Chap 1
Chap 1
Étude bibliographique
Sommaire
1.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2 Mécanique de la rupture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.1 Concepts de base et définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.2 Critères de propagation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.2.3 Critères de direction de propagation . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.2.4 Vitesse de propagation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.3 Modélisation éléments finis d’une structure mince . . . . . . . . . . . . 23
1.3.1 Discrétisation par la méthode des éléments finis . . . . . . . . . . . 23
1.3.2 Cadre d’utilisation des coques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
1.3.3 Théorie de Kirchhoff-Love . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
1.3.4 Théorie de Mindlin-Reissner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.3.5 Verrouillage numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
1.3.6 Quelques éléments finis de coques classiques . . . . . . . . . . . . 37
1.4 Modélisation numérique de la propagation de fissure . . . . . . . . . . 38
1.4.1 Méthodes non basées sur les éléments finis . . . . . . . . . . . . . 38
1.4.2 Méthodes basées sur les éléments finis classiques . . . . . . . . . . 40
1.4.3 Méthodes basées sur la partition de l’unité . . . . . . . . . . . . . . 45
1.4.4 Méthodes diffuses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
1.1 Introduction
Après une brève introduction sur les différents types de rupture qui peuvent inter-
venir en fonction du matériau et du chargement considéré, les principes généraux de la
mécanique de la rupture qui permettent d’accéder aux différents critères de propagation
employés dans ces travaux sont exposés. Ensuite sont abordés les différents aspects de la
modélisation par éléments finis d’une structure mince. Enfin, une dernière partie présente
les méthodes numériques qui existent actuellement pour représenter puis faire propager
une fissure. On décrira notamment la méthode des éléments finis étendus.
F IGURE 1.1: État final de différentes éprouvettes après un essai uniaxial (tiré de
[MAR 12]).
trouve des matériaux dits quasi-fragiles pour lesquels les déformations plastiques restent
confinées à une zone restreinte proche de la singularité.
Les différents types de ruptures peuvent être classés selon deux méthodes distinctes :
la première prend en compte à leur cinétique (F IG .1.4) et la seconde s’appuie sur les
observations microstructures (F IG .1.5).
Les ruptures ductiles sont toujours caractérisées par la présence d’une importante zone
déformée plastiquement. Elles font apparaître une surface matte en relief accompagnée
d’une zone de striction si la sollicitation est de traction. On ne distingue pas de zone
d’amorçage précise ni de direction de propagation nette. L’analyse microscopique du fa-
ciès révèle de nombreuses cupules et éventuellement des inclusions. Ces ruptures sont
transgranulaires (voir F IG .1.6).
Les ruptures fragiles sont exemptes de déformations plastiques. Leur surface est plane
et brillante. On ne distingue ni zone d’amorçage ni direction de propagation. Leur origine
F IGURE 1.3: Photographie d’un Liberty ship dont la coque est rompue en deux.
F IGURE 1.6: Faciès d’une rupture ductile avec présence de cupules (à gauche) et
d’inclusions (à droite). (tiré de [LOU 14]).
F IGURE 1.7: Faciès d’une rupture fragile par clivage (tiré de [LOU 14]).
La rupture est caractérisée par la séparation irréversible d’un milieu continu en deux
parties de part et d’autre d’une interface A (F IG .1.9).
Cette séparation est appelée fissure et modifie les champs de déplacements, de défor-
mations et de contraintes. La discontinuité du champ de déplacement se caractérise par
−
un saut de déplacement [ui ] = u+ i − ui . D’un point de vue cinématique, on peut définir
trois modes de rupture comme présenté sur la figure 1.10 :
– le mode I ou mode d’ouverture : le déplacement est perpendiculaire au plan de la
fissure,
– le mode II ou mode de cisaillement plan : le déplacement est parallèle au plan de la
fissure et normal au front,
– le mode III ou mode de cisaillement antiplan : le déplacement est parallèle au plan
de la fissure et au front.
10
Bien souvent, la fissure se propage suivant une combinaison de ces modes. On parle alors
de mixte.
Inglis [ING 13] est le premier à réaliser des études pour évaluer les concentrations
de contraintes dans le voisinage d’une pointe de fissure. Il a notamment résolu analyti-
quement le cas élastique d’un trou elliptique dans une plaque soumise à un chargement
uniforme. En faisant tendre le rayon de courbure vers zéro, ses résultats lui ont permis de
conclure à une contrainte infinie en pointe d’une fissure très fine. Ces travaux sont à la
base de l’analyse asymptotique.
dE p
G=− = 2 γ. (1.1)
dA
L’analyse locale en élasticité linéaire permet de montrer l’existence d’une solution
asymptotique singulière pour les champs mécaniques. Irwin a alors proposé de définir des
facteurs quantifiant l’intensité de la singularité des contraintes [IRW 56]. Ainsi pour un
11
chargement statique (ou quasi-statique) ces facteurs sont utilisés pour déterminer l’inten-
sité de la singularité aussi bien en terme de contraintes que de déplacements. Ces facteurs
sont appelés facteurs d’intensité des contraintes et sont définis pour chaque mode élé-
mentaire de rupture :
√
r
µ 2π
KI = lim 2πr σ22 (θ = 0) = lim Ju2 (θ = π)K, (1.2)
r→0 r→0 k + 1 r
√
r
µ 2π
KII = lim 2πr σ12 (θ = 0) = lim Ju1 (θ = π)K, (1.3)
r→0 r→0 k + 1 r
√
r
µ 2π
KIII = lim 2πr σ23 (θ = 0) = lim Ju3 (θ = π)K, (1.4)
r→0 r→0 4 r
On peut également introduire ces facteurs dans l’expression des solutions analy-
tiques en pointe de fissure. En élasticité plane, l’approche de Westergaard reprise par
Bui [BUI 78] permet d’obtenir les déplacements et les contraintes au voisinage du front à
l’aide des fonctions d’Airy :
r
1 r θ θ
u1 (r, θ) = KI cos (k − cosθ) + KII sin (k + cos θ + 2) , (1.6)
2µ 2π 2 2
r
1 r θ θ
u2 (r, θ) = KI sin (k − cosθ) − KII cos (k + cos θ − 2) , (1.7)
2µ 2π 2 2
r
2 r θ
u3 (r, θ) = KIII sin . (1.8)
µ 2π 2
12
Irwin a également permis de directement relier les facteurs d’intensité des contraintes
au taux de restitution de l’énergie :
2
KI2 + KII2 KIII
G= + , (1.15)
E∗ 2µ
(
E
E 2 en déformations planes,
avec µ= et E ∗ = 1−ν
2(1 + ν) E en contraintes planes.
