J.G. Baldwin NCB p. 290). et demeurer là avec elle. Mais Noémi les en dissuade
dans leur intérêt. Elle a conscience de la difficulté
« Noémi décide de rentrer au pays. La décision est pour des femmes moabites de s’établir en Israël. C’est
juste, mais semble plus motivée par la nécessité que pourquoi elle les arrête en chemin et leur demande
par la foi et l’obéissance. Ayant perdu son mari et ses gentiment mais fermement de retourner chacune
deux fils, Noémi est sans ressource à l’étranger. Le dans le foyer de sa mère » (C.T. Goslinga Jos,
seul endroit où elle peut espérer recevoir du soutien, Jg, Rt p. 524). « Elle peut aussi avoir pensé qu’il lui
c’est dans son pays. De plus, elle apprend que la serait plus facile de vivre seule à Bethléhem que de
situation économique s’est améliorée. Le narra- pourvoir aux besoins de trois personnes, mais elle
teur indique bien que le retour est lié à la nouvelle ne parle que de la possibilité de nouveaux mariages
disponibilité du pain en Israël (‘car elle apprit…’) » pour Orpa et pour Ruth » (Id. p. 525).
(D. Arnold Ruth p. 87).
« Noémi ne pensait qu’à l’avenir de ses belles-
« Le sort de Noémi ressemble à celui d’un bateau filles : elles devaient se sentir libres de retourner dans
que la tempête balloté et a entraîné sur un rivage la maison de leur mère où elles trouveraient peut-être
étranger. Il n’est pas étonnant que la nostalgie la la sécurité d’un second mariage. Elles avaient montré
submerge et qu’elle prenne la décision de retourner de la bonté envers leurs maris et envers Noémi elle-
dans la patrie délaissée, d’autant plus qu’elle apprend même, qui pria le Seigneur de manifester également
que la famine est terminée » (H. Lamparter sa bonté en bénissant leurs futurs foyers. Voir dans
Das Lied der Sehnsucht p. 23). l’Introduction la note sur la ‘Bonté’ » ( J.G. Baldwin
Elle sait que Dieu est « le Père des orphelins et des NCB p. 290).
veuves » et qu’il a pris des dispositions dans sa loi en
leur faveur (Ex 22.21-22 ; Dt 10.18 ; Ps 68.6). Rt   1. 8 : Pourquoi Noémi demande-t-elle aux deux
jeunes femmes de retourner dans la maison de leur
Rt   1. 6 : Que signifie : « l’Eternel a visité son mère ?
peuple » ? Nous savons que Ruth avait encore son père
Le comportement de Yahvé est décrit par le mot (2.11) ; Orpa peut-être aussi. Mais dans une société
héb. Pakad. Noémi a appris que « l’Eternel a visité son polygame, les deux veuves allaient revenir au quar-
peuple » (BS : « est intervenu en sa faveur »). C’est la tier des femmes que présidait la mère de famille
première mention de l’Eternel dans le livre. Alors elle (cf. Ct 3.4 ; 8.2). L’expression reste pourtant énig-
décide de rentrer en Israël. Le verbe pakad traduit matique puisqu’en général, dans l’AT, il est question
par « visiter » signifie que Dieu témoigne de l’intérêt de la « maison du père » comme étant la place de la
 1.8
Rt 294
femme, même d’une veuve retournant dans sa Lorsque les relations entre les individus sont la
famille (cf. Gn 38.11 ; Lv 22.13 ; Nb 30.17 ; Dt 22.21). démonstration d’un tel amour et d’une pareille fidé-
(L. Morris Ruth p. 253). lité, le Seigneur est à l’œuvre. Le moment où Ruth
Retourner dans la famille de son père aurait été choisit de montrer de la hesed pour Noémi fut celui
plus normal (Jg 19.2-3). Ici, Noémi se réfère sans de sa conversion, lorsqu’elle fit son Dieu du Dieu de
doute au quartier des femmes où les filles non sa belle-mère. Sans doute avait-elle depuis longtemps
mariées et les veuves avaient leur foyer et où l’on s’oc- la conviction que Yahvé était le Dieu vivant, qu’elle
cupait de leur mariage (ou remariage). désirait par-dessus tout. Nous avons probablement
le droit de conjecturer que la vie des Israélites
« Peut-être cette expression est-elle en rapport auxquels la rattachaient des liens familiaux étroits,
avec la polygamie. En tout cas la demeure des filles l’avait attirée à lui. Ce livre, comme celui des Psau-
était dans la partie de la maison ou de la tente qu’ha- mes, révèle une religion joyeuse et satisfaisante, qui
bitait la mère (Gn 24.28, 67) » (BA 3 p. 174). devenait attrayante lorsque les rapports mutuels des
Rt   1. 8 : Que signifie le mot « bonté » utilisé membres du peuple de Dieu reflétaient la fidélité de
plusieurs fois dans ce livre ? son amour » ( J.G. Baldwin NCB p. 289-290).
Noémi prie en faveur de ses belles-filles : « Que Rt   1. 9 : Quel est le souhait de Noémi pour ses
l’Eternel soit bon pour vous… » ou « vous témoigne belles-filles ?
de la bonté ». Le mot héb. correspondant est hesed La formulation du souhait qu’exprime Noémi est
qui caractérise les relations de l’Eternel avec Israël. différente suivant les versions : « L’Eternel vous donne
Glueck pense que ce mot parle plus de loyauté que de trouver du repos, chacune dans la maison de son
d’amour. Le peuple manifeste sa hesed envers l’Eternel mari ! » (Darby), « trouver du repos dans la maison
lorsqu’il lui reste fidèlement attaché et qu’il accom- d’un mari » (Col). « Que Yahvé accorde à chacune
plit loyalement les obligations de son alliance avec lui de vous de trouver une vie paisible dans la maison
(Ex 6.3). P. Enns dit que la hesed comprend aussi d’un mari’ » (Jérus.) ; « Qu’il vous donne à chacune
la rédemption et le pardon des péchés (Nb 14.18- de trouver le bonheur dans un nouveau foyer » (BS).
19 ; Ps 103.8) ainsi que la délivrance des épreuves « Qu’il vous permette à toutes les deux de retrouver
(Né 9.17). D’autres passages la lient à la miséri- un mari et d’être heureuses avec lui! » (Parole de
corde et à l’amour de Dieu (Gn 19.19 ; Ex 34.6-7 ; vie).
Ps 94.18-19 ; 103.4 ; 109.12 ; Za 7.9). La hesed n’est
pas seulement l’application des obligations récipro- L’hébreu a simplement : « trouver du repos et un
ques, c’est aussi une expression de la générosité. Elle mari ». Le repos avec un mari implique un foyer. L’hé-
implique une relation personnelle transcendant celle breu « repos » signifie plus que l’absence de conflits
de la loi. (D’après Ruth p. 22-23). et de difficultés. En lisant Jos 21.43-22.8, on voit que
le repos que Dieu promet à son peuple comprend
« L’hébreu hesed utilisé dans Rt 1.8 ; 2.20 ; 3.10 est davantage que la cessation des hostilités : c’est la
beaucoup plus riche de sens que les mots bonté ou sécurité et la bénédiction divine. Dans Jos 21.45,
miséricorde, qui le traduisent en général. Au suprême « toutes les promesses de bienfaits que l’Eternel avait
degré, c’est un attribut de Dieu. Il est étroitement relié faites au peuple d’Israël s’accomplirent : aucune
à l’alliance, car c’est dans l’alliance que l’on voit le d’elles ne resta sans effet ». Tel était le Pays du repos.
plus clairement Dieu s’approcher avec bienveillance « Dans l’antiquité, il y avait peu de métiers pour
des hommes pécheurs. ‘Par ta miséricorde (hesed), des femmes, surtout à la campagne, de sorte que
tu as conduit, tu as délivré ce peuple’, proclame le le mariage était presque la seule voie possible pour
cantique de libération, après la sortie d’Egypte elles, leur garantissant la stabilité. Noémi ne voyait
(Ex 15.13). Le Deutéronome montre nettement ce pas d’avenir pour les jeunes veuves dans son propre
rapport : ‘C’est l’Eternel, ton Dieu, qui est Dieu, le pays. Etant Moabites, elles avaient peu de chance de
Dieu fidèle qui garde l’alliance et la bonté’ (Dt 7.9 ; se remarier en Israël. Et que pouvaient-elles faire
Darby). La bonté de Dieu est à la fois l’accueil dans sa d’autre que de partager sa pauvreté ? » (L. Morris
communion et la sécurité qu’assure sa fidélité. Ruth p. 255).
« Ceux qui ont exprimé la hesed de Dieu devraient
être transformés par elle et témoigner de la qualité Rt   1. 11-13 : Quelles raisons Noémi donne-t-elle à
de cet amour. Booz et Noémi témoignèrent d’un ses belles-filles pour les inciter à rentrer en Moab ?
tel amour, mais Ruth la Moabite manifesta la hesed La souffrance a certainement rapproché affective-
(Rt 3.10) ; Booz pense par là à sa droiture morale, ment ces trois femmes. D’où le désir des deux belles-
à son amour désintéressé et à sa loyauté (Rt 2.11). filles de rester unies à leur belle-mère, mais celle-ci
295 Rt 1.11-13
raisonne plus rationnellement : il n’y a pas d’avenir attristée en plus par la pensée que « la main de
pour elles en Israël. Elle évoque même la supposition l’Eternel était intervenue contre elle ». « Ces paroles
absurde qu’elle puisse se remarier et donner nais- de conclusion émanent d’une conviction qui sous-
sance à des fils qui seraient obligés, d’après la loi du tend tout ce livre : que les choses n’arrivent pas par
lévirat, d’épouser les deux veuves : attendraient-elles hasard. L’Eternel est un Dieu souverain et ce qui se
jusqu’à ce que ces fils soient en âge de se marier ? passe est une expression de sa volonté. Ainsi Noémi
Elle veut montrer aux deux belles-filles « de façon ne peut assigner la responsabilité de ce qui lui est
claire, que celle qui l’accompagne va, pour ainsi arrivé à personne d’autre qu’à Dieu. ‘La main de
dire, au-devant du néant » (Hertzberg), alors qu’elles l’Eternel’ est un anthropomorphisme courant. L’AT
ont encore de nombreuses années devant elles. utilise différentes parties du corps humain pour
exprimer un état intérieur, et cela même en parlant
Rt   1. 11 : Pourquoi Noémi demande-t-elle : «Ai-je de Dieu. La main de Dieu est donc une manière de
encore des fils... ? parler de l’action divine. Noémi ne peut pas encoura-
« Noémi fait allusion à l’usage existant en Israël ger ses belles-filles à rester avec elle puisque Dieu est
d’après lequel la femme restée veuve sans enfants son ennemi » (L. Morris Ruth p. 258).
devait être épousée par son beau-frère, et le premier Noémi voulait dire que tout ce qui lui est arrivé,
enfant né de ce mariage était attribué au premier la mort de son mari et de ses deux fils, n’était pas
mari défunt pour perpétuer son nom ; cp. Dt 25.5. Si le produit du hasard, mais venait de l’Eternel, son
même elle pouvait encore donner le jour à des frères ennemi. D’après une croyance générale, répandue
de Mahlôn et de Kilyon, le temps qui serait nécessaire aussi en Israël, on ne devait pas entrer en contact
pour qu’ils atteignent l’âge de se marier serait trop avec des gens que Dieu punissait afin de ne pas être
long pour imposer une pareille attente à ses deux entraîné dans la même sphère qu’eux. C’est pourquoi
belles-filles (v. 12-13) » (BA 3 p. 174). Noémi exhorte ses deux belles-filles à s’éloigner
« La référence aux fils que Noémi ne peut plus d’elle. (D’après V. Steinhoff Das Buch Rut p. 257).
enfanter (1.11) vient comme une surprise et ne peut Cela rend la décision de Ruth encore plus incroyable
pas être comprise en dehors de la loi du lévirat. (v. 16) : elle veut adopter comme son Dieu celui qui
Cette loi n’est pas nommée, mais le lecteur israélite s’est déclaré l’ennemi de Noémi.
pouvait facilement faire le lien, d’autant plus qu’à
la fin du livre est mentionnée Tamar (4.12), l’étran- Rt   1. 14 : Orpa est-elle à blâmer d’avoir quitté sa
gère qui avait cherché à relever le nom de son mari belle-mère ?
défunt (Gn 38)… L’auteur… donne un indice pour Beaucoup de commentateurs blâment Orpa d’être
indiquer dans quel sens l’histoire se développera » retournée au pays de Moab ; pourtant, il ne faut pas
(D. Arnold Ruth p. 89). oublier que Noémi elle-même a demandé aux deux
« Répondant aux protestations des jeunes femmes, belles-filles de retourner chez elles. Orpa lui a donc
Noémi leur démontre que la loi du lévirat ne peut obéi. « L’obéissance n’est pas une vertu à négliger ni à
s’appliquer à leur cas. Elle n’a plus de fils, et vrai- censurer. Nous pouvons penser que Ruth a fait preuve
semblablement n’en aura pas d’autres. Pour elles, il de plus d’imagination et d’un amour plus profond ;
n’y a donc pas de mariage probable en Juda et Noémi mais ne blâmons pas trop vite Orpa… Cassel fait
exprime sa compassion pour ses belles-filles, d’autant remarquer que la même raison a amené Orpa à partir
plus que leur souffrance résulte de ce que Dieu l’avait et Ruth à rester : le fait que Noémi n’avait plus ni fils
éprouvée elle-même » ( J.G. Baldwin NCB p. 290). ni mari. L’une souhaitait redevenir une femme, l’autre
voulait rester une fille » (L. Morris Ruth p. 259).
Rt   1. 12 : A quoi Noémi fait-elle allusion ici ? « Orpa et Ruth ont entendu les mêmes paroles, elles
A la coutume du lévirat stipulant que la veuve voient toutes deux Noémi leur belle-mère dépouillée
devait être épousée par le frère du mari défunt (Gn et pauvre. L’une, Ruth, s’attache à elle, l’autre, Orpa,
38.6-8 ; Dt 25.5-10 ; Mc 12.18-23). l’embrasse puis la quitte. Les larmes ou les senti-
ments ne suffisent pas, il faut un acte volontaire :
Rt   1. 13 : Pourquoi Noémi se dit-elle plus affligée Je veux ! et parce que Dieu le veut aussi, je peux ! »
que ses belles-filles ? (H. Hartnagel Ruth p. 31).
Chacune de ses belles-filles avait perdu son mari.
Noémi a perdu son mari et ses deux fils. Les deux Rt   1. 15 : Pourquoi Noémi encourage-t-elle Ruth à
jeunes veuves pouvaient se remarier et retrouver un retourner chez ses dieux ?
foyer, c.-à-d. la sécurité et le bonheur. Noémi n’avait Kemoch était le dieu des Moabites (Nb 21.29 ;
pas d’autre perspective qu’une vieillesse solitaire, 1 R 11.7). D’après la croyance antique, à chaque
 1.15
Rt 296
terre était lié un dieu, de sorte que ce dieu ne pouvait peuple, mais fera-t-elle partie du peuple d’Israël ?
être adoré que sur cette terre. L’exemple classique Sa décision aura aussi des conséquences religieuses
qui illustre cette croyance est celui de Naaman qui, dont elle n’était peut-être pas entièrement consciente :
étant devenu adorateur de Yahvé a pris avec lui deux le Dieu de Noémi sera aussi le sien. La prière qu’elle
charges de mulet pleines de terre de la Palestine afin formule au v. suivant montre qu’elle a d’ores et déjà
qu’en Syrie, il puisse adorer l’Eternel (2 R 5.17). pris confiance en lui (cf. 2.12). Elle s’identifiera à la
Noémi, cependant, croyait que l’Eternel était aussi communauté de Noémi jusqu’à la mort de celle-ci et
actif en Moab (v. 8, 9, 13), donc elle n’adhérait pas à même au-delà se référant à son propre enterrement
de telles idées, mais elle pensait peut-être que telle puisqu’elle le fixe dans le pays de Noémi. Elle appuie
était la croyance de Ruth. Pour Noémi, Moab était le son engagement d’un serment solennel : « Que l’Eter-
pays des adorateurs de Kemoch. Si Ruth voulait conti- nel me fasse ceci et encore cela si autre chose que la
nuer à l’adorer comme ses compatriotes, elle ferait mort me sépare de toi ! ». Ce serment était certaine-
bien de retourner dans son pays. (D’après L. Morris ment accompagné de gestes significatifs. Ruth ne fait
Ruth p. 260). pas ce serment par Kemoch ou un autre dieu, mais
par l’Eternel qu’elle a appris à connaître au travers
Rt   1. 16-17 : Pourquoi cette persévérance de Ruth ? de Noémi et qu’elle a adopté pour son Dieu.
« Cette insistance d’une femme au caractère effacé L’auteur relève l’importance de ce moment en
et soumis étonne. Ruth s’agrippe à ce Dieu dont elle donnant à la réponse de Ruth une forme rythmée
a entendu parler. Elle sait aussi ce dont Noémi a (que l’on pourrait paraphraser ainsi en vers de
réellement besoin et ne se laisse pas arrêter par des 10 pieds) :
paroles amères qui ne reflètent pas le vrai désir de N’insiste pas pour que je t’abandonne
Noémi.
Et que je parte, séparée de toi ;
« Le contraste entre Israël et Ruth est immense. Ce
Car je veux aller où toi tu iras
que le peuple élu aurait dû faire, Ruth le fait dans des
circonstances beaucoup plus difficiles. Israël aurait Et m’établir où tu t’établiras.
dû s’attacher à l’Eternel, car celui-ci avait accompli Ton peuple deviendra aussi mon peuple
des prodiges pour le libérer d’Egypte. Au lieu de cela, Et ton Dieu est déjà aussi mon Dieu.
chaque génération s’éloignait davantage de lui. Par Là où tu mourras, je mourrai aussi,
contre, Ruth s’approche de l’Eternel, alors qu’elle n’a Et l’on m’enterrera auprès de toi.
jamais vu de prodiges et qu’elle vient même de perdre
Que l’Eternel me fasse ce qu’il veut
son mari » (D. Arnold Ruth p. 91).
Si je me laisse séparer de toi
« Ruth reste avec Noémi. Obstinément, elle refuse
de la laisser seule. Aux marges du récit on peut se Par autre chose que par notre mort !
demander si cette décision réjouit la belle-mère. L’auteur veut rendre le lecteur attentif à l’impor-
Rentrer au pays, c’est une chose, y revenir avec une tance de cette décision dont ni Ruth ni Noémi ne
Moabite, c’en est une autre ! » (R. Gelin Ruth p. 19). mesure en fait la portée. Ruth exprime simplement
« Il était clair désormais que Ruth ne désirait qu’elle est prête à partager la vie de sa belle-mère :
pas servir Kemoch plus longtemps ; elle était déci- son chemin et son installation, son peuple et sa foi, et
dée à se vouer au Dieu d’Israël qu’elle avait appris finalement aussi son tombeau. Noémi doit savoir que
à connaître à travers la vie et le témoignage de son sa décision n’est pas le fruit d’un engouement affectif
mari et de Noémi. Les versets 16 et 17 contiennent passager, inspiré par la circonstance présente. C’est
une déclaration d’absolue fidélité et de dévouement une décision mûrement réfléchie qui la sépare de sa
désintéressé. Aucun motif ultérieur n’influencera famille, de son clan et de son peuple. Elle a comparé
cette décision. Ruth s’identifie à Noémi, elle s’engage la foi de Noémi avec celle des Moabites, l’Eternel avec
même par serment à rester avec elle jusqu’à la mort. Kemoch, et elle a choisi entre les deux. Elle renonce
Le serment : Que l’Eternel me traite dans toute sa lucidement à l’éventualité d’un remariage chez elle
rigueur, ne se rencontre ailleurs que dans le livre ainsi qu’à sa place dans le tombeau familial. Elle sait
de Samuel et dans celui des Rois » ( J.G. Baldwin qu’avec Noémi, elle part pour l’inconnu dans un pays
NCB p. 290). étranger où, aux côtés d’une veuve, elle ne doit pas
s’attendre à trouver le bonheur.
Rt   1. 16-17 : Qu’impliquait cette réponse de Ruth ? Pourquoi le fait-elle ? Par pitié pour Noémi privée
Ruth a conscience de ce que cela impliquait pour de soutien dans ses vieux jours ? Par solidarité dans
elle de s’attacher à Noémi : elle sera coupée de son le commun veuvage ? Par affection pour celle qui fut
297 Rt 1.16-17
comme une mère pour elle, ou par un sentiment du Puisque Ruth dit : « Là où tu mourras, je mourrai »,
devoir auquel elle ne doit pas se dérober ? Ou bien la mort elle-même ne les séparera pas : elles seront
est-ce une sorte de nostalgie qui l’attire vers ce enterrées dans la même tombe familiale. L’archéolo-
peuple qui adore le Dieu vivant de Noémi ? gie a démontré que ces tombes étaient très répandues
L’auteur laisse le champ libre à notre imagination. dans le pays. Après la décomposition de la chair, on
Nous n’avons pas besoin de choisir entre les diffé- rassemblait les os dans une partie commune de la
rentes motivations évoquées, car dans toute décision tombe, un ossuaire ou une urne taillée dans la roche.
importante, plusieurs facteurs entrent en ligne de Si un membre de la famille mourait loin de chez lui,
compte. Ce qui était certainement déterminant, on l’enterrait au lieu de son décès et quelques mois
c’était la fidélité envers Noémi et le désir de ne pas plus tard les ossements étaient déterrés et transportés
la laisser seule. Ruth savait qu’en franchissant la dans la tombe familiale (cf. 2 S 21.10-14). (D’après
frontière de son pays et en se rendant dans celui de E.F. Campbell Ruth p. 74-75).
