LA CONSCIENCE
INTRODUCTION : Définitions, repères :
[Link] trois formes de conscience :
La conscience immédiate (ou spontanée) : C'est la capacité
d'être présent à soi-même et au monde sans réflexion. C'est
l'état d'éveil (ex: j'ai conscience qu'il fait froid).
La conscience réfléchie : C'est la capacité de l'esprit à faire retour
sur lui-même. C'est le "sujet" qui se regarde penser ou agir
(ex: je sais que je suis en train de réviser). C'est le fondement du
Cogito.
La conscience morale : C'est la capacité de juger ses actes et
ceux des autres selon les valeurs du bien et du mal (le "tribunal
intérieur").
B. Repères de la Conscience
Objectif vs Subjectif
o Subjectif : Ce qui relève du point de vue propre à l'individu
(mes goûts).
o Objectif : Ce qui est valable pour tous, indépendamment du
sujet (les lois physiques).
o Enjeu : La conscience de soi est-elle purement subjective ou
peut-elle être un objet de science ?
Essentiel vs Accidentel
o Essentiel : Ce qui définit la chose, sans quoi elle ne serait pas
(pour Descartes, la pensée est l'essence de l'âme).
o Accidentel : Ce qui peut changer sans modifier la nature de la
chose (mes vêtements, mon humeur).
En puissance vs En acte (Repère aristotélicien)
o En puissance : Ce qui est virtuellement là, comme une
capacité (l'enfant est un être conscient en puissance).
o En acte : Ce qui est actuellement réalisé (l'adulte qui réfléchit
est conscient en acte).
Transcendant vs Immanent
o Immanent : Ce qui reste à l'intérieur d'un domaine (ma
pensée reste immanente à mon esprit).
o Transcendant : Ce qui dépasse, ce qui est extérieur ou
supérieur (pour Husserl, l'objet visé est transcendant par
rapport à la conscience).
Origine vs Fondement
o Origine : Le point de départ chronologique (comment la
conscience est apparue dans l'histoire de la vie ?).
o Fondement : Ce qui justifie et donne sa valeur (sur quoi
repose la légitimité de ma conscience ?).
C. Distinctions Conceptuelles
Identité vs Ipséité
o Identité (Même) : Ce qui ne change pas (mon ADN).
o Ipséité (Soi) : La capacité de rester "soi" malgré les
changements temporels (le maintien de la promesse faite
hier).
Sujet vs Objet
o La conscience est le Sujet (celui qui regarde) qui tente parfois
de se prendre pour Objet (se regarder soi-même). C'est le
paradoxe de l'introspection : on ne peut pas être à la fois à la
fenêtre et se regarder passer dans la rue (Comte).
D. Enjeux du cours :
La conscience comme certitude — Descartes en fait le seul point
fixe de sa philosophie (Cogito, ergo sum).
La conscience comme illusion — Pascal, Hume et Nietzsche
montrent que le "moi" est introuvable, instable ou fictif.
La conscience comme acte — Husserl remplace la "chose
pensante" par un mouvement intentionnel vers le monde.
La conscience détrônée — Freud révèle que l'essentiel de la vie
psychique échappe à la conscience.
I — DESCARTES : LES FONDEMENTS DE LA CONSCIENCE
1. Le bon sens et la raison (Discours de la méthode)
Descartes ouvre le Discours de la méthode en affirmant que « le bon
sens est la chose du monde la mieux partagée ». Par "bon sens", il
entend la raison : la capacité naturelle de chaque être humain à distinguer
le vrai du faux. La conscience est donc indissociable de cette faculté de
juger.
2. La responsabilité de l'individu
« Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer
bien. »
Si le bon sens est universel, les erreurs viennent du fait que nous ne
dirigeons pas nos pensées de la même manière. Puisque la raison est
entière en chaque homme, l'erreur n'est pas un manque d'intelligence,
mais un manque de discipline. La conscience doit être éduquée pour ne
pas se laisser égarer par les préjugés ou les précipitations.
3. Les quatre règles de la méthode
Pour bien appliquer sa raison, Descartes propose quatre règles
fondamentales qui servent de "garde-fous" à la conscience :
1. L'Évidence : Ne rien recevoir pour vrai sans le connaître
évidemment comme tel (éviter la précipitation).
2. L'Analyse : Diviser chaque difficulté en autant de parcelles que
possible.
