Introduction
La thématique de la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) a
émergé depuis quelques années en Europe et on s’est interrogé au
début pour savoir s’il s’agissait d’une mode passagère comme en sont
coutumiers les milieux managériaux et les consultants. Même si
l’effet de mode existe, cette notion s’est enracinée, poussée par un
mouvement diversifié produisant des effets dans les pratiques de
management des entreprises.
Si elle s’ancre de plus en plus dans notre quotidien, c’est d’une part
parce qu’elle répond, sous une locution nouvelle, à des préoccupa-
tions anciennes (on pourrait dire séculaires) et d’autre part parce que
ces préoccupations prennent, en ce début de XXIe siècle, des tournures
interrogatives de plus en plus inquiétantes.
En d’autres termes, l’humanité s’interroge sur la finalité des acti-
vités économiques, sur ses effets sur la configuration géophysique de
la planète, sur ses conséquences à long terme pour les générations à
venir. Ce sont donc les entreprises, principaux agents de cette acti-
vité, vers lesquelles les regards se tournent, pour leur demander des
comptes non seulement sur leurs résultats économiques, mais aussi
sur leurs comportements à l’égard des individus, des sociétés
humaines et de notre environnement naturel.
Le champ est particulièrement vaste et on peut dire que presque
tout peut relever de la RSE, à partir du moment où l’on considère
que, directement ou indirectement, peu de choses échappent dans
nos sociétés contemporaines à la sphère de l’activité économique et
que toute activité économique peut avoir des répercussions insoup-
çonnées sur une multitude de personnes.
Il n’est donc pas étonnant que les individus et groupes concernés
soient très nombreux et que tous les acteurs de la vie économique,
sociale et civique soient amenés à être aussi des acteurs de la RSE. Il
n’est pas étonnant non plus que les visions de la RSE se révèlent très
4 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE D’ENTREPRISE
diverses et que les acceptions en soient nombreuses, ce qui donne
souvent la sensation d’un maquis touffu dans lequel règnent la
confusion et l’ambiguïté.
Sous la locution RSE, il y a en fait deux grands types de signifi-
cations : d’une part, un mouvement d’idées qui s’exprime à travers
des représentations, des discours de ce que nous appelons les
« acteurs » et, d’autre part, des pratiques de management, de conseil,
d’évaluation, de reddition s’appuyant sur des dispositifs et des instru-
ments mis en œuvre non seulement par les entreprises mais aussi
par des milieux professionnels (ou non) qui constituent un nouveau
marché.
Face à cela, trois approches sont possibles pour appréhender ce
champ :
— une approche normative qui consiste à élaborer et à préconiser
les meilleures pratiques possibles avec l’idée sous-jacente que la RSE
constitue un modèle de contribution à une société meilleure ;
— une approche interprétative visant à comprendre à quoi corres-
pondent le concept et le mouvement dans l’évolution contemporaine
de nos sociétés et de leurs activités économiques ;
— une approche constructiviste partant de l’idée que la RSE est un
concept qui s’est développé sans qu’un sens lui ait été donné et que
le mouvement en marche peut lui en donner un.
Cet ouvrage se situe résolument dans la deuxième approche, sans
toutefois s’interdire de faire parfois des incursions dans les deux
autres approches.
Nous tenterons d’abord de comprendre les origines du mouve-
ment et son évolution dans la perspective historique du système
socioproductif (chapitre I). Nous examinerons ensuite les multiples
définitions et acceptions de la RSE et les problèmes qu’elles soulèvent
(chapitre II). Cela nous conduira à nous interroger, à la lumière des
interprétations théoriques, sur les raisons qui poussent les entre-
prises à être socialement responsables (chapitre III). Puis nous plon-
gerons dans le monde des acteurs afin de distinguer lesquels sont les
moteurs du mouvement (chapitre IV). Enfin, nous nous intéres-
serons aux changements de comportements stratégiques des firmes
qu’induit la RSE (chapitre V) et aux différentes formes d’instrumen-
tation destinées à rendre crédibles ces nouveaux comportements
(chapitre VI).