Canaan, elle confiait sa vie au Dieu d’Israël. Cette
décision la met sur le même plan que tous ceux qui
Rt   1. 17b : Que signifient ces paroles évoquant la
sévérité de l’Eternel ?
ont abandonné leurs sécurités pour marcher avec
le Seigneur vers un avenir incertain (cf. Gn 12.4 ; C’était la formule habituelle du serment accom-
Hé 11.24ss). (D’après H. Lamparter Das Lied der pagnée d’imprécations contre soi-même. Litt. : Que
Sehnsucht p. 29-30). l’Eternel me fasse ceci et qu’il ajoute encore cela !
« Ruth l’étrangère choisit de s’attacher à une Souligné sans doute par des gestes ou par un sacri-
femme sans avenir, avec obstination, jusqu’au point fice (signifiant alors : que l’Eternel me traite comme
de la suivre à son tour sur une terre étrangère. Elle cette victime !) Cf. 1 S 3.17 ; 14.44 ; 20.13 ; 25.22 ;
s’attache à une femme déprimée. Elle, la Moabite, 2 S 3, 9, 35 ; 19.13 ; 1 R 2.23 ; 19.2 ; 20.10 ; 2 R 6.31.
s’attache à celle qui se déclare frappée de Dieu. Elle « C’est là une formule d’imprécation dans laquelle
est même prête à s’attacher à ce Dieu dont Noémi dit le châtiment sous-entendu est indiqué mystérieuse-
qu’il l’a abandonnée » (R. Gelin Ruth p. 19). ment par le mot ainsi. Cette expression ne se retrouve
« Ruth s’attache à Noémi quand tous les signes que dans les livres de Samuel et des Rois » (BA  3
lisibles disent que c’est la dernière chose à faire » p. 175).
(p. 21). La formule de serment utilisée ici se retrouve
11 fois dans les livres de Samuel et des Rois. Le fait
Rt   1. 16 : Quels sont les traits caractéristiques de que Ruth utilise le nom du Dieu de l’alliance, l’Eter-
ce serment ? nel, montre que, par le témoignage de Noémi, elle
En mentionnant le peuple avant Dieu, Ruth a révélé s’est convertie à la foi au Dieu d’Israël et qu’elle veut
qu’elle ne pouvait pas être liée à Dieu indépendam- s’identifier à jamais avec son peuple.
ment de son peuple. Dans son serment, elle invoque
le nom d’alliance de Dieu pour la première et la seule Rt   1. 18 : Pourquoi Noémi cessa-t-elle d’insister ?
fois dans son imprécation contre elle-même au cas « Devant l’insistance de Ruth, Noémi cessa d’in-
où elle serait infidèle à son engagement. Rien, ni sister ». Elle reconnaissait que cette détermination
de son vivant, ni dans la mort ne pourra la séparer n’était pas le fruit du hasard, mais la résultante d’un
de Noémi : cela se réfère peut-être à la pratique des dessein du Dieu souverain – comme ce qui s’est
tombes familiales (où même la mort ne séparait passé pour elle était l’accomplissement du plan de
pas les personnes ensevelies), ou plus simplement Dieu (v. 21).
à l’engagement de rester durant toute sa vie auprès
d’elle. Ces versets, souvent cités lors de l’engagement Rt   1. 20 : Pourquoi Noémi appelle-t-elle Dieu le
au mariage, excluent la perspective d’un divorce. « Tout-Puissant » ?
Beaucoup de formules d’engagement de mariage
contiennent la même promesse. C’est la raison pour Noémi utilise ici le nom de Shaddaï qui signifie
laquelle certains responsables d’Eglise refusent une « le Tout-Puissant ». Elle pense au pouvoir irrésis-
cérémonie religieuse de remariage : ils ne veulent tible de Dieu qui détermine les phases heureuses et
pas entendre une deuxième fois un serment qui n’a malheureuses de la vie. Puisqu’elle se trouve plongée
pas été tenu la première fois. M. Ray, par exemple, dans l’amertume, c’est que le Tout-Puissant l’a décidé
recommandait, dans ces cas, le mariage civil (qui ainsi pour elle.
ne contient pas cet engagement) : que Dieu lui-même Les spécialistes ne sont pas d’accord sur l’origine
mette alors sa bénédiction sur ce nouveau couple ! de ce nom de Dieu. L. Morris mentionne et réfute
 1.20
Rt 298
une douzaine de suggestions dans un Excursus nouveau rempli la vie de Noémi et celle de Ruth
consacré à cette question (Ruth p. 264-268). Ce qui (cf. 1.3, 5-6, 12 ; 3.17 ; 4.15). Ainsi Israël passera du
semble déterminant, c’est l’idée d’un pouvoir auquel vide (Rt 1.1) à la prospérité et la plénitude (1 R 4.20 ;
personne ne peut résister (cf. Gn 28.3 et Ex 6.3). 5.14, 18).
Telle était la pensée de Noémi lors de son retour en
terre d’Israël. Plus tard, elle apprendra à reconnaître Rt   1.21 : Que pense Noémi des épreuves traver-
en lui un Dieu de grâce. sées ?
Elle a une appréciation négative. Au v. 13, elle dit
Rt   1.20 : Pourquoi Noémi propose-t-elle de chan- que Dieu s’est prononcé contre elle, qu’il s’est montré
ger son nom ?
son ennemi. Au v. 20, c’est le Tout-Puissant, celui
Conformément à une pratique commune dans l’An- auquel personne ne peut résister, qui l’a beaucoup
cien Moyen-Orient, un changement de nom reflétait un affligée et a rendu sa vie amère. A présent, elle en
changement de circonstances (cf. Gn 17.5, 15 ; 32.28 ; parle comme de celui qui lui a tout pris, qui se lève
35.18 ; 41.45 ; Nb 13.16 ; 2 R 24.17 ; Dn 1.7). Noémi a en témoin contre elle et lui a fait du mal. Sa situation
demandé que l’on change son nom Noémi (Aimable, est sans espoir et ne pourrait pas être pire.
Plaisante) en Mara (Amère) parce que Dieu avait
rendu sa vie amère (cf. Jb 27.2). Elle dit cela car elle C’est une attitude typique de la dépression de
avait la conviction que tout ce qui arrive vient de la voir tout en noir. Noémi ne pense pas à Ruth qui se
souveraineté du Tout-Puissant. N’empêche que, par la trouve à ses côtés et lui a témoigné de l’amour et de
suite, personne ne l’a appelée de ce nouveau nom. la bonté. Elle se voit comme sur le banc des accusés
et condamnée ; elle ne peut plus rien faire puisque
« Noémi coupe rapidement court à cette joie en Dieu s’est prononcé en témoin contre elle. Elle dit
révélant par un jeu de mots sur son nom la profondeur qu’elle rentre les mains vides, mais le dernier verset
de son désespoir. Elle n’était pas de celles en qui le du chapitre lui donne tort : « Noémi et sa belle-fille
Seigneur trouvait son plaisir et elle changea son nom moabite Ruth, revinrent ». Et c’est ce qui va changer
en : Mara, ‘amertume’, en raison des épreuves qu’elle toute la situation. Même une dépression profonde
avait subies. (Pour le sens de l’appellation : le Tout- comme celle de Noémi n’est pas sans espoir : voir la
Puissant, voir la note précédente). Lorsque Noémi note sur 2.20.
accusait le Tout-Puissant de la traiter durement, elle
oubliait la puissance miséricordieuse du Dieu dont Rt   1. 22 : Pourquoi mentionner la moisson ?
elle se plaignait. Sa vision de Dieu et de son propre
passé était faussée » ( J.G. Baldwin NCB p. 291). « Le narrateur nous prépare à l’épisode suivant,
en ajoutant : au commencement de la moisson de
Rt   1.21 : Ces paroles de Noémi sont-elles justes ? l’orge, qui se faisait en avril. Le calendrier de Guézer,
« Bien qu’elle dise : J’étais dans l’abondance à mon de l’époque de Saül ou David, divise l’année d’après
départ, la famine avait été un désastre à l’époque, et les activités agricoles, et mentionne le ‘Mois de la
maintenant dans le dénuement elle avait l’occasion moisson de l’orge’. Si l’auteur avait écrit des siècles
de vérifier que le Seigneur pouvait pourvoir à ses plus tard, il aurait facilement fait un anachronisme »
besoins. Le texte massorétique dit ici : ‘Le Seigneur ( J.G. Baldwin NCB p. 291).
s’est prononcé contre moi’, c’est-à-dire que les souf- Rt     2. 1 : Pourquoi parler de cet homme riche ?
frances de Noémi sont un signe de la désapprobation
divine » ( J.G. Baldwin NCB p. 291). « Ici le conteur introduit avec adresse un parent
Pourquoi Noémi dit-elle que Dieu s’est prononcé d’Elimélek, vivant encore à Bethléhem. Mais l’hébreu
contre elle ? « ’Dieu a témoigné contre moi’ : c.-à-d. évite l’emploi du mot go’el qui anticipe par trop.
il m’a déclarée coupable par les malheurs dont il Noémi en avait entendu parler, mais n’était pas déci-
m’a frappée. Dans l’idée du peuple, l’infortune était dée à avoir recours à lui. Mentionné à l’avance, ce
toujours un châtiment divin justifié par la conduite fait permet à l’auteur de montrer la façon magnifique
de celui qui était frappé, sans même que celui-ci en dont Dieu interviendra. Booz, dont le nom signifie
connût toujours la raison ; voir les discours des amis probablement ‘en lui est la force’, était un homme
de Job » (BA 3 p. 175). riche. Le terme hébreu suggère : riche en tout. Peut-
être avait-on parlé une fois d’Elimélek en termes
Rt   1.21 : Pourquoi Noémi évoque-t-elle ses mains semblables ! » ( J.G. Baldwin NCB p. 291).
vides ? Booz est décrit comme « un homme riche et
Ces mots soulignent le thème central du livre : puissant ». Cette expression traduit deux mots
plein-vide ; l’histoire raconte comment Dieu a de hébreux : gibbor hayil. Le mot gibbor s’applique à
299 Rt 2.1
des personnes fortes et puissantes, capables d’ac- moissonnait. Mais on lui avait probablement aussi
complir de grandes œuvres, surpassant les autres. Il parlé de propriétaires qui n’étaient pas très coopé-
est parfois traduit par héros (sur le plan militaire). ratifs et faisaient sentir leur déplaisir aux glaneurs.
Le mot hayil parle de richesses, de nombreuses Cela présuppose que Ruth allait demander aux mois-
possessions. Dans Es 9.6, el gibbor est traduit par sonneurs la permission de glaner dans leur champ.
‘Dieu puissant’. « C’est significatif puisque Booz Comme par la suite Booz demandera qui était cette
est vu comme un type du Christ et que le même femme (2.5), ce n’est pas à lui qu’elle s’était adres-
mot est utilisé pour décrire le statut de Booz dans sée, mais au responsable des ouvriers. Ruth avait un
Rt 2.1 et pour le titre du Christ dans Es 9.6 » (P. Enns handicap supplémentaire : elle était une étrangère
Ruth p. 34). venant d’un pays qui n’avait pas bonne presse en
Israël. Sur les douze mentions du nom de Ruth dans
Rt     2. 2 : Quelles étaient les dispositions en faveur le livre, cinq précisent « la Moabite », comme pour
des glaneurs ? que l’on n’oublie pas son statut d’étrangère.
Une veuve n’avait pas beaucoup de possibilités
de gagner son pain, mais la coutume du glanage lui Rt     2. 3 : Comment comprendre l’expression : « par
en ouvrait une. La Loi prévoyait qu’au temps de la hasard » ?
moisson, un propriétaire ne devait pas récolter de la « Au moment décisif de la rencontre de Ruth et
totalité de son champ ni ramasser ce que les mois- de Booz, il n’y a pas de concept théologique. Cette
sonneurs avaient oublié (Lv 19.9 ; 23.22). S’il restait rencontre est décrite de manière très humaine, quoti-
une gerbe, il n’avait pas le droit d’y retourner pour la dienne, et banale, comme une expérience courante
chercher (Dt 24.19) : elle était destinée aux pauvres des gens. Comment est-ce possible ? Comment
qui pouvaient passer par les champs et ramasser tout l’auteur, qui vient d’entendre de la bouche de Noémi
ce qui restait. Des dispositions semblables réglemen- que la main de l’Eternel conduit tous les événements,
taient la vendange (Lv 19.10 ; Dt 24.21) et la récolte peut-il s’exprimer de manière si peu théologique ? La
des olives (Dt 24.20). C’était un bonheur pour Noémi réponse est probablement à chercher dans son habi-
et Ruth d’arriver dans leur nouveau foyer au temps de tude d’être très réservé dans sa formulation des véri-
la moisson. Cela leur permettait d’obtenir immédia- tés théologiques. Il veut raconter, sans s’imposer au
tement quelque nourriture sans avoir à mendier. Le lecteur. Celui-ci doit bien écouter et regarder. Même
droit de glaner ne dépendait pas du bon plaisir du si l’auteur s’exprime de manière banale, il pense de
propriétaire du champ : c’était le droit des veuves, manière divine ce qu’il dit. Le hasard souligne le fait
mais il est évident qu’un propriétaire malveillant qu’aucune intention humaine n’était mêlée à ce qui
aurait trouvé des moyens de contourner cette loi et s’est passé. Pour Ruth et Booz, c’était un hasard, mais
de décourager celles qui viendraient glaner dans son pas pour l’auteur. Il voit la main de Yahvé derrière
champ. D’où peut-être la recommandation de Booz à tout ce qui se passe. Le fait qu’il parle de manière tout
ses ouvriers : que personne ne moleste Ruth (2.9). humaine de cette rencontre souligne sa conviction
« On ne peut pas dire que glaner était un droit des par un effet littéraire spécial qui minore les facteurs
pauvres en Israël. La Loi de Moïse demandait simple- en présence. Le lecteur réagit en se disant : ‘Cela n’est
ment aux propriétaires des terres de ne pas moisson- pas possible. Ce n’était pas un hasard. C’était la main
ner leurs champs trop soigneusement et de laisser de Dieu !’. Cette réaction correspond à l’objectif de
quelque chose pour les pauvres et les étrangers l’auteur » (V. Steinhoff Das Buch Rut p. 268).
(Lv 23.22 ; Dt 24.19). De cette disposition a pu naître
la coutume de laisser les personnes nécessiteuses On trouve presque la même expression dans Ec
suivre les moissonneurs pour ramasser ‘les morceaux 2.14s., mais nulle part ailleurs dans l’AT. « Elle souli-
qui tombent de la table’ (Lc 16.21). Cela pourrait gne la vérité qui dit que les hommes ne contrôlent
s’appeler un ‘droit coutumier’ » (C.T. Goslinga pas les événements, mais que la main de Dieu est
Jos, Jg, Rt p. 529-530). derrière eux alors qu’il accomplit ses desseins. C’est
parce que Ruth est arrivée dans ce champ et pas un
Rt     2. 2b : Pourquoi cette précision ? autre qu’elle a rencontré Booz et cela fut à l’origine
« Ruth projette d’aller seulement là où elle trouvera du mariage et de tout ce qui s’en est suivi (y compris,
un propriétaire bien disposé » (BA 3 p. 175). par exemple, la naissance de David). Notre auteur
pense que Dieu est dans tout cela » (L. Morris
Ruth dit qu’elle ira derrière le propriétaire qui
Ruth p. 270).
l’accueillera aimablement. On lui avait sans doute
mentionné la disposition de la Loi permettant « Comme Booz a déjà été présenté au lecteur,
aux pauvres de glaner dans les champs que l’on l’auteur n’a pas besoin de laisser entendre que,
 2.3
Rt 300
derrière ce ‘hasard’ il y a une direction divine ; même sociales au sérieux » (C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt
si Booz lui-même n’apparaît pas encore. D’ailleurs si, p. 530).
au cours de la journée, il vient inspecter le travail de
Cette salutation nous renseigne sur la piété de Booz
la moisson sur ce champ, pourquoi remarquerait-il
qui imprégnait tous les aspects de sa vie. Les mois-
la pauvre glaneuse qui, de plus, est une étrangère ?
sonneurs lui répondent : « Que l’Eternel te bénisse ! ».
Le fossé qui sépare le riche propriétaire foncier
Cela pouvait n’être qu’une formule, mais même ainsi
israélite de la pauvre mendiante moabite est profond.
elle montre que, dans le peuple, au temps des juges,
Mais aucun fossé n’est si large ni si profond que le
la vie courante demeurait sous le signe de l’alliance
Seigneur ne puisse y jeter un pont. ‘Du haut du ciel,
avec l’Eternel.
l’Eternel regarde la terre. Il voit tous les humains. De
son trône, il observe tous les habitants de la terre. Il Rt     2. 5 : Booz fut-il attiré par la beauté de Ruth ?
a formé leur cœur à tous, et il reste attentif à chacun
de leurs actes’ (Ps 33.13-15) » (H. Lamparter « Le narrateur ne conduit pas le lecteur dans cette
Das Lied der Sehnsucht p. 34). direction. Booz manifeste rapidement son admiration
pour cette femme, en raison de son comportement
Rt     2.  3 : Comment Ruth est-elle arrivée dans le exemplaire.8 » (D. Arnold Ruth p. 97).
champ de Booz ?
« Ne connaissant pas la région, elle a sans doute Rt     2. 7 : Quelle permission spéciale Ruth a-t-elle
suivi les autres femmes vers les champs où les demandée aux moissonneurs ?
hommes coupent le grain à la faucille, tandis qu’el- Le texte dit qu’elle a « demandé de glaner entre
les-mêmes lieraient les gerbes. Tout ce qui resterait les gerbes derrière les moissonneurs ». Cela signi-
serait pour les glaneurs. L’auteur peut voir la main fiait qu’elle avait le droit, non seulement de suivre
de Dieu la conduire dans une pièce de terre qui les moissonneurs après leur ramassage des épis (ce
appartenait à Booz. On est surpris de lire que le qui était son droit de glaneuse), mais également de
riche Booz ne possédait qu’une partie du champ. Il pouvoir passer entre les gerbes et de ramasser les
faut comprendre cependant que, les haies n’existant épis tombés. Cela devait être sous-entendu dans la loi
pas, la terre cultivable était divisée en bandes délimi- relative au glanage, mais cette loi pouvait être inter-
tées par des bornes. Il s’agit dans ce cas d’une de ces prétée de manière plus ou moins stricte, et Ruth ne
bandes » ( J.G. Baldwin NCB p. 291). devait pas la connaître.
Glaner était un travail pénible : pour chaque épi, il
fallait se baisser et le ramasser. C’était aussi un travail Rt     2. 7 : Pourquoi ces précisions données par le
humiliant puisqu’il était celui des plus pauvres, qui chef d’équipe ?
dépendaient de la bonne volonté des moissonneurs. « En tant qu’étrangère, Ruth ne pouvait s’arroger le
Si le travail devait être quelque peu rentable, il fallait droit de glaner ; aussi avait-elle pris soin d’en deman-
beaucoup de zèle et de sueur. « Celui qui, une fois der la permission. Le texte hébreu de la deuxième
dans sa vie, a glané des épis sous l’ardeur des rayons moitié du verset n’est pas très clair. Suivant la LXX
du soleil est guéri à jamais de la tentation de voir sous et la Vulgate, Segond le corrige ainsi : Et depuis ce
des couleurs idylliques l’image de la glaneuse Ruth » matin qu’elle est venue, elle est restée debout
(H. Lamparter Das Lied der Sehnsucht p. 34). jusqu’à présent ; peut-être se reposait-elle quand
Booz arriva, et le contremaître voulut-il témoigner de
Rt     2. 4 : Qu’indiquent ces salutations ? sa diligence » ( J.G. Baldwin NCB p. 291).