3. La Synthèse : Ordonner ses pensées, des plus simples aux plus
complexes.
4. Le Dénombrement : Faire des vérifications complètes pour
s'assurer de ne rien oublier.
Bien appliquer sa raison permet de transformer une intuition subjective
(ce que je crois être vrai) en une certitude objective (ce qui est
mathématiquement ou logiquement vrai). Sans cette application
rigoureuse, la conscience reste prisonnière des apparences et des
opinions reçues des autres.
4. Définition de la pensée = Conscience (Principes de la
philosophie)
Pour Descartes, la « pensée » ne se limite pas au raisonnement logique.
Elle englobe tout ce qui se passe en nous de telle sorte que nous en avons
une connaissance immédiate.
« Tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l'apercevons
immédiatement par nous-mêmes. »
Cela inclut : vouloir et choisir, imaginer, et sentir (l'aperception : si je vois
de la lumière, l'action de voir est une pensée, même si l'objet vu est une
illusion).
Résumé de la partie I : La conscience chez Descartes n'est pas
seulement une "constatation" de soi-même, c'est un outil de recherche. La
dignité de l'homme ne réside pas seulement dans le fait de penser, mais
dans sa capacité à bien conduire sa pensée.
PARTIE II — LE DOUTE MÉTHODIQUE ET LE COGITO
1. La Première Méditation : le doute hyperbolique
Le chemin vers la conscience de soi commence paradoxalement par la
destruction de toutes nos certitudes. C'est le doute hyperbolique
(poussé à l'extrême). L'objectif : en doutant de tout, Descartes cherche à
voir s'il reste quelque chose d'absolument indubitable. C'est ce vide créé
par le doute qui va permettre de faire émerger la conscience pure.
Le rejet des sens : Nos sens nous trompent parfois (un bâton
paraît tordu dans l'eau), donc on ne peut plus leur faire confiance.
L'argument du rêve : Il n'existe aucun indice certain pour
distinguer la veille du sommeil. Je pourrais être en train de rêver tout
ce que je vois.
La mise en question des vérités logiques : Même les
mathématiques pourraient être fausses si un "Dieu trompeur" ou
un "Malin Génie" s'amusait à me détourner du vrai chaque fois que
je fais un calcul (2+3=5).
2. La Seconde Méditation : le triomphe du Cogito
C'est ici que Descartes atteint la première certitude, malgré les obstacles
du Dieu trompeur et du Malin Génie.
L'hypothèse du Malin Génie : Même si ce génie me trompe, il faut
nécessairement que je sois pour qu'il puisse me tromper.
Le "Moi" comme certitude : « Je suis, j'existe » est
nécessairement vrai chaque fois que je le prononce ou que je le
conçois dans mon esprit.
La nature de l'esprit (la res cogitans) : Ce "Moi" n'est pas mon
corps (dont je peux encore douter), c'est une chose qui pense.
La supériorité de l'esprit sur le corps : L'esprit est plus aisé à
connaître que le corps. Descartes utilise l'exemple du morceau
de cire : ses propriétés physiques changent (fondre, changer
d'odeur), mais mon esprit comprend que c'est toujours la même cire.
C'est donc mon intelligence, et non mes sens, qui saisit l'essence
des choses.
3. Le Discours de la méthode (Partie IV) : le Cogito comme
premier principe
La formulation célèbre : « Je pense, donc je suis ».
Le premier principe : C'est une intuition immédiate — l'acte de
penser est la preuve directe de mon existence.
Le dualisme : L'âme (la conscience) est « entièrement distincte
du corps ». On peut concevoir que le corps n'existe pas, mais on ne
peut pas concevoir que l'âme n'existe pas pendant qu'elle doute.
L'existence de Dieu : Dans cette même partie, à partir de la
conscience de son imperfection (puisqu'il doute), il déduit l'idée d'un
être parfait (Dieu), car une idée de perfection ne peut pas provenir
d'un être imparfait.
PARTIE III — LE SOLIPSISME : L'ENFERMEMENT DANS LA
CONSCIENCE
1. Définition
Le solipsisme (du latin solus, seul, et ipse, soi-même) est une
attitude métaphysique selon laquelle la seule réalité dont on soit certain
est sa propre conscience. Pour un solipsiste, le monde extérieur et les
autres esprits n'existent peut-être que comme des représentations ou des
rêves de son propre esprit.