Limités jusqu’alors aux ruptures des matériaux fragiles, Irwin [Irw60] a ensuite
étendu le concept de Griffith aux matériaux quasi fragiles en utilisant la plasticité pour
majorer la valeur du champ de contrainte en pointe de fissure.
Le passage à la dynamique, avec la prise en compte des effets d’inertie tant sur le
mouvement de la structure que sur celui de la fissure est réalisé par Craggs [CRA 60] et
par Freund [FRE 72]. Ces travaux ont permis de généraliser les concepts de la mécanique
de la rupture à des phénomènes transitoires. On peut parler de rupture dynamique lorsque
le chargement est rapide comme c’est le cas lors d’un crash, ou bien lorsque la vitesse
de propagation de la fissure est non négligeable par rapport aux vitesses des ondes dans
le matériau. Lors d’une propagation dynamique, il devient nécessaire de différencier le
facteur d’intensité des contraintes et le facteur d’intensité des déplacements.
13
Ces deux approches en taux de restitution et en intensité des contraintes sont équi-
valent. On peut passer de l’un à l’autre par la formule suivante en mode I :
(KIc )2
Gc = . (1.16)
E∗
Dans le cas des modes mixtes, la relation devient :
(KIc )2 + (KIIc )2 (KIIIc )2
Gc = + , (1.17)
E∗ 2µ
(
E
E 2 en déformations planes,
avec µ= et E ∗ = 1−ν
2(1 + ν) E en contraintes planes.
14
Crack Tip Opening Displacement (CTOD) Wells [WEL 61] puis Cotterel [COT 62]
ont introduit la notion de CTOD (crack-tip opening displacement) qui établit un critère de
propagation basé sur l’ouverture en pointe de fissure pour des matériaux élasto-plastiques.
Lorsque la contrainte en pointe de fissure atteint une valeur critique, la fissure commence
à propager. La CTOD notée δ est décrite comme cette séparation des lèvres de la fissure.
Lorsqu’elle atteint une valeur critique notée δc , la fissure propage.
Intégrale-J Rice [RIC 68a, RIC 68b] a lui adapté le concept d’intégrale J afin d’évaluer
le taux de restitution de l’énergie pour les matériaux non linéaires. Contrairement au
cas linéaire élastique, la séparation des lèvres de la fissure n’est plus la seule cause de
dissipation d’énergie. Une partie de l’énergie est en effet dépensée dans le phénomène de
plasticité. L’idée de Rice est de considérer le matériau non pas comme élasto-plastique
mais élastique non linéaire. Comme on peut le voir figure 1.13, les deux types de com-
portement sont identiques tant qu’il n’y a pas de décharge. Le matériau élasto-plastique
laisse en effet une déformation plastique qui est non réversible si le chargement est retiré.
F IGURE 1.13: Courbe de traction d’un matériau élastique non linéaire et d’un
matériau élasto plastique.
Ainsi, l’intégrale J proposée par Rice reste valide et indépendant du contour Γ tant
qu’il n’y a pas de décharge. Lorsque la fissure a propagé cette hypothèse de non décharge
15
n’est plus vérifiée en arrière de la pointe. En avant, cette hypothèse reste raisonnable. Il
en résulte que l’indépendance au contour n’est plus garantie.
Approche locale en pointe de fissure D’autre critères basés sur l’analyse des champs
mécaniques locaux existent. On peut citer les travaux de Ritchie, Knott et Rice sur la
rupture par clivage [RIT 73], basés sur l’observation des grandeurs mécaniques à une
distance rc en avant de la pointe de fissure. Il y a alors propagation si la contrainte locale
d’ouverture en ce point amont est supérieure à une contrainte critique. Il a été montré que
ce critère RKR n’était pas complètement satisfaisant car très dépendant de la distance rc .
De plus, les contraintes locales oscillent fortement en dynamique rendant le critère plus
"aléatoire".
Jirásek [JIR 98] propose de moyenner les grandeurs en pointe de fissure. L’idée n’est
pas de délocaliser le tenseur des contraintes comme dans l’approche non-locale de type
Pijaudier-Cabot et Bazant [PIJ 87] pour l’endommagement, mais de s’affranchir de pos-
sibles erreurs numériques locales en intégrant les contraintes sur un petite zone et en les
pondérant d’une fonction poids qui dépend de la distance à la pointe de fissure. Dans les
travaux de Wells [WEL 01] et Remmers [REM 03] cette zone est un disque en pointe de
fissure de rayon égal à trois fois la taille d’un élément. La fonction de pondération choisie
est de la forme d’une Gaussienne w et est définie par l’équation 1.18 (voir F IG .1.14) :
r 2
w(r) = exp − . (1.18)
R
Le tenseur des contraintes moyenné σ̃i j se calcule donc avec l’équation 1.19 :
−( Rr )2 dS
R
D σi j (M)e M
σ̃i j = R −( r )2 , (1.19)
D e R dSM
Fracture Process Zone Enfin, le caractère non linéaire du matériau proche de la pointe
de fissure peut être modélisé en introduisant la notion de Fracture Process Zone (FPZ).