« Booz souhaite à ses serviteurs que Dieu soit avec
eux dans leur travail, et ceux-ci lui souhaitent à leur
tour la bénédiction sur le produit de sa moisson. Cette 8 Quelques indices suggèrent néanmoins que Ruth était belle :
salutation mutuelle montre le profond sentiment de (1) Les deux fils d’Elimélek avaient épousé des femmes moabi-
piété que le culte de l’Eternel avait développé au sein tes, probablement païennes au début de leur vie conjugale ;
ainsi, les deux frères avaient désobéi à l’Eternel, attirés sans
du peuple et qui persistait même dans cette époque doute par la beauté des deux femmes. (2) Noémi insinue que
de déchéance » (BA 3 p. 175). ses deux belles-filles veuves sont recherchées par les hommes
« Les salutations qu’échangent les moissonneurs moabites (« Refuseriez-vous d’appartenir à un homme ? »
1.13). (3) Booz estime que Ruth pouvait aisément épouser
avec le propriétaire témoignent des relations amica- un jeune homme pauvre ou riche (3.10). Elle plaît manifes-
les entre eux (des salutations semblables se trouvent tement aux Israélites, malgré sa nationalité. D’un autre côté,
dans Jg 6.12 et Ps 129.8). Booz était un modèle d’Is- la noblesse de cœur de Ruth pouvait séduire bien des hommes
raélite révérant Dieu et prenant ses responsabilités (voir p. 112).
301 Rt 2.7c
Rt     2. 7c : Où Ruth s’est-elle assise un instant ? « L’attitude favorable de Booz peut être expliquée
de plusieurs manières. D’abord, Booz est respectueux
Le texte hébreu peut être rendu de différentes d’autrui. Ensuite, Ruth est sa parente par mariage.
manières. La BS traduit : « elle s’est à peine reposée Troisièmement, Booz admire l’engagement de Ruth.
un instant » et, en note : « Certains comprennent : ne Or toute l’éthique sociale en Israël est conçue pour
s’est assise qu’un moment à la maison ». Laquelle ? aider ceux qui cherchent à sortir de leur misère…
Etait-ce : « sa maison » ? Mais celle-ci devait être trop Le système du glanage permet aux pauvres de
loin pour aller s’y reposer un instant. Les habitations survivre, mais il n’encourage pas la paresse… Pour
étaient groupées dans des villages où elles étaient survivre, Ruth doit travailler. Elle en a les moyens, et
protégées, les champs étant autour des agglomé- Booz veille à ce que ses conditions de travail soient
rations. Une maison isolée était très rare à cette honorables.
époque. C’est pourquoi, il vaut mieux suivre le texte
de la LXX qui dit : « du matin jusqu’au soir, elle ne « De plus, Booz avait entendu parler de Ruth
s’est pas reposée un instant dans les champs », ou (parente par mariage) » (D. Arnold Ruth p. 99).
alors imaginer une tente pour abriter du soleil, un « Booz a déjà entendu maints rapports favorables
abri provisoire adjacent au champ. sur Ruth (v. 11), mais il ne l’avait jamais vue. C’est
pourquoi il lui a parlé aimablement » (C.T. Goslinga
Rt     2. 8-16 : Comment ce passage témoigne-t-il de Jos, Jg, Rt p. 531).
l’attitude de Booz à l’égard de Ruth ?
« Approbateur, Booz s’adresse lui-même à Ruth,
« Ces versets nous montrent le développement des l’exhorte à rester sur ses terres, et lui promet une
sentiments de Booz à l’égard de Ruth. Déjà favorable- protection spéciale. De toute évidence, la jeune
ment disposé envers elle avant de la connaître, – car femme ne pouvait s’attendre à être traitée avec
il avait entendu parler de ce qu’elle avait fait pour respect ; elle n’avait aucun droit à l’eau précieuse
Noémi, – il est fortifié dans ses bonnes dispositions qu’on devait apporter du puits, souvent en petite
en la voyant au travail et grâce aux louanges des quantité. Ici, ce sont des jeunes hommes qui tirent
moissonneurs, puis tout à fait gagné par l’humilité l’eau, contrairement à l’usage. La générosité de Booz
avec laquelle elle répond à ses paroles bienveillantes bouleverse Ruth » ( J.G. Baldwin NCB p. 292).
et à ses recommandations. Aussi ne la traite-t-il bien-
tôt plus comme une simple glaneuse, mais comme un Rt     2. 8 : Pourquoi : « ma fille » ?
membre de sa maison, en l’invitant (v. 14) à partager Cette appellation nous montre que Booz était bien
le repas commun. Il en vient même (v. 15 et 16) à lui plus âgé que Ruth. Il le confirmera lui-même lorsqu’il
accorder des privilèges qui paraissent trahir plus que la louera de ne pas avoir choisi des hommes jeunes
de la bienveillance » (BA 3 p. 176). pour se remarier (3.10). En même temps, c’est un
terme d’affection auquel Ruth devait être sensible.
Rt     2. 8-9 : Pourquoi ces égards de Booz ?
« Booz est plein d’égards envers Ruth. Il l’invite Rt     2. 9 : Pourquoi suivre les femmes ?
chaleureusement à rester dans son champ et à y reve- Les hommes coupaient les tiges, les femmes
nir ; à profiter aussi du puits pour se désaltérer. Il a suivaient pour ramasser les épis et les lier en gerbes.
même ordonné à ses ouvriers (le verbe est au passé) Les glaneuses ramassaient ce qu’elles avaient oublié.
de ne pas importuner la jeune femme.9 Une double
négation renforce l’interdiction.10 Malgré le bon Rt     2. 9 : Quels sont les conseils de Booz à Ruth ?
climat qui règne parmi les ouvriers, certains pour- Il lui demande d’abord de suivre les femmes
raient être animés de sentiments xénophobes et Booz qui ramassent les épis ; ainsi elle sera la première
veut mettre Ruth à l’abri de tout geste déplacé.11 glaneuse et aura toutes les chances d’avoir une bonne
9 Il a dû donner cet ordre au responsable avant de s’adresser à récolte. Les femmes suivaient de près les moisson-
Ruth. neurs. S’en approcher de trop près les exposait à
10 Contrairement au français, une double négation en hébreu être molestées. Booz leur donne des ordres pour
n’annule pas l’interdiction, mais la renforce. qu’ils n’ennuient pas Ruth. Ensuite il pense au travail
11 La redondance de l’origine de Ruth dans la bouche du serviteur
harassant du glanage sous le soleil brûlant ; ses
au v. 6 (« la jeune moabite… de la campagne de Moab ») est
peut-être un indice de l’origine « problématique » de Ruth. Le
serviteurs et ses servantes ont de quoi boire : ils ont
serviteur responsable la décrit favorablement, mais d’autres apporté de l’eau, puisée au village, dans des cruches.
ouvriers pourraient avoir des sentiments haineux à son égard Si Ruth devait y aller, elle perdrait un temps précieux.
(cf. p. 42-43, Dt 23.4-5). D’ailleurs, aurait-elle une cruche pour puiser de
 2.9
Rt 302
l’eau ? Booz pense à tout cela et lui donne la permis- « La belle métaphore : le Dieu d’Israël sous les
sion de se servir à la cruche commune remplie par ailes duquel tu es venue te réfugier, est souvent
ses serviteurs. reprise dans les Psaumes, et par Jésus dans Mt 23.37.
Quand une mère poule étend ses ailes sur ses petits
Rt     2. 11-12 : Que signifie cette réponse de Booz ? pour les protéger, le prédateur ne peut plus les voir.
Ruth a exprimé son étonnement devant la Le Seigneur prend encore bien plus soin de ceux qui
gentillesse avec laquelle Booz l’a accueillie alors se réfugient en Lui, et il les défend » ( J.G. Baldwin
qu’elle n’est qu’une étrangère. Booz lui répond qu’il NCB p. 292).
a appris tout ce qu’elle a fait pour Noémi. Au village, « ‘Le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es
les nouvelles circulent vite et il n’y a en pas tant à venue te réfugier !’ Cet idiome évoque un petit oiseau
partager. Noémi a dû parler à ses voisines de la bonté se blottissant sous les ailes de sa mère, une image
de Ruth et des raisons pour lesquelles elle est venue poignante pour représenter l’accueil réservé par le
avec elle, abandonnant son pays et sa parenté. Booz, Dieu rédempteur. Le verset résume admirablement
sachant cela, a été favorablement disposé à l’égard un enseignement-clé de ce livre sur la personne de
de cette étrangère. A-t-il pensé à Abram qui a aussi l’Eternel » (D. Arnold Ruth p. 100).
quitté son pays natal pour se rendre dans une terre
inconnue ? L’auteur du livre semble y avoir pensé : Rt     2. 13 : Qu’impliquent ces paroles de Ruth à
Ruth est partie « sans savoir où il (elle) allait » Booz ?
(Gn 12.1). Abram était accompagné par Sara qui était
stérile (Gn 11.30). La récompense d’Abraham sera Ruth reconnaît le privilège qui lui est accordé et
un héritier par lequel l’alliance entre Dieu et les elle en est profondément touchée et réconfortée.
hommes s’accomplira un jour (Ga 3.16). La récom- Peut-être était-ce la première marque de bonté et de
pense de Ruth sera semblable : par le fils que l’Eternel faveur divine depuis la mort de son mari ? Elle devait
lui donnera, la lignée du Messie conduira au Christ faire face au veuvage, à l’exil dans un pays inconnu
(Mt 1.5). Booz ne se doutait pas, à ce moment-là, que et à la pauvreté. Sans doute avait-elle abordé cette
l’exaucement de sa prière passerait par lui. journée avec appréhension : comment sera-t-elle
reçue ? En tant qu’étrangère, lui permettra-t-on même
Partir pour vivre chez un peuple qu’on ne connaît de bénéficier des droits des Israélites ou la renverra-
pas est un risque que Ruth a pris par amour pour t-on ? Et voilà que cet homme va au-delà du droit
Noémi. C’est pourquoi Booz termine par une prière strict et lui accorde tous ces bienfaits ! C’est pourquoi
à l’Eternel, lui demandant de la récompenser. Il elle emploie un idiome hébraïque significatif : « tu as
emploie l’image d’un petit oiseau venant se réfugier parlé à mon coeur ».
sous les ailes de sa mère pour être protégé : image de
confiance et de sécurité (cf. Ps 17.8 ; 36.8 ; 63.8). Rt     2. 14ss. : Quelles nouvelles faveurs Booz
L’auteur donne aussi à cette bénédiction une forme accorde-t-il à Ruth ?
poétique (comme dans 1.16s.) pour marquer que le Normalement, les glaneuses rentraient dans leur
point culminant du chapitre est atteint ici : foyer, à moins qu’elles aient apporté de quoi manger.
« Que l’Eternel te récompense pour ce que tu as Booz, voyant sans doute qu’elle n’avait pas apporté
fait que le Dieu d’Israël, de provisions, l’invite à manger avec ses serviteurs.
Il lui offre du pain et lui demande de le tremper
sous les ailes duquel tu es venue pour t’abriter, dans la boisson faite de vin acidulé et d’huile. Il lui
t’accorde un plein salaire ! » propose des épis grillés pris sur la moisson et rôtis
sur le feu. Il lui en offre même une quantité telle que
Rt     2. 12b : Que signifie cette métaphore ? non seulement elle peut se rassasier, mais qu’il lui en
« Ces paroles rappellent l’image de l’aigle dans reste pour l’apporter à sa belle-mère. Puis il donne
Ex 19.4 et Dt 32.11. Nous pouvons voir que Booz se l’ordre à ses serviteurs de la laisser glaner entre les
réjouit profondément du fait qu’une Moabite se soit gerbes. Les glaneurs devaient généralement attendre
tournée vers le vrai Dieu et il croit que l’espérance de que les moissonneurs aient fini leur travail et que les
Ruth ne sera pas déçue. Après cela, Ruth se recom- servantes aient noué les gerbes. Booz semble permet-
mande à la bonne volonté de Booz (v. 13) et utilise tre à Ruth d’anticiper sur ces opérations et de glaner
exactement les mêmes paroles que celles de Jacob à directement après que les serviteurs avaient coupé
Esaü dans Gn 33.15 en le remerciant pour ses paroles l’orge avec leur faucille. Cela suppose que Ruth les
aimables et réconfortantes » (C.T. Goslinga Jos, suivait de près, risquant de gêner leur travail, ce qui,
Jg, Rt p. 532). en principe, aurait dû lui valoir d’être rabrouée par
303 Rt 2.14ss
les moissonneurs. C’est pourquoi Booz le leur inter- que c’est à lui qu’elle le devait. Cela lui a permis de
dit. Il va encore un peu plus loin en leur demandant glaner une quantité exceptionnelle pour une jour-
de laisser tomber exprès quelques épis des javelles née » (C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt p. 533).
pour qu’elle puisse les ramasser. Cette attitude témoi-
gne d’un réel souci des pauvres selon l’esprit de la Rt     2. 17 : Combien le travail de Ruth lui avait-il
loi et pas seulement de sa lettre. Cependant, il ne lui rapporté ?
donne pas de gerbe : il respecte sa dignité et il ne la « Après avoir glané jusqu’au soir, Ruth bat ensuite
rabaisse pas au niveau d’une mendiante. Ce qu’elle sa récolte qui s’élève à un épha, soit 13 à 22 kg.12
emporte le soir est le produit de son travail effectué ‘Puisque la nourriture d’un ouvrier mâle dans l’an-
en toute légalité. cienne Mari13 était d’environ 500 gr à 1 kg de grain
par jour, Ruth a probablement récolté assez de grain
Rt     2. 14 : En quoi consistait le repas ? pour elle et Noémi pour plusieurs semaines’(Huey
« Le repas de pain et de vinaigrette (c.-à-d. d’un p. 532). Selon Harrison (p. 184), la moitié de cette
mélange de vinaigre et d’huile) était complété par du quantité était considérée comme amplement suffi-
grain grillé, ici des grains d’orge rôtis sur le feu. Ruth sante pour une glaneuse » (D. Arnold Ruth p. 102).
s’assied avec les moissonneurs et reçoit ce supplément D’après V. Steinhoff, un épha correspond à
de nourriture, dont elle garde une part pour Noémi. 36,4 litres ou 21,840 kg (Das Buch Rut p. 277).
Peut-être ce geste pousse-t-il Booz à ordonner à ses Cela permettait à Ruth et à sa belle-mère de manger
hommes de lui laisser, volontairement, davantage pendant plusieurs semaines. Que Ruth ait pu glaner
d’épis à glaner » ( J.G. Baldwin NCB p. 292). une telle quantité montre, d’une part, qu’elle a
« Cette vinaigrette était une boisson acide, compo- travaillé dur, d’autre part, que les serviteurs de Booz
sée de vin aigri et d’un peu d’huile, très rafraîchis- ont respecté les ordres de leur maître.
sante et encore en usage en Orient. On y retrouve
également la coutume de manger des grains rôtis Rt     2. 17 : Comment Ruth a-t-elle battu ce qu’elle
(Lv 2.14). Robinson, qui a assisté lui-même à une avait ramassé ?
scène de moisson et mangé avec les moissonneurs, Lorsqu’on avait peu de récolte, on la battait au
dit dans son ouvrage sur la Palestine : ‘Au temps de la fléau, c.-à-d. avec un bâton recourbé, comme Gédéon
moisson, les grains de froment qui ne sont pas encore qui a battu son blé dans un pressoir (Jg 6.11). De
entièrement secs et durs sont rôtis dans une poêle ou plus grandes quantités étaient battues par des bœufs
sur une pierre plate et fournissent un aliment très tirant de lourds traîneaux garnis de pierres ou de
agréable’ » (BA 3 p. 176-177). pointes de fer (Dt 25.4 ; Os 10.11). Hébreu : Il y eut
La vinaigrette est aussi la boisson mentionnée dans environ un épha d’orge. L’épha était une mesure de
la prophétie concerne le Christ en croix (Ps 69.22). capacité pour les solides. Il contenait environ 36 l.
Dans son accomplissement (Lc 23.36), c’est dans un D’où le v. 19.
sens négatif que cette boisson est évoquée. Au temps
de Ruth, on la diluait et l’on y trempait son pain. Rt     2. 19-20 : Que signifie cette bénédiction ?
Lorsque Noémi voit la quantité d’orge que Ruth
Rt     2. 15-16 : Quelle est la différence avec l’autori- a rapportée et quand elle apprend qu’elle a glané
sation donnée au v. 7 ? dans le champ de Booz, elle s’exclame deux fois :
« Ce v. suppose une faveur particulière dépassant « Que l’Eternel le bénisse ! ». Demander à Dieu de
celle qui lui avait été accordée au v. 7 ; cp. le mot : bénir quelqu’un, c’est souhaiter qu’il lui accorde sa
aussi. Nous sommes donc forcés de donner ici à présence, sa grâce et sa protection. Dieu avait dit :
l’expression entre les gerbes un autre sens qu’au « ils mettront mon nom sur les Israélites » (Nb 6.23-
v. 7. Il est probable que la différence repose sur 27), ce qui voulait dire qu’il leur accorderait son
l’expression derrière les moissonneurs au v. 7 (ceux assistance et une vie abondante (Gn 49 ; 1 S 9.13 ;
qui forment les gerbes avec les épis coupés). Ici Ruth Es 66.3).
reçoit l’autorisation de marcher avec eux au moment La bénédiction amène essentiellement trois consé-
où ils forment les gerbes. Et même, ordre est donné quences : 1° une nombreuse descendance. Dieu avait
aux moissonneurs de laisser comme par mégarde
des épis qu’ils auront tirés des javelles (Dt 24.19) » 12 « Si Ruth n’avait pas battu ce qu’elle avait glané… elle aurait dû
(BA 3 p. 177). faire deux ou trois voyages pour transporter les épis… Or Ruth
était peut-être effrayée d’aller seule sur les routes » (Scherman
« Booz a utilisé une ruse aimable pour donner à & Zlotowitz p. 97).
Ruth un surplus occasionnel sans lui laisser savoir 13 Cité antique de Mésopotamie.
 2.19-20
Rt 304
dit au premier couple : « Soyez féconds et multipliez- Rt     2. 20 : Que signifiait cette coutume d’un
vous » (Gn 1.28 ; cf. 9.1). Telle est aussi la bénédiction « homme qui a le droit de racheter » ?
promise à Abraham (Gn 12.2 ; 13.16). David reçoit la
L’homme qui a le droit de racheter (goël) pouvait
promesse que sa dynastie subsistera éternellement
intervenir de diverses manières. 1° Si un Israélite
(2 S 7.29). 2° une abondante richesse (Gn 24.35 ;
devenait pauvre au point qu’il devait vendre sa terre,
Dt 28.1-13). 3° la victoire sur les ennemis (Gn 27.29 ;
cet homme avait le droit de la racheter et de la rendre
49.8-12, 22-26 ; Dt 28.7).14
à celui qui l’avait vendue pour qu’elle demeure dans la
Rt     2. 19 : Pourquoi Noémi semble-t-elle surprise ? famille. De toute manière, même si elle était vendue à
un étranger, elle revenait à son premier propriétaire
« D’habitude, la récolte d’un glaneur, après une lors de l’année du jubilé. 2° Si un Israélite s’était
longue journée de travail sous un soleil brûlant, endetté et qu’il était devenu esclave de son débiteur,
n’était pas grosse. Mais Ruth battit près d’un épha le goël pouvait le racheter et le libérer de l’esclavage
d’orge (environ 22 kg.). De plus, elle apportait à (Lv 25.47-55). 3° Si un Israélite avait été assassiné,
Noémi le grain grillé mis de côté. son proche parent devait le venger en tuant le meur-
trier (Nb 35.12-27 ; Dt 19.6). 4° Dieu est le Rédemp-
« Dans quel champ as-tu travaillé ? Le Professeur teur d’Israël : il rachète les orphelins et les veuves
D. Winton Thomas a soutenu que le verbe hébreu (Pr 23.11), son peuple tombé esclave en Egypte
‘asah utilisé dans ce contexte signifie ‘se tourner’ (Ps 74.2 ; 106.10) ; il rachètera aussi Israël de la
et la conjonction veut dire ‘par où’, plutôt que Babylonie (Es 44.22 ; Mi 4.10). Il rachète David de
‘où ?’ (The Bible Translator, octobre 1966, vol. 17, ses ennemis (Ps 69.19). Il rachète les siens du Chéôl
N° 4). Selon sa traduction, l’interrogation de Noémi est (Ps 103.4) et de la tribulation (Es 43.1) et nous
plus précise : ‘et vers quel lieu t’es-tu dirigée ?’ » rachète par la mort du Christ (Jb 19.25 ; Es 52.3).
( J.G. Baldwin NCB p. 292). (D’après P. Enns Ruth p. 44).
Rt     2. 20 : De quoi cette parole de Noémi témoigne- Rt     2. 20 : Quelles sont les pensées sous-jacentes à
t-elle ? ces réponses de Noémi ?