2. Le "moment solipsiste" de Descartes
Ce moment se situe entre la fin de la Première Méditation et le début de la
Troisième Méditation.
Après avoir pratiqué le doute radical (sens trompeurs, rêve, Malin
Génie), Descartes parvient à la certitude du Cogito.
À cet instant précis, il sait qu'il existe en tant que "chose pensante",
mais il a encore rejeté l'existence de son corps, de la matière et des
autres.
Il se retrouve seul au monde avec ses pensées : c'est le solipsisme
méthodologique.
3. Comment Descartes sort-il du solipsisme ?
Descartes considère le solipsisme comme une prison intellectuelle
dont il faut sortir pour reconstruire les sciences. Il utilise Dieu comme
"pont" vers la réalité extérieure :
1. L'idée de l'infini : Il trouve en lui l'idée de "perfection" et d'"infini".
2. La cause de l'idée : Étant imparfait et fini, il ne peut pas être
l'auteur de cette idée. Elle doit avoir été mise en lui par un être
réellement parfait et infini : Dieu.
3. La garantie divine : Si Dieu est parfait, il est souverainement bon
et ne peut pas vouloir me tromper systématiquement.
4. Le retour au monde : Dieu garantit donc que mes sens (quand ils
sont bien utilisés) me donnent accès à une réalité extérieure qui
existe vraiment.
À retenir :
Définition générale : Théorie selon laquelle le sujet pensant
est la seule réalité.
Chez Descartes : C'est un risque qu'il affronte par le doute, mais qu'il
dépasse.
Le paradoxe : Descartes est souvent accusé d'avoir "inventé" le
solipsisme moderne en isolant la conscience du corps, même s'il a
tout fait pour prouver que nous n'étions pas seuls.
PARTIE IV — LE SUBSTANTIALISME : LE DUALISME ÂME / CORPS
1. Qu'est-ce qu'une "Substance" ? (Principes de la philosophie)
« Une chose qui existe de telle façon qu'elle n'a besoin que de soi-même
pour exister. »
Au sens strict, seul Dieu est une substance absolue. Mais, par analogie,
Descartes identifie deux types de substances créées qui peuvent
exister indépendamment l'une de l'autre :
1. La substance pensante (Res cogitans) : L'esprit, dont l'attribut
principal est la pensée. Elle est immatérielle, indivisible et libre.
2. La substance étendue (Res extensa) : La matière (le corps), dont
l'attribut principal est l'extension (le fait d'occuper de l'espace en
longueur, largeur et profondeur). Elle est matérielle, divisible et
soumise aux lois de la physique.
2. Le Dualisme substantiel
Le substantialisme mène directement au dualisme. Puisque l'on peut
concevoir clairement et distinctement l'esprit sans le corps (grâce à
l'expérience du Cogito), Descartes en conclut qu'ils sont deux réalités
séparées.
L'indépendance : Mon âme n'est pas une fonction de mon
cerveau ; elle est une substance qui pourrait, en théorie, exister
sans lui.
La distinction : Le corps est une "machine" complexe, tandis
que l'esprit est le siège de la volonté et de la conscience.
3. Le problème de l'union
Si l'âme et le corps sont deux substances de natures totalement
différentes, comment peuvent-ils interagir ? (Comment ma volonté
de lever le bras fait-elle bouger mes muscles ?)
La réponse de Descartes : Il reconnaît qu'il existe une « union
substantielle » entre les deux, particulièrement vécue à travers les
passions et la douleur.
Le siège de l'union : Il tente de localiser ce point de contact dans la
glande pinéale (au centre du cerveau), qu'il imagine comme le lieu
où l'âme exerce ses fonctions sur le corps.
PARTIE V — LES CRITIQUES DE LA CONSCIENCE CARTÉSIENNE
1. Pascal — Qu'est-ce que le moi ? (Pensées)
Pascal remet en question la possibilité même de connaître et d'aimer le
"Moi".
L'insaisissable "Moi" : Si on aime quelqu'un pour sa beauté ou son
intelligence, on ne l'aime pas "lui", car ces qualités peuvent
disparaître sans que la personne disparaisse.
La critique des qualités : Le "Moi" n'est pas dans le corps, ni dans
l'âme (les facultés), car ces choses ne sont que des qualités
périssables.