16
Cette zone peut être définie comme le lieu où les défauts croissent et coalescent pour
former la fissure dans le cas d’un matériau ductile. Plutôt que de décrire ce phénomène
avec la mécanique de l’endommagement, on peut ajouter au modèle une cohésion entre
les lèvres de fissures à l’aide des modèles de zones cohésives introduits par Dugdale
[DUG 60] et Barenblatt [BAR 62].
Cette méthode fut d’abord appliquée avec les éléments finis pour réaliser des
calculs de propagation de fissures dans le béton [HIL 76], puis de la propagation de
fissures dans les matériaux ductiles [NEE 87]. Cette approche est intermédiaire entre les
modèles basés sur la mécanique de la rupture utilisant des critères d’amorçage (taux de
restitution d’énergie ou critères en contrainte) et ceux utilisant la mécanique continue
de l’endommagement. Lorsque la localisation géométrique des fissures potentielles est
connue, elle fournit un cadre sûr et robuste pour prédire la cinétique de propagation.
Dans la process zone, une relation dite de traction séparation existe entre les
contraintes cohésives et le saut de déplacement entre les lèvres de la fissure. Physique-
ment, l’aire sous la courbe (F IG .1.15) représente le travail dissipé par l’ouverture des
lèvres identifié comme le taux de restitution d’énergie. Une fissure est alors définie par
trois zones, la première correspond à une fissure libre de contrainte, la seconde, appelée
zone cohésive, où les forces de cohésion sont non nulles et enfin une zone saine (ou zone
de fissuration potentielle) où la contrainte d’amorçage n’a pas été atteinte (voir F IG .1.16).
17
18
19
(
E
2 en déformations planes,
avec E ∗ = 1−ν
E en contraintes planes.
L’angle qui maximise le taux de restitution de l’énergie est alors donné par :
∂G ∂2 G
=0 et < 0. (1.24)
∂θ ∂θ2
20
induit l’amorçage de la fissure. Cette direction est alors déduite par le biais d’une ana-
lyse de bifurcation. Pour identifier la direction de propagation il faut alors avoir accès à
l’opérateur tangent ce qui n’est pas toujours immédiat, et étudier la perte d’ellipticité de
cet opérateur. Ce critère se base en général sur l’utilisation d’une loi adoucissante comme
dans [LIN 09] (loi élasto-plastique avec adoucissement exponentiel) ou dans [CRE 13]
(loi élasto-plastique endommageable). Il est plutôt adapté à la propagation de fissure dans
des matériaux ductiles.
Tant que Kθθ reste inférieur à une valeur seuil KId appelée ténacité dynamique d’ini-
tiation, la rupture ne peut pas s’initier. Lorsque ce critère est atteint, la direction du maxi-
mum des contraintes circonférentielles θc définit la direction effective de propagation. Le
critère d’initiation s’écrit :
Kθθ < KId pas d’initiation, (1.26)
Kθθ = KId , θ = θc initiation. (1.27)
Après l’initiation, une autre valeur critique notée K1D (ȧ) est utilisée. Il s’agit de la
ténacité dynamique de propagation au dessus de laquelle une avancée de fissure est pro-
duite. Cette propagation reste effective tant que Kθθ est supérieur à la ténacité dynamique
d’arrêt notée KIa . Le critère de propagation peut être exprimé de la manière suivante :
Kθθ > KIa , Kθθ = K1D (ȧ) propagation. (1.28)
Ces différentes valeurs critiques sont abordées et caractérisées expérimentalement
par Grégoire et al. [GRE 07].
21
Il faut alors choisir une loi d’évolution de la propagation, c’est-à-dire une expression
reliant ce facteur d’intensité des contraintes (ou le taux de restitution de l’énergie) à la
vitesse d’avancée de la fissure ȧ. Les nombreuses expériences réalisées par le passé ont
montré qu’il existe une vitesse limite d’avancée du front de fissure et que cette vitesse
croît avec Kθθ . Ainsi Kanninen et Popelar [KAN 85] proposent une expression du type :
KIc
Kθθ = , (1.29)
1 − cȧR
Synthèse
Différentes approches de modélisation de la rupture ont été présentées dans cette par-
tie, certaines permettant d’appréhender une rupture en traction ou en cisaillement. On
pourra observer que ces travaux, bien que proposant de modéliser les deux types de rup-
ture, ne permettent pas le passage automatique de l’un à l’autre en cas de propagation.
C’est pour cette raison que nous avons fait le choix dans cette thèse de retenir l’approche
de Haboussa et al. qui bien que simplifiée permet une telle bascule.
22
La méthode des éléments finis est utilisée pour résoudre numériquement des équa-
tions aux dérivées partielles. Il s’agit donc d’une résolution approchée d’un problème,
où, grâce à la formulation variationnelle (forme intégrale des équations aux dérivées par-
tielles), les solutions du problème vérifient des conditions d’existence plus faibles que
celles des solutions du problème de départ et où une discrétisation permet de trouver une
solution approchée. Pour un problèmes de mécanique des structures, cette formulation
faible s’exprime à travers ce qu’on appelle le Principe des Travaux Virtuels (PTV) qui fait
intervenir quatre grandeurs : contraintes, déformations, forces et déplacements. Sa forme
intégrale s’exprime de la façon suivante :
Z Z Z Z
∀δ~u ¨ udV = −
ρ~u.δ~ σ̄¯ : δε̄¯ dV + f .δ~udV + T.δ~udS, (1.31)
D D D δD
avec :
δ~u un champ cinématiquement admissible à 0 ;
δε̄¯ le champ de déformation associé à δ~u ;
ρ la masse volumique ;
σ̄¯ le tenseur des contraintes de Cauchy ;
ε̄¯ le tenseur des déformations ;
f les forces volumiques ;
T les forces surfaciques.