« Lorsque Ruth nomme l’homme qui a été bon Noémi mentionne l’Eternel, deux fois dans une
envers elle, Noémi est bouleversée. En un instant, prière de bénédiction et une fois pour reconnaître
elle regagne lsa confiance en Yahvé qu’elle avait que tout cela vient de lui : il n’a cessé d’être bon aussi
perdue depuis des années. Son amertume disparaît, bien pour les vivants qu’il l’a été autrefois pour ceux
puisqu’elle se trouve en présence de la bonté de qui maintenant sont morts. Il n’y a dans ces paroles
l’Eternel. Comme elle en est subjuguée, elle prononce aucune trace de prière pour les morts, simplement de
une bénédiction qui s’adresse en fait à l’Eternel qui la reconnaissance pour ce que Dieu a fait pour eux.
a manifesté sa bonté au travers du comportement de Nous pouvons aussi, en pensant à nos morts, remer-
Booz » (V. Steinhoff Das Buch Rut p. 279). cier Dieu pour ce qu’il a été pour eux et des bienfaits
Nous pouvons comparer cette parole de bénédic- dont nous avons bénéficié au travers d’eux.
tion à celle qu’a prononcée le serviteur d’Abraham, Noémi voit une nouvelle preuve de la faveur de
parti afin de chercher une épouse pour Isaac, Dieu dans le fait que Ruth ait été dirigée vers le
lorsqu’il a découvert Rébecca : « Il dit : Loué soit champ, non d’un inconnu, mais de quelqu’un qui fait
l’Eternel, le Dieu d’Abraham mon maître, qui n’a partie de sa parenté par alliance. En tant que tel, il a
cessé de témoigner sa bonté et sa fidélité à mon aussi le devoir de prendre soin de sa lignée. Il est un
maître » (Gn 24.27). goël, quelqu’un qui a le droit et le devoir de rache-
La confiance en Dieu retrouvée s’exprime de façon ter. Il doit racheter un parent tombé en servitude
encore plus précise lorsque Noémi dit que « Dieu (Lv 25.48s.) ou un champ appartenant à un parent
n’a cessé d’être bon envers les vivants comme il l’a décédé (Lv 25.25). Cette disposition découle du fait
été envers ceux qui sont morts ». Si nous comparons que les Israélites n’étaient pas les propriétaires des
ces paroles à celles qu’elle a prononcées en rentrant terres du pays de Canaan. Tout le pays appartenait à
à Bethléhem, nous pouvons penser qu’il y a de l’es- Dieu ; ils en étaient les gérants. Ils ne pouvaient pas
poir même pour ceux qui passent par une profonde vendre leurs propriétés. S’ils n’avaient plus d’argent,
dépression. ils pouvaient vendre les récoltes de leur champ
jusqu’à la prochaine année du jubilé. Son prix était
14 D’après E. Jacob Theology of the OT (New York, Harper & Row calculé suivant le nombre d’années qui restaient
1958 p. 179). d’ici-là. Si la situation financière de l’homme appauvri
305 Rt 2.20
s’améliorait, il était obligé de racheter son champ ou, que Booz passerait la nuit sur l’aire pour protéger
s’il ne pouvait pas le faire, son goël devait le faire sa récolte. Lavée, ointe d’huiles aromatiques, Ruth
pour lui, car la terre devait rester aux mains de la dut mettre ses meilleurs habits, ou plus vraisem-
famille. D’après Rt 4.3s., la rédemption de la terre blablement une grande cape qui la protégerait de
est mentionnée avant celle de la femme. Si un meur- la fraîcheur de la nuit et lui permettrait de garder
tre avait été commis, le goël devait le venger. C’est l’incognito jusqu’au moment opportun. Les ordres
pourquoi il était aussi appelé « le vengeur du sang » de Noémi sont très précis et suivent certainement
(Nb 35.19). L’ordre dans lequel les « racheteurs » une coutume acceptée. Le texte insiste sur ce fait :
devaient entrer en fonction est précisé dans Lv 25.48- Ruth se conforme à tout ce que sa belle-mère lui a
49 : « l’un des frères, son oncle ou son cousin, ou tout commandé. Ainsi il est clair qu’on ne peut blâmer la
autre membre de sa parenté proche ou éloignée ». jeune femme de s’être introduite sur l’aire de battage.
Noémi avait un champ qu’elle voulait vendre ; il Peut-être même lui a-t-il fallu du courage pour
devait être racheté pour qu’il reste dans la famille. obéir. On pouvait s’attendre à ce que Booz se retire
Cette notion de rachat apparaît un grand nombre de de bonne humeur et dorme profondément, après le
fois dans le livre (2.20 ; 3.9, 12 [deux fois] ; 4.1, 3, traditionnel festin de la fin de la moisson. En décou-
4, 6, 7, 8, 14) sous différentes formes (verbales ou vrant les pieds de Booz, elle s’assurait qu’il allait
nominales). finalement se réveiller et la remarquer. Alors elle
pourrait lui présenter tranquillement sa requête »
Ce v. marque un tournant dans l’histoire : Noémi ( J.G. Baldwin NCB p. 292).
discerne dans la coïncidence de cette rencontre la
main de Dieu et voit renaître son espérance en sa Rt     3. 1-5 : Comment ce plan est-il né dans l’esprit
bonté. de Noémi ?
« Lorsque Noémi explique à sa belle-fille que Pendant que Ruth est en train de glaner des épis
cet homme est un de leurs plus proches parents, sur le champ de Booz, Noémi est occupée à prépa-
elle emploie le mot go’el ; déjà elle prévoit la rer leur repas du soir. Elle a beaucoup de temps
possibilité d’un rapprochement permis par Dieu » pour réfléchir. Son souci se concentre sur Ruth :
( J.G. Baldwin NCB p. 292). comment lui assurer un avenir (cf. 1.9ss) ? Dans la
rencontre inattendue de Ruth avec Booz, elle perçoit
Rt     2. 23 : Combien de temps Ruth resta-t-elle avec une direction divine : ce riche propriétaire a, de par
les serviteurs de Booz ? sa parenté avec la veuve du fils d’Elimélek, le devoir
Le texte dit qu’elle resta « jusqu’à la fin de la mois- d’agir comme ‘rédempteur’ envers elle. D’après
son des orges, puis de celle des blés ». Les deux mois- le récit de la rencontre que Ruth lui a faite, Noémi
sons duraient normalement sept semaines, depuis la conclut que Booz lui a témoigné de la bienveillance,
fin avril jusqu’au début de juin. qu’il l’a considérée avec estime et attention. L’idée
germe alors en Noémi d’un éventuel mariage entre
Rt     3 : Comment comprendre ce chapitre ? Booz et Ruth, une idée qui s’affermit avec le temps
et qui lui inspire une stratégie pour que l’intéressée
Pour le comprendre, il faut savoir que, d’après la pose directement la question à Booz.
coutume des Hébreux et des nations environnantes,
Ruth était déjà considérée comme étant virtuelle- Noémi a dû collecter ses informations auprès des
ment la femme du plus proche parent qui avait droit voisines de Bethléhem. Elle sait que Booz s’occupera
de rachat sur elle. Aucune cérémonie de mariage ce soir du vannage de l’orge. D’après les habitudes
n’était nécessaire pour exercer les droits conjugaux ancestrales, il restera sur l’aire et dormira à côté des
(Dt 25.5). Peut-être que Noémi ignorait qu’il y avait un précieux grains pour les protéger contre de voleurs
parent plus proche que Booz, ou elle considérait ce éventuels. C’est le moment d’agir ! D’où ses instruc-
qui s’était passé (ch. 2) comme une indication divine tions à sa belle-fille pour qu’elle s’approche de lui
désignant Booz comme le rédempteur indiqué. sans témoin et lui pose la question relative à son
avenir.
Rt     3. 1-6 : Que signifient toutes ces précisions ? Pourquoi ce détour ? Noémi n’aurait-elle pas pu
« Les mariages étaient arrangés par les parents. aller discuter avec Booz elle-même ? Si l’on songe
Il était convenable que Noémi prît l’initiative de au fossé social qui sépare la pauvre veuve du riche
procurer à Ruth la sécurité d’un foyer. La moisson propriétaire et que l’on se reporte aux conditions de
s’achevait et le battage de l’orge était en cours. Noémi l’époque, on comprend pourquoi cette démarche a
avait soigneusement établi ses plans et s’était assurée paru impossible à Noémi. Jusqu’à présent, Booz n’a
 3.1-5
Rt 306
vu en Ruth qu’une pauvre fille étrangère, obligée Rt     3. 1 : Qu’entendait Noémi par le « repos » ?
de mendier le droit de glaner sur son champ. S’il la
Noémi dit à Ruth qu’elle veut chercher pour elle
découvre lavée, parfumée et bien habillée à ses pieds,
« un lieu de repos » (BS : « une situation qui te rende
il la verra sous un tout autre angle : comme femme,
heureuse »). L’hébreu utilise le mot manoah, un
susceptible de devenir une épouse.
synonyme de manuha que Noémi a déjà employé en
Etait-ce un bon plan inspiré par Dieu ? L’auteur ne parlant à Orpa et Ruth pour les engager à rentrer en
se prononce pas. Ce qui frappe, c’est que le nom de Moab afin de chercher un mari et s’assurer un foyer
l’Eternel, qui pourtant revient si souvent dans les paro- pour l’avenir (1.9). Noémi montre ainsi son souci
les de Noémi (1.8s. ; 1.13 ; 1.21 ; 2.20), n’apparaît pas d’assurer à Ruth un avenir rangé qui lui offre la
ici. Cette idée est bien celle de Noémi. A-t-elle pensé sécurité.
– comme Sara (Gn 16.1ss) – devoir y mettre du sien C’est le but de Dieu pour ses enfants : assurer le
pour aider Dieu dans la réalisation de son dessein ? repos de leur esprit, leur âme, leur corps, et de leurs
Elle aurait aussi pu placer son entière confiance nerfs : que disparaisse l’insécurité et l’inquiétude. Le
en Celui qui dirige à son gré le cœur des hommes fait d’avoir une patrie, un foyer, la sécurité, un sens
(Pr 21.1). Elle n’a peut-être pas songé qu’elle mettait à sa vie y contribue aussi. Dieu avait promis à Moïse
Ruth dans une situation scabreuse, voire dangereuse. et à son peuple : « Ma face ira, et je te donnerai du
A-t-elle pensé à toutes les réponses possibles de Booz repos » (Darby) = « Je marcherai moi-même avec
lorsqu’elle a dit à Ruth, après lui avoir demandé de toi, et je te donnerai une existence paisible (BS) »
se coucher aux pieds de Booz : « Il te dira ce que tu (Ex 33.14).
devras faire » ? On peut dire, en tout cas qu’elle avait
une très grande confiance en Booz et en sa rectitude Rt     3. 1 : Que voulait dire Noémi ici ?
morale. Ruth aussi avait cette confiance en lui et en
sa belle-mère lorsqu’elle lui a répondu : « Je ferai tout « Noémi sent que c’est à elle de pourvoir à l’ave-
ce que tu me dis ». L’a-t-elle fait par pure obéissance nir de celle qui s’est dévouée pour elle. Et pour
envers son aînée ou à cause d’une secrète affection cela elle fait usage d’une coutume établie en Israël.
pour Booz ? Cela ne semble pas intéresser l’auteur. Ce La loi voulait que, lorsqu’un Israélite avait vendu sa
qui lui importe, c’est qu’avec ou sans la collaboration propriété (non toutefois le fonds, qui restait inalié-
des hommes, le dessein de Dieu se réalise. (D’après nable, mais toute la série des récoltes qui devaient se
H. Lamparter Das Lied der Sehnsucht p. 40-43). succéder jusqu’à la prochaine année du jubilé), lui-
même ou, à défaut, l’un de ses proches parents, eût
en tout temps le droit de la racheter (Lv 25.25-27). Il
Rt     3. 1-4 : Que penser du plan de Noémi ? est probable qu’Elimélek et Noémi avaient vendu leur
Noémi est impatiente. Par son projet, elle risque propriété en partant pour le pays de Moab. Revenue
de tout gâcher. « Mais ni la sagesse des hommes ni en Israël, il est naturel que Noémi cherche un proche
leur bêtise ne peuvent empêcher le dessein de Dieu parent qui lui permette d’en jouir de nouveau. Mais
de réussir. L’Eternel est Maître des humains et des à ce désir s’ajoute celui de procurer un mari à sa
circonstances, de sorte que la volonté et l’action des belle-fille. C’est ce que la loi lui permettait et même
hommes, quelque rusés, entêtés ou même malinten- l’obligeait à faire. La loi voulait qu’une veuve restée
tionnés qu’ils soient, ne peuvent contribuer qu’à la sans enfants devienne la femme du frère de son mari
réussite de son dessein (cf. Gn 27.1ss ; 45.5 ; 50.20 ; défunt, afin que le premier enfant mâle naissant de
Es 28.29). La parenté intime de l’histoire de Ruth cette union perpétuât la famille de celui-ci, qui sans
avec celles des patriarches est particulièrement frap- cela se serait éteinte (Dt 25.5-6). L’usage paraît avoir
pante sur ce point » (H. Lamparter Das Lied der étendu cette prescription à l’ensemble des parents du
Sehnsucht p. 47). défunt et l’avoir mise en rapport avec la loi relative
aux propriétés de famille. C’est ce qui incite Noémi
Rt     3. 1 : A quel moment se situe cette intervention à faire cette proposition à Ruth. Nous ne savons
de Noémi ? quel était le degré de parenté qui unissait Mahlôn à
Booz. Noémi ne pouvait guère ignorer qu’il existait
Rt   2.23 dit que Ruth est restée avec les servantes de un parent plus rapproché ; mais la bienveillance que
Booz jusqu’à la fin de la moisson de l’orge et du blé. Booz avait témoignée à Ruth lui faisait penser que
Dans 3.2, Noémi dit que Booz devait vanner l’orge. Il c’était lui, plutôt que l’autre, que la Providence avait
semblerait donc que cet épisode se situe à la fin des choisi pour son ‘goël’ ; c’est le nom hébreu donné
deux moissons, que l’orge et le blé aient été amassés à celui qui avait le droit de mariage ou de rachat »
sur l’aire et que Booz les ait vannés en même temps. (BA 3 p. 178).
307 Rt 3.1
« Il semble qu’à l’époque de Noémi, la coutume ait Rt     3. 4-8 : Cet appel au lévirat correspond-il à la
été plus large que la loi. Elle étendait apparemment loi de Dt 25.5-10 ?
l’obligation (du lévirat) aux parents les plus proches La loi de Dt 25 précise que si le mari d’une femme
– bien que cela ne fût pas contraignant – s’il n’y avait meurt sans laisser de descendant, le frère de cet
pas de frère vivant (voir 4.5-6) » (C.T. Goslinga homme doit l’épouser et lui susciter un enfant qui
Jos, Jg, Rt p. 535). portera le nom du premier mari. Cette loi ne s’appli-
Rt     3. 2 : En quoi consistait ce vannage ? quait pas au cas de Ruth puisque le frère de son mari
était aussi mort au pays de Moab.
L’orge était battue par les animaux durant la jour- Dans ce cas, les obligations du lévirat s’appli-
née. On profitait de la brise du soir pour la vanner, quaient au cousin le plus proche.
c.-à-d. que l’on jetait en l’air des pelletées de grains
mélangés à la paille et à la bale. Le vent emportait ces 1. A cette obligation de susciter une descendance au
dernières, le grain, plus lourd, retombait sur l’aire. défunt était rattachée celle de racheter les terrains qui
lui appartenaient. Cette obligation ne se déduit pas de
Rt     3. 2 : Pourquoi Booz va-t-il vanner son orge le Dt 25, mais de Lv 25.25 : « Si ton compatriote devient
soir ? pauvre et doit vendre une partie de son patrimoine
foncier, un proche parent qui a le droit de rachat
La réponse à cette question est liée aux conditions
pourra racheter ce que son parent aura vendu ».
atmosphériques de l’endroit. L.P. Smith dit qu’en été,
le vent souffle de 4 à 5 h du soir jusque peu après le 2. Dans le cas d’une veuve non israélite (Ruth était
coucher du soleil. Ces conditions sont les plus favora- dans cette situation), il était légitime de refuser ce
bles pour vanner. (D’après L. Morris Ruth p. 285). devoir envers le mari défunt, car un certain discrédit
était rattaché aux descendants des Moabites. Dt 23.3
Rt     3. 2 : Qu’était cette aire ? décrétait : « Les Ammonites et les Moabites ne seront
« En Palestine, les aires sont encore aujourd’hui jamais admis dans l’assemblée de l’Eternel, pas même
établies en plein air. Elles consistent en une place leurs descendants de la dixième génération ».
unie circulaire de cinquante pieds de diamètre 3. Que ce soit pour cette raison ou parce que Ruth
environ, dont le sol a été fortement foulé et durci. Le ne voulait pas humilier le premier goël, il ne fut pas
vannage se fait le soir et jusque pendant la nuit pour obligé d’ôter sa sandale et elle ne lui a pas craché au
profiter de l’air frais qui se lève à ce moment-là (voir visage.
Gn 3.8) et qui emporte la balle. Pendant les semaines 4. Les principes de base de la loi du lévirat étaient
où l’on bat le grain, les agriculteurs ont l’habitude donc respectés. Ruth a dû volontairement renoncer à
de dormir dans les aires pour garder la récolte » accomplir les gestes humiliants de Dt 25 – d’autant
(BA 3 p. 178). plus qu’un autre goël s’était présenté qui acceptait
de l’épouser et dont elle avait déjà pu apprécier la
Rt     3. 3 : Pourquoi ce « descends vers l’aire » ? bonté. (D’après G. Archer BD p. 167-168).
« On place de préférence les aires dans les lieux
les plus élevés, en sorte que l’expression dont se sert Rt     3. 4 : Pourquoi Ruth s’est-elle couchée aux pieds
Noémi étonne. ‘Mais, remarque M. Félix Bovet dans de Booz ?
son Voyage en Terre Sainte, Bethléem fait exception, Cette position témoignait de son humilité. Etre
puisque ici la ville domine tout ce qui l’entoure. Soit « aux pieds » de quelqu’un signifiait lui être soumis.
que l’aire de Booz fût située sur un des gradins de L. Morris dit que le plan de Noémi n’était pas sans
la montagne de Bethléem, soit qu’elle fût au sommet risques, car, au Moyen-Orient, au temps de la mois-
d’une des collines voisines, elle était en tout cas plus son, des pratiques immorales encouragées par les
bas que la ville, et l’expression employée est la seule cultes de fertilité étaient courantes. Elle n’a suggéré
qui convint’ » (BA 3 p. 178). cette stratégie que parce qu’elle connaissait les
deux participants et qu’elle avait confiance en eux.
Rt     3. 3 : A quoi Noémi fait-elle allusion en parlant (Ruth p. 286-287).
des « plus beaux habits » ? « En partageant la même couverture avec Booz,
Le mot « habit » est au singulier. Ruth ne devait pas Ruth lui a fait savoir qu’elle désirait devenir sa
en posséder beaucoup. Noémi lui dit sans doute de femme, mais sa position à ses pieds signifiait qu’elle
revêtir sa cape qui pourrait la protéger contre le froid n’avait pas encore ce statut. Booz devait auparavant
de la nuit et préserver son anonymat aussi longtemps lui en accorder le droit » (C.T. Goslinga Jos, Jg,
qu’elle le voudrait. Rt p. 537).
 3.4
Rt 308
« La présence aux pieds doit être comprise dans un courage de mener jusqu’au bout cette démarche si
sens littéral.15 Ruth se met aux pieds de Booz pour inhabituelle ? Comment Booz acceptera-t-il cette visite
indiquer son attitude intérieure. Elle ne vient pas nocturne ? Verra-t-il en elle une prostituée effrontée
dicter à Booz ce qu’il doit faire, mais elle vient l’im- qu’il chassera honteusement avec force injures ? Ou
plorer. Certes, elle a pris l’initiative de la demande bien profitera-t-il de cette occasion inespérée pour
en mariage, mais elle le fait en toute humilité, sans une aventure amoureuse nocturne en acceptant ce
vouloir imposer quoi que ce soit. La demande est que Ruth lui offre et la renvoyant ensuite avec une
d’ailleurs faite de nuit, sans témoins. Il faut interpré- aumône ? Tout était possible ; l’issue favorable était
ter cette démarche à la lumière de Dt 25.7-10, où il est incertaine » (H. Lamparter Das Lied der Sehnsucht
écrit que la veuve peut humilier l’homme qui refuse p. 44-45).
de relever la descendance de son frère décédé en lui
crachant au visage en présence de tous les anciens. Rt     3. 6 : Comment juger cette démarche ?
Or Ruth ne veut en aucun cas humilier Booz. Elle lui « Le conseil de Noémi et le comportement de Ruth
laisse toute liberté. S’il refuse, personne ne le saura peuvent nous paraître quelque peu scandaleux et
et ne pourra le blâmer » (D. Arnold Ruth p. 107). risqués, mais nos sentiments ne sont pas un critère
valable ici. Les commentateurs ont fait remarquer à
Rt     3. 4 : Qu’est-ce Ruth devait découvrir ? juste titre que nous devons d’abord voir les réactions
Le texte dit que Noémi lui a demandé de décou- des personnes impliquées ; Booz n’a pas méprisé Ruth
vrir « les pieds » de Booz. Certains commentateurs pour ce qu’elle a fait ; au contraire, il l’en a respectée
ont relevé le fait que cette expression était souvent davantage (v. 10). Les normes morales des gens de
un euphémisme pour les organes sexuels (cf. Ex Bethléhem devaient être très élevées si Noémi et Ruth
4.25 ; Jg 3.24 ; 1 S 24.4 ; Es 6.2 ; 7.20 ; Ez 16.25). Ici, ont pu agir de la sorte sans ternir la conscience de
cependant, cet acte serait totalement inapproprié. personne » (C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt p. 537).