Conclusion : Pour Pascal, le "Moi" est une abstraction. Nous
n'aimons jamais personne, seulement des « qualités empruntées ».
La conscience de soi est donc une illusion de stabilité là où il n'y a
que des attributs changeants.
2. Hume — L'absence de stabilité (Traité de la nature humaine)
Hume, en tant qu'empiriste, s'attaque directement au Cogito de
Descartes.
Le flux des perceptions : Quand je regarde à l'intérieur de "moi",
je ne trouve jamais un "Moi" stable. Je ne trouve que des perceptions
particulières (chaleur, froid, plaisir, douleur, souvenir).
Le moi-théâtre : L'esprit est comme un théâtre où les perceptions
défilent, s'effacent et reviennent. Mais il n'y a pas de "scène" fixe ou
de spectateur permanent derrière.
La fiction de l'identité : Le "Moi" est une fiction de
l'imagination. C'est la mémoire qui, en reliant nos souvenirs, nous
donne l'illusion que nous sommes une seule et même personne
continue à travers le temps.
3. Nietzsche — La conscience nous trompe (Le Gai Savoir /
Fragments posthumes)
Nietzsche opère une "généalogie" de la conscience pour montrer qu'elle
n'est pas le centre de l'homme.
La conscience comme surface : La conscience n'est que la partie
la plus superficielle et la plus étroite de notre esprit.
L'essentiel de notre vie (pulsions, fonctions biologiques,
pensées instinctives) se fait sans elle.
L'origine sociale : La conscience est née du besoin de
communiquer. Elle est un "réseau de relations" entre les hommes.
On ne devient conscient que pour pouvoir dire aux autres ce dont on
a besoin.
L'illusion du sujet : Nietzsche affirme que le "Moi" est une illusion
grammaticale. On croit qu'il y a un "Je" qui cause la pensée (comme
un acteur derrière une action), mais pour lui, « une pensée vient
quand "elle" veut, et non quand "je" veux ».
4. Merleau-Ponty — La conscience incarnée (Signes — « L'Homme
et l'adversité »)
Merleau-Ponty propose une vision phénoménologique qui réconcilie
l'esprit et le corps.
Le refus du dualisme : Contrairement à Descartes, Merleau-Ponty
refuse de séparer la "chose pensante" de la "chose étendue". Je ne
suis pas seulement une conscience qui habite un corps, je suis
mon corps.
La conscience incarnée : La conscience est toujours "jetée" dans
le monde. Elle est liée à la perception charnelle et à l'adversité (la
résistance des choses et des autres).
L'homme et l'adversité : L'existence humaine n'est pas une pure
pensée transparente à elle-même, mais une lutte avec un corps et
un monde qui ont leur propre épaisseur, leur propre obscurité. La
conscience est une « faille » dans l'être, mais elle ne peut exister
sans la matière.
5. Les critiques du substantialisme cartésien (synthèse)
Hume : Conteste l'idée que le "Moi" soit une substance stable ; pour
lui, ce n'est qu'un flux de perceptions.
Le Matérialisme : Pour les neurosciences modernes, la "pensée"
n'est pas une substance à part, mais une propriété émergente du
fonctionnement biologique du cerveau.
PARTIE VI — HUSSERL : L'INTENTIONNALITÉ DE LA CONSCIENCE
1. Définition de l'intentionnalité
Husserl rompt avec l'idée de Descartes d'une conscience qui serait une
"chose" ou une boîte fermée sur elle-même. Pour Husserl :
La conscience n'a pas de "contenu" intérieur ; elle est un
mouvement.
Elle est toujours tendue vers un objet (une chaise, un souvenir, une
émotion, une idée mathématique).
« Toute conscience est conscience de quelque chose. »
La conscience et son objet sont indissociables : il n'y a pas de pensée
"vide".
2. Noèse et Noème : la structure de l'acte de conscience
Husserl analyse cet acte de conscience en deux pôles :
1. La Noèse : C'est l'acte de viser (l'action de percevoir, d'imaginer ou
d'aimer). C'est la "manière" dont on pense.
2. Le Noème : C'est l'objet tel qu'il est visé (l'objet perçu, l'objet
imaginé).