23
inconnues aux nœuds). Le lien entre les deux se fait via l’utilisation de fonctions d’inter-
polation le plus souvent polynomiales.
Connaissant le champ cinématique en tout point, il est donc possible d’accéder au champ
de déformation par dérivation, puis au champ de contrainte par la relation de comporte-
ment.
Chacun des termes du PTV peut alors s’exprimer sous forme matricielle sur chaque
élément. On a alors : Z
¨ udV = {δUe }T [Me ]{Üe },
ρ~u.δ~ (1.35)
De
Z
avec [Me ] = [N(M)]T ρ[N(M)]dV matrice de masse élémentaire.
De
Z
σ̄¯ : δε̄¯ dV = {δUe }T [Ke ]{Üe }, (1.36)
De
Z
avec [Ke ] = [B(M)]T [H(M)][B(M)]dV matrice de raideur élémentaire.
De
Z Z
f .δ~udV + T.δ~udS = {δUe }T {Fe }, (1.37)
D δD
Z Z
T
avec {Fe } = [N(M)] { f }dV + [N(M)]T {T }dV .
De δDe
24
Pour résumer, la méthode des éléments finis revient à résoudre le PTV sur un ensemble
de sous-domaines et s’articule autour des étapes suivantes :
1. Discrétisation du milieu continu en sous domaines.
2. Construction de l’approximation nodale par sous domaine.
25
Maintenant qu’un bref aperçu des éléments finis a été réalisé, il convient de présenter
plus spécifiquement les particularités que présentent les éléments de type coque.
L’idée de base dans la théorie de ces modèles de plaques et coques est d’utiliser
des hypothèses et simplifications physiquement justifiables à travers l’épaisseur pour
obtenir la déformation d’une structure tridimensionnelle élancée à partir d’un problème
formulé sur sa surface moyenne. On ramène alors ces problèmes tridimensionnels à une
étude bidimensionnelle. Un élément coque peut généralement ne pas être plan, saufs
26
pour certains éléments particuliers, dit éléments plaques. Dans la littérature, on trouve
profusion d’éléments finis de coques en passant des coques minces au coques épaisses.
Rien que dans le code industriel LS-Dyna, une quinzaine de formulations sont possibles.
Suivant l’orde de grandeur de h par rapport aux autres dimensions, on introduit souvent
l’adjectif "mince" ou "épais" aux coques. Ce qualificatif n’implique pas seulement
une caractéristique géométrique mais sous-entend également un rôle particulier des
déformations dites de cisaillement transverse (notée CT).
Les avantages à utiliser ce genre d’élément sont multiples. Ils permettent en premier
lieu de réduire de manière significative la taille des modèles numériques en terme de
nombre de degrés de liberté. De plus, quand on sait que lors d’un calcul en explicite
le pas de temps est piloté par la plus petite taille de maille (voir partie [Link]), une
discrétisation de l’épaisseur à l’aide d’éléments volumiques pénalise grandement le
temps de calcul. Ainsi, avec des éléments coques, l’épaisseur n’est plus directement
représentée et ne représente donc plus le facteur limitant pour le pas de temps critique, ce
qui conduit à réduire le temps de calcul.
En conception, les géométries de structures navales sont volumiques afin d’éviter des
erreurs de gabariage 1 . Passer au calcul éléments finis avec des éléments coque demande
donc un travail supplémentaire. Il est alors nécessaire de passer au feuillet de référence
de la structure qui est peut être composé du feuillet moyen, de la peau supérieure ou
inférieure de la géométrie. Néanmoins l’assemblage des tôles se voit facilité puisqu’il n’y
a plus qu’un seul bord à relier, contre quatre en volumique. Bien souvent dans l’industrie,
la géométrie d’une coque de forme quelconque est modélisée par un ensemble de facettes
planes.
[Link] Géométrie
Une plaque est un solide défini par une surface de référence plane et par une épaisseur
(notée h(x, y)) petite par rapport aux autres dimensions (longueur et largeur) de la
structure à modéliser (voir F IG .1.21).
27
On fait l’hypothèse des sections droites (non gauchissement), c’est à dire qu’un brin
normal au plan moyen reste droit et de longueur constante après déformation, ce qui
entraine notamment que la déformation dans l’épaisseur εzz est nulle. En d’autres termes,
on autorise le cisaillement transverse tout en négligeant la striction.
[Link] Cinématique
Pour la théorie des coques planes en petits déplacements et petites déformations, le
champ de déplacement UM d’un point M dans l’épaisseur de la plaque est donné dans le
repère local (e1 , e2 , e3 ) à partir des déplacements UG d’un point G de sa surface moyenne,
et la rotation θ = θx e1 + θy e2 la rotation de cette surface par rapport aux deux axes locaux
e1 et e2 (F IG .1.22). Ainsi on a :
avec βx = −θy et βy = θx .
Dans l’hypothèse des petites perturbations, le tenseur des déformations est défini par :
1
εi j = (ui, j + u j,i ). (1.44)
2
Ainsi, avec la cinématique introduite précédemment, les déformations tridimension-
nelles sont données en tout point par :
28
εxx = ux,x + zβx,x ,
= uy,y + zβy,y ,
εyy
γxy = (ux,y + uy,x ) + z(βx,y + βy,x ), (1.45)
= uz,x + βx ,
γxz
= uz,y + βy ,
γyz
On observe qu’avec cette approche, les déformations membranaires (εxx , εyy et εxy )
varient linéairement dans l’épaisseur de la plaque, alors que les déformations de cisaille-
ment transverse (εxz et εyz ) sont elles constantes dans l’épaisseur.