Si l’intention de Ruth était de demander le mariage Rt     3. 7-9 : Que s’est-il passé sur l’aire de vannage?
à Booz, elle ne devait pas se comporter comme une
prostituée. Ce sont donc bien « les pieds » que Ruth Certains commentateurs disent que le temps de la
devait découvrir, prenant ainsi la position la plus moisson était consacré à des rites de fertilité et qu’en
humble justifiant sa réponse lorsque Booz deman- ce temps-là, les gens se permettaient plus de licence
dera qui était là : « Ta servante (litt. : ton esclave) qu’habituellement. Par conséquent, après avoir bien
Ruth ». La LXX, la Vulgate et la version syriaque ont mangé et bu, Booz, trouvant une femme à ses pieds,
bien précisé dans leurs traductions que c’étaient bien eut une relation sexuelle avec elle. Certains ont vu
les pieds que Ruth devait découvrir. dans « les pieds » un euphémisme pour l’organe
sexuel.
Rt     3. 6-13 : Comment juger l’attitude de Booz ? Cependant, il n’est pas du tout dit que Booz était
« Booz gère cette situation tranquillement comme ivre. Le texte dit seulement qu’il « fut très content »
un gentleman et non comme un homme fruste ou (v. 7). Cette expression n’a pas non plus le sens
impulsif. C’est peut-être un provincial, mais il a de la d’ivresse dans Jg 18.20 ; 1 R 21.7 ; Ec 7.3. Booz était
dignité et de la retenue » (D.B. Macdonald).16 content de ce que sa moisson ait été abondante et de
ce qu’il ait bien mangé et bu. La suite du récit montre
Rt     3. 6-7 : Dans quelles dispositions Ruth a-t-elle qu’il raisonne de façon tout à fait lucide.
pu aborder cette démarche ? Lorsque Booz fut endormi, Ruth souleva quelque
« Ruth était certainement anxieuse lorsque l’obs- peu son manteau et se coucha perpendiculaire-
curité s’est étendue sur le village… Réussira-t-elle ment à ses pieds. Vers le milieu de la nuit, Booz fut
à parvenir à l’aire sans être reconnue ? Booz ne la étonné lorsque ses pieds touchèrent accidentelle-
découvrira-t-il pas trop tôt ? Sera-t-il seul lorsqu’il ment le corps d’une femme. A ce moment-là, Ruth
se couchera dehors à la belle étoile ? Aura-t-elle le a immédiatement dévoilé son objectif : « Etends ton
manteau sur moi ! » ce qui voulait dire : « Epouse-
15 Certains commentateurs identifient les « pieds » comme une moi ! » (que la BS traduit par : « Veuille me prendre
référence au sexe, à quoi on peut répondre qu’à l’époque, il sous ta protection »). La même expression se trouve
y avait un grand honneur à la chasteté et qu’une femme qui avec le même sens dans Dt 22.30 ; 27.20 ; Ez 16.8 et
saisissait « les parties honteuses » d’un autre homme, même
pour défendre son mari, avait la main coupée (Dt 25.11-12).
Mal 2.16. Les Arabes ont encore la coutume de jeter
La droiture de Ruth et de Booz milite pour une interprétation un habit sur une femme qu’ils ont décidé d’épou-
littérale du mot pied. ser. Ce geste symbolise la protection que l’homme
16 The Hebrew Literary Genius Princeton 1933 p. 122.
veut désormais offrir à la femme. Ruth ajoute
309 Rt 3.7-9
immédiatement la raison pour laquelle elle demande certaine proximité, mais ils ont aussi su garder leurs
à Booz de la prendre sous sa protection : « car, en tant distances, puisque Ruth reste aux pieds de Booz »
que proche parent, tu es responsable de moi ». Elle fait (D. Arnold Ruth p. 109).
référence à la disposition juridique qui les concerne. Relire à ce sujet le beau poème de Victor Hugo :
La réponse de Booz montre qu’il a agi correctement « Booz endormi » (dont le dernier vers « cette faucille
envers Ruth, puisqu’il a tout de suite évoqué l’autre d’or » a donné son titre au livre d’E. Dallière).
goël qui avait priorité sur lui. Les accusations contre
Booz et Ruth sont donc dénuées de tout fondement : le Rt     3. 8 : Que sous-entend ce réveil à minuit ?
texte présente leur rencontre comme étant conforme Booz se réveille au milieu de la nuit (ou, selon
aux coutumes de la société dans laquelle ils vivaient d’autres versions : « à minuit »). Selon une vieille
– et sur laquelle il ne faut pas transposer les mœurs tradition du Moyen-Orient et de l’AT attestée dans
licencieuses de notre société actuelle.17 (D’après les textes babyloniens et le Talmud, un démon fémi-
W. Kaiser HSB p. 199-200). nin surprenait et menaçait les hommes à minuit.
« Ceux qui pensent qu’une relation sexuelle a Booz était-il au courant de ces traditions ? De toute
eu lieu cette nuit-là appliquent à cette situation la manière, minuit est une heure dangereuse où la nuit
culture du 20e siècle et sa permissivité sexuelle. Ils est la plus obscure et l’ombre la plus menaçante.
oublient la confiance que Ruth a placée en Booz qui Comment Booz va-t-il réagir lorsqu’il se rend compte
n’allait pas la déshonorer alors qu’il souhaitait la voir qu’une femme est près de lui ? Aura-t-il peur, se
devenir sa femme. Ils oublient aussi les tabous cultu- mettra-t-il en colère ou s’en réjouira-t-il ? Sa réaction
rels de l’époque qui auraient empêché un homme est très raisonnable : il demande : « Qui es-tu ? ».
ayant la position de Booz de profiter de Ruth et de
détruire une réputation comme la sienne. Les auteurs Rt     3. 9-11 : Quelle était la motivation de ce
bibliques ne sont pas prudes lorsqu’il s’agit de mariage ?
décrire des relations sexuelles, mais l’auteur de Ruth Ruth s’est appuyée sur la loi du lévirat pour
a délibérément refusé de parler d’une liaison entre demander à Booz de l’épouser. « Un autre homme
Ruth et Booz parce qu’il y en a pas eue. Si nous lisons que Booz aurait pu être peiné d’apprendre que Ruth
correctement et avec sensibilité son texte, il est clair ne l’avait pas choisi pour lui-même, mais par obéis-
qu’il dit juste le contraire. Ruth et Booz ont tous deux sance à une loi divine. Ce n’est pas le cas de Booz,
agi de manière vertueuse dans une situation dont car lui aussi place la volonté de Dieu au-dessus de
ils savaient qu’elle pourrait tourner autrement. La tout. Il promet de s’engager envers Ruth comme elle
chasteté n’était pas une vertu ignorée dans le monde le lui demande : ‘Ma fille, ne crains point ; je ferai
antique » (F.B. Huey EBC 3 p. 538). Voir aussi la pour toi tout ce que tu diras’ (3.11)… Booz ne veut
note sur 3.10-15. pas (ou ne peut pas) accomplir la loi du lévirat si un
autre parent plus proche du défunt veut l’exécuter…
Rt     3. 7-9 : Booz et Ruth ont-ils eu un rapport Cette parole montre, encore plus que les précédentes,
sexuel ? que l’élément dominant de l’intrigue n’est pas l’amour
« Il faut reconnaître que le langage est chargé que Ruth et Booz éprouvent l’un pour l’autre, mais le
‘sexuellement’… Il ne faut pas pour autant en devoir d’accomplir la volonté divine.
conclure qu’un rapport sexuel a eu lieu. Bernstein « Le lecteur contemporain pourrait être déçu de
(p. 19-20) suggère que le narrateur nous fait éprou- voir la trame romantique céder la place à la trame
ver les sentiments qui ont dû animer Ruth et Booz : spirituelle. Il devrait plutôt être édifié du courage et
‘La narration nous indique clairement qu’il n’y a du discernement des deux héros. Lorsque l’amour
pas eu de relation sexuelle… (Cependant) les mots du Seigneur n’est pas prioritaire, l’amour humain
indiquent, sous la surface, ce qui aurait pu se passer est fragile, souvent tributaire de circonstances
et ce que les personnages ont ressenti… L’auteur de passagères.18
Ruth compte sur l’ambiguïté du langage pour décrire 18 Un commentaire juif s’insurge contre une lecture romantique
la tension émotionnelle’ Bernstein (p. 17) fait aussi du livre : « La Meguila de Ruth a été qualifiée par des gens
observer que l’impact du chapitre 4 serait menacé si ignorants et sacrilèges, éloignés de la Tora, de premier roman
Booz et Ruth s’étaient unis sexuellement avant la fin d’amour de l’histoire. Qu’une telle affirmation remplisse
du chapitre 3. Ruth et Booz ont passé la nuit dans une de dégoût et fasse trembler de colère tout Juif qui étudie la
Tora, cela va sans dire. Néanmoins, cela permet de mesurer
17 D’après une enquête faite en Allemagne, seuls 3 % des jeunes la profondeur de l’ignorance et l’érudition superficielle avec
attendent le mariage pour avoir des relations sexuelles avec lesquelles le Tanakh est étudié, ou plutôt lu » (Scherman
leur partenaire. & Zlotowitz, p. 24-25).
 3.9-11
Rt 310
« Dire que Booz et Ruth aiment d’abord le Seigneur Jusqu’à présent, Ruth a suivi à la lettre les indica-
ne signifie pas qu’il n’existe pas d’amour entre eux. tions de sa belle-mère et son plan a bien réussi. Elle
L’amour pour Dieu engendre l’amour du prochain. a attendu que Booz revienne, qu’il se couche et s’en-
Les soins de Booz envers Ruth pendant les moissons dorme. Lorsqu’elle a entendu sa respiration régulière,
et l’approche respectueuse de Booz par Ruth ce soir- elle est sortie de sa cachette et a découvert les pieds
là témoignent d’égards réciproques. Un épanouis- du dormeur pour se coucher là. Elle n’a certaine-
sement commun leur semble promis » (D. Arnold ment pas dormi, anxieuse de ce qui allait se passer.
Ruth p. 112). Lorsqu’au milieu de la nuit, Booz s’est réveillé et lui
a demandé qui elle était, elle n’a pas attendu qu’il lui
Rt     3. 9 : Que signifie la demande de Ruth ? dise ce qu’elle avait à faire (comme Noémi le lui avait
Lorsque Ruth demande : « Etends ton manteau sur demandé), mais elle s’est immédiatement fait connaî-
moi », elle fait – consciemment ou non – un jeu de tre et lui a dit (dans nos termes) : « Fais de moi ta
mots qui tourne autour du mot héb. kanap. Booz lui femme ». Par cette franchise abrupte, l’auteur écarte
avait souhaité de trouver refuge sous les kenapayim d’emblée toute connotation érotique du récit. En
(les ailes) de Yahvé (2.12). Ruth lui demande à ajoutant : « En tant que proche parent, tu es responsa-
présent d’accomplir lui-même ce souhait en éten- ble de moi », Ruth fait comprendre à Booz qu’elle ne
dant son kanap sur elle. Alors elle trouvera protec- demande rien de déplacé et que ce n’est pas un attrait
tion sous les ailes de Yahvé. (D’après V. Steinhoff sensuel qui lui a fait désirer ce mariage, mais l’ac-
Ruth p. 292). complissement d’un devoir vis-à-vis de Noémi et de
toute la famille d’Elimélek, et elle prie Booz de faire
« ’Etends ton aile’. Le mot kanap signifie ‘aile’ ou aussi le sien : son devoir de goël (« rédempteur »).
‘vêtement’. Le mot a déjà été utilisé par Booz en 2.12 Elle désire s’insérer dans cette chaîne généalogique
pour illustrer la protection de l’Eternel. La demande d’Israël (qui aboutira, après bien des générations,
de Ruth peut être comprise de deux façons. Une au Messie, au Sauveur du monde). Elle exprime avec
simple demande de protection (l’aile représente la passion le souhait de trouver une patrie en Israël,
protection ; cf. 2.12) ou une demande en mariage l’accomplissement de ce qu’elle avait dit à Noémi :
(‘étends ton manteau sur moi’).19 Dans Ez 16.8, Dieu « Ton peuple sera mon peuple ». (D’après F. Dürst
utilise ce mot dans ce deuxième sens par rapport à Dein Gott ist mein Gott, Zürich 1988 p. 76).
Israël : ‘Je passai près de toi, je te regardai, et voici,
ton temps était là, le temps des amours. J’étendis Rt     3. 10-15 : Comment comprendre ce qui s’est
sur toi le pan de ma robe (kanap), je couvris ta passé sur l’aire de vannage cette nuit-là ?
nudité, je te jurai fidélité, je fis alliance avec toi, « L’espoir de Ruth n’est pas déçu : Booz comprend
dit le Seigneur, l’Eternel, et tu fus à moi.’ Le goël bien sa démarche et honore de la bonne manière le
(rédempteur) avait, selon le contexte, l’obligation risque de cette visite nocturne. Son insistance ne
d’assurer une protection matérielle (Lv 25.35) et plus lui paraît nullement honteuse. Au contraire : il loue
rarement l’obligation d’épouser la veuve d’un proche Ruth (v. 10) ; au lieu de ne chercher que son bonheur
parent (Dt 25.5-10). Ruth n’impose aucun sens, mais personnel dans l’amour, de courir après des jeunes
le lieu de la rencontre (la nuit au pied du lit) suggère gens, elle a témoigné pour la deuxième fois de son
le mariage » (D. Arnold Ruth p. 110). amour pour Noémi et sa famille. Apparemment,
« Lorsque Ruth lui dit : ‘Etends sur ta servante le la différence d’âge entre Ruth et Booz était assez
pan de ton manteau’ (Jérus.), elle parlait symbo- importante. Si elle avait suivi ses préférences person-
liquement » ( J.G. Baldwin NCB p. 292). La BS nelles, elle aurait choisi quelqu’un de plus jeune. Le
traduit : « Veuille me prendre sous ta protection ! ». fait qu’elle s’offre comme épouse à Booz est à ses
yeux une démarche désintéressée, qui découle de
« Jusqu’à ce jour, au Moyen-Orient, dire de son obéissance au plan de Dieu et de l’acceptation
quelqu’un qu’il a étendu son habit sur une femme du devoir familial. Booz s’occupe avec une bonté
signifie qu’il l’a épousée ; et à toutes les cérémonies paternelle de la jeune veuve qui attend sa réponse
de mariages modernes des Juifs et des Hindous, une avec crainte (v. 11). Sans hésitation, il lui accorde
partie de la cérémonie consiste, pour le fiancé, à ce qu’elle demande, sans se laisser rebuter par sa
mettre un tissu de soie ou de coton autour de sa fian- pauvreté et son origine moabite. Cela lui est d’autant
cée » (R. Jamieson Commentary on Ruth p. 132). plus facile que, durant son court séjour à Bethléhem,
19 Selon les versions, le mot est traduit par « aile » (Dar, Seg, Col), elle a su gagner l’estime générale. La pensée de Booz
« manteau » (Jér, NIV, KJ, NEB), « protection » (Sem, FC, GNB), se porte tout de suite sur les questions juridiques à
ou encore par le verbe « épouser » (TOB, LivB). résoudre dans ce cas quelque peu compliqué. Celui
311 Rt 3.10-15
qui s’attendrait à une déclaration d’amour ou même comme lui aux jeunes gens qu’elle aurait facilement
une scène d’amour nocturne, se verra bien déçu par pu épouser, et cela pour perpétuer la famille de son
le conteur. Booz parle de manière réfléchie et bien premier mari » (BA 3 p. 179).
informée du lien de parenté de Ruth et de l’obstacle « Non seulement Booz interpréta la conduite de
qui se dresse devant leur union matrimoniale. Lui- Ruth dans le sens le plus favorable, mais il demanda
même se décrit comme rédempteur en deuxième à Dieu de bénir la jeune femme pour la bonté qui
recours ; un homme ayant des liens de parenté plus l’animait. N’eût-il pas été naturel qu’elle épousât un
étroits avec le clan d’Elimélek a, en premier, le des jeunes moissonneurs au lieu d’en appeler à lui,
droit de rachat (v. 12). Booz ne peut pas lui dénier un homme de la génération de son beau-père ? L’at-
ce droit, mais il laisse ouverte l’éventualité que ce titude réservée de Ruth dans les champs, où l’on se
parent y renonce. ‘Dans ce cas, je te rachèterai, aussi lie facilement, n’avait pas échappé à Booz, ni à la
vrai que l’Eternel est vivant’. Cet appel à l’Eternel communauté » ( J.G. Baldwin NCB p. 292).
est plus qu’une formule pieuse. Tout son compor- L’article défini « les » jeunes hommes pourrait faire
tement vis-à-vis de Ruth durant cette nuit montre penser que Ruth a reçu des propositions de mariage
qu’il est un homme régi par la crainte de Dieu et qui de la part d’hommes jeunes, qu’elle a refusées pour
se sent responsable de ses décisions devant Lui accomplir ses obligations envers son mari défunt.
(cf. Gn 39.9). Il sait qu’il n’a encore aucun droit sur
Ruth. C’est pourquoi il se garde de profiter du fait Rt     3. 10 : A quoi Booz fait-il allusion ?
qu’elle est prête au don de soi, bien que le plan de Booz évoque d’abord l’amour (ou la bonté) que
Noémi l’ait mis dans une situation équivoque. Son Ruth a témoigné à sa belle-mère en l’accompagnant
souci le plus immédiat est d’aider Ruth à regagner et en glanant pour elle. A présent, elle lui donne une
Bethléhem sans se faire remarquer. Si l’on appre- nouvelle preuve de son intérêt pour les relations fami-
nait qu’elle s’est secrètement glissée auprès de lui et liales. Elle n’a pas suivi son penchant naturel – qui
qu’elle a passé la nuit sur l’aire, sa réputation serait l’aurait sans doute poussée à chercher un mari jeune
ruinée. Booz pense qu’il n’est pas indiqué de la – mais elle a suivi la suggestion de sa belle-mère en
renvoyer immédiatement. Il est peu après minuit et se tournant vers son goël afin de sauvegarder le patri-
il est possible que l’un des convives du repas festif de moine familial. Booz utilise pour bonté (ou amour)
la moisson soit encore en chemin. L’aube lui paraît le même mot que Noémi avait employé dans 1.8 dans
plus proopice. En attendant, Ruth pourra dormir à le souhait qu’elle a adressé à ses belles-filles : « Que
ses pieds sans se soucier du reste. Elle est en sécu- l’Eternel use de bonté envers vous ». C’est un terme
rité auprès de lui (v. 14). Il lui donne une généreuse qui inclut les notions de fidélité et de bienveillance.
quantité d’orge fraîchement vannée, autant qu’elle (D’après L. Morris Ruth p. 290).
peut en porter (v. 15). Noémi doit comprendre par là Booz est impressionné par la motivation de Ruth
qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour agir en d’assurer une existence à peu près sans souci à sa
tant que ‘rédempteur’ pour les deux veuves et qu’il se belle-mère. Son amour sincère pour Noémi prouve
souciera de leur avenir (cf. 3.17) » (H. Lamparter une affection sans égoïsme. C’est pourquoi Booz loue
Das Lied der Sehnsucht p. 46-47). les sentiments de Ruth : elle a démontré sa loyauté
Rt     3. 10 : Que conclure de ces paroles ? envers sa famille en mettant les intérêts de celle-ci
au-dessus de ses désirs personnels.
Il semble évident que Booz considérait la conduite
Le nom de l’Eternel n’apparaît que deux fois dans
de Ruth non seulement comme défendable, mais
ce chapitre : une fois ici dans une formule de béné-
comme digne de louange, indiquant la constance de
diction et une autre fois au v. 13 dans un serment.
son attachement à son mari défunt dont elle désirait
Ces mentions sont le signe que ces deux personnes
perpétuer la famille et le nom (puisque le premier
n’agissent pas de manière autonome : elles se sentent
enfant d’un mariage de lévirat était considéré comme
dépendantes de l’Eternel et responsables devant lui de
enfant du premier mari).
leurs paroles et de leurs actions. Sa bonté transforme
« Au lieu de blâmer la démarche de Ruth, Booz y les hommes, sa hesed s’incarne dans des hommes et
voit l’accomplissement d’un devoir par lequel elle des femmes qui lui obéissent. Ruth et Booz en sont
achève de témoigner son amour à Noémi et à la témoins.
famille de Noémi, à laquelle lui-même s’était inté-
ressé jadis (2.20). Son premier acte de bonté avait Rt     3. 11 : Quelles inquiétudes Booz veut-il éviter
été d’accompagner sa belle-mère en Israël, au lieu à Ruth ?
de rester dans sa patrie et d’y contracter un nouveau Booz pense à la procédure légale qu’il envisage et
mariage. Le second est de préférer un homme âgé il dit à Ruth qu’elle n’a pas besoin de craindre que
 3.11
Rt 312
son origine moabite ou quelque autre chose lui sera que les choses se règlent sur le plan légal. Aucun des
opposée. « Tous dans la porte » connaissent sa vertu deux ne veut inverser les priorités.
et son courage, c.-à-d. tous les notables qui se réunis- « Booz traite Ruth avec respect et bienveillance. En
sent à l’endroit (près de la porte de la ville) où ont lui demandant de rester, il la protège contre d’éven-
lieu les délibérations officielles, tous les anciens de tuels voleurs ou ivrognes qui pourraient abuser d’elle
la cité – et par eux toute la population – connaissent dans l’obscurité » (D. Arnold Ruth p. 113).
ses qualités.