Exemple : Si je regarde un arbre, ma perception est la noèse, et l'arbre tel
qu'il m'apparaît est le noème. Si je ferme les yeux et que j'imagine l'arbre,
la noèse a changé (imagination au lieu de perception), mais le noème
reste l'arbre.
3. La critique de Descartes par Husserl
Husserl admire Descartes pour avoir découvert le Cogito, mais lui reproche
d'en avoir fait une "chose pensante" (res cogitans).
Contre le substantialisme : Pour Husserl, la conscience n'est pas
une "substance" ou une chose solide. Elle est un flux.
Contre l'isolement : Descartes s'enferme dans son esprit. Husserl
affirme que dès le départ, la conscience est "hors d'elle-même" —
elle est déjà dans le monde puisqu'elle vise toujours des objets.
Résumé : L'intentionnalité fait de la conscience un acte plutôt qu'une
chose. Elle est comme un faisceau lumineux qui ne peut exister que s'il
éclaire quelque chose. Sans objet, la conscience s'éteint.
PARTIE VII — FREUD : L'INCONSCIENT ET LA CONSCIENCE
DÉTRÔNÉE
1. La Première Topique : le lieu du refoulement (L'Interprétation
du rêve, 1900)
Freud divise l'esprit en trois systèmes :
Le Conscient : Ce dont nous avons connaissance ici et maintenant.
Le Préconscient : Les souvenirs et connaissances qui ne sont pas
présents à l'esprit mais qui restent accessibles (ex : un numéro de
téléphone).
L'Inconscient : Le réservoir des pulsions, des désirs refoulés et des
traumatismes. Il est séparé du conscient par une censure (une
barrière psychique).
2. La Seconde Topique : la dynamique de la personnalité (Le Moi
et le Ça, 1920)
Le Ça : Le pôle pulsionnel, totalement inconscient. Il obéit au
principe de plaisir et cherche une satisfaction immédiate.
Le Surmoi : L'héritier de l'éducation et des interdits
parentaux/sociaux. C'est le "juge" ou la conscience morale. Il est en
grande partie inconscient.
Le Moi : Le médiateur. Il doit jongler entre les exigences du Ça, les
interdits du Surmoi et la réalité extérieure. Il utilise des mécanismes
de défense (comme le refoulement).
3. Les preuves de l'inconscient
Pour Freud, l'inconscient n'est pas une simple hypothèse, il se manifeste
par des "formations" analysables :
1. Le Rêve : « La voie royale qui mène à la connaissance de
l'inconscient ». Le rêve exprime un désir refoulé de manière
déguisée.
2. L'acte manqué : (Lapsus, oublis, pertes d'objets). Ce ne sont pas
des erreurs dues au hasard, mais une intention inconsciente qui
s'exprime malgré nous.
3. Le symptôme névrotique : Une souffrance psychique qui
remplace un conflit non résolu.
4. La méthode psychanalytique (Introduction à la psychanalyse)
L'association libre : Le patient doit dire tout ce qui lui passe par la
tête, sans filtre, pour contourner la censure.
Le transfert : Le patient projette sur l'analyste des sentiments
autrefois éprouvés pour ses parents.
5. La critique de la conscience souveraine — Les trois blessures
narcissiques
Freud inflige à l'humanité ce qu'il appelle la "troisième blessure
narcissique" :
1. Copernic a montré que la Terre n'est pas le centre de l'univers.
2. Darwin a montré que l'homme est le produit de l'évolution (un
animal).
3. Freud montre que l'homme est gouverné par des forces psychiques
qu'il ne contrôle pas.
Résumé : La conscience n'est plus souveraine : elle n'est que la partie
émergée de l'iceberg. L'inconscient est la véritable scène où se joue la vie
psychique. Freud achève ainsi de destituer la conscience de la place
centrale que lui avait accordée Descartes.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Le cours trace une trajectoire claire : Descartes place la conscience au
centre de tout, comme certitude absolue et fondement de la
connaissance.
Mais cette position est progressivement ébranlée.
Pascal et Hume montrent que le "moi" est insaisissable ou fictif.
Nietzsche révèle que la conscience n'est qu'une surface sociale.
Merleau-Ponty refuse de la séparer du corps. Husserl la redéfinit
comme un acte plutôt qu'une chose.
Freud, enfin, la relègue au rang de façade : derrière elle opèrent des
forces qu'elle ne contrôle pas.