29
UM = UG + θ ∧ z̃ e3 = UG (x̃, ỹ) + z̃ θx (x̃, ỹ)e2 (x̃, ỹ) − z̃ θy (x̃, ỹ)e1 (x̃, ỹ), (1.53)
30
ou encore :
UMx (x̃, ỹ, z̃) UGx (x̃, ỹ) −θy (x̃, ỹ)
UMy (x̃, ỹ, z̃) = UGy (x̃, ỹ) + z̃ θx (x̃, ỹ) . (1.54)
UMz (x̃, ỹ, z̃) UGz (x̃, ỹ) 0
Pour l’implémentation des coques, il existe deux manières de procéder :
– La description curviligne des éléments coques : l’idée est de se placer dans le re-
père local de la surface moyenne (e1 , e2 , e3 ), puis on cherche les composantes cur-
vilignes des déplacements et rotations en tout point de coordonnée curviligne (x̃,ỹ).
Il est alors nécessaire de dériver les vecteurs dans la base locale si bien que les
courbures apparaissent explicitement. Cette description est très précise mais relati-
vement complexe à mettre en œuvre. Le champ de déplacement solution de l’équa-
tion 1.42 est recherché sous la forme :
UM = ∑ (NA (ξ, η)UGA ) + z̃ ∑ (NA (ξ, η)θxA ) e2 − z̃ ∑ NA (ξ, η)θyA e1 ,
A∈N A∈N A∈N
(1.55)
où e1 et e2 correspondent aux vecteurs tangents à la surface moyenne au point G.
31
Cela suppose donc qu’une section orthogonale au plan moyen reste orthogonale après
déformation dans la configuration déformée : il s’agit de la théorie de Kirchhoff-Love
(F IG .1.23).
γxz = uz,x + βx = 0 βx (x, y) = −uz,x
⇒ (1.58)
γyz = uz,y + βy = 0 βy (x, y) = −uz,y
Ainsi les deux rotations de la normale à la surface moyenne sont liées aux déplace-
ments de la surface moyenne. Afin de garder une méthode conforme au sens mathéma-
tique, le modèle de Kirchhoff-Love doit être discrétisé par des éléments finis C1 . Ce type
d’élément fini est considéré a priori comme coûteux.
32
εxx = ux,x + zβx,x ,
= uy,y + zβy,y ,
εyy
γxy = (ux,y + uy,x ) + z(βx,y + βy,x ), (1.59)
= uz,x + βx ,
γ
xz
γyz = uz,y + βy ,
avec βx = −θy et βy = θx .
En se référant aux expressions (1.48) et (1.59), il apparaît que les contraintes de ci-
saillement transverse (σxz et σyz ) sont supposées constantes dans l’épaisseur. Cela résulte
de la non dépendance des déformations de cisaillement transverse avec l’épaisseur. Ce-
pendant, du fait de cette formulation, il y a violation des conditions aux limites sur les
bords supérieurs et inférieurs. On a ici σxz 6= 0 et σyz 6= 0 au lieu de σxz = σyz = 0 . En
réalité, le champ de contraintes de cisaillement transverse est quadratique (voir F IG .1.25).
Afin de retrouver l’énergie interne du modèle que l’on aurait après résolution des équa-
tions d’équilibre tridimensionnel avec le champ analytique, on fait apparaître un facteur
de correction de cisaillement k entre l’énergie interne de cisaillement transverse analy-
tique et celle donnée par la théorie de Mindlin :
33
(a) (b)
on pouvait formuler directement une coque sans verrouillage à partir d’une formulation
mixte.
34
être quasiment nulles. Pour résumer, la solution aura plutôt tendance à se bloquer sur
la solution de cisaillement ou de membrane plutôt que de décrire le comportement en
flexion.
35
Cette liste n’est pas exhaustive et on peut par exemple rajouter l’utilisation d’une
formulation mixte permettant de diminuer l’influence prépondérante du cisaillement par
rapport à la flexion.
36
Éléments de Kirchhoff Discret Plusieurs éléments finis permettent d’obtenir les so-
lutions numériques des problèmes de plaques minces en accord avec les hypothèses de
Kirchhoff, mais cette fois-ci en s’affranchissant de la continuité C1 . On définit donc des
éléments dit de type "Kirchhoff-discret" à faible nombre de noeuds et de degrés de li-
berté sans utiliser la théorie continue de Kirchhoff. Les hypothèses de Kirchhoff sont en
fait introduites sous forme particulière sur le contour, ou éventuellement à l’intérieur de
l’élément. Le triangle DKT (Discret Kirchhoff Triangle) et le quadrangle DKQ (Discret
Kirchhoff Quadrangle) sont construits sur ce principe (voir [BAT 90a]).
Éléments de Mindlin Reissner Ces éléments finis sont basés sur la théorie de Mindlin
Reissner et sont valables à la fois sur les plaques fines et épaisses. Comme énoncé pré-
cédemment, ces éléments sont sujets au phénomène de verrouillage numérique qu’il faut
traiter afin d’obtenir des résultats cohérents. L’élément MITC4 (Mixed Interpolation of
Tensorial Components) [DVO 84, BAT 86] l’élément S4R d’Abaqus [SYS 12] ou encore
l’élément Q4γ sont des éléments basés sur ces hypothèses.