En promettant à Ruth de répondre à sa demande,
Tous les gens de l’endroit savent que Ruth est une Booz emploie une formule de serment qui se trouve
hayil, une femme de valeur, de noble caractère. Le une trentaine de fois dans les livres des Juges, de
terme a des connotations de force, d’efficience, de Samuel et des Rois. Elle signifie : « aussi certainement
dignité et de valeur morale. Il est utilisé pour des que Yahvé est le Dieu vivant, vous pouvez compter sur
femmes dans Pr 12.4 et 31.10. ce que j’ai promis ».
Rt     3. 12 : Pourquoi Noémi n’a-t-elle pas adressé Rt     3. 14b : Pourquoi Booz se fait-il cette réflexion ?
Ruth au parent le plus proche ?
« Si l’on découvrait que Ruth était venue le trouver
Noémi devait bien savoir qu’il existait un goël plus
pendant la nuit sur l’aire de vannage, cela aurait
proche que Booz. Pourquoi n’a-t-elle pas demandé à
une répercussion négative sur les entretiens qu’il
Ruth de s’adresser à lui ? On ne peut émettre que des
envisage avec l’autre parent qui a droit de rachat »
conjectures en réponse à cette question. Le « hasard »
(V. Steinhoff Ruth p. 295).
avait amené Ruth dans le champ de Booz. Il s’était
intéressé à elle. Elle l’avait beaucoup apprécié. Appa- « Booz use tout simplement d’égard vis-à-vis du
remment, il était riche et bien disposé envers les plus proche parent, à qui il veut laisser entière liberté
pauvres. Nous ne savons rien concernant l’autre goël d’action ; il fait preuve aussi d’égard vis-à-vis de
sauf ce qui ressort du chapitre 4 – et qui n’est pas Ruth, dont il ne veut pas compromettre l’avenir »
spécialement en son honneur. Peut-être que tous ces (C.-L. de Benoit Juges-Ruth p. 73).
éléments ont joué dans l’esprit de Noémi en faveur de Dans la Michna, il est dit que si un homme est
Booz. Le connaissant comme un homme droit, elle a soupçonné d’avoir eu des relations sexuelles avec une
dû penser qu’il ne ferait rien qui ne soit conforme à femme païenne, il ne peut pas envisager un mariage
la loi et qu’il pourrait éventuellement servir d’inter- de lévirat avec elle (Yeb. 2.8). La consignation
médiaire auprès de l’autre parent. écrite de cette décision est évidemment beaucoup
plus récente que le livre de Ruth, mais la coutume
Rt     3. 12 : Que veut dire Booz par cette parole ? peut être ancienne et il n’est pas impossible qu’une
Booz dit littéralement : « Il est vrai que je suis un raison de ce genre ait été à l’origine de la précaution
goël » mais il continue en évoquant un autre goël plus de Booz. Ce qu’il avait dit (« Il ne faut pas que l’on
proche que lui, qui serait prioritaire pour racheter le sache… ») ne semble pas avoir été adressé à Ruth ;
champ de Noémi et épouser Ruth. grammaticalement, ces paroles ont été adressées par
« Cette déclaration lave sûrement Booz d’une Booz à lui-même. Il agissait déjà selon ce qu’expri-
accusation de relations coupables avec Ruth, car si mera bien des siècles plus tard la version anglaise
l’autre parent qui avait le droit de rachat avait accepté « autorisée » de 1 Th 5.22 : Abstain from all appea-
d’épouser Ruth, la réputation de Booz ainsi que celle rance of evil (Abstenez-vous de toute apparence de
de Ruth auraient été irrévocablement entachées et mal).
peut-être leurs vies mêmes compromises » ( J. Gray
Jos, Jg, Rt p. 419). Rt     3. 15 : Comment décrire cette cape ?
La cape était un grand morceau d’étoffe capable
Rt     3. 13 : Pourquoi Booz demande-t-il à Ruth de d’envelopper toute la personne. Les pauvres portaient
rester couchée jusqu’au matin ? un morceau d’étoffe rude, mais très solide servant à
« Booz demande à Ruth de ne pas partir avant divers usages.
l’aube, car il ne veut pas la renvoyer dans l’obscurité
et il ne veut pas allumer de torche pour ne pas attirer Rt     3. 15 : Pourquoi Booz a-t-il donné de l’orge à
l’attention sur Ruth (3.14). Celle-ci reste dans la posi- Ruth ?
tion qu’elle avait choisie : à ses pieds… car leur rela- « Ce don était un gage de ses bonnes intentions ;
tion n’a pas progressé. Avant que Ruth se rapproche il montrerait à Noémi qu’il ne négligerait pas ses
de Booz pour se reposer sur son sein, il faut attendre devoirs envers elle. Il était bien conscient que Ruth
313 Rt 3.15
agissait suivant les instructions de sa belle-mère comblée de biens et elle revenait vide. Mais à présent,
(voir v. 17) » (C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt p. 541). elle n’a plus de raison d’être amère : la famine est
finie, les grains que Ruth a glânés et ceux que Booz
Rt     3. 15 : Quelle quantité d’orge Booz a-t-il donnée lui envoie sont des signes visibles d’une abondance
à Ruth ? retrouvée. En tant que proche parent, Booz se sent
Le texte dit simplement « six (mesures) d’orge ». responsable de pourvoir aux besoins de la famille
De quelle mesure s’agit-il ? Dans 2.17, il est question éprouvée. Ces six mesures qu’il lui envoie en sont le
d’éphas. Un épha contenait 36 litres d’orge pesant gage.
près de 30 kg. Six éphas représenteraient donc près Rt     4 : Quelle est la différence entre ce chapitre et
de 180 kg : une femme ne pourrait pas porter un tel le précédent ?
poids. Le « séah » (ou « mesure » Gn 18.6 ; 2 R 7.16)
correspondait à un tiers d’épha, ce qui ferait toujours Le chapitre 3 se situe dans l’intimité de la famille
entre 40 et 60 kg. D’autres ont pensé à l’omer entre Noémi et Ruth, puis dans le secret de l’aire
(Ex 16.36) qui valait 1/10e d’épha, donc 3 kg d’orge, entre Booz et Ruth. Le chapitre 4 se passe devant tous
c.-à-d. 18 kg en tout, ce qui était nettement moins les habitants de Bethléhem et leurs représentants
que la quantité que Ruth avait glanée en une jour- officiels. Les décisions prises entre quatre yeux trou-
née (2.17 : un épha). Comme le don de Booz était vent leur répercussion dans des actes publics et des
très généreux, cela semble exclure l’omer (qui, de déclarations officielles devant les responsables de la
plus, est du masculin alors que la mesure du texte communauté.
demande un mot féminin). C’est pourquoi L. Morris
opte pour le séah – qui correspond déjà à une lourde Rt     4. 1 : Pourquoi Booz se rend-il à la porte de la
charge pour la jeune femme. (D’après Ruth p. 295). ville ?
La porte jouait un grand rôle dans les anciennes
Il est difficile de savoir exactement la quantité
cités palestiniennes. Les fouilles ont montré qu’à
d’orge que Booz a donnée à Ruth. F.B. Huey dit :
l’intérieur des murs, les maisons étaient très serrées
« on peut supposer que c’étaient six éphas, mais cela
et qu’il n’y avait pas, au centre, de larges espaces
ne nous avance pas beaucoup puisque la valeur de
comme le forum romain ou l’agora grecque ; par
l’épha variait considérablement » (EBC 3 p. 539).
contre, on trouvait une place assez importante près
P. Enns opte aussi comme Morris pour le séah et de la porte de la ville : un endroit qui semblait être le
quelque 45 kg. Booz a aidé Ruth à charger le ballot centre de la vie publique de la cité. Dans 1 R 22.10,
sur sa tête (la manière habituelle de porter une nous trouvons le roi assis « à l’entrée de la porte de
charge en ville). Ce fait prouve que c’était une lourde Samarie ». Dans Jr 38.7, le roi Sédécias est assis « dans
charge. la porte de Benjamin ». C’était avant tout l’endroit où
se traitaient les affaires légales. Lorsque Absalom
Rt     3. 16 : Que demande Noémi à Ruth ? voulait supplanter le roi, il s’assit à côté du chemin
La question « Qui es-tu ? » semble étrange (à moins qui menait à la porte et lorsqu’un homme voulait
qu’il ne fasse pas jour). « Est-ce bien toi ? » paraît voir le roi pour une affaire judiciaire, il l’appelait
déjà plus approprié. « Comment est-ce allé ? » (NIV) ; auprès de lui et lui demandait de lui exposer son
« Qui es-tu à présent (la veuve de Mahlôn ou la future cas (2 S 15.2 ; voir aussi Am 5.10, 12, 15 ; Pr 22.22 ;
femme de Booz) ? » (Sasson), une lecture qu’appuie Ps 127.5). La calamité suprême pour une ville,
celle de Qumrân (Grotte 2 MS b) : « Qu’es-tu ? ». c’est lorsque « les anciens ont disparu de la porte »
(Lm 5.14). Les questions relatives au mariage de
On peut aussi partir de la réponse de Ruth pour lévirat se traitaient aussi là (Dt 15.7). (D’après
en déduire la question. « Comment les choses se L. Morris Ruth p. 297).
sont-elles passées ? » (BS) semble une question assez
naturelle de la part de Noémi. La réponse de Ruth y La plupart des habitants de la ville travaillaient
correspond parfaitement (« Alors Ruth lui raconta aux champs. Ils étaient donc obligés de passer par
tout ce que cet homme avait fait pour elle »). la porte. Si l’on voulait voir l’un d’eux, il suffisait de
se poster là et d’attendre qu’il passe. C’est ce qu’a fait
Rt     3. 17 : Que signifient les paroles de Booz que Booz.
Ruth rapporte à Noémi ? C’est là aussi qu’Abraham a acheté l’emplacement
Booz n’a pas voulu que Ruth retourne auprès de pour enterrer sa femme (Gn 23.10ss).
Noémi les mains vides. Noémi avait employé ce mot « Le dernier acte se joue sur la place à la porte
reqam (vide) en revenant de Moab : elle était partie de la ville, où se traitaient les problèmes juridiques
 4.1
Rt 314
et les affaires de la cité. Booz ne perd pas de temps Rt     4. 2 : Pourquoi Booz fait-il approcher dix
pour tenir sa promesse. Il se dirige vers la porte, où anciens (responsables) ?
il a le plus de chances de trouver son parent à cette Ce ch. dépeint de manière vivante comment
heure matinale, au moment où les affaires commen- se faisaient les transactions juridiques en Israël
cent. Cet homme est resté anonyme, mais Booz l’a (cp. Dt 25.7).
certainement appelé par son nom. Il est clair que
Booz jouit d’une grande autorité dans la commu- Booz a appelé dix anciens. Les anciens avaient des
nauté, car il prend la situation en main, et les anciens fonctions importantes – judiciaires et politiques – à
se tiennent à sa disposition comme témoins. Ce qui toutes les époques de l’histoire d’Israël (Dt 19.12 ;
nous confirme qu’il n’était plus un jeune homme » 21.2 ; 22.15 ; 25.7-9 ; Jg 11.7-8 ; 1 R 8.3 ; Esd 10.8 ; Es
( J.G. Baldwin NCB p. 293). 37.2 ; Jl 1.14). Si un homme fuyait le « vengeur du
sang », les anciens des cités de refuge décidaient s’il
Rt     4. 1 : Qui est ce « Untel » ? pouvait rester ou non dans la cité (Jos 20.4). Quand
Jézabel a voulu faire exécuter Naboth, elle a convo-
Booz l’a certainement appelé par son nom, mais qué des anciens pour le condamner (1 R 21.8, 11).
le texte préserve son anonymat pour ne pas jeter de Dans le cas présent, leur rôle semble se limiter à être
discrédit sur ses descendants portant le même nom. témoins d’une transaction dont ils pourront attester
« Il est significatif que celui qui était si soucieux de la validité. Pourquoi « dix anciens ». Cela formait
conserver son héritage n’a même pas gardé son un corps assez significatif. Nous ne savons pas si ce
nom (dans la Bible) » (Cassel). L’expression trouvée nombre était prescrit. Plus tard, pour constituer une
ici à la place du nom se retrouve dans deux autres synagogue et pour que les cultes y soient valables,
passages (1 S 21.2 ; 2 R 6.8), chaque fois qu’il s’agit il fallait qu’il y ait dix hommes. Le Midrach Rabbah
de cacher un nom. s’appuie sur ce passage pour justifier l’exigence de
dix hommes lors de la bénédiction nuptiale (7.8).
« L’omission du nom était certainement intention- (D’après L. Morris Ruth p. 299).
nelle puisqu’il était honteux de ne pas accomplir les
devoirs du goël » (F.B. Huey EBC 3 p. 541). Rt     4. 3 : Quelle importance a ce champ ?
« Pour la première fois, nous apprenons que Noémi
Rt     4. 1-6 : Que penser de la procédure de Booz ? avait une terre à vendre. Pour autant que nous le
Pour commencer, Booz ne mentionne pas Ruth. Il sachions, une veuve n’héritait pas, mais elle pouvait
parle seulement du droit légal de Noémi concernant agir au nom de ses fils. Le champ vendu au go’el
une partie du champ communal. Il se déclare prêt restait dans la famille, et la femme en tirait un petit
à céder son droit de rachat au parent plus proche, capital. Booz expose clairement l’affaire et déclare
conformément à la réglementation en usage. Les deux que si le parent le plus proche n’use pas de son
ont un droit de rachat, mais n’en ont pas le devoir droit de rachat, lui l’utilisera. Mais la réponse vient :
puisqu’ils ne sont pas frères des deux défunts. Le Je rachèterai » ( J.G. Baldwin NCB p. 293).
parent proche se montre intéressé par cette propo- Deux interprétations de ce v. sont possibles :
sition puisqu’il peut agrandir son propre domaine 1. Le champ a été vendu par Noémi et son mari au
familial. Mais Booz le rend attentif au fait qu’au droit moment de leur départ pour Moab, mais il doit rester
de rachat est rattaché un devoir de rachat vis-à-vis dans la famille d’Elimélek et quelqu’un de cette
de Ruth, la belle-fille sans enfant d’Elimélek et de famille doit le racheter. 2. Noémi possède toujours
Noémi. Le lecteur – et Booz – attendent avec impa- ce champ. Elle voudrait le vendre. Pour qu’il reste
tience la décision du parent. L’« hypothèque » dont ce dans la famille, c’est le devoir d’un de ses membres
terrain est grevé lui paraît trop lourde ; c’est pour- de l’acheter pour éviter que le patrimoine familial en
quoi il retire son accord et remet solennellement, par soit amputé. C’est la première interprétation que suit
le geste de la sandale, son droit à Booz. la traduction du Semeur.
C’est Dieu qui a fait réussir le plan de Booz et posé « Il était extrêmement important en Israël que la
ainsi une pierre de fondation de la lignée de David. terre reste dans le cadre de la famille (cf. Lv 25.23-
C’est pourquoi, dans les vœux des responsables qui 28 ; Nb 27.1-11 ; 36.12 ; Dt 19.14 ; 1 R 21 ; Jr 32) »
accompagnent Booz sont mentionnés les noms de (F.B. Huey EBC 3 p. 542).
Rachel et de Léa, de Pérets et de Tamar, montrant que Dt 25 ne s’applique pas strictement au cas qui est
cet épisode s’insère dans le plan de salut de Dieu. évoqué ici, mais indique « une période ou un milieu
(D’après H. Lamparter Das Lied der Sehnsucht dans lequel la loi du lévirat concernait le clan plutôt
p. 52). que la famille dans son sens strict » (R. de Vaux).
315 Rt 4.3
Même si l’on adopte la première des interpréta- plus, ce ne serait pas Noémi qui vendrait cette terre
tions du v. 3, c’est toujours « le champ de Noémi », mais son acheteur. D’autre part, il est difficile de
puisque la vente ne porte que sur les récoltes jusqu’au voir pourquoi Booz tient à ce qu’elle soit rachetée
prochain jubilé. C’est donc de sa main qu’il fallait pour Noémi (v. 4). Car, dans ce cas, elle aurait déjà
l’acquérir comme propriété (qui restera au nom de reçu une certaine somme correspondant au prix de
la famille de Noémi). rachat et si l’on voulait racheter ce champ, il faudrait
le payer au nouveau propriétaire et non à Noémi –
« Le premier élément des négociations concerne
ce qui n’avantagerait en rien Noémi. Car, si elle
le terrain que Noémi vient de mettre en vente. Cette
possédait de nouveau ce champ, elle devrait payer
information surprend, d’abord parce que le lecteur
quelqu’un pour le cultiver, ce qui mangerait presque
n’a jamais été informé de cette démarche, et ensuite
entièrement le profit qu’elle en tirerait. Elle n’aurait
parce que la question primordiale n’est pas celle du
donc aucun intérêt à demander le rachat d’une terre
terrain, mais du mariage avec Ruth.
qu’elle aurait déjà vendue.
« Pour saisir le sens de ces démarches, il faut Ces différentes raisons ont amené la plupart des
comprendre plusieurs points. Les droits et les devoirs interprètes à rejeter la vocalisation du texte hébreu
du goël étaient multiples… Eryl W. Davies20 estime par les Massorètes – qui n’a pas d’autorité abso-
que la préservation du ‘nom’ d’un défunt ne se limite lue. Sans changer une seule voyelle, on peut lire le
pas à la descendance physique (mariage-lévirat texte hébreu comme signifiant un participe actif au
Dt 25.6), mais inclut aussi la propriété foncière » lieu d’un parfait, ce qui donne : « elle a l’intention
(D. Arnold Ruth p. 118). de vendre » ou « elle met en vente ». Dans ce cas, la
situation est la suivante : Noémi possède toujours
Rt     4. 3 : Comment se fait-il que Noémi ait eu un la propriété familiale. Une fois la moisson passée
champ à vendre ?
(2.23), Ruth ne peut plus aller glaner ; Noémi ne voit
Le champ en question était la part d’Elimélek dans donc pas d’autre source de revenu que la vente de ce
la terre commune de la ville. En partant, il l’avait terrain. Elle en fait part à Booz, son conseiller finan-
vendue à quelqu’un, ou plutôt, il en avait vendu les cier, qui décide que cette propriété devrait rester
récoltes jusqu’à la prochaine année du jubilé. Cette dans la famille.
part pouvait être rachetée à tout moment soit par
La proposition de Booz au v. 4 a, par conséquent,
lui-même, soit par son héritier soit par son goël
la même motivation que celle du cousin de Jérémie
pour qu’elle reste dans le domaine familial. D’après
dans Jr 32. Dans les deux histoires, nous sommes
Nb 27.8-11, une veuve ne pouvait pas hériter de
confrontés à une coutume découlant indirectement
son mari défunt. La ligne de succession passait au
de la loi mosaïque du rachat. Probablement que des
fils, puis aux filles, puis au parent masculin le plus
propriétaires de terrains tombés dans la pauvreté
proche. Si la veuve n’avait pas d’enfant, elle devait
offraient en priorité leurs terres à des membres de
épouser son goël afin que la propriété familiale passe
la parenté qui avaient le droit de rachat. Ainsi la
au fils du nouveau mariage. Plus tard, les Ecoles de
propriété restait dans la famille. Jr 32 montre que
Hillel et de Shammaï seront d’accord pour qu’une
cette coutume existait et il semble normal que Noémi
veuve, en attendant son mariage de lévirat, puisse
et Booz aient décidé de la suivre. A noter également
vendre sa propriété (Yeb 4.3). Apparemment, cette
que Jr 32.8 appelle cette transaction un acte de
coutume était déjà en usage au temps de Ruth.
rachat.
Rt     4. 3 : Noémi a-t-elle déjà vendu ce champ ou le Rt     4. 3 : Noémi avait-elle le droit de vendre cette
met-elle en vente ? terre ?