Éléments de type massif coque L’idée de base de ces éléments est de proposer une
formulation massive pour modéliser une structure mince. Il s’agit d’éléments tridimen-
sionnels à intégration réduite sauf dans une direction privilégiée appelée épaisseur. La
formulation est plus simple que dans le cas d’un élément de coque puisqu’elle n’utilise
que des degrés de liberté de déplacement dans un repère cartésien. il est également très
facile de les coupler avec des éléments volumiques classiques et la loi de comporte-
ment n’est plus écrite en contraintes planes. On peut citer la famille d’éléments SHB
[ABE 02, LEG 02].
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38
type intégrale. Ces méthodes sont très efficaces lorsque l’on traite de très grandes
déformations ou de fragmentation. Elle ne raisonnent plus sur un découpage de la
géométrie en éléments, mais sur une représentation du volume par une densité de noeuds
dont la connectivité pourra évoluer au cours des calculs.
Alors qu’avec la méthode des éléments finis classiques seuls les noeuds de l’élément
où l’on cherche à évaluer le champ interviennent, ces méthodes se basent sur l’approxi-
mation d’un champ faisant intervenir tous les noeuds présent dans un voisinage (voir
F IG .1.28). L’influence de chacun de ces noeuds est pondérée par une fonction poids.
L’avantage principal de ces méthodes sans maillage est l’absence de discrétisation de la
fissure. Des développements en mécanique linéaire et non-linéaire de la rupture proposent
des résultats intéressants [XU 98], [FLE 97] et [DUF 04].
Cependant, ces méthodes sont couteuses en temps de calcul ; d’une part du fait de
la recherche systématique de l’influence des noeuds voisins et d’autre part puisqu’une
discrétisation plus fine qu’avec les éléments finis classiques est nécessaire. De plus,
la méthode SPH classique souffre de quelques problèmes de stabilité. Le premier
concerne une instabilité en tension qui apparait lorsque les nœuds SPH s’éloignent trop
les uns des autres. La densité de points dans le support du noyau devient de plus en
plus faible et l’approximation devient plus grossière. Ajouté à cela, un problème de
sous-intégration se manifeste du fait que toutes les grandeurs cinématiques sont stockées
sur une même particule. Des modes comparables aux modes d’Hourglass en éléments
finis émergent conduisant à la formation d’agglomérats. La formation de ces agglomérats
rend la répartition de billes moins homogène et l’éloignement progressif de ces billes va
entraîner une baisse de l’intensité de leur interaction ce qui aura pour effet à son tour
d’augmenter l’éloignement. Les billes vont finir par s’éloigner suffisamment pour sortir
de leur voisinages respectifs et donc perdre totalement leur interactions. La barre va
alors se fracturer artificiellement comme on peut le voir figure 1.29. Enfin, les dernières
difficultés liées à ces méthodes sont dans l’application des des conditions aux limites
39
F IGURE 1.29: Fracture artificielle lors d’un essai de traction avec des élément SPH
classiques (tiré de [MAU 08b]).
cinématiques.
Pour résoudre le problème d’instabilité en tension, Belytschko et al. [BEL 00] pro-
posent une stratégie basée sur une formulation lagrangienne totale plutôt que la formu-
lation classique. Ce sont alors les positions initiales des billes qui interviennent dans les
calculs d’interaction et l’éloignement des particules sur la configuration déformée n’en-
gendre donc plus de problème d’instabilité. Pour ce qui est des phénomènes liés à la
sous-intégration (qui sont d’autant plus gênant pour les formulations coque SPH, voir
[MAU 08a]), la méthode des stress points introduite par Dyka [DYK 97] semble fournir
des résultats satisfaisant.
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pointe et des lèvres sont mises à jour ce qui implique une étape de remaillage de la struc-
ture. L’analyse numérique des champs mécaniques d’une pièce fissurée est fortement liée
à la qualité du maillage de cette pièce, et plus particulièrement du voisinage de la pointe
de fissure. Cela implique donc l’utilisation d’un maillage suffisamment fin au voisinage
de la pointe de fissure. Lors de l’étape de remaillage qui est souvent complexes à mettre
en œuvre, il est nécessaire de projeter les différents champs du pas précédent sur le nou-
veau maillage ce qui conduit à une non conservation de l’énergie du système. On peut par
exemple citer les travaux récent de Chiaruttini et al. [CHI 12] qui se basent cette méthode
de remaillage automatique.
Cette méthode semble discutable et n’est jamais utilisée en dynamique rapide. Elle est
peu employée dans l’industrie car elle est généralement trop coûteuse en temps de calcul.
41
à retirer définitivement un élément lorsqu’un critère de rupture est atteint. Ce critère est
fréquemment piloté par un endommagement ou une déformation plastique cumulée. Ri-
goureusement, cette méthode viole le principe de conservation de la masse et de l’énergie
bien qu’en général les éléments érodés sont de petite taille et leur masse est minime. Pour
limiter ce problème, certains codes comme LS-Dyna proposent de remplacer les éléments
érodés par des particules SPH qui peuvent évoluer avec ou indépendamment de la struc-
ture.
Un autre inconvénient réside dans la représentation de la fissure. Comme on peut
l’observer sur la figure 1.32, celle-ci ne peut d’une part que suivre le maillage et d’autre
part, elle n’est pas d’épaisseur nulle : l’écartement des lèvres de la fissure est égale à la
taille de l’élément érodé.
F IGURE 1.33: Représentation de la fissure par des éléments érodés [SON 08].
De plus, la suppression d’un élément entraîne une libération brutale de l’énergie dis-
sipée plastiquement dans celui-ci, ce qui conduit parfois à une propagation artificielle de
la fissure. Ainsi, il est préférable d’ajouter une loi constitutive dans laquelle la contrainte
tend vers zéro pour des déformations suffisamment importantes. La fissure est alors mo-
délisée par un groupe d’éléments "désactivés" (voir F IG .1.33) qui sont le plus souvent
remplacés par des éléments à contrainte nulles, c’est-à-dire sans résistance mécanique.
Des exemples de telles lois sont montrées figure 1.34. Cependant, l’implantation de tels
42
43
à remplacer une variable locale a par sa "moyenne" ã sur le voisinage du point considéré :
R
ΩRω(x, y)a(y)dy
ã = , (1.64)
Ω ω(x, y)dy
où ω est une fonction de pondération qui détermine l’influence du point y sur le point
d’intérêt x. Cette fonction de pondération est souvent une gaussienne. Cette approche qui
a été initialement développée pour des modèles d’endommagement par Pijaudier-Cabot
et Bazant [PIJ 87] est aujourd’hui également utilisée pour des matériaux élasto-plastiques
et élasto-plastiques-endommageables [BAZ 02]. L’approche différentielle est une autre
forme de modèle non-local et consiste à introduire le second gradient de la défor-
mation ou bien d’une variable interne dans les équations. Là encore, des travaux ont
été menés aussi bien sur des modèles élasto-plastiques [AIF 84, LAS 88, DEB 92]
qu’endommageable [PEE 96, FRÉ 96]. On trouve également les modèles à effet de
vitesse introduits par Needleman [NEE 88] qui propose d’ajouter un terme de viscosité
dans la loi de comportement. Cela a également pour effet d’améliorer la stabilité des
simulations numériques. Enfin, dans le même esprit, on trouve les modèles à effet retard
initialement proposé par Ladevèze et al. [LAD 92] puis complétés pour devenir des
modèles à taux limité [DEU 97, SUF 04]. En se basant sur le fait qu’une fissure ne peut
pas apparaître et se propager instantanément dans une structure, il introduit une viscosité
dans la loi d’évolution de l’endommagement. Cela a pour effet de limiter la croissance
de l’endommagement et donc celui-ci a le temps de se développer sur une largeur de
plusieurs éléments avant d’atteindre une valeur critique.
En résumé, ce type de méthode est très utilisée pour sa simplicité de mise en œuvre
et vise davantage à étudier le comportement macroscopique de la structure dans un cadre
conservateur. Dès lors que l’on souhaite connaître plus finement la réponse, l’utilisation
d’une autre méthode notamment plus objective est préférable.
Néanmoins, cette méthode possède quelques inconvénients. Tout d’abord elle modifie
la rigidité globale de la structure en introduisant un élément d’épaisseur nul mais de
rigidité finie. Cela perturbe entre autre le trajet des ondes mécaniques en dynamique. De
plus, il est nécessaire de connaître a priori le trajet de la fissure en disposant des éléments
cohésifs le long de ce trajet. Par ailleurs, comme il a été montré dans [XU 94, ZHO 04],
ce modèle n’est pas objectif vis à vis du maillage. La direction de propagation montre
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alors une forte dépendance au maillage en terme d’orientation et de taille des éléments.
Une évolution de cette méthode est l’utilisation des zones cohésives dans le cadre
d’une méthode de partition de l’unité telle que la méthode X-FEM (développée dans le
paragraphe [Link]) comme c’est le cas dans [MOË 02] ou plus récemment pour le cas
spécifique de la déchirure ductile [SIM 10]. Cela permet entre autre à la fissure d’évoluer
librement au sein du maillage sans nécessairement suivre le pavage. Un critère d’insertion
des zones cohésives ainsi que qu’un critère d’orientation doivent alors être définis. Pour
la propagation, les critères sont basés sur des grandeurs internes à la zone cohésive. Afin
de calculer le comportement dans cette zone, des points de Gauss sont répartis sur la
surface de la fissure, puis les contraintes cohésives sont ensuite interpolées pour obtenir
la contribution de la zone cohésive aux efforts nodaux.
Ce concept introduit dans la fin des années 90 par Melenk et Babuska [MEL 96] s’ap-
plique donc particulièrement bien à tout problème présentant des singularités, y compris
la mécanique de la rupture. Pour cette application, on peut citer la méthode des éléments
finis étendus X-FEM de Belytschko, Moës et al. [MOË 99, DOL 00a, BLA 99], la mé-
thode des éléments finis généralisés proposée par Strouboulis et al. [STR 00, DUA 00],
ainsi que des méthodes utilisant des zones cohésives développées par de Borst et al.
[BOR 04, WEL 01, REM 03]. En pratique et pour des raisons de coût de calculs, on
limite l’introduction de fonctions d’enrichissement où cela est nécessaire. Ainsi on crée
une couche d’éléments de transition, appelés "blending elements" et visibles figure
1.36, pour lesquels une partie seulement des noeuds est enrichie et qui ne vérifie donc
plus vraiment la propriété de partition de l’unité. La présence de cette zone et la façon
dont elle est traitée peut avoir une influence sur l’ordre de convergence de la méthode
[CHE 03].
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F IGURE 1.36: Mise en évidence des "blending elements" sur des domaines Ω
discrétisés en 1D et 2D [FRI 08].
46
La méthode des éléments finis étendus (ou "eXtended Finite Element Method") pro-
posée par Belytschko et Black [BLA 99] est basée sur ce principe. Pour représenter les
lèvres de la fissure, des degrés de liberté représentant le saut de déplacement sont ajou-
tés [MOË 99]. Ces degrés de liberté sont obtenus en multipliant une fonction de forme
élément fini classique par une fonction de type Heaviside H introduite de la manière
suivante :
1 si x est au dessus de Γ
H (x) = (1.68)
−1 si x est en dessous de Γ
où Γ représente la géométrie de la fissure et x le vecteur position d’un point de Ω. L’équa-
tion 1.67 devient alors :
où N est l’ensemble des nœuds du maillage considéré, NA (x) est la fonction de forme
éléments finis classique associée au noeud A, uiA est la ième composante du degré de
liberté associé, N cut est l’ensemble des noeuds appartenant à un élément traversé par la
fissure et uiB est la ième composante du degré de liberté enrichi associé au noeud B.