Le texte massorétique dit litt. : « Noémi a vendu une Les fils d’Elimélek avaient hérité de ses terres.
terre ». L’idée qu’elle l’a déjà vendue ne contredit pas Comme ils sont morts, la propriété revenait à la
2.20 ou 3.9, 12-13. Cependant, si c’est le cas, pour- famille du père (Nb 27.8-11). Cependant, par un
quoi le chapitre 4 ne mentionne-t-il pas l’acheteur et consentement unanime, la famille ne pouvait en pren-
pourquoi n’est-il pas entendu lors de la procédure dre possession avant le décès de la veuve du père. La
légale ? Comment Booz peut-il disposer de ce qui Loi ne le précisait pas, mais c’était une conséquence
appartient à cet homme sans son consentement ? De d’une attitude miséricordieuse. Donc Noémi et Ruth
20 « Inheritance Rights and the Hebrew Levirate Marriage » in avaient le droit de disposer de cette terre jusqu’à la
Vetus Testamentum 31 (2, 1981) p. 138-144 ; « Ruth 4.5 and mort de Noémi. Cela impliquait aussi le droit d’en
the Duties of the Go’el » in VT 33 (2, 1983) p. 231-234. vendre la jouissance (jusqu’à l’année du jubilé) si
 4.3
Rt 316
elles étaient dans le besoin. (D’après C.T. Goslinga ce qu’expriment clairement la Vulgate et les versions
Jos, Jg, Rt p. 545 note). syriaques : « tu acquiers aussi Ruth la Moabite ». Une
telle traduction convient bien au contexte et s’accorde
Rt     4. 4 : Pourquoi le premier rédempteur n’avait-il avec les paroles de Booz aux v. 9-10. Cette version est
pas manifesté son intérêt pour ce terrain ? donc préférable au texte massorétique. Une seule
« Le premier rédempteur, sachant qu’il avait la consonne doit être changée : un waw en gîmel, deux
priorité d’achat, ne s’était pas précipité sur l’offre, consonnes très semblables qui peuvent facilement
bien que ce soit une occasion unique d’augmenter son avoir été confondues par un copiste. (D’après Jos,
domaine de façon durable. Voulait-il temporiser pour Jg, Rt p. 546n).
faire baisser le prix, voire attendre le décès de Noémi
pour acquérir le champ sans rien débourser ? Si telle Rt     4. 5 : La condition de la descendance était-elle
était son intention, les autres propriétaires n’allaient si importante ?
pas faire des offres à Noémi pour ne pas indisposer Le champ qui était à vendre appartenait à une
un voisin de longue date. Si le premier rédempteur famille qui risquait de s’éteindre puisqu’elle n’avait
était déjà au courant de l’offre de vente, cela explique plus de descendant du même nom. Or, dans cette
la rapidité avec laquelle il s’engage dès que Booz lui famille, il y avait une femme qui était encore en âge
en parle. Il ne peut plus temporiser, sinon l’affaire lui de se marier et d’avoir des enfants. La seule possi-
passera sous le nez au profit de Booz. bilité de maintenir le nom de la famille était un
« Booz aborde la question du terrain avant celle du mariage de lévirat avec Ruth pour lui susciter un fils.
mariage, car il veut commencer par présenter l’élé- Celui qui rachetait le champ avait donc l’obligation
ment positif de l’affaire » (D. Arnold Ruth p. 119). morale d’épouser la veuve propriétaire du champ. Tel
était le raisonnement sous-jacent à la condition posée
Rt     4. 5-6 : Pourquoi ce revirement ? par Booz.
« Maintenant seulement, la question essentielle Rt     4. 5 : Le goël devait-il acheter Ruth ou sa terre ?
est abordée. Elimélek avait droit à un héritier. Ruth,
sa belle-fille vivant encore, l’homme qui achetait Les deux lectures se trouvent dans la tradition
la terre avait le devoir de susciter un héritier au textuelle : la première dans la Vulgate et la version
défunt. Si un fils naissait de ce mariage, le champ lui syriaque, la seconde dans le texte massorétique. Ce
reviendrait. Le go’el diminuerait ainsi la valeur de sa cas diffère de la loi du lévirat sur plusieurs points :
propre succession, puisque ses fils n’hériteraient pas 1° il s’agit d’un parent plus éloigné que le frère
de son achat. De plus, il aurait une autre famille à dont on attend qu’il épouse la veuve ; 2° il a lui-
entretenir. Le désistement de cet homme éclaire la même enlevé sa sandale au lieu que ce soit la veuve
générosité de Booz. Bien des lois de l’Ancien Testa- repoussée qui la lui enlève ; 3° apparemment aucune
ment entraînaient l’acceptation de pertes matérielles disgrâce n’était signifiée : l’explication du sens de ce
et révélaient la profondeur de la foi de ceux qui leur geste relève simplement le fait qu’il scelle une tran-
obéissaient » ( J.G. Baldwin NCB p. 293). saction légale.

Rt     4. 5 : Comment traduire ce verset ? Rt     4. 6 : Comment comprendre cette objection ?


La BS traduit : « Si tu acquiers le champ de la Si ce parent n’avait qu’un seul fils (de Ruth), tout
main de Noémi, tu prendras pour femme, Ruth la son patrimoine propre passerait à la famille d’Eli-
Moabite ». C.T. Goslinga traduit : « tu acquiers la mélek et, de toute manière, ses enfants n’hériteraient
veuve du défunt ». Il explique que cette traduction pas du champ acquis. C’est le risque que Booz a pris.
est basée sur une légère modification du texte. Le « Le plus proche parent se déclare aussitôt prêt
texte consonantique hébreu a le verbe acquérir à à racheter la parcelle de terre d’Elimélek. Mais
la première personne, mais cela devrait être mis à lorsqu’il apprend qu’il devra du même coup épou-
la deuxième personne, comme dans de nombreux ser Ruth la Moabite, il fait aussitôt marche arrière,
manuscrits hébreux et d’anciennes versions. Cepen- avouant sa peur de détruire son héritage (4.1-6). Ce
dant, le texte hébreu dit littéralement : « et tu acquiers parent sait très bien que si un fils naît de ce mariage,
de Ruth la Moabite, la veuve du défunt » – ce que l’on c’est à lui que le champ reviendra, donc à la famille
traduit habituellement par : « et tu l’acquiers de Ruth du défunt et non à la sienne. Ce terrain ne sera
la Moabite ». Mais cette formulation ne dit pas ce que donc pas comptabilisé dans sa propre succession.
Booz entendait : qu’en même temps que le champ, De surcroît, ce mariage va occasionner de lourdes
l’acquéreur devait prendre Ruth pour femme. C’est là charges supplémentaires et nécessiter des sacrifices
317 Rt 4.6
de toutes sortes. Il y aura de nouvelles bouches à aurait donc eu moins de temps pour s’occuper de ses
nourrir, des soucis en plus et de l’argent en moins… propres champs et pouvait craindre que sa famille
Enfin, il ne faudrait pas l’oublier, il s’agit d’épouser et ses descendants en souffrent » (F.F. Bruce AQ
non une Israélite, mais une Moabite… Cette Moabite p. 16).
n’est-elle pas sous la malédiction de la loi ? Pour-
quoi n’est-elle pas restée chez elle dans son pays ? » Rt     4. 7-10 : Que signifie cet échange de sandale ?
(M. Decker De l’Amertume à la Grâce p. 154). « Les anciens avaient entendu le plus proche parent
Le parent proche se trouve devant une décision céder à Booz son droit de rachat, mais la remise
lourde de conséquences. Pourquoi achèterait-il symbolique de la sandale devait encore valider la
aujourd’hui un terrain qu’il devra un jour donner transaction. La sandale symbolisait la propriété
à un successeur de la famille d’Elimélek ? Pourquoi (cf. Jos 1.3). Les témoins de la cérémonie déclarèrent
élèverait-il un fils qui ne serait pas considéré comme Booz héritier légitime d’Elimélek, donc de Mahlôn
le sien ? Et si Ruth n’enfante que des filles ? Pourquoi et de Kilyon. Le premier enfant mâle de Ruth serait
épouserait-il une étrangère qui adore peut-être réputé fils d’Elimélek et perpétuerait ainsi le nom du
encore ses propres dieux ? Pourquoi prendrait-il défunt » ( J.G. Baldwin NCB p. 293).
tous ces fardeaux sur lui, consentirait-il à de si « Et il ôta son soulier : acte symbolique par lequel
grands sacrifices ? Sa réponse est logique : « Cela me il faisait passer à Booz son droit de rachat et de
ruinerait pour rien ! ». Je veux bien acheter le terrain possession sur le champ de Ruth (Dt 25.9). Un usage
(pour qu’il m’appartienne), mais pas m’engager semblable paraît avoir existé chez les Indous et les
pour le reste. Le sacrifice est trop grand. C’est pour anciens Germains. Mettre le pied sur une chose,
ces raisons qu’il reste M. Untel, l’homme sans nom c’est en constater la prise de possession. Ce symbole
et sans visage qui n’était pas prêt à risquer son bien- n’a point le caractère déshonorant qui y est attaché
être dans cette aventure. Il y perdrait plus qu’il n’y dans Dt 25.5-10, où il s’agit de la veuve d’un frère »
gagnerait. C’est aussi pour cela qu’il cède son droit (BA 3 p. 181).
de rachat à Booz qui, avec Ruth, prend le chemin de
la hesed. (D’après V. Steinhoff Ruth p. 304). Abraham reçut l’ordre de parcourir tout le pays de
Canaan et Dieu lui promit que tout lieu que son pied
La seule crainte de deux bouches supplémentaires foulera appartiendra à ses héritiers.
à nourrir paraît « peu probable » à R. Gelin, « au
regard de la force de travail que représentaient ces Dieu répète cette promesse à Josué : « Je vous
deux femmes et en tous les cas Ruth, qui est large- donne tout endroit où vous poserez vos pieds »
ment attestée comme une travailleuse infatigable. Ou (Jos 1.3 ; Ps 8.7). Donner sa sandale à quelqu’un,
alors, perce dans ce refus une dimension de supers- c’est renoncer au droit de marcher sur un terrain qui
tition. Le sentiment qu’un mauvais sort s’attache à ces nous appartient et transférer ce droit à celui auquel
deux femmes. Elles portent la poisse ! Il y a déjà eu on donne la sandale, c’est lui transmettre son droit
trois morts. Juda aussi se refuse de donner Tamar à de propriété.
son plus jeune fils, le troisième, de peur de le voir Dans les pays orientaux, la sandale est symbole
mourir à son tour (Gn 38.11). Cette référence à Juda de possession (cf. Ps 60.10). Conférer un droit ou
et à Tamar n’est pas fortuite, puisque dans la béné- une propriété à quelqu’un était souligné par le geste
diction que les anciens prononcent sur Booz, eux- symbolique de lui donner sa sandale (cp. Am 2.6 ;
mêmes évoquent Juda et Tamar (4.12). C’est donc que 8.6). Les tablettes de Nouzi, documents akkadiens du
ce récit est présent dans la pensée des protagonistes milieu du 2e millénaire av. J.-C., font état de coutumes
ou du rédacteur » (Ruth p. 19). semblables.
Rt     4. 6 : Dans quel sens le premier parent aurait-il Rt     4. 7 : Que conclure de ces mots « c’était autre-
fait tort à son patrimoine en épousant Ruth ? fois la coutume » ?
La plupart des interprètes pensent que l’homme La coutume d’ôter sa sandale et de la donner à
avait peur, en rachetant le champ, de diminuer la l’autre n’était déjà plus connue au moment où le livre
part d’héritage qu’il laissait à ses enfants, alors que de Ruth était rédigé. C’est pourquoi l’auteur explique
ce champ reviendrait au fils de Ruth comme héritier que c’était « pour valider la transaction ». Le geste
légitime d’Elimélek. se faisait devant témoins, si possible des témoins
« Il aurait dû consacrer une partie de son temps et représentatifs de la cité, afin qu’il soit enregistré par
de son énergie à s’occuper du champ de Ruth pour le plusieurs mémoires. On trouve le même cérémonial
bénéfice de la famille et des descendants de Ruth. Il avec la même signification dans les textes de Nouzi.
 4.7
Rt 318
Dans une culture où les textes écrits étaient rares, y obéir, alors que Booz est inspiré par l’amour de
ces gestes symboliques publics tenaient lieu de docu- Dieu et du prochain. L’acceptation des obligations
ments. Pourquoi une sandale ? Dans Dt 1.36 ; 11.24 ; durables impliquées dans le cas de Noémi et de
Jos 1.3 ; 14.9, il est question de poser son pied sur une Ruth, qui découlaient plus de l’esprit de la loi que de
terre pour en marquer la propriété. Dans Ps 60.10, sa lettre, indiquait caractère noble, qui ne demande
David dit : « sur Edom, je jette ma sandale », ce qui pas : ‘Quel est le minimum que je dois faire ?’, mais
signifie qu’il en prend possession. ‘Que puis-je faire pour accomplir la loi de Dieu
Le narrateur en explique le sens au v. 7 parce aussi bien que possible ?’ Booz était un tel homme ;
qu’« entre Booz et David, il y a trois générations et un il représentait parfaitement l’Israélite sans fraude qui
changement politique radical – passage de la période plaît à l’Eternel (Ps 11.7). En cela, il était clairement
des Juges à celle de la royauté, c’est-à-dire passage une préfiguration de notre Seigneur Jésus-Christ.
d’une politique régionale à une politique centralisée Car lorsque la race humaine avait rejeté Dieu et était
qui a nécessairement modifié de nombreuses coutu- tombée dans un état désespéré, seul le Christ pouvait
mes » (D. Arnold Ruth p. 121). satisfaire aux hautes exigences de la justice divine et
apporter le salut par un amour sacré capable d’élever
Rt     4. 8 : Qui a ôté sa sandale ? l’humanité de sa condition déchue. Comme Booz, il
n’a pas refusé ce rôle. Volontairement, il s’est donné
Certains disent que c’était Booz, d’autres que c’était lui-même pour sa fiancée, l’Eglise, offrant librement
l’autre goël . La pratique d’ôter sa sandale est diffé- ses trésors afin de mettre fin à sa pauvreté. Comme
rente ici de celle qu’évoque Dt 25.9 qui parle du refus le dit De Graaf : ‘Tout comme le rédempteur, Booz a
d’un frère d’épouser la veuve de son frère défunt. préservé le nom et la place d’Elimélek en Israël, le
Dans les deux cas, il s’agit d’un refus d’accomplir Christ restaure les noms des siens pour toute éternité
des obligations sociales. Ici, il s’agit simplement de et leur donne un héritage éternel’. Dans ces deux
la ratification d’une transaction. La plupart des inter- versets, qui constituent l’apogée du récit, nous voyons
prètes pensent que c’est le deuxième personnage qui la vie de Ruth trouver son accomplissement dans
a ôté sa sandale et l’a donnée à Booz pour signifier le mariage avec Booz, qui lui-même trouve son
que la transaction était valide. Certaines versions accomplissement en Christ » (C.T. Goslinga Jos,
grecques et la Vulgate appuient cette interprétation. Jg, Rt p. 550).
Ceux qui disent que c’est Booz y voient le « prix »
auquel Booz a acheté son droit sur Ruth. Cette inter- Rt     4. 11 : Pourquoi évoquer Rachel et Léa ?
prétation semble moins valable que l’autre. (D’après
F.B. Huey EBC 3 p. 544). Rachel et Léa ont donné naissance à tout le peuple
d’Israël. Ainsi Ruth donnera naissance à la lignée de
Rt     4. 9-10 : Pourquoi Booz fait-il cet appel à David, et, par la suite, à celle du Messie.
témoins ?
Rt     4. 11 : Que signifie cette bénédiction ?
L’une des préoccupations de Booz est de faire
accepter Ruth comme membre de la communauté Cette bénédiction, dite sans doute par l’un des
et du peuple d’Israël. C’est pourquoi il demande aux responsables, est prononcée par « tous ceux qui se
responsables et à tous ceux qui sont là d’être témoins trouvaient à la porte et tous les responsables ». Ils
de la transaction relative au terrain, et aussi du fait commencent par bénir Ruth : qu’elle soit comme
qu’il prend pour épouse « Ruth la Moabite, la veuve Rachel et Léa, les deux ancêtres qui ont donné nais-
de Mahlôn ». Pour être valable, un mariage a besoin sance (en partie par servantes interposées) à tout
de cette légitimité. Le consentement mutuel secret le peuple d’Israël. « Il est intéressant de noter que,
ne suffit pas ; dans toutes les civilisations et à travers bien qu’étant Bethléhémites, donc descendants de
tous les temps, le mariage était toujours scellé par un Juda, fils de Léa (Gn 29.35), ils donnent la priorité
acte public (à formes variables). à Rachel qui était particulièrement aimée de Jacob
et dont la tombe se trouvait à proximité (Gn 35.19) »
Rt     4. 9-10 : Comment l’action de Booz illustre-t- (L. Morris Ruth p. 310).
elle celle de Jésus-Christ ? « Pendant ce temps, d’autres gens s’étaient rassem-
« La tournure que prennent les événements illus- blés autour des témoins officiels ; ils confirmaient la
tre magnifiquement le fait que le commandement légalité de la transaction et joignaient leur bénédic-
de l’amour est au cœur de la loi ; or, celui qui ne tion à celle des anciens. On souhaitait la naissance
considère que ses intérêts matériels, comme le de plus d’un enfant. Rachel, Léa et leurs servantes
premier parent qui avait le droit de rachat, ne peut n’avaient-elles pas donné douze fils à Jacob ? Booz
319 Rt 4.11
serait récompensé si Ruth lui donnait de nombreux nombreuse est toujours un don de la grâce de Dieu
fils pour ajouter à son prestige et à sa prospérité » (cf. 1 S 2.20).
( J.G. Baldwin NCB p. 293). « Le récit de Tamar (Gn 38) permet de mieux
« Les responsables et tous ceux qui se trouvaient comprendre l’allusion de Noémi (1.11), mais la situa-
là » parlent de Ruth comme de « la femme (ischa) tion au temps des patriarches était moins désespérée
qui entre dans la famille » de Booz. Elle n’est plus que celle du temps des juges. A l’époque de Tamar, il
« Ruth la Moabite », l’étrangère, la servante. Elle est existait un double problème. D’une part, le fils aîné
reconnue comme étant la femme de Booz. En même ne voulait pas offrir une descendance au frère défunt
temps s’accomplit le souhait de Noémi de trouver et d’autre part, le plus jeune des enfants était encore
pour Ruth un « repos » dans un foyer à elle, aux côtés trop jeune pour épouser la veuve. La situation est
d’un mari. de loin plus difficile au temps des juges, car l’enfant
Le vœu prononcé fait appel aux promesses de ‘rédempteur’ n’est même pas né et on est en droit
l’Eternel pour son peuple. Pendant dix ans, Ruth de douter, si un enfant naissait, qu’il désire relever
est demeurée stérile. Maintenant, elle fait partie du l’héritage d’un frère qu’il n’aurait jamais connu.21 En
peuple de Dieu. Sara aussi était stérile et Dieu lui a outre, Noémi n’est plus en âge d’enfanter, et même si
accordé un fils. Il peut accomplir le même miracle elle pouvait encore le faire, ses belles-filles n’auraient
pour Ruth. probablement pas voulu attendre si longtemps »
(D. Arnold Ruth p. 89).
Rt     4. 12 : Pourquoi cette évocation de Pérets ?
Pérets était un ancêtre de Booz (cf. v. 18-21 ;
Rt     4. 13 : Que signifie : « L’Eternel accorda » ?
Mt 1.3 ; Lc 3.33). D’après 1 Ch 2.5, 18, 50s., il était « L’Eternel accorda à Ruth de devenir enceinte » :
même l’ancêtre de tous les Bethléhémites. Il a le lecteur se souvient que Ruth avait été mariée à
donné son nom à la fraction de la tribu de Juda qui Mahlôn et que, durant près de dix ans, ils n’avaient
descendait de lui (Nb 26.20). Il est né d’un mariage pas eu d’enfant. On pouvait imaginer qu’elle était
conclu en application de la loi du lévirat (Gn 38.27- stérile comme un certain nombre de femmes d’Israël.
30). De plus, sa lignée a donné à la tribu de Juda un Il ne faut pas oublier que le pays de Moab était sous la
rôle prédominant en Israël. Ce vœu des anciens s’est malédiction de Dieu et que la fertilité comme la stéri-
réalisé (cf. 21-22). lité étaient attribuées à l’Eternel (Gn 29.31 ; 30.2).
Pérets était le fils le plus important de Juda. Il Jusqu’à présent, il n’était question de l’Eternel
est mentionné plus souvent que Chéla, son aîné. Au que dans des bénédictions, des demandes, des
moment de la naissance des jumeaux, la sage-femme confessions ou des serments. On devinait que c’était
avait noué un cordon rouge à la main de Chéla qui lui qui dirigeait dans le secret les événements et les
sortait le premier, mais il retira sa main et Pérets rencontres apparemment fortuites. A présent, il agit
sortit (Gn 38.28s.). La tribu de Juda remontait essen- et l’auteur reconnaît ouvertement que c’est lui qui
tiellement à Pérets. « accorda à Ruth de devenir enceinte ». La vie ne
surgit pas du simple accord de deux êtres, c’est Dieu
Rt     4. 12 : Pourquoi évoquer l’histoire de Tamar ? qui doit l’accorder.
« A première vue, le rappel de l’histoire peu
édifiante de Juda et Tamar (Gn 38) semble un peu Rt     4. 14-16 : Pourquoi le livre se termine-t-il par
déplacé. Mais l’auteur avait deux bonnes raisons de la mention de Noémi et non pas celle de Ruth ?
le faire. Premièrement, il s’agissait d’un mariage par Le livre commençait par le départ d’Elimélek et
droit de lévirat, mais, tandis que celui-ci était tacite- de Noémi au pays de Moab (1.2) ; il se termine par
ment refusé à Tamar, Booz avait honorablement fait Noémi. Ruth semble être une parenthèse. Le fils qui
son devoir. Deuxièmement, l’affaire avait un intérêt
local : Pérets, né de Tamar après le stratagème de la 21 Le Talmud considère que la loi du lévirat ne s’applique que lors-
jeune femme, était un ancêtre de Booz (verset 18) que les frères ont vécu ensemble : « La femme d’un frère n’ayant
pas été au monde avec lui (c.-à-d. mort avant que le frère survi-
et sans doute de beaucoup d’autres habitants de la vant ne soit né) n’est pas soumise au lévirat » (Yebamoth 1.1
région de Bethléhem, car les généalogies ne mention- p. 3). Thomas et Dorothy Thompson (« Some Legal Problems
nent que trois fils de Juda, dont la tribu tout entière in the Book of Ruth » in VT 18 [1968] p. 90) limitent l’expres-
était issue » ( J.G. Baldwin NCB p. 293). sion « lorsque des frères habiteront ensemble » dans Dt 25.5
à la situation de frères qui n’ont pas encore quitté le domaine
Tamar, comme Ruth, avait été veuve et avait paternel et vivent par conséquent sur la même propriété. Donc,
eu un enfant d’un homme âgé. C’est Dieu qui est même si Noémi avait encore enfanté, Ruth et Orpa n’auraient
reconnu comme celui qui donne la vie. Une postérité pas eu l’obligation d’épouser ce beau-frère.
 4.14-16
Rt 320
est né sera un soutien familial pour Noémi, il lui A première vue, l’éloge de Ruth paraît effective-
donnera une nouvelle raison de vivre, il prendra ment surfait, d’autant plus que les fils étaient parti-
soin d’elle dans ses vieux jours. C’est à elle que sa culièrement appréciés dans la civilisation hébraïque
belle-fille a donné un fils ; c’est pourquoi Ruth vaut (cf. Ps 127.4s.). Mais lorsqu’on se souvient avec quel
mieux pour elle que sept fils. Et les voisines s’écrient : amour et quelle abnégation Ruth s’est occupée de sa
« Noémi a un fils ! » (v. 17). vieille belle-mère, avec quelle fidélité elle l’a entou-
Est-ce parce que, pour les voisines, c’est Noémi la rée au temps de son malheur, on peut comprendre
personne connue, Ruth restant « la Moabite » ? Par la la réaction des femmes de Bethléhem. D’autre part,
loi du lévirat, ce fils n’était pas compté comme étant si l’on pense aux nombreux fils qui, une fois mariés
celui de Booz, mais de Mahlôn, le fils de Noémi ; ce et entourés de leurs enfants, s’occupent peu de leur
dernier n’étant plus là, c’est sa mère que les voisi- mère âgée, cet éloge devient un peu plus compréhen-
nes congratulent. Peut-être est-ce aussi elle qui a le sible. Mais dans ces versets 14 et 15, ce n’est pas tant
plus besoin d’être réconfortée : Ruth a un mari et une Ruth ni Booz qui sont exaltés, mais l’Eternel qui a
occupation, mais Noémi-Mara reste dans sa solitude. donné ce fils, témoignant ainsi sa grâce et sa fidélité.
Aussi lui confie-t-on le petit enfant à élever. (D’après H. Lamparter Das Lied der Sehnsucht
p. 54).
Rt     4. 14 : Qui est « l’homme ayant droit de rachat » ?
Lors de la naissance de l’enfant, les voisines Rt     4. 16 : S’agit-il d’un geste d’adoption ?
prononcent une prière de louange en disant : Beaucoup d’exégètes l’interprètent ainsi en s’ap-
« Béni soit l’Eternel qui ne t’a point laissé manquer puyant, entre autres, sur Gn 48.1-14 où Jacob a pris
aujourd’hui d’un homme qui a droit de rachat » Ephraïm et Manassé sur ses genoux en les adoptant
(Sgd). Qui est cet homme ? Jusqu’à présent, le goël comme ses enfants.
était Booz. Est-ce de lui qu’elles parlent ? Mais la V. Steinhoff cite plusieurs arguments qui s’oppo-
suite se rapporte clairement à l’enfant nouveau-né : sent à cette interprétation : 1° Cette tradition n’est pas
« Que son nom devienne célèbre en Israël ! ». C’est mentionnée dans les textes de la Loi de l’AT. 2° Booz
donc l’enfant qui a droit de rachat et c’est Dieu qui a déjà désigné l’enfant comme héritier d’Elimélek
l’a envoyé à Noémi. C’est lui qui bénéficiera du champ (4.5, 10) en demandant qu’il hérite de son patrimoine
que Booz a racheté. Par ce champ, il pourra être (v. 5), il recevra son héritage et maintiendra son nom
« soutien de famille » (BS) pour Noémi et pour Ruth, (v. 10). 3° Comme Ruth est la belle-fille de Noémi,
peut-être même pour Booz dans ses vieux jours. l’enfant appartient aussi à Noémi. Une adoption est
« L’homme qui avait le droit de rachat n’était pas donc inutile. 4° L’amour et la fidélité de Ruth pour
Booz, mais le petit enfant qui venait de naître. Les sa belle-mère lui garantissent que son fils s’occupera
voisines l’ont appelé ‘rédempteur’ de Noémi, non de l’avenir de sa grand-mère adoptive. 5° Ce geste est
parce qu’il rachèterait un jour toutes les posses- une expression de l’amour de Noémi et non un acte
sions de Noémi, mais parce qu’étant fils de Ruth, il juridique. (Ruth p. 312 note).
était aussi fils de Noémi (v. 17), et en tant que tel il Noémi se chargea d’élever l’enfant. Nous pouvons
ôtera d’elle l’opprobre de ne plus avoir d’enfant, il la en déduire qu’elle a vécu avec Ruth et Booz, sans
réconfortera, il s’occupera d’elle dans son grand âge pour autant qu’elle ait adopté l’enfant. Jusque-là,
et, par là, deviendra son vrai goël, c.-à-d. son libéra- sa vie n’avait plus de sens ; cet enfant lui ouvre un
teur » (Keil & Delitzsch Jos, Jg, Rt p. 492). avenir. Il lui servira de soutien (v. 15) et il servira
« Booz avait racheté la propriété d’Elimélek, mais à prolonger la lignée de la famille ; d’où son nom
si son mariage avec Ruth était resté sans enfant, sa d’Obed : serviteur.
propriété serait revenue au clan d’Elimélek. Dans ce Rt     4. 17 : Comment se fait-il que ce soient les
sens, l’enfant était le vrai rédempteur, un mot qui a voisines qui donnent son nom à l’enfant ?
ici le sens large de ‘libérateur’, ‘aide’ (un sens qui
apparaît déjà dans 3.9). Ce n’est que par cet enfant « Il est possible que leur aimable intérêt ait fait si
que le joug de l’affliction que Dieu avait imposé à bonne impressions que Booz et Ruth ont accepté leur
Noémi fut complètement ôté » (C.T. Goslinga Jos, suggestion. Ou alors, les coutumes locales donnaient
Jg, Rt p. 552). aux femmes un rôle plus important que celui auquel
nous nous serions attendus. Mais c’est une procédure
Rt     4. 15 : Cet éloge ne paraît-il pas exagéré ? fort rare » (L. Morris Ruth p. 315).
Avoir sept fils était considéré comme la famille Josèphe dit que c’est Noémi qui a donné son nom à
idéale, bénie par Dieu (1 S 2.5 ; Jb 1.2 ; Jr 15.9 ; l’enfant, mais son rapport contient tant d’inexactitu-
1 Ch 2.15). des qu’il n’est pas fiable.
321 Rt 4.17
Les femmes de ce verset ne sont pas « les femmes porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que
de Bethléhem » du v. 14, ici ce sont : « les voisines ». le monde méprise, sur ce qui est considéré comme
« Ce verset est le seul exemple de l’AT où un enfant insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde
est nommé par quelqu’un d’autre que sa famille estime important » (1 Co 1.27s.). Illustration de la
immédiate (cf. Ex 2.10). Ce fait n’étant pas fréquent hesed de Dieu !
(cf. Lc 1.59), plusieurs spécialistes auraient préféré
le retrancher du texte. Il n’y a pourtant pas de Rt     4. 17 : Quel est le sens de cette remarque ?
raison valable d’abandonner le texte massorétique » « Ce fut le père d’Isaï, père de David. Dans cette
(F.B. Huey EBC 3 p. 547). courte indication qui termine l’histoire de Ruth,
l’auteur révèle, nous n’en pouvons douter, la raison
Rt     4. 17 : Que signifie ce nom d’Obed ? pour laquelle il l’a racontée. Ruth était une des ancê-
Ce nom d’Obed fut donné à l’enfant par les voisi- tres du plus grand roi d’Israël, et il était intéressant
nes. C’est tout simplement étonnant. L’enfant semble pour tout le peuple de savoir comment elle l’était
être en même temps celui de tout le monde et de devenue. La généalogie de Pérets qui suit confirme
personne. cette manière de voir, qu’elle soit de la main de
Ce qui est surprenant aussi, c’est le nom que les l’auteur ou un appendice postérieur » (BA 3 p. 182).
voisines ont donné à l’enfant : Obed = serviteur.
Voulaient-elles dire qu’il sera au service de Noémi ?
Rt     4. 18-22 : Pourquoi terminer ce livre par une
généalogie ?
Dans l’ensemble, malgré les connotations « serviles »
de ce nom, il n’a pas été souvent donné dans l’AT. Il est vrai qu’habituellement, les généalogies se
trouvent au début des livres bibliques (Gn, 1 Ch, Mt).
Obed était fréquemment combiné avec un
Comme il n’y a pas de généalogie de David dans 1 S,
autre nom : Ebedmélek (serviteur du roi), Abdias
certains ont pensé que le livre de Ruth était là pour
(Obadiah : serviteur de Yahvé), Obed-edom (servi-
compenser ce manque, ou pour expliquer pourquoi
teur d’Edom). Beaucoup pensent qu’Obed était une
David avait eu du sang moabite dans les veines. Pour
forme raccourcie de Obadiah.
d’autres, cette généalogie ne faisait pas partie du livre
« Le nom de l’enfant réserve aussi quelques surpri- originel mais aurait été ajoutée plus tard ; mais quel
ses. Obed signifie ‘serviteur’, mais ce nom ne rappelle copiste aurait osé donner au grand roi David une
en rien celui de Booz, d’Elimélek ou de Mahlôn. Les ascendance moabite ?
femmes n’ont-elles pas su auquel des trois ‘ancêtres’
La généalogie faisait certainement partie des buts
il fallait rattacher l’enfant ? Ont-elles voulu honorer
du livre, mais n’en était pas le seul ni sans doute
l’esprit de service et de sacrifice de Ruth et de Booz ?
le principal (voir dans les Questions générales, le
Ont-elles estimé que ce n’est pas le passé qui doit
chapitre « Buts »). Elle souligne l’une des pensées
marquer cet enfant, mais le présent, voire l’avenir ?
sous-jacentes à tout le récit : Dieu conduit souverai-
Obed aide Noémi par sa présence et permet à une
nement toutes choses – y compris la succession des
famille d’avoir une descendance. Finalement, serait-il
générations pour l’accomplissement de son plan de
possible que ce nom ait été choisi sous l’inspiration
salut.
du Saint-Esprit en vue d’annoncer celui qui descendra
d’Obed et qui sera le plus grand serviteur de tous les David avait des liens avec Moab sinon il n’aurait
temps : le Christ Jésus ? » (D. Arnold Ruth p. 127). pas confié sa famille aux soins du roi de Moab
La lignée amorcée avec Obed se prolongera au-delà lorsqu’il fut lui-même en danger (1 S 22.3s.). L’his-
de David jusqu’au « Fils de David » qui a dit qu’il était toire de Ruth explique ces liens et les éclaire d’une
venu, « non pour se faire servir, mais pour servir et autre façon que le livre des Juges dont les récits sont
donner sa vie pour beaucoup » (Mc 10.45). contemporains de cet épisode.

Dans la généalogie de Jésus, on retrouve les La généalogie commence par les mots : « Voici les
noms de Booz, Ruth et Obed – avec ceux de Tamar, générations de… », une formule que nous trouvons
Rahab et de la femme d’Urie, des femmes avec l’aide un certain nombre de fois dans la Genèse (les tole-
desquelles Dieu a façonné l’Histoire – et que nous doth), dans l’Exode, les Nombres et 1 Chroniques,
n’aurions jamais osé insérer dans la généalogie du mais nulle part ailleurs dans l’Ecriture.
Messie. Cela confirme ce que dit l’apôtre Paul : « Dieu La généalogie entre Pérets et David n’est pas
a choisi ce que le monde considère comme une folie complète, car Pérets, fils de Juda, devait se situer
pour confondre les ‘sages’, et il a choisi ce qui est entre 1750 et 1650 av. J.-C. L’accession de David
faible pour couvrir de honte les puissants. Dieu a au trône eut lieu en 1010 av. J.-C. Pour couvrir les
 4.18-22
Rt 322
640 ans entre ces deux dates, nous ne trouvons que que Booz fut son père (comme le dit ce verset).
dix noms (y compris celui de David), ce qui est On ne pourrait pas en dire autant de Mahlôn »
manifestement trop peu. D’autre part, d’après Mt 1.5, (C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt p. 557).
Salmôn (Salma) fut l’époux de Rahab, donc contem- « L’élément surprenant de la généalogie n’est pas
porain de la Conquête du pays, mais il n’y a pas de David (mentionné déjà en 4.17), mais Booz. Les
nom entre lui et Booz. Il semble donc que certains ancêtres mentionnés dans cette liste sont ceux de
noms ont été omis – comme c’est le cas dans d’autres Booz et non ceux d’Elimélek. Comment se fait-il que
généalogies bibliques. (D’après L. Morris Ruth cet enfant tant attendu pour relever la descendance
p. 316-318). de Mahlôn et d’Elimélek soit finalement attribué à
Booz ? La fin du récit semble renverser tout ce qui a
Rt     4. 18-22 : Quel était le but de cette liste ? été élaboré jusqu’à ce point.
« La généalogie commençant par Pérets fait le
« Notre étonnement vient peut-être de notre
lien entre Juda, le patriarche de la tribu royale
compréhension limitée de la loi du lévirat. L’enfant
(cf. Gn 49.8, 10) et l’homme en qui l’idéal d’une
d’un mariage-lévirat poursuit légalement la descen-
monarchie vraiment théocratique s’est réalisé. Le but
dance du défunt, mais cela écarte-t-il tout lien avec le
de l’auteur est de montrer la ligne qui va de Pérets à
vrai père ? Ne peut-on pas concevoir qu’un homme ait
Booz et à David et, par conséquent, il a seulement mis
une double origine ou une double nationalité ? Jésus
dans sa liste autant de descendants de Pérets que cela
est aussi issu d’une double paternité. Légalement, il
lui semblait nécessaire » (C.T. Goslinga Jos, Jg, Rt
était le fils de Joseph, mais naturellement, le fils de
p. 554).
Dieu le Père, conçu du Saint-Esprit. Obed reprend
Rt     4. 18-22 : Quelles remarques suscite cette l’héritage de Mahlôn et d’Elimélek, mais il est aussi
généalogie ? descendant de Booz. Il est appelé ‘serviteur’ (c’est le
sens d’Obed) peut-être en raison de l’esprit de service
La généalogie finale qui relie Pérets à David a
de son père naturel (Booz), mais il est aussi lié à la
peut-être la même source que celle de 1 Ch 2.4-15.
‘royauté’ par son grand-père (Elimélek signifie ‘Dieu
La principale raison avancée en faveur d’une addi-
est roi’) et par son petit-fils (David est roi d’Israël).
tion tardive de ces derniers versets est l’omission
D’un point de vue prophétique, Obed annonce le
du nom d’Elimélek, alors que le récit entier insiste
roi-serviteur qui redonne vie au monde entier »
sur ce fait : le premier-né continuera la lignée. Obed
(D. Arnold Ruth p. 128).
par contre est appelé fils de Booz. Hetsron est l’un
de ceux qui descendirent en Egypte avec Jacob Rt     4. 18-22 : S’agit-il d’une généalogie complète ?
(Gn 46.12). D’après Ex 6.23, nous savons qu’Ammina- « Notre généalogie ne compte que cinq membres
dab et Nahchôn furent des contemporains de Moïse. depuis la descente en Egypte jusqu’au moment de
Mais une seule génération sépare Nahchôn de Booz, l’Exode. C’est trop peu pour une période de 430 ans
donc la liste a été raccourcie. Salmôn est le Salma (Ex 12.40). Entre Hetsrôn et Amminadab l’auteur a
de 1 Ch 2.11, mais le Salma du verset 51, « père de omis, comme celui des Chroniques, plusieurs chaî-
Bethléhem », descend de Caleb ; c’est donc un autre nons intermédiaires avant et après Ram.
homme.
« Cette supposition est encore plus nécessaire pour
« Que cette généalogie fasse ou non partie du livre la suite de la généalogie, qui ne compte également
original, elle termine heureusement le récit en ratta- que cinq noms de Salma ou Salmud, fils de Nahchôn,
chant Ruth à la grande histoire biblique. L’écrivain à David. En effet, de l’Exode jusqu’à la mort de David
a voulu nous faire savoir que l’avenir était en cause (1 R 6.1) on compte 476 ans, qui exigent au moins
lorsque Ruth prit la décision, en apparence stricte- douze générations.
ment personnelle, de rester avec Noémi et d’adorer
« Les noms qui manquent doivent être interca-
le Dieu d’Israël. Plus même qu’il ne pouvait l’imagi-
lés entre Salma et Booz, car d’après Mt 1.5, Salma
ner, car ce n’est pas la dernière fois qu’on parle d’elle
vivait peu après Nahchôn (contemporain de Moïse),
dans la Bible. En tant qu’ancêtre de David, Ruth a le
puisqu’il épousa Rahab.
grand honneur de figurer parmi les ascendants de
Jésus-Christ (Mt 1.5) » ( J.G. Baldwin NCB p. 293). « On peut admettre qu’entre Booz et David la
généalogie est complète. Il y a un arrangement voulu
Rt     4. 18-22 : Pourquoi cette liste mentionne-t-elle dans le choix du nombre dix pour la série des noms
les ancêtres de Booz ? depuis Pérets jusqu’à David.
« Il est vrai qu’Obed devint l’héritier du premier « Voir les généalogies de Gn 5 et 11 qui offrent
mari de Ruth, mais cela ne change pas le fait également dix membres d’Adam à Noé et de Sem
323 Rt 4.18-22
à Abraham. C’est à dessein aussi que cinq noms que la limitation de la généalogie à dix membres,
manquent avant la conquête de Canaan, comme cinq afin d’apposer sur elle le sceau de la complétude
après. par ce nombre dix et le caractère d’un tout parfait,
« On aimait à donner aux généalogies le caractère achevé et symétrique (comme nos dix doigts) » (Keil
d’un tout, symétriquement arrangé. Voir à ce point de & Delitzsch Jos, Jg, Rt p. 493).
vue Matthieu 1 » (BA 3 p. 182). « Cela représente dix générations pour aller des
patriarches à la royauté, une période estimée de sept
Rt     4. 18-22 : Pourquoi seulement dix noms de à neuf siècles ! Entre Hetsron, fils de Pérets (Gn 46.12)
Pérets à David ? et Amminadab, beau-père d’Aaron (Ex 6.23), il n’y a
La structure de cette généalogie est intéressante : qu’un autre nom (Ram), soit une génération pour
« Toute la chaîne de Péretz à David consiste en dix relier l’époque des patriarches à celle de Moïse ! 22 La
chaînons, cinq d’entre eux (de Péretz à Nahchôn) généalogie de Matthieu (Mt 1.5) nous apprend aussi
appartiennent aux 430 années de séjour en Egypte, et que Booz, arrière-grand-père de David, est le fils de
cinq (de Salma à David) aux 476 années entre l’exode Rahab, contemporaine de Josué, soit quatre généra-
hors d’Egypte et la mort de David. Cette division tions entre la période de Moïse et celle de la royauté »
symétrique est apparemment aussi intentionnelle (D. Arnold Ruth p. 128-129).

22 La généalogie de Luc indique un nom de plus pour relier ces


deux époques (Lc 3.33).

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