Sur le même principe, le champ singulier au voisinage de la pointe peut être approché
à l’aide d’une base de fonctions d’enrichissement représentant exactement les champs
asymptotiques du problème d’une fissure dans un milieu élastique. On enrichi alors l’élé-
ment contenant la pointe de fissure à l’aide de fonctions singulières (voir F IG .1.37). De
nombreux travaux [BLA 99, MOË 99, DUA 00] ont montré que la base √ la plus adéquate
était composée de quatre fonctions singulières avec une évolution en r :
√ n φ φ φ φ o
{Fk }k=1..4 = r sin( ), cos( ), sin( )sin(φ), cos( )sin(φ) , (1.70)
2 2 2 2
où (r,θ) sont les coordonnées dans le repère local lié front de la fissure, d’un point appar-
tenant à un plan normal au front. Le champ de déplacement est alors décrit par l’approxi-
mation éléments finis étendus suivante :
47
où N f ront est l’ensemble des nœuds d’éléments contenant le front de fissure et uiC,k la
ième composante du degré de liberté enrichi associé au noeud C et à la kème fonction
d’enrichissement.
F IGURE 1.37: Stratégie d’enrichissement pour une fissure quelconque placée sur
un maillage [ELG 06a].
Historiquement, ce sont les fonctions singulières qui ont été introduite les premières.
Les fonctions saut sont ensuite apparues afin de s’affranchir de la dépendance au maillage.
Actuellement la méthode X-FEM ne s’applique que sur des structure déjà fissurées.
L’avantage principal de cette méthode est de permettre à la fissure d’évoluer sans néces-
saire suivre le maillage. A l’heure actuelle, on ne peut pas parler de modèle indépendant
du maillage car les critères de propagation proposés dans la littérature (voir Partie 2.3.1)
nécessitent des maillages suffisamment fin au voisinage de la pointe de fissure. Ceci est
indispensable à la fois pour capter "suffisamment de physique" pour faire un choix de
direction de propagation par exemple. De plus, si on fait le choix de ne garder que l’en-
richissement de type Heaviside, la pointe de fissure se trouve nécessairement sur le bord
d’un élément et l’avancée ne peut pas être inférieure à la taille de l’élément suivant.
48
puis ont été reprises pour traiter la propagation dynamique de fissure [KAR 01, MIE 10].
Comme on peut le voir figure 1.38, une level set (voir partie [Link]) est utilisée pour
séparer une zone saine d’une zone endommagée. Dans la zone endommagée, la variable
d’endommagement est une fonction explicite de la level set et cette fonction est un pa-
ramètre du modèle. Passée une longueur critique, le matériau est supposé entièrement
endommagé, menant à une transition naturelle vers la rupture. Lorsque l’endommage-
ment atteint 1 dans la zone non locale, la discontinuité des champs cinématiques se met
en place avec la méthode X-FEM, offrant la transition continu/discontinu. C’est ce dernier
point qui différencie cette méthode de l’approche phase field présentée dans le paragraphe
précédent qui n’offre pas cette transition continu/discontinu. Dans [CAZ 15], les auteurs
montrent entre autre que la TLS règle en partie les problèmes de localisation de la fissure
proche d’une surface libre rencontrés avec les phase-fields.
La TLS présente plusieurs avantages par rapport aux méthodes classiques utilisant des
limiteurs de localisation (présentées partie 1.35). D’une part la transition de la localisation
à la rupture est prise en compte dans le modèle. D’autre part, là où les modèles non locaux
en tout point de la structure et à tout instant ne permettent pas de modéliser une dégrada-
tion diffuse, cette méthode permet d’avoir une vision non locale au moment et à l’endroit
nécessaire. Enfin, cela permet de réduire significativement le temps de calcul par rapport
à un modèle entièrement non local. Cette extension a ouvert la voie à la modélisation des
matériaux quasi fragiles et ductiles avec la TLS, notamment en dynamique. Les premiers
travaux à ce sujet sont disponibles dans [MOR 14].
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1.5 Conclusion
Une liste non exhaustive des différentes modèles et méthodes numériques pour
représenter la propagation de fissure a été présentée. Pour aller plus loin dans la
compréhension des modèles, des ouvrages de référence existent tels que le livre de
Lemaitre et Chaboche [LEM 09] pour les notions d’endommagement dans le contexte
de mécanique des milieux continus, les ouvrages de Bui [BUI 78] ou Anderson
[AND 05] pour les notions de mécanique de la rupture, et enfin l’ouvrage de Freund
[FRE 98] qui s’intéresse plus particulièrement à la mécanique de la rupture en dynamique.
Comme évoqué dans l’introduction générale, les motivations de cette étude sont
de mener des calculs de propagation de fissure en dynamique rapide à l’échelle d’une
structure entière de navire. Or il n’existe pas à ce jour d’outils numériques disponibles
pour simuler une telle propagation.
Nous avons donc fait le choix d’une approche par élément de coque enrichie d’une part
et d’un modèle basé sur la mécanique de la rupture à faible nombre de paramètres d’autre
part, dans l’objectif de maitriser le coût numérique de nos simulation et afin de permettre
leur application à moyen terme sur des structures de grande taille. Ce type d’approche ne
permet pas de simuler la naissance de la fissure et les premiers instant de sa propagation
et nécessite donc l’introduction d’une fissure initiale.
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